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COMPRENDRE L’IMPORTANCE DU GENRE

DANS L’ECONOMIE…

Genre et économie : une perspective internationale

ème
La 4 Conférence Mondiale sur les Femmes, organisée par les
Nations Unies en septembre 1995 à Beijing, fait référence à
l’importance de l’émancipation des femmes, notamment dans la
sphère économique. Cette émancipation économique des femmes est
un droit humain fondamental mais aussi un impératif pour le
développement national et le bien-être collectif. Or, des inégalités de
genre importantes demeurent dans le domaine économique à l’échelle
internationale, comme en témoigne le diagnostic établi à Beijing :

« Les femmes sont loin d’avoir les mêmes chances que les hommes
d’accéder au pouvoir et d’agir sur les structures économiques.
Presque partout dans le monde, les femmes ne participent pas, ou
participent peu, à la prise des décisions économiques. Elles ne sont
pratiquement pas représentées dans les instances de formulation des
politiques économiques, financières, monétaires et commerciales et
de détermination des régimes fiscaux et salariaux. »

« Les pratiques discriminatoires dans l’enseignement, la formation,


l’embauche et les rémunérations, la promotion et la mobilité
horizontale, la rigidité des conditions de travail, le manque d’accès aux
ressources productives et le partage inégal des responsabilités
familiales, conjugués au manque de services tels que les garderies
d’enfants continuent de limiter les possibilités d’emploi et la mobilité
des femmes ainsi que leurs perspectives économiques et
professionnelles et sont pour elles des sources de stress. De plus,
des préjugés entravent leur participation à la formulation des
politiques économiques et, dans certaines régions, restreignent
l’accès des femmes et des filles aux études et à la formation
économique ».

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« Bien que de nombreuses femmes aient réussi à progresser dans
les institutions économiques, le parcours de la majorité d’entre elles, et
notamment de celles qui ont à faire face à des obstacles
supplémentaires, est entravé par la persistance des barrières qui les
empêchent d’acquérir leur autonomie économique et de gagner
durablement de quoi vivre et faire vivre ceux dont elles ont la charge. »

Sur la base de ces constats, 6 objectifs stratégiques ont été formulés


à Beijing concernant les femmes et l’économie :

 Promouvoir les droits et l’indépendance économique des


femmes, notamment l’accès à l’emploi, des conditions de
travail appropriées et l’accès aux ressources économiques.
 Faciliter l’égalité d’accès des femmes aux ressources, à
l’emploi, aux marchés et aux échanges commerciaux.
 Fournir aux femmes, notamment à celles à faible revenu, des
services professionnels et des moyens de formation, et leur
ouvrir l’accès aux marchés, à l’information et à la technologie.
 Renforcer la capacité économique et les réseaux
commerciaux des femmes.
 Éliminer la ségrégation professionnelle et toutes les formes
de discrimination dans l’emploi.
 Permettre aux hommes et aux femmes de concilier
responsabilités familiales et responsabilités professionnelles.

Quel lien entre genre et économie ?

Le genre fait référence aux caractéristiques socialement construites


qui définissent le rôle et le comportement des hommes et des femmes
dans un contexte historique, institutionnel, social et culturel donné. Le
genre fait également référence à un ensemble de symboles, normes,
valeurs et structures institutionnelles qui valorisent différemment, à
travers un processus de construction sociale, le « masculin » et le
« féminin ». Ces représentations du masculin et du féminin influencent
toutes les facettes du développement. Dans le domaine économique,

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elles influencent notamment les opportunités offertes à chacun et
chacune (accès à certaines fonctions supérieures, ségrégation
professionnelle…) et les rôles qu’hommes et femmes doivent jouer
(division sexuelle du travail…).

Le lien entre relations de genre et économie étant très étroit, le


développement économique tend également, à l’inverse, à influencer
les relations de genre (augmentation de l’autonomie financière
favorisant une augmentation du pouvoir de décision au sein du
ménage que ce soit pour les femmes ou les hommes).

Allocation sexuée des ressources et des tâches

L’approche genre dans le domaine économique combat notamment la


non-prise en compte et la non-valorisation des activités à caractère
reproductif (élever des enfants, assurer le travail au sein du foyer,
travailler pour le compte de la famille sans contrepartie… etc.) et la
division du travail fondée sur le genre.

La division du travail est un principe d’affectation de tâches selon le


sexe au sein et en dehors du ménage, fondée à la fois sur la
perception des rôles sociaux des hommes et des femmes et sur
l’idéologie de genre (définition de tâches « féminines » et
« masculines »). De manière générale, l’essentiel des activités
reproductives, non génératrices de revenus, sont considérées comme
féminines. Les filles sont ainsi largement impliquées dans les travaux
domestiques, et elles sont beaucoup moins scolarisées que les
garçons, ce qui est un facteur majeur de la perpétuation de l’inégalité
des sexes et de la subordination des femmes. En outre, le fait que les
tâches domestiques, largement assumées par les filles / femmes,
soient systématiquement non rémunérées implique une dépendance
monétaire au moins partielle des femmes vis-à-vis de la famille, ou de
la communauté. Les hommes ont par contre, en vertu de leur statut de
principal soutien du ménage, ou en tant que propriétaire des biens de

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production du ménage, un accès prioritaire aux activités génératrices
de revenus, ou aux revenus tirés de la production familiale.

Les modèles utilisés par les économistes et socio-économistes du


développement ont ainsi longtemps implicitement reposé sur l’idée
que la différence des sexes fonde une division naturelle du travail, que
cette dernière implique une complémentarité des rôles féminins et
masculins, elle-même supposée être incarnée dans le ménage, unité
décisionnelle de base. La méconnaissance des enjeux de genre s’est
traduite par des biais importants dans la définition et la transmission
des politiques économiques et sociales.

L’utilisation d’enquêtes budget-temps (time budget surveys) a permis


de mettre au jour, dans de nombreux pays, l’allocation du temps en
terme de travail (et de loisir) selon le genre (alors que les enquêtes
traditionnelles reposaient souvent sur un malentendu quant à la notion
de « travail », diversement perçue par les enquêtés). Ce type
d’enquête s’avère particulièrement adapté pour mettre en évidence la
complexité (multi-activité par exemple) et la diversité des activités
déployées par les acteurs en particulier en milieu rural où les activités
de marché sont minoritaires. Ainsi, Diane Elson (1999) rapporte
qu’une nouvelle définition du travail introduite dans une enquête sur le
travail au Pakistan a fait passer le taux de participation des femmes
rurales de 13,9 à 44,9 % (en incluant les travaux liés à l’agriculture de
subsistance, la collecte de bois et d’eau, la fabrication des vêtements
et les services domestiques rémunérés).

