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Réf.

: C6151 V1

Corrosion des structures


Date de publication :
10 novembre 2014 en béton armé

Cet article est issu de : Construction et travaux publics | Vieillissement, pathologies et


réhabilitation du bâtiment

par Bruno CAPRA

Mots-clés Résumé Le béton armé est le matériau de construction le plus répandu dans le monde.
béton armé | construction | Le processus de corrosion est un phénomène électrochimique qui se produit au sein du
corrosion des métaux |
Corrosion des armatures béton. Il a lieu à la suite de la carbonatation du béton d'enrobage et/ou de la pénétration
des ions chlorures. Pour améliorer la durabilité des ouvrages en béton armé, il est donc
nécessaire d’allonger la période d'amorçage de la corrosion en utilisant des bétons peu
perméables et un enrobage suffisant. Les méthodes de diagnostic des ouvrages
permettent de quantifier l’état de dégradation dû à la corrosion.

Keywords Abstract Reinforced concrete is the main building material in the world. The corrosion of
reinforced concrete | building | rebars is an electrochemical process that occurs within the concrete. It occurs as a result
corrosion of metals | rebar
corrosion of carbonation of concrete cover and/or penetration of chloride ions. To improve the
durability of reinforced concrete structures, it is necessary to extend the period of initiation
of corrosion using low permeability concrete and adequate cover. Diagnostic methods
makes possible to quantify the state of degradation due to corrosion.

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Corrosion des structures


en béton armé
par Bruno CAPRA
Agrégé de Génie Civil
Docteur de l’École Normale Supérieure de Cachan
Responsable Scientifique, OXAND (Avon, France)

1. Aspect économique de la corrosion............................................ C 6 151 – 2


2. Deux étapes de corrosion des aciers : incubation
et propagation ................................................................................. — 3
3. Mécanismes de corrosion des aciers .......................................... — 4
3.1 Environnement basique de l’acier dans le béton sain ...................... — 4
3.2 Corrosion : un phénomène électrochimique ..................................... — 4
3.3 Influence des additions minérales sur le pH du liquide interstitiel . — 6
4. Phénomènes inducteurs de corrosion des aciers
dans le béton : carbonatation et pénétration des chlorures.. — 6
4.1 Carbonatation du béton ..................................................................... — 7
4.1.1 Mécanisme général ................................................................. — 7
4.1.2 Conséquences de la carbonatation sur la microstructure
du béton ................................................................................... — 7
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4.1.3 Mesure de la profondeur de carbonatation ............................ — 7


4.1.4 Influence de l’humidité relative sur la carbonatation ............ — 7
4.1.5 Cinétique de la carbonatation ................................................. — 8
4.1.6 Influence de la composition et des conditions de mise
en œuvre sur la carbonatation du béton ................................ — 8
4.1.7 Influence des additions minérales sur la carbonatation ........ — 8
4.2 Pénétration des ions chlorure dans le béton .................................... — 8
4.2.1 Chlorures libres et chlorures totaux – Profils
de concentration ...................................................................... — 8
4.2.2 Influence de la microstructure et des additions minérales .... — 10
5. Durée de vie estimée des structures en béton armé vs/
corrosion des armatures................................................................ — 11
5.1 Période d’incubation seule ................................................................ — 11
5.1.1 Modèles de carbonatation ....................................................... — 11
5.1.2 Modèles de pénétration des chlorures ................................... — 12
5.2 Prise en compte de la phase de propagation.................................... — 12
5.3 Limites de la modélisation ................................................................. — 13
6. Notion d’états-limites et de durée de vie................................... — 13
7. Recommandations, normes ou règlements ............................... — 14
7.1 Classes d’exposition selon la norme NF EN 206-1 ........................... — 14
7.2 Épaisseur d’enrobage – Spécifications selon l’Eurocode 2 .............. — 14
8. Diagnostic de la corrosion ............................................................ — 15
8.1 Mesures du potentiel d’électrode ...................................................... — 15
8.2 Mesure de la résistivité électrique du béton ..................................... — 18
8.3 Mesure de la résistance de polarisation ........................................... — 18
8.4 Analyses complémentaires ................................................................ — 19
9. Prévention et réhabilitation.......................................................... — 19
9.1 Prévention – Mesures constructives .................................................. — 19
9.2 Requalification des ouvrages en béton armé.................................... — 20
9.3 Méthodes de réhabilitation ................................................................ — 20
10. Conclusion........................................................................................ — 21
Pour en savoir plus.................................................................................. Doc. C 6 151

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CORROSION DES STRUCTURES EN BÉTON ARMÉ ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

L e béton armé est aujourd’hui le matériau de construction le plus répandu


dans le monde. Si le béton a la capacité d’empêcher la corrosion des arma-
tures, encore faut-il connaı̂tre à quelles conditions.
La corrosion des armatures a lieu à la suite de la carbonatation du béton d’en-
robage et/ou de la pénétration des ions chlorures. Le processus de corrosion est
un phénomène électrochimique qui se produit au sein du béton. La détériora-
tion se déroule en deux étapes :
– dans la première phase, dite d’« amorçage », l’acier est protégé initialement
par l’alcalinité élevée de la solution interstitielle régnant à l’intérieur du béton :
il se forme une couche passive mince d’oxydes protecteurs. La carbonatation
du béton, en diminuant le pH et/ou une quantité suffisante d’ions chlorures,
peut détruire cette passivité et amorcer la deuxième étape ;
– dans la seconde phase, se fait la propagation de la corrosion. L’apport
d’oxygène, et surtout l’humidité ambiante, contrôlent alors la vitesse de corro-
sion.
La propagation de la corrosion conduit progressivement à la formation de
fissures et au décollement du béton d’enrobage. Pour améliorer la durabilité
des ouvrages en béton armé, il faut autant que possible allonger la période
d’amorçage en utilisant des bétons compacts et peu perméables (en présence
de chlorures, les ajouts de laitiers, de cendres volantes ou de fumées de silice
peuvent être bénéfiques). Il faut également que l’épaisseur d’enrobage soit suf-
fisante. Le respect de la réglementation actuelle (normes européennes), ou
d’approches de types performantielles, permettent de viser une durée de vie
donnée. Des modèles numériques permettent de pronostiquer des durées de
périodes d’amorçage, ainsi que des vitesses de développement de la corrosion
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avec prise en compte des incertitudes.


Les méthodes de diagnostic des ouvrages permettent de quantifier, par croi-
sement de différentes techniques, l’état de dégradation dû à la corrosion. Selon
l’état d’avancement des dommages, des mesures préventives, de réhabilitation,
voire de remplacement, seront mises en œuvre afin de garantir la sécurité de
l’ouvrage ou, le cas échéant, sa requalification dans le cadre d’un programme
de maintenance.

à l’origine de nombreux défauts apparents qui, s’ils n’engendrent


1. Aspect économique pas de pertes de capacité portante de la structure, se révèlent nuisi-
de la corrosion bles à l’exploitation de l’ouvrage.

& Typologies des dégradations par pays

Le béton armé est largement utilisé depuis plus d’un siècle car  Les États-Unis doivent surveiller un parc de près de
c’est un matériau de construction souple d’emploi, économique et 586 000 ponts autoroutiers, dont 15 % sont considérés comme
durable. L’utilisation d’armatures en acier dans les zones tendues, structuralement déficients, essentiellement pour des raisons de cor-
en raison de la faible résistance à la traction du béton, permet de rosion avancée ([1] [2]). Le renouvellement, ou le remplacement, de
concevoir des structures aux emplois divers, le béton fournissant ces ponts va coûter plus de 10 milliards de dollars par an
à l’armature un environnement protecteur. ( ª 8 500 M€) au cours des 10 prochaines années, et ceci unique-
ment pour couvrir les déficiences les plus graves ([2] [3] [4]).
& Dégradations spécifiques et leurs causes
L’analyse du cycle de vie estime les coûts indirects pour l’usager,
Il existe pourtant des situations où les ouvrages en béton armé dus aux retards et à la perte de productivité, à plus de dix fois les
se dégradent plus vite, ou plus sévèrement que prévu, suite à des coûts directs de maintenance, réparation et réhabilitation des
fautes de conception, de mise en œuvre ou à une mauvaise utilisa-
ouvrages corrodés.
tion des matériaux par rapport à l’agressivité de l’environnement.
Généralement, les dégradations observées résultent d’une combi-  Au Canada, environ 40 % des ponts autoroutiers ont plus de
naison de ces différents facteurs. 40 ans de service. Un grand nombre d’entre eux exigent un renou-
La corrosion des aciers au carbone dans le béton est l’une des vellement ou un remplacement en raison des dommages causés
principales pathologies des ouvrages de Génie civil. Elle est la par la corrosion. Ces travaux sont estimés à 10 milliards de dollars
cause de détérioration la plus coûteuse en termes de maintenance, canadiens ( ª 6 500 M€) ([2] [5]).

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–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––– CORROSION DES STRUCTURES EN BÉTON ARMÉ

En 1998, on estimait que 25 % des ponts en béton armé du Qué- supérieurs à celui de l’acier sain (figure 1). Ces produits entraı̂nent
bec souffraient, à des degrés divers, de corrosion des armatures [6]. des contraintes qui peuvent provoquer une fissuration parallèle aux
En Amérique du Nord, le coût total des dégradations de l’infrastruc- aciers qui diminue l’adhérence acier/béton, ainsi que l’éclatement
ture en béton liées à la corrosion par les sels de déverglaçage est du béton d’enrobage (formation d’épaufrures). Les désordres
estimé à 150 milliards de dollars [7]. créés nuisent à l’aspect esthétique des ouvrages, mais contribuent
aussi à affaiblir les résistances mécaniques.
 Au Royaume-Uni, le département des transports estime que le
coût de réparation des ponts routiers inventoriés et endommagés La corrosion conduit également à une diminution de la section
par la corrosion, soit environ 10 % du total, s’élève à environ des armatures, homogène dans le cas de la carbonatation, ou par
617 millions de livres sterling ( ª 900 M€) ([2] [7]). piqûres (profondes) dans le cas d’une attaque par les ions chloru-
res. De manière conservative, on considère généralement que la
 En France, la Direction des Routes du Ministère français de capacité fonctionnelle de l’ouvrage est entamée dès la destruction
l’équipement a conduit en 1997 des enquêtes d’Image qualité des du béton d’enrobage, même si la réduction de la section des arma-
ouvrages d’art (enquête IQOA) qui sont des évaluations précises tures ne contribue pas encore à produire des défauts structurels.
du patrimoine national [8]. La figure 2 illustre les différentes phases précédentes selon le
Il ressort de ces études que les dégradations observées sur les modèle de Tuutti [9]
ouvrages d’art en béton armé sont essentiellement dues à la corro-
sion des armatures. Sur un échantillon de 315 ponts du réseau
national (hors ponts métalliques et en maçonnerie), la base IQOA À la surface d’un ouvrage, les signes visibles de la corrosion
indique que 28 % d’entre eux sont atteints de corrosion. apparaissent bien après le début de la phase de propagation, car
la rouille aura dû migrer des aciers jusqu’à la surface. De même,
& Comment reconnaı̂tre la corrosion
la fissuration ne sera visible qu’après l’existence d’une quantité
La corrosion des armatures est également la première cause de de rouille suffisante pour fissurer le béton d’enrobage.
désordre affectant le domaine du bâtiment. Les manifestations
sont des éclats de béton dus à des armatures très proches de la sur-
face, recouvertes de produits d’oxydation et pouvant générer des La période d’amorçage est capitale dans la préservation des
coulures de rouille. Ces sinistres ne remettent généralement pas armatures puisqu’elle va contrôler le début des phénomènes de
en cause la stabilité du bâtiment, mais engendrent une forte dété- corrosion. Si l’enrobage en béton est un élément essentiel de
rioration de l’aspect.
Dans la perspective d’un développement durable, les infrastruc-
tures doivent conserver les performances requises sur le long Fe
terme. Une longévité insuffisante conduit en effet à des dépenses
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accrues pour l’entretien. Afin de bâtir et exploiter des structures fia- Fe3O4
bles et durables, il est nécessaire d’évaluer les coûts du cycle de vie
au même titre que le coût d’investissement de la construction. Par Fe(OH)2
ailleurs, pour une structure déjà détériorée, un programme de
maintenance et de réparation rationnel doit être établi en rapport Fe(OH)3
avec l’état de la structure.
Il est donc important de pouvoir identifier suffisamment tôt les Fe(OH)3 , 3H2O
risques de dégradations possibles et, le cas échéant, de pouvoir
prédire leur évolution afin de mettre en place les stratégies de 0 1 2 3 4 5 6
maintenance les mieux adaptées. Volume (en cm3)
Pour un volume initial de fer donné, les différents produits de
corrosion peuvent prendre jusqu’à six fois plus de volume et
donc générer des pressions importantes dans un milieu confiné
2. Deux étapes de corrosion tel que le béton.

