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§.

3 - La garde à vue

Depuis la création du code de procédure pénale le 10 février 1959, la garde à


vue était réglementée par des textes épars qui ne protégeaient guère les libertés et les droits
des personnes gardées à vue.
Après de vives critiques de la doctrine et les recommandations du conseil
consultatif des droits de l’homme du 24 décembre 1990 qui étaient approuvées par le Roi
défunt Hassan II, le code de procédure pénale a connu la première réforme législative en vue
de renforcer les droits de la personne poursuivie. Il s’agit du dahir du 30 décembre 1991
portant promulgation de la loi n° 67.90 relative à la procédure pénale.
En réalité, il ne changeait que superficiellement le dispositif juridique
antérieur, ce qui rendait inévitable d’autres réformes afin de concilier d’une part, l’efficacité
des investigations judiciaires et d’autre part, la protection des droits et libertés individuelles,
c’est-à-dire de concilier deux notions difficile à mettre en œuvre, à savoir le droit à la sûreté et
le droit à la sécurité.
Cette réforme s’est concrétisée par le Dahir du 3 octobre 2002 portant
promulgation de la loi n° 22.01 relative à la procédure pénale. Mais il s’agit d’une « réforme
en trompe l’œil », car elle n’atteint que partiellement son but. En effet, la loi régissant la garde
à vue souffre de certaines faiblesses susceptibles de porter atteinte aux libertés individuelles et
au principe de la présomption d’innocence. Mais l'avant-projet du Code de procédure pénale a
réussi de combler les lacunes de la loi 22.01.
Il importe de définir la mesure de la garde à vue, de voir les personnes visées
par cette mesure, et les conditions de celle-ci.

A) Définition

Le code de procédure pénale ne définit pas la garde à vue. Il ne précise pas


aussi les fondements de cette mesure (indices, raisons plausibles…). Cet état de lieu est
critiquable, surtout que la mesure de la garde à vue porte une atteinte grave aux libertés
individuelles. Elle concerne aussi bien les crimes et délits flagrants que les situations
ordinaires.
En l’absence du texte de loi, la garde à vue peut être définie comme
« l’appréhension d’une personne et sa rétention à la disposition et à la vue de l'officier de
police judiciaire à son lieu de travail pour une durée fixée par la loi »1.
C’est la même position de la Cour de cassation qui, en affirmant que «  la
garde-à-vue est le temps passé par l'accusé en retenue administrative sous la surveillance et
le contrôle de l'officier chargé de l'enquête »,2 précise deux éléments : la privation de liberté
et la mise à la disposition de l'officier de police judiciaire.

1
Ministère de la justice, Traité de procédure pénale (en arabe), Editions de l'association de publication de
l'information juridique et judicaire, 2ème éd., T.I. Rabat, 2004, p. 122.
2
C. cass. arr. n° 475, 25/01/2001.
Le législateur français est intervenu le 14 avril 20113, il définit la garde à
vue comme«  une mesure de contrainte décidée par un O.P.J. sous le contrôle de l’autorité
judiciaire par laquelle une personne à l’encontre de laquelle il existe une ou plusieurs
raisons plausibles de soupçonner qu’il a commis ou tenté de commettre un crime ou un délit
puni d’une peine d’emprisonnement et maintenu à la disposition des enquêteurs ».
Le professeur Khamlichi assure que les règles qui commandent cette mesure
« sont impératives, imposées directement par la loi afin de garantir le bon déroulement de la
procédure, loin de toute marge de choix ou de recours à un quelconque pouvoir
discrétionnaire »4.
L’efficacité des enquêtes suppose donc en général, le maintien à disposition de
toute personne entre les mains des enquêteurs. Il semble que c’est la solution adéquate, mais
dangereuse pour les libertés individuelles, afin d’éviter la disparition des preuves, et aussi la
fuite des auteurs soupçonnés d’avoir commis une infraction. Mais il faut éviter la garde à vue
de « confort », c’est-à-dire que l’O.P.J. recourt à cette mesure juste pour avoir l’intéressé sous
ses mains s’il a besoin de l’interroger, elle doit donc être justifiée.