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Les facteurs influençant négativement l’intégration des femmes
au développement économique

La capacité des femmes à entreprendre des activités économiques ne


dépend pas seulement de l’accès à des ressources financières ou à
des moyens de production. Elle est conditionnée par une série de
facteurs culturels, politiques, économiques et sociaux qui peuvent
favoriser ou restreindre leur participation dans le domaine économique,
comme le soulignent notamment l’étude réalisée au Maroc en 2004
par l’AMAPPE et l’enquête de la direction de la statistique :

 Au Maroc, la répartition sexuelle des rôles ne favorise pas


toujours pour les femmes, la disponibilité nécessaire à la
conduite d’une entreprise. La conciliation des rôles liés à la
production et à la reproduction et l’absence de services et de
technologies appropriées pour alléger les corvées des
femmes constituent des obstacles importants à leur accès à
l’emploi et au développement de l’entreprenariat ; les femmes
ne disposent d’une ressource essentielle qu’en quantité très
limitée : le temps. L’enquête réalisée par la Direction de la
statistique sur le budget temps des femmes démontre
d’ailleurs que les principales contraintes des femmes dans
l’exercice de leur savoir-faire sont la lourdeur des tâches,
l’exercice d’un travail professionnel, le manque de
financement et du temps.

 Les stéréotypes de genre constituent également un facteur


d’influence majeur. Le concept de bonne réputation des
femmes, et par extension de leur famille, est par exemple une
valeur centrale dans la société marocaine. Ce concept, et ses
diverses facettes, a un impact sur ce qui est considéré comme
étant une attitude ou une activité respectable ou acceptable
pour une femme. Ainsi, dans certains milieux, les femmes ne
sont pas encouragées à s’investir dans des activités qui
demandent de fréquents déplacements ou de nombreux

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contacts avec des hommes ou un environnement d’hommes.
Dans l’étude réalisée sur la condition socio-économique de la
femme au Maroc, la Direction de la statistique s’est intéressée
au degré de participation de la femme à la prise de décision
dans la sphère familiale et communautaire. L’étude démontre
qu’une proportion très importante des femmes rurales
(85,3%), et dans une moindre mesure des femmes urbaines
(61,2%), doivent obtenir l’autorisation de leur père ou de leur
conjoint pour se déplacer. De même, certaines activités sont
considérées comme étant traditionnellement masculines,
telles que l’utilisation de machinerie ; d’emblée la société, et
les femmes elles-mêmes, considèrent qu’elles n’ont pas les
capacités de le faire.

 Les facteurs d’influence juridiques sont par ailleurs importants.


Bien que des changements soient survenus au courant des
années 90, certaines dispositions juridiques demeurent
encore discriminatoire à l’égard des femmes.

 L’éducation constitue également un facteur d’influence


déterminant : faible scolarisation des filles, faible accès à la
formation professionnelle… Les filières de la formation
professionnelle offertes aux filles contribuent particulièrement
à renforcer la position des femmes dans les secteurs
« traditionnellement » féminins et précaires (textile et artisanat
notamment).

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Pourquoi promouvoir l’égalité hommes-femmes dans les
politiques et programmes de développement économique ?

L’inégalité entre les hommes et les femmes constitue un obstacle


majeur au développement économique. Des observations de plus en
plus nombreuses tendent en effet à démontrer que la persistance de
ces inégalités a un coût élevé en terme de développement et que les
efforts visant à améliorer l’égalité peuvent se révéler très profitables
sur le plan social et économique.

Dès les années 60, Becker et d’autres théoriciens de l’approche du


“ capital humain ” développèrent ainsi la “ Nouvelle économie du
ménage ” qui, pour la première fois, appliquait les concepts et les
modèles du marché à la production des ménages et à l’analyse de la
répartition du temps. Ces nouveaux outils furent utilisés pour expliquer
la division sexuelle du travail, les comportements de marché, des
membres du ménage et les différences homme-femme dans ces
comportements. Dans les années 70 et 80, ces concepts furent
utilisés pour une analyse plus poussée des discriminations sur le
marché du travail et des modèles de négociation des ménages, qui
tenait compte des dimensions de pouvoir et de conflit dans les prises
de décision. Dans le même temps, le débat des années 60 sur la
rémunération du travail domestique et les conférences des Nations
Unies au cours de la Décennie des Femmes (1976-1985)
popularisèrent le concept de reproduction sociale. Tous ces facteurs
contribuèrent à la reconnaissance du rôle central du travail des
femmes dans le “ secteur reproductif ”.

Simultanément aux développements de la micro-économie, l’ouvrage


de l’anthropologue économiste Ester Boserup (1970), « Les femmes
face au développement économique », sonne l’alarme sur les
conséquences de la marginalisation des femmes du processus de
développement économique. Les crises de la dette du Tiers-Monde
dans les années 1970 et 1980, ainsi qu’une série de programmes
d’ajustement structurel, donnèrent par la suite lieu à des études

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d’impact, identifiant les femmes comme un des groupes les plus
sensibles aux reculs de l’aide. Des hypothèses selon lesquelles
l’origine des reculs de l’aide sociale se trouvait dans la conception des
programmes, et non simplement dans des effets secondaires
inattendus, ont donné naissance à des essais de prise en compte plus
rigoureuse du genre dans l’analyse macroéconomique.

Aujourd’hui, on reconnaît donc que la prise en compte du genre est


une condition d’efficacité et d’équité des politiques économiques et
sociales. En effet, plus les disparités entre les sexes sont marquées et
plus les taux de croissance sont faibles, les niveaux de vie bas et la
pauvreté importante. Des études au niveau macro ont confirmé que
les niveaux de développement humain des femmes affectent la
croissance économique, et que l’éducation et la santé améliorent
l’aptitude des femmes et des filles à participer au développement de
leur pays et à augmenter leurs revenus, ce qui permet d’améliorer leur
statut dans la société. Il est donc clair que les inégalités entre les
sexes sont coûteuses pour un pays et que l’amélioration des
conditions économiques et sociales des femmes représente un
puissant levier du développement humain et un important facteur de
croissance économique et de réduction de la pauvreté.

Le bien-être économique nécessite ainsi des stratégies de


sensibilisation adaptées à l’approche genre. Même si la division du
marché du travail s’est récemment améliorée, le bien-être
économique de toute société ne peut être accompli si un groupe est
considérablement défavorisé par rapport à un autre. De même, une
économie ne peut se dire performante si elle ne valorise pas les
contributions et les aptitudes de tous les membres de la société.