des aciers : incubation Figure 1 – Augmentation de volume des produits d’oxydation du fer
et propagation
Les manifestations visibles de la corrosion d’un ouvrage (tâches I II
Volume des produits de corrosion

de rouilles, fissurations, armatures apparentes corrodées, éclate-


ments de béton) sont les conséquences de réactions chimiques
endogènes qui ont commencé bien avant que les désordres ne Amorçage Propagation
soient apparents.
& Incubation et propagation : le déroulement
On distingue schématiquement, et successivement, deux phases
dans le développement de la corrosion.
 Une période d’amorçage, dite aussi « période dormante », D
d’« incubation » ou d’« initiation », durant laquelle la stabilité du
système, constitué par l’armature métallique noyée dans la matrice
cimentaire du béton, décroı̂t progressivement et durant laquelle se
créent les conditions favorables au développement de la corrosion. A

 Une période de propagation durant laquelle on observe, en


Temps
premier lieu, la formation de produits issus de la corrosion de l’ar-
mature. Les phénomènes électrochimiques de corrosion (cf. § 3),
conduisent à la formation d’oxydes et d’hydroxydes de volumes Figure 2 – Schéma de dégradation des armatures au cours du temps

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CORROSION DES STRUCTURES EN BÉTON ARMÉ ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

protection, sa seule épaisseur n’est pas nécessairement synonyme aluminates C3A et C4AF) s’hydratent au contact de l’eau [C 920].
de durabilité. Ses caractéristiques de transfert (perméabilité, diffusi- Dès les premiers instants, on peut mesurer un pH très basique de
vité) sont essentielles, car elles assurent la fonction de barrière vis- l’ordre de 13,5 à 14 dans le liquide interstitiel.
à-vis des agents agressifs. L’environnement (température, humi-
dité) joue également un rôle important sur la résistance de cette De manière schématique, l’hydratation de C2S et C3S conduit à la
barrière. formation de silicates de calcium hydratés (C-S-H), qui sont à l’ori-
gine de la résistance de la matrice, et de portlandite Ca(OH)2 sous
& Typologies des dégradations et conséquences forme de cristaux légèrement solubles. La portlandite réagit avec
La figure 3 donne des exemples de dégradations d’ouvrages les sulfates alcalins, toujours présents en quantité mineure dans le
dues à la corrosion (fissuration, éclatement localisé, éclatement ciment, pour donner les hydroxydes correspondants :
généralisé). L’apparition des fissures à la surface est la consé-
quence des réactions qui ont démarré bien avant les manifestations
visibles. L’état ultime correspond à un éclatement du béton, avec Ca (OH)2 + K 2SO4 → CaSO4 + 2 KOH (1)
risques de chute des morceaux de béton dans le cas d’éléments
verticaux.
Si l’éclatement du béton n’entraı̂ne pas de conséquences structu-
Ca (OH)2 + Na2SO4 → CaSO4 + 2 NaOH (2)
relles directes (dans les règlements de calcul, le béton n’est pas
pris en compte dans les zones tendues), la perte de section d’acier
influence fortement la capacité portante de l’ouvrage. Le comporte-
ment mécanique résiduel en service des poutres corrodées est, lui, Le pH élevé de la solution interstitielle est dû à la présence, en
contrôlé à la fois par la réduction de la section d’acier, mais égale- grande quantité, d’ions OH- provenant des bases alcalines et de la
ment par la perte d’adhérence acier béton. chaux dont la solubilité dépend précisément de la concentration en
ions OH-. Après quelques heures, la solution interstitielle s’enrichit
progressivement en bases alcalines NaOH et surtout KOH, alors
Ces manifestations, lorsqu’elles sont visibles, sont le signe que la concentration en chaux décroı̂t et devient négligeable à
d’une corrosion active qui a entrainé des dommages. Dès lors, long terme. Ceci explique que le pH reste largement supérieur à
la mise en place d’actions de maintenance plus ou moins lour- 13, alors qu’une solution saturée de chaux n’a qu’un pH de 12,5.
des afin de réparer l’ouvrage est nécessaire.
Après environ 6 mois, l’évolution des différentes espèces devient
Il est donc important pour un maı̂tre d’ouvrage de ne pas
faible et les valeurs atteintes sont alors celles du milieu dans lequel
attendre que les désordres se manifestent pour intervenir
baignent les armatures métalliques. Soumises à un environnement
(approche curative), mais de pouvoir anticiper ceux-ci (approche
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basique formé par la phase aqueuse fortement chargée en ions


préventive).
(provenant de l’hydratation du ciment ou ayant pénétré depuis
l’extérieur dans le béton par l’intermédiaire du réseau poreux), ces
armatures vont être soumises à des réactions électrochimiques.
3. Mécanismes de corrosion
des aciers 3.2 Corrosion : un phénomène
électrochimique
3.1 Environnement basique de l’acier La corrosion représente l’attaque destructive d’un métal par des
dans le béton sain réactions électrochimiques qui conduisent à un transfert d’ions et
d’électrons à l’interface métal solution [TBA 1 054]. À la surface du
Lors du gâchage d’un béton à base de ciment Portland, les prin- métal, deux types de réactions couplées, correspondant au proces-
cipaux anhydres contenus dans le clinker (silicates C2S et C3S, sus de corrosion oxydation, ont lieu.

a fissuration b éclatement localisé c éclatement généralisé

© OXAND)
Figure 3 – Exemples de détériorations dues à la corrosion d’ouvrages en béton armé (©

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–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––– CORROSION DES STRUCTURES EN BÉTON ARMÉ

& Une réaction anodique, ou d’oxydation du métal, correspond à – formation de rouille verte stable en l’absence d’oxygène
la formation, à partir de l’état métallique, d’ions passant en ([FeII3 FeIII (OH)8]+ [Cl H2O]- en présence de chlorures, ou
solution : [FeII4 FeIII2 (OH)12]2+ [CO3 2H2O]2- dans un béton carbonaté) ;
– formation de ferrihydrite 5Fe2O3.9H2O ;
Fe → Fen+ + ne− (3) – formation d’autres oxydes :
 goethite (a - FeOOH),
La cinétique de cette réaction est régie par la capacité du milieu
électrolytique à accepter la présence d’ions ferreux Fe2+ ou, ferri-  lépidocrocite (g - FeOOH),
ques Fe3+. La concentration de ces ions dépend de la nature des  akagénite (b - FeOOH),
anions présents en solution et de la valeur du produit de solubilité  magnétite (Fe3O4)
des anions et des ions ferreux ou ferriques.
Ces derniers oxydes correspondent à la rouille rouge et gon-
& Une réaction cathodique correspond à la réduction d’un oxydant flante, connue classiquement, ou stabilisation de la ferrihydrite.
présent dans la solution par capture d’électrons fournis par la
cathode. Selon la disponibilité en oxygène de l’environnement, on
obtient : Le schéma réactionnel de la corrosion implique la présence
simultanée de quatre milieux où ont lieu les processus
– en l’absence d’oxygène : élémentaires :
2 H2O + 2e− → 2 OH− + H2 (4) – une zone anodique correspondant à l’oxydation du fer ;
– une zone cathodique correspondant à la réduction d’espèces
chimiques en solution (par exemple l’eau ou l’oxygène
2 H3O+ + 2e− → 2 H2O + H2 (5) dissous) ;
– un milieu conducteur d’électrons (l’acier) ;
en présence d’oxygène : – un milieu électrolytique (le liquide interstitiel du béton).
Les réactions anodiques et cathodiques sont caractéristiques
O2 + 2 H2O + 4e− → 4 OH− ou O2 + 4 H3O+ + 4e− → 6 H2O (6)
du couple métal/solution. À l’échelle macroscopique, elles ont
lieu simultanément et au même endroit. Localement, les surfa-
Ces réactions principales d’oxydo-réduction sont suivies des ces des zones anodique et cathodique sont variables.
réactions secondaires de formation des produits de corrosion à la
surface du métal :
& Potentiel d’une électrode – Électrode de référence – Calculs de pH
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Fen+ + nOH− → Fe (OH)n (7)


Lorsqu’un conducteur électronique (métal) est en contact avec
un conducteur ionique (électrolyte), il constitue une électrode
2 Fe (OH)n ↔ FexOy + H2O (8) caractérisée par son « potentiel d’électrode » ou « potentiel électro-
chimique » ou « potentiel du métal » (sous entendu par rapport à la
Elles sont illustrées schématiquement par la figure 4 [10] : solution). Lorsque le métal est mis au contact de l’électrolyte, ce
potentiel s’établit spontanément, on parle ainsi de potentiel « spon-
tané » ou « libre ».
& Formation des différents produits de corrosion
La création d’une pile électrochimique locale sur l’acier entre les  Pour mesurer le potentiel d’une électrode, il est nécessaire
zones cathodique et anodique, en présence d’eau et d’oxygène, d’introduire dans la solution un second conducteur électronique
conduit à la dissolution du métal au niveau de l’anode et à la préci- qui constitue une deuxième électrode dite de « référence » ; c’est
la différence des potentiels internes des deux conducteurs électro-
pitation de différents oxydes ferreux.
niques qui représente le potentiel de l’électrode.
La formation des différents produits de corrosion comprend les
étapes suivantes ([11] [12] [13] [14] [15]) :  L’électrode de référence arbitrairement choisie est l’électrode
standard à l’hydrogène (ENH). Elle est constituée d’un métal inerte
– dissolution du fer sous forme d’ions ferreux Fe2+ ; (platine) plongé dans une solution d’acide normale à 25  C, et dans
– formation d’hydroxyde ferreux Fe(OH)2 ; laquelle on effectue un barbotage d’hydrogène sous une pression
d’une atmosphère. La tension mesurée correspond donc à la diffé-
rence de potentiel entre le métal et l’électrode standard à
Atmosphère hydrogène.
O2 H2O
Par convention, le potentiel EENH de cette électrode est arbitraire-
ment pris comme égal à zéro.
Fe2O3, H2O On utilise également d’autres électrodes de référence, telles que
l’électrode au calomel saturé (ECS, mélange Hg/Hg2Cl2, immergé
Fe(OH)2 OH- Béton dans du chlorure de potassium saturé, à 20  C, EHg/
d’enrobage Film passif
Hg2Cl2 = EENH + 0,25 V), ou l’électrode cuivre/sulfate de cuivre (Cu/
Fe2+ CuSO4).
Dans le cas de la formation d’oxydes en milieu aqueux, les réac-
tions d’électrodes font intervenir les ions H3O+, donc le pH. Les dif-
férents équilibres en fonction du pH peuvent être représentés dans
e- Armature en acier un diagramme (figure 5) appelé diagramme Potentiel-pH ou dia-
gramme de Pourbaix [16].
Pour une valeur du pH de l’ordre de 13,5 (liquide interstitiel du
béton), le diagramme montre que le fer est en équilibre avec
Anode (-) Cathode (+)
Fe3O4 pour un potentiel d’environ - 800 mV. Au-dessous de cette
valeur, le fer ne se corrode pas (domaine d’immunité) et, pour des
Figure 4 – Schéma de formation des produits de corrosion valeurs supérieures, les oxydes Fe3O4 et Fe2O3 forment un film

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CORROSION DES STRUCTURES EN BÉTON ARMÉ ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Bien que les diagrammes de Pourbaix ne fassent pas intervenir


de considérations cinétiques et qu’ils supposent que la composi-
Potentiel, EENH (en V) tion du milieu électrolytique au voisinage du métal est connue, ce
qui est rarement le cas, on peut affirmer que la formation d’une
1,4
couche passive à la surface de l’acier dans un béton sain est la
ph=13,5
règle générale et que le développement de l’hydratation, qui se tra-
1,2
duit par un enrichissement en ions OH- au cours du temps, et donc
par une augmentation du pH, ne peut avoir que des effets bénéfi-
Fe3+ ques sur la stabilité de cette couche.
(b)
0,8

3.3 Influence des additions minérales


0,4 Fe2O3 sur le pH du liquide interstitiel
Fe2+
0 L’utilisation d’additions minérales (laitiers de haut fourneau, cen-
Immunité dres volantes, fumées de silice, fillers) modifie les équilibres chimi-
ques au sein du béton et peut avoir des conséquences sur le pH du
-0,4 (a) liquide interstitiel, et donc sur la stabilité de la couche passive.
Passivation
Fe3O4 Les cendres volantes et le laitier de haut fourneau conduisent à
-0,8 Corrosion une teneur en portlandite plus faible dans le béton. En effet, les
cendres volantes réagissent avec la portlandite (réaction pouzzola-
nique) pour former des C-S-H supplémentaires. Quant aux laitiers
Fe de haut fourneau, leur hydratation ne conduit pas à la formation
-1,2
de portlandite. On peut donc s’attendre à une légère diminution
du pH du liquide interstitiel, en sachant toutefois que ce sont les
-1,6 alcalis qui deviennent prépondérants au bout de quelques heures.
0 2 4 6 8 10 12 14
Le pH de la phase liquide est déterminé par le taux initial d’alca-
pH lins présents dans les cendres volantes utilisées lequel peut attein-
dre 3 à 4 % suivant leur origine. Pour un pourcentage moyen de
cendres, le pH n’est que légèrement affecté, ne perdant que quel-
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Figure 5 – Diagramme de Pourbaix du système Fe-H2O à 25  C ques dixièmes de point par rapport à un ciment Portland [17].
Le laitier de haut fourneau consomme davantage les alcalins,
passif à la surface de l’acier en réduisant la vitesse de corrosion à mais le pH est encore suffisant pour assurer la stabilité de la
un niveau négligeable (domaine de passivation). couche [18].
Le domaine compris entre les deux droites (a) et (b) de la figure 5
correspond au domaine de stabilité de l’eau. En revanche, l’introduction de fumées de silice, en substitution
partielle du ciment, réduit le pH de la solution bien plus que par
D’une manière générale, ces deux droites délimitent trois régions un simple effet de dilution [19].
importantes :
– tous les métaux, dont le potentiel d’équilibre est situé en des- Remarque
sous de la droite (a), sont attaqués par l’eau avec dégagement Quel que soit le type de ciment utilisé, il se forme une couche
d’hydrogène ; passive d’oxydes à la surface de l’armature qui maintient le
– tous les métaux, dont le potentiel d’équilibre est situé entre les métal dans un état stable.
droites (a) et (b), ne sont attaqués qu’en présence d’oxygène ;
– tous les métaux, dont le potentiel d’équilibre est situé au des-
sus de la droite (b), sont thermodynamiquement stables.