B) Les personnes visées par la mesure de la garde à vue

Il s’agit des personnes suspectées d’avoir un lien avec l’infraction. Le


législateur marocain autorise la garde à vue pour les nécessités de l’enquête. La phrase
manque de précision, car quelles sont les personnes concernées par cette mesure ? Cela risque
de menacer les liberté individuelles et de porter une atteinte au principe de la présomption
d’innocence. Est-il concevable qu’un simple témoin qui n’a aucun rapport avec l’infraction
pourrait être arrêté et placé en garde à vue pour les nécessités de l’enquête ?
En France, depuis la réforme de 1993, seules les personnes à l’encontre
desquelles existe un ou plusieurs indices faisant présumer qu’elles ont commis ou tenté de
commettre une infraction seraient susceptibles d’être placées en garde-à-vue.
La loi du 15 juin 2000 relative au renforcement de présomption d’innocence et
la protection des droits des victimes, a modifié le code de procédure pénale français en
intégrant la formule suivante : « une ou plusieurs raisons plausibles de soupçonner » que la
personne que l’on veut placer en garde à vue ait commis ou tenté de commettre une infraction.
Ainsi, les témoins et toute autre personne ne peuvent être placés en garde à vue. Un témoin ne
peut être retenu que le temps strictement nécessaire à son audition.
Le législateur marocain doit donc modifier l’article 66 C.P.P. pour préciser la situation
dans laquelle la personne peut être placée en garde à vue. Cette mesure ne doit concerner que
les suspects, c’est-à-dire les personnes contre lesquelles existent des raisons plausibles
laissant penser qu’ils ont commises ou tenté de commettre une infraction sanctionnée d’une
peine d’emprisonnement.

3
Loi n° 2011-392.
4
Khamlich Ahmed, traité de procédure pénale (en arabe), t. I imprimerie Almaârif Aljadija, Rabat, 1999, p. 295.
C) Les conditions de validité

  Les articles 66 et 80 C.P.P. mentionnent quatre conditions pour la validité de la


garde à vue. Le recours à la garde à vue, qui requiert en certains cas une autorisation préalable
du parquet et qui doit toujours être justifié par une nécessité, n’est pas admis pour toutes les
infractions. De plus, sa période est-elle limitée.
1°) L’autorisation préalable du parquet
 
L’article 80 C.P.P., relatif à l’enquête préliminaire, conditionne le placement
en garde à vue à l’autorisation préalable du parquet. Or l’article 66 C.P.P., se rapportant à
l’enquête de flagrance, se contente seulement d’obliger l’officier de la police judiciaire à
aviser le parquet de la mesure de garde à vue.
L’intervention du parquet est donc toujours exigée pour la mesure de garde à
vue, et elle prend une forme différente selon le type de l’enquête : préliminaire ou de
flagrance.
2°) La nécessité de la garde à vue 

Comme il est dit précédemment, les textes régissant la garde à vue manquent
de précision quant aux personnes concernées par cette mesure. Dans l’attente d’une réforme
du législateur, le bon sens nous amène à dire que l’O.P.J. ne doit avoir droit à placer un
individu en garde à vue que lorsque il y a des indices ou des raisons plausibles de soupçonner
cet individu. Si cela fait défaut, cette mesure risque d’être dénuée de fondement, c’est-à-dire
arbitraire réprimée au titre de l’art. 225 du code pénal. Elle risque aussi de porter atteinte à la
présomption d’innocence. La règle est d’une importance capitale car elle est prévue au titre de
l’article 21 de la constitution qui dispose que « Nul ne peut être arrêté, détenu, poursuivi ou
condamné en dehors des cas et des formes prévus par la loi.
La détention arbitraire ou secrète et la disparition forcée sont des crimes de la plus
grande gravité et exposent leurs auteurs aux punitions les plus sévères (…)
La présomption d’innocence et le droit à un procès équitable sont garantis. Toute
personne détenue jouit de droits fondamentaux et de conditions de détention humaines (…) ».

