Vous êtes sur la page 1sur 4

EXEMPLES DE SUJETS ET CORRIGÉS

«  La croissance est-elle une condition


suffisante pour ré sorber le chô mage ? » 
Accroche :

Donner des exemples de politiques publiques d’emploi en vigueur en France ou au Maroc


Fournir des statistiques sur le taux de croissance et taux de chômage actuel
N.B. : le sujet est ouvert et n’impose aucune limitation ni dans le temps ni dans l’espace ce qui
donne la possibilité de choisir librement son contexte. (Cas du Maroc, cas de la France…).

Plan proposé (en trois parties).

I. Elle en constitue certainement une condition nécessaire


A. Logique de la relation croissance-emploi et chômage keynésien 
1. Le volume d’emploi dépend fondamentalement du niveau d’activité. Dans la théorie
keynésienne, l’emploi dépend directement de la croissance, qui dépend de l’intensité de la
demande globale. Le chômage « keynésien » est toujours involontaire, et résulte seulement d’un
ralentissement de l’activité. Cette définition conjoncturelle du chômage justifie la mise en œuvre
de politiques économiques pour stimuler la croissance. Les modèles post-keynésiens (IS-LM…)
mettent en scène des situations « d’équilibre de sous-emploi » dans lesquelles les politiques
économiques interviennent pour stimuler l’activité et porter la croissance à un niveau qui assure
le plein emploi.

2. La loi d’Okun a formalisé la relation croissance-chômage. Le keynésien A. Okun montre au


début des années 60 que le chômage augmente chaque fois que la croissance effective (ou le
PIB effectif) tombe au-dessous de la croissance potentielle (ou du PIB potentiel). Le gap d’Okun
correspond à l’écart entre les deux (la croissance potentielle est celle qu’il serait possible
d’obtenir si les facteurs étaient pleinement employés). La loi d’Okun montre que, pour les Etats-
Unis de l’époque, tout accroissement du gap de trois points entre le PIB effectif et le PIB potentiel
entraîne une augmentation du taux de chômage de un point au-dessus de son niveau
« naturel ». En gros, une croissance de 3 % fait reculer le taux de chômage de 1 point. 
B. Historiquement, la corrélation entre la croissance et l’emploi se vérifie globalement, mais son
intensité est variable 

1. Durant les Trente Glorieuses en France, la croissance moyenne, de l’ordre de 5 %, était
associée à un taux de chômage inférieur à 2 %. Un chômage seulement frictionnel et assimilable
au plein emploi. La relation croissance-emploi s’est dégradée ensuite. Dans les années 1980-90,
une croissance moyenne de 2,5 % s’associe à un taux de chômage moyen d’environ 10 %. La
sensibilité de l’emploi à la croissance est restée très forte aux Etats-Unis. Sur les vingt dernières
années, il semble qu’une croissance de 2 % suffise à augmenter l’emploi d’un peu plus de 1 %
(élasticité supérieure à 0,50), et à maintenir l’économie à un niveau proche du plein emploi. 
2. Contredisant les pronostics sur « la fin du travail », la croissance est de nos jours redevenue
plus riche en emplois dans tous les pays. La France a créé deux millions d’emplois entre 1996 et
2000, contre 750 000 entre 1986 et 1990, pour un accroissement de la production équivalent. Le
seuil de déclenchement de la création d’emploi s’est abaissé. Il est vrai, les politiques d’emploi
aidant (RTT, emplois-jeunes, allègement des charges). 
II. … mais la croissance ne crée pas toujours des emplois
A. L’élasticité de l’emploi à la croissance dépend du progrès technique et du cycle de
productivité 
1. La croissance ne crée des emplois que si son rythme de progression est supérieur à celui de
la productivité. Les entreprises sont contraintes dans ce cas à embaucher. Du moins si elles ne
choisissent pas d’augmenter le temps de travail (heures supplémentaires), ou d’investir dans des
équipements automatisés. En France, un taux de croissance de 4 % était nécessaire pour créer
des emplois durant les Trente Glorieuses. 2,5 % suffisent à la fin des années 1980, et 1,5 %
aujourd’hui. Ces chiffres correspondent aux gains de productivité moyens de chaque période. La
croissance est redevenue plus extensive. D’une façon plus générale, le progrès technique à court
terme peut détruire des emplois. Certaines innovations, portant la croissance, peuvent créer un
« choc de productivité » et un chômage technologique. A. Sauvy a montré que, à long terme, le
bilan en emplois du progrès technique était positif. La compensation s’opère à travers un « effet-
prix » (les baisses de prix permises par les gains de productivité stimulent la demande et la
production) et un « effet-revenu » (le surplus de richesse issu des gains de productivité alimente
de même la demande, etc.).
 