L’intégration de l’approche genre dans les projets économiques se


traduit généralement par une participation accrue des femmes à la
prise de décision à plusieurs niveaux, surtout au niveau
communautaire ou au niveau des structures administratives locales,
laquelle a des effets positifs sur la bonne gestion des affaires

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publiques et la reddition de comptes. En outre, il s’est avéré que la
participation des femmes à des activités entreprises dans le cadre
d’un projet ou aux activités de groupes ou de comités améliore
l’efficacité globale des actions en faveur du développement. Lorsque
les femmes acquièrent effectivement la maîtrise des revenus du
ménage, il apparaît en effet qu’elles ont tendance à utiliser les
ressources disponibles pour satisfaire les besoins essentiels de la
famille et scolariser les enfants, ce qui peut avoir des répercussions
directes et indirectes sur la réduction de la pauvreté au niveau des
ménages et de la communauté toute entière.

Un projet de développement économique devrait alors veiller à ce que


l’égalité entre les deux sexes soit promue dans une économie en
mutation comme le Maroc. Il s’agit d’encourager la volonté
d’entreprendre des femmes par le biais de mécanismes de synergie et
de mise en réseau, d’études et d’une plus grande diffusion des
informations. Afin de concilier les vies professionnelle et familiale des
hommes et des femmes, il convient en outre d’élaborer une
réglementation sur la réconciliation entre la famille et la vie
professionnelle.

La prise en compte de la dimension genre dans le développement


économique suppose enfin d’identifier et de répondre aussi bien aux
besoins pratiques qu’aux intérêts stratégiques des femmes.

Exemples de besoins pratiques et besoins stratégiques des femmes


entrepreneures marocaines

Les besoins des femmes entrepreneures sont de diverses natures et il


est nécessaire, pour favoriser le développement de l’entreprenariat
féminin et le développement de petites et micro entreprises viables,
de répondre à la fois aux besoins pratiques et aux besoins
stratégiques.

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Les besoins pratiques des femmes entrepreneures représentent
l’ensemble des « outils » nécessaires aux femmes pour développer
une activité économique :

 la formation technique pour améliorer le processus de


production ;
 l’information et la formation pour assurer la commercialisation ;
 l’information et la formation sur les procédures
administratives, la législation et la fiscalité, les programmes
d’appui à la micro entreprise et leurs formalités ;
 l’accompagnement dans l’élaboration des projets ;
 l’accès à des financements pour l’investissement et le fonds
de roulement ;
 l’accès à des locaux ;
 l’accès à des moyens de production et notamment à des
technologies « modernes » pour améliorer le rendement et la
productivité et alléger la pénibilité des travaux ;
 le développement des infrastructures de base pour soulager
les corvées domestiques et améliorer l’environnement de la
petite et micro entreprise.

Les besoins stratégiques concernent l’ensemble des moyens qui


permettent aux femmes d’améliorer leur position sociale afin qu’elles
soient capables d’assurer la viabilité de leur activité économique en
assurant le contrôle de leurs ressources et bénéfices. Pour ce faire,
des mesures d’accompagnement doivent être prises pour favoriser :

 le développement de l’autonomie financière ;


 la participation des femmes aux processus de prise de
décision tant au niveau familial que communautaire ;
 l’augmentation de la représentativité des femmes dans les
instances de décision politiques et économiques ;

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 la reconnaissance sociale de leur potentiel et de leur
contribution ;
 la gestion des ressources financières pour assurer leur
contrôle et l’autonomie dans la gestion de l’activité ;
 l’augmentation de la mobilité des femmes ;
 le développement de leur confiance en elles ;
 le plaidoyer auprès des décideurs pour qu’ils reconnaissent le
potentiel des femmes et prennent en compte leurs besoins.

Source : Etude sur l’identification d’activités économiques potentielles


pour les femmes au Maroc, réalisée par l’AMAPPE en 2004

Genre et économie : quelques faits et chiffres au Maroc

Ces dix dernières années, le Maroc a connu des changements


importants qui ont eu des répercussions sur la condition et la situation
des femmes. Le nouvel environnement social, économique et politique
entraîne effectivement des transformations dans les rapports sociaux et
notamment au sein des rapports femmes/hommes. L’accès récent des
femmes à un travail salarié a induit des changements dans leurs
rapports avec leur environnement familial et social. Ces changements
sont causés par l’augmentation des possibilités de scolarisation des
filles, les crises économiques qui exigent un apport économique accru
de tous les membres de la famille y compris les femmes, l’apparition -
certes timide - des femmes en politique et à des postes de
responsabilité, la maîtrise de la fécondité, l’accès à l’information… etc.
On note ainsi que le taux d’accès des femmes au travail a augmenté
de façon particulièrement significative entre 1973 et 2004, passant de
8 % à 42 %. Les femmes décident d’intégrer le marché de l’emploi
pour diverses raisons, mais la principale motivation est l’amélioration
des conditions de vie : ainsi 79,1% des citadines et 61,5% des
femmes rurales considèrent que leur première activité économique

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répondait à une nécessité. 49,1% des femmes urbaines et 46,1% des
rurales invoquent les conditions matérielles difficiles.

Les faits et chiffres suivants témoignent cependant de la persistance


de différences et d’inégalités de genre marquées dans le domaine de
l’économie et notamment de l’emploi :

 La population active marocaine compte 25 % de femmes


(2004), parmi lesquelles 39,5 % sont salariées, 13,1 %
exercent des professions indépendantes et 0,5 % sont
entrepreneures.
 Les femmes actives sont essentiellement présentes dans le
secteur de l’agriculture et de la pêche (61,2 %) et celui de
l’industrie (17,6 %). Les femmes fonctionnaires ne représentent
que 33,2 % de l’effectif global des agents de la fonction
publique.
 L’emploi des femmes marocaines est globalement caractérisé
par la précarité (emplois saisonniers), l’absence de sécurité
d’emploi, la sous rémunération, et le chômage (NB : les
statistiques officielles sur le taux d’activité de la population ne
permettent pas de rendre réellement compte de la réalité du
travail féminin ; en effet, les méthodes de collecte et d’analyse
des données reposent sur le statut « déclaré » de la femme,
or celles-ci se déclarent souvent comme étant « inactives »
lorsqu’elles sont au chômage ou sans travail rémunéré).
 Les femmes occupent généralement les postes les moins
qualifiés et les moins rémunérateurs : seules 1,1 % des cadres
supérieurs et des actifs exerçant une profession libérale
sont des femmes ; au niveau de la fonction publique, seules
10,7 % des directeurs sont des femmes, 0,86 % des chefs de
division, 5,57 % des chefs de service. On ne compte par
ailleurs qu’une femme Gouverneur, deux femmes Secrétaires
d’Etat et une directrice d’entreprise publique.

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 Les femmes sont particulièrement sensibles au sous emploi :
23,8 % des femmes actives travaillent plus de 45 heures par
semaine mais 41,4 % travaillent moins de 25 heures.
 Le travail des femmes rurales est essentiellement un travail à
domicile réalisé en tant qu’aide familiale, donc non rémunéré.
Le travail des citadines est, au contraire, salarié et
majoritairement réalisé hors du domicile (63,1 %).

