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Optique des milieux matériels

par Elisabeth GIACOBINO


Directeur de Recherche au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS)

1. Rappel sur la structure de la matière................................................. A 1 080 - 2


1.1 Atome ........................................................................................................... — 2
1.2 Molécules ..................................................................................................... — 3
1.3 Solides .......................................................................................................... — 3
2. Interaction de la lumière avec la matière ......................................... — 4
2.1 Principes de l’interaction entre photons et atomes .................................. — 4
2.2 Spectres d’absorption et d’émission ......................................................... — 5
2.3 Émission thermique .................................................................................... — 6
2.4 Luminescence .............................................................................................. — 7
2.5 Diffusion, absorption et dispersion............................................................ — 9
3. Sources usuelles de lumière ................................................................. — 12
3.1 Lampes à incandescence ............................................................................ — 12
3.2 Lampes à décharge ..................................................................................... — 13
4. Récepteurs de lumière............................................................................ — 13
4.1 Détecteurs photoniques .............................................................................. — 13
4.2 Détecteurs thermiques ................................................................................ — 16
4.3 Détecteurs d’images.................................................................................... — 16
5. Spectroscopie ........................................................................................... — 16
5.1 Spectroscopie classique et monochromateurs......................................... — 17
5.2 Spectroscopie laser ..................................................................................... — 18
Pour en savoir plus........................................................................................... Doc. A 1 080

our préciser comment la lumière interagit avec la matière, nous présente-


P rons tout d’abord de brefs rappels sur les propriétés de ses constituants
de base, les atomes (§ 1.1) . Les atomes sont parfois groupés en molécules, dont
nous discuterons la structure (§ 1.2). Un ensemble d’atomes et de molécules peut
émettre de la lumière, absorber ou modifier celle qui le traverse avec des parti-
cularités qui dépendent des caractéristiques propres des composants. Mais ces
caractéristiques ne dominent les propriétés optiques du milieu que si la
concentration est faible, comme dans un gaz sous faible pression. Dans les
milieux condensés comme les liquides et les solides, les propriétés optiques sont
liées aux interactions très fortes entre atomes voisins et nécessitent un traitement
particulier (§ 1.3).
5 - 1993
A 1 080

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1. Rappel sur la structure Le modèle de Bohr explique que l’émission ou l’absorption de


lumière par un atome ne se fait qu’à des longueurs d’onde bien pré-
de la matière cises. En introduisant le postulat de quantification dans le calcul clas-
sique du mouvement de l’électron, on peut déterminer l’énergie de
l’électron sur ces orbites, qui est donnée par :
1.1 Atome
E = E1 /n 2
Les atomes sont formés de particules élémentaires : des protons où n est le nombre quantique déjà introduit, et E1 l’énergie la plus
et des neutrons associés dans un noyau très dense portant une faible autorisée, celle de l’état fondamental. Elle est négative ; en
charge électrique positive et des électrons, particules très légères effet, on prend traditionnellement pour origine des énergies l’état
chargées négativement en mouvement autour du noyau. où l’électron est détaché de l’atome (celui-ci est alors ionisé). Lorsque
l’électron se lie au noyau, son énergie diminue ; avec cette conven-
tion, les énergies des états liés sont donc négatives. |E 1| est aussi
Les atomes ont un rayon total de l’ordre de 0,1 nm, les noyaux l’énergie de détachement de l’électron, encore appelée énergie
atomiques ont des dimensions de l’ordre de quelques d’ionisation, ou potentiel d’ionisation
femtomètres (10 –15 m). Quant aux électrons, ce sont des
particules ponctuelles, dépourvues de dimensions. La masse du Les énergies des autres états, supérieures à celles de l’état
proton ou du neutron est environ 1,7 × 10–27 kg, celle de l’élec- fondamental, forment une échelle aux intervalles de plus en plus
tron, 9,1 × 10 – 31 kg. rapprochés, qui tend vers la limite d’ionisation quand n devient très
grand (figure 1a). Au-delà de cette limite, l’électron est libre, détaché
du noyau et son énergie n’est plus quantifiée : elle peut prendre
n’importe quelle valeur positive (on dit alors que l’électron est dans
1.1.1 Modèle de Bohr et niveaux d’énergie atomique un continuum d’états).
Mais le modèle de Bohr se heurtait à de multiples difficultés
Historiquement, le premier modèle d’atome est celui de
pour décrire les atomes plus compliqués que l’hydrogène. De plus,
J.J. Thomson qui, en 1904, a suggéré que les électrons sont des
il n’expliquait pas l’origine de la quantification des orbites ni la sta-
constituants de tous les atomes et a proposé un modèle pour la struc-
bilité des atomes. Les difficultés furent levées par une nouvelle
ture atomique. La théorie de Thomson décrivait un atome constitué
théorie, complètement cohérente cette fois, due à de Broglie,
de charges positives distribuées uniformément sur son volume et
Schrödinger et Heisenberg, la mécanique quantique. Cependant,
d’électrons arrangés en couches successives. Ce modèle permettait
l’atome de Bohr n’a pas perdu tout son intérêt : les formules
une description quantitative des phénomènes d’absorption, de dis-
simples qui le décrivent donnent de bons ordres de grandeur des
persion et de diffusion de la lumière par les atomes. Le modèle de
paramètres atomiques, et permettent souvent de se faire une idée
Thomson, correspondant à des électrons élastiquement liés, est
intuitive des phénomènes (§ 2.1.1).
encore souvent utilisé pour certaines représentations de l’interaction
avec une onde lumineuse (§ 2.5.2).
Mais en 1912, la théorie de Thomson fut remise en cause par 1.1.2 Atome et mécanique quantique
l’expérience de Rutherford qui montra, en étudiant la déviation de
particules α (atomes d’hélium ionisé deux fois, He++) par les atomes Ainsi que l’a proposé Louis de Broglie, la mécanique quantique
d’une mince feuille d’or, que les charges positives étaient concen- associe une onde à chaque particule. Cette nouvelle onde de matière
trées dans un noyau de rayon environ 10 000 fois plus petit que représente la probabilité de présence de la particule aux différents
l’atome lui-même. Ce résultat le conduisit à proposer un nouveau points de l’espace, et elle évolue suivant une équation établie par
modèle atomique, de type planétaire, par ailleurs déjà avancé E. Schrödinger. L’état du système est donc représenté par sa fonction
quelque années auparavant par le physicien français Jean Perrin, d’onde, et non plus par sa position et sa vitesse comme en
où les électrons tournent autour du noyau comme les planètes mécanique classique. La position, la vitesse ou d’autres variables
tournent autour du soleil. Cependant le modèle de Rutherford souf- dynamiques, comme le moment cinétique, doivent maintenant être
frait d’une contradiction fondamentale : suivant les lois de l’électro- définies de manière opératorielle, c’est-à-dire comme le résultat
magnétisme, l’électron, particule chargée en mouvement circulaire d’une opération de mesure effectuée sur le système.
autour du noyau, devait perdre petit à petit son énergie en émettant
un rayonnement de spectre continu. L’électron ne pouvait donc pas L’équation de Schrödinger permet de calculer la fonction d’onde
avoir d’orbite stable, et devait, au bout d’un certain temps, tomber de l’unique électron de l’atome le plus simple, l’hydrogène. C’est
sur le noyau, ce qui est évidemment contraire à l’expérience. De plus, une équation différentielle, qui relie les dérivées par rapport au
l’analyse de la lumière émise par les atomes montrait qu’elle était temps t et aux coordonnées d’espace r de la fonction d’onde Ψ (r, t ) :
formée de raies fines et non d’un ensemble continu de longueurs
i, ∂ Ψ ( r, t ) / ∂ t = – ( , 2 /2m ) ∆ Ψ ( r , t ) – ( e 2 /4 π ε 0 r ) Ψ ( r , t )
d’ondes.
Ces difficultés furent levées par l’hypothèse de Bohr, qui postula, où m est la masse de l’électron, e sa charge électrique et ε 0 la
en 1913, que toutes les orbites ne sont pas possibles. Seules sont permittivité du vide.
permises les trajectoires pour lesquelles le moment cinétique, La résolution de l’équation de Schrödinger donne les fonctions
c’est-à-dire le produit de la quantité de mouvement par le rayon de d’onde Ψ (r, t ) qui décrivent les états possibles de l’électron ainsi
l’orbite, est égal à un multiple entier de la constante réduite de Planck que les énergies correspondantes. Pour les niveaux d’énergie, on
, = h / 2π (h = 6,6 × 10 – 34 J · s). Ce nombre entier n , dit nombre retrouve exactement l’échelle des valeurs du modèle de Bohr, pro-
quantique, peut prendre les valeurs 1, 2, 3 etc., jusqu’à l’infini. Les portionnelles à l’inverse du carré d’un nombre entier n, le nombre
orbites sont ainsi quantifiées. Sur ces orbites, l’électron ne rayonne quantique principal. Les fonctions d’onde dépendent, elles, de n et
pas d’énergie et se trouve dans un état stationnaire. En revanche, de deux autres nombres  et m tous deux entiers ;  est le nombre
l’émission de rayonnement peut se produire lorsque l’électron passe quantique orbital qui peut varier entre 0 et n – 1, m le nombre
d’une trajectoire à une autre. L’atome émet un photon lorsque quantique magnétique qui peut varier entre –  et +  .
l’énergie de l’orbite de départ est supérieure à celle de l’orbite
d’arrivée ; il en absorbe un dans le cas contraire. Si on appelle Em Comme l’énergie ne dépend que de n, tous les états décrits par
l’énergie de la première orbite, En celle de la seconde, l’énergie du des fonctions d’onde ψ ( r, t ) n m de même n ont la même énergie ;
photon émis ou absorbé est : on dit qu’ils sont dégénérés. La probabilité de présence de l’électron
en fonction de ses coordonnées est donnée par le carré du module
E = |Em – En |
et sa fréquence est ν = E/h

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numériques, dès que le nombre d’électrons est supérieur à deux.


On est donc conduit à utiliser des approximations. Retenons
simplement le fait que les positions des niveaux d’énergie dépendent
maintenant du deuxième nombre quantique  , et que ces niveaux
peuvent être subdivisés en plusieurs sous-niveaux (figure 1b ).
La nature et le nombre des électrons situés sur la couche externe
d’un atome déterminent de manière essentielle ses propriétés
chimiques et ses propriétés optiques. En effet, un électron ne peut
absorber que des photons qui ont une énergie suffisante pour le faire
passer dans un état libre. Seuls les états de la dernière couche ont
des états libres directement au-dessus d’eux, et peuvent effectuer
des transitions dont les fréquences se trouvent dans le domaine
optique. Pour les électrons des couches profondes, il faut en général
des photons beaucoup plus énergétiques (UV lointain ou X).

1.2 Molécules

Les atomes exercent entre eux des forces électriques qui sont en
général attractives à longue distance et répulsives à très courte dis-
tance. Une molécule est un ensemble d’atomes dont la cohésion est
assurée par la mise en commun d’un ou plusieurs électrons. Le calcul
quantique des niveaux d’une molécule est un problème encore plus
complexe que celui d’un atome à plusieurs électrons. Il s’agit
d’étudier les états d’un système qui, outre les électrons, comprend
Figure 1 – Niveaux d’énergie de l’atome d’hydrogène plusieurs noyaux dont les mouvements doivent également être
et de l’atome de sodium traités quantiquement. Même pour une molécule qui ne comporte
que deux atomes, la résolution exacte de l’équation de Schrödinger
est impossible. Cependant on peut simplifier considérablement le
de l’amplitude de sa fonction d’onde. Les orbites bien définies de problème en remarquant que les électrons, nettement plus légers
Bohr sont maintenant remplacées par des nuages où l’électron a une que les noyaux, sont beaucoup plus rapides que ces derniers. Dans
certaine probabilité de se trouver. Ces nuages sont d’autant plus ces conditions, le traitement séparé des mouvements, connu sous
éloignés du noyau que le nombre quantique principal n est grand. le nom d’approximation de Born-Oppenheimer, permet de calculer
le potentiel attractif exercé sur les noyaux par le nuage électronique ;
ce potentiel vient compenser la répulsion électrostatique mutuelle
1.1.3 Atomes à plusieurs électrons des noyaux et assure la stabilité de la molécule.
L’approximation de Born-Oppenheimer permet aussi d’écrire
Lorsque l’on passe de l’atome d’hydrogène à des atomes à l’énergie totale de la molécule comme la somme d’une énergie élec-
plusieurs électrons, avec un noyau de charge Ze, la situation se tronique, quantifiée en niveaux comme celle des atomes, et d’une
complique considérablement car des forces nouvelles font leur appa- énergie de déplacement des noyaux. Dans le mouvement des
rition dans le système. Outre l’attraction du noyau, chaque électron noyaux, on distingue deux types de composantes : les vibrations et
est maintenant soumis à la répulsion électrostatique exercée par tous les rotations. Les vibrations correspondent à des variations des
les autres électrons, qui se traduit par de nouveaux termes dans distances internucléaires alors que, dans les rotations, la molécule
l’équation de Schrödinger. tourne sur elle-même. Ces degrés de liberté peuvent, encore une
Négligeons tout d’abord ces termes. En première approximation, fois, être considérés comme indépendants et les énergies corres-
chaque électron va évoluer dans le potentiel électrostatique d’un pondantes, être calculées séparément et ajoutées pour obtenir le
noyau de charge Ze . Il dispose d’un ensemble d’états quantiques spectre complet. Le cas des molécules diatomiques est relativement
spécifiés, comme dans l’hydrogène, par les nombres n ,  , m, avec bien compris, celui des molécules polyatomiques est beaucoup plus
cette différence que les énergies sont multipliées par Z 2 et que les difficile à traiter.
rayons moyens des fonctions d’onde sont divisés par Z. Ces états Les mouvements de vibration et de rotation des noyaux sont éga-
sont appelés hydrogénoïdes. Or suivant un des principes fonda- lement quantifiés : chaque niveau électronique de la molécule se
mentaux de la mécanique quantique, le principe d’exclusion de Pauli, subdivise en un ensemble de sous-niveaux de vibration-rotation. Si
plusieurs électrons ne peuvent occuper en même temps le même les niveaux de vibration-rotation sont assez serrés, ils se recouvrent,
état quantique. Tous les électrons ne peuvent donc pas se mettre formant des bandes d’énergie.
dans le premier état, similaire à l’état fondamental de l’hydrogène.
Ils vont tendre à remplir successivement tous les états possibles par
ordre d’énergie croissante, à raison de deux électrons par état (le
facteur 2 provient des 2 valeurs possibles d’une grandeur caracté- 1.3 Solides
ristique supplémentaire de l’électron, qui est le spin, sorte de
mouvement de toupie de l’électron sur lui-même).
Les forces attractives entre atomes peuvent conduire à la création
De plus, les différents électrons, chargés négativement, se de molécules, ou à la formation d’états plus condensés, liquides ou
repoussent et leurs fonctions d’onde sont modifiées par rapport à solides. Dans les cristaux, les atomes sont rangés suivant un motif
celles de l’hydrogène. Mais, si l’équation de Schrödinger est entiè- régulier. Les liquides et d’autres solides, comme les verres, ne pré-
rement soluble analytiquement pour l’hydrogène, sa résolution est sentent pas d’ordre à grande distance.
extrêmement complexe, voire impossible, même par des méthodes