Remarque
4. Phénomènes inducteurs
Selon la disponibilité en oxygène, le potentiel de l’acier pas-
sivé peut varier sur une plage relativement étendue.
de corrosion des aciers
Expérimentalement, on peut mesurer le potentiel d’une arma- dans le béton :
ture noyée dans le béton, c’est le potentiel de corrosion.
Dans un béton sain (pH de l’ordre de 13,5 et température de carbonatation
25  C), les armatures sont dans un état électrochimique qui
empêche la corrosion (immunité ou création d’un film passif et pénétration
qui empêche la corrosion). Si le pH descend en-dessous d’une
valeur limite d’environ 9, la corrosion peut se déclencher selon des chlorures
le potentiel de l’acier. Un béton sain est donc un milieu protec-
teur pour les armatures en acier, toute baisse de pH significa-
tive va rendre possible une corrosion des aciers.
La corrosion des armatures dans les ouvrages en béton armé est
induite par deux phénomènes distincts :
Pour des structures exposées à l’air dans des conditions norma- – la carbonatation du béton, par pénétration d’un front de CO2 de
les, les mesures de potentiel de corrosion donnent des valeurs la surface vers le cœur du béton ;
variant entre - 200 mV et + 100 mV et s’inscrivant nettement dans – la pénétration des ions chlorure pour les ouvrages en milieu
la partie supérieure du domaine de passivité présenté par le dia- marin (immergés, en zone de marnage, soumis aux éclaboussures
gramme de Pourbaix (figure 5). Lorsque la couche passive se ou aux embruns), ou bien exposés aux sels de déverglaçage dans
détruit et que la corrosion se développe, le potentiel évolue vers les environnements présentant des risques de gel (contact direct,
des valeurs nettement négatives. projections, ruissellement,…).

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–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––– CORROSION DES STRUCTURES EN BÉTON ARMÉ

La limite entre la phase d’amorçage de la corrosion des arma- La présence du liquide interstitiel, en quantité suffisante dans
tures et le début de la phase de propagation (point A sur la la porosité du béton, permet au CO2 présent dans l’atmosphère
figure 2) peut être quantifiée de la manière suivante, selon que sous forme gazeuse de se dissoudre pour former des ions CO2− 3 ,
la corrosion est initiée par la carbonatation ou plutôt la pénétra- en entraı̂nant une diminution de pH du milieu. Ces ions carbo-
tion des chlorures [20] : nate se combinent ensuite aux ions Ca2+, provenant de la disso-
– environnement sans chlorures : temps nécessaire pour lution de la portlandite, pour former de la calcite CaCO3 et de
atteindre une profondeur de carbonatation égale à l’épaisseur l’eau.
d’enrobage ;
– en présence de chlorures : temps nécessaire pour que la 4.1.2 Conséquences de la carbonatation
concentration en chlorures dans le liquide interstitiel atteigne sur la microstructure du béton
une valeur donnée (appelée aussi « concentration critique ») au
niveau du premier lit d’armatures. Après carbonatation accélérée, la porosité du béton diminue [23].
Ceci est du au fait que les volumes molaires des produits de la
réaction de carbonatation sont supérieurs à ceux des hydrates à
4.1 Carbonatation du béton partir desquels ils se forment. Les carbonates formés occupent
donc une partie des vides capillaires initiaux.
4.1.1 Mécanisme général La distribution des volumes poreux est également modifiée par
la carbonatation [23] [24]. Une diminution significative de l’ampli-
Le dioxyde de carbone (CO2) présent dans l’air pénètre sous
tude du mode poreux principal, compris entre 30 et 60 nm
forme gazeuse dans le béton par le réseau poreux ou les fissures.
(1 nm = 10-9 m), est enregistrée après carbonatation. Ceci est à cor-
En présence d’eau, il provoque une réaction chimique, dite de « car-
réler avec la diminution globale de porosité et de perméabilité
bonatation » avec la pâte de ciment hydratée. Cette réaction trans-
observées après carbonatation.
forme les produits d’hydratation, notamment l’hydroxyde de cal-
cium (portlandite) Ca(OH)2, en carbonate de calcium CaCO3 [21]. Par ailleurs, la réaction chimique de carbonatation de la portlan-
dite libère l’eau qui était liée chimiquement dans cet hydrate. Cette
& Mécanismes de la carbonatation eau relarguée participe aux transferts hydriques dans le maté-
La carbonatation fait intervenir la chaı̂ne de réactions suivantes : riau [23]. La progression de la carbonatation diminue avec le
– dissolution du CO2 dans l’eau : temps, d’autant plus que la formation de carbonate de calcium et
le relargage d’eau libre remplissent partiellement les pores (auto-
CO2 + H2O ↔ H2CO3 protection par ralentissement de la diffusion du dioxyde de car-
bone) et rendent les hydrates moins accessibles à la dissolution
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H2CO3 + H2O ↔ HCO3− + H3O+ (9) (formation d’une gangue de carbonate de calcium à la surface de
HCO3− + H2O ↔ CO23− + H3O+ la portlandite).

– réaction de l’acide carbonique avec la portlandite, après disso- Remarque


lution de la portlandite : La carbonatation n’est pas, en soi, nocive pour le béton et, au
contraire, il a souvent été mentionné dans la littérature scienti-
H2CO3 + Ca (OH)2 → CaCO3 + 2 H2O (10) fique que la résistance mécanique et le module d’élasticité
augmentaient après carbonatation.
L’une des conséquences de la consommation de la réserve
basique, que constitue la portlandite, est une baisse du pH de la
solution interstitielle du béton par libération des ions H3O+, jusqu’à
4.1.3 Mesure de la profondeur de carbonatation
des valeurs voisines de 9, d’où une dépassivation de l’acier d’arma- La carbonatation du béton s’accompagne d’une diminution pro-
ture (cf. diagramme de Pourbaix, figure 5). gressive du pH (figure 6) [25]. Il est utile de connaı̂tre la profondeur
En présence de bases alcalines (NaOH, KOH) la solubilité de la à laquelle le pH atteint une valeur de l’ordre de 9, car une armature
chaux est relativement faible et la réaction est ralentie. Cependant, d’acier située à cette profondeur est dans la zone de corrosion du
les bases alcalines peuvent elles aussi se carbonater : diagramme de Pourbaix (cf. figure 5).
La technique la plus simple [26] à mettre en œuvre est le test à la
H2CO3 + 2 KOH → K 2CO3 + 2 H2O
(11) phénolphtaléine qui consiste à mesurer le changement de couleur
H2CO3 + 2 NaOH → Na2CO3 + 2 H2O de cet indicateur coloré en fonction du pH (figure 6).

& Conséquences de la carbonatation


4.1.4 Influence de l’humidité relative
La carbonatation des bases alcalines augmente la solubilité de la sur la carbonatation
chaux qui peut alors se carbonater en plus grande quantité :
La vitesse de progression du front de carbonatation dépend des
K 2CO3 + Ca (OH)2 → CaCO3 + 2 KOH caractéristiques du matériau (porosité, nature du ciment, etc.). L’hu-
(12) midité relative du milieu environnant, qui détermine la teneur en
Na2CO3 + Ca (OH)2 → CaCO3 + 2 NaOH eau du béton, est également un paramètre fondamental. Quand
l’humidité relative augmente, la fraction de pores remplie d’eau
La carbonatation altère également les hydrates de la pâte de augmente également et gêne ainsi la diffusion du gaz CO2, qui est
ciment durcie (silicates et aluminates). Dans le cas des C-S-H, environ 10 000 fois plus faible en phase liquide qu’en phase
ceux-ci peuvent évoluer jusqu’à aboutir à un matériau amorphe de gazeuse (de l’ordre de 10-12 m2.s-1, contre 10-8 m2.s-1). En consé-
type gel de silice [22] : quence, la vitesse de pénétration est réduite. De même, une faible
humidité relative ralentit la dissolution du CO2 par manque d’humi-
H2CO3 + CaO.SiO2 .nH2O → CaCO3 + SiO2 .nH2O + H2O (13)
dité, et donc le processus de carbonatation.
La portlandite est le composé qui se carbonate le plus rapide- Pour que la carbonatation soit maximale, l’humidité relative doit
ment, mais les autres composés hydratés (aluminates et silicates être :
de calcium) sont aussi sensibles à l’attaque par le CO2 et produisent – suffisamment faible, pour qu’une phase gazeuse connectée per-
également de la calcite. mettant la diffusion du CO2 gazeux soit présente ;

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CORROSION DES STRUCTURES EN BÉTON ARMÉ ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

4.1.6 Influence de la composition


et des conditions de mise en œuvre
Béton Béton en voie Béton sain pH sur la carbonatation du béton
totalement de carbonatation
carbonaté Différents paramètres vont influer sur la profondeur de
13 carbonatation :
– rapport Eau/Ciment (E/C) : plus il est faible, plus la porosité
12 sera faible et la profondeur de carbonatation faible à un temps
donné ;
11 – dosage en ciment : que la profondeur carbonatée est d’autant
plus faible que le dosage en ciment est important car la porosité
10 du béton, et donc la diffusion, sont réduites ;
– conditions de cure du béton : la réduction du temps de cure
Virage de la accroit de façon significative la profondeur de carbonatation ;
9 – résistance à la compression : dans la pratique des ingénieurs,
phénolphtaléine
la résistance à la compression est l’indicateur le plus couramment
8 utilisé pour caractériser un béton durci. Plus celle-ci est importante,
plus la profondeur de carbonatation sera faible. On constate égale-
ment qu’au-delà d’environ 50 MPa, la carbonatation devient négli-
-24 -18 -12 -6 0 6 12 18 24 30 -24 geable du fait d’une porosité de plus en plus faible du béton.
Distance du front de neutralisation (en mm)
4.1.7 Influence des additions minérales
Vers la surface du béton Vers l’intérieur du béton sur la carbonatation
Les bétons contenant des additions minérales, telles que les lai-
tiers de haut fourneau et les cendres volantes, montrent une sensi-
bilité accrue à la carbonatation par rapport aux bétons de ciment
Le virage de la phénolphtaléine est représentatif d’une zone de pH Portland ([30] [31] [32] [33] [34]).
de l’ordre de 9,5. La mesure de la profondeur de carbonatation
s’effectue de manière normalisée en faisant la moyenne des valeurs
Dans les bétons incorporant du laitier de haut fourneau, la pro-
mesurées en différents points fondeur de carbonatation s’accroı̂t avec le pourcentage de laitier
ajouté ; en moyenne, elle est une fois et demie plus élevée pour
un béton fabriqué avec un ciment contenant 50 % de laitier de
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Figure 6 – Gradient de pH au niveau du front de carbonatation


haut fourneau par rapport à un béton de ciment Portland.
– suffisamment importante, pour que la réaction de carbonata- Pour les cendres volantes, l’accroissement de la carbonatation
tion proprement dite puisse avoir lieu en phase aqueuse. n’est sensible que si le pourcentage de cendres dépasse 30 %. Cer-
tains auteurs affirment même que les différences par rapport au
La carbonatation est donc maximale lorsque l’humidité relative a ciment Portland sont mineures lorsque l’on compare des bétons
une valeur modérée, c’est-à-dire lorsqu’elle est comprise entre 40 ayant de mêmes résistances.
et 60 % [27], ou entre 40 et 80 % ([28] [29]). Il convient de rappeler ici que la vitesse et le degré d’hydratation
des bétons contenant du laitier ou des cendres volantes sont
Remarque davantage affectés par une cure insuffisante que les bétons de
La carbonatation ne se produit pratiquement pas dans un ciment Portland.
béton totalement sec ou complètement saturé en eau.
Les fumées de silice ont une place particulière puisqu’elles per-
Elle est par contre maximale pour des humidités relatives de
mettent de confectionner des bétons à hautes performances. Or,
l’ordre de 65 %, valeurs courantes dans les climats tempérés.
l’ajout de fumées de silice consomme la portlandite et cela peut
donc modifier la vitesse de carbonatation.
4.1.5 Cinétique de la carbonatation On peut retenir les éléments suivants :
La pénétration du CO2 et sa réaction avec les hydrates de la pâte – les bétons contenant des fumées de silice sont plus sensibles
divise le béton en deux : une zone carbonatée et une zone non car- que les bétons de ciment Portland aux effets d’une cure médiocre ;
bonatée. Malgré la complexité des phénomènes, on admet généra- – la présence de fumées de silice ne donne lieu à une carbonata-
lement que l’épaisseur de la zone carbonatée x (t), à un instant t de tion importante que dans le cas des bétons de résistance à la com-
la vie d’un ouvrage, peut se représenter par la relation suivante : pression moyenne ou médiocre.