Les femmes marocaines et l’entreprenariat

 On compte 5000 femmes entrepreneures au Maroc (0,5 % de


la population active).
 La majorité des entreprises gérées par des femmes sont des
PME/PMI, parmi lesquelles 50 % concernent le secteur textile
et habillement, et 47 % les services.
 70 % des entreprises dirigées par des femmes ont été créées
après 1980.
 70 % des entreprises dirigées par les femmes sont localisées
à Casablanca.
 84 % des PME dirigées par des femmes emploient moins de
10 salariés.
 65 % des femmes chef d’entreprises sont âgées de 30 à 39
ans.
 Le secteur informel constitue un réservoir d’opportunités pour
les femmes, dans des domaines tels que la couture,
l’habillement traditionnel, l’artisanat et le commerce.
 La promotion des coopératives féminines dans les zones
rurales et péri-urbaines constitue une opportunité pour
assurer l’intégration de la femme entrepreneure dans
l’économie marocaine.
 Le développement de l’entreprenariat féminin nécessite
toutefois la mise en place d’une assistance en terme de
conseil et de formation au profit des femmes à fort potentiel
de développement, de même qu’une représentation plus

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importante des femmes dans les chambres de commerce et
d’industries et dans les associations professionnelles.

Source : Situation de l’entreprenariat féminin au Maroc. H. Cherif


Haouat. 2002, BIT

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QUESTIONS CLES POUR L’ACTION…

Les différentes questions ci-après doivent contribuer à la réflexion et


guider l’action pour mieux intégrer la dimension genre dans les
interventions à caractère économique, en favorisant une meilleure
prise en compte des contraintes, des besoins et des intérêts
spécifiques des hommes et des femmes ainsi qu’une pleine
participation de ces hommes et ces femmes à la vie économique.

L’analyse du contexte

Le contexte institutionnel (au niveau macro)

 Quelles sont les lois, réglementations et orientations nationales en


matière de développement économique et d’emploi ? Ces lois,
réglementations et orientations tiennent-elles comptent de la
dimension genre ? Discriminent-elles l’un des sexes ?

 Quelles sont les initiatives (programmes, projets…) développées


dans le pays dans le domaine économique ? Ces initiatives
intègrent-elles la dimension genre ?

 Existe-t-il des politiques sectorielles qui ciblent les besoins ou les


intérêts des femmes en matière de développement économique ?

 Quelles sont les succès et les échecs / contraintes rencontrés par


ces initiatives en matière de genre et d’économie ?

 Quels sont les acteurs actuellement impliqués dans les projets et


programmes relatifs au développement économique ? Parmi ces
acteurs, lesquels tendent à privilégier une intervention sensible au
genre ?

 Des données désagrégées selon l’âge et le sexe sont-elles


disponibles au niveau national sur les différents aspects liés à

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l’économie (marché de l’emploi, représentation des hommes et des
femmes par secteurs et sous-secteurs d’activités…) ?

 Les analyses concernant la pauvreté et la vulnérabilité économique


distinguent-elles la situation des hommes et celle des femmes ?

 Que révèlent les statistiques désagrégées sur la position des


femmes dans l’économie, par rapport aux hommes (sur
représentation dans le secteur informel, faible représentation dans
les postes de direction…) ?

 Dans quelle mesure cette position est-elle influencée par le


système éducatif, les stéréotypes de genre ?
 Quels sont les secteurs et sous-secteurs économiques affectés par
la mondialisation, les difficultés… ? Quels impacts ont-ils sur les
hommes et sur les femmes travaillant dans ces secteurs ou sous-
secteurs ?
 Dans quelle mesure l’ajustement structurel, les initiatives de
privatisation et la rationalisation du secteur public affectent-ils
l’emploi des hommes et des femmes ?

 Exist-il des services adaptés aux besoins spécifiques des femmes


entrepreneures (formules de crédit, formations…) ? Aux femmes
défavorisées, peu ou pas alphabétisées ?

 Exist-il des mesures ou dispositifs d’accompagnement pour


favoriser l’insertion économique des femmes (développement des
crèches…) ?

 Quel est le taux de scolarisation des filles (en milieu rural / milieu
urbain) ?

 Qu’en est-il de l’égalité des chances en matière de formation


supérieure ? de formation professionnelle ?

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Le contexte socio-culturel

 Dans quelle mesure les valeurs socio-culturelles du pays


influencent-elles (positivement ou négativement) le développement
économique des femmes ?

 Quelles sont les conséquences pour les femmes qui transgressent


ces normes socio-culturelles et religieuses ?

 Quelle est la perception des hommes concernant le rôle des


femmes dans le domaine de l’économie ? La perception des
femmes sur le rôle des hommes ?

 Quel est le regard de la société sur les femmes professionnellement


actives ?

L’analyse d’un secteur / sous-secteur économique

 Dans quels secteurs / sous-secteurs (formels et informels) les


femmes sont-elles traditionnellement actives (textile…) ? Lesquels
de ces secteurs présentent un potentiel de croissance / sont
saturés ?

 Quelles sont les normes socioculturelles au sein du secteur / sous-


secteur et leurs implications pour les hommes / femmes ?

 Quelle est la réglementation du travail au sein du secteur / sous-


secteur et quelle en sont les conséquences pour les hommes /
femmes ?
 Quelles sont les contraintes et opportunités des hommes / femmes
entrepreneurs en ce qui concerne la demande du marché dans le
secteur / sous-secteur ?

 Quels sont les risques et barrières à l’entrée pour les hommes /


pour les femmes dans le secteur / sous-secteur considéré ? Dans
les secteurs / sous-secteurs de croissance non traditionnels ?

GTZ - Guide : Genre et économie 17


 Quelles compétences, expériences et niveau d’éducation sont
exigés dans le secteur / sous-secteur ?

 Les conditions de travail (salaires, horaires…) offertes aux


hommes et aux femmes sont-elles différentes dans le secteur /
sous-secteur considéré ?

L’analyse au niveau micro (ménages et communautés) : la


division des rôles et responsabilités selon le genre, l’accès et le
contrôle des ressources, les facteurs d’influence

 Quelle est la répartition des rôles, des pouvoirs et du savoir entre


les hommes et les femmes ?

 Comment se répartissent les rôles productifs, reproductifs et


sociaux entre les hommes et les femmes ?

 Quels bénéfices tirent les hommes et les femmes de ces différents


rôles ?

 Quel travail (rémunéré et non rémunéré) accomplissent les


femmes et les filles ? Les hommes et les garçons ?
 Quel contrôle ont les femmes sur le revenu qu’elles génèrent ?
Ont-elles le contrôle sur une part du revenu du foyer ?