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1.3.1 Structure cristalline et bandes d’énergie 1.3.2 Isolants, conducteurs et semi-conducteurs


On distingue plusieurs types de cristaux suivant l’origine des Le remplissage de la dernière bande occupée fait donc la différence
forces qui en assurent la cohésion. Dans les cristaux ioniques, tels entre les isolants et les conducteurs. Cependant, lorsque la bande
que le chlorure de sodium, NaCl, l’un des atomes, ici le sodium, cède interdite située immédiatement au-dessus de la dernière bande
un électron à l’autre, le chlore, de telle sorte que chacun des ions pleine est de hauteur faible devant l’énergie d’agitation thermique,
résultants a une couche électronique externe complète. La cohésion les électrons peuvent passer facilement dans la bande permise supé-
du cristal est due à l’attraction électrostatique entre les ions de charge rieure, dite bande de conduction, et on a un semi-conducteur dit
opposée. Dans les cristaux covalents, la cohésion provient de la mise intrinsèque. En passant dans la bande de conduction, un électron
en commun d’électrons entre atomes voisins, c’est-à-dire du recou- laisse dans la bande de valence un trou qui, à l’instar d’une bulle
vrement de leurs fonctions d’onde, comme dans les molécules : c’est dans un liquide, peut se déplacer et contribuer à la conductivité élec-
ainsi que le carbone partage ses quatre électrons externes avec les trique. Le trou se comporte comme une charge positive. Une autre
quatre atomes de carbone les plus proches. Le germanium et le manière d’augmenter la conduction dans un semi-conducteur
silicium forment des cristaux semblables. Dans les métaux, le recou- consiste à introduire dans le cristal des impuretés ayant un électron
vrement des fonctions d’onde des électrons externes est tellement de valence en plus ou en moins que les atomes considérés. Si ces
important que les électrons n’ont plus d’origine identifiable : ils sont impuretés ont un nombre d’électrons excédentaire, ceux-ci se
délocalisés. placent dans la bande de conduction. Inversement, si l’impureté a
On explique les propriétés des cristaux par la théorie des bandes, un déficit d’électrons, elle crée des trous dans la bande de valence.
dans laquelle on résout l’équation de Schrödinger de manière Les propriétés optiques des solides sont commandées par la struc-
approchée pour tous les électrons du réseau à la fois. Partant des ture de bande. Les isolants et les semi-conducteurs sont transparents
fonctions d’onde atomiques, on cherche des solutions qui en sont pour les photons dont l’énergie est inférieure à la largeur de la bande
des combinaisons linéaires. Les énergies que l’on trouve par cette interdite ; ils peuvent en revanche absorber ceux dont l’énergie est
méthode sont très différentes des niveaux très fins des atomes isolés. assez grande pour faire franchir la bande interdite à un électron.
Les niveaux s’élargissent en bandes qui sont plus ou moins impor- Inversement, lorsqu’un électron de la bande de conduction retombe
tantes suivant que l’interaction entre atomes voisins est plus ou dans la bande de valence et se recombine avec un trou, il y a émission
moins forte (figure 2). On obtient ainsi une série de bandes d’énergie d’un photon.
permises séparées par des bandes interdites. Les propriétés optiques des métaux sont complètement dif-
Comme pour les niveaux atomiques, les bandes se remplissent férentes. Un électron de la bande de conduction peut en principe
à partir du bas. Lorsqu’une couche électronique atomique est pleine, absorber tous les photons jusqu’à des fréquences élevées. Les ondes
la bande correspondante du solide l’est également. Dans les cristaux électromagnétiques ne peuvent en général pas pénétrer dans un
ioniques et les cristaux covalents, les liaisons se forment de manière métal parfait et sont réfléchies (§ 2.5.2).
que chaque atome ou ion ait autour de lui une couche complète :
la bande correspondante est donc pleine ; on l’appelle bande de
valence. Si la bande interdite qui la sépare de la bande permise sui-
vante est assez large, les électrons ne peuvent pas changer d’énergie
facilement, et, en particulier, ne peuvent pas être accélérés par un
2. Interaction de la lumière
champ électrique : le cristal est isolant. Au contraire, lorsque la avec la matière
couche externe atomique est incomplète, comme dans les cristaux
métalliques, la bande n’est pas pleine, les électrons peuvent très faci-
lement changer d’énergie, et le cristal est conducteur. 2.1 Principes de l’interaction
entre photons et atomes
2.1.1 Émission spontanée, absorption,
émission stimulée dans le modèle de Bohr
Comme nous l’avons vu au paragraphe 1.3.2, l’absorption ou
l’émission de rayonnement n’ont lieu que lors du passage d’un
électron entre deux états d’énergie quantifiée. L’énergie est alors
émise ou absorbée sous forme d’un photon de fréquence ν = E /h
où h est la constante de Planck et E la différence d’énergie entre les
deux niveaux considérés ; le rayonnement absorbé ou émis est en
résonance avec la transition atomique. L’émission peut se produire
en l’absence de champ lumineux extérieur (émission spontanée).
Elle peut aussi être provoquée par un champ électromagnétique :
c’est le phénomène d’émission stimulée (ou émission induite) pro-
posé par Einstein en 1917 (figure 3). Le calcul d’Einstein montre que
l’absorption et l’émission stimulée jouent des rôles complètement
symétriques ; elles ont des probabilités égales de se produire
(§ 2.3.2). L’émission spontanée, elle, doit être mise à part. C’est elle
qui rend instables les niveaux excités des atomes et des molécules.

2.1.2 Notion de dipôle atomique.


Règle de sélection des raies spectrales
Figure 2 – Niveaux d’énergie d’un solide : Considérons tout d’abord un atome d’hydrogène : dans le modèle
formation de bandes d’énergie à partir de plusieurs niveaux discrets classique de l’atome, le proton et l’électron, couple de charges élec-
triques de signes opposés situées à faible distance l’une de l’autre,
constituent ce que l’on appelle un dipôle électrique, susceptible

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Figure 3 – Échanges d’énergie entre un atome et la lumière

d’être mis en mouvement d’oscillation par le champ électrique émise, c’est-à-dire une largeur de raie, appelée largeur naturelle γ .
variable d’une onde. Pour un atome ou une molécule plus complexe, La largeur du niveau en énergie , γ est reliée à sa durée de vie τ par :
on peut encore considérer que l’ensemble des charges positives joue
avec l’ensemble des charges négatives le rôle d’un dipôle. La théorie , γ = ,/ τ
de l’électromagnétisme indique alors que le dipôle oscillant peut
prendre de l’énergie au champ ou lui en fournir : c’est l’absorption Tous les facteurs qui perturbent l’interaction avec le rayonnement
ou l’émission de rayonnement. peuvent être responsables d’un élargissement des raies. Ainsi,
lorsque les atomes d’un gaz sont assez nombreux, il se produit entre
À l’aide de l’équation de Schrödinger, on peut calculer le dipôle
eux de multiples chocs. À chaque choc, l’émission (ou l’absorption)
atomique et retrouver de manière rigoureuse les résultats des trai-
est soit déphasée, soit interrompue par la chute de l’atome vers
tements de Bohr et Einstein, tout en les généralisant. Dans ce modèle,
d’autres niveaux ; il en résulte une augmentation de la largeur
pour un état stationnaire de l’atome, l’électron n’est pas localisé, et
spectrale de la raie.
la distribution de charge électronique, reliée à la forme de la fonction
d’onde, est symétrique par rapport au noyau. Les centres de gravité Par suite de l’émission spontanée ou des collisions, un seul et
des charges positives et négatives sont alors confondus, et le dipôle même atome peut absorber ou émettre de la lumière sur une certaine
électrique est nul. En revanche, lors d’une transition entre deux états, bande de fréquence : c’est la largeur homogène. D’autres causes
une dissymétrie peut se créer, et le dipôle prend une valeur non nulle. peuvent faire que les différents atomes d’un ensemble ne sont pas
tous résonnants avec la même fréquence du champ électro-
La mécanique quantique permet de calculer les probabilités de
magnétique. Le rayonnement émis ou absorbé comprend alors les
transition entre niveaux, qui peuvent être d’ordres de grandeur extrê-
différentes fréquences de résonance. On dit alors que l’ élargis-
mement variés, parfois nulles ; la transition est alors appelée inter- sement est inhomogène.
dite. Transitions permises et interdites sont régies par des lois, dites
règles de sélection. Au cours d’une transition dipolaire électrique, C’est en particulier le cas de l’effet Doppler dans les gaz. Les
le nombre quantique  (moment cinétique orbital) doit varier d’une atomes d’un gaz sont en mouvement incessant dans toutes les direc-
unité : si  et ′ sont les moments cinétiques orbitaux des niveaux tions avec des vitesses variées, qui sont habituellement comprises
de départ et d’arrivée, on a  – ′ = ± 1 ; de plus le nombre entre zéro et quelques centaines de mètres par seconde. Examinons
quantique m change au plus d’une unité : m – m’ = 0, ± 1. D’autres ce qui se passe pour un atome donné de vitesse non nulle. De même
types de transitions possibles obéissent à des règles de sélection que le sifflement d’un train change de fréquence suivant que le train
différentes ; elles sont en général beaucoup moins intenses. se rapproche ou s’éloigne, la fréquence émise par un atome en
mouvement est décalée, pour un observateur immobile, vers les
hautes ou les basses fréquences suivant que l’atome se rapproche
2.1.3 Largeur des raies, largeur naturelle, ou s’éloigne. Un phénomène analogue se produit pour l’absorption.
largeur Doppler Il en résulte que le gaz, dans son ensemble, peut absorber ou émettre
sur une plus grande largeur spectrale : c’est l’élargissement Doppler.
Il correspond en général à des largeurs de l’ordre du gigahertz
Les raies émises par les atomes ne sont jamais infiniment fines : (1 GHz = 109 Hz), environ 100 fois la largeur naturelle.
la lumière n’est pas absorbée ou émise sur une fréquence unique,
mais sur une certaine bande de fréquence, qui peut être plus ou
moins large.
Cet élargissement de la raie est dû à plusieurs facteurs. Il s’agit 2.2 Spectres d’absorption et d’émission
tout d’abord de l’émission spontanée elle-même, qui s’accompagne
du passage de l’atome d’un niveau excité à un niveau inférieur, et
lui fait descendre en cascade l’échelle des énergies, jusqu’à ce qu’il Les spectres d’émission sont constitués par l’ensemble des fré-
parvienne à l’état fondamental. L’atome ne reste qu’un temps fini, quences émises par un corps lorsque ses électrons sont amenés dans
en général assez court (de l’ordre de quelques 10– 9 s pour les des états excités (§ 2.3 et 2.4) ; les spectres d’absorption, par les fré-
premiers niveaux excités) dans chaque niveau excité ; ce temps est quences absorbées par ce corps lorsqu’il est éclairé par une source
appelé durée de vie du niveau, souvent noté τ . Pour chaque atome, pouvant émettre une gamme continue de fréquences. Lorsque le
l’émission ne dure donc qu’un temps limité, et la fréquence de la corps n’est pas excité, les électrons sont dans leur état fondamental,
radiation ne peut être déterminée avec une précision meilleure que les autres états sont vides. En absorption, on n’observe donc habi-
l’inverse de ce temps, provoquant une incertitude sur la fréquence tuellement que les transitions partant de l’état fondamental.

