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8R 15162 1905-1906

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L'année sociologique

Année I u
:ijf .jfc,i, _v. i.,11 |,
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BIBLIOTHÈQUE
UE PHILOSOPHIE CONTEMPORAINE

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L'ANNÉE [cS-
S0GIOLOGIQUE
LA
niIlUCTION
DIU1¡t:TION
BUtUMttfc
SOUS
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DURKHEIM
•EMILEl'rofessêuf'n la Faculté des Icllres de l'UniversiU1: do Paris.

AVKCU CCirXAUOHATlUN
ne MU.

A. MEILLET,prnfriuvar ou i:ollo« MKraii.'o:


BOUQLÊt pMfeii^tir <i<:|)liilnM)|ilile AQtilnlori rt'nivorviift fin Toulmiiio;
HUBERT et MAUSS, iiiaUnii ilu cuiiforfini» ii l'Ai-cilutic ll«ulc«f:iu(ii-5;
HUVELIN >'t Ë. LÊVY, |)nif.-s-ïiit»j lit t'uulln do dmit du Lyon:
RICHARO'l LAPIE, [r-oO.Bt.-iir*â n'nireriilii dn Hurileaux
AUBIN,in^|^t:tr>tir irAcbilo te Al'otlitît*;
BIANCONI, H. BOURGIN, FAUCONNET, HALBWACH8, HERTZ,
HOURTICQ, PAROOI, F. 5IMIAND, <l;n-S <l<!lTuiïc'rsito.
G. BOURGIN, ur^titû-ttu |ml<:>iL"ru|(tic.

DIXIEME ANNÉE (1905-1908)


I. MÉMOIRES ORIGINAUX
P. Huvelln. – Magie et tirait iiutitùituet.
R. llcrtit. – C'inli'ibutum d une Huile me la reptf-
Hwilatwn rolltflivr de lit mi-rl.
V. Dooglé. – Sole sur lu droit et lu caste en Intte.
II. ANALYSES
Des travaux du I" juillet l'JIIÛ an 30 juin 1«tlA..Soco-
/«/«• générale, reliuieuse, murale ri juri'IUiut, crimi-

Hetlr* écntimniyuc. Morphologie mvitil», fHrrrie,

PARIS
FÉLIX ÉDITEUK
ALCAN,
FKLIX
LinRMIUKS ET(Jl'ILLALMIN
AI.C.VN HKl'MKS
108,HOI.I.EVAHI)
SAIST-liKHMAlS,
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FÉLIX ALCAN, ÉDITEUR

L'ANNÉE SOCIOLOGIQUE
PUBLIER SOU» LA DIRECTION DR
Ê. DURKHEIM

Première année (1890-1807). DUKKHKlM La prohibition de


1 inceste et »i armnc-s. 0. S1MMEL Comment \a formes sociales >omain.
tiennent. – Amlute» des travaux de ioclologio, publiés du I»
îv juin I89i. 1 vui. m-8 juillet 1890 nu
10 fr. »
Deuxième année <«?7-i808). DUUKHS1M Do la définition des
phénomène» relipeut. – HI1UKKT et MAUSS Essai sur la nalure et la
fonction du sacrifice. Aiiulyses. 1 vol. in-8 10 fr. i>
ï1ïïî,\i?m0<aant0 !'«9«-<8W). RATZKL Le sol, la société, l'Eut.
RICHARD !.•« cme»sociales et la criminalité. STE1NMKTZ Clasalfl.
cation des type* «omux. Analyses, i vol. in-tt 10 fr. »
Quatrième année (18MM900). BOUULÉ Remarques sur le
î!S'î".îwllev.J:r*> UL'RKHKIM deux lois de révolution ponalo.
OHAKUUNl Note »ut- Ior causes d'extinction de la propriété
cornoratiro –
Anult/xex. vol. in-8 10 fr, n
Cinquième année ;l'JO0-l»ui). F. simiaND
rananot» du prix du charbon nu xix* sWcle. Kemarnues sur les
DDKK11K1M Sur le tot«-
inraiis. – Amili/ses. 1 vol. iii-8 |y f, “
Sixième année {VM-l'Mi), D0RKHK1M et JUUS8
Iooiiiî» primitives de clnssillouion. Contribution i\ l'ctude des Donuelque»
rcprésentatiuiis
collective*. – UOÇUI.K Revue générale des théories récentes sur la division
(lu travail. – Analyses, 1 vol. in-8 12 fr. SO
Septième année ;tMU2.tt)03). HUBElt1' et MAUS8 Cr.aqUlsR1' d'une
Ibeone ireuvralo île la majîie. – Analyses. 1 vol. in-8 12 fr. 30
Huitième année (l«03-l90i). – H. BOL'RÛIN IC.isai sur une forme
d iiiuufirii-. l.u liiiucheru- a Paris au XIX» «ioclo. – E. DUKKHKlM Sur
1 organiMiiiuii mstriinoiilulo des sociétés australiennes. – Anulyxex. i vol. in-8.
», lï fr. S0
Neuvieme année .1904-1005). A. MKIULBT Comment les mots
chuiigdui de *en>. – M. MAL'SS Kssai sur les variation» saisonnière» des
socivii* cskiino». Kssai de inor|iliolagie sociale. – Analyses. 1vol. in«8.) i fr. 80

AUTRES TRAVAUX OEM. Emile DURKHEIM


De la division du Travail social. 2*«dii. I vol. in-8« 7 iv. so
Les Règles de la Méthode sooiologique, Wdit. 1 vol. iii-12. s IV. &0
Le Suioide -Huile »wialogiqm), I vol. iii-S* 7 fr. M

C. BOCtti.K. Les Soiences sociales en Allemagne. 2- edit.,


1 vol. in-ii ..• î iv. ao
C. HOt/UI.K. -Le» Idées égali»aires.â»édit. 1 vol. in* 3 fr. 76
C. BOL'ULK. – La Démocratie devant la soienoe. ) vol,
m-8«, cart U fr. »
C, HOl't/LK. – Qu'est-ce que là sociologie? 1 vol. in-lii. 2 fr. «0
P. LU'IIC. Les Civilisations tunisiennes iMusiilinaui, Israc-
lues, Kiini|H!euni( élmle rie psi/clwlui/ie.siieitilr, vnl. in-12 3 fr. S0
P. I-AI'IK. -La Justice par l'État, étiole île mmnlt sminle,
1 vol. in-lï 4 » fr. 50
P. LAP1K. – Logique de la volonté, I vol. in-K° fr. 00
G. ItlCll.Vltl). Le Socialisme et la Science sociale, i' .«lit.,
I vol. in-lï 2 fr. 60
G. UlCHARD. L'Idée d'évolution dans la nature et dans
l'histoire, I vol. in-s» 7 fr. 60
L'ANNÉE
SOCIOLOGIQUE
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J:.i LA DIKRCTION
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aU EMILE DURKHEIM
IVit'i'i-ii'iu1 ù 1»Kitcultv des lettres ilu J'Uinvertity do l'uri».

AVKCLA COM.AIIORATIOS"I1K MM.

A. (KEILIET, |>rof««wur au CuIUku de France


BOUGIE, profosMUrde pliilo<O|iliio«octale k l'Unlteriltil île Toulouw
HUBERT et MAU88, mullré» il« funfi'riMici.s à l'feolo dm Ilaulo». Étude»;
HUVELIN et E. LÉVY,|irur<-wur> a lu l'aoulli» do droit .le Lyoo;1
RICHARD cl LAPIE, iitnrwuvurt a rUuinruiM d« Rnnlniu
AUBIN,liKreelcnr <l VwlAnioà l'oilmr»
BIANCONI. H. 8OUROIN, FAUCONNET. HALBWACH8, HERTZ,
HOURTICO,PAflOOI. f. 8IMIANO, «Kf*g#*d» l'L'nivcntik-.
0. BOUROIN, aKlikMo-|>al<.<ottra|iliv.

DIXIÈME ANNÉE (1906-1906)

i. MÉMOIRESORIGINAUX
P. lliirelln. ilui/ie </ druit iiulwhluet.
R. llrrlK. – Contribution i'i uneHuile xur la rrprésen-
talion t-oUtcliw île la mort.
V, Bougie. – Sole sur le droit et tu natte en Inde,
Il. ANALYSE8
Des ti-uvuux du I" juillet IW05 au 30 juin 1906, Socio-
lot/ie gênémle, millième, mwah et juridique, crimi-
nelle, économique. Morphologie sociiue. – nivei-s.

PAKIS
FtfLIXALCAN,
lîDlTKHR
LIBRA1IUK8
FÉLIXALGAN
ETUUlULAliMIX
Itl'l'NIKri
SAIKT-UKRUAIN,
108,IIOULKVAHI) 108
1907
Ton»(Mu île traductionet do reproductionrfa-rv«>.
L'ANNÉESOCIOLOGIQUE
1905-1906
-1 Hp-r'1 '-
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PARTIE
λRËJÏIÈRE
MÉMOIRES
ORIGINAUX

MAGIE KT DROIT INDIVIDUKL1


Par P. IIUVKMN

L'étude de la magie est entrée depuis quelques années dans


sa phase scieuliflque. Le beau inémuiro que MM. Hubert
et Mauss ont consacré à VEsquiite d'une théorie générale de tu
mrryic~=marque. tant au point de vue de itt méthode qu'au
point de vue des résultats, une étape décisive dans l'histoire
de «elle étude. Désormais, le problème se pose dans toute
son ampleur, avec toute la précision de nomenclature néces-
saire et nous possédons, pour le résoudre, une collection
abondante de faits bien observés, systématiquement groupés
ou classes naturelles. Dès maintenant se dessinent les grandes
ligues d'une explication et d'une définition. Nous savons,
grâce à une démonstration décisive, que tes faits qu'onappelle
magiques sont des choses sociales, au même titre que les
faits qu'on appelle religieux; les unsotles autressont despro-
duits de l'activité collective; ils ont pareillementleur source

surli;s
1. Lu présentiiii'iuoiiv«si«xlraltd'un ouvrant'rn |>ré|mrtiU<>ii
UUvjalionsduuile tivsancientirait romain.C'esldansc« livre qu'on
trouveraluniulurlcl et lesdiscussions d'ordropurementjuridiquequej'ai
cru pouvoirlaisserilu l'ôloIci.Voy.noUunmonl infru, |>.18,». l !' -f
ii. 2-3 p. 3i. n. i p.33,n. 2 l>.M. n. 1, ï ol ».
t. AnnéeSoàtiloijhtue, tu (!»0t/,f».J-MC
I- DtinKiifciM– Annéesociol., 1009-t'JOii. 1
8 L'ANKÉB l'JM-lMti
8OCIOLOUIUUK.

dans la croyance commune des membres des société!*


humaines. Cetteconclusion essentielle doit servir dorénavant
de base à toute recherche sur la magie. Mais elle ne rend
compte encore que d'un aspect de la question. Car la magie
n'est pas sociale sous toutes ses faces. Il reste précisément à
distinguer les faits magiques des faits religieux. Y a l-ll eutre
eux des différences intrinsèques? Peut-on, par la seule ins-
pection d'un fait social, dire qu'il est magique ou qu'il est
religieux Y
Une réponse négative s'impose. Des témoignages réunis et
classés pur MM.Hubert et Mauss1, il résulte que tes «j/en/s de
lu mugi» jouent le mômerôle extérieur que les agents de In
religion, qu'ils passent pour avoir des qualités semblables,
qu'ils s'instituent de lu même façon les rite* magiques et tes
rites religieux ue contrastent ni par leurs conditions d'exer-
cice, ni par leurs formes, ni par la notion fondamentale
d'un monde de forces superposé à la réalité (notion du xacrr
ou du mana)aii ils puisent leur efficacité; enliu les représenta-
lions, c'est-à-dire les idées et tes croyances qui correspondent
aux rites, sont identiques dans la magie et dans ta religion
ici comme là, on peut attribuer au rite une efficacité méca-
nique résultant de la sympathie; ici comme là, on peut faire
intervenir des divinités. II parait donc qu'il n'y a pas oppo-
sition de nature entre les faits magiques et tes faits religieux
Nous savons cependant qu'où oppose communément la ma-
gie à la religion. Par quels caractères le contraste se révèlel-il'
Il se révèle par un seul trait Le fait magique a quelque
chose d'occulte, do peu avouable, parfois même d'illicite, tan.
dis (lue le fait religieux n'a rieu que de licite, de patent et de
régulier. MM. Hubert et Mauss définissent le rite magique
« tout rite qui ne fait pas partie d'uu culte organisé, rite pri-
rê, rite secret,mystérieux, et tendant, rommelimite, vers lierite
prohibé* »
Mais cette constatation nous conduit à uue impasse. Toute
chose sociale étant par définition obligatoire3, en ce sens que

t l>.20et 6(|i|.ItiijiiHubert,V"Hagia liiel.desmit.yreequeset romaine*


cl.»DiirembCTK «t Snglio,m, 2, \>.U'JO,n. 21-35.
t. I».19: llulwrt,J/<i;/mp. 14%,n. i» ut sijq.
3.Ji! m'enn-CAm 4 la ilclinition(ormnléu
et juslili.icpar M. Ourklivim
(notainmunlUèote* ''« la méthodesociologique', t!l01,ch. i Qu'est<e
itm
t)u unfait social ?;etDéfinitionphénomènes religieux.Anu.Suchl.,Il,
189»,|>.%).
MMVRUH. pAi:lN wr MMMT INDn"IDDRi.. 3

ta société t'impose A l'individu, ta questiondo sa Itcéttè ne


~IJ.A. '1t.1H'u'lf<Ro A l'i.r1..7~1. 1.. *t~ ~t~ tt~~tt

se posemêmepas
D'où cette antinomie commentla chosemagique,si elle
est chosesociale, peut-ellepasserpour prohibée?Cornaient
peut-elleêtre à la fois licite et illicite, religieuse et irré-
ligieuse? Noussommesamenés ainsi, soit à réviser notre
notionde ce qui est social, soit à réviser notre notion de
ce qui est magique,soit a recherchersi les faits nous four-
nissentune conciliationacceptableJs ces notions opposées.
Puisqueles deuxpremierspartis nousécliappeut,du moment
où nous teuonsles notions en cause pourscientifiquement
fixées,nous devonsnous tourner vers letroisième.
Or il me semblequ'on ne peut parvenir à une solution
plausiblequ'enexaminantavecsoinlesapplicationspratiques
de la magie. Uneactivité qui présente tous les caractères
d'une activité sociale, donc licite, ne peut devenir illicite
qu'indirectement,si elle est employéedansun intérêtanti-
social.Il faut faireintervenirici, commeen d'autresmatières
analogues1,la notiondu but poursuivi.Lamagiene se com-
prend pas pleinementsi on In sépare desréalisationsaux-
quelleselle tend. Il convient doued'analyserchacunedeces
réalisations,et de voir en quoi sa poursuiteest antisociale.
MM.Hubert et Mnussontévidemmentsongéà cette méthode;
rencontrant l'antinomiesignalée plus haut, qui gênait leur
démonstrationdu caractère social des faits magiques1,ils
ont senti qu'il fallait,pour la résoudre,tenircomptedes inté-
rêtsauxquels répondaientles rites magiques et ils ont noté3
que ces rites sont « pratiqués par des individus isolés du
groupe social, agissant dam leur intérêt propreou en celui
d'antres individus,et en leur nom ». Maisils n'ont pas déve-
loppédavantage leurs investigationsdans ce sens. Et sans
doute l'étude des systèmes magiquespris en eux-mêmesno
saurait fournir ici aucune preuve décisive,parce qu'elle no
donnepas do vuessuffisammentprécisessur leur adaptation
à desbesoinsdéfinis.Maison peut procéderautrement.
Onn'ignore pas,eneffet,que des pratiquesmagiquesontété
iisgociéesoriginairementà presquetoutesles techniques.Ger-
1.P.ex. dansla matKro«lesactesjui-Mit/ues
dontla canseestillicite
<mimmorale; dan*lamaliOrw de
<lutHtownemenlpoiiroiro; ilan»la ma-
tièredel'aùwtdudroit,otc.
2. Voy. p. et. p.88.
3.l'. ».
4 l/ANSKK SOK10I.OUiyi-B.«05-1900

tains arts sontmômeentièrementIssusdola magie.Musique,


poésie, arts plastiques,médecine,mathématiques,astrono-
mie, chimie,etc., ont dessourcesmagiquesuisômentdiscer-
nables. Cessources se sont plus ou moins taries avec le
temps presquepartout l'clémenlmaglque a rétrogradédevant
l'élément technique.Il n'importe,puisqueces deux éléments
tendentà desbuts identiques. Lebut auquel tend l'élément
technique est le même auquel tendait l'élémentmagique
primitif qui s'est atténué ou qui a disparu. Et ainsi nous
avons uu moyende rattachercertainespratiques magiques
bien circonscritesà des intérêts constantset définis.La
méthodequi se recommandeà nousdésormaisconsistedonc
ai étudier la magie dans ses rapportsavec les différentes
techniques:techniquesscientifiques,techniquesartistiques,
techniques industrielles, techniquesjuridiques, etc., et a
comparerlesfias auxquelleselle s'adapte.Untel procèsren-
contrede sérieux obstacles,tenanttant à la complexitéet ù
la spécialité des diverses techniquesqu'à la pauvretéet à
l'obscuritédes sourcesrelativesà leurs origines.Aussil'em-
ploien est-il réservépresque forcémentà doshistoriensspé-
cialistesde chaquetechnique.L'étudede la magieappliquée,
aiusi comprise,fourniraaux sociologues les moyensde con-
trôler et de compléterles résultats fournispar l'étudede la
magiepure.
Ivntretoutesles techniques,il yen a une qui s'offrenatu-
rellement aux premières investigations.C'est la technique
juridique,puisque,commel'a si justementremarquéM.Dur-
kheim le droit constitue le symbolevisiblede la solidarité
sociale.Cependantles originesmagiquesde l'art du droit
moinsfavoriséesque les originesmagiquesd'autresarts dont
la portéesociologiqueestpourtant moindre1– ne paraissent
I>!K avoirexcitél'intérêt des chercheurs.Un petit essai, que
j';<itenté, il y a quelquesannées3, pour relierle droitromain
a ses sourcesmagiques,est resté isolé, et n'a peut-êtrepas
été compris Je voudrais reprendrece sujet sur des bases

i. Dnrkheim.Divisiondu travailsocial',p.gM ri g(|(|.


p. e\ voy.,gai.llcinocl),
S.l'oarlesarts(ilaslt<|ues, 1,'nrtet la magie.
11103,
Anthropologie, p.ÏJÎet iq<|pourla îmMtquo, voy.l'nnqueta pour-
suiviedansluRevuemusicale ilopuia
plusieursannvos.
.').P. Huvelin,
Lestablette»magique»et h droitromain(tixir.te An-
milesinternationales
tf histoire), 1001.
Mûcun,
4.Je croisen eW quec'est&moncssutquos'adre.ssnnl loscrltiquos
If. HUVKLIN. – MAUIBKT DROIT INDIVIDUEL g

élargies.Jo ne meflattepointd'improviseruneétudedétaillée
et complètede droit comparé,pour laquelle trop de maté'
riaux meinauqueut; maisj'espère dès maintenantjalonner
le terrain qui s'offre uux historiens du droit, leur proposer
certaines recherches,leur éviter certains obstacles, et los
convierà apporter aux sociologuesdes séries de résultats
vérifiéset éprouvés,tout prêts pour une synthèse.

L'étude des rapportsde la magie avec l'art du droit appelle


deux questions:
I" Y a-t-il des droits auxquels la magie ait originairement
prêté sa force? et, s'il y eu a, quels sont-ils? T
2" Quels sont les caractères de ces droits, et par
quoi se
diBtinguent-ils de ceux qui ne portent pas d'empreinte ma-
gique ?
On ost facilement d'accord pour admettre (lue, dans les
sociétés primitives, et même parfois dans les sociétés déjà
avancées dans la voie de l'organisation, un grand nombre de
rapports juridiques ont une couleur religieuse. D'une façon
générale (et sous le bénéfice de certaines restrictions et préci-
sions), on regarde comme religieux les droits qu'on peut
appeler les droits sociaux internes, et les rites qui servent à les
sanctionner. Cela comprend les droits intrafamiliaux, les
droits publics internes, et presque toute la procédure.
A. La forme sociale élémentaire est la famille. Le premier

formuléespar MM.Hubertet Mauss,p. U, contrecertaine tendanceà ton.


Condrele rite magique et le rite juridique. Maiscette confusion, je ne
l'ai point commise, J'ai seulementIndiqué que certains rapports oblige.
toires, avant d'ètro sanctionnéspar des moyens juridiques, l'ont <!t«S par
des moyens magiques, autrement dit, que la technique du droit a des
sources magiques. MM.Hubertet Mauss croientd'ailleurs trouver entre
l'acte juridiquo et lo rite magique cette différence que l'effet du premier
dépend do la volonté de» parties. tandis que l'effetdu seconddécoule du
rilo seul l'obligation juridique procède de la convention, l'obligation
magique de l'acte rituel. – Maiscette distinction repose sur une notion
inexacte de l'obligation juridique. L'inexactitude apparaît flagrante dan»
les civilisations où regno le principedu formalisme.Danscas civilisations,
ce sont les formesseules qui créent ou éteignent les droits, indépendam-
ment de toute-condition do volonté. La volonté1sans formesne produit
aucun effet. Or les législationsformalistes se perpétuent très longtemps.
Mêmesous Justinien, lo droit romain n'avait pas répudié le formalisme
Bt, dans dus civilisationsaussi avancéos quo la notre, il arrive qu'un tend
à le ressusciter (théoriede la déclaration (le colonie).
0 t'/lNNllB iuf.ll)U<Hil(J0R.<BI)i)-l90U

droit social est le droit iatrafamiliul. Je comprends sous cette


désignation tous les rapports juridiques qui peuvent exister,
non seulement entre les membres des familles étroites
qu'on rencontre dans les civilisations avancées, mais encore
entre tes membres de ces groupements familiaux larges
(bordes, clans, peuplades) qu'on rencontre daus les civilisa-
tions jeunes. Le droit interne de chaque famille, do chaque
horde, de chaque clau, se ramène a un certain nombre d'obli-
gations rituelles positives et de tabous il porte donc une
empreinte religieuse. On l'a d'ailleurs souvent remarqué,
soit à un point de vue général soit au point de vue de cer-
taines civilisations détenniuées*. Cette empreinte religieuse
prend souvent des formes spéciales et caractéristiques. Ainsi,
dans les clans et les phratries totétuiques, tous les droits
internes découleutdes liens religieux qui unissent les hommes
à leur totem Dans les familles de forme patriarcale, le droit
interne constitue une branche du culte des ancêtres
H. Dans les groupements sociaux pluscompréheusifsquela
famille ou le clan, il existe une deuxième assise de droits
sociaux internes G, dont l'ensemble forme ce qu'on nomme le
droit public interne": celui-ci comprend, uou seulement le

I Durkheitn.hivisiondu travail social', p. 149et «ijc|. p. 154 WJIson,


I.Ùlat, trad. Willielm, Paris, 1902.1. p. 31.
t. C'est la llièso fondumentulv(liifeniluo,pour l'onliiiuik1classique,pur
Kustol de Coulantes, La Cité antique (notamment llv. Il, cli. i). On a
pu nSfulorcertaines cxaKi-rulionsdu celle thtse (cf. Jlioring, Les Mo-
tiuropéens avant l'histoire, Irud. Meuluimore,1895,p. 00-07)huiisen infir-
mer lu principe. Voy.aussi (Grâce;Ulolz, La solidaritéda la famille dam
le droit criminel en tîrèce, l'iris, 1901,pasum, notamment p. Si al bi|<(.
,Wet sijq. – L'Ordalie dan* la Grèce primitive, 1904,p. b (Homo),Cuq,
Institutions juridiques tin Homuins,V, 1891,p. Si et sqi|. 70 et sqq.
IVittOi, p. 44et sq<|. Jlioriog, Gekl dt* riimvtohenlitchis, I*. p. 890;
Itouclto-ùiclercii,AesPontifes de l'ancienne Rame,p. 390et sijq., etc.
3. Fraser Le totémisme,trad. Oirr ot Van Gconap, l'aris. 1898, p. 81
ut 8qi|. (Aspectsocial du totémisme).
4. llrisjuui).Manueld'histoire du droit français. 1898-190», I, p. 434-435;
Uiranl. Manuelélémentaire de droit romain*,1906, p. 885-388;Steinmote,
KlhnologischeStudien tllr ersten BntuticMungder Mrafe, 1894, I, p. 141
OlSIJ(|.
:i. Cf. Fustel Ue Coulangus,Cité antique, liv. lll, ehap. ix, x, xi Prom-
mbold. Uetierden Kinfluss tler Heligion auf das Recht der (Sevmanm,
Uroifswald,1903.
G. Ce qui exclut I»droit international publie, fort ma) nommé, puisqu'il
u'otl en réalité que le droit privé des KlttU(Cf.Wilson,l.'Êlat, II, p. 30Î
n 1,0 droit intornatiuimlpublic n'est pas, en somme,la volonlûd'un Etat
il n'y u, au-di:asuadut;nations. aucune autoriWqui la tour impose a), mais
l-, IIUVKLIX.
– HAUIK
KTDttÛlTIND1VIUUKÎ. 7

droit public répressif, mais aussi le droit constitutionnel et


udtninistralif. Le caractère religieux du droit criminel n'a plus
besoin d'être démontré1. Celui du droit constitutionnel et
administratif apparatt nettement à qui veut réfléchir aux ori-
gines des notions actuelles d'ordre public, de souveraineté, de
puissance publique, d'Étal', sur lesquelles ce droit repose tout
entier. La théorie du droit divin de la royauté, ou, plus lar-
gement, des sources divines du principe d'autorité3, n'est
que la cristallisation du principe religieux qui se manifestait
primitivement dans l'institution des rois-dieux-prétres et
dans les tabous du chef'. Les idées contemporaines sur la
souveraineté nationale. l'état démocratique, etc., éveillent
encore dans uos esprits des représentations religieuses; les
théoriciens de notre droit public l'ont parfois constaté'. A
cet égard, les théories individualistes de l'État sont restées
des créations livresques, et n'ont pas exercé une influence
sérieuse sur lu conscience populaire. Hegel avait raison de
diviniser l'État; et l'on sait bien que le socialisme, tel qu'il
se réalise lentement dans notre droit, qu'il teud à transformer
tout entier en droit public. est une espèce de religion.

ru <|u: comprend cerluinctm-ntle tlrull intvrnutioiialdit privé, âftahunent


mal nomme1,puisqu'il soukVo avant tout une question de droit public
interne, de «ouveraini'ti'
I. U a élu ptoiotinont mis un lumière pur M. Durkla-im.liimshn du
travail social p. $9et sqq. p. Itl et sqq., 'lui a i'Balemontmontréles
survivancesdo ridée religieusedans lodroit criiiiini'lcontemporain(p. ex.
dans la notion de l'oxpialion. 1*.118-69).AddeMauss, l.u Religionel le-:
Origines du droit pénal. Revued'Histoire des religions, 1897. l'ernlcn,
l'arergu. Zeitschr. der Savigny-Stiflungfar Rechhgeschichle,Ilom. Abtli.,
XVII (1800),p. 107et sqt] Glolz,Eludes socialeset juridiquessur failli-
'luité grecque (t. La religion et le droit criminel),1900.
î. 11 est d'ailleurs Mon aisé de inontivr «juo lo droit public constiluu
historiquement comme une extonôionet un dôveloppcniunldu droit
inlrafiiinilitit.Ona souvent montré, pour des milieuxassez divers. que I»
Kouvcrnemuntde la clli*s'est constitué&l'image du gouvernementde lu
rumille que la chef dol'hlat a vie'coiisldi'récommelo chef d'une farnilli!
•'largio, etc.
». lirissaud, Manuel,p. 827et sqq 650 774et siiii Il. Michol, Vidée
de lÈtal. 1895,p. 8. •
4. On sait que l'institution dei roisHtieiue-piélres a utûsurtout tHudiëu
par Frazer, Golden Iloitylt, trad. en français par Htiebilet ïouluin sous le
titre l.e Rameau trOr, 1. t903. Sur les tabous du cher, voy. aussi Van
Gcnncp, Tabouet tofémianrek Mudar~aacar.Di6l.éc. dea llautea nludea.
Sciencesreligieuses XVII)«90*.cb. vu. Cf. Hubertot Mauss. Magie,p. 85.
5. Iliiguil, l'État, le droit objectif el la loi
positive, I, 1901,p. 343;
itou, l.en principes généraux du droit administratif, 19»t, ifl-n fir
p.
Wilson.L'titat.pauim, notammentl, p. 246: 11.p. a».3Js p. 308.
8 L'AItNBBSOCIOtOÛKJUB.
la«5-HHIlJ
(' If existe une technique dont dispose l'autorité sociale
(autorité de la famille, du élan, delà peuplude, do l'Étui)
pour réaliser les deux formes de droit social interne dont je
viens de parier. Elle comprend un ensemble de rites qui len-
dont à manifester le droit et à le sanctionner. Ou lui donne le
nom de procédure et elle a des origines religieuses. On
n'ignore pas que, dans les civilisations peu avancées, le*
litiges u« tirent leur solution que de la volonté divine. Tantôt
les dieux révèlent directement le droit* au moyen d'uu maté-
riel divinatoire dont les intéresses usent dans des conditions
déterminées (jugements par Vurim et le tummim par les dés,
par les sorts, etc., et ordalies) tantôt ils le révèlent indirecte-
ment en preuuut pour iu terprè tes desdiseurs-Mt-oit, voyants,
devins, cliefs, rois, juges ou prudents L'oracle judiciaire,
œuvre divine, comme le tabou, ne se borne pas à prouver le

J. Noua «Usvrions diit) « do procédure publique », si çelb otpnwion


n'était inusitéeest ce sens. On a pourtant a-murquê(Wllson, l.'fUul, II,
p. 3U8,n' 14<ttj,que las règles de prae&lunisont estn'alite do droit public
Cette désignation aurait l'avanlago d'exclure la procédurepvh-it, c'eist-à-
dire l'cnwuibludes furnu'Sextrasueialesut «xtrajudiciuircspur lesi|uo!!i'«
w réalise la jmticeM*jirieëe »ysl6meîle lu SeUsIliilfe,dus vi'iigoaures
et saisios iji-lvtius,île» représailles, des guerres,uU\, et uiOinolo eys-
lùtnedes urbltrageiiparement volontairesqui s'y subslilueut.La procédure
ne prend un caractère public que lorsque l'arbitrage devient légal. – l.i-
duel judliiidirv,s'ti fonctionne«oinuiusubstitut du la vongeumo privôe,
n'a dune j>a>,ù mou Si'u.-j.un curuclôrareligieux. Il en M tout autrement
»'il foiicllonuecumule ordulit, connue jugement de Dieu. Sur celte dis-
tinction d\it duux fonelions possiblesdu duel judiciaire, voy. Dwlarcuil.
NouvelleBfPuehittorique (ledroit françai*el étranger, XIII (188»:,p. il»
et «](|. X(\lll (J«B9),1).330et «iq. Kovalewsky,Coutumecontemporaine
et M ancienne{Uroiteoiitumier o«#/i>«),1893,p. 391; Sleinmote,Xlhii.
litudieii, ». p. U7; l'osl, 6f-t<mMM tler ellrnoloQiachan
Jarïeprutless, <<!9t-
95, 11,p. 5fti grliruiler, Mirbuch (ter deuttehen RechtugescMchleK IK9X.
p. 85-8fi Uinbeil, fci fonction du droit civilcomparé,J, 1903,p. 7J) i-l
n(Vi UloU,Vontulie, p. 4.
i. Voy. Un lion exemple de sentence prononcéepar lu divinité, en
forme d'orucli),dans uiw InscriptionanhnViuede Nanlinée.Bull, de L'on:
hellénique,XVI (1892),p. $05.
3. Schr&jor,lAshrbucli p. 14, n. 16 UiiitoH, op. et* 1. p. 838et »<|>|.
l»ost, EthiiuloyiHheJurisprudenz, II, p. 474,3 j Hinel, De,-Bid, tin Bei-
trag tu w(«ec (iesehkhle, 1902,^i. 180et si](f.Cf. Rabelais, l'aulagewl,
111,c. 39 Ktuwf, «1. MartyUvaux, II, |>. 180ot sut)) et c. 4i (Ibid.,
p. 808-SUQliaMenioiitpar les dés, et explication do ce jugemont par
« l'aspect bénévoledes cieux et faveur des intelligencesmotrices les-
quelles, en contemplationdo la simplicitéet affectionsincèredu juge Bri>
doye. ronmeroienlet tourneraient les de* pour tomber on «banco de
çeluy qui, iiiuny «lujuste complaincte,requerroltson bon droit estro par
justice iiiailitenu.»
4. Sur lev Gexelvtprechergermaniqaei, les file d'Irlande,etc.. voy. sur.
tout Uunbi.rl. nj>.cil.. 1. |i. 218«1 sqq. 1i7 et 8(|i(.
P. lll'VKUN.– MAIHE
Rï UROIT1NUIV1OUKI, 0
droit autre les sautes parties au titige,
pour le passé; elle teud
à le fixer comme norme générale,
pour l'avenir; reflet relatif
du jugemeut est une conception individualiste
réceute' on
soit que la coutume, dont on connaît le caractère transcen-
dont, surnaturel ne se forme que par la lente accumulation
des sentences, ou, comme on dit,
ûwprteédtntn, des «isa. Quant
aux sanctions, elles sont aussi religieuses, soit
qu'elles soient
appliquées directement par tes dieux', soit qu'elles le soient
par les hommes. La sanction fondamentale est l'excommuni-
cation, d'où sortent, par un processus do diflérenciation et
do debltitaliou sur lequel les témoignages
historiques ne
manquent pas*, I» niiso hors la loi, la proscription, et toute
lit série des sacrifices expiatoires et
purificatoires d'où dérivent
lu peine de mort et le système entier des
peines publiques0,
lie ce qui précède, il résulte que la procédure législative se
confond par ses origines avec la procédure elle
judiciaire
ne s'en est séparée qu'à une époque relativement récente le
principe de la séparation des pouvoirs ne peut se réclamer
d'une bien lointaine origine. Aussi ne faut-il
pas s'étonner
si l'on considère, aujourd'hui encore, le législateur comme
un dieu. L'interprète attribue ù sa volonté, et à la loi écrite
qui nous la révèle, la pérennité et l'aptitude à maîtriser la

I. Qui se i-iittuelicpeut-Mie ù l'introductiontlmis la procédure


tl i la |iroc(Sduro publique
urbitralu privée.
S. MariHier,Solessur la Coiitumtje Tatouet l'OJiligalion momie. AVer
vumamles. l'uris, 1901,p. 891et sqi|. Cuit, Instit. jur. det Humains,i'
\). 20-ïl: Dcclurcuil,Atone.Hev.Ilist. de Vroil, XIII (1889),p. 193et sqq.
Voy. aussi Van Uennop (Op. cil., p. 27et sqq. p. 30).qui emploie d'ail-
Jours le mot coutumedans une acception plus largo que la noire. Nous
ne-parlons,quant u nous, que de la coutumejuridique.
3. Cest lu résultat qu'a dvlinilivcmenlctulili, avec une documentation
abondante, M. Lambert dans son livre nréeùdoininenlcltô Inotuininenl
p. 801).
. Oumême quela sanction résulte inûcaniqaoïnenlde l'infracliun pur
suilu dola contagiositédu tabou, celui qui lo violedevienttabou lui-môme.
Ksomplctdo sanctionsdirectes dinfrartion»a des tabous dans Van Gen-
nep, op. cil., p. 31-33.Dans l'ordalie, la divinité applique directementet
imnuMiaUimentlipolno prouve, sentenceet peine se confondent.Hirzel,
Der KM,p. 188et sqq. Ololz,L'ordalie,p. 0.
U.Voy.l'osl, ElhnologhiclnJurispmdenz, I, p. 332et sqq. II, p. Ht et
sqq. Olutz,Solidarité,p. iî cls(|q. Lanibert,op. cil., p. 719, n. 1 et i:
Swoboda. Beilrdgeiur grieehiscltenItechlsgemhichte(tvxlr. de la 'i. d,
SavignyStiflUHg), l»0S, p. 39.
6. J'our préciserles diÛY'nmees qui «iJparcnlla peine du sacrifice, voy.
llubeilol MauBs,Kssaisur le sacrifiée.Année sociol., Il (1899),p. 412.
u
IU «OS-iMW
LANHliKS0VtULUU(QU8.

vie que le théologienattribue à la volontédivine et aux


livres suinte

11

Si, dans les rapports juridiques que nous venons d'énunié-


rer, l'empreinte religieuse première est très apparente, il y
en a d'autres dans lesquels elle l'est moins. A côté de l'idée
religieuse, nous y voyous poindre l'idée magique. Il iaut insis-
ter un pou longuement sur cette constatatiou, trop mécon-
nue.
Parmi les droits qui présentent un caractère ambigu se ran-
gent surtout les droits dite réels, dont le prototype est le droit
île propriété. Nous pouvons lie nous occuper que de ce dernier,
dont tous les autres ue sont que des imitations ou des démem-
brements. Originairement la propriété a uu caractère public3;
elle est conçue comme un droit collectif, exercé indivisément
par tous les membres du groupe social {communauté de clan
copropriété familiale'). 11 n'y a donc pas lieu de s'étooner si, ù
cette phase du développement, la propriété est entourée d'utt
respect religieux », et garantiepardes tabous*. Mais à coléde lu

I Lambert, Uneréforme nécessaire desétudes de droit civil (Ktfr. de


la RevueInternationalede t HnseignementParis, 1U00 Lesfonctiondu
droit civil comparé,p. 20 ol si|i|.
i. Post, ei/inologisclifJurispnidens, II, p. 'Ml.
3. Je me bornuu renvoyerà l'ouvrage vlussii|uede Uiveluyi-,Lapropriété
et ses formesprimitives*, 4891. Addel'osl. Et/ut. Jurispr., I. p. )SBelst|<|
327et S(|(|. II, p. 587et s<]<].
i. Vu}',p. ox. Buauclict,Histoiredu droit privé de la Républiquealhf-
nienne, III, p. 08; (iuiroud, La propriété fonâèrt en (iréce, taris. WiX
y. 3Ui Ueaudouin,l.a limitation des fonds de terre damses rapports am-
ie droit de propriété. Xouv.lier. Itist. de Droit, XVII (1893),tiotuiuuienl
p. 411elsqtj. (112,8),etc.
5. On consultait sur les tabou*depropriété (de propriété/tarière) Van
tiennep, Tabou et totémismeù Madagascar,eh. xi, p. 183et sqi| ut les
autorités qu'il elle p. 18S, n. 1 p. 191. n. 1-3. Pour I* Assyrie,Pussey.An
magieassyrienne.Mol.de l'Sic.des HautesÉtudes. Sciencesreligieuses,XV),
IllUi,p. IIS et s.|i|. pour la CliaJdi'e.Cuq. U propriété foncière ut Chat-
<Ued'après les pierres-limilei\Koudourrous)dit Muséedu loutre. Souv.
He».Hist. de Omit, XXX(1900).p. 701-738.Sur les tabous gnSeoromalns
de proprliUd,ttptfciulomcnl sur les tabous des limites (îJooi,termes), voy.
«ti'ji Kustelde Coulang«i,Cité antique, iiv. Il, cil. vi. Adde Uuiraud.|>.
180-187; Deaudouin.c*; Bui-d!ck,A'o«ii</a(ionHi(e»wif/inomekinired eere
moitié*,Now-York.Maissur les tubousdos limites et des bornes,il faudrait
li's précisionset desdévnloppomoiils.La limitationpassaun«Ifotpouravoir
P. MUVBI.IN.– MAQIKg? BBOIT IKolUDUKI. J|
.t..r.L &.
propriété religieuse et publique apparaît la propriété privée.
Les premiers biens qu'un homme puisse traiter eu
propriété
strictement personnelle sont sa chair et son corps'; puis ses
meubles dits corporel», appelés ainsi
parce qu'ils font eu quoi-
que sorte partie de son corps {moltiiia <jm ossibu» mkœrmt
vêtements, armes, etc. ) puis les autres meubles'. La pro-
priété du sot ne s'individualise que tardivement et lente-
ment. A peine parvient-elle de nos jours à cette mobilité
qui
révèle l'individualisation des droits.
Or les sanctions de la propriété individuelle à ses débuts
paraissent – malgré les incertitudes et les confusions trop
fréquentes de la terminologie – relever d'un principe magique
plutôt que d'un principe religieux.

fondu"la propriété privée, ce qui est vrai ou ce «cas qu'olla marquelu,


mita) spécialisation durublo de la foinille,puis dol'individu.sur un mor- pro-
ci»u de t«rro déterminé, mal»ce (lui est faux si l'un entend pur la qu'ollo
crée des le début un droit Individuelcomplet, dégugé des liens du droit
rolloctir.Car la terre, inônwlimitée, demeure longtempssoumis»au droit
supérieur du groupe social. Les preuves oit ce sens abondent. Ainsi la
terreresto inaliénablo(ce Ilui no résulte pas. commeon listilt couramment,
du principedo copropriétéde la fuinllloétroite; celui-ci
la famille prise en bloc. et représentéepar son chef nu n'ompcclioraH pas
par loi
c onseil des
anciens, d'allénor). La propriété,au et» d'oxtinclionilola familli-,i-uviont
au grouposocial (P. «x. droit do succession«le»gentil*a Kome.Cf. Ko
vajewtky. Coutumecontemporaineet loi ancienne,18U3,p. 70). Los lion*
qui rattachent la propriété au groupenese rampent doncpas d'un kuuIcoup
par la limitation, ils ih<relâchent progrottlveinent. Au tw et à mesum
i|uu la pnjpriûlvs'individualise davantage, on voit lt>tabou de propriété,
qui n'agissait priiulti veulenti)uo par la i»onuce d'une souillureet d'uno
i-on«ôcralion,se renforcer do malédictionset d'exécrations,qui Unissent
ineinupar y prendre la piwnioroplace «Exemplesdans tes travaux ciU's
plus haut). Pour los marques de propriété Individuelle,voy. infra, p. 43,
n. 1.
». Colle
idéopermetseule(l'uxpliqucrcortuinslraiUiSniginatiipiBs do l'his-
toiro des obligations et de la procédureoxécutolw p. ex. la prépomté-
i-anceoriBiiioirc donnésaux«liW«fcpersonnelle»ut auxvoie»d'exécutionsur
la pertomiepar rapport aux tùretia réelle*olutixtxxesd'exécutionrntr tex
bien*.1».Iluvelin. U procèsde Shytoekdans le Marchandde Venue, de
Shakespeare(Kxlr. du Huit, de la Soc.îles amis de l'Universitéde Lyon,
4904|, p. 19.23; V« Obliyaïw, Dictionnaire des antiquités i/recoues el
romainesde Uaromliorget Suglio,VII.1. mi, p. t33.
2. C'est l'ordre chronologiquedans lei|uol apparaissent les différents
l/agesào*dettes: d'abord lu seul corps du débiteur, et ses meublescorpo-
rels puis ses autres meublesIle* meuble»sont le siège des dette* qui
n aquedes immeublesest insolvable)puis l'ensemblede son
patrimoine
{Quit'obligeobligele sien). Mu*tard le corps du débiteur sort du gage do
se» créanciers (suppressiondu l'esclavngopour dettes, at mêmede la con-
traiate par corps. On pourrait dire aujourd'hui <Juis'obligen'oblige
que
ietttn). Pour celle évolution.voy.. outre les travaux précités, llrissuud,
Manuel,p. I4(ii; lS83olsip|.
12 (.'AMKKBiOUIOUHSIQUE.1903*1900

De quelles sanctions voulou&-nou8 parler? 11 ne peut être


question encore de sanctions restitutives. Ici comme ailleurs'
les sanctions restitutives sont postérieures de beaucoup aux
sanctions répressives. On sait de source sûre pour certaines
législations », et on peut conjecturer pour d'autres », que l'ac-
tion on revendication n'est apparue qu'après l'action de vol,
sur laquelle elle s'est greffée, et dont elle s'est séparée dlfliei-
Icineut Nous n'avons donc à envisager, comme sanctions
vraiment primitives de la propriété individuelle, que les
moyens de répression du vol. Encore tous les vols ne rentrent-
ils pas dans notre cadre. Nous pouvons laisser de côté les vols
commis à l'iutérieur du groupe social (eolx familiaux ou vols
domestiques) car la propriété s'individualise fil en plus tard
au regard des membres d'un inôme groupe qu'au regard des
membres de groupes étrangers. Le vol domestique est rare,
presque impossible, dans les milieux où le droit Individuel de
propriété s'efface devant le droit latent et diffus de la commu-
nauté6.Là où il se produit, il tombe sous le coup de la seule
répression familiale, comme une atteinte à la propriété com-
mune" cette répression reste religieuse des ordalies y ser-
vent communément de preuves et de peines' ce qui explique

1. Uurklioiin, IWmon du travail social*, p. 108et sq<|. Post. Kthit.Ju-


H»/»- 11. p. 210; Girard,Manuel*,p. 3X8.
i. Pour le droit germanique, voy. Jobbe-Duval,filmle historiquesur la
revendicationde, meublesen droit /ranjaiJ, 1881 Uriswud,Manuel, Il,
p. 1198et g(|<|.(ut les citations).
3. Cf., pour le droit romain, Girard, Manuel', p. (08. 1.
4. Je suis porté &croire, pour dos raisons tintas, entre autres, de eer-
laines particularités do l'action auclorilali», et de l'analogie de t'Anefun-
gsktage germanique (Cf. London. Die AnefaugskUuje,1880; Schrûder,
UhrbucU p. 372et s<|q.| avec la legit actio per sucramentum in rem
romainu, que cette dernière s'ost ffrolKecommeun incidentsur l'ancienne
procédurede répression du furttim.
5. Mauss, Rasai sur les variations saisonnières des sociétés Eskimos.
Annéesociologique,IX (l'JOûi.p. 1*0.
6. GioU, V. Ktope. Met. de Daremberget Saglio Solidarité, p. 193-
199.
7. Exemples lillis, The rttsispeaking peoplea, 1887, p. 201 Grinan,
DeutscheKeehliaUerlhamer,4«éd. par lleunleret llûlmer, II (I18S9).p.
581 p. S<J7-S9<J;GUIMI0ll'ost, AfrikanischeJurisprudetn, Il, 1887,p. 108,
n. \-t; Kovalewsky,Coutume contemporaineet loi ancienne, p. 4M cf.,
p. 437; Yelten,Sitten und Oebrduekeder Suaheli, 1903,p. 328-3X3; Kébittol,
U Folklorede France. Il, 190S,p. 854-855.Sur le passage de Solin (iï, 6)
relatif à une source do Sardaigne flui rondles voleurs aveugles, et sur le
imUciumoffae auquel, d'après Psoudo-Acron(sur llorat.. Bpist.. 1, 10.IO)
Unmaître soumettaitses esclaves pour découvrirl'auteur d'un vol danics-
tique, voy. GloU, Ordalie, p. 8»,I II0-IH. Il n'est pas toujours faîUede
P. IIL'VBMN.– UAUIB KT DROIT INDIVIDU!». 13

pourquoi,dans beaucoupde sociétésorganisée»,cetteforme


de volpasseencore pourimpunie
Notre sujet ainsi circonscrit,nous n'avons désormais à
nous occuperquedes vols commis par un membred'un groupe
au détriment d'un membred'un autre groupe,c'est-à-diredes
vols qu'onpourrait appeler(nterfamitiam:

III

Le voléavait souventrecours,pour satisfaireson ressenti-


ment, à desarmes magiques.
Nouspossédonsdes témoignagesnombreux,provenantdes
civilisationsles plus diverses, sur les pratiques magiques
simplesou complexes,malédictions,conjurations,envoûte-
ments,etc., qui serventà punir les voleurs.Il y a lfeu de dis-
tinguerà cet égard le vol flagrantet le vol non flagrant. Dans
le vol flagrant, le voleur pris sur le (ait peut être châtiésur
le champ, sans hésitationsni incertitudes en généralla ven-
geanceprivée s'exerceimmédiatement dans toute sa rigueur*.
Il arrive pourlantque la vengeance échoue,par exempleparce
que le voleur pris sur le fait s'échappe,ou parce qu'il est le
plus fort.Maissurtoutla vengeancedevienttrès difficilelors-
que le vol n'est pas flagrant car le volé ignore souvent qui
est le voleur; ou bien, s'il le connaît, il ne peut l'atteindre
lorsqu'il découvrele vol.Il ne lui restealors qu'à recourirà
la magie,qui constitueainsisoitun substitutde la vengeance,
soit un moyen de la préparer.Je réunis quelquesexemples
des pratiques magiquesqu'on emploieainsi, it titre pénal,
contre les voleursinconnusou hors d'atteinte.
On trouve d'abord des malédictions, orales ou écrites,
commeces tabellœilefmanumlatineset grecques,dont nous
possédonsplusieurs exemplairesdirigés contredes voleurs3.

suvuir,lesauteur nerourniissnt paslesprécisions nécessaires,


ù<|uoll«
rspf'code volou a affaire.
11 bien
semble i|ue, d anslesexemplesrappor-
tésci-dessus,les ordaliesnasoientUtilisée*qu'à <l«
l'occasion volscom-
misù.l'intérieurd'ungroupe.
1 Kxomplcs dansl'ost,Blhn.Jurkpi:,Il. p.iîi-U6 Mcrker.VieM<É»i».
Berlin,11)0*.
p.28.
2. l'osl, litlin. Juriupr., Il, p. «37-42»; WI-U3, el les citations.
3. lin gémirai, voy. Audollent, Uefixionum lahcllv i/uoli/uol innoluerunl
lam in Utaeck Oritnlis quam in totius Oeddenli* parlibus praeter alticas
in rot-pore invriplionum altkarum éditas. Paris, 1901. p. liXXXVIIt ot B«|q
14 L'ANNtiB
SOOIOLOUigUK.
IMHMIHW
P. ex. C. L, II, n° 462; Audollent,Zfe/fr/omo» lahelte,
n° 122,p. 177: DeaAtaeciuaTuri|br!gProserpina| pertunm
maiestntem| terogo oro obsecro| ult vindicesquot mihi
turti taclumest. 1
D'autresde^ione»analoguesvisentdes dépositaire»ou des
commodatairesinfidèles2.Onsuit quela distinctiondu vol et
del'abus de confianceest une distinctionrécente.
Longtemps
aussi les mœurset les loislie tout aucunedifférenceentre le
voleur et le débiteur qui ne restituepas un objet prêté on.
mis en dépôt.
La tkflxioa plus d'énergiequ'unesimplemalédiction elle
tient ausside l'envoûtement3. Onrencontredesrites plus coin-
ptetsde magiesympathique,employésà châtierdes voleurs.
Ordinairementces rites s'accoinplisseutsurles traces qu'ils
ont laissées. Dansplusieurspartiesde l'Allemagne,on punit
unvoleuren mettantde l'amadouenflammé dans l'empreinte
de ses pieds,ouen remplissant,avecan peu.de In terre
qu'il
a foulée,nusacque l'on rouede coupsde bâton*.Ailleurs,ou
s'emparede l'Amedu voleur, et on l'enfermeen quelque lieu
de torture, jusqu'àce qu'il meure.EnPologne,on
placedaus
un cercueil, avec un cadavre,quelqueseffetssemblablesà
ceuxqui ont été volés,et le voieurpourritirrémédiablement".
Dansles lies Fidji, un explorateurraconte que, certaines
racinesayant été volées,les sorciersquifurentappelésplacé-
rent ce qui restaitde ces racinesen contactavec une plante
vénéneuse.Aussitôtque le fait lut connu,deux personnes
tombèrentsi gravement maladesqu'elles en moururent,en se
reconnaissantcommeles auteurs du vol6.Chez les Gipsys,
pour recouvrerun chevalvolé,on faitun trou en terre, on y
jette ce qui peutsubsister des harnais,on boucbele trou,ou
allume du feu sur la plalco,et l'on chanteune imprécation

1.Demiuu:Auilollcnl. n«11,p. 18;n»iï, p. 18;m 75,p. 103 •»•M


p. 158; a* 100.p.1SUn-103,il.SÏ7et isqq.Cf.l'Kwl.. Aatul,39).3))a
Apollu, suliveni
c|tiw>so, miliiutc|uoailiuva,
coullgo lurcslliesau-
sugillls
ruriOB.
2. lluuvollo.Ilull.decorr.hellénique. VI(18021,
p. 80C503:
»•t, I. 5.10,p. 8;n«48,p. ',1 n«'£, p. 10*. Auilollcnl
3. Huvolin, Tablette* p. 23,1.
magiques,
4.SiilnoyllnrUand, ThelegttulofPerseu», II,1895,
p.78.
li.SidneyJlurtlun<t.Il,p.101.
6. Sidneyllartland, II,p. 10».Autwsexemple» analogues dansl'usi
eihn.Jurisprtideni.Il,p. 4SS.
P. IIUVEI.IN. HAUIB ET BllOIT INDlVIDt'KL tiV
rb

a**£k AiltttltA 1a IIaIamm ètHAOiinA iu\ iiAiinl fi* nniiii «>> l.i.
vengeresse contre le voleur,avecune invocationpourque le
chevalrevienne1.
Lesrites magiquesdont IIvieutd'être questionn'ont qu'uu
but répressif,car ils sont purs et simples. Maison peut leur
assigner un but restitutif, en les affectantd'une modalité
dermeou condition).Lorsquele dommagepeutencorese répa-
rer, on ne lancele charmeque conditionuellement, do façon
à ce qu'il ne produiseeffetque si le voleurnerestituepas,ou
jusqu'àce qu'il restitae. Beaacaapàa defaùmesgrecquesou
lutinesue doiventatteindreque le voleurqui ne restitue pas
irto&iSi-m. i'/a:;xa iitoôtn. ti Si xa ftf|<inoôôii. nisi
(\i:>,
retttfuat*).Uuedefixioadresséeau deusNoden* pouvretrouver
un anneau volé signaleau dieu, commesuspect,un certain
Sonicianus que le dieu lui enlèvela sautéjusqu'àce qu'il
rapporte l'anneau au temple « Nollis| pdinittas militai-
tem, danecperferatusqnetemplumNoitentis»1. Dansle voisi-
nnged'Herniiiunstudt,en Transylvanie,la victimed'un vol
se procure une hostieconsacrée;elle la placesur ce qui peut
resterdel'objetvolé;puisellepique l'hostieuvecune aiguille,
eu prononçanttrois luis uneimprécationcooditionnelle contre
le voleur. Si ce dernierveut échapperau maléfice,et éviter
la mort, il faut qu'il rapporte ce qu'il a pris Chez les
Ossètes.le voléserenddans un endroitpublic,suspendà une
percheplantéeen terredeschats ou des chiens,et les perce
de bullesen prononçantles parolessuivantes:« Queces chuts
et ces chiens soientconsacrésaux défuuts de celui qui m'ii
volé, de même qu'aux défunts de celui qui, connaissantle
voleur, ue veut pas le faire connaître » Oubien encore le
volé,setenantprès d'unfumieroud'une charogne,dit à haute
voix « Que lesdéfuntsde celui qui m'a volé,ou qui cache

I. SidneyIliirlIaiKl,
11,p.87-88. Ileinitaie11,\>.7(1D'aprèsBezzenbergcr.
unLithuanien quidi'-couvn1 d'unvoleurvuaucimelK'iv,
la trace rlmisil
imotuinbo,enenlevélucroix.motla terrede l'empreinte dansIntrou,ut
ropluculitcroix.Levoleur tombamalade, et m maladie laUc'nonce.Ains.i
leritemagi(|uv serttoutu la foisà n!vi*lerle et&
coupable le punir.l,i:
moyeu d 'instruction
nose séparapas dola peine.
i. Audollunt.N>4,4, 5-7,p. 10-11 0 a, 1.S: 1.9;b. 1.3,p. l:i
I. N«
N*219.1.8-3:1.10-11. p.283;etc.
3.Cf.formules analogues damlesinscription» Murkul,
sépalcrali!» Veier
dienaaeiiannlen Sepuleralntutleu lier
{Fettg. tlettingtr Juristen-Fukullal
farJk«rin<imi),p. 103.J'ui purapprocher £i>s f unimlcs
,luluclausulu
urbitmriadel'action arbitraireronmiae. Tablettes p. 60-51.
ino.iy«e*,
4.C.l. t. VU,n*140:Audollonl. N<100,p. tfiO-160.
b.Sidncyllartland. Il,p. 101.
10 IfMIS-tBO»
I-'aSSÉKSOCIOLUUlyUK.
In
le h. Juin- mnniMml Intil
voleur,mangent tout onln
cela1I »» Caàf>nniiirnUnna
Cetconjurationsm causentau
coupableun tel effroiqu'ellesle décidentsouventà fairecon-
naîtrela vérité1.Au Congo,le rite magiqueusitéen pareil
casconsisteeuunesérie de danses,effectuée»enprésenced'un
féliche,et accompagnéesde sommationsau voleur inconnu
d'avoir à restituer eu un lieu et dans un délai fixés9.Ces
exemplespourraientd'ailleursêtre multipliés3.
L'emploide ces rites magiques,qui serventà la fois do
moyensd'iuformatiou,de répression,et de restitutionau cas
de vol,a laissédes tracesdanscertainesinstitutionsd'ordre
juridique.Onpeut citer encesensles perquisitionssolennelles
pourroi que consacrentbeaucoupde législations.Cesperqui-
sitionssur lesquellesnous possédonsd'assezabondantsren
seignements{?<Ap* grecque; (ptaestiolance licioqueromaine;
cestigiiminatioet visitedomiciliairede la loi salique pour-
suitesanaloguesdes droits slave,celtique,hébraïque,etc'.i
tiennentune place intermédiaireentre le rite magiquepro-
prementdit et le rite juridique.Elles fonctionnentcomme
une procédureprivée, et même extrajudiciaire,accomplie
par levolélui-même,avecun matérielet un costumeminu-
tieusementrégléspar la traditionCelte procédurecomprend

i. Kovalowsky,Couluniecontemporaine
el loiancimne,p. 431.
2.l'nsl,Aftikanische II,p.4t)7;voy.aussi11,p. 139(Ucl-
Juriiprudtnt,
Wiuimus'.
3. Vun (ic'nni'p, Tabou el lofémiumeù Madagascar, p. 493,3, ciU1.comme
tiynnl étudié les churtiies contre lo vol. J. l'uarsu, l.epro. and l.epers in
Ûudaaasear. Antanarivo Annual ami Madagascar Magasine. XXII (18981,
li. loti i'l s<|i| que je n'ai pu consulte»! <
t. Juim.> homoà ivnvoyor auxniféit'mte.s rilijospur(iriinm.Oeulsclir
Rechtxulleithamer', Il,|>.ll'9-20l;l'ont,Kthn.Jiirisprudrnz, II.p.418cl
.'8I-585DeolaniOil. /.«justicedansh»eoutumex primitives. Nouv.lie».
Ilixl.de Droit,Mil (1880), p. 381cl ,s,|.|. llrlssuud. Manuel,II.p.)20icl
5t|t|. (iirard,Manuel',p. 403,3;Glolz, Solidarité; p. 20t.n«2-8.Cf.lo
ril»nmfjiiiuu cmployùiluii*l'Imlepour retrouver les objetsperdus,
V.Henry, l.a magiedans l'Inde l'.IOl.
aulii/iie, p. 74et sqq.
5. Mal--rielet roslumedontla signfttcation magique pllurrait
parfois:n
Ainsipourle liciumetla lanx(Inla porquisition
iliMiionlivr. romain». Le
valufuisiiitsa porquisition nu.diwnlcertains textes,velud'un licium.
ilisentd'autres textes.Surlunuditérituelle danslesétalsreligieux excep-
tionnels, noluinment dansl'inspirulion divinatoire ou proplitHiquc,voy.
Jastrow, Journalof Ilieameriean oriental nociely,1901, 1,p.îi et si|i|.
Illuu,Dosaltjtuliiche Zaaberwese», 1898, p. 4SI p. 162; H ubert,V«M«-
r/io,p. iiilS,il.-11.Lelicium,sorlode caleçon rituelomployé par les
prcUres iScrv. sur Yerg../Un., X II,
1 20;cf. servait
Usaqbéiiraï<|uc) égale-
mentdanslescérémonies magiques (Vungerow, Defurtoconceplo extegx
XIITahularum, Heidclberg. 1815, au
p. 9). Quant platd'argile {taux
petiti*e'estl'instrument essentielde la libationon peutle comparer
Il. IIUVKMS. HAlilKKTI>HOIÏ
INDIVIMJM. 17
~.n~.lrww
deux parties. ~Iuw.
L'une, .IU l'I_I-
qui paratt fondamentale, et la plus
ancienne, est In conjurationdes traces laissées par l'objet volé
ou pur le voleur. Kilo s'opère parfois avec le concours d'un
chercheur de pistes, à la fois pAtre, chasseur, liomme-méde-
<;ini«,sorcier, la» lrnc.fi»,nous l'avons dAja remarqué, sont
syinpiithiquemeut liées àl'êtrequi les il laissées'. On envoûte
le voleur sur ses traces, comme on charme le gibier sur sa
piste*. Le caractère magique de l'inspection et lie la conjura-
tion des traces se révèle clairement dans les formes les plus
frustes do cette procédure. J'emprunte l'exemple"suivant »
l'ost rapportant,d'après Krapf et Harris, les moyens qu'on
emploie dans le Choa (Abyssinie méridionale) pour retrouver
les voleurs. Levoies'adresse au lAmulU (preneur de voleurs),
qui part en campagne, assisté d'un esclave mis en état de
fureur divinatrice par l'administration d'une drogue tippro-
priée. L'esclave, furieux, rampe sur les mains et les genoux.
comme une hâte il va flairant de-cidelà, tenu en laisse par le
Lubasrlii,et poursuit sa quête de porte en porte1. 11se décide
enfin à entrer dans une maison, dont le propriétaire cou-
pable ou non est traité comme voleur, et supporte toute
ht responsabilité du vol. De pareilles pratiques n'ont point du
tout à cette étape du développement, le caractère de moyens
d'instruction qu'elles ont pu prendre par la suite. Un certain
nombre de législations dénient même touleactiouau volé qui
a perdu la piste du voleur, quand bien môme il pourrait
prouver autrement lu culpabilité d'une pcrsonnedélerniinée5. e.
l.ii secondepartie do la perquisition comprend une titite
iliwiii'iliuirr, qui n'a pas du être admise sans résistance, à en
juger par l'accumulation des expédients mis en couvrepour la

iiivi-li' plalreniementomptnyt- autrefoish la iwlioroln1 du vol par lus


.siiiviiT.-s
prussiens,lluitkiioch.Ail Miirfnettex l'reuxstn(Pranrfortcl Utlp
/ik. iiwti. p. tu:>.
I O.VfclorHenry..Vuflir. p. 101 p. Î30.
t. Siilni'vllnrtluml,II, |i. 81-82.
3. l'ont.AfriliaiiischeJurixi>rinlen:. Il, |>. ISS.Auln's ovcinples <loilivi-
imlioii!t]i|)lic|ui-u
au vol Skuat.Main;/Mfigic, l'iOO,p. 537-54:
4. N'a-l-onpns«u ri:ci>miucnt ijnillvl-no^lIllOHile «pci-tacle
d'une quiMc
en
iiimlofJiiiK Knimn; ? Onso rappelle<|tiu,pn^- rOsniidronnel'nigmcjutli-
ctairo.si-nsationii'lle,un intifii'liiixlous'avisade recouriraut vieuxpm.
ii'hIksilivinatoirits;
on le vitfluircret guAlorla terra suspectede reo-ler
h-cmlavrad'uttdisparu.
5. l'osl.K//ih.Jurixpr.,Il, p. 58*.n. ï-3 rini«|iaclion (Iratracesest liii-n
l'viilcininuntlu partiecssuHliulli', et mimounique,dela prooiiduru.
K. DcttKitKii!.– Amitié sociol., !90D-IM0ii. 3
18 I.ANNIÏK sociDI.OillylK. tWS-100tf

rendre possible Celle visite n'a guère tjtio la valeur d'un


d'instruction ordinaire; elle a fini pur constituer lu
moyen
partie essentielle, parfois unique de 1» procédure" iiinsi lit

technique magique Il cédé lu place à lit technique juridique,


et lu divination ù la recherche raisomiéo des preuves.
Dans plusieurs des exemple!! que nous avons réunis, lu
volé recourt aux ressources de lu magie syuipulhique, en

excrciitit ses maléfices sur une chose qui est en relations avec
le voleur ou l'objet volé i traces; restes de l'objet .volé; har-
nais du cheval dérobé, etc.). A fortiori le rite s'exereerait-il
sur l'objet volé lui-même le volé attachera uu muuvais sort
a cet objet, qui désormais contagionueru quicouque y lou-
chera. Ainsi les skaldes islandais racontaient que le nain
Andvnri, spolié par le Dieu Loki, avait ensorcelé le trésor
volé le posséderait le paierait do sa vie « Cet
quiconque
nr – que posséda (instr, à deux frères – causera lu mort
– du huit princes il sera la perte; tie mes trésors– nul
n'aura prolit'! » On sait que ce motif a été repris et déve-
loppé par llichard Wagner dans l'Anneau du Kibekmg tu
malédiction lancée par Alberich sur le liheintjohl volé cons-
titue l'un des deux thèmes juridico-magiques', desquels dé-

I. Désarmement du poursuivant «ciment, A peut-être libutinn pour


apaiser les dieux du foyiT, l'Iaton, tenes, XII, p. 931 A-B. Cf. U.-M, Urtrvo-
Uttl'mhe Hechlsnesdiklile, p. 2Ki et *|i|. «lotr, Solidarité, p. 20r>.j0li.
Di'R'iise de pêniitrtM-dans «'Humes parties réserviSus du domiWIv <up)>ar-
tentent îles fomnii's). Ksini'in, Ut poursuite du roi el le serment punjaloire.
MH.rf'/iW. du droit et ilv critique, Droit titmmn. 1880, p. 239. D«|i(H.sui-
te seuil, «l'un (jasçu ou <!>•t|ui>li|uis jilfroe» île monnaie, pour indemniser Ut
iiiuilre di<la maison nu ras de purc|Ulsitiun Infructueuse. Uiiiimi, Iteutxche
H. A. 11, p. iW). Aulorisaliun (Umnùeau volé <!•twuurir ù la loi-ci-cuntri)
le uiniti-c di1iiiuisiMi ivoili'ili-unl. des Mamans, S, 3j L. de* Hinurois,
Il, i. Plus lard, ucliun doniiéi- <luns la nn'-mo luit. (les /<<> i": dt*
Unri/ 16, 103. Actionruoiuinc furti /iroliiliiti (iiiius, In.tl, III, VSi (îolion
.inaiogne en Givco lilot/, SuMiirHf, p. 203-M.
î. C'est lu cas dans la yumttiu lance ticiorjuc romuiiu. Lu |>nursuile ,ï
la piste y avait evUtû, coinuu! ou peut In pt'nwr il'aprvii Maerutiu •Satuni-,
I. f>,in fine. ICsmein, c, p. -M Mais,pour lus tumps historiques, Ivs
luxtus, et notaiimient celui du 'juin*, ne la mentionnent plus. De mèiiic
i-lifz les Francs, la Spurfolge n'a peut-être i|u'un caractère! fucullatil', s'ilrl
faut en emire rinlurphilutiuii i|U» donne, des passages l/ien connus dus
luis SaIU)U(!et Kipuairs, Zychu, ïur Ausletiimt) des Tittte'M tlcr lejr Mica
i Ut venlir/io iiiiiinmt') u. Zeitxelu: der Suviywj Sliftiini/. Uerm. Ablli
191)1,p. 17i>vt si|>{.
3. l'iniau, Citante populaires xeandinaees. If, 1901, |>. US. &• uiotil', a
pvinc iiniiiiui! dans ir&Siehtlungen, est frnidaniental dans lus Edita*.
4. L'autre est le tlu>nie du cuntral gravi) sur la lance de AVolan. In/'rn,
p. 35, n. I.
I' HlîVBUtf. – MAUIK KT IIHMIT IXtlIVlflL'Bk 19

coule la fatalité qui pousse tes dieux a leur ruine. On rap-


prochera naturellement de ces sorts attachés à une chose
volé», les malédictions conditionnelles qu'où inscrit sur uu
objet pour ou prévenir le vol. Ou peut recueillir toute une
série d'exemples d'inscriptions prophylactiques de ce genre,
s'écltelouuaiit depuis les menaces d'iiuatlièine jusqu'aux
forinulettes anodines tracées, aujourd'hui encore, par les
écoliers sur leurs livres'.
Peut-être lu malédictionliée ù l'objet vole explique-tulle
certains traits, sans cela peu compréhensibles, de la législa-
tion sur le vol dans tes sociétés organisées. Ainsi le droit
romain prohibe l'usucnpioti des choses volées, en quelques
mains que ces choses passent, telle exclusionde l'usucapion
ne résulte pus de l'indignité du possesseur, puisqu'elle frappe,
non seulement le voleur lui-même ou le possesseur de mau-
vaise fui, tuais même le possesseur de bonnefoi; elle a uu
caractère occulte, le possesseur pouvant ignorer le vice qui
entache la res furtitii; elle a enfin une 'durée limitée, puis-
qu'elle prend fin lorsque In chose est revenue aux mains de
sou premier maître*. Par tous ces caractères, celle prohibi-
tion d'usucaper contraste doue avec les tabous il'usncapion
que connaît le vieux droit romain (tabous concernant le ton-
l'uiiaiii, le buxtiiMet le forum, etc.), qui sont nécessairement
connus, publics et perpétuels. Nous possédons, à défaut du
précepte dos Douze Tables sur lu matière », le texte d'une

1. Manuscrit lie Suiiit-Bonollsur-l.uire


(XI«s.), vitejiurtiafduz,t'altlmv
dex
jiiri(li<l«e enfonts,hlétminc, p. lui) « Ilic<>slliborsuneli
III(|KS«-87<,
Ploiïuoctiîiii<|uimu
Iti'iii.-tlidi d i|Uisluiulus fuerit.vel ulii|Uhl(malu)
itifrouio luluril, uiuillicmuait. » Cf.phyliurlt'ii!
roulrule vol. l'ujt. l.ontf.
el
(XVI,3Î8 «i|<(.Wossely, StuegrieekisclioZititlierpttiti/ii.
Uenkschrifltn
•1erfit. hist. MusseUevK.A/cadeinie (1erWitssensvliuflen
in Wien,XL.lt,
i(W3,p. :n.
î. Iixompl>'8 nombreuxréunispar O'aidfi/,t° c, p. IS7-1U0. Aiiiti.dans
tulluu(i'Murn«
Si, lraoi|ii< du ilniioii.
Tu ilfroliei ooliin>.
A|)t>rcuiUijac tout fripon
Ktl ilIllillUI!Jf vivi",
Ktqu'unlirrvvoW,
S'a jamais |ir«(lt#

S. Lesjurisconstiltciiinsislonlsurvetteitlûc lui-rsfurtivapocli'un vllv


unelâche,un vin. Vuy.p. ex. Kullowa,Hômim-he Heclihyettcliichte,
II,
l'JOt,|i. 408 liîrartl.Manuel \t.3U7:Ksiiiuin, .Voue. liev.Mini,
de Droit,
ISSU, p. 2ÎU.
t. Utmtl'wxislinco est atletU-upur (iaiUK,
liai.. Il, S-i;Justin. tnsl,.
II. <> ici Tlivo|)li.nui'i'c pussiiKi'i: 41,.(. StaUa' iirvcoptitîle*
SU i.'annke soeiot.ouiQUK. l'JOS-ivoa

vieille loi Atmia dont les formules, eu quelque sorte fatidiques,


résonnent comme l'écho d'une de ces malédictions condition-
nettes dont nous avons parlé »\ bien qu'ou peut. lie demander
si l'on n'a pas systématisé, et traduit sous une forme législa-
tive, des formules proveuaut d'un ancien rituel magique.
D'une façon générale, tes procédés dout l'individu dispose
pour empocher uue usuenpiou de s'accomplir ù son détri-
ment {interruptious dites cirilcs de l'usticapion ), comme
aussi les formes d'autres sanctions indirectes du droit privé de
propriété rappellent des rites magiques définis. On ne les a
jamais étudies ù ce point de vue, et on aurait sans doute
intérêt ù le (aire.
On pourrait facilement développer tes considérations qui
précèdent, et multiplier presque à l'infini les exemples1. Mais

XII Tnlift» pourrait liiuu nïliv <|u'un doublet il«-lu (lisposiliuii rapporté»
par la lui At'tntti.
i. Oeil., .Y. Alt.. XVII, 7 « Qti'id sulmiplnm eiil, lûus roi aetumu «iw-
turila* i-sto. » Ma., 11. Il, IV. 4. U .1 yu,,d mitent ilfeil lesc Atiiii», ut res
l'uiiivu non usui:a|iiiilur. niai in iiotestateui ejus, ctti subrepta t'si, reverlti-
lur. » Cf. R. WuKiivr. Hheinqut-1 iiimimmetlc Sckriflen'. t. V, p. W4-23S"
« Ki'in Prulivr ««II | si-Iiht si– It ftvu'u | kiMiumiGHivkUtlii'ii Im-lif | avin
liclttor (ilaiu: | wr ilin Ijvsilicl. | donselirc .Snrpo, | uml wvrilin nk-lil Iml.
iingi- iIit -Neiil l)luii> Wu^Ikt liût'ilm sviii lli<tr, | ilocli iIdii Wiir-
Kit «iuhVr ilmi zii | Di-'iii Tuili- vurfallvn. | frss'lu «IciiViAiihhdie Kurclil:
m hmft'vr l<)l>t.{ sIctIi' i>i-IwIi/.imiiI daliin. | .k's Hinv'- llt-rt- 1 uls îles
HingfS Knotlit | bix in meiner llantt | ilen gvvaulitcu u-inler iih Imite »
i. Sur le jet it'unu pmrro pi>ur pivvcuir kii liili'rrmnpie une iisuciipio».
i'ii droil romain i.-t en droit iuhIm!, viiy. Viol. Cliuuvin. l.e Stoptlitaur.
HmW.île t'Ar-ml. royale île IMi/ir/tie. XXIII ,\mi-, p. ï'J-i7; l.c jet des
/lierres au /tileriuiiije tir /.« Mecque. Ami. île l'.irutl. nn/ale tl'arcliêol. de
Belgique. t>- s.r.. t. IV .ia»3|, p. i7J-3u«; >r. Uiiullû. /.(•* lu* de pierre*
sacrées el quelque* pratiques annetes daim le sud du Mann; Aljji-r. 1U03.
\'oy. aussi S'uliiuy llartluml. Il, p. 203-i11. Dans rum-ii'ii droit romain,
d'après Chvnm (lie orat., III, in. IIU), du iiitorniuipnit une usuvapiou en
brisant uni' bagnelle (mtrculuiu ilefrinyemtoi. Cf. l>i<j., X LUI. Si. fr. '20
S i il'iiuk Uremitr. Jurisprudeutiae unteliaitriaiiae qiiue siiiiersiiiit, I. 18'JG,
|i. !J (i't Ici) cilulioiiAi. Onpnil eompiiri'i" colle l'urnii' iVuxiir/ialio aux rilvs
l'têcrutoirus accompli* par la rupture d'uni- liii^ut-'itu. Voy. infru. |i. 31,
11.i.
I Ut jet d'un rnUlou iurltix lupiUi) est puut-^lrc In l'nrnii' lu ]i!u.s an-
l'ivnnc tVuigt. XII Tafetii, il. p. 630) par luquullo un pnipiillairu uil pu
proloDlor l'nnlii! lVdilii-<ili«n <l'uiu- vonntrnctiun ni>nYv)li>(nyii-Wv nnri nun-
tiatiu,. Oiij., k, i\. IV. l, U. l'ciut- I» iniiynu ùgi- pjiiii:iiiii|Uc. vny. Uiiiiini.
Heiilxvlia U. A. l, pii'.i-ï:il W rf. Ir lilo «eniiatiiijtii- du ji-ldu murli'iui,
•|ui servait do siinclion nu dmil du proprii-té lOriiiiin. II. A. 1.p. 7H
«t g<|i|.i,«l 4lui se iviln'wût l»'«t-Mrp ait ji"l d'uno |iiotn>
(Ijriium l, 1, p. 9h. Adde (irimin I.p. yô-Sfi. Pour le ciirurli-ro cxtcratuiiv
ilu jfl <l«s pierres. voy. infrn, p. 33. n. 3-V
4. On pourrait im'iitiomier iri Iin iricanlulioiis diriRccs contre lus; sur.
cier.-i ruli-an «l'infauls li-s mirants |Ui lucurcnt 011 lias tige pussunl on
»'. HUVKM». – UMHH KT IHHMT IADIVIOVKL i\

je crois on avoir dit assez pour considérer comme établie la


proposition que j'avais formulée tes rites magiques ont
fourni ù lu propriété individuelle sa première sanction.

IV

Ou rencontre aussi des exemples du rites


magiques sanc-
liou mmt d'autresuUelntes individuelles, et notamment des
atteintes contre tes personnes (Atteintes physiquen meurtre;
coupset blessure»; mauvais traitements. Atteinte* morales
calomnies et (tiltuinatioui. Les exemples sont un peu moius
abondants, les délits autres que le vol étant plus rarement
clandestins, et la vengeance privée pouvant plus ordinaire-
ment tes atteindre. Mais il en existe ussestpour que je puisse
étendre à tous les délits' les conclusions que j'ai dégagées
pour le vol. A Cnide, une femme rédige une defuio contre des
calomniateurs qui l'ont inéchumineul accusée d'avoir empoi-
sonné son mari, d'avoir vendu à faux poids, etc., et contre un
malfaiteur qui a bouleversé sa maison2. Un malheureux qui
a été frappé et charge de liens rédige une defuio contre ses
persécuteurs9. A Coula,une inscription nous apprend » comme
quoi un certain Artémidore, nyaut été insulté par llerino-
gène et Nitouis,les a dénouéesdans une tablette au dieuMén.
et comment Hermogène, puni par le dieu, a fuit une offrande
expiatoire, et a changé de conduite1.
Un délit qui entraiuo souvent des sauctious magiques

«Ifolpouravoirùtû voliisili;urs purenlsau moyendu tmiliHicis. Cf.(Jus-


Ut. TwoIhousantlyeursof « charm flre
agaiiat cleilcl-stealin·t 't-A. Fulk-
tore, I"JUU, p. 12»et s.|(|. Sébillol,Le folklorede t'ranve,I. 1904,p. «U
et si|i|.
1. Voy.dans Fossey,Ma'jieassyrienne,p. !)3et S'|.| IViiuinûration des
uctusqui portentmuliicmr, a ux
t-'ost-ù-iliroquiexposant iiialiillcus.Ony
trouvepAle-nnMi! de*vols,des violences,des parolusi-aloiunieuses, «te.
Voy. aussi II. West
Mary Kiugsley, Afrhnn Stuilies*,l'JUl,p. î«TiSpirits
us polii-emen).
2. Newlon,Ahistoryofdisvoveries l'iiùlus amitlranchi-
al Jlaticarnassus,
</«<18l>243, H,8, il" Mi-80Audollonl,n« t,|>. 10-1 f
ï. Newton,n»93; Audullent, n«13,p. 19.Voy.encoreAudollent,ti«1,
p. 0 n» 8, «•
p. ÎD-Ifi 893, ».J0, p. 409,etc.
I .
tr. C. «»• n°SH2;Nowlui), dansHeinaeh,Traitéilr/nf/raphiegrecque
p. 152 Pardrbct,Ma. tt»U.îlecari: hellénique,XX |18'J6),p. S8-M.
S. AutresexemplesV.1.1. VI,S090S;Amlolieiil, 1).XI.-XMII:lluvu-
lin,Tablettesmagiques, p. U,1 p. !7.
22 I.'ANNKE Suwol.OliiOt'K. HI(i.'i-IW)fi

est celui (lui consiste « ne pas payer ce qu'on doit1. Ou trouve


encore eu pareil cas des malédictions comme celle
expresse»,
que lança Apollouios contre son emprunteur Scollos qui m*
le remboursait pas. Apollonios dévutm Scollos a ta Mère
Atimiset à MeuTiamou, qui le tirent inaurir. Talias, dite dp
Scollos, acquitta ta dette de son père, et. pour apaiser tout il
fait les deux divinités, leur éleva la stèle oti cette histoire
nous est coulée3. Mais plus souvent on emploie contre les
débiteurs récalcitrants certains rites caractéristiques telle
est notamment cette procédure du jeûne et du suicide du
créancier il Itl porte dudébiteur, qu'on a cru autrefois spéciale
il l'imle (où la loi de Mauou In mentionne sous le nom de
Dhtirnu mais qui se rencontre aussi, en de» formes identi-
ques, dans l'iincieuue Irlande, et, sous des formes uttéuuées
citez les Israélites, en Perse, en (îrèce, et peut-être dans d'au
très pays le créancier met le siège devant la maison de son
débiteur; il y jeune publiquement ou bieu, ce qui est encore
ptusedicace, il y envoie un sorcier (un bruhmihi, dans l'Inde),
qui jeuue à su place, tant qu'il n'a pas obtenu son diï. Ait
besoin, s'il n'arrive pas à ses lins, il se suicide û lu porte de
son débiteur. I,u jeune, le suicide, jouent ici un rôle dévo-
toire, lis se comportent comme des maléfices atliraul l'infor-
tune contre le débiteur indélicat9. D'une façon le
générale,

1. Ji' range le iiiiii|ue «U1paroli* ilu débitent- i|ui nVxwutu pus »nii
«ljli(-aliuii parmi li-s ili-IU.-».car on sait •|ut.' 1» cuiivvnllon primitive n'u
pa», tiuiunii.- lelli-, du «.iiii'tidii ivslilutirc ellu n'eulraliii'iiue îles réactions
liûnalud. >'ou« uvuns liéjà pu assimiler ù un vol le refus <le n^IHuer tm
dêprtt ou tliieoimiHxl.it Isupi-a, p. ii, n. li. Mde lMivslc. KtiulniVhislwre
ilu ilnil, 1H8V,|i. 79: Si.
2. Fontritir, Tô 'Yp.vi:i irsîtov, p. 85: Purilri/et, Mtn., ji. M).
3. The Imrnsof Manu, tr. Bftlitor. 1886, VIII, «9.
4. Voy. surtout |'o*t, Ethnol. luvispniilenz. Il. p. 581-iUi: Ualtloi. /.m
h-oh clerc* el le chat. Mt'twtine, IV 1888).p. 5-11 Nlno Taniassla, Olmmu
in Cti-maniaein lii-ecia. Hiv. xcienlif. rlel ilirilto, frivr. 1SW7. "U: 8ti>in<
p.
mulz, (Ui anlichi scoiifiiuri giuriilici coiilro i tlebilovi. Hic. ilal. ili soeioln-
»«'«, U (189»!, fuse. 1 (ilol/, Solidarité, p IX: p. OUet si|<j.
0. I/iiileriirùtaUiin .|ua HlciiimcU tUnme du ttlitlrim {op. cit., p. 14 i-l
^I'l ne iliirùiv pas C'iiii|iI.-(i;iii(Mil,et i|tiol qu'il ilisv \>. Ï6;. de o'Ilc i|ui-
j uduplu ici. Mi-iiimuU voit dans te clhtlnm unu fimiii: du mkitte /xir /<•«-
ijeunce le r rvanoivr*l>lac pour devenir funtomo. lurv«, spuclru, et t<mr
monter plus «Ilicacument son dûbiluur. – Mais il «si bien ût-idunt <|iie
retlc yi-n»!eaiu:i;(luutrc-loiiil.e, ijui ne se Irailuit pas par des
re|>ivsailli'S
inatûrii'lk'j, ne pvul s'assiniili-r la vmiluble vcn^cani'u du sung; clli-
n'agit (juc CKiuine un rite tna^i<|uc. sur l'esprit rie celui qu'elle viso et
de i-euï 'lui l'en Ionien! Suscilur les nmliros des iiwils cuittn- le» vivants
Ml rlinso csscnlicllfinviil utaftiqw Olulinrl. V« Mania, p. 151! Hubert at
l>. 11UVKI.IS.
– MAOIK
KTUH0IT
INDIVIDU
Kl. ail
– souvent
suicide, précédé d'imprécations et de malédic-
tions', –apparaît comme un des moyeu* les plu» forts donl
l'un dispose pour déchaîner le malheur coulre un adversaire
impuni1. 1.
Ainsi le rite niiigi(|iie remplace une vengeance, qui ne pou-
Viiit «Vxercer. On n'arrive pas toujours d'ailleurs il séparer,
dans lit vengeance, l'intervention inagiijue de l'intervention
matérielle, tant «Iles sont intimement unies. Tel est le cas
pour la curieuse coutume de Yilltipitrinja, observée par
MM. Spencer et Gllleu dans te centre de l'Australie. Lu femme
qui, pour venger son mari, part en campagne, la nuit, tenaut
dans la main droite un bulou magique (Chuvinijti), dans lu
gauche uue massue ornementée, parvient-elle ii tuer son
t'iiuemi par le choc matériel de l'arme, ou par Telle t magique

Muuss, Magie, p. 81). – D'ailleurs replient km d« Sti'imm-t/ devient in-


xutUMinle Ioisi|U(! l'intéressé su substitue, pour lu suicide on k' jeune, mi
ivpivjoiilitul r»i])ljiv <lu icprcseiitunt mort devrait, ce semble, m- tourner
pl-itnt iimtru le ri-prêst'iitO. cause directe tic sa mort, que contre un tiers
iuollensif. Dans c<>rus, il m< rvula <|u'u oi|)li<|Ucr le tl/ulrna comme un
rite devotoire. – lCnlin. si le jeûne nu vaut qui* comme menace du suicide,
pnuri|uoi li1créancier ne lui substituerait-il pus toute nuli-o iiioiuii-c 0<|ui-
vuloiik'? l'i)Un|U"i. au lieu i)e .«>souiiii'ttrp pri'-alablfim'iit aux U'ijtux Inr-
lires lie la failli, ne pus uriîtint-i' sus inlvnliutis de suicidu par (CutiIrcK
moyens, l'arHi>sit iiiiajjiuiu- scluii lus vas [inrolvs; anm» hiiiinlii'.s; pubu»*
|>irj)uii;», etc.) 1 IIfsl Ovuli'iil i|Uf !e jcrtiii' du tlliilrnu nu ))<'iils'i'Xp)U|ui'i
ainifi nou< avons liiun plulùl «lluin- ici il un jeûne «iiij/iiyiH1.l,t> jciluo
maftique1, Iji'Micinnu ilam llmlc iY. llvliiy..Ud.ir, |i. 1tu 221; £3u.ii-t
duiis d'autres milifUX (llulu-rt et Mauss, Mut/ir. p. SU tend à illettré le
surcier dim< IVIul uiioruial iiecssuirc pour i|tiil puisse eweutei- -un riic.
l.'vrttting tOinoifinugcs, ilmit Sleiiiiunti! rtM-ounull pivoiséinent l'existeni^
p. 21 et S(»-,assignant au jeOue contro le débiteur le rnrucli.ru en «lut'slion
lUaidut, Im /i/Wf/iice" <lu jeûiw, Mtïltisine, IV .188».. p. il M, $|i. Ajou-
tons une dernière observation. Certains traits accessoires du dluU-iiu unt
pour Irai de mettre une bariiêrc inat;it|iU' à lu porto du débiteur. Aussi
Koliler ttlmkeipeaiv rw lient t'urum tler Jurisprudeiiz, AVûr/bmg, 1 883.
p. tS. 4) a-t-il narl'aitviuoiil raison •!<• rapproelier, a col cfuml, lu dlulnta
d'une institution dont .Marco l'ol.i avait signale )uxi>l»iw<!chez les Hindous
<Imla crtk voisine do Oeylan lu créancier trace nu cercle autour de mu
débiteur'.llf. cercle mns;h|Ue. Hubui-t et Muuss. Magie, p. 4i; Skrat, Mulmj
Magic, p. Bii.î), «t celui-ci ne pcul lo rrancliir, sous peino de murl, tant
•|u'il n'a pus payé.
1. llopkins, Oh Hic hiiiiln ruxlmii t>f dijing lo reilrts* a grieeanve. Jouru.
nf tlu* Amtrkaii oriental .S.;WWjy.1901. 1. |>. lîili. Cl1.Xi-n.! Ifrlleti., VI, 4. 7:
Diod.,
inaii. XV. ÎÎ4.îl
si*1 Tt. Tt, K*-S\Z* rf.
-», rïtJ.L^^r. m-'i»
^oj; '/t-v?*'
«a-p-.ot «j^mt, 'j,î5!7T3i; y#t*t^w«-».ic..v,
x*?s,ss«xiinxi,
iw $'wi Sopli.tj'aj-, S1.1-8H 'h1, «« -x/v.x:
«jw/jiji? •tr.v.'Yn.
noJv.fKi! "Ksivvi;, •[r'rtiht, ai, ottîsïOs sxv$V,;i4v ïTiawi 'Cf.
Ilorut., l'.pud., V. tll-'Ji Quin, ubi porire iussiis e^piravero, | uoctiirnus
iiccurram furor, | peluunpiu vultus umbra ourvi» uiiKUibiis, | «juui; vi*
leoruni est Maniuiii.
i. K;i>iiipl -s d;msS'emiiiet* |». Ili et *i|i|. (ilolz Snlùlarili1, p. lii K8.
•il l'annkk sueiui.otUyUK. tUOl-lliOii

du charme? Sans doute le» deux explicitions lie se disso-


cietit guère, mais pour tes iulôressôs, c'est ta seconde qui
prévaut. Un dit que le Cluuïiiyu, péuètrunt dans te corps de
l'ennemi, s'y brise eu une intitula do petits morceaux, qui.
sans l'iuterventiou d'un sorcier, amènent magiquement la
mort'. L'élément mutériel de la vengeance est lui-même
conçu coin memagique. Remarquons aussi que les concerls
funèbres do lamentations et de menaces qu'organisent les
femmesautour du cadavre d'uu parent assassiné illuhit' lml-
K'iiique, eoeerocorse, etc.) ne constituent pas seulement une
pratique religieuse tendant à rappeler les hommes de la
famille à leur devoir, ils sont aussi uu tissu de malédictions
appelant le malheur sur le meurtrier ils sont déjà mie
vengeance.
Lu malédiction vengeresse des 4torls u poussé des rueiiMK
si profondes daus tes mœurs qu'il eu est resté quelque chose
jusque daus des civilisations où ou no lu comprend plus
souventelle a survécu à titre de motil littéraire. Il suffit de
rappeler ces imprécations, fréquentes dans la puûsie épique
ou la tragédie, que profère au personnage outragé, persé-
cuté, trahi (épouse ou amante abaudouuée', proches parents
d'uu héros assassiné », etc. *icontre l'auteur de son malheur.
Avant de s'affaiblir jusqu'à n'être plus queprétextes a ampli-
fications vides, ces malédictions traditionnelles ont eu leurs
modèles dans la réalité; elles ont eu uneefficacité répressive
dont nul ne doutait.

t. SpenwretGilit-n,Thenativetribe*uf centralAuslialia, Lomlun,1SU9,


|i. 48b-4S'J.
2. Ulutz,Solidarité,p. «3-81.
3.Cf.hVchyl., Choeph., v. 4Ï0elsi|i|. W'Û.xwmi'K,)ii/.»3t; yWrr.u\,
•.f,th vti-î'jjfiiînifiitr: 'àpttiyr.v
| mitvinpo'jSMo»; ir.i v;.x/,v.
4. Imprùi-iilionsil»Diiluti,dans Verts.,/«.. liv. IV; ttii|ivi.Viilii>iis
<t.-
CuniiiieDur..Kpott,,V.v.51-'i3;inranlutiou île Milieu S™ Mctl,,7u:i.
Val.Plaie, VIH,7i:Ovi<l..Met.,VII, 198. e tc.
ii. inipiéculioMs(l'KlecIr»,Kachy\lioepk.,p. ux, v. il'2 ni s«|<j.liupn;-
cationsdu Camille,dansIlotaca,deCorneille, «(>
0. Je necili'pus ici,bivii«nli.'iidu, c<>nu'onu|i|jellv,un |wuim|»i-<«jnv
nient,lesmnliiiliclions paternelle»luncéesji.ir un \iktvi:»ntroson >'iil'«nl
(p. ux.nuilûilidion d»'l'Iiésûeappelantsur son\\Ula culèn»de Ncplinn;,
danslïlippolyletl'Kuripiile. dnmYtlippolyte deS0m><m<>. etilansla Phèdre
do Itacine) ce n'est, me ««iiible-t II, (jti'tmsouvenir d u dévivlraligii'Ut
d'uxi-amfflttoicution rctrundiantdelufemilluau mirantcoupable
7. Souventavantdesu suicider,ci*qui fuitalorsrontrorcemulifduno
le typedesmalùdirtioii.s signaléesaupru.p. £1,n. I.
I'. Ill-VKMN. UAQIK Kï UIHilT tN'DlVUH'KI. 25

Ainsi, au lieu de recourir a la violencematérielle, ou avant


•l'y recourir. la victime d'un tort peut satisfaire son ressen-
timent par des pratiques magiques. La magie a fourni une
contribution Importante, encore recommîssable aujourd'hui,
à la technique juridique du délit privé.
Mais sou influence a été prépondérante, exclusive même.
sur une autre branche de lu technique
juridique: Tari de for-
mer et do dénouer de» coiiveutious obligatoires. Lu conclu
siou descoutrals et l'extinction du leurs effets u'uut été ori-
ginairement assurés que pur des forces musiques. A la
diilôrence de ce qui se passait au cas de délit, lorsqu'il
s'agissait de réprimer les atteintes à certaines croyance», il ne
s'agit ici que. do définir et de fixer d'avance les e/lels des
droits; lu force physique ne peut concourir avec le rite
magique.
Cherchons à justifier, au moins sommairement, noliv
assertion, dont la démonstration complète, en l'absence de
tous travaux antérieurs », nécessiterait de 1res
longues recher-
ches de droit comparé.
L'accord de volontés a beaucoup de peiue, à l'origine,
pour
se faire admettre et sanctionner connue source
d'obligations.
Cela tient à deux causes dans tes sociétés
peu différenciées,
il n'y a pas de place régulière pour la volonté individuelle.
Mais, alors même qu'on lui eu accorde uue. ou ne lui fuit pro-
duire que des effets immédiats, c'est-à-dire des eilels
qui se
réaliseut déliuiliveineut dès que cette volonté se manifeste.
Ou ne lui fuit pas produire d'eflets pour l'avenir. Ainsi, dans
tous les droits, le troc, puis la vente au
comptant, existent
longtemps avant la veute à crédit dans tous tes droits, l'acte

t. L'histoirecomparative dudroitrontrartuulest ivliiliv«in«nl


moin»avancé»qui>wlludu droit famlli:iloudo ilroil Iwmicoui.
drliuluelpar cxi'in-
|il< Dansles dvutvolume* (I, i73 | v\ ||,7Up.i i\uVKlImologimJnr Jum-
linn/eiiz,dePutl, 7Spagessuulemciit(I.II.p. (it4.«8«|k<iii(nnimVan
droit Minlmelnrl, uontivÏ7«paRt-s(t. Il, p. SI0-»:il|<HMisacr.H!s
au droit
di-McluelSi l'on ajoutuà ces doriiiêreslesMt pagftsi-onsucrBi'sà la i.ni-
««Jure– toutoiititVojwnalo – la
(p.4Si-fi«3j, dlspruportion «st oncoiviilut»
forte,
a. l'ont.Btlm.Jurispr., Il, p. OU«t s.p| &limd«r,/.c/irA«c/i», «. ÎS7
(liranl,Manuel',p.λ:i3Hrissaud. Manuel,p. 1377ol mm. Kraiik.-n, Uni,
l'fa'iilivehl,I, JK7».|>.213.
fraiiziitischr
l'\ i.'anskkst)i;ioi.orai.it'K. tiraj-l'.iiii;

au comptant est l'alné de l'acte de crédit. L'entrée de la con-


vention génératrice d'obligations dans le droit ne s'oblicMit
qu'au prix d'un long apprentissage.
Dans beaucoup de civilisations, la piviniùra convention
géuémtriee d'obligations est la promesse du payer la r;in-
con due pour un délit flagrant'. Je prends un exemple, l'a
voleur est saisi en flagrant délit. Le volé s'empare de lui.
et va se venger. Maiste voleur offre une rançon assez forte
pour tenter sou adversaire, qui cousent à lui faire grâce.
Malheureusement cette rançon, le voleur ne la porte pas sur
lui; il demande uu peu de temps pour rassembler des fonds,
et solliciter, s'il y a lieu, ses parents et ses amis. Levolé eom-
niPllrn-t-il l'imprudencede le laisser aller? Il ne le pourra
qu'a la couditiou de disposer d'une garantie. La nature de la
içaruutie qu'il exige varie selon les époques. Très ancienne-
meut, il demande uu otage quelque ami ou quelque parent
du voleur consent rester prisonnier jusqu'au paiement de la
composition convenue'. Le pacte par lequel une personne se
met comme otage (on dira plus tard «muticcaution) à la dis-
crétion de lu victime d'un tort, pendant que le coupable va
quérir sa rançon, constitue la première conventionobligatoire.
Mais le coupable ne trouve pas toujours d'otage. Aussi llnit-
on. pour lui éviter les rigueurs de la vengeance immédiate,
par l'autoriser à donner en garantie sa propre personne, tout
«miconservant la liberté matérielle de ses mouvements >;ou

1. Druilurée.Ksmein.<« uonlralitan*l'OlympeItomiU-Ujiie. Mil.il'ur-


rlii'ologie el tCkhtl.publiésjiiii- t'Kv. /rainuhe île Home, Y1IJ,im, p. lîS.
l.T. (iJut/, SaliilwiM. p. Mii/t k.j.j. p. m.Droiti-cunaiii.lîusahuv. Mil»
elCuiih'aU ci'urusse).Mo-.cdu, 1896HuvcUn. V«Sejum.Uiel,i|i>Dan-m-
iM-rg ut .SîikH.),p. 83.Dr.iilm<rnv\n\i\xta. Itciisler,liisliluliowiiîlestleutx-
l'uiiUcliai-t,Scliuldi-eiinig undtivurjeliitmai des sadtsischeitItrchU, IS'.tU
l'unl~churt, :icltftlrteerlrn~1111"Ttret~elüGnisrrtfes.rrrdesi.rchett
1(rrGl.l8:ui;
Kuvultwsky, Coutume runkmpuralne elloinrimilire,u. 111et m» • UrN-
i-autl. Manuel, p. 13SDI3SI.
2. Vny.tiutariiiiiciitHoiii.,Oilym,VIII,206el mi,i;K*nu.-Iii.».
|i. 4iW vl.s>|i|.
3. U Cup.lifj. atltl.i|« 8U3, fi.8 (Boretlus,I. lli| drliiiill'otage /
r/uinelueoleadiiin alterim putestiiteiu voinmiitrilL'uIvkk ''>! «nfiTuii'.
ciiurp-ili-cliafn<>>.
|>:iifi)is Siluilûliiluiir ne |>;tiopas.le!cn-uncii-rse vwiftii
sur l'olavo.It'ui'ik- pcoverlu'llilrtjritnuitniaittribyen!0nilnitiHiMiiuli-r
'•-h caillions).Urissiiu.l,Manuel, p. i 170-U77.
l. Ollo faveur.i|«i n'élniliinlispciisalilc «jui-pour le (k'lii»|uanl,a 'lu
sVIemln* otiiuileà la caiiiiun.Maisori«inairoinonl la cauliuiiidayde vu il
i-ostt'ri<.aptivejiisi|u'au du la
pai<nii;nt rtinron. K innn «mut; «.oinjWnilriiit
pas|ioiir.|miiImili;lin.|ii;nil nu|muvail pas,ili-s l'origine,t'vaunwr lut
de surnni-on.
iiii'-iiii-piiiirli-pnii-iinfnl
– MAdlK
V. llt'VBLIM. ETUMrttT
tNUIVIUUKI. i',
tui permet, dit-on, de s'ennuyer pemonnellement1.(Remar-
quons, ou passant, lo sons concret originaire de ces expres-
sions/, it nereste plus alors qu'un dernier pas à faire c'est
d'étendre ce système aux pactes portant sur autre chose
qu'une raiiçou (pur exemple, pactes de prêt, de vente i\ cré-
dit, etc. Co dernier pas franchi, l'obligation conventionnelle
existe, avec une portée d'applicatiou générale.
Ainsi l'obligation contractuelle, ù toutes les étape» de ce
développement primitif, suppose rengagement volontaire du
corps du débiteur. Comment assurer cet engagement, du
momentoit l'on renonce ù maîtriser le débiteur par la force
matérielle, et ù une époque où ta force juridique n'existe pas
encore? Ou doit recourir a la force magique. Hien de plus
naturel, et l'ou passe sans à-coup, par une transition insen-
sible, de la malédiction pénale à la malédiction contractuelle,
l'our maîtriser le délinquant qui échappait ù la vengeance,
on se servait de liens magiques; il est logique de s'eu servir
aussi pour enchatuer le délinquant qui veut se soustraire au
piiiemeut de lu rançon. Il n'y a, d'un cas a l'autre, que deux
dilléreuces, qui découlent de lu nature des choses 1° Tandis
t|ii(3,dans le délit, le rite magique est souvent pur et simple,
parce qu'il vise a réprimer uu tort déjà réalisé, dans lecon-
trat ce même rite est toujours conditionnel, parce qu'il tu*
fonctionne que comme une menace de répression pour un
tort éventuel. Le maléficene doit agir que si le débiteur man-
que à su parole. i" Kii outre le lien magique devient conven-
tionnel. Dans le temps où le pacte se conclut, le débiteur se
soumet lui-même à l'emprise magique, d'accord avec le créan-
cier. Il accepte d'avance d'être maudit par lui ou bien il se
maudit lui-môme sous condition.
Les malédictions conventionnelles tlgurent souvent dans
les conventionsa. Leschartes de l'époque franqueet du Moyen
Age, entre le vj"et le xi" siècles, fournissent notamment des
catalogues complets d'anallicmes et d'imprécations destinés
:'i renforcer des actes juridiques Pour n'eu donner qu'un
I. Cl.I»manuxiniectto romaine, l'iiiU-rvonUon ol laloiVallin
il il vimlex,
l'ivunllamamwiniccliopuni, iliuis)a>|ui.jlle le tlûfundeur puât êtreson
propre eintlex.Uirunl, Manuelp. 978-983.
î. Yoy.p. ex. Kolilir,Slmfaspeai-e, p. 64 Rechhvenjleichétule Stwlieii.
p. 231;llanttireeht. vl
)i. Vi;O|)|)i-rl Menant, Documente juri tiquesdel'An-
syrie et dt lu Choltlée, 18" p. iii: Itûvilloul, La créance et le droit<wwi-
merciuldamlaiiUi/nitt'.18!t7,p. 2I0-2H.
3. liiry,Manuelilr f/i/i/o«t'j/ii/Mc.IS'.IJ,]i.:;«><!s.|.|. llri^natiil.Muniu-I,
2» L'ANNÙK KDUIOLOUIgUIS. J9O5190O

exemple simple, je citerai une douutiou de 090, qui s'exprime


ainsi « si quis contra liunc deleberatiouem. iufranger»
tollere minare. praesumpserit. in perpetuo auuthema
percuciutur, et maledictus cum Juda Scoriolh iu iufernus
inferiori tisque ad diem adveutus Domini nostrt Jesu Clirisli
iguein cruciandus, etc. o Les traités internationaux, –
véritables conventions privées – contiennent fréquemment
aussi des malédictions de ce genre les aucieus Imités grecs
nous fournissent de bons exemples du recours à l'ioi divine
servant à garantir cerlninesconvoutioiis1.
Sans doute des clauses pareilles, devenues do style, et
transmises de scribe eu scribe par routine professionnelle,
ne correspondent plus a un ensemble do croyances vivantes
tour pouvoir d'intimidation a lléciii, ou bien elles se sout
transformées eu clauses pénale* Mais il n'e» a pas toujours
été ainsi. Il y a eu une époque où elles ont été des impréca-
tions conditionnelles, et l'obligation a tiré d'elles toute sa
force. Dans certains milieux, elles ont subi une atténuation
curieuse elles ont pris lu forme de clauses d'injures. Aiusi
d'anciens contrats allemands ou polonais stipulent que le
créancier pourra injurier impunément son débiteur, si cetui-
ci ne le satisfait pas». Ce système s'explique difficilement si
l'on ignore que ce qui passe pour une injure à une
étape
avancée de la civilisation n'a été anciennement qu'une malé-
diction". La clause d'injures est une clause imprécatoire

1».1390, Lûning,lier Yerlnujsliruch


i; p. I J0.'i,2. in, ,inutschenUeclU,Slras
ImurK, |8"«, jj. as»et s.|i| pmisequel'usagede eusiiiuliidicliuiis estdûù
1 influence de relise uliivUeimi'. Il résulteuu cimtruiruAuIVnseiublu (|t.
noiretravailijuu. si ci-lluiuduonvca pu »«inur<|iiur ilunsle clioWdus
loniiulesumjiloyi'cs. lu piali.|uc elli-mOnio coirespundù d,.s ii||i,.str,s
Kt'iiêrale» ut fort unciuniies.
1. Ha;(|Uigiiy-l'ar(Jfjsus, Uiplum., Il, n»413.
2. Ci-dos.ius, p. «, a.(i.
3. Zicburtl),Utr PlucltUnuriec/iise/ien Ilev/it.llermcs,XXX(JK9&)
etsi|i|. "flu 57
4. C'estainsi<\wj'axplii|uoNlilafun-uoUIksIuIiv desclausospénalut,ut
eu caroclvroîle dispositionpritét lintlùpi-nilanle du loulusuuiro ir-iaile)
HueSjogren,eut» utltn», leurrucoiinatlà justi' titre,maisiju'ila,(ontd«
|K'lo«ii c\plii|uur.SjCgren,Utberdie rûmiwhe CunmtlioimUlrafe. mut lie
Mrafklaiatlnlier frûnkischenVrltunden,llurlin,ISU'i.
S.«rimin,Oeii/«/ic«..l»..U,p. IBM03;Uuinu, Yertmgtbruch, u. 517.
«.7 Rutiler.S/iukespeai-e, p. 6iC:t;p. O'J-70Umitlsteia, Aeelitunot- mul
.V-A»mAi/#ij*W««w//i impulnmheuObli;,alioiumrec/it. Zeihchr.far ter-
SUwk.Hechtmtuentichaft, XVII(!W)l).p. Met s»j<|.
G.Sur la Iransfoniiation de la iiialûdiclionun injure,voy.lluvelin,La
P. IIUVKUN. – SUlilK KT OIIOIT IN1»VU)L<NI. ili

>tnt*W*ÀA a% in\â\HÊitn
transformée et adoucie t qui ue Imid
tend i.l.tn .A .I1»1.A.U._ l_
plusqu'il déshonorer lo
débiteur insolvable. (1fallait mentionner en premier lieucox
clauses imprécatoires explicites, et les clauses dérivées, parce
(lue ce sont celles qui nous frappent le plus, et que nous con-
naissons le mieux. Elles s'imposent,d'abord û notre attention.
Mais il n'y a pas lieu d'y insister davantage, car elles ne sout
ni les plus importantes, ni probablement les plus anciennes.