 Quelles sont les décisions qui incombent aux femmes (en tant que
filles, qu’épouses, que belles-mères…) concernant les achats et
dépenses ? Et aux hommes ?

 Dans les micro-entreprises / activités dirigées par des femmes, qui


prend les décisions ?

 Quelles sont les barrières auxquelles sont confrontées les femmes


pour accéder au marché du travail ?

Ex : faibles moyens économiques (pour l’investissement),


analphabétisme…

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 Quelle est la perception et l’attitude des hommes, de la
communauté, ou même de certaines femmes, vis-à-vis de la
participation des femmes à la sphère économique (emploi salarié
des femmes, entreprenariat féminin) ?
 Y a-t-il un risque de violence domestique envers les femmes qui
décident de travailler et de contrôler leurs revenus ?

 Comment amener les hommes / les femmes / la communauté à


changer leurs perceptions négatives vis-à-vis du travail des
femmes et/ou de l’entreprenariat féminin ?

 Quels sont les arguments (économiques, religieux, liés au bien


être,…) susceptibles d’être acceptés par les hommes et pouvant
les encourager à permettre l’accès des femmes à l’emploi ou à
toute autre activité économique générant des revenus ?

 La femme a-t-elle besoin du consentement d’une tierce personne


pour accéder au crédit ? Pour créer une entreprise ?

 Dans quelle mesure les femmes ont-elles accès aux facteurs de


production, au crédit, à la formation et l’information, aux nouvelles
technologies / des technologies appropriées ? Y a-t-il des
différences d’accès entre les hommes et les femmes ?

 Les femmes ont-elles des contraintes de mobilité pour accéder à


l’emploi ou à des services d’appui au développement de
l’entreprenariat ?
Ex : distance entre le lieu de travail et le lieu de résidence, existence
de moyens de transport, possibilité de se déplacer seule ou
nécessité d’être accompagnée…

GTZ - Guide : Genre et économie 19


La formulation du projet

Les objectifs du projet

 Le projet respecte-t-il le contexte socio-culturel local (perceptions,


normes, valeurs…) en matière d’économie ? Ses objectifs sont-ils
« socialement acceptables » ?

 Comment les contraintes socio-culturelles ont-elles été prises en


compte dans la définition du projet et de ses objectifs ?

 Les femmes et les hommes ont-ils été consultés et impliqués dans


la définition des objectifs du projet ? Dans quelle mesure leurs avis
respectifs ont-ils été pris en compte dans les objectifs du projet ?

 Comment les objectifs du projet répondent-ils aux besoins


pratiques (accès au crédit, formation…), aux contraintes et aux
intérêts stratégiques (augmentation du pouvoir de décision, de
l’autonomie économique…) des hommes et des femmes ?

 Le projet vise-t-il à contribuer à l’émancipation et au renforcement


du pouvoir (empowerment) économique des femmes ?
 Le projet vise-t-il à faire évoluer la perception et le comportement
négatifs des femmes aussi bien que des hommes en matière
d’emploi et d’économie ?

 Le projet prévoit-il d’influencer les politiques et la législation qui


limitent l’accès des femmes à l’emploi ou qui favorisent les
inégalités de genre dans le secteur économique ?

 De quelle façon le projet va-t-il agir en faveur du respect de


certains droits des femmes en matière d’activité économique,
d’accès au marché de l’emploi ? Lesquels ?

 Dans quelle mesure le projet prévoit-il d’améliorer les revenus des


femmes, l’accès à l’emploi salarié ?

 Le projet tend-il à consolider ou à remettre en question la division


actuelle du travail ?

GTZ - Guide : Genre et économie 20


 Le projet vise-t-il à promouvoir l’activité des femmes dans des
secteurs à faible croissance où elles sont traditionnellement
actives, ou privilégie-t-il des secteurs novateurs où les femmes ne
sont pas forcément impliquées ?
 Le projet vise-t-il à introduire une politique de genre dans les
entreprises (lutte contre les discriminations à l’embauche, égalité
des rémunérations, accès des femmes aux fonctions
supérieures…) ?

Les groupes ciblés par le projet

 Quels groupes de population sont ciblés par le projet ?

Ex : femmes seulement, hommes seulement, hommes et femmes,


adultes, adolescent(e)s…

 Quelles informations sont disponibles sur chaque groupe cible ?

 Les informations sur le travail des hommes et des femmes au sein


du ménage et de la communauté, leurs ressources, leurs besoins,
contraintes et intérêts spécifiques… ont-elles été collectées ?

 A-t-on évalué les impacts potentiels du projet sur les hommes, les
femmes et les relations au sein de la famille et de la
communauté ?

 A-t-on informé les hommes et les femmes dont les vies seront
affectées par l’intervention, des implications et des conséquences
du projet ?

 Comment le projet affectera-t-il les relations entre hommes et


femmes ?

 Le projet bénéficiera-t-il de façon équitable aux hommes et aux


femmes ?

 Quels sont les changements escomptés par le projet chez les


hommes ? Chez les femmes ?
 Quel intérêt portent les femmes et les hommes au projet ?

GTZ - Guide : Genre et économie 21


 A-t-on prévu des mesures pour s’assurer que le projet
n’influencera pas de façon négative la condition des femmes ?

 Le projet vise-t-il à renforcer les capacités des femmes aux


instances décisionnelles (groupes d’intérêts, administrations
locales…) ?

La mise en oeuvre du projet

Le personnel impliqué dans le projet

 Le personnel est-il familiarisé avec les problèmes de genre


(formation, expérience, sensibilisation) ?

 Le personnel du projet est-il soucieux d’impliquer les femmes et les


hommes dans la mise en œuvre de l’action ?

 Le projet prévoit-il du personnel féminin et masculin, notamment


pour assurer les séances d’information, sensibilisation et formation
auprès des hommes et des femmes (ensemble / séparément) ?

 Dans quelle mesure le personnel masculin est-il expérimenté dans


la fourniture de services aux femmes et est-ce approprié dans le
cadre de l’action ?

 Le personnel externe mobilisé dans le cadre du projet (consultants


/ consultantes) a-t-il reçu des consignes en matière de prise en
compte de la dimension genre dans sa mission (termes de
références) ?

GTZ - Guide : Genre et économie 22


Les activités

 Des mesures sont-elles prises pour favoriser la participation des


femmes aux différentes activités prévues, aux services d’appui
proposés et aux bénéfices escomptés ?

Ex : information / sensibilisation de la famille sur l’activité, choix


d’horaires et de lieux adaptés, accès facilité, coût du service
proposé, invitation séparée des différents groupes de femmes
(mariées / célibataires / divorcées, jeunes / âgées, belles-filles /
belles-mères…) pour limiter les influences… etc.
 Des mesures sont-elles prises pour favoriser l’accès des femmes à
l’information sur les activités(moyens de communication appropriés)?
 A-t-on planifié les activités de façon à ne pas causer trop de travail
supplémentaire aux femmes ?
 Quelles activités sont prévues pour promouvoir le développement
des activités économiques du groupe cible féminin ?
 Des activités sont-elles prévues pour sensibiliser les hommes sur
le travail des femmes?