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2.2.1 Spectres atomiques et moléculaires 2.3 Émission thermique


Le spectre de l’hydrogène, qui ne possède qu’un seul électron,
se décrit de manière très simple. L’électron peut occuper une échelle Nous considérons dans ce paragraphe le cas où les atomes des
de niveaux d’énergie proportionnelle à 1/n 2. Le spectre est constitué corps envisagés sont excités par chauffage. Notons tout d’abord que
par des séries de raies. La première série est formée des transitions les électrons d’un système n’occupent les états d’énergie la plus
entre l’état fondamental et tous les autres, la deuxième, des tran- basse possible que lorsque la température est égale au zéro absolu.
sitions entre le premier état excité et tous les autres, etc. La mesure Dès que la température est non nulle, certains niveaux excités
des fréquences de ces transitions a constitué la première vérification peuvent être peuplés, avec une probabilité p (E ) qui dépend de leur
expérimentale précise de la théorie de Bohr. énergie E par rapport au niveau fondamental :
Pour les atomes à plusieurs électrons, les raies le plus couramment p (E ) = C exp(– E /kT ) (1)
observées correspondent aux transitions entre niveaux n et n′′
d’un seul électron externe. Les nombres n et n’ peuvent prendre des où k est la constante de Boltzmann (k = 1,38 × 10–23 J/K) et C une
valeurs quelconques, les nombres  et ′ sont limités par les règles constante de normalisation très proche de 1 dès que la séparation
de sélection données au paragraphe 2.1.2. Le nombre des transitions entre les niveaux d’énergie est grande devant kT . Ainsi, par
possibles, leur fréquence et leur intensité se calculent à l’aide de la exemple, la probabilité d’excitation du premier niveau du sodium,
théorie quantique lorsque l’on connaît les fonctions d’onde de d’énergie E = 0,33 aJ (1 attojoule = 10–18 J), pour T = 1 000 K, est
l’atome, ce qui n’est possible que pour les atomes assez simples. p (E ) = 2,6 · 10–11, ce qui est très faible. Pour un ensemble d’atomes,
Inversement, pour les atomes dont on ne peut pas calculer on appelle population Ni d’un niveau i d’énergie Ei le produit du
exactement la structure, l’étude des transitions constitue un moyen nombre total N d’atomes par unité de volume par la probabilité
d’accéder à la position des niveaux et aux fonctions d’onde. d’occupation de ce niveau :
En général les raies les plus intenses du spectre sont associées
N i = N p (E i )
aux transitions entre l’état fondamental et les premiers états excités.
C’est le cas par exemple de la double raie jaune orangé du sodium Nous supposons que le corps porté à une certaine température
(figure 1b ). est en équilibre avec le rayonnement qu’il émet ou qu’il absorbe :
Les molécules ont des spectres encore plus riches que ceux des le corps et le rayonnement n’interagissent que l’un avec l’autre, par
atomes complexes. Comme pour un atome, on peut observer des exemple à l’intérieur d’une enceinte fermée aux parois parfaitement
transitions entre niveaux électroniques. De plus, on peut observer réfléchissantes. Le rayonnement a alors des propriétés très géné-
des transitions entre niveaux de vibration et de rotation. rales reliées aux lois de la thermodynamique, en particulier lorsqu’il
s’agit d’un corps noir.

Les fréquences des transitions vibrationnelles tombent dans le


domaine de l’infrarouge (1012 à 1014 Hz, correspondant à des 2.3.1 Corps noir. Formule de Planck
longueurs d’onde comprises en gros entre 1 µm et 100 µm),
celles des transitions de rotation, dans le domaine radio- Par définition, le corps noir est un corps idéal qui pourrait émettre
fréquence ou infrarouge lointain (106 à 1012 Hz, correspondant à et absorber les radiations de toutes fréquences. Dans ce cas la ther-
des longueurs d’onde allant de la centaine de mètres à la centaine modynamique indique que la répartition du rayonnement qu’il émet
de micromètres). en fonction de la fréquence ne dépend que de la température. Plus
précisément, on définit la densité spectrale d’énergie lumineuse ρ (ν )
par :
2.2.2 Absorption et émission dans les solides ρ (ν ) = dW /dν
où dW est l’énergie lumineuse par unité de volume présente dans
À cause de la structure de bande des électrons, le spectre d’absorp- la bande de fréquence de largeur dν , centrée sur la fréquence ν .
tion des solides est constitué de bandes de fréquence très larges.
En supposant que l’énergie lumineuse est continue, c’est-à-dire
L’excitation d’un électron de la bande de valence à la bande de
peut prendre toutes les valeurs quelle que soit la fréquence
conduction s’accompagne de la formation d’un trou dans la bande
considérée, on arrive à une formule, dite loi de Rayleigh-Jeans, qui
de valence. Lorsque le système se désexcite, l’électron et le trou se
prévoit une divergence de ρ (ν ) lorsque ν tend vers l’infini. Ce
recombinent pour donner un photon. Cependant, l’électron et le trou
problème, appelé catastrophe ultraviolette , fut résolu à la fin du
peuvent subir des perturbations qui modifient cette émission. Ils
XIXe siècle par Planck, qui proposa la loi qui porte son nom :
peuvent être piégés sur certains sites de la matrice cristalline. Ces
pièges sont par exemple des défauts du cristal, comme des ions c3 1
manquants, des ions interstitiels ou des ions étrangers. Ils donnent ρ (ν ) = --------------------
- --------------------------------------------- (2)
lieu à des niveaux électroniques situés dans la bande interdite. Des 8π h ν 3 exp ( h ν /kT ) – 1
électrons ou des trous ainsi piégés constituent des espèces bien avec c vitesse de la lumière.
définies avec des propriétés spécifiques. Ils sont appelés centres
colorés, à cause de la couleur caractéristique de leur émission. Ainsi, Cette formule suppose que l’énergie du rayonnement ne peut pas
un électron piégé par une lacune d’ion halogène dans une matrice varier de manière continue, mais seulement par quantités finies,
d’halogénure d’alcalin est appelé centre F. Le chlorure de sodium égales à hν . Ce sont ces quanta de lumière, encore appelés photons,
a un centre F jaune, le bromure de potassium, un centre F bleu. Un qui ont permis à Einstein d’expliquer l’effet photoélectrique. Avec
autre cas intéressant est celui des atomes étrangers à faible cette hypothèse de quantification du rayonnement, la densité spec-
concentration. Ces atomes sont éloignés les uns des autres comme trale tend vers zéro lorsque ν tend vers zéro ou vers l’infini,
ceux d’un gaz, aussi leurs niveaux ne s’élargissent pas en bandes. c’est-à-dire pour les très petites aussi bien que pour les très grandes
Par exemple, la couleur rouge du rubis est due à la présence d’ions fréquences (figure 4a ). Entre ces deux extrêmes, la densité spectrale
chrome dans un cristal d’alumine. passe par un maximum qui ne dépend que de la température du
corps noir et qui se situe d’autant plus vers le bleu que la température
est élevée. La longueur d’onde λ m de ce maximum est donnée par
la loi de Wien :

λ m T = 2,9 · 106 nm · K

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comportant deux niveaux, le niveau fondamental 1 et un niveau


excité 2. L’atome est en équilibre avec du rayonnement thermique
à la température T , de densité spectrale ρ (ν ), donnée par la formule
de Planck. La probabilité d’émission spontanée A 21 du niveau 2 vers
le niveau inférieur 1 est, comme nous l’avons vu, indépendante du
rayonnement extérieur. Les probabilités d’émission stimulée et
d’absorption sont proportionnelles à ρ (ν ), et sont notées respec-
tivement B 21 ρ (ν ) et B 12 ρ (ν ). Einstein a montré que l’émission
stimulée et l’absorption sont complètement symétriques, soit
B12 = B 21 . En utilisant les formules (1) et (2) et le fait que la population
des deux niveaux est en équilibre sous l’effet de l’absorption et de
l’émission, on peut trouver une relation entre les coefficients A 21
et B 21 :
B 21 c3
----------
- = --------------------
-
A 21 8π h ν 3

où hν est égal à la différence d’énergie entre les deux niveaux. Pour


juger de l’efficacité de ces différents processus dans le cas d’un
milieu en équilibre thermodynamique, c’est-à-dire dont les niveaux
sont peuplés suivant la formule (1), calculons la probabilité d’absorp-
tion P abs à partir du niveau fondamental (la probabilité d’occupation
du niveau fondamental est voisine de 1), la probabilité d’émission
stimulée P st et la probabilité d’émission spontanée P sp :
P abs = B12 ρ (ν )
P st = B21 ρ (ν ) p (E)
P sp = A 12 p (E)
Compte tenu des formules (1) et (2), on trouve que la probabilité
d’absorption et la probabilité d’émission spontanée sont voisines,
tandis que la probabilité d’émission stimulée est négligeable. Cela
est dû à la très faible population du niveau excité par rapport à
celle du niveau fondamental.

Figure 4 – Émission thermique de lumière


2.4 Luminescence
Pour T = 5 300 K, qui est la température du soleil, le maximum
correspond à une longueur d’onde de 550 nm, c’est-à-dire qu’il se
trouve dans le jaune, longueur d’onde où l’atmosphère est trans- La luminescence regroupe les modes d’émission de la lumière
parente : l’énergie radiative du soleil arrive jusqu’à la surface de la autres que l’émission thermique ou incandescence. On a longtemps
Terre sans être absorbée. Pour T = 300 K, qui est à peu près la tem- baptisé fluorescence la luminescence de courte durée, de l’ordre de
pérature de la surface de la Terre, le maximum d’émission se situe 10 ns, et phosphorescence la luminescence de longue durée, tandis
vers 10 µm. Cette longueur d’onde est absorbée par l’atmosphère, que le terme de luminescence recouvre ces catégories. Suivant les
qui la réémet en partie vers la Terre, en partie vers la haute atmo- spécialités de l’optique, ces différences de vocabulaire subsistent.
sphère. Ainsi l’énergie émise par la Terre est partiellement empri-
sonnée par l’atmosphère avant d’être réémise dans l’espace ; c’est
l’effet de serre, qui réchauffe la surface de la Terre. 2.4.1 Photoluminescence
Notons cependant que l’application de la formule de Planck à la
Terre ou à tout autre corps réel n’est en général qu’approchée. Un La photoluminescence utilise la lumière pour agent excitateur.
corps réel, à l’équilibre thermodynamique, ne peut émettre qu’avec En général les radiations excitatrices ont une longueur d’onde infé-
une densité spectrale d’énergie inférieure à celle du corps noir rieure à celle du rayonnement émis. En effet, si l’électron part du
(figure 4b ). La formule de Planck donne une limite maximale de la niveau fondamental en absorbant un photon, le niveau sur lequel
densité spectrale de l’énergie lumineuse que peut émettre un corps il redescend en émettant un autre photon ne peut être plus bas que
à une certaine température. Même si le corps n’est pas un corps noir le niveau de départ ; le photon émis a donc une énergie inférieure
parfait (on parle souvent de corps gris ), son aspect visuel donne un au premier ; c’est le rayonnement Stokes. Il se peut aussi que le
ordre de grandeur de sa température. À basse température, niveau de départ soit un niveau déjà excité ; le retour de l’électron
vers 800 K, le corps paraît rouge sombre, puis, lorsque l’on aug- dans l’état fondamental s’accompagne alors d’une émission à une
mente sa température, il devient rouge clair, puis jaune (1 500 K), longueur d’onde inférieure à celle de la lumière excitatrice (raies
blanc (5 000 K) et bleu (10 000 K). Il est ainsi possible d’associer à anti-Stokes).
chaque couleur une température, dite température de couleur, qui La photoluminescence, sans changement de longueur d’onde ou
correspond au spectre de l’émission du corps. avec (effet Raman), est un des outils majeurs de la spectroscopie
(§ 5).
Une autre application particulièrement importante de la photo-
2.3.2 Coefficients d’Einstein luminescence est l’analyse quantitative. Les spectres d’excitation et
d’émission sont complètement différents d’un corps à l’autre, et
Des considérations thermodynamiques permettent également de procurent des moyens très efficaces pour détecter des traces d’impu-
trouver des relations entre les coefficients caractérisant l’émission retés ou de polluants. La luminescence a un avantage majeur sur
spontanée, l’émission stimulée et l’absorption entre deux niveaux l’absorption : elle est souvent bien plus sensible. En effet, pour
d’un atome, appelés coefficients d’Einstein. Considérons un atome mesurer l’absorption d’un échantillon peu absorbant, il faut être

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capable de détecter de faibles changements dans l’intensité de la 2.4.3 Radioluminescence


lumière transmise. Au contraire, en émission (à une longueur d’onde
différente de celle de l’excitation), on mesure de faibles signaux sur La radioluminescence provient des interactions entre la matière
un fond pratiquement noir. Les mesures d’émission sont si sensibles et les radiations ionisantes, qui peuvent être des particules comme
que les chercheurs ont pu récemment détecter un seul atome dans les particules β (électrons ou positrons), α (noyaux d’hélium) ou des
un gaz, ou une seule molécule dans un milieu condensé. rayons électromagnétiques X ou γ . Les radiations créent des
La photoluminescence a reçu de nombreuses autres applications, électrons libres dans la matière par effet photoélectrique, puis ces
comme la réalisation de revêtements pour les tubes à décharge. Ces électrons secondaires produisent des espèces excitées qui émettent
tubes, qui contiennent de la vapeur de mercure excitée par une la luminescence.
décharge électrique (§ 3.2.2), ont un revêtement qui absorbe les raies La radioluminescence est à la base d’un grand nombre de détec-
ultraviolettes émises par le mercure et réémet de la lumière visible. teurs de radiations, appelés scintillateurs. Les détecteurs de rayons γ
Citons aussi les peintures luminescentes utilisées en décoration utilisent de l’iodure de sodium activé au thallium. C’est essentiel-
(lumière noire) ou pour la signalisation et les recherches hydro- lement l’iode qui absorbe l’énergie, et celle-ci sert ensuite à activer
graphiques où l’injection de fluorescéine permet de révéler les le centre luminescent TI+, dont l’émission a l’avantage de se situer
communications souterraines entre rivières. dans le visible. Les détecteurs β sont constitués de cristaux de
molécules organiques ou de solutions de scintillateurs organiques
hautement fluorescents dans des polymères aromatiques (solides
2.4.2 Électroluminescence ou liquides). Les radiations excitent le solvant, puis l’excitation migre
jusqu’à ce qu’elle rencontre un centre scintillateur. Celui-ci possède
La cause d’excitation est ici le champ électrique, qui accélère des au moins un niveau excité situé au-dessous des niveaux excités des
électrons, lesquels viennent exciter par choc les électrons de l’état molécules de solvant et peut ainsi prendre l’énergie disponible et
fondamental dans un gaz ou de la bande de valence dans un émettre la luminescence. La radioluminescence est aussi à la base
semi-conducteur. du fonctionnement des écrans de télévision et des oscilloscopes.