x (t ) = x 0 + K t (14)
Porosité du béton et profondeur de carbonatation varient
dans le même sens. Cette analyse est confirmée par l’étude des
avec x0 épaisseur carbonatée initiale, bétons à hautes performances dont la profondeur de carbonata-
K constante prenant en compte, à la fois la com- tion est très faible, voire nulle.
position du béton (rapport E/C, dosage et
nature du liant,…), et les conditions d’environ- 4.2 Pénétration des ions chlorure
nement (humidité relative, température, pres-
sion,…). dans le béton
La relation (14) est celle que l’on obtient théoriquement en fai-
4.2.1 Chlorures libres et chlorures totaux –
sant l’hypothèse que les cinétiques des réactions chimiques liées Profils de concentration
à la carbonatation sont infiniment plus rapides que la diffusion du La pénétration des ions chlorure dans le béton requiert la pré-
CO2 gazeux à travers la matrice cimentaire, qui est supposée ne pas sence d’une phase liquide. En milieu saturé, c’est-à-dire par exem-
évoluer au cours du temps. La diffusion du CO2 devient alors ple dans le cas de structures immergées dans de l’eau de mer, les
l’étape limitante et l’évolution de la carbonatation du matériau est ions chlorure pénètrent dans le béton par diffusion, sous gradient
régie par ce seul processus (diffusion « pure »). de concentration (entre la surface contenant des chlorures et le

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cœur qui en est exempt). Lorsque la structure en béton est soumise composé FeOOH [37], puis des ions complexes instables FeCl3-
à des cycles d’humidification séchage (zone de marnage, exposi- qui consomment les ions hydroxyles présents selon les réactions :
tion aux embruns ou aux sels de déverglaçage), les chlorures peu-
vent pénétrer dans le béton par absorption capillaire et migrer avec Fe + 3 Cl− → FeCl3− + 2e− (15)
la phase liquide par convection au sein de la zone concernée par
les cycles. Les chlorures migrent ensuite par diffusion dans les
zones saturées (ou dans les zones partiellement saturées là où le FeCl3− + 2 OH− → Fe (OH)2 + 3 Cl− (16)
degré de connectivité de la phase liquide le permet). Le phéno-
mène de convection est d’autant plus important qu’il est rapide. Les électrons libérés par la réaction d’oxydation se déplacent à
travers le métal jusqu’aux sites cathodiques. Selon les réactions
L’humidification d’un matériau sec avec une solution saline
ci-dessus, le processus conduit à une diminution du pH et à un
durant une journée peut faire pénétrer les chlorures plus profondé-
recyclage des ions chlorure (figure 8) [10]. La création de piles élec-
ment que ne le feraient plusieurs mois de diffusion en milieu trochimiques sur l’armature conduit progressivement à la dissolu-
saturé [35]. La pénétration des chlorures dépend donc des caracté- tion du métal dans les zones anodiques.
ristiques du matériau et des cycles d’humidification séchage qu’il
subit (durée, conditions climatiques). L’attaque du métal est localisée en des points particuliers se
matérialisant par des trous étroits : les piqûres. À la surface du
Les ions chlorure interagissent également avec la matrice : ils métal, on observe une distribution de micropiles, les piqûres sont
peuvent s’adsorber sur les C-S-H, ou réagir chimiquement avec cer- les sites anodiques et le film passif environnant constitue de larges
tains composés pour donner de nouveaux produits (les chloroalu- surfaces cathodiques.
minates de calcium, en particulier le monochloroaluminate de cal-
Les piqûres constituant les sites anodiques et le film passif les
cium hydraté, ou sel de Friedel, C3A.CaCl2.10H2O). Ces chlorures
surfaces cathodiques, on observe des micropiles dont le rapport
sont appelés « chlorures fixés » ou « chlorures liés ». Les inter-
des surfaces cathode/anode est élevé. Cela conduit à des densités
actions complexes ions matrice sont souvent décrites par une iso-
de courant de corrosion localement très grandes. Au niveau des
therme d’interactions non linéaire de type Freundlich ([35] [36]). La aires cathodiques, la production des ions OH- relève le pH, ce qui
fixation des ions chlorure dépend fortement de la nature du ciment réduit les possibilités d’attaques ultérieures sur ces surfaces. Pour
utilisé, et principalement de sa teneur en C3A, mais l’alumino-ferr- que les réactions se poursuivent, il faut que les ions Cl- soient tou-
rite de calcium C4AF, ainsi que les sulfates, jouent également un jours disponibles au détriment des ions OH- afin de maintenir le
rôle. rapport Cl-/OH- au-dessus de la valeur critique de dépassivation.
On peut alors définir : Or, la formation des produits de corrosion intermédiaires contenant
– les chlorures libres, qui se trouvent sous forme ionique dans la du chlore diminue temporairement la concentration en chlorures.
solution interstitielle, sont extractibles à l’eau et sont, de ce fait, En outre l’apport d’ions OH-, à partir de la réserve alcaline du
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appelés également « chlorures solubles dans l’eau » ; liquide interstitiel, tend à repassiver les zones attaquées et limite
la propagation de la corrosion. Si l’apport en chlorures se main-
– les chlorures totaux, qui incluent, outre les précédents, ceux
tient, la concentration de ces derniers augmente dans les aires ano-
fortement adsorbés sur les C-S-H, et ceux chimiquement liés dans
diques, puis se redistribue, grâce aux courants de corrosion, sur
la matrice cimentaire sous forme de chloroaluminates de calcium.
toute l’armature. Les variations d’humidité et les gradients de
concentration en chlorures créent de nouvelles anodes qui finissent
Remarque par se rassembler en larges zones corrodées. La corrosion est d’au-
On considère que seuls les chlorures libres peuvent diffuser et tant plus élevée que la quantité de chlorures disponible au niveau
jouer un rôle actif dans le processus de dépassivation et de de l’armature est importante.
corrosion des armatures. Ces constatations expliquent le fait
que les bétons à base de CEM I, à teneur relativement élevée Il est difficile de connaı̂tre exactement la concentration en chloru-
en C3A, soient plus résistants à la corrosion induite par les res libres « critique » (appelée encore « seuil ») susceptible de per-
chlorures en raison de leur capacité à fixer une quantité impor- mettre l’amorçage de la corrosion des armatures. En effet, cette
tante de chlorures, qui ne seront plus disponibles pour dépas- concentration dépend de nombreux paramètres tels que, notam-
siver les aciers. ment, la microstructure au contact des armatures. De plus, la
concentration en chlorures de la solution interstitielle n’est pas
identique (même au voisinage des armatures) à la concentration
Le profil de concentration en chlorures (libres ou totaux) dans un au niveau des sites de corrosion (piqûres). En outre, l’amorçage
béton est une courbe concentration profondeur qui est strictement de la corrosion dépend du potentiel électrochimique de l’acier
décroissante (« profil de diffusion ») si le béton est saturé ou si les ([38] [39]).
cycles d’humidification-séchage sont négligeables. Dans le cas
Un critère d’amorçage de la corrosion souvent retenu est celui
contraire, ce profil n’est décroissant qu’à partir de la profondeur
proposé par Hausman ([40] – Voir aussi norme EN 206-1 dans le
où les ions peuvent migrer dans un réseau constamment saturé
Pour en savoir plus). Il prend en compte le rapport entre la concen-
d’eau (zone de diffusion), c’est-à-dire au delà de la zone de convec-
tration en chlorures libres et en hydroxyles au droit des armatures :
tion (figure 7). Ce phénomène peut être pris en compte de façon
simplifiée en définissant, pour un type d’environnement donné, ⎡⎣Cl− ⎤⎦
une concentration en surface équivalente qui est l’extrapolation ≥ 0,6 (17)
par la solution de la deuxième loi de Fick, au niveau de la surface ⎡⎣OH− ⎤⎦
de la structure, du profil obtenu au-delà de la zone de convection.
Par rapport au mécanisme induit par la carbonatation, le méca- Plus ce rapport est élevé, plus la vitesse de corrosion est grande.
On peut alors déduire de ce critère la valeur de la concentration
nisme de corrosion électrochimique en présence de chlorures est
« critique » en chlorures, si l’on connaı̂t le pH de la solution
différent dans le sens où la corrosion n’est plus une corrosion
interstitielle.
généralisée mais une corrosion locale sous forme de piqûres. Si
l’on observe que la vitesse de corrosion est, en général, plus élevée
en présence d’ions chlorure, les mécanismes physico-chimiques Un rapport [Cl-]/[OH-] compris entre 0,6 et 1 conduit générale-
sous-jacents ne sont pas encore parfaitement expliqués. Toutefois, ment à une concentration « critique » en ions chlorure de l’ordre
il apparaı̂t qu’une conséquence de la présence des ions chlorure est de 0,4 % par rapport à la masse de ciment, pour un béton non
la dissolution locale de la couche passive et une migration à travers carbonaté (et donc à des concentrations « critiques » comprises
celle-ci. De très faibles concentrations en chlorures (> 0,01 %) modi- entre 0,04 et 0,1 % par rapport à la masse de béton, suivant la
fieraient la morphologie de la couche passive en formant le formulation).

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CORROSION DES STRUCTURES EN BÉTON ARMÉ ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Armature

HR (%)
Profil d’humidité
relative
100

80
Pluie, embruns,
vent…
Zone de
convection

60

Profondeur Béton
Environnement
extérieur

[Cl-]

5,0
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Loi de Fick

Évaporation
2,5
Profil de concentration
en chlorures

Profil réel

Profondeur

Figure 7 – Illustration de la zone de convection dans une structure en béton armé soumise à des transferts hydriques et de chlorures

Précisons de plus que cette relation permet d’intégrer les inter- interactions entre les différents facteurs qui interviennent dans la
actions entre carbonatation (diminution de la concentration en diffusion des chlorures.
OH-) et pénétration des chlorures (augmentation de la concentra-
tion en chlorures libres). Concernant l’incorporation d’additions minérales dans les
ciments, on peut relever deux conséquences relatives à la pénétra-
tion des chlorures :
4.2.2 Influence de la microstructure – les additions minérales réduisent le pH de la solution intersti-
et des additions minérales tielle, l’effet étant davantage marqué avec les fumées de silice.
Cette diminution conduit à admettre un seuil de concentration en
La vitesse de pénétration des chlorures dépend de la porosité de chlorures au niveau de l’armature plus faible si l’on considère le
la pâte de ciment (phénomène diffusif), mais le coefficient de diffu- rapport caractéristique Cl-/OH- ;
sion mesuré n’est pas constant car il dépend de la concentration en – le coefficient de diffusion apparent des chlorures est dépendant
chlorures de la solution interstitielle, mais également du cation des additions minérales. À condition de respecter une cure humide
associé. Ainsi, les chlorures libres, mais aussi les chlorures liés, en adaptée, l’ajout de laitiers de haut fourneau, de cendres volantes
modifiant la géométrie des pores, influent sur le processus de ou de fumées de silice, réduit dans des proportions notables les
pénétration. Ces considérations montrent la complexité des coefficients de diffusion des chlorures dans le béton (de 3 fois

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–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––– CORROSION DES STRUCTURES EN BÉTON ARMÉ

- Atmosphère
O2 H2O Cl

Béton d’enrobage
Fe(OH)2, Cl-, H+

Film passif
OH- OH-
FeCl2 , FeCl3-

Cathode (+) Cathode (+)

Anode (-)
e- e-
Armature en acier
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Figure 8 – Mécanisme de la corrosion électrochimique en présence de chlorures

environ pour les laitiers, fumées de silice (si teneur inférieure à & Modèles empiriques
20 %), jusqu’à 10 fois pour les cendres volantes). La profondeur de carbonatation dépend du temps selon une rela-
tion de la forme
Remarque
L’ajout de produits minéraux modifie la valeur critique du seuil X c = At B (18)
de dépassivation, mais surtout réduit la vitesse de pénétration
des chlorures, ce qui est déterminant dans le développement avec Xc profondeur de carbonatation,
de la corrosion. En ce qui concerne la période d’amorçage, la
qualité du béton (faible rapport E/C et classe de résistance du A, B paramètres de calages,
ciment élevée) a une plus grande influence que le choix du t temps.
type de ciment utilisé et que les conditions d’exposition des
ouvrages, lesquelles jouent un rôle majeur sur la corrosion Ces modèles ne reposent pas sur des bases physiques et néces-
des armatures. sitent des données de calage afin de prédire le comportement futur.
Ils ne prennent pas en compte les cycles humidification/séchage
qui ont une influence non négligeable sur le niveau de carbonata-
tion et ont donc un intérêt prédictif limité.
5. Durée de vie estimée & Modèles analytiques et semi-analytiques
des structures en béton Ces modèles considèrent la diffusion comme le facteur limitant
armé vs/corrosion de la réaction de carbonatation et prennent en compte, de manière
simplifiée, la dépendance vis-à-vis des matériaux et des facteurs
des armatures environnementaux :