VIt

Les conventions primitives ne devaient pas contenir de


malédictions expresses. Mais l'emprise magique acceptée par
le promettant avait sa source dans des rites plus rudiiueu-
taires, foudés sur lu seule sympathie.
Je trouve un rite de ce genre dans lu forme lu
peut-être
plus archaïque de contracter, celle qui résulte de la remise
d'un objet matériel appelé gage. J'oiir jissurerau créancier s;i
mainmise, il l'échéance llxée, sur la personne de son débiteur,
ou lui donne souvent un guge '. Dans le droit germanique, où
ce système, ayant pris un large développement, est assez
bien connu, le gage (qu'on nomme watlinm) consiste eu un
objet, de pende valeur: généralement un gant, quelquefois
un anneau, une arme, une pièce de monnaie • Kti contrac-
tant, le débiteur remet le ivittlhtm un créancier, qui le relient

nuliim de tiuittriit duim le très ancien tirait romain iKxtr. dos Mélanges
.t/i/ili-loii', l'J03, /Mixiiii. iintiiiniiH'iil ]i. 80-M SI-Sj, >)t>iin'-ini.'lu poésie
siiliri<|uc lin* hi's nriKincs île ci'rluini's fonni'S d'incantations miJKiqiirs
D'Arlmi» île Jubaiuvilli', Kludessur le Senekia Moi: Sont: Itn. Ilisl. (If
lirait. V(IKtCI).|>. îii, i).:t-j Couru de littérature cetlit/ ne.I, |>.ti.Wot m\i\
VII, ji. 3Ï!>. Lf faiJHMivt/iicl au cluinl ili's ICskimos cl des Tasmaiiii-iis.
i|iii sert A Imurlit'r i'i'rt;iiiii)< conlcstaliuiis (Slftiiiiielz. Sliiila'n sur ersltit
Kalu-iiMitiig der Strafe, 11, |>. 6!t-i) i'.st-il, i-iiiiiiih> on !<• dit parfois, un
illiul il iiijutvs, ou bien fst-ci' un ilutrl ilviuuli'dicliiuis; Cf. lu Mufileliiiru
les anciens Ambos (.Sli;innii'l/. Il, |>. ï(><el li.'s iloiis insultants ijut*s'ailws-
si-nl, avant île coiulitittro. les (,'iiurriitis primitils.
1 Do uii'ine lu rluuso |ii:rniL-((aut au civanciur rl'hisuller sun ili'-liilvur
|iar di'it di'ssins cl pointures \iim pielume cniitumetiume) s'«\|)li(|uc miiiiim1
la suiviMiiici.1d'une pral!<|uc mngh|in'. On sait ipiels liiuis ci« .synifiaMiii-
innitiiiue unissi'iil lui Iiuiiiiik' il »i>itinmgi'. cr. Siilnor llaitlanil, II, |i. ï<,
lluhvrl, V' Maijiu, p. t.IS.
2. S,-i«|l. l'/nmhfcxet,uml SchnUlmft iu logo, liluhus, LXXIX. p. :iO»<-l
*<\< Korali.'Wiky, Cmiluiiie ouii/pnyiomiiic et lui ancienne. \t. III «t s.|.|
3. Tliéviiiii, Conlrïl'itliowi à l't'lutlt du il roi I germanique. Soin-. /((!.
Ilixl. le Droit. IV (I8OT),p. li; Sclirû<li-r, l.ehrlwch*, p. m, ». Vil:
liritinn. IteuMie H. A' 1. p. SOU-SIU;840; elr.
30 I.'a.NNKK tDCIOLOlilgl'K. l'JOù-IW

jusqu'il» paiement, et le restitue ensuite. Le désir de retirer


le tmtdiumpousse le débiteur a s'acquitter. Mais je viens de
dire que lu wattium u peu de prix on ne comprend p;iK
pourquoi le débiteur tient tant à le racheter, déduit a ces
éléments, le système du gogo parait fragile. Rn vain dit-nu
que le créancier prison flagrant délit ne peul donner comme
gage de sa parole que ce qu'il a souslu main, «'est-a-dire un
des objets qu'il porte habituellement sur lui cur ou se
demande alors pourquoi le créancier conseut ù libérer un
prisouuier contre de s» (uiblcs garanties. N'est-ce pas lâcher
la proie pour l'ombre? Ou dit aussi que le wudiitm, s'il n'a
pas de valeur pécuniaire, a tout au moins une valeur d'u/fer-
lioit et de mnrciilion, de sorte que son abaudou définitif doit
répugner, ou passer pour peu honorable 5. En réalité, c'est
faire bien de l'honneur à un gant, à une pièce de inouunie, à
uu couteau, que de leur attribuer ù priori, dans tous les cas
possibles, tant de valeur d'alleclion quant à leur valeur de
convention, elle dépend de la valeur de lu convention elle-
même, qui précisément n'a d'elllcncitùque par le wadium ou
tombe ainsi dans un cercle vicieux.
Il me semble qu'il faut chercher ailleurs la clef de ce sys-
tème, et s'attacher surtout à ce fait que le wadium touche
toujours de près au corps du débiteur. C'est toujours, à l'ori-
gine, uu meublecorporel et, plus tard, c'est an moins uu
objet que le promettant u tenu daus ses mains et qu'il aban-
donne au stipulant. Ou peut croire que l'elHuaciléd'un pareil
icmlium dérive de la magie sympathique. On a collectionné
de nombreux témoignages relatifs ùla sympathie magique
qui nait de la continuité, et notammentù celle qui uuit cer-
tains meubles corporels (bagues, colliers, mouchoirs, vête-
ments, armes, etc.; à la personne qui lésa portés'. Ils consti-

I. Cequi ikarto;il»sulini>i'iit luUuinrio,


soutunuc parKrankoii, Dusfrttii-
iosiiclitl'famlrecht im MîlMuller,Hi'rlin,1879, et u<lo|iliVparHousler, /«»-
lUutioiicn, II. |i.229cl Si|.| i-tKpitor,l'erinonemliafluiiu un)/llypotltekitaeh
frônkkcliem lieeht{Vniersuchiin'jen de (iivtic.LXIX),I!)(KJ, p. Wvi «<|<|
il'apn'-stai|ui-ll>: lu p\v.cmirait i Hûun ppU" " l''l-'l|! valeuren l'apportavec
lu iletti*û Cf
iiurantlr. Wodun,/.« forme tl la garantieHautlescontrat*
francs, i8"J3, [>. ! I9.
i1.Urissaïul,M,muet,]>.1381p. 1390,6.Krankcn. I, p. 21C-2I7.
3. Jo moImriioil renvoyorIci à Sidtwy tlarlluiul,Legattl,,f l'erseux.II,
eli. ix clx;Crowloy, Theimjsticroue,VJlti,th. vets<|<|.;lluljei(,V»Magia.
p. liidtii'l si|<|. llulicrtclMausa,Magie,p. Met sqq.Onc\pti>[iteraît peut.
Mrcpur l'idûede la i-nntai/ion du cunluctcertainespiirlh'iiluriliis im.-oiii-
(irisi'Sdan»les rilfsjui-iilii[Ui'S. Ainsiplusivurs tûninii^nu^smoiitrenl•|m<
I-. iifvm.is. uauiu ut miurr ikuiviofrl 3t

tuent, dit-on parfois, des gages de rie, et tout mal advenu a


leur inutile losatteint; s'ils dépérissent, c'est que leur maître
court un (laugor inversement, en agissant sur eux. ou agit
sur leur maître. Par eux ou peut l'envoûter, le dominer, le
posséder. Laisser uu do ces objets aux mains d'un ennemi,
c'est s'exposer aux pire» maléfices. Aussi le débiteur s'ellor-
(îurat-il de le dégager eu temps utile pour ne pas se livreraIi
la puissance do sou créancier. On comprend que peu il peu
l'opinion publique s'habitue «regarder connue- peu bouo*
i-iililt' l'homme qui, taule d'avoir libéré un gage librement
donné, s'expose aux malédictions les plus fondées.
Aiusi, dansle contrat qui se forme par lu remise d'un gage,
il n'y u pas (le rite joint à la convention; la sympathie
magique sulllt à renforcer la parole donnée, eu pcrinettaul un
uiuléfice ultérieur. Maiscette (ormede contracter simple n'est
pas lit seule. U en uull d'autres, plus complexes, dans
lesquelles une malédiction est contenue implicitement ou
explicitement. Ce sont les modesde contracter par le surinent
et par l'écriture.
Souvent la conveutiou tlro sa force d'un serment. 11y a plu.
sieurs sortes do serment. Le serment aftinttatoire, le plus
ancien, par lequel ou se borneà attester la véracité d'une allé-
gation relative à un fuit passé, a un caractère religieux. II
comporte des rites complexes, souvent un sacrifice. On se le
représente comme uu jugementde Dieu si celui qui le prèle
se parjure, Dieu petit le frapper sur le champ3. Le xermenl
luomimUre, par lequel on se lie pour uu acle fulur, oppurnit
à uuc date plus récentea, et n'est plus religieux que pour

la fttlura, 'luijunvsouventlt>rrtledeteailiam.v«tjed'oversle financier,


ii trrivouduii.s- sonsi;in(im/hù-m»!1, ulne lui estpus remisedula iiiuiuà la
mutin.Yusl-cw p;nunsouvenir du t«m|Moùlucréanciervoulaitvvllertout
•imlttclmatériel avecle ilOliili'ur,pourno pas luidonnera mmtuur luise
lui ?
I. Noustruuvonsician secondeveni|)le(supru.j>.88,n. U)(lelu trauiî-
iui'inaliun et de l'ulléimulionqu'ouisuliesparluUles ret>i-ésviiluli<m.s col-
IccUvos suscitées par lurite,munique.Onsu roprésentuit surtruiliM-lj-inni
l'Minutilleir»tnocifdu rite BUr l'indivi.luvisé;la rcpiéienlulioiidul'iiifc-
iHiiités<M'iule où<-»l. individum trouvaitpar là pincénu passait<|u'uu
fveundplan(iunslurunsciencseollortive. Unjourest venuait la secouil»
u la
n:pR;aeiilatiunpris prûpomléraiice. Lesnotions sdciali'sde (IOsIwh-
iiL-uret d'infamiese rattachentainsii des rvpK-sentutiona ·z
iléBéiiéii;e<
•lesuileUde la magie.
£. llirzcl,DerEid,p. 17Get sqq.
.').llemiir.|iiimsi|iie presquetousles sermentssont duvenusi avt;ule
lumps, i li'sscTini'iit»
promignoia'8 (p.ex.sennents d t>lidûljtû;serment*île»
M I.WNKKSiiCIOLOIltyi'K.
190,'i-ISIOli

partie. A côté de l'attestation des dieux, et parfois du sacrifice,


il comprend en cfTet une malédiction conditionnelle (expresse
ou tacite) qu'on prononce contre soi-même pour le cils d'un
parjure1. Cette malédiction donne nu serment proinissoiro un
HR|wcl plus magique que religieux d'autant que, certaines
pièces du rite complet ayant fini par disparaître, la malédic-
tion qui subsiste lui communique sa physionomie défiuitive.
Ou ignore pas que, dans beaucoup de civilisations, le serment
laïcisé, et pourvu de sanction» juridiques, a donné naissance
a des (ormes contractuelles importantes. Ainsi à Homo les
contrats verbaux connus sous le nom de imiwnwlnm liberli,
tponsio. stipulant)'; chez les peuples germaniques, le «mirai
formel de //</<« /<«•/« et peut-être celui qui se réalisait par la
dation d'arrhen*; dans notre droiteoutumier médiéval, lecou-

iMHHi^lriils,{|<!sjun's. ele.i.Ij; si'Miicntili's léiiiuinslui-mi'iiiu n'a plus ipic


'•ui-uruHAn', du muiiic'Mtoit hs lénioiiii ces.si'til tl'ôlit* des oujurciirs lippor-
tant par leur iitlcslatiun un u|jpiii «ans rniHlitinus un délWidcur. mais
ii'iili'iiiont t|i'.< t'r/titintxperxom'n. îles liuimiu's •|tii promclk'iit puur l'avcnii'
!• ilm* lu Vi'iilt'1,•|ii>'lli>>|u'i.'lli*soit,
I. Nombreux uvcmplc. KnKiitriml., Dcclaruuil, l,a juxtice dam lex mu-
Iuihvxprimitive*. Suuv. Iliv, llht. deDroit, XII I IWWi, p. Ilil |'osl fUlinol
Jumi»:. II. |i. «2». n. ï Crawler, Nyiliv Hoxe, \i. 123-lïl. Cf. ||o|ih,<>.
l.eeiatlwit, t. 11. Druitilcs ncîiios du Ciiiii.-iuuii i'l ilaulros [iL'U|iladi'.<alïi-
l'iiiui's. lludi'i1. //ci1 Abti'lilii** l'un Hlitlxfri-uiuhehtift unit Vei-lnlyeu liti
ilen S'er/em ilex Hriixttiuitrx in Sni'ilbimenin. (iltibux, t,XXV (IH'JVi) I cl
p.
k|i| Mary II. KîiiksIi'v, TmerhiiiWextAfrint, IXUT.p. tU.'i: Wlli-ii. Silleu
mut litirâuchr i/er .Si/d/ic/i, p. 3.H. Omit ilus liiillus, ili-s Javtumis. >l>-s
«Wiiiks. ili's UfwM.'s. Kuvulnrsky. Vont. vont, et loi ancienne, \t. 4Ï7-4S»:
|i. «0: p. Vii-i'ii, rie. Maliiisii' Skoiil, .»«/«./ ,,i>ii,if, p. iijri, g. iviiplcs
inilo-Ki-riuani-iUi-s. Si-brnder. Ib-alliui/ioii <lrr iiid^/erumiiisclieii Aller-
tHumlniiitlir. IUUI, p. 105 et fi\t\. Imlc anciciuii'. Viclur Henry, Mri'/iettmi*
l'Intle anlii/ue, ]>. 2:* r\ si|i(. Ind.f oint pornini!. Klvnini, Ordal unit /«/
in llmlerimtien. Zeitxelir. f. ttrgl. lieclitswixsemeliaft, XIII (189»), p. l'J'J-
Ità. surtout p. 130-132. Kxyptf uiiciitiuxt. Kvvilloul, Le* obligations endroit
t'ut/plien. l'uiis. 1X88, p. :M-3«; l.tt créance et te droit commercial dans
l'unlii/uHé. p. 41 et R<|<|.(livoe ancienne. Diiiiiintcr, Ilelphika. DAIi-. IK!U:
Ilirzi-I. Ih'r Kid. p. 13T-U1 (ilolz, V« Juxjurandum «lîins lu ltielionnniiv
•!<•Dun'inlifrit i-l Saglio: Solidarité, p. l;ii ici ISltj; p..VTi-575. Ancien ilroil
romain. Uanz, l)er wkrate Sehulï, Icna, 185", p. 19 ot8c|r| t.ehrlmch du
linehlekte des nïmischen Hec/its'. 1873,Il, p. 30, n. 10. lluvt'lin, Tablette*
Magiques, p. 43. Ancien «Iriiil K.'nniiniiiiio. ScInOili'i-, l.ekrbucli3. p. fil,
n. 13 Oriiiim. DeultekeH.t. 11. p.5« et si|cj. l'olklorc. SiSMllol. Le fut-
khre de France, I, I9l)i, p. îll.
S. Danx,finit,: Scliuti. p. Ht et s<|<j. tiirar.l, Manuel', p. 184; lluro-
lin, Slipiitatio, itips et meramenliun (Exlr. des Stiuti in onore di Carlo
h'ndda), 191)11 jet lus citations).
3. Unifia, Verlrngxbruch, p. 3 ut *|,|. Brisund, Manuel, p. Uïl il
m|ii. hsniein, Kludex sur le* contrat* dam le Ma ancien droit fraarak.
Xour. Rev. llht. (te Droit, VI |18!ii|, p. 38 «Ki]«| p. (13et
sipj.
4. on dit d'ordinaire quo la contrat par dation d'arrhes est un eaulral
V. I1UVBUN. UAUIR KT WJ0IT INDIVIDUEL 33

a..w, ~t_~ a.e..e_


trat de fùtnc* ou foi jurée* dérivent du serment promlgsoire.
Dans d'autres milieux, le serment vient s'ajouter aux autres
modes de contracter, et les renforcer'.
La malédiction contenue dans le serment proniissoire s'ex-
prime parfois dans des (ormes spéciales, ou dans des gestes
symboliques particuliers. Le jet d'une pierre, d'un bâton,
d'une urine, a eu fréquemment une signification exécratoire
dans le serment contractuel3. Ou connaît par exemple la for-
mule du serment romain per Mem lapident que nous rapporte
Paul Diacre' « Lapiclem silicem tencbant iuraturi per lovem,
liaec verba dicontes Si sciens fttllo, tummeDhpUer, stihnurbc
areeque bonis eiiemt, ut ego hune lapidem. » Citez les Germains
le charme obligatoire s'exprime en runes gravées sur une arme
ou sur un petit bAton (baguette marquée, /estuctt notata1). En
formuhtnt son engagement en paroles solennelles, le débiteur
tient à lu main le bâton runique; puis il le jette du côté du

réel dégi'nm1; ou Lien que les arrhes jouent lerrtle d'un paye (Brissaud,
Manuel, p. i.')98,n. 5-8);.ou mémo qu'elles n'ont aucune fonctionobliga-
toiro (Ik'nsli'r, fiittlitationen,I, p. 80-83!.Je un pub qu'imli(|ucr ici
l'Iiv-
pothi>Mqui im>puralt la plus vraisemblable.Il fiiudruitmontrer comment
le denier IiDieu(Hottespfeniwjdu droit gerniltniqiii-,mcrmnrnlumet slips
du droit rumuih.Cf. Franken,DaxfraiisOsisclie l'fandrecht hn MitMatler,
I, 18iU, p. 01. n. i; Ituvelin. Stipulation.ati/iaet sacramentum,p. Sî cl
sqq.). qui n'est ori(<inain'iiK'nlquo la pK-cede tuoiinaiosacriiiôi-Alu divi-
nlliSconuiie «uniulio d'un sfi-nu'nl,u pu se traiislorincr en une avance
faite par l'une des parties a l'autre, pourfournirun moyen A» preuveou
un moyen de d>sdit comment la remisedo celle prestation, qui avait un
caractère religieux dans le sermentafilrinatolrc, a servi, dans le serment
promiasoiro,ù symboliserla malédiction&laquelle se soumettait la partie
quil'elTectuait commentenfin tes arrhesse sont plus ou moins complète-
ment Départesdu serment pour prendrela valeur d'un mode indépendant
de contracter, d'une sortede contrat réel ou formel.
1. Esmein, p. OSet sqq.; Brissaud.il/anuc/,p. )400-U0i.
2. Souffert,Zur llcscliiettte(1erahligatorisdun VeHrûye,1881 Pollocket
Muitland. The histunj of theenglixlilaw btfoee tlte limeof Edward 1 II
4898. p. 190et si|i|.
3. Micbcliit.Orii/iim du droit français, p. KO,»S. Grimm. Deutschefi.
A • Il, p. 540 V. Ilenry, Mugit,p. 227. 4 Kohlor, Reclitsvergleichemle
Studien, p. Î37 (Candiotes) SéWllot,Le folklore de France, 1, 1:104,
p. 315et si|i|. Chauvin,l.e jet des pierres au pèlerinage de la Mecque,
p. SÏO(Jet du pierres accompagnantuneexécration} p. ÏT8 (Serment« par
lu pierru de telle tribu ») p. 281(J«l do pierres marquant lu réprobation
qu'on «prouvepour un criminel), etc. CL supra, p. 20, n. 3-3.
4. V" LapidentSilicem (VA. Jlûller, p. Ht; éd. Thewrewk de l'onor
p. 82). l'olyu., Ut, Si. Danx,Sair. Schuh, p. 13et sqq.
6. Michelsuii.Veberdie festuea notala und die germanischeTi-aililiont-
symbolitt, I8&8 Ileuslor, Instittttionen,I, p. 78et sqq. Contra Ilomeyer
//<!«*und Uofmarken,«870,p. 833 et sq«|. Cf. l'incau. les vieux chant*
Scandinaves,J, 1898,p. $2ut »qq.
E. Dk-RKinsni.Année soclol., itlOô-1906. 3
34 i.'anski; hk:ioi.oi)1i)ui;. llJuô-l9OlJ

créancier, symbolisant tlatts ce ^<*sle l'oxocralitui à laquelle il


su suuinet ou liieu il le remet mi criiuucivr connut' il lui
reinullriiit un gage- Cela ne «luit ijoiittsurproiidre .Toitriture,
ellu aussi, est sympalhiqueMeut liée à celui qui l'a Iimcôo; le
bîitoii est sytuiiathk|u«!ini!itt lié Cict'Itii qui l's* porté.
Nuits arrivons ainsi.|);ir uni1, transition mit irollr. ù une
troisième forme d'emprise magique mise lu service des cun-
veillions. C'est celle de Vécriture. Les hommes iiiiiilles ue
rt'K/iident pas l'écriture comme une simple réunion de situes
conventionnels, qui n'ont de valeur qu'autant qu'il* s:ml inter-
prétés; frappes du caractère mystérieux de la lettre, ils lui
attribuent uuo puissuuco surnaturelle L'écriture a une tores
agissante; ce qui estécritest ou doit être1. Le fatalisme oi-ieu
lui s'expriino daus la formule C'i'lait écrit Pour les Stiin ite s
lu loi se uumtne i'tèmtare. Ou éerit donc tout ce qui dotl ôtre
respecté la loi, la formule liturgique, la malédiction, ta cou-
veutiou. Les peuples germaniques* inscrivent de préférence

i. Hncusmis lt«ujliir. lni(itatwiien, I,p. \V.h iIivjuI' i,i. «. auf der


fmlu:ti iti>liiln\ «iiiK^t'IniillLMi wunli'. w.ir viulluirlit nn|irikiiKlii;li uiiie
Voi-waiHiihuugt- lulji- Vin •Ul'unii •! lur Jji» t'ull il-js Wurlbruviiui, odor
aunli l<lo< «.-inZ.mcIi.miliiur/i). wj ilinii il»-i Woifn'erftfit Jur fmiuea vun
iloiu .VUji|iiKcU<!nik>r diriiKl b'xl<*ltet Wir. Umlwillun wir eiiii'n Schritl
woiliT ij.'Iiuh. «•) il irll'ii Wir viulluirlit si»»Ti AWi-: pafi-ia vecba ii. e. ille
lf'lu.if<irunîlii) sviron dii> YurKlnKor j met Kunii'ln. welolic xu ilirem Er-
satzo vuu iLîii Uk-iK1!1!! Jiii- HirUtlictu'it Kirclwr<!iligiert, allu Stidfcn îles
lli«s>«!ilsuiul dos Jonsoils ù'ior Jeu g.-jfiiii kirctilirliu Vvrgabungun u. dgl.
l''rev.'liiileti liuniliruliin. » Culii nu .souible gUMracunlujlubli!. Biiituconp
l'aut>Mtr4 (unir.; autres Thtiv«niii, .V. Hto- liai., IV. 18S0, j>. Ki. et Brijf-
sauil. Mwiuel. Il, p. 13Sji, <|ui ul:u •Ucii'. à jn^t-î titro In raracli'io sacra-
mi'iUutde la feilucatia, «tqui y nûoiit une fimifulu senne»! pur lm aunes,
u'aiTiviml \iu uvtpti>|uur lejut du la fesluca, parco qu'ils ne tiennent pas
compto du jîcsl-; usOcrutuirii souvunt joint au seraient.
î..S«/<c<(, (). M, 11.3.
3. Ci. Gutilh'j, Paint, 1" |»;irt. (.Sluilit'ivimuiDi'/
A'U'io•.•in IVr^iaiîllI,l«>cliri<'briiunill.o|ira:l,t,
1»(cili (icijK'uU,vwdifln *icha)l< «rlifucn.

4. Pli. Berger. HUMre de l'éerUaiv dam < «/)<t'/Mf'~ Paris. jâ92,


p. îliS et s<i-i. Wiinscli, li'jUioHuin taMlae atiieae (App. au C. Inwi-.
Allie), Mil, p. III; Miligimi, Superstition, erime el misite en Chine
Ly-ju. 1U0J; l'inoiu. (.••*rieiuc c'i'iiifs papu'(iire< scaiului'ives, 1. p. 2i el
8i| |. Dii'lui-icli. ABJllenkm'iler. liltein. Muséum. \M\ (1901).p. 87 et 8i|<j.
40.1,'l ai|i| lluvulin, TuMellea maiji'iues, p. ll-Ii;p. J9, n. 1 p. S); p. 4S,
n. 3: Hubert, V»Mitr/itt. p. 1518, 11.15-10; Vuitsy, la magie amjrimne,
p lu:i; llfissuia, Manuel, j>. WJj AnIdIIoii». lufixhnium lubellae, p.
Xl.lli. Je nu parle pas ici <in>manjue* de /iro/n-ietr, dos signal m'es, dus
«cwïiij:, ute. Cf. les exlibi-U, p.'<>pliylaclic|ucs du vol et nurijuvs ilu pra» ·
p~iûtti {Supra, p. 19, n. l-2j.
S. Kl paulè.rj d'autres auwi. Voy. diiii /'<(/>. m%giyue tlv Parte, iSki
a. MUVBL1X.MAOIK
KTDUiilTIXUlVIUfKL 3S
les runes obligatoires suèdes bâton» et sur des armes (épioux,
lances, etc. "i. Les runes prêtent leur force magique à l'arme, et
l'arme prête aux ru lies sa force matérielle. De lit peut-être le
système des eonlruts dits littéraux, dans lesquels des obliga-
tions naissent, en dehors de toute condition de volonté, de
l'écriture seule- lu rédaction engendre le droit1. Bien

(WVsm.'I.v,Oeinitisclte Xiiulierpu/njri. Dcnfachrifli-it iter k'iit. AMeutietu


H'int. XXXVI, 8 (ISSS), p. J !«»>,lu furmule.titu(;i<|ue gravita par Kronos
sur te scuptru d'Arlémls. lluvcliu. Tablettes mugi'/uet, p. :iii.
1. Ire lit, dans lu Tdtratoyie lie Itlrlinnl Wagner, le motif
juritli>|itt> <)•»
roiiliuU tîi-uvvs sur la luncu île Wiitun. La puissance divine n;pi>,x«sur
.•s contrat» la lauiw brisée, lu iiiukIu il« la lettre s'êvanouil, 1m
parles
il'ulll plus do fcin-e, et c'est lu <:<>tt<-rilammeruHy.Celte coin-option – issue
cviilenimunt il 'un milieu social très ditlV-ivtiuiô– d'un niondu <jni lire sa
vulicsion de llunscouU'uutuula, ut quu lu rupture, îles e»nl mis petit anéantir.
si' mlrouvo dans d'aulru* suciûté*. Cf. Seiu-lmx Moi-{Atteint! fait* of Irelantt
III', p. M « Therc are Iliree puriods ut wliicli (lie worlJ i> wurtliluss Un-
liuio of Il plaque lin* timo of a m-iiiiiul wai1 llte ttiii.ilttHon of esprexs
fiitrai'l*. »
J'ai iMiiis, pour le droit raiimin, l')iv|iutli.">f de roiiuimi niii^i<|ti'j du
t -.mirai littoral (Tul/leUes utaijiij m- p. 28 et ^y\ vu ut'»|i|>nyiviil »»r lu
l.'iiiiiiiulutiiu moulu du eu contrut. l'uut-Otru pourrait ou Itippuyi-r aussi
sur des urKiiniuiils de droit oompuiv lOf. iufrn, n. 3), et sur di'S urmiiucnts
de il mit iiilurn» <juojo ne puis <|u'indii|uei- ici. Ii convient duludior les
livres île ruisvn romains, non puitit en los coniparunl – uu est les cotifou-
Uuut uviîi! les rfgi.slivs dlls luiii|Uiurs, <|iii n'ont «vec eux que dus unu-
lugivs supurliciullus et réei-iitos, muis en les rapprochant des registres du
(uns. Les nos et le* unlres ont un vuniclrru n>Ii|(ii>ux(p»ur les livres funii-
liuux, vny. Ci: l'ru. lhttie.CoM., 2 « illiic sunt u>leniuu il lue perpé-
tuais fxisiiinutionis llduin et ruliitiont'in unipleoluntur. u). Lo livra do
raisuu luiuiliut fixait pûriudtquenient la conxistuiiro il» la irs fainiliaris
(Cf. Kurluwa, IVim. H. (• Il, p. 71S) et lu situation juridiquit di- cliuoun da
si'ï It-nients, coiiinn- les registres du cens lixuiunt lu consistance de lu ces
publiât vt lu siluulioii juridii|uu du cliacuu de sus élOinenls. Si, iluns lus
tiriups liistoriquus, un luiiiiinu libre 'lui m> se fait pus inscrire au cens
diiviuiil esclave, et si uu esclave inscrit au cens devient liluv au regard da
huit civil, les inscriptions sur lu registre familial pouvuient réaliser peut-
l'Ire îles rcsultuls uiiuImkui'S uu regard du droit intrufumiliul. Le pèix- de
famille pouvait pur exemple ajouter, retrancher ou cliuiiftcr certains ziominu
tans lu liste des ne.ii ou des personnes iit wancipio Je dirais nicmc, négli-
K'ïint des différences qui ne sont ni également certaines, ni ûguiement
aiiuivnues ajouter, retrancher ou changer certains nomina à lu liste des
• sduves) île I» famille.. L'inscription d'un nomeit duns cette liste fournit un
muyuu d'assujettir uiaglquemcot le titulaire de ce numeit (île incme que
prononcer lu tlamnatio dans lu ne-vum lournil uu moyen d'assujettir le
ilmmmlusi. Cf. Danz. Uhrbuvh', II, p. 43-64: Voijjl, L'eier die llunkieis,
ilir. ISuehfahruH!) uml die IMlerulobligalion tier Humer (Abltamll. lier Kiiti.
Sachs. Cttell. tlet- Whuenteh. Wj. tml. Kl., X (1887), p. 514 et siiii. • Cuq,
lust. jui'i, 1«, p. 217-Ï20 Giranl, Manuel p. 494-W9.
a. Le eui-, ictèreniai;ii|au du contrai littéral geruiuniquc
a été. soupçonné
p:ir llciisler. liistUuliouen, I, p. 8(1. J« fit" Icxtui'lletnenl le passage
Wilt man enlwi'li-liei' l'IiunUisin Sjiiutriiui» lussuii, su kOnute inuu diu
(ili'iuhheil von Urkunde und wwlùt, dus Aul^ulion der watlia in der Vr-
36 l'annkb soc.ioi.oniyi'E. 19OS-19O«

entendu uue institution murquée de traits aussi archaïques


ne peut se perpétuer dansles civiii.su tiousavaueées.Lecoût rat
littéral tombe dans l'oubli lorsque récriture se vulgarise et
perd de son mystère. L'acte écrit se transforme, et devient uu
simple moyeu de prouver une obligation née eu dehors de
lui.
Ainsi la force magique du gage, de la malédiction sacra.
meutelie et de l'écriture a servi à sanctionner les premières con-
ventions. Parfois leur emploi a donné naissance,à des formes
cuutractuelles assezdiflérenciées, comme a Rome, où le nerm»
(contrat formé par l'mgngemeMdu corps du débiteur, joint à
uue inalédicliou conditionnelle (tlamnulio) prououcée par le
créancier) la slipulatioii (contrat formé par serinent) et le
coutral littéral (contrat formé par l'écriture; se distinguent par
des caractères truuchès-. D'autres fois, les diverses pratiques
magiques se confondent plus ou moins, pour créer des formes
contractuelles composites, où plusieurs iulerveutiuus ma-
giques concourent dans uu mèinc acte, connue eu droit
germuuique, où tes formes de la watltutio (contrat formé par
remise d'uu gagej.de \nfestuctiUo(coutmt formépar serinenti,
de la tratlitio eurtue (contrat formé par la remise d'un écrit;,
se rapprochent au point qu'où a de lu peine à les séparer1, –

kunili. su lirklûrpii,itats. der beutschedie Crttumte«fe«lieu»Geheim-


mttwllei,ftul uls ein Zuulierdinft aufgenommen liaùe.und duiicrmit tttr
im Itei'litsverkelireumgisgungeii ssuiwie mit dem geliuiiimisvullzuukcr-
liaftcm sudassdie
Uuuoiiitalx'liiii, derUrkundemitdiMii
itegebuiiK Zuwer-
fenderfi-stum|{lei>-lierUv(l«utunggi.vuseii wiiw. » Lci rappruolienients
que nousuvoiufuils pcrinullunl iloprOsonluravuc moinsd'hùiilalionscelle
eonj.cture.Voy. a ussi Brunuer, C arlu mul nolilia. Cumm.in lioiiorem
UommaeH: 18ÏI; Bri.siiiuil.
Manuel,p. 1393-1 MO; Itil et s<i<{.
1.Lenejeumpeut se diilinircommeje le fuis,«'ilest vrai,en dépitdu
cuntruvorsus nombreuses et reventesilunslosgensles plusdivurs(liùi)iiis
de
l'article Milleis.Zeihclw.der Sav. Hiiftung,XXII(IWI),R. A.,p. 90-
125.Vuy.t-n dorjiiiTlieu, fluvelin,V» Sexum,l)kl. de UaroiiiLerg et
Sttgliu,VU,1. IUUI;Senn,Souv.Hev.liai, de Droit, «05,p. 4!Ml5; Girard.
Manuel1.p. 471Î-18Ï) qu'il8»rumèiiuû uneuutu-iiiunci|iation fittuciaire
du
débilour. ù lat|uellcs'ajouteuneitumnatiaprononcé» le
par créancier. Sur
Uscaractèreexécratoiwd«ladammilio,vuy.lluvolin,Tablettesmagiques,
p. 33et S'|(|.
2. On pourraitencorementionnerici certainesformesarclial>|ueg do
contniitter,sur lesquellesnousgommasmal renseignés p. ex. l'eniRina-
ti<iu«mdimonium,qui,d'apré*une conjeclurede Lcool.correspondrait à
towadiathframiui?, «l pourraitpar conséquentreprésenter,dans litsériu
contractuelle romaine,le contratpar remisedogage.Lenel,Zeitsehrder
SavignySliflung,XXIII(1902), R. A.,p. 97et sqq.
3. La fe*lucaet la cariaserventsouventde wadium;la feslueanolala
estdevenueunesortedecaria. LOning,Vtrtraysbmcli, p. 8,n, 17 IIous-
P. MUVRt.lN.– MAlîlR Kï DROIT l\l)IVIl)l!lil, 37

ou dans divers droits jeunes', où In paumée (Han<lschlag)îom-


lion no à lu fois comme symbole de la dation d'nn gage et
comme symbole d'une malédiction sacramentelle*.

VU

J'arrive ainsi à la jiistilleatiou de mon allégation première.


Tout en admettant facilement ((lie plusieurs des interpréta-
tions proposées d-dessus puissent être corrigées ou renver-
sées, me parait certain que la formation des premières cou-
veillions obligatoires et la répression des premiers délits doi-
vent beaucoup à la force magique.
Bien évidemment, ce caractère magique originaire ne se
maintient pas intégralement dans les sociétés avancées et
cette transformation nécessaire ne contribue pas peu a rendre
nos recherches malaisées.
Suivant les circonstances, révolution peut se réaliser dans
deux directions opposées.Tantôt le caractère illicite de la pra-
tique employée s'accentue, et l'on aboutit à une prohibition
absolue sanctionnée par des peines publiques. Tantôt au con-
traire le caractère illicite deIn pratique s'atténue, et elle passe
dans la technique juridique. Nous avons la bonne fortune de
pouvoir constater parfois comment, dans des milieux diffé-
rents, un rite au fond identique incline vers l'un ou l'autre
sens. Tel est le cas pour le rite duilluiïna. Il y a des civilisa-
tious où sou caractère magique disparaît, et où on lui attache
des sanctions juridiques en Irlande, le demandeur qui a
jeune obtient une condamnation au double, et, s'il meurt de
faim, sou adversaire doit le prix du sang, comme tout meur-
trier3. Le tlhiîrna devient donc une procédure proprement

1er,Instittitioncn,I, p. 79el sqq. p.89ol sqq. Tlidvtmin, If, p. 90,>


Esmoin. Sotiv.fiée.Ilist.de Droit,VI(1882),p. 38,2 p. 46,«te. Brissiuul,
Manuel,p. 1381,1; 1395,5.
1. (iritnni.DeulscheU.A. I, p. 191et sqq.; Daroste,Etudes,p. 104;
314,350;l'ost, titlm. JarUpi:,Il, p. Cil,I Kovalewsky, Coutumecott-
lemp.etM ancienne,p. 113el sqq.
3. Esmoin,Etudessur les contrats.Souv.Rev.Mut.,IV(1880). p. 080et
s(|(|. Brissaud. Manuel,11,p. H0I, n. 6-1.L'iiléudomalédiction sacra-
mentelleest Monmiseen reliofpar l'ollockot Maitland, TheItistoni of
emjtish l uw.11. 1898.p. 188.
3. D'Arhols doJubalnvMu, Reçueceltique,VII, p. 246; Daresto.Eludes,
p. 300-301Stoimnetz,Scongiurigiuritliei,p. 34. DembnecheztesCan-
diotes,Kohli'i',lleelttsvergl. p. S38 on Afrique,chezles nègresdo
Stutlien,
la CAte-d'Or, Waitz,Anthropologie der SalunOlke,;II, p. 14t.etc.
38 I."aMXÉK
^(iClOUKilQUK.
1903-1'Jlje

dite, et entre dans le<lt'oit. – Mttistiilkuirs il devientun délit


public. Ainsi l'ancien droit romaincouun issu il uii rite nsse*
voisin du (lluirnit i|uh'uiu|ue avait été lésé pouvaitassiégei-
la poilc de sou ennemi, cl y proférer dos imprécationsvimik'
resses. CinI ce i|u'on appelait a*tinm aiwitltnr*. L'oecentalio,
coiiiim.' beaucoup (lerites musiques, s'ollectuait lit nuit.De nus
jours encore, tliins certaines parties do la France, on attache
nue certaine idée de justice privée n ce» charivaris nocturnes
qu'on organise devant la maison de personnes décriées (veufs
ou personnes de mauvaise vie qui se marienti. Le liés ancien
droit rumiiiii les tolérait, .Maislorsque l'organisalion sociale
se développa, et que la justice publique sullit à réprimer les
torts, uu considéra ïoccculittiii comme un tiqm^ injurieux
coutraire à l'ordre publie, et on ta punit connue ut) délit*.

VIII
J
Je viens de constater que l'intervention magique la plus
nettement se rencontre dans la matière des délit»
prirvx et dans celle des roHreniions. Puisque je ne m'occu-
pais, jusqu'ici, que de collectionner et de classer des faits, je
pouvais considérer les deux notions du Mil faire et de lu
coHrriitioH'" connue sulHsammcnlclaires. 11 convient main-
tenant, pour parvenir à une formule explicative, de définir
ces deux catégories de faits générateurs de droits, el, sur
tout, d'examiner la nature des rapports juridiques qui eu
naissent.
Le délit priré peut se définir, semble-til, par cette idée qu'il
procède essentiellement d'une réaction de fimlicidu contre un
fait d'autrui qui l'atteint1. Parlà il s'oppose au délit publie.

J. V.suni'r.litiligctieVitlIttjtistte.lifiein.Mu.seiiiii,
LVl(1301), p. |.»8;lluvv.
lin,la notion<leïiiiiuriadansle 1resancientlroil raimiiii,)>.;syet sijq.
2. lluvrlin.Inittria,p. 81.
3. Je |iui'k>ici iiili'iilionnollomonl
de couvent ion,et nondt<contrat,pour
no pas enierlier-onl'usion «p i.-iTot.
dan»li-silroilsforiuulisti;.<,
U-molcon-
trai il>;»!gne |i-rili' riiilif,Mtuirf,
»tnonl'arcunllie vciluiUvs.
4. Ji- nv puis utiliserici les diiliiiilions
courantesdu dûlilpi-ivû, qui ne
relOvuntpas euflUaininunl lu caraclùvindividuel<lnlu réactiondont il
procède.Cf.pourtantSaleilles, Étudeiturla théorieijàiérulede l'obligation
d'aprèsh premierprojettleCodecivilpourl'empireallemand. £' éd.,1901,
p. 358 «Ledûliti>ûniilt5tanl caraclûrisuparuneviolaliun liel'ordropublic.
l'autreîle délitcivil)aucontrairesupposantviolationd'unintétrl «rivû. à
C. III.-VKf.IN.JUAlilK tT UllOlïISUIVIlilKl. 39
On sait 1. 1-
qu'on nommedélit publie, – M. Durklielm Ta forte-
ment démontra' •-• tout aelo qui froisse des états forts et
définis de la conscience collective ». Tel est, par exemple, do
nos jours et daus nus sociétés, le meurtre; il constitue tiu
délit public parce que tau» les individus
itornumxl»réproi».
vent. Le caractère social de la réaction coutre le. délit public
enlnitiie certaines conséquencesearnlérisliqucs In société
poursuit elleniénie lo cottjMiljlehi stuci^t<>uppliquc elle même
le cliiithnciit, et, s'il y a lieu, en profite. – Le
délit privé, au
contraire, dérive d'une réaction imtiritluclh'. J'entends d'ail-
leurs pur là, fuute d'un mot plusclnir, la réaction d'un
groupe
différencié une famille par exemple) aussi bien que la réac-
tion d'un homme isolé. Lo délit privé est l'acte qui froisse un
étal fort et défini de la conscience individuelle, et contre
lequel, par suite, l'individu seul réagit. J'emprunte un
exemple à l'ancien droit romain, l'n homnio coupe un mem-
bre ù un autre homme. Dans la civilisation romaine
primitive,
on regarde ce fuit comme une nflnire privée. La conscience
collective ne réagit pas, ou léiigit très faiblement; la justice
sociale, s'il en est une, n'intervient pas. Maisla conscience do
la victime (et peut être dugroupe différencié auquel
elleappar
tieul, clan ou famille) réagit, et lu victime se venge, aidée de
ses proches. Cette vengeance privée, ces représailles, sans
règles et sans limites, n'ont aucun caractère juridiques. Mais
un jour vient où, dans l'intérèl de la paix publique, la cons-
cience sociale réagit plus fortement contre les faits
suscep-
tibles de la troubler; une contrainte sociale, d'abord
diffuse,
puis organisée, s'exerce pour modérer les recours à la violence,
e mpécherla vengeancede dépasser l'offense, assurer des satis-
factions à lu victime même si elle est physiquement la
plus
faible1,puis pour interdire la vengeance, et imposer des tran-

i. I)uiklicim,/«mion', surtoutp.35et sqq.; Itègtesdelaméthode socio-


logique*.tUOi,p. « et iqq.
2.El, par conséquent.aucuncaraclteerellRioux. La vongeanco estbien
lellfficusu
dansl'intérieurdugroupedi/férettcié
quise venge
(\>.et. lo devoir
devengeance rentreUen.aM seinduclanoude la famille,danslesdevoirs
religieux)maiselle n'a pointcocaractère, na moinsoriginairement, dans
lesrapport»ttet groupesentreeux. L'idtereligieuse a
la conscience apparaît mesurequo
eocialos'intéressoù cetteuHairoprivde.Je n'accoplo donc
qu'avecunerestrictionimportante la lli*soiK«fon<luo'
purStcinmetz,Slmlicu
sueerslenlintxcichelung ter Strafe,
3.Calo,Orig.,IV,S |«d.Jordan,p. 17) Si (|Uisnietnbrunirupitautos
rregil,talioneproiimuscognutu»ulciscitur.Pcstus,«Sd.Tlicw.de Ponor,
p. S60 Si mcnibrumrapit(ou rupit),ni cumco pacit,lalioosto.
40 l'a^XKESOCiOLOUIOUB.
I90&-IU00

sactious1. 1)6$lors le délit privé et sa répression devienneut


quelque clio-sede juridique, grâce au concoursde In conscience
collective..Mois le caractère privé (ou individualiste) dotl'ius-
litutiou cuutiuuo à se manifester par certains traits qui cou
timteut avec les traits correspondants du délit public c'est
la victimedudélit.et elle seule, qui met en mouvementl'appa-
reil de la furco sockilo c'est par elle, et à son prulll, que la
coudiimuuliou est exécuté». Aujourd'hui encore, et liieu que
l'idée de veugeuuces'atténue, éclipsée par l'idée de réparation.
les mûmes principes dominent le système de lit responsabilité
(dite ifunsi-délktuelle),toi quela favonuénoire jurisprudence,
traduisant – ou trahissant l'article l'M-2du Cude Civil i
aujourd'hui encore, c'est la réaction de la victime du dom-
mage, corroborée par une réaction sociale conforme, qui foude
sou droit à uue indemnité'. Toutes les théories qui cherclieul
la source de ce droit dans le fait du débiteur (.ancienne théorie
de lu fuute commise,ou théorie récente du rûque m'<;) restent
impuissantes à explitluer tous les cas de responsabilité.
M. Emmanuel Lévya eu le grand mérite de dégagerle premier
cette idée, que c'est la croyance de la victime d'uu tort qui
met eu mouvement la responsabilité, pourvu que cette
croyance soit légitime, c'est-à-dire qu'elle trouve un écho
duits lu croyance sociale3.
Eu va-t-il différemment dans la convention obligatoire? On
la déliait, aujourd'hui comme autrefois, l'accord de deux ou
plusieurs volontés, eu vue de produire des résultats juri-
diques, spécialement des obligations'; les volontés en ques-
tion sont conçues d'ailleurs comme des volontés iiulici-

1. tiell.,.V.AIL,XX.i, 38: si rcus,quidepcoisci noluerat,iudicitulio-


neinimpcruiitinon parebat.aestimatalite iu<Ivx lioiiiiimuipvvuniacdam-
nabat.SysU'ina cninplùlé, plustard,par l'actioniniuriantmavstimatofia
du pnHeur.Suri.-estextes,ulleursrapport»chrouuluiiiijUes, voy. llttvolin,
Iniuria,p. 9 et £<|i|. 12,3.
2. Delà la tjéumililéde coiweplioa du ilvlilcivil lecaractèreiliilMucl
du faitfiiiulUj.oii l'a reuiarijué(Saleillos,
op. cit., p. 3j5î,non do disposi-
tiuns lûKalusstrictes,mais do conditionsgénéralesqui trouventleur
expressiondans la formulelargede l'art, i 382.N'est-cepas parcequeles
manifestation.* dola conscience collective,ayant toujoursquoiquechose
<tediffus,ont besoin,pour se préciser,d'élrocristalïjsiîes dans un texte
liiRitilutif,
tandis.iiue lesréactions I ndividuellesontpur elles-mêmes toute
la détermination nécessaire?Y
3. Emm.Lévy,Responsabilité el contrat (Kitr. dola Revuecritiquerle
législation etjurisprudence, 189!)), notammentp 18 «tsqq.
4. Dig.,Il, 4t. fr. 1 S 2(Ulpien) Kstpactiu duorumpluriumvoin idem
placitumet consensus.Aubrycl itau, Coursde droit civilfmnwiia IV
P. IIUVKUN. – HAUIB BT DROIT INDIVIDL'KL 41

duellus>. Même co qu'on appelle aujourd'hui le contrat collectif


ne mot on présence que les croyances de groupements dillé-
rendes le contrat collectif est l'arme d'une lutte de classes.
Qui dit contrat dit force individuelle. Il tant même se garder
d'uue erreur où tombent encore beaucoup de juristes, et que
favorisent certaines métaphores couruntos, dangereuses pour
qui en est dupe. Ou parle de volontés qui se renmnirent, de
volontés qui eoueourent ou qui s'accordent sur un objet unique
etc. et l'obligation conventionnelle panse pour le fruit du
rapprochement on quelque sorte matériel de deux voli lions.
En réalité, si l'ou y réfléchit, ces façons de parler n'oflrent
aucun sous acceptable3. L'évolution historique et lu logique
nous conduisent pareillement à chercher la source de lu
créance couventionnelle dans uue volouté unique. Noussavons
que dulis ta convention originaire (cuuveuliou de payer uue
rançon) le créancier est un vainqueur, donc un maître, le
débiteur un vaincu, donc un escluve. Par la force matérielle
ou l'emprise magique, la contrainte de l'un s'impose à l'autre.
Lu volonté dominatrice du créancier fait son droit. Mais si
cotte conclusion semble évidente tant que le rapport d'obli-
gation donne au créancier une prise sur le corps du débiteur,
peut-être s'obscurcit-elle aujourd'hui qu'il ne lui donne plus
qu'une prise sur son patrimoine. Cependant il parait bien
qu'on se trompe en disant que les deux parties au contrat
veulent l'obligation. Paul prête cent francs à Pierre tout le
monde sent bien que Pierre ne ceut pas l'obligation de resti-
tuer qu'il assume il ue veut que recevoir cent francs il ne
veut, diraient les Romains, que la m- du contrat. En règle
générale, le débiteur ne veut que l'avantage (pécuniaire ou
moral) qu'il peut retirer de la convention, il ne veut pas
l'asservissement qui le frappe. Cela s'entend même des coa-

(1908).p. 406 une convention est l'accord du deui ou do plusieurs pur-


sonnas sur un objet d'Intérêt juridique,
i. Perozzl,Le ob&liijasioniromane, Bologne,1U03,a remarquablement
dùgagiSdes idées analogues. Voy. uolummcut p. £6 et sqq.
2. Dig., II, té, fr. 1 3 3(Ulplen) Sam sicuti convoniro dlcantar qui «s
diveraialocis in unuin loottin colliguntur et voniunt, ita et <]uioxdiversis
aoimi molibusin ttnuin cousenttunt, id est in uuam sonUintimudecur-
runt
3. Voy.la critique pénùtrante faite du concept do « rencontre de volon-
l<5s» et du concept de « transfert de droits » par Einin. Lcvy. Sut Vidée
de tranxmi.tsionde droits (à propos de la preuve de la propriété immobi-
lière), l'uris. 1890,p. 90 et s.|i|.
43 l'a.SNKK SOCIOLOQIQUK.
190MWO

veutions où l'avantage attendu se lie le plus étroitement a


l'obligation i'p.ex. conventions atitregratuit). M. Emiu. Lévy,
qui arrive à In môme conclusion par des voies difléroutes de
celles que j'ai suivies. montre bien comment « ce qui fait lo
lieu coutrn«.'tueljc'est la confiance qu'inspire nu créancier la
promesse du débiteur' ». Le créancier fait conflauco au débi-
teur, c'est-à-dire, aujourd'hui, à son patrimoine. Sa volonté
tie domination sur ce patrimoine, eu supposaut qu'elle soit
de nature it eutraîner l'adhésion sociale, crée son droit. Dans
toute convention, il y a une liberté qui s'exerce, et
qui est le
droit, et une liberté qui se restreint, pour subir le droit.
Toute obligation, délirtuelle ou conventionnelle,
exprime
donc une volitiou individuelle unique. L'obligation repose
sur l'activité dillérenciée, ou, pour employer une
expression
plus courante, sur l'activité individuelle du créancier. Nie»
d'étonnant à ce que ta notion du droit porsotmel, ainsi con-
çue, ait encore, pour nous quelque chose do inagiquo. Eu prô-
tant à l'activité individuelle sa iorce propre, la magie a
pré-
paré la voie aux sanctions juridiques; ello a fait entrer
l'activité individuelle dans lo droit.

IX

Co premier résultat que noua fournit l'histoire de


l'obliga-
tion pourrait se confirmer par l'élude d'autres
rapports juri-

i. Emm. Lêvy. Responsabilitéet contrat, p. ÎH et


«qq. Jo transcris ici
les p. 101-102de la tlii'Sodu mime auteur sur Vidé*de transmissionde
droits a Si on peut donner un objet, un ne peut pas donner un droit.
Manifestationdu moi, le droit n'est pus plus susceptible do transfert
nette personnalité même. Et pourtant on orheto, on vendt Sans doute, <iuo
mais on achèteot on tend la valeur qui résulte des chosesou do l'activité
humaine, on n'achète point, on no vend point de droits. Sije veux acqué-
rir un bien de quelqu'un, c'est parce que je veux jouir d'une
façon quel-
conque du ce bien et que la presencusur lui d'un tiers m'en empêche. Si
le fonds n'appartenait à personne, individuou l-'lal,
je pourrais certaine-
ment en prendre possession,en jouir par ma seule volonté. Le droit que
j ai de faire tout ce qui n'est pas défendu, ma liberté on un mot serait
pour moi un titre suffisant daequisilion. Ce qui me gono, c'est la posses-
sion légitime d autrui. Le contrat me permetde lover cet obstacle.
Quole
possesseurme cède sa chose, c'est-a-diroqu'il y renonce eettere et jo
pourrai agir librementsur elle. Maismon titre ici, c'est commeen matioro
d occupation, ma volontélégitimod'acquérir. Lo contrat n'est nue l'acle
qui petraot à mondroit de se rnanitestor.Ce droit,je lu tiens de moi-même
et de la loi, de ma personnalité telle
que la sociétél'a créée. Ce n'est pas'
un droit transmis, c'estun droit acquis. »
1. IIL'VKUV. – 1UUIKKT DIIUITIXDiVmtBL 43

diqui's. Partout oit l'on rencontre tlo.s croyances et des droits


individuels, on a dinwe du rencoutror clos traces d'une
intervention imt£i<|iie primitive. Jcjjm puis pus prouver coin-
phMeitu'iit cotto ullty'ilion ici il fiiudrail étudier notiimiticiit
toute rtiisloire do l'imlividmtlisiitioii du droit, d» prourietû
(clans ses xaiicliniis restitutives;1; l'histoire dit IvKtntneiil '
l'histoire do la procédure en matière individuelle (procédure
privwi Les démonstrations à fournir dans des de
(|iic«itions

1. Puisque uous n'avons, ou parlant ilu vul, toiielié i|ii'tiuv sanctions


ivpicssivi'.i, les plus anciennes, de lu propriété. Il faudrait s'attacher à
lliistiiiii- des «mo/Hf*île praprWMiwtwiduelh', i|H'iii) iviicnntru d'uljoid
Mil' U's "lijiti itiuliilicrs larmes, têtes di' ln'lail. clc), >•( <|ui nu sunl pus
ilos tiil'inix, i|iii>i qui' illse Von Ccnnt'p, 7'nioi/ et tutéwifiiie ri Mntla<i«xcur,
|i. l»7 ri H|i|. «'Ik-s ont un ciimclvii' uiugiiiui', eiiiunii.- le ri-ui<ir<|W« ju>-
li-iiu'iil .Malins, Entai nur les variation* *«i*u;i«iVir.»</c.v smùvlés iïsltimus,
Ami., soe., IX tl««6), |>.117, n.i>-8.tîf. mipnt, \>.i% il. t~± Or «es »iai-i|n«s
<U-|iro|niét.; paraissent avoir élu Uûes au (litv<luj)])i'iii«<nldes sunciiniis
ri'stilutivi'S de ta pru]iriûti} (ifvciiilicutiun, et uctiolis po.ssi'ssoin.s). l>. ex.,
sur 1rs i\i|i|iuils enlru We, niar(|Ui.-sf;viiiiaiili|Ui:s du iJitipriùtû et lu saisine,
voy IloiiRiver, llnus- imtt ilofmarken, 1870; Cliuiupcuux, Essai sur lu ves-
litnra ou m'aine, 1808. Jluis ces auteurs ne rlii'ivliuut pus les Kuurci'Slniu-
IuIjh's <-t ^i'iii'ralo.s des institutions qu'il» l'tudieiit. Uaillcurs lu propriiilù
l>î-iiuitîvt>uni lice au système lutùini<|uu. funs biautoup du milieux, c'est
te toti.ni qui confiic aux imliviclUK(|tii le portent (1rs pouvoirs varit'iSKur
di vertes espèces de clioses. l'ourûludierlc passage de la |>r<i|irii3lécollcolivu
il la propiiélé indiridnellc, il faudrait connaître exactement les raj>|HirUdu
to lent de clan et dus totems imliridui'ls, des tabous avec les riles négatifs
individuels, rie.
S. Tandis que. lu succession ul> inluslal, iiislilulicui de dévolution collec-
tivu, tt ilc> lmscs religieuses, le testumeiil, ucle de volonté individuelle,
tttl'uctv une couleur inaf!i>|ue. Si jo u'ai pas cru devoir étudier spécialement
cette question, c'est que le testament, dans ses l'onucs originaires (adop-
liun, atrutoniie, institution contractuelle, etc.) est un contrat (Lanihert.
La fonction du droit eivil comparé, p. 4)1 et 8(|<|.) ce que J'ui dit de» rite*
magiques joints aux conventions s'applique ici sans difliiulté. Quant aux
formes développées et léecntcs de ilispositions testamentaireg (en enten-
dant par là des dispositions unilatérales cl rétocuhlos do dernière volonté!,
il suffira do siRiialer brièvement la place que la malédiction y tient. Assy-
rie Fossey, Magic, p. 120; Clwldele Révillout, Les obligations «n droit
t' [II/J'tirll. Apiiendice sur le droit de la Ckaldde, p. 33" llréce Zieliorlli,
Ilrr Flacli lui f/ritehuchen Hecltt. Hermès, XXX (I8M, p. Ml, n. 8; Wohile,
l'syehe', 1898, II, p. :U0; Hume Murkel. Sepulnalmitlleii (Kxtr. de la
(lôtt. t'e.tt'jube fUrJheiiiiiji, 1892.p. 43 ut sqq.; lluvelin, Tablettes magiques
p. «-1S.
'A. Hupru, p. 8, si. i. Nous .siivoiib que la vengeance peut êfic |>rép(iré«
par des iiittlédictions. On JX'UIs'atlendiu à trouver des traces de maliidic-
lions jusque dans des phases plus relevées ilo la justice privée, et inemc
dans des phases déjât publiques do la procédure. Ainsi ilaii» des actions
proprement dites Jaclhuis portées. dcvqnl des arliilresi, on rencontre par-
fois le euriuux'Vystènio d'une instance, s'ouvrunl par une malédiction <|uo
le ilunianilotir
J|gji£e,contre )o défondeur. Le Codo d'Ilanniionralii nousen
fournit un hbn exemple. Daresle. Le Coite babylonien d' Hammourabi, Nouj.
44 |/a.NNI?KSOCIOLOGIQUE.
iW$-1900

ce genre, que personne, à ma connaissance, u*a envisagées


sous cet angle, déborderaient les cadres dont jedispose. D'ail-
leurs, j'ai dit l'essentiel. L'obligation étant le droit individuel
le plus pur de tout alliage, on peut tirer de sou histoire des
conclusions plus fermes, moins sujettes à équivoque, que
celles qu'on tirerait de l'histoire de droits qui ue se sont
jamais individualisés pleinement. Je ne voudrais ajouter
qu'une idée à celles qui précèdent c'est que la notion môme
des sources du droit individuel, telle que l'ont lentement éla-
borée les philosophes et les juristes, se confond avec lu
notion des sources de l'activité magique, telle que l'out con-
çue les sorciers et lesalchimistes.
Je fais allusion à la conception du droit naturel. On sait
que t'ou entend par droit naturel (au moins depuis l'antiquité
grecque)1 un droit idéal, immuable, universel1, qui, à raison
do sa supériorité intrinsèque, domine les lois positives, el
s'impose à elles comme modèle. Ce droit est toujours conçu
comme un droit de l'individu, inné eu lui, et indépendant de
la société Bien avant Jean-Jacques Rousseau, on s'est plu à

Rev.Uto. îleDroit,XXVII(1903), p. 8 «Huiulilc résulter.lustonnes.lu


lului«ju'onirittti-'raîlerriiuvilisons tlediilitprivé l'aeliuuintentéepar
le plaignant. débutaitpar une imprécation, un auatln-tne,
nuit contrele poursuivant, ,jni soretour-
lorsque- l'accusation n 'étaitpas fondée. » (Dans
Ju iih-iiii>
si.-iis
Kulili'i'utl'i'iscr, llainmurabïs <»>»<•Leipzig,(nul,1.p. !i
§ I et i. Autreitilerutvtitlicm clunsMQlIer,DieHeseticUammumbh u'ittl
ilu^Vetliulliia zurirwmi.n-lien Geseltyebuivj tuieie mdenXII Tafétu,Wic-n,
l!)03,p. 9 et 73).l'eul-rln.1, si l'onadopteune iuti-iprélalion trèsvruisi'iu-
blublcde M.(JluUtSttidariU,p. IHut *|i|.i, faul-ileiti-rdttn>le iaC-mc
bousuni;vieilleloi ûléennu(Cauer.Délectasiusc: graee. iv S53),(jui
tend& riipniuorles ubusil«la vt-ngeuna'privée. Le demandeurv i-st
désignépar les inuts AiÇ{t.; xarc»^tt« *i quelqu'un lunéeuneim-
précation.
1. Burlo.Essaihistoriquesurle développement ttela notionle droit««<«•
rel daml'antiquitégrecque,Trévoux,190J.
2. J'emprunte tus fermesinduesd«l'art. 1".lit. I, du livrepréliminaire
qui duvait figureren tête duCodeCivil « 11,;kMvWldroituniverselcl
immuable,sourcedo toutesles luis positives il u"Csi ijuola rai.sunnatu-
relieen tant qu'ullegouvernetous les hommes». Appeler ilnit naturel
(commeveutlu faireM.Salcillos, Êeolehistoriqueel droitnaturel.Itev.
Mm.dedroit civil.1902,p. 80 ef.U CoiteCivilella méthode
Livreduce/llel/aire du CodeCivil,1904,p. 101-108, historique
un idéalliedroitfundé
sur l'interprétation paranalogie,surla conscience et
sur le droitcompare!, juridiquecollective,
c'estabuserun peu dos mots, et, poursauverune
notionaujourd'huicompromise, essayerd'ensauverrêliqucUc, enl'appli-
quantilune nutiunbieudillëronte, celled'undroitévoluunt,et conditionne
par le milieu.
3. V»y.p. ex. Basch,minierel l'individualisme anarchiste,Paris,1904,
p. 187 Suli'iili-s,Livredu centenaire, p. 107.
1' HL'VBUX.– MAGIEKT BIIOIT INDIVIDUEL
«

évoquer cette époque de félicité première où l'homme n'avilit


pus tiliéné sa liberté par le contrat social, et où, vivant à
lï-litt de nature, il possédait eu lui-môme la plénitude du
droit. Tout droit lui venait de hi nature, et non de la société.
La nature se comportait connue un réservoir de forces, anté-
rieur et supérieur au monde des énergies sociales, où l'indi-
vidu puisait librement. Elle constituait ainsi lu source coin-
mune des activités et des droits individuels. Telle était déjà
lu pi*i; des Grecs, bien que cette notion, dépouillée duue par-
lie de son contenu mystique, ftlt devenue chez eux à demi-
scientifique1 tel est aussi, do nos jours, chez les peuples peu
cultivés, ce monde d'eflluves superposé à lu réalité qu'on
nomme muta chez les Méluuésiells,oieiula chez les Hurons,
fouina citez les Malgaches, etc. auquel le magicien em-
pruute la force qui agit. Lorsque les philosophes sloïeieus
reprirent et coordonnèrent des systèmes déjà anciens pour
formuler leur système individualiste du droit naturel fondé
sur la commune raison, ils agirent à peu prés comme les
alchimistes lorsqu'ils élaborèrent leur théorie de la «'Jvajiiç,
action de lit çi«;. Aujourd'hui encore, n'est-ce pas, dansl'ac-
ception profonde du mot, un phénomène magiqueque sollici-
tent inconsciemment les théoriciens du droit naturel, lors-
qu'ils demaudeut à la seule raison individuelle de révéler le
droit pur?

De ce qui précède se dégagent les éléments d'une théorie


de la magie dans ses applications au droit.
Le droit est une règle do vie sociale; sa sanction est
sociale il repose sur la croyance commune à ses origines
il se coufoud avec la religion. 11 semble donc ne laisser
aucune place aux activités individuelles et en effet,dans les
sociétés peu différenciées, toute manifestation d'individua-
lisme est rare, insolite, déuuée de sanction, quand elle ne
constitue pas un délit9. Lorsque les sociétés s'organisent par
la division du travail, l'activité individuelle grandissante ne

1. Hubertet Muuss,Munie,\>.72;]>.103;p. 118.


2. Hubertet Muuss.Magie,p. lOt-iïi.
3. Durklieim, Division
',paasim,notammont
p. 405.CLNi«Uscho,
Werke,
t, p. 4Met S(|.|.
SO l'a.NNIÎK SUCIOLOUKJUli. l'Jte-1'.lWi

.I. ..n .> 1 -0.


peut, pendant longtemps encore, atteindre ses fins, et obtenirl'
la protection sociale, qu'eu se couvruul do formes reli»fieii<es
La technique dus droits individuels s'imprègne ainsi du'/<•-
mttlisut"reliait'u.s et ce formalisme réagit sur leur iulerpré-
tation puisque les rites seuls provuqueutlu sanction soci.de,
il n'y a de juridique que ce qui est incorporé aux rites, tout
lu reste ne complu pas les premiers droits individuels mhiI,
dit-oti, de droit strict.
Somme toute, cet emploi des forces religieuses par l'indi-
vidualisme peut passer pour uu subterfuge ou pour une
exploitation No»pas cependant que les inléivxsés aient
pleine conscience du ilHonrnemenl ikpmmnrxqu'il» commul-
teul le magicien qui emploie un rite de sacrifice il détruire
son ennemi croit son acte à peu près aussi légitime que le
propriétaire qui élève sur son tuit une finissecheminée pourl'
gêner la vue de son voisin l'unet l'autre ne peuvent, abuser
do leur droit que parce qu'ils croient effectivement avoir un
droit Néanmoins, comme toute cette matière est pleine de
coulnuticlions. l'un et l'autre senleul obscurément qu'ils
n'agissent pas selon le rytlimu de la croyance commune, et
qu'eu ce sens leur croyance individuelle verse dans l'anormal,1.
l'antireligieux, l'antisocial. L'individualiste et le magicien
u'osent pas avouer les buts auxquels ils tendent. Le mystère
delà magie s'explique ainsi, et peut-être aussi certaines bizar-
reries et iu versionsde formes dont elle s'entoure parfois.
Ma conclusion est donc la suivante dans lu domaine du
droit, le rite musique n'est qu'un rite retigieux détourné de
son but social régulier, et employé pour réaliser une volonté
ou une croyance individuelle. Ainsi se rèsoud l'antinomie qui
nous avait d'abord arrêtés. Le rite magique est religieux dans
toute sa teneur extérieure il n'est antireligieux que dans ses
fins.
Peut-on éleudre celte conclusion hors du domaiue du droit.
et tirer de là quelques précisions sur le sens général de la
magie dans toutes ses applications? Peut-on dire, par

i Hubertet Mauss,Magie,p. 3 Comment.la mugiepeut-ellepruc<j<ler,


en dorniùreanalyse,d'uni;noliuncollectivecommela notiondo sacre,«1
YesptoittriDuinouïe,p. 4: p. Hï.
i. C'est,de nos jours, un exempled'abusdu droit iAhiHdo Culiitur,
S mai IS.iti.Diilloz,
ld.'iO,II, <j) seulementl'acteabusifaccompliuiicivn-
nementpar lu inagid.mu souventpéntUr» dansla dmit,tandisqu'aujour-
d'hui– U-iiriacljiuindividualistereculantdevantla principe social –
l'actoabusiftend Mcontraireù sortirdu droit.
1*. IIUVKL1N. BAQIBET DROIT INUIVIUfKL 47
_t~. t 10
exomple, que lu magie est à ta fois te premier iustruineul et
le premier produit do la division du truvuil et do lu difléreu-
uiiiliun? Sans doute, puisqu'aussi bien il semble que, daus
toutes les branches d'activité, le magicien se comporte
commeuu isolé – je dirais presque uu nuarcbisle -et qu'il
poursuit dos fins particulières. Mais il faut attendre, pour
étuyercette hypothèse, de nouvelles recherches pousséesplus
ii vautdans uu champ plus vaste.

1.Hu!i-Het Muni.Magie,ptmim,no!uiiinonlp 8S.S(l:p. 1H-U2;


p « Dansla m i«i, ï'imtitvtuisoli'travaillosurili'SpliL!noini1ncs
su.
Il

A UNEÉTUDE
CONTRIBUTION
sur u

REPRÉSENTATION COLLECTIVE DE LA MORT


Par R. HERTZ

Chacun de nous croitsavoir d'une manière sufilsantece que


c'est que la mort, parce qu'elle est un événement familier et
parce qu'elle fait nattre une émotion intense. II paraît à lu
fois ridicule et sacrilège de mettre en doute la valeur de cette
connaissance intime et de vouloir raisonner sur une matière
où le cœur seul est compétent. Pourtant des questions se
posent à propos de la mort, que le sentiment ne peut résoudre
puisqu'il les ignore. Déjà pour les biologistes la mort n'est
pas une donnée simple et évidente; elle est un problème
olTert à l'investigation scientifique Mais, quand il s'agit
d'un être humain, les phénomènes physiologiques ne sont
pas le tout de la mort. A l'événement organique se surajoute
un ensemble complexe de croyances, d'émotions et d'actes
qui lui donne son caractère propre. Onvoit lu vie qui s'éteint,
mais on exprime ce fait en un langage particulier c'est l'âme,
dit-on, qui part pour un autre monde où elle va rejoindre
ses pères. Le corps du défunt n'est pas considéré comme le
cadavre d'un animal quelconque il faut lui donner des soins
déduis et une sépulture régulière, non pas simplement par
mesure d'hygiène, mais par obligation morale. Enfin la mort
ouvre pour les survivants une ère lugubre, pendant laquelle
des devoirs spéciaux leur sont imposés quels que soient
leurs sentiments personnels, ils sont tenus pendant un car.
tain temps de manifester la douleur, ils doivent changer la
couleur de leurs vêtements et modifier leur genre de vie
accoutumé. Ainsila mort présente pour la conscience sociale

i. Cf.Daslre,Lavieet la mort,p. 2063<|i|.


n. iikrtï. – u hki'iuUkntatmjn «miecTive dr LA moût y?

une signification déterminée, elle fait l'objet d'une reurésen*


tatiou collective. Cette représeutatiuu n'est ni simple ni
imimialilo il y a lieu d'en analyser les éléments, et d'eu
rechercher la genèse. C'est à cette doublo étude que nous
voudrionscontribuer ici.

L'upiuion généralement admise dans notre société est que


lit mort s'accomplit ou un instant. Le délai do deux ou trois
jours qui s'écoule entre le décès et l'inhumation n'a d'autre
objet que de permettre les préparatifs matériel» et la convo-
cation des parents et des amis. Aucun intervalle no «épure la
vie à venir de celle qui vient de s'éteindre aussitôt le der-
nier soupir exhalé, l'âme comparatt devant son juge et s'ap-
prèlca recueillir le fruildescsbouuesanivresou à expier ses
péchés. Après cette brusque catastrophe commence un deuil
plus ou moins prolongé; à de certaines dates, particulière-
ment au « bout de l'an », des cérémonies commémoratives
sont célébrées en l'honneur du défunt. Cette conception do la
mort, celte façon dont se succèdent les événements qui la
constituent et lui fout suite, nous sont si familières que nous
iivoiis peine à imaginer qu'elles puissent ne pas être uéces-
saires.
Mais les faits que présentent nombre de sociétés moins
avancées que la nôtre ne rentrent pas dans le môme cadre.
Commel'indiquait déjà Lafltau, «parmi la plupart des nalious
sauvages, les corps morts ne sont que comme en dépôt dans
la sépulture où ou les a mis en premier lieu. Après un cer-
tain temps on leur fait de nouvelles obsèques et on achève do
s'acquitter envers eux de ce qui leur est dû par de nouveaux
devoirs funéraires a Cettedifférence dans les pratiques n'est
pas, nous le verrous, un simple accident; elle traduit au
dehors le fait que la mort n'a pas été toujours représentée et
sentie commeello l'est chez nous.
Nous allons essayer dans les pages qui suivent de constituer
l'ensemble des croyances relatives à la mort et des pratiques
funéraires dont les doubles obsèques sont un fragment. A cet
eiïel nous nous servirons d'abord de données empruntées
exclusivement aux peuples indonésiens, surtout aux Dayaks
de Bornéo-chez qui le phénomène se présente sous une forme

1.Mteursdes sauvage* [11H),I. II, p. 44t.


Amériquaintt
2. L'institution
nousestcitezooxrclalivomunl bienconnue (irabowsfcy
K.Dukuibim.– Annéo sociol.,190SM9O0. 4
50 l'aKNÉk socjolugivUK. 190j-19UU

typique. Nousmontrerons ensuitequ'il ne s'ugit pas là do faits


purement lucauxa l'aide de documents relatifs ti d'autres pru-
viuces ethnographiques. Nous suivrons dans notre exposé
Tordra mémodes faits, traitant eu premier lieu do la période
qui s'écoute filtre la mort (au sens usuel du mot) et les
obsèques dolinilives, et ensuite de lu cérémonie finale.