2.4.2.1 Électroluminescence dans les gaz


2.4.4 Luminescence chimique et biologique
En présence d’un champ électrique suffisant, une décharge peut
s’initier dans un gaz sous faible pression ; elle provient de l’ionisation
de certains atomes par le champ électrique, avec formation d’ions L’énergie nécessaire à la formation des états excités peut avoir
positifs et d’électrons : le milieu devient conducteur. Au cours des pour origine une réaction chimique en milieu inerte (chimilumi-
chocs avec les atomes, les électrons portent ces derniers dans des nescence) ou en milieu vivant (bioluminescence). Ainsi, la pre-
états excités, qui fluorescent. Par exemple, les tubes à néon émettent mière chimiluminescence connue, découverte par l’alchimiste
une lumière rouge, due au grand nombre de raies rouges dans le Brand en 1669, est celle qui se produit lors de l’oxydation du phos-
spectre du néon. Ce processus est utilisé couramment dans les tubes phore par l’air ; elle est à l’origine du terme de phosphorescence.
luminescents (§ 3.2). Un processus typique d’excitation de la chimiluminescence est
une réaction exothermique formant deux ou plusieurs composants
2.4.2.2 Électroluminescence dans les solides dont certains sont dans des états excités ; elle est représentée par
l’équation suivante (où un astérisque indique que l’espèce corres-
Dans les solides, l’électroluminescence se produit dans deux types pondante est dans un état excité) :
de dispositifs, des films de semi-conducteurs et des diodes semi-
conductrices. Dans le cas des films (effet Destriau), le semi- A + B → C* + D
conducteur (en général un sulfure) comporte des inhomogénéités. Des réactions plus compliquées, comme des réactions ternaires,
Lorsqu’une tension extérieure est appliquée, elle crée à l’intérieur sont aussi possibles. La chimiluminescence se produit souvent dans
du solide un potentiel fortement inhomogène dû aux défauts du les flammes.
cristal, avec des gradients de champ locaux qui déforment les
bandes. Cela permet d’extraire les électrons liés aux pièges et de La couleur bleue des flammes d’hydrocarbones est due à la lumi-
les faire passer dans la bande de conduction. La recombinaison des nescence des radicaux C2 , CN et OH. La luminescence de traces
électrons et des trous, soit directement, soit sur un piège, donne de métalliques dans les flammes peut être attribuée à l’excitation chi-
la luminescence. Le phénomène est transitoire et nécessite une mique du métal par des réactions du type :
tension alternative pour l’observation d’une luminescence per- H + OH + M → M* + H2O
manente. Les cellules électroluminescentes sont souvent utilisées
pour la signalisation lumineuse, leur rendement étant trop faible Les lasers chimiques (§ 5.2) utilisent une réaction chimique pour
pour l’éclairage. produire des espèces excitées.
Les électrons impliqués dans l’excitation peuvent provenir du
milieu lui-même, comme nous venons de le voir, ou être injectés
de l’extérieur. Cette technique est utilisée dans les diodes électro-
2.4.5 Thermoluminescence
luminescentes et dans les diodes lasers. Ces diodes sont formées
en reliant un semi-conducteur de type P (riche en trous) à un semi- Il ne s’agit pas d’une excitation thermique, mais plutôt du dégel
conducteur de type N (riche en électrons), par exemple de l’arséniure de la luminescence provoquée par d’autres processus d’excitation.
de gallium (GaAs) dopé respectivement positivement et néga- Les électrons excités peuvent être piégés, comme nous l’avons vu
tivement. Polarisée dans le sens direct, cette jonction devient émet- (§ 1.3), à la suite d’une excitation quelconque. Si les pièges sont assez
trice de lumière par recombinaison des électrons issus de la région N profonds, les électrons peuvent y demeurer un temps appréciable
avec les trous provenant de la région P . Cette recombinaison se à basse température. Une élévation de température peut apporter
produit préférentiellement dans la région P . Suivant les matériaux assez d’énergie pour extraire les électrons par agitation thermique
utilisés, l’émission peut avoir lieu du bleu à l’infrarouge. et déclencher la luminescence.

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2.5 Diffusion, absorption et dispersion où le facteur exponentiel tient compte du déphasage lié à la
propagation de l’onde incidente avec le vecteur d’onde k 0 et à la
Lorsqu’un milieu matériel emprunte de l’énergie à une onde propagation de l’onde diffusée entre le dipôle et l’observateur avec
lumineuse pour la réémettre dans l’espace environnant, on parle le vecteur d’onde nk 0 . La puissance moyenne rayonnée par unité
de diffusion (§ 2.5.1). La diffusion qui se produit exactement dans dP d
la direction de l’onde incidente sur le milieu, vers l’avant ou vers d’angle solide ------------ dans la direction n faisant un angle Φ avec la
dΩ
l’arrière, a des caractéristiques particulières car l’onde émise inter- direction du dipôle, à la distance R, en fonction de l’intensité inci-
fère avec l’onde incidente. Elle donne lieu aux phénomènes de dente I0 , est alors donnée par :
réfraction, de dispersion et de réflexion (§ 2.5.2). Lorsque la lon-
gueur d’onde de la lumière se rapproche d’une des fréquences de 4
résonance de l’atome, il y a absorption (§ 2.5.3), puis réémission dP ω 0 sin 2 Φ
-----------d- = -----------------------------
- α ( ω0 ) 2 I0 (5)
de luminescence, comme nous l’avons vu au paragraphe 2.4.1. dΩ 16π 2 R 2 c 4
La diffusion, la dispersion et l’absorption sont des phénomènes où I 0 = ε 0 c E 0 2 / 2 .
qui font intervenir les propriétés quantiques des atomes et, en toute
rigueur, ils doivent être étudiés dans le cadre de la mécanique L’intensité diffusée dépend de la polarisabilité α(ω 0 ) introduite
quantique. Toutefois, un traitement fondé sur un modèle classique dans l’équation (3) et de la direction d’observation. Elle présente une
d’électron élastiquement lié permet de trouver les principales carac- 4
dépendance très importante, en ω 0 , avec la fréquence.
téristiques de ces phénomènes, si l’on admet que les fréquences de
résonance de cet oscillateur sont celles que donne le traitement Le raisonnement n’est plus valable quand la diffusion a lieu dans
quantique. la direction de l’onde incidente ou dans la direction opposée,
c’est-à-dire vers l’avant ou vers l’arrière. En particulier, on voit sur
la formule (4) que le terme dépendant de la position r j des atomes
2.5.1 Diffusion dans l’exponentielle disparaît si k 0 n = k0 . Dans ce cas l’onde totale
diffusée est importante et interfère avec l’onde transmise pour
Nous allons tout d’abord envisager le cas de la diffusion par un donner le phénomène de réfraction (§ 2.5.2).
atome isolé ; nous verrons le cas d’une assemblée d’atomes, soit
désordonnée comme un gaz, soit ordonnée comme un cristal, puis 2.5.1.2 Diffusion par une assemblée d’atomes
le cas de la diffusion par des particules de taille plus importante. répartis uniformément, diffusion par un gaz
Lorsque l’on cherche l’intensité diffusée par un ensemble de par-
2.5.1.1 Diffusion par un atome ticules, il faut ajouter les champs diffusés par les diverses particules
Un photon arrivant sur un atome avec une énergie très différente en tenant compte des termes d’interférence possibles entre ces
des fréquences de résonance de l’atome peut être diffusé élastique- champs r j [équation (4)]. Lorsque les atomes sont répartis uni-
ment ou inélastiquement. formément comme dans un cristal parfait, on trouve que le champ
La diffusion élastique se produit sans changement d’énergie ni total diffusé est égal au champ diffusé par un atome multiplié par
pour l’atome, qui se retrouve dans son état initial, ni pour le photon, un facteur qui est de l’ordre de λ3 /v, où λ est la longueur d’onde
qui peut cependant changer de direction de propagation. C’est la de la lumière et v le volume de la maille élémentaire du cristal (de
diffusion Rayleigh. l’ordre de quelques dixièmes de nanomètres). Ce facteur, qui est de
l’ordre du nombre d’atomes contenu dans un cube d’arête égale à
La diffusion peut également être inélastique. L’état final du la longueur d’onde lumineuse, est beaucoup plus petit que le nombre
système est dans ce cas un état différent de l’état de départ, par d’atomes du cristal et montre que l’interférence entre les rayonne-
exemple, pour une molécule, un autre niveau de vibration-rotation. ments diffusés par les atomes est essentiellement destructive. Les
Cette diffusion, appelée diffusion Raman, s’accompagne d’un chan- cristaux très purs ne diffusent donc pratiquement pas la lumière.
gement de fréquence du photon diffusé, égal à la différence des éner-
gies des deux niveaux divisée par , . Nous avons déjà mentionné Lorsque les atomes sont répartis de manière aléatoire dans
l’effet Raman dans les processus de luminescence. On peut aussi l’espace, comme c’est par exemple le cas dans un gaz, les termes
l’interpréter comme un processus de diffusion. d’interférence entre les différents atomes s’annulent en moyenne,
et on peut admettre que ce sont les intensités diffusées par les divers
Pour calculer l’intensité diffusée par un atome, nous considérons atomes qui s’ajoutent. L’intensité diffusée est alors donnée par la
ce dernier comme un dipôle classique, qui peut être mis en mou- formule (5) multipliée par le nombre  d’atomes ou de molécules
vement par le champ électrique d’une onde lumineuse incidente. du gaz. Un calcul précis montre que ce résultat provient des
Une onde de fréquence angulaire, ou pulsation ω 0 (où ω 0 est reliée variations de densité d’un point à un autre du gaz à l’échelle
à la fréquence ν 0 par ω 0 = 2 π ν 0 ), de vecteur d’onde k 0 (avec microscopique.
k 0c = ω 0 ), et de champ électrique E donné par :
On peut généraliser la formule (5) au cas de la diffusion d’un
E = E0 (ω 0) exp i (k0 · r – ω 0t) rayonnement non monochromatique et non polarisé. On trouve
que l’intensité diffusée à la pulsation ω vaut :
met le dipôle p situé au point r = rj en oscillation forcée dans la
direction de E : ω 4 ( 1 + cos 2 θ )
- α ( ω ) 2 I 0 ( ω )
I d = ----------------------------------------- (6)
p = ε 0 α(ω 0) E0 (ω 0) exp i (k 0 · rj – ω 0t) (3) 8π 2 R 2 c 4

où α (ω 0 ), qui mesure la réponse du dipôle à une excitation où θ est l’angle entre la direction de propagation de l’onde incidente
électrique, est la polarisabilité du dipôle à la fréquence ω 0 . k0 et la direction d’observation n.
Ce dipôle réémet lui-même un champ électromagnétique dont Dans le cas de l’air, les molécules d’oxygène et d’azote présentent
l’amplitude au point r situé à la distance R dans la direction n (r = Rn) deux types de résonance : les unes correspondent aux transitions
est donnée par les lois de l’électromagnétisme : entre niveaux électroniques et sont situées dans l’ultraviolet lointain,
les autres correspondent aux transitions de vibration-rotation et se
2 produisent dans l’infrarouge. De ce fait, dans le domaine visible, la
ω0
- α ( ω 0 )  [ n × E 0 ( ω 0 ) ]n 
E d = -------------------- (4) polarisabilité α (ω ) dépend très peu de la fréquence (§ 2.5.2), et la
4πRc 2
variation de Id est dominée par le facteur ω 4. La diffusion est donc
exp i [ ( k 0 – nk 0 ) ⋅ r j + nk 0 ⋅ r – ω t ]
beaucoup plus efficace pour les radiations de faible longueur d’onde

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du spectre visible, ce qui explique la couleur bleue du ciel. La dif-


fusion s’accompagne d’une atténuation de la lumière transmise dans
la partie bleue du spectre. Lorsque les rayons du soleil traversent
une grande épaisseur d’atmosphère, comme c’est le cas au lever
et au coucher du soleil, l’orangé et le rouge dominent nettement dans
la lumière transmise directement : le soleil paraît rouge.
Par ailleurs, on peut montrer que même lorsque la lumière inci-
dente n’est pas polarisée, la lumière diffusée présente une polari-
sation partielle qui dépend de la direction d’observation. Lorsque
la direction d’observation est normale à la direction de propagation
de l’onde incidente, la lumière diffusée est complètement polarisée
linéairement. Cet effet est utilisé par certains insectes, dont l’œil est
sensible à la polarisation, pour repérer la direction du soleil par Figure 5 – Intensité diffusée par une particule de diamètre d
temps couvert. en fonction de la longueur d’onde
La diffusion par un gaz décrite ici suppose que les molécules aient
des mouvements indépendants les uns des autres. Si les molécules
sont corrélées par une interaction assez forte, comme c’est le cas 2.5.2 Dispersion, réfraction et réflexion
au voisinage du point critique, la diffusion peut devenir très impor-
tante et observable même dans un faible volume : c’est le phéno- Nous nous intéressons maintenant à la propagation de la lumière
mène d’opalescence critique. dans un milieu matériel, c’est-à-dire à l’effet des ondes émises par
les atomes et se propageant vers l’avant ou vers l’arrière, cas non
traité dans le paragraphe 2.5.1. Nous allons voir que, par suite de
2.5.1.3 Diffusion par des particules de taille variée
l’interaction de la lumière avec la matière, la vitesse de la lumière
L’expression (5) de l’intensité de la lumière diffusée est valable est plus faible d’un facteur n appelé indice de réfraction, dont nous
pour un atome aussi bien que pour d’autres particules, tant que la allons discuter l’origine.
taille de la particule reste faible devant la longueur d’onde, de
manière que l’on puisse considérer le champ comme uniforme sur 2.5.2.1 Diffusion vers l’avant d’une lame mince
la dimension du dipôle. Lorsque la taille des particules devient de
Nous considérons tout d’abord une lame infinie d’épaisseur a
l’ordre ou supérieure à la longueur d’onde, soit environ 0,5 µm pour
faible devant la longueur d’onde, et éclairée sous incidence normale
la lumière visible, la théorie de Rayleigh n’est plus valable. On se
par une onde plane. Le champ peut être considéré comme homogène
trouve dans le régime de diffusion de Mie. La théorie montre alors
sur l’épaisseur de la lame et il crée sur la lame une répartition
que l’intensité de la lumière diffusée en fonction de la longueur
homogène de dipôles. On peut montrer à l’aide de la formule (4) que
d’onde décroît fortement à partir d’une longueur d’onde environ
le champ créé par cette lame de part et d’autre est :
égale à la taille de la particule. Au-dessous de cette valeur, elle ne
dépend pratiquement pas de la longueur d’onde du rayonnement 1
(figure 5). Ainsi, une brume légère, formée de particules d’environ e = ----- ik 0 α ( ω 0 ) aN E 0
2
1 µm de diamètre, diffuse beaucoup moins l’infrarouge que le visible,
propriété qui est utilisée en photographie. Les nuages, formés de où E0 et k 0 sont l’amplitude et la longueur du vecteur d’onde du
gouttes dont le rayon varie de 1 à 10 µm, diffusent de manière égale champ incident et où N est la densité volumique de molécules dans
toutes les longueurs d’onde visibles et paraissent blancs. la plaque.
Le champ rayonné par la plaque se compose de deux ondes
2.5.1.4 Diffusion par un cristal. Diffusion Brillouin planes de même amplitude se propageant respectivement dans le
Nous avons vu (§ 2.5.1.2) que la diffusion par un cristal parfait était même sens et en sens opposé à l’onde incidente. L’onde diffusée
quasiment nulle. La diffusion peut réapparaître si le cristal présente vers l’avant s’ajoute à l’onde incidente pour donner l’onde trans-
des défauts, ou si les atomes qui le constituent vibrent autour de mise. L’autre constitue l’onde réfléchie. La variation du champ écrit
leur position d’équilibre. sous la forme E = E (z) exp(– iω t) après traversée de la lame peut
Un cas particulièrement intéressant est celui où une onde acous- donc s’écrire :
tique de vecteur d’onde ks se propage dans le cristal. Si c’est une dE (z ) 1
------------------ = ik 0 aE (z ) + ----- ik 0 N α ( ω 0 )aE ( z )
onde de compression plane, la densité présente des plans de maxi- dz 2
mums et de minimums perpendiculaires à ks , qui se propagent à
la vitesse du son, ou qui sont immobiles si l’on a une onde acoustique où le premier terme est le déphasage dû à la propagation dans le
stationnaire. L’ensemble forme un réseau de densité qui peut dif- vide et le second est le champ diffusé vers l’avant par la lame. Cette
fracter la lumière incidente dans des directions bien déterminées. équation a la même forme que celle qui représente la propagation
Si l’onde acoustique est faible, la diffusion se produit principalement dans le vide, à condition de remplacer k 0 par k :
dans le premier ordre de ce réseau, c’est-à-dire dans les directions :
kd = k0 ± ks 1
k = k 0 1 + ----- N α ( ω 0 ) = k 0 n
2  (7)