X c = A (HR , T , Rc , [CO2 ]…) t (19)

5.1 Période d’incubation seule avec Xc profondeur de carbonatation,


A (…) fonction prenant en compte la dépendance à
5.1.1 Modèles de carbonatation des facteurs physiques tels que : l’humidité
Les principaux modèles de carbonatation reposent sur l’utilisa- relative, la température, la résistance à la com-
tion de la première loi de Fick. Ils se différencient les uns des autres pression, la teneur en CO2,… par l’intermé-
par les paramètres pris en compte, les hypothèses simplificatrices diaire de lois simplifiées,
sur les mécanismes physico-chimiques, et les conditions initiales et t temps.
aux limites.
Parmi les nombreux modèles existants, il est possible d’établir Ces modèles analytiques ou semi-analytiques intègrent comme
des catégories dont la finalité, et la complexité, sont données d’entrée, de manière directe ou indirecte, des indicateurs
différentes [41] . performantiels de durabilité physico-chimique tels que la porosité,

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CORROSION DES STRUCTURES EN BÉTON ARMÉ ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

la perméabilité, l’état hydrique et la teneur en matières carbonata- diffusion effectif ne dépend pas de la concentration en ions, de la
bles. Ils ont l’avantage de la simplicité et d’une bonne représentati- façon suivante :
vité globale des phénomènes (modélisation de la pénétration de la
carbonatation par un front raide), mais ne peuvent pas représenter ∂ cl ∂2c
= Da 2l (21)
de manière fine les réactions. Ils sont bien adaptés à une utilisation ∂t ∂x
de type « ingénieur » qui cherche à obtenir l’ordre de grandeur de
l’évolution de la dégradation avec le temps. avec Da coefficient de diffusion apparent des ions chlo-
rure dans le matériau (m2.s-1)
Dans cette famille, on peut citer, par exemple, les modèles de
Papadakis [42], Bakker [43], Duracrete ([44] [45]), Petre-Lazar [46], Cette relation est généralement utilisée pour décrire la pénétra-
Hyvert [47]. tion des chlorures par diffusion dans le béton saturé en régime
non stationnaire. Dans le cas ou l’on considère des interactions
& Modèles numériques
électriques entre les ions, l’équation de Nernst-Planck [51] peut
Ces modèles s’attachent à décrire finement la physique des phé- être alors utilisée.
nomènes en prenant en compte notamment les transferts en milieu
poreux non saturé, les équilibres chimiques, les cinétiques des & Relation entre coefficients de diffusion effectif et apparent des
réactions et les modifications de porosité du matériau. ions chlorure
Leur degré de complexité nécessite une implantation numérique Les deux coefficients de diffusion De et Da sont liés par une rela-
conséquente. tion faisant intervenir la pente de l’isotherme d’interactions chloru-
res-matrice (cm,f = f (cl)) et la porosité du matériau :
La prise en compte des phénomènes physico-chimiques de façon
plus exhaustive dans les modèles permet de décrire de mieux en De
Da =
mieux la carbonatation des bétons. ([23] [41] [48] [49]). Ces modè- ∂cm,f (22)
les sont bien adaptés à la description fine des phénomènes. Ils peu- p+ρ
∂cl
vent toutefois requérir de gros moyens de calcul.
Tous ces modèles doivent naturellement être validés, non seule- avec p porosité du matériau accessible aux chlorures,
ment à l’aide d’essais de carbonatation accélérée (première phase cm,f masse de chlorures fixés par unité de masse de
de validation), mais également à partir de données in situ, les solide sec (kg/kg),
essais accélérés pouvant présenter des différences par rapport aux
phénomènes observés en carbonatation naturelle [20]. cl concentration en chlorures libres de solution
interstitielle (kg/m3),
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5.1.2 Modèles de pénétration des chlorures r masse volumique apparente du matériau à


l’état sec (kg/m3),
La plupart des modèles relatifs à la pénétration des chlorures ∂cm,f
dans le béton utilisent, parmi les données d’entrée, un coefficient kd = pente de l’isotherme d’interaction chlorures/
∂ cl matrice (ou capacité de fixation ou coefficient
de diffusion des ions chlorure. Les modélisations sont basées sur
de partage).
la résolution des lois de Fick.

& Coefficient de diffusion effectif des ions chlorure – Avec l’hypothèse d’une capacité de fixation constante, c’est-à-
dire d’une isotherme d’interactions linéaire, kd peut être évaluée
Première loi de Fick
de façon simple à partir des paramètres de formulation [53]. Dans
Si l’on néglige les interactions électriques entre les chlorures et le cas général, l’isotherme n’étant pas linéaire, kd n’est pas cons-
les autres ions présents, le processus de diffusion est décrit par la tante. La capacité de fixation peut alors être obtenue expérimenta-
première loi de Fick. Si les ions se déplacent suivant une direction lement selon les méthodes proposées par exemple par ([64] [55]),
perpendiculaire à la surface d’entrée dans un milieu homogène, le ou encore par calcul à partir des paramètres de formulation (voir
flux massique unidirectionnel Je (en kg.m-2.s-1), représentant la par exemple ([65] [56]), où le calcul est basé sur une isotherme de
quantité d’ions se déplaçant à travers une unité de surface de Langmuir). Notons également que l’isotherme d’interaction, et par
béton pendant une seconde, est donné par : conséquent la capacité de fixation, dépendent de la température.
dcl Pour une liste exhaustive des principaux paramètres pris en
Je = De (20) compte dans les différents modèles de pénétration des chlorures
dx présentés, ainsi que d’autres modèles non détaillés ici, le lecteur
avec De coefficient de diffusion effectif des ions chlo- pourra se référer au guide AFGC, tableau 17, page 116-117 [20].
rure dans le matériau (m2.s-1),
cl concentration en chlorures libres de la solution 5.2 Prise en compte de la phase
interstitielle (kg.m-3) à la profondeur x, à l’ins- de propagation
tant t.
Les modèles précédents décrivent, de manière plus ou moins
Cette loi permet de calculer le flux massique des ions chlorure, complexe, la pénétration des agents agressifs susceptibles de
en régime permanent, associé à un gradient de concentration. Le dépassiver les aciers dans le béton. Ces différents modèles permet-
coefficient de diffusion effectif est fonction, non seulement du tent de calculer, soit la position du front de carbonatation, soit le
matériau (composition, âge, état de carbonatation, fissuration,…), profil de concentration en ions chlorure. Cependant, ils ne permet-
mais également des conditions environnementales (concentration tent pas de traiter, ni le développement de la corrosion lorsque
en chlorures, température,…). Des relations empiriques De = f (T, l’acier est dépassivé, ni la perte de section des armatures corres-
[Cl-],…) ont d’ailleurs été proposées dans la littérature [50]. pondante. De plus, ils n’intègrent que des aspects matériaux, et
non les conséquences structurales de la corrosion des aciers sur
& Coefficient de diffusion apparent des ions chlorure – une structure en béton.
Deuxième loi de Fick Il existe, à l’heure actuelle, moins de modèles décrivant la phase
En tenant compte de la loi de conservation de la masse, on de propagation de la corrosion que de modèles de carbonatation et
obtient la seconde loi de Fick, qui s’écrit, lorsque le coefficient de de pénétration des chlorures. Comme pour les modèles

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d’amorçage, on peut classer les modèles de développement de la d’aide à la décision afin de prendre les mesures qui s’imposent.
corrosion en deux familles distinctes. Le développement des approches par les risques permet de cou-
pler, non seulement l’évolution des dégradations par l’intermé-
& Modèles empiriques diaire de probabilités de défaillance, mais également les consé-
Les approches sont basées sur des modèles de carbonatation et quences d’une défaillance éventuelle. Le maı̂tre d’ouvrage peut
de pénétration des chlorures simplifiés qui permettent de calculer alors optimiser ses coûts de maintenance par rapport à un niveau
un courant de corrosion. La perte de section des aciers est ensuite de risque donné.
calculée par intégration du courant de corrosion au cours du Si les modèles sont un outil important dans la gestion des ouvra-
temps. ges, il est deux points qui doivent encore être améliorés :
L’un des paramètres essentiels dans ces approches est la relation – la prise en compte de la variabilité des caractéristiques du
entre la perte de section et le courant de corrosion. Le courant de béton qui est un matériau hétérogène. L’approche probabiliste per-
corrosion est très variable d’un ouvrage à l’autre, mais également met de prendre en compte cet aléa. Le corollaire de toute analyse
sur un ouvrage en fonction des conditions électrochimiques et de fiabiliste est de disposer de données statistiques suffisantes pour
l’environnement local. Des valeurs de l’ordre de 1 à 10 mA/cm2 des études réalistes ;
sont fréquemment rencontrées avec des maxima pouvant atteindre – les modèles sont généralement développés en considérant le
les 20 mA/cm2 [52]. matériau comme non fissuré ce qui est rarement le cas (fissures
Exemple de retrait au jeune âge ou de dessiccation, fissuration fonctionnelle
Typiquement, pour un courant de 1 mA/cm2, on considère des per- du béton armé dans les zones tendues,…). La présence de cette fis-
tes de sections annuelles de l’ordre de 10 à 20 mm ([66] [54]). La suration va influencer les processus de transport des agents agres-
perte de section d’acier est souvent considérée comme homogène sifs de l’extérieur vers l’intérieur du béton avec des conséquences
sur le périmètre mais, dans le cas des chlorures, la corrosion par sur la cinétique de transfert. Il existe très peu d’études permettant
piqure peut également être prise en compte avec une attaque non de quantifier l’impact de la fissuration et ceci d’autant moins si les
uniforme et le calcul d’une section résiduelle [67]. fissures sont traversantes.
La fissuration du béton modifie le schéma classique de la corro-
Ces modèles permettent d’estimer de manière rapide l’ordre de sion (phase d’incubation et de propagation). Une fissure traversant
grandeur de l’évolution de la perte de section d’acier au cours du un élément en béton armé permet un démarrage plus rapide des
temps et de calculer ensuite l’impact structural sur l’ouvrage en ter- dégradations, alors qu’une fissure non-traversante va se colmater
mes de réduction de capacité portante. (débris, produits de corrosion) avec le temps et l’accélération des
désordres est moindre que dans le cas d’une fissure traversante.
& Modèles numériques
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Comme pour la modélisation de la carbonatation et de la péné- Remarque


tration des chlorures, des modèles décrivant les interactions entre L’impact de la fissuration sur le développement des processus
les différentes espèces ioniques, ainsi que les principes physiques de corrosion est encore mal connu mais d’une grande impor-
de conservation dans les milieux non saturés, commencent à se tance dans le développement des phénomènes.
développer.
On peut citer dans cette catégorie les travaux de Dridi [68] qui
prend en compte la diffusion, la convection et les interactions ioni-
ques entre les différents constituants de la phase interstitielle. La
corrosion à la surface du métal est contrôlée par l’oxydation du fer
6. Notion d’états-limites
et la réduction de l’oxygène. Ces travaux tiennent compte de la et de durée de vie
polarisation de l’acier et des transferts de masse dans la porosité.

