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Place des sports outdoor dans le développement touristique de la région Nord-Pas-de-Calais 01/05/2020 03:48

Territoire en mouvement
Revue de géographie et
aménagement
Territory in movement Journal of geography and planning

3 | 2006 :
Sport et dynamiques touristiques des territoires
Articles

Place des sports outdoor dans le


développement touristique de la
région Nord-Pas-de-Calais
The Part of Outdoor Sports in Tourism Development of Nord-Pas-de-Calais Region

CHRISTIAN DORVILLÉ ET MALEK BOUHAOUALA


p. 3-13
https://doi.org/10.4000/tem.284

Résumés
Français English
La région Nord-Pas-de-Calais (RNPC) dans le cadre de sa reconversion économique joue, entre
autres, la carte du développement touristique. Une étude exploratoire, à partir d’entretiens
semi directifs, vise à savoir si le tourisme sportif fondé en particulier sur les pratiques ludo-
sportives outdoor entre dans les préoccupations majeures des opérateurs du tourisme
régional. L’analyse de contenu montre que la dimension sportive n’apparaît pas encore comme
un facteur important dans l’attractivité touristique d’un territoire : potentiel récréatif sous
estimé, manque de concertation entre les acteurs publics et privés (associatifs et marchands),
communication externe peu structurée, etc. Les élections régionales de 2004 et la nouvelle loi
de décentralisation ne semblent pas avoir modifié radicalement la réalité actuelle.

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The area Nord-Pas-de-Calais within the framework of its economic reconversion emphasizes
its asset of the tourist development. An exploratory study, starting from directing semi talks,
aims at knowing if sporting tourism mainly based on the sporting ludo practices outdoor is
part of the major concerns of the operators of regional tourism. The analysis of contents shows
that sporting dimension does not seem yet a significant factor in the tourist attractivity of a
territory : entertaining potential under estimated, lack of dialogue between the public and
deprived actors (associative and commercial), little structured external communication, etc. In
reference to the 2004 regional elections and the new law of decentralization we are not able to
signal new change of the tourism development situation.

Entrées d’index
Mots-clés : tourisme sportif, politique de développement du territoire, région Nord-Pas-de-
Calais, pratique sportive outdoor
Keywords : sporting tourism, political development of the territory, area Nord-Pas-de-Calais,
outdoor activity

Texte intégral
1 La région Nord-Pas-de-Calais (RNPC) est classée comme 3ème région industrielle
après l’Île-de-France et Rhône-Alpes. Malgré cette position honorable il est important
de signaler qu’elle perd, d’une part, sa spécificité industrielle en faveur du secteur des
services (occupant plus que 33,8 % de la population active), et d’autre part, beaucoup
de ses emplois industriels. En d’autres termes, les décideurs et les forces vives de la
région doivent aujourd’hui relever le défi de la reconversion économique du bassin
d’emplois historiquement marqué par une forte activité industrielle.
2 Souvent victime de son image (industrielle et climatique) et récemment consciente
de son déclin industriel, la RNPC a pris conscience dans les années 1980 de toutes ses
potentialités touristiques et tente de se positionner actuellement sur le marché général
du tourisme et des loisirs. Par ailleurs, on observe qu'elle est dotée de nombreux
atouts : situation géographique au cœur d’une Euro-région de 20 millions d’habitants,
densité et gratuité des voies de communication, dimension culturelle omniprésente et
fort potentiel de sites de pratiques sportives de plein air (notamment sports de voiles,
randonnées diverses, cyclotourisme, etc.). À titre d’information, elle se situe, pour
l'année 2003, au 12ème rang des régions françaises au regard du nombre d'arrivées et
de consommation touristiques. Cependant, en termes de recettes touristiques et de
nuitées par habitant la RNPC se situe parmi les dernières régions bien loin de la Corse,
PACA, Rhône Alpes, etc. (Chiffres clefs, Ministère du Tourisme, 2004). On estime à
prés de 18 000 le nombre des salariés du secteur touristique. Tourissima est le premier
salon en province avec plus de 2 000 professionnels et 50 000 visiteurs. Pourtant, au
regard du potentiel de la région et de son classement national, on est en droit de se
poser des questions. Quelles sont les causes de ce retard ? Est-ce une question d’image
du Nord, un manque de politiques durables et efficaces ou toutes autres causes ? En
tout cas, la revue « Pays du Nord », depuis sa parution en 1994, forte de son succès
(lectorat estimé à 90 000), tente de lutter contre les idées reçues et les mauvaises
étiquettes attribuées au Nord (climat, paysages, etc.) et promeut les qualités du Nord en
termes de : balades, expositions culturelles et artistiques, saveurs du terroir, jeux
traditionnels, bon accueil des populations locales, etc.
3 Par ailleurs, les pratiques sportives et ludiques (de plein air) sont devenues des
vecteurs de développement importants pour le secteur touristique. Les projets
exploitant l’aspect sportif en liaison avec les ressources environnementales sont