Cette protection est aussi garantie au sein de l’art. 9 de la déclaration


universelle des droits de l’homme de 1948 qui stipule que « Nul ne peut être arbitrairement
arrêté, détenu ni exilé. » Aussi, au sein de l’article 5 de la C.E.S.D.H. qui prévoit dans son
paragraphe premier que « toute personne a droit à la liberté et à la sûreté. Nul ne peut être
privé de sa liberté », avant d’énumérer les cas de privation de liberté. De même au sein de
l’article 9 du pacte international de 1966 relatif aux droits civils et politiques disposant dans
son paragraphe premier que «   1. Tout individu a droit à la liberté et à la sécurité de sa
personne. Nul ne peut faire l'objet d'une arrestation ou d'une détention arbitraire. Nul ne peut
être privé de sa liberté, si ce n'est pour des motifs, et conformément à la procédure prévus
par la loi.  »

La question est de savoir quels sont ces indices ou ces raisons plausibles
permettant de mettre une personne en garde à vue. Deux hypothèses peuvent constituer le
fondement de cette mesure.
 
D’un côté, la garde à vue ne peut concerner que l’individu ayant un rapport
avec l’infraction. Le bon déroulement de l’enquête exige la mise en garde à vue de la
personne, à savoir la recherche des moyens de preuves, et l’identification des auteurs de
l’infraction. Ainsi, tout individu ayant la moindre relation avec l’infraction, pouvant apporter
une contribution quelconque aux recherches, ou tout simplement tout suspect, peut être placé
en garde à vue.

De l’autre côté, pour protéger les libertés individuelles, la garde à vue ne peut
être décidée que lorsque la personne ne présente pas de garanties suffisantes pour rester à la
disposition de l’O.P.J. qui mène une enquête, mais cela ne peut se concevoir que dans le cas
des délits, car il serait plus difficile de laisser en liberté une personne soupçonnée d’un
homicide volontaire.
Cependant, dans l’état actuel du texte, les libertés individuelles semblent être
menacées par la mesure de la garde à vue. La condition de nécessité prévue par les articles 66
et 80 C.P.P. est ambigüe, car c’est l’O.P.J. qui apprécie au final si la garde à vue est
nécessaire ou non, mais selon quels critères ? Certes, le contrôle opéré par le procureur du Roi
ou le procureur général du Roi et la chambre correctionnelle de la Cour d’appel semble être
une garantie. Mais dans la pratique la seule protection du droit à la sûreté semble être la
conscience de ces officiers quant à la gravité de la mesure de la garde à vue et quant au
respect des instruments internationaux des droits de l’homme.