On peut retrouver ce résultat rigoureusement en calculant le où n est l’indice de réfraction du milieu.


champ total diffusé par les atomes en mouvement avec la La présence du milieu matériel a donc pour effet de changer la
formule (4). Ce phénomène est appelé diffusion Brillouin. Il est uti- vitesse de propagation de la lumière.
lisé dans la réalisation de déflecteurs acousto-optiques, qui per-
mettent de commander la déflection d’un faisceau lumineux par un
2.5.2.2 Propagation dans une lame épaisse
cristal grâce à une onde acoustique.
En dehors des ondes diffusées par les vibrations du cristal, seuls Dans une lame épaisse, les dipôles sont soumis non seulement
subsistent deux types d’ondes : l’onde réfléchie symétriquement par au champ incident mais aussi aux champs diffusés par les autres
rapport à l’onde incidente et une onde réfractée par le cristal. couches de dipôles formant la lame. Lorsque l’on tient compte de
cet effet, on trouve alors que le champ se propage dans la lame
suivant l’équation :

d 2 E (z ) 2
- = – k 0  1 + N α ( ω 0 )  E (z )
--------------------
dz 2

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On peut également trouver ce résultat à partir des équations de Lorsque ω – ω j est grand devant γ , l’indice de réfraction est réel
Maxwell dans un milieu matériel en exprimant la polarisation du et présente une dépendance en fréquence qui est liée aux fréquences
milieu P (P = Np) à l’aide de l’expression (3). Cette équation est de résonance de l’atome (ou plus généralement, du milieu consi-
analogue à l’équation de propagation dans le vide à condition de déré). Cette dépendance est représentée sur la figure 6. Pour les
prendre un vecteur d’onde k de module k tel que : substances transparentes (gaz incolores, verre), les fréquences de
2
résonance se trouvent dans l’ultraviolet et dans l’infrarouge ; dans
k 2 = k 0  1 + N α ( ω0 )  ces conditions, on voit sur la figure 6 que l’indice croît avec la fré-
quence dans le spectre visible : l’indice est plus grand pour le bleu
L’indice du milieu vaut maintenant : que pour le rouge. C’est la dispersion normale. Au voisinage des
résonances, on peut avoir des zones de dispersion anormale, où
n = k / k0 = ( 1 + N α ( ω0 ) ) (8) l’indice décroît avec la fréquence.
Dans un milieu dilué, le terme N α(ω 0) est faible devant 1, et on Lorsque le milieu n’est pas très dilué (N α(ω ) ≈ 1), nous devons
retrouve pour l’indice l’expression (7) du paragraphe 2.5.2.1. L’indice employer l’expression (8) pour calculer l’indice. De plus, il nous
dépend de la polarisabilité du milieu, que nous devons évaluer à faut tenir compte de la structure au niveau microscopique, qui est
l’aide d’une théorie microscopique. extrêmement inhomogène. En réalité, le champ que voient les
dipôles atomiques n’est pas le champ dans un diélectrique
homogène comme le suppose la formule (8). On peut considérer
2.5.2.3 Calcul de l’indice de réfraction que chaque atome ou chaque molécule, qui se trouve dans un vide
et phénomène de dispersion
entouré de diélectrique, est soumis à un champ local. Lorsque la
Pour calculer la polarisabilité α(ω ) du milieu matériel, nous allons cavité est sphérique, ce champ local E ’ peut être calculé par les lois
tout d’abord utiliser le modèle d’atome le plus simple, c’est-à-dire de l’électromagnétisme classique, et l’on trouve que l’équation (11)
celui de l’électron élastiquement lié obéissant aux lois de la est encore valable à condition de remplacer le premier membre
mécanique classique. Le mouvement de l’électron en présence d’un (n – 1) par [3(n 2 – 1)] [2(n 2 + 2)]. Cette formule permet de représen-
champ électrique oscillant est alors donné par l’équation : ter la dispersion des milieux denses. La variation de l’indice avec
la fréquence a encore qualitativement la forme représentée sur la
d2 x 2 figure 6.
- + γ x + ω 0 x = eE 0 exp ( – i ω t )
m ----------- (9)
dt 2 Dans le cas des métaux, l’indice prend une forme particulière. On
Dans le premier membre de cette équation, le deuxième terme peut représenter le mouvement des électrons dans les métaux par
représente une force de friction dont nous verrons ci-après la signi- une équation analogue à (9), en prenant ω 0 = 0 puisque les électrons
fication physique et le troisième, la force de rappel que subit l’élec- sont libres. La constante d’amortissement γ est due aux collisions
tron dans l’atome ; le second membre contient la force due au champ des électrons dans le réseau ; plus précisément γ est l’inverse du
électrique. La solution stationnaire de cette équation est de la forme : temps moyen entre deux collisions successives qui est court devant
la période des ondes optiques. On doit donc prendre γ  ω dans
x = x0 (ω )exp(– iωt) la formule (10). Finalement, en utilisant la formule (8), l’indice des
métaux est donné par :
où l’amplitude de vibration x0 est donnée par :
Ne 2 1
eE 0 n 2 = – i ------------- ---------
x 0 ( ω ) = ----------------------------------------------------
- (10) ε 0 m ωγ
2
m  ( ω 0 – ω 2 ) + i ωγ 
où N est la densité d’électrons libres dans le métal et où l’on a
Le dipôle atomique p est donné par p = ex. L’équation (10) nous négligé 1 devant le terme ci-dessus. L’indice est grand devant 1 et
permet de calculer la polarisabilité α(ω ) d’un dipôle atomique telle a une partie imaginaire égale à la partie réelle, de même que le
qu’elle est définie par l’équation (3), et de calculer l’indice de réfrac- vecteur d’onde k. L’onde transmise est amortie sur une longueur
tion. L’intérêt de ce traitement très simple est qu’il donne pour α(ω ) bien inférieure à la longueur d’onde : les ondes optiques ne pénètrent
une expression analogue à celle que donne le traitement quantique pratiquement pas dans les métaux. Nous allons voir qu’elles sont
complet, à condition de considérer que ω 0 est une des fréquences entièrement réfléchies.
de résonance de l’atome, proportionnelle à la distance en énergie
entre deux niveaux quantiques (§ 1.1), et que γ est la largeur de la 2.5.2.4 Réfraction et réflexion
transition (§ 2.1.3).Nous devons de plus tenir compte du fait que
À la frontière entre deux milieux, les conditions aux limites intro-
l’atome a plusieurs fréquences de résonance ω j , et faire la somme
duites par les équations de Maxwell permettent d’établir les relations
des contributions de ces différentes fréquences. Chaque contribution entre l’intensité de l’onde incidente et les intensités des ondes
est pondérée par la population du niveau inférieur de la transition réfléchie et réfractée, dont les directions de propagation sont
Nj [celle du niveau supérieur est en général beaucoup plus faible données par les lois de Descartes (figure 7). Ces intensités dépen-
(§ 2.3)], et par un facteur fj appelé force d’oscillateur, qui représente dent de la polarisation de l’onde incidente. Deux cas particulièrement
l’efficacité du couplage de l’atome au champ. importants sont celui de l’incidence de Brewster et celui de l’inci-
Considérons tout d’abord un milieu dilué. En portant dence normale. À l’incidence de Brewster, la réflexion d’une onde
l’équation (10) dans l’expression de l’indice (7), et compte tenu des polarisée dans le plan d’incidence (Rxy sur la figure 7) est nulle ;
différentes fréquences de résonance, on obtient : elle correspond à tan i = n. À l’incidence normale, les coefficients de
réflexion et de transmission en intensité sont donnés par :
e2
n–1 = ∑ fj Nj ----------------------------------------------------------------
2
(11) n–1
R = --------------
-
2
(12)
j 2m ε 0  ( ω 0 – ω ) + i ωγ  2
n+1
La partie imaginaire de l’indice ainsi obtenu n’est importante que 2 2
T = --------------
- (13)
lorsque ω – ωj est de l’ordre de la largeur de la raie, γ , soit au voi- n+1
sinage immédiat des résonances ; nous analyserons ce terme, qui
correspond au phénomène d’absorption du paragraphe 2.5.3. Si |Nα| est faible devant 1, l’indice n est proche de 1, et l’onde
réfléchie a une très faible intensité ; l’énergie est alors entièrement
transmise. En revanche, lorsque n est assez différent de 1, l’onde
réfléchie peut avoir une amplitude importante. Dans les métaux,
où n 1 , l’onde est entièrement réfléchie par la surface.

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absorption. Pour préciser la forme de la raie d’absorption, on peut


calculer l’énergie échangée avec le champ. Cette énergie présente
une variation de forme lorentzienne en 1/[(ω 0 – ω )2 + γ 2/4]. Elle est
maximale pour ω = ω 0 , et a pour largeur totale à mi-hauteur la largeur
naturelle. Nous retrouvons ainsi quantitativement le phénomène
d’absorption décrit au paragraphe 2.1.1. L’énergie absorbée par les
atomes est ensuite réémise sous forme de fluorescence.
Remarquons que cette fluorescence peut être interprétée comme
une diffusion de l’onde incidente (§ 2.5.1) qui, au voisinage des
résonances, présente un maximum très sensible.

3. Sources usuelles de lumière


Dans cette section sont décrites quelques-unes des sources de
Figure 6 – Schéma simplifié donnant la variation lumière les plus courantes. Ce sont principalement des lampes qui
de l’indice de réfraction en fonction de la fréquence reposent sur l’émission de lumière par un filament incandescent
pour un corps transparent dans le visible (§ 3.1) ou par une décharge électrique dans un gaz (§ 3.2).

3.1 Lampes à incandescence

Nota : le lecteur se reportera utilement à l’article Sources de lumière de l’éclairage élec-


trique. Lampes à incandescence [D 5 805] du traité Génie électrique.
Les lampes à incandescence constituent la source de lumière élec-
trique la plus utilisée. Elles sont formées d’un filament métallique
porté à l’incandescence par le passage d’un courant électrique et
contenu dans une ampoule de gaz inerte. L’émission de lumière pro-
vient de l’excitation des électrons de la bande de conduction du métal
et présente donc un spectre continu. À l’intérieur du métal, le spectre
est celui du corps noir de l’ultraviolet à l’infrarouge. Mais le fort indice
de réfraction introduit des pertes par réflexion à la sortie du métal,
si bien que l’émittance dans le visible est environ 0,45 ; elle tombe
à 0,10 dans l’infrarouge lointain. Ainsi le filament émet, en valeur
relative, plus que le corps noir dans le spectre visible ; il a une tem-
pérature de couleur (définie au paragraphe 2.3.1) d’environ 100 K
supérieure à sa température réelle.

3.1.1 Lampes usuelles

Dans les lampes usuelles, un filament de tungstène porté à environ


2 700 K se trouve dans une ampoule remplie d’argon ou de krypton
à la pression atmosphérique, mélangé à quelques torrs d’azote (qui
évite la formation d’une décharge entre les fils d’amenée du courant).
La puissance électrique est dissipée par radiation et par convexion
thermique dans le gaz. Les problèmes majeurs de ces lampes sont
Figure 7 – Intensités des lumières réfléchie et réfractée
leur durée de vie limitée, qui est due à la vaporisation progressive
lors du passage d’un dioptre
du filament, et leur faible rendement lumineux, de 10 à 20 lm/ W,
qui provient du fait que moins de 10 % de l’énergie est émise dans
2.5.3 Absorption la partie visible du spectre. Les lampes à halogène-tungstène
résolvent en partie cette difficulté.
Nota : on rappelle que : 1 Torr ≈ 133 Pa.
Au voisinage d’une résonance de fréquence ω j et de largeur γ j ,
l’expression (11) peut se simplifier, car la dépendance en fréquence
est principalement due à cette résonance. De plus, la largeur d’une 3.1.2 Lampes à halogène-tungstène
résonance étant très faible devant les fréquences optiques, on peut
écrire :
Ces lampes fonctionnent d’après un principe très semblable à celui
e2 des lampes à incandescence classiques. La principale différence pro-
n = n 0 + f j N j ---------------------------------------------------------------------- (14)
4m ω 0 ε 0  ( ω 0 – ω ) + i γ /2  vient de la pression de remplissage des ampoules, qui est de l’ordre
de 5 à 10 bar. Cette contrainte impose d’ailleurs des ampoules plus
où n0 (réel) représente la contribution des autres résonances. La petites et plus épaisses. Pour une même durée de vie, cela permet
partie imaginaire donne dans le terme de propagation du champ une d’augmenter la température, et de gagner environ 20 % sur le ren-
décroissance exponentielle en exp (ink0z ) : l’onde est atténuée par dement ; on atteint des efficacités de plus de 20 lm/ W.

