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ÉCOPOLITIQUE NOW · MAJEURE · 19

de nouvelles

Yann Moulier
construire

Emmanuel
relations

Boutang,

Videcoq
Frédéric
avec...

Neyrat,
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Il n’y a pas davantage de distinction homme-nature : l’essence humaine


de la nature et l’essence naturelle de l’homme s’identifient dans la nature
comme production ou industrie, c’est-à-dire aussi bien dans la vie générique
de l’homme. L’industrie n’est pas prise alors dans un rapport extrinsèque
d’utilité mais dans son identité fondamentale avec la nature comme pro-
duction de l’homme par l’homme.
Homme et nature ne sont pas comme deux termes l’un en face de l’autre,
même pris dans un rapport de causation, de compréhension ou d’expres-
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sion (cause-effet,sujet-objet etc.), mais une seule et même réalité essentielle


du producteur et du produit.La production comme processus déborde toutes
les catégories idéales et forme un cycle qui se rapporte au désir en tant que
principe immanent.
Gilles Deleuze et Félix Guattari, L’Anti-Œdipe, Minuit, 1972, p. 10.

1. On sait qu’il y a toujours des clivages, des séparations étanches


générat rices deTranscendance Intouchable à l’ori gine de ce qui nous fait
une vie impossible — vol, aliénation, domination, appelez cela comme
vous voulez. Il est bien possible que l’écologie politique soit la dénon-
ciation en acte des clivages qui nous affectent. Et qu’elle soit pour le
coup la première formulation véritable d’une politique de la relat i o n.Une
relation qui ne serait pas simplement donnée mais à faire — faire l’im-
manence disaient Deleuze et Guattari, et non pas se contenter de la
proférer.
Si nous disons que la relation n’est pas « simplement » donnée mais
à faire, si nous tenons à l’imprécision de notre formule, c’est parce que
l’écologie politique intervient précisément sur des objets, des domaines,
des champs où le « donné » et le « construit », la « nature » et la « cul-
ture » ne peuvent être séparés à coups de machettes ou de dogmes. Nous
ne disons pas que « rien n’est donné », ou qu’« il n’y a pas de nature »
— car nous savons comment ces énoncés peuvent porter un fétichisme
techniciste et social tout à fait destructeur. Comme le soutient de façon
pionnière Bruno Latour dans Politiques de la nature, ne faut-il pas pen-
ser que nous avons affaire à des « objets hybrides » ? Cette hybridation
met en lumière l’une des origines de l’écologie politique : on ne peut
plus s’y retrouver dans les grands partages occidentaux. L’écologie po-
litique est venue pour dire que l’on ne peut plus et qu’on ne devrait plus
mettre d’un côté la science et de l’autre la politique, d’un côté les ex-
perts et de l’autre les profanes, d’un côté l’industrie et de l’autre les
u s a g e rs. Elle marque le passage à une époque de la « modernité réflexive »
(Ulrich Beck), car elle intervient pour affirmer l’enchevêtrement des
sphères d’activités et de pensées. Non pas leur confusion, l’identité dé-
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voreuse de différences, mais leur interdépendance, le long et complexe


cheminement de leurs boucles d’actualisations et de disparitions, les
noces dangereuses du cycle du carbone et de l’économie industrielle.
« Écopolitique now ! » : tel est le cri de ralliement qu’il faut commen-
cer à lancer. Contre tout espèce de fascination pour l’apocalypse now.
Contre le symétrique du catastrophisme : l’indifférence aux dommages
faits aux corps et aux esprits, c’est-à-dire la dangereuse indifférence à
l’écologie politique. En défense des sphères habitables, pour des rela-
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tions vivantes entre humains et non-humains. Contre ce qui rend im-


possible leur déploiement. Bref pour une écologie politique immédiate
et efficace. Ici et maintenant.