3°) Départ et délais de la garde-à-vue

Le législateur marocain a choisi de traiter différemment l’ensemble des


infractions dites de droit commun et un certain nombre d’infractions jugées différentes en
raison de leur gravité ou de la complexité des investigations qu’elles impliquent.
Le délai d’une garde-à-vue est de 48 heures à compter à partir du moment de
l’appréhension de la personne concernée (art. 66 C.P.P.).
En matière de flagrance, l’O.P.J. informe le ministère public de la mesure qu’il
a décidée (art. 66, al. 1er C.P.P.). En revanche, au cours d’une enquête préliminaire une telle
mesure ne peut être ordonnée que sur autorisation préalable de cette autorité (art. 80, al. 1 er
C.P.P.).
En toutes matières, préliminaire ou de flagrance, une prolongation de la garde-
à-vue pour une durée de 24 heures est possible selon des formalités différentes.
En matière de flagrance, il suffit d’une autorisation écrite du ministère public.
En matière préliminaire, la prolongation nécessite que la personne gardée à vue
soit présentée avant la fin du délai initial au procureur du Roi qui l’autorise si nécessaire,
après l’avoir entendue, en vertu d’un acte écrit (art. 80, al. 2 C.P.P.). Par exception à cette
règle, le ministère public peut autoriser la prolongation sans entendre la personne en vertu
d’une décision motivée (art. 80, al. 5 C.P.P.).
Des dispositions différentes sont prévues lorsque l’O.P.J. voudrait procéder à
une garde à vue relative à une infraction contre la sécurité intérieure ou extérieure de l’Etat
ainsi qu’en matière de terrorisme.
Au cours d’une enquête de flagrance, l’art. 66 C.P.P. dispose que « lorsqu’il
s’agit d’atteinte à la sécurité intérieure ou extérieure de l’Etat, le délai de la garde à vue est
de 96 heures renouvelable une seule fois sur autorisation du ministère public » (al. 3).
« Lorsqu’il s’agit d’une infraction en matière de terrorisme, le délai de la garde à vue
est de 96 heures renouvelable deux fois, pour une durée de 96 chaque fois, sur autorisation
écrite du ministère public » (al. 4).
Pour l'enquête préliminaire, l’art. 80 C.P.P. prévoit des dispositions presque
identiques. L’al. 5 de cet article prévoit qu’ « il est exceptionnellement possible que
l’autorisation citée soit délivrée en vertu d’une décision motivée, sans que la personne ne soit
présentée au ministère public ».

4°) Les droits de la personne gardée à vue

a) L’information du suspect des faits reprochés et son droit au silence

L’article 66 C.P.P. impose à l’officier de police judiciaire une obligation, celle


d’informer la personne gardée à vue, dans une langue comprise, des motifs de son arrestation
et de ses droits, y compris son droit au silence. Cette obligation est d’une importance capitale
car elle est consacrée par l’article 23 de la constitution qui prévoit que : « Toute personne
détenue doit être informée immédiatement, d’une façon qui lui soit compréhensible, des
motifs de sa détention et de ses droits, dont celui de garder le silence. » On trouve aussi ce
droit au sein de l’article 5 § 2 de la C.E.S.D.H. stipulant que « toute personne arrêtée doit
être informée, dans le plus court délai et dans une langue qu'elle comprend, des raisons de
son arrestation et de toute accusation portée contre elle. » De même, au titre de l’article 9-2
du pacte international relatif aux droits civils et politiques qui prévoit que : « tout individu
arrêté sera informé, au moment de son arrestation, des raisons de cette arrestation et recevra
notification, dans le plus court délai, de toute accusation portée contre lui ».
Il s’agit là du premier acte de défense, le suspect doit savoir ce qu’on lui
reproche. Mais le code de procédure pénale ne précise pas si les policiers et les gendarmes
doivent notifier les faits dès le placement effectif de la personne en garde à vue.
Cependant, connaître les motifs de son arrestation est la condition sine qua non
d’une véritable « égalité des armes ». En effet, pour pouvoir se défendre et se prévaloir
ensuite des garanties d’un procès équitable, il faut d’abord, comprendre les raisons de
l’arrestation. Ainsi, le code de procédure pénale autorise l’intervention d’un interprète pour le
gardé à vue qui parle une langue étrangère afin de lui faciliter la compréhension des faits
donnant lieu à l’ouverture de l’enquête policière et de ses droits.
En outre, l’intéressé est informé de son droit au silence. Les enquêteurs
peuvent, néanmoins, lui poser toutes les questions utiles à l’enquête. Le procès-verbal
mentionne après chacune d’elles, que l’intéressé ne souhaite pas répondre.

b) Information de la famille
La famille de la personne gardée à vue doit être informée par tout moyen et
mention de cet acte doit figurer sur le P-V.