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Les lampes à tungstène-halogène sont encore de fabrication assez haute pression, le rayonnement principalement ultraviolet du
coûteuse, mais avec les améliorations dans les procédés de fabri- mercure est converti en rayonnement visible par un revêtement
cation, elles devraient remplacer peu à peu les lampes à incandes- phosphorescent, composé cristallin contenant des centres lumines-
cence classiques. cents. L’absorption de photons UV par ces centres les porte dans
des états très excités. Ils interagissent avec le réseau et relaxent vers
des états vibrationnels plus bas avant de réémettre des photons
visibles.
3.2 Lampes à décharge
Dans la décharge d’une lampe de 40 W par exemple, 65 % de
Nota : le lecteur se reportera utilement à l’article Sources de lumière de l’éclairage élec- l’énergie électrique est convertie en rayonnement visible et UV. Le
trique. Lampes à décharge [D 5 810] du traité Génie électrique. phosphore convertit les photons UV en visible avec un taux proche
Malgré les progrès réalisés dans la technologie des lampes à de 1, qui correspond à une perte de 50 % en énergie. Malgré ce fac-
incandescence, leurs performances sont limitées par le mécanisme teur, l’efficacité atteint 100 lm/ W et les lampes fluorescentes ont,
même de l’émission thermique. Les lampes à décharge, au contraire, comme les lampes à décharge haute intensité, des durées de vie
convertissent directement l’énergie électrique en rayonnement. Avec très longues.
un choix adéquat des gaz présents dans la décharge, on peut obtenir Les lampes fluorescentes sont principalement utilisées dans
une distribution spectrale où la fraction de rayonnement infrarouge l’éclairage commercial intérieur. Avec le développement de
est réduite et atteint des efficacités et des températures de couleur nouveaux phosphores qui permettent d’ajuster la température de
bien supérieures à celles des lampes à incandescence. couleur, elles rentrent en compétition avec les lampes à incandes-
cence pour l’éclairage domestique intérieur.

3.2.1 Lampes à décharge haute intensité


3.2.3 Comparaison des différents types de lampes
Ces lampes comprennent un tube à décharge contenant un gaz
sous une pression de l’ordre d’une atmosphère, dans lequel un En conclusion, il est intéressant de faire une comparaison des
courant alternatif de quelques ampères entretient une décharge. Le différentes lampes à incandescence et à fluorescence.
tube est enfermé dans une seconde enveloppe scellée en verre, qui
Les lampes à incandescence classiques ont le plus faible coût de
en assure l’isolation thermique, le protège contre la corrosion, et
fabrication par lumen. Mais si l’on considère le prix par lumen-heure,
éventuellement absorbe les ultraviolets pour les transformer en
qui prend en compte la durée de vie de la lampe, ce sont les lampes
rayonnement visible. Il existe trois principaux types de lampes à
fluorescentes qui viennent en tête. Le coût de fonctionnement en
décharge haute intensité : les lampes à mercure ou à sodium haute
énergie électrique pour une intensité lumineuse donnée est le plus
pression et les lampes à halogénures métalliques.
avantageux pour les lampes à sodium haute pression, et ce sont
Le passage du courant dans ces lampes ionise le milieu gazeux celles qui sont également les plus économiques si l’on considère
et le transforme en plasma, qui contient une forte densité d’électrons le prix cumulé de la lampe et de l’énergie qu’elle consomme. Mais
libres et des ions, portés à des températures de plusieurs milliers si elles dominent maintenant très largement dans les utilisations
de degrés, avec un équilibre thermodynamique local. Les radiations pour l’éclairage extérieur, elles sont limitées par leur faible tempé-
émises sont les raies du mercure ou du sodium pour les deux rature de couleur et leur mauvais rendu des couleurs. C’est pourquoi
premiers types de lampes, celles des métaux présents dans les on leur préfère souvent les lampes fluorescentes ou à halogénures
halogénures métalliques dans le troisième type. Dans les lampes à métalliques pour les éclairages intérieurs.
mercure, la paroi de l’enveloppe extérieure comprend un phosphore,
milieu contenant des centres luminescents, qui convertissent en
lumière rouge la partie ultraviolette du spectre du mercure. Les
lampes à halogénures métalliques contiennent un mélange
d’iodures de métaux comme l’indium (pour le bleu), le sodium (pour
4. Récepteurs de lumière
le jaune et l’orange) et le thallium (pour le vert), de manière à donner
une température de couleur entre 3 000 et 5 000 K. Ces lampes On peut diviser les récepteurs de lumière en deux catégories prin-
permettent d’utiliser des métaux difficiles à vaporiser ou corrosifs cipales, les détecteurs photoniques et les détecteurs thermiques.
pour le quartz de l’enveloppe ; l’halogène joue alors le même rôle Dans les premiers, décrits au paragraphe 4.1, l’absorption d’un
protecteur pour la paroi que dans les lampes à tungstène-halogène. photon excite directement une ou plusieurs particules, en général
Le pourcentage d’énergie dissipée sous forme de rayonnement des électrons ; dans les seconds (§ 4.2), l’énergie des photons est
visible ou ultraviolet est de 30 % dans les lampes à sodium haute transformée en chaleur, qui produit une élévation de température
pression, et de 40 % dans les lampes à mercure et à halogénures du détecteur. Au paragraphe 4.3, nous donnerons quelques infor-
métalliques, avec des efficacités allant de 50 à plus de 100 lm/ W, mations sur les détecteurs d’images.
ce qui est nettement supérieur aux performances des lampes à
incandescence.
La durée de vie des lampes à décharge haute intensité n’est pas, 4.1 Détecteurs photoniques
comme celles des lampes à incandescence, limitée par la disparition
de l’élément actif, et elle atteint des milliers, voire des dizaines de 4.1.1 L’œil
milliers d’heures. Les lampes à décharge haute intensité sont prin-
cipalement utilisées pour l’éclairage public, industriel et commercial, La membrane sensible de l’œil, la rétine, est constituée de deux
avec des lampes de très forte puissance. sortes de cellules visuelles : les bâtonnets, situés sur les bords et
spécialisés dans la vision périphérique, qui sont sensibles à de très
faibles niveaux d’éclairement (vision nocturne) ; les cônes situés au
3.2.2 Lampes fluorescentes basse pression centre, qui fonctionnent à un niveau d’éclairement plus élevé et sont
responsables de la vision des couleurs. L’œil détecte des intensités
Dans les lampes fluorescentes, la lumière est émise par une sur une échelle de 1 à 108, une dynamique que peu de détecteurs
décharge basse pression dans un mélange de vapeur de mercure peuvent atteindre. Une fois accoutumé à l’obscurité, l’œil peut voir
(quelques dixièmes de pascal) et de gaz rare (quelques centaines un ou deux photons.
de pascals), avec des densités de courant beaucoup plus faibles que
dans les lampes à décharge haute intensité. Comme pour les lampes

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Dans chaque cellule se trouve un pigment sensible, la rhodopsine, différence de potentiel et sont utilisés pour bombarder une deuxième
qui se transforme suivant une isomérie cis-trans sous l’effet d’un électrode, appelée dynode, qui émet à son tour des électrons (émis-
photon. La variation de potentiel électrochimique qui en résulte est sion secondaire). Un électron assez énergétique peut extraire plu-
transmise le long des fibres du nerf optique jusqu’aux aires visuelles sieurs dizaines d’électrons de la première dynode. Une deuxième
du cerveau où s’effectue le décodage. Le câblage des cellules dans dynode, portée à un potentiel supérieur à la première, accélère à
la rétine et leur connexion au cerveau sont fait suivant un schéma son tour ce flot d’électrons qui est de nouveau amplifié. Dans les
très complexe qui renforce la sensibilité au contraste entre zones photomultiplicateurs courants, il y a en général une dizaine de
éclairées différemment. Mais si l’anatomie de l’œil est bien connue dynodes, et la tension totale entre la cathode et la dernière dynode
à l’heure actuelle, le mécanisme de la vision est encore mal expliqué. (anode) est de quelques kilovolts.
On peut cependant retenir que l’œil apparaît comme un détecteur Grâce à leur très faible courant d’obscurité et à leur facteur d’ampli-
très sensible, assorti d’un système de traitement des données extrê- fication considérable (qui peut atteindre 106 ), les photomultiplica-
mement élaboré. teurs sont capables de détecter les photons un par un. Leur temps
de réponse est de quelques dizaines de nanosecondes, mais il peut
descendre à la nanoseconde dans les photomultiplicateurs les plus
4.1.2 Détecteurs photoémissifs rapides. Cependant, le rendement quantique est souvent faible et
et photomultiplicateurs inférieur à 0,1. Sous ce dernier aspect, les systèmes solides ont de
bien meilleures performances.
Nota : le lecteur se reportera utilement aux articles Physique des dispositifs
électroniques [E 1 100] et Détecteurs de rayonnements [E 2 320] du traité Électronique.
Lorsqu’un photon tombe sur une surface matérielle, il peut lui 4.1.3 Photoconducteurs
arracher un électron si son énergie est suffisante : c’est l’effet photo-
électrique expliqué par Einstein en 1905. Pour observer les électrons Dans un semi-conducteur, l’absorption d’un photon s’accompagne
émis, on les recueille à l’aide d’une autre électrode polarisée posi- de la transition d’un électron de la bande de valence à la bande de
tivement. L’électrode émettrice, polarisée négativement, est la conduction (absorption intrinsèque) ou d’un transfert d’électron de
photocathode. L’ensemble est placé dans une enceinte vide. La la bande de valence à un niveau permis créé par une impureté dans
photoémission se produit pour de nombreux matériaux conduc- la bande interdite (absorption extrinsèque), ou d’autres processus
teurs, semi-conducteurs et isolants. comme les transitions intrabandes ou l’excitation du réseau. Les
deux premiers processus créent des porteurs libres, électrons et
4.1.2.1 Photocathodes trous, et augmentent la conductivité du semi-conducteur. On mesure
le courant qui passe entre les faces d’une lame d’un tel matériau,
Pour la détection des rayonnements, on recherche des matériaux
munies d’électrodes auxquelles on applique une tension de
avec des seuils photoélectriques assez bas, une efficacité quantique
polarisation.
(nombre d’électrons émis par photon incident) aussi proche de 1 que
possible et un courant d’obscurité (émission en l’absence de Les cellules photoconductrices sont surtout utilisées pour la détec-
photons) faible. Le seuil d’émission correspond dans les métaux à tion infrarouge, avec des matériaux à faible bande interdite (ou gap).
la distance entre le niveau moyen de remplissage de la bande de Les cellules à photoconduction intrinsèque sont constituées soit de
conduction (niveau de Fermi) et l’énergie de l’électron dans le vide. matériaux monocristallins (InSb, InAs, HgCdTe), soit de couches
Dans les semi-conducteurs, c’est la distance entre le haut de la bande minces en sels de plomb. Les matériaux monocristallins ont un
de valence et l’énergie de l’électron dans le vide. temps de réponse de l’ordre de la microseconde et une sensibilité
de plusieurs dizaines d’ampères par watt. Pour augmenter la détec-
Les métaux ont un coefficient de réflexion élevé pour les photons ;
tivité (c’est-à-dire détecter des signaux aussi faibles que possible),
de plus les électrons y perdent facilement leur énergie par therma-
on refroidit ces cellules d’autant plus qu’elles doivent fonctionner
lisation, aussi l’efficacité quantique y est-elle faible, et les photo-
dans l’infrarouge lointain. Les cellules destinées à détecter les radia-
cathodes emploient essentiellement des semi-conducteurs
tions de longueur d’onde 10 µm, qui correspondent au rayonnement
(arséniures, antimoniures, iodures, souvent combinés avec des
thermique à 300 K, sont refroidies à l’azote liquide (77 K). Ce type
alcalins). La sensibilité est maximale dans une zone de longueur
de détecteur est particulièrement intéressant pour les applications
d’onde qui dépend du semi-conducteur considéré. Aux faibles
militaires, médicales et industrielles. Il est utilisé dans la fabrication
longueurs d’onde, ce domaine spectral peut être limité par la trans-
des caméras infrarouges. Les couches minces sont moins onéreuses,
parence de la fenêtre du tube. Pour λ < 100 nm, il n’y a plus de maté-
mais leurs caractéristiques sont également moins avantageuses :
riau transparent et on emploie des détecteurs sans fenêtre, dans des
temps de réponse plus élevé, sensibilité plus faible, bruit plus
instruments d’optique eux-mêmes sous vide.
important.
Le courant d’obscurité est en général très faible. En effet, la pro-
Les photoconducteurs extrinsèques monocristallins, comme le
babilité pour les électrons de conduction d’être excités par l’agitation
germanium ou le silicium dopés avec différents métaux, permettent
thermique jusqu’au niveau des électrons libres (effet thermo-
la détection rapide de rayonnements de grande longueur d’onde.
ionique) est faible, du moins dans les détecteurs destinés à l’UV, au
Les matériaux polycristallins pulvérulents tels que le sulfure de
visible et au proche IR. Les photocathodes sensibles dans l’infra-
thallium ou de cadmium, et le séléniure de cadmium dopés ont, pour
rouge ont souvent des courants d’obscurité plus forts, dus à l’exci-
un prix modéré, une bonne sensibilité et des constantes de temps
tation plus facile des électrons par effet thermo-ionique et au fait
de l’ordre de la microseconde.
que le rayonnement thermique à la température ambiante contient
une proportion non négligeable de photons capables de contribuer
à l’effet photoélectrique. Dans ces conditions, la solution consiste
à refroidir les photocathodes. 4.1.4 Détecteurs photovoltaïques. Photodiodes

