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L’analyse occlusale

sur articulateur
Quand et pourquoi ?

■ A. Giraudeau / S. Bezzina / J.-P. Ré / P. Santoni / M. Kordi ■

our de nombreux praticiens, l’ana- nécessité d’un traitement, les pos- diagnostic occlusal et valider une déci-
P lyse occlusale sur articulateur est
inutile, car l’évaluation des fonctions
sibilités de corrections occlusales
à apporter, puis d’anticiper ces cor-
sion thérapeutique (tabl. I). Cet article
tente de préciser ces signes cliniques
occlusales est accessible et jugée suffi- rections par simulation et de pré- et de justifier les indications de l’utili-
sante par un simple examen clinique de voir le pronostic du traitement [1, 2]. sation d’un articulateur dans les deux
l’occlusion. Cette conviction d’une perte Elle représente en fait un gain de temps grandes étapes de l’analyse occlusale :
de temps, parfois associée à la peur pour le praticien : en prévoyant les résul- le diagnostic occlusal et la valida-
d’un investissement supplémentaire en tats d’un traitement, on diminue les tion de la décision thérapeutique.
matériel, est liée à une méconnaissance risques d’échecs.
des indications et de la procédure ayant L’analyse occlusale sur articulateur Diagnostic occlusal
pu entraîner des erreurs. Pourtant, une est indiquée quand les signes cliniques
analyse des fonctions occlusales induisent que l’examen clinique de l’oc- Complément de l’examen clinique
sur articulateur permet d’évaluer la clusion est insuffisant pour établir un de l’occlusion, l’examen sur articula-

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L’analyse occlusale sur articulateur

Tableau I - Indications de l’analyse occlusale sur articulateur.

Diagnostic occlusal • lors de la prise en charge des DAM


– malocclusion pathogène
– malocclusion d’apparition récente liée à une atteinte dégénérative (ATM, parodonte)
• lors des réhabilitations prothétiques peu étendues
– ayant un impact sur les fonctions occlusales
– en présence d’anomalies des fonctions occlusales décelées cliniquement

Validation de la décision • lors de l’évaluation, de l’équilibration ou de la modification de la position thérapeutique


thérapeutique • quand la dimension verticale et/ou le guide antérieur du patient pourraient être
modifiées
• quand un traitement orthodontique et/ou orthognathique pourraient être envisagés

teur permet de valider des hypothèses Lors de la prise en charge des DAM – difficulté réelle de manipulation en RC ;
diagnostiques et d’établir des hypo- Une analyse de l’occlusion sur arti- – instabilité de l’OIM chez un sujet peu
thèses thérapeutiques. culateur peut être indiquée quand édenté. L’analyse clinique du calage
l’examen clinique suspecte : en OIM peut être améliorée, pour des
Quand ? • une anomalie de l’occlusion pré- raisons de visibilité, par l’observation
Un diagnostic occlusal sur articula- sentant un caractère pathogène [3-6] : des moulages en occlusion. Il est pos-
teur peut être indiqué lors de la prise – décentrage (fig. 1a et b) : hypothèse sible, par exemple, de préciser les rai-
en charge des dysfonctionnements de de décalage entre l’occlusion d’inter- sons d’une instabilité occlusale en
l’appareil manducateur (DAM) et lors cuspidie maximale (OIM) et l’occlusion analysant l’engrènement occlusal sur
de la réalisation de reconstructions pro- de relation centrée (ORC) dans le sens une vue linguale des moulages affron-
thétiques. transversal, ce décalage étant per- tés manuellement (fig. 2) ;
ceptible cliniquement (supérieur à – anomalie de guidage difficile à éva-
0,5 mm) ; luer cliniquement (fig. 3a à c) ;

a b
fig. 1 - Décentrage perceptible cliniquement. Les milieux interincisifs ne sont pas fig. 2 - OIM instable. Vue linguale des
situés au même endroit : a – En OIM ; b – En ORC. La mandibule est décentrée moulages affrontés manuellement :
en OIM, la position de référence étant l’ORC. l’engrènement prémolaire est incomplet.

a b c
fig. 3 - Interférence occlusale non travaillante sur 27. a – L’interférence très postérieure est plus facile à observer sur articulateur.
b et c – Elle est mise en évidence par un ruban marqueur.