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devenus un moyen privilégié pour appréhender de manière globale les processus de


développement socio-économique des espaces et territoires touristiques (Corneloup et
al., 2002). Des régions françaises parmi les plus en pointe en la matière l’ont bien
démontré (Rhône-Alpes, PACA, Bretagne, etc.) et d’autres départements sont en phase
de le réaliser (Drôme, Ardèche, etc.).
4 L’exemple de La Ruhr région très peuplée, industrialisée, longtemps marquée par
une image de « pays noir » grâce à la place croissante accordée aux espaces récréatifs,
depuis une décennie, a pu modifier son image en sa faveur. La RNPC peut-elle, en
développant des moyens et en promouvant ses territoires et les activités
potentiellement ludo-sportives, se reconvertir ou se diversifier dans le tourisme sportif
(ou actif) ? J. Scol (2000) montre que l’eau et les sports nautiques sont au cœur de la
requalification récréative des friches industrialo-minières et des canaux de la RNPC.
Ces espaces « en eau » se présentent comme une alternative intéressante face à la
carence d’espaces naturels favorables à la pratique des loisirs nautiques dans la région
et donc comme de formidables opportunités en terme d’aménagements touristiques
récréatifs ou sportifs. Le stade d’eau vive de St-Laurent-Blangy (1996) est un exemple
d’aménagement original qui autorise la pratique du canoë-kayak sur la Scarpe et attire
de plus en plus de clubs étrangers (1 125 en 2005). Rieulay dans le Douaisis est un autre
exemple de reconversion réussie : le plus vaste terril plat du bassin minier (1400
hectares) s’est transformé depuis plusieurs années en une base de loisirs avec lac, plage,
jeux pour enfants... Planche à voile, canoë-kayak et aviron, ces trois sports nautiques
sont praticables sur le plan d’eau. De même, alors qu’il y a 20 ans, le Nord n’était pas
considéré comme un département propice à la randonnée, la collaboration entre le
Conseil Général et le comité départemental de la fédération de randonnée pédestre a
débouché sur un Plan Départemental d’Itinéraire de Promenades et de Randonnées
(PDIPR) avec plus de 2 000 km de sentiers, 232 circuits, 23 000 fiches téléchargées par
mois.

1. Problématique
5 Dans une société française de plus en plus sportive (36 millions de pratiquants1), les
activités physiques et en particulier les activités de pleine nature représentent un
élément constitutif du secteur vacancier (Enquête pratiques sportives 2000, INSEP-
MJSVA2, 2002). Cette intégration récente du sport dans l’offre touristique comme
élément central ou simple produit d’appel au même titre que le patrimoine ou la culture
est illustrée par les accords de coopération de 1999 entre le Comité International
Olympique (CIO) et l’Organisation Mondiale du Tourisme (OMT), par la tenue en 2003
des 1ères rencontres nationales du tourisme et des loisirs sportifs de nature, par la sortie
prochaine d’un guide de savoir-faire du tourisme et des loisirs sportifs de nature par
l’Agence Française d’Ingénierie du Tourisme (AFIT, créée en 1993) notamment. Sans
oublier que des associations sportives telles que l’Union des Centres de Plein Air
(UCPA), la fédération française de cyclotourisme... ont l’agrément tourisme depuis la
réforme de la loi de juillet 92 sur les agences de voyages et qu’elles continuent de
proposer des produits sportifs touristiques à leurs adhérents (cf. engagement plus fort
de la fédération de cyclotourisme en direction du tourisme avec le projet intitulé
« Tourisme à vélo » en 2004).
6 La possibilité de pratiquer une activité sportive apparaît donc comme un atout
supplémentaire pour « vendre » une région et peut être par là même un moteur de la
croissance économique régionale en diversifiant la gamme de services des structures

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touristiques locales. Un grand nombre d’opérateurs en tourisme (collectivités


territoriales, CRT, CDT, Agences locales de développement, etc.) promeuvent la RNPC
en distillant des images de territoires sportifs (exemple de la Côte d’Opale) et en
mettant en exergue leurs potentialités de pratiques ludo-sportives. L’engouement
croissant pour les activités de pleine nature (un Français sur trois pratique une de ces
activités selon l’enquête citée précédemment) représente désormais un enjeu majeur de
développement local pour des territoires ex-industriels en difficulté économique. Les
services sportifs de plein air deviennent de fait une composante centrale des politiques
locales de développement durable nécessitant une certaine reconversion des territoires
concernés dans les services touristiques afin de renforcer leur compétitivité.
7 Cependant le développement du tourisme sportif n’est pas automatique. Un
territoire, fort de ses potentialités, ne peut concrétiser des projets de développement
par le tourisme sportif qu’à partir d’une quadruple dynamique :

1) que les populations et les décideurs locaux en soient conscients et


participants,
2) que des infrastructures sportives et d’accueil soient réalisées par les secteurs
public et marchand,
3) que les ressources humaines (des professionnels) et financières
(investissements privés) soient encouragées et enfin
4) que l’ensemble des actions aient le soutien du tissu des associations locales
constituant la plus grande part des ressources actuelles.

8 D’autre part, pour qu’un territoire touristique lié aux loisirs sportifs puisse être
attractif, il doit développer une capacité d’accueil touristique, diversifier son offre des
activités ludo-sportives et accroître sa notoriété. Le sport n’est un facteur d’image qu’à
condition qu’il soit relayé par les médias et les pratiquants. Cette attractivité est
dépendante d’un projet global de développement intégrant par conséquent des
éléments forts telles que la définition d’une identité autour de sites sportifs
emblématiques, de symboles et d’images distinctifs faisant référence et mobilisant des
acteurs sportifs et prestataires de services locaux (cf. : sport de vent sur les côtes du
Nord). Les orientations politiques qui permettent la mise en œuvre du projet doivent
donc établir des programmes d’actions multiples (aménagement des territoires,
servuction3 des pratiques sportives, communication, etc.) s’appuyant sur des structures
mixtes (publique, associative et marchande) de coordination et/ou de gestion. Il faut
néanmoins garder à l’esprit les risques d’effets pervers de la notoriété sur l’attractivité
des sites, à savoir les dangers de sur-fréquentation, dégradation du patrimoine naturel,
nuisances diverses et de saturation avec son cortège de conflits d’usage
(résidents/touristes, pêcheur/kayakiste, grimpeur/protecteur des oiseaux, etc.).
« L’Enduro du Touquet » est un exemple régional éloquent de toutes ces formes de
conflits dus à la grande attractivité de l’événement sportif.
9 Dans un cadre exploratoire cette étude tente de savoir si le tourisme sportif est l'une
des préoccupations majeures des acteurs régionaux de ce secteur. Dans un cas ou dans
un autre qu’est-ce qui motive les décideurs dans leur position ?
10 Pour ce faire, il convient, par ailleurs, concernant le développement de cette filière et
l’ensemble de ses composantes, d’établir préalablement un diagnostic des atouts et des
faiblesses afin de mesurer la cohérence ou l’incohérence d’une stratégie ou d’une
organisation éventuellement propre à la RNPC.