 Des activités sont-elles prévues pour sensibiliser les différents


acteurs économiques, et notamment les employeurs ?

 Des activités (plaidoyer…) sont-elles prévues pour influencer la


législation et les politiques concernant le marché du travail afin de
réduire les inégalités de genre ?

 Des activités sont-elles prévues pour informer les femmes sur leurs
droits en matière d’emploi, pour les sensibiliser sur leur potentiel
économique, sur les sources de financement ? Les mêmes
activités sont-elles prévues pour les hommes ?
Ex : focus groupes avec des professionnel-les de différents
secteurs, avec des femmes entrepreneurs ayant réussi, des
représentant(e)s des associations locales, des leaders religieux ou
communautaires…

GTZ - Guide : Genre et économie 23


 Une stratégie de communication différenciée a-t-elle été prévue
selon que la communication cible les hommes ou les femmes ?

 Des activités d’information et de sensibilisation sont-elles prévues


pour faire reconnaître et valoriser le travail féminin (lui conférer une
« visibilité ») ?

 Les structures communautaires formelles et informelles (sages-


femmes traditionnelles, écoles, Jmaâ, Mokadem, ...) sont-elles
impliquées dans les activités ?

 Le projet prévoit-il de travailler avec la communauté pour trouver


des solutions aux obstacles qui limitent l’accès des femmes à
l’emploi et aux activités économiques ?

 Les leaders (hommes et femmes) de la communauté sont-ils


identifiés et impliqués dans le projet ? Des mesures sont-elles
prévues pour les inciter à influencer la communauté pour
promouvoir la participation des femmes au développement
économique ?

 Des formations sur le genre sont-elles prévues pour les acteurs


locaux intervenant dans le domaine économique (associations,
collectivités locales…) ?

 Des activités sont-elles prévues pour articuler l’action en matière


de développement économique aux autres initiatives dans la zone
en faveur de l’amélioration de la situation et de la condition des
femmes (éducation, formation professionnelle…) ?

 Dans le cadre du soutien à l’entreprenariat féminin, des activités


sont-elles prévues pour augmenter la prise de conscience des
prestataires de services vis-à-vis de la demande spécifique des
femmes ?

 Des activités sont-elles prévues pour fournir des services adaptés


aux besoins spécifiques des femmes entrepreneurs (formules de
crédit, formations…) ? Aux femmes défavorisées, peu ou pas
alphabétisées ?

GTZ - Guide : Genre et économie 24


 Des formations sont-elles prévues pour aider les femmes à gérer
leur emprunt ?

 Quelles activités sont prévues pour contribuer à donner aux


femmes un meilleur contrôle et accès aux ressources (crédit,
facteurs de production…) ?

 Comment le projet veillera-t-il à ce que les femmes aient un accès


équitable aux moyens matériels, techniques et aux technologies ?
Vont-elles être formées pour contribuer à l’entretien du matériel
par ex.?

 Des mesures d’accompagnement (garderie d’enfants, transports...)


sont-elles prévues pour favoriser l’accès des femmes à l’emploi ou
le développement de l’entreprenariat féminin ?

 Les contenus et méthodes de formation sont-ils adaptés aux


besoins et intérêts des femmes ?

 Le projet prévoit-il de créer / renforcer des groupes d’intérêts dans


le domaine économique, enregistrant une forte présence
féminine ?

 Le projet propose-t-il aux femmes des systèmes de financement


qui tiennent comptent de leurs besoins et qui leur permettent un
accès autonome aux opérations financières ?

Ex : accès au crédit non dépendant d’une garantie sous forme de


propriété foncière…

L’évaluation du projet

 L’évaluation et les études d’impacts utilisent-elles des indicateurs


de genre ?

 L’évaluation prévoit-elle des indicateurs relatifs à l’émancipation,


l’empowerment économique des femmes ?

GTZ - Guide : Genre et économie 25


 Des données désagrégées par sexe sont-elles collectées pour le
suivi et l’évaluation du projet ?

 Les hommes et les femmes sont-ils impliqués, tous les deux, dans
le processus de suivi-évaluation ?

 Le projet a-t-il des effets et des impacts différenciés sur les


hommes et les femmes en matière de développement
économique, d’accès à l’emploi ?

 Le projet prévoit-il de suivre et évaluer les changements induits par


le développement de l’emploi des femmes ou de l’entreprenariat
féminin dans les relations de genre au sein du ménage ou de la
communauté.

 Le projet prévoit-il de suivre le contrôle qu’ont les femmes sur les


revenus auxquels elles ont pu accéder grâce au projet ?

 Le projet prévoit-il de suivre et évaluer les changements induits sur


le travail des hommes et des femmes lié à la production, à la
reproduction et à la collectivité ?

 Le projet prévoit-il de suivre et évaluer les changements induits


dans l’entreprise en matière d’égalité hommes / femmes ?

 Le rapport final du projet identifie-t-il systématiquement les lacunes


ou les succès en matière de genre ?

 Les membres du groupe d’évaluation ont-ils reçu des consignes en


matière de prise en compte de la dimension genre dans leur
mission (termes de références) ?

GTZ - Guide : Genre et économie 26


R E C O M M A N D A T I O N S ET O U T I L S
POUR L’ACTION…

Le cadre d’analyse de Harvard

Le cadre analytique de Harvard est un outil simple qui permet


d’analyser la situation des hommes et des femmes dans une
communauté donnée. Il fournit des données précieuses pour formuler
une intervention en matière de développement économique, qui
tienne compte de la dimension genre. Ce cadre analytique se
compose notamment des niveaux suivants :

i) Le profil d’activité - Il fournit en général une réponse à la question


“qui fait quoi?”, mais va plus loin pour dire quand, comment, où,
combien de fois, etc., et tient compte d’autant de rôles particuliers que
nécessaires, tels que femmes âgées, hommes célibataires, jeunes
garçons/filles, etc. Le profil d’activité fournit une base de données
contextuelles en faisant une analyse détaillée des rôles pertinents de
production et de reproduction (NB : les rôles de reproduction vont au-
delà de ceux qui sont associés à la procréation, et englobent les
activités ménagères liées à la subsistance de la famille).