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• une modification de l’occlusion d’ap-


parition récente, liée à un traumatisme
ou à un processus dégénératif : atteinte
dégénérative de l’articulation temporo-
mandibulaire (ATM) (fig. 4a à c) ou
parodontite (fig. 5), par exemple.

Lors des reconstructions


prothétiques
Lors d’une reconstruction prothé-
tique, le praticien doit répondre à
2 questions fondamentales :

fig. 5 - Parodontite entraînant une perte de calage par version


des incisives maxillaires.

– la reconstruction aura-t-elle un reconstruction a un impact sur les fonc-


impact sur les fonctions occlu- tions occlusales, il n’est pas non plus
sales ? nécessaire d’analyser précisément les
– quelle position de référence thé- fonctions occlusales, car ces fonctions
a rapeutique choisir et avec quel vont être modifiées par la reconstruc-
type de guidage ? tion. Dans ce cas, l’articulateur permet
C’est l’étendue de la reconstruction, de réaliser des simulations thérapeu-
sa topographie, la qualité des fonc- tiques.
tions occlusales initiales et le coût d’une Au contraire, une analyse des fonc-
éventuelle équilibration (en ORC ou en tions occlusales sur articulateur peut
antéposition) qui vont orienter la pro- être indiquée dans le cas de recons-
cédure d’analyse occlusale et les choix tructions peu étendues :
thérapeutiques. – si la reconstruction a peu d’impact
b Quand la reconstruction est peu sur l’OIM initiale et le guidage, mais
étendue, elle a généralement peu d’im- que l’examen clinique montre des fonc-
pact sur l’OIM initiale et le guidage. tions occlusales pathogènes, le prati-
Dans ce cas, en l’absence de maloc- cien cherche à évaluer l’ampleur de
clusion observée cliniquement, l’OIM l’anomalie et à optimiser les fonctions
est choisie comme position de réfé- par des moyens simples ;
rence et le guidage conservé. Une ana- – si la reconstruction a un impact
lyse occlusale sur articulateur n’est pas important sur les fonctions occlusales
nécessaire. Quand l’étendue de la par sa disposition sur l’arcade (fig. 6),
c
fig. 4a à c - Dégénérescence de l’ATM
associée à l’aggravation récente d’une Quand une reconstruction prothé-
perte de calage. a – IRM en coupe tique étendue est indiquée, l’inté-
sagittale : le condyle est en arrière du rêt diagnostique de l’analyse
disque en OIM, le disque et le condyle
sont atrophiés, le condyle présente un occlusale est faible, car les fonc-
ostéophyte antérieur. b et c – La perte et tions occlusales anormales seront
l’abrasion des dents postérieures ont automatiquement corrigées. En
probablement entraîné une remontée revanche, dans ce cas, des simu-
condylienne et une compression
lations permettent de tester la va-
articulaire, mais la dégénérescence fig. 6 - Restauration peu étendue dont
articulaire a également aggravé la perte leur des corrections. la topographie impose une évaluation
de calage dentaire. de l’OIM initiale.

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le praticien peut alors être amené à impossibles à analyser au cours d’un revanche, pour avoir une information
choisir entre une modification radicale examen endobuccal. Il permet égale- précise sur le centrage, celui-ci doit
de ces fonctions ou une simple opti- ment d’analyser l’occlusion en l’ab- être obligatoirement analysé sur arti-
misation, selon la qualité des fonctions sence du patient. L’évaluation du culateur. En effet, pour déterminer si
occlusales et le coût de l’équilibration calage occlusal est clinique, car une la mandibule est centrée en OIM, il faut
en RC (la RC étant la nouvelle position éventuelle instabilité peut rendre cette comparer la position mandibulaire en
thérapeutique en cas de reconstruc- OIM difficile à retrouver par affronte- OIM à celle correspondant à l’ORC
tion peu étendue). ment des moulages (fig. 7a à c). L’éva- (fig. 8a à i). Cela sous-entend que la
luation du guidage est également RC soit validée. Or, l’articulateur est le
Pourquoi ? clinique, mais elle est parfois difficile à seul instrument le permettant.
L’articulateur permet d’étudier des réaliser. Dans ce cas, l’articulateur per-
paramètres occlusaux difficiles voire met de compléter cette analyse. En

a
c

fig. 7a et b - Instabilité mandibulaire en OIM. c – L’OIM peut


être renforcée, car il n’existe pas de décentrage transversal.