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2. Approche conceptuelle
11 Afin de lever les ambiguïtés terminologiques, sources d’incompréhension et
d’incertitude, il est préférable de cerner les notions principales au cœur de cet article.
12 Le tourisme est défini selon l’OMT comme les activités déployées par les personnes
au cours de leurs voyages et de leurs séjours dans les lieux situés en dehors de leur
environnement habituel pour une période consécutive qui ne dépasse pas une année, à
des fins de loisirs, pour affaires ou pour autres motifs. Dans une approche
fonctionnaliste, pour J. M. Dewailly (1993), un touriste est donc un visiteur temporaire
qui séjourne au moins 24h dans le lieu qu’il visite pour des motifs de loisirs (agrément,
vacances, sport...) ou d’affaires (famille, mission...). Un visiteur qui séjourne moins de
24h pour les mêmes motifs est un excursionniste. Le visiteur constitue la catégorie de
base qui comprend les touristes et les excursionnistes et il est donc le point de référence
de l’ensemble du système des statistiques de ce secteur. Dans le cadre de cette étude il
convient de signaler que la réflexion est menée en terme d’offre d’activité et non pas en
terme de qui consomme ces activités de loisirs. Ces dernières peuvent concerner les
visiteurs sans exclure les résidents qui les consomment dans le cadre de leurs loisirs.
L’essentiel ici est de considérer la capacité de création de richesse localement de
l’ensemble du secteur des loisirs sportifs outdoor.
13 La touristicité est le caractère touristique fonctionnel (et non potentiel) d’un espace
alors que nous appellerons touristification le processus d’appropriation de l’espace par
le touriste : occupation progressive de l’espace par des hébergements et des
équipements, par une polarisation croissante des flux dans l’espace et dans le temps et
par des retombées diverses sur le milieu d’accueil en termes socio-économiques.
14 Le tourisme sportif peut être défini, selon G. Plagnol (1997), comme toutes formes de
déplacement motivées par le sport en tant que sport objet (spectacle d’un événement
sportif, visite d’un musée, d’un stade...) ou sport activité (stage, pratique récréative ...).
15 Les activités physiques de pleine nature (APPN) qui répondent aux besoins
croissants des citadins de s’évader du cadre urbain (les Anglo-saxons regroupent ces
activités ludo-sportives de plein air sous l’appellation « outdoor activities ») peuvent
être définies comme l’ensemble des activités physiques ou sportives qu’elles soient
aériennes, nautiques ou terrestres, dans la mesure où elles sont pratiquées en milieu
« naturel ».
16 Le nombre estimé de pratiquants d’APPN s’élevait en 2002 à 30 millions et
comprend le cyclisme (Vélo Tous Terrains, cyclotourisme, etc.), toutes les formes de
randonnées (pédestre, équestre, etc.), toutes les formes de voile (planche à voile, kite-
surf, etc.), les pratiques spécifiques à la montagne (ski, escalade, etc.), les sports de vent
(parapente, char à voile, etc.). Après avoir été longtemps opposé à l’artificiel,
aujourd’hui le clivage se porte sur l’antagonisme rural/urbain connoté
traditionnel/moderne. La nature que recherche le public n’est plus « brute » mais
codifiée et aménagée, l’exemple type étant celui de la « via-ferrata » ou de l’escalade
(Vachéé, 2003).
17 Un territoire, au-delà des caractéristiques géographiques, doit être compris comme
un espace social localement identifié par les acteurs qui y projettent leur subjectivité
(Bouhaouala, 2001a, b). Il y a donc un processus de construction à partir des ressources
et des agréments perçus pour transformer un espace, un endroit passif où se
concentrent des activités et des acteurs sociaux4. Un territoire est en effet, une sorte de
milieu créatif et innovant qui peut être interprété par les acteurs selon un système de
représentations créant un sentiment d’appartenance et qui constitue la spécificité
indispensable propre à une destination touristique (ainsi le massif du Vercors, la Grave,

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etc.). Un territoire s’imprègne d’une image et de formes emblématiques qui constituent


un accès filtré pour des segments de clientèles et d’usagers. J.P. Augustin (1997) met
ainsi en lumière l’attrait du littoral aquitain pour les amateurs de glisse nautique :
Lacanau, Hossegor (« hauts lieux » français du surf way of life). L’espace réaffecté à de
nouvelles pratiques gagne en identité et affirme, dès lors, sa fonction touristique. Le
tourisme sportif peut être alors un bon « laboratoire » d’observation du processus de
recomposition des territoires et de la taille pertinente de la maille territoriale d’action.
18 Dans le tourisme sportif, l’identité et la représentation du territoire précèdent
systématiquement sa consommation. L’image est un des éléments fondamentaux du
tourisme. En fait, le visiteur voyage dans sa tête avant de passer à l’acte et il y a une
translation de trois images successives, de l’image primaire (stéréotype, cliché...) à
l’image concrète (nouvelle image liée à la préparation pratique) en passant par une
image culturelle (image plus objective grâce aux informations, guides...). Le sport est
constitutif d’images du fait des valeurs et des symboles qu'il est supposé renfermer :
dépassement de soi, plaisir dans l’effort, convivialité, évasion, bien-être, etc. Il peut
donc affecter l’image de marque d’un territoire avec un double objectif :