LAPÉHIODK
IXllSKMBMAIltK

On peut grouper sous trois chefs les notions et les pratiques


auxquelles lu mort donne lieu, selon qu'elles cotteerueut le
corps du défunt, ou sou âme, ou les survivants. Cette dis-
tinction n'a certes plis une valeur absolue; mais elle facilite
l'exposé des faits.
a) Le corps /« sépultureprocisoire. Parmi les peuples de
l'Archipel Malaisqui n'ont pas encore subi trop profondément
riuflueneo des civilisations étrangères, lu coutume est de ne
pas transporter immédiatement le cadavre dans sa sépulture
dernière; cette translation ne pourra avoir lieu qu'au bout
d'un temps plus ou moins long, pendant lequel le corps est1
déposé dans un asile temporaire.
La règle générale parmi les Dayaks semble avoir été de
conserver les cadavres des chefs et des gens riches jusqu'aux
obsèques définitives il l'intérieur mémo de leur maison; le
corps est alors enfermé daus un cercueil dont les fentes sont
bouchées à l'aide d'une substance résineuse Le gouverne-

a réunile»documents relatifsaux Dayaksdu Sutl-lisl(OloNgadjucl Ot


en
Duiimiii), yjoignantquelquesoliswvulions pursouiiclle», dans un article
prûcioiumai»unpeusujetû raulion l)er Tott,dus llet/rûinte,dus Titxuh
orfer Tmllenfexl.ici tien Uujuken(Internat. Arcli'wf, kthnoy., II,
là. 177bi|.j. Ony trouveraune bibliographiela uieiuVure sourcoreste
llunli.'luuilqui a public-,tli appenilico& sa graiiiniuirt; duyuk(Amslnr-
ilam, lii.'iSi,le textecumpliitet lu liuduclionlittoraled'un ((rancinomliro
de i.liaiilsi;tfuriiiulus
rùcilyspur lis pnttressusau cuuradu Tivali.
i CI"sur tesOloNt;aiiju.Graiiuwsky, Tiwah,p. i»2;»urles OloMaan-
jan, 1'r"llIp,
jall, U
l)ti8

Truiiip, Degi-abitist
Bcgrdbuistbei den
ùei deuSUtougern, in Boriciole
Si/,oIIU"'II. lierichtcde#-
les Ii/4$iidisellen
Wieiiiisclien
MimhHugeaettiehtri (l8T?j,p. 48;sur lesDayaksdo Kuulei, Tiomp,VUde
mlasilueau Koelei. in Bijdr. loi de Taai,Landen Volkenk, van Sedert.
Imlië.U"v., III,\>.7K,et Boek Thellead-lluiilerx of Uomeo. Ul-2 sur
les Kiiyans,riverainsdu Tinjar,llos«in Ung Rolb, Salira p. of Samwatt,
t. I, p. U8; surlos Longkipulidu ll«uvcBuram, Kûkentlial, Erycbnnse
einer. Forsdutmjm'min <t«nMolMenmul in Aomeo,p. 270 sur le»
n. UKim. – LA luspHtaTATio* cùiuictiVb i>b LA muiit si

..11110..1 I,eb.t.,t. a" _r_


ment hollandais, pour des raisons d'hygiène, a interdit cette
pratique, au moins dans certains districts; mais, en dehors
de l'intervention étraiiKère, des causes bien dlilorentes ont
du restreindre l'extension de ce mode do sépulturo provi-
soire. Lesvivants doivent au mort qui réside nu milieu d'eux
toutes sortes de soins; c'est unoveillée funèbre en permanence
qui comporte, de mêmo qu'en Irlande ou chez nos paysans,
mais pour plus longtemps, beaucoup de tumulte et des frais
très élevés'; de plus, la présence d'un cadavre dans la mai-
son impose aux habitants des tabous souvent rigoureux
Htïiied'autaut plus sensible que la longue maison dayak est
à elle seulo souvent tout le village1. Aussi cette exposition
prolongée est-elle aujourd'hui exceptionnelle.
Quant aux morts qui no paraissent pas mériter d'aussi
lourds saerilices, on leur fournit un abri, eu déposant le cer-
cueil, après une exposition de quelques jours, soit dans une
maison de bois en miniature, élevée sur des poteaux", soit
plutôt sur une sorte d'estrade surmontée simplement d'uu
toit v;cette sépulture provisoirese trouve parfois dans le voisi-
nabre immédiat do lu maison mortuaire, mais plus souvent
assez loin, dans un endroit isolé au milieu de la foret". Aiusi
le mort, s'il n'a plus sa place dans la grande maison des
vivants, possède du moins sa petite maison, tout à fait ana-
logue à celles • qu'habitent temporairement les familles

Sku|iuns,lirookeLow,in Roth,ibid.,p. 153-3;sur les Dusunset Mural»


.inNorddu l'ilu, ibid.,p. l'Aet l$3.
4. (inibowsky.Uet hinlriklDtisoii-Timor, in Amlainl (18841, p. 47*:
Trump, Siltong.,|>.47w|.
i. Cf.parexempleKiuuvvculiuU, QuerUuixhBornéo,l, p. 21,
3.Cf.Tromp,Kotlti,p. 70 d'aprèsSalomonMûlk-r(««* in helZiiitle-
lijk geiheltetau Boriteo,in Verhandlungtm op.deXuttiurlfjlte«ïw/Ww/e-
iiisderSnterl.oceizeesche Beiiltingen,
ufd. Land en Volkenk.,
p. 40îi,cIicï
les OloNkuiIju,riveruiusdu Uojndjoe, le cercueilest dOpomS av«c plu-
sieursautres dans uno sépulturecollective, le mtvtowjmuni, imtjsro
ti:uiuignaK« est contreditpar llïrdclandtUnjahseh druhtltesiVârlerbttch
(I8&U),p. S03(qui nous dit cxpressiimunl i|tii>lo cercueilIraung)n'est
trunspurté dans la sépulturecollective
ou *iin<long quelorsdolul'i'riimoniu
liniilo.I-:»touscas, si le fait rapport.;par Mûilorpst i-tact,it est eveep-
Ilotinella n'sloest quepondunllu périodud'attentele cercueilestisoli!.
4. Cf.|mri:xuinplo Grabowsky, Timuli,p. 181-â.
5. Uardeland,Vertucheimr Urammatik derilujaliitchen Sprache,p.3iiO;
l'erclaer,RHuiographuche der
besehrijving Dajaks,p. 2it-5.
6. Elleportole mvmcnomchezIvsOloNnuiljupasnh;cf.llardeland,
WOiiertiadit à eumot.ChuzlusAlfourous du Norddïiitlinalirra.la st-pul-
ture temporaire s'appelle«la maison do mort» de Clerci|.UodadiMulaoe,
inIntentai.Arch.f. Elhnorjr.,Il, p. 208.
52
1.1 1,'AN.NKli i«(K>.t!Wfl
«OUIOMJUIQIIK.

du yaks lorsque la culture du riz les oblige à se disséminer


sur un territoire souvent très étendu
Ce modo do sépulture provisoire, bien qu'il soit, semble
l-il, le plus i-épmitludans l'Archipel Mtilais, n'est pas le seul
exilant peut-être mômeest dérivé d'uu autre plus ancien,
qui nous est signalé eu quelques points1: l'exposition du
cadavre, enveloppé dans de l'écorce, sur les branches d'un
arbre. D'autre part, au lieu d'exposer le cercueil à l'air, on
préfère souvent l'enterrer plus ou moins proCumléinent,quitte
à l'exhumer plus tard'. Mais, quelle que soil I» variété de
ces coutumes qui souvent coexistent dans une même localité
et se substituent Tune u l'autre, le rite en ce qu'il a d'essen-
tiel est constant le corps du défunt est déposé provisoire-
ment, eu attendant les secoudes obsèques, duus un endroit
distinct de la sépulture définitive: il est presque toujours
isolé.
Celte période d'attente n une durée variable. Pour ne con-
sidérer que les Olo Xgadju, certains auteurs mentionnent
outre la claie delumort et la célébration de la cérémoniefinale
ouTiwali un délai de sept ù huit moisou d'un an1; mais c'est
là, suivant Ilardeliiud uumiuimutn qui n'est que rarement
atteint le délai ordinaire est d'environ deux mis, mais il esl
assez souvent dépassé et l'on voit on bien des cas s'écouler
quatre ou six ou moine dix ans avant que les derniers hon-
neurs ut-soient rendus au cadavre Cet ajournement anormal

1.CI',t'ii |>arlii;ulk'r
.Nicuwi'iiliuis,
o;j.cit.. p.|G2.
2.ATimor-Uut,Ricilvl.Ilestuiktn kroesharige nitseittuwcltenSelebes
m l'apiut. ji. M5-Bù Timor, Fortes,.1 nitlurali.fi s nanileriii'js in llie
HantentArchipclago, p. 434 surles Toumbululi du la Miimhassa, cf. Rio-
ciel.Aile tlelii-auclie.bel ttem Toumbnlultutamm, in liilern. An-h.
Bllt>to;V\U,p. )i«.S.
:i. CIh-zlesOloNgailju.il n'y a enterrement«jucsi l'on prévoitqu'un
lormili'liiis'Ocuulora avantlus socomlus ubsi'queii:lo cercueil,s'il éluil
vK'i>au-dessusdu sol.ris^uoraitdotomber,ce nul est cunsidi-rù cunimo
un <-v.;ii.'ij«ciit
funestepour lufuuiillo.Au-dessus deta tombe-on construit
uni!|)«til«liultu lïrabowiiky,Tiu-ah,p. IHÎ.– CIiimIci OloMaitnjan,
ni la règlelorsqu'unne fçardupasle cadavredansla mal-
lV'iitoriviiH'nt
sun Trump, Siliuiii/ p. 46.
4. llalewijn.in Grabowsky, Tiwah.p. 182.
!i. U'ûrterbtnh,au motTivah.
0. S;il. Mullar,
op.cil., p. 4tt2.
T.llurdeland,ibid.
8.ATimor,d'aprù*Forbes(op.cit.,p.434),ledélaiest parfoisd'un siècle
entier(pourdoschefsimportants);l'obligation de célébrerlos funérailles
« transmetalorsdupèreen Dis,avecl'Iiârilag».
II. IIKIITZ. I.A t)KI'HliSBNTATIllN
CDIJ.KCïIVK
UKl.\ MUHT53

d'un rito aussi nécessaire a In paix et au bien être des survi-


vante qu'au salut du inorl s'explique par l'importance du la
feto qui y est obligatoirementliée celle-ci comporte des pré-
paratifs matériels très compliqués qui prennent souvent u
eux seuls uu an ou davantage elle suppose des ressources
considérables en espèceset eu nature ( victiinesàsacrilior, vic-
tuailles, boisson, otc qui sont rarement disponibles et doi-
vent être d'abord amassées par lu famille. De plus un usage
ancien, encore respecté par de nombreuses tribus de l'iulé-
rk'iir, interdit de célébrer le Tiwuh avant de g'elro procuré
une tête humainefratchemeuteoupée; et cela prend du lumps,
surtout depuis l'intervention gênante des Européens. Mais si
ces causes d'ordre extérieur rendent comptedes longs retards
qui sont souvent apportés à la célébration du Tiwah, elles
ne sultiseut pas-1 a expliquer la nécessita d'uuo période
d'attente et ù en définir le terme. Môme à supposer remplies
toutes les conditions matérielles requises pour les obsèques
définitives, celles-ci ne pourraient pas avoir lieu aussitôt
après lu mort: il convient eu elîet d'attendre que la décoin-
position du cadavre soit terminée et qu'il no reste plus que
des ossements Chezles Olo Ngadju ut chez certains autres
peuples indouésiens, ce motif n'apparaît pas au premier plan,
ù cause de l'amplitude extrême que présente chez eux la
fêle des obsèques et a cause des préparatifs coûteux et longs
qu'elle nécessite l. Mais, chez d'autres tribus, l'obligation
d'attendre, pour procéder au rite définitif, que les os soient
secs est sans aucun doute lu cause directe du délai, et elle eu
limite la durée Il est donc permis do penser que norma-

I. Graliowsky, ibkl..p. 188.


ï. Ainsique iopensoWilkou Ilel Animisme, p. 77 si| |>.92et Vtter
danHanroppir, in Hernie coloniale,III, p. si| IV,p. 311s>|.
ïi>5
3. Sut.Mûller, (oc.cil. iluniuluml, Wotltrb.,au motTiwali.
Certainsautoursexpliquent l'ot positionprovisoire<lufitiiovruoxcltt-
sivciii'jntpar la lungucurîlesprépuralifsnoi-cssuiros et la ilil'licullé
ili>to
procurerdes victimespour lotncrlllcc cf. pour les Bulaks,llaucn,Ilei-
Inluesur Kenntnmlier Baltareligion. in Tijthclu:t>.Imt.TuulImmIen
Votkenk., XXVIII,p. ol7. ul tiuwnlioi'K. lier StalwjiieheArchipel,p. 27
pourles Niassaisdu Nord,HosonboiK, itiiil.,p. i'M: pourTimor,Kurbcs,
op.cit., p. 4318(| pourles IloaKei,liosi-ubfrf;, ihul.,p. 3Î>1.
S.G'cbIle cas niilumuient&Boiniio,pour Ifs MilunaiiK, lesDu»unset
lusMuruU,LingIlotli,op. cit.,p. 150-2;pour les LoiifjkipuU, Kûkeiillml,
op.cil., p. 870;pour les Duyaksdo l'Ouest,riverainsdu Kspœun,Vcth,
Uorneo'aW
«efow'a etletAfdeeling,H,
ty<M<<')'/</MM<t<)~.II, p. STO; our teiiOt
370; ppour les Ot ttanoto.Schwaner.
Dunom, Scliwuncr,
Ilorneo,II, p. liil ù Sumatra,pour les llntaksOraiiK-Knro, HitRcn,
ibid..p. 52U;à Timor-luul, Kurbva, op. eil., l>.3ïi «i|>| Hiedel,Sluilt
et
W l.'AN.NliK 1K03-1906
SOClOLOiilQUB.
lemeiit ta période qui s'écoule entre la mort et la cérémonie
finale correspond au temps jugé nécessaire pour que le
cadavre passe à l'état île squelette, mais que des causes soeou-
daires iutervieuncut pour prolonger, parfois indéfiniment, ce
délai.
Ce qui montre bien que l'état du cadavre n'est pas sans
influence sur le rituel funéraire, c'est le soin avec lequel les
survivants bouchent hermétiquement les foutes du cercueil
et assurent l'écoulement des matières putrides tau dehors, soit
eu les druinaut daus le sol, soit eu les recueillant dans uu
vase de terre l. 11ne s'agit pas ici bieu entendu d'uue préoc-
cupation d'hygiène (au seusoo nous prenons ce mot;, ni même
– exclusivement – d'un souci d'écarter les
odeurs fétides
nous ue devons pas attribuer à ces peuples des sentiments et
't
des scrupules d'odorat qui leur sont étrangers l'ne formule
prononcée à diverses reprises lors du Tlwnh nous indique le
véritable mobile de ces pratiques la putréfaction du cadavre
y est assimilée à la « foudre pétrifiante u, car elle menace, elle
aussi, d'uue mort soudaine les gens de la maison qu'elle
atteindrait Si l'un tient tant à ce que la décomposition s'ac-
complisse, pour ainsi dire, en vase clos, c'est qu'il ue faut pas
que l'iullueuce mauvaise qui réside dans le cadavre et qui
fait corps avec les odeurs puisse se répandre au dehors et

enkronkarigetassen, p. 30S-8à Dura, Fortes,p. 405 pour le*Mfou-


rousde Ilisl de CétiïLes, iu Wilkvn,HelAnimisme, <»; dun*
Bosssclier,
de Clem|,M. cil p. Ï08 ilunsMu dup.Balar.
leÎSurtid'tlaliuulieiii, Kie-
d«l,ibiil..|>,35».
1. A Cutulli't.un tuyau de bambouest passédansun Iroacreuséau
limd.lu cercueilcl. |.ur «ixemple sur lesOluKgadju,Grabowsky, Tiwa/i,
p. 181;surles llaluks,vundeiTuuk.BulafachWoardeitboe/t. p. «5; sur
les AlfounjiM du .iislii.l de BoluunB-Mwifwiidou, Wllketiet «cliwaiis
Merlu oitr hvl haïtieniolk. in Mtdedeel. ». «s.h. SeUtrl.tend, lien.,
XI,jj. 323.
2. Cf. Low,Surawak,p. 2U7« J'odeurdégoûtante<|uo
produitlu d«-
oiupusitloiilu ce que muni dit fiiic|uoimucnt les Dayaks)est particuliè-
«ment agivaliloà leurssens.» 11est <|uo«tion dansce passagedu ca-
davreou |>lutdt.lu la UHocoupêo d'un ennemi.
3. llurdeland.iiraimnatik.p.ïl8 (otle commentaire).–
t«r iUie IleslaUungxireiseit MovorotRieli-
in tler Miwltwua,in Ablllllldl,mgell île»JW«-
mum*z. ih-eiJen,IX. Klh»ogr. Mûcelten,1, 6. p. UU.n. i)
la cWlurelieruictii|uedu cuwueila eu poul-elrepourobjetsungèfuiil
d'empêcher
<iue
la
sortit!reduuWo derame du mort;ils ajoutentque lodourdo la
«itlona pu «troconsidèrecuiiiinole signede la pniwncode déuomiro-
l'AmeLe
Uxt«transcritpar llardelundsemblediimontrar effetla crainoo
qu'en d'un
péril mystiqueest bien le mol.ilodéterminantet en memetempsqu'il
estinutilede faireintervenirIcllu.notiondel'uniedu mort.
H. IIKIUZ. – LA nRPniiSKNTATIOKCOLLBCTIVK
flK LA Moltt SB

frapper les survivants Et d'autre part, st l'on ne veut pas que


les matières putrides restent à l'iutériour du cercueit. c'est
parce que le mort lui- môme, Iimesure que progresse la dessic-
cation de ses os, doit être peu à peu délivré de l'infection
mortuaire1.
L'importance mystique attachée par les Indonésiens à lu
dissolution du corps se manifeste encore dans les pratiques
i|ui concernent les produits de la décomposition. Chezles Olo
Nu,adjti,le pot où ils sont recueillis est brisé lorsdes secondes
obsèques et les fragments en sont déposés avec les ossements
dans lit sépulture définitive Lu coutume suivie par les
Olo Maanjan est plus significative lorsque le cadavre est
gardé dans In maison, te quarante-neuvième jour après la
mort, on détache le pot et on en examine te contenu « s'il
renferme trop de matières, une pénalité est iutligée les
parents (du mort) n'ont pas fait leur devoir. » Le pot est
ensuite de nouveau soigneusement adapté au cercueil et le
tout reste dans la maison jusqu'à la cérémonie finale'. Ce
rite n'est évidemment qu'une survivance pour eu restituer
le sens. il suffit de le rapprocher de pratiques observées en
d'autres points de l'Archipel Malais. Dans l'lie de Bali, qui
pourtant a subi prufondéineut l'influence hindoue, l'usage est
de ganter le corps à la maison pendant de longues semaines
avant de l'incinérer le cercueil est troué par le rond « pour
donner issue uux humeurs qu'on reçoit dans un bassin qui
est vidé chaque jour en grande cérémonie'. » Knfln,à Bornéo
même, les Dayaks du Kapoeas recueillent dans des plats de
lerro les liquides provenant do la décomposition et ils les
imMeutau riz que les proches parents du mort mangent pen-

1. l'i'riiaiii,in ttolb,1. 1).201,p. 210,an sujetdes DayaksMarilinuu


i|iii pratiquentrpiilerrcmvnt immédiat a la corpsd'un mortn'est pas
appelécor))!ni rudurre c'estun «m/m(ospril)et si lesvivant»Ic Knr-
iluioulloiiKlem|K auprèsd'eux,ilas'exposeraient à de sinistresinfluences
surnaturelles ».
2. Cf.plusha»,p. 59.
3. (înibowsky,Timiii,p. 4SI selonSalomon Millier,loc.ci/ le potest
eaterri!au lieuoù a ûtûfuttelu crémationdusrestesditcadavrtf.
•l. Ct-lleimlicationassez vaguesignifiesans doutequ'once ras les
purvntsne peuventpusêtre encorerelevésdes tabouset observances du
deuil.
S. Trowp,Sihong.,p. 48 cf. Grobowsky, Dmoii'Timor, p. 472.
6. Milliond'uneAmbassade à Bâtien itSS,inHistoiregéné-
hollandaise
rale elesVoyage», lliilory of IheIndiunArelii-
t. XVII,p. 59}cf.Grawlunl,
petago,p. ïiS.
50 1,'aknke sociai.otiiyuB. I90S-1U06

a. I~l.iI- e.m. _t. 1.


dont lit période funèbre1. Il vaut mieux réserver l'interpréta-
tion du eus usages, car nous les retrouverons, plus répandus
et plus complexes, en dehors de l'aire que nous étudions
couchions provisoiremeut que les IudonéKious attachent une
siKuilii-ulionparticulièreauxchangeinentsu.ui s'accomplissent
dans le cadavre leurs représentations sur ce point les enipô-
client de terminer immédiatement les rites hméraii'es et elle!!
imposent aux survivants des précautions et des observances
définies.
Tant que le rito final n'a pas été célébré, le cadavre esl
exposé à de graves périls. C'est une croyance familière uux
ethnographes et aux folkloristes qu'à certaines époques le
corps est particulièrement livré aux attaques des mauvais
esprits, a toutes les inlluences nocives qui menacent l'homme
ou doit alors renforcer par des procédés magiques son pouvoir
de résistance amoindri. L'i période qui suit la mort présente
à un haut degré ce caractère critique aussi faut-il exorciser
le cadavre et le prémunir contre les démons. Cette préoccu-
pation inspire, ait moius eu partie, les ablution» et les rites
divers dont le corps est l'objet aussitôt après ia mort, pur
exemple l'usage répandu de fermer les yeux et les autres
ouvertures du corps avec des pièces de monnaie ou des
perles'; de plus elle impose aux survivants la charge détenir

1. Riltcr.In Votli, op. cit.. Il, p. 270. – Pour qu« la comparaison entra
cm Diiydksdo l'Ouest et les OloMawijiinsoit plus complote, nous devons
ajouter que clio*cm derniers, pi-ii'Ianlles quarante-neuf jours qui pr<5c*-
dent I 'étrangecén-mnniequ'on a vue, les plu* proches paronU du mort
doivent nitngor, au lioude riz, du « djeliit » les grains on sont petits, do
couleur brune, ont une odeur utsez (lêiaijréabh, et fort mauvais goût
(Truinp,ih'ul., p. 47 et p, 44i.Ladotait que nous soulignons,rapprocha du
rito du 49»jour. autorise-t-il4 ponser que le « djelaTu d.'Srivoraios du
Silning «si l« substitut (U|)n>.s la clluto de l'usag s unciaii)du ri/, intpcôgnu
tl» suljstanei!cadavérique.Imposéaux Dayaksoedduntaut? – Cette hvpo-
tlii'tsun'est d'ailleurs pas indispensablea noire intcrpnitalion le « devoir a
dont il oit question dans le passage citù ci-dessus et au.|uol les paronU
nu doivent pas manquer, c'était do no pas laisser s'accumuler les inaliores
dans le pot, et d'on prendre leur part. Le rite est devenu ulti'rleuremoiU
unll formalitéarbitraire. – Dans certainesIles de l'archipel de Timor-laut,
les indigènessu fruttenl lucorps avec les liquides provenant du cadavre
du leurs prochesparents ou des chefe; Riedol,Sluiktn kntshariue rassen,
p. a«8.
S. Par exemplele corps de l'enfant pendant un certain temps après lu
naissance,ou de la femmependant la menstruation.
3, CL Nlouwonhnis,op. cil., p. 89 il donne comme motif le désir
d' « apaiserlos mauvaisesprits qui pourraient s'emparerdu codavro» dans
le cas des chefs, il mentionneen outre diverges amulettes protectrices.
(De même lors do certaines cérémomosrelatives a la grossessa ou & la
II. IIKIITK. – LA HKPnKSRNTATION OK LA MOUT 57
COI.LKCT1VB
HB^«*«ri d^Ab
*_>
4A.A.&
^B^tf«UL
Hi._>_h litL^>^fcA>1^_>h. *>.».aJmd.aBLj.1^1
I nII
compagnie au mort pendant cette phase redoutable, do « voil-
ier » à ses côtés en faisant fréquemment retentir les gongs
pour tenir à distance les esprits malius1. Ainsi le cadavre,
frappé d'une infirmité spéciale»,est uu objet do sollicitude, en
mémo temps que de crainte, pour les survivants.
li) l.'âme son séjour temporaire sur la terre. – De môme
que le corps n'est pas conduit de suite il sa « dernière
demeure », démente l'âme n'arrive pas aussitôt après la mortt
ù su destination délinitivo. Il faut d'abord qu'elle accomplisse
une sorte de stage, pendant lequel elle reste sur terre, dans
le voisinage du cadavre, errant dans la forât ou fréquentantt
lus lieux qu'elle a habités do son vivant c'est seulement au
terme do cette période, lors des secondes obsèques, qu'elle
pourra, grâce à une cérémonie spéciale, pénétrer daus le pays
des morts. Telle est du moins la forme la plus simple que
présente cette croyance
Mlis les représentations qui ont trait au sort do l'ùrne
sont par nature vagues et flottantes il ne faut pas chercher
à leur imposer des contours trop définis. En fait, l'opinion la
plus répandue chez les Olo Ngadju'est plus complexe au

naissance,lu*gens lusplusexposéssu bouchentlesurcillo.s avec ilu cutun


« pourn'iîtr.ipas Irottblé-i
purlesmauvaisesprits» Kiudul,AlléOebrûuehe,
|i, 93ut 9V|.11est vrai <|uud'autresauteursprésententcetusn^uvuinino
destinéuniquementa la protectiondes vivants d. Grabowsky,Tiwuli,
p. 17W. (.'oritaosl {irobalileuK.'iit
ambigu,à iluiililufin,coinii»'il arrivesou-
vent il s'agita la fois.confusément, d'einp>>clier l'inllucnco funestecon-
tenu) ilunslu cadavredusupropagerau dvliurs.utdu lunvi'la routeaux
i'i|)rilsmauvais<|ulvoudraientpûnûlrerdans le cadavreet s'en emparer.
Des(Sl.dnenls de provenunculiiniluuusoiiiblontiluilleurien certainscas
s'ùtri!gmlîiissur lu coutumeoriginale
1. Ti-omp,op.cil., p. 4S co toxtua trait aucasuit lo cailavroest (farcit1
dansla maison.Maisà Tiiuor-laut, où il uslexjioiùuu bunldt*la tuerU
i|ueliiuo distancedu village,un <li'd~sj sur lu cercueilidu moins s'il
s'agitd'un porsuunago do nmri|uo)ilos llguros(l'hoinnu'sjouant surde«
Konx», lirunldes coupsdu fusil,(çuitkulunlfurieusoiuent ulln«lecli isser
lesamuvaist'K inlluoiu-os
loin<tocelui<|uii'st là endormittufritclilen uway
uvilinfluences fromtlivsleeper)Korbos, o/i.cil., 3ii
p. n\< Cf.K&kcn-
tlral,op.ci/ p. 180.
2. Ellese rencontre(ctcopliunnelloinent) citezlesOloNxudju,HurJe.
land. Wùrterb.,p. 2 Het Grummatik, p. Mi, n. tii; Bradiez,Santlouff
naung,in Hltein.MissivitsOei: (1882>, p. loi che: lui OloMianjau,Ura-
liowsky,Ihaon-Tima,\p. 471 Trotnp,Sihong.,p. 47 e\wtlus Bshau.
et
Nicuwvnhuis, op. ci< I. p. 104;chezlosK.ayai)s. 1>.Rotli,11,p. M; dans
lesIlesde Sorong(Itiedel,Sluiken broeaharige i-asseit,p. Ut) ol de OM
tvuuKck,lu Wilken,Animisme, p. 62} etc..
3. Itardulund,Wôtterb.,p. 308et p. 833 Perulaor,op. cil., p. 319et
p. 2i7 Grabowgky, Tiwah,p. 183s<j..
!J8 |/aNSBB KumoLOUior*.*W5<I9M

moment do I» mort l'âme se divise eu deux parties, lu mlitm-


poltliuu.qui est « la muette de l'Ame », l'élément essentiel de
la personnalité, et la liait krahang ou Ame corporelle qui est
constituée par les âmes des os, des cheveux,des ongles, etc. 1
cette dernière reste avec le cadavre jusqu'au Tiwnh, Incons-
ciente et cuniine engourdie quant a l'âme proprement dite,
elle continue de vivre, mais son existence est assez inconsis-
tante2. Sans doute elle parvient, dès le lendemain de la mort,
dans ht céleste « ville des âmes » mais elle n'y a pas encore
sa place attitrée elle ne se sent pas à son aise dans ces hautes
régions; elle est triste et comme perdue et regrette son autre
moitié aussi sV>chappe-t-ellesouvent pour revenir vaga-
bonder sur la terre et surveiller le cercueil qui renferme son
corps. Il faut célébrer la grande fête terminale si l'on veut
que l'âme, solennellement introduite dans le pays des morts
et rejointe par ta liait krnhang, retrouve une existenceassurée
et substantielle'1.
:1.
De même ou rencontre bien chez les Alfourous du centre
des Célèbes t'opinion que l'unie reste sur terre auprès du
cadavre jusqu'à la cérémonie ûnale (tengke); mais la croyance
la plus générale est que l'thne se rend dans le monde souter-
rain aussitôt après lu mort toutefois elle ne peutpénétrer do
suite dans la demeure commune des âmes, il faut qu'en atten-
dant la célébration du tengke,elle réside au dehors dans une
maison séparée. Le sens de cette représentation apparatt clai-
rement si ou la rapproche d'une pratique observée dans les
mêmes tribus les parents d'un enfant mort veulent parfois
garder son cadavre avec eux «au lieu de l'enterrer); dans ce
cas ils ne peuvent pas continuer à habiter dans le kampong
mais doivent se construire ra quelque distance une maison
isolée. Ainsi ce sont leurs propres sentiments que ces tribus
prêtent uux âmes de l'autre monde et la présence d'uu mort,
pendant la période qui précède les obsèques définitives, ne

1. La îiiimodistinctionest signaléepar Nioowcnhuls (op.cit., p. 103)


clie!les Baliau maislesduax âmessontséparéesdu vivantmômodo
l'individu.
2. Aussilesvivantslui offrent-ilsdans leur maisonn»osortedu sup-
portmatériel uneplanchecouvertede liguresrolalivvsau derniervoyage
de l'dmoeta l'autremondo cf. Grabowaky, Timlt, p. M.
3. Si le ïiwaline peut iMrccéldbrfpar la famille,l'Amerisrjuofort do
voir cet état temporairese prolongerIndéfiniment; c'ostalon, suivant
uneexpression uneliau matai,unedinomorte(drabowsky,
caractéristique,
ibitt.,p. 181).
H. HSRTZ. – LA HKPHKSRNTATiON
COI,l,K(iTlVBDR LA MORT 59
k.. ^_1.ài ^i II • a** i;
peut pas plus être tolérée dans le village des vivants que daus
celui des morts. Le motif de cette exclusion temporaire nous
est d'ailleurs explicitement indiqué: c,'estque«Lamoa(Dieu)
ne peut pas souffrir la puanteur des cadavres »; bien que
celle formule renferme peut-être quelqu'élément d'origine
élraugère, la pensée qu'elle exprime est certainement origi-
nale c'est seuletqent lorsque la décomposition du cadavre
est terminée que le nouveau venu parmi les morts est censé
être débarrassé do sou impureté et qu'il parait digne d'être
admis dans la compagnie de ses devanciers'.
Pourtant certaines tribus font célébrer par leur prêtres,
peu de temps après la mort, la cérémonie qui doit conduire
l'unie jusque dans l'autre monde1 mais même en ce cas elle
n'entre pas de plain-pieddans sa nouvelle existence. Pendant
les premiers temps, elle n'a pas pleinement conscienced'avoir
quitté ce monde sa demeure est ténébreuse et déplaisante;
elle est fréquemment obligée do revenir sur terre chercher sa
subsistance qui lui est refusée là-bas. Il faut que les vivants,
par certaines observances, en particulier par l'ollraude d'u:ie
tête humaine, adoucissent un peu celle condition pénible;
mais c'est seulement après la cérémonie finale que l'âme
pourra subvenir elle-même à ses besoins et goûter pleine-
ment les joies que lui ollre le pays des morts3.
Ainsi, en dépit des contradictions apparentes, l'aine ne
rompt jamais tout d'un coup les liens qui l'attachent à sou
corps et la retiennent sur la terre. Aussi longtemps que dure
la sépulture temporaire du cadavre', le mort continue à

1.Kruijl,/i«H eiiaiuleruungaaiule hetfieestelijk levenvantienl'oxvAtfocr,


tu Med.SeU.Zeml.Gen.,t. XXXIX |>. 26,3» l'auteurobsurvo
|I89!>), U,
que « la notiond'une maison d'attenteexista mêmeelieiveuxpourqui
l'Amerestesur terre jusqu'autengke; sans doute,ajoute-t-il, Mmeest
censéepasser une partiedecette périodesur terreet uneuulrodans la
maison.Lespenséesdes Alfourous surcepointnesontpu»claires,u Mais
ceIlottumtMit mémonousparaitcaractéristique utlosdeuxreprésentations,
qui logiquementsemblentdevoirs'exclure.sontnu fondsolidaires (sans
qu'il soit besoindo las séparer d ans le temps] c'est n'a
puréequ'il pas
encorecomplètement quilleco monde quo lu mort ne poutpas encore
pénétrercomplètement dansl'autre.
2. Par exemple,les Ot Danuinlui contrastentà cot égardavecleurs
voisins.lesOIoNgailju et. Scliwuner, op.cil., Il, p. 70.
3. Cf. sur les DayaksMaritimes, l'urliura.in L. Rotli.p. 203.806-7, 209:
pour lesTouinbuluh d ola cf. Aile
Mlnaliussa, Kiudol, Gebrtuche, p. 1Û&-7.
4. La croyancequol'Amerestequelquetempsliurlaterreavantdopur-
tir pourle pays desmortsse rencontreaussichezdespeuplesqui,de nos
jours, enterrentle corps(deïlnillvemont) aussitôtaprèsla mort;cf. par
00 1.ANNÉI'. 1905-1900
SOCIOLOUigUK.

appartenir plus ou moins exclusivementnu monde qu'il vient


de quitter. Aux vivants incombe ta charge do pourvoir u ses
besoins deux fuis pur. jour jusqu'à lu cérémonie llnale les
Olo Muaitjiiului apportent son repas «ccoutumé1; d'ailleurs,
lorsqu'elle est oubliée, l'aine sait bien prendre elle mômesa
part de riz et de boisson Penduut toutecette période lomorl
est considère1connue n ayant pa» encore terminé complète-
ment sa vie terrestre celn est si vrai qu'à Timor, lorsqu'un
rajah meurt, son successeur ne peut pas être ollicielleineut
nommé avant que le cadavre ne soit délinitivoment enterré;
car, jusqu'aux obsèques, le défunt n'est pus véritablement
mort, il est simplement « endormi dans sa maison'1».
Mais si cette période de transition prolonge pour l'Ame sou
existence antérieure, c'est d'une manière précaire et lugubre.
Sou séjour parmi lus vivants a quelque chose d'illégitime, de
clandestin. Klle vit en quoique sorte eu marge des deux
mondes si elle s'aventure dans l'au-delà, elle y esl traitée
comme une intruse; ici-bas, elle est uu hôte importun dont ou
redoute le voisinage. Comme ello n'a pas de place ou elle
puisse se reposer, elle est condamnéeù errer sans relâche,
attendant aveeanxiélù laféte qui mettra fine sou inquiétude ».
Aussi il est-il pas étonnant qu'au coursde cette période l'unie
soit conçue comme un être malfaisant la solitude où elle
est plongée lui pèse, elle cherche à entraîner des vivants avec
elle;; n'ayant pas encore les moyens reguliers de subsistance
dont disposent les morts, il lui faut marauder chez les siens

ux. pour tes Duyaksdu l'intérieur, Low, in Rutli. t. 1, p. 817 puur l'Ilo
de Ituti, Giuiflaml,Die Intel Unie,in ililltil. il. geogr. (lesethih. tu leiui,
Vlll, p. lU8et lluijiiitirinK.Xetlenen gewoonlen. in Tijihekr. v. Seileri.
Imlië, VI. p. 363 *<(.; la période il'atlentu est seulement plus courte
dou/oot neufjours dans les deux cas cités.
1. Tromp, Silion; p. 47 il s'a «il des nwrtsdont lu cailuvn; esl gardé
dans la maison; pour les autres. l'obligationest moins stricto. Cf. il
Kooinbn Buss, Bijdr. lot de kennh van tant. en voilevan Soemba, in
Vtrhandl. v. h. Baluv.Uen.v. Kunslen Welemcli.,XXXVI,p. M.
S. tV-rliam.op. cil., p. 209-11)lo malin un trouve parfoisdes traces du
son passageaupivs dos provisions do riz.
3. PorlHis,op. cil., p. 43$et 447 cet interrègne penl durer fort long-
temps(trente ans ou plus»a cause des grands frais impliquéspar la fête.
4. Aussi le Oayak. avant do mourir, supplie-til ses parents de ne pas
trop tarder a célébrerleTiwah Grabowsky,Tiw/i, p. 188.
6. Gmbowsky.iiiU., p. 18*; cf. pour les Tagalcs des Philippines, Blu-
mentritt, Dtr AlmeniuUwt. in MiUeit.il. k. k. Geogr.Gesclhclt. Wien,
XXV,p. 168-8.
Il. IIBinZ. LA RKPRlSsBNTATION
COUKCTIVKDR LA MOUT 61

dons g» détresse .l.h.- .11- u_a.I' 'aa. 1_- _t.


présente, elle se rappelle tous les torts qu'on
lui si faits pendant su vie et cherche à se venger*. Elle sur*
veille apiement le deuil de ses parents et s'ils ne s'acquit-
tent pas bien do leurs devoirs envers elle, s'ils ue préparant
pus nelivenienl sa délivrance, elle s'irrite et jour inflige des
maladies-, car lu mort lui a conféré des pouvoirs magiques
<|iiilui pormeltenl de mettre à exécution ses mauvais desseins.
Taudis que plus tard, lorsqu'elle aura sa pince chez les morts,
(•Ile na rendra visite aux vivants que sur leur invitation
expresse, tnaiutcnaut elle « revient » de son propre mouvo.
muni, pur nécessité ou par malice, et ses apparitions intem-
pestives sèment l'épouvante".
Gel état à la fois pitoyable et dangereux do l'aine pendant
la période trouble qu'elle traverse explique l'attitude com-
plexe des vivauts, où se mêlent en proportions variables la
commisération et la crainte Ils cherchent à subvenir aux
besoins du mort et à adoucir sa condition mais en môme
temps ils se tiennent sur la défensive et se gardent d'un con-
tact qu'ils savent mauvais. Lorsque, dès le lendemain le la
mort, ils font conduire l'âme dans le pays des morts, on ne
sait s'ils sont mus par l'espoir de lui épargner une attente
douloureuse ou par le désir de se débarrasser au plus vite
de sa présence sinistre; en réalité les deux préoccupations
se confondent dans leur conscience". Ces craintes des sur-
vivants ne pourront prendre fin complètement que quand
l'ame aura perdu le caractère pénible et inquiétant qu'elle
présente après la mort.
c) Les tirants le deuil. – Non seulement les parents du
défunt sont obligés, au cours de la période intermédiaire, à

t. l'erliam,loe.eil..
ï. llar.l«land,Wôrlerb.,p. 308.
3.Itludulmusujet des Toumlmluh), AlléGeknluche, p. 107 cf. sur les
– icides
Kayans,Kulli,t. H.p. »«. Hn'esl pus'incslion ûmo»t|«ii. pour
ne
uni-raisonou pour une autru, parviendront jamais à la paixet u la
sécuritédel'au-delà.
4. 11nou»paraitvain devouloiriltScider lequeldecesdeuxmobilesest
«primitifd c'cstullequestionmalposéoqui no peut «Irenisolunqu'ar-
bitrairement.
5. Cf.Kiedel,op. cil., p. 100-7 lospnilrestoumlmluli ont lecaraetèr»
à lu foisde psychopoinpes cliussoui*
et d'exorcistes d'usurils pendantles
neufjoursqui suiventla cuniwonlc duconvoide lime dansle paysdes
morts,ilsoxiîcuUînt uiiodansede guerrepour lui faire pour lau cas où
ellene se «croitpas encore«SloignM, afinijuVIlone iwiennopas tour-
mentersesparents.
«2 l'aNNÉK
sociot,O0Kfi'K.
JUOS-IWOO
toutes sortes do soins envers lui, non seulement ils sont en
butte Ii In malveillance et parfois aux attaques de l'lime
tourmentée; mais ils sout en outre assujettis A tout un
ensemble de proliibitiousqui constituent lodeuil'. Lu mort en
effet eu {nippant l'individu lui a imprime un caractère nou-
veau sou corps, qui auparavant (sauf en certains cas anor-
maux; était dans le domaine commun, eu sort tout d'un
coup on ne peut plus le toucher sans danger, il est fin objet
d'horreur et d 'effroi. Or, on sait à quel point les propriétés
religieuses ou magiques des choses présentent pour les « pri-
mitifs»uncuraelere contagieux: le «nuageimpur»*, qui selon
les Olo Ngitdju environne le mort, souille tout ce qtt'il vient a
atteindre, c'est-à-dire non seulement les gens et les choses
qui out subi le couUict matériel du cadavre, mais aussi tout
ce qui, dans la conscieuce des survivants, est intimement uni
à l'image du défunt Ses meubles ue pourront plus servir Il
des usages prolunes; il faut les détruire ou les consacrer au
mort, ou du moins leur faire perdre par des rites appropriés
la vertu nocive qu'ils ont contractée. De même les arbres
fruitiers du mort, les cours d'eau où il péchait sont l'objet
d'un tabou rigoureux les fruits et les poissous, si on les
recueille, servirait exclusivement de provisions pour la
grande fête funéraire3. Pendant un temps plus ou moins long
la maison mortuaire est impure; et la rivière au bord de
laquelle elle se trouve frappée d'interdit1.

I, Cettedistinctionnu serait f.as fondiVs'il fallait adnii'ltru ta théorie


exposé»jadis par Pnunr, (fa Jauni, ofthe Anthropol. limlil., t. XV, |>.61
si[i|.) car les (inil,i>|uos
du deuil ne seraient quu des rites destinés a jira-
Wger les vivants contra le rutour olïODsifdo l'aine du mort mais celle
théorie ingénieuseétait trop étroite et artificielle.La manière de voir que
nous adoptons ici n'est pas nouvelle pour les lecteurs de X Annéesociolo-
gique; cf. t. IV. p. 192et t. VI, p. 363-1;notons qu'elle n'exclut pas l'in-
terprétiition animiste; car l'anio, nvvbles dispositions <juelui prîte l'opi-
nion communedans les temps qui suivent sa sortie du corps, devait natu-
rellomont apparaître coihiuola gardiennejalouse dus tabous imposés par
le deuil aux survivants et commela personnification des énei-ftiesmau-
vaises 'lui du fait du la mort se trouventaccumulées dans lu cadavre.
î. Hanleliind.GrammatiA,p. SIS.
3. Dickson.A naturatist in XorthCelelxs. p. 194; Lu»-,in Hotb, I, p. 153.
Nous nous bornons a rappeler ici des faits bien connus.
4. Cf. pour les Kayunsdu Contre,Nieuwenhuis. op. cit., I, p. 338 et 91
pour les Olo NKadju,Qrabowsky,Tittah, p. 188 llardelaud, W&rterb.,
p. 483, Ml, 60S le mot ruliu désigne spécialement J'impureU*funèbro. il
s'applique aussi bienaux maisons,rivières, personnes contaminées qu'un
cadavre lui-mi^nto pali (=2 interdit, causant du malheur) est un terme
yénérai qui correspondexactetucuta tabou.
». UKIlt'2. – LA UKPWWRNTVUON
UObLBCTIVBDE LA MOHT 63

Qtmut aux parents du mort, ils ressentent dans tours per-


soiines le coup qui a frappé l'uu des louis un ban peso sur
eux (lui les sépare du reste de la communauté. Ils ne doivent
pas quitter lour village ni faire aucune visite; ceux qui sont
le plus directement atteints passent quelquefois dus mois
entiers séquestrés duns un coin do leur maison, assis, immo-
biles, et uo faisant rien; ils lie doivent pus non plus être visités
par dos gens du dehors, ou (si cela est permis) il leur est
interdit de répondre quand ou tes interroge'. Non seulement
les hommes, mais les esprits protecteurs aussi les délaissent
tant que dure leur impureté, ils n'ont à espérer aucune aide
des puissances d'eu haut'. L'exclusion dont les parents.du
mort sont frappés réagit sur tout leur genre de vie. Par suite
de lu contagion funèbre, ils sont clntugë» et mis à part du
reste des hommes ils ne peuvent donc. plus continuer à vivre
comme les autres. Ils ue devront pas participer uu régime
iilitnentaire, à la façon de se vêtir, de s'orner et de porter ht
chevelure, qui conviennent aux individus socialement nor-
maux et (lui sont la marque de cette communion à laquelle
ipour un temps) ils n'appartiennent plus'; de là les nom-
breux tabous et les prescriptions spéciales auxquels les gens
en deuil doivent se couformer K
Si lu souillure funèbre s'étend sur tous les parents du mort
et sur tous les habitants de la maison mortuaire, elle ne les
atteint pas tous également aussila durée du deuil vario-t-elle

1. Voirles textescités a la note prdcôdonloot (sur les Ot Dunoin)Scliwu-


nur, Ihrneo, II, p. 70; (sur les Indigènes do Luang-Serinatu)liiedul,Sluik
«mkroes/iarigerasstn, p. 328.9.Cf. les fuiU tout unaloguugruuporU'rfpar
J'ruuip[Koelei,p. 71) au sujet des lialiuu du haut Malmkuin les victimes
d'uii incundiosunt pimjuik'8oiisuiiible horsdu kaiiipoiig unluis eonsidiro
cuutiiivpoï8ôdt!espar do mauvais esprits tant 'lue ceuxci n'ont, pua iJtiS
citasses,il est interdit sous poillu du mort aux uiitllicui-auxd'untrer on
i-uldUonuvei"d'autre» tioiumus; ils nv pvuvtml mémo pus recevoirde
visitesni accepter du secours.
2. Hardeland, Wûrlerb., |>.608 Perclaor, op. cit., p. !!âï.
3. llurdeland, ibitl., p. 3fi;Nicuwuiihuis,op. cit., p. 441 Tromp,Sihonu.,
p. H Ling ttolli. I, p. itiS ul p. 2S8ut II, p. 141 L/intoniictionest
Kûuémlu,mais les proscriptiui» posilives varient beaucoup; c'osl ainsi
qu'à boméo nous trouvons trois règles diflércntcBpour les v.Hoinontsdo
deuil retour à ranlii|ue vetemout d'ùcorco (Uulmu),vClonienlsunis et
Imtuetoux(DayaksMurilimos],vctoinanlsde couleur unie, dubord blancs,
puis noirs (OloNgadju).
4. Il n'est pas question du donner k-i un oiposé complot,encore moins
une tliKoriu,du douil chez lus lndunésiem nous nu nous occupons pas
dus motifs sucondairusqui inlervionavttt dans la délomiinutiun positiva
des diverses pratiques.
6~ANNa!R 60(:lOr.OGIQU8~' t90U.tQOII

nécessairement sui vautla degré de parenté. Les parents éloi-


gnés, chez les Olo Ngndju, ne restent impurs que pendant
les quelques jours' qui suivent immédiatementla mort; puis,
a la suite d'une cérémonie au cours de laquelle plusieurs
poules sont sacrifiées, ils peuvent reprendre leur vie ordi-
naire1. Mais quand il s'agit des parents les plus proches du
mort3, le caractère singulier qui les affectene se dissipe pas
si vite, ni si aisément avant qu'ils puissent être complète-
ment délivrés du ban qui pèse sur eux, il faut qu'une longue
période se soit écoulée, qui coïncide précisément avec la durée
de la sépulture provisoire. Pendant tout ce temps, ils doi-
vent observer les tabous que leur état leur impose; s'il s'agit
d'un veuf ou d'une veuve, ils n'ont pas le droit de se rema-
rier, car le lien qui attache l'époux survivant au défunt no
sera rompu que par la cérémonie finale'.Les proches parents
en ellet, parce qu'ils ne font pour ainsi dire qu'un avec le
mort, participent à son état, sont englobés dans les senti-
ments qu'il inspire ù la communauté et frappés comme lui
d'interdit pendant tout l'intervalle compris entre la mort et
les secondes obsèques.
Les faits ne présentent pas toujours la simplicité typique
que nous leur trouvons, par exemple, chez les Olo Ngadju.
Ledélai souvent très long qu'exige ln préparation do la fête
funéraire aurait pour effet de prolonger presnu'indéfinimcnt
les privations et les gènes du deuil, si l'adoption d'un terme
fixe et relativement rapproché ne venait remédier à cette
situation 11est bien probable quoique le fait ne semble pas

I. Au moins(rois, maisen gOnûrul si'pt et. Itardeland.WQHerli.,


p. 48£>.
i. Grubowsky, Tiuah, p. 185: ou, s'ilsrestenten deuilau iloliide co
terme,c'estpour satisfaireuneinclinationpersonnelle., non par devoir.
3. In sut-vivant<)«deux époux,les parentspourleursenfants al réVi-
les
proqui'inent, les frwsel
et sœurs: Harilelanil,
su;urs lIurdclulld,ibici.,
Mil.,p. 008;ccf.
p, 008: f. pour los
losOlo
Olo
Maanjan,Tromp,/oc. eit. – II semblequ'assezsouventune souloper-
sonneassumela chargeet Icigènes do deuil; par sa strictoobsorvame e
elledispenselesautms.
1. llardeland,Wôrterb.,p. 608et 36: cf. pourles Dayaksde Surawak,
i.inKHuth,), p, 130el 150:lit veuveest centia apparteniril son nmii
jusqu'auliawtiAnlu (f<H« curresponduul au Thvalides OloNgailju);si
ellene restopas chaslependantcette période,ces(un véritableadultt'-i-o.
quiest punicominusi le mortétaitencorevivant.– Commelo remaniuu
Urubowsky, Titrait,p. 183,cetteconsidération doitintervenirdansla hâte
l'on
que apporteparfois à la wtvbration de la letedu mort.
5. La sévériténiAmodes tabousdu douilempêcheon cortainscas les
survivantsde prépareractivementla fùtequi doit les délivrer,de sorte
II. IIK11TZ.– I..V RKl'BK*BST\TIOÎICO1.LBCTIVE
DE LA UllIlT 05

susceptible d'une démonstration historique pour les sociétés


(|Ui nous occupent – qu'une semblable réduction du deuil est
survenue assez fréquemment. D'ailleurs, comme l'a montré
Willieu le nouveau terme, destiné à marquer, en place des
obsèques définitives, la fin du deuil, u'a pas du être choisi
arbitrairement. Hn effet l'état du mort au cours de lit période
intermédiaire, n'est pas immuable, il subit des changements
qui atténuent peu à peu le caractère dangereux du cadavre
et de l'âme et obligent les vivants, lors decertaines dates, à des
cérémonies spéciales. Ces dates, qui ne constituaient d'abord
pour les gens eu deuil que des étapes vers la libération, sont
devenues ultérieurement le terme marquant lu fin de leur
impureté. C'est ainsi que le deuil obligatoire expire citez les
Oio Maanjan, non pas comme citez les Olo Ngadju lors de la
fête terminale, mais dès la cérémonie du quarante-neuvième
jour
D'autre patrt denombreux documents (oui coïncider la levée
des tabous du deuil avec l'acquisition par les parents du mort
d'une tète humaine, et la cérémonie qui a lieu à l'occasion
do cet heureux événement'; mais cet usage aussi semble être
le produit d'une évolution dont il est possible de définir les
principaux moments. Chezles Olo Xgadju, l'immolation d'une
victime humaine (dont la tête est coupée) est, nous le ver-
rons, l'un des actes esseutiels de la fête funéraire1; le sacrifice
est bien ici une condition indispensable de la terminaison du
deuil, mais il (ait partie d'un ensemble complexe et est lié
aux obsèques définitives. Chezles Dayaks Maritimesde Sara-
wak, ce rite se détache et devient indépendant; sans doute

•|IU'leur conditionseuil sunsissues'il n'y avaitpas tlVeoimnodement.


LesindigènesUVl.uanffSennalu(cf.HioiM,sluilten Aroesltarigc rasxen,
|i. 3S&!t)«dusi-n fournissentun oxemplt.'curieux environdeux mois
upre*la mut t.lespitivnlsdu mort,ftprésun suciifiro,fontveniruu pitMn»
poursavoirsi le défuntles autoriseà i|Uillorle villagooù ilssontséc|uos-
iri'-s)afinil'umassi'rles diuses nécessaires à lufêle funéraire:si l'aulori-
>alionest refusei1.on répètela mi'nn'(onlalivi;cjuutreousixnmisaj>r.
>]Uand le mort a tlunni-son eonsi'iiteniciit, lei]«uilesl lenuinùet l'on se
|irO|)aic en vue <lu la rOrûiiionielinule >|tiiaura lluu au bout d'un ou
ileuxans.
4. Vbcv(/«*llauropfer,in IfrraeColoniale,III, ]>.2â4n\ Wilknin
liicnmisen lumièrele fait que pourles Iiiiliiiiésiens, «a i'uriftinc» la tin
dudeuili-nïacidoavecles obsèi|ueidelinilives et la fèl«quis'y rattache.
5. 'J'roinp,SihoïKj..p. 47.
3. Cf.par exemplepour les Zumljal.'S îles l'Iiilippines,Illunientritt,op.
h-s
t-il.,|>.1U0;pour Toumbululi,Itiedel,Aile Ofbrâiiclie, p. 107.
i. UralHtvvsky, Tiira/i,|i. 191 RotII. t. II, p. 112et p. 101vnnote.
K. UniKliEiu. Année suciul., i90J-l'J06. !i
00 L'ANXiiE SOCIOt.O(UyCB. 19«5-l«(Hi

Vutit ou tabou qui constitue te deuit ne prendra fin complè-


tement qu'avec ta fête du mort; « pourtant, si dans l'inter-
valle une tète humaine u été acquise et fêlée dans le village,
les interdictions sont partiellement levées, et il est de nouveau
permis de porter des ornements1. «Que ce processus se pour-
suive, que la pratique des doubles obsèques vienne à tHre
abandonnée-, une heureuse « chasse aux têtes », un événe-
ment eu partie fortuit» en tous cas extérieur a l'élut du mort,
sullira ù assurer la libération des survivants.
Ainsi le long deuil dus parents les plus proches semble lié,
chez les Indonésiens, aux représentations relatives au corps
et à rùme du défunt pendaut lu période intermédiaire; il dure
normalement jusqu'aux secondes obsèques. Les usures diver-
gents où cette relation n'upparait pas sont dus selon nous à
uu adoucissement ultérieur de la coutume originale.

La noliou que les derniers rites funéraires ne peuvent pas


être célébrés de suite après la mort, mais seulement à l'expi-
ration d'une période plus ou moins longue, n'est point parti-
culier*!aux ludouésieus ni à telle ou telle raco déterminée''1;
nous en avons pour preuve la grande généralité de l'usage de
la sépulture provisoire.
Sans doute les formes spéciales que revêt cet usage sont
extrêmement variées et il est fort probable que des causes
ethniques et géographiques contribuent il faire prédominer
dans uueaire donnée tle civilisation tel ou tel mode de dispo-
sition provisoire du corps», mais c'est là un problème distinct
que nous ne voulons pas aborder ici. Au point de vue où nous
sommes placés, il y a liomologiorigoureuse entre l'exposition
du cadavre sur les branches d'un arbre, telle que lu prati-
quent les tribus du centre de l'Australie ou à l'intérieur de

I. Utifi Rulli.1. |>.lïia, i>.210.Cefuitest à liipproi-.liei- «leJ'iruIiVation


ImiiI;i fait piiiMllrlu i|tii-ti<iii<
a vilis nipportt-uplushaut (j>.59}uu sujut
Ui-la riiiiilitiiin
il. r.'imi' «l'autre* autours(i<W.|disentsimplementqueta
fajitutv«l'uneti'-t<- u poureUïlili>leverle tabou.
î. CelaarriveIrâpieinrnoiil. •••tniiin>nuusle verrons.
3. Connut'le«iijmoIa tint oîrlaiii*«illiiiygrapliûs ain-l lirinUmcun-
siilt-rola |irutii]Ui.-
îlesso«'oinli'> e tles
nlis>|Ui'S cioyani.'i'S tjui y prévient
«onlinelu |irupriistis exclusive«le!a ruceauiêricuinuHijlhao/' tlw Xew
World18fiSi,p. âoi,iU0.
i. Cf.l'mni, tie'jrabntmrU-H ilcr Aiatrikantt,p. 307.
5. Spencer«l Gille»,Sotlhern Tribe-i.p. 506,51T Rotli,Ethnologlcal
studies,p. 164.
Il. HERTZ. – LA IIKI'IUÎSKNTATIOX
COLLKCTIV8IIK LA MOHT 07

la maison des vivants, comme cela se rencontre chez certains


Papous* et chez quelques peuples Rantous », ou sur une plate-
forum élevée ti dessein, ainsi que le tout en généra) les Poly-
nésiens et de nombreuses tribus indiennes do l'Amérique du
Nord1, ou euftu l'enterrement provisoire, observé en parti-
culier par la plupart des Indiens de l'Amérique du Sud'. 6.
Tou tes ces formes diverses de la sépulture provisoire, qui dans
une classification technologique devraient sans doute figurer
sous des rubriques spéciales, sont pour nous équivalentes.
Mlles ont toutes
le même objet qui est d'offrir au mort une
résidence temporaire en attendant que la dissolution naturelle
du corps soit achevée et qu'il ne resto plus que les ossements.
Mais certains usages funéraires semblent irréductibles à
ce type général l'embaumement a précisément pour objet
d'empêcher la corruption des chairs et la transformation du
corps en squelette la crémation d'autre part prévient l'alté-
ration spontanée du cadavre par une destruction rapide, plus
ou moins entière. Selon nous, ces modes d'ensevelissement
artificiels ne diffèrent pus essentiellement des formes de
sépulture provisoire que nous avons éiiumérées la démons-
tration complètcde cette thèse nous entraînerait horsde notre
sujet; qu'il su (lise d'indiquer ici brièvement les raisons qui
il nos yeux la justifient.

I. Kiwkw. Sm-tlniiiett. p. 177-0 Mucluy, in Snliturkiiml. c. Saltrl.


Mit, XXXV!,|>. 301-2: pour l.-s Mi'-laiirsli-iin. cf. (UnMnuUu. The Mêla,
utsiniu, p. ïtfî, iOS. 28S; jxiur lt'=-Xik';H. fjodrien. in Juiirn. Aiithr. liisl,,
XXVI, |i. 191 si| – l.i's Tuliilii-nsmil nnniû l<-<ou\"«iiinl'uiM! i:|iiii|tn.<«ras-
i'MT ait lui survivants i;onsm\ui'iil ilari leur tmii.-um les rinluvri'8 (k>?
m.iris i'Vsl plus tunl suuli-iiK'iit, par suite du |ini(.'irs ilos mœurs. i|Ul*
-'est •'taliliu In cDUluiiH' (IVIi'vit pour K'» morts iIih iihiUohs sûpurviis;
ri'. Kllis, l'olyitrsiiiii Ilesmi-clf*, 1. p. 401. Il n'y a p«s de rui.-iunselon nous
|iuur su>p<'i't('i'I authenticité duci'ltf truditiun, >'t l'évolution c|uV1Ii.'clOcrlt
i-t iiiiiIkiIiIi'iiiciiI typi>|uv.
'J. Or. |nnir li:-> liakunilu. Soiili-I,in lilnbux. I.X1X. p. 277: putir les Apiu-
)ii«, ilu )ili!iillu. Voyage* iliiux /l/'ciV/iic c'/iialoriale, p. i>\i: puur li'S
\V,i|Kiiv. lluitiiittlin, Vxitmlinra, p. î'-ii.
;>. Cf. p MirTahiti. Kllis, lue. cil., Conk in llawkcsworili. Accauiil nflhe
figii'in. Il, p. 235i |mur l«*tics Guinliiei', Mu>n*nliottl, Voyant aux Mm
ilu ijninil Ornm, |. p. Kll-S; Cuïont, l'oyaye aiu iles tiauilirr, \i. 7S.
4. V.t. Vhitow, Mvelunnj custom.i uf //» S. Am.liitlians, in Bureau of
Klhn.. Ami. Hep., I, p. ISS. IGS si|. Si-huiili-rall, IV. p. 6» Kvuling,
l.owt's K.rve<litiaii, l. p. 3|i t:»llin. ietlen ami Solei. I. p. S7 si|. A«lair,
Hilton/ of lite Am. Intl., p. \AK
ii. t;f. Sinions. l'roc. /(«/ 6«i/. Soc. (I88;ii, p. "flî i lumli'lk'r. ftio-llaelta,
p. 216 si| el les textes cites par Proust, lieyrûbnimrlea lier Amerikaner,
p. liJti sq..
0» t'ASSKB
SOClOtOUigi'B.
«U5-1900
Notons que ta momification
d'abord u'est en certains cas
de l'exposition ou de l'inhumation tout-
qu'un simple résultat
poraires, du aux propriétés dessiccatrices de I» terre ou de
l'air euvironuauts1. De plus, môme lorsque les survivants
n'ont poiut liuleuUoude préserver artificiellement le cadavre,
ils tie l'ubundouiieat pus toujours coinplëleineul au cours de
la décomposition. Comme la transformation qui s'accomplit
eu lui est pénible et dangereuse à la fois pour le mort et pour
ceux qui l'entourent, ou prend souvent des mesures pour
abréger la putrélactiou, pour eu diminuer l'intensité ou pour
eu neutraliser les effets sinistres on entretient auprès des
restes du mort un feu destiné à lit fois à écarter les inllueuces

malignes, à réchaulTer l'unie errante et à exercer une action


bienfaisante sur le corps2, on entoure celui-ci de fumées odo-
riférantes, on l'enduit d'onguents aromatiques3. De ces pra-
¡
tiques à l'usage de faire Ijoucauuer le cadavre sur une claie*
ou à un embaumement rudimentairc* la transition est pres-

qu'insensible- l'ourque l'on passe delà dessiccation spontanée

1. Cf. Swan, The X.-H". t.'vatt, p. 70-1 Yattuw. op. cil., p. l«0; Preuss,
op. cit., p. ISO. Cliut les Kgyptwns, lu niumilitution ti'iiilih* avuir élii
d'abord s|i<ii)li(iit-«* lus promit' arlilicivls ont été introduits ulliirieuro-
ment: Musimro, Histoire (incirime des peuples de l'Orient ctami/ue, t. 1,
p. 112. p. lHi.
2. De même i|ii'u Timor lu mùrc pen<laut lis i|uutre mois qui suivent
t'ttci'uueliemenl doit rosier imm<il>il<'auprès d'un feu continu; la chaleur
et lu fumée «uni censées remettre son cor|i* en Otat cf. Sal..Millier, up,
cit., p. 27j.
3. Lm Kurimi exlraicnt i|tiohiuvfois les intestins du i:oi|).s afin quu la
«iiissiocation su fusse plus vile lluwitt. Salive Ifiies o/ S. K. Austral., p.iij!>
c'est lit un» (les i>|>ératiouj |iréliiiilnuireb du rcuiliauniuineiit. Dans e«r-
liiiii'is Iles iiiOluiiésieniios, ou iiccélèie la dissipation des chairs vu répan-
dant il prul'usiun de l'euu sur \c l'iidurrc cf. ))ank>, in Journ. Aiitltr.
Inst,, XXI. p. 3Si: Codrin|toii, oji. cit., p. m.
i. (X Jlowilt (sur le» L'n^lii du Qut'uii.sluml), up. cil., p. 1(17; sur les
l'ajunis, îiiil. Mulli'f, oj>. vil., i>. ï" tiuud.s\vaanl. l>e l'apwira'x caixl. Hee.t-
uinhhai, p. 71 s< l'insi'h, Se-u-tiuiiiea, p. HO,vie. sur l'-s Nifiritieiis,
Bosinall. Voijage de Uniiiée, p. îî'J b>| Koth, lieniit, le. 42: sur les Fjurt,
Dennett, Suies on the Folk-lure uf the t'joct. \t. ïî si[.: sur les Malgaches,
liuiliain, Itocumentssur l'histoire. tfc Madagascar, \>. ISti Uranclidier, in
liecue d'Elhnoyraphie, Y, p. ili, îîî pouf les faits uinérieains, cf. l'rouss,
op. cil., p. 1S7 si|
ii. Coin mit relui (|u'un prati(|u:iil à Tahiti; cf. lluwkeswoudi, op. cit.,
p. S3u, Kllis, ibiil.. p. SOU,401; Cuisent, lov. cil.; Tu ruer. Samoa, p. 145,
ïtS; – cf. sur les Wuxiimlu, Uvetë. Three t/eam In tarage Africu,\>. IIB: sur
les Aiitiinkitrana, (ir»ndidier, ibiil., p. âti sur les Ainos île Sukhalin.
l'reuss, op. cil., p. 19U la veuve d'un chof devait pendant un an, ju*|u'<i
l'enterrement, protéger suit cadavre de la putréluction, cela sous pciuo
d'être misc û mort.
II. MEUT*. – U Wîl>Bl!SKNTATH)<(
criURCTIVg I)K LA MORT 09

qui ne laisse subsister que le» os à celte formo spéciale de


dessiccation qui transtonnelo cadavre eu momie, il suffit que le
désirse soit développé chez les survivants de faire entrer dans
la sépulture définitive un corps aussi peu altère que possible1.
C'est ainsi que le rituel funéraire égyptien concorde dans ses
traits essentiels avec les croyances et les pratiques indoné-
siennes pendant soixante-dix jours, l'embaumeur lutte
contre la corruption qui voudrait s'emparer du cadavre; c'est
seulement au terme de cette période que le corps, devenu
impérissable, sera conduit au tombeau, que l'âme partira pour
les champs d'Ialou et que le deuil des survivants prendra fin Il.
Il parait doue légitime de considérer la momification comme
un cas particulier et dérivé de la sépulture provisoire.
Quant ii la crémation1, elle n'est pas en général un acte
définitif et se suffisant ù lui-même elle appelle un rite ulté-
rieur et complémentaire. Dans le rituel de l'Inde antique, par
exemple, les restes du corps (lui subsistent après la combus-
tion doivent être, ainsi que les cendres, soigneusement
recueillis et déposés au bout d'un temps variable dans un
monument funéraire » la crémation et l'inhumation des osse-

t. Monne prouve, croyons-nous,t|iio co désir soit « naturel et origi-


nal. D'ailleursla plupart îles documents cités nous présententlu inoniill-
..ttiun connue un rite exceptionnel,réservé par exemptaaux chefs ou unx
•îilïtnts particulièrementaimé. – l/homologicentrelu préservation artili-
riellc du cadavre et la simple exposition temporaire paraîtra moins ilifll-
•>[' ti admettre si l'on lient compte du fuit <juisera mis en lumière plus
Irus les ossements sucs,résidu de la décomposition,constituent pour lo
mort un corps incorruptible,absolument commela momie.
2. Maspero,op. cil., ibitl., et p. 178 s<|.ol Etudesde mythologieet tl'ar-
rhéologieé'jypt-, I, p. Î9Hsqq., p. S58 sq. cf. Livredes Morts, cli. ci.iv
Hérodote,u, 86; Cenèse,i, 3.
3. Nousne voulons parler Ici i|nu de la crémation pratiquéesur le corps
avant (ou pendant) qu'il se décompose; nous mettons ù partla crémation
•li') os qui a lieu quelquefoislors des obsèques définitives: cf. plus ira»,
p. 89.
l. (:f. Oldonberg,Helipon du Véila,tr. fr., p. 104sq.; Calaml, Allind.
Ttilpngebrttitche,p. 99 sq.. Ce dernier auteur indique lui-même(op. cil,,
p. IKO)le rapprochemententre l'érection du monumentfunéraire et les
obsèques finales des Dayaks.Le rite d'ailleurs, sous celte forme complète,
•«l réservé aux pères de fum'illi;ayant allumé tes (voisfeux des grands
.-lu-iilicvs[ibùl., p. HZ); pour les autres, on se borne a déposer les restes
dans la terre ou dans une riviéru (p. 107) mais entre les deux cérémonies
il n'y a qu'une dilférencodo degré, et de solennité. Les différents loxles
fournirent des indicationsvariées <Hlluttantes sur la longueur du délai
qui doits'écouter entre la crémationot la cérémonie finale(p. 99, ilO, liO):
l'u^agole plus répandu aujourd'hui est dorecueillir les restes le troisième,
jour; mais la tradition la plus ancienne semble faire coïncider ce rite
uvet' la lin do la périoiled'impureté do dix jours. Cher,tes anciens AzUt-
70 L'ASSÉEStKilÛLOUHK'E.
190!>-IW)B

méats enlcinés correspondent respectivement aux premières


et aux secondes obsèques des ludouèsieus1. Sans doute lu
uuture môme du rite observé faitque l'intervalle entre les
cérémonies initiale et finale est indéterminé et peut se réduire
au point qu'elles forment
parfois un tout continu'; mais! cela

n'empêche point lu crémation d'être une opération prélimi-


naire et d'occuper, dans le système des rites funéraires, ia
même place que l'exposition temporaire3. A cette homologie
externe répond d'ailleurs une similitude plus profonde l'ob-

jet immédiat de la sépulture provisoire est, nous le verrous,


de laisser la dessiccation des os le temps de s'achever; cette
transformation n'est point aux yeux des « primitifs » une

simple dissolution elle change le caractère du


physique,
cadavre, en fait un corps nouveau, et est par suite une condi-
tion nécessaire du salut de l'âme. Or tel est précisément le.
sens de la crémation bien loin d'anéantir le corps du défuttt,

rçues, li"t ossements étaient enfermés dans une sorte du statue portant 1»
musqué du mui't <vl!i--eiétait gardée et honorée, pendant unit période, do
quatre ans; pais avait lieu une seconde crémation ù lit suite de laquelle les
restes étaient enterras ce rite ilmil était censé coïncider avec l'accès de
l'Ami! il sa «k'iiK'uivdélinilivi; cl. Sutiaxun, Histoire générale des choses de
la Souvelle-Ksfiaijue, li: /!• p. 221sq., Kd. Scier. (JesammleAblmiullunijen,
II, p. 678 su-, |i. 7*0 Z.Nuttull, Coite* Sutlnlt \feabodij Muséum, )8l)2), p. 85
stj., p. 81 si| Clit'z loi TolkntiiH de l'Or^uon, les ossemenlj cnli.'inés sont
remis à la veuve <|ui dult les purlur avec elle pendant toute la durée de
son duuil («nviron trois unsj la délivrance de la veuve a lieu en même
temps une l'on dépose les os dans un monument funéraire. Ross Cox, in
Yuitow, oji. cit., p. 1U n\. do ineine chez les Takliull liale, (.' N.K.rplo>:
Exjieit. (UiOi, Il. '203; vS, sur les Huucouyennes, Crevuux, Voyages dans
l' Amériquedu Sud, p. 120-1.
t. Celte homologie al plus manifeste encore die* les Tuilus: car ceux-
ci désignent expressément sous le nom de « premières obsèques » la crû-
million du cailuvre pour lu distinguer dus « secondes ol;sèi|uei », célébrées
au bout d'un délai plu* ou moins long, i{Uiconsistent dans une nouvelle
crémation des reliques i.-tdans l'enterrement linal des cendres. Murant l'in-
tervalle qui sépare les doit* cérémonies, les reliques cnveloppéos d'un man-
(eau sont traitées cotnin.' le serait le cadavre lui-même |ull»s portent lo
rafaie nomj, l'Ain» ne peut encure se rendre au pays des morts et est
tenue pour malveillante, les proches parents sont iinpuri et tahoués. La
période intermédiaire dure au moins un mois. i|ueli|uefuis plus d'un an.
Comme on le voit, ces croyances et cei pratiques concordent rigoureuse-
ment avoc le type normal.' Cf. Hivers, The Tudas, p. 337, p. 301 s<ji|
p. 378 s.| p. 403, p. 0)1, p. 701.
2. Comme c'est le cas par exemple chez les Tlinkil, cf. Krause, Tlinkit
liu/ianer, p. îîî sq., îi".
3. Dans les tribus australiennes de la région de Marlborough nou»
voyons la crémation pratiquée à coté do t'enterrement provisoire ot do
l'exposition sur une estrade cite est mise sur le inèiiiu plan que ces autres
modes cf. Hovvilt, dji. cit., |>. 470.
fl. HBB17. LA HKPUKSUNTATION
OOI.I.ECT1VK
PB I.A MORT 7J

elle le recrée et le rend capable d'entrer dans une vie nou-


velle'; elle aboutit donc au même résultat que l'exposition
temporaire*, mais seulement par une voie beaucoup plus
rapide1. L'actiou violeuledu
feu épargne au mort el aux sur-
vivants les peines et les dangers la transforma-
qu'implique
tion du cadavre, ou du moins elle ou abrège considérablement
la durée en accomplissant tout d'un coup cette destruction des
chairs1 et cette réduction du corps a des éléments immuables
qui naturellement se font d'une manière lente et progressive'.

1. Cello préoccupation uppuraft explicitement dans les formules pronon-


cée.»au «mura de la crémation hindoue: « no lu consume point Ou morl),
dit-on à A«ni. ne lui luis pus de mal ne mets pas on pièces ses membres
quand tu l'auras cuit it point, puisses-tu l'envoyer auprès de uns pères, u
Aussi oïlYe.-t-onun substitut aux forces destructrices du fou i:ïst Je boue
qu'on ultiiclio un bûcher et qu'on laisse sVehapper: cf. Calund. p. 5'J, 08.
«7, 175 srj.. Sans doute il y a dans ce rltnol bien des éléments adventice»,
en particulier lu notion d'Agni psychopompe mais il nous paraît arbi-
traire de restreindre, (connue le fuit Oldenbet'K Iu/j. cil.,
p. 499), « le rôle
primitif du feu u au fait do débarrasser les vivants du l'objet impur et dan-
koi.hu qu'est lu cadavre aussi loin que nous puissions remontai1 ;dans U'
pit.sM:,l'action purilianle du lu crémation, comme du rituel funéraire en
«i-iivral, s'exerce tout ensemble au pi-olit des survivants et du mort. – Cf.
sur les tribus californiennes, Power*, in Coutrib. lo S. A m. Ellmol., III
IlSTOj, p. 194. 207 i'dtuu nu peut l'iru «auvéeet ilêllvrte que par l'action
du feu.
Lu nt-niation peut mC-mt»rejoindre lu momillcution qui semhlo lui
être .lirecteinent opposée ainsi « les Quiches réunissaient les cendres et
en pétriraient avec de lu Rniiimu une statue u Iui|up1I« ils nicttuient un
iiiasiiuo représentant les traits du mort; lu statue était déposée dans lu
totulji-uu. » Urasseur de Uourbourg, l'opol-Vuk, p. l!)i-3.
3. Cf. Molule, l'syehe (2» éd.). I, p. 30-2.
4. flans le rituel hindou, le feu qui a servi à la crémation (et qui doit
être définitivement éteint) est désigne sous le nom de KravyiM, « mangeur
d>;chair » Calaml, ibùl., p. 1)3.
S. U y a d'ailleurs des formas intermédiaires entre la simptu exposition
et la i-réniation complète l'exposition nu dure que peu île jours. dés que
cela est possible, on dépouille les os de leurs chairs qui sont brûlées Il y
a ici une véritable crémation partielle, ayant pour objet d'achever plus rapi-
dement la dessiccation-de-s ossements et l'élimination dos parties impures
cf. sur les Sunlee de la Carolino du Sud. Lawson in Mooney, .Siatwn (rites
of llie JE., p. ?.l; sur les llawaî, Kllis, op. cil.. p. 13; sq., 3i>9 l'reuss, op.
cil.. p. H(W-tn.Ortains auteurs siKiialonl le fait quo la crémation n'a lieu
parfois qu'uu bout d'un long délai, lorsque la décomposition est déjà fort
avancée: cf. sur tes Tlinkit, Kruuse, op. cit., p. îïi, Î34, et Enuan, in
Zrittehr. f. Ktlm., tl, p. 380 sq.; et sur certains (îulilils, Met. Voyage <le la
Fi'aiiceéqiiino.uute (1CÙI),p. 393 notons que dans les deux cas cités lucre-
mal ion fait suite à une exposition du cudavre dans lu maison même. – .Nous
ne prétendons pas qui; In crémation a partout nuccédé ri l'inhumation ou
u l'exposition provisoires: ce sentit compliquer Inutilement notre thèse
d'une hypothèse historique, impossible ù vérilier; hou» Vherchuns seule.
ment à établir qu'il y a équivalence entre ces divers modes et qu'ils répon-
12 l.'ANXKE l'JO3-l«JO0
SOCIOLOOIUL'K.

Ainsi,entrela crémationet les diversmodes de la sépulture


provisoire,il y a unedifléreueede temps et de moyens,mais
non de nature.
Danstous les rites que nous avonsétudiés jusqu'à présent,
les parties mollesdu cadavre, lorsqu'onne les préserve pas
par des procédésartificiels,sontdétruites purement et sim-
plement on uo les considèreque commedes éléments péris-
sableset impurs dout les os doiventêtre (légats; mais des
représentationsplus complexessefont jour dans ta pratique
connuesous le nom d'endocaunibalisme1, qui consiste dans
la consommationrituelledes chairspar les parents du mort.
Assurémentce rite n'a pas pour objetexclusif lit purification
desos.Cen'est pas, commel'anthropophagiebanale, un raffi-
nementde cruautéou la satisfactiond'un appétit physiquei
c'est un repassacré, auquel seulscertains groupes définisde
membres de lit tribu-' peuvent prendre part, et dout les
femmes, du moins chez les Binbinga, sont strictement
exclues.Par ce rite les vivants iotègreutàà leur propre sub-
stancela vitalité et lesqualités spécialesdu défunt qui rési-
daientdans sa chair si ou laissaitcelle-ci se dissoudre, la
communautéperdrait des forcesquidoiventlui revenir3.Mais
en mômetemps l'endocanuibalisnie évite au mort l'horreur
d'une lente et ignobledécompositionet fait parvenir ses os
presqu'immédiateraent à leur étatdéfinitif il assure d'autre
part aux chairs la sépulturela plus honorableEu tous casla
dentil la miMne L'idéequulucrémation
fondamentale.
préoccupation nu
faitquereproduire,enl'accélérant,
lu processus
naturelde la décomposi-
tiona «leexpoa-ed'uneminlta.'un peudifférente
par II.Kluinpaul,
Die
ii/ena. dieToteii,
I.ebeiul p, t)3-&.
1. Cf. Steiniiiclz. llef Kmlokunmbalkmus.
8. La nature de ci?» proupes varie d'ailleurs dans les diflërenles tribus
cf. Spencer et Uillen, Sorthtm Triàes. p. 348et Ilowilt,
<>/>.cil., p. ltO-V.
3. Cette intention apparaît surtout nullement daus certains cas dinfuiili-
cide suit) d'une consommation îles cliuirc
par un frète ou uni; sasur (ilnés
HUel'on vent ainsi fortillericf. Howitt, p. 749-40, Spencer et liillen. iOitl.,
p. COS.lluwilt nous signule la croyance répandue dans la vertu mugii|ue
de lu graisse du riioiiiinc en ell« résident la force et ta santé du
l'individu;
dans certaines Iribus, chez les Dk-i-i
par exemple-, seule la grui&se est man-
gée cf. Howitt, p. 3G7, 411, 418. – Nous ne prétendons pas d'ailleurs (|uc
cette interprétation soit exhaustive ainsi cher les marnes Dieri, fa con-
soininullon de la gruisse du mort a
pour objet do pacifler lus parents «t
de l..s di«har(îer <U>leur «Ugrin c'est toujours un changement favorable
opéré dans l'élat des survivants.
4.LesTurrbat cettecoutume
justifient enalléguantl^uralfuction
lomort « docettenianièn;,
ils savaient pour
oùil .Mail,<-lsachoirne uuc-
H. IIBUTZ. U. RBPHIÎSBNTATIaSCOUBCTIVEDE I.A UOBT 73

présence de cette pratique n'altère lo type


pas essentiellement
p-iu'i-al que nous cherchons a constituer ici car après la con-
sommation des chairs les ossements sont recueillis et gardés
par les parents du mort pendant une période plus ou moins
luuifuo au terme do laquelle les obsèques llnales seront célé-
brées pendant ce temps l'âme est censée rôder
près des os
i>t du feu sacré que l'on entretient a côté et le silence est stric-
itMiieut imposé aux proches parentes du mort'. Ainsi, quelles
.jue» puissent ôtre les causes directes, l'endocannibalisme
vii'nt prendre place parmi les pratiques diverses observées
vue de la déuudation des os dans la période
comprise
entre la mort et les derniers rites funéraires.
.Nous avons vu que la période d'attente coïncide dans u»
très grand nombre de cas avec la durée réelloou présumée
lit; lu décomposition c'est eu général sur des restes desséchés
rt il peu près immuables que l'on célèbre les derniers rites
funéraires. Il semble donc naturel do supposer
qu'un rapport
•\isle entre l'iustitutiou des obsèques et les repré-
provisoires
sentations que fait naître la dissolution du cadavre ou ne
puut songer à donner la sépulture définitive au mort tant que

ut pu* » HowlU, p. 7!>2. Cf. sur les Indiens de l'Ami!rli|nc du Sud,


l'ivu.«. op. cit., p. 218 un Mttsuruna converti se plaignait de ce quï-taiit
mU'itôiï lu modo chrétienne, il serait mange*par les vers uu Heude IVtn;
|.iir ses parents.
I. Nous suivons l'exposé des fuits relatifs aux Hiiibinga,
Spencer cl
iiilleii, op. cit., p. Si9-S54. Les ossements, enveloppés dans de Pecorcc,
'ni d'abord gardés qtti'U|uu temps sur une platc-fumie
jusqu'à ce qu'ils
nient complètement sues, puis on renouvelle leur enveluppe et
les dépose
"i sommet d'un pieu fourchu, parfois au milieu même du
camp; ils y
i – u-iit environ un an ou duvunlagc. Très instructive est la comparaison,
•u.'Kérè'c par lesautours eux-mêmes, entre celle série de rites et celle qu'on
i.ii.uutr«- dans la tribu voisine des (iiianji (ifod., p. iilS) chez ceux-ci
mlocamiilialisnm seudilu n'être qu'exceptionnellement le
pratiqué
i-ii lavroesl d'abord oxposé sur une plaie-forme dmis un arbre, jusqu'à eu
|ii<' lu plus grande partie des chairs ait disparu des us ceux-ci sont alors
• nveloppés dans do l'écoivo ol laissés sur la platu-fonnc jusqu'à <•<qu'ils
•"iviit assez sucs pour pouvoir iHre aisément disjoints; puis ou les met
iliiiis une autre cnveluppe et les laisse dans l'arbre jusqu'à ce qu'il soient
l'Iiineliis alors seulcinenlu lieu la cérémonie finale. On voit que les deux
•;rius se correspondent rignureusomeiit la première période d'exposition
ilvs (inunjt tiiïiit seulementla place de la consouimatinn des cliaira
parles
pmviits. Un passe ainsi facilement de l'état do choses observé chez les tri-
luis côtiercs a celui qui existe dans le eenlrodo l'Ausiralle, chez lis Kailisli
par exemple, où les obsèques finales ont lieu au bout de quelques mois
d'exposition sur un arbre, quand toute la chair a disparu ;tes os (i&i< p.
SuK). Cf. Ilowitt, p. 471»,753 et sur les Botocuclos, Kuth, in l'reuss. p.
21J> ^surlesCliirihuana, 0. do la \'ega., Ho'jul vommentaries of l'eru (168Mi,
p. *78.
îi l'aN.N'1!k tV05-tWI)
SOCIOLUIllQl'K.
celui-ci est encore plongé dans l'iuiecliou1. Cette interpréta-
tion n'est pas une hypothèse gratuite nous la trouvons
exposée tout au long comme un dogme essentiel dans le Zeud-
Avesta Pour les fidèlesdu Mazdéisme, un «idavre est la chose
impure par excellence* et d'innombrables prescriptions out
pour objet de préserver contre lu contagion funèbre les per-
souik's et les choses appartenant il lu bonne création. C'est un
attentat à la sainteté de la (erre, de l'eau et du feu que de tour
infliger le contact immonde d'un corps mort il faut relé-
guer celui-ci sur quelque hauteur éloignée et stérile, et, s'il
se peut, à l'intérieur d'une euceiulu de pierre1, « là où l'on
sait que viennent toujours des chiens carnivores et des oiseaux
carnivores,»'> Les vautours et les iauves sont mix yeux des
Parais les grands purilicateurs du cadavre car c'est dans les
chairs corruptibles queréside la .Va«M,J*lnfection démoniaque.
Au bout d'un an, lorsque les os seront complètement nus et
secs, la terre qui les porte sera pure6, ou pourra les toucher,
comme le déclare expressément Ormazd, sans encourir de
souillure7. Jl sera temps alors de les déposer dans un ossuaire,
leur sépulturedéfinitive*. Ainsi, daus le Zoroastrisine, l'expo-
sition temporaire a pour (onction d'isoler le cadavre tenu
pour dangereux, et eu même temps d'eu assurer la purilica*
tion. Maisles textes avestiques lie nous présentent peut-être
que le produit d'une réllexion théologique raHiuéeet tardive

1. C'est l'explication quesuggi'-rril proposdes MalgachesGrantlidior


(op.cil.,p. 214) « celtecuulumesembleavoirpour buttic ne pasoulerrur
définitivement lososaveclui matièresputrescible!) que produitla décom-
positionîleschairset qu'ilsconsidèrentcommeimpures.»
2. Zentl-Acesta t. Il, p. x s<(.,p. M sq.
{tract.Dai-inestetcr).
3. Veiiithlatl, III.8 s.j.,VII,25 s.].
i. Cesontles célébras« Tour»du silence» ou Dukliniuscf. Uarmes-
teter,ibiit.,p. lia si|.
5. Vemli'lml, VI.44 sq. Vlll. to. Il .<stessentiel'lue le cadavre« voie
le soleil• cf. ibûl.,lit, 8, n. 14,VII,4.'i.
6. remttdtul.VII.4«.
7. /4W.,Vlll.Ï3 si|. <ite <l<tclaraliun sec
estsuivie.le l'énoncedu prin-
cipe général « le necut> aunir-l«
pas nu sec ».
8. VeivtidaU. 4<J
\'t, et s.| cl li-snotes.L'usageîles seconde*obsèques
est liiml»;en désuétu.l.;ch.« les VanUcoiitciiiporuins. « les ciinelettes
<Ivs*k«Iiùi
«ontdeuxluisp»ran pivcipité.s dansle puits central» duDakli-
ma DaraicslDlitr, op.cil..p. Vm.Maisdans la coulutneancienne,encore
observéeuuix*siècle,InDaklima«laitune sortedo lazaret dontles restes
desmorts,une foispurifiés,devaient.'liv retires.U
lesrituelsiranienet hindouconfirmeraitrintorpnitation comparaisoncnlr«
donnéedela crémation. que nousavons
IV 1181117. LÀ RKPKâsGXTATIllM
COWKCTIVK»K I.A MORT 75

il faut rechercher quelle signification des sociétésplus jeunes


attachent à la réduction du corps en squelette.
Les documents indonésiens nous ont laisse «percevoir une
sorte (le symétrie ou do parallélisme outre la condition du
corps, condamné à attendre un certain temps avant de pou-
voir pénétrer dans la sépulture définitive, et colle de l'âme
qui ne sera admise régulièrement au pays des mort» que
quand les derniers rites funéraires auront été accomplis;
mais dans d'autres provinces ethnographiques ces deux
groupes de faits sont unis d'une manière plus directe. C'est
ainsi que certains Caraïbes de la Guyane française déposent
provisoirement le mort dans une fosse, assis sur un siège,
avec tous ses ornements ol ses armes ils lui apportent à boire
et à manger jusqu'à ce que les os soient complètement
dénudés car, disent-ils, les morts « ne vont point, là-haut
qu'ils ne soient sans chair »'. De môme, chezles Botocudos,
l'Ainereste dans le voisinage de lu tombe jusqu'à la fin de la
décomposition et pendant tout ce temps elle inquiète les
vivants qui viennent à l'approcher3. Ces tribus rattachent
donc explicitement à la dissolution du cadavre leur croyance
en un séjour temporaire de l'Amesur la terre, avec les obli-
gations et les craintes qui en dérivent.
Ce n'est pas arbitrairement que l'on ajourneainsi le départ
iinal de l'aine jusqu'au moment où le corps sera entièrement
désagrégé. Cette représentation est liée à une croyance géué-
rale bien connue pour faire passer un objet matériel ou un
iHre vivant de ce monde-ci dans l'autre, pour libérer ou
pour créer son âme, il faut le détruire. La destruction peut
être soudaine comme dans le sacrilice, ou lente comme dans
l'usure graduelle des choses consacrées, déposées eu lieu
saint ou sur la tombe; à mesuré que l'objet visible disparaît,
il va se reconstituer daus l'au-delà, plus ou moins trausfi-

1. ltic.l,op.cil., p. 392:au termede mltu périodeontlieules nliiuVnies


/milleslsus-
¡¡naills a lesquelles
nous nousreviendrons.
1\Ï<.ndrolis. Cf.I\olh,Elligoi.
– Cf.lioth,EtliKût. Stutt.,pp,. 1(;5,
Seuil., iGS,au
.sujet d e lutribuddHouliu d ans le « se
Qucensland le sauvage représente
vuuuciiieiit li-cadavre« devenantplusvieuxut s'enallanten queli|u'aulra
jilaiv»,quantiil cessed'apporterriela nourritureet dutabacau lillude
la si-pulluri' h.– Chezlesindigènes christianisésdesIlesl'uuinnlu,la veuve
et les part-ntsdu mortviennentveillerle mortsur sa tombetoutesles
nuit»et lui apportentsansdoutede la nourriturece riteest obligatoire
liewlaritdeux semailles, périodei)ui ci>nvs)»m>l, aïlirme-1-on,a ludissolu-
tionfincadavre;Stevenson, VutheSouth>>«•«, 185
p. s<{., 201.
2. Hulli,in Kocli,Animismus il. SWdwi. liui.,in lnl.Arch.Sllm.(1900)
il
p. m n'estpas fait mention,dansco texte,de secondes obsèques.
'15 i.rANNKE«OClOLOiilQVe.tOOj-l'JÙO

guré'. La mêmecroyancevautpourle corpset l'âmedu défunt.