Intérêt de l’articulateur dans l’analyse occlusale


• Validation de la RC
• Comparaison OIM-ORC (centrage mandibulaire)
• Orientation du plan d’occlusion
• Simulation approchée des mouvements limites du patient permettant :
– la simulation du rapport intermaxillaire en RC
– la modification de la dimension verticale d’occlusion (DVO)
– l’évaluation du guidage
• Validation d’une décision thérapeutique par simulations thérapeutiques : simulation de différentes positions thérapeu-
tiques, de modifications de dimensions verticales et des conséquences de tout autre aménagement occlusal.

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f g

e h i
fig. 8 - Restauration peu étendue en présence d’un décentrage transversal et d’une atteinte dégénérative de l’ATM. La perte de
calage postérieure a modifié la position mandibulaire en OIM, mais les contacts en OIM sont multiples. 36 et 37 doivent être
restaurées : faut-il s’intégrer au schéma occlusal du patient (restauration en OIM) ou faut-il au préalable recréer une OIM en RC ?
a – Analyse du centrage en OIM : une fois la double base désolidarisée, le moulage maxillaire est repositionné en OIM, il s’est
déplacé en avant et à droite. L’OIM est en arrière et à gauche de l’ORC. b et c – Contacts en OIM et ORC à droite. d et e –
Contacts en OIM et en ORC à gauche. f à i – le coût de l’équilibration en RC étant trop élevé, les coiffes sur 36-37 sont réalisées
en OIM ; le guidage canin est amélioré par collage de composite et le guidage antirétrusion est renforcé.

Ce diagnostic est important notam- engrenée et étude de la concordance ou la modification de la position de


ment dans le sens transversal. En effet, des points observés cliniquement et sur référence.
dans le sens transversal, l’ATM pré- l’articulateur). La RC doit être validée :
sente vraisemblablement un potentiel – quand un patient est difficile à mani- Évaluation de l’OIM initiale (tabl. II)
d’adaptation plus faible [7]. La déci- puler en RC et que la RC doit être utilisée Cette évaluation sur articulateur
sion de conserver ou de modifier l’OIM comme position de référence diagnos- concerne toute reconstruction peu
initiale du patient peut donc dépendre tique (évaluation de l’OIM) ou thérapeu- étendue pour laquelle la question se
des résultats de cette analyse. tique (réalisation de gouttière occlusale pose de conserver ou non l’OIM ini-
ou de reconstruction prothétique) ; tiale du patient (fig. 6). Ce sont l’im-
Validation de la RC [8] – quand la topographie et/ou l’éten- pact qu’aura la reconstruction
Seul l’articulateur permet de valider due de la reconstruction nécessite envisagée sur le maintien de l’OIM en
la RC (interprétation de la double base l’évaluation préalable de l’OIM initiale cours de traitement et la qualité de

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Tableau II - Évaluation de l’OIM. l’idéal, cette OIM ne devrait pas être