a) contribuer à sa notoriété grâce à la médiatisation de ses résultats (Lens connu


par le Racing et ses supporters) et
b) afficher une nouvelle image de dynamisme et de joie de vivre (cas des Alpes).
En ce sens le char à voile, sur la côte d'Opale, peut symboliser le passage d’un
Nord laborieux à un Nord entreprenant et moderne, (Dorvillé, 1997).

19 Nous entendons par politique, la définition d’un programme d’action et la mise en


œuvre de moyens pour réaliser certains objectifs déterminés dans un domaine précis
(e. g : le développement local). Pour dynamiser la production touristique, il faut mettre
en œuvre différentes politiques ou une politique globale à différents volets : de
développement reposant sur une analyse stratégique (prospective, enjeux,
alternatives...), d’aménagement s’appuyant sur une analyse structurelle (équipements,
transports, sites attractif...), d’animation et d’encadrement fondée sur un diagnostic des
prestations, des compétences des personnels... et enfin de commercialisation utilisant
des études de marché et des actions commerciales (vente et communication).
20 Le tourisme sportif et les pratiques de pleine nature étant soumis à de multiples
enjeux et interactions, il convient alors d’identifier les principaux acteurs de ce champ
social. L’État intervient dans le cadre d’une planification incitative par le biais du
ministère ad hoc et d’autres ministères (MJSVA, Ministère de la Culture...) notamment
dans le cadre de l’aménagement du territoire et ses services définissent les politiques
touristiques, spatiales ou sectorielles qu’il entend mener. En outre, l’État élabore et met
en œuvre la réglementation des activités touristiques ainsi que l’encadrement des
normes de classement et d’agrément des équipements et organisations de tourisme.
L’AFIT est le bras séculier du ministère chargé du tourisme.
21 Le désengagement relatif de l’État, via les lois de décentralisation, a amené les
collectivités territoriales à jouer un rôle substantiel et central. Le Conseil Régional
détermine les axes de la politique touristique régionale que le Comité Régional de
Tourisme (CRT) met en œuvre et enrichit avec de multiples partenaires. Actuellement,
la nouvelle loi de décentralisation des compétences touristiques vise à reconnaître aux
régions une compétence principale en termes d’animation et de coordination des
initiatives publiques et privées, en maintenant toutefois le principe de la compétence
partagée. Aux départements (et leurs Comités Départementaux de Tourisme : CDT) est
confiée la tâche de valoriser et de promouvoir surtout l’offre des petits opérateurs
publics ou privés. Quant aux communes, situées à la base de l’action publique, surtout

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en milieu rural, lieu privilégié du tourisme sportif, elles détiennent souvent, comme le
remarque P. Chazaud (2004), en l’absence d’opérateurs touristiques ou de porteurs de
projets privés, un monopole de fait à travers leurs équipements municipaux (piscine,
base de loisirs, port de plaisance...).
22 Par manque de régulation on est en droit de poser la question de l’organisation
territoriale du tourisme et regretter un flou au niveau des rôles entre les différents
niveaux territoriaux (sur-communication et chevauchements fâcheux), un déficit de
coopération et de coordination (parfois même concurrence institutionnelle liée aux
enjeux de pouvoir) entre ces différents échelons ce qui nuit à la nécessaire
complémentarité des programmes d’action. La nouvelle loi doit clarifier les missions
entre les CRT, CDT, OTSI... sans oublier les structures mixtes (syndicat mixte...) afin
d’éviter la dispersion des efforts et de favoriser les synergies notamment vis-à-vis de la
clientèle non résidente (nationale et étrangère).
23 À côté des acteurs publics, il convient de repérer les acteurs privés marchands et
associatifs qui jouent des rôles différents mais complémentaires dans
l’opérationnalisation des politiques locales de développement et qui de fait fondent la
structuration de l’espace de l’offre. Les restaurateurs, hôteliers, agences de voyages,
prestataires de services sportifs (centre équestre, parc d’aventure, base de canoë...)
participent à la notoriété et à la médiation entre le public et un territoire touristique en
assurant la production de services sportifs et touristiques.
24 Le mouvement sportif associatif du fait de son ancrage historique (conception du
sport amateur, désintéressé, éducatif et ouvert), bien qu’il occupe une place
incontournable dans le développement touristique local (Bouhaouala, 2001a), a parfois
des difficultés à proposer une offre de services à destination des non-résidents. Ainsi,
pour des raisons idéologiques, ce dernier exclut les actions (marchandes) de
développement par le tourisme, ce qui est un indicateur d’un manque de prise de
conscience des populations locales de la force des sports outdoor (McDonald R et
Jolliffe, 2003). Ces pesanteurs sociologiques de la part des organisations associatives
fédérales peuvent freiner l’essor du tourisme sportif en continuant à ne proposer
qu’une offre devenue inadaptée. Par ailleurs, il n’y a que peu de grands prestataires
associatifs nationaux qui s’intéressent à ce marché : l’UCPA, l’Union Française des
Centres de Vacances (UFCV) ; par contre, beaucoup d’opérateurs marchands proposent
des produits à base d’activités sportives de plein air : Club Med, Nouvelles Frontières,
etc.