Qui ? Quand ? / Pour


Activités (hommes / Où ? combien de
femmes) temps ?
Reproductives
Liées à l’eau
Liées aux
combustibles
Préparation des
aliments
Soins aux enfants
Liées à la santé
Autres

GTZ - Guide : Genre et économie 27


Productives
Agriculture
Création de revenus
Emploi
Autre

ii) Le profil d’accès et de contrôle - Il identifie les ressources et les


bénéfices associés aux rôles de production et de reproduction en
question et tient compte du fait que ce sont des hommes ou des
femmes qui les contrôlent et en tirent des bénéfices. En dehors des
ressources matérielles, telles que les terres, les capitaux, les facteurs
de production, il peut s’agir de ressources moins tangibles telles que
le temps, l’accès à l’éducation, etc.

Accès Contrôle
Femmes Hommes Femmes Hommes
Ressources
Terre
Equipement
Travail
Argent
Education /
formation, etc.
Autres
Bénéfices
Revenus externes
Propriété de biens
Prestations
d’interventions de
développement
Pouvoir politique /
prestige
Autres

GTZ - Guide : Genre et économie 28


iii) Les facteurs d’influence - Identifient le milieu dynamique qui
influe sur la désagrégation par genre que présentent les deux profils
précédents. Ces facteurs peuvent être des influences passées,
présentes ou futures. Ils peuvent être des facteurs de changement,
des facteurs politiques, économiques, culturels, etc., ou des
obstacles ou des opportunités qui affectent tout particulièrement
l’égalité de la participation et les bénéfices des femmes.

Facteurs Impacts Opportunités Obstacles


Politiques
Economiques
Culturels
Educationnels
Environnementaux
Légaux/Juridiques
Autres

Source : Genre et Développement, Manuel de formation, CEDPA.

La grille d’analyse – Ménages et activités économiques

Cette grille peut être utilisée pour analyser la dimension genre dans
les activités économiques d’un ménage, notamment au niveau des
activités à caractère commercial (activités agricoles, artisanales…).

Qui vend Qui contrôle Consulte-t-


Où sont les les revenus il/elle
Produits vendus les produits ? de la vente ? l’époux/se
produits? avant de
H F H F
vendre ?
1-
2-
3-
4-

Source : Gender and poverty targeting in market linkage operations -


A toolkit for practitioners, IFAD, 2002.

GTZ - Guide : Genre et économie 29


Les indicateurs sensibles au genre

i) Exemples d’indicateurs quantitatifs pour évaluer l’augmentation du


pouvoir (empowerment) économique des femmes :

 Evolution des taux d’activités / emploi / chômage des hommes


et des femmes.
 Evolution du temps consacré par les hommes et les femmes à
certaines activités, notamment à caractère reproductif
(partage plus important des tâches non rémunérées au sein
du ménage, comme le soin des enfants).
 Différence entre les salaires moyens des hommes et ceux des
femmes.
 Evolution dans la part de ressources (terre, logements,
bétail…) possédées et contrôlées par les femmes par rapport
aux hommes.
 Evolution du nombre et de la qualité des services
économiques (crédit, appui technique…) ciblant les femmes et
nombre d’organisations et institutions fournissant des services
adaptés aux femmes.
 Augmentation absolue et relative du nombre de femmes chefs
d’entreprises ou occupant des postes de direction.
 Augmentation du nombre de femmes ayant accès au micro-
crédit.

ii) Exemples d’indicateurs qualitatifs pour évaluer l’augmentation du


pouvoir (empowerment) économique des femmes :

 Amélioration de l’autonomie économique des femmes.


 Augmentation des opportunités économiques offertes aux
femmes.
 Amélioration de la position des femmes au sein du foyer (rôle
dans la prise de décision).
 Nature des décisions prises de façon indépendante par les
femmes.

GTZ - Guide : Genre et économie 30


 Amélioration de la mobilité des femmes.
 Augmentation de la confiance des femmes (entreprenariat) /
Prise de conscience de leurs potentialités.
 Evolution de la perception, par les hommes et par la
communauté, des femmes en tant qu’actrices économiques
(travail salarié des femmes hors du foyer, implication des
femmes dans des activités commerciales…).
 Evolution au sein du ménage concernant le contrôle des
revenus / usage des revenus supplémentaires générés par les
femmes (décision concernant les dépenses, nature des
dépenses…).

iii) Grille pour une analyse sensible au genre de l’impact d’une


intervention en matière de développement économique

Avant le Après le Raison du


projet projet changement
Accès au marché
Accès à l’information sur
le marché
Revenus générés par le
ménage
Revenus sous le contrôle
des hommes
Revenus sous le contrôle
des femmes
Charge de travail des
hommes
Charge de travail des
femmes
Capacités / compétences
des hommes (production,
gestion, marketing…)
Capacités / compétences
des femmes (production,
gestion, marketing…)

GTZ - Guide : Genre et économie 31


L’évaluation de la parité hommes-femmes dans l’entreprise

1. Employé(e)s et contrats de travail

A temps A temps Contrats à Contrats


Nombre complet partiel durée temporaires
d’employé(e)s indéterminée
H F H F H F H F
Fonctions de
direction
Cadres
supérieurs
Professions
intermédiaires
Personnel
administratif
Personnel
non qualifié

2. Opportunités

Durée Nombre Salaire Heures


moyenne de annuel total annuelles
Nombre de service promo- pour tous les totales de
d’employé(e)s tions employé(e)s formation
payée
H F H F H F H F
Fonctions de
direction
Cadres
supérieurs
Professions
intermédiaires
Personnel
administratif
Personnel
non qualifié

GTZ - Guide : Genre et économie 32


3. Politiques d’égalité d’accès à l’emploi

Oui Non
Existe-t-il une politique écrite traitant de l’égalité d’accès
à l’emploi pour les femmes ?
Cette politique s’applique-t-elle aussi aux filiales ?
Cette politique s’applique-t-elle aux partenaires,
fournisseurs ?
La politique a-t-elle été élaborée conjointement par des
hommes et des femmes ?
Existe-t-il au sein de l’entreprise des mesures contre :
- La discrimination dans le recrutement (rejet d’une
personne compétente sur le seul critère de sexe de peur
qu’elle ne tombe enceinte et s’absente par ex…)
- La discrimination dans la formulation des offres
d’emploi (ex : homme exigé ou préféré / femme exigée
ou préférée, « poste de directeur » au lieu de poste de
« directeur/trice »)
- La discrimination dans les systèmes d’avancement et
d’ancienneté
- La discrimination dans la promotion
- La discrimination dans l’accès à la formation continue /
professionnelle
- La discrimination dans les licenciements
- La discrimination envers les femmes mariées
- Le harcèlement sexuel
- La discrimination dans les salaires ou les avantages
(salaires différents à poste, responsabilités et
compétences égales)
- Les discriminations liées à la grossesse ou
l’accouchement
- Les discriminations basées sur l’âge
L’entreprise a-t-elle prévu :
- Une analyse des politiques de santé et de sécurité
professionnelles quant à leurs effets sur les conditions
de travail des femmes
- La formation des cadres et des employé(e)s aux
questions d’égalité d’accès à l’emploi