choisie comme position thérapeutique.
Des compromis peuvent être faits
Évaluation du calage examen clinique ++++
affrontement manuel des moulages ++ après analyse du centrage sur articu-
lateur.
Évaluation du centrage examen clinique ++ • L’OIM est instable, mais centrée
analyse sur articulateur ++++ Il est possible de renforcer cette
OIM :
l’OIM initiale qui, confrontés au coût bridge de 3 éléments n’incluant pas – si l’instabilité est légère (contacts mul-
de l’équilibration en RC, orientent le les 2es molaires) et que l’OIM est stable tiples mais mal situés) (fig. 2 et 9a à c) ;
choix de la position thérapeutique. et centrée, l’examen clinique de l’oc- – si l’instabilité est majeure, mais que
• Impact de la reconstruction sur le clusion permet de choisir de conser- le coût de l’équilibration en RC est trop
maintien de l’OIM initiale ver l’OIM. élevé.
L’OIM peut être considérée stable Quand la reconstruction envisagée • L’OIM est instable et décentrée :
quand il existe 4 couples de pluricus- ne modifie pas l’OIM mais que celle- – si le décentrage est sagittal : l’OIM
pidées, répartis, dont un couple de ci est pathogène, ou quand la recons- peut être renforcée (fig. 7a et b) si le
molaires ; les contacts doivent être bien truction envisagée modifie l’OIM initiale coût de l’équilibration en RC est trop
situés et au nombre minimal de 1 point du patient, ce sont l’analyse du cen- élevé ; on cherchera à majorer le GAR ;
par incisive et canine, 2 par prémo- trage mandibulaire et le coût de l’équi- – si le décentrage est transversal : il
laire et 4 par molaire. Quand l’OIM ne libration en RC qui orientent les choix est déconseillé de réaliser un traite-
répond pas à ces critères, ou qu’elle thérapeutiques. L’articulateur devient ment restaurateur dans cette OIM dou-
ne peut être maintenue au cours du alors indispensable : blement pathogène, si le décentrage
traitement, une autre position théra- • L’OIM est stable, mais décentrée : ne peut être corrigé.
peutique est choisie (ORC ou antépo- • si le décentrage est sagittal : elle peut
sition mandibulaire). Cependant, il être conservée, on cherche à majorer Évaluation du guidage
existe des situations limites (fig. 6) pour le guidage antirétrusion (GAR) ; Quand l’examen clinique met en
lesquelles de nombreux praticiens • si le décentrage est transversal évidence une légère anomalie de
dérogent à cette règle, car ils sont (fig. 8a à e) : guidage (fig. 10a), qu’une réhabili-
confrontés au coût de l’équilibration – qu’il existe ou non une pathologie tation fonctionnelle doit être entre-
en RC (la RC étant la nouvelle position dysfonctionnelle, l’OIM est à modifier prise, sans traitement prothétique
de référence en cas de reconstruction uniquement si les corrections à réali- étendu et que la reconstruction n’est
peu étendue). Quand l’équilibration en ser sont minimes, c’est-à-dire que le pas antérieure, cette anomalie doit
RC demande une augmentation du coût de l’équilibration en ORC est très être analysée sur articulateur pour
nombre de reconstructions prothé- faible (ne demandant pas d’augmen- en évaluer l’importance réelle
tiques ou entraîne une perte du gui- ter le nombre de reconstructions pro- (fig. 10b) et les possibilités de cor-
dage, des compromis peuvent être thétiques et n’entraînant pas rection par des moyens simples
décidés. Le choix de la position de d’altération du guidage) ; avant ou en cours de traitement.
référence dépend alors du centrage – s’il existe une pathologie dysfonc- L’évaluation du guidage sur l’arti-
mandibulaire en OIM et de la possibi- tionnelle, et que l’OIM doit être conser- culateur peut être nécessaire pour des
lité de renforcer aisément le calage. vée en raison d’un coût trop élevé de raisons de visibilité et de par la diffi-
Des reconstructions peu étendues l’équilibration en RC, la reconstruction culté qu’a le patient à exécuter les mou-
dont la topographie nécessite une éva- est entreprise seulement après le suc- vements. Cependant, la seule
luation préalable de l’OIM peuvent être cès d’une thérapeutique initiale, le GAR évaluation du guidage sur articulateur
caractérisées par les exemples suivants : sera rétabli et le patient est prévenu est insuffisante, elle doit toujours être
– reconstruction du secteur prémo- des risques encourus (myoarthropa- confrontée à l’examen clinique, car la
laire-molaire d’une seule hémi-arcade tie) (fig. 8f à i). Dans le cas où la thé- simulation de la cinématique occlusale
(pas de trépied de stabilisation) (fig. 6) ; rapeutique initiale a échoué, il est est imprécise, la programmation est
– reconstruction des 4 couples de déconseillé d’entreprendre la recons- souvent approximative et cette simu-
molaires. truction en conservant l’OIM. lation n’intègre pas la composante neu-
• Qualité de l’OIM initiale • L’OIM est instable romusculaire, la souplesse des
Quand la reconstruction envisagée Une OIM initiale instable est non structures dentaires et ostéo-articu-
ne modifie pas l’OIM (par exemple, un reproductible sur les moulages. Dans laires.

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fig. 9 - Renforcement d’une OIM


préexistante. a – OIM du patient avant
équilibration : absence de contact canin
(flèche). Vue occlusale du secteur 2 :
b – avant ; c – et après équilibration
(par meulage et par adjonction
d’un composite sur le pan mésio-lingual
de 23 : flèche).

a a

b
fig. 10 - Anomalie de guidage.
Le montage en articulateur permet
de bien identifier les interférences
(contacts simultanés du contact canin,
mais excessifs). Il permet également
de constater que le collage d’un
composite sur le pan mésial de la face
palatine de la canine pourra renforcer
le calage et améliorer le guidage.
a – Canine afonctionnelle.
b – Interférences postérieures
b c travaillantes.