Selon les Aïaos, la mort u'eat pas l'alîaire d'un moment»;
tant que la décompositionn'est pas terminée, la vie et l'âme
subsisleuten quelque mesure a l'intérieur ou dans le voisi.
nage de lu tombe;Il c'est graduellementque l'ilme se libère
de son tabernacleterrestre » et il faut avoir soin do la lais-
ser seule pendanttout ce temps Une représentationiden-
tiquese présentechezcertainestribus duNord-Ouestaméricain
avec plus de détails a mesureque progresse la dissolution
du cadavre, les âmesdes précédentsmorts viennentchaque
nuit (Merlu chair des os et l'emportentdans la maisondes
âmes,située au centrede la terre; lorsque cetteopérationest
terminée, le mort possède un nouveau corps semblableà
l'ancien,si ce n'est que les ossont demeuréssur la terre1.
Mais l'homme possède, outre ce double spirituel de son
corps,une autre ilme mobileet relativementindépendante
celle-ci,qui pendantl'existenceterrestre pouvait déjà s'ab-
senter a l'occasionet subsister par elle-inôme,peut aussitôt
aprèsla mort vivred'une vie séparée c'est mêmejustement
sondépart qui est causede la désagrégationdu corps.Cepen-
dantla solidaritéanciennepersiste si l'ame gagneimmédia-
tementle paysdes morts, elle n'est pas sans subir le contre-
coupde l'état où se trouve le cadavre. Dans plusieurs Iles
mélanésiennes,on croit que l'amereste faible tant que dure
la putréfaction;après son arrivéedans l'autre monde,ellese
tientd'abord immobilele pouvoir magiquequ'ellepossèdeest

1.Cf.Tylop,Cieilhation t.1,p.5fj8sq.. –Pourle dernierpoint,


primitive,
cf.Mariner,Account of thenativesof Tonga,11,p. 129<surlt?s Kijk'lis):
Ueotog.SuneyofCanada, VIII(1893)p.S5L(surlesEsquimaux duLabra-
lor) lesespritsîlesobjetsmatériels sontcensésêtrelibérésaussitôt (lue
se t?ilent.Dansune histoireirlandaise,
ecux-tri rapportée par .Muonoy
(mProc.Amerie. l'hilos.Saelelu
(1888), p. S95),un fils,a l'intention
do
sonpèremort,conimamtc destmliiuet lesportelui-même à mesurequ'ils
ilsventvélirsonpèredansl'autremonde.
s'usent,
S. Balclictor. T/ie Aïnu, p. Sfil. La menu) représentation existe à
propus
des objets matériels. L'auteur no mentionne point l'usage do la
sépulture
provisoire, mais sur les ATnos cto SakhaUn, cf. Preuss, p. lu, l«)0. – Flsun
a rencontré une croyance semblable en Australie, Journ. Anthi:
Insl X
p. Itu si|.
3. Swan,sur lusMakuli,in ïmitlison. Coitlrib.lo Knout,,XVI(1870),
p.81et cf.p. "8.83,86 Bell»,surles«allant*et Twanas, in Yariuw,
op.
cit.,p.171s.f..176cesdernièrestribusexposent le cadavremiruncanot
surélevéau bnutl'cnvironneufmoisa lieuIVnUirranienl iMUnitlfclic«
lesMakali, onprocède
actuellement, à l'inhumation iUsuiteaprèsla mort,
mais11reste,scmble-Wl.destracesasseznettesde l'ancien usage.
Il. IllilifZ. IA UEPBlisKNTATlOX
COLLECTIVK
DB LA U01IT 77

temporairement engourdi. Lorsque toute odeur a disparu,


l'Ameretrouve accrues sa force et sou activité, elle devient un
tindulo, un esprit protecteur, auquel les vivants rendront un
culte: « elle a cessé d'être uu homme'. » Peut-être faut-il
prendre à la lettre cette dernière formule, car les esprits des
morts, du moins uu grand nombre d'entre eux, sont souvent
en Mélanésiecensés habiter dans le corps de différents ani-
maux, eu particulier des requins et des oiseaux-frugales'. La
mort n'est pleinement consommée que lorsque la décomposi-
tion a pris fin alors seulement le défunt cesse d'appartenir à
ce monde pour entrer dans une autre existence.
Il n'est pas étonnant que de semblables idées se retrouvent
à Madagascar,puisque les peuples de cettelie sont apparentés
aux Indonésiens. Les Siiianaka s'imaginent que pendant que
la chair se détache des os, l'unie ressent de cruelles souf-
frances: [larvieul-elle ù les surmonter, elle continuera indé-
finiment à vivre comme uu esprit mais si elle succombe, elle
(toitpasser dans le corps d'un papillon Peut-être quelqu'élé-
nieul d'origine étrangère s'est-il grellé sur lit représentation
originale il n'en est pas moins remarquable que la période
intermédiaire soit conçue comme un temps d'épreuves, et que
les souffrancesde l'unie soient reliées la transformation (lui
s'accomplit dans le corps. la croyancela plus répandue
• liez les Malgaches, c'est que les liquides provenant de la
décomposition des chairs donnent naissanceù quelqu'animal 1
plus ou moins mythique qui n'est autre que l'incarnation nou-
velle de l'ilnie; aussi recueille-t-on avec soin ces liquides dans
des jarres de terre parfois on les arrose de sang de bœuf afin
de mieux assurer la renaissance du défunt tant que celui-
ci n'est pas « revenu » sous les espèces d'un petit ver, il est
interdit chez les Betsileo et de donner la sépulture aux
restes du corps et de vaquer aux travaux des champs C'est

1.Cmlrlnplon, op. cil., p. 280,cf. p. 257,£"n,ïMi;l'auteurraltaclii-une


ini'm.sivpivsontutioiis Jusi>niH.|U<s suiviesdansModeSua<t'tl'i^aiilîles
iiurts ilisiin^uOs). qui ont pourobjetil'uccëlvn<rdiVoinnuttllion ouilVm-
li'Si/iuiiiiiilicins
|i<'i:)ii-r cuiliivûrii|Ui!S lesAlliesricheson
<lecetteniaiiii'ru
".«musuruiitudivo»et disponiblesplus vite,souksc-ùidt-ruii-ii>s devk-n-
ni'iitili'sliinliilu»ibitl.,p. 2."i3l'onny,'J'enl'ointin Melun.,p. M. La
iiotiiind'un séjoui-k'iii|mrairede l'âmesur lu lorivse rem-unlruaussi;
l.'o'liiiiglnn,p. £07.281 l'eniiy,p. !>5.– Cf.Cambridge /<;«'< lo Torrts
SImil*.V,[i. 35Ï.
i. Ociilringtoii.p. 179-80; Penny, p. !>0.
'•'}.
Luicl,in Aiihwanuriru annttul. VII(I883j, p. 9S.
4.llicliaclsyn(sur loshehlleu), ititl.. l (l«Ta).p. 13s<(.Sliaw,ibkl.,IV
~& l'asmjk socroi.oiiigi'K. lWj-t'.iiw

toujours sous des (urines variées la mêmenotion qui repnrfitt


la dissolution de l'ancien corps conditionne et prépare la
forutuUou du corps nouveau que l'Ame habitera désormais.
Il faut se garder d'attribuer il ces représentations diverse»
une généralité et une valeur explicative qu'elles n'ont pas <Ie
serait tomber dans l'arbitraire que d'ériger telle ou tulle
croyance particulière eu vérité universelle, d'allinuer par
exemple que toujours le corps nouveau du mort sera consti-
tué par ses eliairs volatilisées Eufait, connue nous le ver-
rous, ce sont souvent les os qui sont censés servir de support
matériel à l'aine désincarnée. Ces représentations opposées
s'accordent ou ce qu'elles ont d'essentiel, elles traduisent de
manières diverses un thème constant. Deux notions complé-
mentaires paraissent composer ce thème la première, c'est
que la mort ne se consomme pas en un acte instantané, elle
implique un processus durable, qui, du moins duns un grand
nombre tie cas. ne sera considéré comme achevé que lorsque
lit dissolution du corps aura elle-même pris (in la seconde,
c'est que la mort n'est pas une simple destruction mais une
transition à mesure qu'elle s'achève, la renaissance se pré-
pare tandis que le corps ancien toml e eu ruine, un corps
nouveau se forme avec lequel l'âme, pourvu (lue les rites
nécessaires aient été accomplis, pourra entrer dans une autre
existence, souvent supérieure à l'ancienne.
Pendant toute cette période où la mortn'est pas encore ter-
minée, le défunt est traité comme s'il était toujours vivant
ou lui apporte a manger, ses parents et amis lui tiennent com-
pagnie, lui parlent-. Il conserve tous ses droits sur sa femme

(1S7S:, p. «.7; siliifi',(IreiilAfrit: httutil. u. 2": (jrainliilier,op. cil.,


p. 5*1,i£>.2SI.i!7 iSuillaln.a/ rit., p. |8. Clii-«|s Hulaileu. s'il s'uttit
d'un ur.Ufiiiersoimw. un vu •lieidier!'•serpentsucla tonilteun bout
île «fm-liiui's moisA on 1«ntiiiéni*«ver pompedans in villedontil sera
tlt'Miriiiaisli-iMi-ilicn.– cf. Hnllis.ïlie Mii*ni, p. 31)7:s'ils'iiftit«l'uni-iclic
mi «l'unliiiiiiiiit>-iiiiiil«cini:ou
aine pusseiluiifI, corpsil'unserpentim»*i-
till qui.-li-rttdavn-tombeen pulivfariion:Je sl<i'|h-iiI <orendan kraal du
.*i?seiiTuiiU jxiur voilk-r sureux.
I Ci'll»assertionnfiét'mtsrparKleinpvul dunst't>uvra)iu «léji»citi' p.31-
•• « Ynsti'uUel, ilil-il,c'estc|uelu<inurl-ise volatilisent:la <lêi'i>mpo.?itiuii
i-stpuarlesprimitif*«ne suitede »ul>lmiiilion ilunlli-sproduitsooiislitm-iit
Illlrliv (ililsrlt'véu.
î. Cf.plus haut p. 75,n. 1. et Ciandidicr,op. cit., \i. 2Î5; Candelicr,
Hio-llaclui, p. 2IS,sur les(io:ijin> )e<prm'lies|«ir<!Ul4 ulluinciilîles l'ftux
et ili'imseiit des livressurla limita pcnduulneufjuurs,« car poureuxon
n'est réi-llenient mort iju'aii liuiil *!•ei-sneuf jours a notons<|U<; rullc
pvriodene coinridepanavec la «Iuiim; de la si-jiulluruprovisoire<joiest
M.tlKHTÏ.– t.AKKI'IIKSBNTATIOX
COLLECTIVK
|)KI.AJlKHr 7<>
i>
et il lesgarde jalousement. La veuve est littéralement la
femme d'un mort. d'un individu en qui la mort est présente»
cl se continue aussi est-elle regardée tout ce temps
pétulant
comme un être impur et maudit, et condamnée dans un très
};riiuil nombre de sociétés a une vie uhjcclu de paria c'est
.-euliMiient lors de lu cérémonie finale qu'elle pourra être libé-
rée et autorisée par les parents du mort soit a se remarier
-oit il rentrer dans sa famille l)e môme, quelquefois, l'héri-
liiue reste iutact jusqu'au jour où le mort sera véritablement
|i:irli «le ce monde-. Mais les faits les plus instructifs sont ceux
I ;ii concernent lu succession des rois ou des chefs.
La coutume (le ne proclamer le successeur d'un chef que
lois du lu cérémonie finale, coutume que nous avions déjà
ît'iiconlrée dans l'île de Timor, nous est signalée chez plu.
-leurs peuples appartenant à divers groupes On
ethniques".

un mi deux nus jusqu'il runiptclc ili-isiciNiltun dos us): cf. Simotiic,


/fui/,
I.V. Soi-. î|MBi. p. TMi. – Cl". Kllis. l'otyn. Ki'.v., 1. p. 40i: Klwli-I,
-'<;• fil IswsUuei'if rassrn, p. 467 S'|. isur 1rs iiiilipnus des Iles Afin.
Vuir Wilki'n. Du* llittirojifci: in Hrvue Coloniale, III, Appi-mUrt*.LVmu>
i iikm'Ii-sI ihiiiwiiI i<i>iisi'-i.'
suivre riuiiitniiiiiu'iit lu vi'iivi', Mirvi'lllant <;i
"inltiiir. – NhIuiisi|tic iik'mih' iIiiiis li. sncirlvi uii est en riKUviirl'insli-
•vi"ii ilti ic'viral. 1" imiivi'nu niaiiam-' u'ulii'ii «mvi'iil <ju«- lw\s <li<lu rerii-
iii.' lmali! [Hirluis i-i-pundanl "'lirz li-« (,'hippewa.Vi par i'\i.'iiiph-, et.
.r>iw. «/>. rit., p. IMi il puut *<•l'itiiv plus lot, il ivl.'vr alms uu <lispcii«i;
v.uw du ili-uil il n'y a pu< vu ci- cas nurci.'i<iiiii pntpruiiu-ut ililu mai*
'iitiutiiitiun ilu iiinrl par son fivn1 nu nmsin, cl. Cilaiul. op. cil., p. \î si|.
!.•> iliiruiiicnls ivlalils ù vvf faits .-mil livs iimiibrvuv v\ Ijh-ii connus;
• 'i^ h"cii ritvhins >[UUi|Ueli|iu>s-iiii> Spriin-r et tillli'ii, Xalive Triliej,
."iiiï cl Surtlicni Teilicx. p. ilO" sur li's imlipiMic-j des Jlus Aru. Hii'ilct,
-(<<« lirwthiifige mueu, p. 2'5!* sur lis l'apiiti-, van lla-isi'll. in Milt.
'<'/< '•>•••. /<««. X. |>. 10, JtiisentiDi'tJi, I). Mat.Archiprl., p. 131 sur les
M.«.,ri*. Taylur, Te Uni « Muvi, p. !)' sur l«s imli(;«'iifs dos (lis Uilljert,
Miiiiickv. iiitctiule* Milieu Océans, II, p. 331) sur li-s lr<>'|iiui«. Uilitau,
'-il II. p. W.l: sur les Tolkotin. Yarrtiw. p. ll.i; sur les tiilm. (|« la
iiir.,inf. Kin-li. <>• rit, \>. "U-l sur ku Nifriilii'iis, Kingslcy, Tiiietl* in
II'. Mrira, p..m. DMvrl».in AnsUuid(I8s:tj, p. 7Jiî; sur lès Kjort. lien-
i.tl..V-i/<-v on Ihr Fntk-lmv. p. H, 114. ISO: sur les ll.-i-ltu!ig;i. Junoil,l.et
/'' lUiiin'i, p. (Mi<i|. sur Ifs .Mulfiai'lK's.OrandidliM", »/». rif p. ÏI7. 'ïti, Hiilii",
"i liilini..tint; III. p. «:i. – Hivn nu prtiuvv i(u«' le iiivurliv rilui-l de lu
M'iivt' nit <>l>:a l'urijiiiut la iv^'U*goilùraio, coiiuiii'l'ii'liiii't Wilkun (toc. cil.,
| ïi.7, S'il.
le cas pur ovvmplo i'Iu.-z les Da-llonjw, JuikkI, ibid,, p. ,(!, fi7;
h-/ |i-s S'-npi (Zaiuli>iï piirtiiftai»), Dcclr, »/>. a7., p. Î3\ f.i\i:(. >urli'i
Itii.'ibru, llUL-lr,eu (Habits, I.XXVI, p. 33'J.
i. '.Un U'.> Indiuns A» CosUi-ltioa, cf. (ialili, in l'roc. Am. l'hil. Soc.
l^Ti p, .'iu", «l Ilovullius, in lui. Areh. kltm,. II. p. ÎS: dira les tyirl,
liiiihi-U, Sercit ijears. p. 17S cl Soles. p, iS cliuzk's Ha-Kun^'ii, Juiiuil,
"II <-i/ p. M i-L lis si| clii-z li.-s Waiiyamw-si. Sluliliiiaiin, Mit Emin
l'axcha, p. 00-1 cIr-z les Toii^uns, Uuusilcr, ijihtsee Ilildei; p. J32-J. – Lu
80 i-'Axm «ocioLooroiB. t90S>l9oa

couçoil les dangers auxquels nu semblable interrègne expose


les sociétés qui s'y soumotteiit la mort d'un chef détermine
dans le corps social un ébranlement profond qui, surtout s'il
se prolonge, est gros de conséquences. 11 semble en bien des
cas que le coup qui a trappe la tète de la couunuuiiuté dans
la personne sacrée du chef ait eu pour ellel de suspendre tem-
porairement les fois morales et politiques et de dôchaluer les
passions normalement contenues par l'ordre social'. Aussi
rencoutrous-nous fréquemment l'usage de tenir cachée la
mort du souverain pendant une
(lèriodo do temps plus ou
moins longue; l'entourage immédiat du défunt connaît seul
la vérité et exerce le pouvoir en sou nom
pour les autres le

iiu'iih1 phénomène si> présente sous uni1 autre forme elle/ des tribus uigri-
tiennes il-1 Libéria le cadaviv d'un rui n'esl enterrû délinitivi'im>iit <]u«
lors ilo la imirl île su» sum'ssour pendant luut W ivyn<>de celui-ci, t|Ui
colnnili> avifir la duriSe de la sépulture provlsulre, lex-i'ui « n'uni |»as con-
sidéré «uni nu- réill«tnent mort >. Il surveille su» successeur cl 1 assiste dans
ses lonclloiis. Ainsi un roi iiVst véiituulcmeul tituluin- de sa diarjte que
pendant la période comprise entre sa mort et cvlle. de son successeur de
son vivant il n'eveiralt qu'une sorte du régence de fait; cf. lliillikofor,
in lut- Areli. Hlhn.. I, |>. 31, K3-I. Mes traot'sdu iiu'nio
usage subsistent au
Bénin l'uvî'iit'iiient du nouveau roi ne iieut avoir lieu ijue
>|uuml lu ninrt
de i'aui-ii'ii i'sl uiiiisoiniutV1: nour «Vu us<urer on vit inttMTuKt'r les servi.
teursiiuiuiit été enseveli* vivants aveu lui tant qu'ils pcuvi-nt rêpomlre
que n le roi (!*l très iimttiili! », un Apporte île la nourriture, lu ville est en
ili'Uil; ijuand le silem-e s'est fait, wrs le i* ou 5* jour, on pro«>di>&l'intro-
nisationilu successeur; llulli, flfm,i, p. 43; cf. Na&au, i'elkliism, p. J20-I.
1. I/i'Xiiteni-i- d'une période il'unarrliie i-l d'une turle du sntunmle,
apivs
la mort des cln.-fs ou île leurs parents, «si un iiliénoitiènc régulier dans
eerininei sociétés. A Fiji, les tribus l'uj.-ttes font
irruption .lu mslacapitule
et s'y livrant ïi tous Wn'xebs sans nincuutrur du n'^btaïK-i': Yisuii.in Jour».
Authf.lnU.. X. p. liv:ileiiieiiii!ilu»ii l'urdiipel des
Ciiroliniw, cf. Kulmrv,
in Urvj. Mit. U. Etkuol. Ableil. d. Koni'jl. Mus. Berlin, l,
p. 7 et Ktlmogr.
tteitnUje, p. 7u, n. 1, Mt citez les Maoris. Uolensu, On l/ie JUatri race»
p. m, mi.l Dumunt dUrville, Uitl. u*it. d. Voyage». Il, p. US lu famille
du clu.-l mort .-st il<<|muiltûvdu sei victuailles et liions mobiliers; notons
que h mt'iiii- r,n-tion so produit i:liai|UC fois qu'un tabou a été violé la
mort tlnehef ust uji vi-rilalilH sacril^gu dont son
enluuragi! doit porter la
peiiii-: 1rs |jriKiiudaKi-.s••uujiih. parles ùliun^rs suiil une i-xpiution néces-
saire. – .SuïII. Sandwich, les gens sont en protonune véritable furii!
ijui porto un nom spécial pn-sijur tous les actes considérés normalement
«Minuie climinels .sonl alors commis l'inretnlie.
pillas», invurtre, etc.). et
les r»iuiui!s sont tenues de n
prostituerpnl)lii|iiL-nii'iil Kllis, l'otynes. /te.
sratehu. IV. p. IT", 181, Coiuphull. A voyagt round Iht u-orltl,
p. U3; cf. sur
les lies Maiiani'S, Le «iobi.ni, Histoire des i. Mariants
ilTuO;, p. «S et xur lus
ili'S UuuliiiM-,Ciuenl, Voyage ni/.r Gambie?, sur les Belsileo, Sliaw,
p. 118;
toc. cit. *nr les ïmrlil, Dii-lvrle. op. cil.,
p. K7 sur les Waidali, Bosmon,
louage ,le Guinée J1703-. p. 3uOsij. < aussitôt i|uo lu mort du roi est
publique, rlincun vole son prochain i> qui mieux mii!ux. sans tjue personne
ail le droit de le punir, comme si la
justice mourait uv«c le roi »: les bri-
gandages ccsHiit dis la proclamation du successeur.
11.IIKItU. 1.ABKI>BIS!iE.NTAT10.N
COLLRCTIVK
DKI.AMOBT 81
chefest seutomeut
cneiesi seulement mnlnria'.
malade1. APlîi Inanopainet
A Fiji, le secret est >m«ia«^.«i
gardé pendant
une période (lui varie do quatre à dix jours; les
puis lorsque
sujets, qui commencent à se douter de quelque chose et qui
suut impatients de pouvoir légitimement piller et détruire,
viennent demander si le chef est mort, on leur
répond que
< soi» corps est à l'houre qu'il est. » Les visiteurs,
décomposé
ili'Viis. n'ont plus qu'il s'en aller ils sont venus trop tard et
ont laisse passer l'occasion. L'idée qui intervient ici, ajoute
auteur qui rapporte ces faits, c'est que tant que lu
décoin po-
*itiou n'est pas censée être suffisamment avancée, on n'eu a
pas vraiment fini avec le défunt et sou autorité ne peut être
transmise à son successeur la main du mort ue peut
plus
tenir le sceptre, mais elle n'a pas encore lâché priser Ou doit
attendre que le roi soit mort entièrement avant de pouvoir
n ier Vive le roi }
S'il faut du temps pour que la mort s'achève, les énergies
mauvaises qu'elle met en œuvre n'épuiseront pas leur effet en
un instaut présentes au sein de In communauté des vivants,
elles menacent d'y faire de nouvelles victimes. Sans doute des
rites déterminés peuvent jusqu'à un certain point atténuer
l'impureté dangereuse du cadavre' il n'en reste pas moins
I'' foyer permanent d'une infection contagieuse. De la sépul-
ture provisoire émane une iniluence mauvaise' qui fait que

t. Voir les notes précédentes cf. UMtulidicr,


op. cil., p. SI8, «20.
î. Kison. lof. cit. l'iuiU-iir ne fait aucune mention du doubles
obsèques.
William* iPijianil thv t'ijiaim, p. 187 si|.| dit seulement <|ii'ii
VanuaLcvu,
I annonce de la morl d'un Hn-f donne le signal du pillas; il n'est
pas
fjvftion de la tenir n-vrH» pondant <|ueli|ue. temps, l.e même auteur
Mpliiirto (p. iut) uin< tradition intéressante (|ui semble attester l'existence
..mienne d'un rite d'exhumation cf. p. l'JS.
J. Ainsi,« Tahiti, une cérémonie, i|Ui u lieu immédiatement après
li> dépôt
ilu rurps sur la platc-formu. a pour objet d' « enterrer de ma-
l'impini-tè
nière à ce i|tiVII« ne s'attache pas aux survivants; Kllis, “/]. cit., iot-3. –
p.
O sur les Maoris. Taylor, op. cil., p. 'J9. – l)e in.-uiy lt> rituel
avesti«iue
proscrit de mener auju'és du cadavre « un i-hien jaune à .|iiîilre yeux »
l<-reparti de recliien « fruppe l'Infed ion » il est dit
evpii>s<i'-iiii'ut"(|ue c«
rite du SîiRdtd atténue, mais n« li-
supprime pas. ilunxer d'imniia'tO
'nul .icenia, p. xi, p. 1W et Vtmtidad, Vil. 2'J *ij., VIII, |« n\.
Klle porte à Tahiti Un nom spécial aumilm;
Kllis,<>. ri/ p. 405. –
Uie* les Bribris du Custu-Hitm, lu elioti- la plus
impiiii- iijiWs le eorps
donc femme enceinte pour lu première fois) e'esl un riul.tvre un animal
•lui liasse auprès de la sépulture temporaire i-st souillé tldoil être tué, sa
••liair ne pourra êtn- mangée; Gulili.
op. eil.. p. «l'.t. – |)P mAnio les
li.iklimas sont des lieux maudits « où les Iniinles île dénions se
»ù tu produisent les maladies précipitent,
», où su porpC-trunt les criuius-, VemlUtad,
VII, Mi s.|.
K. UrmuiBiii. – Année social.. 1905-1900. o
Si \'aSNÉB iOCIOUMIQrK. I»-I900

les vivants évitent d'en approcher. La crainte qu'inspire le


voisinage de ta mort est si intense qu'elle détermine souvent
de véritables migrations aux Iles Auduinaii par exemple,
les indigènes, après avoir enterré lu mort, désertout te village
et s'en vont camperau loin dans des huttes temporaires ils
ne réintégreront leur habitat normal qu'au bout de
quelques
mois, lorsque le moment sera venu de recueillir lesosseinenls
et de célébrer la cérémonie finale1. L'interdit qui frappe l'in-
dividu pendant que lu mort s'accomplit en lui se communique
non seulement au lien où il se trouve, mais aux choses qui
lui ont appartenu dans diverses Iles mélanésiennes, on ne
doit pus toucher au canot du dédmt. a ses arbres, a son chien,
tant que les obsèques définitives n'ont pas levé le tabou
mortuaire-.
L'institution du deuil" doit être rattacuûeaux mêmes repré-
sentations. Si l'impureté funèbre se prolonge pendant un
temps défini, c'est parce que la mort elle-même se continue
jusqu'à l'accomplissement des derniers rites et qu'une solida-
rité étroite et obligatoire unit a celui qui n'est plus certains
des survivants Plus encore que les faits indonésiensno nous
le laissaient voir, il va uu lieu interne entre l'état du défunt et
celui de ses proches parents, pendant la phase intermédiaire*.
C'est ce que marque explicitement une tradition Maori qui
relate les dernières paroles d'uu chef à sou (ils « pendant
trois ans, lui dit-il, il faudra que ta personne soit sacrée
et que tu restes séparé de la tribu, car mes mains pendant
tout ce temps ramasseront lu terre, et ma bouche mangera
constamment des vers et uue nourriture immonde, la seule
qui soit ulterlc aux esprits daus te monde d'en bas. Puis
quand ma tête tombera sur mou corps et que la quatrième

1. Man. in Joiirn.Aullu:Intl.. XI,|>. 281si| XII,p. lil »|. on.sus-


|h-ii<Iautouril» villiii».-abaii'ioiinO lii-i guirlamlvi defcuilli-spouravertir
les«'truiiKt-r» ilu |iéril.
î. Ver«in;t,inItecueiCEt/iitO'/raulite IÏSS5).11.l'JÏ,Somcmltc.inJourn.
Anllir.lu*t.. XXVI. p. lui.
Xjm.* ffilfiuluii*|iar e»m»" mm larriset''in»liunncll<! vinli'iilt-• jt>>*«
|innliiitaassili'plujins la mort. i|tii'li|U'"f'>i.sili'i l'ajfomV,muN IVlat
•hiralili-<-tproloiiitO imfioV-û ivrluins(laniulsdumoi-ljusqu'ilunIvriui!
|in-jiarii.Surivlti-<listini:tina 'nuiu'ark-nil'iilioulU',cf.EUis,op.cit., p. iO"
s>| Lalitiiu. o; fil.,Il, p. 43S;Nassau,l'eUchhm, p. il').
i. Clic*lus'l'uilasIf mot/teile.•\n\.siîimlic cailavri",«li'si^no enin^nu!
tc-iiip*rinlcrvull)- »inipri«l'iilml<-spiviuiiTi-: «l lis mmidiuIuii
ol)si>i|iit£et
la '-•iiiilitiun .«|«;i;ialouùse trouvent li-s jiiir.nls dunjortpendant eetto
IK'rioilt' Kivvri, op.cil., p.:«iiim|.
– LA HEPJ'ÈSKXT.tTIUS
n. 11EKTZ. COI.1.KCTIVIî"dK
U MORT 83

année sera venue, éveille-moi do mou sommeil, montre ma


face à la lumière du jour. Qunml je me lèverai, tu seras itou,
libre'. •>Ainsi le deuil n'est que le contrecoup direct daus la
personne des vivants de l'état mêmedu mort-
Lu solidarité qui unit itu défunt ses parents les plus proches
-'exprime en certaines sociétés par des usages, dont nous
,iv uns doi à rencontré quelques traces parmi les Indonésiens
eus parents, particulièrement lu veuve, ont l'obligation de re-
iiicillir, soit journellement, soit il des dates déterminées, les
liquides que produit lu décomposition des chairs pour s'en en-
duire le corps ou pour les mêlera leur nourriture Ceux qui
iilismeul ces pratiques les justifient en alléguant leur aflection

I Slioi-Uiinil, Maorirrligiau (18X21,|i. îij. Lu nW-il ujuul«' i|U'av;mt


i.\|iiralinii du délai Iké, !• Ills unt'ivint um» des probibilions; » ulors li>«
ri-Aet sucrés di- son piV si1 tiJiiiïn'ivnl ewilrc lui. cl il uiuiirul. » Hitikii-
lii.iiis eu passant «|u'li'l IViiiie est rviisi'-u pilier lu période do transition
!,ui< li- j«iy* dus umrts souterrain et li'iti'-broux peuWUv y n-l-il un lap-
|il •ni iv rello iTovuui'C et le fuit <]Ui-le lundi1 de sépulture ]>iiivi><iire
|i,i(i<|tti' i'S( IViiU'i'ii'ini'llt 1»destini-e linttl<- dis Amesîles cliols cet rl'allvr
Joindreli's ilioux iliins le eiel, rf. Tnylor, op. cil., p. 100. Il tu1l'util cer-
Minuiuviitpji.-i voir dans lit l.'vlf cilô la luitl:ii-ii- tirliitruhv d'un tnouruiit
.H l"s rites jih'fvriU sont vlfiicllvoiiM-iitoIisitvv», avor n-llo rtîwrvi; i|uo
i<-ili'lai pii'L'édnnt IVxliuniiitiuii nV.sl vit (;i;iu)i'al (|u<* ili*deux un»; Tiiylor,
'.i- p. Q'J .«!].i>lTivgi'iir, in J ou rit. Anthi: Insl. |I8S«), |j. ll).'i. –Niilmis
i'iurluul qui1 i'ln!z If s induitsMuurc^iiii|iciit |iur ili'.s iit<:sai)|>ni|ii-ii''s 11«ï 1
!'•! iiiOiih' li.' plus priH'hv jMiivnt du mûri di' la '|ualili- »pi)riak' i]ii'il au
>nir.iflt'-i- i'l riiiiipi-u |i- lii-n ijiii l'unil au iiimt U-dt-uil v-l ulurs vslr.Miic-
..iilil niilliil, cf. Sliui'llilliil, lùiil., p. a;t-O.i.
Nous iivdn.s omis In i.'oiijccluru i|tic dans k">cu> où la iltnvi' ilu ili-uil
«• l'oinehlo pus avw cdlo iln la st:|uillur>' pniviioiri'. une réduction est
iirvcuuu:ul*. plusliiiitt p. (i.'i. OcOntpuntfl liUloriijupiiii'iil (Ic'iiiiiiilraliKs
< n<(.' qui i:on<'i'i'iii' Fiji. Dans n-ll<.j Ile (mi Us pnMiiji'Tc.ioiiM'iiues siml
: luiitivosi, li; deuil iluiv seuli-mi'tit de dit a vingt jouis; m- on uppcllc
«vtlv {kWIihIc« tes chI miifs ) li-lli* ust pnViwini'ntIn iluréi1 du il«ull
I dit ht si'pulltii'U provisoire dan:< d'aulivs Iles uiêliiuéjicuiK's. Il si'inhltl
'l'jin: le dimil lijiou. dont la ori^iiiiilo ùtiiil iW cent jour. u subi
uni' lï'ductton. Cf. Wilken. in Ker ne Cohm.. VI, p. ;ii'.i; Ciidriatituit, u/>.
il p. 283-4; Siiinerville, in Jnum. Aathr. Insl., XXVI.|). Wi-i.
3. Cf. pour les Atiii(nilii>n>, Spencer cl Gllleu, S'urtltcnt Ttïbcs, p. 530,
ll'isvitt, u/i. cit., \i, i.'i'J, W'-X. 171 pimrli'S l'aputu ili1 la Nouvi'lle-UtlimV,
Tui-iilt, Siimaii, p. :US, van IIh.sm'H, Mill. (jcoi/i1.(icx. lenu ,18X0;, p. 118;
|n>iir los insulniivs du Ttiil, (îill, i;i Caintu: Aiillti: E.rp. to Torres Mmits,
V. ji. ïliS, pourl'Otlx di'S Iles Aru. KnllV, I'hi/i/jf* i>f Ilie Ihnirun. p. 107,
lti"«ti-l, «i»,t-if p. if(l, Kililn*, tu t'exhi-hi: Fw. lùtl Inutile Urenlra 1IS8»),
|>. l'.il, Wi-lisli'i', rhroui/h X.-Gniuea, p. 2lifl v|. pour les iixiip'iii'S de
N'juvi'lli'-llivlagiie, des Iles Hunks el (iillifrt. llunks, ht Jmirn. Aiillir.
l«*t.. XXI. p. 3.H s<| UiHlriliKluii, op. cit., p. il!S, Unie, < N\ Ksplof.
! /ie:t.,VI. p. !IS-10ft.Meinicke, liuela îles SI. Otviins, II, p. 3U1I pour \es
.\hikMi;hi' (iruudidiur, »/ cit.. |i. il7: chez K1- Tolkotins de l'Uiv^iin, le
iin'ii»* rite est observé par la veuve au cours de I» rréniaiinn, Cox, in
Yurruw, op. vit., p. 144 sq.
8t L'ANNIÎK l'J05-1'J0C
SOClOLUGUlfK.
pour le défunt et le chagrin qu'ils ressentent de l'avoir
perdu. Mnis ces mobiles lie suffiseut pas à rendre compte du
rite celui-ci en ettet est souvent strictement obligatoire; les
femmes auxquelles il incombe sont menacées do I» peine
capital si elles nu s'y soumettent pns1. Il ne s'agit donc pas
simplement de l'expression spontanée d'un sentiment indi-
viduel, mais d'une participation forcée de certains survivants
à la condition présente du mort. Il faut faire à la mort sa
part si l'on ne veut pas qu'elle continue a sévir h l'inté-
rieur du groupe. Kit communiant en quelque sorte avec le
défunt. les survivants n'immunisent eux-mêmes et ils évitent
à lu société éprouvée de nouveaux malheurs. Quelquefois ils
espèrent s'assimiler aiusi les qualités du mort1, ou absorber
la puissance mystique dont le cadavre est le siège'. Mais que
ce soit par devoir ou par intérêt, ces gens vivent dans un
contact intime et continu avec ta mort; et la communauté
des vivants les repousse hors de son sein'.
Cette exclusion ne suppose pas nécessairement un contact
matériel des vivants avec le cadavre. Tant que In mort est à
l'œuvre, lit famille immédiate du défunt est en butte à « l'ac-
tion ténébreuse des puissances hostiles ». Dans les sociétés
peu civilisées, il n'y a pas de distinction nette entre le mal-
heur et l'impureté l'aflliction des gens en deuil les souille
profondément*. Leur intégrité physique même est entamée;
c'est à peine si leur corps se distingue du cadavre. « Les gens
ont horreur de mou corps, dit un Hupa en deuil; aussi n'ai-je
point mon feu là oit les autres ont le leur: ce que les autres
mangent, je ne le mange point; je lie regarde pas le monde,
tant mon corps les effraie4. » Ce sont bien au propre les «gens

1. Spenceret (iillim,loc. eit., vanHassell,Inc.cit.


2. C'estainsi<|ui>re«praliijuci se ronfondentparfoisavec l'undocanni-
balisim;proprement«lit.
3.C'estun l'aitcourant qu'un objetlaliourecèleun pouvoirmaglquo
susceptiblesous«-crlaiiiusruminionsd'iHreutilisé le rttedont ilest ques-
tionici peut ain=idevenirune simpleopérationinagi>|uv.n'ayant plus
aucunrapportavecli>deuil cf. Ringsloy,Trinels,p. «g dos iuntos,in
Tlu-ai,Ilemnh,VII,p. 28»
4. Dunii-inc,à Tultili,lus ctiiliauiiicnrs,
pendanttoulola durée de leur
travail,étaient>;vil.'spar tout In monde,car l'Impuretémortuaireleur
était attachée il, ne pouvaiunlse nourrir eux-momos, do pour que la
nourriture,suuillwparl'ittiuucln'iiivnt<luIrurs mains.necausâtleur mort-
Kllis,op.vil., p. 403.
5. Cf.Junod,Leslla-lloiiya.p. lia,471 Casalis,Lesllastoulos,p. 269sq.
6. Uoddanl,II «pas,I, p. 78 s(| H, p. 331 lesgensendeuilsont rangés.
II. HEHTX. – LA HEI'RÉSKXTATIO.S
UOLLKUTIVR
OE LA MOHT 85

de la mort' » ils vivent dans les ténèbres', morts euxmôtnes


nu point de vue Social, puisque toute participation uctive de
leur part à lit vie collective ne ferait que propager au dehors
la malédiction qu'ils portent on eux".
Nous nous sommes attaché à faire ressortir lit relation qui
unit la condition do l'âme et le deuil à l'état du corps, peu-
dant la période qui précède les obsèques définitives; mais
nous ne prétendons nullement que les trois termes sout indis-
solublement liés et île peuvent se présenter l'un sans l'autre.
Cette afllrmaliou absolue se heurterait immédiatement au
démenti des faits; car il est à peine besoin de dire que nous

a ooié des femmes récemment accouchées ou ayant fours règles, dans la


catégoriedes gens ayant un u corps muurais », «Aie. Climles Umilit
cli' l'Alusku,le premier joui- après la mort tous l<-shululants du village
se considérait comme,mous et sans iierl ils n'ont qu'un faibli'pouvoir de
résisUiicoaux influences malignes; le lendemainils su déclarent un peu
plus durs; lu troisième jour Ils disent que commelu cuduvre«si en -train
de se congeler, ils sont près du revenir ù leur solidité normale; un hain
d'urine les délivre alors du mal et raiïonuit leur chair; Nu!sou.Ami. Hep.
Uni: Etlm., XVI11,p. 3)3 sij. On voit qu'il existe une rolation étroite entro
l'état du cailavruet relui des survivants*.Kaut-ilvoir dans cette repirsen-
tiilion une forme particulière (en rapport avec le climat uictique; de la
croyance générale relative &la dissolution (lu corps?.Notons i|Uel'a mene
quittu la terre que le quatrième jour après la mort et i|Uu du moirtschez
les Esquimaux du bas Yukon (KwikptiKemulesj les obsèques n'ont lieu
qu'au bout du même laps de temps: cf. Jacobsvu, IleLieureiltr .V..IV.
Kilsle,p. 108.Voir plus bas, p. 86.
I C'estlu nom sous lequel on désigne les f<ensen deuil, dans l'Ile do
Mubuiag;liep. Cttmtii:Anlhr. E.ipi'd.. p. il!).
2. Chezlos Uasoutoslo mémo mot signille ténèhres et deuil; Casalis,
ihkl., p. 33S.
3. CitonsHtitru d'exemplela série des tuhous du deuil (|iii*l'on rencontre
eliez les Kwakiutl pendant <|iutre jours. lo plus proebe parent du mort
ne doit pas faire un mouvement: puis, «près une cérémonied'uhlulion,il
peut pondant les douie jours suivants boufîiirun peu mais non marcher;
si on lui parle, on est sûr de causer lu mort d'un purent il est nourri
deux fuis pur jour par une vieille femmeà marée busse aveu du saumon
pris l'annéeavant (noter <|uetous ces élémentsappartiennent » l'ordre dus
choses contraires a la vie) procrcssivuiiicnt,par étapes, il retrouve la
liberté de se. mouvoir ut de communiqueravec les autres: Itais, l'roc.
Ain. Phil. Sac. (1887),p. 427.Un silence est même imposéà diffé-
rents groupesde purantes du mort pendant toute lu durée du deuil, cher.
les Wurrainunuu Spenceret Gillcn.Soethetn Trilirs, p.125. I meformule,
typique du tabou alimentairesu rencontrechez les indigènesîle l'uni; des
Nuuvelles.llébrides la <t bonnenourriturei>estinterdite nuv parentsimmé-
diats du mort «lotaimuvnlils nj doivent pus muiiKerles fruits desarbres
cultivés, mai»suulomoiit les fruits sauvasiesdo la Ion» Codringlon.op.
cil., p. SKI.Rappelons cnlln le fait courant que les f.vnseii deuil sont
n dispensesdes devoirs <lecivilité u, doivent .«'ubtfentren généraldu tra-
vail social.des fêtes et assembléespubliques, des cérémoniesduculte; cf.
Lafilau,op. cil., Il, p. 439.
86 lAm'KB SOCIOLOlilVUK. 1005.1900

rencoiitrous la croyance eu un séjour temporaire de !'i\mo


sur ia terre et l'iustitutiou du deuil prolougè dans des société
oft aucune truce certaine de doubles obsèques ne nous est
signalée. Le terme de la période d'attente est quelquefois
fixe d'une manière coiiveuliouuolle c'est ainsi que dans dif-
féreutes tribus indiennes de l'Amérique du Sud, on attache
au cadavre, eulerré immédiatement, une corde dont l'extré-
mité est visible à la surface de la tombe; lorsque cette corde
a disparu par suite de la pluie ou do l'usure, c'est signe
que
rame du mort, jusqu'alors présente auprès du cadavre, est
enfin partie pour l'autre moude'. Mais le plus souvent lors-
que le mort reçoit sans délai la sépulture dernière, ce sont
les représentations relatives au cours même du
temps qui
imposent un terme aux observances*. La mort ne sera pleine-
meut consommée, l'unie ne quittera la terre, le deuil des
vivants lie prendra fin que lorsqu'une période de
temps cou-
sidérée comme complète sera révolue cette
période pourra
être le mois ou l'auuée; le retour du jour
marquera alors la
clôture de l'ère mauvaise, le recommencement d'une autre vie.
Souvent aussi la croyance au caractère éminent et sacré
d'un uombre déterminé fait sentir son influence c'est ainsi
sans doute qu'il faut expliquer le fait, si
fréquent dans
les sociétésde l'Amérique du Xord,
que la durée du séjour de
l'âme sur la terre ou de sou voyage vers l'autre monde est
limitée à quatre jours3. Faul-il considérer ces faits comme.des

1. Cf.pourles Indien*KoKguba «lela Colombie, Sievers, Hem iml.


.Sierra,Vm«/«.p. U7;surles de
surlosSacirlia. l'Kquuleur,Scier,ou.cil.. ». (J-
Kocli,op.vil., p. 85.
2. Ces r<!|i!VSoiiluUo!ss
inli-rviennenlaussi dans les cas do doubles
i-lles
obsiqucs. détenuinuntsouventlu périodejugéenécessairepourquela
dessiccation suitcomplût,!cVslainsi la cérémonieliaulocoïncidesou.
ventuvi'i:l'anniversairedu la mort. que
3.Cf.pourles Esquimaux.Nelson, op.cil., p. 310su; 319,427:Tuilier,
Hep.Bit,:Win.,XI,p. l«i-3;Pitiart,Eskimaiu-el Kubches,p. 5; Ycnjaini.
nov,in\ouveUetAnnalesdes mjwjcs,CX.X1V. p. lîî; etc. pourles Indiens
01*. Yarrow,op.cil., p. 97: puurlesSiouxIlidutsa, iiirf., p. m.- puurles
Zuni Wevunson, Hep.Uur. £/“ XXII,p. 307-8:pourlus llopi, Votli,m
Field(.ohm& f)')0j)anlhr. Ser.,1'lll, p. te: lioui-loîSII1,Diurcusrru,
*"•“ ,< Xi.!»•»*• pourlesAzléques. voirplusliaulp.69,n.i;poui-
les Pipiles,Habiclos,in Tornaux-Compans. Hecueilde documente,p. 37;
dans wrtainsde ces textes,la p.'-rlodo est non du (juatrejour*,
mais doquatremoisou années. Lenombre40 iodi<|uéc
jouule mcitforAloclioz
diverspeuples;cl. sur les Kounialns,Klaclis,Humanhche.
brauclu,p. 63:sur les Hulgares,Strausï,OieBulgare»,j>.481-3: Todlenae-
sur les
Aocliasos du v .
(maliométaiis; Caucase, llalin, Ilildcraus d. Kaukauu,
P. ÏU-0(l'iroeesten pruieu des souffrances expiatoires,les parentssont
11.IlKnTZ. U\ nEPIttJSKNTATION DRLAMOftT 87
COLLKCT1VK

fragmentsdétachéset modifiésde l'ensemblepluscomplexe


que nousavons analysé? 11est rarementpossiblede trancher
cellequestion avec quoiquecertitude;mais ou seratenté d'y
iv|)oii(trepar l'affirmative,si l'onadmetavecnousqu'il existe
tutuconnexionnaturelle entre les représentationsqui cou*
ci'iiu'iitla dissolutiondu corps,le sort de l'unieet l'élut des
survivantspeuduutla mômepériode.

II
I..V CÉRÉMOSIK
FINALE

L'institution d'une grande fête liée aux obsèques déflnitives


est générale chez les Indonésiens sous des noms divers, elle
se rencontre daus la plupart des lies de l'Archipel Malais
depuis Nicobar à l'Ouest jusqu'à Hulmahera à l'Est. Cette fôte,
dont la durée est de plusieurs jours, quelquefois même d'uu
mois1, a pour les indigènes une importance extrême s elle
nécessite des préparatifs laborieux et des dépenses qui sou-
vent réduisent la famille du mort à la misère a de nombreux
animaux y sont sacrifiés et consommés dans des banquets
qui dégénèrent fréquemment en d'immenses orgies; des iuvi>

en grand deuil) sur les Barabra (Musulmanscle Nubie).Rueto,in Global,


1.XXVI,p. 33i): sur les Tcliéïémlsses, Smiroov,l'opulatioimfinnoises, I,
p. H04 (l'obligation pour los parents de pourvoir û la nourriture du mort
<i>ss<?avec lit 4(l«jour): rup|M>loiisenfin <juequarante jours s'ôcoulalenl
outrela mort des anciens rois do France ut leurs fuiiùraillcs.pendant les-
i|uels on servait a maiigor au roi défunt représenté par une c-fligie;cf.
C'i/WoWW* des ti-adiliom. (I8i7), p. î»t. –Sur le rôleimportantdu nombro
sacré 3 (nu 9) dans les usages funéraires dos uneienslirecs et Romains,
i r.l>iels, SiMlin. Ulailei; p. 40-1.
t. Lu Tiwahdes Olo Ngadju duro ordinaiivinuulsept jours Grabowsky,
Tiivali,p. 190.Allalinaliura lus cérémoniescouvrenttout uu mois. parfois
davaiituti»;v. Daardu, h'in Totenfeslanf llalmalteira, in Aiislanil,p. 903.
i. KIobs{In Ilie Amlamantiand Xicobars,p. 385)nous dit au sujet des
haliitanlsdu Kar Nicoliar<|uvc'est la plus importante de toutes leurs cérû-
Illullii'S.
3. Cf. pour Timor, Forbo*,op. cil., p. Ml; Brailles («Aein.Miisiontb.,
18*2.p. 10Û)cite le t-as de Duyuks 'lui se sont cukukûs cummu esclaves
ulin dit pouvoir subvenir aux frais du Tiwali; u'i'st. lYapttiSoliwanor
lin Ling Koth, 11,CL.VXW), la futc la plus iroûteusedanslu bassindu Iturito.
i. Clio/.lus Topubato du centre do Célébcs.lors d'une fête considérée
caniniv peu importante, on mit à mort 8» Imllles.20 eliévreset 30 porcs
(Kruijl. in Mal. Seil. Ze.irf.gen., XXXIX,p. 35) Boscn!ier(j(Nul. Archip.,
p. 27j iiiuntionne le chiffrede 2UUbuliles (dans le cas d'un chef)pour lus
Bataksdo l'ertibi.
88 I.'aN.NIÎE SOC1OLOQIQCE.
1905.1900

talions sont adressées, pour cette occasion, à tous les villages


des environs et uo sont jamais refusées Aussi cette fête
lewl elle ù prendre un caractère collectif; les frais
déplissent
ordiuuiri'UK'ut les rcwoiirecs dont dispose uiio famille
isolée;i
et de plus une pareille interruption de la vie courautoue
peut
se répéter souvent. Chez les Olo Ngmlju, le Tnvah se célèbre
en général pour plusieurs morts a lu fois. les familles inté-
ressées se partageant entre elles la dépense1'. Dans d'autres
sociétés, la fête se répète régulièrement, tous les trois uns par
exemple, et est célébrée en commun pour tous ceux qui sout
morts dans l'iutervalle »;elle intéresse donc directement, non
plus la famille de tel mort particulier, mais le village dans
son ensemble.
La cérémonie fin»!e a un triple objet elle doit donner aux
restes du défunt la sépulture définitive, assurera son âme le
repos et l'accès au pays des morts, enfin relever les survi-
vants do l'obligation du deuil.
a) La sépulture définitive. Chez les Dayaks du Sud-Est de
Bornéo, lu dernière demeure du corps est une petite maison,
toute en boisde fer, souvent très délicatement
sculptée, montée
sur des poteaux de la même matière, plus ou moins
élevés;
un tel monument porte le nom de samlony, et constitue une
sépulture familiale pouvant contenir un graud nombre d'in-
dividus et durer de longues années. Ou eu rencontre deux
espèces qui ne varient guère que par leur contenu et leurs

t. Cf. Perhum, sur les DayaksMaritimes, in Botli, I, p. 207;


Urahowsky
(sur les Olo Maanjan). in Amiand (1884).p. «i. A Kar Xicobai-,lous loi
villages de l'lie sont conviés ù la tilts (Scilomon,in J. A.I., XXXII,p. 205).–
De 800a I0OUpersonnes participent quelquefois au
principal banutwt
du Tiwah(Graljuwiky, Tiuah, p. 203;.
2. Murdelun<l.UrammaliA;p. 3SI Urabowisky,Tiu-alt, 188.
p.
3. Cf. pour les Olu Maanjan, Grabowsky.in Aaslrintl (188J).
p. 47 el
Tromp, Klteiii.Missiunsb..(1877),p. 4" – pour les Alfuuronsdu rentre de
Mèbcs, Kruijt. op. cil., p. 31 lintcrvalli. esl en iiiojvnne <lutrois ans;
chez les Toundae, tu rù((l«est do cûlûbrvr la f.te
.juuiitl il y a dix mort*
dansl» villag. In <lalun'est jamais rigourcuseuionl «x«:
tants de Kar Niculmr.Kloss,op. cit., p. 285 sq., et Solomon.–pour les habi-
op.ci/ ti. SO'J
la ttw. revient tous les trois ou <|uatwans. mais tous les habitantsde Mo
no peuvent pas la célëlireren mOtnctemps fsans doute les
parce <|iio iliffo-
rents villagesfont les uns pour les autres fonctions d'assistants et
Onattend aussi <iu«lusmute*de tous les morts soient •lessC-vlu?j. d'hôtes).– Ailleurs
cette dernioro condition n'est pas observée il s'ensuit la data
riuo dos
obsèquesdéllnUivosest indépendantedo IVtat du cadavre.
4. Unetrentaine en moyenne(dansle ces du sandong
raung] Grubowsky,
Tuea/i,p. 189;quand un sandongest plein, on ou construit un second V
un troisièmea côté {Perelaer,op. cil., p. 240). ouïs
Il. IIBIITZ. I.A RBI'lUtsgtfTATK* (MLLBUTIVKW. \.K MUHT 8*J

dimcusions le min long twwj, destine à servir (te réceptacle


aux cercueils coulounnt les ruuUis desséchés des morts, ut le
sttmloHfj lulttwj, de proportions très réduites, qui ue recueille
i|u« les ossemcuts enveloppas dans une étoile ou eu tenues
dans un pot. et ayant subi souvent une iucinératiuu
préalable1.
L'emplacement de ce monument funéraire n'est pus fixe
souvent le saudong s'élève dans le voisinage immédiat de la
maison, à l'intérieur de la clôture le village1;
qui protège
souvent aussi il est établi assez loin, sur uu terrain
spéciale-
ment consacré a la famillu
Ces deux de sépulture
types définitive ne sont pas particu-
liers aux Dayaks du Sud-Kst ils se retrouvent chez d'autres
tribus à liornéo même et dans d'autres îles ». Peut-être est-il
légitime de les rattacher à des formes plus primitives
qui se
rencontrent aussi dans la même famille de peuples. Le
miHtongtutttng semble bien être dérivé de la coutume, encore
en vigueur chez les tribus de l'intérieur de Bornéo, qui con-
siste à enfermer simplement les restes du mort dans le tronc
d'un arbre (bois de ter)
qui a été creusé ù cet eflet'; et le

i. Hurdeland, Wôrterb., p. SOÎ; Bruches, op. cil.,


p. 10! Grabowskv, op.
fit., p. 188-U,|). 200-1 Sfejrer ul Rirhli-r. op. cil p. Ht, s.| – Haung signiflu
cercueil, tidainj ossements. l,n miuhii'j tulainj n'est souvent monté cluo
sur un seul poteau. – L'u.fiigu <|<> la cniumlion des os su iviK'oiiIre chez dine-
unis peuples do l'Archipel Malais, par exemple chez lesUataks.
Ikjfe», in
riji/wlii: ». Iml. T. l. en Vit., XXVIII, p. ;il7; eut? les Hulinèsus. Crowfurd,
op. cit., p. 25!>utvan Kck, in Wilkou, Aitimixme. p. S2; cliuxlvs OtUunom,
.Si-hwaner, Bornéo. 11, p. 70, p. 15i. Cet usngn et pcul-ctru dû i l'inlluenco
ImiduUB en tous «us il n'altère en aucune fafon le lypo noriuul iiidonûsii-n,
î. Cf. Scliwanor. op. cit., I, p. 817-8et 11, p. 7. 85. lâO:
Grubowsky, loc.
cil.: Sul. Mûller, op. cil., p. Wï un villug.- «Viiorgueillil du numbredo
.-aiidongs qu'il renferme ù cnuse des rii-lu-sses qu'ils •.•pivsenlent.
8. &;t éloi(jnoiiioiu tient prul>al>lvmuntuu cumnli-ru pati ou taliou do
l'iissuuirc cf. Hraclics. p. Jl>3, liraliuwsk.v, p. ISW,n. 1. – l,<-s(locutiients
relatifs uux Olo Ngailju ne imus p<-rnii.-tti-jitgias d'uflinmT si citez eux les
s.imlungs des diverses Ittiuillcs eoinpusaiit If villu);1' »« tniurcnt réunis do
rimuii-re a eolislituer un riTitablc i-iiuetit're: li-l ml hivii le <-a»cliu* les
Olo Maunjttii du SilioiiB, il'u|)ivs Tr><iup,Illiein, Missiviisb. (1877/,
p. 43 et
«raliowsky. in Attslatul \m\), p. 47-1.
i. (l'est ainsi i|u'uu xamlont/ mmi;/ corn-spoiiil le snluiif/ des
Kuyuns,
et au mmlonij tulan;/ le Itlirieiuj des Duyuk.s Mui-iliiih's di> Sarutvuk cf. L.
Rulli, 1, p. 140, IIS, .Vieuwenliuis, op. cit., 1, p. iiu cl pour llalmulicra,
iia.inlii, lof. cil.
S. l'.S.L. lUilli, loc. cit. et p. 1 5S,ISII (Iniliowsky, in Amlund H88S1, p. il»
Kûkcnlliui, op. cit.. p. 270: Tromp, in llijilr. t'. il. T. L en Yk. v. Setlert.
/«< 5» v., dl. III, p. «2; ridiwaner, in It.itli, 11, «p|i. p. cxcvn; eu
dernier auteur iudi<|uu la possibilité d<: «-ullu lilialiun. Les lotit* cités
semblent fournir lus intwinOdiaires outre l'urluo virant des Orang-Ot et
le SQiulonglulanij.
W »9O5-!90(i
t'ASSËE SOCfOUMifOUK.

mmlony reiuuij n'est sans dotilo qu'une modification de i 'usage,


fort répandu dans l'Archipel Malais, de réunir finalement les
cercueils contenant les ossements dans des anfractuusités de
rochers ou dans dus cavernes souterraines
CjUc variété dans les modes
de la sépulture définitive- est
d'ailleurs pour nous secondaire l'essentiel est que dans la
plupart des cas elle présente un caractère collectif, au moins
familial elle contraste par là nettement avec lu sépulture
provisoire où le cadavre est, nous l'avons vu, généralement
isolé. Lu translation des restes, lors de la cérémonie finale,
n'est donc pas un simple changement do lieu; elle opère une
transformation profonde dans la condition du défunt ello
le fait sortir de l'isolement où il était plongé depuis la mort
et réunit sou corps à ceux des ancêtres'. C'est ce qui appa-
ralt clairement lorsqu'on étudie les rites observés au cours
de ces secondes obsèques.
Ou retire de leur sépulture les restes de celui ou
provisoire
de ceux pour qui la (été doit être célébrée, et ou les ramène
au village dans la « maison des hommes » somptueusement
décorée, ou dans une maison érigée spécialement à ceteflet1;

1. Cl', pour Borné», Uraliiiwiky. Tiu-ah. p. 200, Mmiwenliuis, op. cil., I,


j). 376. Trunip. ujj.cil;[>. 70, Creagh, ia Jauni. Antltr. Insl., XXVI, i>. 314
(description <i'uiii) caverne renfermant -10 cercueils;; pour Célélies. Hiedel,
in. Int. Arch. Hthn., VIII. p. ÎUS-'J, Meyerct Rirlilcr, op.cit., p. 1Ï9, Adriitnl,
m. Meil. Xe<l. Zeiul., XMU, p. 38 et 38, Kruijl, op. cil., p. 23«, Mttttlios,
Verstng van eeu uitslapje imur de oosler ttisli: v- Mebt*, p. OÏ-9; et) ileviiiur
autour ii vislti; U-ois gniniles cuvci-nes suulorrainci: clmcunu d'elles conlc-
nuit util! masse it'iiiiements tic iiuirts, rungô^ les uns auprès dos autres,
un grand numbro étant rt-iilennés dans des cercueils; ces vavurnvs avaient
servi, uviint l'iutrodiaHion de l'Ulaniismo, do lieux réguliers de sépulture.
S. Nous n'en avons pas é[iui.sé lu liste ainsi l'enterrement (définitif) esl
mentionné quelquefois.
3. Brdi-li(>j,op. dt. 101. – flans l'Ile de Nias, au cours d'une cérémonie
analogue sut- laquelle nous reviendrons, la veuve appelle le mort et lui
dit < Nous venons tu chercher, t'ennm-ner hors de ta hutte sulituiro et te
conduire dans lu grandi: nmUon (des ancêtres) » (la hutte solitaire est
M<!iith|u<<au /i«.«i/i d.sOI» NKitilju, cf. plus haut p. li\) Chatelin. in Ttjd-
telir. i: luit, T. en l'k.. XXVI. p. U9. II faut. croyons-nous, inter-
pivtt-r dans le nn'-mo sons li-s formules prononcées au cours du chant
d'ouvorluro <lu Tiwah les fruits y sont adjurés du venir « nietlre un
trrmi- ii lY-tal iVég.iiVPiierildu ih-fuut i|ui est aeinbluMf. à l'oiseau perdu
dans les airs. la paillutlo d'or envolw. etc.»; llurdelund, Cramai.,
p. 219.
«rahowsky. Tiu-ah, p. 101, Tromp, RAein. Mimiomli. ilRTi). p. «,
Kruijl, op. cii., p. ;12: ,|uand lu cadavre a été gurdë dans rhahitaiion
dei vivants, un le transporta aussi dans la Mai
Grabovsky, in Aiisluml
(mi), p. «74.
II. IIKIITZ. LAHKHIÉSHNTATIUX
IWLLKCTIVB
t»BL\ MOHT 81
_1. 1_
ils y sont déposés sur une sorte de catafalque Mais aupara-
vant il (atil procéder à une opération que l'un dos auteurs
nous présente contme l'acte essentiel (le cette hHc- ou lave
avec soin les ossements1; si. comme il arrive, ils ne sont
pas complètement dénudés, on les dépouille des chairs
qui y sont encore attachées ». Puis on les remet dans une
enveloppe nouvelle, souvent précieuse Ces rites sout loin
il'etrc iusiguiflanls eu purifiant lo corps", en lui donnant
un nouvel attirail, les vivants marquent lu fin d'une période
cl le commencement d'uuo autre; ils abolissent un passé
-inistre et donnent au mort un corps nouveau et glorilié*,
avec lequel il pourra dignement entrer dans la compaguie
de ses ancêtres.

Mais il ne part pas sans qu'où lui ait fait des adieux solennels
i>t sans qu'on ait entouré de tout l'éclat possible tes derniers

I. (imbowsky, Titrait, p. \9î; Kruijt, p. 230.


l Kruijl, p. S6.
Cf. |iout* !s Olo LtiwaiiHiUi, Urubowsky, in Amlaiiil 1I888), p. M)3;
|iin- les Uayaks de Ku-lel, Tniuip, in Itijtii: I. il. T. en Vit. v. AW.-
/««/ ii" v., JI. III, p. TU; pour les Murais, L. Rulli, 1. p. 153 puur \v»
iinliui'iiu* 1I1:l'fle Ittibitr, Hiedcl, Slui/t en knvshariye mumi. p. 305 pour
Mi'uliur, Sulunuiii, p. iU'J. Nous no li'uuvou» pis cette pratique etpn'SSi;-
•in-iit muiitiiiiinéi.' uu sujet îles Olu Nguiljit; on nous dit «vulvuiuDl ijnn Its
'.sli's sont transIvrOs dans un nouveau cercueil cl- tirabowsky, Timih,
p. SOI).
i. KrulJI, p. 80, 33. – C'osl une opération nun seulement [ihyBii|Ueincnl
pnuminti', mais pleine du (luiiguii sunintuivls.
r>.Nous suivons Kruijt, loc. cit., et p. î3ï los osscnu'iils sont coiuiiiu
iiniiailluti's dans des nioivuaux d 'di-uriv d'uu arbre dOlernilné. Dans cer-
(lins districts ou décore la tiHc peiulunt la ilurôe du lu RHi'uvec un masqui!
li- liuis Ip. 231) les os.'ii'ini'nl.s avec leur enveloppe sont déposés dans un
i<mt petit cercueil (p. 23$). – Cl', pour Timor, l'oibes, op. cit., \i. 435.
>i.U'S Olo Maunjan, qui pratiquent la crémation des us, lu considèrent
< limite un uclo indispuusablo de purilii'iiliuu Tromp, lllieln. Missions/
'IliîT', p. 48.
Tu passage de Ilai'deland semlilv confirmer et compléter cotte inter-
l.tvtittiou (W'iïi-ttrti., \i. 30! uu mut l'util): pour i|ttt- lu /ia» hrahann ou
uni' l'orpiiivllo puisse être réunie a l'unie principale, on rassi'inL! Ions les
ivsti'* du •ailurru (en priant les bons esprits d'y joindre tous les cheveux,
nuit- etc. i|uc lo 11101Ipeut uvoir perdus au cnurs de su vie) puis Tem-
pou Ti.-lf»n.lo psyehopompo inytliii|ue, on fuit sortir la lia» hiitiaiig que
a feinniit aspurgc d'une eau viviliitulu l'Auto, ainsi revenue & lu vie et a
l:i cuiisciciice, est ensuite conduite dans la cite célcstu. Conuix. duns loutu
o-ttu ccrémoiiie, lesévénviiienls (imaginaires) ivlalifs u l'unie sont l'oxacte
ciintropartic des pnitiijué's accomplies sur lu corps, il ne nous parait pas
louleux que les prêtresses font elles-mêmes l'ai'te nu'elles attribuent a la
li'inine do Teinpoii. Ce rite a pour objot une véritable rêsurivntion corpo-
mIIi-.
92 l'annés ioetoujoivji'B. iws-lwtô

jours de son existence terrestre. Aussitôt que le cercueil est


déposé sur le catafalque, chez les Olo Ngadju, te veuf, ou la
veuve, vient s'asseoir tout auprès « Tu es encore pour peu
de temps pu nui nous, dit-il ttu mort, puis tu t'en iras vers
le lieu agréable où demeurent nos ancêtres. ». On cherche
à satisfaire le défuut eu exposant auprès de ses ossements les
vases sacrés et les trésors les plus précieux de lu famille,
dont il u joui de sou vivant et qui lui garantissent uue exis-
tence opulente dans l'autre monde
Chez les Alfourous du centre de Célôbes, ou danse autour
des restes des morts pendant le mois qui précède la fête.
Puis, lorsque les hôtes sout arrivés, des prêtresses prennent
dans leurs bras les ossements enveloppés et, tout en chantant,
les promènent processionuelleinent daus la maisonde fête,
durant deux jours de cette manière, nous dit-on, les vivants
accueillent pour la dernière fois les morts au milieu d'eux et
leur témoignent la même affection que pendant leur vie,
avant de prendre définitivement congé de leurs restes et de
leurs âmes
Si le lieu de la sépulture est éloigné et voisin du fleuve
(comme c'est fréquemment le cas chez les Olo Ngadju), ou
dépose le cercueil dans uu bateau brillanitneul décoré, tandis
que dans un autre prennent place les prêtresses et les parents
du mort. Lorsqu'on est arrivé au suudong et que les ossements
yont été introduits, les prétresses exécutent une danse autour
du monument et « prient lésâmes de ceux qui y sont déjà ense-
velis de vouloir bien faire bon accueil aux nouveaux arri-
vants ». S'agit-il vraiment d'une prière ? Kn réalité cettedanse
et ces chants par leur vertu propre donnent son sens et sa
pleine efficacité à l'acte matériel qui vient d'être accompli
ils font entrer le mort dans la communion de ses pères,
comme ses os viennent d'être réunis aux leurs dans le san-
dong. Les vivants partent maintenant avec le sentiment d'être

i. En vertu de l'axiome « Richeici-bus,rioliolà-liaut»; cf. Bruches,


op.cil.,p. 102;Grithowsky, timah,p. 192-3.– Sansdoutel'âmede chacun
des nlijeliexposésest censé!suivre le mort; naturellementla fumillu
viruuti-s'usait' flle-mt'iue,dans sesmorts, aux veux des (Hrangurspré-
sents.
i. Kruijl,p. 33 et 835;celleinterprétationde l'auteursemblad'ailleurs
atténuerluportéi;du rite coimiiol'inilii|ui.-iit
la présencedesprC-trosses
et
lerailde leurs chants,il s'agitd'un acteintéressantdirectementle salut
des morts les parolesdu chantsontfortobscures.Peut-êtrefaut-ilruppro-
cherce rite de celuiqui estdécritdansle paragraphesuivant.
II. IIBIITZ. – LA HKPnKSKSTATION
COUKCTIVEOR M UOnT 93

quittes en versle mort tandis qu'ils étaient venus silencieux,


au sou d'une musique funèbre, Ils rentrent gaiement en
(•limitant et buvant Ce contraste marque bien le sens des
secondes obsèques elles clôturent I» période sombre où la
mort dominait, elles ouvrent ime ère nouvelle.
Les sentiments que les vivants éprouvent, après ces rites,
ii réRiinl des ossements, diffèrent de ceux que le cadavre
inspirait pendant la période précédente. Sans doute les os
sont, encore investis d'un caractère toi qu'un contact trop
intime aveu eux parait redoutable et que souvent on préfère
mettre une distance assez grande entre ta maison des morts
et les vivants-; mais désormais co n'est plus l'élément de
répulsion et de dégoût qui domine, c'est plutôt une con-
fiance respectueuse. Ou croit que de l'ossuaire émane une
intluencc bienfaisante (lui protège le village contre le mal-
Iteur et aide les vivants dans leurs entreprises*. Il suffit que
ces représentations et ces sentiments se développent et se
précisent pour qu'un véritable cuite des reliques se cons-
titue, qui détermine une modification grave dans la nature
des obsèques déllnitives.
Kneffet, particulièrementlorsqu'ils'aftitdechefsou de grands
personnages, la haute opinion que l'on a de la vertu de leurs
restes et le désir de s'en assurer le bienfait tout que dans
certaines tribus ou leur donne une place permanente dans la
maison mêmedes vivants. Dans l'Archipel Malais, c'est pres-
que toujours la tête seule qui jouit do ce privilège elle

1.llardelunil.Wûrletli.,p. 609,Urabowsky, Tiwah,p. 200-t cf. surle*


Munils.L. Rotll,I. p. 153. ·
î. Bruches,p. 103 lu sandonft.avectout cequi l'entoure,estpali.
3. Van Mer(sur Timor-lauti, in Int.Arck.Hlltn.,XIV,p. 216. Aussi
-Vtruroe-l-on de resterestcontactavecles murU chcilesAlfouronsitn
ivntri.'de Ci'li'li.'S,
on gardedes petitsmoiceuuxtle record;qui a servia
"tuer lesossements an les porte à lit guerrepour s'assurerla protec-
tionîles morts (Kruijt,p. 231,n. 1). 1>»iiiêmi'dans l'Ile.de Uabur.les
l'iiiineslui ont élu chargéesde députerles restesdans une cavernedo
11montagnerapportentde ce lieudesbranchesil'urbreset en distribuent
\,t feuillesaux habitantsdu village;Hieiiel,Miul; enkrœsliarigerassen,
ji.26£. CurtuinsAlfourousde l'Estde Célébcsvontmémojusqu'ùpar-
le»(k entrales membresdelu famille(luileur attribuentdes vertus
t<iK<!t°
iii»K>'|ucs Uosscher C Maltlilissen,In Wlthen,Animisme, p, 179.
4. l,esautresossementsoubiensontparlés« tinossuaireeollei-tifou nu
miiiI puslislmuws dutout ;<('.jiour Nicolmr, SoUmion,p. 20'J,Kloss.p. %i;
pour les ttulaksde Tuba, Wilken, l eh ot<.
d . Schetleleereering,
in iïijtl.
I. tl. T. i. en Vt.v.>< Intl.(I889i,I, p.98: puurlesDayaks,Gralunvsty,
in Austantl!tS88i,p. 583(sur les Olo-LowaiiKun), Bangert,in Wilkon,
•* tANNÈE tUOS-lTUB
SOCIOLOniQl'K.
est la partie essentielle du coi-p» et le siège des
pouvoirs
du mort. Après l'avoir décorée, on la déposo li l'intérieur de
la maison ou dans une petite niche voisine; en certaines
occasions, on lui oiïre tle la nourriture, on l'oint avec quelque
liquide spécial elle fait partie du trésor sacré de lu famille,
et guruullt sa prospérité «. Ainsi les restes des morts ne sont
pas toujours réunis finalement daus une sépulture commune
avec ceux de leurs pères mais cette transformation du riu»
n'en altère pas gravement le sens. L'existence même d'un
aille des reliques la notion
suppose qu'entre la colleclivité
des vivants et celle des morts il n'y a pas une solution de
continuité absolue: en revenant prendre place ait foyer
domestique eu cjualitê d«ncètres vénérés et protecteurs, ces
morts distingués rentrent dans la communion familiale;
mais trop
illustres et trop puissants pour aller se perdre dans
la foule des morts, ils une place d'houneur,
reçoiveut à proxi-
mité des vivants; et le culte dont ils sont désormais
l'objet
accuse fortement
le changement que la cérémonie finale a
opéré en eux.
Si l'on attend des secondes
obsèques des eflels favorables
à la fois pour les morts et
pour les vivants, l'accomplissement
de ce rite n'en est pas moius
pénible et redoutable, à cause du
contact intime qu'il suppose avec le foyer môme de l'infection
funèbre1. Aussi de nombreuses
tribus, soit à la suite d'uueévo-

»/ <!(.. j.. !li-C Mir |i-< n|o Mnuujiiu Tr-.tiip. Ili/tlr. l. tl. T. vu l'A c
.\rrl. lmt.. :,Y. v.. ,11. 111. l:. ~d ¡SUI'1. 'l'lllIdjUIlf.lJ; 1'111' Il'11'11,1"1"
». $UU p,,uH ai-ch. «le l'.mur-Laul, Kulir. V^age* uf (/,“ /“,
Jîi ,| nu Mumort ,,u,| sm. jui les dl,lu v. îiî,
l-orbes, J)n;lllK.rei v,.rlunvi
dus,|U,|Uoiilin .1.•••art, le iiiulii-ur de sa pi-rsoniw. Noiuns .m.. ct,M
..vilains pt'iiples. qui no cutift-rv«ut du
point reli.|Ui-i..in s,, borne au»«i
"b',V1|ll<-S<k:"1Mi!iv<-7 ,a taisu»'hh-f les '•l''< <l«morts <lan< «n«
«T.,lh7
wpultmv rollcvtive c|. B.U-1. Sluik a, knriharigt ,-««<«.
,». Mî, 302.
k la l"1'1"»»'1. <'t l'eiha.ii, iii L. Rolli, I,
'«t!* 'Vi"1''
|i. -II.- Il s ;1Ka1,ii-ii ici ,|un ouït- <s aiieeirt' du moins <le vertains
an<tr..s: iimis si la nTénionii- ilualc .-t
.iiisn.-ptil.lc de ilovi-nir uin-i l«
lioml de d,-|>arl «luti cuit, v||i; »,» pus necssuireuifiit un caractiTi- cultuel.
U-, »e«in.lM ..hs.-nura Initonéiuîmi. n.r .litr.n-nt
>m»jmr leur fondion ne
ijo-.lim.-mil.<.cllos ii'nut pus pour ol.j.-t «l'adorer ou do propitk-r des ùmw
.livmi»iM. L,. lait .juVIIm su.it ei-Uhrivi
loiifilMiups «,,»« lu mult ““ doit
pas fur,) illtti.,0,1 une nelion c-ulluello se r.-p.l.- ind.-linim«iit il .orlains
inlervall. tandis que la feto <Iu i.mrt nu entrain termine une sM- de
l>ralii|in's.
î. 01'. plus hattl. p. 91, u. i. a NfcolHir loxl.uii.i.tl.in .• l-.in>idér.e
nimiii.' uim .,|«?rali.in les .lanii.-ii-uw.
app^lanl «le» pr.-Cim.i.»ii«et dos
punlualions sp,;nal.-s .-f. Solomon, ,,p. cil., p. ara. Ik.us U-sud dt l'Ile de
.Nias, on imp.,«ut c«tle Ucl». it un in.iivi.lu Uunl un s'était
ciiijhiiô par
Il IIKIIT/. L.V «KWIÉSHNTATIOX COLI.KCTIVB IIK l,.l MORT W

In lion spontanée, soit sous l'action d'influences étrangères, eu


sont-elles venues à s'épargner l'ennui et les risques île cette
reivmonie. Certains ont alors pris le parti d'avaucer lu célé-
bralion de lit fêle due uu mort el de In faire coïncider avec les
.)ljsi't|ues immédiates, devenues défiuiUvea1. Ailleurs, lu tête
ol restée à soit ancienne date, mais il lie subsiste plus que
îles traces (le l'ancien C'est
usage du changement de sépulture.
uinsi que ceux des AUourous du centre de Gélèlws qui sont
devenus walioinétans n'exliuiiienl plus lo cadavre: ils sebor-
ui'iit, lors de lu cérémonie liwile, à ôter toutes les inauviiises
herbes de la tombe, à oulerer la petite maison qui la recou-
vi ail. il déposer eulill sur lu place de nouveaux vêtements
dVeorce J et des provisions pour le grand voyage quo l'anic
ilnil accomplir3. Pour peu que ces survivances s'effacent, ou
i ii viendra ù oublier qu'un des objets essentiels de la céré-
muuie tinali! a été lu tianslaliou des ossements purifiés du
lieu de dépôt temporaire dans une sépulture définitive à
i-ai'iii'lère collectif.
h L'aecfa (/c Nme au séjour »/»'$ morts. Parallèlement à
ii-tti1 action qui s'exerce sur les restes matériels du défunt.
un service {tmêbre est célébré qui change la condition de
lame il s'agit de mettre un terme il son agitation inquiète
h l'introduisant solennellement dans la société des morts.
i.Vsl une tacite ardue qui suppose de puissants concours

..ili'iicv, puis on lui coupait la li'tc <ji»i élail juiulouux resk-s ttu luurl
IihiiIi.-Ik.mi. in Tijihelti: v. Snlerl. liul. 1I8S81.p. ISO). Les utileuii rtVeuU,
ii i/iiilii'ul'u'i- M<iiligliiiii\ |t.i viu'iyio a .Viiiv. p. 28Ui. n'uni lion «h^i'ivû <lo
• iiil'hiMc »n ilunno un luurl liiuiK-iliatciiienl lu ."cpulturo ilùlinitiu-.
I. ><<ni i>i>*pur i'Xi'iii|i!c II"' Ulu. Miuuijiin cf. tirabowstiv, in Atuiund
'^Si). |>. 171.l/aiii'iouiK' l'ouluiiioiii.1 s'vst inuiuloiiucijuif cliu/losiiveiiiins
tu Mlmng.
. Ci. plus haut |>. 91, n. !i.
Kniijt, u/>.cil., p. 3S. – La rite doIci destruction île la niaixin » Hi-ui-
i 'Uih'j ilu mort lui'j 1I11lu cr-ivnioniu liniilv sv ivix-niitt'u iitiss-i tlutts l'/lt*
'1 *-ii'iiil).i. ronùUitiviMiii'iit ;ivoc tu i:It'iUti'i<iliMinitivi- de In tuuiln' i)\ii
ii«'|iii.-là 14'ariiil tl'li; (|Ui; nnnivi'i-li.' il'uiii' pi'iiu de Imflie ilt-s'iVIn'-e: cf.
llci-s.tK YrrlntuM. r. h. llatae. Util. r. K. nu U' XXXVI, p. bti-S. – Clu'ï
li - uluNtiuiiju iniV'iiii'iiics. i|iii'li|iu-l'uis. un lie pruc-ùilv|ws ù IWhuiimUon
i'- ii~k-s ulors. (uul pu ivi'iSuiil <!•'>l'ormuks iiiniin|jiit'i' mi (itimli; sur
1 1luiiiliuuni' li^'i' lin IkiiiiIihu liicn s<-iiljïtée c'est si^ne pour l'àiim i|ii'ello
l'iiil l'uln-r 1I11110 la ville îles morts lirabow.iky, Ttuah, p. t!M cf. uns.si
Iti.l.'l. <>/>.cit.. p. ÏM (.-m-les imli^i-iifs de Lunnp Sei-mala). – l).ni> le
'>' i-i AhIu.«r.imle lélo l'uin-rnire «les Dayaks Maiiliines, il n'y a pas en
t'iiirral île seeuiiiji-!i ulisèijucà il i-sl seulciiit'iil i|ue.iliiiu il' un iin>liuiiient
11i.njili' fi-i- l'.lovt;en ivi'tains ias sin- lu liiiuln.1,en inêiiii1 (i(ti|>.s iju'un
y .îinwltr du la nu«rrituv«; Li»)j Koth, t. 1, j>. ïOi-5, ïO8-«, S».
90 i/asnisr i905-l900
socioLoanji-K.

car la
car la route
route au! niftun
mené Anna
dttns t'uutp»
l'autre mnn^a ™t “““!«
qui monde est semée de pertta
de toutes l'attires
l, et t'amo ne parviendra pas au terme de
son voyages! 1!lIe n'est pus conduite et protégée par quelque
puissant psychopompe, comme le Temjton Téton des 010
Ngadju 1. Aflu d'assurer à l'âme cette assistance
iudispon-
sable, des prêtres et prêtresses,
convoqués plat- la famille du
mort. recitent eu s'uccompuguant du tambour de lalrgues
incantations
Il leur faut
d'abord aller par delà les
nuages inviter les
esprits 6-le.tes A descendre sur terre où les âmes fesattett.
dent a dociles, ils arrivent et, sur la prière des parents des
morts, se mettent est devoir de charger leur bateau ils y
fout entrer Mon seulement les an<es des morts. mais aussi
celles des animaux iiiiiiioIÉ-9 pour lit fi%te et de tous les tré-
sors qui y out été exposes. Au sou des tambours et des
coups de feu, le navire, conduit par Tempon 1'01011, corn-
menco sa course A mesure
rapide". que le denoument du
drame approche, t émotion devient plus intense; les assistants
écoutent silencieux, taudis que le
principat officiant est en

l, Cf. SUI'It,~ Utu Ngadju.


tiruboH,ky. iin·rele. p. 18.*j“ ,)~ p,i,,c)~
C~ptlmvt~ 4-9 li~ d'uli t.,Mt,iJ).,n.h. feu.: sur Ica lIululuuuf'l!lIll't!
de 04irit~-ti.:o\iCUWCllhui:l, 4,J).oit.. l', to~.
2. C't'<I'1.lns ')' aarry;rm?. on hotts lie$ ait-< on le
ilésigne, dalbri~~'44111 lrrlncipul .'sdav. pur t-ap,))aLn Iii, lIIatll'1! dl'
Telun IIIlIi<:11111 1'illI"¡' 1111111 l'si t-t. 11I11'IMIIUd,
<,Mm~ ),. 33~. le. 43. Il 4-.ït (le nuter il ce prol'll:! (lui! les
~{"'r' Sillii 1'/1 Ré/ll!t'I1I<1es
dilim oli. sel'llOlI1s el des eroco-
t-il., p. titi), L'uulre pl1l'l, dettes un
Ilassul/e du °
(les I*ellll)ljn1't-1t)tl .1t»-ClitrL lui-ilitlitt4!Z-(I-eun
ur les fJayuks #lie %IaliakiiiiidOIl'II'1I1 1ij(1'\J\ibi, p. :II):
il "!III'.S morls djslingll~s un tigre 1111
IJO¡~u~'l1nl la "'1.) d'un (lui, sans .ll1ule, est ..h.rR. d'ussister
I'>)mvJuna sun voya~r, ;“ ~-< l. d. y. L. en l'k., vit- III.
l', G31 et 1#~1i¡':I' leu on I1Us.-rm-nt est sourcnl
aupri~e; (114 ligure
ihiel., 1). 2iJ¡, HrullOwsky, 1j'l"lI/
llg. 91. un pl. lx,
Il est aus
tertucs été! (lut
unlit- eet-v(-ni t-unâtaiiiiiient duns lu
jargon (11, il ,l''si;\11<'1'1,,< uinsi rtue tes
ntairlis tliitlî 1'00ulI'"Ose ruit que Ici en telle
par.·nlr: h et 1., r·rocu,lite ou 10 el (.-Iluue tnuts·
n).t. A. ) .“j.r.. la .“) tic ces )u.i.tu/
cunlre t.I"IIIU'II\ lé! se nm.
.!tl1b 1'1'1111"" ~1.llaj< rf.
lipp.c%il~lrrnrr!ten arra
Ilollrut·liarli Ual·In<lirn.tr. 1.I.IiIl, Wilk,m,A"jm;s1III', (1. '¡II et
b)t~tu-i. l'I"yl<" in ltcrrrr rt'A'llm.y~,·upkie. tputlr le
11', p. 3, 1', li.
V, JI. 401
~6~.'J'
ti4j.
S. ))ur<).).L ,<“
p. :ü!t, l7r·uhwc~ky,,t«/ p. )'.)7.t!
4, i6ici., l'. 2,\1;s'l,
5. Ibi<l., p. _;y. t'rrur ce 'I"i suit ruros nous n·Yïrons ù Ullurnhh, in
Cru.
Lowsky ior. fin c-si rumhtalredans te texte
voyftj4,t
de llurdclutut cl ne fait aucune iiientiosi d\IJlI'I!U\'e~il traverser.
Il. tIKttï/. – t. A KKVRKilKNT.VTIUS
COLt.KCnVKt)lî | MtiHT 07

..n.mim f'u WItn ~·rntn


il une vraie "'Lh,¡n
frénésie lnales In!viia
traitsnHianln .Sn.ma.i ~.1
proie crispés, t'cuniaut et
tout en sueur, il semble s'identifier à Tempou Telou (dont il
porte d'ailleurs les attributs), il voit les périls qui menacent
-<m navire, le tourbillon de (en qu'il va falloir franchir.
Kulin un cri de triomphe reteutit qui soulage l'assistance1:
il-;sont sauvés! la ville des morts est atteinte Lésâmes
ili'-lmrquetit,elles se incitent &(tunsei*autour de leur nouvelle
ilcinetire. elles se félicitent « Il est venu, le jour de notre vie-
luire nous voici conduites par Tenipon Telou loin de lu rive
terrestre où s'assemblent les lances des hommes; nous voyons
>:iville riclio où l'or étincelle. » Puis, après avoir mangé le
tvpas copieux que la fôte leur apporte, elles fout venir leurs
i -daves s quiles parent, huilent leurs cheveux et noircissent
l-'iirs dents et leur cœur se réjouit Alors les ancêtres, qui
di'puis longtemps résident au pays des morts, s'assemblent et
viennent souhaiter lu bienvenue aux nouveaux arrivants*,
l'ourtaut ceux-ci lie sont pas encore complètement rétablis.
Il faut un nouveau voyage (et un chant spécial pourque les
.nues des os, des cheveux et des ongles, réveillées do leur
longuetorpeur, parviennent à leur tour dans la ville céleste et
i 'joignent leur maître. Alors l'œuvre est achevée l'ombre a
i l'priscorps, l'âme exilée et errante a maintenant une place
lixe au milieu de ses semblables1'; à l'existence précaire
'|iù'l)o mène depuis la mort succède une vie opulente* qui
-.mille perpétuer iudêfiniineut les splendeurs et l'énorme
:ibtiiidanccde la fête funéraire elle-même. Bref, après cette
ilernière épreuve, l'Ameest affranchie, sauvée'.

I. v'.Wk
liiiiioigiiudesajoiepurthsrrisi-l unla|><i^(.- inli-riiallîraliuvMk.v,
.(.(). l'IS.
Ouï (ju«le défuntavait « envoyésà l'avuiim• du son vivant,eu
m-•"«punila lêle,ou lm xii-liimsttiiuiulût.lyrs iK'lafêle Hiia-lav-,
a. vit.,p. 10â-3.
a. IliivvU-laml,op.rit., \>.509-7.1. Nulonslu svmi'liii'raln' ri » imagos
l'rs pruli'iiiesiiliservvusau rouisdesoli.-ii'-i(uis I»rondeîlesilmcsuutuur
;' la maison ciHo*tv à
•.•"fivsjioinl la ilausi' des prMrcssi'jautourdu sun
'•ihk u-r.plusliantp. 9ii, ellu |jurun>îlesnouveau*urrivO.s il U toilollc
!< listesiiKili-ik-ls.
i. )J'ailleui;ieuli|tié.ui' leprén.'ilentllurdvliimt. p.îii.
'< 'l'oushabitenten.<einlile Iv.sfuinilliv->!• îi't'iiii.ilitiii'iitUrabowsky,
• ' p.p.)8H; c f.
180;cr. Kruijl.uo;). <-<< >?S·9.
p.cil.,p.p.£*-<X – C'-rtimx's
– Cerluincs tfutvgorii's i')':uwrt:
t'att;f:"t'i'<l<; mort*
iliiientpoui'Uinl ù piirt iiuusrevieiiilnnisdurce point.
0. lirabowsliy, p. 187 Kruijl,luc.cil.
"i.cf. Gnilmwsky, p. 188 niuisil a tort il'applii|ui>i- û rûuiulunml ijiii
-eit a (lésigiierlu iï'ii- liu-uti,luiuiiiunous.le.verrons,doit s'oulciuite
i» suiviiunts.. ',i,n/(
K. DiiiKMEiM.
– AunC-soci<iU>100S.H)«(i. 7
98 l/ANNKK SUOIOLUlilQl'K.1905.19W

S"llfaut eu croire lu missionnaire B caches,celte


(Inscription
du voyage de l'Ameet du village céleste neserait
qu'une fable
inventée à plnisir par les prêtres psyehopompos; au fond,
pour ceux-ci comme pour tous les Dayaks, lame est alta-
chéo aux restes corporels et réside a l'intérieur ou dans le
voisinage du hmuIoiik'. Buellet il y a un lieu étroit cutro le
réceptacle des ossements et la « ville des morts » c'est l'âme
ou la substance spirituelle de la maison-ossuaire «t des liril-
lauls accessoire* qui i'euvironiieni qui va constituer daus le
ciel, après avoir subi une transfiguration, la demeure et les
trésors des morts Les chants magiques no (oui (pic
transpo-
ser dans la langue du mythe les pratiques
accomplies sur les
ossements. Maiscette transposition n'est pas une lirtion men-
songère. S.tits (Imite « l'unique cousolation du Diiy.ik.c'est la
pensée d'être uu jour réuni à ses pères » mais celte réunion,
qui est, en ec qui concerne le mort, l'objet essentieldt>la céré-
monie finale, s'opère eu même temps par doux voies diffé-
rentes, par la déposition des restes dans une sépullure
commune et par l'accès de l'aine nu séjour collectif des
morts; tes deux événements sont solidaires et également
essentiels le rite fournit à la représentation uu support maté-
riel, l'imagination prolonge et achèvece qui n'est qu'indiqué
par le rite.
L'âme n'entre point dans la ville céleste pour y jouir d'un
repos éternel l'immortalité n'appartient pas plus aux habi-
tauts de l'autre momie qu à ceuxde celui-ci. Pendantla durée
de sept générations l'Ame reste au ciel mais
chaque fois
qu'elle a atteint le terme d'une existence, elle doit mourir
ppur reuuître eusuite'. Après sa septième mort, l'àme redes-

t. Braelios,p. tilj.l.Il conclut «li*Tin-alin'a doncpusduutroobjetqui*


de transposerI'1*ihm'iiioiiU du mortdu cercueilpiuvisoiredans li>Ein-
dong et de rnnilnire l'aurade la « collineoit le ri-KUoll ûlailt-achûau
lieudu samluiiK».
2. Grabowsky, Tiwnh.p. 190.– UiiDaynkdéclaraitunjourapiï*avoir
onlemlule wrtw», d un iiiissiunnairL- « Noirerlel An..u*eVil lo mn.
oong» (irai, .wskyifti, p. |>J8.Il nufaut pas voirune nO(jution de la
«Sieste« villu«!.•* ,iuios dun.scelle phrasedestin.iesiini|ilomiMit 4 onnuftv
aux pl'~llic¡¡tilm5(~hl.Ii"lllics
le ")'sli'IIIC
<1"cmYlllICcsduntte est
«il
sUliriOli1I
expression visililo– Cf.surlelessysU-mo
Iauxprcilicati.jris<!hnilii>aiw« Alfourous,
d<:cKruljl.o/).
niyanwt dont
cit., sundoug
le[i. 235.
3. Bruches,p. tu:>.
4. Clieji-orUiinfilribns Dayak*de Sarawak,lo nombredes inorlssucecs-
tivesBsts«ul«-ment *•I rois UngKoili.I, p.213 Clia'mers
en mcnllunnu in Roll»,I. p.167»
ipiala' maisla premiôrecorn«spon.l a la lin (K-la période
transitoireet a IVulréuau pays des âmes pendantclw>|ue cxlaloncn Un»
H. nillT/ – LA IIKfBKSEXïATIOS W»M.1«:TIVK 1)K IA MOHT 9'J

j.mijtuni' Tm
la tnl*i*<i al a'ittt i*/ntn i tdans
^Intm utt
cend Kiir turre et s'introduit un ntinmrktfvii^iit
champignon
fitiou /(fti\4ï
dans
un fruit, de préférence à proximité du village. Qu'une femme
vienne ;'i manger ce fruit ou ce champignon, l'âme outrera
dans son corps pour renaître bientôt sous forme humaine.
Mais si le fruit est mangé p;ir certains uniinaux, uubuffle,
un cerf ou un «iu^c, l'unie se (laits un corps nui-
niiih ce dernier est-il eulin consommé par un homme, l'Ame
rcviumlru ;i près ce détour p;u-iui tes lut mai us Si uucou-
I ni ire le fruit ou l'animal meurent sans qu'aucun homme les
in.ïri£>\ raine «?«dissipe alors pour de bon Haut ce cas, qui
«•liez les Olo Ngiidjn parait exceptionnel, ou voit que l'Ame
est dominée il parcourir sans iiu le cycle des morts et des
iTii;iis«t iices cl (|ue sou séjour au ciel, parmi les ancêtres,
n'est qu'un stage séparant deux incarnationsterrestres,
humaines ou auimales. La mort n'est donc pas pour ces

peuples uu événement singulier, lie se produisant qu'une fois

porte un nom di-linct. l.a mkiiii! cripyinic' en Imi» iiinrU successives su


retrouve rhi'l le< Alfiiiitruis du centra de (.Vlelies iKiuijl, op. cit., p. 29|
l'âme umss<*vlni |iu> foi* dans un nouveau téjoiir les noms <|ii<>portent
,> (Jilk-ivitlj Iiuiix sont munil'esti'iueut il'urif;'1!)»liinijoui- nu niusuliiiaii«
mais ! foiiil il,. |.i cruyanec t'»t oii({imil. – Le» indigènes «le Nius cruiunl
a neuf ui'irU «iici-nsslvos ios vin rlu l'unlrv momie ilui*nl justi> le in^iiii'
niinibn* U'aiinét.»»i|u« la pnMilvnto cvl«lencv tewsliv (Wilki'li. Animisme;
p. (mi.
1. D'upivs IVrcluer, op. cil., p. 17-8. ks Daynks mungunt volontiers la
vinn>le de ces uiiiiuau.x pnreu quo ceuv-ci oui une nourrituiv otclusiveiiienl
véjiOulv. et i|u'il y a par suite de grandes clmnees pour <|ii'ils logent un
•uk un>' 'une l'uiiiuiiio. Aucontraire, llundtii'h* 'in Slilt. <l, iteogr. lie».
hua (tsss>. p. lUU-T)nous dit i|ug de nottibrvtt!: Daytiks no consomment
pas lu chuli- .s riM-rsou i\v* siiNKliers ni certaines feuilles du pulluler,
parce i|Ue li\m<: de leurs grands parents pourrait y être renrerniée. Les
<Wnx têKiiiiKiinKCi.qiKii'iue eimlnulictoii-es. i-onvordeiil sur le point essen-
lii-l. \u sujet de» iufllcs, Hrarlies ip. Ml) imus dit. que, huion les Ol»
Nuuilju. iU ont le ih^iiiu fti-riérc-Krantl-pi-ru que les lioiiiuies; aussi le»
<;icrille-t.oii lors ilu Tiwali au lieu du» viclime» liilmaines proliiliiieii. Cf.
Nieuwetlllilis, 1, p. lU.i. 106.
2. Nous expu-nii-i la croyance sous la forme qu'elle prescrite chez les 01»
Xgitdju M. Bruches, p. )(«. Gralwwsky, Titrait, p. l«Ti et chcï les Olo
Mounj.in |i>iMliowslcy, in Ausland ilMit), p. »TI). Mais elle se retrouve au
moins fntKinoiitairement chet d'autres peuples de l'Archipel. – Cf. pour
le-- Online*»*, Wilken, Animisme, p. DI-3 l'dmc apivs son oxlstenco céleste
redescend sur terro sous forme de rosée et se réincarne dans un enfant do
lit inouïe r» nulle, ce qui evpl|i|ue tes ressemblances ataviques pour l'Ile
de Nias, Wilken. itirf-, p. 65; pour tes Dayaks du Nord-Ouest. L. Roth,
1. p. Mi*,'i:l, 817-0; dans plusieurs tribus:, la ei-oyance en une réincarna-
tion n diiuuru: l'amo revient sur terre sous forme da rosée ou disparaît
dan» i|ticl<|tt« pl-iiito ou insecte anonyme da ln furet son existence réelle
et personnelle est abolie. 11y a là sans doute un appauvrissement de la
croyance primitive dont les Olo Ngatiju peuvent nous donner une idée.
tlKl I.'aSXKK stiClOUUilVl'K. l'J()5-IW(l

ituns l'histoire de l'iiulivulu c'est un épisode qui so répète


indéfiniment et qui imirque simplement |i> passage d'une
forme d'uxbleuco ù une autre.
Kn mettant «a» terme
aux peines de l'Ame, lu cérémonie fiimlo
ôte toute raisou dètre aux dispositions malveillantes quel lu
nourrissait depuis la mort. contre les survivants. Sans doute il
reste vrai, même après la grande fêle fuunniirc, que les morts
appartiennent à un autre monde et qu'un contact trop fami-
lier avec eux est dangereux pour les vivants Pourtant, en
général, les aines laissent en paix leurs parents une fois que
ceux-ci se sont acquittés de leurs derniers devoirs envers
elles'. Cette formulenégative est en bien des cas insuffi-
sante entre la communauté des vivants et celle des morts il
y a relations régulières et échange de bons ofllees Dans cer-
taines sociétés indonésiennes un véritable culte est reudu aux
aines apaisées qui viennent nlors prendre dufi
place, auprès
foyer domestique, dans un objet consacré ou une statuette du
mort qu'elles animent leur présence, dûment honorée,
jïiiraulil ta prospérité des vivants Ainsi l'acte qui réunit

I Cl. IViIi.'liii. iu Itolli. 1. 1>.L'OS lu présence <k"> morts est désliïic, mais
~-<-uli-m«'iitnuiiiiitiii-nt riiuvi-iiuMr H >li'la muniv-it.*cujtvciialjli?.

i. Vuir plu* haut p. «I f!f. S'-Jolm. in I.. Rntli. II. |i. iiî « alors (apn-<
l;i IVlui les IiaviiK-i •ulili.iil Jours uiurts <>lle, o-i)i ils îles morts les uu-
Idienl ..

:i. Le.* vivant- offrent nu* morts dc< saeiilices, les morts par leur puis-
s.uici' assurent li- »uiri'*sîle* i!tilri.-|iiisi'4 ti-rn-stn1!, i-ii |i»rticulivr (II- lu
riVnlli- cf. Kruijl. "/i. cil., p. ;tl.:i6.
1. U\UHl'ilc île Ituli, le jour (••tue fii'i IVunr piii't puur la pays des morts,
un iltViiiipi- «ui\Miil un iiiui|<:|f (li'-lc-riiiitié uni-fouille lie pulmii-r, un lus-
jhtp1 tin s!iii({ d'iiiiaiiinKil gacrilié <•<•!uliji'l (apjii'lé maik\. i|tii porte rlé-
-iiiiiuU li- nom du mort, c-t attacliv à lu suilc d\uil!v;, iilcnlii|uns, <|ui
ii'|nr.«'iitoiit 1rs inofts plus iiiicii-iis, et sii$|)i-ii<Iii son* 1« toit celle ivre-
iimiili' |iiivuiit, «dus ilil-mi. à uni; ranonlsutioii ilu <k:funl. Ua-.ic|iii' li-
iniiili, pur suilt.» .le rn<n«! i-t (1rs vrr-. iliapuntit. il n'est pas ri'iuplacè un
<h-sliii(.'iu;<|i;ux <-lu>>i<siIVspriN inilus), n-iiv du ileilan». c|ui oui encof
l.'iir miiik. il <|tii l'on sucrilin à riiilt'-ri<-ur<li>lainaison. et ci»hi du tli-liurs.
• Iniit le iiniii il- vit plus ipitt dans la iuéinuiri> îles vivants, il
t|ui J'on sacri-
li>' au
dcliors. Ain-ii I- eulli- iiiuiii'<ti'|U>! ne s'aùresse ((ti'uttx um-iHresles
plus proches nu lioul d'un certain temps, l?? j'kiiu^ vonl su perdre <l;in.-
li collei-livilr des aiici'lres coniiiiuiis ù tout le village cf.
lleljmerinx,
lljtla. v. S'etl. 1ml. ilKiii, VI. p. KiiS-ti. Ml, fJraafland. 'MM. il. iltntj. Cas.
z. hua (IK'JU), VHI. p. n,s, Sal. Millier, o/>. cil., p. SS'J. Willipu. Anirn..
p. »»5 «r. pour le, l'Iiilippines. Itluineiitrift, le. liiO.
D.ms lu Nord «le nie de Ni«>, il ..sisle. à coté île liliiit-omliro
i|ui se rewl
Lui*l'autre monde peu dr temps upi-és la nttirt, une
àine-oniir «pti, ait
linut. de vingl ou Imnti! juin. se transforme est une uraignee plus ou
uuiius uutlu:nti<iuc cdlu-ci rc-si» ;mpi.s iln vatlavru jusqu'à ee i|»e ses
l>;irnnts viennent la chercher :-ur la tombe et la ramener en grande pompe.
II. llfSliTZ. – LA MKI'IIIÎSBNTATIrtN «.-ILLKUTIVK »K LA MOIIT 101

l'lime du mort il celles des ancêtres lui donne parfois le


caractère d'une divinité tutéluire et ta fait rentrer solennelle-
mont au cœur de la maison familiale
<•; La litiêmlioH tin titauttt. Les vites envisagés jusqu'à prê-
sont avaient po"ur objet immédiat lu bien du mort; s'ils profi-
taient aux vivants, ce n'était r|tie pur contre-coup. Mais on
observe au cours de lu fête funéraire une série de pratiques
non moins out directement
importantes, qui pour but de
tuettru lin au deuil des parents du mort et de les réintroduire
dans ta communion sociale-.
nés le premier jour du Thvah, après un banquet auquel
les femmes seules ont pris part, l'une d'entre elles prépare
sept petits paquets de riz pour les Ames (les morts et sept
autres pour les mauvais esprits en même temps elle pro-
nonce une formule qui révèle elsiiroinent la signification de
cet acte « je dépose ici votre nourriture par là je brise toute
résistance, tout ce qui est impur, tous les mauvais esprits.
tous les mauvais rêves, et je mets un terme à tous ».
pleurs
• lotte offrande marque que lu moment est venu pour les
vivants de se séparer des morts, do dissiper l'atmosphère
inquiétante qui les enveloppait pendant le deuil. Ce n'est là
que lu première indication d'un thème qui sera repris bieu
des fois au cours de la fôle.