Ces différentes modélisations permettent de juger de l’impact En général, lorsque l’on parle de durée de vie d’un ouvrage, on
des processus de corrosion sur la section résiduelle des aciers considère la période durant laquelle la structure assure son niveau
au cours du temps et facilitent la prise de mesures de mainte- de service requis sous chargement normal et avec une mainte-
nance adéquates pour suivre, renforcer ou remplacer des élé- nance courante (on ne considère ici que les éléments structuraux).
ments ou parties d’ouvrages dégradés. Nous avons vu que la dégradation des ouvrages en béton par la
corrosion peut être décrite selon deux étapes : la période d’incuba-
tion puis la période de propagation. Généralement, la durée de vie
5.3 Limites de la modélisation des ouvrages est définie comme étant égale à la période d’incuba-
tion. C’est une approche sécuritaire (conservative) car lorsque la
Les développements récents de modèles permettent de repré- phase de propagation démarre avec les premiers sites corrodés, la
senter plus finement les mécanismes de dégradation des ouvrages structure possède encore une marge de sécurité importante.
grâce à une meilleure description des phénomènes et principes
physiques élémentaires. Toutefois, ces modèles requièrent des & Notions d’états-limites
temps de calcul qui peuvent être conséquents et, surtout, ils exi- Cette durée de vie est donc à considérer comme la fin de vie
gent la connaissance de nombreuses grandeurs d’entrée, dont tou- « nominale » de l’ouvrage, sachant que celui-ci est calculé avec
tes ne sont pas mesurables ce qui nécessite de procéder à des cala- des marges de sécurité (approches semi-probabilistes des règle-
ges sur la base d’essais expérimentaux qu’il n’est pas toujours ments aux états limites modernes). Après la phase d’incubation,
facile de réaliser. on peut distinguer deux états limites de durabilité (voir Nota) :
Ces modèles requièrent également une expertise pour être utili- – États-limites de service (ELS) de durabilité : les conséquences
sés correctement dans leur domaine d’application. Pour l’instant, d’un dépassement de cet état limite sont, en général, uniquement
ces outils sont principalement utilisés dans le cadre d’expertise économiques (perte financière due à une interruption de service
exceptionnelle ou de recherche. temporaire de la structure, coûts de remise en fonctionnement) ;
À l’inverse, les modèles analytiques ou semi-analytiques permet- – États-limites ultimes (ELU) de durabilité : les conséquences
tent des applications pratiques rapides par des ingénieurs bien for- d’un dépassement de cet état limite peuvent être graves vis-à-vis
més à leur domaine d’utilisation. Il est ainsi possible de calculer les de la sécurité (chutes de morceaux de béton, perte de capacité por-
ordres de grandeur des phénomènes, de disposer d’éléments tante qui peuvent mettre en danger les usagers de l’ouvrage).

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CORROSION DES STRUCTURES EN BÉTON ARMÉ ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Nota : Contrairement aux états limites qui concernent le dimensionnement, les deux & En ce qui concerne la corrosion des armatures, les grandes clas-
états limites définis ici n’existent pas à l’heure actuelle dans les textes normatifs.
ses suivantes sont définies :
– X0 : aucun risque de corrosion, ni d’attaque ;
– XC1 à XC4 : corrosion induite par carbonatation, le risque crois-
Les variabilités intrinsèques aux matériaux, à l’environnement
sant de 1 à 4 ;
et aux sollicitations ne permettent pas de définir de manière
– XS1 à XS3 : corrosion induite par les chlorures présents dans
déterministe des durées de vie exactes. La prise en compte de
l’eau de mer ;
l’aléa par l’intermédiaire de différentes variables permet, par
– XD1 à XD3 : corrosion induite par les chlorures ayant une ori-
une approche probabiliste, de définir une durée de vie réalisable
gine autre que marine ;
avec une sécurité donnée.
– XF1 à XF4 : attaque gel/dégel avec ou sans agent de
& Notions de durée de vie déverglaçage.
La durée de vie probable est généralement estimée par rapport à & À chacune de ces classes correspondent des dispositions cons-
l’ELS de durabilité. Parmi les exemples figurant dans la littérature, tructives dans l’Eurocode 2 « Design of concrete structures » (par
on peut citer l’approche du Projet Brite Duracrete ([44] [45]). exemple, ouverture limite des fissures selon la classe d’exposition),
et des spécifications sur la composition du béton dans la norme
 Pour concevoir une structure durable avec ces approches pro-
NF EN 206-1 (tableau NA.F.1).
babilistes, il est nécessaire de définir :
– un modèle de conception qui prenne en compte les modèles de Exemple
dégradation des matériaux, pour décrire l’évolution dans le temps Pour un béton soumis à un environnement de classe XS3, la
de la résistance de la structure et de la sollicitation appliquée par norme indique que :
l’environnement ; – le rapport Eeff/liant équivalent doit être inférieur à 0,50 ;
– des états-limites bien identifiés par des critères ; – la classe du ciment doit être au moins C35/45 ;
– la probabilité de défaillance maximale acceptable, définie par le – la teneur minimale en liant équivalent est 350 kg/m3.
maı̂tre d’ouvrage, associée à l’état-limite identifié précédemment ;
– la durée de vie minimale exigée par le maı̂tre d’ouvrage pour Remarque
une probabilité de défaillance donnée. Il est important de souligner que si, dans des cas simples, la
Habituellement, la dépassivation des armatures due à une carbo- résistance mécanique du béton est un facteur favorable vis-à-
natation du béton ou à une pénétration des chlorures (frontière vis de la durabilité, ce n’est pas un facteur suffisant.
entre périodes d’incubation et de propagation) est considérée Ainsi, deux bétons de résistance mécanique équivalente pour-
comme état-limite. Le lecteur pourra se référer à la référence [57] ront avoir une durabilité potentielle vis-à-vis de la corrosion
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pour de plus amples renseignements. des armatures très différente.


La durée de vie par rapport à la corrosion des aciers peut alors
être définie comme le temps nécessaire pour que cet état limite Le tableau NA.F.1 de la norme NF EN 206-1 montre qu’il faut
soit atteint : prendre en compte l’aspect durabilité dès la formulation du béton.
– environnement sans chlorure : temps mis pour que la profon- Ceci peut se faire en formulant un béton qui respecte les données
deur de carbonatation soit égale à l’enrobage ; figurant dans le tableau. Cette première approche prescriptive
revient à imposer des moyens d’atteindre la durabilité vis-à-vis de
– en présence de chlorures : temps mis pour que la concentration
la corrosion des armatures dans un environnement donné. L’autre
en chlorures libres [Cl-libres] atteigne une concentration critique
démarche consiste à définir explicitement dans le cahier des char-
[Cl-libres]crit au niveau du premier lit d’armatures.
ges des critères de durabilité à respecter, basés cette fois sur des
 Les témoins de durée de vie associés sont [20] : indicateurs de durabilité [20].
– environnement sans chlorure : profondeur de carbonatation
(i.e. zone où pH ≤ 9) et évolution en fonction du temps (cinétique), 7.2 Épaisseur d’enrobage – Spécifications
ou évolution du profil de teneur en CaCO3 (ou en Ca(OH)2 rési-
duelle) en fonction du temps ; selon l’Eurocode 2
– en présence de chlorures : profondeur de pénétration des chlo- L’épaisseur de l’enrobage est un élément essentiel de la protec-
rures (i.e. zone où ⎡⎣Cl−libres ⎤⎦ ≥ ⎡⎣Cl−libres ⎤⎦ ) et évolution en fonction tion des aciers vis-à-vis de la corrosion. Le règlement actuel, l’Euro-
crit
du temps (cinétique), ou évolution du profil de [Cl-libres] en fonction code 2 (voir le Pour en savoir plus) prescrit des valeurs minimales
du temps. d’enrobage à respecter.
L’approche performantielle et les indicateurs de durabilité sont Dans le cadre de l’Eurocode 2, les classes d’exposition sont défi-
une démarche qui ne se place pas uniquement dans une logique nies conformément à la classification de l’EN 206-1. Les valeurs
de moyens mais surtout de résultat vis-à-vis de la durabilité de la minimales d’enrobage, données dans le tableau 1, sont liées aux
corrosion. Le lecteur pourra se référer aux articles [20] et [C 2 246] classes d’exposition et à la classe structurale de l’ouvrage (définie
pour de plus amples renseignements. dans l’annexe nationale).
L’enrobage nominal Cnom est égal à un enrobage minimal Cmin
additionné d’une marge pour tolérances d’exécution DCdev :
7. Recommandations, normes Cnom = Cmin + ΔCdev (23)
ou règlements
Cmin, b
Cmin = max Cmin, dur + ΔCdur, y − ΔCdur, st − ΔCdur, add (24)
7.1 Classes d’exposition selon la norme
NF EN 206-1 10 mm

La norme NF EN 206-1 « Béton – Partie 1 : Spécifications, perfor- avec DCdev marge pour tolérances d’exécution : valeur
mances, production et conformité » définit des classes d’exposition recommandée 10 mm. Cette valeur peut être
des matériaux en fonction de leur environnement (voir le Pour en réduite si un contrôle qualité de l’enrobage est
savoir plus). effectué ou dans la cadre de la préfabrication,

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Tableau 1 – Valeurs de Cmin,dur requises vis-à-vis de la durabilité dans le cas des armatures de
béton armé

Classe d’exposition
Classes structurales
X0 XC1 XC2 / XC3 XC4 XD1 / XS1 XD2 / XS2 XD3 / XS3

S1 10 15 25 30 35 40

S2 15 25 30 35 40 45

S3 20 30 35 40 45 50
Sans objet
S4 25 35 40 45 50 55

S5 30 40 45 50 55 60

S6 35 45 50 55 60 65

La classe structurale recommandée (durée d’utilisation de 50 ans) est la classe S4.


La classe structurale minimale est la classe S1.

Cmin,b enrobage minimal vis-à-vis des exigences & De façon générale, le risque et la cinétique de corrosion, le type
d’adhérence : diamètre de la barre dans le cas de désordres, leur étendue spatiale et leur intensité sont liés à des
d’une armature individuelle ou diamètre équi- facteurs clairement identifiés :
valent dans le cas d’un paquet, – épaisseur et qualité du béton d’enrobage qui constitue l’élec-
Cmin,dur enrobage minimal vis-à-vis des conditions trolyte du système électrochimique (propriétés de transfert, fissura-
d’environnement, tion, état de carbonatation) ;
– environnement et exposition de la structure aux facteurs patho-
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DCdur,y marge de sécurité : 0 mm en général, gènes (dioxyde de carbone, chlorures, humidité, température).
DCdur,st réduction d’enrobage dans le cas de l’acier ino- & Les techniques d’investigations permettant de déceler et carac-
xydable : 0 mm si pas de précision supplémen- tériser l’activité de corrosion des armatures sont diverses de par
taire, leurs principes physiques et les informations qu’elles fournissent.
DCdur,add réduction d’enrobage dans le cas d’une protec- L’inspection visuelle constitue, pour des raisons évidentes, la tech-
tion supplémentaire : 0 mm si pas de précision nique la plus employée pour déceler l’activité de corrosion. Elle
supplémentaire. trouve cependant très vite ses limites dans la mesure où la patho-
logie doit être suffisamment avancée pour avoir généré des désor-
dres observables à la surface de l’ouvrage (tâches de rouille, éclats,
La valeur de Cmin,dur dépend de la classe structurale et de la épaufrures).
classe d’exposition de l’ouvrage.
Dans certains cas, une délamination du béton d’enrobage, et
Le tableau 2 fournit des modulations de classe structurale selon donc une atteinte au fonctionnement normal du béton armé, peut
différents critères. cependant se produire sans signes extérieurs visibles. La réalisa-
Une valeur limite d’ouverture de fissure wmax est admise selon la tion d’un diagnostic plus fin, ou plus précoce, nécessite de mettre
classe d’exposition de l’ouvrage (tableau 3). en œuvre des techniques plus aptes à caractériser les processus
électrochimiques mis en jeu ou à déceler un endommagement en
En fonction de l’ouverture maximale de fissure recommandée, la profondeur.
norme NF EN 1992-1-1 permet de déterminer le diamètre des barres
qui correspond à une contrainte donnée dans l’acier, et permet d’en On s’attachera ci-après à décrire les techniques du potentiel
déduire l’espacement maximal des barres. d’électrode, de la résistivité électrique et de la résistance de polari-
sation, qui font l’objet de recommandations RILEM ([59] [60] [61]).
Des techniques et approches d’investigations complémentaires
seront également présentées. Les outils et démarches de diagnostic
en Génie civil sont par ailleurs amplement détaillés dans [62].
8. Diagnostic de la corrosion
Remarque
L’opportunité des investigations in-situ est évaluée selon divers
facteurs tels que :
& Le diagnostic de l’activité de corrosion des armatures dans le – l’importance de la structure et son accessibilité ;
béton peut se décomposer en plusieurs niveaux d’objectifs [58] : – la nature, la gravité et l’intensité des phénomènes ;
– déceler l’activité de corrosion et évaluer son intensité ; – les délais et les coûts.
– identifier l’origine de la corrosion : carbonatation, chlorures
(internes ou externes) ;
– évaluer l’étendue spatiale des désordres observés ou mesurés ;
8.1 Mesures du potentiel d’électrode
– prédire l’évolution probable dans le temps et dans l’espace ; Parmi les méthodes électrochimiques d’évaluation du risque de
– estimer les risques sur la sécurité des ouvrages et des corrosion des armatures dans le béton, les mesures de potentiel
personnes ; d’électrode sont les plus simples et les plus utilisées de par leur
– définir des actions de maintenance adaptées. caractère non destructif, leur coût et leur simplicité de mise en

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CORROSION DES STRUCTURES EN BÉTON ARMÉ ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Tableau 2 – Modulations de la classification structurale (annexe nationale à l’EC2)


Classes d’exposition
Critères
X0 XC1 XC2 / XC3 XC4 XD1 / XS1 XD2 / XS2 XD3 / XS3

100 ans : majoration de 2 classes


Durées d’utilisation
de projet de 100 ans
25 ans et moins : minoration d’1 classe

≥ C35/45 ≥ C45/55
≥ C30/37 ≥ C40/50 minoration
minoration minoration
minoration d’1 classe d’1 classe
d’1 classe d’1 classe
Classes de
résistance (1)
≥ C55/67 ≥ C60/75 ≥ C70/85
≥ C50/60 minoration ≥ C60/75 minoration
minoration minoration minoration
de 2 classes de 2 classes
de 2 classes de 2 classes de 2 classes

≥ C35/45 à base ≥ C35/45 à base ≥ C40/50 à base


de CEM I de CEM I de CEM I
Natures du liant sans cendres sans cendres sans cendres
volantes : volantes : volantes :
minoration minoration minoration
d’1 classe d’1 classe d’1 classe

Enrobage
minoration d’1 classe
compact (2)
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(1) Par souci de simplicité, la classe de résistance joue ici le rôle d’un indicateur de durabilité. Il peut être judicieux d’adopter, sur la base d’indicateurs de dura-
bilité plus fondamentaux et des valeurs de seuil associées, une justification spécifique de la classe structurale adoptée, en se référant utilement au guide
AFGC [20]
(2) Ce critère s’applique aux éléments pour lesquels une bonne compacité des enrobages peut être garantie :
- face coffrée des éléments plans (assimilables à des dalles, éventuellement nervurées), coulés horizontalement sur coffrages industriels ;
- éléments préfabriqués industriellement : éléments extrudés ou filés, ou faces coffrées des éléments coulés dans des coffrages métalliques ;
- sous face des dalles de pont, éventuellement nervurées, sous réserve de l’accessibilité du fond de coffrage aux dispositifs de vibration.