2. L’enchevêtrement des sphères est au cœur de la difficulté à pen-


ser ce qui nous arri ve aujourd’hui ; c’est pourtant ce qu’il nous faut com-
mencer par regarder et comprendre. Au moment où les catastrophes
abondent et finissent par tisser une sorte de continuité d’expériences, sur
le mode de la peur et de la solidarité instantanée, de la naissance d’une
conscience globale et d’une « synchronisation » dangereuse des sub-
jectivités — autre enchevêtrement —, on s’interroge sans cesse sur la
part de l’intervention humaine et de l’aléa, de l’injustice (politiquement
identifiable) et de l’infortune (qu’on ne peut assigner devant aucun tri-
bunal). Et nous constatons la relation. Le cyclone Katrina qui a frappé
la Louisiane a révélé l’insuffisance de la politique infrastructurelle et
sociale des États-Unis d’Amérique. Le changement climatique ne mul-
tiplie certes pas les cyclones, mais accroît leur intensité. Ce changement
conduit de surcroît à la disparition programmée — donc injuste, assignable
politiquement — de plusieurs archipels du Pa c i f i q u e , au point de
conduire le président de l’une des îles qui les composent à déclarer « éco-
terroriste » tout État participant délibérément au réchauffement cli-
matique. Aux Maldives, on construit actuellement une île artificielle deux
mètres au-dessus des eaux, Hulhumale, capable d’accueillir plus de
100 000 habitants. Au Nord l’on voit proliférer à l’opposé des 4x4, sorte
de bulles autistiques, techno-sphères se croyant séparées du dehors alors
qu’elles participent activement aux dangers dont elles tentent de se pré-
munir.
Enchevêtrement, complexité, interdépendance. Ne faisons pas de tous
ces mots un nouvel « asile de l’ignorance », pour reprendre la formule
de Spinoza. Identifions clairement les sphères : sphère du vivant (bio-
sphère), sphère technologique, sphère de l’espri t , de l’inform ation et des
savoirs (noosphère). Procédons à l’archéologie de leur apparition. Ces
trois sphères se recouvrent — mais comment, et depuis quand ? On
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p o u rra toujours dire que la biosphère précède la noosphère — mais seule


l’intensification techno-industrielle de notre monde a pu mettre en re-
lief l’existence comme telle de la biosphère. Jamais autant qu’aujour-
d’hui ne s’est imposée l’urgence de penser la coordination et la dis-
jonction du vivant et de la technique, celles de la technologie et des
s avo i rs, et l’art i c u l ation possible / impossible des savoirs et des prat i-
ques qui les inscrivent dans la Terre. Jamais nous n’avons eu autant be-
soin de penser les médiations, les passages, les sas, les entre-deux. En-
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tre le règne du vivant, les écosystèmes, ce que l’on appelle la « nature »,


et le domaine anthropique de l’intelligence, de l’information et des sa-
voirs, la prétendue « culture ». Entre biosphère et noosphère. Comment
passe-t-on de l’une à l’autre ? Que s’opère-t-il de l’une à l’autre, quels
dommages et quelles vertus, quels effets destructeurs et quels bénéfices ré-
ciproques ? Que fait, et que peut faire la noosphère sur la biosphère ?
Nous savons que la distinction pure et simple de ces deux sphères
conduit ou bien à la volonté de préservation d’une Nature supposée
anhistorique subissant l’agression d’êtres humains dès lors considérés,
à la lettre, comme des extra-terr e s t r e s , ou bien à la promotion tout aussi
fantasmatique d’une société techno-informatique ayant troqué les corp s
de chair et de sang contre des artefacts indéfiniment adaptables à la
demande économique. Ces deux possibilités sont représentées à chaque
pôle par une écologie « profonde » ou « environnementaliste », et symé-
triquement par un libéralisme vertical (satellisé) ou auto-centré. Une
combinaison monstrueuse des deux n’étant pas à écarter, comme la
science-fiction l’explore depuis longtemps.
Mais ce que nous ne savons pas encore, c’est que l’information et la
c o n s t ruction des savoirs peuvent désigner une nouvelle pratique de l’éco-
logie politique. Ne serions-nous pas en train de vivre une mutation cru-
ciale en forme de chiasme. Tandis qu’il y a trente ans, on parlait comme
Gregory Bateson d’écologie de l’esprit et d’économie des ressources ma-
térielles, les choses se sont inversées aujourd’hui avec la transforma-
tion de plus en plus visible du capitalisme en capitalisme reposant sur
la captation de valeur créée par la connaissance, la production de l’in-
novation, la gestion du complexe et la production du vivant au moyen
du viva n t . Le monde de la production mat é rielle semble de plus en plus
dominé par la pénurie de ressources non renouvelables (donc à la fois par
une logique d’économie des ressources rares familières à la tradition
de l’économie politique classique et néo-classique, et par une logique
plus nouvelle d’internalisation dans le calcul économique des externalités
négatives, tel par exemple le mécanisme de marché du CO2 en Europe
ou des pluies acides aux États-Unis). Premier élément du chiasme
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donc : une écologie de la biosphère qui devient la véritable économie et