3. Méthodologie
25 Cet article, centré sur le développement du tourisme sportif dans la RNPC, cherche à
un premier niveau à identifier les images qu’ont de cette région les acteurs et décideurs
locaux. Partagent-ils les préjugés courants, les combattent-ils et de quelle façon ? Dans
un second niveau, une analyse stratégique essaye de mettre en évidence le jeu de ces
différents acteurs (publics, privés) pour saisir plus particulièrement la place que les
sports outdoor peuvent occuper dans une dynamique locale. Les décideurs et acteurs
locaux envisagent-ils le passage d’un Nord industriel à un Nord touristiquement
attractif ? Y a t-il une volonté de reconversion des bassins d’emplois et renouvellement
des usages et des mentalités locales, par le tourisme sportif ?
26 Dans le cadre de ce travail qu’on situe à son stade exploratoire, l’approche
compréhensive et qualitative a été privilégiée. Pourtant, le choix s’est porté sur de la
technique d’enquête par entretien semi directif (durée moyenne 1h30). Ces derniers au

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nombre de 7 ont été conduits de manière individuelle ou collective, entre les mois de
mars et mai 2003 auprès de décideurs et acteurs locaux (représentés anonymement par
la lettre E suivie d’un chiffre).

E1 : est un élu local fondateur de l’agence de développement touristique de la


Côte d’Opale et maire d’une grande ville de cette même Côte.
E2 : est un vice président du Conseil Régional du Nord Pas de Calais, chargé du
sport et par ailleurs adjoint au maire d’une commune du Valenciennois.
E3 : ce sont trois chargés de missions au CRT de la communication et du
développement touristique.
E4 : est un chargé de mission par le CDT des relations avec les élus locaux et les
collectivités locales du département du Nord.
E5 : est un chargé par l’Agence de Développement Touristique de la Côte d’Opale
(ADTCO) de développement du sport.
E6 : est une responsable d'une base de loisirs sportifs située dans l’Avesnois.
E7 : est un responsable d’une base de loisirs sportifs située dans le Pas-de-
Calais.

27 Les entretiens ont été organisés autour des quatre thèmes suivants :

1. Définition d'axes forts de l’identité du Nord : quelles dimensions sont mises en


avant par les interviewés : historique, géographique, administrative, culturelle,
linguistique, etc. ?
2. Reconstruction des stratégies de communication et de développement : quel
budget, quels supports, quels arguments, quelle envergure, quelle évaluation de
la pertinence des actions ?
3. Position concurrentielle du Nord au plan national : quels sont ses atouts, ses
faiblesses, et à quelle échelle (euro régionale, nationale) ?
4. Place du sport dans l’offre touristique : est-elle souhaitable, avec quels
partenaires associés, quels peuvent être les sports outdoor identifiant la région ?

28 L'analyse des entretiens se déroulera selon ces quatre thèmes et exploitera les
indicateurs qui s'y rapportent en appliquant les règles de l'analyse des contenus.

4. Interprétation des résultats


29 La première lecture des entretiens montre que les acteurs locaux ont dans l'ensemble
conscience des préjugés et des stéréotypes associés à l'image de la RNPC. Dans le sens
de la prégnance d’une image géographiquement et climatiquement dégradée (humidité,
monotonie des paysages, etc.), zone frontalière marquée par l’histoire des guerres,
poids d’une culture industrielle et ouvrière austère. La vision anthropologique de
l’homme du Nord le présente comme rude, travailleur mais heureusement chaleureux.
Comme l’exprime E6 : « Les gens (touristes) ont une image très négative. Déjà, c’est le
Nord, il fait froid et il pleut. Il y a plus d’alcoolisme et de chômage. C’est la misère. Les
gens ont encore une image désuète... le Nord est une région de labeur ; de façon très
symbolique, il y a quelques années on pouvait remarquer le long de l’autoroute A1 des
panneaux qui annonçaient : le Nord, terre d’accueil et de travail. Cela ne s’invente
pas ! ».
30 Pour contrebalancer ces représentations archétypales, tous insistent sur la dimension
humaine (convivialité, chaleur humaine, etc.) qui fait contrepoids aux connotations

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péjoratives liées au climat, à la pluviosité, à l’industrie ancienne et au cadre de vie