•lam U maison familiale uit Wli' ivsMmilans un»*|><rtil<»statuotlc. attacher


aiiv ima^s iltw unrrtivs ut \i\neOv pris du fuyer CliutHin, in Tijdt. r.
livl. T. en t*. (IfWtj. XXVI. p. UM.iï, Modigliani, op. cil., p. 230.
i'.i:i si| «18-7. Il piinill i:"r(iillii|Ui>tit cérwiiiuiii! «le IVxtraotion ih'S dînes.
••' 'IvliiiSujiuurplusieurs morts 11la fuis, i.->l i(li.'iitii|in.' à la IïU' l'utuM'airi.1
il lia le l.ipivsaiiumlun il urile ilf> .-<r.imli. <>Ii<i'i|in-.>-».
1. <li's faits sont L'Iroiloninnt livs ù nm c|ui mil <)tû i-xposés plus liiml.
|0:i-l; pi'Ut-iMiviiit-nte tm faut-il voir iliins U: uutil: ou la stutiti-tU; >iut-
.!'< siilistiUils <lt- lu dHif du tiiiiit. Cuilaiiifi Iles ili' l'aivliipul Timur-luut
uiiiij prv^viileuL uuu loi un1lie truu>itiou un n.mli' <luti<ila mai.-cm lu \vW
dit mort i't on fait un outro une .-ilutuifltv i|iii K'pivîi/nto le mort. LVtnn-
m1 iv.siili' en poriiiiiiii'iic" ni iliins 11-cran<>,ni ilun< la .-tulin'lk' i|tianil un
li-r<ii|ttif, on lu laisse rliiiMr «nlri! <v.< iIimixfiMilcni'i-* 1<:f~it.it i|u'uiiu
niotii-lii! bv pn.-e sur l'un» nu l'uultv îrvrlu h' rliuix >li>ràinv; cf. Wilkei,,
Alli,!)., |). ITS-'J.
2. C'i'sl cet i-lûnivnt ilo l;i riV-monto llmili' <|iii lui <lo»nu son nom dioz
1<>Olo Ngavlju; car lr mut (ixit/t sitiiiilii' rtr>; lilnv, ii'lcvû du l'inti'idit
«"eut c-XiifU'iiu.-iillu coiitriiiiv île jHtli (il.' iiiùiiu' 'l11'- '«"' "-H Maori s'oppose
,i tabou) llardeliind, W'ùiier/tuch, p. (iU!j.
a. Grauowfkj-, TimiA, p. > – l'orliam .in Roll», p. 209) mi'Olionn.-
<\n:r- h-s Duyaks rii; Saïawiik un rilu unul«i;H(> i|iii cmutiluc, nous dit-il,
tin (•li-inunt intporlaul df la fi'lo une irrtuiiic (|u<inlil<' dn tuais (boisson
• uivrante) a. i-li- mis» û part dans un liambnu cl cnn^ainil'C aux àinos <>llc
i -t Inio suloniK'Ilcniciit par un rioilliinl.
102 l'anx^b soi:ioi.oGigi-K.li>uj-l'JU()

Duus le chaut même des prêtresses qui doit conduire les


âmes dans lit ville céleste, les vivants, eu particulier les
parents des mûris, tieuueut lu plus grande place, l'eut lu ni
toute lu durée des incantations, les prêtresses purleut dans
les plisde leurs vêlements, commedep»tits enfouis', les dînes
des donateurs de lu fêle; chaque fuis qu'elles moulent au ciel
pour appeler à leur aide les bous esprits, elles oiiiinùiioiit avec
elles leurs protégés, bailleurs une sorte de taseiiiuliiuiut lire
les aines des vivants vers les régions d'eu luiut il faut avoir
soi» de les rappeler par leur nom, si l'on lie veut pns qu'elles
restent daus l'autre moiide uù elles out suivi les morts-Mais
ces voyages spirituels ne sout pas accomplis eu vain. Les
prêtresses uo manquent jamais d'attirer sur les donateurs de
lu fête l'attention des esprits « debout, crienl-elles uu plus
puissant d'entre eux. presse le corps" de celui que voici pour
en chasser te malheur; ctoigue la puanteur (lui pétrifie
comme la foudre, dissipe le image impur du mort; rejette le
destin qui abaisse et qui fait reculer la vie » Cen'est pas
assez de « tuer l'adversité » qui opprimait les survivants il
faut que Teinpon Telou, eu aspergeant leur corps dune eau
viviliante, les régêuôre'et leur assure une fougue vie. il faut
qu'il leur commuuique « les charmes puissants qui donnent
la richesse, le succès dans le commerce,et l'éclat de la gloire. »i)

1. Aussilus pun-nU du mort-mit-ilssumvnl di'-siiuivssollicite uppi-l-


UUon dans li1
chautik-s]>n'ln-»si.'>: llniMi-luml, (Intimn.,p. 216.
t. thid., | ïi:i s,| p. ïîfi.
3. C'estr<>|i<-rutiuii
liiiMi
connuevu ni!ij!icuniatiw<|uifon-isli'â rrtiriM-
du corpsilu puti.iiitlu chose nuiuvaisi-ijui y était Ingéu iciles<;[>i-lls
(etpout-rliv«lï.vtiviMiietttIci priHiv.<w»/ uuToutsurlir «lupli-rrei|ul liorne
e. lu
li. l'Courti1) vieu.
4. llanl.-laml.p. ïtii; uoiti otlriiynng,à titreil'oïenijiK'.n> lonnulus
d'uni-«ifrie|jv:iuvuup plusIuiiiçu..|iii«-»liv|«;lr<! plusieursluisuv..c.)Ui!|-
quusViiriunt<!S) au ••om> Je tvs diaiils i-r.p.ilti st[.,p.2.11p. M. p. 3ï.-f.
5. Ibitt.,p. îi:> le nmllivurrsl a-inin iui'iti-,>aiisfuroo,mnnuok>*
liuissun»)<luun<l un<iiipiii»uiiiii'
la i ivi.ii-,
8. Cf. plus haut p. !»|.Lu iiitMiiv airtiim<|ui,nppli(|ti>'ti>
misv-'st«sdu
mort, le fait a-nullivà uo«uutm xiu,rciiuuvelli- i:i pi'rsomwtics survi-
vants.
i. /*«/ p. £ïU«| p. gai).Auloml<li> touscesli-xtn* si-trouvela distinc-
tionentreiIùiij:i-jpvcosrinilraiii'.sdela puiâsunci! uiugii|uv l'uiit!(«i«/,
pulnhnn\.<\n\coiii|ircn,l luiilc<-i|iii i liixlril I» pouvoirvilulnu snciul
U«l'imliviilii,I'uiiIit<piirunstitni!ou runfurci» ru mi-mv. puuvuir.L'eiTurt
des pivtii^si/sIcnilà paralyser la pui.vsani'ijiulvuisci|iii avaitprtnusur
les pareil du mortpenduutlu <li-uil et d'autrepart a mcltru6 tourdis-
positionune Inrli*rîwrvi' di-i«;rgi.-!iiiyitii|ii«; liienfuisanle.
II. »Kim. U HDI'UKSKSTATIO.V 1)K LA UOHT 103
COLLKOTIVK

Xaliirelloinent les prêtresses accomplissent eu môme temps


les actes que Itmrchuni impose ou prôleaux esprits célestes1
<t ces rites tant oraux que manuels opèrent dans la personne
des survivants un changement profond- délivrés du mal qui
lus possédait. Hhvont rentrer duns 1»vie régulière avec une
lirovifUm fraîche de puissance vitale et sociale !1.
Mais pouri|iie les vivants soient guéris de leur impureté, un
sacrifice est indispensable, de préféreuce celui qui, aux yeux
des buytiks el dela plupart (les Indonésiens, est doué d'uneetfi-
caciti' irrésistible 1 immolationd'une victime liumuiiie dont
lit léle eut coupée et sera ensuite conservée*.Un jour entter,
lors du Tiwalt. est consacré ce rite essentiel. Les prisouuiers
nu esclaves, auxquels une opération magique» préalablement
i-ulevijleur aine, sout enchaînés ait poteau sacrificiel collec-
tivement les parents maies du mort, font fonction de sacrifica-
teurs, dansant et bondissant autour de la victime, et la
fnippiiul de leur lanceau luisard. Les hurlements de douleur
sont salués par des clameurs joyeuses, car plus la torture est
(•ruelle et plus les âmes, au ciel, deviennent heureuses. Enfin,
au moment, où la victime tombe à terre, elle est décapitée
solennellement au milieu d'une allégresse intense; sou sang
est recueilli par une prêtresse qui eu asperge les survivants
« ali» de les rècoucilier avoc leur parent mort » la tète sera
soit déposée avec les ossements du déftiut, soit fixée au som-
met d'un pieu élevé près du saudong 5. Acoup sur, le sacrifice

t. <Xi4W.,p. &i\1>.8a4,n."7.
î. Ce cliuiigemi-iit est iin'Miie pendantle deuil lesos élaienl
|>liy.«ii|Uo
iiiijiiinl*(comme c'est le cas. fliwntles Duyaks,chai|Uefuisi|UCl'orga-
ni,i si «:|>nisc? <\inouveau
ou niiblv)ils .«mllorsilu Tiwnlirultui'li.v-î
!>~ilusaïKuulifs.
Ii.I.a mtisnit aussi«l l« mubilicrduivcnlêlro i>ui'ilWsà cetviïnlon
(.'miteetlesliai,de nmniùro à en fainïsortirlo< clioscsiiiuuvulsfiu
conmivdes piTsonncs
i-.iiiçtti-x vivantes) celle-civont se jwsersur les
jivti'.ssi'squi les emmi'iiont au drliur*«t les i-hassentsur d«'sbateaux
Vff««Ifttr diMiieuri! »itut!«ttu milieuil«la mer » cf. lluriielatiil,
ibid.,
|, 'MXsi| 3ii8 CraLowsky, fiwuli,p. iOt.
t. Cf.Wilkon.Animisme, p. (21bi| in Revuecoloniale,III,p. 238;i«
lliylr.t. rf. T. L.en \/t. ».Sed. but. <l««»|.•«!» 98 «1-icf-s'Jol«n.in
Itolli.Il, jt.iii.
Omltowsky.Tiwah,p. Mi, 19»*t\. cf. snr los Dayaks Marilimi's,
I.. Rulli.I. p. 2îiS l'Mpvrsiun il«*paivntsuvurl<-> sang îlek viclimoa
l«mrohjcltli- inan|avrqu«l'idil ou taliuni;s(levù ». ouun Telleest la
lorii»'i-unipli-xe et originaletin rite:maisquantiun esclave prison-
nii-rvivantsn« sont pas disponibles. on ie piwm-opar un meurtre une
i*li'autourdu laquelleles hommesoxecutontle simulucre du sacrilici-
lui l'anxù:soumuiuivi'H-
ti)OS>t»uti
funéraire n'est
pas destiné seulement ù libérer du tabou la
famille du mort ses fonctions sont aussi complexes que l'ob.
jet de lu fêle dont it est l'acte décisif» et la huit» mystique des
sacrifiants, eu môme temps qu'elle désacralise les vivants,
douue ïfc lame du mort
la paix et lu béatitude et (sans doute)
régénère son corps'. Entre ces chaugements d'état que cou-
somme à ta fois lu vertu du sacrifice, la libération des gens
en deuil est seulement le plus apparent, celui qui intéresse
le plus directement les vivauU-.
Toute cérémonie religieuse doit être suivie de certains rites,
qui affranchissent les participuuts du caractère dangereux
qu'ils ont contracté et les rendent aptes à rentrer de nouveau
dans le monde profaue. Ces rites preuneut lors de lit fête funé-
raire une importance particulière. au point de constituer
parfois une seconde fête, distincte de la première et lui succé-
dant. En ettet le péril encouru lors dune cérémonie comme
le Tivvah est particulièrement intense. Sans doute elleest bien-
faisante dans ses conséquences et constitue uue sorte de vic-
toire sur le malheur; mais d'autre part elle touche clle-mômc
au règne de la mort. elle oblige les vivants à des
rapports
intimes avec les puissances mauvaises et avec les habitants
de l'autre monde. Aussi les parents du mort et, avec eux, tous
ceux qui ont travaillé à l'œuvre funèbre sont-ils tenus de
se purifier. Ils prennent un bain dans la rivière; en
pour

(cf. Tromp, fli/e/i\ (. cf. T. I.. en IV. S« 111,p. Slj. Lur*|uu les auteur*
mentionnent imi<|iii'ini»t » I a<-i|Uisiti<ind'une Ivte hutimine », c'est qu<-
l'ok^nulion u <Mêtroiii|iii:e nu i|ui.- le rilu a subi uuo siiitpliUcation lu
m clius. au* têtus a uit lu substitut d'un vél'ituble urrlllco.
f. \uu.s n~: Pouvons pas la preuve litisitivu lit- cette dt-rMK-t't-
assertion cf. pourtant nuscnliorg, II. Mal..ttchip, p. ltïï xq. dans le
Sud île Nias, on lait en surle (|tie lu victime 4-lml« son ik-rniui- souille sui-
te i-mlanv 'la rr-le est célvbiw; puu <1«l.-ni[>sapn"'S In iiiorii. Nous ne
pou-
vons <|Ui'itjtijccturcr par anului;ie t|M«>li: sang d« la vk-tiino a du <lro
i-inployé à vivifivr les restes; cl', plus Imut li. 91, n. 7.
2. On b vtuniK'i-ii puaW-tp! i|u« nous nu inenlionniuiH (ta* ici la
croyant»:
<|ui apparat! au pivink-r plan dans licaucuup du ducuuu'iits cl <|uo VVilkcn,
(.•nlre autres, considère euiiiiuo gùnûralrlo.' du haciifl™ l'unûrairc lus itini-s
des vk-tiini-.s si-rviront d'i;si;laves. ou tiendront
coiu|iu|;mu uu mort dans
la villu l'clfsto. C'est que, pour nous, retle r<<pn.'si'nliiliiin,
sili'pnndue s»il-
i'lle. est si;i>ijfiilaiii>et n'exprime pas la naluro ilu liti;. L'intcrpriiUitiou ih
Wllkun l'obtliEi! U considérer lu sacvilico fum-raim cunnitu une ospèce à.
part. radk'alenieiit distincte des sacrilicvs humains pruliijuùs on d'autres
uccasions (naissance ilun «ils, maria(;e, inauRuratinn d'un» nouvelle mai-
ton, etc.) alors i|»'nu foml il s'agit dans tous les cas d'une mi nio
opéra-
lion clnwKer l'ùtat des personnes (ou des choses) puur les rondro
capables
d'entrer dans uni! phase nouvelle du leur vie. Cf. Hubert et Mtius.s, te
Sacrifice, in Année HociuloyUjue, t. Il.
Il. IIBHTi!.– I..VWUmAtHXTMluS
CUlkb'CTIVK
BB l.\ MORT l«j

augmenter l'cilicaciti), on môle quelquefois a l'eau Jo saut;


d'animaux sacrifiés; et lundis qu'ils regagnent la rive ù lu
nage, les prêtresses, qui los suivent eu Italeau, écartent de
leur corps les influences malignes à l'aido de torches brrt-
lantes ou do balais consacrés Kuiiusi ton» les rites ont été
exactement observés, les vivants sont lavés de toute souillure
l'Utuïanchisde la contagion mortuiiire.
On n'a point attendu d'ailleurs l'accomplissement do ces
dernières pratiques pour réintégrer solennellement dans la
société ceux qui do par leur deuil cu étuient exclus. On
leur fait échanger les vêtements qu'ils portaient contre de
nouveaux, conformes & l'usage; ils font lu toilette de leur
corps; les hommes ceigneut leur beau poignard et tes femmes
reprennent leur panne. Un grand banquet, auquel les hôtes
contribuent pour leur part, et des danses joyeuses marquent
la levée du baa qui pesait sur les proches parents du mort
ils sont libres désormais de se mêler aux autres hommes et
do reprendre le train ordinaire de la vie'. On le voit, il y a
un parallélisme complet entre les rites qui introduisent le
mort, lavé et vôtu de neuf, dans la compagnie des ancêtres et
ceux qui font rentrer sa fumille dans lu communion des
vivants ou plulôt c'est un seul et même acte libérateur
appliqué à deux catégories différentes de personnes.

Les sociétés sur lesquelles a porte la précédente étude


appartiennent atun type da civilisation relativement avance
c'est à peine si on y reucoutre ça et là des traces de toté-
misme. Or un système religieux qui iiitecte aussi profondé-
ment l'organisation et la vie des sociétés oi'i il domine doit
évidemment imprimer sa marque sur les croyances relatives
à la mort et ù l'au-delà et par suite sur le rituel funéraire.
Il est donc d'un intérêt particulier pour nous de définir la
nature des obsèques définitives dans nue société où le lolé-

i. Gruuowsky,Titrait,p. 203sq. .« Audaud(1884),p. 474,p. «K-'J:


<bul.(18881,|). S83- –CliuzlesUluNtfailju, la famillodu mortiiimiiIo dan.-
une barquu<|uiau niili>'U de la rivii-ruest clmviii-upat*U>& prMii'sios'
<vciestrûpûlûtroisfuis.CliozIvsOh Muanjun, les participantsà la IV-lc
si-
dans lu sang li'uiiimn.ux
l)iiif{iiciil sucriliosuu-Ji>ssii8
de leur li-todans lu
hâtai iiitino au voursd« wM>) cùtèfajM&JjpKÏvvti n l'uota'udu villu)!>-
UB^BJ8teJa^*iir^>' ^s <lU!>tin<o
à imuonBi-r ÎV-U-
jusqu'àla pi-ocliaii»!
lu ïnOTwgunr« tu bonelfet'duvelloqui vientd avoirlieuet à tenirà tli.
tanuulesmauvaisesprits.
i. (irdlmwsky, Tirait, p. S03-3;t'crliam.in t.. Kutli.l, p WJ: ibid.,
p. S5K Ti-otnp,op.rf/ p. 81.
100 LAX.NKB SOCIOLDIItQl'B. 190S-1UO«

misine existe à l'état d'institution vivante. Les observations


faites par Speucer et (Hileu sur les tribus du Contre Austra-
lieu nousapportent les éléments d'information nécessaires.
Rappelons brièvement la croyance sur laquelle repose l'or-
ganisation totem ique dans ces tribus. Chacun des groupes
totémiques actuellement existants lire son origine d'un uti de
plusieurs ancêtres1, semi humains, semi-animaux, qui sorti-
rent de terre dans les temps très anciens. Ces ancêtres par-
coururent en tous sens le territoire tribal, s'simMnnt eu de
certains endroits pour y établir leur camp et pour pratiquer
des cérémonies sacrées Hualeinent ils s'enfoncèrent à nou-
veau sous la terre. Mais
ils ne disparurent pas tout entiers.
cur eu chaque lieu où ils avaient séjourné et où quelques-uns
d'outre eux étuieut morts', ils laisseront derrière eux leurs
•Unes et un certain nombre d'autres âmes qu'ils portaient
avec eux, formant ainsi sur leur une multitude (le
passage
colonies d'esprits liées à quelque objet naturel
déterminé, un
arbre ou un rocher par exemple. Ce sont ces âmes qui par
leurs renaissances successives constituent le groupe lt>ku»ii|ue
humain ainsi que l'espèce éponyme car chaque membre
vivant de la tribu n'est que la réincarnation temporaire soit
d'un ancêtre particulier dont il porte en certains cas le nom s,
soit d'une des Ames émanées de lui'.

1. CIh'Z tus ArunU. lus nncotres tot<-itiiqui>âfurniuicnl dt'ja un groupe pin»


ou moins nombreux, tmi.ljs <juu élu» k's Wurriiiiiungii c'est ordinairement
un nntVtru utiii|U>!<|Ui l'.vl runai- «voir ilutiiii- naiss.uicu à toutes tes ûuii'k
dont lo tçroupn disposo aclui'lli'iiienl lu ilillÏMvm-L-nVst pus absolue, car
menu) cIim If* Arunla, \*i aurt'-liv* oui Juissi1 <lerrk-re eut, d'autres unies
i|ti<' lit leur, liéos ù il.-s oliji.'ls sanvs icliuringui qu'ils portaient uvoo eux
AVf/iei-M Trike», p. lùu.<ij., lui m\
2. l.'cri tsl evprrSM'iiii'Ht inilii|uv au sujet «lus Arunla Salive Triùeis.
1>. 123 ~.)., .1'nr·Ilrrrn Trit·e.c, p. tuU. et ch, xot. p.tMiut muia dans d'autos
iiiliiis ta murl il'uii nu |ilusiuun> uiknHr's n'est pus iloiiiiw fDfiiniK une
fomliliun iiilrossairi' !•' la l'uriiiutiDii d'un (viilri! lutviiiii|uv; les ùnios iuili-
viilui'lles. di- m.'nii! i|iii! les aniniaut i-t !>•»plantes, son! issues du corps i\v
l'iiiK'iïtiv tandis i|uil u>.Tutn|>lj^$ajtilr-it ciiremouius Xoilhcrn T., p. 451,
1l> nul lu tm.it des uucvtroi u daillours lu ui&mv elM ibid., \>. 204,
W, î.'ii) nutons i|ii« cho/ los Warrainunga li>s colonies d'aine» i|ui ali-
inonii.'iil l« tfi'uiipe ayant pour toli-m lr si'rpcnl mytliii|uu Wolluiupui sern-
bli'iil >ti* roriiii''i<saux lltux uù l'aiH'iMiv uuii|u<> cscayit du pc-nûlrcr sou»
liTiv, avitntili- pouvoircnliii y parvenir: iùiit., p. Hl-î.
3. Sorth*rn T., p. 330-1. p. 157. n. i, p. 313.
4. V.'eèt il: qui arrivu fn-^m'inmcnt clic:/ lu» Arunlu, ibiil., p. 68) cr
nom i'st sacrô et nVst coiinn >|tm dcs iin/mliro.-î los plus Agûs du gruupu
ti)tôniii|uo.
5. Cliaiiuu indivi.lii sait fsurlenioiil do <|ui-l lieu (roann l'unie incarnai1
II. niJHTi. – LA KKI'HKSKNTATID.N OUI.A MUIIT )07
COM.KCTIVU
nl.
Chez 1.
les Binbingfi, un an environ après 1.1 1 1.h.
ta mort1, ust mes-
sager, euvoyé par ie père «lu défunt, va convoquer d'autres
groupes de la tribu il porte avec lui un os du brus du mort,
peint eu rouge, enveloppé rituellement cet objet sacré rend
su personne inviolable et tous ceux à qui il a été présenté ne
peuvent s'empêcher de le suivre. Une fois que les étrangers
soûl arrivés et (jue par des rites appropriés lit communion
s'est établie entre eux et leurs hôtes, lit cérémonie véritable
commence pondant la soirée et toute lu nuit suivante, ou
chante des chants sacrés relatifs à l'aucélro loténiiquo du
moi Le Icndemiiiu, les individus appartenant au groupe dont
il était membre se décorent avec le symbole de leur totem et
exécutent les mouvements rythmiques accompagnésde chants
qui constituent la plupart des cérémonies toléiniijues. tufin
les ossements, i|tii dès la veille ont été apportés par le père
sur lu terrain consacré, soûl déposés à l'intérieur d'un troue
«reux, sur l'extérieur duquel ont élé peintes des représen-
tations du totem du mort. Ce cercueil est porté dans les
branches d'un arbre surplombant un étang et il ne sera plus
touché l'endroit est sacré au moins pour uu certain temps
et les femmes ne peuvent en approcher'.
La cérémonie iinale des Warrant unga' se distingue de la
précédente par quelques traits notables. D'abord tes rites
essentiels des obsèques délinitives sont accomplis, non sur
l'ensemble des ossements'1,muis sur un des os ilu bras que
l'on a mis à part et soigneusement enveloppé il y a là un
phénomène de substitution de lu partie au tout qui se produit
fréquemment; et le choix du radius s'explique sans doute

•'illui, el il «>sluni par une relationotroiloà ce lieusaciv pourlui: fou


noms.'crelonest |i«tïoisdtirivô(ehuxlu*Wurnimungit)tnUr« |»ulrio»
»ixpositionel sul'itnrlton
tumidciililûcl 'léteriiiin*'
•lu.S'itiAinot'ouslitui.-
.Idiislu coiiuiiuiiiiulé SalineT.. p. Mi. Sorthtt» T., |>. *S8
ivli|ii<'ti<o.
m| p. sm, le.i:ii, ]>.nn.
I. Voir[ilu>Imut,p. 73.
ï. Xurllirru T., J). ;i.-iU-i, |i. IT.1.1.
3. I/i ili'si;ii|ition<• nosuiilcurssi!ritètett ci'riaintgroupi-sde la sei--
li.niiinViiliuniilt! île celletribu; i'l. |). 1<»S.
t. Ceux-ci,uu-sili'iluj)ivsavoirHi iiïtin's«lulu sopultuwlomporuire.
siiul<li:|i<is.>ssansi-t'rùiiionie dtuisuni!foilriiiilirrc.snn.>>qu'aucunsigne
«Yt<:rienr di-nali-li-nrprésoiicei»f.p. Mti-Ï.IVut^trefaul-il nllacliureMv
pr.ili,jii«unlail i|im!• louriiiilii'n?* i|uclt|U-fuiseownnvle
sontcnnsiil«n!t!*
liantes htissiiuspar 1rsiint'èti'oslufaitnousest ju.steiin.'iil
>i>'fi'- altuslw
liour le Kton\mluljmii|ueaui|ui,>l appui'IonaU l'indivittudunllos auteurs
•ut vulesoIjS'jucs t-f.p. H\.
l(»8 I.'ASNKB .40C|utiieiV>'K. IW.VJ1HW

par la connexion étroite qui est censée exister entre Vànw


lie l'individu et lut1- De plus le dernier rite funéraire a tou-

jours lieu immédiatement après lu fia d'une sôrio de céré-


monies relatives a l'ancêtre du groupe toténûque auquel le
défunt (ippartoiiiitt, ou du moins d'un groupe de la même
phratrie-. Dans l'un des cas observés par Spencer et (iillen,
la sépulture déliuitivo devait être donnée à une femme qui
avait pour totem le grand serpent mythique Wolluuqua.
Depuis dix-sept jours le radius de fa morte avaliste ramené
s-oleuijcilcineiil duus
le camp et confié il lu garde des femmes
ohurçrûes de le veiller et de pleurer sur lui; on atteudait que
fut terminé le long drame sacré, qui reproduit et répète les
actions essentielles de l'ancêtre depuis sa sortie do terre

jusqu'à sa disparition iinale'. Sitôt ce dernier


acte accompli.
les femmes apportèrent sur le lieu de lu cérémonie le radius

toujours enveloppé; soudain celui-ci leur fut arraché1; d'un

coup de liachc un homme le mit eu pièces* et il eu déposa les


fragments dans une petite fosse qu'il avait creusée lui-métue
auprès du dessin tracé sur le sol, qui évoque le serpent eu Innn

i. \h! im'inu, dii'2 Ii1 s UiubiiiKU.le radius est mis u pur); «prés I» vin-
munie ilnnli*, il sert l'iieort; iliiiis lVxpi'dHion qui u |)uur objet de vengor
Ii' mort il ne sera enlenv i|ue plus lard il rôti! du ivmieil rontenaiil le»
autres os; |i. ôiii. 403. Ce n'est pas seulement «.1j<>z les Australiens que
lu ni'lius est l'objet i|i> représentatiims spôeiales uiusi du'?, ks l'aiious
>lc Hciun (N.-O. ili.' ht .N'iiUvi-llu-liuimV1;.tamlts <|uc lus uiitivs ussi'iiit'iils
sunt r.is^finhlcs dans une cuvornu, les radius des ililWreuls morts sunt
'Itiiiusés dans unu petilL' nmisitii. Nolyns qu'un cuuis de eelle lérêniunii1.
lus hiuiiuiis lixiculi'iit uni.' (liinsu imitant !»» mouvements d'un seipenl
Il s'agit, dit-un, 'le repri-senler lu inuil d'un serpent inirncnso <|ui soluu lu
léj-cnili; désolait autreluls la cmilnie; ef. v. Baleii. ira Tijilscln: a. Imt. T.
t. en Vtt.-Kuiule, XXXIil8SU|, p. îiGTS»J., jlt-2.
i. S'urlherii T.. p. HiS. Un sait i|Ue ilii' les WurrainiliiKa- I'» grou|ie>
loléini'iues .,o!i t iv|iiirtij ciitiii lus deuv pluuliies qui conslilmint la tribu:
il Sfiiihle qu'il exista min .ilid.-irili) ass'-ï «Uraitu mUf l«s ilivws gruupv~
egiiipcisaul unu même phratrie cl', p. £IK, fi. t Utt.
'i. Ct. p. 193 ;·i.; fil! «f'-nx.' fus <n)(rt"4uh.w<)MMam<)Ut'UM IIs.jsti'I,!U1
S|)eni'i.'i' et liilli'ii eurent lieu a|nvs la dcrnii'i'i* ivréinonii' relative uu ~er-
peut noir, six joui!) iipivs <|U>;le radius cul Ole apporté dans le eauip.
4. l'ntir ^iinplilierl'evpii.-ié, nous omettons unri le ^iii^ulier lc:slioiuuii'».
iléron' «lu synil«il« du lolem, se tiennent di'liuut les juuilies éi-urUiei non
loin du ile^sin mi-iv les fe.iMiue.s. à lu iile. runi|ient snus <:utlc sorte
iTarelu; la dernière d'entre elles porte, ilct'i'iurv son dos lu r.idius qui lui
est arraelié lorsqu'elle .«> reli-ve, |i. wll). Il semble que ee rit" représente
dr<i(iiuli«|u«mt>iil le iiièiuu ûvvuumvitti|u'i:vo(|Utt Wdessin huitï; la dispu-
rition di' i'aucCtre sous terre.
.'i. Cet acti! a sans doute pour «IIW do liliérer l'iuif: dn mort itontcnue
l.-ins le radius, du inèine qu'ailleurs la frucluiv du cranc cf. Dubois,
Hitulu Manntts i l«ï«t-, p. $47.
II. HKlflZ. – l.\ HKi'tlliSKNTAriO.S1 COI.I.KCTIVK HB I.A MOilf ID.»

do s'enfoncer sousterre, laissant derrière lui les Amesde ses


descendants1. La fosse fut ensuite recouverte d'une pierre
plate. Ce rite indique que « le temps du deuil est passé et.
que le mort a été réuni » sou tuleni ». Détail significatif, un
tn'~mMmot désigne dans le tangage des \1'ttrrilmuul;u la seput
turo dûlinitive du radius, le dessin totèmique, et l'acte par
lequel les divers ancêtres sont descendus sous la terre-'J,
Ainsi chaque individu rentre finalement dans lo sein de son
totem; et sa mort se confond avec celle do l'uucAlre dont il
est lu réincarnation.
l/.t mort, que consomme la cérémonie finale, n'est pas un
anéantissement si l'ancêtre eu disparaissant a laissé derrière
lui son Ame,il eu sera do mômedu descendant en qui cette âme
a habile pour un temps. Celte croyance se rencontre non scu-
lemeut chez les tribus nieulioniHies jusqu'ici, niais aussi cite/.
les Aruutn, qui enterrent le cadavre défini li veinentaussitôt
après la mort1; à l'expiration do la période intermédiaire,
pendant laquelle l'a mehantait le lieu de lu sépulture ou le
camp des vivants», elle va rejoindre les autres âmes de son
totem, au lieu mômeoù elle a lui bileau temps des ancêtres et
où elle a toujours résidé dans l'intervalle de ses incarnations".
Sur la conditioti de l'aine désincarnée, sur son modo d'exis-
tence, nous n'avons naturellement que des indications assez
vagues, l'ourlant il nous est dit qu'aux yeux «le l'Australien,
un tel esprit est un personnage très réel son image se con-
fond avec celle des ancêtres qui ont donné naissance aux
groupes lotémiques. Gomme eux, il possède des pouvoirs bien
plus grands que les membres actuels et vivants de la tribu"; et
s'il en use généralement pour faire le bien, il faut cependant

I. XurlheruT.,p. 7SOs.|
i. /«<(.. filîot |). 10Ï.
'i. Xa/ireTvibts,p. W7 nuiUnousIrouvuii!» iluustcltu tribu IV*<|iiiva-
Iriilexactilf!isi'i-omli-s îles tribu»se|tteritii<males«><(la <:éiv-
i>Iisim|ui's
ii ou18moisa|irt-slutuuil.'luicumsUlo
iimnii'.célt'IiiV-i' &«Couler leslintu-
• liaKcs dola tombeu; vlloo pour objet« dViili'iTi'i' le ili-uiln «I <!<i'uiii'
.oiiiiiilheil lïiino(|lli!Ivmuinciitest venu poureltr de su Si:|iuii'rtlviini-
'iwim'iililt'S survivants;ibid.,p. ïiOï-ll.
l. l'eiiilaiit t'i'ltf pliiiscIVmiojicirlt1<lic/.li's Aniiiti un nom spécial
illluiitai, distinctil»ri'luii|i)iilé.oifuif lïmied'unlioinmi'vivant,ou l'<\s-
IU'it(IrniiiFitriusMil.,p. !>li, tî55 108.
ii. Lu silmilion(tekolioud'nrigini'ilûturiiiiiK* souventl'ui-ienlution <lu
latomlji!ou ilucaduvruSaliiv T.,p. 4!tî, Sortliern.T., \i. M)8, !iS4 SUS.
<ï. pimr lusWuljiibaluk, llnwitt,op.eil., p 4.'i3sc(.ot VU).
ii. S'm-lhfrit T..p. i".
110 l/AXNliB SilCIOLOCIVUR.tiHtS'tWCtt

se garder de l'olîcuser par une familiarité excessive.Comme


les ancêtres, mais seulement lu nuit, les esprits parcourent le
pays. campant en de certains endroits, accomplissant leurs
cérémonies, qu'ils révèlent parfois, selon les Ami)Ut, ù cer-
tains individus privilégiés'.
Puisque les ancêtres, du moins certains d'outre eux, pré-
sentaient. r;i|>p;m<ticede l'animal dont ils portent lo nom-,
on pourrait s'attendre à voir l'Ame, une tois ta mort uiiicvée,
prendre sa place avec le corps convenable dans l'espèce
sacrée. Chose reinnri|tiable, In croyance que la mort est uni.1
transformation de l'individu humain en animal, selon le
totem duquel il appartient, ne nous est pas sigillée dans
les tribus australiennes"; mais elle se rencontre en d'un très
sociétés, à tel point que certains auteurs y ont vu le fond
même du totémisme1, et elle se manifeste parfois claire-
ment dans la nature des derniers rites funéraires. C'est
ainsi que chez les Bororo, cliiique individu est censé devenir
après sa mort un animal déterminé, généralement un perro-
quel d'un*»certaine espèce; et l'un des actes essentiels de la
cérémonie finale consiste dans la décoration rituelle des os
dénudés nu milieu de danses et de chants sacrés, on les revêt
complètement des plumes de ce perroquet*. Le sens de la

t. XatlrtTribes,p. 613,510,521 SvrthevuT.,p. 450.


S. S'oHIiern T.. p. 150s.| p. Ifl»,p 278.p. 387 certain*uncNressont
L'ons ili'iV's comme ayantili des lioiiiun'.s.
d'uulresnucontrairedistincte-
mentd<-sanimaux,en puilicullei- l.s s.n-ncnUtotemsdesIrilmsdu Koril.
3. Celapnratt.d'uiitantplus iHunnanlifttu nousicnconlronschezles
Wnntimtiiiiiit la rroyitnco<|uofilme peut du vivantmuniedo l'individu
juitti'i1son corpset prendrel'uppaivni-c <l««onfoirai lorsqu'unlioinmo
.•si mort, l'cjprit iluson ntcurlriui-suppu»;estrrnsénWcruuprèsde m
victitiiy pi>ur««voirà <|iielgroupetoU:mii|Ui! on vuvoirsi
il appartient,
l'on ne ili<ruuvn> pusaupn'-sde la siêpuUmv traces
(luc-liiues d'animal
XorlhernT., p. M6-7.
4. VoirTylor,primitiveendure(4*tfil.l,il, p. 230.Cf. sur les Zunis,
Cushina.in Rep.Dur.Ht/m.,XIII,p. tut sij. – Cetraitestparticulièrement
<;névidem-e <'ln;zles limitonsdu Sud: cf. Tlivul,Heconttt.VII. {U4s>|.
lesâmesdes membres du clan t-inigrentapn\slamortdansle]>. corpsd'un
animaldo IVjspècn •ponyme et sm-riv. IIen estdenii'inodanslescm di>
lutiiinisiiioindividuel » cf. sur h»s Tuliiliens, Moi'rcnlioul,
op.cit., I,
p. 4;iM IVspritd'an tnorl revenaitsouventdansle corpsmciiiede l'ani-
mal >|u'ilavaitiiHvn'ppnduntsavin.
5. Nouscitonsce fait, Wenqu'ilne s'agisseprul-iUro pus Ici d'untoté-
mismecaractérisénousne savonspas en cirelsi l'animal sacn5estént,-
nymiî,ni s'il est particulierà un clun. Notonsqu'aucoursde la nrimo
C<5n!moniu un |i.îMoniwjfO Menride plumesdo perroquet repnisonu l'âmn
«lumorten sonétatactuel v. d. Sicilien.VnterrfcnSntunMItern Central-
Brasilien*.p. 904*q.,bit.
II. KEIITZ. – U ttEPIlésmVriOS t'.iil.LK«:tIVK DR LA MOBT III

cérémonie liée aux obsèques définitives apparaît ici avec


évidence il s'agit do donner «il mort un corps nouveau pour
lu nouvelle existence dans laquelle il entre.
Le retour de l'Ame a sa condition primitive n'est pas défi-
nitif aux yeux des Australiens un jour eUe rentrera (tan»
lu corps (I une foinnie, pour recommencer bientôt une exis-
tence humaine1. Le délai qui s'écoule entre la mort et cette
renaissance est indéterminé; il semblo dépendre exclusive-
ment du bon plaisir do l'Aine et des occasions qui lui sont
offertes'. Pourtant on nous signale, chez deux tribus très dis-
tinctes, IVxislmiue d'un intervalle minimum suivant les
Arunla, la réincarnation lie saurait avoir lieu «vaut que les
ossements mêmes ne soient tombés en poussière suivant les
Ontinji,elle se produira lorsque les pluies auront lavéet purifié
les or". Il un taut pas sans doute attacher trop d'importance à
ces représentations particulières, d'ailleurs peu cohérentes:
mais il semble (ju'im lien existe eulre l'état des ossements et
celui do l'Ame celle-cine pourra reprendre place parmi les
hommes que quand tout le corps présent aura disparu. Kit
tous cils, quelle qu'en soit In date, la réincarnation est nor-
millePt escomptée et le rite par lequel la mort de l'individu
est identifiée à la mort de l'ancêtre a pour résultat au moins
indirect de conserver les âmes dont le groupe totémique dis-
pose, et de rendre possible par suite la perpétuité et l'inté-
grité de ce groupe.
Si l'on compare la cérémonie finale telle qu'elle se présente
chez les Australiens centraux avec la fête funéraire indoné-
sienne, un ne peut pas ne pas être frappé de la similitude qui
existe entre ces deux formes d'une même institution. Non
seulement il s'agit toujours de mettre fin ait deuil des proches
parents du mort1, mais eu cequi concerne le défunt lui-même,
l'objet poursuiviest au fond identique. Comme les Dayaks, les
Warrannmga veulent par le dernier rite funéraire consommer

t. Nousne pouvonsentrericidansl'examendes rtglos selonlesquelles


•si centi-xsVllertuorla réincarnation et qui déterminentau point do
l'iilentitijd'unindividu.
vitelotémi<|iie
2. NorthernT., p. 3*.
3.NaliraT.,p. 51b b'orlkernT., p. iijlî.– lVultHrofaut-ilrapprocher
do cesfaitsce.|ii'nnnous rapporteau sujetde la tribu desLuritcha.qui
pratiquelo citmiilxilisinoona toujourssoinîledétruirelesossementsde
ceuxqu'ona tni!s parcequ'autrementles «s se rejohulrak'nlet lesvic-
limesri'Ssuselbii'Stireraientvengeancede leursmeurtriers.
4. SaliveT., p. R07;SorlhtmT., p. B09,p.fcâ»,p. 58t.
1112
*.Y I.anmÎk si.nui.ouiyrK. HW-IHuii

définitivement ht séparation du mort d'avec les vivants et


assurer son entrée dans la communion des ancêtres sacrés.
Cuiuino lesDayaks, les Warrant un^a no considèrent pas cette
nouvelle existence comme éternelle la libération de l'âme
rond possible et prépare un retour ultérieur lie l'individu dans
le groupe qu'il vient de quitter. A «Mo de celte concordance
profonde il faut noter certaines différences lu pensée de la
réiuvnrniilioii semble plus accusée et plus prochaine chez les
Australiens que chez les Indonésiens et en conséquence la
société des morts se présente chez les premiers avec peut-être
moins de consistance et d'autonomie; les Ames au lieu de si«
réunir toutes dans un village commun, se trouvent dissémi-
nées à la surface du territoire tribal en un certain nombre de
centres délitas1: enfin, nous n'avons
l'orrélutivement, pas
reneoutré. chez ces tribus la sépulture collective des os- Lu
réunion des morts avec leurs ancêtres ne s'opère ici que d'une
façon mystique; ce (lui s'explique peut-cire par le caractère
Hou du groupe totétnique australien

1. l'iiurluiil i-li.-z lis \Vurruiiitiii),M. li<» foyoïs


tntùiuli|ues présentent un.-
ii'rtuiiii- ciuii-uiitratiun un.' ix-jiUm liuiltvv, parUVuuïwineut accidenté.
(i.'irult nvuir rli"' li- Iiiiiiiv nummuidi- divi-rs uuriUresk>t«iiii<]ui>s-, JVov-
Ilm-H T.. |>. iMl. Il n'y 11 pu« Juin du c.-tt.> rcpruViilalInn a celle d'un
.jDUtsoulormin fl i.illiTlil.K.j morts lu* Aruntii i-mii-nt
que l.-s i-sprils
n'uiiui-ui pas le froid ilv* iiuils tl'idver, qu'ils liassent ilans des cavernes
.<uiiti'rrainvs: Xatltv T., p. ;il."l.
î. l'uiilflii' y a-t-JI Milra li-s iluux lails plus
i^'un.; virui- «onVdutioii, i-up
m pi-ui si- ili-inumliM' .-i larluv; i|ui si-H ,[,.
sOpullum dêliultirt- aux os
du mort, rliux lt>> ltin!iiii|!ii par i>xt>inple, n'rsl
pas, ou n'a pas t'tO, colui-
l.i iiii-iiii> i|«i sert i\v rûiïiiuuru à l'Ann> du mort;
pmr 1111fait nuiiluKlii-
n'Iuliliiil .li'-p.M du pivpiiu- U|iivslueiiviiiicisi.m. vt. SarUern T.,p3il cl
l'razor. in Imte/H-Httntl Hcrifir il'JUi., |>. 211. Nulous r|m>,dira les Àfuntu
la suivie (I. «.no» dos iiiici'livs isl li, i lu eoiiscrvallon d'ulm-N
.M.iV-s purinut .le» inai-.|iu-.s les Clmrinfsa. fpiils cette lais*
tli-mi-n- uv. au livii nu il s»nl .lisparus pour servir de ili>im>nn>à li-ur
«>pm iliMiuciinit- cf. Stithv T., p. lïi s.| p. Vlî ff.,Xort/icm T,\i SjH
p. iti.7: or l.s i.i ritui-ll.-ii.rnt ,i,in,,v.s ^.||,K.|)t ,|re ,|ilns |s
tnijuspi,
-.•plonlnoniil.-s IV-iiiiviil.-til ,iu Cliurimtu: ils <:on.-liluctil le corps drl'âun-
di'siiiciirn.'i- ils sont su.-iv, imiv nus.-i rt
n>ci-l«ul un |nitmiir tiiauliine v\
f.Tlilisai.!ur; ibul.. p. ïi3l, p..Uti. i; tous i-as. !• rili- linul Wurramniica
a pour ubji-t.IVllwlu.-r. uu iimius
le «j.Wil ,)u ,.iU|jus ttu
1.
••l'iilii! (i>tt-iiiii|iit<loi-al.
:i. l'ouï- ûludicrlu i-i-iviuonii- finale ix.
l'aracl.-iv lot.-itii.jne nom ne nou>
Miiuiiifis uccupi- .|iie- il.i Aii>tittlieii.<. mais ujiu c:ëivm.,ni« unalituun n (ait
xisliTclici! l.-s uutr.sp.-Hp|s|oU;iiiis«nts: cf. surlfts Tlinfcit, Krausi- Die
Ihlmkit, p. 2:ii-S: .laiis une fêtir terminât'- eu niomicur du
mortl'Ii.'ili-
apparaît ruv.-lu iliv iii.-iKji.s di- son kik-m Ou dulmrs uu lutinbie de la
liim.llo fait alors culuiiiliv leeri <l.>ranimai
sucré dus osclav.-s
-.ut sacrifies, on fliimte ruriKiiK* >\v la famille i-t !«lamlisciue |Wn(s toits <!>>s am-A-
1l't'S,
Il. IIKIITZ. – LA HRl'HlisKNÏATJO.V
<:aM.BCTIVBUK (.A MuRT 113
1
Si la réunion des ossements du mort à ceux des ancêtres
n'existe pas duns les tribus de l'Australie centrale, elle n'en
constitue pas moins, en général, l'un idesactes essentiels de la
cérémonie litmle. Les ossuaires, dont l'existence nous est
attestée par (le nombreux ethnographes, appartiennent le plus
souvent à In famille on au clan1. « Vivants, une seule maison;
morts, une sente tombe », dit un proverbe malgache qui
exprime un sentiment répandu et profond Les Clioctaws
estimaient criminel et sacrilège le fait de mêler les ossements
d'un parent avec ceux d'étrangers, car ceux qui ont mémos
os et même chair doivent être réunis1. C'est pourquoi tant
de peuples considèrent que le plus grand malheur qui puisse
arriver à un individu, c'est de mourir au loin et d'être à
.jamais séparé de ses proches; et l'on fait les plus grands
efforts pour ramener ses os dans la terre natale et les joindre
à ceux de ses pères1. 11semble que le groupe se diminuerait
lui-même s'il admettait que l'un des siens prit être retranché
d'une manière définitive de sa communion.
te rite de la réunion des os s'éclaire, comme l'a montré
Mriuton1,si on le rapproche de la coutume, très répandue en
Amérique, de rassembler les os des animaux tués à la chasse:
le motif parfois explicite de cette pratique, c'est que « les os
contiennent les âmes des bêtes et qu'un jour lis se revêtiront
à nouveau de leurs chairs et repeupleront les prairies, » Les
ossements humains sont l'objet de la môme croyance ils
nontieuneut le germe d'une future existence et doivent par

i. Cf.Kioilel,Sluiken krotsharigerussen.p. 267;v. ttalun,op.cif., p.


:;f>7-8:Sal. Millier,op.ci/ p. Oï, "iî Kusonberg, op cil p. M»,«11,417-
« Tumer.Samoa,p. H7 Verguct.op. ci/ p. m-'J Kilis,op.ri/ IV,
Il. 30U;Maweiiliiiul, I. p. tOl-ï; Cutlin,Notes,p. 81)s.j. Swun,.V.-1V.
roasl,p. l'Jl-S;(ialib,l'roc.4m. l'hil. Soc.(l«76i.p. «7 «q.: l'Iûiiuii'lier.
i» AuslamlftxSfy.p. 43: Cnvauv,Voyages, |). 64S,dOI-i;Datclivlar,in
tiilanan.Anit Itt, |>.30-,Urendlilii-r.
op.cit.. p. 2i5.2iT-i>. l
Clii'z esCliow-
«irest,tousceuxqui portentlu iiiemunomtlufmuillcsont ivunisdanslu
iiH'inc sOpullUj-cHuilile,op. cit., p. 93.
3. Standing,in Anlanan.An».(ISS3J,VII,p. 73,
3. Aduir,Mat.of tlitAmericanIndiansilï7S|,p. Iï9 sq., p. 183.
t. Cf.en particulierSliiniling.ikid. Rosuian,op. ci/ p. ÎH. p. 476:
DobriziiMirar, IIMoriu de Abiponibw, p. 898-7,MO;Catxet,Tniceh(«»«).
il 400-3.
b. Mylttsofthe Sew-WorUI, p. 239«<j..
•'•.Brinton,Mit., p. 2i>isq. Murcoylin Prouss.op.cil., p. \(6)sur!».«
Mesaynils (iviumtrendraitdo la (urèloù sontdéposéslesosde peurque
lïuni;libûréun'eutrodans Jourcorps.
– Annéesoriol.. 190S-1906.
I- Dvhkiikim. 8
Ili.1 I.'VNNKK sOCIOI.OClyl'K. l'JtlJ l«0((

suite être gardés précieusement en dépôt comme uu gage de


la persistance du groupe. L'ossuaire du clan, en mémo temps
qu'il est la demeure commune où se rejoignent tes imeôtres,
est aussi le réservoir d'âmes d'où sortiront les descendants.
Mais les ossuaires collectifs ne sont pas lotis familimix,
et les secondes obsèques ont parfois une portée qui dépasse
do beaucoup les limites du groupe domestique. La caverne
d'Aluni ipe. dans la région des sources de l'Orénoqui', dont
Alexandre de llumboldt a donne une description célèbre,
contenait environ six cents squelettes, enfermés dans de» cor-
beilles ou dans des urnes de terre; c'était « la tombe de tout
uu peuple disparu ». Domême uu graud nombre des tumuti
et des « fosses à os » que l'on rencontre en différentes régions
des lïtats l'ois semblent bien par leurs proportions avoir
servi du sépulture déliuilive îi des communautésétendues/; et
cette conjecture est continuée par divers témoignages histo-
riques.
(Test ainsi qui; cluicuno des quatre nations qui composaient
la Confédération des durons avait pour coutume de rassem-
bler périodiquement les restes de ses morts dans une fosse
coin mu ne. Cettecérémonie, célébrée tous les dix ou douze uns
et appelée le « Festiu des âmes », était, nous dit-on, « de
toutes les actions des sauvages la plus éclatante et la plus
solennelle ». Chaque famille en temps utile exhumait les
restes de ceux de ses membres qui étaient morts depuis la
dernière (été; les ossements étaient dépouillés des chairs qui
pouvaient encore leur être attachées9, revêtus de robes neuves
et ornés de colliers de grains do porcelaine ou de guirlandes;

t. V. llutnhnklt,Annichlen dey Salitr i,l8ïfij,I, i>. ÏH~ ecrlttintu


nritessemblaientcontenirlesns du famillesentières.
2. S'juipr,Atutrigituil monument* of the Stalf uf Xeir-York, p. 01nc|
p. 133-130: C. Tlimiiiis, m Hep. Httr. Etlm.. XII,p. ff!3 s.| p.,'>39;Yur
row,op. cit.. p. ll!l, lit). 137.lil; Kavllle,in Amer.Anthrop.(I8W;,
S.. I, p.Sr>U ~i|. l'rcusi, op. cit.. |). 101,p. 30.| il.mscurluins(le
i:i'Sos.suuir.-s on h trouvé plusieursccnlaine»de ts<|uelett«£. Kofait <|U<'
le tlvpAldes(rss.:inen(s ïvpullurescoininunc*
iluiisitu.s n'a eu lieufin'upns
la ilcssiveatiim est
aclivvî-c siiscuptihlo d'être ilùiiKiutré.uumoinsilansnn
yramlnmiiln^ili'eus positionrelativeni «li'Curalion «lesos,pctilusso exln1-
iiiodes ci.'ti'tioiU (qui n snsriti! la léifcndc d'uni) rucu iiygim!» û loiiid'
etc. tantôt li-sossi.-menU étaient entasséspMc-môlc, tuntAtils «Huicnt
rassemlilûs, et disposûssymétriquement.
i'iivi'lt)|)|«â
3. TanU>r<>is pour lescorpstoutrécemmont enterréset que la diîeonipo-
sitionn'avait p;isenvoroattaquûs,on su bornaita les nettoyeret a les
couvrircl» nilws neuves: ils étaiententerrestels quelsau fondde la
fosseroinmunc.
II. llltllï/ – U «Bl'ttliSKSÏATJON CULLKCTIVK DE h\ MotlT J|!i

puis, nprès une cérémonie domestique', ou se dispoRait à


gngiier le rendez-vous central, souvent très éloigné. Ce convoi
funèbre n'était pas sans danger; car les ossements desséchés.
Hue l'on «"('signaitsous le non d'Ames, constituaient uu far-
deau redoutable qui pouvait causer aux porteurs un mal de
coté pour toute leur vie, s'ils noprenaient souvent la précau-
tion tl'« imiter te cri des ànws »,ee qui les soulageait grande-
ment. 1> rite (iual etu.il. célébré au milieu d'une alltueuce
énorme; les chefs, au luitu des défunts, procédaient il une dis-
tribution générale (te présents dont les étrangers invités à la
fête recueillaient utie liirgo part, car outenuità leur faire ndini-
rerhi niugiilllueucodu pays- Nous retrouvons ici, sous une
forme saillante, un phénomène que nous avions déjà constaté
chez les Indonésiens la cérémonie finale présente toujours
un caractère volla-Lif pnmoncn et elle supposé une couceutra-
tion du corps social sur lui-même mais eu ce cas ce u'est pas
lit (iimille ni même le village, c'est la nation qui intervient
directement puur réintègre1!-les morts dans la communion
sociale3. Cet nclo prend dès lors une signification poli-
tiquev en mettant, en commun tous leurs morts, les divers
groupes domestique» et locaux qui forment l'unité supé-
rieure prennent conscience des tiens qui tes unissent et par
suite ils Ics eiitrolieauoiil; eu constituant la société des morts.
ta société des vivants se recrée régulièrement elle-même.

1. Ellut-tailsuivit1 il'uni'lïl'1i'uiimiuih'<ïluull<*villnm% otîeitejiavlu


aux inorl»ivunisttuiislu » j.'niwl<culmiu- laiV-k"
•Ih.'I' ci'iitralesniilili'
<"li-fl
vi-iiuusu prolfcrsur ces ft'lest»caractvivdmnesliiiuoou local.
S}.l,usfaniiUi'ii desmortssurtoutï.iisiiii-nt li>sfrais de ces largt'Sjt's. On
tlisll'iliuuituuM>i (leslaiiilX'Utu «lôi-oupôs dansles rubi-s<|iii avtiifnlnsi-uu-
vt.'i'tles os: ils |ii>.s.<i:iluiui)t
tlt'svertusiniifiiiincs .|ui les rendaient|>iv-
.ri.'iiv. <:f.Hivlictif, HvInlUiu île In S'otmlh-Fniunt iUBTi,II, |<.liï
"|. l.ulilau,itii-untk'1 .S«ki«</c.ï .tinéri<iiiriins -J'ii1, II, p. UG-<:>T;
in
Hmiti'i'. .-l/i»/l<7>. ('(tiHttlianlits/il. TuruntoilK&l,|>.h si|. Ji>ivrilde
HivliiMif s» i-H|i|i«rt>!
utu Atli^nuotii'ntaii.'i,nu Nution<)<> lUuis.l'uni-uin-
u
.-unililnblnl'lff ticsAutos »v\\eilo«Ii-Mi{uuis i-llusCliortaws.vciirYanow.
– Li-ritc.tlola ilisliibutiiili
cil., [>.Itiîi-IT.'I. (luradeaux lursdolal'ùd-
l'uutirdiit' ml paHiniliviomi'iit nivenluO chezles Imlicnsdu Nonl-Ouotl ci
U'ilvsi|uiiuaiiv (iccidviilutivKrattsi», o;i.cil., p. iî'J; Jaivjljsc»,op.vil.,|>.
iS\»s«|. (NeUiui, «/>.cil.. | :i((3 si| Varniw,op.cit., p. 171s<|.
3. Notons«|ut!lecaracliTo collvdifdes oltst'qurslinalcstmxlifiu le moiiv
tlf ci;tloiviitlùiîr.ilioncar Ut mt»rl»vl'nnopériodedonnùasonl nHinis
nonauxautresmurU,maisfiilrceux. U>si>hsdu rilc est évidemment le
iiit'ini'.
t. l'n!ïisi*i»entlors in la l'iHcdontlu ivlaliminous a vtê transiiiisi',
dos (iissrnsioussVUmil proituilt-soutradeuximilics il» la nation,l'uni1
iIViiIix> «Ile»,diiihiiimiimilà l'usafii',s'abstintde participeraluevrémonit-.
110 I.YvXKK miti-iMW
S(H:i(il.(i(itoCR.
Pourtant des causes secondaires peuvent avoir pour eflwt
de modifier la nature des secondes obsèques. Les os des morts
sont eu général revêtus d'un curactère sacré et magiquement
clllcace; ils sont « chauds de puissance spirituelle1 ». Aussi y
at-il lieu de craindre que des ennemis ne violent lit sépulture
familiale pour faire servir Ii leurs desseins hostiles les éner«
gfieBrenferméesdans les ossements une semblableprofanation
constitue pour lu famille la pin» des calamités'. D'autre part
ou peut espérer qu'en gardant les restes des morts auprès de
soi on s'assure uue précieuse réserve de forces bienfaisantes.
Cette peur et cette espérance font que les obsèques défini-
tives consistent quelquefois à rapporter les os dans lu mai-
son familiale 'ou ù les distribuer aux parents du mort qui les
porteront sur leurs personnes. C'est ainsi qu'aux Iles Aiula-
inan il est rare de rencontrer un individu adulte qui n'ait
point sur lui au moins un collier d'os humains; ce n'est pas
là un simple ornement, mais bien une défense contre les
entreprises des esprits malins1. Le contact est même parfois
plus intime car diverses tribus de l'Amérique du Sud cul-
cinent et pulvérisent les os lors de la cérémonie finale pour
s'en frotter ensuite le corps ou pour les avaler avec leur bois-
sou. L'explication donnée par cei-tuiiis Indiens est intéres-
sante comme ils croicut que l'aine réside dans les os, ils
espèrent, en les consommant, faire revivre le mort en eux1.
Très fréquement, de même qu'en Indonésie, les secondes
obsèques sout l'occasion d'un service destiné à donner à

1. Cottringlon, Melaiitsiuim, p. 261s<| cette«pressionprovientîle l'Ut-


lieSua.
î. On prûvient<|u<!l<|ui!luis r* danger "ii tenantse«rMola sépulture;
cf. Coiiiiniitoii,
ibitl., p. il»; Kllis,l'otijnex.Hts.,I. p. 405;Mn>ronliont,
op. rit.. 1,p. 1)51-6.
3. Cf.Kncli,o/».cil., Il. :il Uutnillu,Histoirefie VOrénooue i(1758),
»..I
p. 310.
4. Mun,in Journ. Anlltr.lus/ XI, |>.8«,ol XII,p. 146.Il y a un ron-
trosti!caractéristiqueentre l'abandon siimtrooù est laisséle naduvre
pendantla périodeinteriuikUairc (rf. plus haut p. 8ïj et lu vonlaclfuini-
Ileccl bionlaisunl qui; l'un n uvi'Clus ousemcnU aprèsla fiMe.– Cf.sar
les initifâ-nesdes Iles Sandwich.Giiniplitll.ap. cil., p. 200-7et Mariner.
op. cil., tnlrud.,p. l; sur les Caraïbesde la (juvan»anglaise,Hicli
«cliomljuigk, itetstH,]], p. i3i.
6. Cf. sur lesAnui,|uesdu Sudde rOrênui|Uo, W. Iliiluigli,in Ilelatiou
<letVoyages de Corëal (1742),II. p. 201;sur lesCaraibosdu la (iuyano
rrançaiso,Biel,op. cil., p. 3!>2:de Nmiville,in Mémoires de Trtlvotu-
{i'ÏS),XXIX,p.448 surli's Juiuanuiol les Tueanos,v. Murtius,Oeitrûg»
sur Ethnographie Ameriltb's,p. 485,p. 599.
H. IIKHH. LA HKl'RfeBSTATIOXUIJLUÎCTIVBUH L\ UOIIT 117

l'Amela paix et la béatitude. Il y a un lien étroit entre l'âme


»t les ossements'; et les rites qui ont pour objet de purifier
ceux-ci, de les décorer, de les vivifier, de les conduire enllu
dans un lieu consucré onlleur contre-coup sur la condition
de fàine. Maisde plus des iucantaliotis spéciales ou des rites
d'un caractère dramatique tendent directement à fuire sortir
l'Ame des prises de la mort.
La cérémonie observée it cet eilet pur les Insulaires de
Malmiag est particulièrement instructive l'âme, pendant
les premiers temps qui ont suivi sou arrivée au pays des
morts, est restée une sorte d'ombre inconsistante l'âme
d'un ami, mort antérieurement, l'a accueillie et cachée. Puis,
la première nuit d'une nouvelle lune, elle est introduite
par le môme ami dans la compagnie des autres Ames; celles-
ci lui assènent sur lu tête des coups de leur masse de pierre.
Le nouveau venu devient alors un véritable esprit et est
ensuite instruit de tous les secrets de l'autre monde. Eu
assistant à cette transformation, (lui est naturellement jouée
sur la terre par des personnages déguisés eu esprits, les
parents et les amis du mort se lamentent, car, disent-ils,
« on est eu train de l'instruire, il est maintenant un véri-
table esprit et il va nous oublier tous'. » Ainsi c'est à ce
moment que la séparation entre le défunt et co monde-ci
se consomme définitivement; et il est si vrai que lu mort
nalurelle n'avait pas sufll il rompre les .liens qui le rete-
naient ici-bas que, pour devenir un habitant légitime et
authentique du pays des morts, il doit d'abord être tué. Bien
que le mot ne soit pas prononcé, il s'agit ici d'une véritable
initiation et, de même que les secrets du groupe ne sont
révélés au jeune homme que s'il a surmonté les épreuves
imposées, de même le mort ne peut passer de son état misé-
rable à un état bienheureux, il lie peut ôtre promu au rang
des vrais esprits, que lorsqu'il a été lué selon le rite et qu'il
est né de nouveau. On comprend dès lors pourquoi le grand
voyage de l'aine est généralement conçu comme difficile et
périlleux, pourquoi les prêtres ou hommes-médecine cliar-

1.Ci-lienontuvUviiivntiimii|uOdansun contuhindoumoderne(cf.Mo-
nierWilliams,in UMcnbcrç?, op. cil., n. «fi, n- I) lefanWmn il'un mort
l8i«s«suiissi'-pulturu
tourmente-lesvivantsjusqu'aujouroùun« cornullle
train*au (lanit»si»ossements:alorsUoiiUm cOloste.–
dansla Ixkillluile
a. Calanil.Mlintl.Totengebr.,p. !»"•
S. HeportCumbr.Anthmp. Kxp,,Y,p. 35.1s([
H» l/\X.\Bi: SOCIOLOGl^UK.l'J0:i-190«

gés de conduire l'iline sont obligés do tondre toutes leurs


forces vers le but désiré, pourquoi eulia les assistants «tten-
deut le dénouaient avec anxiété. Non
que lu groupe puisse
douter vraiment de la délivrance litiulu; le rite établi
dispose
à ses yeux, pourvu qu'il suit ponctuellement suivi, d'uue
ellieacité irrésistible. Mais ces angoisses mêmes et ces efforts
ardus sont nécessaires, de la môme manière
qu'il ne saurait
y avoir d'initiation sans souiïrauces infligées et subies les
épreuves imaginaires que l'Ame rencontre sur sa route vers
le ciel constituent un véritable sacrement
qui a pour ellel
de régénérer le mort et de lui ouvrir l'autre monde.
La cérémonie finale transforme donc
profondément la
condition du défunt elle le réveille do son sommeil mau-
vais 1 et le rend apte à vivre de nouveau d'une vie social» et
bien assise. Dune ombre errante elle kit un « l'ère' ». Cette
transformation ne diffère pas essentiellement d'Une résurrec-
tion véritable. Môme,clans les mythes et les contes, où l'ima-
gination collective se donne libre cours, les deux phénomènes
se confondeut souvent une haleine ou une
aspersion vivi-
fiantes sufïiseni pour reudre aux os la chair et
l'esprit11; les
morts se relèvent et reprennent le fil de leur existence inter-
rompue. Mais dans la vie réelle, force est bien d'accepter le
fait irrévocable. Quelqu'iutenseque soit leur désir, les nommes
n'osent pas espérer pour eux-mêmes « une mort comme celle
de la lune ou du soleil, (lui se plongent daus les ténèbres de
l'Hadès pour se relever au matin, doués d'une
vigueur nou-
velle ». Les rites funéraires ne peuvent
pas aunii 1er complète-
ment l'œuvre de la mort ceux qu'elle a atteints reviendront
à la vie, mais ce sera daus uu autre monde ou sous d'autres
espèces.
L'âme n'est pas toujours tenue
d'accomplir un stage au
pays des esprits anceslraux avant de pouvoir rentrer dans le
corps d'un enfant. Parfois la réincarnation a lieu immédia-
tement au sortir de lu période funèbre'; et souvent l'une
1. Voirplushaut,p. s;i.
£ Selonla croynnc.hindoue.!••mort.•sid'ilionl un
'il-, '• il nVntivra<|tj-<ipiv< prêta, un mivmin
un i-erlaintemps tiam lo mo.ul.> il»,
lilaw.U. Cala. !'ber 1·i~l
Arc.|». a *j.; OUtoiibcrg, Tufrnuerrhruu~
Grieïuï~enrlen·Inrlugerurarr.
.tu IVW«,
IMi<,i,,H p. 473sil.
3. VoirBrinion,U,/tl,*oftltr Seu-WorH, p. ïi»; cf. |>MOI,TraKIi'.nt t
iii'lKHiie»,p. 37.p. Jjù. p. 101 ,1,. BmirboiHH,l'opot-Vuh, p. 173-7.
i. Cf.Whito,Ancien! hisloryof the Maori,II,p. <JO.
• fi'eslle cas, par exemple,chezles Aliclmsostandis
(jun ceilaiin
II. ItKHTZ. I.A HBl'BÊSKSTATIO.S
CULI.ECTIVK
DKLAMottï 110

dos Ames, colle qui est directement liée nu corps, peut sans
aucun délai déterminé, ômigrer dans le sein d'une femme
et revenir uu momie; lu date de cette transmigration
supposée
semble dépendre seulcnieut de la naissance d'un eu f mit dans
la l'ainillo à laquelle appartenait le mort'. C'est ce qui ressort
de la règle suivie pour ta transmission du uom chez divers
peuple», eu particulier chez les Esquimaux: lorsqu'un enfant
vient à naître, un lui donne le nom do lit dernière
personne
morte dans le village uu d'un parent mort au loin. Cette céré-
monie a pour effet de faire passer daus le corps du nouveau-
né le nom qui jusqu'alors était resté dans le voisinage du
cadavre; elle s'appelle, dit un auteur, « la réanimation ou la
résurrection du défunt », et elle assure la paix do son âme.
lui moine temps, elle soulage de leur deuil les parents du
mort qui voient revenir sous uue tortue nouvelle celui qu'ils
oui perdu. L'enfant est en effet l'incarnation vivante de l'iudi-
vidu dont il porte le nom il est censé hériter de ses talents,
il le représente aux fêtes des morts'. Aussi longtemps qu'il
u'u pas commencé m nouvelle existence, le nom du mort ne
doit jamais cire prononcé k cette interdiction se rencontre
aussi chez les Cliiuook, mais elle prend fin avec les obsèques
définitives11. C'est qu'en elïet l'imposition du nom du mort a

il'ciiire eux ci'uii'iit i|Ui.' J'jnio ilt-livrûii pur lu ff-te ,lu ijuaraiitiùm» jour vit
ivjiiiinlrc Dieu, d'autres pensent i|uVlli' passe dans le rorpgd'un enfant n>-
iv jour-là, v. lluliii, llitrfcr aux ilem Kuii/;amii; p. 'il-li.
l, l'clilol, Trtulilioiis indiennes, [>.275 sij.
i. On suit que le nom n'est qu'une de» espt-ces (le l'Aine.
3..Nelson, o/ cil., p. ÏH'.I, 37I>,\U sq., 490 Rink, Dunisli dreciihiml, |i.
200: Crdiilz, llisl. of Vreenlamt (l6iO). t, p. kl), Uî; liolui, in Meildeleher
«m tjrontuml, I. X (188»), p. llt-ï, Tiî-3 Nuiisto, HMmolife, \>. iiS scj. ô
évite ini|)i)sitiuii du iiuiu est ubiiiiatoiiv; si l'on y n>au<|ue, ito mauvaises
i'uuM:i|u<>ncuitun ivsiillumnl pour l'uni'uiit. – Cf. sur le* Cbi'Wfatu*, v.
llulm, initierait» d. Kaukasus, \>. ï\i s< lorsqu'un enlit ut d'un uu ilcuv
ans ml muliiili', la famille l'onsullo une iiOuruinunoiciiiiv puur savjir
i|ui;IIii est l'ùnii' ilunt pnjiéilr li' mal: on donne alors an nml.ule le nom
(lu mort (sans doute iluns 1 inlenlion de nuvillurcu ilurnii'f en Uvlivraul et
l'iiiftiuil rvrivri'suii Aiiiii-nuni'. Cf. l'elltol, Itryiun du nmnd laedex Ours,
p. i" Krausu, op. cil., p. SSî.
i. Cmulz, lue. cit.; pourtant ru loinoigiiapi' u.<t cunlrvdit, sfiiilile-t-il
|>>irllulni il. lu Un du deuil lu nom nVsi plus prunnn<:«;. S.Idii llink, si
i'iiulividu vil murl peu de (onips avant la miiss.-tno', ou dans <los rnndi-
Uon* parliculièrtrnent jx-nîblfs. son nom iu> pourra pas Mire pnnionix- sans
niressili! on douiic à IViifanl un autro nom puur liu-u^e journalier. –
Cf. Jacubjon, op. cet.. p. ST.
S. Swan, ti.-W. Coa.il, p. 18'J. – La dunV du tuliou, .vliviiiOiin'nt ^vnr-
i;il, i|u) concurn<>le nui» du mort i'st le plus souvi-nl imléliniv loulefois
iâO L'AMfKK SOUIOLOUlgLB. l'JUi.lOOtl

un nouveau-nééquivaut eu un sens Ii la cérémonie


8uule
commecelle-ci,elle pacifiele mortet le rend Iilit
vie, met.
tant uu termeau péril et au tabou funèbres'. t.
Kousavonsvu quentndonésio littête qui termine les rites
funérairesrelèveen même temps les survivants de
obtint
tion du deuil, ce fait est régulier. Le contenudes rites
peu)
varier, maisle sens générai ell est fixe les parents du mort
sont déchargesde la propriété dangereuse
que le mutheur
leur a attachée, et reçoiventun «
corpstlouvettu=r,,tel (lUI!
ta vie normalel'exigej ils se séparent
dèllllilivemeutde la
mort et des puissancesnlauvuisesy rentrer do pleitt
droit dans le mondedes vivants'.l, pour
L'institution des secondes obsèques, dont nous avons cher-
che it montrer ta signification et lu subit fré-
queiniiieut une régression
Dans certaines sociétés.
il subsiste des traces non
équivoques de la coutume origi-
uale les par un
exemple, certain temps après la

&liez les ,lrunlu, upWla Cl:r":lIIonll1'lui tiiet lin au deuil, l" nom
~J: (sauf peul l'II'"
groulrcs dc parents,; i 1)II0liCIII' ..t
Gitlen, 1'atire TriGex, p. Cr9tt.
'.Lit 1It!IiI'MInCI! de 1',hlll1'IIIIIIIIII' i- fait
dans Un '= pas toujours par l'incarnatiiiii
i-liez di\I's tr'iI,u~
s'agit (I'Uit ctu·l ou d'un 1)lu1iculi'\I'CUlonls'il
ilietiligué, le ,“. alirés Nro resté uli
{'erillin tc.ps l' "lw!l'cli ).u.)a~ est liat- le nouveau elier
ouI)III~ (tuellgu'ittiti-0 t-ela s'appelle" rt!ssuscil"I' 10 cléfant lé-
vivant est dr?,urutuis cllusl, 1'01111111'le 111111'1lui-itiétiie et il entre duu,
luus ·c~ tlruit.. citez les
h-u<]u~ c.-(tf tynstnigrution du nont c)otijig-
lieu .““. grundu t. l'un cé/HJI'1! lurstlue
sont T'f' de la fttitailit
op, rfl., Il, le. t3t: Ol"euf, op.cit.. p. 92,. pour
Ivs 'l'Itnkit, cf. Kniuse. op. (-il., p. l3l citez les ,\1/(01i1IUI1I5
S(I, %lui-
tiuaL~it~,1(.~persotinage (lui, de III 1.r(,.Ilàonie liliale, Mtch.d'en.
pa)'s "5 uturta. ujoute le nomdu mort au sien
~cllte dl1sorlUui~ le ,IMunt et rellllJliI ."5 devoiri
Folkdore of tlle llexgttetkie liediaetàr, 8;<.E. 1"umitltr;cP. 0\1'11,
p. lin ce (-as la fi tuurm-etioiii
du 110111et .1,r.du.n uu tutys des utorts sont tÏ(roilclI1cul
liees.

(:ud~tntul,Iluyua.p 'M" l'1!sultal en admilllslrant tlUt


paretitsitu iiiiirt )))4. af « tttvdecino
bons 1!IMs du .s.c.i.i. »1I1I1[li'IUI'ou en ffur Iusllranl 10'
et. JUllud, lta.ltrm~«, p.
liutt tt utt cuytt~te « tt ~urrl-lix!rtu 6~. AL~
C'rtp 1 UI' p.Mtt.5C5
3. Le rituel iiin(tou piescrit tl'ilever une liierre qui pruti,go les vivants
p. 51'I'I'ede larrürc entrc III m01'1et
cf. Catand, Attintl. ~<<
'1. 1.12.
cf%'1h~ fuurilissent un exemple typique ,le
cf. v. Ilaltn. np. cit., p. cette réinte-gratioli
1). !28 = s utkru au milieu 'ei..k.M.
joie colluelh'e; 011 chan~eettlan:c, "II ;¡'elllhl'Usso.
qluiàutlautre moment
paraIt scandaleux.
5. Cf. plus haut, 1).mi.
H. IIBHT/ – LA REl'HÉSKXTATKI.V
COI.I.ECTIVKIHi I.A MUHT 121

.b .o..t
t.t. t. a
mort, ouvrent
te sarcophage qui contient les restes ilu
défunt; ils »e borueut à les contempler, sans oser encourir
le risque et la souillure qu'implique le contact du cadavre
après qu'un repas a été oflert aux dînes, le tombeau est pour
toujours refermé Chez d'autres peuples, le dernier rite
consiste à fouler auxpieds la tombe ou ù la sceller par
l'érection d'un monument funérairo alors seulement te
mort entre en pleine
possession de lu demeure qu'il ne fai-
sait jusque-là qu'occuper. Ku d'autres cas, ces survivance
mêmes ne se rencontrent pas la fôle n'a plus pour objet
que de terminer la période funèbre de mettre Du au deuil
ou de pourvoir définitivement au bien-ôtre de l'âme désin-
carnée. Mais ces fonctions, à leur tour, sout enlevées à la
cérémonie finale ou perdent de leur importance. 11 y a,
nous l'avons vu, solidarité étroite entre le corps et l'âme
du défunt si les véritables obsèques ont lieu aussitôt après
la mort, on tend naturellement à assurer dès ce momeut
le salut de l'âme. D'autre part, le deuil
a changé de nature
et de sens il lie s'agit plus pour les survivants de marquer
leur participation à l'état présent du mort, mais d'expri-
mer un chagrin considéré comme obligatoire. Dès lors 1»
tlurée du deuil lie dépend plus des représentations relatives
au défunt elle est déterminée entièrement par des causes

1. Politol, Région du grand lac des Ours, p. MU m[. Tradition*


indiennes, p. 871-1 Cf. Aldeti, in Yarrow. o\i. cit., ». loi, sur lus tîrot-
ventru* lu cadavre est luItsC sur la plate-forme où il a t:li! f\|>ost;; juiuul*
|>lus un n'osoru y touclior ce serait mauvais [bail médiane),
S. Par exemple les Caraïbes il«'SIles, de ftoHicforl, Histoire des Antitle*.
|i. iiOii«).; l'roU8it, op. cit., p. 10-20.
3. Cf. uux lies l'olau. Kulxuy, in Orig. Miltt., El lu,. Abt. d. K. Mus..
Iterliu, 1. I, p. 10: la cûnimuiiiu a lieu au lioiit de iuu jours, ù lu dn du
'li'itil a Juvu, Cruwfurd, Ilinloiy (IXjOj, t. \>. Ufi à Toiif-'u. Uiifsslfr, ïml-ee
Itildrr, p. :<3ï. IU|)puli)ii« l'itiiaKo encore. o))s.'r\v par li-.sJuif< cli-n'Olcvor lu
|iii'ir<> lunibttlo i|u'uu bout d'un un après la inorl. – l.u rurnivlun.1 riluvlli'
de luiimUuii du tiKirl, citez les lianiou* ilu Sud, u la wi>mv signiDcatiu»
.Ititiml, op. vil., p. M, bu-, Ik'clii, Titre* yean, p. SU m\ cl', ilu Uliaillu,
Voyages el Aventures, p. 208 n\
l. Un rite ust assois souvent signal)! connue l'acte vsscntiul de la ei-rv-
nioiiiu Uuule la tliistruïUon. uu l'enlwrvment. nu la diulritiution à «!<*>
ctraiiKOi-s, des habits ou liieus mobiliers du iléfuiit qui ont tilé jusi|u'ulur>
Kurdûs & part cf. sur les Sioux Wulipetun, Me Cliusn«y. in Yurrow.
op. cit., p. \'K> sur les TaraltumareK, Luiiihollz, Vnknumn Mexico. I,
p. :iK4; sur les Arawuks de la Uuyaiiu anglaise, Kicli. hcliumburgk
•>p. cit., p. iiiT- sur les Cliewsures, v. Ualm. op. cit., p. HO. – Le nii^iui-
l'ili! fait partie inlé^wiile du la vérOinonie des secondes obsèques chez
divers peuples, en particulier chez l«s liurupi el les Ilrilitis du Unsta-llira.
!-â i/an.vkk socrut.or.igiK.tuos-iaun
(l'ordre domestique ou social. Ku outra il n'est
plus besoin do
rites spéciaux pour libérer les parents du niorl; ils se rétu-
btisseut en quelque sorte d'eux-mêmes ù
l'expiration de lu
période prescrite. Aiusi appauvrie, la cérémonie litmlo n'est
1)lus qu'un simple set-viceanniversaire, qui n'a d'autre objet
quo de reudro uu suprême houueurau défunt et de commé-
morer sa mort.

tll
CO.NUIUSIOX

11 est impossible d'iulerprélerTcuseiuble de faits que nous


ayous exposés si Ton ne voit dans la mort qu'un évéuemeut
d'ordre physique. L'horreur
qu'inspire le cadavre ne pmvieul
pas de la simple constatation de? chaugemeuts survenus daus
le corps. La preuve qu'une explication
simpliste de ce
est insulfisaute, c'est qu'ù l'intérieur d'une mémo geure
société,
l'émotion provoquée par lu mort varie extrêmement en
iuten-
silé selon le caractère social du défunt et
peut même on car.
tains cas faire entièrement défaut. A la tnort d'uu chef
ou
d'un homme investi dune haute
dignité, c'est une véritable
panique qui s'empare de tout le groupe; le cadavre possède
uue vertu couta miliante telle
quo chez les Cafres tout le
kraal doit être déserté immédiatement, et
que même les
ennemis ne voudront pas y habiter1. Par coutre la mort d'uu
étranger, ou d'un esclave, ou d'un enfant' passera
presque
inaperçue, ne soulèvera aucun émoi, ne douuera lieu à aucun
rite Ce n'est donc pas en tant
qu'extinction d'une vie aui-

J. UvlitoiMl-in. KeUen,“, sihllirf, Africa118»).1. p. 48»


f'TIIllT h llul"- IlwlUttiw:h '"m"«to« pour (tu
1":(>a",1
Sïïi1 irac au ""hors.
^«*ÏÏL*
î.Mail,
inJuurn.
Anlhi:
/»*XH,
p.110.
S. Unpasiaiî,.luVendi.ladu
ontI. caïUvi»..I le !“• pour objet.luOùllnirTulro<1«In contaBiu.i
|vt«,lu* doei!lteuil.avttrioselm an.
I .u»plus ouuo.» bule qui était asSi«Uôe au.lufunt
vtros.Si k-i,i,,rt est unpK-lrv.la s.JUillmxi du»*lécLell,, ,l,s
s«l«,,asur individus;m
twt uu suc-rrim-. sur wm|: si e'ort un Utoureur,&urdix
.:hien"l1 lroupoau,sur5('llt: uiasi do 8ullo,Maissihuli si c'estun
10mortest uu
ranger .dolâtre ou un liorc-tiqu,uu ,,« animal créature d'Ahriniui
commela Kronouill,lu contactdu cadavre
aucune«pto. dosouillure «W pt-ndanlsan'impliquai.our Iw vivant*
via qu'untoi 0t« 6UU"“
fo.wrcluifectlon:morl. il , r.Mtplus.M.-in<> lospnVlwitparont»de l'inli.
Il. IIKItiV. – l. IIKPnKSfiNTATinNCOf.l.KCTIVUUK I.A »|i>IIT 123

iniilo que la mort occasionne des croyances, des sentiments


<;t dus rites sociaux.
Lu mort no se borne pas il mettre fin à l'existence corpo-
relle, visible d'un vivant elle détruit du même coup l'être
«»eial greffé mwl'individualité physique, auquel lu conscience
coiluftiveattribuaituiieimporliiuce.unedi^iiiU'pluHuumuius
grandes. Or cet être, la société amfoiunto l'a constitué par do
véritables rites de consécration, est mettant eu jeu des éner-
gies proportionnées il la valeur sociale du défunt sa des-
truction équivaut à uu sacrilège' qui implique l'interven-
tion de puissances de même ordre mois d'un caractère eu

quelque sorte négatif. L'œuvre ne peut être défaite


de Dieu
que par lui-mùiue ou par Satan (/est pour cela que les
peuples primitifs lie voieut pus dans la mort un phénomène
naturel elle est toujours due à l'actiou d'iulluences spiri-
tuelles, soit que par la violation de quelque tabou le défaut
ail attiré sur lui le malheur, soit qu'un ennemi l'ait «tué » par
des incantations ou des rites magiques Les ethnographes qui
nous rapportent cette croyance générale y voieut une erreur

i|i'l<-un porU'i'out point li* deuil il sa mort, 'end Attesta \tea:l. Darmeslttev"
I. 11, |>. MU Si)., [I. 75-8,|>. 103,|i. 190I, |>. l'JX p. fi!i, [>.151.
1. CVsl ce (|u'o.vpriuiu lurU-iiiHiil un Wxie maori lu liérus civilisateur
Muvi no votiluil pus qui) Je* humilies lussent destinés û mourir suua
retour, rur lu mort lui jutulilail « mm cliosc (li'Kiniluiile d unu Insuld; »
la ilifiiiilù du riiaiiiini.' u Wliile, Ancient hislory 0/ the Uuori, II. p. (H.–
l'uni- «liminiiL-r l'Iiurrvur <lv l'itttu insulte, les survivuiitts iirac-ùdent eux-
tii.'ino^ |urfuU& uiiuvi'-ritutiluilûKraïUtion du tlél'unl. AinsiiTuliili, lorsque
l.i inurt i:tuit un incinliru <li?tu .sucit-lùsucrélu di« Arvui.pitr une «iviiidiiic
ci-lûlirûu uu temple <1>:eut le sacivlii, un « dùpnuilluitl» curps de toute l'iu-
I1ui>ikissacruo ol inyslùiiousi: u <|u>>l'individu ôliiil «ensé uvoir reçue du
lion lors de son initiation. Alors sculeiiii.'iit lu cadavru pouviiit <-trt>
.•iisovc-li 10111111U celui d'un I101111110 ordlnitir» Ivlli», l'olyiiesian ttexear-
<!ica. 1, p. iii.
2. Ou, en Iuuku^u niaidi-un, le» ("Iri's de lu Iiouiio crOation no sont
<|rtruits (|iiu pur l'ui^tiini lie, ilûmon.s ilmit Aliriniun « pl«in de mort i>ost
Ir i-ln-f cf. Znui.liv«<«, Il. p. 08-9.
:(>» itimt i-ausi.'s il'uilleur.s nu sVvcliiPiit pas. Cf. S|ii'tK:ci- et filllen.
Xorthern ïrities. p.:>19et Satire ï'vibes. p. 18; vuu llussoll, Ilie Nuforeseit,
p. 11(7-8; l-'orbes, Waiuleringx, p. i'M Gulonsu, On Me MuoviHucex,]). 20,
(1. «3 Turncr. Samoa, 11. p. iiO kij., p. S7Ï; Kllis. l'tigntatm ««MarcftM.I,
p. :«*5; Miirinor, Arromil, I. p. ;ni-.ï; Kuhury, Die Ih'lujioa der l'clauer,
•11Dustians Allfrlei ans Volt*- mut MeuschenNumle (I8KH),|i. S, p. 47;
Dailgc, Oui- wittt ludinns, p. 100; Yarro»-. up. cil.. p. iî'-l; Kocli. Animismus
•1er Slitlumcr. liuïtaner, p. 38 tq. von dt-n .Sicilien, t'Hlttdtt» Sainrrutkern
(intnil-ltiuixilirii.i. p. ;iiS: Dusmaii. Voyage de lluinée.f. SU; Kiiij,'sl,:y.
Trueet.1 in W'tsl Afviea, p. 450: du Chaillu, Voyages et aventures, p. 382.
ll<'s i{iti>l<|u<!s
rOfOr.-ncvs,qui piiurraionl Mremultipliées, sufllsenl h. prouver
In fiénvrulilû de •elle emyanev.
12* i/anniJk .-ioeioLouiyufi.ldOS-iwi;

grossière et persistante; mais nous devons plutôt lit considérer


comme expression naïve d'une nécessité >ociale perruunenle.
Eu effet la société communique aux individus qui la compo-
sont son propre caractère de pérennité parce qu'elle se sent
et se veut immortelle, elle ne peut croire normalement que
ses membres. surtout ceux eu qui elle s'incarne, avec qui
elle s'identifie, soient destinés ù mourir; leur destruction ne
peut être que IVIIet d'une machination sinistre. Sans doute
la réalité dément uruUilemeut ce préjugé; niais le démenti
est accueilli toujours par le même mouveinent de stupeur
indiquée et de désespoir. Uu tel attentat doit avoir un auteur
sur qui puisse se décharger la colère du groupe. Quelquefois
c'est au mort lui-même qu'on s'en prend « Quelle raison
avais-tu, ingrat, de nous abandonner?» Et on le somme de
revenir. Plus souvent on accuse les proches survivants de
négligence coupable1 ou de inalétices ou veut à tout prix
découvrir et exécuter des sorciers; ou euliu l'ou s'épmiclie
en imprécatioiiscoutre les esprits meurtriers, comme les Nugas
qui les menaceut de leur lance et tes défient de se montrer1.
Ainsi, quandun u homme meurt, la société ne perd pas seulement
une unité; elle est atteinte dans le principe même de sa vie,
dans sa foi eu elle-même.11faut lire les descriptions que nous
donnent les ethnographes des scènes de désolai ion furieuse
qui ont lieu des t'agonie ou aussitôt après l'expiration chez
les Warramunga par exemple, hommes et femmes se préci-
pitent pêle-mêle sur le mourant, formant une masse com-
pacte, hurlant et se mutilant atrocement3. Il semble que la
communauté entière se sente perdue, ou du moins directement
menacée par lit présence des forces antagonistes la base
mêmede son existence est ébraulée Quant au mort, a la fois
victime et prisonnier des puissances mauvaises, il est rejeté
violemment hors de la société, entratuaut avec lui ses parents
les plus proches.

1. Par exemple,vuChine,la mort d'un pi>ro est itnpuliiiii1soit lits tpjt


a dûinaiiijuurdedévotion filial. it sonvganl deGroot,Heligiouii System,
I. p. fil).
t. Goilden,Xagii,in Jaum.Anthrop. In.il.,XXVI,p. 185-6 « Si nous
pouvions tu voir. noualo tuerionsd« nos lances!Noustnangurionstu
l'Iiuir' Oùas-tufui?Nous n 'avonspasd'ennemiplusi-molijao lui,esprit
•luidétruisnusamisau milieudonous ».– Cf. Batcholor, AinuFollt-lure.
p. ii\, p. :m-!i.
3. Spencerot Cillen,Yorll~ernTtibesp. 516;cf. Klngsl,!y,
Trrruels, p. 4M.
4. Voirlesfaits rapporlisplus haut, p. Su,au sujet«tula mortdesdiefs.
11. IIKIIU. – l.\ IIHl'lttisKNTATI'I.N COI.I.KCTIVK DR LA MMHT < 2îi

Maiscette exclusion n'est pas définitive. De même que la


conscience collective ne croit pas à la nécessité de la mort,
elle se refuse à lu considérer comme irrévocable l'nree qu'elle
a foi eu elle-même, une société saine ne peut admettre qu'un
individu qui Il fait partie de sa propre substance sur lequel
elle a imprimé su marque, soit perdu pour toujours; le der-
nier mot doit restera lu vie sous des formes diverses. le
défunt sortira desn lires de In mort pour rentrer dans la paix
de In communion humaine. Cette délivrance, cette réintégra-
tioti constituent. nous l'avons vu, l'un des notes les plus
solennels lie la vie collective dans les .sociétésles moins avan-
cées que nous puissions atteindre. Kt quand, plus près de
nous. l'Église chrétienne garantit il ceux qui seruiit pleiue-
uemententrés eu elle« «larésurrection et lu vie- », elle ne fuit
que formuler, en la rajeunissant, lu promesse que toute
.sociétéreligieuse fait implicitement a ses membres.Seulement
ce (lui était l'œuvre de la collectivité ellu-méme, agissant par
des rites adaptés, devient l'attribut d'une personne divine,
d'un Sauveur qui, par sa mort-sacrifice, u triomphé de la mort
et en a libéré ses fidèles; la résurrection, au lieu d'être l'ellel
d'une cérémonie déterminée, est un effet de la grâce de Dieu,
ajourné à un terme indélini". Ainsi, à quelque moment que
nous nous placions de l'évolution religieuse, a lu notion de la
mort se lie celle d'une résurrection; l'exclusion succède
d'une intégration nouvelle,
L'individu, une fois la mort franchie, ne retournera pas
simplement à la vie qu'il a quittée; la séparation a été trop
1. Ceciest vrai d'unevvrlliilittéraledan* les sociétésoù dominola
croyanceen la réincarnationcar«lorsclimiucclandisposed'un cortuin
nombred'ùuwsqu'il no pout laisserperdrasous \>mwd'être lui-même
frappéd'extinction.
î. Rappelons le pussugn de l'Kvnnfjilo suloiisaintJouta,iu au coursde
l'unirad««Morls « Jo suisla résurrectionet la vW:celuii|iii «mit on
moi,ijuundmoiiiuil aura«té Mort,il vivra,et (|Ukoni|iio vil et croiten
moinemourrapas pour l'éternité». La foi. c'est-à-direl'uniiminliuir
le l'individua l'iîglisuvisible,est pour lui un gage do su réunion
lutun)Ixl'KglisoinvisiWo. C'estco t|u'<jt|>riiuti
nettementla pvii-rallnalr
recituusurla tombe ut siettthic eumrem fitlesjunxit fidtlium lurmis.
Haillieeumtua m'mraliasocielmir/elicii chorit.
3. Lanotionde cettorésurreclimi n'ad'ailleurspas clianRiS.l'.t ubliûHui-
({nerû,Ut»ritesfunèbresdansla liturgieromaine,p.23 «k>corpsrejoindra
l'il muqui l'a (|uill>il'unie retrouveraglorieuxeu corps qu'elle laisse
momoiitaitBincnt auxliuiuiliatiun»du tombeau>;p. 31,p. 49 a dansla
toinbnvontdormirjusqu'àla résurrection glorieuselesrestesitiorlulsdu
pieuxchrétien Cf.l'uul,Corinlh.,1, « Lecorpsest st-uu1en pluin»
» . 15
••orruplion, il est roleréincorruplibk' n
tSft) L'ASSÊK SMCIOUMUglîK.i«»i-l!K)«
.r.
proluudo pour pouvoir être aussitôt abolie. H sera réuni à
ceux (lui e»nnno lui et avant lui sont pnrtis de co monde,
itux atwetres il entrera dans cette société
mythique des
autes que chaque société se construit t'itnage d'elio-ll1t'IlI!
Or lit cité côlesle ou souterraine n'est pas lu simple
repro-
duction de la cité terrestre. En se reformant par delà In
mort, la société s'allwncliit des contraintes extérieures, des
nêi'essités physiques, qui ici-bas s'opposent constamment
à l'essor du désir collectif. Justement parce que l'autre
monde n'existe qu'eu idée, il est libre de toute limitnlioii. il
est ou peut Aire' le lieu de l'idéal rien no s'oppose
plus il ce que clans les « chasses bienlieu reusesIl de l'au-delà
le gibier soit perpétuellement abondant, ce
que pour l'An-
de
glais avide psaumes chaque jour de la vie éternelle soit un
dimanche. De plus, dans certaines sociétés, la façon dont se
termine l'existence terrestre constitue pour celle-ci une sorte
de tare; la mort répand son ombra surce monde elle
triomphe
mémo que l'Aine a remporté sur ello lui ouvre une vie iulini-
mcnl plus belle et plus puieJ. Sans doute ces notions ne ko
présentent pas dus l'abord sous une forme précise et défi-
nie: c'est surtout quand la société religieuse s'est différen-
ciée de la société domestique ou politique,
que la movt
paraît délivrer le croyant des fatalités chamelles et tempo-
relies qui ici-bas le tenaient séparé de Dieu; elle !e fait entrer,
régénéré, dans la communion des saints, dans l'élise invi-
sible digne d'entourer immédiatement au ciel le Seigneur dont
elle procède. Mais, d'une manière
enveloppée et vague, I»
même conception est présente, dès le début de l'évolution
religieuse en rejoignant ses pères, le mort renaît Iransllguré,
élevé à une puissance et à une dignité supérieures; end'autres
termes, la mort, aux yeux des primitifs, est une initiation1.