la frontière, au sens d’un infranchissable, d’une limite irréversible.
Mais à l’opposé, la révolution des N.T.I.C. et son appropri at i o n
croissante par une fraction croissante de la population mondiale fait
émerger une nouvelle frontière, celle-là mobile comme celle de Turner,
sans cesse repoussée comme l’hori z o n : celle de la noosphère. L’essentiel
de la valeur économique gît désormais dans les externalités positives
engendrées par les nouveaux espaces communs de l’innovation, de la
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création, de la densification, avec un modèle productif de coopération


des cerveaux en réseau. Cette coopération menace la vieille hégémo-
nie de l’économie politique née en même temps que le capitalisme in-
d u s t riel (celle du marché en concurrence et la hiérarchie des Entrepri s e s
et des États). Si bien qu’on peut parler désormais d’une véritable éco-
nomie de l’esprit — pour le meilleur et pour le pire. Pour le pire car elle
devient l’objet de toutes les attentions et de toutes les pressions capi-
talistes, comme la pression au renforcement des droits de la propriété
intellectuelle. Pour le meilleur, car pour la première fois dans l’histoire émerge
une véritable alternative à l’accumulation capitaliste. Là, la logique n’est pas
celle d’internaliser les externalités, mais au contraire d’en favoriser la
naissance, la reproduction, et de défendre des espaces communs contre un
mouvement de clôture de la propriété intellectuelle — contre la noopiraterie.
Ce chiasme doit être analysé de la façon la plus micrologique et mo-
léculaire possible. Car l’enchevêtrement est un univers de boucles où
tout est susceptible de se renverser, où chaque ressource peut se retourner
en dommage. Précisons : quelles ressources mat é rielles peuvent être qua-
lifiées de finies, de limitées ? L’eau, c’est certain. Le pétrole, bien sûr ;
encore s’agit-il de mesurer l’échéance de sa pénurie annoncée : une in-
dustrie technologiquement performante est capable de produire encore
pas mal de marées noires. Quant à l’énergie solaire, matériau parmi
d’autres, elle est susceptible d’éclairer nos nuits pendant six milliards
d’années. Sur l’autre ve rsant de nos sphères, qu’en est-il de l’abondance
en esprit ? Si la pollution naturelle est bien identifiée, nous sommes en-
core en retard pour ce qui est de l’identification des pollutions cognitives
ou simplement de la dégradation de la connaissance en information-
kleenex pour une opinion manipulable, tandis que les sociétés d’in-
vestissement accumuleraient les données confidentielles sur les fonda-
mentaux économiques. Et si le capitalisme, comme le soutient Bernard
Stiegler, manquait d’esprit ? Ecologie « de l’esprit », écologie « mentale »,
on lui donnera le nom qu’on veut : nous voyons aujourd’hui que le souci
de nos corps est inséparable de celui que nous accordons à nos âmes
— « si tant est qu’elles existent » nous murmure encore Voltaire...
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3. Biopirat e rie ou noopirat e ri e , dommages causés à la biosphère, à la


biodiversité des espèces comme des cultures, jamais la politique n’a été
aussi vitale, pour le corps comme pour l’esprit. Mais ce dernier énoncé
possède deux significations. On voit en effet se mettre en place un type
de « gouvernance » singulier, quelque chose comme une biopolitique des
catastrophes, un passage à la limite du concept foucaldien : la « prise en
charge » du vivant s’y exerce bien au-delà des vies humaines, au plus pro-
fond des corps — jusqu’à leur information génétique. Ce biopouvoir
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— en termes négristes — est en prise avec des boucles d’informations pro-