dégradé et pollué. E2 dit : « Ici on a un sens de l’accueil, on sait rire, on fait des fêtes et
il y a une vie intense. L’étranger est vite mis à l’aise. Les nordistes possèdent deux
qualités : ils ont à la fois le sens du travail et celui de la fête partagée ».
31 On perçoit alors cette idée forte que les habitants du Nord sont les meilleurs
ambassadeurs de leur région. Le sondage SOFRES paru en mars 2004 dans le grand
quotidien régional « La Voix du Nord » met en évidence un sursaut identitaire : 84 %
des habitants de la RNPC sont fiers de leur région et 66 % d’entre eux se déclarent
optimistes pour l’avenir...
32 Un consensus se dessine aussi sur les atouts et les faiblesses de cette région. Les
points forts sont sa situation géographique, au cœur d’une zone de chalandise de 20
millions d’habitants, alliée à une densité et à une qualité des voies de communication
(réseau autoroutier, TGV, Eurotunnel, aéroports et ports), une population jeune et
dynamique, une vie associative très dense avec un ancrage territorial fort (jeux
traditionnels vivaces, ducasses et folklore Ch'ti), un patrimoine culturel et historique
riche (les beffrois comme symboles locaux, Lille après Boulogne, Cambrai... a obtenu le
label Ville d’art et d’Histoire en 2004 en plus d’être capitale européenne de la culture).
33 Les points faibles identifiés sont constitués de multiples éléments. D'une manière
générale c'est la présence forte de zones industrielles et urbanisées, anciennement et
fortement polluées (la région rassemble 50 % des friches industrielles nationales). Allié
à cela un faible pourcentage d’espaces naturels5 avec de fortes pressions sur les
écosystèmes. Le taux de chômage est supérieur de 3 points à la moyenne hexagonale ce
qui annonce une crise sociale aiguë. Du point de vue structurel, le manque
d’hébergement de tous types (moyen et haut de gamme) pénalise la structuration d'un
réseau touristique diversifié, notamment le tourisme sportif, de congrès et d’affaires.
Par ailleurs, le manque de terrains de camping sur la Côte d’Opale ne favorise pas
également la prise en charge d'un tourisme de proximité et d'évasion. Enfin, tout cela
accentue le manque de notoriété flagrant dans l’opinion française, et n'arrange pas les
choses face à une concurrence flamande de plus en plus agressive (exemple de
l'aménagement de la Lys).
34 Par ailleurs, des divergences apparaissent sur la définition de la région Nord. En
l’absence de limites naturelles précises, hors le littoral, pour certains le Nord épouse les
limites administratives.
35 Ainsi pour E1 : « le Nord c’est le département, le reste, cela ne veut rien dire, c’est
forcement le département » alors que d’autres changent d’échelle et parle d’Euro
région. « Le Nord pour moi comprend le Kent, la Normandie, l’Aisne, le contrefort des
Ardennes, la Flandre belge... c’est l’Euro région. Il faut le jouer à cette dimension là »
(E4). La définition de la région Nord, ne pose pas de problème à proprement parler,
mais elle est ici révélatrice d'enjeux divergents qui s'expriment à travers les positions
institutionnelles de chacun.
36 De fait, trois territoires touristiques s’autonomisent : la Côte d’Opale qui bénéficie
d’un espace littoral encore sauvage et attire les amateurs de nautisme et de sports de
vent, la métropole lilloise qui est le point d’accroche pour le tourisme culturel et
d’affaires, et loin derrière l’Avesnois qui joue la carte du tourisme vert.
37 Concernant le rôle que peut jouer le tourisme dans le développement de la région, on
note quelques discordances et un certain paradoxe. Les chiffres annoncés dont les
retombées économiques escomptées sont pour le moins fantaisistes et démontrent un
manque de fiabilité des outils statistiques directs et indirects. Ainsi, les emplois
concernés oscillent entre 15 000 et 50 000 selon les interlocuteurs, le nombre de
touristes fréquentant la région varie entre 5 et 10 millions, etc. Mais au-delà de ces

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décalages et discours de façade, ce qui est surprenant, c’est le manque de conviction des
décideurs dans le rôle positif que pourrait jouer le tourisme et le tourisme sportif en
particulier dans la région. En effet, E1, pourtant président d’un syndicat mixte et
fondateur d'une agence de développement sur la Côte d'Opale, illustre cette attitude et
déclare : « Le Nord, c’est une région industrielle d’abord, c’est de là que vient la
richesse... Le tourisme n’est qu’un complément ». Paradoxalement, ce sont les
décideurs en charge du secteur sportif qui semblent le plus s'intéresser aux
problématiques de développement et de reconversion économique locale. L’élu du
Conseil Régional nous explique : « il y a encore beaucoup de réticences à considérer le
tourisme ici comme un véritable élément de développement économique de la région
et c’est un tort car on a beaucoup de potentialités à exploiter dans ce domaine ». Il est
tellement convaincu par cette perspective qu’il envisage, en cas de « débarquement » de
son poste à l’issue des prochaines élections régionales de se recycler dans la création
d’une structure de tourisme sportif et d’en vivre confortablement ! En effet, dans la
réalité, la mentalité des décideurs et par extension celle des résidents reste fortement
marquée par deux éléments fondateurs : la vraie richesse c'est l'industrie et le sport se
limite à une pratique associative destinée aux populations locales. Ceci constitue un
paradoxe fondamental dans la mesure où l'industrie est en déclin certain dans la région
et que les loisirs sportifs sont sans nul doute au cœur des activités des vacanciers (cf.
enquête INSEP-MJS, 2002).
38 La dimension sportive n’apparaît donc pas encore comme un facteur primordial dans
l’attractivité touristique. Le potentiel récréatif est sous-estimé même si quelques
opportunités sont saisies par les acteurs publics. Le Conseil Général du Nord essaie de
désenclaver l’Avesnois en investissant dans le parc départemental du Val-Joly pour y
promouvoir des activités sportives (VTT, pêche, tir à l’arc...). L’offre des sports outdoor
est doublement déséquilibrée. Elle s'adresse essentiellement aux populations résidentes
pour des raisons sociales (désenclavement, réinsertion, amélioration des loisirs, etc.).
D'autre part, elle concerne davantage le littoral et ses 140 km de côtes relativement
préservées avec comme pratique emblématique le char à voile6. Cette identité sportive
est reconnue nationalement et le journal « Le Monde » dans son dossier sur la nouvelle
France sportive (24/08/04) consacre, dans les sports de nature liés au vent, un article
intitulé « Quand les chars défilent sur les plages du Touquet ». La majorité des
personnes interviewées partagent cette analyse et s'accordent à dire que les sports de
glisse de vent (char à voile, speed-sail, cerf-volant, kite-surf...) peuvent constituer un
produit d’appel pour la côte. E3 confie que « les images de char à voile sur un littoral
pas trop urbanisé accrochent les visiteurs dans les salons...Des touristes lyonnais
viennent passer leurs vacances dans la région afin d'éprouver la griserie et le plaisir
de piloter un engin qui file sur la plage ».
39 Cependant, les activités terrestres se pratiquant à l'intérieur des terres ne sont pas
présentées comme étant spécifiques ou potentiellement valorisantes. Des activités
comme la randonnée pédestre et équestre, le cyclotourisme, le tourisme fluvial ne sont
que mentionnées mais sans aucune conviction de la part des interviewés. Le manque de
concertation entre les acteurs publics et les acteurs privés associatifs et marchands est
pointé du doigt de part et d'autre. Si le sport de haut niveau est valorisé par les
décideurs publics car fortement médiatisé (les champions : héros et hérauts de la
région), les relations avec les associations axées sur les loisirs et les activités récréatives
sont ténues. Comme le reconnaît E3 : « Nous avons du mal à trouver des
interlocuteurs qui acceptent de jouer le jeu et de laisser de côté le sacro-saint
règlement fédéral, d’écouter la demande d’un public qui ne veut pas entendre parler
de performance mais de découverte, de convivialité, hors des sentiers battus ».