2. La création d’emplois dépend du caractère durable ou non de la croissance. Lorsque celle-ci
redémarre, les entreprises n’embauchent pas tout de suite, dans l’attente d’une confirmation de
la tendance. La productivité (rapport de la production au coût des facteurs) augmente alors. Les
embauches qui interviennent par la suite, en augmentant le coût des facteurs, réduisent la
productivité (notion de cycle de productivité). 
La vitesse d’ajustement de l’emploi est variable. Une étude de l’OCDE a montré qu’entre 1985 et
1990, le délai moyen d’ajustement de l’emploi à une augmentation de la production était de 13
trimestres en France, et de 1,7 trimestre aux Etats-Unis… 
B. La richesse de la croissance en emplois dépend du coût et de la flexibilité du travail, ainsi que
de la rentabilité de l’offre

1. Les rigidités sociales appauvrissent le contenu en emploi de la croissance. L’embauche peut


être bloquée, même en période de reprise, si le coût du travail est supérieur à sa productivité
marginale. Les entreprises substituent alors le capital au travail. L’Europe est souvent opposée à
cet égard aux Etats-Unis, comme le résume la formule de P. Krugman : « Europe jobless,
America penniless… » (l’Europe avec ses rigidités salariales et son chômage, les Etats-Unis
avec leurs salaires chiches et le plein emploi). La « job machine » américaine se nourrit de
flexibilité.
2. Les entreprises n’embauchent que si leur activité (leur « offre ») est globalement rentable.
Cette rentabilité ne dépend pas seulement des coûts salariaux, mais aussi : des taux d’intérêt
(qui déterminent les charges financières) ; des investissements (qui déterminent la capacité
productive) et de la compétitivité. Une mauvaise rentabilité n’incite pas les entreprises à
développer leurs capacités, ni à embaucher, et un chômage de type « classique » (au sens de
Malinvaud) peut coexister avec une reprise de la croissance.
III. … et les créations d’emplois n’entraînent pas toujours un recul du chômage 
A. La relation emploi-chômage dépend de l’évolution de la population active 
1. Le chômage augmente chaque fois que la population active augmente plus vite que le nombre
d’emplois. C’est le cas de la France depuis les années 70, dont les tensions sur le marché du
travail résultent pour une part du gonflement de la population active résultant du baby boom. Le
nombre d’actifs augmente de cinq millions environ entre 1970 et 2000, deux fois plus que le
nombre d’emplois. La diminution de la population active à partir de 2006 permettra en sens
inverse de réduire le chômage. 
2. Le chômage peut augmenter en période de croissance et de créations d’emplois. Celles-ci
peuvent inciter un certain nombre d’inactifs à se mettre en quête d’un emploi. La création
d’emplois stimule l’offre de travail (phénomène du « chômeur encouragé »). Le « taux de flexion
de l’activité » (nouveaux actifs/nouveaux emplois) est de l’ordre de 30 % en France dans les
années 1990, et le « taux de flexion du chômage » (proportion des nouveaux emplois attribués
aux chômeurs) de l’ordre de 70 %. On parle aussi de « chômage de croissance ». 
B. Un chômage « structurel » peut perdurer malgré la reprise de la croissance et de l’emploi 1. Le
chômage « structurel » est un chômage d’inadéquation entre les offres et les demandes
d’emplois. Les qualifications des demandeurs d’emploi ne sont pas celles qui sont recherchées
par les entreprises. Le progrès technique, qui affecte les modes de production et les
qualifications, accentue ce type de déséquilibre (A. Sauvy parlait de « court circuit de travail »).
Le chômage structurel ainsi défini est un chômage de segmentation : excès d’offres sur certains
segments du marché du travail, en raison de qualifications obsolètes ; excès de demandes sur
d’autres segments, en raison de besoins nouveaux exprimés par les entreprises, mal pris en
charge par le système de formation. 2. La reprise de la croissance et de l’emploi n’a pas
forcément beaucoup d’effet sur certaines catégories de chômeurs. Il en est ainsi des chômeurs
de longue durée, à faible « employabilité », qui tendent à être relégués en permanence au bout
de la « file d’attente » du chômage. On a évoqué ici un phénomène d’« hystérésis » (poursuite
d’un effet après la disparition de sa cause) : le chômage provoqué par la récession se perpétue
malgré la reprise. Statistiquement, l’effet de la croissance est plus fort sur le chômage au sens du
BIT (qui a pour condition une recherche active d’emploi, et donc une certaine employabilité) que
sur le chômage recensé par l’ANPE (qui englobe les chômeurs « découragés »). La croissance
ne fait pas non plus disparaître le chômage volontaire, ni le chômage frictionnel. Chaque niveau
de croissance détermine son « taux de chômage d’équilibre », diront les « nouveaux
classiques ».

Conclusion 
Le chômage est globalement lié à la croissance, mais cette relation est affectée par un grand
nombre de variables : productivité, temps de travail, flexibilité et coût de la main-d’œuvre,
population active, structure du chômage et de l’emploi… Seule une accélération forte et durable
de la croissance est susceptible d’avoir un effet significatif sur le fléchissement du chômage. La
relation croissance-emploi s’est toutefois retendue de nos jours avec le ralentissement des gains
de productivité. Laissant espérer la possibilité d’un retour au plein emploi à moyen terme (en
2010 selon le rapport Pisani Ferry). En France, dans les structures actuelles, la croissance
vraisemblablement n’en sera pas la condition suffisante. Elle devra être épaulée par les
politiques.

Vous aimerez peut-être aussi