GTZ - Guide : Genre et économie 33


- Un soutien aux études à l’extérieur de l’entreprise
(congés payés, programmes spéciaux…) accessibles
aussi bien aux femmes qu’aux hommes
- La création de conditions de travail favorables à la vie
de famille (heures de travail flexibles, crèches…)
Mécanismes de mise en œuvre et de suivi des mesures d’égalité
d’accès à l’emploi :
- Collecte et analyse de statistiques de l’emploi des
femmes (catégories professionnelles, promotion…)
- Nomination d’un représentant chargé de traiter les
questions d’égalité sur le lieu de travail et les questions
touchant au travail et à la famille
- Mise en place d’un mécanisme / procédure de plainte
en cas de violations des mesures appliquées
- Mise en place d’un mécanisme / procédure pour
résoudre les conflits d’intérêts et différends concernant
l’application des mesures et leur interprétation

GTZ - Guide : Genre et économie 34


P O U R E N S A V O I R PLUS…

Genre, travail et emploi

 Site du projet Genre Maroc, comportant des liens utiles et


thématiques, notamment sur le genre et les finances, l’emploi, le
travail : www.genre.ma

 Le progrès des femmes à travers le monde - Les femmes, le travail


et la pauvreté, rapport annuel 2005 de l’UNIFEM. Document qui
donne un aperçu global de la situation des femmes en lien avec le
travail et la pauvreté :
http://www.unifem.org/attachments/products/PoWW2005_overview
_fre.pdf

 Marché du travail et genre dans les pays du Maghreb - Femmes et


marché du travail au Maroc : vulnérabilité et régulations sociales,
Mejjati Alami Rajaa, Université de Fès, 2003. Une analyse détaillée
de la situation des femmes et de l’emploi au Maroc :
http://www.ulb.ac.be/soco/colloquerabat/papiers/articles_definitifs/
RS1_Mejjati_Alami.pdf

 Le travail des Maghrébines, l’autre enjeu. Situation économique


et sociale différenciée selon le genre au Maghreb
GTZ - Eigenmassnahme - Collectif 95 Maghreb égalité :
Accompagnement du RAHD en matière de Genre au Maghreb -
Edition Marsam - 2006 - ISBN : 9954-21-040-7

 Bonnes pratiques en matière de création d’emplois et de revenus


décents pour les femmes - Intégration des questions de genre
dans les organisations communautaires - Etudes de cas au
Burkina Faso et au Sénégal, BIT - Genre et équité :
http://www.ilo.org/dyn/empent/empent.Portal?p_prog=C&p_s/ubprog
=&p_category=PUB

 Figures de la précarité. Genre et exclusion économique au Maroc


L. Jaidi et M. Zouaoui -2005 GTZ- SEFEPH ISBN : 9954-21-034-2

GTZ - Guide : Genre et économie 35


Genre et économie

 Travaux sur les questions de « genre et économie solidaire » du


Pôle socio-économie solidaire de l’Alliance :
http://womeneco.socioeco.org/fr
 Temps, autonomie et mobilités limités parmi les facteurs qui
influent négativement sur les activités des femmes, étude sur le
genre au Maroc de la Women’s World Banking. Cette étude
identifie notamment les aspects des rôles et responsabilités liés au
genre qui ont le plus fort impact sur les résultats des entreprises :
www.swwb.org
 Genre et activités économiques au Maroc, la persistance de la
précarité dans l’activité féminine - Livre Blanc - N. Barkallil 2005,
GTZ - SEFEPH - ISBN : 9954-21-035-0

 Rapport de la Réunion d’évaluation décennale de la mise en


oeuvre de la Plate-forme de Beijing (Beijing +10) en Afrique du
Nord, 14-16 avril 2004, Tanger. Des constats sur l’évolution de la
situation des femmes en matière de développement économique
en Afrique du Nord :
http://www.uneca.org/fr/acgd/fr/800x600/fr_intro/fr_pub/Rapport%2
0final-Afrique%20du%20nord.doc
 Dossier « Genre et budget », préparé par BRIDGE.
http://www.bridge.ids.ac.uk/docs/french-final.doc
 Glossaire genre et macroéconomie, Patricia Alexander et Sally
Baden, BRIDGE, en collaboration avec GTZ, février 2000. Un
très bon aperçu de l’évolution historique de la prise en compte
de la dimension genre dans l’analyse économique (document
synthétique en français, document complet disponible en anglais
sur le même site) :
http://www.bridge.ids.ac.uk/reports/38,_Glossaire_x.doc
 Condition socio-économique de la femme au Maroc. Enquête
nationale sur le budget temps des femmes 1997-98, rapport de
synthèses – volume n°1, Direction de la Statistique, 1999

GTZ - Guide : Genre et économie 36


 Différentes ressources sur le site de l’OCDE :
http://www.oecd.org/dac/Gender/htm

Entreprenariat féminin

 Etude sur l’identification d’activités économiques potentielles pour


les femmes au Maroc, réalisée par l’AMAPPE en 2004 (UNIFEM
New York / OXFAM Québec) dans le cadre du Programme d’appui
au développement de l’entreprenariat féminin (PADEF) :
http://www.amappe.ma/padef/

 Promotion de l’entreprenariat féminin - Un manuel pour les


praticiens : les stratégies et outils du cycle de projet, 2 volumes (1-
Principes directeurs, 2 – Kit d’outils), DDC Suisse, mai 2004. Un
manuel réalisé sur la base des différentes expériences de la
coopération suisse dans le domaine de l’appui au développement
de l’entreprenariat féminin. Un guide très complet incluant de très
nombreux outils pratiques (questionnaires, grilles d’analyse…)
pour analyser les secteurs et sous-secteurs économiques,
développer des services adaptés aux femmes entrepreneurs… :
http://www.sdc.admin.ch/ressources/deza_product_fr_808.pdf

 Initiatives féminines, Aicha Belarbi et als., Éditions le Fennec,


Casablanca, 1999

 Situation de l’entreprenariat féminin au Maroc, H. Cherif HAOUAT,


2002, BIT

 L'approche genre dans l'appui à la promotion de la petite et


moyenne entreprise, Issue Paper, DDC-Suisse, 1998. Document
d’analyse clair et synthétique :
http://www.intercooperation.ch/sed/download/issuepapers/issue-
fra.pdf

GTZ - Guide : Genre et économie 37


Genre et microfinance

 Guide pour la microfinance sensible au genre, FAO / Programme


d’Analyse Socio-Economique selon le Genre (ASEG), 2002. Un
guide très complet : analyse du lien entre genre et microfinance,
méthodes et outils, questions clés, ... :
http://www.fao.org/sd/seaga/downloads/fr/microfinancefr.pdf

GTZ - Guide : Genre et économie 38