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40 Par ailleurs, il convient de noter que lorsque les acteurs publics évoquent les
prestataires de services sportifs oeuvrant ou pouvant prendre en charge ce secteur, ils
pensent essentiellement aux associations déjà existantes et non aux structures
marchandes. Les interlocuteurs ne mentionnent pratiquement jamais des prestataires
privés marchands (Agora, Copampa, Passion Aventure, etc.). De plus, les aléas
climatiques leur apparaissent comme un frein qui limite une potentielle politique
fondée sur le tourisme sportif outdoor.
41 La politique de communication a priori paraît relativement cohérente. En effet, tous
les interviewés sont concernés et elle peut se décliner en une communication interne, à
destination de la population locale, et une communication externe visant à sensibiliser
une population extra-régionale et étrangère (notamment anglaise, néerlandaise,
scandinave). Cependant, a posteriori, les actions et les prestations sportives sont
prioritairement à destination de la population locale. En effet, le CRT, les CDT
consacrent la majeure partie de leur budget afin de populariser et de sensibiliser le
public local à leurs actions de valorisation en faveur du tourisme. Le Conseil Général du
Nord utilise systématiquement son journal « Le Nord », diffusé à 850 000 foyers, pour
faire passer des informations de loisirs, des suggestions de balades, etc. Par exemple,
dans le numéro 174 (Juillet Août 2004) on peut lire des articles sur un défilé des Géants
dans le Douaisis et sur le parc départemental du Mont Noir. « Il s’agit pour les gens du
Nord de consommer leur département pour en faire la promotion. On fait de la
communication interne qui devient de la communication externe » (E4). Comme déjà
mentionné supra les acteurs sont bien conscients qu’on ne peut penser et mettre en
œuvre une politique de développement local par le tourisme sportif qu’à partir du
moment où les populations locales adhèrent aux actions et se rendent compte de leur
patrimoine touristique (McDonald R et Jolliffe, 2003). Cette logique est confortée par
une forte sensibilité des décideurs à développer des actions de « loisir social ». Au-delà
des stratégies électoralistes évidentes, il ressort des entretiens une volonté de
développer un tourisme de proximité pour une population régionale non favorisée et
n'ayant pas toujours les moyens et/ou la culture du voyage. « La première clientèle, ce
sont les habitants du Nord Pas de Calais (NPC), et ce n’est pas étonnant que l’on ait un
des taux français les plus élevés de fréquentation des gîtes et des campings. Les
ouvriers ont aussi droit de partir en vacances » (E6). Cette tendance est confirmée par
(E7) : « Nos tarifs sont extrêmement faibles afin que la population locale puisse y
accéder. Il faut favoriser l'accès pour tous ».
42 À y regarder de plus près, la communication externe qui tente de valoriser l'image de
marque de la région par diverses opérations (fréquentation de salons touristiques,
articles dans la presse spécialisée, diffusion de brochures, WEB et Internet) n'est pas
suivie d'actions concrètes. Par ailleurs, les acteurs des CDT s'appuient dans leur
communication sur les expatriés du Nord qui se sont rassemblés dans un réseau très
actif « l'Amicale des gens du Nord »7. Dans l'ensemble, bien que des opérations
multiples de communication soient citées, le flou des données objectives (budget
imprécis, évaluation de l'impact non prévue, objectifs et attentes à moyen et long terme
fluctuants, etc.) semble indiquer que la stratégie de communication soit plus empirique
et moins bien structurée que les discours des acteurs ne le laisse entendre.

Conclusion
43 Après des années de crise économique, le Nord-Pas-de-Calais s'inscrit dans une
dynamique de transformations profondes et progressives de valorisation de son image