Nota : le lecteur pourra se reporter à l’article Physique des dispositifs électroniques


4.1.2.2 Photomultiplicateurs [E 1 100] du traité Électronique.

Les photocathodes peuvent être employées avec une simple


anode qui recueille les électrons ; l’ensemble forme une photodiode. 4.1.4.1 Effet photovoltaïque dans les jonctions
Les photodiodes de ce type ne sont plus guère utilisées car elles Au voisinage d’une jonction entre un semi-conducteur dopé N,
ont été complètement supplantées soit par les photomultiplicateurs, c’est-à-dire comportant un excédent d’électrons, et le même maté-
soit par les photodiodes solide (§ 4.1.4.2). Dans les photomulti- riau dopé P, c’est-à-dire comportant un excédent de trous, il s’établit,
plicateurs, les électrons émis par l’anode sont accélérés par une en l’absence de champ extérieur, une différence d’énergie pour les

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niveaux homologues. Cette différence de potentiel est à l’origine


d’un champ effectif qui assure l’équilibre en s’opposant à la diffusion
des porteurs de charge, d’une région à l’autre (figure 8a ). L’absor-
ption d’un photon d’énergie u f crée une paire électron-trou excé-
dentaire. Cette paire peut disparaître par recombinaison, mais les
porteurs qui la constituent peuvent aussi atteindre par diffusion la
frontière entre les régions N et P. Les porteurs minoritaires (électrons
dans la région P, trous dans la région N) sont attirés par le champ
qui règne au niveau de la jonction et passent dans la région où ils
sont majoritaires, tandis que les porteurs majoritaires créés par l’irra-
diation lumineuse sont repoussés par ce champ. En l’absence de
polarisation, l’irradiation crée donc un courant électrique qui va de
la région N vers la région P.
Lorsque la polarisation est positive ou directe (potentiel positif
du côté de la région P, négatif du côté de la région N), la barrière
de potentiel qui sépare les états homologues est abaissée, et les por-
teurs majoritaires peuvent traverser la jonction créant un courant
direct très supérieur aux valeurs usuelles du courant photoélectrique
(figure 8b ). Au contraire, lorsque la polarisation est négative, ou
inverse, on élève l’énergie potentielle des charges (figure 8c). Les
porteurs majoritaires ne peuvent plus du tout traverser la jonction,
alors que les minoritaires, créés par l’irradiation lumineuse, passent
tous. La caractéristique de la diode en présence d’une irradiation
lumineuse est représentée sur la figure 8d.
L’efficacité quantique de l’effet photovoltaïque peut être très
proche de 1. Pour cela, on minimise les recombinaisons entre
électrons et trous en choisissant une faible distance entre la surface
éclairée et la jonction. Les jonctions présentent toujours un courant
d’obscurité indépendant de la polarisation dû à la génération et à
la diffusion des porteurs minoritaires à la température T. Faible dans
le silicium, il peut être 1 000 fois plus élevé dans le germanium. La
vitesse de réponse est limitée par la capacité de la jonction, qui est
beaucoup plus faible en présence qu’en l’absence de polarisation
inverse par suite d’effets de charge d’espace. Pour l’efficacité
quantique aussi bien que pour la vitesse de réponse, on a donc intérêt
à utiliser les jonctions avec une polarisation inverse. Elles sont alors
appelées photodiodes.

4.1.4.2 Photodiodes, photopiles et phototransistors


Nota : le lecteur se reportera à l’article Physique des dispositifs électroniques [E 1 100]
du traité Électronique.
Suivant les longueurs d’onde à détecter, on utilise du silicium (pour
λ < 900 nm), de l’arséniure de gallium (GaAs), du germanium, ou des
composés comme InAs, InGaAs, InSb et HgCdTe, qui sont sensibles
plus loin dans l’infrarouge. Le rendement quantique est en général
supérieur à 0,5, ce qui correspond à des sensibilités de l’ordre
de 1 A/ W. Les temps de réponse peuvent être inférieurs à la nano-
seconde et les courants d’obscurité au nanoampère pour les photo-
diodes assez petites (surface inférieure au millimètre carré).
En l’absence de polarisation, une jonction, alors appelée photo-
pile, travaille près de l’équilibre thermodynamique, ce qui minimise
les fluctuations parasites. Les photopiles sont essentiellement uti-
lisées pour la mesure de flux lumineux continus. De plus, le montage
en photopile permet d’optimiser la puissance électrique recueillie,
qui est maximale quand le rapport tension/courant est égal à la résis-
tance de charge. Les photopiles (au silicium) servent à la conversion
de la lumière solaire en énergie électrique.
Dans les phototransistors, on utilise l’effet photoélectrique pour
créer des porteurs dans la base. Le courant résultant est amplifié
dans le transistor avec des facteurs de 100 à 1 000. Cependant, aux
hautes fréquences, le facteur d’amplification diminue et les photo- Figure 8 – Principe de fonctionnement d’une photodiode
transistors perdent leur avantage sur les photodiodes.

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4.2 Détecteurs thermiques informatique des images, un certain nombre de dispositifs électro-
niques ont été mis au point.
Contrairement aux détecteurs photoniques, les détecteurs ther-
miques n’ont pas de seuil en fréquence, ce qui est un avantage pour
la détection des grandes longueurs d’onde. Ils ont une sensibilité 4.3.1 Émulsions photographiques
qui varie peu avec la longueur d’onde et permettent de mesurer des
puissances lumineuses sur de larges gammes de longueur d’onde Les émulsions à base d’argent sont constituées d’une émulsion
sans réétalonnage. de microcristaux d’un halogénure d’argent dans de la gélatine. Les
photons incidents excitent des électrons vers des pièges des micro-
cristaux. Des ions Ag+ peuvent migrer jusqu’aux pièges et reformer
des atomes d’argent. Le traitement chimique produit des cristaux
4.2.1 Thermopiles
métalliques à partir des germes ainsi formés et élimine l’halogénure
Nota : le lecteur se reportera à l’article Détecteurs de rayonnements [E 2 320] du traité non sensibilisé. Les émulsions ont des sensibilités très variables,
Électronique. allant de quelques degrés à des milliers de degrés ISO.
Les thermopiles sont formées d’une séquence A-B-A de deux
conducteurs ou semi-conducteurs différents A et B. À l’équilibre ther-
modynamique, la température est uniforme, mais les distributions 4.3.2 Intensificateurs et convertisseurs d’images
des électrons (et des trous) dans les bandes permises de part et
d’autre des deux jonctions ainsi formées sont différentes. Une élé- L’image incidente est formée sur une photocathode du type de
vation de température de l’une des jonctions par irradiation lumi- celle d’un photomultiplicateur, dont la sensibilité peut être optimisée
neuse provoque un changement local de la distribution des électrons pour l’ultraviolet, le visible ou l’infrarouge. Le faisceau d’électrons
et donc un déplacement de charges qui engendre, en circuit ouvert, émis est focalisé par une optique électrostatique et éventuellement
une différence de potentiel entre les extrémités de la séquence. Les amplifié par un multiplicateur d’électrons. À la sortie, l’image est
thermopiles sont en général formées d’une série de tels couples. Les restituée par une couche de poudre cathodoluminescente, déposée
thermopiles sont les seuls détecteurs thermiques sensibles à un sur la fenêtre de sortie.
signal continu.

4.3.3 Analyseurs d’images


4.2.2 Détecteurs pyroélectriques
Les analyseurs d’images transforment une image optique variable
Les détecteurs pyroélectriques utilisent des matériaux où la posi- dans le temps en un signal électronique transportable sur un canal
tion moyenne des électrons par rapport au réseau varie avec la unique. Les dispositifs actuels stockent l’information optique sous
température. Dans une lame convenablement taillée, une élévation forme de charges électriques qui sont ensuite lues suivant une
de température provoque l’apparition de charges électriques de certaine séquence.
signes opposés sur les deux faces. Ces matériaux sont des cristaux Dans le tube Vidicon, l’image est formée sur une couche d’un maté-
isolants sans centre de symétrie. Ils sont ferroélectriques et cet riau photoconducteur recouvert d’une électrode transparente.
effet ainsi que l’effet pyroélectrique disparaissent au-dessus de la L’éclairement de chaque point de la couche sensible est lu à l’aide
température de Curie. De par leur principe même, les détecteurs d’un pinceau d’électrons qui balaye la surface. Les électrons se
pyroélectriques sont insensibles aux signaux continus. En déposent sur chaque élément de surface et le chargent avec une effi-
revanche, en régime alternatif, la sensibilité peut être extrêmement cacité qui dépend de la conductance de la couche en ce point, donc
élevée (100 V/ W à 100 Hz), avec des temps de réponse très courts. de l’éclairement.
Ce sont les détecteurs thermiques les plus utilisés dans le domaine Les détecteurs à transfert de charge (ou caméra CCD, Charge
infrarouge. Coupled Devices) sont formés de mosaïques de photodétecteurs,
situées sous des électrodes transparentes et reliées à des lignes de
transfert. Les informations optiques sont recueillies suivant une
4.2.3 Bolomètres séquence temporelle, où les détecteurs sont tout d’abord polarisés
négativement pour la photodétection, puis dépolarisés, tandis que
Nota : le lecteur se reportera à l’article Détecteurs de rayonnements [E 2 320] du traité
Électronique. leurs charges sont transférées dans des registres successifs et les
signaux correspondants enregistrés électroniquement.
Les bolomètres utilisent la variation de la conductivité électrique
avec la température : ce sont des thermistances. Les matériaux les Ces appareils sont utilisés très couramment pour la visualisation
plus utilisés à l’heure actuelle sont des semi-conducteurs, dont le et l’enregistrement d’images infrarouges.
nombre de porteurs croît avec la température. La thermistance est
en général insérée dans un montage en pont équilibré. La sensibilité
est du même ordre que celle des détecteurs pyroélectriques et la
constante de temps est proche de la milliseconde. De même que 5. Spectroscopie
les détecteurs pyroélectriques, les bolomètres ne sont sensibles
qu’aux signaux alternatifs. Nota : pour plus de détails, le lecteur pourra consulter les articles de la rubrique
Pour observer des signaux de grande longueur d’onde, ou de faible Méthodes nucléaires et spectroscopies du traité Analyse et Caractérisation.
flux énergétique, on utilise des bolomètres refroidis à quelques La spectroscopie est l’étude de la répartition en fréquence du
kelvins. À basse température, l’enthalpie massique diminue forte- rayonnement émis, absorbé ou diffusé par une substance. La
ment tandis que la conductivité thermique augmente, ce qui permet spectroscopie donne ainsi des informations sur la structure de la
d’améliorer la sensibilité et le temps de réponse. substance qui émet ou absorbe. On utilise aussi la réponse spectros-
copique d’un matériau de composition inconnue pour l’identifier et
procéder à des dosages.
4.3 Détecteurs d’images Jusqu’à l’invention des lasers, la spectroscopie optique comportait
essentiellement deux grands volets : la spectroscopie d’absorption
Les émulsions photographiques sont les détecteurs d’images les et la spectroscopie d’émission (§ 2.2). Dans un cas comme dans
plus anciens. Actuellement, avec les besoins de détection dans l’autre, l’analyse de la lumière en ses diverses composantes spec-
l’infrarouge lointain, d’acquisition rapide et de traitement trales se fait à l’aide d’appareils appelés monochromateurs (§ 5.1).

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Une nouvelle spectroscopie a vu le jour avec l’utilisation des lasers,


qui émettent directement des radiations pratiquement mono-
chromatiques qui peuvent être très intenses. Nous passerons rapi-
dement en revue quelques-unes des méthodes associées aux lasers
(§ 5.2).

5.1 Spectroscopie classique


et monochromateurs
Le plus ancien des monochromateurs est le prisme. Un prisme
de verre dévie les rayons lumineux qui le traversent dans une direc-
tion qui dépend de leur fréquence. Le prisme est un appareil extrê-
mement simple mais il n’est plus guère utilisé en spectroscopie de
précision car il n’est pas capable de séparer des longueurs d’onde
très voisines.
La qualité d’un monochromateur est en effet liée à un critère
essentiel, son pouvoir de résolution, mesuré par le rapport λ /δ λ de
la longueur d’onde au plus petit écart de longueur d’onde que peut
distinguer l’appareil. Un prisme de très bonne qualité ne permet
pas de dépasser un pouvoir de résolution de 104, ce qui est faible
au vu des performances atteintes par d’autres appareils basés sur
des phénomènes d’interférences, comme les monochromateurs à
réseau et les interféromètres de Michelson et de Fabry-Pérot qui
atteignent couramment 106 et plus.