Tableau 3 – Valeurs recommandées de l’ouverture maximale de fissure du béton armé wmax (1)
(en mm)

Éléments en béton armé et éléments en béton Éléments en béton précontraint avec armatures
Classes d’exposition
précontraint sans armatures adhérentes adhérentes

Combinaison quasi-permanente des charges Combinaison fréquente des charges

X0, XC1 0,4 (2) 0,2 (2)

XC2, XC3, XC4 0,3 (3) 0,2

XD1, XD2, XD3, XS1, XS2, XS3 0,2 Décompression


(1) L’attention est attirée sur le fait que wmax est une valeur conventionnelle servant pour le calcul.
(2) Sauf demande spécifique des Documents Particuliers du Marché, la maı̂trise de la fissuration est supposée assurée par les dispositions constructives, le cal-
cul de wmax n’est alors pas requis.
(3) Dans le cas des bâtiments des catégories d’usage A à D (voir NF EN 1991-1-1), sauf demande spécifique des Documents Particuliers du Marché, la maı̂trise
de la fissuration est supposée assurée par les dispositions constructives minimales, le calcul de wmax n’est alors pas requis.

œuvre in situ (voir remarque précédente). La mesure du potentiel (métal protégé). Sur la figure 9 [59], le potentiel mesuré correspond
d’électrode à la surface d’un élément en béton armé fournit une à la valeur de l’équipotentielle qui intercepte la surface au niveau
information qualitative sur le risque de corrosion associé à l’arma- de l’électrode de référence.
ture située à proximité de la sonde. La valeur du potentiel mesuré On note ainsi que, selon la résistivité (fonction de l’état de satu-
par rapport à une électrode de référence permet, en théorie, de sta- ration) et l’épaisseur du béton d’enrobage, la valeur mesurée en
tuer sur l’état actif ou passif de l’armature. surface peut être sensiblement différente de la valeur du potentiel
Par définition, une zone anodique (dissolution du métal) se à l’interface entre l’acier et béton (effet de chute ohmique). Les
caractérise par un potentiel plus faible qu’une zone cathodique valeurs de potentiel sont, avant tout, liées à l’électrode de référence

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Voltmètre Ecorr

Électrode de
référence (Calomel (ESC) V
ou Cu/CuSO4 (ESC))

Lignes de Lignes de Éponge


courant potentiel

- 200 mV - 200 mV
- 300 mV

Béton

- 400

- 500
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Armature
passive Zone de corrosion locale :
-700 mV (anode)

Figure 9 – Mesure du potentiel d’électrode le long d’une armature

utilisée qui doit toujours être spécifiée. L’électrode cuivre/sulfate de


cuivre (ESC) est très généralement utilisée sur site du fait de sa Tableau 4 – Variation du potentiel des armatures
robustesse. Le potentiel est également influencé par les conditions selon l’environnement
de corrosion (localisée ou généralisée) et la disponibilité en
oxygène. Valeurs typique de potentiel des aciers dans du béton
La mesure du potentiel d’une armature nécessite de relier électri- (en V ESC)
quement l’armature, un millivoltmètre à haute impédance et l’élec-
Béton saturé sans oxygène - 0,9… - 1,0 V
trode de référence. Il est aussi nécessaire de soigner le couplage
électrique entre le béton et l’électrode au moyen d’une éponge
Béton humide en présence de chlorures - 0,4… - 0,6 V
humide. Les zones à fort risque de corrosion sont matérialisées
par les plus basses valeurs de potentiel (de l’ordre de - 300 mV
Béton humide sans chlorure (béton sain) + 0,1… - 0,2 V
dans le cas de la figure 9).
Le tableau 4 [59] donne quelques ordres de grandeur des valeurs Béton humide carbonaté + 0,1… - 0,4 V
rencontrées selon l’environnement dans le cas de la corrosion
uniforme [59]. Béton sec carbonaté + 0,2… 0 V
On note que, par rapport à un béton humide sain (+ 0,1 à - 0,2 V/
Béton sec + 0,2… 0 V
ESC), la présence de chlorures a tendance à diminuer fortement le
potentiel (- 0,4 à - 0,6 V/ESC). La carbonatation conduit également,
mais dans une moindre mesure, à une diminution de la valeur du les zones à risque de corrosion maximal (potentiels les plus
potentiel (+ 0,1 à - 0,4 V/ESC). L’état d’humidité du béton d’enro- électronégatifs) [59].
bage influence aussi considérablement les valeurs de potentiel.
Ainsi, les cycles d’humidification/séchage résultant, par exemple, La norme américaine ASTM C876-91 quantifie la probabilité de
d’une exposition aux intempéries peuvent rendre délicate l’inter- corrosion (tableau 5) en fonction des niveaux de potentiel mesurés
prétation d’un relevé de potentiel. Néanmoins, si cette influence (voir le Pour en savoir plus). Cependant, il peut être hasardeux
modifie la valeur du potentiel, les gradients ne sont pas affectés. d’appliquer ces critères sans discernement car les valeurs de poten-
Ainsi, une recommandation récente préconise de représenter les tiels sont difficilement exploitables de manière absolue. C’est pour-
quoi, il est conseillé de coupler les mesures de potentiel avec des
gradients, et non les valeurs brutes du potentiel, pour déterminer

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CORROSION DES STRUCTURES EN BÉTON ARMÉ ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Tableau 5 – Probabilité de corrosion en fonction 8.2 Mesure de la résistivité électrique


du potentiel selon ASTM C876-91 du béton
La mesure de la résistivité électrique du béton permet d’évaluer
Probabilité de corrosion Potentiel d’électrode ESC le contexte électrolytique dans lequel est plongée l’armature. Un
(en %) (en V) béton de faible résistivité électrique constitue un électrolyte favo-
rable à la corrosion, alors qu’un béton très résistif s’oppose à l’éta-
< 10 E > - 0,20 blissement des courants ioniques et limite ainsi la cinétique de la
corrosion. L’information véhiculée par la résistivité électrique est
50 (incertaine) - 0,35 < E < - 0,20 qualitative et ne permet de statuer que sur un risque de corrosion
(tableau 6 [61]).
> 90 E < - 0,35
La mesure de la résistivité électrique peut-être réalisée au moyen
de divers dispositifs expérimentaux [60]. Selon le dispositif, elle
essais supplémentaires (teneur en ions chlore, profondeur de car- peut être sensible à la présence d’armatures proches de la surface
bonatation, relevés de zones de délamination et d’humidité du qui font chuter fortement la résistivité apparente. Dans ce cas, il
béton…) afin de mieux cerner le contexte de corrosion. convient de réaliser la mesure le plus loin possible des armatures.
La résistivité électrique est influencée par la teneur en eau du
Exemple
béton, mais également par la porosité et la composition de la solu-
La figure 10 [59] présente les résultats d’une campagne expéri-
tion interstitielle (présence de sels). Cette mesure devrait être mise
mentale réalisée sur un corpus de 6 ouvrages réels [59].
en œuvre systématiquement en complément des mesures de
Dans cet exemple, les seuils de potentiel relatifs aux 3 niveaux de
potentiel afin d’affiner le diagnostic de la corrosion.
risque définis par la norme américaine ont été évalués expérimenta-
lement sur chaque ouvrage. Le couplage de ces deux techniques se révèle intéressant puis-
On peut noter une grande disparité des seuils de potentiels d’un qu’il permet d’accéder à une information qualitative sur la ciné-
ouvrage à l’autre, montrant ainsi les limites de l’interprétation du tique de corrosion, de larges gradients de potentiel associés à de
potentiel en termes de valeurs absolues. faibles résistivités pouvant en effet être associés à de fortes vites-
ses de corrosion.
Remarque
Les seuils de potentiel établis par la norme ASTM C876-91, 8.3 Mesure de la résistance
définissant les zones à probabilité faible ou forte de corrosion de polarisation
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ne sont qu’indicatifs et, même s’ils aident à définir des tendan-


ces généralement observées, ils ne permettent pas de garantir, La technique de la résistance de polarisation vise à mesurer la
sur la simple mesure de potentiel, une corrosion avérée ou densité de courant de corrosion anodique et, par conséquent, la
non. vitesse de corrosion de l’acier à un instant donné de la vie de l’élé-
ment testé. Cette technique se positionne donc comme la seule à
être en mesure de fournir une information quantitative sur la ciné-
tique du processus électrochimique.
0 Cette méthode est basée sur la linéarité des courbes intensité
(I) / potentiel (E) au voisinage du potentiel « libre » (ou « spon-
tané »). La pente de la droite DE/DI exprime la résistance de polari-
sation Rp (W.cm2) qui est reliée à la densité de courant de corrosion
Potentiel (en Volt vs Cu/CuSO4)

-0,1
icorr selon la relation de Stern-Geary [63] :
B
-0,2 i corr = (25)
Rp

avec B constante (exprime en mV).


-0,3
Malgré certaines contraintes théoriques et expérimentales (pola-
risation, confinement du champ électrique, humidité suffisante,
-0,4 contact électrique), en mesurant Rp périodiquement, il est possible
de contrôler l’évolution du processus de corrosion, d’identifier les
zones de corrosion active et d’utiliser les résultats pour prédire la
-0,5 durée de vie résiduelle de la structure.

-0,6 Tableau 6 – Valeurs indicatives de résistivité et des


1 2 3 4 5 6 7 risques associés

Zone passive (Prob. > 95 %) Résistivités du béton


Risques de corrosion
(en kW.cm)
Zone intermédiaire
> 100 Négligeable
Zone corrodée (Prob. > 95 %)
50 – 100 Faible
Figure 10 – Mise en évidence expérimentale sur différents ponts 10 – 50 Modéré
(indices 1 à 6) des variations de seuils de potentiel relatifs
aux 3 niveaux de risque ASTM et comparaison avec les seuils ASTM < 10 Fort
(indice 7)