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grise et triste. Sa côte est devenue d'Opale, ses terrils ne font plus d'ombre aux parcs
naturels régionaux. Le marché du tourisme culturel est en constante progression
surtout en ce qui concerne les courts séjours et le tourisme de proximité. Les loisirs
sportifs de nature qui pourraient devenir un élément déterminant dans le choix du
Nord comme destination touristique n'ont pas encore été intégrés dans une politique
globale de développement et de valorisation de la région. Cependant quelques projets
aboutis pourraient débloquer cette situation en démontrant la viabilité de cette
approche. On peut illustrer cela avec « SEAWAY », sur le littoral, complexe ambitieux
de loisirs tourné vers, d'une part, les populations d'Europe du Nord, et d'autre part, les
activités nautiques et la remise en forme. Des projets, même ambitieux comme
SEAWAY, des golfs de renommée, des actions de communications d'envergure, etc. ne
peuvent avoir un impact socio-économique positif que si des actions et des
équipements structurants sont entrepris à moyen et long terme.
44 Il faudrait donc une réelle prise de conscience de la part des décideurs et des
populations locales pour mettre en œuvre une politique de développement fondée sur
un réseau d'acteurs intéressés (institutionnels, professionnels du tourisme, opérateurs
publics et privés des sports de nature, etc.). Ce mode de gouvernance8 permettra de
dépasser les clivages et les conflits d'intérêts pouvant polluer les actions dispersées des
différents acteurs. Il faut faire valoir une sorte de « principe supérieur » dépassant et
donc rassemblant les stratégies des différents acteurs oeuvrant selon des mode de
gestion différents (Corneloup et al. 2001). À titre d’exemple, il convient de penser à la
mise en place d'un outil comme la CDESI (Commission Départementale des Espaces,
des Sites et Itinéraires) qui formaliserait et traduirait une politique efficace
d'optimisation des capacités du tourisme sportif de nature sous l'égide des Conseils
Généraux. Par ailleurs, le Comité Régional de Développement du Sport pourrait
intégrer le sport de pleine nature dans un projet de développement durable du
territoire en prenant en compte les aspects économiques, sociaux et écologiques.
45 Les élections régionales de 2004 et la nouvelle loi de décentralisation n’ont pas
fondamentalement modifié la situation précédente en matière de développement
touristique local. Il nous paraît néanmoins judicieux de vérifier ultérieurement cette
étude en prenant en compte les changements politiques actuels9 et d’élargir le panel de
l’enquête aux nouveaux acteurs politiques et autres décideurs régionaux (directeurs
d’office du tourisme, dirigeants de petites structures, dirigeants d'associations, etc.).

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Notes
1 Le terme de pratiquant, selon les sociologues spécialisés, englobe plusieurs niveaux de
sportivité : du sportif licencié et compétitif (milieu fédéral) au pratiquant de loisir individuel et
autonome (forme ludique) en passant par la remise en forme chez soi ou dans une salle privée
(fitness).
2 INSEP : Institut National du Sport et de l’Education Physique, MJSVA : Ministère de la
Jeunesse, des Sports et de la Vie Associative.
3 Eiglier et Langeard (1991), Servuction, le marketing des services, Paris, Mc Graw-Hill,
utilisent ce concept qui est la contraction des termes de service et de production.
4 Michon et Terret (2005), Pratiques sportives et identités locales, Paris, L’Harmattan,
définissent le territoire comme un espace géographique à propos duquel un groupe humain
développe des sentiments d’appartenance et d’appropriation.
5 Nous excluons ici l’espace de production agricole.
6 Le siège de la fédération française de char à voile se trouve à Berck, plus de 30 % des clubs en
France sont implantés sur la Côte d’Opale.
7 Cette volonté de promouvoir cette identité se concrétise en 2006 par la création de Ch’Tribu,
Espace international, qui fédère les ch’tis disséminés dans le monde et se présente comme
« club d’ambassadeurs » du Nord-Pas-de-Calais.
8 La notion de gouvernance prend en compte la perte de centralité de l’Etat et met en avant le
caractère pluriel des intervenants (autorités locales, groupes privés, agences publiques ou
semi-publiques, associations...) afin d’éclairer les relations stratégiques nouées entre ces
différents acteurs.
9 La création en 2006 de l’aire métropolitaine de Lille qui compte 3,5 millions d’habitants sur
une zone bien définie d’Arras à Valenciennes en passant par le bassin minier va-t-elle réussir à
agréger les différentes intercommunalités dans une grande métropole (Lille) et accroître

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significativement l’attractivité touristique de ce nouveau territoire ?

Pour citer cet article


Référence électronique
Christian Dorvillé et Malek Bouhaouala, « Place des sports outdoor dans le développement
touristique de la région Nord-Pas-de-Calais », Territoire en mouvement Revue de géographie
et aménagement [En ligne], 3 | 2006, mis en ligne le 15 septembre 2011, consulté le 01 mai
2020. URL : http://journals.openedition.org/tem/284 ; DOI : https://doi.org/10.4000/tem.284

Cet article est cité par


Bernard, Nicolas. (2017) Nautisme et tourisme : une convergence au bénéfice
des territoires. Études caribéennes. DOI: 10.4000/etudescaribeennes.10505

Durán-Sánchez, Amador. Álvarez-García, José. del Río-Rama, María de la Cruz.


(2020) Nature sports: state of the art of research. Annals of Leisure Research,
23. DOI: 10.1080/11745398.2019.1584535

Auteurs
Christian Dorvillé
Sociologue
Maître de Conférences - Université de Lille 2
Faculté des Sciences du Sport et d’Éducation Physique (FSSP)
Laboratoire Sport, Identité, Culture (SIC), E.A 4110
Groupe Interdisciplinaire de Recherche sur le Sport et le Tourisme (GIREST)
Christan.dorville@univ-lille2.fr

Articles du même auteur


La ville revisitée par les sportifs... ? [Texte intégral]
Paru dans Territoire en mouvement Revue de géographie et aménagement, 3 | 2006
Malek Bouhaouala
Sociologue
Maître de Conférences - Université de Grenoble 1
UFRAPS Joseph Fourrier
Laboratoire SENS UJF
Groupe Interdisciplinaire de Recherche sur le Sport et le Tourisme (GIREST)
malek.bouhaouala@ujf-grenoble.fr

Droits d’auteur

Territoire en mouvement est mis à disposition selon les termes de la licence Creative
Commons Attribution 4.0 International.

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