I. Nousm.'disonspas qu'il le suit toujours.


t. Cf.surles Cliowaures, v. llalm,BilUrraus item
mortest un plissagede la sociétéimpuredans Hau/iuttu, p. ît\ la
les purescl claires
ilcnwures ». l/àmvest pure: \v corp., )o eailavr. félidui't impur.
3. Voirplushaut, p. J 17. II eutn'inaripialilo
de la mort <k nousu révulé.-IVludo t|uucuil.; reprôsenlulion
dus laitscllinoscapliiiiues
avuelit m.yancoclinilicnuetelle que lexposuun cntwnrA-
ezai:tuiii.iiit
anoloaiili-
«allioliqu.cf. Dui-.mi- lu UaiKnen!,op.cit., p. 00sq. « l'ourlu ckrWuii
«ivilisc.loindVîtrol'exclusionpi-rptUiielIc. •!«chaqueindividuIiomdu
champ dela civilisationuniverselle,la mortcliaHienne est l'initiationùl»
fiviliMiijn infini.»
et le passageliela cilù terrestreAla rkii divine,» U*
celliolinue» ontsouventainsi l'intuitiond<'sn'alitéssocialespnrec«u'iU
participentu unevierollecliveintense.
Il. IIUIIÏ7. LARKl'IlésKNTVnilX
UUM.KC.TIVK
DELA MO
HT 127
Cette formule n'est pus une simple métaphore; si la mort
est bien pour 1»conscience collective le passage de la société
visibleta société invisible, elle est une opération exactement
auiilogue à celle pur laquelle le jeune hommeest extrait delà
snuitVIûtlett (cmnies et desenfants et introduit dans celle des
hommesadultes; cette intégration nouvelle qui donne à l'in-
dividu accès aux mystères sacrés do la tribu implique, elle
aussi, un changement profond de sti personne, un renouvelle-
mentde son corps ol de son Amequi lui fait acquérirla capacité
religieuse et morale nécessaire. Et la similitude' des deux
phénomènes est si fondamentale que ce changement s'opère
1ressouvent p:ir la mort figurée do l'aspirant, suivie de sa
renaissance à une vie supérieure1.
Ce n'est pas seulement de l'initiation qu'il faut rappro-
cher la mort, telle que se la représente la conscience collec-
live. Ou a souvent remarqué l'étroite parenté qui existe
entre les rites funéraires et les rites de la naissance ou du
mariage-: comme la mort, ces deux événements provoquent
une cérémonie importante où a la joie M môle une certaine
angoisse; dans les trois cas, il faut se garder de périls
mystiques encourus et procéderades rites de purification.
Lu similitude des pratiques exprime une analogie profonde
le mariage opère un double changement d'étal; d'une part
il fait sortir lu liancéedo son clan ou de sa famille pour l'in-
troduire dans le clan ou la famille de son mari; et d'autre
part il la fait passer de la classe des jeunes filles dans celle
des femmes mariées. Quant à la naissance, elle accomplit,
pour la conscience collective, la même transformation que la
mort, mais eu sons inverse l'individu quitte le inonde invi-
sible et mystérieux que son aine habitait, il entre dans la
société vivante. Cette transition d'un groupe à un autre,
réel ou imaginaire, suppose toujours un renouvellement,
profond de l'individu, qui se marque par des rites tels que
l'imposition d'un nom nouveau, le changementdes vêtements

t. VoirPnucr,(SoUlen l)nuiiVinu
III, p. 4Ï2s>|<|.
llmtt/h, ta préparationau
c'c-sl-ù-iliru
Sitcriiice, le « passaisdu mondede*hommesau momln<lv<
une mortdu l'tlte temporalsuivi»d'une renaissanci!
dieu! », liii|)lii|iii)
-nus (lescgpiVes nouvellescf. Hubertet Mauss,Le Sacrifice,inAnnée
Sociologique, t. Il, p. 48S'|.
2. Par oxomplo, Diuk,Sibittinlsche BUilter,p. 48; il expliqu.'te parallé-
lismede evstrois groupasdorites parI» Taitqu'ils onttous pourobjet
«l'opirerun» ltulmUon.Mateil «'agitjustementd'expliquerpourquoiun*
purificationoslnécessaire à ces trois momentsdela vie.
(2« I-AXNKK SOCroLOGIgi'E. l'JUj 1«U(i

ou du genre de vie. Totijours aussi cette opération est


conçue
comme pleine de risques, car elle implique la mise en
jeu
de forces nécessaires mais dangereuses. Le
corps du nouveau-
«é «'est pu» moins sacré que le cadavre'. Le voile de In
mariéeet celuidelit veuve soutdecouleursdifléreutes, inaisils
n'eu ont pas moins une même foncliou, qui est d'isoler et do
mettre à part un être redoutable1.
Ainsi lu mort n'est pas primitivement conçue comme un fait
unique, sans analogues. Dans notre civilisation, l'existence
do l'individu semble se poursuivre à peu
près d'une même
teneur depuis lu naissance jusqu'à la mort; les étapes suc-
cessives de notre vie sociale sont faiblement
marquées et
laissent constamment apercevoir la trame continue de la vie
individuelle. Mais les sociétés moins avancées, dont la struc
ture iuterue est massive et rigide, conçoivent la vie d'un
homme comme une succession de phases
hétérogènes, aux
contours déterminés, à chacune desquelles
correspond une
classe sociale définie, plus ou moius orgauisée";
par suite
chaque promotion de l'individu implique le passage d'un
groupe a un autre, une exclusion, c'est-à-dire une mort. et

1.Aussila naissance,«.'oinine la mort.doit-elle avoirlieu


«ildehorsdu la maison cf. pur exemplepour lesfréquemment
Ksqulinaux,Wellscl
Kelly,Eiif/tialfiisltimo
tuvabularie»,in Bureauof Education,Cirent of
mfcnn. «• 2. Washington (J8'J0>, p. 18; pourles Chewsurcs. Raddo.Me
Utewtmen,j>. 79et p. 91.– Commedansle cas de Itt mort, l'impureté
«(ilici contagieuse;cllos'étendù la mère,et souventaussi au
uouveau-néut leur imposeun uentade vie séparé,toutu fait analoguepère du
au deuil.
2. Le mariage, commeles funérailles,impliqueun déchirement le
passage<iun groupeil un autre ne peut se faire do plain-pied;il faut
•îuunerésistancesi.ilvaincue.On suit qu'unrite«l'enlèvement
im momentessentielde la cérémonienuptiale.Demême,lorsestdes souvent
olisii-
«lues,unelutterituelles'engageentreparentsouamisdu iiiorltiuis'onuo-
senta ce qu'uneinport.'le ca«lavreet le rosledu la communauté veut
luelaséparationnécessaires'accomplisseil faut qu'onfasseviolence qui
nu*
survivants.Cf.sur les insulairesde KarNkobar.Kloss,lu //»«Aiulamum
«m/Sicobars,p. 3<U;a Tiimir.tirumberg,EeneMaaml in de
van Timor,in Verlmnd.c. A.ttatav. Cenot.v.À\ en W., binneiUandtn
dans l'ile de Rôti, Itejjinering,Ze<(t«en gtmoonttn, XXXVI, p. îl"
p. 359 eu
>.ouvelle-Bretagne, Daoks,op. cil., p. 358 sq.; dans les îlessq. Wlau.
Kubary.hir Todlenbestattuiiu au/den l'ehuinseln,p. il sur lus Oiunuu
du capLopoz,Nassau,PelUImmin IVetfAfricu,p. S36 Deinfniola
veuv.-estsouventl'objetd'unululteentrelesparentsdui.i. mortqui voulcnt
.juellerejoigneson mari (par exempledans le bûcherfunéraire)et ses
propresparents ijui la retiennentdans le mondedes vivants cf. sur les
Tolkolins, Yarrow,op.cil., p. U5 si|.
3. Cf.SclwrU,AUerstrlassen ««</3lannerbundet etle eamph>rendu
d ans t . "<de cet
•mvrage l'Année, VI, p. 317.
H. IIEHTZ. – LA HKPHÈSBSTATION OOU.RCTIVK DR LA MOltT 129

il lia ï t\ I Aiviinf mn ttrtiitMillfi n'aat A*1?** iiun


une intégration nouvelle, c'est-à-dire une Kk#h*ut !–
renaissance. ». it
Sans
doute ces deux éléments n'apparaissent pas toujours sur le
même plan selon la nature du changement qui s'accomplit,
c'est tantôt l'un, tantôt l'autre qui lixe surtout l'attention
collective et qui détermine le caractère dominanttics l'événe-
ment; mais ils sont au fond complémentaires. La mort n'est
pour lu conscience sociale qu'une espèce particulière d'un
phénomène général.
Il nous sera aisé maintenant de comprendre pourquoi la
mort a longtempsété conçue comme un état transitoire, ayant
une certaine durée. Tout changement d'état do l'individu,
passant d'uu groupe a un nuire, implique une modification
profonde dans l'attitude mentale do la société à sou égard,
modification qui s'accomplit graduellement et demande du
temps. Le fuit brut de lu mort physique ne suffit pas à con-
sommer la mort dans les consciences l'image de cetui qui
est mort récemment fait encore partie du système des choses
de ce inonde; elle ue s'en détache que pou à peu, par une
série de déchirements intérieurs. Nous ne parvenons pas à
penser le mort comme mort du premier coup il (ait trop
parliede notre substance, nous avons mis trop de nous-mêmes
en lui; lu participation à une môme vie sociale crée des liens
qui ne se rompeutpas en un jour. L' « évidence du fait » est as-
saillie par un Ilot contraire de souvenirs et d'images, de désirs
et d'espérances' elle ne s'imposera que petit à petit, et c'est
seulement au terme de ce conflit prolongé que nous consen-
tirons, que nous croirons à la séparation comme à quelque
chosede réel. C'est ce processus psychologique douloureux qui
s'exprime sous forme objective et mystique dans In croyance
que l'âme uo rompt quo progressivement les liens qui
l'attachent ce monde: elle ne pourra retrouver une existence
stable que lorsque la représentation du mort aura pris dans
la conscience des survivants un caractère défiuitif et pacifié.
Entre l'image persistante d'un homme semblable à nous et

1. Dans l'étal do veille, co flot est un gémirai contenu, non sans souf-
france, parceque nous avons alors normalementune perception nulle– ut
un sentiment vif du réel mate lorsque la pensée se diitend, lorsque ta
représentationdes choses extérieure»s'elHice,dans l'ombre du soir ou pen-
dant le sommeil, le inonde subjectif prend sa rovuncliu l'imago, sans
tresserefoulue,du mort vivant commeautrefois dominoalors la conscience.
Ainsi Teint de ducliireinuntet do Iroublo intérieure qui suit une mort
'lùtcrininodes hallucinations et dos rives fréquents qut it lour tour eonlii-
t.
huentù prolongorcet état. Cf. Kocli, Animismus, p. 21.
B. Dwucugm. Année sociol., 190S>lU0i>. 9
130 l'anskk sociologique. 1805-1'jou

f.f17.a 1~ .lr.Am._ _r_ _·x..x a..


familier et l'image d'uu ancêtre parfois véuéré, toujours dis-
tant', l'opposition est trop profonde pour que la seconde
puisse inimédiuteuieut se substituer à la première. C'est
pour cela que s'impose la notion d'un « état intermédiaire
entre lu mort et la résurrection* », pendant lequel l'âme
est censée se libérer do l'impureté mortuaire ou du péché
qui lui restait utluché*. Si doue il faut uu certain temps pour
buuuirle mort du pays des vivants, c'est parce que lu société,
ébranlée par le choc, doit retrouver peu à peu son équilibre
et parce que le double travail mental de désagrégation et de
synthèse que suppose l'iutégration de l'individu daus un
monde uouveuu s'accomplit d'une manière en quelque sorte
moléculaire et exige du temps

1. Il importe peu de savoir si vvttu nouvelle Iiiuko est destinée à per-


sister dans la couseieiice des survirants peuvent la cérémoni" finale a
liouroiFotilulnilir le souvenir Uu mort le diSfunlen rejoignant \m pères
va M perdre dans uuu collectivitéunotiyiuoet un ne penseraplus ù lui on
tant (jii'imliviilu.Mais uiùiii»l'oubli u'çsl pas un processussimple et pure-
ment négatif; il iiii|t!i'|uu tout uu travail de rcconstritrtion.
2. CI".Arcli. Cimpbt'll, The doctrines o/'a multtleslute beUvtendeath ami
resurtedion (I7il).
3. l,a notion du Purgatoire n'est eu effetqu'unotransposition en tangage
muralde lu notion d'un sIukc précédant la dvlivmm'olinule.Un souirruuces
du l'Aiimpendant la période intermédiaire uppuruiasunt d'abord iroiiiiin-
une i'jiisùiiu.'IIi'c<l« l'ûtut tratuilotro où elli' se trouve. A un niainont
ultérieur de l'ûvolution roligifuso, les peinesde l'ûmw'sonlconnuesconnue
U suite et l'expiation nùcessuirudea pûdivs(ju'vlloa coinmi»pendant son
existenoe lern-.slre. Culte liansfoniiulion, daillours tout &Tait normale,
s'est produite dans la croyance hindoue relativeau prêta cl'. Oldenbcrf;,
op. cil.. p. 4*0sc|.
4. Elle y parvient, non sculamcnl par le travail intérieur i|uo nous avons
indiqué, inuis souvent aussi par des actes. Quellesquo soient les causes
particulières'lui (kUarminentt'institution de la vongeancodu sang, il ext
certain qu'elle permet au «roupi; de se déchargerdu I ùmutioui|ue la mort
a accumuléevu lui ce qui s'exprime dans la croyanceque l'wuiculion du
meurtrier supposa puciliL'l'uiiio du mort. Aussi raccoinplissenieut du U
vendetta est-il souvent une condition nécessaire de la cérémonie finale et
de la Un du deuil. Cf. Steinniclz, Ethnologhehe Slmlien zur Enlwicke-
luiig derSli-afc et Muuss,La i-eli'jiunet les originesdu droit pénal.
5. Il semblebien que la mémo proposition se vériflerail A propos des
changementsd'état analogues à celui (fontlit mort est l'occasion. Rappe-
lons que les rltcd do l'initiation couvrent un temps souvent fort long,
pendant lequel le jeune lioiuinu restu dans un état transitoire qui l'assu-
jettit û de nombreux tabous. De mémo la périodequi suit le mariage (et
qui dans du iioinureusi's sociétés ne prend fin qu'avec la naissance du
premier enfant) a un caractère trouble et spécial. Enfinla naissance phy-
siqnu ne suffit pas ù faire entrer l'enfant dansla sociétédes vivants: le nou-
veau-néest l'objet du représentations tout a fait analogues a celles qui ont
cours au sujet du mort. CL Cusliing, Hemarkson Shamanitin, in l>ractt>
dino* Amrie.l'Itilas. Hoc.,XXXVI,p, 181; Btttclwlor,Aiuu F vlldare, p. 840
H. HEIU'Z. LA HEPlIKSKNTA'riOSCOLLKCTIVBDK LA MORT t3t
m _11- 1_- _t, .1_- ..1 -1.
Il semblequela sociéténo puisse pondantlongtempsprou-
dro conscienced'elle-mêmeet des pbéuomèuesqui cous-
tituent sa vie que d'une manière Indirecte, après s'être eu
quelque sorte réfléchiedans le mondematériel. L'infeclion
qut pour un temps s'empare du corps muuifestesous forme
sensiblela présencetemporairedes puissancessinistres La
destructiougraduelledol'anciencorpsterrestre, qui prolonge
etconsommel'attentat initial,exprime concrètement état de
troubleet de déchirementoùest lucommuuautétant que l'ex-
clusiondu mort n'est pas achevée.D'autrepart la réductiondu
cadavrea des ossementsà peuprès immuables,sur lesquels
lu mort n'aura plus de prise, apparaît comme lu cottditiou
et le signede lu délivrancefinale maintenant que le corps
du défuntest semblableà ceux des ancêtres, il semble qu'il
n'y ait plus d'obstacleà l'entrée de l'urnedans leur commu-
nion. Oua souventnoté4,et avecraison, le lieuétroit (lui unit
lu représentationdu corps et celledo l'âme.Cette connexion
mentaleest nécessaire,non seulementparce que la pensée
collectiveest à ses débuts concrète et incapablede concevoir
une existencepurement spirituelle, maissurtout parce qu'elle
présente un caractèreprofondémentmoteur et dramatique.
II faut au groupe des actes qui fixent l'attention de ses
membres,qui oriententleur imaginationdans un sens déilui,
qui suggèrentà tous la croyance.Or la matière sur laquelle
s'exerceraaprèsla mort l'activitécollective,qui servira d'objet
aux rites, c'est naturellementle corps mômedu détunt. L'iu-
têgraliou du mort dans ht sociétéinvisible ne sera pleine-
meuteffectuéeque si ses restesmatérielssont réunis à ceux
des pères. C'est l'action que la société exerce sur le corps
qui confèreune pleine réalité au drame qu'elle imagine au
sujet de l'àme*.Ainsiles phénomènesphysiquesqui consti-
énoncédans l'Avcsla:
1.Ceciest cxulicitoiiuiitl aussitôtaprèsla mort
il'unfidèle, laDrujNasa(ddmun-cadavrp) avionsdunordqu'bu.-
fonddes
l.ilentlusespritsmauvais, « souslaformed'unemouclio furiimse
a otellu
lii'undpossession du corps la décomposition marijuosa présenceZeiut
t. n .
Avetta, 11,p. 38, 22,p. sij. 96 Des représentations
analoguesfonc-
'tonnantdansl'Kgllso catholiquecf. Halgucni, op.cil., p. 40sq. on
aspergeant «
lecorpsd'eaubôiiito,l'Eglise* avoirsurtoutenvuedo
semble
moltrii enfuiteledûmondontl'œilfauveestla i(uibrilledu désirde
ilôvorer uni)proio».L'oucon» a pourobjetdo ftfairedominerla bonno
t'iiour
de«Msut-Clirlst surl'infoclion
dos«Sinanatioas
cadavériques ».
2. Entreantres,I'ronss, op.cit.,p. 239sq.
3. Voirplushaut p. 98.–DansrinUSrussant opusculequenousavons
lilusieunt foiscité,l'abbéHaignoré a maniudfortement le purttlIOlismc
iii I.VNNKKSOi;lOLOUIQl'K.
lOOStUOS

tuent ou qui suivent la mort, s'ils ne déterminent pas par eux-


momes les représentations et les émotions collectives, con-
tribuent ù leur donner la (ormedéfinie qn'ello» présentent;
ils leur apportent en quelque sorte un support matériel.
La société projette dans le monde qui l'environne ses pro-
pres manières de penser et de sentir, et celui-ci en retour les
fixe, les rèfîle et les limite dans le temps.
L'hypothèse que nous vouons d'exposer semble couilnnèe
par le fiiitque dans les sociétés mêmes où domine la pratique
des doubles obsèques, cerliiiues catégories d'individus sont
intentionnellement exclues du rituel funéraire normal.
C'est le cas d'abord pour les enfants. Les Olo Maanjan
déposent ceux qui sont âgés de moins do sept ans dans un
cercueil qui ne sera pas renouvelé et qu'ils vont porter, le
jour mémo tie 1» mort, auprès du tombeau familial un
sacrifice sullit, le leuileniain, pour que l'unie entre aussitôt,
purifiée, dans la ville des morts et le deuil du père et de la
mère eux-mêmes ne dure qu'une semaine'. Mais l'usage le
plus commua chez les Dayaks et les Papous semble être
d'enfermer le corps des petits enfants ù l'intérieur d'un arbre,
ou de le suspendre aux branchesi. La notion qui détermine
cette pratique nous est clairement révélée par les Dayaks de

constantqui otisteentrelis ritesfunéraireselles reprûieutatious relatives


n I'ûiih' « l' Enlise
foraavecle corp»eu que Dieufaitavecl'Ame eilale
suivradepuislelit morluuiivjusqu'aulieude son repos. olledéposeie
corpsdans lu seindela terreIconsacrée), au iiioinentoùdans sa pensée.
lu portedu ciels'ouvrepourrecevoirl'uniedansle seindu Dieuu; liai-
gneré,op. cit., p. il si]., p. 48-5S.
i. Tromp,HtgriihuinM tienSi/iongri-B, p. 4Ï4; Grabowsky, Duton-
Timor,p. VU.Ruppel»ns <juudanslamémotribuledeuilobligatoirepour
un adulteest de 4'Jjour* •( notonsquele cercueilqui contientlosrestes
del'enfantest extérieur à la sépulturefamiliale.– Cf.puurlusOloNgadju,
lîrabuwsky,Titrcth,p. 180 « on célèbrerarement le Tiwalipour les
uiifants». ton Fjort l'ulerroiitsalisdélai les enfaulsdo mAiiieque los
p;iuvr.'setli's esclave» Donnett,Soleson folklore,p. 2% Deinemi!
lesloisde MammUktcrerfHuohof IheBail, XXV,p. 181)) proscrivent da
ne pas urfilorlucorpsd'unenfantn'ayantpas plusdedeuxans, maisde
l'enterrerimiii<îi]iutement sansjamaisrecueillirses ossements a onle
laissedans la furetcommeun morceaude boiscl l'impuretédes parents
nodure <\w troisjours ». Toutefuis la crémationestfacultativeb! l'enfant
a déjà ses dents.Coderniertrait rappellele test»do l'liue {Ili/tl.nul..
Vil,72; hominem prlus quamgemlodente cremarimosgenliumnon
est. Cltuxles Tudas,pourlesenlanlsdo moinsdu deux ana, oa célèbre
lesdouxcérûinonies, initialeet finale,le mémojoui- Rivera,op.cit.,p.391.
2.Cf.Sclnvancr, Bornéo,il. p.495 l'urbain,in Kolb,I. p.205;Goudswaard,
l'apœwasvan de Oeelihihbui,p. 70 van Balen,Doodenfett, p. t>6(M
v, lUsaelt,Xtiforesm,p. i98; Riodel,iïmft. eu tinetluirigeiwset».p. 838.
II. J1KIITJ!. – 1.1 nKPIllisKNTATIO.V CÙLLKCTIVB l)li I.A MOHT 133

Koetei ils croient que les hommes viennent (les arbres et


doivent y retourner; aussi lorsqu'une femme Haliau «ccoucho
iivnut terme ou que peiulunl «a grossesse elle a été tourmen-
tée de mauvais rêves, elle peut refuser l'enfuut «a le runduul
vivant Al'tirure qu'il u (|tiittû trop lot ou d'une. façon inquié-
tante1.Évidemment un u l'espoir, explicitement attesté pour
d'autres peuples quel'Amese réincarnera bientôt i'i nouveau,
jxîut-titre duns le sein de la même fournie, et féru k:i rentrée
dans ci« monde sous des auspices plus 'favorables. Ainsi la
mort (les enfants provoque une réaction sociale très fuible
et presqu'iinniédiatement achevée. Tout se passe comme
-il n'y avait pas en ce cas, pour la conscience collective, de
mort véritable'.
Kl en effet les enfant» n'étant pus encore entrés dans la
société visible, il n'y a pas lieu de les en exclure péuiuleinent
<l leutenwul. Comme ils n'ont pas été vraiment séparés du
monde des esprits, Ils y retournent directement presque

I.Tromp. hV'/ci.p. IM;cf. sur les Tugalo.*îles Philippines,Cnivri. in Hlu-


p. 1(15 u ils s'iitiitgitiuutnui' les umot «lu leurtf
.i.'iilrill, Alitiimeiiltiiv,
iicèlreshabitent dans les arbres ».
tipeucurel (illlcn. S'urlliern Tribes, p. GO'J « tes initigéni'Scroimit
|tii>l'ûuiode IViif^nlrclourneiuiinvilialoiiioiilir son lieu d'origineet pourra
nuitro tivs prucliaiinMiiunl,selon touks pvubabililûstlans le sein do la
ii. iiiofi'iniui; Aussirinfantii-iili?ne liiv-l-il pas û coii.si:i|Ut!iii:v.
Noter lu
<iiilrasto avec la ciiiyanca rvlalivo à l'iinit; des ailnltes, )'. plus linut
| (09. – Les Algoiii|uiiiiiut les Mongols (Ié|>o3ei)lI*» .tilVmtsde muins
•:• 7 uns au bord d'un cticiutii fréquent^ pour <|uu leurs àini-Spuissent
i K-ilomcnl se a!incarncr IVeuss, OcgnlbuhaHen,p. 210,p. £57; et. Owcn,
-/). cit., p. 83.
:i, LosCostu-Rlcaiiisno disent pas d'un polit enfant <|u'ilest mort. muU
;u'ilu rejoint les angos ses fiinéruilles sont une fête joyeuse, d'où lus
..nues sont exclues; Wagner et Sohttnter,Die Hepubliltl'osta-Hica,p. l'JG,
i. Lumholtz, Unhnwn Mexico, I, p. M8-0; do inèmuchm les Kuumains;
l-ielw. Humanise/teToillengehrituclie,p. 46; chez los BulRttn-s,Strauss,
Oie ttulijaren,p. 4S3;pour la croyance catholùiue, abbé Désert. l.e livre
ruirttiaiee, p. 279, p. 286 « Omis qui omnibusparvulh. itum miyraul «
v. cub, titam illico largiris œlernam». L'absence,ou l'ovlrèiiu'n!duc-
twii, du deuil régulier pour les enfantsmortsau-dessous d'un certain Agu
-t un pliénomène très garnirai en Chine on ne porte le deuil une
|. airles morts âgés do plus de hutt ans do Groot, Religiou*Systemof
t hiiia, p. M iet. p. 3i9, p. 1075) cliez 1rs Kayans, il n'y a aucun «leuil
• dérii'ur pour un enfant qui n'a pas encore reçu de nom (la cérémoniedo
l impositiona lieu un mois après la naissuncei Niouwenlniis,op. ci/
i. p, 44. Naturellementlo chagrin individus!des parents peut et» très vif;
"Misla ruacUonsoeiale,l'obligationdu douil, fait défaut.
4. Uneexplicationanalogue rend compte des cas ou les hommcs-méile-
lin*ou les ascètes sont traites après leur mort de inAinoque les enfants
;tnit>iles Dayaks Maritimes suspendant aux arbres le cor)» de leurs
uanangi; l'erlmi», in Holh, I, p. SOS do même les ascètes hindous sont
134 1,'anniJb mciolchuqck. tttOiMWKf

sans qu'il soit besoin de mettre en action les énergies sacrées,


sans qu'une période do transition pénible paraisse nécessaire.
La mort d'un nouveau-né.h la limite, est un phénomène infra-
social; la société, n'ayant encore rien mis d'ello-môme dans
l'entant, ne se sent pas atteinte par sa disparition et reste
indifférente.
Chez diverses tribus australiennes, les vieillards qui par
suite de leur grand nge sont devenus incapables de figurer
dans les cérémonies totémiques, qui ont perdu leur aptitude
aux fonctions sacrées, sont enterrés aussitôt après la mort,
au lieu d'être comme les autres membres de la tribu exposés
sur une plateforme jusqu'à la complète dessiccation de leurs
os'. C'est que par suite de l'affaiblissement de leurs facultés
ils avaient cessé de participer à lu vie sociale leur mort ne.
fait que consacrer une exclusion déjà consommée eu fait' et
il laquelle on avait eu le temps de s'accoutumer3.
Knliu le genre de mort détermine encore d'assez nom-
breuses exceptions au rituel normal. Tous ceux qui meurent
de mort violente ou par ticcident, femmes mortes en couches,

ontorré* imiui'illaUMiU'iil,ils « n'ont pus besoin du sacrementiK<la creïnu-


Uun pour parvonir dans l'autre momie » Caland, Allind. Totengebr.,
p. 93-5. Par leurs pratiques spécialesils se sont exclus de leur vivant da
la société terrestre ils appartenaient déjà au monde des esprits. Ils sont
pour ainsi <lir<» dispensés de la mort.
î. Spenceret Cillt-n,Sorthern Tribes,p. 403,n. i, p. 806, p. Ulî, p. 5t».–
L'enterreim:nt immédiat des vieillards, contrastant avec le rituel normal
des doubles obsèques, nous est siRtialéaussi rbvz les l'upons des nos Aru;
Ribbo, in Feahekr. il. Ver.f. Knlk. Itnsden (1888),p. 191s<|. L'absence
(ou la réduction) du deuil est fréquentedans lu cas des gensâgés: chez les
Sakalarus du Sud et chez les liéirhouanas,on dit d'un vieillard qu'il n'est
» endormi », et ses obsèques donnent lieu à des réjouissances Kûrze,Dos
Yulkdet Sud. Sakalata. in Milleil.d. Gtogr. GesetUch.hna, VIII, p. 43;
Arbousset et Damnas, Voyaged'exploration au Sont-Est de la coloniedu
Cap, p. 415; cf. Uomara, Histoire générale de» Indes Occidentales(1868),
p. 4S (sur les riverains du fleuvedes l'aimes en Florides) Plachs, op. cit.,
p. 63 (sur les Roumains).
2. Aussi leur mort est-elleassezsouvent considéréecomme « naturelle »,
et n'impliquant pas d'intervention spirituelle maligne cf. v. llassclt, Die
Nuforesen,p. 197-8 Kubary, DieReligionderl'elauer, p. 3-5; Macdonald,
in Journ. Anthr.lust., XIX,p. 213 Le Broz,La légendede la mort (2*éd.),
I, p. xxu.
3. De même,chezles Wollaroi.les femmes sont enterréesImmiidlatement
et sans grande cérémonie, ce qui «'expliquesans peine puisque dan» ces
tribus les femmes n'ont point de part 4 la vie religiouso Ilowitt, op. cil..
p. 467. Au contraire, chez les Wanamunga, los mimes rites funéraires sont
célébrés pour les femmes et pour les hommes les auteurs attribuent ce
fait &la croyance, existant danscette tribu, que l'âme changede suxeà cha-
cune de ses réincarnations Spenceret Gillen,Northern Tribu, p. 546,p. 630.
11. IIKItiZ. – U RBinrésRNTATlONUOI.LRCTIVKM \.K MOUT 135
1 '1-- 1 _1 --Ir Il'I_L_A _1
noyés ou foudroyés, suicidés, sont souvent l'objet de rites
spéciaux. Leur cadavre inspire l'horreur lu plus intense, ou
s'en défait précipitamment et l'on lie réunira point leurs os
à ceux des autres niein bras clugroupe morts convenablement1.
Leurs Ames erreront ô jamais sur la terre, inquiètes et na-
chantes* ou, si elles ûinigrent en uu autre monde, ce sera pour
habiter dans un village séparé, quelquefois même dans une
région entièrement dilTérente de celle où habitent les autres
âmes Ilsemble, au moins dans tes cas les plus typiques, que
pour ces victimes d'une malédiction spéciale, la période transi-
toire se prolonge indéfiniment et que leur mort n'ait pas de fin*.

1. Oraliowsky,TiWi. p. 181 Lin» Holh. Sarawak, I, p. 140 s<|. Muit-


wenlmis.Quer tlureh Horneo, I, p. 91 sq. Porbi-s, Wawkrinijs, |>. Mi.
du Cli'rc.|, in Inti'rii. Anli. lithnug., 11. |). Ï08; ëtumliiiK,Mal. h'mly.in
Autan. Aun.,VII, )». M;Kubury, Die Verbnehen. (tuf tien t'elau lusetii,
in Orig. Mi/leil. a. tl. Klhnol. Abl. il. kOnigl. Mut. lltrlin, I. 3, p. T8,
et Klhtioi/ra/iliijclicRetirage,1). 126. – Chez les Bmitous du Sud il
est interdit de pleun-r un parent foudroyé,i-iir lu deuil wrail un acte
de rébellioncontrole Ciel i|ui a causé directementla mort Arhousecl et
Damnas, «;>. cil., p. 410; Mucdonuld,in Journ. Anthr. Intl., XIX. p. Ï9i:
Tlival,Heeonls of S.-H. A/ïica, Vif, p. Wl. – Le cadavre «l'un guerrier
sea)|iiin'isl plus i|ii'une « Kimplotliaiofiiic u ot n'esl joniuis entern! 1 umo
est aintic l'Ire unvuutie Doclge, Oui-Wild Indium. p. 101-S, p. 1!>9.–
l/inli-nliclioii d'onU'rici'les suicidés en terre bénie daim lu cimetière
eonunuDest Ms répandue, coonne un le suit, chex les peuples chiélicns
cf. par exemple rur les Irlandais, Mooncy, in Amer, l'hit. Soc. (lt%8),
p. 287-8,et sur les Bulgares, Slruus*, op. cil., p. 464 «].. – Signalons le
fait oarncli!ristl(|Uo «|Uuchczles Unmatjoraet lesKunisli, un jeune homme
qui a violéla loitribaleen opousunt une feiiinioqui était tabou pour lui
n'est jamais expusiSsur une platc-formi-,il est imiiK'cliali'inententerré;
Sjjenceret Uillen, Norlhem Tribes, p. 512.
t. Wilken, Animisme,p. 191 sq. Gliulincrs.in Hotli, I, p. <(i7 l)odm\
op.cit., p. t0£ les uniesdu ceux ijui sont morts étranglés restenl toujours
près du cadavre.
3. iing Rotli, I, p. 310 Kruijl, Kenta aniltrs, p. 89 (les suiciili-sont un
village i part). – CIkmIosKs<|uiiiiauxoccidentaux,les gonsqui meurent
de mort violentevontau ciel où ils vivent dans la lumière ot l'iiUondance
les autres vont dans !e monde soulcrruin Ni'lson. Kiiimo abolit Bering
Mntit.y. 4S3.– Clt«zles amiiïiisAztèques,tous les hommes qui mouraient
en guerre et toutes les foin niesqui mouraienten couches lollesse confoii-
tlaient avec les précédents) (Maiontconsidérés comme emporlus par le
soleilet ulluient iiabiter dans h>ciot une telle mort. ûlail glorieuse et na
causuilaux parents que do la joiu les noyés et lus foudroyés étaient
lubjBtdf représentation»analogues; Bahagun, Histoire. de lu Nouvelle
Utpaane,Irait. Jourdanet. p. 340, p. 400su., p. 433 «| – On voit >|u'il
faut bien «u garder d'identifier les rciis morts d'uno manière anormale
avi'cles damnés; ils peuvent tout aussi bien être consiilérés commedes
('•lus les deux notionscoïncident au fonden co qu'elles impliquent l'une
et l'autre une mise &part. une séparation.
4. Rappelonsque les urnes de ceux pour (pli lo Thvali n'est pas célébré
resteront« mortes» à perpétuité.
1)0 L'aN.NKK SUCIULOUtyUK. tWi-IMU

Dans les casde ce goure, ce n'est pas la faiblesse du l'émotion


ressentie par la collectivité, mais au contraire sou extrême
intensité et su brusquerie qui s'opposent à 1 :iceoiuj»lissement
dus rites funéraires régulions. Une analogie éclairent ce phé-
nomène. Lu naissance, nous l'avons vu, dégage connue lu
mort des énergies dangereuses, qui font que l'enfant et sa
mère sont pour quelque temps frappés d'interdit; en géné-
ral, ces énergies se dissipent progressivement,et lu lilnn-alion
de l'accouchée est possible. Mais si l'événement s'accomplit
d'une manière particulière, par exemple si ce sout des
jumeaux qui viennent au monde, alors» cette naissance est nue
mort », suivant l'expression instructive des Ha-Honga' car elle
exclut de la vie régulière ceux qui y semblaient destinés; elle
les affecte d'uncaractère sacré si fort qu'aucun rite ne pourra
jamais l'effacer et elle plonge toute la communauté daus la
terreur et la consternation'. De même la façon sinistre dont
certains individus sont arrachés à ce monde les sépare à jamais
de leurs proches leur exclusion est définitive, irrémédiable-
Car c'est l'imago dernière de l'individu, tel que la mort l'a
frappé, qui s'imprime avec le plus de force dans lu mémoire
îles survivants; et cette image, étant singulière et chargée
d'une émotion spéciale, ne pourra jamais être entièrement
abolie. Aussi est-il inutile d'attendre un certain temps pour
réunir ensuite le mort à ses ancêtres; la réunion étant impos-
sible, l'attente u'a point do sens la mort durera toujours
parce que la société gardera indéfiniment à l'égard de ces
maudits l'attitude d'exclusion qu'elle a prise des l'abord.
L'interprétation que nous proposons permet donc de com-
prendre à la fois pourquoi, dans une société donnée, les
doubles obsèques sont pratiquées et pourquoi en certains cas
elles ne le sout pas.
Résumons eu quelques mots les résultats de notre investi-
gation. Pour la conscience collective, la mort dans les condi-

i. Jimoil.op. cil., p. 412si| «le cielqui produitlVclitiret lu mort


dus'jumeaux.»
présideaussid'une manièretoutespécialeà la nuisisajice
8.Cf.par exemple Ttaveiitu WeslAfrica,p. 412si j. le trai-
KiiiRsIey,
tementinfligéi l la mire desjumeauxest identiquea celuique la veuvu
u a subir: ondéchireseshabits,briseses ulFairos.lu chassecommeune
Un
choseimpure elli: vit en paria. jumeauayant échappéà la mortest
un objet hurriblenu« mêmesa mèrene voudraitpointtoucher.Uest
remarquable que lus jumeauxsont dans des tribus pau distantestantôt
traites connuelies Airesabominableset abandonnésà la mort, tantôt
considéréscommepresquedivins;maistoujoursils «ontmisil pari.
II. IIKRT! U COI.LRCTtVKM LA MOHT i37
RKl'HlSsBNTATIO.y

tions normales est une exclusion temporaire de l'individu


hors de lu communion lium;iinc, qui a pour effet de le fuire
passer de la société visible des vivants a la société Invisible
des ancêtres. Le deuil est à l'origine lu purticipntiou néces-
saire des survivauts à l'élut mortuaire de leur parent; il dure
aussi longtempsque cet état lui-même. Kudernière analyse1,la
mort comme phénomène social consiste dans un double et
pénible travail de désagrégation et de synthèse mentitlo s
C'est seulement quand ce travail est achevé que la société
reutrée dans su paix, peut triompher do lu mort.

HllVl'Z.
KOIIKUT
îu
NOTE
SURLEDROIT ETLACASTE
ENINDE
ParM.C.BOUCLÉ

Nous nous proposons, en utilisaut les recherches des


spé-
cialistes, juristes ou philologues, de dégager les tendances
générales du droit hindou, et de marquer ce qui les rattache
au régime caractéristique de la civilisation de J'Iude, –
au régime des castes. Peut-être ce relevé nous
permeltra-til,
tout eu nous fournissant l'occasiondo mieux
analyser lu struc.
ture propre à cette forme sociale, de vérifier ou de
préciser
chemin faisant telles théories récemment formulées, sur les
« époques » du droit, sur le
rapport originel du droit civil avec
le droit criminel, ou du droit écrit avec le droit coutumier.

Pour l'analyse que nous entreprenons, le code dit de Manou


peut servir de texte central. Nonqu'il constitue, comme beau-
coup l'ont cru naguère, «le code de l'Inde. » Mais, de tous les
recueils hindous où sont touchées les questions de
droit, il a
sans doute été, dès longtemps,le plusconnuet le
plusestimé
nombre d'inscriptions nomment Manou à la tête des
juristes,
et aucune révéJatiou, dans les régions les
plus diverses, n'est
plus commentée que la sienne. De plus, dans la série de ces
recueils, le code de Manou semble occuper une place intermé-
diaire s'il apparait comme le premier des
Dharmasastras,
manuels en vers, eux-mêmes antérieurs aux Dharmabanduas
qui ne sont que des commentaires, il est postérieur aux Dnar-
masoutras, collections plus ou moins élaborées d'aphorismes
védiques en prose. Il y a donc des chances pour que la Smirti
de Manou présente des caractères
moyens on nous la donne
par exemple comme moins archaïque que celle de Gautama,
et moins moderne que celle de Narada

H«m"y< ??«' und Sille &»> der Mo-ArkchenPhilologie,


11.Bd.
8 lien), P. 14-t9.
C, UUl-OLÉ. US DKÛJTBT hk CASTBKJÎ JNDB 139
.# » • »
ce qui trappeau premierabord ie lecteureuropéen deslois
do Manou,c'est la multiplicitéet la variétédes prescriptions
qui lui semblenttotalementétrangèresà la sphère du droit.
«11nefaut passocoucherlespiedshumides–ni les laver daus
un bassinde laiton. Pourcomposerle gateau de ,riz des
repas funéraires, tols ingrédientssont indispensables,tels
autres interdits;– et surtoutquele plutsoitservi bienchaud.
Ne néglige pas d'inviter ton voisin. – Uarde-toide sauter
par-dessusla longed'unveau.– Quelaceinture du Brahmane
soit faited'un triple cordond'herbe moundjaunie et douce
celled'un Kshatriyad'une cordeeu herbe mourm; celled'un
Vaisyo,de filde chanvre, de1».– Recettesde cuisineou de
coulure, mesuresd'hygiène,conseilsdo politesse ou règles
d'étiquettese rencontrentet se mêlentdans cette olla-podrlda
de préceptes.
Maissi diversque soientces élémentsla plupart portent
une mémomarque, très apparente et c'est l'estampillode ta
religion. Nouscomprenonsbientôt que s'il est commandé,
sans condition,de se laverou de se nourrir d'une certaine
façon,de ne pas toucher telsobjets ou tellespersonnes, c'est
qu'autrement on se sentirait impur, ou craiudrait de n'être
pas en règle-avec les puissancesdivines.Si tels ingrédients
sont interditset tels autres requis, c'est que les uns portent
eu eux-mêmesun principe desouillure,les autres, de purifi-
cation. Cesont les propriétésfablesou néfastesdes métaux,
les vertus de l'eau et du feu,le caractèresacré de la vache
qui produisentce foisonnementde tabous,d'où surgissent
autant dedevoirsimpératifs.Etdans certainscas, cesdevoirs
nous paraissenttout simples mais prenonsgarde que, sans
doute, où nous ne voyonsqu'une précautiond'hygiène ou un
signede politesse, l'Hindourévère un rite. Et dans d'autres
cas, si cesdevoirsnousfontl'effetd'inveutiousdéraisonnables,
rappelons-nousque la religiona ses raisonsqui les justifient.
Le codede Manouestd'abordet par-dessustout un bréviaire
de la conduitepieuse.
Le droitne nous apparaltradonc,dans les codes hindous,
que mêlé,ou pourmieuxdireenveloppéet pénétré de religion.
Non qu'il ne soit possiblede distinguer,dans la massehété-
rogènedes prescriptionsrituelles,un certain nombrede frag-

i. Loi»deManou(Trad. Il. 46.UI,SIS,230.


IV.38,18.VI».39». Loisolow-Doslongchamps),
or»
140 l/ANNKK 1903-1906
SOCIOLOGIQUE.
monts dont le style est plus conforme à co quenous attendons
d'uu livre de droit. Les fragments de ce genre sont pins nom-
breux et mieux concentrésdans le code de Muuou que dans
les recueils antérieurs. Après avoir détaillé les multiples
devoirs qui composent la vie du lirahinaneaà ses diJtérentets
étapes, le Sage qui est ceusé parler en arrive aux devoir» des
rois (Livre vill) après le devoir de défendre leurs peuples,
celui de leur rendre la justice passe au premier plan. C'est à
ce propos que sont éuumérées,sous dix-huit titres, les causes
dont le roi peut être appuie a connaître. D'abord celles quii
sont relatives aux affairesd'argent et aux questions de pro-
priété dettes et dépôts, annulations do veutes et d'achats.
entreprises de sociétés, contestations touchant les salaires ou
le bornage. etc. Puis viennent les délits d'injures, tic coups
et blessures, de vol etd'adultère. Les prescriptions concernant
le mariageet l'héritage preuuent place ici. Une brève allusion
à la réglementation desjeux les sépare de la théorie des classes
mêlées, où sont exposées les diverses dégradations qui résul-
tent de l'inobservation des rites ou des unions illégitimes.
Une classification des peinesdiverses(lui attendent le méchant,
dans cette vie et dans t autre, couronne la construction. Elle
est relativement vaste, puisque rémunération des règles plus
proprement juridiques occupe plus d'uu quart de l'ouvrage
entier (71S versets sur 2084). Mais que) qu'on soit le volume,
elle est encore loin de rappeler l'aspect de uos corps de droit.
Elle continue d'en dillérer essentiellement par lu distribution
et les proportions respectivesdo ses éléments.
Nous ne voulons pasfaire allusion seulement au « désordre »
des codes hindous, si vivement raillé par l'esprit méthodique
qu'était James Mill M.Jolly a montré que dans le code de
Manou en particulier, les matières de droit étaient soumises
à une répartition raisonnée, et assez rationnelle, étant donnés
les soucis pratiques qui la commandent. Mais, dans cette orga-
uisation même, c'est la prépondérance accordée à certaines
parties qui uous étonne. Dansles codesauxquels la civilisation
occidentale nous a habitués, les règles les plus nombreuses
sont celles qui out trait aux remisesen état. A l'individu qui
se considère comme lésé, la loi fournit les moyens de faire la
preuve de son bon droit et d'obtenir réparation du dommage
Imita, I, p.19: Cf. Jolly, RteU
i. UUtonjof u. S.,p.17ot Zeihc/<ri/tfar
vergleich.Heehttwbueiwchafl ta
(nous désignerons d ésormais par le»
lettresZVVR)
187»,p.âî*SW> (Uober «lie Syatcmatikdes inriisclicn
itccliU).
G. BOUfilS. – I.K DIIOITKT LA CASTK K.V IXBK Ul

il lui causa Si une sanction intervient, eu ces matières, ce


n'est pas à titre de punition elle uo tend nullement ù faire
expier sa faute &un coupable; suivant l'expression proposée
par M. Durklieim, elle n'est que « roslitutivo Il ot non pas
« répressive ». Auprès du Droit civil et du Droit commercial
par exemple, où cet esprit domiue,le Droit proprement pénal
occupe chez nous peu de pince. Dans le code que nous ana-
lysons le rapportest renversé. Non seulement plus de la moitié
des versets juridiques est consacrée au système répressif,
mais encore là même où il ne se formule pas expressément,
ou sent sa meuace dominante. La notion d'une sanction pure-
mont resiitutive n'est pas dégagée. Pour distinguer les délits
civils des crimes proprement dits, la terminologie munque
il semble que tous les délits soient au même degré des fautes
Caparàdhaj qui appellent des châtiments (danda) Au vrai,
malgré l'importance relative qu'il a prise dans le code de
Manou, le Droit civil et commercial n'est pas encore détaché
du Droit pénal. A part quelques différences de détail – por-
tant par exemple sur la nature des témoignages admissibles
c'est seulement eu matière d'adultère, de vol ou de violence
que n'importe qui peut être reçu à témoigner – dans les cas
que nous appellerions civils et dans les cas criminels la pro-
cédure est sensiblement la môiue. On sent régner encore l'es-
prit des antiques Soutras, où toute violation d'une obligation,
quelle qu'elle soit, doit être expiée par une peine. Pour trou-
ver la distinction à peu près nette, il faudra descendre
jusqu'au code de Brhaspati
Veut-on d'ailleurs la preuve qu'aux yeux des rédacteurs du
code de Manou la mission du droit est essentiellement répres-
sive, qu'on se rappelle le lyrisme tragique avec lequel ils
célèbrent le Génie du Châtiment, « à la couleur noire, à l'œil
rouge », « Le Châtiment gouverne le genre humain, le Châti-
ment le protège, le Châtiment veille pendant que tout doit
le Châtiment est la justice, disent les Sages. Si le roi ne
châtiait sans relâche ceux qui méritent d'être châtiés, les
plus forts rôtiraient les plus faibles. La corneille viendrait
becqueter l'offraude de riz, le chien lècherait le beurre cla-
rifié il n'existerait plus de droit de propriété, l'homme du
1.Division du l muait,
p. 60.
2. OWenborg. dansUm eUteslen Strafrechtder KulturvSlficr,
p. 73.
3. Jully, Kechtu. S., p. 138.Dareslo,
Etuded'histoiredu Droit,p. 78,
Oldenbcrg,ouw.cil. p. "M.
H2 L'ANNÉE 19034000
SOCIOLOGIQUE.

rang le plus bas prendraitla placede la classelu plus élevée,


– Toutesles dusses se corrompraient,toutes les barrières
seraient renversées,l'univers ue serait que confusionsi le
Châtimentne faisait plus son devoir. » Le droit répressif
qu'un tel esprit auime ne sera pas seulementvolumineux
il pèsera durement sur les coupables.Il tient pour eux en
réserve la plus luxueuse galeriede supplices.Nouseulement
il menacesouvent de mort, mais de mort « exaspérée» ou
« qualifiée» par le pal, par le feu, par la (lentdes chiens,
par lé pied des élépuuuts,par le tranchant des rasoirs. A
défautde la mort, ce sontdes mutitatioasou des marquesde
toutessortes, oùl'on peut admirerla mêmeimaginationfertile
qui produit la variété des pratiquesmagiques.La plupartde
ces inventionssemblentrépondreà ce queM.Guntherappelle,
au sens targe du mot, le besoinde représailles1.Tantôt ou
s'efforced'atteindre l'instrument du délit ou coupera les
doigts du voleuret de l'impudique,la langue du médisant.
Tantôtou veut que la peinerappelleet symbolisela fauteen
la stigmatisant l'adultère recevra sur le front l'imagedes
parties sexuellesde la femme l'alcoolique,celle d'un dra-
peau de distillateur. A ces peines portant sur la personne
môme viennent s'ajouter des peines portant sur les bieus
tout un systèmede lourdesamendesest prévu, qui peuvent
aller jusqu'à la conliscationtotale Le criminelessaie-t-ilde
se déroberauxprises de ce filetde fer lacastese réunitalors
pour le rejeter. Exclu de l'eau ut du feu, les fonctiounaires
du villagelui refusent leur travail.Personnene peut le tou-
chersansse souiller. Il est commeun mort parmiles vivants.
Au surplus, ce n'est pas seulementdans cette vie que le
Géniedu Châtiment,avectoutessesinventionscruelles,attend
les coupables c'est dans l'autre, ou plutôt dans les autres
vies. Le péchéaccompagnele pécheurau delà de la mort il ·
faut que celui-ci renaisse pour souffriréternellement-Et ici
encore,à travers le cycledes renaissances,les punitionsrap-
pelleroutla faute, les circonstancesou les procédésde son
accomplissement.Le voleurde vêtementssera marquépar
la lèpre; levoleurde grainsdeviendraun rat; le voleurd'eau,
un oiseau des marais; celuiqui a monopoliséun passage,un
serpent vivantdans les trous. Le larron d'honneur,l'homme

1. Die ldee der Wiettervergellungin <lei'Geschichteunil Philosophiedes


SlrofrecMe»,
C. BOUQLÊ.– LE DIUMTET LA. OAÏTK BN l.NDK U3

quia souilléle lit de son père spirituel reuatt centfoisa l'état


de liane, ou d'oiseaude proie, ou de tigre. Quiverse le sang
d'un Brahmanesera dévoré par des carnassiers, pendant
autant d'annéesque le sang de sa victime a formé de gru-
meauxdans la poussière puis Il passera dans le corps d'uu
chien, d'un aue, d'uu bouc,finalementd'uu tclmudala.
S'il veut esquiverces tourments futurs, le criminel n'a
qu'une ressource se plier volontairementaux épreuves que
lui prescriventles Brahmanes.Aiusis'introduit dans le code
de Mauou,l'énumérationd'une série de pénitences qui le
fontressemblerauxPénitenlielsde notre moyenâge.Si l'on ue
veut continueril la payer dans l'éternité, il faut racheter sa
faute dès ce monde.En conséquence,le pécheur repentant
devra parfois se mutiler; il ira même jusqu'à se suicider
pour son salut. Du moins accomplira-t-il quelque vœu
pénible dormirsur la terre nue, resterassis au soleil.Il feraa
des nouvainesdojeûnes, ne se nourrira que d'eau, se privera
dosol, absorberales cinq produitsde la vache.Et surtout il
paiera dosamendes,en nature ou eu espèces,a ceux dont la
puissancelavede toute souillure.
Ledroit pénalhindouutilise doncplusieurs sortesde me-
naces.Ondiscernedans les codes,derrièrela série des peines
d'ordre temporel,une série de peinesd'ordre spirituel, et à
cotédes châtimentsqui doivent être déchargés par les rois
ou les dieuxceuxdont le pécheurpeut se frapper lui-même
en battant.sacoulpe.Et tantôt il sembleque ces peinessoient1
substituables qui a supporté l'une n'aurait pas à supporter
l'autre.Le pécheurpuni par le roi iraau ciel aussipur que les
saints.In versement celuiqui aura accomplilespénitencespres-
critessera exemptédu feu qui devait le marquer il restera
seulementpassibled'uneamende.Parfoissonvoit les deuxtypes
de peinesse fondreen quelque sortel'un dans l'autre la péni-
tenceest d'allerau-devantde la punition, de l'appelersur soi
pourqu'en blessantelle purMe.Lecriminel est exhorté,pour
rachetersa faute,à la confesserau roi en lui tendantla massue
justicière.En règlegénérale,surtout pour lesfautesgraves, les
châtimentsdistinctssont cumulés avant d'obtenirla réinté-
grationdanssa caste,le coupabledéjà puni dansses biens ou
sa chair devraencoreaccomplirtelle pénitencerituelle1.

i. Jolly,N.u, S.,p.123.OldcQberg,
ZamSlrafr.
Zum
Oiderbhorg, S<t-<t~ eett Marna,IX,
p. Ta;
11)¡ :Uaievu,
IX,
230,
1.210. XI,A53.
Jolly, .«.
lit l'sxsie socioLootyi'B. iwvtow

Pour diverses, d'ailleurs, que soient ces pénalités, elles


expriment les mêmes tendances juridiques, elles obéisseut
aux mêmes préoccupations. Ou y reconnaît le respect des
mêmes traditions et le souci des mêmes progrès. On retrouve
par exemple, dans la série' rituelle aussi bien que dans lu
série séculière, la même volonté d'étendre le châtiment aux
complices mêmes aggravations proportionnelles pour les
cas de récidive mêmes restrictions pour ceux de légitime
défense. Il n'est pas jusqu'aux intentions qui ne soient
pesées aux mêmes poids dans les deux balances
la à vrai dire, sur ce point, le système des pénitences pro-
prement dites semble s'être moins vite assoupli que l'autre.
On sait que pour les religions primitives une souillure con-
tractée iuvoloutairemeut n'eu est pas moins dangereuse, et
en conséquence ne mérite pas une purification moinssévère.
On retrouve dans les Véduscette conception à la fois mystique
et quasi matérielle du péché; espèce de fluide morbide qui
s'attache à vous, et dont le patient doit se laver à tout prix,
ne fût-il pour rien daus l'origine de son mal La môme con-
ception survit longtemps, et plus ou moins voilée continue
d'agir dans les codes. 11en est qui semblent proposer de
réserver les pénitences aux fautes involontaires taudis que
les volontaires seules tomberaient sous le coup des peines
temporelles 3. Celui de Manougarde le souvenir de ces hési-
tatious de la penséo sacerdotale lorsqu'il dit: De savants
théologiens considèrent les expiations comme applicables
aux fautes involontaires seulemeut; mais d'autres (d'après
des preuves tirées des livres saints) les étendent aux fautes
commises volontairement l. Eu fait, si ou descend des prin-
cipes aux détails, on constate que le système des pénitences
tient compte lui aussi, et de plus eu plus, des dispositions
intérieures. Mauou déclare que si pour effacer une faute iniu-
tentionuelle, la récitation de certains versets suffit, il y faut,
quand il s'agit d'nctes prémédités, des mortifications plus
dures'. Dans d'autres codes, on voit que d'une manière plus

I. Jolly,121,m.
3. OMunlivi-K. du Vida(trad.fr., Paris,P. Alcan).p. 243,211.
Religion
3. Ynjumalkya,citéparOldonberg, ZumSlrafr.,p. 76.
t. XI,45.
5. XI,48. Les nuancesdistinguéesen matièredofaux témoignage sont
partiuttliùreinunl VIII,ISO,121.V. D'autresoxoni|>los
rurnuh{uablcti, dans
Thonisson,Histoiredu droil crimineldespeuplesanciens,p. 58.
C. nOTOLK. LE DROITEt LA CASTBBH INDR Hft

générale le taux des pénitences passe au double quand


rintoaliou est perverse La considérationde la eulpatrouve
donc sa place, ici aussi, à côtédo celle du dolus. Mêmesur
ce point le parallélisme des deux catégoriesde peines a été
obtenu.
Maisoù l'unité de leurs préoccupationsest le plus mani-
feste.c'est dansles précautionsqu'elles prennentpour main-
tenir, par l'échelledes peines,la hiérarchiedes castes. 11est
remarquais que la plupart deschâtimentssi dura que nous
avons èuumérôsno touchentpas le Brahmane;son prestige
désarmeles rigueurs de bras séculier.II peut être condamné
au bannissement,non à la mort. Personnene doit le frapper,
mêmeavec un brin d'herbe.D'une manière plus générale,
le tauxdes punitions varieen fonctionde la situationsociale
des personnes il atteint son maximum lorsque l'offensé
appartient aux plus hautes castes et l'offenseur aux plus
basses. Le Brahmaue paie ">0panas d'amende pour avoir
insultéun Kshatriya 25pour uu Vaisya H pour un Soudra.
Mais le Kshatriya qui aura insulté un Brahmane paiera
100panas le Vaisya, 180ou 200 le Soudra n'échapperapas
à la bastonnade.Des gradationsanalogues, répétées de cent
façons, se retrouvent dans le calculdes péuiteuces,jours de
jeune ou années do retraite'. 11faut noter un cas où la pro-
portionest renversée le Brahmanevoleur est puni plus lour-
dement sans doute voulait-onéviter par cette menacequ'il
abusât de la confiance que tout le monde était tenu de lui
témoigner3. Mais c'était là encore une manière de rappeler
que tous les hommesne sont pas de la mômeessence, et que
le système des pénalités, qu'ellesaillent en s'aggravantou
en s'atténuant, doit avant tout marquer les degrés de la hié-
rarchie.Ce n'était donc pas sans raison que les apologistes
du Châtimentlui assignaient commemission première de
maintenir chacun à son rang, et d'empêcher les mélanges
entre les espèces sociales aussi bien qu'entre les espèces
animales. L'idée qui répugne le plus au droit que nous
étudions, c'est à coup sur l'idée de l'égalité des hommes
devantla loi.
En résumé, pénétré de religion et attaché à l'inégalité,

t. V.Jolly,«. Il.S., p. 422.


2.Jolly,ZVVR, 1U03, p. 112-115.
3. Uanou, VIII, 338.
E. IKiiKimm. AnnOe sociol., 1905-1900. 10
M 4905-1906
l/ANNlteSOCJOtOOJOl'B.
-.A._11-
moins préoccupé do réparer que do punir, et de punir
de lit fiicou in plus dure, tel nous apparaît, travers les
codes classiques, le droit hindou. Ditus quelle mesure le
régime des castes rend-il compte de ces caractères?

Lorsqu'il fixe avectaut de minutie, en le faisant varier pro-


portiouuelleinent à leur rang, le nombre de coups que doi-
veut recevoir onde panas que doivent payer les criminels,
le droit ne fait que traduire directement, usa (iii;ou, la
tendance caractéristique de la société hindoue. La plupart des
droits primitifs, eu fixant les taux des compositions, établis-
sent des échelles du moine genre1. On eu retrouve chez les
Grecs aussi bien que chez.tes Germains. Dans lu loi de (ior-
lyno par exemple, le tarif de l'amende prononcée en cas
d'adultère varie de 5 à 2W)statères; ces variations sont déter-
minées non pus seulement par les circonstances particulières
de Tolïense, mais par la situation sociale de l'olïeiiseur et celle
do l'offensé te citoyen pleinement libre se trouve valoir, a cf
compte, dix fois l'homme de condition inférieure ol 40 fois l'es
clave-. Mais nulle pirt les disliuctious de cette ualure n'ont
été conservées si longtemps, nulle part elles n'ont élu préci-
sées si fortement que dans le droit hindou. El sans doute son
insistance môme éveille une défiance des démarcations si fer-
mement dessinées, des gradations si savamment dosées sont
d'ordinaire le signe d'une volonté tendue, mais non peut-être
d'uue réalité docile. Dans quelle mesure ces catégories légales
correspondaient-elles à des catégories réelles? Les péné-
trantes observations de M.Senart ontaverti les philologues de
ue plus se fier aux trompel'œil de la tradition brahmanique.
Le code de Manon ne fait de dillérence, qu'il s'agisse delà
délinitiou des devoirs, de la réglementation des costumes, ou
de la distribution des peines, qu'entre Brahmanes.Kslialriyas,
Yaisyus et Soudras « il n'y a que les quatre castes et il n'y
en a pas cinq ». Mais que cette théorie des quatre castes, le.
rttturi'tnyit, ne soit qu'une simplification audacieuse, c'est
ce qui n'est plus à démontrer. Tout indique que le monde

Weslermatvlt!J7n? orir/inami Development o/' themoraliiea$, p. Via-


411;en réunitdenombreuxuxi-inples.
S.V. Ololz,ha sotiilnrilédela h'iimilledansledroit crimineltn Grèce.
p. S8i, 107.
0. UOUULÉ. LUDROIT
KTU CASTK
ENINUK 147
hindou était divisé itou en quatre tranches correspondant aux
va ruas, aux couleurs classiques, mais en une multiplicité
indéfinie de sections, dérivée» sud» tlouto des premiers
groupes familiaux, les jil!i.i. Los réducteurs do Manou ne
l'avuuent-ils pas d'ailleurs, lorsqu'ils émiinèreat les diverses
« castes mêlées » ? lis expliqueront sans doute lu (ormaliou
de ces groupes et leur distribution hiérarchique par des niiiu-
queuieuU aux règles qu'ils formulent tins unions illégitimes,
l'omission d'un rite, l'abandon des coutumes ou du métier
des ancêtres sont uutuiil de causes de séparation et do dégra-
dation. Mais il y u là, nousdit-on, une explication après coup
qui ue trompe personne, et qui lie fuit que trahir l'embarras
du théoricien devant lus faits qui débordentsa théorie'.
Si précieux que soient ces résultais, ils n'empêchent que
le calcul des peines brahmaniques lie réponde, par sa ten-
dance générale, û (idéal plus ou moins licitement avoué par
tous les groupes élémentaires de lu société hindoue. Dans
leur morcellement même ils s'efforcent, antturrnémeut à l'es-
prit des codes, de ne pas mêler les sangs, de ne pus changer
les fonctions,derespecter les rites traditionnels. Et tous ensem-
ble supportent le Brahmanisme ù leur sommet. Dans la réa-
lité, les lirait mânessont loin sans doute de se consacrer exclu-
sivoment aux nobles fonctions que leur réservent les codes.
Beaucoup fout un peu tous les métiers « pour leur ventre ».
Mais, même dans les situations les plus misérables, ils con-
servent cet air de supériorité qui a frappé tous les voyageurs
quelque chose reste vrai des formules orgueilleuses du livre
de Mauou le Brahinano est comme le feu qui n'a pas besoin
d'être consacré pour être brillant, et qui reste pur quelque
matière qu'il consume. Aujourd'hui encore, après tant de
bouleversements qui rendent les distinctions plus llottiiutes,
le critère le plus net dont les enquêteurs disposent pour
déterminer l'ordre de préséauce des castes, c'est le degré de
leur rapprochement avec le Brahmauc, c'est l'estime où il les
tient, et qu'il manifeste eu acceptant ou en eu refusant les
différentes espèces d'aliments qu'elles lui offrent Et eu fait
on retrouve les fautes dénoncées par Manon – abandons des
coutumes héréditaires, omissions de rites, ou unions illégi-

FIndt,lesfaitset tepjrtènte.V. nos/IWKi/y«e.»


i. 8eiMirt,£esc<w/e*rfaiis
surta réyimedesCastes,dan*luI. IVde l'Annéesociuiot/ii/ite.
2, l'ramatlianalliBose,Ilimlucastesand sects,p. 20aiji|.
U8 l'année sociologique. 1903-1900

Urnes– à l'origine de bien des déchéances L'ombre peut


avoir quelque chose de plus rigide et déplus anguleux que le
corps le droit brahmanique u'en reste pas moins, par les
graudes ligues do sou système auti-égaiUaire, comme uue
projection de la structure sociale de l'iude.
Que le plan de ce droit soit d'ailleurs, en majeure partie,
ilessiué par la religion, l'ou ne s'eu étonnera pas si ou se
rappelle que des scrupules du pureté fournissent la clef de
voûte comme lit première pierre de toutes les constructions
hindoues, et que les parties n'en sont ordonnées et maiute-
uues ù leur place que par des sentiments de respect pieux
ou d'horreur sacrée. Ona prétendu que la caste était « aflaire
de mariage»; d'autres ont dit « aflaire de repas ». Les deux
thèses convergent originellement le mariage a pour but
d'assurer au culte des aucétres des officiants de leur race et
le repas, préparé gnke à l'élément divin par excellence, a
tous les caractères d'une communion rituelle1. C'est dire, en
d'autres termes, que la caste est essentiellement allaire de
religion.
Ou a pu hésiter à accepter cette définition ne voit-on pas
tous les jours des Hindous changer de foi – se convertir par
exemple à l'islamisme ou au christianisme sans pourtant
avoir la force, et peut-être saus avoir l'idée de renoncer aux
règles de la caste? D'autre part, chez ceux infimes qui restent
des fidèles de l'hindouisme, ces règles lie coexistent-elles pas
avec les doctriues les plus variées? Les croyances diffèrent
ou passent; l'usage reste identique9.3,
Mais d'abord, quand bien même les pratiquants auraient
perdu de vue lit croyance génératrice de l'usage qu'ils prati-
quent, cela empeclie-t-il qu'il ait été originellement institué
par la religiou? L'arbre porte des feuilles en ignorant ses
racines Kt puis surtout demander, pour lui recounaitre le

1. V.Cens**of Intlia,1901,vol.VI[Bengali,p.361.vol,I (India),p. 528.


Uest remarquablequelesenquêteursanglais semblentdisposési réagir
contrel'excessive.lélianeequenousinspiraient,û l'égarddula théoriedu
codede Muiiqu,la critiquede M.Sunart.
2. Senurl,toc.ci* p. <5,SIS.
Zeittchrift(1erOeutse/ienmorg.Gesellsehaft,
3. Y. Schliiglntwelt, MA.
V.
33,p. 883. Censusof Initia,1<JOI, vol.I. [tndia,par JIM.Risloyet Gait)
p. 523.
4. V. ce que M. Marillierdisait, û co propos,du tabou mélanésien
Eludtsde critiqueset d'Histoire.2«stSrie(Bibl.do I'écolodes Uaulos-
lîtudes),p. «.
– LKDHOIT
C, UOOT,1,K. ETU CASTE
ENINDE 14Ô
caractèrereligieux, que l'institution de In caste se réclame
nommomentde telle mythologie,c'est peut-être (airela part
trop belledans le sentiment religieuxaux croyancespropre-
ment dites Eu matière de dogme la tolérancedu Brahmauo
est proverbiale.Il s'accommodevolontiersdea imaginations
lesplus hétérogènes,et à ce qu'il noussembleles plus hété-
rodoxes.11ouvresans plus de manièresson panthéonhospi-
talioraux divinités de ses clients nouveaux.C'est quo l'im-
portant à ses yeux, l'essentiel de la religion est qu'en le
respectantou respecte les rentesde la cnste1. Toutetentative
échouequi veutdéfinir autrement l'hindouisme à quelque
secte qu'il appartieune, l'Hindou se reconnaît à l'instinctif
ellroi du surnaturel qu'il éprouve, au momentde violerles
prohibitions traditionnelles de la table et du lit •. Plutôt
encorequ'unde ses fruits, on pourrait doncdire que la caste
est le uoyaumêmede ta religion hindoue.
Est-ilétouuuut,après une pareillecompénétrationdu sacré
et du social,que les prescriptionsjuridiques restent, en Iode
plusqu'ailleurs,imprégnéesd'imaginationsreligieuses?Pres-
que partout nousvoyousle droit ualtroet grandir à l'ombre
de la religion. Elle lui prête sa confiancedans le jugement
des dieux, la force contraignantede ses imprécations,les
vertusmagiquesde ses formuleset de sesgestess. Maispréci-
sément le progrès du droit consiste a s'émanciper de cette
tutuelle,à farda se avec les ressourcesproprementhumaines.
Le jus se taille sou royaume en dehors du fus. C'est pour
avoir de bonneheure marqué cette distinctionque le peuple
romaina mérité en matièrede droit le titre d'éducateur de
l'Occident4.
s.
Età vraidire, mêmeà Rome,il semblequel'œuvredesécu-
larisationait été plus leute qu'on le croyait naguère. On a
noté la forte coloration religieuseque garde longtempsla
tabledes délitsqui relèventde la justicedu roi11.La vindicte
publique, au nom de laquelle il agit, n'apparaît elle-même

1. Bartli.Thereligionsof Initia,p. xvu,V.Monter Williams, Morfeni


lidia,p. îî».Irving.Tlwonj andl'meliceof caste,p.134,137.Cf.Majnc
[ïiealiseofllindaUw,p. 42),citantla Ceimts ofitn [S. IV.Ptov.report,
l>.192et Aitamreport,t. p.8ij.
Hiiulutribesandcastes,III,p. 270.
2.-Sliorring.
3.Kulilur. mutWeUenlteicMung,
Uechtsgescliichle ZVVR, 1885p. 323.
4.IherinR,Espritdudroitromain, 208-307.
5.Girard,Histoiredel'organisation
judiciairede*Romains, I, p. 3Ï-35-
iW l'.VXXKB
SOtilOLOIIIQVK.
190M9M

que comme l'exécutrice des limites œuvres de lii vengeance


divine Même enimitière de jusliceci vile, dans la transmission
des ment qui accompagnait à l'origine la dévolution dos
biens, dans la protection spéciale accordée aux bornes des
propriétés, dans les stipulations da toutes sortes qui prennent
les dieux à témoins, on relève aujourd'hui les signes d'une
pression religieuse persistante1. Pour résister cette pressiou,
pour développer librement un droit « bourgeois et profane »,
expression réfléchie des volontés concertées, il a fallu toute
la puissance organisée d'un font lui-même soumis à la pesée
du peuple*. La laïcisation du droit ne pouvait s'accomplir
que dans la cité réorganisée par la volonté d'une plèbe « cons-
ciente u.
-Mais les castes en Inde n'ont jamais pu s'entendre pour
former une cité et imposer un remaniement du droit. Obsti-
nés dans l'horreur des contacts et des mélanges, les premiers
groupements familiaux ne sont pas entrés ici dans lit voie des
concessions, des compromis, des limitations réciproques.
Aucune plèbe ne s'est assemblée et dressée pour exiger une
refonte des premiers cadres Kl c'est pourquoi citez les Aryens
de l'Inde non seulement le droit public, si riche chez leurs
frères gréco-italien», est réduit à sa plus simple expression,
mais encore la distinction du jus et du fax reste inexprimée.
Non que le mouvement de la civilisation n'ait forcé, ici
comme ailleurs, lu première doctrine de la vie ù s'élargir, et
n'ait obtenu par exemple une place dans les codes pour les
réquisitions d'une organisation économique plus compliquée.
C'est en ce sens que M. Dahlmanu oppose à l'âge du rila l'âge
dmllinrnia. qui se montre moins exclusivement attaché aux ver-
tus ordonnatrices du sacrifice, et plus préoccupé de l'activité
b iimaiue, deses conditions et de ses conséquences. Mais l'anti-
thèse reste indécise, et celui qui la propose doit reconnattre
que dans le illuirmn même la religion ne lâche pas sa prise '
La société hindoue ne s'est pas donné les organes nécessaires
à la confection, à la conception mAmed'un droit laïcisé.

La seule force organisée qui se dresse daus l'universel


endettement c'est précisément celle qui a la charge de main-

). Lambert,la Fonctionilu Itmilcieil comparé,p. 639s<|<|.


S. Cui{.Les Institutionsjuridique»<./<«:
le*Romains,I, p. 23.
3. Oui MahabarataaUBpitxIl. Rechtsbuch, p. 200.
– LKWtOlTKTLACMTUfcX1NUK
C. HOI'CILK. l!il

tenir envers et contre tous les droits de lu conception reli-


gieuse de la vie e'esl le corps sacerdotal.
Et à vrai dire ces expressions moines prêtent a l'équivoque.
Ici encore 1 orgueil du sang, réfraetaire à toute unité, fait
sentir ses elïets isolants. Knréalité le Brahmanisme n'est rien
moins qu'un corps. Son origiuulité, disait S. Maine, vient de
ce qu'il ue repose sur aucune organisation Pour expliquer
leur emprise sur l'Inde, ou comparait naguère la caste des
HrahtMauesàtordredos jésuites. Nulleunulogic1)lus décevaule,
s'il est vrai que les ltrahmaues n'ont jamais su ce que c'est
que se plier eu commun devant uue autorité quelconque. Ils
ne connaissent même pas ce degré d'unification où les Druides
semble-t-il, etaieut arrivés, avec leurs cumiuuuaulés et leurs
conciles. C'est que uouseulemeutdauslu classe bralunauique
des castes nombreuses continuent de se distinguer, mais
eucore chaque lirahmaue, surhomme de uaissauce, comme
il n'a besoin d'aucune iuvestilure, ne recouuait théoriquement
aucun supérieur hiérarchique. Cette foule de prêtres-nés n'aa
rien do commun avec une Eglise*.
11n'eu reste pas moins que, exemplaires de la race noble
par excellence et modèles de la pureté aryeuue, exécu-
teurs des mêmes opérations rituelles et commentateurs des
mêmes révélations, ces prêtres-nés représentent un même
i déal, jouissent d'un même prestige, et qu'ainsi, sans être à
proprement parler uuiiiés eux-mêmes,ils sont capables d'im-
primer à l'Iude la seule espèce d'unité qu'elle pouvait sup-
porter.
11ne devait pas manquer d'ailleurs, pour la culture de cette
t raditiou religieuse, de se former des écoles. Il est nécessaire
mais il n'est pas suffisaul, pour mériter le titre de Brah-
mane, d'être né desaug brahmanique. Il y faut une initiation
qui est une seconde naissance; il y faut l'étude des Livres
saints. Et comme ces livres sont plusieurs, et plus nombreux
encore les commentaires auxquels ils ont donué lieu, il se
formera des traditions spéciales qui serviront de centres de
groupement aux étudiauts brahmanes.
Ce sont sans doute des groupements de. ce genre qui ont
donué naissance aux Codes que nous connaissons. Faut-il
parler à ce propos de véritables écoles de droit Cetcharana»

1. ÉtudiasurVHistoiredu droit, p. 883.


indiensIMtratur u. Kullur,p. *\î.
2. Lyall,AsioticStudies,I. ErhriiUur,
it>2 L'ANNÉE SOCIOLOGIQUE. 1905-1'JOO

An f a f I
aussi -c_ v
étaient-ils nombreux que la croyait Colobrooke et mon.
traient-ils une espèced'organisation universitaire, comme les
écoles de notre moyeu-âge? Ne gardaient-ils pas plutôt la
physionomie de l'organisation familialo, et leur tradition,
plus conformément à l'allure générale du régime, ne se pré-
seutuit-elle pas comme ces secrets que les pères confient aux
(lis1? Toujours est-il qu'on se trouve là en présence de tradi-
tions transmises et commentées par une suite do spécialistes,
et que ce trait déjà peut expliquer quelques-uns des carac-
tères des codes hindous. Dans le code de Mauou en par lieu•
lier, Uûhler a relevé les répétitions, voire les contradictions
qui révèlent des séries de remaniements. Peut-être sous le
Sastra que nous connaissons pourrait-on retrouver un Soutra
qui remonterait jusqu'àlasecte védique des mauuvas. lies Ira-
ditions si longuement ruminées ne pouvaient manquer
d'aboutir un droit assez compliqué et raffiné. On a souvent
observé le plaisir que semblent prendre les rédacteurs de ces
codes à distinguer, à proportionner, à classifier de toute façon.
Faut-il voir duusce goût un trait natif du génie hindou 1 Ou
bien penserons-nous que si ce goût se conserve et se développe
à travers tant de générations, le spectacle de la réalité sociale,
toute divisée et graduée, qu'elles ont sous les yeux en est pour
une part responsable ? Quoi qu'il en soit, la serre chaude des
écoles brahmaniquesdevait être favorable à cette végétation
exubérante de classifications.
Le même milieu de professionnels ne prôlait-il pas à la
découverte de ces nuauces qu'admirent nos historiens du
droit, par exemple en matière de distribution des responsa-
bilités, en cas de récidive, ou lorsqu'il s'agit de tenir compte
des intentions'? Preuves, disait Tlionisseu, « que dés ces
siècles lointains, les bords du Gauge avaient été le théâtre
de longues méditations juridiques ». D'ordinaire les divinités
offensées frappent en aveugles; pour détourner leur vindicte
on poursuivra, comme les Athénieus le faisaient encore, jus-
qu'aux objets inanimés. Si malgré ses origines religieuses,
le droit hindou est plus souple et plus nuancé en ces ma-
tières, il le doit peut-être aux réflexions do spécialistes qui

1. V. Wi-slami Bûhlcr.A Digestofthe Uinduluw,p.ai. Gliose.Pria-


ciplesof llte ttintlulaïc, p. vu-x. Mayno,A ïrealise un tliiululawami
mage,p. 38.S. Maine,AncienDroitet Coutumeprimitive,p. S2.
2. V. Kohlcr,ZVYtt, 1903,p. 184sqq. Thonissen,Ilist. du Droitcrimi.
net,p. 60.
– IB DHOJT
C.BOCOli. BTLA CASTE
ENISÛR 133
pouvaientle faire profiter du progrès mômede leurs croyan-
ces. A cet égard le dernier livre du code de Manou révèle
îles préoccupationsdéjà « spiritualistes ». 11n'est pas éton-
naut qu'ils veuilleut peser les intentionsceuxqui Inscrivent
au nombredes péchésles mauvaisespenséeselles-mêmes,et
s'élèventdu souci de la pureté toute mulèrielloà celui de la
pureté intérieure. il faut ajouter que la doctrinede lu trans-
migration,si elle est en harmonieintime avecle régimedes
castes1,s'accordeen même temps avecle sentimentde la res-
ponsabilitéindividuelle,Eu rappelantà l'hommeque sasitua-
tiou présentedépend de ses actes passés commesa situation
futuredépendrade ses actes présents, elle lui ôte sans doute
l'enviede protestercontre les inégalités sociales,mais elle
propagel'idée que du moins à l'iutèrieur de sa classe, cha-
cun doit être jugé selon ses couvres elle aideainsi le droit
à se dégagerdécidémentde la doctrine des responsabilités
collectives.
Onpeut mesurer par là toute la distance que le sacerdoce
brahmaniquea su faire parcourirau droit hindoudepuis les
premièresétapes du droit. La formela plus aneieunede la
justice,c'est la vengeanceexercée de groupeà groupe.A cet
âge il n'y a pas proprementparlerde crime public;en tuant
par exempleun hommeou eu violantune femme,un membre
d'un clan a causé un dommagea un autre clan celut-ci
chercheà réparer ce dommagepar une actionqui vise non
pas seulementce membre en particulier, mais n importe
lequeldes membresdu clan olienseur. Les autres groupes
n'ont pas intervenir.
Pourdéfinir cette situation ou a proposé de dire que les
premiersdélits apparaissent moinscomme des délits crimi-
uels que commedes délits civils le groupe justicier,qui est
en mômetemps l'oileusé,se suuciant peu de l'ani'imudelin-
yuendi,et demandantavant tout la réparationd'uu préjudice,
fut-il iuiuleutionnel. L'assimilationprête à l'équivoque,s'il
est vraique lesvengeursse sentent obligésà l'action,soit par
ta soitde sang qu'ils prêtent à l'ombre menaçantede la vic-
time, soit par un sentiment de solidarité plus complexequi
leur ordonnede compenser à tout prix la perte que leur
groupea pu éprouver si c'est en d'autres termes, non pas
seulementuu instinct de cruauté, maisun impératifdenature

S.V.l'illon.Année 1868(F.Alcun).
philosophique,
iKt l'AXNKKSUCIOLOUtyUK. 1
t'JOVl'JlM

religieuse qui arme le « moi judiciaire familial»'. Mais il


est vrai qu'à cette phase, au-dessus des cluus en litige
aucun sentiment public n'intervient pour limiter leur vin-
dicte eu la réglementant, ou pour punir les fautes qu'ils
laisseraient impunies. C'est la religion encore, mais une reli-
gion plus large et débordant les cadres familiaux, qui façon-
nera ce sentiment Elle étendra le réseau de ses interdictions
rituelles. Elle attachera it l'homicide, fût-il commis eutre
membres d'une même famille, l'idée d'uue souillure dont il
fautàtout prix se laver. Et ce sont ses représentants qui,
d'abord choisis pour arbitres, deviendront les jurisconsultes
dont les réponses(ont autorité. On montrait récemment ainsi
que mêmeeu Grèce,dans le pays le plus réfractaire à la théo-
cratie, s'il ne s'est pas trouvé un pouvoir sacerdotal pour
monopoliser le droit, c'est du moins la religion, appelant
l'excommunicationsur les violations de l'ordre établi par les
dieux, qui a fait l'intérimentre le régime de lit vengeance tami-
liale et celui de la vindicte d'Klat*. Onvoit la religion absor-
ber la plus grande partie de la 0i»«; familiale pour la trans-
mettre à la 8(xr,sociale, et eu dégageant l'individu de lu soli-
darité du groupe, constituer des délits nouveaux en même
temps que de nouvelles procédures. Dansl'histoire de presque
toutes lescivilisations le même phénomène est visible; etl'on
a pu soutenir que non seulement chez les Hébreux ou les
Musulmans,mais aussi bien chez les Germains et les Romains,
une jurisprudence sacerdotale forme le soubassement de
toutes les lois'.
11 semble ait premier abord que cette conquête du droit
religieux public sur le droit religieux familial ait du se heur-
ter en Inde à des dillicultés particulières la caste n'est-elle
pas une sorte do cristallisation des premiers groupements
familiaux ? et d'autre part la religion servie par les Brah-
manes a t-elle jamais su s'organiser en religion publique?
Mais nous avons vu déjà comment la force d'attraction du
Brahmanisme est assez puissante pour tenir lieu des méca-
nismes les mieux agencés. Sous l'influence de sa doctrine de

t. Kovalewsky. Coutume contemporaineel Loiancienne.Droitcotilumier


Osxétien,
p.Î87sqq.
V. Steinmelï.Ethnologische Uludienzur ersten Kntwicltelung der
Strafe. cf.Maoss,tovuede l'Histoiredesrelifjiuns.1897,p. 40-58.
2. Glotz,ouvi:cil.,p. 232s.|.|.
3. Lambert,ouvr.cit., p. 231804.
C. IIOl'liLK. – C.BDIIOIT ET LA CASTREN 1KUK ISS

1»souillureil semblebien que les groupementsfamiliaux,


quelquecommunistesque fussent leurs tendances,aientdéfi-
nitivementabandonnéta notion de la responsabilitécollec-
tive en même temps qu'elles abdiquaient leur droit de
vengeance.Non qu'elles n'aient sans doute,on Inde comme
ailleurs, exercé primitivementce droit contrairementa ce
qu'onpensaitnaguère,les Védasconserventlo souvenird'un
tableaudo tvergehtcommeil lie s'en institueque pour arrêter
la colèredes groupesen les indemnisant1.Mais il est vrai
que très tôt les compensationspécuniairesallèrentau Brah-
mane.De mêmeque dans le repas funèbreil siègela place
des parents morts dont l'ombreest censéese tenir derrière
lui1 il se substitue, pour la perception de l'amende,à la
famille lésée. Délégations significatives: sans briser les
sphères familiales et sans les amener â s'entrepénélrer,le
Brahmanismea trouvé moyende les faire graviter toutes
ensembleautourde lui. Grâceau prestige deses prêtres, les
hindousn'ont pas eu à chercher, commeil est arrivéeud'au-
tres pays,des arbitres d'occasion 1. ur les départagera. Plus
divins que les Brehonsd'Irlande, représentantsd'unetradi-
tion qu'eux seuls avaient le droit d'interpréter,les Brah-
manespossédaienttouteslesqualités nécessairespouréleverle
droit hindou à la deuxième phase, et pour établir, sur les
seules basesde la religion,une espècede vindictepublique,
au lieu et placede la vindicte privée des collectivitésprimi-
tives.
Mais d'ordinaire cette phase n'est qu'une transition.La
religion, commedisait M. Glotz,fait l'intérim.Bientôtou la
voitpasser la main au pouvoir de l'État qui, en recevantle
droit sous sa coupe,l'adapte à ses besoinset à ses habitudes
propres, et en l'émancipants'émancipeà son tour. Rien de
pareil ne devaitse produireen Inde. Oupeut dire de l'évolu-
tion de son droit ce qu'on a dit du mouvementde toutesa
civilisation grâceau régime des castes, elle s'élève assez
viteau-dessusde la barbarie, mais sa croissanceultérieure
en est bientôtempêchée.Elle est victimed'unesorte d'arrêt

t. Rolli,WerRold ini Vuda, <tcrUeutttclum


Zeilschrift morgeni. Geselh-
<iaft,il p, fiïi-0'6.
Jolly,H.u.S. p. 131.Oldenfoerg,
Zum ait. Sir.,p.~i.
Ruhler, ZYYit, p. m.
IU03,
S. Joily,/{.u..S., p. 127.Caland,Alliml.Almcncull,p. U*.Stfliuit.
t.
ouïr,cil.,p. 210.
3. Kovalcwsky. ouvr. cit., p. 3)5 sc|<j.
iW l'a\.V|SeSOCIOLOGIQUE.
1905-1900
de développement;elleest commepétrifiéedans une attitude
dépasséeailleurs.Ledroit hindoudevaitconserversa couleur
religieuse, précisément parce qu'en face du pouvoir de In
caste sacerdoluleaucun pouvoirpolitiqueno se constituait
pourlui fairecontrepoids,parce que le sucerdolimn, comme
dit M.Weber, ne s'y trouvait pas contenupar un imperium.
Ou l'a souvent répété en Inde, uul rudiment d'Etat.
L'idée mêmed'un pouvoirpublieest étrangère a l'Iude1.Et
saus doute, commele fait observerM. Fick, il ne faut pas
prendre ces expressions au pied de la lettre*.Toutessortes
d'autorités se sont essayées sur ces masses immenses elles
ont vu, dans un désordresans égal,se succéderles empires
et se multiplierles principautés9.Cequi reste vrai, c'est que
tous les gouvernements quels qu'ils soient ne semblent
jamais reposerque sur la surface du monde hindou.lis ne
l'utteigueut pas, pour l'organiser, dans ses profondeurs.
Précisémentparce que les Hindousvivent isolés dans les
compurtimeutsde leurs castes ils semblent faits pour être
subjuguéspartout le monde,saus se laisserassimiler ni uni-
fier par personne.Incapablesde se coaliserpour la résistance
active, chacunde leurs groupes opposeaux pressions d'eu
haut la résistance passive de ses traditions. Eu d'autres
termes, -il faut toujoursen revenirla il manqueà l'Inde
la Cité la Citéseule capabled'iuslituer des rapports métho-
diques entre les peuples et les gouvernements,et dont le
travail a fourni en somme,directement ou indirectement,
tous leurs modèleset leurs principesà nosEtats occidentaux.
Faute de cette gestation, une organisationproprementpoli-
tique n'a pas été donnéeà la sociétéhindoue,et la tradition
religieusea pu la dominertoute entière.

Et sansdoute, pour imposerses principesmômes,il faut à


la tradition religieusela collaborationd'uu pouvoirséculier.
Si vivaceque soit la confiance primitivedans les sanctions
surnaturelles, partout la nécessitése fait vite sentir d'uue
force visibleet pesante, capabled'aider la volontédes dieux
à se faire respecter,et de rétablir l'ordre qu'ils prescrivent
i. Senait,ouer.cit.,p.849.
8.Diesoviule Glkderung imnord.Indien,p. 75(ennote).
3. V.Sylvain Lévi,l.eS'ipal,l, introd.,p.i.Danscedésordre,
M.deLa
Ma*elièreessaiedodistinguer despériodes (V.l'Essaisur l'Évolution
de
la civilisation
indienne.)
C. BOUOlli. – LE DROIT ET LA CASTBKK INDK 187

eu réparant leurs erreurs ou leurs omissions.« L'arme du


Braitmuuoestla parole». Maissi redoutablesque soient ses
menaceset ses imprécations,elles n'auraient sans doutepas
stilll, par elles-mêmes,à maintenir un ordre public il y
(allait des pénalitéstemporelles,et un pouvoir physique-
ment capable deles appliquer. Delà sansdoute l'insistance
croissante aveclaquelle les codes brahmaniquesrappellent
au roi sa missionde justicier. En l'accoinplissautil gagne
autant de mériteque s'il accomplissaitun sacrificeperma-
nent mais s'il laisseles coupablesimpunis, que le jeune le
purifie!Gardienscrupuleux des lois, sa renommées'étendra
au loin « commeune goutte d'huile do sésamedansl'eau »;
négligent,ellese resserreraau contraire et se figera« comme
unegoutte debeurreclarifié.» Lecode do Manou,en particu-
lier, multiplie lesrecommandationsau roiqu'il divinise– on
a pu supposer qu'il avait été rédigé pour l'éducation d'un
jeunerajah – etnousavonsvu qu'il présentecommeautant
de devoirs royaux tous les droits qu'il énutnère.Dans les
codespostérieurs,à mesurerle nombre des crimes de lèse-
majesté contre lesquels Ils défendent la royauté, on sent
s'accroîtreencorel'importancedu roi eu matièrede justice'.
Maisce progrès u 'enlèverien à la fonction supérieuredu
Brahmane.Il resteuon seulement l'indispensablemagistrat
auxiliaire du roi,mais encore le jurisconsulteattitré. C'est
ici qu'il faut se souvenirde la remarque de M. LambertV
sur la nécessitédebien distinguer, quand on suit l'évolution
des institutions juridiques, entre le bouclier du droit et
l'outilqui le forge,–-entre qui impose la loiet qui la formule.
Il semble bien que le pouvoirséculier en Inde ait systémati-
quement laisséau pouvoir spirituel le soiu de dire le droit
soit qu'il se souciepeu de l'ordre juridique, soit qu'il ne se
reconnaisse pas l'autorité nécessaire pour le modifier.
S. Maine'1nousparled'un chefSikh qui avaitréussià asseoir
sa dominationsur le Penjab il borne souambitionà pré-
leverles impôts, il n'éprouve pas le besoin d'édicler uneloi.
Ailleurs,au Népal',nous voyonsque lorsque les princesseu-
tent la nécessité,contrel'invasionmusulmane,do réorganiser
1.Jully.U.ù..S.,p.10,427,4»2.Koliler, p. 188.
2)'171,1903,
2.Ouïr,cil.,p.730.
3.S. Maine,Institutions p. 407 cf.la noticedoA. Lyall,
primitives,
(publiéedansla traductiondos Hludessurl'Histoire
du Droit),p.ui.
4.S. U'vi,LeNépal, l, p. 15,229.
158 L'ANNÉE l«0S19Utt
JOCIOLûniQUB.
leur rovaume.
royaume, ils luut
font veuir une
uue éuuine itiris
équipe de jurisconsultes
brahmanes, qui s'occupent aussitôt à répartir la population
dans leurs cadres consacrés. Les {onctions du roi, quelque
développement qu'elles prennent par endroits, n'empiètent
donc pas sur les fondions du prêtre. Ou ne voit pas, le long
de celte civilisation, s'aggraver eutre les deux principes d'au-·
torité ces coutlits d'ultributious qui lurent si souvent favora-
bles, ailleurs, a l'Oinuncipatiou des peuples. Lu rivalité des
Brahtnaues et des Kshatriyas a pu être longue et mouve-
uieiitêe un suit tous les indices qu'un a tirés n cet égard, non
seulement des coûtes bouddhiques, mais de l'épopée ou munie
des recueils philosophiques Mais contrairement Ace qui est
arrivé eu Occident, c'est ici la force religieuse qui décidé-
ment fait pencher la balance. C'est pourquoi ou dit quelque-
fois que le Draiimuiiisuioa .su réaliser, beaucoup plus com-
plètement qu'elle-même, l'idéal de notre Église au. moyen-
âge. et que jamais on ne vit plus étroite mainmise d'une
Eglise sur un Ktat*. Analogie boiteuse, s'il est vrai – comme
les considérations qui précèdent nous l'ont rappelé – que
ni le terme d'État ni celui d'Église, tel que nous sommes
habitués, eu Occident, ù les comprendre, ne convient aux
institutions hindoues. La formule nous donne du moinsl'idée
de ce que devait être, eu matière de droit, l'omnipotence
sacerdotale.

