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La pièce d’Alfred de Musset offre une illustration des principes du drame romantique au

XIXe siècle et permet de redéfinir la notion de « héros ».

1. Les caractéristiques du drame

1. Le mélange des genres


Dans la préface de Cromwell, considérée comme le manifeste du drame romantique, Victor Hugo définit l’essence de
ce genre théâtral en se référant à Shakespeare : «  Shakespeare, c’est le Drame  ; et le drame, qui fond sous un même
souffle  le grotesque et le sublime, le terrible et le bouffon, la tragédie et la comédie  ».
L’œuvre de Musset témoigne de ce mélange des genres car le personnage de Lorenzo passe sans cesse du rire aux
larmes ; il est le bouffon, l’amuseur du Duc , mais dissimule une faille, un mal qui le ronge peu à peu.

2. Temps et espace
Affranchi des règles classiques et des contraintes de la scène, Musset s’autorise toutes  les libertés d’écriture et tous
les changements de décor, comme en témoigne l’acte V dans lequel on est transporté de Florence à Venise entre les
scènes 6 et 7. En cela, le drame constitue un défi pour les metteurs en scène depuis 1896 et la première
représentation d’Armand Artois : représenter Lorenzaccio  suppose de s’approprier un texte qui se dérobe.

2. Les thèmes du drame

1. La réécriture de l’Histoire
Né dans une période de bouleversements majeurs, le drame romantique conduit une réflexion sur l’Histoire :
comme Hernani ou Ruy Blas de Victor Hugo, Lorenzaccio se déroule dans un autre siècle et dans un autre pays que
ceux de son auteur ; pourtant, ces œuvres sont des miroirs de la France du XIX e siècle et permettent de penser
l’action politique et ses conséquences.

2. Le désenchantement
La mélancolie qui s’empare de Lorenzo dans la pièce, et sa désillusion face au meurtre d’Alexandre qu’il presse
comme une action vaine, en font l’illustration du « désenchantement » propre aux Romantiques.
La pièce annonce La Confession d’un enfant du siècle, roman autobiographique publié deux ans plus tard, qui fera de
Musset le porte-parole d’une génération, et dans lequel on trouve cette phrase emblématique : «  Alors s’assit sur un
monde en ruines une jeunesse soucieuse ».
3. Les masques du héros romantique

1. De Lorenzaccio à Lorenzetta
Le héros romantique est un être déchiré par ses tourments intérieurs, à l’identité éclatée. Musset joue sur les noms
pour mettre en évidence le jeu de masques auquel se livre son personnage : à l’âme pure de
Lorenzo s’oppose l’odieux masque de Lorenzaccio, le débauché au service du Duc ; quant à Lorenzetta, elle
symbolise son identité féminine, honteuse car elle le prive de sa virilité.
Et ce n’est pas un hasard si les premières interprètes du héros de Musset (Sarah Bernhardt, Marie-Thérèse Piérat,
Renée Falconetti) furent des femmes travesties, exprimant la sensibilité romantique et la complexité du personnage.

2. Un affranchissement impossible
Dans la pièce, Lorenzaccio croit pouvoir revenir en arrière, s’affranchir de l’être vil qu’il a créé en s’engageant sur le
chemin du meurtre, mais il finit par se rendre compte qu’il a perdu son âme et que le masque lui colle désormais à
la peau.
Ainsi, le drame historique et politique est également le drame personnel d’un être désenchanté.

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