5.1.1 Monochromateurs à réseau


Le réseau le plus simple est un écran percé de fentes parallèles
très fines, séparées par des distances qui sont typiquement de l’ordre
de quelques dizaines de fois la longueur d’onde. Lorsque le réseau Figure 9 – Monochromateur à réseau
est éclairé par un faisceau lumineux, chaque fente diffracte un peu
de lumière dans toutes les directions et les rayons lumineux issus
de toutes les fentes produisent des phénomènes d’interférence miroir d’entrée et pénétrer à l’intérieur de l’interféromètre. Entre les
(figure 9a ), alternance de zones sombres et de zones éclairées. Les deux miroirs, l’onde lumineuse fait de nombreux allers et retours
maximums de luminosité sont obtenus lorsque la différence des et l’onde résultante à la sortie est la somme des ondes partielles
chemins optiques parcourus par les rayons issus de deux fentes transmises par le deuxième miroir après 1, 2, 3... allers et retours.
successives est égale à un multiple entier p de la longueur d’onde Lorsque la longueur de l’un de ces trajets (c’est-à-dire 2 fois la lon-
(interférence constructive). gueur L de l’interféromètre) est égale à un nombre entier de fois la
En réalité, en spectroscopie, on utilise des réseaux en réflexion longueur d’onde, toutes ces ondes partielles sont en phase et addi-
plutôt qu’en transmission. On les fabrique en traçant des traits tionnent leurs amplitudes : l’interférence est constructive et l’inten-
réguliers sur une surface réfléchissante plane. On sait également sité transmise après le deuxième miroir est égale à l’intensité
obtenir d’excellents réseaux par des méthodes holographiques incidente. Si les ondes partielles ne sont pas en phase, l’onde résul-
(article Optique cohérente Traitement optique de l’information tante est très faible et aucune lumière n’est transmise par l’appareil.
[A 1 085] dans ce traité). Le spectre donné par un tel réseau peut La transmission de l’interféromètre en fonction de sa longueur
être analysé à l’aide du montage représenté sur la figure 9b . Le lorsqu’il est éclairé en lumière parallèle par une radiation mono-
réseau est éclairé par la radiation inconnue à travers une fente fine chromatique est donnée par la courbe d’Airy représentée sur la
parallèle aux traits du réseau. Grâce à la lentille, le système donne figure 10b . La position des maximums d’interférence dépend de la
pour chaque longueur d’onde une image de la fente d’entrée F1 que longueur d’onde (2L = p λ, avec p entier) et leur finesse est d’autant
l’on isole à l’aide d’une fente de sortie F2 . plus grande que les miroirs sont plus réfléchissants. Lorsque la
Les pouvoirs de résolution que l’on peut obtenir ainsi sont bien lumière n’est pas monochromatique, chaque composante du spectre
supérieurs à ceux des prismes, ils atteignent 105 à 106. Pour une donne lieu à une série de maximums d’intensité que l’on peut séparer
radiation visible rouge, de longueur d’onde 600 nm si leur finesse est suffisante. Le pouvoir de résolution peut être très
(fréquence 5 · 1014 Hz), cela veut dire que l’on peut séparer deux grand, il est couramment de l’ordre de 106 et peut atteindre des
composantes distantes de 0,006 nm en longueur d’onde ou valeurs bien supérieures. En revanche, deux longueurs d’onde λ et
de 5 · 109 Hz en fréquence. Pour obtenir des pouvoirs de résolution λ’ telles que 2L = p λ et 2L = (p + 1) λ’ donnent des maximums qui
encore meilleurs, on utilise des appareils interférentiels différents, coïncident. La distance λ – λ’ est appelée intervalle spectral libre.
les interféromètres de Fabry-Pérot et de Michelson. Lorsque l’extension d’un spectre est supérieure à l’intervalle spectral
libre, les spectres d’ordres voisins se recouvrent et l’interprétation
devient difficile. L’interféromètre de Fabry-Pérot nécessite une
5.1.2 Interféromètre de Fabry-Pérot présélection spectrale de la lumière de manière à n’avoir à analyser
que des différences de longueur d’onde inférieures à son intervalle
L’interféromètre de Fabry-Pérot est formé de deux miroirs placés spectral libre.
face à face (figure 10a ). Un faisceau de lumière parallèle arrivant
perpendiculairement aux miroirs peut être transmis à travers le

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Figure 10 – Interféromètre de Fabry-Pérot

5.1.3 Interféromètre de Michelson et spectroscopie


par transformation de Fourier

Contrairement à l’interféromètre de Fabry-Pérot où l’interférence


se produit entre les multiples ondes réfléchies par les miroirs, celui
de Michelson ne fait interférer que deux ondes. Considérons le dis-
positif représenté sur la figure 11. Un faisceau lumineux entrant par
la gauche est divisé en deux par la lame séparatrice LS ; les deux
faisceaux sont ensuite réfléchis par les miroirs M1 et M2 et reviennent
sur eux-mêmes ; ils se recombinent sur la lame séparatrice et on
mesure l’intensité qui sort perpendiculairement à la direction
d’entrée. Suivant que la différence de marche parcourue par les fais-
ceaux sur chacun des bras de l’interféromètre est égale à un nombre
entier ou demi-entier de longueurs d’onde, les deux ondes sont en
phase ou en opposition de phase quand elles se retrouvent sur la
lame séparatrice ; leurs amplitudes s’ajoutent ou se retranchent,
donnant lieu à une série de maximums ou de minimums lorsque
l’on fait varier la différence de marche ou la longueur d’onde.
La variation de la transmission de l’appareil éclairé en lumière Figure 11 – Interféromètre de Michelson
monochromatique est donnée en fonction de la différence de
marche par une sinusoïde. Si l’on envoie une deuxième longueur
d’onde, elle donne une sinusoïde décalée par rapport à la pre- Disposant de tels instruments, les spectroscopistes ont privilégié
mière. Lorsque la lumière incidente contient des composantes de les méthodes d’absorption ; il est en effet facile de balayer la fré-
fréquences variées, on imagine aisément que l’intensité de sortie, quence du laser et de mesurer la variation d’intensité du laser après
résultant de la somme de toutes les sinusoïdes, ne donne pas une traversée du milieu à étudier. On enregistre ainsi directement les
image immédiate du spectre. Mais ce faisant, le système réalise raies d’absorption, et la mesure de la fréquence émise par le laser
exactement l’opération mathématique appelée transformation de (par des méthodes interférentielles par exemple) donne les fré-
Fourier. Pour retrouver le spectre de la lumière, il suffit de faire la quences de résonance atomiques ou moléculaires cherchées. On
transformation inverse, qui peut être aisément calculée à l’aide peut aussi détecter l’absorption indirectement en analysant la varia-
d’un ordinateur. tion de la lumière de fluorescence réémise dans une autre direction
Le pouvoir de résolution est égal au nombre de longueurs ou sur une autre transition, une technique qui est parfois plus
d’onde contenu dans l’excursion totale de la différence de marche, sensible que la mesure directe de l’absorption. D’autres effets
qui peut être très grand. La spectroscopie par transformation de comme la variation résonnante de la dispersion ou de la biréfrin-
Fourier permet en particulier d’analyser des spectres complexes gence d’un milieu au voisinage des transitions atomiques sont égale-
avec une bonne résolution sur des temps d’enregistrement bien ment très utilisés en spectroscopie laser.
plus courts qu’avec d’autres méthodes. Par ailleurs, grâce à la puissance importante qu’ils fournissent sur
un domaine spectral restreint, les lasers ont permis d’étendre le
domaine d’application des méthodes de spectroscopie existantes à
des niveaux que l’on ne pouvait pas étudier avec des sources lumi-
5.2 Spectroscopie laser neuses classiques, comme l’excitation d’atomes dans des niveaux
élevés utilisant plusieurs transitions successives en échelon.
Nota : le lecteur pourra également consulter l’article Techniques laser en analyse et
caractérisation [P 2 685] du traité Analyse et Caractérisation.
Les premiers lasers mis au point dans les années 60 fonctionnaient 5.2.1 Spectroscopie d’absorption
sur des fréquences fixes et n’étaient guère utilisables de manière
générale en spectroscopie. Les années 70 virent le développement
Nota : le lecteur pourra également consulter l’article Spectrométrie d’absorption dans
de nouveaux types de lasers, en particulier les lasers à colorant, qui l’ultraviolet et le visible [P 2 795] du traité Analyse et Caractérisation.
émettent une raie à la fois très fine et accordable en fréquence sur
Les lasers à colorant ont aussi donné une nouvelle jeunesse à la
de larges plages. Ils permettent maintenant d’obtenir un rayonne-
spectroscopie sur jet atomique. Dans un jet atomique bien collimaté,
ment cohérent depuis le proche ultraviolet jusqu’à l’infrarouge.
tous les atomes, en vol libre dans une enceinte vide, ont des vitesses

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parallèles à une même direction. Or le déplacement Doppler ne se 5.2.3 Spectroscopie d’absorption à deux photons
produit que si les atomes se déplacent dans la direction du faisceau
lumineux qui les éclaire, ou du moins s’ils ont une composante de L’effet Doppler peut aussi être supprimé dans les transitions à deux
vitesse dans cette direction. Il suffit donc d’étudier l’absorption ou photons. Avec un laser il est possible de faire absorber deux photons
l’émission de lumière dans la direction perpendiculaire au jet ato- à la fois par un atome. Si les deux photons émis par le même laser
mique pour éliminer l’effet Doppler. En pratique, il est difficile avec se propagent dans des directions opposées, leurs fréquences sont,
une source classique de concentrer assez de lumière sur un jet comme dans le cas précédent, déplacées en sens inverses pour
atomique. Avec un laser, au contraire, on peut obtenir des raies l’atome. La condition de résonance pour qu’un atome de vitesse V
d’absorption dont la largeur est proche de la largeur naturelle absorbe deux photons et passe d’un niveau d’énergie E1 à un niveau
(§ 2.1.3). d’énergie E 2 est que la somme des énergies des photons soit égale
Dans un gaz, la situation est différente. Les atomes vont dans à la différence des énergies des niveaux :
toutes les directions et peuvent absorber de la lumière sur toute la
bande de fréquence correspondant à la largeur Doppler. Si l’on (E1 – E2)/h = ν L (1 – V/c ) + ν L (1 + V/c )
éclaire un tel gaz par un laser monochromatique dont on balaye la Or le membre de droite de cette équation est toujours égal à 2ν L
fréquence autour de la fréquence de résonance atomique, on quelle que soit la vitesse de l’atome ; on voit que le déplacement
obtiendra une raie d’absorption ayant la largeur Doppler. Plusieurs Doppler s’élimine et que la condition de résonance est indépendante
méthodes, qui font usage à la fois de la monochromaticité et de la de la vitesse de l’atome. Ainsi, si l’on éclaire les atomes par un laser
puissance des lasers, ont été proposées pour obtenir des raies fines dont on balaye la fréquence, on pourra observer une raie d’absorp-
de largeur naturelle. tion de largeur naturelle, non affectée par l’effet Doppler.

5.2.2 Spectroscopie d’absorption saturée 5.2.4 Spectroscopie en impulsions ultracourtes


Cette méthode très connue repose sur l’idée que l’absorption de Les études spectroscopiques de phénomènes chimiques très
photons par les atomes n’augmente pas indéfiniment avec l’intensité rapides ont été rendues possibles par le développement de lasers
lumineuse. En effet, partons d’une situation où tous les atomes sont fournissant des impulsions de l’ordre de la picoseconde ou même
dans l’état fondamental, et envoyons sur le gaz un laser dont la de la femtoseconde, qui sont maintenant disponibles sur le marché.
fréquence est en résonance avec le premier niveau excité. Quand Les principales techniques utilisées comprennent le comptage de
l’intensité lumineuse augmente, de plus en plus d’atomes passent photons, les mesures avec caméra à balayage de fente, et la méthode
dans l’état excité. Envoyons maintenant un deuxième faisceau sonde dite pompe-sonde.
de faible intensité, à la même fréquence que le premier, et mesurons
son absorption après passage dans le gaz : elle dépend du nombre La première méthode consiste à mesurer de manière répétée le
d’atomes dans l’état fondamental et donc diminue lorsque l’intensité temps qui s’écoule entre l’excitation par l’impulsion laser et l’émis-
du premier faisceau augmente ; on dit que l’absorption présente une sion d’un photon par l’échantillon. On reconstruit ainsi la courbe de
certaine saturation. dépendance en temps de l’émission. Dans le cas le plus simple, c’est
une décroissance exponentielle, mais la courbe peut aussi être plus
On peut profiter de cet effet pour obtenir une raie d’absorption complexe, donnant des informations sur les processus qui
sans effet Doppler. Il suffit pour cela d’envoyer le faisceau sonde en accompagnent la désexcitation. C’est ainsi que l’on étudie la
sens inverse du faisceau intense, et de balayer en même temps la redistribution d’énergie qui suit l’excitation d’une molécule dans un
fréquence ν L des deux faisceaux (issus d’un même laser par niveau de vibration bien déterminé. On mesure la lumière de
exemple). À cause de l’effet Doppler, pour un atome de vitesse V, fluorescence émise sur une raie issue d’un niveau vibrationnel
la fréquence du faisceau intense et celle du faisceau sonde sont voisin, ce qui indique comment le mouvement de la molécule évolue
déplacées en sens inverse : l’atome voit ν L (1 – V/c ) pour le faisceau dans le temps.
sonde et ν L (1 + V/c ) pour le faisceau intense. En général, les atomes
qui sont résonnants avec le faisceau sonde ne le sont pas avec le La caméra à balayage de fente est capable de suivre des phéno-
faisceau intense ; on observe sur le faisceau sonde une courbe mènes très rapides avec une résolution de l’ordre de la picoseconde.
d’absorption normale quand on balaye ν L. La seule exception se Elle permet d’enregistrer toute la courbe de décroissance de la
produit quand la fréquence ν L du laser est égale à la fréquence de lumière de fluorescence sur une seule impulsion, ce qui représente
résonance ν 0 de l’atome immobile. Dans ce cas, les atomes qui sont un gain de temps considérable par rapport à la technique précédente.
résonnants avec le faisceau sonde sont ceux qui ont une vitesse nulle Elle est cependant plus difficile à mettre en œuvre.
et ils peuvent aussi absorber le faisceau intense. Lorsque la Dans les méthodes pompe-sonde, on excite l’échantillon par une
fréquence du laser passe à la fréquence ν 0 , on se trouve dans le première impulsion de l’ordre de la picoseconde ou de la femtose-
cas de l’absorption saturée envisagé plus haut, et on enregistre une conde puis on sonde l’état du système un peu plus tard avec une
brusque baisse de l’absorption du faisceau sonde. Ce trou dans la deuxième impulsion. Par exemple, on porte une molécule dans un
courbe d’absorption normale est centré sur la fréquence atomique état dissociatif à l’aide d’une impulsion ; la molécule se dissocie et
et sa largeur est beaucoup plus faible que la largeur Doppler ; on on étudie les fragments en envoyant une autre impulsion corres-
montre qu’elle est de l’ordre de la largeur naturelle. pondant à une de leurs fréquences d’absorption. La mesure de la
fluorescence qui suit cette absorption donne la densité de fragments
à l’instant de la seconde impulsion, et permet d’étudier la vitesse
de dissociation de la molécule.

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P
O
U
Optique des milieux matériels R

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par Élisabeth GIACOBINO N
Directeur de Recherche au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS)

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P
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S
5 - 1993
Doc. A 1 080

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