Encore faut-il s'entendre sur la nature de cette puissance,


sur les limites qu'elle rencontre, sur les procédés par lesquels
elle a été conquise. La suprématie des Brahmanes eu
matière de droit serait un véritable miracle si leur volonté
ue répondait plus ou moins directement .aux volontés, plus
ou moins conscientes d'elles-mêmes, des populations qui la
reconnaissent. Si cette force n'a pas été contenue par eu haut,
c'est saus doute qu'elle était soutenue par eu bas. La mesure
et la tortue dola collaboration spontanée des groupes à l'œuvre
du droit, voilà ce qu'il faudrait pouvoir préciser. Ou s'uperce-
vrait peut-être alors qu'ici comme partout le secret de ta

1. Fick. DiesocialeUliederung
in nonlûsllklienIndienzuUuddhasZeit.,
cliap.iv. Web«r,ImlhalieSlutlien,X,p. iMO.
SanskritIMeratur,p. 160;cf.Zimmvr,AU.l.eben,p. I9i.
2. Mucdonni.'ll,
SelirOder,IndiensLiteratur.
C. UOUOLÈ. – UK OriOtT BT LA CASTE EX INDE 1B9

puissance brahmanique, c'est sa tolérance, sa souplesse, sa


plasticité.
Déjà en matière de croyances religieuses, nous avoua
admiré l'indiflérouce accueillante du Brahmane. Les tribus
désireuses do s'affiliera l'hindouisme peuvent lui présenter
les divinités les plus singulières il les baptise avatars de
quoique dieu classique et voilà une caste de plus Qui sait
si, en matière de coutume, sa politique n'a pas été la même,
et s'il nes'est pas contenté, souvent, do consacrer dus usages
déjà établis i
Il ne faut pas oublier en ollet que la caste, par cela même
qu'elle est sans doute l'héritière du groupe familial,
conserve jalousement un certain nombre d'attributs judi-
ciaires. Si les Hindous semblent avoir perdu très tôt l'habi
tudo des vengeances collectives, do groupe ù groupe, du
moins à riutériuur de chaque groupe ont-ils conservé lluibi-
tude de poursuivre et d'exécuter les membres Si
les premières formes do la justice « iutertribulo » ont dis-
paru, celles do la justice « tribale» se sont au contraire soli-
dement maintenues. On sait combien longtemps, dans toutes
les civilisations, les collectivités élémentaires gardent le droit
do châtier ceux de leurs membres qui, en les suuillaut par
leurs désordres, menacent leur intégrité même. la elles les
châtient de la façon la pius terrible rien qu'eu les expulsant.
Livré ti ses seules ressources, le « hors-la-loi – Yi»j»'i des
anciens Russes, l'abrek des Ossètes, le « loup » des tirées –
est exposé a tous les périls- Personne pour l'aider ni pourl'
le venger; « c'est une poire sèche qui tombe de t'arbre sans
éveiller l'attention de personne»*. L'Hindou qui souille sa
caste est exposé à une pareille excommunication. ttucore
aujourd'hui ou nous dit que rien n'est plus redouté, et dau s
les campagnes au moius, rien n'est plus terrible par les con-
séquences que cette exécution solennelle, devant la caste
assemblée4.
De ces attributions judiciaires de la caste, nous avons vu
que les codes brahmaniques ne gardent pas seulement le sou-

t. V.Bailli, ite% vf Initia, eliap. v. Munk'rWilliams,Modem India,


p.830.Lyall,Axialic Sludies,I, i>liii|>.
v.
2. V.Glolss,oitvt:cit., p. 83.Kuvalewsky,ohm: cit., p. 197.
3. IVoverl») du Daghestancité jittrM.Kovulewsky.
•i.Jolly, H. u. S., p. 110.Seiiarl,LesCottes,\i. 83.Dubois,
Observations
surlesmœurs<lesHindous, p. 36.
160 (.'ANNÉE «909-190»
SOCIOLOGIQUE.
venir: ils en tiennent le plus grand compte. Non seulement,
par les expressions qu'ils emploient ils rappellent que c'est
en fonction de la caste, toujours prête h brandir le fouet de
l'excommunication sur le pécheur, que se définissent origi-
nellement les péchés pataniya, atipataka, mahapatalsa,
anuputiika signifient autant de fautes qui exposent à être
exclu de la caste. Maiscette exclusion même, les codes conti-
nuent de la présenter comme une menacetoujours suspendue.
Elle est la sanction suprême, dont la perspective contraint le
coupable à se prêter à l'application des autres. Et c'est pour
l'éviter qu'il faut se livrer au bâton, endurer la faim, payer
l'amende. Dans le fond du tableau juridique on aperçoit tou-
jours, derrière le doigt levé du Brahmane, non seulement le
bras armé du roi, mais le tumulte indigné de la caste,prête à
s'assembler et à se dresser pour réduire le rebelle à la raison.
Mais si le droit brahmanique escompte ainsi la coopération
du pouvoir judiciaire de la caste, c'est sans doute qu'il est
loin de traiter en quantités négligeables les décisions mêmos
de ce pouvoir, les précédents selon lesquels il se dirige, les
coutumes qu'il entend faire respecter. S. Maine, opposantaux
classes vastes et vagues que nous connaissons l'étroitesse et
la rigidité de In caste les fils y héritant régulièrement de la
situation eu même tempsquedes croyancesdes pères, et ceux-ci
restant groupés autour du panchayat qui les surveille indi-
que quel solide organe pour la conservation du droit coutu
mier devaient former ces petits corps, et avec quelle vigueur
ils devaient s'attacher à leurs traditions immémoriales3. De
fait, les castes tiennent, comme au principe même de leur
existence, non seulement aux prohibitions qui les séparent,
mais aux singularités qui les distinguent de ce point de vue,
la' violation de têt usagequi nous parait insignifiant est à leurs
yeux affaire vitale3. Le droit écrit des Brahmanes nierat-il
l'autorité de ces droits coutumiers si tenaces ? Bien au con-
traire il fera profession de la reconnaître. Le code de Manou
rappelle à plusieurs reprises que le roi n'a rien de mieux à
faire que de s'enquérir, pour les respecteret les faire respecter,
des di llêrentsusages reçus'. Par où il n'entend pas précisément
1. Jnlly,ibid.,p. 415.
2. S. Aluiiio,
Etudessurl'Histoiredu Droit,p.81.
3. Senart,ibid., p. 84.
4. V.les passagesrelorùepar Soig,Jntrwl.à (élude du droit hindou
p. «0-43.
t:. immil-Ê. – I.B BBUITKT LA OASTBBî( 1SI>R tl»t

ce que nous appellerions l'usage locul, puisqu'il proprement


parler la ter lad n'existe pas en Inde' chaque individu, oi'i
ijii'il L'ini^ro, (mite avec lui la lui do son groupe ("est do ces
groupes divers que les Smirlis euleiidont reKonimilreet con-
sacrer les traditions. ICIil vrai dire, oil lis Uialimauesdécli-
nent expressément toulo immixtion législatrice, c'est lorsqu'il
s'agît des si) i Idesd'artisans ou de commerçants ici moins
qu'ailleurs leurs théories 110pourraient prétendre à suppléer
lu multiplicité d'usages élaborés sous la pression do tulle
situation économique".Mais d'uuo manière plus générale et
dans des cas beaucoup plus nombreux il est visible que le
droit écrit est prêtas'incliner devant la diversité des con-
I unies;(|u'ou n'y seul pas, commudit M.Mayue « un atomedit
dogmatisme» et qu'ainsi les Uruhniun<»se montrent prêts à
fournir l'appui de leur autorité a nombre de lois qu'il ue for-
tnuleut pas.
Quant à celles mêmes qu'ils formulent, viennent-elles de
leur fonds propre, ou leur principal mérite a-t il étéde servir
d'enregistreurs 1 L'orgueil brahmanique avouera msilsiisément
celte docilité'. Mais au furet à mesure qu'on obtient, par uu
autre canal que par In tradition des informa-
tious plus précises et plus nombreuses sur les usages des dif-
fi-refiles castes, un est amené ;'ipenser que pour les grandes
lignes du droit, – en ce qui concerne par exemple l'indivi-
sion des bi«'iis et les procédés pour eu sortir, les régies de
succession ou d'adoption – les différences sont négligeables,
t'esprit est le même. Il était possible, ici aussi, de dégager
les jîo'.yovî•li-i.Vi;des antiques •>tvrl.
G'esl cette liklio clc gèuërsi-
lisaliou que les IJrahmancs auraient accomplie en mettiint
en relief. dans leurs codes, les parties communes aux coulu-
miers des rl.ins aryens. 11y o eu des juristes pour aller plus
loin, et pour penser que sur nombre de points, les usagesdes
tribus Hiiiiryr.'nncscoïncidaient avec ceux des autres*. Les
Hraliumnes auraient repoussé avec énergie quelques unes de*
pratiques indigènes décidément contraires il l'idéal qu'ils

MuyiH*. Treatiie, p. îii. Oliotn,l'miciples,p. "ÎO.Cf. S. Muin


p. US.
liistit. primitives,
i. UImism. Prim'i/iln, |i. Ti2.
3. ()«w.cit., |>.5.
i. Gliuxc,l'rwcipk*,(>.1, 3, 7iU.
.'>.f/osll 'opinionde Mayneilausl'iiuvra^ecité; cf. JolJy./{.«. S., y. 4S.
UuiiIkI',hnprrial tîazeteer
ofJuillet,VI,p. 110,
K. IH'HKiiKi».– Aniiw sociul., )M>-i00O. M
t(12 L'ANNKK SOCIOl-OGlgl'K. lVUa-IVOli

représentaient. – comme lit polyandrie. Pour lu reste ils


itnt^MÀi_>nt»l4i ï ArtI nnnmt» lit ntil tron/l niti DaAti i* I»

n'auraient fait qu'élever un corpus des traditions communes


aux groupes, aussi bien auaryens (ju'aryeus, juxtaposes sur
lu terre hindoue.
Et sans doute, eu enveloppant ces coutumes dans le man-
teau de la religion, eu ajustant, pour reprendre les expressions
du Senehu*Moi; leur « loi de lettre » à cette « lui de nature »,
les Brahmanes ue pouvaient manquer de modifier eu un cer-
tain sens le droit existant, de raffiner certaines pratiques,
d'en interpréter d'autres dune façon particulière, conformé-
ment aux suggestions de leur intérêt ou aux exigences de leur
idéal. C'est ainsi qu'on les accuse de combattre plus ou moins
directement le régime de l'indivision, encouragés par l'espoir
de multiplier les foyers distincts d'où naissent, puur leurs
fonctions de saeriltcaleurs, autant du demandes nouvelles.
D'un autre côté, en matière de droit successoral, ils sont ame-
nés il insisterspécialement, pour déU'nniner l'ordre de préfé-
reucedes héritiers, sur l'aptitude de ceux-ci à contenter par
le sacrifice los mânes des ancêtres-.
Dans quelle mesure ces interprétations ou ces prescriptions
proprement brahmaniques sont-elles acceptées de la (ouïe
des castes, rien n'est plus difficile il établir. Parfois ou a pu
noter qu'elles adoptent tellecouluiue préconisée par lesHrah-
mancs en la décortiquant pour ainsi dire elles laissent
volontierstomber la coque religieuse dont ils t'avaient entou-
rée- Ailleurs, lu prestige des Uroliiiiaiies est si puissant que
pour leur ressembler et se rapprocher d'eux, les castes s'im-
posent certaines restrictions nouvelles, pratiquent certains
rites qui ne semblent pas dériver de leurs traditions antérieu-
res'. L'état d'esprit le plus répandu est sans doute celui qui
est exprimé par la repun.seque les enquêteurs anglais reçoi-
vent le plus souventlorsqu'ils interrogent les castes sur leurs
lois « Nous suivons les coutumes de nos ancêtres; quand
ou ue peut tomber d'accord sur la coutume, 011consulte le

I. M;iyii'\TitHlùftp. VUliusu, /Vinci/>vt.


± Mu vu. Mil., p. tu.
3. Ainsi.i't.'<C]>!i<|iii'rait
lVxpansiuti dr l'iiiiliittuli.-
il« mtiriorfoi rnlanls
Ijvjj./uih'i,i'l surtout<lucelleiI\'iii|)iVIhh-
\njviimriu^i.' îlesvttuves.i V.Itis-
!:> clliuil.Imim ivul I, ilu Ceiwwi of initia, IOilS<. Ut»
|>. si|<|M. llislev
ulisvrvi!à e«propos i|iie i'i»llUi'in:i; hini
l)i'uliin.'iiiii|Ur. loinilVlii!cliiuyi'i1.
VuilionwkU)s'étonilre 1rs
|>ar iiiuvuiisnn''iiii'K i|m-lu civilisationaiitilui^o

mi;lii .-adisposition, et <|u'uneu seu.-ik-sctioiiiins<!•Iit ik1>-jiitpas
u«smrvduutalik'S qu'unl'auraitcru pourle ri'i-'iiin'il.s i;i.-U-s.
C. UOt'(iI,l5. LU DIU11TBï l.\ C.HMtEKMINDE |t'>.t

Hrahmuuo»'. Les Brahmanes apparaissent donc comme les


nrbitres-ués. Sans doute les considère-ton, à cause du leurs
aucoiutaucvBavec le pussé, conuiio les gardiens désignés, eu
mome temps que de l'ordre général, des traditions particu-
lières à cliaquo groupe. Si leur sentence était manifestement
('(iiili'iiircaux tendances séculaires des castes, celles-ci, décon-
certées, n'iiésiteruient-elles pus a l'appliquer? Quoiqu'il en
suit, si dans teurs grandes, lignes les codes brulununitjues
sont tacitement acceptés par l'ensemble des castes, do l'Hiinu-
l.iya au cap Conioriii, cette domination est sans duulo rendue
(ilus aisée par ce (ait qu'ils laissent passer, le cas échéant, les
usages particuliers a eluictiue d'elles, tondis que d'autre purl
ils retiennent et consacrent ceux qui leur sont communs à
Imites.
C'est peut-être en ce sens qu'il faudrait résoudre la ttuu-
<*iii(juntiu Quelle osl au juste la valeur inipéralive, reflicu-
ritû pratique, la vie réelle des codes bralumioiques ? Trop
Imigleinus ou était porté à les révérer foinnie des codes
wrilaLles, promulguéset appliqués par exempleà la manière
du code Napoléon. Ou s'en est aperçu enfin pour qu'un code
proprement dit puisse untire et vivre, il y faut mie réunion de
ciiuditions politiques extrêmement complexes, et précisément
•outes ces conditions ont manqué il l'inde. Tout ce que uous
avous dit du la façon dont les codes bralnniques ont dit ôtre
tvdigés nous perutet de comprendre pourquoi, suivant les
l'xpri'ssious doAl. Hartli, ils constituent une littérature, nulle-
nu'ut une législation. l'itintUirbriteit, manuelspour'ctudiaiits,
ils nous décrivent peut cire l'idéal sacerdotal, mais ue uous
-;u;intisseiJt nullementque la réalité s'y soit pliée. Ku suivant
rt'tle peute .M.Nelson- eu venait à conclure que le moindre
h fautde la « loi hindoue » c'est de n'exister, il vrai (lire, que
•i.insrimagiuutiou des lirsihmanes et de leurs dupes, les phi-
l^luijiies européens.
Il semble r|u'uue observation plus attentive de la vie liitt-
'I me permette de s'acheminer aujourd'hui vers une opinion
moyenne. Ku (ait, sans qu'ils aient jamais été promulgués â
l'Kipicmcnl parler, les twUu lira h maniquesjouissent, pour
S:>plupart do leurs prescriptions, d'une autorité incontes-

I. Stoole, The Itw cuslvin of Hindou Castes, |>. XIII, \ïi.


i. AnVir«/ Ihf Ilintlu tair et Aiiroffiri-tuic of the llimlii law, rritii|Ui's
il A. Huilli, faine trili'iuv, 1S78 I, |i. U7. mî, Il. |>. 10'J.
tO't I.'AXNKK SOCIOIOBIOI'K. ifMKi-plOîl

4 ..1,1.i. • i.iiJin /Isi tri


table auprès de la lili tu mtlkiwtu tnlIDiin /Irt lit
plus grande musse do tu population
fintMl 1

hindoue. Peul-ôtro cette autorité s'explique telle précisé-


ment pur la méthode de tolérance et de conciliation que lions
avons définie. t)e ce Droit aussi on peut dire que s'il mène,
c'est sans doute dans la mesure où il n suivi.
Une théorie récente, s'élevnnt contre les excès du ronuin-
tisitie juridique, (le montrer que partout où l'on
nous invite à admirer un droit couttiiuier, comme jailli de la
pratique unanime et spontanée des intéressés, ou peut décou-
vrir l'ujuvn! patiente d'uue jurisprutlpiice religieuse1. Con'est
point par un lent et sourd travail (les consciencescollectives,
c'est par lus intuitions successives des individus inspirés
que les lois sont élaborées. Qu'on cesse donc d'opposer la
jurisprudence à la coutume celle-ci ne serait il vrai dire
qu'un ulluvioti de celle-là. Kl il pouvaitsembler, au premier
abord, qu'aucun cas n'était plus favorable à la théorie que le
cas soumis à notre étude s'il est vrai qu'il ne s'est trouvé,
pour dire le droit, aucun corps de « prudent» » plus révérés
que les castes brahmaniques. Maissi nos dernières observa-
tions sont exactes, même ces demi-dieux ont dtt faire acte
de dépositaires plus que de créateurs. D'innombrablescollec-
tivités, que leur constitution môme prédisposait au maintien
des traditions, leur apportaient des faisceaux tout faits de
coutumes, qu'ils se contentent le plus souvent de consacrer
eu les faisant converger.

Les mêmes analyses nous aideront peut-être à mieux com-


prendra pourquoi, d'unu munière générale, dans le droit hin-
dou,le Droit pénal parle si liiuil cl frappe si fort, lit sansdoute
il semble que nous ayons déjà fourni une explication du fait
en rappelant pour quelles raisons la religion continue d'en-
serrer toute la vie hindoue. Ne saisit-on pas un rapport cons-
tant eutre la prépondérance des conceptions religieuses et lu
dureté du système pénal-? Liroi'ielles apparaissent comme
des violatious d'un ordre divin, il est naturel (pie les fautes
inspirent une horreur sacrée, et qu'elles soient répriméesavec
une vigueur sans mesure.

1. Lamlierl,ouvr.vit., pussim.
2. Y.Weslcrniurk. Oti'jiuand derl. oflhe morali tlean,p. 193.198.
C. HUfOLÉ. – 1.K UI101TKT I..V i.'ASTIi KN I.VUK IW

Maislexplientiou ainsi présentée eslellosufllsanteîDVibord,


tout en gardant tu haute main sur les institutions, lit religion
no pouvait-elte user progressivement de menaces moins
lourdes? Il estvrai que tes croyances primitives « rougissent »
avec une sorte de brutalité aveugle Mais puisque la religion
hindoue se prêtait à uue certaine Elhiskritiuj, puisqu'on peut
discerner, dans la tradition do ses juristes prêtres, une sorte d<?
progrès qui se révèle nu ralMueineul rie tel concept juridique,
pourquoi ce même progrès nu se serait-il pas tratlnil par une
atténuation des peines ? Il reste à montrer lu force qui s'op-
posait à cet adoucissement.
D'une manière plus générale, il ne sulïlt pas, pour reuclre
comptedes caractères d'une institution quelcouijue.de cons-
tater qu'elle était enveloppée de religion. Don lui vient eu
ai inlie aux y«ux des hommes? Quelles raisons les incitaient
à se la représenter connue sucrée ? C'est sur ces points qu'on
voudrait plus de lumière.
Au surplus, un a ellecliveineiit essayé riefournir, cluvolume
et du poidsdu riruil pénal, des explications plus complexes,
(tu a signalé une relation constante entre la dureté des peines
et la structure im>nietics sociétés La paierie des supplices est
.laulant plus riche que les sociétés sont moins compliquées,
moins tlilléreuciées, moins et qu'en môme temps
il s'y reucuulre une plus grande concentration de lu força
iiouvvrueineutule. Un type social très simple d'une et,
d'autre part, un pouvoir central absolu, les deux piliers
des systèmes répressifs barbares, ("est lorsque ces deux con-
ditions sont réunies que les consciences collectives sont les
plus exijjeaules; c'est alors qu'elles réclament pour l'ordre
>ocial étiihli un respect religieux, et défendent cet urdre par
lt\s peines les plus cruelles – Dansquelle mesure cette Iliéo-
iii.'concorde-telle avec ht .situation respective du droit et du
n-^ime dus castes en Inde'
Il semble au premier abord que la discordance soit frap-
paulc. Xenous répétait-on pas que la notion même de l'Ktat
manque à l'Inde, et que ce qu'elle conçoit le inoins c'est la
puissance d'un gouvernement central? D'autre part est-il
p«nnis d'appeler simple et indilléreueiée une société comme
la société hiuduuc, avec cette multiplicité de groupements

Deuxl.uis île l'th-iUulionpénal*l Année


1. V.DurklK'im, >,nù»h'ii-iw,
IV.li. GS-SW/. ilu
Cf.ht Uivisiun Tnteail, Liviu I. i-lmp. cl i. il'aris.
m
F. Almn).
1U0 I.AXXIÎE «DCIlU.OOlQl'R.4905-1900

qui se spécialisent, eu même tempsqu'ils se repoussent et su


superposent?
Mais peul être l'objection fait-elle fond sur un certain
nombre de malentendus que nous pouvons maintenant dénon-
cer. 11importe do remarquerque, lorsqu'on parle d'un pouvoir
central forl, comme d'une des causes de lu rudesse du droit.
on n'entend pas un gouvernement complexe et étendu, dont
tes (onctions nombreuseset variéess'exerceraient sur tous les
points du corps social. L'absence de limites et de contrepoids,
voilà ressentie) de l'absolutisme. – Or if avons-nouspas vu
que précisément cette coudiliou était, mieux qu'ailleurs, réa-
lisée en Inde ?La désuniou même ù laquelle les castes se
condamnent laisse le champ à tous los despotes petits ou
grands; la lourdeur de leur main ne rencontre aucune résis-
tu nce. – D'ailleurs qui dit gouvernement fort ne pense pas
Hi-cessairenient au seul pouvoir séculier. S'il est vrai que
celui-ci t'treint mal lu société hindoue et n'y laisse pas une
empreinte profonde, uous avons mesuré en revanche à quel
point celle-ci se prête ù lu mainmise du pouvoir religieux.
Tout inorganisée qu'elle est, la classe des prêtres a su imposer
à la niasse un respect dont ne jouissent pas les tyrans les
mieux armés. Tousles laitonsqui, dans les sociétés primitives.
rendant les rois à la fois adorables et redoutables, en fout des
espèces d'Iiumnies-dicux on les retrouve concentrés sur la
personne sacro-sainte du Brahmane et nul manu ne rivalise
avec celui qu'onlui attribue. la société divisée qu'il domine
son prestige sert de cculrc. Les ligues de force qui en rayon-
nent ordonnent autour de lui toute la poussière des castes.
Violer lesprescripliousqu'une tclleatitorité sanctionne,n'est
ce-pas commettre une surte de crime de lèse-divinité qui
appelle les châtiments les plus durs? Contre les sévérités de
cet absolutisme, il ue.se trouvait pas de démocratie en Inde
pour faire entendre la protestation de la < philanthropie ».

Que les castes au contraire fussentbien faites pour seconder


ces sévérités, pour quelles raisons elles devaient se prêter et
coopérer volontiers aux rigueurs de la répression, nous pou-
vons aussi nous en rendre compte. S'il est vrai en effet que
les groupes fermés ont été en se spécialisant, et qu'aiusi une

1 C'i-slt«Divinequi sort«le<vnlivîle ralliementaux i«iimri|UèS


du Fra-
zn\ dans le Hameau il' or.
C. ll(Jl'il!,K, |.K UtlulT KT U CASTK KX INDU 167

.J~ v.. _t=__e_ _m_ ~n _ee_ft~ .t. t_ _awe~ t.


forme de la division dit travail s'Installe dans la société hin-
doue, In phénomène n'a rien de communavec la différencia-
tion libre et progressive dont nos sociétés, parexemple. nous
donnent le spectacle (îrûce à celle-ci l'indépendance des indi-
vidus se fait jour, le contrôle des collectivitésse détend. Rieu
do semblable eu Inde, où la caste spécialiséelient sesmembres
i inmubiles et serrés les uns contre lesautres dans le cercle des
usages et du métier héréditaires. Un pareil milieu plus que
toutautre est favorable à cette unanimité de sentiments, à celle
intolérance pour toutedivergenco,qui se traduit normalement
par le caractère sacro-saint des coutumes et lecaractère cruel
des peines. Les collectivités élémentairesdont la juxtaposition
constitue le régime des castes appartiennent donc à un type
social très simple en elïet. Leurdifférenciation interne est au
minimum et il n'est pas étonnautqu'àfinlérieurde chacune
d'elles la conscience collective manifeste impérieusement sa
prépondérance.
Mais lursqu'il s'agit des relations de ces groupements élé-
mentaires entre eux et des règles qui fixent ces relations,
peut-on parler encore d'une conscience collective qui récla-
merait, pour assurer le respect de ces règles, un système de
pénalités sévères? Si les éléments constituants du régime
s'efîorrenl avant tout de vivre dans l'isolement moral et se
refusent à toute espèce d'unification, d'an vient sa rigueur
au droit qui détermine leurs rapports? – C'est que préci-
sément cette multitude do cercles se touchent en un même
point. (:es consciences collectives distinctes ont un certain
nombre de parties communes. Elles s'entendent sur certains
sentiments. Et ce sont reux sur lesquels reposeleur séparation
même. Elles admettent toutes plus ou moins explicitement
que les sangs ne doivent pas se mêler, ni les rangs être con-
fondus. S'il est vrai que les Hindous ignorent d'une manière
générale les usages propres aux castes qui ne sont pas la leur.
c'est du moins, chez tous également, un article de foi qu'il
y a des castes, qu'il doit y en avoir, et qu'avant tout Tordre
qui les maintient distinctes ul hiérarchiséesdoit être respecté.
Et sans doute cette immobilité est relative, et sur bien des
points plus apparente que réelle. Pas plus que les mélanges

i Jiiiiii--Mill. Dril.arlicloCaste)montrecumulent
tEm-yel. la ilivisinndu
Imvoill'iitw raslosarrMe,dans l'ordreéconomique. |s «iTelsproKivssifs
dola division«lutravail.Ilfaut<llr» «rliosi1, fortiori,îlesuirets
la111*1111! et«
<li-la divisiondu IwvulldimsTordrasocial.
IOS I.'aNXKI-: SllCiOl.tIUHilli. l!)03-ll)Wi

no sont radicalement évités, les distances ne sont toujours


gurdées Un voit plus d'unecaste conquérir peu à peu, à force
d'ambition tenace, des rangs daus tu hiérarchie. Mais c'est ici
le eus rie répéter qu'au moment même où elles sontviolées, il
y a des règles t|ui ne cessent pas d'ôtre respectées. Ces mésal-
liances, ou essaiera de les dissimuler ces ascensions, on les
présentera connue une restauration de lu tradiliou mieux
couuue. Ou fera tout ce qu'il faut eufhi pour obtenir l'absolu-
tion et la eoiJséeniUoHdu tiraiimane, gardien de tout le sys-
tème, support coucret et vivant des sentiments que le régime
entretient et qui entretiennent le régime
On a bien des fois observe que lu notion même du patrio-
tisme niiiii(|ue à lu société hindoue. Ht tout ce que nous avons
dit de»effets normaux de lu caste, « le plus actif di»principes
dedrôinttyrolioit que l'humanité nit connus » uoiismdoàcom-
prendre cette liicuue. Mais si nos dernières observations sont
exactes, il se rencontre; dans cette môme suciété une espèce
de sticcéiliiuédes sentiments nationaux et c'est précisément
l'aUncheuieiii commun de ses groupes élémentaires l'ordre
traditionnel qui les juxtapose. Ou pourrait dire, en ce sens,
que le respect du régime des castes est lu patriotisme des
Hindous. Ils réalisent ce paradoxe, de ne pouvoir s'unir que
dans le culte de ce qui tes divise.
Duus ces limites il est permis de parler, ici aussi, de senti-
nieutseolU'clUs intenses, quîs'cleveutnu-deKsmsde celle pous-
sière de {troupes. Et il ne faut pas perdre ces sentiments de
vue si l'un veut comprendre pour quelles raisons et jusqu'à
quel point le droil hrnhinunique, avec lescaractères que nous
lui avons reconnus, plonge ses racines au sein iiiùincde l'unie
hindoue.
C. Bouclé
I. V.li-scuiu-luxions ,pii .<•i|l'-|«if>i.'ii|
dusoni|Ui"li;siluM.llislry.sur l.i
liitM-aivliii-ariii.lli'iiii'iilii'i'riniiiii.-
,1'euiuiofInitia.Illitl,vul.1 [Iwliu,par
MM.Itlslif.vet liait p. J>39 s>|i|.Vol.VI {Ile/njul,.M.Ouil|,\>100 sip|.
Vol..Mil{Central /Vo«i.itusM-ll;.p. lot.
DEUXIÈME PARTIti
ANALYSES

1MUS.MIKUK
SECTION

SOCIOLOGIE GÉNÉRALE

I. KONCKI'TIOX
UÔKRAW;
HK I,A SOUIOLOUIB.
MÉTUOUOLOulK
l'ai1MM.
Uiancosi,
DuuiiiiKiu,
Ai:wx,
Booi;i.k.tlut'iiTicij

WAXWK1LKH(K.MH.K).– Esquisse dune sociologie, Notes


et mémoires do l'ittstitttt Sulvuy de sociologie. Fascicule i.
Hruxelles et Leipzig. Aliscliet Thron, p. 300, iu -8.
Ce livre est J^jjimiifesle de l'Institut Solvay. 11 contient
uuu classification des seiunees, et une déliuilion fle lasoi-iolo-
gio eu fonction de wlle eiassitlealioti. Ouy «ppraid (p. (52 ijue
ta sociologie est « Y,\physiologie des pliéijoiuèues rwiclion-
uels dus aux excilulious nnittielles des individus de munie
espècesiius dittUuclion de sexe », et qu'elle est une branche
(ial'éthotwjii' ou science {ténënilo (les rapports île l'être viv.'iut
avec sou milieu. On est tout do suite lixi-: la soeiologk' est
uue science biologique. Uequi nousintéresse, c'est la critique
que "M.AV.dirige contre les conceptions de Ist sociologie dif-
férentes de la sienne, contre celles eu particulier qui oui le
tort du ne pus « se cramponner ùlïndividuagissanl » (p. O-S-j.
11trouve « illusoire « p. ilii Ja tentative de déliuirle « fuit
social ». Le sociologue ne devra étudier eu somme, suivant
luî; itju' « un état particulier de lu sensibilité physique ». Kl
ce qu'il appelle ulHiiilèsociale se réduit estdernière analyse à
uue forme parliculière de l'irritabilité. Défiuir le fait social,
ce serait chercher une donnée sociale qui existerait en soi.
i-éder à uu esprit réaliste qui n'est plus de notre Age. Eu
iTO
0 I.INNKE SOCIOLOGiyiK. IDUMflOU

vérilé, M. W. croit encore que ta science n pour objet immé-


diat la réalité vivante, celle qui peut se toucher et se dissé-
quer. Tout ce qui n'a pas uuo base organique palpable ne
saurait être pour lui qu'une abstraction. Il faudrait renvoyer
M. W. à l'étude de la physique moderne pour lui rappeler
que la science travaille précisément sur des abstractions, et
que ce n'est qu'en élnboraut des concepts qu'elle parvient à
connaître du réel ce qu'elle en peut connaître, des relations.
Kt d'ailleurs, dirait-on, n'y n-t-il pas dans l'existence même
des groupes sociaux une garantie Rtifllsaute qu'on ne spécule
pas sur des entités? M. W. a prévu l'objection. Il démontre
(p. iîliOet p. 2(11)que le groupe ne doit pas, ne peut pas être
étudié en iui->néuu<.C'est une abstraction de mêmesorte que
l'espèce pour le naturaliste. Ici on pourrait prétendre non
sans fondement que, pour un sociologue qui ne s'embarrasse-
rait pas du point de vue biologique, c'est plutôt l'individu qui
apparaîtrait comme une abstraction, au sens que M. W.
donne à ce terme. Toutefois, .M. W. reconnaît qu'il y a à la
base de cette abstraction « le sentiment incompressible que
l'organisation sociale est. » Kl ce sentiment, il ne l'explique
pas, parce qu'il laisse de coté tout ce qui n'est pas réaction
actuelle d'un être vivant, et qu'il néglige l'étude des représen-
tations et des actes qui marquentles traces de l'activité propre
du groupe.
Il est inutile de montrer comment M. W. rejette l'élude
des représentât ions collectives ip. !>l), de ces « précipités
d'activité n ip. 100). qui ne peuvent donner qu'un « aspect
îiécrographiquo des choses «. Mais il est intéressant de sur-
prendre M. W. en rupture de principes. Dans son chapitre
sur la Formation miule rfr tndolturenl, il ne peut s'en tenir n
mesurer la sensibilité sociale de l'adolescent, mômeen invo-
quant le secours de M. Féré: il est nhligé.dansl» personnalité
de l'individu humain, (l'admettre ip. 1 35) une sorte ù'outil-
Unjemental, ci-que l'on appelle couramment le bagage, com-
prenant !r>langage, le savoir, les croyances, les règles mo
raie?, eu un mot, la sommedes acquisitions transmises qu'il
lui a été possible de s'assimiler; et cela n'est pas autre chose
que l'ensemble des représentations collectives, enracinées
désormais dans l'individu et vivant en lui. Maisil y a plus;
il admet t'existence d'une conscience sociale (p. 248 sqq.). Il
essaie sans doute de t'expliquer, en fonction de sa théorie,
comme « l'expression immédiate île l'allinilé sociale ». Mais
ASAI.ÏSKS. CÛNl'-KPTrOSC.KKIÎIUI.BDR LA S0CI0I.OQIK 111
-I.h .a~- -1 f~at_ 1- 'Ju1t.2-
les développements qu'il indique pur In suite sur l'esprit de
corps, sur la conscience do classe, se réduisent mat à sa ter-
minologie. Pour que l'individu puisse ressentir les offenses
faites au groupe, il faut que le groupe ait nu moins une por-
sonnalité monile. Et c'est tout ce qu'il stiHirail d'établir. 11
est des sociologues qui n'ont pas besoin d'uue personne phy-
sique comme substrat a cette personne morale; peut-être
M. \V. a-t-il l'esprit trop « biologiste pour s'accommoder
de cet état d'esprit.
A.B.

JANKELEV1TCIIi»r S.). Nature et société. Essai d'uin-


application du point de vue dualiste aux phénomènes so-
ciaux. Paris, F. Alcau, 1ÏHMÎ,
p. 188, in-10.
Voilà encore un livre de généralités philosophiques sur la
nature de la société, cl de généralités à travers lesquelles il est
ditticilc de sentir uue pratique bien intime et bien familière
de la réalité sociale. Nulle part, l'auteur ne douue l'impres-
siou qu'il soit entre eu contact direct avec les faits dont il
parle; car nous ne croyons pas que les idées générales qu'il
développe soient illustrées d'un seul exemple concret ni appli-
quées à un seul problème sociologique déterminé et précis.
Quel que soit le talent dialectique et littéraire des auteurs, on
tio saurait trop dénoncer le scandale d'uni' niéthodequi froisse
à ce point toutes nos habitudes scientifiques et qui, pourtant,
est encore d'un emploi très fréquent Nous n'admettons pins
aujourd'hui qu'on puisse spéculer sur la nature de la vie,
sans s'être initié, au préalable, ù la technique biologique; par
que) privilège pourrait-il être permis au philosophe de spé-
culer sur la société, sans entrer en commerce avec le détail
des faits sociaux 1
L'objet du livre est de démontrer que les sciences sociates
ne sont pas « des sciences au sens véritable du mot, c'est-à-
dire assimilables aux sciences naturelles •>ut que les phéno-
mènes dont elles s'occupent ne rentrent pu» dans le cadre des
phénomènesnaturels, mais constituent «quelque chose, sinon
d'opposé, tout au moins de di lièrent » <». £•&>.L'auteur se
défend pourtant d'entendre par là que la société soit en dehors
de la nature, « no reconnaissant aucune loi, aucune règle, ue
se répétant jamais et ne se manifestant que par une série de
hasards et d'accidents ». 11sent bien qu'uue telle société est
172 I.'aNXKK -MiCIQUiUlUl'II.|9i)D-|<HM)

impossible; mais il estime pourtant que l'iiomine, comme


être social, a le pouvoir do s'opposer u lu uaUire, d'échapper
à ses lois, de les corriger, de les compléter eu vue de cer-
taines tins à réaliser (p. 4). C'est doue bieu le principe do la
sociologie coinliste, et, plus généralement, de (otite sociologie
scientifique, qui se trouve mis eu contestation.
Quantala démonstration de la thèse, elle tient tout entière
ilituâ les deux arguments suivants, que railleur répète sous
des tonnes différentes, mais sans variationsessentielles. Dans
sou exposé, elles sont souventconfondues; mais, bien qu'elles
soient denature ù se prêter uu mutuel appui, il y a, croyons-
nous, intérêt à les distinguer et à les apprécier séparément.
Toutes les choses qui sont dans la uature ressor lissent ù .la
catégorie de l'être; tout ce qu'on eu peut dire, c'est qu'elles
sont et qu'elles sont ce qu'elles sont. C'est pourquoi les
sciences nalnri'lles n'ont d'autre objet que de nous fuire savoir
(•(•(/«/est: elles ne font qu'exprimer le réel, tel qu'il nous est
douué. Mais quand apparaît l'homme, et par conséquent
la société dont l'homme est iusépand>lc, apparaît aussi une
catégorie nouvelle qui est celle il? lu ruh'ur. Nous ne nous
bornons pas à savoir ce que sont tes choses, nous les «/i/r-
cioits par rapport à nous, nous les déclarons bonnes, mau-
vaises. iiidilTéreiiles, etc., suivant qu'elles favorisent ou cou-
trariuiit uosdésirs ou ne les allectenl d'aucune manière. Nous
ajoutons ainsi à la nature une p'-onriété qui no lui est pas
iulriiisèqiii nous superposons au point de vue naturel, qui
est celui de la science, un point de vue nouveau qui est le
point de vue humain. Les sciences naturelles sont donc
incompétentes pour connaître les choses sous ce second
aspect. Or ta vie sociale est faite auiqueineut de valeurs,
valeurs religieuses, morales, juridiques, économiques, artis-
tiques; tout. dans la société, est considéré par rapport à
l'homme. Les objets les plus pauvres eu matière, eu proprié-
lés physiques, peu vent avoir un prix, un prestige social incom-
parable, si l'opinion li munine le. leur attribue. D'où suit
que les sciences sociales ne sont pas assimilables aux sciences
naturelles.
Ku second lieu, les phénomènes sociaux ne peuveuts'expli-
quer qu' 'historiquement ils sont tous le résultat d'une évolu-
tion. Or, qu'implique l'idée d'évolution ? Que les choses ut;
restent pas identiques;»cites mêmes, que quelque chose lit-
nouveau surgit, apparatl àuu moment douné, qui n'était pas
ANALYSES. – CO.N'l.'KI'TION (iKNKIIM.K UR LA SUCIOLOlilB 473

auparavant et révolution sociale est une succession inlnter-


rompue de nouveautés du ce goure. Lu iinluro, au contraire,
c'est ce qui, par riélhiiliou, ne change |i:is, eu c}«tiest totijotirs
immuable. Lu matière de» sciences naturelles. c'est ce qui se
répèlt» identiquement; tour rôle, c'est de découvrir des }ois
i|iii sont toujours et partout les mêmes, c'est de rainminr les
lois particulières û d'util les plus universelles, c'est d'ellacer
les dilnjreuees, c'est de montra' l'uniformité sous ht diversité
appareille. Sur ce point encore, pur conséquent, il ne semble
pas qu'elles puissent servir (lemodèle aux sciences sociales;
car 1'histoiro ne se répète jamais.
Deces considérations, il résulte que le point de vite léiéolo-
nique doit dominer dans les disciplines qui traitent do la
société. Si nous comprenons bien l'auteur, elles doivent «vont
tout se proposer pour objet de construire des lins idéales, do
déterminer ce qu'il faut vouloir, ce que sont ou plutôt com-
ment il convient d'apprécier les différentes valeurs humaines.
Sur la méthode qu'il faut suivre pour procéder ces appré-
ciations, aucune indication ne nous est donnée.
Nous craignons fort tout cet échafaudage dialectique
ne repose sur une notion confuse.
L'aulL'urscinblc admettre comme une évidencequ'iln'existe
(ju'une nature, c'est la nature physique, et que se refuser à
admettre une hétérogénéité radicale entre les sciencessociales
et les sciences naturelles, c'est admettre ijixofart» que le fait
social est tout entier réductible ;iux propriétés de la matière.
I*ourlui, lu nature, c'est l'ensemble des forces cosmiques et
c'est pour cela que nature et humanité nous sont toujours
présentés dans soit livre sous {orme antithétique. Ainsi enten-
due, la thèse naturaliste était faeile ù réfuter; seulement il
fruit ajouter que, suus cette forme, elle ua pas été soutenue par
des sociologues du quelque autorité et il serait bien extraor-
dinaire qu'elle eut rencontré beaucoup dec redit puisqu'elle a
pour corollaire la wéption moine do la sociologie. En tout
cas, et puisque M. Jankelevilcli nous fait l'honneur do nous
choisir comme le représentant actuel de la thèse qu'il com-
l.al (p. 2t. il nous sera permis de dire que toute notre tniivre
proteste contre ce monisme éléatique. Si nous avons dit que
les sociétés sont dans lu nature, nous nous sommes attaché,
avec non moins de force ù montrer que la nature socialeest
sui (jeinris, qu'elle est irréductible, non seulement à la nature
physique, mais même il la nature psychique de l'individu.
174 i.'a.\xkksocioiooiqvk.
l'jos-iaoo
Déclarer que les sociétés sont des choses naturelles, que les
manifestations colledi vosson) soumises à des lois nécessaires,
ce n'est doue pus soutenir qu'il n'y a rien de nouveau, rien
de divers dans le monde. Nul ne s'est plus efforcé que nous
du faire voir que les nouveautés caractéristiques de I» vie
sociale sont bien réelles, et, d'une manière générale, que la
diversité des choses n'est nullement apparente en quoi,
d'ailleurs, nous ne faisions que suivre la voie ouverte par le
fondateur de la sociologie positive, par Auguste Comte, qui
allait mémo jusqu'à admettre une solution de continuité radi-
culeentre les dilléreuts régnes de la nature, et même entre les
différentes espèces animales. Si donc, connue tout le prouve,
c'est bien notre méthode que M.J.aa entendu combattre dans
sou livre, ou il la connaît niai, ou il l'a mal comprise. Il est
possible que uous nous soyons mépris et qu'on ne puisse,
sauscoutradiction, concilier la thèse naturaliste et le principe
do lu spécificité des choses sociales; mais d'uu autre côté,
pour établir la thèse contraire, encore faut-il nepas oublier
ou ne pas ignorer que cette conciliation u été tentée et par la
doctrine même qu'on prétend réfuter.
Et d'ailleurs, on voit mal eu quoi le caractère par lequel
notre auteur singularise tes faits sociaux empoche de les trai-
ter suivant des méthodes comparables
à celles qu'emploieut
les sciences naturelles. Sans (toute, la vie sociale est faite de
valeurs elles valeurs sont des propriétés ajoutées aux choses
par les consciences humaines elles sont tout entières ie pro-
duit de mécanismes psychiques. Mais ces mécanismes sont
des faits naturels, dont on peut faire la scieuce; ces apprécia-
lions que l'opinion porte sur les choses dépeudeut de causes
et de conditions qui peuvent être iuducliveineul recherchées.
H y a donc lu matière ii tout un groupede sciences
qui, comme
les sciences de la nature physique, remontent d'effets donnés
aux causes dont dépendent ces effets tel est l'objet des
sciences sociales. Et c'est seulement quand on saura mieux
eu quoi, en fait, ont consiste dans le passé ces créations et ces
classifications de valeurs, quels sont les processus mentaux
d'où elles résultent, les facteurs de ces processus, etc.,
qu'il
sera possible de substituer à ces évaluations empiriques, ins-
tinctives, inconscientes d'elles-mêmes, des méthodes plus
réfléchies et plus rationnelles.
K. 1).
A.Uk»KS. -– «OjrCBPTIO» 0KXKIIU.E Dit LA «OCIOLOiilK 175

SPHANOEH(Kouakp). – Die Grnndlagen der Geschi-


chtswlSBeusohaft, eine erkenntnistheoretisch psy-
chologische tratersuehuag. Berlin, ltcullicr und Hei-
chard, 1005, p. Ifô, in-«°.

L'ouvrage comprend trois parties I. L'IiUloiroella théorie


<lelu cuiuiuissuuce II. I/Jiistoiro et lii psychologie 111.La
philosophie do l'histoire. Laateur commence par uue critique
le la théorie knu tienne et néokaulieime de lu connaissance,
.|tii est particulièrement inexacte eu ce qui coiieenie lu con-
naissance historique. Toute connaissance, et la connaissance
historique spécialement, est fonction du l'aine tout entière;
mie critique de lu connnissancu historique doit donc résulter
moupus du la seule uuuiyse de l'entendement abstrait, mais
de l'étude de toutes les tondions psychiques, y compris la
clouté, les désirs, les tendances.
Mais la psychologie est nécessaire à l'histoire autrement
i|ue tliiiis ce seus très général. Aprfcsavoir critique les cou-
n'jttions métaphysiques de Selielling et de Hegel, il expose
1 critique à leur tout* celles plus modernes de Lumprecut,
Wundt, Sigwart, puis de Uickert cl de Mâuslerberg, puis il
il. veloppesa propre conception. Lesfaits historiques sont la
psulunte de l'activité libre des individus; il résulte de là
i|iii.' toute explicatiou historique doit eu définitive se référer
;i îlesconsidérations de psychologieindividuelle. Éluul don-
mu la complexité des causes, une telle explication est néces-
sairement plus ou inoius conjecturale et commed'ailleurs la
réalité historique n'est pas coiuplôtemeutrationnelle (p. I lîïi,
il y a uue grande part de subjectivité dans les résultats.
il n'y a pus véritablement en histoire de loi générale. Les
»;imcepls"quo"forment les. bislorieus ii'onl aucune valeur
« » au sens kau-
objectivé";ce sont des notions régulatrices
lit'ii, des moyens techniques pour exprimerle réel, des sym-
bules. Parcouséquent, chaque liistorwn peut les former d'une
f irondifléreute tp. 100et lui i; unecoastruclioii historique,
rumine aussi une philosophie de l'histoire, est une œuvre
()'art(p. UÛetliGi.l,
dout il
Cequi guide et doit guider l'historien dans la façon
présente les faits et tes explique, ce sont les lins qu'il pour-
suit, des Hns naturelles. L'historien ne perd jamais de vue le
présent c'est par une citation de liismarck que se termine
A. A.
l'ouvrage.
17(1 I.'ANVIÎK ISOS-1900
SbCfObOfllQVK.

N A VILLE (AuKiKïO. – La sociologie abstraite et ses divi-


sions. lient? Philaxopliit[uetmai 11)06,p. 457-471.
L'auteur entreprend di> définir et do diviser la sociologie
comme si elle était encore tout pntière a créer, comme si ses
cadres n'étaient pus en train de se constituer d'eux-mêmes
pur les progrès naturels de la science. C'est dire tout ce qu'a
d'arbitraire sa conception qui a été manifestement construite
diuiccliquement et loin des choses.
Voici tout d'abord comment il définit lu sociologie c'est lu
science qui recherche les lois naturelles des relations entre
les hommes. Ces luis consistent à établir les rapports que
soutiennent telles de cesrelations avec «autre chose », uutuni-
ment avec d'autres relations sociales ou des événementspsy-
chologiques, biologiques ou physiques. Kl voie», à titre
d'exemple, une des questions qu'aurait à se puscr lu sociolo-
gie « Si, dans un pays de fortune moyenne, l'Étal augmen-
tait subitement les impôts dans une forte proportion, quelles
seraient les conséquences de ce changement pour le com-
merce local, etc. » .Nous.sommessingulièrement surpris
de voir un philosophe considérer cette prévision comme une
détenniualioii du a lois naturelles». S'il est pourtant une défi-
nition sur laquelle ou semblait d'accord, c'est celle qui fait de
toute loi naturelle uu rapport eutre faits acquis et réalisés.
Desadélluilion, l'auteur conclut qu'il doit yavoii autant de
parties dans la sociologie qu'il y a de sortes de relations iuter-
humaines..Mais les relations juridiques, morales, politiques,
économiques, religieuses ne lui paraissent pas avoir»le carac-
tère sueiolojçiqut.'», sous prétexte qu'elles ont pourracines des
désirs personnels; et il propose la classification suivante: col-
laboration, échange, donation, spoliation, autorité, langage.
L'auteur nous prête cette opinion que sont seuls sociaux
les faits « qui se produisent souvent, qui sont fréquents ».
Nous savons bien que c'était la thèse de Tarde; mais ce n'est,
à aucun degré, lu nuire.
E. 1).

Revue de synthèse historique, juin 1903-avril190U.Paris,


Cerf.
La Retue (le synthèse historique annonce, pour sa septième
année, un nou.vjiau-cycle de «crues générale».On sait quels
– COSCKI'TIOX
A.V.U.ÏSUS. tiKNKJiALK
liK U »UC|OLUiilK177

services «Milrendu ces « inventaires du travail fuit et a faire ».


(:eux de )ii dernière année n'ont porté que sur l'histoire èco-
iinmiqiie de lu Dévolution frauçaiso. Du moins ont-ils été
aussi complots t|u'oii pouvait le souhaiter. M. lioissoniiade,
après avoir cité une quantité énorme do travaux consacrés h
l'iiistoirf du commerce, ou de l'industrie, ou de l'agriculture
à cette époque, fait prévoir qu'il faudra encore, avant l'heure
de ht synthèse, des années d analyse. Sjoit, mais le spectacle
de tant de recherches incoonloniiécs, et qui souvent laissent
dans l'ombre les points qu'il serait le plus intéressant d<<
mettre en lumière, donne aussi lesentimeut de la légitimilé
des essais synthétiques, l-'ussent-ils tout provisoires, ils ont
le grand avantage de hiérarchiser les problèmes ils permet-
tent rie dresser des sortes de questionnaires méthodiques, qui
suideraient utilement l'enquête des érudits.
Les Reçue*critique* ont pris plus de développement. S.pro-
posdès"oiïvr!i{çesde MM. Nannri etHossi, le ])rJ»iih«Icvitch
rappelle(]tie le Renie est avant tout un phénomène social
11<mqu'il soit un simple produit du milieu, mais il est reconnu
hic lu foule parce que la foule se reconnaît eu lui. A propos
des ouvrages de MM. Vecchio, Levi elStern, le même auteur
indique que le prohlème de la philosophie du droit est un
in ublômod'ordre moral, c'est-à-dire qu'on ne peut déliuir le
rapport du droit naturel an droit positif, sans tenir compte de
l 'ensemblede croyances et de désirs qui exprime plus ou
moins confusément, a un moment donné, l'idéal collectif.
M. Lichlenher^er résume,d'après K. Lamprecht,les caractères
île « l'ère individualiste » en Allemagne. M. Héau, d'après le
H' Hœnvald. analyse les facteurs psychologiques de l'esprit
moilenie. M.Wirth.dans une discussion xur lit met, fait justice
îles exagérai tous premières de l'authroposociolo^ie. Mais il
maintient coutnt la théorie des « étapes » de Lamprechl et de
lireysijf rimportance de sa « théorie raciale » pour l'expli-
alioiidu sHcw'-sdediverses religions, on des diverses {ormes
jiuliliqiics.
M. Herr. «jeson côté, note les progrès ou I wreculs des idées
i[iiifùïsinil chères, il juge la méthode de M. Brunetiêre trop
j.eu nlijcctive! celle de la « Sociological Society » tropéclec-
liipie et aussi trop préoccupée de la pratique. Il craint que
celk1de l'Aiiw'e siii'mhijitfuc, eu matière de sociologie reli-
jjieusp, nodeviennetrop exclusive. A propos des thèses
uiitiaucicres
'H.ttUmU'H'.t de W1.
slw M. Dragliicësco',
t'tt'~m~Uit~t qui
~I'a semblait remettre
*<*M' *~<t<tt~ à la
M

Y,. DnikiiKm. – Aiiikt swiol., l'JOi-lUOU. M


H» I.'aXNKK SOCIOM>G!QtrK.
l'JOj-t'JOU

société le soiu de créer le tout de l'individu, M. B. demandait


« comment peut être diins le tout co qui «l'est pas, même eu
germe, dans te» éléments» il rappelait « qu'on n'a pas rendu
le tout plus intelligible tjuitiut un » fait de ces éléments un
simple reflet de ce tout. « M. ». n'est pus éloigné do penser
qu'à MM. Miiusset Hubert aussi lu môme chose devrait être
rappelée il lui semble qu'il vouloir réduire tout le religieux
au social ils risquent d'oublier et l'humain et l'individuel –
et la part (les facultés générales et celle des inventions per-
sonnelles.
Ailleurs, résumant une communication à 1»Société d'his-
toire moderne, M. IJ. mouIre combien l'attitude «les « philo-
suplies » vis à vis de l'histoire est eu général dillérenfe~eu
Allemagne de ce qu'elle est en Frauco. Ici. préoccupé qu'on
est de donner, ji;ir la systématisation sociologique, un carac-
tère scientitiq neà l'histoire, ou «considère eu général l'his-
toire traditionnelle comme un travail tâtonnant et
prépara-
toire ». KuAllemagne, il seinblwplutôt que (les logiciens se
contentent de construire la théorie de cette histoire, telle
qu'elle leur est donnée en fait pur l'œuvre des maîtres. De là
l'opposition que beaucoup d'entre eux tuaititicniieut entre la
science de l'individuel, l'histoire, et les sciences de type
naturaliste. L'idée de ue pas violenter, par une logique si
priori, le mouvement spontané des sciences, est eu soi respec-
table. Mais faut-il donc croire ([tic le mouvement spontané de
l'histoire luit conduite des aujourd'hui à sa forme scientifique
définitive ?
Dece Mrllwtlenstmt, nous retrouvons eucore un écho daus
les articlesde M. Xénopol sur lit notion rfc« râleur »euhisloicv,
Nous avons indiqué l'an dernier ici même (page IStf,eom-
ineiil les partisans de l'histoire science de l'individuel, cher-
chant malgré tout un critérium qui leur permit déclasser les
faits si-Ionleur importance, étaient a menésà reprendre leur
compte la formule de Schleierniuclier « La morale constitue
la théorie de lit connaissance de l'histoire ». Pour M. Hickert
comme pour M. Wiudelbaud, et môme pour M. liuruhcim,
c'est eu foiicliou des «. valeurs culttirales » que l'historien
aura à ordotiuer les faits parliiuiliersqu'il constaté.M
Xéuopol
s'efforce de démontrer l'inconsistance de relie conception,
l'arbitraire de cette méthode « C'est l'idée du bieu introduite
daus lu science et placée comme une condition du vrai exi-
gence absolument illogique. » L'auteur s'étonne qu'on ne se
AN.aYSR; – CONCEPTION(ÏISN'IÏIULKDE h\ MCIOLOCIE (TU

!<iU ntifl PAtilniitfi.


soit pas contenté, iiriui*
puni* M*<iitvni»tut
trouver un fii'iiipinn
principe ftVii'itt'A
d'ordre nnnlî.
appli-
cable à l'histoire, do eeUejmirpn. devenu qui joue suivant lui,
dans les sciences do la succession, le mômerùlo que la notion
ihyloidau» les sciences de la répéliliuu. Nous avons bien des
fuis indique ici même qu'il nos yeux, eu n'est pas seulement
i n (léleriuiiiiiiitdes séries uniques, mais des rapports cons-
i :uils, quel'histoire prendra les caractères d'uuoscience. Et il
ist cliiir que ce n'est pas d'uue « table des valeurs » plus ou
moins arbitrairement acceptée qu'elle recevra ces caractères.
Les valeurs ainsi comprises sont uu des objets de lu science
-uciule de l'histoire elles ne sauraient lui servir de critérium.
C. Jl.

r. KUllAliUT.– Ueber historisohes Erkennen. lien», (i.


(ïruuuu, 1006,p. 02.
iJuus ce court ouvrage sont traitées sommairement, iiiiiis
i laireiueul, les principales questions relatives à la méthode
historique. L 'auteur éuumère les difficultés spécialisa l'his-
l lire, obligée de fairo la critique des documents. L'inlerpré-
l 'tiun des faits douue lieu à des controverses non encore
..dievées. Les faits se succedent-Hs suivant des rapports de
iinalilé:' Y a-t-il tendance vers une lin générale de l'Iiiiiiiauité'
S'iclieiiiiue-t-on vers le progrès? Les contradictions des his-
toriens sur la nature de celte liu ou de ce progrès fout stippo-
mt que ces notions sont inexactes. Puis l'auteur expose les
'pillions contradictoires des historiens et des sociologues sur
li- iule des individus dans révolution sociale et sur le déter-
minisme historique. 11no dégage pas assez clairement lestraits
principaux de la science sociale. Il déclare que les lois sociales
mlnormatives, niais non nécessitantes, confondant, semble
i il. les obligations que la société impose consciemment, et
l,s luis– inconscientes – • suivantlesquellesse produisent et
loiictiouueut les croyances ou les institutions sociales.
M. H.

A. PAGANO. – L'oggetto e le leggi délia sociologia.


Kassegne analiliclie délia liicistu [talioua <li Sociologin,
Auuo IX, fasc. V-Vl.
tlet article est un compte rendu critique d'une note du
M. Musci, DvleoHtetloede limiti tklla xocioloyh,à l'Académie
lfO l'AXSKE SOCIOIOUIQVE.tSOS-IUWi

liée
des «cicncpe mnraloa An
do \nn\oa
sciences morales Naples • \fM. l>
I». t>nm>nnlin
reproche t\a M. Masci
une ctêfltiition trop intellectuelle du fuit social ip. 048). Il le
déliuit pur la « coopération » et « l'interdépendance n qui
valent aussi bien dans le monde organique que dans le monde
spirituel.
ANMtKWSil'.). – Die Wissonsohatt von der Gesellachaft.
Sclunurgciulorf-lierlin,Vorl.-lWuaissauct'.
DITTIUCII.–Die Grenzen der Geschiohte. Uipzifr, Teubncr.
WIESK\). – Zur Orundlegung der QesollschaftsloUie. léna,
Fischer.
Cul.MOAlvhei)»). – Principlos sociologioos. lUienos-Aires,Imp.
di; M.Uicdiiiuy Hijo. I'IOj. p. H79.iii-8. L'iuik'urse rnttacho aux
principe* cloitlnous nous inspirons ici. Il montreune conmûs-
»nn<Cétenduelit- ia littérature xociologi(iuc.}

II. – THAITIÎStiliNKUAUX
l'ur M.UmutÉ

A. SCHAEFFLE.– Abriss der Sozlologle (Esquisse d'une


sociologie», édite par K. Uùcher. Tiibiugue, Laupp, 1900,
p. Xlïo-2.
K. Uiicher, qui édite l'(cuvro posthume de Schaffle, nous
avertit dans la préface <v l'auteur, en revenant aux pro-
blèmes généraux qu'il avait essayé de résoudre daus sou
lUui uiul Lchi'iiilen SiKinlvu Kûrpers, obéissait à une double
préoccupation; fonder en raison sociologique l'altitude qu'il
avait été amené à preiulic dan» la question de la politique
figrnricnne; dissiper les fausses interprétations auxquelles
il avait exposé sa propre pensée, en la présentant jadis sous le
couvert des analogies biologiques.
La préoccupation de « spiritualiser » sa sociologie est sen-
sible i'ii effet dans YExt/tussede Scliiiflk'. Il répète qu'il n'est
pas plus spencèrieu « en ce (lui concerne la structure des
sociétés qu'il n'est « darwinien > ence qui concerne leur évo-
lution. Hn'a jamais confondu analogie avec bomologie La
société n'est ;t ses yeux que l'ensemble des peuples qui se
partagent la terre. Et il n'y a de peuple que là où il y a des
rapports non seulement entre des consciences, mais entre des
fnitmiwpersonneUt*.Trait nécessaire et suffisant pour difléren-
ANAI.ÏSK». – T1UITIS.S UKNKilAUX 181

cku-le»sociétés humaines (les sociétés uniinules dont Espinan


les rapproche. Le peuple n'est pas un simple prolongement
de ht « bande ». El le peuple n'est pas uun plus uu simple
élargissement de la famille. Lu base de celle-ci est physiolo-
gique. La base du peuple est psychologique. Le iiioiuk' social
est essentiellement uu cosmos moral, dont un ue devrait pas
dire qu'il devient, mais qu'il est créé. Il est créé pur l'action
que les consciences exereeul les uues sur lus autres et qui lus
rend de plus eu plus capables de promouvoir non .seulement
la culture – qui comprend le développement des facultés
lui mainesde plus ou plus libérées desservitudes do lu nature
mais la civilisation proprement dite, – qui veut l'ordre
dans la paix.
C(Hicréalité psychique qui constitue l'essence dos peuples,
Scliûfile se défe»»!uott seulement de lu déguiser eu réalité
biologique, tuais aussi de l'incarner eu une .substance méta-
physique. C'est pourquoi il évitera de parti pris les expres-
sions équivoques de Volksgeistet de Votkxxeel?. Il répètequ'il
n'existe pas à ses youx du système nerveux central qui serve
lu siège à t'esprit social. Ce sont les systèmes nerveux des
individus qui lui servent de support. Hrésulte des l'ouiiniiui-
ations conscientes iSchiifilc insiste, peut-être abusivement,
sur ce conscient) qui s'établissent entre ceuxci. L'esprit
-ocial est en uu mot immanent, non transcendant aux esprits
individuels. Ce n'est pas dire qu'il uo soit que leur somme,
l.e retentissement des penséesdes morts sur celles des vivants,
les Irotleuieuts do toutes sortes que celles-ci se fout subir les
unes aux autres, muUiplieul dans les consciences individuelles
les phénomènes dont elles sont te théâtre, dirions-nous, sans
en être les auteurs.
Ht cela seut .suffirait pour nous empocher de confondre la
-iociologieavec lu psychologie proprement dili1. Une autre
remarque importante, selon Scbàllie, empêche cette confu-
sion. C'est que la sociologie ne saurait se passer du « 1 expé-
rience externe « si spirituelle que soit l'essence de la société,
die a uu corps, elle nuvit que dans uu incessant contact, par
«leperpétuels échanges avec la matière. il ne faut donc pas
seulement étudier la société comme uu monde eu soi i ll'elt
fur xirli i miiisconnue une partie du monde (W'eltlifslamfdfU).
lie ce point de vue, Schiiflleébauche ce que nous appelons ici
une morphologienodule, étudiant lourù tour lu le sol 'pas de
pei.-le proprement dit sans uu Icrritoiro l'extension de leur
iHi l.AXXKE SOUJOLOUIQl'iC.
HKKMMC

territoire est nécessaire ta vitalité des peuples.);2" le eapitul


des peuples (distinction entre des biens matériels (lui se mul-•
ti])lk'iit et ceux qui ue se multiplient pas à l'iullni allusion
au problème agraire): 8" la population elle-même (sou accrois-
sement est signe de santé sociale mais il faut m préoccuper
de lit qualité aussi bien que de lu quantité, do l'amélioration
aussi bien que de l'augmental'iou).
L'essenceet 1» matière do la société étant ainsi définies, il
faut.pourcompreudresa vie et souprogrès, analyser les forces
variées qu'elle fait fonctionner. Et d'abord les personnes,
avec leurs diverses capacités d'action. ]| importe ici de ne pas
se contenter des concepts trop étroits auxquels les sciences
sociales spéciale!» noushabituent. Nousétudierons ta technique
des actions humaines en nous souvenant qu'à coté de la tech-
nique qui façonne les objets matériels, il faut faire une
place ùl'artde manier les choses spirituelles, et à celui d'agir
sur les personnes. De même, s'il s'agit des râleurs, nous lie
peuserous pas seulement à la détermination du prix qui pré-
occupe les économistes: nous forons entrer en ligne de compte
toutes sortes d'impondérables (l'honneur, l'estime, la considé-
ratioiii. J'our la puissance, nous lie ta définirons pas seule-
ment par la force, ou par le pouvoir de contrainte, à la
manière des juristes à côté de la richesse, le prestige, In
beauté sous diverses formes constituent des sources de pouvoir
qu'on ne saurait négliger.
Mais comment, de toutes ces actions personnelles, une vie
commune se forme, c'est là surtout ce qu'il importe de savoir.
El c'est pourquoi la sociologie aurait à classer les différents
modes de liaisons l'erliuiipfungeni qui s'élablissent entre les
individus. Par là elle retievient, si l'on veut, une science du
commerce, mais «l'un commerce entendu au sens large et
qui comprendrait les rapports entré maître et élève, par
exemple, aussi bien que les rapports entre acheteur et ven-
deur. I)e même, elle se gardera de croire que le droit et les
mœurs constituent les seuls ciments(lela société. Elle ne s'en
tiendra pas non plus au concept équivoque de personnalité
juridique. Bile se placera aux points de vue les plus divers
pour classer les groupements – grands ou petits, durables ou
éphémères, ouverts ou fermés, publics ou privés, etc. qui
servent de cadres il l'activité des individus.
A travers toutes ces formes et sous l'impulsion de toutes ces
forces, les « interdépendances » se multiplient à l'intérieur
ANALYSES. TRAIT»* U&JÈIUL'X 183

(I unmêmek ttA*l*%ln • Mtitcii Urt nmtnliliiAiil \n*% iIlAn nnlSnHnfjin


peuples ainsi se constituent les unités nationales,
d'autant plus puissantes qu'elles ont mieux fondu les races
qui occupaient un môme territoire. Mais, môme entre unités
nationales distinctes, les diverses variétés (le « commerces »
multiplient les relations. Et ainsi – sans qu'on doive penser
pour nti tantque les dilléreuls états se fondraient eu un seul
ou que l'usage de la force ne serait plus de mise – on peut
constater que l'on s'approche de cet ordre dan» la paix qui est
le but do lu civilisation.
Quelles lumières ces théories générales fournissaient a
Sehûffle pour la solution des questions pratiques, et eu parti-
culier de la question agraire, c'est ce que uous ne voyons pas
très clairement. Le chapitre sur les déviations et corruptions
est malheureusement écourtô. La notion du « normal », (lui
permettrait peut-être de saisir comment la connaissance des
faits conduit à l'idéal, reste insuffisamment définie.
Ou voit assez clairement du moins quel rôle Srhftlfle assi-
gnait il la sociologie élargir les concepts trop étroits dont se
contentent les tliscipliues spéciales, remettre à leur place
dans l'ensemble les problèmes auxquelles elles se heurtent,
pré parer enfin, par ces classifications elles-mêmes, des coordi-
nations supérieures – c'est peu près, semble-t-i),la coucep-
tiou que nous défendons ici infime.
JI va sans dire que, dans ce tour du monde social, les forces
de l'explorateur lie pouvaient rester sur tous les points égales
ù elles-mêmes. Signalons parmi les analyses les plus sugges-
tives celle qui concerne la notion Aepuissance <p. 178 sqq).
Au contraire, dans les passages qui touchent à la famille, lu
pensée nous semble incertaine. L'auteur a beauaccorder dans
tel passage (p. 214 sqq) que la famille est comme un micro-
cosme de 1» société, il semble garder une tendance à définir
par les fonctions physiologiques le groupe domestique; sur
ce point du moins, il est permis de juger que Schiiflle n'avait
pas suffisamment encore « dénaturalisé ses conceptions.
C. «.

i i VOXMAVil. – Begrlff und Gliederung der Staatswis-


senschaften (Nature et divisious des sciences de l'État).
i- édition, Tiibingue, Laupp, IM6, p. 130.

Nous avons rendu compte ici mémo (Annéesoeioi, V,p. 1 301


de la première édition de cette brochure, extraite d'un recueil
tSt L'ANNE» 1W)M!H)U
sOCIULOOlyLK.
composé eu l'honneur de Schatllo. La f édilluu se distingue
surtout do la première par îles noticesbibliographique» mêlées
au texte. On s'apercevra, à les lire, que Ttiutour manifeste, à
l'égard des travaux français, uu grand dédain, ou une grande
ignorance.

Fr. \V. BLACKMAU.– The Eléments of soclology. Xew-


York, Macmillnu,190". p. Xl-ioi.
Ce niiuiuel est divisé on 7 livres. Trois sont consacrés à la
délinition. aux méthodes, ù l'histoire de la sociologie tl. VI
ot VUi. Les autres traitent de révolution sociale, dit u Con-
trôle », de l'Idéal et de ta Pathologie des sociétés. L'autour
s'efforce de condenser dans ces chapitres les résultats géné-
raux de la sociologie. Il s'inspire surtout des travaux récetits
des sociologues américains Lester l). Wurd, A. W. Simili,
U. S. Vincent. K. A. ltuss. K. 11.liiddings.
AI.H. setïurce tout le long de soit livre – suus arriver tou-
jours à la précision souhaitable – de déliuir le point de vue
propre à la sociologie. Kllene doit pas se contenter, selon lui,
«l'être une synthèse (les diverses scienees sociales lécouo-
mie politique, la politiijue, la morille. Il faut qu'elle dégage,
par dessus les relations particulières que ces disciplines
peuvent établir, les luis générales qui s'appliquent à
l'eiisenihle de la vie sociale.
Soit le phénomène des trusls ip. 2'n. Je l'cliulie en écono-
miste si je recherche l'influence du trust sur l'accroissement
des richesses, le taux des salaires, la distribution dos
pro-
duits. Le moraliste considère surtout le genre de conduite
des associés, et Icllet de leur association sur le niveau inoral
do la communauté. Quelle législation peut réglementer le
mécanisme du trust, il appartient ù la science politique d'en
décider. Mais si nous nous deinaudous quels elfels le phéno-
mène a pu exercer sur le utouvemeut de la population, sa
dispersion ou sa concentration, et d'une manit're plus gêiuï-
rate sur le « social standard », nous entrons dans la souiolo-
~n,
i e.
Cequi l'intéressera donc spécialement dans les phénomènes
économiques. eVsl l'intensité et la qualité dis solidarités
qu'ils eiéeul. comme, dans les phénomènes religieux, le pou-
voirde «contrôle» qu'ils mettent a la disposition de la société;
observer les faits sociaux de toutes les espèces non seule-
ANAI.ÏSHv – TKAITlis (WiNKIUUX itjB

jitcut putir tes classer, mais pour les rattacher aux principe*
universels ou aux luis qui concernent ta croissance cl l'acti-
vité des soeiélés humaines (p. i'n; co sera la tiicliu propre
du sociologue.
L'auteur toute de donner une idée do ces lois en résumant
ce qu'où peut savoir do l'évolution .sociale et dus forces (jui
concourent huit au groupement des individus qu'à lu diffé-
renciation dos groii|ic.s sociaux, Pour ce qu'il appelle le
« processus do la socialisation », il suit d'assez prés (iiridiugs
cl rappelle tes degrés i|ui séparent l'agrégation du la coopé-
ration et du l'organisation proprement dites tV. innée swïnt.
1. 1, p. lWelsuiv.i.
Par le uioyuii du ces processus, des associations du types et
de buts Jneu dii'crcnls se tonnent, qui constituent connue
autant d'orguuus pour la vie sociale. L'autetir propose de dis-
tinguer parmi ces organes ceux qui entretiennent la vie
groupes producteurs, transformateurs, transportiuirsi, ceux
i(iii la perpétuent i familles, sociétés médicales., ceux (|ni
serveut aux couuuuuicatious, ceux qui servent il la culture,
ivnx qui servent enfin à lu rêj^leniuututiouet il la protection,
parmi lesquels l'État.
L'Ktat aura une place k part <ui milieudes formes étudiées.
La société politique est vraiment la société complète, celle
qui. englobant et coordonnant les autres, eu fait un ensemble
.mimé d'une vie coinimtue. L'auteur étudiera doue spéciale-
ment la forme de l'Ktal. en rappelant commentl'Etat sort le
plus souvent de la fédération des familles et des mélanges des
races. 11retracera à grands traits l'évolution de l'organisme
ainsi constitué. Mais ce n'est pas onjanixmc qui) faut dire,
'•'est organisation. L'Ktal est pour une part et de plus en plus
iptelque chose de voulu la conscience prend de plus eu plus
d'empire dans Porpuiisatiuii sociale- le processus « lélitjue »
I emportesur le processus cosmique. C'est ainsi que M- II. eu
arrive ù des considérations sur l'idéal des sociétés. Considéra-
tions qui restent un peu vagues et semblent aussi uu peu
arbitraires. L'auteur n'a pas montré assez clairement, à notre
1,'oul, en quoi ta connaissance des régularités sociologiques
détermine l'idéal social. C'est, que pour que cette détermina-
•ioiifùl possible, il faudrait sans doutedes connaissances sin-
gulièrement plus précises et aussi mieux ordonnées que celles
qu'oui il résumer, aujourd'hui, les « manuels » de sociologie.
C.B.
180 l'aNNKE SOCtOLOHIQUK.
1005-1900

WAltl) (I.KSTKH-1-). – Sociologie


pure. Traduction française par
K. Weil. l>arin, (iiurd et Mriôre (Bi6J. Suci<.(.Internat.), 1900,
!>vol., p. 305 et 381. in -8". {Traduction île l'ouvrago analysé ici
liuMiie,t. VII, \). 10(1).
DEAI.EV (J.-y.) el WAMI»(L. -F.). – A text-book of sooiology.
Nvw-York, The Miu-inillnn C».
ROSS (K.-A.). – The foundations of sooiology. New-York,
Mucnnllan.
SMAM. (A.-W.). – General sociology an exposition of the
main developments in sociologioal tbeory from Spencer to
Ratzenhofer. Chicti^u, Unu-emty of Chùwjul'rcu.
Annales de Sociologie. T. 11.Hnixollcs, 0, Sehqjens et C'«.
WlvUNSDDHK ). – Orundriss des
Systems der Soziologle und
die Théorie des Anarohismua. lûnu, Scluuidl.
I)E IIOSTOS (E.-JI.). – Tratado de sociologia. Madrid.
HAVES (K.). – Sociologioalconstruolionlines. "The Ameiican Jour-
nal ofxoaol»!)! juillet l'Ji)5. vol. M, fuse. 1, p. 2U-4Ucl fiisc. B,
p. Oïl-OlO(Suite dc>«iiirlk-lt'sili'ju parus sur le niùinc sujet)
I)K (illEEK Ai ). – Introduction to sociology. The AmericanJour-
mil of sacioloijy, vol. XI, fasc. I, 2, 3 et îi. vSuite des articles
cIc'JAparus sur le même sujet.)

III. QUESTIONSr.K.NIvBAI.KS DIVKK3KS


Par MM.Une. P.u-ujxset,Boi.;i.k.I'ahoui,lloi'imcg.

H. PETRUCCI. – Origine polyphylétique, homotyple et


non-comparabilité directe des sociétés animales
1toise. 7 dus Notes et .Mémoires de l'Institut Solvay de
sociologie. Hruxelles, Misch et Tlirou, IÎKïC,p. 12(>,in4".
Les sociétés aniniîilos 1 y comprisles sociétés liuiniiines) m>
sunt pas les filles d'une mémo société primitive; par suite.
elles lie sont p;is ilireclement companihles l'une à l'autre:
mais, iiùesdaus des circonstances sembhibles, elles présen-
tent des ressemblances tel est le seus de ce titre, qui résume
toute la thèse de l'auteur.
Les sociétés animales lie sont pastilles d'une môme société
l'instinct social n'est pas héréditaire. Pour les dériver d'une
source commune, il faudrait remonter si haut dans l'histoire
AKAI.YW. – QUESTIONS
OÈNÈnALK»
BIVKBSBS J87
des espèces que l'explication «'aurait plus ni intérêt, ui vrai-
semblance. Toi 1)1161101116110social i la réunion on lunules au
moment de 1» ponte, par exemple.),qu'un trouve il la fuis chez
des.uisoiiuxel chez des poissons, sera-t-il expliqué par un ins-
tinct do leur nnectro commun î Alors pourquoi ce trait ne se
relmuvei'iiil-il pas chez la majorité des descendatits do cet
ancêtre 1 Pourquoi,si les abeilles et les hommes doivent leur
vie sociale à l'instinct d'un lointain aïeul, tous les inverté-
brés et les vertébrés qui descendent de cet aïeul n'ont-ils pas
un mémo degré t'instinct social? D'ailleurs, ta tendance
associative, « liée aux premières manifestations de la vie »,
voire aux phénomènes de la matière inorganique m'y a-t il
pus des « associations moléculaires »?j est si générale qu'il
est vain d'eu expliquer l'apparition par l'hérédité.
Des lors, les sociales ne sont pas comparables entre elles
(•oui meles plantes nées d'une môme semence. Elles ne peu-
vent pas être disposées suivant une série uniliuéaire partant
de la plus humble pour aller jusqu'aux plus rallluées. Et la
sociologie n'a pas à retracer cette évolution. « 11 y a une
sociologie humaine, comme it y a une sociologie du bison
d'Amérique ou du bisou d'Europe ». Mais malgré leur hété-
rogénéité, ces sociologies peuvent servir à la construction
de la sociologie Elles permettent de dégager, par abstraction,
le fait social dans sa pureté il nese confond pas avec le phé-
nomène biologique, puisque l'évolution biologique ne gou-
verne pas révolution sociale à chaque nouvelle bifurcation
dans l'arbre généalogique des espèces, l'instinct social, loin
de se transmettre, parait s'obscurcir. Mais chaque fois qu'il
reparaît, il se manifeste par des phénomènes homoty piques.
Le rapprochement de ces sociologies différentes est ins-
tructif. Il prouve,a eu croire M. Petrueci, que le fait social est
d'origine individuelle le langage, la technique,l'art, seraient
deseréalionsindividuelles. Lelangage, car l'animal crie, même
quand il est seul. La technique, car l'ours lance des rochers
sur su proie, l'ours invente une arme, et pourtant l'ours n'est
guère sociable. L'art tel oiseau solitaire collectionne des
objets brillants. Enfin, cette sociologie comparée ruinerait
tes théories qui expliquent les tabous sexuels par des
croyances religieuses, car elle révèle (pie dans mainte société
animale, qui u pas de religion, les sexes sout séparés et tes
femelles pleines tenues à l'écart.
Ce sont ces conclusions qui, dans le travail de M. Petrucci,
t88 LAN.SKK m-IOLOUIQUe. t'JUS-WOU

prosemeui te
presemcm ie ptus
puis grauti intérêt, mai!)
gr.nm toteret, appettcnt les
mais appellent tes plus
p)us
ox presses réserves. Que les sociétés animales «
soient d'ori-
gine potyphytêlique », ou peut le croire, mais vrai dire
la solution de ce problème 11'eutrulne peut-être pas do très
«raves couséi|ucaees sociologique». De même, qu'elles se
refusent ou non à une « compatibilité « directe, si l'on
iiccordo en délinilive qu'elles suut comparables, on ue laisse
eu discussion qu'un point secondaire. Mais que leur
compa-
raison aboutisse à une théorie individualiste, c'est ce
qui
mérite examen. Celle conclusion est-elle nécessaire? Le lan-
gage, la technique, l'art, ue sont pas, nous dit-on, d essence
sociale, puisque l'animal isolé les invente. Mais, tant que
l'animal crie dans la solitude, le langage n'est pas inventé:
son cri réflexe ne devient un signe qu'nu moment où il est
entendu et compris par un autre mais alors débute uue
relation sociale. De même enfin, il y a relation sociale entre
l'ours et sa victime. J)e même, t'oiseau ne collectionne des
objets brillants qu'a la saison des amours n'y a-t-il pas rela-
tion sociale cuire sa femelle et lui i Onne peut nier le carac-
tère social de ces faits qu'eu restreignant outre mesure le sens
du mot fait snciologique.
La sociologie comparée, telle que t'entend M. Petrucci, ue
nous parait pas réfuter non plus d'une manière décisive les
théories qui expliquent par des croyances les premières cou-
tûmes de riiumaaité. Ce ne sont pas des enfances, dit-il,
qui expliquent les tabous sexuels, puisque Um sexes sont
séparés chez les animaux eux-mêmes. Mais le phénomène
préseiit«'-t-il chez l'homme les mêmes caractères que chez
ranimai ? Chez l'animal, la séparation a lieu eu tout temps,
sauf à l'époque du rut: chez l'homme, c'est précisément lors-
qu'il (.'St désiré que le rapprochement est interdit le tabou
sexuel fr,-ip|H!des fiancés, do nouveaux mariés. Comment
expliquer celte bizarrerie. cette règle en apparence contraire
a l'instinct, sinon par l'intervention de celte conscience
qui.
du l'aveu de M. P.. vient modifier la vi«
physique et lu vie
sociale de l'animal humain ?
1'. L.

Sociological Papers. published for TlwSoria!o;,ictd


Snrirly.
Volume [|. London, Mncmillan, 1900,p.
xiii-307gr. in-8°.
Ce volume comprend les mémoires qui ont été tus et dis-
ANAI.VSBS. gi'KSTIONS
«lÈSÉtlAlKS
UIVKIKRS 189

eûtes devant la SaetotogtealSaeiety pendant sa seconde ses-


sion, d'octobre lOOiajuin 1003.
M. K.liultfin revient sur co qu'il appelle Eiujenin (p. 348),
science«|ui étudie les agencements sociaux qui influencent,
mentalement ou physiquement, les qualités ethniques des
liénérations futures. Unefelhirxhifi ayant été fondée par lui a
Oxford pour le développement de celle science, M. Nation
publie un programme des question» ù nliorder, questions dit
plus haut intérêt, niais dont la plupart no ressortissant que
hôs indirectement à ce que nous appelons les sciences socio-
I. iniques.Voulant établir que sas propositions relatives à la
réglementation du mariage n'ont rien d'ulopique, M. Gallon
rappelle les Heslrietiomau mtuiayeque connaissent une foule
«II1sociétés monogamie, eudogamie, exogamie, système ans-
indien, tabous sexuels, etc.. Comme il » pleinement raison
sur le principe, nous ne le chicanerons pas sur l'interpré-
tatiou eiif/àiique qu'il donne de ces institutions. Crnwleyet
Sleinmetz ont fait d'ailleurs les réserves qui s'imposaient.
Dans un nouveau mémoire intitula vicie» as concrète une
.ilfUM Socioloijn(p. ffi-Hty, M. (ieddes indique plus nelte-
inent que dans le tome I sa méthode et son programme. Nous
omîmes avec lui quand il somme les sociologues de renoncer
aux généralisations tuUivcset de se mettre ù l'école desfaits.
Mais l'élude des faits contemporains, les voyages, ne sont
peut-être pus le moyenle plus direct pour le sociologue d'en-
trer on contact aveula réalité observable. Ce que demande en
-omine AI. Geddes, ce sont des monographies de cités,
.issez analogues, semble-t-il, aux monographies (le familles
i ut reprisespar Le Play il signale avec éloge la vaste enquête
«leCli. liootb sur Londres.Tout en nous demandant pourquoi
'Ile forme d'invesligaliou aurait un rôle prééminent et res-
-nrtirait à une science spéciale iCicics), nous n'avons pas
<i objeclioii de principe contre la méthode -monographique.
.Maisles cadres que détermine M. (ieddes pour l'étude des
<i!és sont vraiment du domaine de la fantaisie pure. N'est-ce
lias un pur jeu d'esprit que d'établir n priori les rapports que
-'iiilieuncut entre eux les divers groupes de phénomènes
dont l'élude est encore à faire 7Onesl étonné d'avoir de tel*
reproches à adresser à un savaul qui se platint de l'abus des
théories prématurées-
Ku dehors de deux études qui rassortissent à la sociologie
juridique et que l'on trouveraplus bas sous cette rubrique, le
1W sotiolooloug. ~M4MO
.1. ,<–– a_ 1
volume comprend encore des articles de Sudler, L'Ecoleduns
(juetquet'HHtsdeses relulions A l'organisation socialeet à la rie
imttonaleip.123-189) Bridges, Quelquesprincipesdireeteursduns
la fàilosofiliiede l'histoire (p. IS)i)-23!>),
étude de dynamique
sociale, d'inspiration comliste, sur lu civilisation eurupéeuno;
Stuart Ulennie, Sur In place des menées tortille» dnm une
du-ssi/tcad'oHdes connuissanees,et Sur les loisgénérale»de l'his-
foire(p. 2433()4i,trois inéiiioiresdoul le premier, quicoinuieuce
par uue déliuiliou de l'atome, est véritablement déeoueer-
taitt.
t.
P. F.

F. KHAUSS. – Der Vœlkertod, Elne théorie der


Dekadenz, II" ïeil. Leipzig et Vienne, Deulkke, 19t)0,
p. IUU.
Nousavons déjà résuméici inèinoUMHeVtfOf/o/VU,p. 117;
les iilOesde .M.K.sur ta décadence et la mort des peuples.
L;i mort des peuples n'est pas un phénomène uaturel, c'est
uu pluMiomùnesocial i(ui s'explique pur la tcnugression de
({tielque loi naturelle. Daus ce nouveau volume, M K. déve-
loppe ces mêmes idées eu les confrontant avec celles d'un
certain nombre d'auteurs sur les mêmes sujets. Il dénonce
les équivoques ou k>s exagérations auxquelles a donné lieu la
théorie de Lainarck sur la transformation des espèces, ou
celle de Darwin sur lit lutte pour la vie. 11 rappelle que lu
guerre n'est jamais, finalement, uue cause de progrès. Contre
Gobineau, il établit que le « métissage universel » ne saurait
fournir uue explication suffisante de la dégénérescence. Les
lois naturelles dont la transgression amènela mort des peu-
ples ne sont pas seulement, ni surtout, à vrai dire, de celles
que l'i>uUirnp!»logiste ou le biologiste étudient. L'auteur, qui
pourtant est médecin, maintient que le dernier mot, eu cette
matière, reste à la science économique et politique. C'est pour
avoir manqué « à lu vérité et à la justice », c'est pour avoir
méconnu les conditions normales de l'équilibre et du propres
social, c'est pour avoir laissé troubler l'organisation du tra-
vail économique par le poids de la force politique, que tant
de peuples se sont étiolés. C'est ce que l'auteur s'efforce de
démontrer daus des chapitres sur l'êcnUitionde la production,
la théorie dus crises économiques, le*troiélex de lu répartition
el la fithifiMliondes cale un:, (e principeéconomiqueet le prin~
ANAIXSKS,– (JL'KSTIONS
liKXKBADKi»
DIVKRSK* 19|

ci/je politique,etc. L'inspiration dominante de tous ces chapi-


tres est celle tle lu pensée de Dilhring.
C.B.

C.-JiV. MÉRAY. – Die Physiologie unserer Weltge.


schiehte uud der Kommende Tag. Oie Grundlageu dor
sociologie. Budapest, l'olilzer, p. v-oitî.
Dans lus deux sections Ojenèxeelpolitique)do cette première
partie l'auteur va de la civilisation antique, gréco- romaine
i't chrétienne, à la civilisation future. Dans celle-ci, l'organi-
ition du l'Étal sera (ondée sur une réorganisation écono-
mique des communes. Ou évitera ainsi les fautes du l'Empire
iwiiiiiin,qui se traduisirent par les rôves du christianisme.
l'ottr expliquer ces fautes et ces remèdes, l'auleur se réfère
ui. lois générales de l'organisation, et eu particulier aux
conditions de la saiue activité des cellules, révélatrices du
Ii! tn divin.

JulIN K. INGUAM.– The final Transition. Asociologioal


study. Londres, Black. \'Mo, p. 78.
("est une disserlatiuu de positiviste, qui entend rappeler à
I Angleterre qu'elle n'échappe pas a la lui de l'Occident, et
qu'elle ne doit pas s'endormir entre le christianisme protes-
unt et le système parlementaire, tin attendant la grande
n-wiganisatiou spirituelle dont le positivisme est seul capable.
les mesures de transition s'imposent moins de place aux
mir vi vauecsreligieuses, plus de place aux iutérels industriels.

NIXONCAliVHlt. Sociology and Social Progrès», a


liandbook tur Stucleuts of Sociology. Boston, Uiu and G",
p. 808.
Celle anthologie sociologique est conçue selon un plan
ugoureux, exposé nettement dans l'iulroduclion. La sociolo-
gie s'appuie sur l'histoire, mais réciproquement, l'histoire lie
serait qu'un recueil de faits sans lieu ni portée, si ou lie l'in-
terprétait à la lumière des luis sociologiques, dcvinûes iutui-
tiveiuent ou scientifiquement établies d'.iprès l'observation
les faits présents. D'où il suit que lu lâche essentielle du
iciologueest de fournir une théorie du progrès social. Coin-
VM l/A.NNKK stinOLOlilQVR. IBO.vIMO

ment définir ce progrès? Pur l'adaptation du milieu a


l'homme, adaptation dont le bien-être croissant marquera
les étapes. A cette itléo générale, se rattachent tes diversmor-
ceaux que contient le volume, où l'on voit ligurer parmibeau-
coup d'Américains d'importance secondaire, les nomsdeAtig.
Comte,de Ikickle, do Kldd, de Tarde, de Lester Ward, etc. etc.
11 sont rattaches aux quatre groupes de facteurs du propres
social quedistingue M.C. facteurs l"pliysiqueset biologiques:
2" psychologiques Asociaux et éconoiniques; 4° politiques
et légaux. – Dans le second groupe, M. G. regrette do n'a-
voir trouvé chez aucuu sociologue de marque l'élude, de ce
qu'il appelle le pnuroirit'iili'alimtinu >'p. Il), par lequel les
diverses activités utiles à lu sucitilé, bien que pénibles pourl'
l'individu, tellesque la guerre ou le travail, sontspoiitanémenl
anoblies, iiiaguiliées, idéalisées ce serait lu la missionsociale,
de l'art et de toutes les formes de prédication.
Il est inutile de faire remarquer combien l'idée qui domine
ce recueil, l'idée d'un progrès social uniforme, est dépassée,et
peu en rapport avec l'état actuel des recherches sociologiques.
1). P.

B. TIIOIISCH.– Der Elnzelne und die Gesellschaft. Dres-


den, Heissiier. 1900, p. 15!).
Doctrines un peu fumeuses, et, malgré le désir exprimé par
railleur de voir In science et laconduite de la vie débarrassées
de toute métaphysique, doctrines encore trop mêlées de
métaphysique.
Après avoir mis en lumière le caractère verbal de beaucoup
de notions sociologiques, et avoir montré que l'unité, de In
société n'est pas évidente, qu'il y a peut-être autaut do riva-
lités et de divisions au sein d'un Étal que d'unité véritable,
lauleur se demande quel rapport il y a entre l'individu et
la société. lit il rainent.' cette question à une question plus
générale le rapport de la partie au tout, du centre à la circon-
férence, elc. Longuement, mais toujours par métaphores plu-
tôt que par l'analyse des faits, il montre que l'individu et la
société sont les deux aspect d'une même réalité. La notion
de la personnalité n'est d'ailleurs pas immuable;et un môme
temps que la société change, l'individualité de chacun, ainsi
que les idées du milieu sur l'individu, changent aussi.
n. ».
ANALYSES.– QUESTIONSUÈNlilULlWDIVEDSKS |93

Revue internationale de sociologie. Juin l90î>-Juin 1900.


Paris. Giiml et Jiriere.

Les princi|>Hiix articles publiés durant e«tle période par la


lltrae sont des fragments de livres <M.Kovnlewsky In France
iïtmomiuueet sociale àtaveilledela MwIuOoh.–K. Fouillée
La Mfiêtd eut-elle une n'alité et une commence* – Lester
[ Ward i Le*foréesfhyloijàu'tUpm. ït. Wonns La religion
nu point de me sociologique.– E Levnsseur L'instruction
lirinvtire et professionnelle w France nouala III" lii'imbliquei
Nouslos retrouverons en tetups et lieu.
Eu dehors de ces extraits, la lieeue publie quelques études
très générales – trop générales. Dans Met*et Mais, M. L.
Stein essaie de marquer, entre l'idéalisme et le phéuoméua-
Hsnie, lespositioiisde ce « entieisiue évolulionuiste » dont
nous avous plusd'uue fois, ici-môme, indiqué les tendances.
Al.Hummer (Lu mrialimtion du droit) oppose, selon le mode
i;liissi(|iie,la tendance libérale et la tendance socialiste, pour
conclure que le futur droit socialisé sera un compromis et
k-ra une part à l'une comme a t'autre. M. R. de la Grasserie
Ihi principe xoiioloiiiquedes nationalités) essaie de retrouver
dans lu notion élargie do la race le uoyau des nationalités,
autour duquel s agrègent sentiments religieux ou iutéréts
l'vouomiques il montre que l'unité du langage reslo prati-
quement le meilleur « réactif de i'ethuicité ».
Les discussions de la .s'owVW de Sociologie,dont la Iteem-
donne chaque muis des comptes-rendus, sout parfois plus
instructives. On a ainsi étudié cette année le rôle social de la
l<:mme,et les différents types professionnels le paysan,
l'micrier, le patron, le soldat. Il n'est pas rare, à vrai dire, que
li'.spréoccupations pratiques et actuelles viennent empêcher
l'étude objective et méthodique des sujets proposés.
C. B.

I' ROMAXO. – L'origine sociale délia coscienza. Hitistn


italiunu di Hueiologia. Anno IX. Fasc. V-Vl

L'auteur s'attache au problème philosophique de l'appriri


tiou d'une activité superorganique comme la conscience. 11
admet que la conscience ne peut se développer que dans et
par la société. Toutefois, il lui parait indispensable (p. (iOO)de
i;. DitiKiiEiu.– Auuvosocial,. 1905-1900. i.'i
t<Ji l/AXXKK SOCIOLOGIQUE..1,905.
)!»««

poser dnus l'individualité organique comme une conscience


potentielle.

sol.VAY (H.)- – Note sur dos formulas d'Introduction à l'éner-


gétique pbysio et psycho-sociologique, itsisciotitc I «U«sÏV«i-
vaux de tïnititut Soleay.) Misclicl Thron. Bruxelles et Leipzig.
1900, p. 20, iu-V. (Prétend étendre ft la vio sociale h1»formules
di? IViioiyi'Uque.)

(.ItASSl HKIU'AZZl.– Il metodo positivo e linfluenza del fat-


tore sociale nolla pslcologia. Calant».

RIUl'S (S.). Etn Boitrag zur Erkonntnis der sozialwissen-


schafftlicheu Bedeutung; des Bodûrtnisses. Vietluljahreimelir.
f. (Hs.'ifit.J'/iefiw. H. S-izi'ttiujie, I'Jm>.p. !-i7.

iv. – l'syeuoi.iniiK dks (iiuni'Ks S


l'iir MM.
l!iium, Aiiiiv.Ri'iiiiK

Ami. STItATICO. – La psicologla eollettlva. Miliiu-Pu-


Jerni* Saniiroii, |>. 1M.

Expose couijiU't. exact, et saus prétention aucune û l'ori-


j;i milité,des travaux relatifs il la psychologie collectif. Adoj»-
lant le point de vue et lesdélinitiiiiis de MM.0 riippa Iii>tl'asq.
ll.)ssi (V..1 ««'•••. Stx-ial., t. IV, p. 113,133,138;t. V.p. !«£:
t. Vil, p. l'JO: t. VIII, p. Iï»7i, M. S. diKlin^iivla \mjt'holatjie
ollectia'. qui ùttulie les '^roupemenls sociaux inorganisés et
IciuporMin's (foules, publics, sectes, classes, jurys, groupes
professionnels, etc. i, et qu'il appelle xlntitjnft et la /w//i7i«/o//«V
foriali; qui tHudierait les groupements durables et organisés,
du ihiiutitiiijui'*cl leiir développement diuis le temps (peuples,
langues, religions' quniil il la sociologie, elle est considéré*;
roninie lit synlhést* philosophique de toutes les étudessociales
particiiliêiTs L'auteur analyse d'abord les écrits de ceux
qu'il considère commeles promoteurs et les fondateurs do lu
science Sijrhele, Tarde, Le flou, Hossi puis il éiïtimèrt-
(•Diiscii'iicieiisf.'iiii'ultousles ouvrages,ou mêmeles articles sur l'
le même sujet, jusqu'à recueillir tel compte rendu da M. Dou-
mic! Comme conclusion, il montre les emprunts réci-
proques de la psychologie collective, de la psychologie indi-
viduelle, de la psychologie sociale, il énumèreles principaux

ASAI.ÏSK». PSVCIIOf-OlUK
DUS«nOl'i'KS |03

problèmes que ruHContre la premier» caractère de In fouit*.


sa composition, ses variétés, etc. il soutient que sa metliwte
doit être cléduelive, indtietive, sans préjudice de l'emploi pus-
sible de l'observation directe, vuirede l'expérimentation enfin
il expose les services pratiques que sa science pourrait tendre,
une fois constituée, tant il l'historien ou ù l'artiste qu'à l'édu-
cateur ou à 1homme politique.
Nous continuons à trouver iuutile la distinction de ces
diverses sciences :en faisuut rentrer dans la psychologiecol-
lective dos groupements comme les sectes, les classes, les
fastes, les groupes professionnels, etc., qui ue sont ni tempo-
raires, ni com|)lèleuieut inorganisés, Ml), laisse bien voirque
la transition est insensible et l'inleiférence constante entre ks
diinnéesdu lii psychologiecollective et celles qu'on voudrait
i'-server à la psychologie sociale. Aussi hien, lu question a-t
Ile l'importance qu'on veut lui altrihucr dans l'école ita-
lii'iuie? Ct; qui importe, c'est le nombre et la qualité des
résultats obleiius; la division du travail scientifique se fera
ilVlle-ineiue. au cours des recherches, selon les besoins de
ii'lk's-ci. i-t non à l'avance, selon les exigences toutes logiques
d'un système<( priori.
I). 1'.