c) L’assistance d’un avocat

Avant la loi du 22-01 de 2002, ce droit n’était pas reconnu au gardé à vue. La
réforme a permis donc l’intervention d’un avocat lors d’une mesure de garde à vue.
Quel est son rôle ? A-t-il des prérogatives équivalentes à celles dont il
bénéficie au cours de l’instruction : présences aux auditions, interrogatoires, connaissance du
dossier ?
L’art. 66 C.P.P. fait du contact d’un avocat un droit de l’individu gardé à vue
qui en bénéficie, « cette assistance permet d’étendre, timidement, les bases du procès
équitable dès l’enquête de flagrance »5mais il a limité ce droit quant au moment de son
exercice. Cet article énonce que : "la communication se fait avec l'avocat avant la fin de la
moitié de la durée principale de la garde-à-vue".
Cependant, deux exceptions sont apportées à ce régime général, la première
relative aux mineurs pour qui la lecture de l’article 460 C.P.P. permet de déduire qu’aucun
moment de l’intervention n’a été fixé, ce qui signifie que les mineurs ont le droit de
s’entretenir avec un avocat dès le début de la rétention.
La deuxième exception consistait à décaler le moment de l’intervention lorsque
l’enquête porte sur les infractions terroristes et certaines infractions énumérées par l’article
108 C.P.P. Dans ces cas, l’intervention ne doit pas dépasser 48 heures à partir de la première
prolongation qui est d’une durée de 96 heures.
La question qui se pose est dès lors de savoir la nature de l’intervention de
l’avocat au cours de la garde à vue.
Les pouvoirs de l’avocat à ce stade sont limités. En premier lieu, ils sont
limités dans le temps, puisque le client ne peut s’entretenir avec son avocat que dès la
première heure de la prolongation de la garde-à-vue pour une durée qui ne dépasse pas 30
minutes, sous le contrôle de l’O.P.J. et dans des conditions qui garantissent la confidentialité
de cet entretien (art. 66, al. 5 C.P.P.).
En second lieu, l’avocat n’a le droit ni d’avoir accès au dossier de la personne
gardée à vue, ni informé de la date présumée de l’infraction reprochée ni de sa nature, ni
d’assister aux interrogatoires, ni d’être informé des résultats de l’enquête qui a été réalisée. A
cet effet, sa mission se résume à vérifier les conditions dans lesquelles se déroulent la garde à
vue, et il se base uniquement sur les dires de la personne mise en cause.
De ce fait, il est difficile de parler d’une véritable défense comme celle qui
existe pendant l’instruction où l’avocat est appelé à assister à l’interrogatoire de l’accusé et a
le droit à un accès direct au dossier de celui-ci.

5
Mohammed-Jallal ESSAID, op. cit. P. 70.
C’est dire que cette assistance se limite à un dialogue entre le conseil et son
client, l’avocat ne pouvant participer aux différentes opérations effectuées par la police
judiciaire, en particulier aux interrogatoires et aux confrontations.
Il n’en demeure pas moins que les attributions reconnues à l’avocat sont moins
négligeables :