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Il faut garder à l’esprit que ces mesures traduisent un état instan- influencent la période d’incubation de la corrosion. Une mesure
tané d’activité qui évolue durant la vie de l’ouvrage. Ainsi, les zones de perméabilité de surface permet de révéler des anomalies, mais
les plus corrodées après dépose d’un béton ne correspondent pas est difficile à réaliser sur site car fonction de l’humidité du béton.
forcément aux zones de plus fort courant de corrosion actuel. De Comme il n’existe pas de norme pour la mesure sur site à l’heure
même, il n’existe pas de lien direct entre mesure de potentiel et actuelle, ces mesures restent essentiellement indicatives.
courant de corrosion, mais le croisement des différentes techniques
permet de mieux cibler les zones à risque.
Des recommandations récentes de la RILEM [61] donnent des
valeurs indicatives de courant de corrosion, ainsi que les risques
9. Prévention et réhabilitation
associés (tableau 7 [61]) :
9.1 Prévention – Mesures constructives
8.4 Analyses complémentaires
Pour se prémunir des problèmes liés à la corrosion, il est pos-
Afin d’appuyer ou d’orienter les techniques électrochimiques pré- sible d’utiliser des armatures en acier inoxydable. Le coût d’inves-
sentées plus haut, il est systématiquement nécessaire de recourir à tissement initial est plus élevé que celui des armatures classiques,
des analyses complémentaires visant à collecter des informations mais il faut considérer le coût global de la structure en incluant les
variées [62]. actions de maintenance sur toute la durée de vie. Dès lors, les dif-
Les dispositifs de caractérisation géométrique des armatures férences sont moindres et le choix de l’inox peut s’avérer écono-
(positionnement, profondeur, diamètre) contribuent fortement à la mique. Le développement d’armatures en matériaux composites
démarche d’investigation. Il s’agit habituellement d’appareils élec- (fibres de verre) est également en cours, mais pas encore en
tromagnétiques (pachomètre, radar). Les performances de ces phase opérationnelle à grande échelle.
outils varient en fonction notamment de la technique utilisée et de La conception générale d’un ouvrage n’est pas non plus sans
la densité de ferraillage. influence sur la durabilité générale du béton. Un certain nombre
Ces méthodes ne font pas l’objet d’une norme à l’heure actuelle, de règles de l’art simples doivent être respectées afin de réduire
mais un guide de bonne pratique existe [62]. La connaissance de la au maximum les effets de la corrosion [10].
position des aciers permet, par exemple, de positionner correcte-
& Dimensionnement de l’ouvrage
ment les sondes de mesures de résistivité (le plus loin possible
des armatures) ou les sondes de mesure de Rp (au droit des arma- En premier lieu, l’ouvrage doit être dimensionné de telle sorte
tures). Par ailleurs, l’évaluation de l’épaisseur d’enrobage (cartogra- que les charges ne donnent lieu, au cours du temps, qu’à des défor-
phie, moyenne) contribue également à cerner le risque de corro- mations acceptables de façon à éviter l’apparition de fissures
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sion. Enfin, du fait de sa sensibilité aux contrastes physiques dans macroscopiques préjudiciables à sa durabilité. C’est pourquoi la
les structures en béton (humidité, chlorures), le radar peut révéler répartition des armatures doit être étudiée de façon à minimiser la
des zones à risque de corrosion et ainsi orienter les techniques formation éventuelle de fissures : tout ce qui contribue à réduire la
électrochimiques plus efficaces mais plus coûteuses en termes de concentration des contraintes a un impact favorable sur la pénétra-
temps de mise en œuvre in situ. Un tel couplage de techniques per- tion des agents agressifs.
met ainsi d’accroı̂tre le rendement et d’envisager des investigations & Au niveau des aspects géométriques des ouvrages
à l’échelle de la structure.
Les éléments aux formes simples assorties de dimensions suffi-
Il est également nécessaire de collecter des informations relati-
santes permettent un positionnement et un enrobage correct des
ves à la qualité du béton d’enrobage qui constitue la barrière phy-
armatures. On évitera les structures trop minces où la pénétration
sique aux agents agressifs. Ces informations sont généralement
des agents agressifs s’effectue suivant deux directions opposées.
issues de prélèvements analysés en laboratoire [58] :
Une attention particulière est à porter aux angles dans la mesure
– analyse chimique globale : type et teneur en ciment ; où l’attaque suivant deux directions perpendiculaires peut décoller
– dosage des chlorures libres et totaux ; prématurément le béton d’enrobage (figure 11 [57]). Pour éviter ce
– dosage des sulfates ; décollement du béton d’enrobage on dispose des armatures
– caractérisation minéralogique : microscopie optique, diffraction transversales.
des rayons X ;
– mesures de porosité à l’eau (ou éventuellement mercure) et
perméabilité ;
– mesures de diffusivité des chlorures et d’absorption capillaire ;
– essais de résistance mécanique.
Les zones de prélèvement permettent de plus de mesurer la pro-
fondeur de béton carbonaté à l’aide d’une solution de phénolphta-
léı̈ne. Enfin, il est possible d’évaluer les propriétés de transfert du
béton in situ, et notamment sa perméabilité et sa diffusivité qui

Tableau 7 – Valeurs indicatives de courant et vitesse


de corrosion (icorr et Vcorr) et des risques associés

icorr Vcorr
Risques de corrosion
(en mA/cm2) (en mm/an) Armatures
< 0,1 < 0,001 Négligeable

0,1 – 0,5 0,001 – 0,005 Faible

0,5 – 1 0,005 – 0,010 Modéré


Figure 11 – Effets de la corrosion au niveau des angles
>1 > 0,010 Fort
des constructions

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CORROSION DES STRUCTURES EN BÉTON ARMÉ ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

& Concernant les détails des dispositions de construction produits de réparation doivent être compatibles avec les matériaux
Un grand soin doit être apporté aux parties de l’ouvrage les plus en place et assurer une adhérence suffisante, à défaut de quoi le
exposées aux intempéries. Un principe simple doit pouvoir s’appli- comportement mécanique initial ne sera pas restauré.
quer : éviter la présence d’eau stagnante et le cheminement préfé-
rentiel des eaux de ruissellement. Les surfaces horizontales en
béton sont particulièrement concernées et une simple pente suffit
9.3 Méthodes de réhabilitation
généralement à résoudre les problèmes (figure 12 [57]). L’objectif de ce paragraphe est de passer en revue les grandes
Ainsi les ponts, les aires de stationnement, les routes, les bal- familles de méthodes. Pour des informations plus détaillées, le lec-
cons et terrasses doivent être conçus de façon à d’éviter la stagna- teur pourra consulter le guide AFGC [58].
tion d’eau. Cependant, les zones les plus exposées des surfaces
Les différentes méthodes de réhabilitation des ouvrages en
horizontales soumises à une humidité fréquente, à des éclabousse-
béton armé sont listés ci-après :
ments répétés avec des sels en ambiance hivernale sont à traiter de
façon spécifique et nécessitent souvent un revêtement & Reconstitution de l’enrobage
imperméable.
Elle permet de réparer et d’arrêter la progression des dégrada-
tions d’un parement. Après élimination des zones dégradées, rem-
9.2 Requalification des ouvrages placement des armatures trop corrodées et protection directe des
armatures, si l’enrobage reconstitué est trop faible par rapport aux
en béton armé normes actuelles, un béton de réfection est appliqué. Celui-ci devra
Si la perte de section des armatures est manifeste, il est néces- montrer une bonne adhérence avec les matériaux en place.
saire de réévaluer la capacité portante de l’ouvrage par un calcul & Imprégnation
mécanique. L’estimation de la section n’est toutefois pas toujours
aisée car elle ne peut se faire que de manière discrète par l’intermé- Les produits appliqués par imprégnation sont des consolidants
diaire de sondages, et il est parfois difficile de remonter à des (consolidation locale et peu profonde d’une zone faiblement alté-
moyennes statistiques. rée) ou des hydrofuges (constitution d’une barrière interne vis-à-
vis de l’eau liquide, mais pas de la vapeur d’eau (ce n’est donc
Si la perte de section est supérieure à 10 %, il convient de renfor- pas un imperméabilisant). Ces produits n’ont pas d’action directe
cer les armatures [58]. L’apport de nouvelles armatures peut se faire sur la corrosion mais sont des traitements complémentaires.
dans la masse, après démolition des zones atteintes et reconstitu-
tion du béton, soit par un apport externe enrobé dans un béton & Inhibiteurs de corrosion
projeté connecté à la structure, soit par des armatures additionnel- Ce sont des composés chimiques ajoutés en faible concentration
les collées sous forme de plaque de tôles ou de tissus de fibres de
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au milieu cimentaire ralentissant, ou stoppant, le processus de cor-


carbone. rosion. Ces produits ont pour fonction de pénétrer l’enrobage du
La corrosion entraı̂ne également une perte d’adhérence qui béton, d’abaisser la vitesse de corrosion de l’acier sans altérer ce
nécessite la dépose du béton dégradé, puis la reconstitution de dernier. Ils doivent être stables et compatibles avec le milieu
l’enrobage. Il est à noter que cette opération libère totalement les cimentaire et ne pas être toxiques. On distingue les inhibiteurs ano-
ancrages des barres. Il faut généralement étayer l’ouvrage pour ce diques (diminution du courant sur la partie anodique du métal), les
type d’opération car le risque de modification du comportement et inhibiteurs cathodiques (augmentation de la surtension catho-
de mauvais fonctionnement des matériaux, en tant que béton dique) et les inhibiteurs mixtes. Actuellement, l’efficacité de ces
armé, peut alors être important. produits est de l’ordre d’une dizaine d’années.
Si les aciers sont la partie dégradée la plus naturelle quand on & Revêtements de surface
parle de corrosion, il ne faut pas négliger la diminution de la sec-
tion efficace de béton qui joue un rôle dans le fonctionnement du La mise en peinture des ouvrages a pour objectif d’améliorer
béton armé, notamment en compression. Comme pour les problè- l’esthétique, de contribuer à la protection du béton (l’amélioration
mes d’adhérence, il faut s’assurer du bon fonctionnement des de l’imperméabilité du support ralentit la pénétration de l’humidité,
matériaux acier et béton ce qui peut nécessiter un étayement. Les de la vapeur d’eau et des agents agresseurs) et à la correction des
défauts de surface (porosité, fissures). Les ouvrages concernés sont
les bâtiments, les tunnels, les murs de soutènement, les écrans
acoustiques et certains ponts. Un critère important de tenue dans
Pl

e
ui
ui

le temps est la bonne adhérence au support.


Pl
e

& Béton projeté


C’est un mélange de granulats, de ciment et d’eau, contenant
parfois des ajouts, projeté sous pression d’air comprimé sur une
paroi. Il existe deux techniques de projection : la voie sèche (eau
introduite au niveau de la lance) et la voie humide (eau introduite
au malaxage du béton).
& Traitements électrochimiques
Il en existe deux types.
 Ré-alcalinisation et extraction des chlorures
Ces traitements consistent à polariser l’armature à l’aide d’une
anode, enrobée d’une pâte saturée d’un électrolyte approprié et
recouvrant le parement. Le courant de polarisation circule de
l’anode vers l’armature (cathode). Les armatures plus profondes
doivent être reliées électriquement à celle qui est directement pola-
risée. Ces traitements durent environ de une à six semaines et sont
temporaires. On distingue la technique suivant laquelle un généra-
Figure 12 – Dispositions constructives permettant d’éviter teur électrique (technique du courant imposé) est placé entre
la stagnation d’eau l’anode et l’armature et la technique suivant laquelle l’anode, en

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alliage judicieusement choisi, est directement reliée à l’armature


(courant galvanique). L’objectif de ces méthodes est de redonner 10. Conclusion
au béton d’enrobage sa capacité à protéger les armatures. La ré-
alcalinisation permet d’augmenter le pH d’un béton qui a été carbo-
naté ; la déchloruration permet d’extraire les ions chlorures qui ont
pénétré l’enrobage.
 Protection cathodique L’examen des ouvrages affectés par une détérioration du béton
d’enrobage recouvrant les armatures révèle que les dommages
La protection cathodique des armatures permet de ralentir, voire
résultent presque toujours d’une épaisseur d’enrobage trop mince
d’arrêter, la corrosion. Elle consiste à abaisser le potentiel électro-
chimique de l’armature jusqu’à une valeur seuil, dite « potentiel et/ou d’un béton défectueux, poreux et peu résistant.
de protection », qui est telle que la vitesse de corrosion de l’acier La corrosion des armatures du béton armé est aujourd’hui la
devient négligeable. Le principe de la protection cathodique pathologie qui coute le plus cher à la collectivité. Les paramètres
consiste à polariser l’armature dans le béton à l’aide d’une anode dégagés lors des observations et des études montrent que la dura-
placée de façon permanente sur le parement, ou parfois dans bilité des armatures passe, en premier lieu, par la réalisation d’un
l’enrobage. Le courant de polarisation, qui circule de l’anode vers béton compact et d’une épaisseur d’enrobage adaptée. Les bétons
l’armature, se situe entre 2 et 50 mA/m2 de surface d’armature. Il préparés avec des additions minérales (laitiers de haut fourneau,
existe deux techniques de protection cathodique : cendres volantes, fumées de silice, fillers) limitent en général la dif-
– par courant imposé : un générateur électrique est placé entre fusion des ions chlore.
l’anode et l’armature, Les approches modernes ne se basent plus uniquement sur la
– par anode sacrificielle (courant galvanique) : l’anode, en alliage simple résistance à la compression comme indicateur de
correctement sélectionné, est directement reliée à l’armature. durabilité, mais sur des approches où les caractéristiques du
Une installation de protection cathodique est efficace tant que les matériau sont définies en fonction d’une durée de vie inscrite
éléments les moins durables que sont les électrodes de références dans un environnement donné (normes Eurocodes, approche
et l’anode, sont fonctionnels. Ces éléments sont facilement rempla- performantielle).
çables et, dans le cas d’une électrode de titane, la durée de vie peut Les progrès réalisés dans la modélisation numérique et la prise
atteindre 20 ans. en compte des incertitudes, dans les approches fiabilistes notam-
ment, permettent de calculer des durées de vie par rapport à des
états limites donnés (initiation de la corrosion, perte d’un pourcen-
Il existe aujourd’hui un large éventail de techniques permet-
tant de prolonger la durée de vie des ouvrages dégradés. Le tage de section d’acier). La requalification mécanique de l’ouvrage
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choix de la technique repose sur des aspects technico-économi- permet alors de définir la maintenance adéquate (réparation,
ques liés à la structure et nécessite une étude au cas par cas de confortement, remplacement). Afin d’éviter des interventions lour-
manière à optimiser les coûts. des, il est toujours préférable d’identifier les désordres le plus tôt
possible par des inspections bien ciblées.

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