jectives et prospectives : il s’agi r a , par exemple, de provisionner des ressour-
ces financières pour parer à des menaces supposées (cas de la France
en attente de la « grippe aviaire »), et de réguler après coup, dans l’ur-
gence. L’horizon pratique de cette biopolitique est le « temps réel », soit
la possibilité d’agir just in time, au moment où se passent les événements.
Mais la catastrophe est soumise à des techniques de conjuration (prin-
cipes de précaution, ou mesures préventives), car ce « temps réel » n’est
pas tant celui du dommage lui-même (l’événement) que celui de l’infor-
mation circulant à propos d’un dommage possible ; ce qu’on nomme un
« risque ». Ici encore il nous faut redoubler de vigilance : l’information
n’est pas en soi le signe d’une bonne politique. Encore s’agit-il d’orien-
ter la politique de l’information, en sélectionnant les savo i rs bénéfiques, en
inhibant les slogans dont le but avéré est le contrôle et la planification
de la bêtise. La capacité de s’orienter dans la pensée et l’information, c’est
peut-être le savoir politique que les multitudes peuvent conquérir.
D’autant plus que la biopolitique des catastrophes tente de répondre
aux menaces bio et noologiques par des techniques ancestrales de gou-
vernement par la peur, autrement dit des diversions. Elle sait parfaite-
ment que les représentants sont séparés des électeurs par leur mode
d’élection (démocratie de type parlementaire), mais tout aussi bien col-
lés aux affects de ces derniers, en prise directe avec ce que les gens pen-
sent ou ressentent, et leur propre rapidité de réaction ; Aznar en garde
un souvenir cuisant... On assiste ainsi à un accouplement souvent obs-
cène de cette nouvelle politique du vivant avec de vieilles techniques
« disciplinaires ». Ces tentatives d’instauration de Néo-Léviathan sau-
ront utiliser toutes les peurs, toutes les techniques issues des « sociétés
de contrôle » pour faire en sorte que rien ne change, que la captation
de valeur à la base du capitalisme puisse se poursuivre par tous les
moyens, que les technologies les plus abjectes puissent se propager sans
que les principaux intéressés aient la possibilité de les rejeter.
Ressusciter la figure du Léviathan pour conjurer la peur des Mauvais
Temps, médecine dérisoire mais violente.Voilà qui s’ajoute aux désas-
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tres plus hauts cités, voilà qui montre la nécessité pour l’écologie d’être
au moins tri p l e , comme l’avait déjà vu Guat t a rien 1992,dès Chaosmose,
afin de pouvoir lutter sur tous les fronts. Et de ne surtout pas se fixer
sur une Cause supposée fixe, le pétrole par exemple ; au risque de rater
les enchevêtrements plus haut décrits, et d’alimenter les velléités auto-
ritaires dont on sait qu’il n’est rien à attendre, si ce n’est pire. Les boucles
et les sphères ne se tranchent pas comme des nœuds gordiens. Remettez-
vous aux Savantes Autorités, vous aurez toujours la thanatopolitique.
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Doublez-la d’une peur des catastrophes, d’une appréhension type « fin


du monde » tous les matins à l’heure du petit déjeuner, et vous aurez
devant vous la possibilité d’un éco-fascisme religieux, prônant l’ascétis-
me sans projet de civilisation, croyant que limiter le développement chan-
gera quoi que ce soit aux fondements de notre système éco-technique.
Il nous faut insister sur ce point : ce que nous nommons le rapport ca-
tastrophiste à la catastrophe est toujours sous-tendu par une vision linéaire
de l’histoire, un fatalisme chronologique qui ignore la possibilité de chan-
gements de tendances sans lesquels l’Histoire humaine demeure incom-
préhensible. L’Histoire n’est pas et n’a jamais été la poursuite méca-
nique de potentialités pré-tracées, mais la ré-organisation permanente
des espaces vitaux confrontés à de nouveaux problèmes. Ce qu’il nous
faut ainsi promouvo i r , ce sont les capacités d’auto-organisation de m u l-
titudes bien équipées, lucides quant aux risques encourus, capables de
constater l’étendue des dégâts sans pour autant se décharger de leurs
désirs au profit d’un quelconque Sauveur Autoritaire.
Pour éviter ces multiples écueils, aussi complexes que la situation dans
laquelle ils s’inscri vent, il semble nécessaire de trouver des moyens d’agir
de l’intérieur de cette biopolitique thanatocratique et thanatophile : si
effectivement les gouve rnements sont en prise rapide et directe avec les
affects et les pensées, il faut d’abord être capable d’agir directement sur
les affects amplificateurs de nos puissances d’être, et pour cela mener
une guerre de l’imaginaire. Ce qui suppose une sélection des affects, des
informations et des images politiquement efficaces. Passer son temps
à pronostiquer le Pire est la meilleure façon de rendre impossible un
autre futur. Car on ne dessine ce qui nous arri ve qu’en l’imagi n a n t , qu’en
le schématisant.Voilà ce que soutient William James dans LaVolonté de
croire : il y a des choses qui n’adviennent que si on leur donne du cré-
dit, c’est-à-dire de l’avance. C’est ce que ne comprennent pas ceux qui
ont un rapport catastrophiste à la catastrophe : construire l’imaginaire
d’un monde autre, ce n’est pas boucher le réel, c’est lui donner l’ava n c e
dont il a besoin pour exister. Il s’agit donc d’influencer la Nouvelle
Gouvernance par substitution d’affects, de contre-informations, de
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nouvelles régulations et dérégulations, d’images de vie à la place d’images