LACO.MBKi Ru-i.).– La psychologie des individus et des


sociétés chez Taine, historien des littératures. Paris,
F. Alcan, l'JOG.p. 874, iii-8".
l> livre est une « critique critique » des théories littéraires
df Taine, non seulement très vive, mais encore où apparaît
;i >'iiuqueinstant le tun de la polémique personnelle.
L'auteur résumed'abord les » thèses capitales >> de Taine,
d'iqu'cs la l'n'furi' r/c l'Histoire <!?In lilti'ntture nnijlaht.
t'i-lics de la race, du milieu et du moment,montreque la race
domine <au sens de Taine les deux autres. et dépendelle-
mêmede lu façon dont les individus accomplissent ces deux
opérations mentales élémentaires représentation des objets
concrets, passage des représentations concrètes aux idées
générales. Il examine ces di lié reniesthèses après avoir cri-
tiqué l'idée de race eu elle-même, il montre ce qu'a d'arln
liaire l'opposition chère ù Taiue des races germanique ou
anglo-saxonne avec les races latines. Taine a caractérisé.
construit » les races d'une façon tout à fait arbitraire et
190 L'ANNÉE MCIOLOillgl'B. 1905-lflliO

d'ailleurs très vague; et l'examen de son histoire de la litté-


rature anglaise montre que lui-même n'a pas pu tout expliquer
par tes caractères de lu race anglo-saxonne qu'il avait pour
tant définie en vuede cette explication.
M. L. discute ensuite l'idée du « milieu » et du « mo-
ment » il essuie de prouver qu'il n'y a pas outre les
diverses « provinces» d'une civilisation, la corrélation étroite
dont parle Taine. et qu'il exprime dans le passage connu
« une charmille de Versailles, un raisonnement philosophique
de Mnk'brunche, un précepte de versification chezBoileau, une
ici de Colbert sur les hypothèques, etc., tout cela est étroi-
tement lié. car les faits communiquent entre eux par tes
définitions des groupes ait ils sont compris. ». Il n'est donc
pas vrai qu'on puisse expliquer par la race, le milieu et le
moment, une faculté dominante qui. dans chaque individu,
expliquerait elle-même toutes tes autres facultés M.Lucombe
discute comme exemple l'analyse qu'a faite Taine du talent
de Dickens1!.
Un somme. Taine. en caractérisant les races germaine et
anglo-saxonne qui vont « par bonds » du particulier au
général, pénètrent d'emblée au cœur des choses, et les races
latines, qui conduisent t'analyse dans un ordre clair eu
allaut logiquement d'une idée à l'idée conligûe, a décrit en
réalité les procédés opposés de l'esprit dans l'art et dans la
science et il est résullé'de cette confusion que « Tnine a faus-
sement caractérisé tes grandes phases, les divers âges, tes
diverses écoles lillérairesqu'il Imitait >>.De plus, sou esprit de
système l'a amené il méconnaître certaines causes, en particu-
lier l'effort eonseii'iitde tout auteur pour s'adapter au goût et
aux exigences de sou public sans cette considération, ou ne
peut comprendre Shakespeare ni tes caractères du roman
anglais.
L'auteur esquisse ensuite ses thèses personnelles en indi-
quant «quelques idées relatives à une méthodedifférente de
celle deTaine». 11 insiste «tir le rôle des individus dans l'évo-
lution littéraire, rôle que Taine a méconnu; il croit que ies
caractères généraux d'une époque ou d'un genre s'expliquent
par» l'imitation »d'une invention otiiuuovatiou.dueelle-méine
à l'initiative, en partie contingente, d'un individu ou d'un
grouped'individus. Pourquoimaintenanttelle innovationa été
« imitée ». c'est ce qu'on peut expliquer en faisant appel à la
fois à l'histoire etaux lois de la psychologie individuelle. Dans
ANALYSES.– PSYCHOLOGIE
DES GttOUm 197

tout ce chapitre, M. L. exagèreà son tour l'influencede lu


réflexionconscientedans l'élaborationdes faits collectifs;
quaud il dit que« l'histoire est de la psychologiequi se réa-
liseet se déploiedans l'espaceet dans le temps », il eutend
parler de psychologieindividuelle.
A. A.

(i. SIMMKL. – Philosophie der Mode. Berlin, Pan-Ver-


Jilg, p. il.
Le duulisme, et par suite le besoin du rythme, est au fond
de la nature. Après te repos, le mouvement. Après la tendance
à l'union, lu tendance à lu séparation. Après 1 uuiversel, l'in-
dividuel.
La mode dans les sociétés humaines est fuite, selon AI. S
pour répondre au double besoin du conformisme el du sépa-
ratisme. Elle décharge l'individu du soin de choisir. Kilo lui
lionne pourtant du môme coup, le plaisir de se distinguer.
Et à vrai dire il ne se distingue, ici, qu'en s'inféoda nt a un
groupe, à une classe. Là 011manque soit le suuci des assimi-
lations, soit le souci des distinctions collectives iKx. les
i .aires et les Uoshimuns,Florence et Venise», la mode perd
<vs droits et sou utilité. On ne voit dune pas bien au pre-
mier abord en quoi elle sert la cause de lu dillérenciatiou
iii'liciduellf.
L'auteur maintient toutefois qui1,par cela mémo que la
modeest quelque chose de mobile, toujours « en devenir»,
elle procure à l'individu l'occasion de se mettre en avant,
elle lui communique le sentiment do diriger tout en étant
dirigé. Ou encore, en lui permettant de donner une preuve
extérieure de docilité sociale, elle libère sa vie intérieure,
M.S. se joue au milieu de ces uuauceset de ces reflets fuyants
avec son ingéniosité ordinaire.
(:. H.

KOSSI(P.). Della psioologia sociale e collettiva. Itivistn di


Diiitlo pénalee soeiologiacrimiiKik,»nnu VI, fuse. 7, 8, 9, 1905,
p. 178-104.
HOS.St(P.). Della imitazioue e della invenziono nella psicho
sociale. liiuintadi DiriUopénalee sociologiaa-imiiuite, annoVI,
faac.4, 4, 0, 1905,p. 9î.
IW I.A.NXKKSOUluLOlilyCK. lUOMiMMJ

Y l-.THOI.0GIE TYPESJ)KCIVILISATION
COLLKCTIVB,
l'ai- .MM.
lioruLB
et Fai-coxnkt

I' Ul'HKAU. – Le Paysan des Fjords de


Norvège {MM.
</ct<t menée wiutt<. Paris, bureaux de lu Science sociale,
lîHUi,p. 389.
Le livre est le résultat d'une mission d'études,
qui dura
quarante-cinq jours, dans la région des Fjords de la Norvège
occidentale. C'est la Société iuleruatiuuule de Science sociale
qui conlia cette mission à M. Bureau il s'agissait de contrô-
ler l'hypothèse avancée par Le
Play, et rectiliée pur 11.de
Timrville, sur l'origine dos» formations particuhristcs. »
Suivant Le Play, c'est en Norvège que serait née cette habi-
tude de vivre en ménages séparés qui engendre, avec le
de l'indépendance, toutes les vertus individualistes. Et goût c'est
le fjord poisonueux. incitant les hommes à chercher leur vie
sur de petites barques, qui est le premier responsable de ce
particularisme.
II. de Tourville observait cjuo.
pour l'expliquer pleinement,
il fallait ajouter, à l'inlluence de la
poche en petite barque,
l'action des terres cultivables étroites et disséminées. L'eu-
quete de M. Bureau vieut continuer et élargir les vues d'il, de
Tourville Elle prouve que l'habitant des fjords
«est pas seu-
lement uu pécheur qui n'a qu'à se baisser, c'est avant tout un
cultivateur à l'étroit. « H ne faut pas oublier que, dans tous
les milieux où un produit, insuffisant
pour assurer à lui seul
la subsistance, se rencontre eu très grande
abondance, la vie
sociale s'aménage, non pas eu vue de la
couquî-ie de ce pro-
duit surabondant, mais en vue de la
conquête des autres
produits complémentaires indispensables, qui sont rares. «
Eu conséquence, il n'est pas étonnant que le domaine isolé et
serré entre la montagne et la mer, le
ymud inextensible et
impartageable, commande,plus que la barque, l'orgauisaliou
de la vie tant morale qu'économique. Le rôle de l'eau n'a été
qu'indirect ses provisions de poisson ont seulement servi à
permettre rétablissement de l'homme en des régions infer-
tiles, qui sans cela eussent été absolument inhabitables.
Explication qui a l'avantage, selon M.H., de rendre inutiles
des hypothèses accessoires dont Le
Play usait pour pr.rfaire sa
ANM.VSKS. – KTIKILtHilK CUI.I.KOTIVK l'JU

théorie. Avantde prospérer en Angleterre et en Amérique,


les habitudes piirliculurisles, nées sur I» barque du Norvé-
gien, ont é!é se développer, pensait-il, dans tes champs do la
plaine saxonne? Kuréalité, par ta collaboration do la terre et
tle la mer, ces habitudes potivaionl acquérir, dans le Heu
mêmequi fut leur berceau, lotir développementintégral. C'est
à In Norvège, et à la Norvège seule, que revient l'honneur
d'avoir été la première école des hautes vertus individua-
listes, si nécessaires à toute démocratie.
Pour aboutir à celte conclusion, M. H. nous fait taire d'ins-
tructives promenades diins les (jaunis qu'il a visiléa. Ku
même temps que le sentiment d'Indépendance et de fierté
personnelle, entretenu riiez la femme aussi bien que chez
l'homme par la nécessité de se Btifllreil soi-inèino, il signale
l'intensité du traditionnalisme familial. Lecullivaleuréprou-
verait une sorte de honte à la pensée que celte terre, qui a
coûté tant do sueurs aux siens, pourrait passer en des mains
étrangères. Kl a vrai dire, la où le courant de la vie commer-
ciale et industrielle côtoie les terres cultivées, l'attraction est
torte. Le régime du domaine plein (qui consomme sur placo
tes produits) cède à ta multiplication closventes et des achats,
Le propriétaire commence à s'hnbituer à l'idée de vendre au
besoin sa terre. 'V- p. 1-iO-lKOd'intéressants détails sur le
morcellement et te » relotissement o du sol).
Mais le sentiment que la terre doit étro conservée dans la
famille reste puissant. C'est pourquoi le père continue de
transmettre le patrimoineà l'aîné. Pratique qui n'a nullement,
remarque M. B le caractère aristocratique que l'on prèle
ordinairement au droit d'aînesse. Elle apparaît souvent
rumine une charge bien plutôt que comme un privilège pour
l'aine. Kl les cadets ue se croient nullement perdus parce qui;
la terre leur manque. Us s'empressent d'aller chercher for-
tune ailleurs..
[.'émigration est en effetla soupape du système. M. B. mul-
tiplie les exemples qui prouvent qu'elle fonctionne à chaque
génération, dans chaque famille. Formés à la rnde écolo de
l'exiguïté des ressources, ces indépendants deviennent entre-
prenants. Ils émirent en Amérique, non pas eu troupeaux,
comme les membres des sociétés habituées aux fonctions
communautaires, mais isolément. Et bien vite, ces émigrnnts
d'élite se taillent leur place, se sentent chez eux aux États-
Unis, qui les saluent comme de fuie, de spinal vl eithewt. Les
200 I.VNSKKSOCIOLOttlOL'K.
1905-lt'Utt

cadets d'uue famille dout les alités vivent de père en fils au


bord d'un même fjord ne craignent pas de déplacer lewfarm;
ils ont emporté de chez eux, eu même temps que l'aptitude à
Ja vie solitaire, le goût de l'effort personnel, (lui tire parti de
toutes les situations.
Aidées par lit pureté des mœurs, par l'indissolubilité des
unions, par lu persistance des croyances religieuses, ceséuor
gies personnelles sont capables de triompher de la plupart des
obstacles que la constitution physique de ta Norvège, « lieu
iatransformable », oppose à la vie sociale. De là ce haut déve-
loppement de l'instruction (l'auteur douuo d'intéressants
détails sur les écoles primaires circulaules, sur les écoles
supérieures du peuple, sur les écoles do sous-ofliciers;. Delà
ce succès des associations qui veillent a l'hygiène
publique.
Do là eiiHn, dans l'organisation militaire comme dans la vie
politique elle-même, cet esprit démocratique bien compris
– profondément
individualiste, et non faussement égali-
taire –que railleur nous propose ou exemple.
Quelle que suit la valeur générale de la thèse à laquelle
le livre aboutit .il reste nos yeux
invraisemblable qu'un
seul milieu ait été capable de créer la « formation
purticula-
riste », et que dans le maintien de cette formation il faille
reconnaître rinlluenco persistante de ce seul milieui.elleaura
du inoins fourni à l'auteur l'occasion de coordonner, à
propos
de la vie collective et surtout à propos de la vie
privée eu
Norvège, un bon nombre de renseignements utiles.
C. B.

0. GKl; PP. ~Der deutsche Volks- und Stammeseliarac-


ter, im lichte der Vergangenheit. fleise und Oulturbil-
der (Psychologie des races et des peuples de
l 'Allemagne
Stuttgart, Strecker u. Schrôder, 1900, j). V1I-20G.
Collection d'articles de revue où l'auteur, bibliothécaire et
voyageur, môle aux souvenirs de ses lectures ses impressions
de voyage, Il nous donne ainsi son opinion sur laseutiineu-
lalité des Allemands, leur religiosité, leur amour de la
famille,
leur caractère fruste («o/i«7i,etc. Hrappelle que cette couleur
générale se nuance selon les régions: l'Allemand du Nord est
plus sec, plus guindé; celui du Sud, plus doux, plus mou,
plus féminin celui d*Aulricliuest le plus yniHtlkh de tous.
Que ces traits tendent d'ailleurs à s'ellucer pour faire place
ANAI.VSKS. – KTIlOLOiilK ODkLIWTIVK 201

partout u un « radicalisme » qm lie respecte rien, l'auteur


en convient, et s'en lamente, se plaçant volontiers, comme it
lu dit lui-même, à un point do vue absolument conservateur.
Il ue se met pas d'ailleurs, pour les caractères qu'il décrit. eu
grands frais d'explication. Les peuples u'out-iis pas des qua-
lités innées qui correspondent à leur mission historique Y
Lisez plutôt lu Germanie de Tacite, vous y trouverez un
gemio tl'imtiviilualisme allemand, avec tout ce qui s'ensuit.
Ouvrage propre ù nousdociiineuter, en elTet,sur lu psyclio»
lojçie d'un conservateur allemand mais quand a la psycho-
logie des peuples, il lui fournit pou do matière scieulilique-
meut utilisable.
C. I).

H. F. HHLMOLT.– Weltgesohichte. t. V. Sudosteuropa


und Osteuropa. Leipzig et Vieuue, HibtiograpltiwkesIns-
titut, 19U5,p. XVl-630gr. iii-8°.
Ce volume contient les chapitres suivants t. L'hellénisme
depuis Alexandre le Grand (on y étudie notamment te rôle
joué pur Byzauce dans l'histoire de la civilisation l'histoire
<lo l'empire d'Orient jusqu'à la conquête turque, et celle de la
lirèce moderne! II. La Turquie d'Kurope et l'Arménie; 111.
Albanais, IV. bohème. Moravie et Silésic jusqu'à l'union avec
1 Autriche, Io2l>; V. Les Slovèues et Serbo-(<roates VI. Les
peuples danubiens, Huns, Bulgares, Romains, Magyars, Tzi-
ganes; VIL L'Europe orientale, Pologne et Hus.sie.L'éditeur
indique justement dans la préface l'intérêt de ce volume la
plupart des faits qui y sont rassemblés figurent à peine dans
tes histoires générales publiées antérieurement les chapitres
lit, IV, V et VI eu particulier présentent des tableaux d'en-
semble qu'où aurait peine à trouver ailleurs.
I». F.

liKUNlîKER(R.). – Das Russische Volk in selnen Spricli-


wortern. Zeitsehr.des Vi'ivinx/'«/• Votbskuiute,1904,t. XIV.
p. 73-87, p. 17ÎM92.
Ou sait que nous considérons ici les proverbes comme un
des objets les plus sûrs d'information sur l'éthologie collec-
tive des peuples. Peu de peuples apparaissent comme plus
licites eu proverbes que le peuple Russe; peu de proverbes
20-2 l'anskk stiemi.muyi-K. i'JOû.»ot)u

sont plus prégnants que les siens, peu do documents ont été
mieux rassemblas que ceux-ci ne le furent par Dahl (Grauds-
Hussiensj. C'est pour faire cuunallre l'intérêt qui s'attache-
ra il a leur élude que M. Meruekernous donne son captivant
article. Sur le caractère coiise-rvalif,iintionaliste, pieux et
scrupuleux (crainte du la tentation), résigné, fataliste (p. 80-
8T1,pessimiste, préoccupé avant tuut de lu sauté et de l'âge,
des rapports .sexuels et domestiques, d'argent et de terre, et
d'épargne (p. I80-ID0.,du peuple Russe, les quelques échan-
tillons disposés ici avec art donnent eu effet le goût d'une
recherche plus approfondie.

HKINSII il'.j. – The NegroRace and Europeaii Civiliza-


tiou. The tin<'i(f(iii Juui-mif«/'suâotoyy, sept. l'JUtS,vol XI,
fasc. î, p. lio-108.

Vanitéétude de psychologiesociale sur tes nègres d'Afrique.


L'auteur trouve que ce qui leur manque le plus, c'est le sen-
timent «le cohésion sociale, de responsabilité, et l'imitation
de modèlesdtt leur race. Aussi ne croit-il pas à um1transfor-
mation possible des uegres par la civilisation blanche.

UHITP (C). – Kultur der alten Kelton und Germanon, mit


eint'inUiirklilii-kauf die li^i^cliiolitt;. Mûiichcn,1S0S,p. X1I-31U
iii-8.(Kxpu.si'ilcscriptifoii l'éniilition u« innuquepas, mais m'i
la crili(|(ii' fait tolak'mcnt défaut.)
OKAKUHO-YOSIHSAUIKO. – The Japanes spirit. hoiuîon, Cons-
tahlo.
MTODK.– Bushido, the soûl of Japan an exposition of Ja-
panose thought. New-Vork,
l'utnain.

VI. h:
l.A yCKSTIOXI)K LAIUCK
l'ur M. CiuiLLiii.

IIOL'ZK iU' K.). L'Aryen et l' Anthroposociologie.


Étude critique, fasc. 5, Institut Solvay, Bruxelles, Misch et
Thron,1<JO«,in./i»,H7 p.
L'auteur se propose de combattre un certain nombred'idées
préconçues, de préjugés sot-disnnl scientifiques qui, selon
AKAWHS. – 1. Or MAMK 20:1

imuranf Iw la
e..i.m.n ..1 etn·.1.r .a"
I! ms'en
_i_ _u
lui, défigurent science gênent son progrès. prend
à l'école d'AnthroposociuluKiedu Moutuellierel spécialement
à MM.do Lupouge et Ammon. Cette étude est divisée eu trois
parties dans la première (l'Aryeui, M. Haussé montra «um-
ment les études linguistiques amenèrent les érudils à l'hypo-
thèse d'une langue uryeuue primitive, comment on bâtit à ce
sujet des théories fantaisistes sur les Indo-européens, Intlo-
genuaius, Indo-celtes, et comment des anthropologues se
représentèrent l'Aryen primitif comme un dolichocéphale
blond.
L'auteur n'a pas de peine à faire lu critique de ces hâtives
généralisations, par trop simplistes. Dela langue oit ue peut
déduire un type anthropologique. D'autre part. l'archéologie
mine le mirage oriental en prouvant que les céréales, la plu
part des animaux domestiques, certains métaux, etc., ontété
coûtais eu Europe à des époques très reculées et non impor-
tés d'Asie. (A signaler surtout l'étude sur tes canidés, p. 20,
il,o9,tfl-ÙC"
JJaus la seconde partie d'Anthropologies M. H. fait un
tableau de l'évolution qui aboutit à centraliser le système ner-
veux dans un cerveau de plus en plus complexe, devenant
l'intermédiaire entre l'individu et le milieu. Mais l'hérédité
ne truusmcl qu'un terrain que, seul, l'individu mettra en
valeur.
L'exumen d'Un crâne est un critère insuffisant. Déduirade
ses mensurations des caractères psychiques, c'est là la me-
Iliode de Oall, mais ce u'est pas une méthode scientifique.
La troisième partie ( l'Authroposociologie) s'attaque a
MM. deLapouge et A m monet à leurs systèmes, L'aulcur n'a
pas de peine a en montrer l'insuffisance et les contradictions.
Il fait voir commentles statistiques sont futilement faussées
par les idées préconçues, et comment tes déductions qu'où
veut eu tirer sont peu eu accord avec tes faits. Il conclut que
< l'Anthroposociologieu'esl qu'une pseudo-sienec bâtie sur
des erreurs fondamentales et dos déductions puériles ».
DEUXIÈMESEXTIO.N

SOCIOLOGIE RELIGIEUSE

t. 1 ttEUGIKUSK,
l'IULOSOPHlG CONtîKl'THïN*
UKNlîttALKS
l\tr MM. cl .Mvl-iS
lll'UKKT

E- CBAWLBY. –The Tree of Life. <tn<ly of tieUyioti,


Londou, Hutcliiuson, litOS,XH-ÎW"p., lu-8».
M. C. est couuu des lecteurs de l'Année Socioloyique pour
son travail sur la pusiliun religieuse des sexes intitulé Myxtic
Kase. Jusqu'ici il s'est présenté connue un anthropologue
pur, et môme il a été l'un de ceux qui, sinon avec le plus de
bonheur, du moins avec le plus de zùle, se suut rupprochûs de
l;i sociologie. Vu certain nombre des idées contenues dans te
présent livre ont d'ailleurs été préseutées, sous uue forme
encore inédite, ù la Sociolotjkal Society de Londres. Mais sa
cuuceptiou de la sociologie est reiuarquublemeut ambiguë,
comme celle de bon nombre de savants auglais; politique,
murale et science se tnôleut en elle à des préoccupations théo-
logiques ip. VIII, cf. p. 8 et suiv. « L'importance sociolu-
gi({ue » de la religion lui a (ait apercevoir lu nécessité pra-
tique de la défendre. Cet « Arbre de Vie » a poussé sur h)
terrain de l'apologétique.
Apologétique bizarrement comprise d'ailleurs, et trouble eu
sou fouds, car elle-mûme est sociologique. Pour partie, comme
celle de M. James (Cf. Annéesocial., VIII, p. iû'n.elle tend à
légitimer la religion par la démonstration de la fonction
qu'eue remplit. A la dilléreiice de AI. James, lu fonction que
M. Crawley cherche à déceler est la fonction sociale, et ce
sont les services que la religion rend à la société, non pl us au
caractère, qui la justifient. Pour l'autre partie, l'apologétique
de ce livre consiste à fonder la religion non plus eu utilité,
mais en nature elle est « un produit permanent », elle est un
AXAI.YSK*. – l'IllI.nsiiPIIIK KKI.IUIlît'SR gQj
« fait éternel de la conscience humaine
» (p. 228) ello est une
diose expérimentalement nécessaire.
L'une et l'autre de ces deux apologétiques sont, à notre
avis, tout au moins curieuses. D'abord elles sont un véritable
hommage rendu à la science par un conservateur passionné;
c'est chez elle qu'il va nourrir sa foi. Ensuite elles sont
symp.
loiiiiitiques des progrès que la sociologie fait daus les esprits
et de la place qu'elle prend dans la direction morale des
mouvements religieux eux-mêmes on tente de « déduire »,
comme disait Kiiut, la religiou, mais ce dont on lit déduit, eo
n'est plus ni la révélation, ni la mystique, ni la raison, c'est
la nature et la fonction sociales. La tendance
qui s'empare
«'Iniquejour davantage des moralistes s'étend maintenant aux
théologiens.
La thèse principale fournit le titre du livre.
Jusqu'ici on
•ivait, dans l'attaque de lii religion, confondu celle-ci avec
l'arbre de connaissance ». Elle est, comme l'avaient vu les
mystiques du moyen Age, « l'arbre de vie ». Elle n'a pas
iilfaireavec la mort, ni avec ta sensation, ni avec la raison,
tellea affaire avec la vie, avec lu vie « élémentaire ». Elle est
aux sources mêmes de la vie et n'a pas d'autre rôle que de la
protéger et do la développer.
Ludémonstration de cette thèse est, en partie,
rhétorique et
lliéologiquc nous négligerons ce côté du livre – en partie
anthropologique ou sociologique, deux termes qui ont pour
M. Crawley une signification équivalente ip. 4, p. 12). La
méthode est relativement simple elle consiste a faire une
inalyso comparative de la nature et de la fonction de ta reli-
irion aux différants stades de l'esprit humain (p. 8, p. 11).
Curies, l'audace scientifique de M. Crawley est admirable.
Elle n'est pas d'ailleurs sans résultat.
Jusqu'il, on s'était efforcé de justifier la religion, d'en
découvrir la nature profonde ut la fonction sublime, en cher-
chant à légitimer les erreurs païennes par le christianisme,
!os premiers fruits par les produits parfaits. M. Crawley ren-
vci-se, ingénieusement, les termes du problème il justifie les
formes supérieures par les inférieures,- il rapproche brusque-
ment, cequ'il appelle la religion primitive de la religion, sinon
définitive dans ses détails, du moins vraie daus son essence;
cette religion est naturellement le christianisme tel qu'il évo-
lue actuellement vers une nouvelle « ère religieuse ». Le fait
que la religion il ses deux stades extrêmes a même nature et
200 l'aXXIÎË lUUa-(90£
SutilQLUUIQCB.
même fonction prouve bien, selon M. Crawley, qu'elle est
permanente, étemelle, vitale, soumise à un.progrès constant.
non ù une décadence aujourd'hui décisive.
Cette idée méthodique conduit M. Crawley à certains
«perçus ingénieux; et ces aperçus indiquent comment ou
pourrait plus scientifiquement aborder le même problème
posé en termes plus objectifs. Tachons de démêler ce qu'on
peut retenir de probable de cette série de dissertations vaga-
bondes et générait: où quelquefois l'effort pour retrouver
la mystique chrétienne s'égare en exagérations (ex. p. 230,
un ellorl pour retrouver une trinilé eu toute religion vie.
inuttre de la vît1,créateur de la viei.
Quelques-uns de ces développementsu"ont pas tout ù (ait le
mérite de la nouveauté, mais le point de vue leur donne un
tour intéressant c'est rutitté (p. HNj,l'identité des religions
inférieures et du christianisme ait
intérieures nu point rie
d(- vue
vite des inée~t-
méca-
nismes rituels et des fonds mythiques (p. 200, cf. ehap. III,
p. 48, sq.i C'est le caractère absolument, complètement reli-
gieux de la « civilisation primitive », c'est sa valeur morale
semblable, égale à cellede la civilisation actuelle ('p. 201, sq..
Mais d'autres sont nouveaux. Ku premier lieu, M. Crawley
partant, au fond, d»; l'observation qu'il vient (le faire sur le
caractère religieux du la société primitive, en déduit que la
religion ite peut être considérée commeun groupe séparé de
faits, consiste un « département » de la pensée et de la vie. ni
individuelle, ni collective, C'est un « ton », un « esprit •>.
Aucune activité, aucune parcelle de la vie qui ne puisse être
religieuse. Les momeuts importants de lu destinée indivi-
duelle sont, chacun leur tour, religieux naissance, mort.
mariage, initiation. Ce que réuecull la religion, c'est toute la
vie ip. 208, sq.). Tandis que la science ou le droit furmeiil
dans l'esprit des compartiments spéciaux, à évolution propre.
la religion s'étend à tout.
Comment a-t-elle ce pouvoir. Ici M. Crawley est plutôt
bref, quoiqu'il ait probablement touché la véritable question.
Elle sanctifie. C'est l'idée de sacré qui vient sauvegarder ta vie
élémentaire depuis l'acte de prendre de la nourriture.
l'acle sexuel, jusqu'au respect de la vie d'autrui, de la vie de
chacun, (Il est pourtant ridicule, et il estcerlaiuemeul inexact,
de parler à plusieurs reprises du « geullemau Maori qui est
toujours tnpu », p. 273, u. p. 30Oi.
De là se déduit une théorie, un peu brusque et ccourléo
AXAUSRS. – l'IHLoiol'IllE HliUtiliasK 207
..e m t
ette aussi, clo V origine » de Iji religion. Par « origine »
M. Crawtoy entendrait plutôt ce que nous appellerions la
i'uuso, immédiate et permanente, puisqu'il redise du «hoi-clicr
un commencementou do considérer la forme primitive commee
suffisamment hétérogène aux formes évoluées. Ce n'ust
pas
lu
historiquement que procède recbcrclt» de notre initetir ce
u"est pus un essai de généalogie île ta religion
qu'il tente.
C'est donc par intuition eucore plutôt que par
comparaison
qu'il voit dans la vie, dans Velemeutal s vk nf lift, dans le cillé
élémentaire de la vie. la source éternelle et aboiutuitte d'où
roulent les phénomènesreligieux.
Si nous poussions utt peu M. Crawley. peut-être serait-il
foil embarrassé de nous démontrer que c'est bien là la
cause » nécessaire et suffisante de la religion. Puut-etre
iiii'ine serait-il bien embarrassé de nous analyser ce « côté
>Uiin'i»titire de la vie ». Ni I" « élément» n'est défini, ni )e
pourquoi ni le comment de cette production mystérieuse »,
;ini( décrits. C'est que l'explication est. et devait rester, dans
l'esprit religieux de M.Crawley, une explication « mystique.'».
<>'[« arbre de vie » qu'est la religion plonge évidemmentpour
lui ses racines dans la substance divine, et nous n'avons
qu'à
il ucrau passage la mêla physique inconsciente.
Luseule démonstration apportée en laveur de cette théorie
-t toute iH'jfsitive.C'est une critique des théories eu cours sur
li religion. Klle est contenue dans toute la première partit»,
>|u)lo<n'élique, du livre; et même elle est le mobiledominant,le
point essentiel du livre. Tachons de la démêler de sou cortège
d'arguments polémiques. On la trouvera aux chapitres II,
111.VI. Quelques-unes des objections de M. Crawley ne sont
\in<des meilleures, n'eu tenons pas compte (telles celles de la
Miig<rl 'ti, contre l'assimilation de la religionà une survivance*. l,
Uiiiflipies-unsdes tableaux qu'il trace des théories adverses
m- sont pas des plus fidèles (ainsi ou voudrait bien savoir
<'Ih.v.qui il a trouvé une théorie anthropologique de u Tri-
nil'\ p. Tu. Le fonds do l'idée ne reste pas moins remar-
i|imble, et l'argumentation reste singulièrement vivante.
Mllese réduit, en réalité, à une critique déguisée de l'inlel-·
lectiialisnio des théories en cours. Elle tend à démontrer que
toutes ont le grand défaut de chercher à expliquer la religion
pur des phénomènes intellectuels, ressortant a l'ordre de
I entendement,de l'image et de la sensation, comme si elle
«tait un fruit de « l'arbre de connaissance » au lieu d'iUrcun
208 I-'aXN-KR <OCHll.«fiH)l'K. 1905.(300

fruit de « 1 arbrede vie». M. Cruwtey n'a pas do peine à réiu-


ter ce qu'il appelle 1*« attaque ratiomiliste », au fond cette de
M. Roberlsou dont nous avous parlé Ici (.1 nuéesocial., Vil,
j>. 21-4).Ut théorie du mythe intentionnellement inventé. Il est
plus original quand il repoussei'allaqueunthropologique. 11 la
fortifie d'abord d'une foule d'hypothèses qui nont d'autres
auteurs que sou propre et fertile génie, car il nousdonne eu
quelques pages(p. 41, sq.)un tableau de toutes los « analogies
t y piq ucs « i baptême,confirmatiou, régénération,etc. ), quel'an-
thropologie religieuse a découvertes ou pourra découvrir. Puis
il la définit dans la forme où Tylor, puis dans la forme où Fra-
zer, l'ont soutenue. Ar.evliéméristneet«'irnnirnismedeSpeucer
et de Tylor, il objecte que des esprits ne peuvent donner des
dieux et que la conception d'un univers animé no peut créer
ni l'émotion religieuse ni le rite. A la théorie de la
magie
primitive de il
Frazer, objecte, connue nous, que la magie
fait, elle aussi, usage de l'idée de sacré comme nous encore,
il prouve que la nature des rites Arunta n'est pas exclusive-
ment magique fp. 18!>iet, comme M.
Lang, que les Austra-
liens connaissent l'idée du grand dieu à propitior. Euttu il
tente «ledémontrer que cette théorie, elle aussi, est
incapable
d'exprimer la primitive consécration des « cotés élémen-
taires » de la vie. Ici M. Urawley retombe dans sou
développe-
ment habituel, ou plutôt répète ses affirmations.
La théorie se résume plutôt qu'elle lie se cuuclul dans lit
thèse posée'p. 3) « la rtlôjiou, n'est pas. en dernière
aualy-
« se, une chose en soi », le « sentiment
religieux lui-môme »
« (trlhjitots iwpnhe) n'est pus
spécifique » « te terme « reli-
« gieux Il désigne une prédisposition
psychologique de carac-
« tère biologique, laquelle est d'une
importance suprême en
« ce qui concerne révolution » de l'Immunité ?;. Les termes
sont d'une remarquable impropriété nous avons fait le
pos-
sible pour les rendre clairs.
Ceci posé, la fonction de la religion
apparaît facile à déter-
miner pour M. Crawley, toujours intrépide. La fin de la reli-
gion est la même chose que la cause, « c'est lit vie r'p. 208),
le progrès, l'amélioration de la vie. Sa nature est la même
chose que le rôle qu'elle remplit elle consacre la vie et n'a
rien d'autre à faire. Mais la vie qu'elle sanctifie, ce n'est
pas la
vie transcendante, ni la vie d'autrui. La
religion n'a de rela-
tion nécessaire ni avec un monde
supraphysique, ui avec un
altruisme pur elle s'adresse à l'individu, l'élève morale-
l'IIILOSllt'llI1>:lihLlaiEl;~l6 ~'}9
UN
meut, (ici M- Crawley place des considérations politiques sur
l'aristocratie, d'autres de sociologie général» ou
d'anthropo-
lojiiol; elle est matérialisteet fait entrevoir des
sanctions phy-
siques uu imcliô. Cette fonction. modeste et « suprême » In
fois,t'Hela remplit dans tes religions tes plus primitives comme
dans le christianisme, et cette fonction la justifio
(p.
t:e dernier développement est peu UHrece qui est |o 200,sq.).
plus pro-
Jitnbledans le travail de M.Crawley. Môme,ou trouvera
ingé-
nieuse tout nu moins, la façon dont il les
expose rapports
cuire rémotion religieuse et l'émotion sexuelle, dont il
montre le caractère etevatory de l'idée religieuse du sacre
p 300.),dont il déduit la forme mystérieuse que revotent
rites et croyancesreligieuses, dout il montre que la mort
est,
pour certaines sociétés, la vraie vie ip. 2s!4i.dont il tait des
rapprochements aussi osés que celui du « ehuringn » (sacré)
ni n taet de la grâce(p. 231, 232)
1-elivre de M. Crawloy nous apparaît donc comme un «in-
•iulier mélange d'idées justes, semées quelquefois non sans
im-gesse,et d'idées de moindre valeur, voire fausses. Une
intuitive pénétration se joue sans frein à travers dos faits
mal connus, des démonstrations sans valeur, des afïlrnia-
tuii» sans prouves. L'auteur ue s'est assuré ni de l'univer-
sité de la prière proprement dite (p. 62, p. âoSi, ai de l'ori-
jine qu'il attribue au sacrifice (p. 10O),ni de son assertion
roncernant l'extension des inythologies géoceutriques (p. I7i.
11rapproche sans droit la notion de ngui iMasaii et celle do
l'imi, (p. uli; il admet sans discussion les théories partiel
k'inciil justes de Starbuck sur \u conversion (p. 2t(î), et en
:irt>des coud usions induos. Il a l'iusigue faiblesse d'admettre
'• raisouneincnl habituel des apologistes sur lu
religiosité
incousciente de l'athée ip. 305, S0O). Il commet des fautes
historiques aussi graves que de parler de l'absence des sciences
l>|ili(l miesdansla Grèce ancienne (p. H0K),ileconfondit' l'idée
>liigrand dieu avec le monothéisme (p. 73). –II ne se
sert que
If faits deseconde main, et presquetoujours
imprudemment.
Nous n'osons pas reprocher à M. Crawley de ne pas citer
:i ostravaux. Certaines pages sur la notion de manu nomfont
> roirequ'il connaît au moins les comptes rendus que d'antres
ut publié sur eux. M. Crawley travaille, nous croyons le
-;ivoir, dans des conditions pénibles. Nous devons le louer il
i réussi à apporter du nouveau, sinon du vrai.
M.M.
! lliiiKiieisi AnnOc
sociol., 1UOj-I!»00. 14
210 l'a.vxéb sociologique. 11)03 km

J.-C. BOYDKINNEAR.– The Fondations of Religion.


Londres, Smith. Bldef, 1905,p. Xf.V-202,in-8°.
Nous nous cITorçons,sur les instances toujours plus près.
saules des revues à tendances religieuses, de nous tenir auu
courant des publications théoriques provenant des diverses
confessions, de trouver rinns cette littérature toujours nhon-
daute, pâture à nos besoins de scieuce.
Il faut croire que la méthode que nous avons choisie pourl'
trouver des ouvragesintéressants est toujours bien mauvaise.
Car voici un livre, dout toute la presse critique anglaise a fait
le plus grand cas. et qui n'est à aucun degré ce
que certains
comptes rendus nous faisaient croire une analyse des foude-
ineutsde.la religion. C'est uusimple catéchisme auglicuu dilué,
où l'auteur s'efforce d'ajuster lu Bible et la religion à la science
moderne et à la critique biblique, mais surtout de rester fidèlee
à son Église. C'est un exposé des principales croyances de la
« Churcli <>fKnglaud, » doublé d'une
apologétique, souvent
vulgaire. Par exemple, l'insuffisance do l'éducation métaphy-
sique des prêtres nuglicans apparaît à la pauvreté des preuves
de l'existence île Dieu (p. 10,sq j.
L'intérêt est donc, comme pour tous les travaux de théolo-·
giens, exclusivement documentaire. Les concessions que l'au-
tour fait à lu critique des deux Testaments, les
pages qu'il cou-
sacre au sacrificei IXsou interprétation symbolique du
péché
originel, ses efforts enfantins pour prouver la justesse seien-
lillqtte des révélations bibliques (p. 87, sq.), tout cela est
symptomatiqtie d'un état donné du protestantisme ritualistc
anglais, ni irela n'a pas d'autre valeur.
M.M.
\V. WUN'DT. – Vôlkerpsyehologle. Kim-
Lnlemu-huity ikr
Êalwickliwysgesetieton Sprache, Mylhus unit Sitlf. II. Hit
Mythus und Religion. I. Theil. Leipzig. Kngelmaun, lUOîi,
p. XII-CÎIT,in-8«.
Nous sommes très mal à l'aise pour parler de ce premier
volumedelagrande œuvre du plusgrand esprit encyclopédique
de l'Allemagne actuelle. Lu meilleure part n'en est
pas
encore consacrée à la religion, et nous en devrions rendre
compte plus loin sou<?la rubrique de la sociologie esthétique.
ANAWSBS.– FHILOSOPIHRHRUQIEUsB »|l a
car elle concerna exclusivement l'art et ses
rapports avec la
religion.
La centaine de pages consacrée ù tuio théorie
générale du
mythe nous resterait même, au fond, incompréhensible, si, à
lu dernière minute, uous n'avions
pu jeter les yeux sur le
second volume (* tome;. Et cela ne nous «claire encore
assez ni sur la mythologie pa»
proprement dite (v. II, p. 478,
elc.) puisque, sans que nous
sachiouspourquoi.elle se trouve
r'-strciuto à l'étude des notions coiiceruuiil l'Ame,
(animisme
totémisme,; les esprits et les démons, et que, saus jualUlcn'
lion, ou eu retranche les dieux ni sur la distinction
que M. W.
opère, radicale, entre le mythe et la religion. Cette dislinc-
liuu est, pour M. \Y., lelloinent fondamentale
que. faute de
lavoir faite jusqu'ici, presque tous les travaux de science
îles religions n'eu trouvent viciés. H
remploie d'uno façon
systématique au point de no s'être jamais négligeait cours de
ce volume (sauf peut-être p. ipj, à
propos de ta danse). Or,
sur cette distinction, M. W. uous
prie d'attendre son troi-
sième volume. On s'expliquera que nous nous refusions
absolument il y souscrire, tout en nous refusant non moins
absolument à lit discuter. Nous pouvons à peine
l'exposer,
«race à une sorte d<?philologie do ce premier volume les
pas-
sées se trouvent p. IV, V, 4, «4, 135,-474, 475. 403, 500, 513,
:<17,018; à l'aide d'expressions empruntées aux passages les
plus divers. Nous croyons comprendre qu'elle consiste sur-
tout à faire du mythe l'origine, de la religion le
fruit du
le
mythe, produit d'une imagination collective travaillant sur
la réalité, de la religion le produit de la même
imagination
appliquée à déterminer lescauseset les fins de la vie humaine
I»!mythe serait vide de sentiment, de sentiment
religieux
du moins); la religion ne serait pleine ainsi
que do morale.
Au fond, une hétérogénéité radicale existerait, et M. \V.nous
-mule avoir été préparé il cette théorie pir son altitudf
générale de philosophe. Tout eu admettant l'évolution et ses
luis, il refuse (p. 537)de considérer qu'elle se borne a dévelop-
per dos germes originels, représentatifs, dès le principe, du
tout évolué. Ce principe de méthode et de système, sur
lequel
M. W.glisse, se rattache probablement à toute sa
philosophie
el à sa théorie de l'aperception. Ce n'est
pas ici le lieu d'exa-
miner le postulat, métaphysique en réalité, qu'une
pareille
disposition trahit.
Xous n'avons donc à résumer ici et à discuter que la IIh-o-
21* LASSÉE SOCIOLOGIQUE;
1UQ5-1VUC

rie générale du mythe telle qu'elle est exposée à la fin do


ce volume ip. 521-OITi.Encore n'y sommes nous forcés que
par les nOcessilésdu périodique, car même la théorie reste
uu peu eu l'uir puisqu'il nous faudrait avoir lu le premier.
te secondet le troisième volume» pour savoir ce que sont
les mythes et teur évolution, et que lu question des dieux
qui est. pour nous, fondamentale de tout ce groupe de
phénomènes, est réservée arbitrairement à l'étude des reli-
gion».
Dodéfinition dumythe, il ue nous semble pas, même après
double loeture, eu avoir pu trouver une seule. Ou eu trou-
verait dilïicilemeul. duus ce premier volume autre chose
que des désignations générales, exemple page 308, où le
iiiyttie opposéau
mythe langageest considéré coinine
ol)posùtttilangitgeost iiioiais
commemoins ol)jectif,
objectif,
«
inoius lié aux condition uoriuules de lu vie eu comuiuu »,
comme un produit plus subjectif, plus soumis aux influences
chaulantes du sentiment et des passious. de lu conscience
sociale. Cetteabsencede définitiou est, à autre avis, uue faute
grave, très grave, qui enlrnlue toutes les autres. Nous voyous
bteu, d'après une étude sommaire du second volume, que
M. YV.entend par mythe l'ensemble des représentations que
nous qualifions, nous, de religieuse*, moins les représentationsS
des dieux et les notions esehutologiques et cosmogouiques.
D'autre part.il subsumeau mythe toute la partie du rituel que,
faute d'un caractère transcendant des personnes divines, et
faute d'un caractère précalif, sentimental des formulas et des
gestes, il range parmi les rites mythiques et non religieux.
Cette subsumptiou lui fournit d'ailleurs ses meilleurs argu-
ments, quitte à des redites, comme par exemplelorsqu'il com-
bat les « théories analogiques .>du mythe, c'est à la théorie de
la magie sympathique qu'il en a t.l, p. ;)8a, Il, p. 193),faute
d'autres suflisamment importantes. Âlais cette restriction et
cette subsumption ne sont pas claires et ne valent pas la
définition qui nous permettra de discuter. En tout cas, dès
maintenant, nous la prévoyous très trouble, puisque par
exemple toutes les notions concernant l'Ame, tes nombres
(p. 440–447;sont rangées sous la même rubrique et pelo-inôlo,
et qu'il faut à M. Wuudl un cllort réel pour
distinguer le
mythe de la poésie i§ I, H, III, p. 590 sq.), effort réussi mais
qui, à notre avis, n'était nullement nécessaire. Mais ce défaut
de méthodeest.en quelque sorte pallié par la méthode incons-
ciente de l'auteur qui, s'il n'appelle pas mythe tout ce ù quoi
ANAI.ysBS. l'illUISOPUlK HKUUIBI!*K 213

nous don non» ce tmni


ffclïft I*W nom. Iln'appelle du rltl
'il1 11 IV) lit» moins
mrtl*10 «tinul rtim
ainsi que ce ,m «*.«
quo
nous considérons comme tel.
l.o mythe est (tu dotnaiuu, psychologique, de In « fantaisie »
U VV.ayant refusé, avec raison, do s» plier à l'usage courant
du mot A'HinbihlHHgxkraltest revenu à une théorie quasi
aristotélicienne do l'iuinglitulioii (cf. l'Iujs. /'«/ »« élit, III,
|i tfflugq,); fantaisie passive et active se caractérisent égale-
nienl. selou lui. par le caractère seusible, spoutaué, productif
des représentations (I, p. «j. Nous croyons, nous aussi,
quo
h1 inyLlinest, eu effet, uu phénomène qui ressortit, pour
par-
lie, a cet ordre de faits psychologiques. D'autre part (p. 4i,
l» mythe est un produit, non pus de lit fantaisie individuelle,
mais de In fantaisie collective (Volfofittantmin. Comment se
livrer cette fantaisie, c'est à quoi est consacré lo chapitre III.
Cphri-ciesf. nous ne dirons pas dialectique, mais exclusive-
meut discursif, et consiste, au fond, dans uue discussion des
théories eu présence, où d'ailleurs certaines théories figurent
'lulot pour lu forme et les besoins d'un équilibre des déve-
loppements (Nous considérons comme précieuses pourlaut,
m pointue vue de l'histoire desdoctrines, certaines remarques
<ur la parenté des théories constructives et (les philosophies
neyclopédiques du xviif siècle, des théories symbolistes et
In romantisme). Sous le nom de « théories conslruetives »
<lamythe, M.\V. entend, eu somme, toutes tes théories propo-
ses, I» sienne uon comprise uaturellcment. Ce sont d'abord
ii;s deux théories historiques, celle de la dégénérescence à
partir d'une révélation primitive, ou celle de révolution pro-
gressive, unilinéaire, de la pensée mythique celles-là, pas de
en avoir raison. Cesont ensuite les deux théories phi*
jii'inei'i
lologjque et anthropologique, du uaturisme et de l'animisme
lu critique de chucuno est fine et juste (p. iiW, sq.); à la
première, il reproche surtout l'incapacité où elle est d'expli-
quer l'animisme primitif; à la seconde, il reproche au fond
sou simplisme et son postulat do l'évolution uniforme-
Xon seulement les théories de l'origine du mythe, mais
encore les méthodes d'interprétation du mythe ne trouvent
lias grâce à ses yeux. Il les divise en symbolistes et en rationa-
listes, toutes deux intellectualistes, remarqoe-t-il avec raison,
mais l'une plus que l'autre. Outre les objections sérieuses
ipi'il oppose aux unes et aux autres, notons surtout celle à
laquelle il les soumet toutes les deux et qui est précieuse
l'une et l'autre faisant dela«personnification « des symboles
•iti to«r>-H)o<i
i.'asxée sot:ioi.(ii;i(>t.'K.

ou des concepts ta cause même du mythe sans comprendre


que ce processus de personnification suppose lui-niôine la
notion d'Ame qu'il s'agit d'expliquer (p. 861). (Nous no com-
prenons très bien ni la place où M. W".expose la théorie dp
l'emprunt, ni la façon dont il la discute.)
Restent les théories psychologiques, mais d'une psycholo-
gie élémentaire, des mythologues: théorie de l'analogie, ou ta
croissance des mythes s'explique par des raisonnements ana-
logiques et dont M. W. décèle l'insuffisance forcée; théorie de
l'illusion. dérivée en somme chez Steinthal du mécanisme
psychologique Ilerbartien, et qui n'explique ni que le mythe
ait pu gouverner la conduite et le rite, ni sa vie intente:
théorie de la suggestion (Tarde et Slull) à laquelle AI. W. ne
voit pas correspondre des faits suffisamment nombreux.
La théorie propre de M. W. se réduit en dernière analyse à
un très petit nombre d'assertions, pour la plupart d'ordre
psychologiqueip. 577, sq.)oii,eu somme.c'est la théorie géné-
rate. philosophique, de ses précédents travaux qui joue le rôle
explicatif, plutôt que le détail scientifique de cette même
psychologie. Trois facteurs psychiques fonctionnent dans la
fantaisie niythopoétique. Le caractère perceptif, d'objectivité,
des images mythiques est le premier et le plus simple de ces
facteurs il consiste dans l'impression forte que fait l'image
mythique: parsuite, la représentation est crue être une réalité
parfaite. Hn'y a pas entre la notion de revenant et les impres-
sions du rêve qui l'ont causée la relation d'une théorie a une
chose, il y a impression que l'âme apparue dans le sommeil
existe, existe pleinement. Ensuite vient l'association des
images mythiques ainsi la notion mythique d'Aine est. en
partie, constituée par l'association générale, normale, indis-
soluble de la représentation du souffle et de celle du principe
vital, association qui elle même peut aboutir à des fruc-
tifications multiples, comme par exemple le mythe de l'Aine-
oiseau, etc., la puissance d'association des images mythiques
étant, en fait, indéfinie. Vient enfin, ce qui était forcé dans le
système de M. W t'aperception mythologique c'est cette
faculté primitive de la conscience qui choisit, vivifie impres-
sions et images, qui leur attachant, volontairement, de l'iuté.
rôt, leur prête une volonté et aboutit en somme à la person-
nification des objets de la mythologie, personnification que
toutes les théories aboutissent A reconnaître comme un trait
essentiel du mythe.
ANALVSBï. riiaosOHIflS RRUGIRUSK ai 3

Une théorie aussi générale, que M.W. ne présente d'ailleurs


«lu'à titre d'indication pour le reste «le l'ouvrage, ne nécessite
pas, quelque intéressante qu'elle suit, une discussion que nous
ne devrions poursuivre sur le terrain exclusif do» faits. Noua
allons, simplement, en marquer une inexactitude fonda-
mentale. Kilo décrit mal la genre de croyance attachée au
mythe, et tombe, au fait, dans le même vice que celui qui est
reproché à la théorie do l'illusion. M. W. le sent si bien
qu'il s'efforce immédiatement do distinguer la mytliopoôsie
de la poésie, l'imagination esthétique de l'imagination
my-
thique. Mais il ne les distinguo pas eu nature, il ue les dis-
tingue qu'eu degré (p. 881), le mythe étant, comme correspon-
dance a la réalité, à mi-chemin entre le langage et la poésie
i|». "M/. Comment l'action de civilisutions entières a pu se
perpétuer sous forme rituelle, rester comtntndée par des
inylhes, c'est ce qui devient toujours plus inexplicable après
le déplacement que M. W.n fuit subir a la question. Il a beau
opposer la puésio comme chose individuelle à la mythologie,
produit nécessaire, immédiat, de l'imagination communau-
taire. 11a beau rattacher, avec rnisou d'ailleurs, la naissance
du mythe « à un état de la civilisation dans lequel sans doute
il peut y avoir organisation, mais où les idées et les intérêts
sont pourtant, dnns leur fonds, concordant » ip. ôifâ). Cequ'il
n'explique pas, c'est la possibilité de culte espèce de délire
éveillé, et lu série des actions et interactions individuelles
productives de la croyance. La nature Imaginative de la
représentation mythique, voilà tout ce qu'il indique, avec sa
nature collective il u' indiquepas le lien qui existe entre tes
deux et qu'eu somme la psychologie collective a le devoir
d'expliquer.
lui réalité, la faute de M. W. est uue faute initiale; il n'est
encore dégagé ni des lieus delà psychologie, ui des liens de l'his-
toire.La psychologie collective n'est pour lui qu'imchapitre de
ta psychologiescientifique, et un moyen d'enrichir l'histoire do
ht religion,dumyt)to etde l'art par des à-itisoiiiiettieut8 capables
'!« suppléer aux lacunes des chronologiesfj>. IV. p. 4, p. (il I,
sq. etc). C'est un arsenal de faits pour lu théorie psycholo-
gique de la conscience en général, individuelle et collective;
ut c'est un arsenal de théories rationnelles pour l'histoire
jusqu'ici empirique. llien de mieux certes que cette attitude
et nous sommes convaincus parfaitement de ce double rôle de
la sociologie. Mais ce n'est pas tout sou râle. 11faut élever sa
ait)t$ l'année sonioi.ouiouK.l'Jiw-ttioa

dignité ù colle de l'explication et non plu» it celle du simple


moyeu surérogatoire delà psychologie et de l'histoire. Il faut
lui faire autre chose qu'un appel accideutel, comme celui que
M- W fait souvent heureusement (ex. p. îiliOoù il rattache le
totémisme à l'influence du sentiment du clan i. Il faut lui faire
un appel constant. Les phénomènes sociaux se distinguent
les uns des autres et des phénomènesindividuels par dcsdiflé-
reuces de degré et par des différences do nature. M. W. fait
disparaître ces différences en poussant ù l'extrême le sens
du continu qui les unit forcément. Le cycle des phénomènes
sociaux est relativement fermé, et lu condition primordiale
de toute explication d'un mythe c'est, à autre avis, la sensa-
tion de ce caractère social non seulement du mythe, mais du
chacune de ses causes et de chacun df ses éléments. M. VV.
n'a pas ce sentiment et c'est pourquoi, bien que supérieure,
son analyse ne uous sullit pas encore.
Nous voulons, pour terminer, simplement inarquer ce qui
sera la lacune lu plus considérable de l'œuvre, après tout
très belle, que le vieux philosophe est en train d'achever.
Langue, mythe, religion, mœurs, vont trouver place dans
cette enquête monumentale de psychologie collective et le
problème fondamental de ce qu'est pour nous cette partie de
la sociologie va rester sans être traité. Nous voulons parler
des représentationscollectives. Nous avons, a diversesreprises,
signalé ici et ailleurs, par des travaux critiques ou originaux
dont il u'a pas été tenu compte par AI.W.. quelle est la nature
collective des notions de temps, de classe, de force et de cause,
de nombre. M. W. va n'étudier que la notion d'Amedans son
deuxième volume. C'est une tache déjà très grande; elle
n'était pas ta seule ni la plus urgente. Nous qui reculerons
longtemps devant la vaste entreprise que M.W. exécute,
nous regrettons qu'il nous laisse tout à faire sur la question
où il pouvait peut-être apporter le plus de lumière.
M. M.

S. RKINACH.– Cultes, Mythes et Religions. T. H. Paris,


Leroux, 1900,p. XVHf-407,in-8°.
Ce livre de M. lieinach n'est pas la suite du premier volume
dont nous avons parlé l'année dernière. ("est un recueil d'ar-
ticles composéde la même façon. On y parle des phénomènes
religieux primitifs, réduits cette fois encore aux deux espèces
AS.\i.YSRi. – l'inuisoimiK rtKUiiiKr*i; 217

~J~L. m.· _e
lot»» et tolmu, a l'histoire du chriKlianlKineel du judaïsme
modernes, en traversuiit la mythologie grecque, folle-ci
donne lieu ù doux aides d'études, los unes oïl l'auteur
recherche, sous le voile des légendes et des mystères, tes
traces de leurs origines, tes autres où il Interprète les repré-
sentations figurées des dieux et des mythes. Mansces études,
l'orplilsme tient la plnco d'honneur. M. lleinnch en vont à son
obscurité, il décèle dans Virgile, on particulier dans Iti
IV ftglogue et lo VIelivre de l'Enéide, les doctrines de l'or-
lilii.siuorécent. Ailleurs il rattache les doctrines ù leur passe. Il
explique un passage resté obscur des tablettes de Pétélie en
<ïipposautl'existence chez l«s orphiques d'une cuisine sacri-
liciello semblableAcelle qu'interdit la loi mosaïque, qui cou-
sistait cuire un chevreau sacrifié clans du kit d« chèvre
\'nr IA,ilreïio une fois do plus, par l'intermédiairede la Oète.
lus pratiques religieuses de l'helléuisme aucieu a cullus dp
la Syrie. Knlln M. Heinach nous donne ici un lougurticlo ou
il a tente d'ôclaircir le mythe d'Orphée.
Les idées maîtresses du deuxième volume sout les mômes
que celles du premier, et nous ne pensons pas devoir déjà
liauger la critique que nous ou avons faite. M.llcinach se
K'-IlcitediiiiB ai préface de l'accueil qu'elles ont reçu et il s'en
fuit fort. Je uc crois pas qu'il nous range parmi ceux qui
l'engagent sans réserve à rester dans la même voie. Mais on
trouve toujours chez lui une telle adresse d'argumentation,
mie telle chaleurdo conviction et un tel désir de faire pro-
luire à ses idées le bien dont elles sont capables qu'on est
4<iiéralementfâché de ne pas être de son avis. Nouspensons,
ivi>cM. A. Lang, non pns qu'il avait tort daus son affirmation
'l'un totémisme uuiversel, mais qu'il était peu scrupuleux
<lans le choix dos preuves qu'il on donnait. Il se défend
outre M.Lang.
Voicile tort de son argumentation. H a, dit-il, ta prouve
'l'i'il y a eu en Grèce des sacrifices totémiques, sacrifices où
l'animal totem, mis en pièces par les hommes de sonclan, était
mangé par eux, afin de renouveler et de perpétuer l'itllmnen
iotémique. C'est ainsi que Hobertson Smith concevait le
<icrifice totémique. Cette preuve est fournie par des mythes
pii supposent logiquement l'existence de pareils sacrifices.
Le mythe d'Orphée est un exemple typique de ces mythes.
La mort d'Orphée comme cello do Zngreus, mis en pièces
et mangeparles Titans n'est pas un vulgaire assassinat tmytho-
2t8 L'AXNiSi; i 905-1 900
SOCJOLOGIQL'K.

1_1. 1- __w _I! -n_1!. _1_-

logique. Orphée est un dieu sacrifié,ot tes Monades Ihraces ou


plutôt les ftmarai qui le tuent sont ses prêtresses. De pareils
sacrifices faisaient partie du rituel, tout au moins du rituel
théorique des bacchanales. Bacchantes ot bucchants met-
taieut eupiècesdosanimaux vivants, buttifc,chevreaux, fiions,
ot les mangeaient tout crus dans tours trausports sacrés. Les
victimes de ces homophngies n'étaient pas quelconques, mais
divines; elles étaient les vieniresdudieu taureau, chevreau ou
faon; les baeehaiitsétaientégaleiueiit taureaux, chèvresoufaons
suivant le cas. Ces déportenients s'appelaient a?yi£tiv,•"r^W1,
selon qu'il s'agissait de ou de fiions. Ils avaient pour
pendant le meurtre mythique d'un Dionysos zoomorp!ii<|uc.
Dansle sacrifice orphique, l'animal est un renard. Le Thraco
Orphée, coi Hod'une peau de renard, chaussé de peau de
renard, le nocturne ou l'obscur e'w'-iU le reuard, eu uu
mot, est mis a mort par les renardes {liasmrai), vôtues de
peaux do renard ibamtridesi. Sou sacrifice est le sacrifice
d'un totem parles femmes de son clau. M. Heiuach s'objecte à
lui-môme que ce sacrifice pouvait être un sacrifice agraire car,
dans le Kulk-loreeuropéen, le renard est un des animaux les
plus volontiers choisis pour incarner l'esprit de la moisson.
Mais, reliant ingénieusement la théorie des génies agraires
de Miinuhardt à celle du totémisme, il expliqueque ces génies
sont d'anciens totems.
La chaîne des arguments a honne apparence, mais elle est
faible eu un point. La conclusion qu'Orphée soit uu rouard
ue s'impose pas avec une évidence absolue, et cette évidence
est pourtant essentielle. D'autre part, la chaîne balance dans
le vide, car nous n'avons pas le plus pauvre témoignage
qui nous renseigne sur la pratique dn sacrifice du renard, ou
d'un sacrifice équivalent dans l'orphisme. Lacune étrange,
si l'on considère la niasse de textes relativement considérable
qui nous renseigne sur cette religion. Que le mythe d'Orphée
suit construit sur le type des mythes de dieux sacrifiés, per-
sonne lie peut le contester, pensons-nous. Qu'à ces mythes de
dieux sacrifiés correspondent, daus le rituel, des sacrifices,
c'est un fait fréquemment constaté. Mais nous ignorons si au
mythe d'Orphée ait jamais correspondu des sacrifices de
renard et flous lie savons pas davantage si les dieux sacrifiés
sont toujours d'anciens totems.
M.Reinach devrait convenir que cessubtiles interprétations
de mythes grecs ne valent pas de bonnes descriptions de
ANALYSES.– PIIILOSOPHIR
ngUOIECSB 819

«ofiéléstotôfniques. Il nous dira que los document» ethnogra*


phiques sont viciés du fait des théories qui se sont imposées
aux observateurs. Mais que valent les trois quarts des soholies
avec lesquelles on nous refait aujourd'hui la mythologie
irrprifiie? Est-on sûr done jamais nousfaire prendre pour de la
religion ancienne du mysticisme de fraîche date?
M. Iteinach défend encore, duns su préface, contre M, Long
l'hypothèse dol'origine totémique de In domestication des ani-
maux. Nous y opposons lu memeflu de non recevoir que par
le passé, en nous guidant toujours sur l'absence de preuves.
Or ce ne sont pas les faits Adiscuter qui manquent, mais nous
Minions qu'on les discute. C'est notre métier de protester
«•outreles feux d'artifices d hypothèses. Celles de M. Heinach
nous intéressent parce que nous connaissons sa science et
(|ue ses opiuiousuous importent. Mais nous nous méfions des
imitateurs qu'il peut inspirer et aussi des mauvaises habi-
tudes de l'archéologie et de l'histoire, m'i fréquemment réfé-
rence vaut preuve. L'influence de M. Reiuach est grande et le
h'inps n'est pas loin d'être venu où il sera nécessaire de prou-
ver que tout n'a pas été religion à l'origine do l'humanité.
II. H.

U. SIMMEL.– A contribution to the Sociology of Rell-


gion. TheAmerican Journal oj'weiulaijij, nuv. lDUu,vol. XI,
fasc. 3, p. 339-377.
L'entreprise do M. Simmel n'est pas directement sociolo-
gique. 11s'efforce de démontrer que si les phénomènes reli-
gieux peuvent être soumis à des lois (p. 3(10),c'est qu'ils uo
l'otislituent pas un monde si clos qu'un homme de foi pour-
rait le penser. Il est loisible de citer des cas où le passage do
-e qui n'est pas religieux à ce qui est religieux est insen-
sible. Dèslors les phénomènes religieux peuvent être expli-
qués par les mêmes principes que les phénomènes de la vie
laïque. Toutefois, ici comme toujours, M. S. a une tendance
m acccpler trop facilement les explications psychologiques.

K.-ll.JKVOXS.– Religion in Evolution. Londres, Methueu,


l'.IGG,p. XU-loi, in-S*.
M. J. nous permettra de considérer ces quatre leçons comme
nu travail d'élémentaire vulgarisation. C'est une sorte de
220 l/ÀNXlte SOCIOl.OtJIQ.PG. 19UMO0U

résumé, mis à jour, des doctrines de l'auteur, exposées dans


un livre iutitulé Erotuthn et dont nous n'avons pas rendu
compte ici, et dans son Introduction totlw UMonjof Itfliijion.
par lequel nous avons ouvert ici môme, Hy a dix ans. la série
de nos comptes rendus. Il est curieux de marquer le chemin
parcouru par le travail d'un homme. Des deux voies qui
s'ouvraient devant lui, vers la science comparée et vers In
philosophie. M. Jevons il choisi In seconde. A notre avis, il ;i
nui à son premier travail lui-inônie. Car le but métaphysique
et théologique apparaît maintenant qu'il poursuivait dès lors.
C'est eu effet à une espèce do défense anthropologique de la
religion qu'il aboutissait. Sa thèse fondamentale, et c'est
déjà un tort d'avoir eu une thèse, était que lu religion pri-
mitive, celle des peuples sauvages, était de mémo nature
que les religions supérieures, que la religion chrétienne eu
particulier, lu religion par excellence. Ici cette tendance est
avouée. Le principal bul est apologétique. C'est une défeutte
de cette défense c'est une argumentation à lu (ois scieutiti-
que et métaphysique contre la théorie do Frnzer qui veut
que lit religiou se soit développée, par évolution. a partir
d'un état non religieux, magique, do l'humanité primitive.
Au point de vue métaphysique, l'argumentation consiste
en la critique, au nom d'un idéalisme simpliste à la
l'ierkeley,
du la uotiou d'évolution le temps et l'espace étanl des faits de
notre entendement, et étant les principes mêmes de la notion
d'évolution, l'application île cette notion d'évolution à la
religion est contradictoire, car celle-ci se place hors du
temps et de l'espace, et a trait à la substance môme de
Dieu. Les théories qu'on peut avoir de l'évolution religieuse
n'ont nullement à affecter la religion, la religion chrétienne
en particulier.
Au point de vue sociologique. l'argumentation consiste,
comme celle de M. Lnng ou de M. Crawley, à prouver que
les Australiens, dont parle M. Frazer, ne sout nullement sans
religion. C'est une discussion des faits de Ifowitt et de Spen-
cer et Gilleu elle contient ip. IKiune remarque digne d'être
notée les tribus du Nord Australien enseignent il leurs
jeunes inities que In grand Dieu n'est qu'uu mythe ce fait
prouve, non pas qu'ils sont dans un état irréligieux, mais
qu'ils ont abandonné une croyance ancienne qu'on laisse
encore subsister chez les femmes et les enfants.
L:i philosophie du livre est faible. Lit science n'est pas en
ANAMSÉS. J'IIILOSOPIIIK llRUMBUSK 221

progrès. L'usage que fait M. Jovons des faits fiuutus et Afri-


cains est )>ieuchanceux, basé sur les seules affirmations
do
MAI.Nassau ot Allégrot, deux missionnaires. Battu de»
attir-
mutious comme celles de l'universalité du sacrifice
-ont tellement errouôes qu'on s'étonne «le les (p. 34),
retrouver
l'iii'ore ici.
M. M.

OKHLKH.– Die Rellglôse Bewegung in Wales.


Stuttgart. Oumlerl, 15)05.p. IO(Î, in-ll
L'auteur raconte le réveil religieux du Pays de Galles.
Sa plaquette u'est cepeudaul
pas un simple reportage.
0.
M. s'est demandé eu quoi consiste uu réveil
religieux.
Il y a eu eu Allemagne et en Suisse des réveils
religieux,
nais cumuieu différents de celui du
Pays do Ualles tp. 21-30).
lis ont abouti à la formation de sectes
religieuses durables.
>'<:lie sont doue pas des«réveils » à
proprement parler. Au
l'ays de Galles au contraire, le phénomèneest plutôt inverse.
Leséglises ont une tendance
marquéeu s'unir i p. 80,»et cette
union n'est d'ailleurs que momentanée. Le « réveil » n'est
loue possible que si la société religieuse est
susceptible d'uue
'ohésiou tort variable. 11faut qu'il y ait, comme au
Pays de
(iiilles, une organisation très flottante des groupes religieux.
Lesdifférenteséglises, méthodiste, congrégationalistc,
baptis-
lisle, comptent, en temps uormal, uu tout petit noyau do
lideles; ce n'est qu'en époque do crise que la société reli-
uieusese constitue vraiment dans toute l'étendue du
pays. Ces
lioques (le crise suut périodiques ou a peu près. On compte
<U'.sréveils religieux notables en 1138,en 1840,en 1859 17,
(p.
-i'|<. A ces moments,il se constitue presque une religion natio-
ii île. Le mouvement est donc à la fois national et
religieux.
uu point de vue religieux, il est caractérisé
par l'absence de
"mie allirmation théologique, L'œuvre de conversion consiste
'I;tus une exaltation do l'émotivité de chacun des
assistants,
lui détermine son adhésion au groupe. Du point de vue
'«alioiial, il esta uoler que la tûclie principale des promo-
iitiis de tout réveil religieux a été de constituer un recueil do
'•hauts en langue galloise. Ainsi donc, la conclusion qu'on
l'uurrait dégager des brèves observations do M. 0. en les sys-
l'inutisaul, c'est qu'un réveil religieux n'est qu'une variation
morphologiquedes groupes religieux.
2i4 i.'asxkk sociologique. 190IM008
M. 0. a naturellement donné une place considérable a la
personne et au rdled'Ëvnu Roberts. Mais d'abord ou constate
(p. 33) qu'Evau Roberts n'est pas te promoteur du mouvement.
Ou remarque ensuite que sa prédication c'est possible
qu'au
seiu d'un groupe dont lueoliérouee religieuse est déjà assuré».
Ce fait qu'il ne peut parler devant uue assemblée dont il ue
devine pas la comntuuiou stmtiineiiUilo avec lui est caractéris-
tique.
Enfin sa prédication elle-même, qui est plutôt une
prière,
n'a pas l'importance persouuelte qu'on pourrait supposer.
Evan Roberts est interrompu à chaque moment, ou par ta
profession de foi d'uu des assistants, ou parle chaut d'une de
ses ôvaugélistes, qu'entonne toute l'assemblée. Dans ces
séances religieuses, les réactions du groupe surtout sont doue
importantes et devancent le plus souvent d'ailleurs, l'action
du prédicateur.
A. 1J.

H. KAItSTKX. TheOrigln of Worshlp. A Sltuhj in primitive Ikli-


giou. Wirnx, l'uggroii. 1903, p. 143. in-8» (Thi-se du doctorat «le
Helsinjrfors).j.
Ko. CI.OIU). – Animism. Londun, Consluble ut (>, 1905.

l'a. KAM'STKI.Y – Wesen und Geocbichte dor Religioae».


Berlin, Verlnjf tics xx. Jalirli., 1900, p. loi, in-(>

I-. von SUIItoivUKK. – Weson und


Ursprungder Religion, ihre
Wurzelaund derea Enifaltung. 31tiiielicii, J. 1·. Lehofat))).
190», p. 3'.), iu-8'.

O. l'KLKlDKKKIt. Religion und Religionen Mûnchcn, L. K.


l-ehm.-iiiii,luo8, p. Vl-249.iii-81J.

K.-ll. KAKXKLL.The Evolution of Religion. An unlbropuin-


giwil stmly. Xow-York, l'ulnani, 1905, p. 23i, in-12.
A. OttliWS. – Die Religion ale Selbstbewusstaeia Sottes. Eino
pliiloMophiselie Liilersucliun^ ûber dus Wesca der Keligioii.
Leipzig, Miedcrichs, WO0.p. XIV-5I7. in-tt».
J. UU1KSLKV. Religion and Londou. J. Clurku,
Expérience.
l«os. p. 3is, in-8".

II.-S. NASH. –Religion and Imagination. The Anitriatu lournut


ofTheuhgtj, lUOti,vol.X, nr. 4.
A.NAM'SKS.KVSTKUKS
ngl.lUIIÎL'X 2%j
Il.-W. KlTtilIKIT. The unroallBedLogloofReligion. Loiidon,
Kelly, lUOii.p. 273,in-S".
r.-A.IMCTO.V– Pantheism. its Story and Slgniûoanao. Lon-
tlon, CotiKtubloclO.H»05.

II. SYSTÈMEKKtIUlKL'X

A. iMigiou* de» SociétésInférieures.


l'ar M.Uavm

.i.-U. FRAZEll. –The Beginnlngs of Religion and Tote-


mlsm amongr the Australlaa Aboriglnes. Portuiyhlly
Iti'cii'ir,juillet-septembre 1905, p. loi -104, p. 452 407.
Les deux petits articles de M. Frazer sont l'exposé définitif
ilf ses idées sur le totémisme et sur les origines do la religiou.
un les retrouvera d'ailleurs, intacts purult-il, duus lu future
il il ion, tu troisième du « Golden Hough ». Nous leur devons,
iii.tl^i'étour caractère sommaire, uue respectueuse et sérieuse
ilciitioa.
On se souvient de la théorie de M. Frazer. Les Australiens
-l'iaieut encore tes représentants d'une humanité restée en
<!t'i;ùdcla religion, dans une période magique de ta mentalité.
i. i religion, caractérisée par la présence do dieux adorés pur
nilraiule et la prière, u'exislerait pas chez eux. Seuls les rites
liiimédiatement etlicnces delà ina^ie existeraient. Cette Ihéo-
n,' il la maintient. Ou se souvient aussi qu'à dilîèrentes
H-prisL's,dans l'Année, nous avons protesté contre pareille
iliéurie ({tii suppose accordée une déliuitiou tort contestable
!•!lu magieet une autre non moins contestable de la religion,
• qui, quant à nous, ne lient pas compte d'un très graud
i inibrede faits Nous n'aurions vraiment pas à revenir sur
i- stijiHsi l'auteur n'était M.l-'razer.
Il y a d'ailleurs dans le débat plus qu'une querellu de mots,
il y a une question de classification, do répartition des faits
!<>plus importants do la science des religions. M. Frazer con-
i'i'i\i\que les Australiens étaient sur la cotede la religion quand
li conquêteEuropéenne les a arrêtés dans leur développement.
I." totetir-serpeul mythique Wollunqua, serpent unique et
'réuteur, qu'adorent mais que contraignent les Warrainunga,
* M.Fraxeren convient, un totem qui allait devenir un dieu.
2Si l/AN.XKK tiQCIOLUIIlul'E. «05-1901

Et s'il a raison de triompher des interprétations hasardeuse»


de il. Lang concernant les dieux Uaramuluti, Itafome,etc. et
lus ihuiimura Uieri, il n'en conseut
pas minus à voir dans
Hui'iuitun esprit ûpouvoulait auquel Il iiont fallut
que bien
peu pour dire lui véritable grand dieu. Môme il va jusqu'à
observer dans certaines pratiques funéraire», des Wnrra-
muiiga et Binbiuga uu début informe de culto des morts
concession inutile à notre avis, car il ne s'agit que de l'eiitre-
tieu du mon. et biea inexacte; bien imprudente aussi
puis.
qu'il n'y a là, comme M. liertz l'a démontré plus haut, 11161110
pas une leinle d'adoration et de propitiatiou. Mais si M. Fra-
zer consent il voir des points on eut pu se greller un
système
religieux, il refuse par contre de voir aucune religion pro-
prement dite dans tous ces faits.
Connuespreuves positives do sa négation, il
apporte l'opi-
nion de plusieurs auteurs suivant
lesquels la croyance aux
grands dieux n'existe pas chez les adultes ou les vieillards;
le fait qu'il n'existe pas do prêtres et
que même tous les Aus-
tralieus se croient des pouvoirs magiques. Ni
luue, ni l'autre
de ces preuves ue vaut, car l'Ausl1'ulien
distingue partout entre
la magie populaire et celle du magicien
initié; et ensuite il
n'est nullement prouvé que, dans certains cas. en dehors du
n'oltumiuitdéjà cité, il n'y a pascroyance à la réalité du grand
esprit, réalité plus ou moins graude. réalité tout do môme.
Mais toute cette discussion, décidément un
peu traînante, na
nous fuit pas oublier la divergence
profonde qui sépare nos
vuesde celles de M. Prazer. N'employant
pas pour marquer la
dilléreuce entre ta magie et la religion de critère aussi inexact
que celui de l'adoration et de la contrainte, uous ne pouvons
même accepter la position de la question. Les deux ensembles
de phénomènes religieux,
l'un systématique, ordonné, obliga-
toire qu'est la religion, l'autre désordonné, facultatif ou cri-
minel qu'est la magie ne se différencient pas, selou
nous, sui-
vaut la présence ou l'absence de grands
esprits qu'on propilie
elles se différencient suivant l'usage
qu'elles font des puis-
sances sacrées, ces réalités communes à l'une et à l'autre. Or
la présenced'interdictions rituelles
graves, de rites complexes
d'oblation, de levée de tabous, etc., concernant l'espèce toté-
mique nous semblent caractéristiques d'un état sinon exclu-
sivement religieux, tout au moins
magico-religioux de la
mentalité. Mémo, modifiant ainsi une ancienne théorie de
11. Frazer que M. Frazer a l'air do
répudier, uous voyous
.mi.ï<ii«. – st^MKx ni:i.ir,n;i -ii:,
iliins iespèce <te « coopération magique » pomme it disait.
.tes (tons tolémiqueg une véritable organisation du
culte!
•li!iijiie clan étant piètre pour tous les autres à l'égard du
totem. Hiérarchie et organisation, respect religieux, et sacra-
H«hU«mi avec désacrnlisalion subséquente, (ont nous semble
iloiiué, sinon différencié, même chez les Aruntas. de ce
nui
(iiisliluc uni' religion.
l.i» second article porte sur les origines du totémisme en
Mistrulit».Le postulat est toujours le même et on soit
que nous
m- raccordons pas. c'est celui de lu primilivité de la société
\runln. Parlant, eu réalité, de celle-ci, et dit
système y
••iiiHi de la naissance régulièrement miraculeuse. M. Krawr
'it (lu totémisme « une théorie primitive <iela
conception »
i> W7i. Le totémisme est tout siniplemeut le fruit d'une
.iiL-ur. d'une ignorance. La mère, chez le primitif, ignorante
.!<<causes de la conception, l'attribue a sou alimentation
i "lie qu'elle conçoit,c'est celui qu'elle a mangé delà le enruc-
!<-redes totems d'être pour ta plupart des objets comestibles
]•. iStt). Et l'individu se réjiute être tel on lei (mimai parce
Mh- sa mère s'imagine qu'il l'était. Ainsi créé, le totem est
iinturellemenl quelque chose de local après la inauducoUon.
li vue est réputée un moyen pour l'âme des choses de
péné-
'««r le corps îles femmes et la vue i c'estprobablement
Ihy-
Hhèse claire que M. t-Vazerexprime obscurément a quelque
• liosede suggestif, les femmes d'un lieu déterminé se
sugges-
H'.imanl les unes lesaulres quant aux causes de
leurs concep-
'i<ms. lue fois local, le totem devient héréditaire, et nous
:iv.iusnlors le totémisme Umbnin et (inangi, expliqueà partir
<)utotémisme Aruuta.
l.'exogamie, dans cette hypothèse, devient malheureuse-
iii.nl inexplicable (p. 4(51 1. la cause en doit être réputée incon-
nu. Kilo doit être cachée sous une «
superstition » du genre
'1>'celles qui ont donne naissance au totémisme, mais nous
nous perdu probablement tout moyen de retrouver celle
-uperslilion. Kn tout cas, exogamie et totémisme,n'ont rien ù
i .ire ensemble, primitivement, admet il. Frazer.
Nous ne voulons pas discuter a fond celte théorie. Xous
voulons simplement en montrer deux fautes logiques,fille
piirl du principe de la primitivité des Aruntas, et ce principe
«"l justement t>nquestion. Même l'argument final de ces arti-
•l-'s porte sur cette question, tant M. Frazer sent
que c'est là
I" nuMidde son argumentation. Mais pour défendre sa
position
V.. li. itMiKiM.– Anii'V•.•iol.. imtj-i'niii |
sse I.XSKK SOClOLOlîlvUE. 1903.19(10

il commet une autre faute do sociologie et il suppose (p. iGJt)


(lue les irilius Australiennes les plus primitives sont celles du
centre, et non pas celles de Iti cote, parce que»les ressource*
économiques iiifûrieures ont été une raison de stagnation
sociale. Or si une chose nous parait probable, a priori et en
l'absence de toutes recherches de technologie et de sociologie
générale, c'est au contraire, en principe, que la lulle pour la
vie crée des formes sociales nouvelles. Kn fait, vivant dans
l'abondance, les tribus des cotes orientales n'ont eu que peu
de raisons de changer leur morphologie et leur physiologie
sociale- Ajoutons que. définitivement, lesAruntas sont la plus
grande des sociétés Australiennes connues, grande par le
nombre et par la superficie occupée sinon par sa densité
sociale, d'ailleurs extrême en cas de congrégation religieuse.
La deuxième faute logique, c'est que M. Frazer décompose
à jamais toute espèce de coordination entre ce qui a »>lépri-
mitif et ce qui a suivi. Même lu descendance utérine devient
inexplicabledanscesystème. Comment l'enfant niira-t-il jamais
le totem de sa mère, s'il est interdit il celle-ci d'en consom-
mer' Ktsi M. rrazer garde son ancienne théorie de la comesti.
bilité primitive des totems non protégés pardes interdictions
alimentaires, d'où vient alors cette inteitUcliou? Pour vouloir
trop comprendre on ne comprend plus rien à rien.
M. M

A. vas- GKNNKP. – Mythes et Légendes d'Australie.


et rfc socialmjii'.Paris, (itiilinolo, l!>0ii.
tîhtileit irethnatjrai>hii'
p. XII-CXVI-Î88. iii-8°.
Le livre n'est pas sans ambition, C'est en principe une
simple traduction commentée d'un certain nombre de mythes
et de légendes d'Australie. Cette partie comprend en somme
un excellent recueil, intelligemment composé de légendes
Australiennes empruntées aux meilleures sources, et assez
représentatives des notions répandues sur tout ce continent,
sauf dans l'Australie occidentale que M. van (ienuep a lais-
sée de côté. La traduction est naturellement faite sur les
textes anglais, cl n'est pas sans contenir quelques fautes
(pourquoi si souvent écrire liihiiujti> tes notes sont pré-
cieuses et contiennent nombre de rapprochements, rappro-
chements qui eussent certes pu «Hrcdéveloppes i'ox. note di>
p. !>H,>fj. sur Union»'où il eut fallu parler des représenta-
AX.UMI». – SYSTÈMBS RKLIUIEI'X 227

nous llgurws nombreusesque nous avons de ce dieu) mais


liiisoul (joui-la plupart intéressants, ingénieux et instructifs.
Telle quelle, cette partie donne uue bonne idée du type de
mythologieque nous connaissons le mieux. Kllelaisse eepeu-
•laut hors de considération tout le cercle des coûtes propre-
ment dits, dont l'existence préoccupe pourtant M. van (îenuep
p.Ci.), Il «'est peut ôlre pas une des légendes ici répétées qui
ne suit un mythe caractérisé, soit par la sainteté et la
gran-
ik'iir des objets et des personnages, soit par la place qu'ils
viennent prendre dans un rite eu formant l'un des drames
iiiiKicoreligieux de l'une des grandes cérémonies. D'ailleurs
i! Introït, p IX i. M.vaiiGenuepamarquéà proposdes Arutttas
i .'traite liiiison du mythe et du rite en Australie. C'est pour-
quoi nous ne comprenons pas la façon dont il semble refuser
•l'adopter même le principe de la division eu mythes, légendes
t contes que nous avons proposée ici. N'est-ce pas que, ici
omtne eu d'autres points, tes Australieus n'ont pas de
k'iiueoup déplissé le statie où tout était encore mélangé et
><ùla légende, le conte et le mythe intimement associés à
!.i représentation dramatique comprenaient à la fois tes
'It'iucnU de comique, d'esthétique, de sérieux, d'historique,
ft de substantiel que l'évolution répartira plus tard entre
!>< trois divisions des représentations collectives objets de
JvcitS.
Ace recueil de mythes et a une description sommaire du
lontenu de la mythologie Australienne. M. van Gcunep a
..jouté plusieurs notes. L'une concerne tes grands dieux Aus-
traliens et leur rapport avec les rites d'initiation et avec le
iliombos », le« diable » comme nous proposons de l'appe-
ler d'un vieux nom français, que les Australiens sonnent
ihins leurs mystères. Pour t'auteur (n. de la p. LXXVHI)ce
-[•ait A une divinité naturiste que se réduisent tous ces êtres
-tirnnltirels associés au « rhombe »; proposition qui n'est
iN'immlrablc que pour un petit nombre d "outre eux, n'est,
même alors, que partiellement vraie, et ne s'accorde guère
><"<la qualification qui Unir est donnée plus loin de lieras
i nilistiteurs (p. LXXIXi. I/idée maîtresse de cette note est
il'-ïi Heurs bien meilleure que tes développement!?accessoires
|>ir lesquels il est pris position sur presque toutes lesques-
liiuis actuelles, et, il est exact croyons nous de rattacher la
•iiititmde plusieurs des grands dieux à une sorte de religion
• votériqiN1,qui disparaîtrait devant la religion esotérique
ï->x'4 i.vxxkk stie.iKi.miii.iri:. liwîUïmo

des hommes initiés pour lesquels le. «fraial «lieune serait que
le « diable » ici. AnnéeSaeiol., VI, p IISi.
Lue autre note se réfère, au fond, à des idées que nous avons
émises ici concernant lit notion de puissance inagicoreli-
pieuse. Nous n'avions pas uni la retrouver eu Australie, sous
sa (orme primitive H complexe, eooxtcnsihle à In religion et
à lu magie bénificieule et inalélleienle. ete. El pour nous la
notion ù'anmijifuiHiuiet <!<>rhurinija étaient déjà le produit
d'une dilïérencintion Kit ayant l'air de corriger nos alurniit-
lions. M. van (ieuiicp n'eu soutient pas moins au fond, a voi- t'
lit plus grande bonne foi, la même opinion.
Une longue discussion est consacrée à l'élude des notions
coiicermint lu conception cl la réincarnation: nous devrions
dire deux discussions, car après avoir exposé ses idées.
M. van (jennep y revient à propos des nouvelles théories d«>
M. Lanjï et de M. Krnzersur le totémisme. En réalité il s'agit
défaire des observations de Itotli que nous avons signa-
lées est leur temps pour allirnier avec M. Frazer, contre
MM.llowilt, Durkheiin et Lutig. l'extrême extension et la pri-
mitivité en Australiede, la notion de la réincarnation et de la
conception indépendante du coït. Mais ni la notion ne parait
aussi étendue, que M.van (i. veut bien le (lire, car il ne la
retrouve que dans l'Australie du centre et du Nord, ni les
faits lie prouvent que nulle part, inuf élu1; Iw .Iruiihis, le
totem de l'enfant, la nature individuelle de son âme ait été
complètement indépendante de celle de l':hne de ses parents.
Quantà nous, nous avonsparfaitement l'impression contraire,
celle de M. Durkheim. que la notion Arunta est le termed'uuc
longue décomposition, fruit du conflit des notions concer-
nant le totem héréditaire, le clan local, et le régime des classes
matrimoniales. Ht la raison principale du désaccord entre
les auteurs est au fond que seuls, selon nous, MM.liowitt cl
Durkheim accordent à ce dernier phénomène sa véritable
importance, les autres. M. van (i. est particulier, y ayant iusul-
lisammeut rélléchi cf. Il note qui n'est qu'une transcription
du système Bitibin^u.p. ÎG'.I,sq..¡,
Xous ne pouvons considérer connue satisfaisante non plus
la note sur les « systèmes de filiation ». Ni l'étude des (ails
n'y est sullisaïuinent approfondie, ni l'hypothèse finale, à
mi-chemin entre celles de M. l'razer et celles de M- Laii;
et au fond concordante avec celle de M. (iraeltner. lie nou>
satisfait par sa rigueur ni sa véracité. Kit mlmellnut au fond
ASAUSBS. – .-ÎÏSTKMKS HKI.ItilKl'.t 24tf

W 1 ,I!LL oa&J. _1 1.. 1!IL_


la thèse de M. Durkheiinque lu liliattoit utérine et lu filiation
iiiiiscitliiie sont concurremment employées dans l'Australie
«-l'iilrulc,M. van (i. arrive Alui ûler tout sens en l'explicfiiunt
par une hypothèse d'histoire ellniographique il y aurait eu
itcs tribus, une civilisation Australienne a filiation utérine,
et des tribus, uni' civilisation Australienne à filiation mas-
'iilin*1; lu conlluetit de ces deux aires serait représenté par
l<s systèmes complexes à classes matrimoniales. D'abord
cette hypothèse est insoutenable pour M. van Uenuep qui
i-n admet une autre concernant la nature régulièrement
miraculeuse de la conception, car un ne sait pas comment le
miracle qui aurait été la règle primitive pourrait avoir donné
naissance à nu système quelconque. Kusuite elle n'explique
ien, car il est évident que le système des classes y échappe
• iilièrcinent el que c'est »ufondlui qu'il s'agit d'expliquer.
Sur la « primilivité « des Aninlas. M. vau (1. n'est pas
l'accord avec M. Krazor; mais il n'est pas loin d'admettre
l>s théories hâtives, proposées eu Allemagne, sur l'identité
filmique des Dravidiens et des Australiens, sur la « civilisa-
iun papoue ». Les remarques qu'il (ait, après M. iîraebner
H .M. Thomassur les « cycles culturels » (ou pour mieux dire,
lires de civilisation Australiens ue sont pas sans iutérèt.
M. M.

S AS: THOMAS. – The reltgious Ideas of tlte Arunta


Folk Imiv, lt)0.'i,XVI. p. «8-Wi.
Voici que les missionnaires alleinauds stalionuôs parmi les
mutasmettent en doute des points capitaux de la soi-disant
n-ligion« primitive», toute magique, desAruntas. M Stiehlow
oniptL» publier un livre que uous allons attendre avec impa-
lii'iicc pour le moment il ôcrità M. Thomas I" qu'il existe
un grand dieu chez les « Annula », Mljim, qu'il décrit 2eque
li croyance à la réincarnation n'existe pas, mais que l'Ame
ii *>retournepas au centre lotémique, et que le Ijitinmju
'liuringaj n'est pas le séjour de l'Ame,mais le corps du mort.
M Thomas fait remarquertrès justement qu'.Vltjira semble
'ire un nom commun à plusieurs dieux.
Il sera prudent d'attendre, par conséquent, avant de conti-
nuer à édifier tant de systèmes sur tes seuls documents de
MAI.Spencer et (iillcn.
M. M.
230 I.'aXNKK .«ouiiLOlilgl-K. IWiMOfi

K. LANGL01IPAKKKH.– The Euahlayi Trlbe. A Slmlif


of iboriijhuil Life in Auxltulia, witlt an ititrmhtctioH by
Andrew Lanjî. J.oudres. Constate, 1905,XXVUMMip. in-X".

• M"Lnugloh Parker a déjà publié deux recueils de coules


Australiens (Nuit, IH08, lî»00i: l'édition eu fut excellente
Elle nous donne ici taie monographie de lu tribu des Euahlayi
(Yualuroi de M. Uowitli, à laquelle elle avait emprunté lu
plupart de ses coules. Klle cottuatt cette population depuis
l'arrivée des premiers colons, dont elle fut et elle la coiiiitili
intimement, ayant eu. ce que n'ont pas d'ordinaire les ethno-
graphes, uu contact long de près de trente ans. et des relutious
personnelles, surtout avec les femmes, d'ordinaire si distantes
de l'observateur. Peut-être pourtant ces relations u 'oui elles
pas été absolument étroites p. 3, mention d'interprètes), et
M" Parker ne fait-elle pas assez la part d'une décomposition
très ancienne de cette tribu lËlle a pourtant noté la diversité
d'origine des personnes qu'elle connaissait dans More Aux-
tralian Leyemlarii Tûtes). Eu tout cas sou livre est excellent,
quelque modeste qu'il se présente. Naturellement les iucliua-
tions primitives de l'auteur ont prévalu et il a surtout trait
aux croyances et aux rites.
Le fait sur lequel ce livre nous apporte le plus de renseigne
meuts vraiment neuts, c'est celui des totems secondaires, ou
totems « multiples ». Les Kuahlayi sont uue des nombreuses
tribus où les espèces animales et les choses sont réparties
entre les difléreuis totems, répartis eux-mêmes par phratries
ces classifications sont peut être tout à fait du type que uous
avons fait connaître elles sont ici fort biendécrites, du moins
quant à l'abondance des mentions de choses classées. Nous
voyouspourtant deux lacunes les vents sont bien répartis
entre les totems, mais il lie nous est pas parlé de l'orieutatiou
des clans qui est bien probable, comme chez les Wotjobatuk
d'autre part, la fonction de ces sous totems est mal définie,
sauf en ce qu'ils servent de présages et d'auxiliaires. La soli
darité morale entre les sous-totems et les membres du clan.
par contre, est assez bien marquée, car ceux-ci ne tolèrent
pas l'insulte qu'on adresseaux espèces ou choses associées. Il
semble d'ailleurs que si les phratries (sang noir et sang clair)
ne gouvernent pas la répartition de» totems, ils gouvernent
celle des sous-lotems p. 17;.
A.VUVSIK.– SVSTÈUKS
RELIISim >3t

Sur les totems eux-mêmes, peu de faits nouveaux mit»


légende remarquable qui les dérive des dilléreutes parties du
corps de Kyamee, le grand dieu dont nous allons parler une
tonne remarquable du tabou lutémique qui n'intordit pas ta
consommation ni le meurtre du totem, maisinterdit l'insulte,
l'interdiction alimentaire étant réservée à l'espèce loténiique
ronsaerée il l'individu, magicien ou barde, et non pas au
totem du clan. M. Lang dans si prélace prétend qu'il n'y a pas
ici de cérémonies du genre de llnlicliiuma. il semble pour-
tant qu'il y ait quelque chose de ce genre, mémo avec un
pouvoir reconnu aux membres du totem sur les espèces sub-
tntémiques (p. 8ij.
A la question controversée de l'existence des grands dieux