 dès le départ, il peut produire des documents ou des observations écrites


à la police judiciaire ou au ministère public en vue de les joindre au procès-verbal ;
 progressivement, les prérogatives reconnues à l’avocat vont s’élargir au
moment de l’interrogatoire mené par le ministère public. Le conseil désigné ou choisi
peut assister à cet interrogatoire et demander que son client soit soumis à un examen
médical ;
 l’avocat peut même demander au ministère public la mise en liberté du
suspect, en contrepartie d’une caution pécuniaire ou personnelle (art. 73, al. 2 C.P.P.) ;
 l’O.P.J. est tenu d’informer, par tous les moyens, la famille de la
personne gardée à vue, dès qu’il décide de placer cette dernière en garde à vue et de le
signaler dans le procès-verbal (art. 67, al. 4) ;
 enfin, l’intervention directe ou indirecte du parquet, vise à protéger la
liberté individuelle, contre les abus éventuels de la police judiciaire. Ce contrôle se
poursuivra au niveau de l’exécution de la garde à vue. En effet, le registre des
déclarations doit être mis à la disposition du ministère public (art. 68 C.P.P.). Il suffit
d’énumérer quelques énonciations de ce registre pour se rendre compte qu’il s’agit
d’assurer le respect de la présomption d’innocence et des pactes internationaux : point
de départ de la garde à vue, durée des interrogatoires, temps de repos, état de santé ;
 l’efficacité de ces dispositions dépendra de l’observation d’une
obligation mise à la charge du procureur du Roi (art. 45 C.P.P.). Il doit en effet visiter
les locaux ménagés pour l’exécution de la garde à vue au moins deux fois par mois.
Cette présentation permet de se poser la question sur les conséquences de
l’inobservation des règles qui entourent la garde à vue.
Le code de procédure pénale ne dit mot sur la question, et la jurisprudence est
hésitante. Mais un arrêt de la Cour suprême donne un peu d’éclairage à ce brouillard. En effet,
dans son arrêt du 14 juin 1972, la haute juridiction a estimé que les dispositions sur la garde à
vue ne seraient pas prescrites à peine de nullité, à une exception près, si l’inobservation d’une
règle avait entaché la manifestation de la vérité d’un vice de fond6.

d) L’absence de l’intervention du médecin au cours de la garde à vue

Le législateur marocain ne connaît le droit du suspect à un examen médical


qu’en cas de présentation de la personne devant le Procureur du Roi. Or cette solution n’est
pas forcément la meilleure.
Pour remédier à cela, le gardé à vue devra bénéficier du droit de demander un
examen médical à tout moment au cours des premières quarante-huit heures. C’est le policier
qui devra choisir le médecin et en attendant sa venue, la garde à vue se poursuivra
6
Cour suprême, 14 juin 1972, dossier n° 39047 – Cour suprême 25 mars 1986, Rev. Jurisp. Et Droit, n° 138, p.
279.
normalement. En cas de prolongation, un nouvel examen devra avoir lieu. Le certificat
médical devra être versé au dossier. Il joue un rôle préventif pour le gardé à vue (pas de
violences) et pour le policier (pas de fausses accusations de violences). Si le médecin estime
que l’état de santé de la personne n’est pas compatible avec la garde à vue, l’O.P.J. il devra
informer le procureur du Roi.

6°) Le contrôle de la garde-à-vue

Le législateur impose que soit établi l’ensemble des actes accomplis par
l’O.P.J. pendant le placement d’une personne en garde-à-vue par deux moyens essentiels : le
registre et le P-V. L’a. 66, al. 11 C.P.P. dispose qu’ : « un registre, côté et paraphé par le
Procureur du Roi, doit être tenu dans tous les locaux susceptibles d’accueillir des personnes
placées en garde-à-vue ». Il y sera fait mention de l’identité de la personne retenue, des
motifs de sa garde-à-vue, l’heure du départ et de la fin de celle-ci, le temps des
interrogatoires, les moments de repos, l’état physique et de santé de la personne et la
nourriture qui lui a été offerte (al. 13).

7°) Fin de la garde à vue

La règle est qu’il est mis fin à la garde à vue soit par la fin du délai légal, soit
par une décision de l’O.P.J. ou du ministère public avant l’écoulement total du délai légal en
raison de la disparition du besoin qui la justifiait.
En principe, la présentation d’une personne au ministère public doit mettre fin
à sa garde à vue. Lorsque le procureur du Roi procède à l’interrogatoire d’un suspect, il ne
possède à l’issue de celui-ci que deux options : libérer la personne ou faire en sorte qu’elle
reste retenue à la disposition de la justice, en présentant un réquisitoire aux fins d’information
assorti d’une requête de mise en détention préventive ou en ordonnant un dépôt jusqu’à ce
qu’il soit déféré devant le tribunal (art. 47, et 74 C.P.P.).