de mort.
L’on voit bien ici que ce transformisme par inclusion, substitution,
parasitage, double affirm ation au lieu d’un non (pensons ici auxYes Men,
les bienheureusement traduits « bénis oui-oui ») ne prend sens qu’à pou-
voir articuler l’action directe, le sculptage qui oriente la politique à même
l’urgence, tout en étant capable de s’avancer au-delà du temps réel, de
l’instant présent. Sans quoi l’on risquerait de passer son temps à comp-
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ter les morts, après coup. Parler aujourd’hui d’écologie politique, c’est
sans doute pointer du doigt les dommages qui affectent nos corps et nos
esprits, les institutions scolaires et les forêts, la psychè et la banlieue.
Les dommages réels et non seulement les risques à venir. Mais cette
dénonciation serait vaine si elle ne se doublait d’une espérance au
monde, d’une construction nouvelle de la vie en commun.

4. Le bouquet final de ce dossier cherche à décrire les types d’acti-


visme écopolitique et de lobbying biopolitique à même de donner corps
à un monde dans lequel nos possibilités d’existence ne seraient pas em-
pêchées d’emblée. La catastrophe est toujours construite sur le déni
des formes d’auto-organisation. Et seules ces dernières peuvent laisser
augurer le renouveau des formes de vie, aussi affectées soient-elles.
Nous en appelons ainsi à une véritable écopolitique des multitudes. Qu’il
nous reste à inventer parce que la réalité invente, hybride à toute vi-
tesse. Une écopolitique expéri m e n t a l e , sans doute, mais à partir de pro-
tocoles soigneusement conçus. Constructivisme et expéri m e n t at i o n
versus idéologie et grand guignol des oppositions ou de la représenta-
tion des intérêts. Quels sont les bagages et les équipements des multi-
tudes pratiquant l’écopolitique ici et maintenant ? Ici, au Nord comme
au Sud, en Chine comme aux pôles inhabités, tous formidables enjeux.
Et maintenant, face à ce renvoi cynique aux calendes grecques qui fait
si bon ménage avec des représentations mystiques et révolutionnaires
vidées de leur seul intérêt : l’urgence et l’inconditionnalité.
Si ce dossier permet d’avancer un peu dans ces questions, il aura rem-
pli largement son rôle. À l’heure où le Clemenceau et son millier de
tonnes d’amiante rentre au large des côtes françaises, où l’on s’aper-
çoit que les glaciers du Groenland fondent plus vite dans la mer, où
les migrations des oiseaux dessinent les contours de la propagation des
virus, les outils d’expertise partagée et construite à propos des exter-
nalités négat i ves générées par l’activité humaine ont énormément
avancé. L’évaluation des externalités positives générées dans la noo-
sphère, qui seules permettraient de construire la cité planétaire, est bien
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plus en retard. Savons-nous comment produire de nouvelles connais-


sances situées, c’est-à-dire ancrées dans une perspective résolument éco-
politique ici et maintenant ? La première phase du mouvement écolo-
gique a gagné droit de cité dans la politique institutionnelle quand elle
a permis de faire entrer les externalités négatives dans le calcul écono-
mique de l’action humaine. L’an II du mouvement écologique qui lui
permettra de devenir un élément incontournable d’un pilotage moins
irrationnel des choix politiques correspondra probablement à sa capa-
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cité de faire entrer la prise en compte des externalités positives dans la


résolution des questions que toute politique trouve sur son chemin. Si
les multitudes ne s’équipent pas résolument du côté de la création et
de la préservation des espaces communs de la noosphère, dans la nou-
velle configuration du capitalisme fondée sur la connaissance, la pre-
mière écologie risque de se voir de plus en plus réduite soit au statut
de servante bien utile d’un biopouvoir catastrophiste par nature, soit à
celui de force purement réactive.
Le passage à cette seconde phase de l’écologie politique est désor-
mais vital.