Évaluation du guidage = évaluation clinique associée à un montage en articulateur

L’analyse, réalisée à partir de l’OIM, faisabilité avant de les réaliser clini- – modification prothétique du guide
permet d’évaluer le concept occlusal quement [1, 2]. Ainsi, le praticien fait antérieur ;
existant, son efficacité et les possibili- un choix thérapeutique et valide son – traitement orthodontique ou ortho-
tés de le modifier le cas échéant. plan de traitement. gnathique.
En revanche, le renforcement (ou
Quand ? l’amélioration de la stabilité) d’une OIM
Validation de la décision
thérapeutique Des simulations thérapeutiques peu- préexistante (fig. 11a et b) ne néces-
vent être indiquées dans différentes site pas d’être simulé sur articulateur
L’analyse précise des fonctions situations cliniques : pour deux raisons :
occlusales a permis d’élaborer des – équilibrations occlusales visant à – une OIM nettement instable clini-
options thérapeutiques pour optimiser créer une nouvelle OIM en RC sans quement le restera sur les moulages
les fonctions occlusales. Ces options traitement prothétique étendu ; (fig. 7a et b) ;
comportent des objectifs de traitement, – optimisation du guide antérieur sans – une OIM légèrement instable est
les critères de reconstruction corres- traitement prothétique étendu ; facile à équilibrer directement clini-
pondants et les moyens thérapeutiques – modification prothétique de la quement, car elle concerne peu de
devant être mis en œuvre. Une simu- position de référence thérapeu- dents (fig. 11a et b).
lation sur articulateur des aménage- tique ; Il est toutefois intéressant de dispo-
ments occlusaux évalue alors ces – modification prothétique de la dimen- ser des moulages pour analyser les
options thérapeutiques, en testant leur sion verticale d’occlusion (DVO) ; grandes caractéristiques des arcades,

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doit être choisie. Une analyse sur arti-


culateur est nécessaire au choix de la
nouvelle position thérapeutique ainsi
qu’au choix de la ou des méthodes
d’équilibration (coronoplasties, réha-
bilitation prothétique ou orthodontique)
mais aussi à la simulation de ces équi-
librations (fig. 15a à d).
a b Il s’agit uniquement d’analyser l’in-
fig. 11a et b - Renforcement d’une OIM par collage de composite fluence des différentes positions thé-
(cuspide mésio-vestibulaire de 17). rapeutiques envisagées, l’OIM, l’ORC
ou la position mandibulaire corrigée
[9, 11, 12], sur le calage et le guidage
les anomalies du plan d’occlusion, la la faisabilité du traitement et la métho- pour réévaluer les objectifs de traite-
morphologie occlusale, l’importance dologie à suivre, à savoir le type d’équi- ment, les critères de reconstruction
de l’instabilité de l’OIM, l’ampleur de libration nécessaire (par addition ou correspondants et leur implication sur
l’équilibration et le type d’équilibration par soustraction), le nombre, la situa- les choix prothétiques.
à réaliser (par addition ou par sous- tion et l’importance des corrections Ces simulations permettent de véri-
traction)… L’articulateur n’est pas indis- ainsi que la séquence d’équilibration, fier le respect des principes suivants :
pensable, mais il peut permettre c’est-à-dire l’ordre dans lequel il faut – l’économie tissulaire ;
d’orienter correctement le plan d’oc- meuler ou restaurer les dents (fig. 12a – la conservation ou la création d’un
clusion et d’éviter de créer des inter- à i). calage postérieur de 1 dent sur 2 dents ;
férences. • Simulation de l’optimisation du – la conservation ou la création d’un
Remarque : pour pouvoir être équi- guide antérieur calage antérieur et d’un guide anté-
librée, cette OIM doit être relativement Que le traitement soit réalisé en OIM rieur ;
stable, car elle doit pouvoir être retrou- ou en RC, il est toujours souhaitable – la prise en compte des répercus-
vée de manière répétitive par le patient. d’optimiser le guide antérieur. La créa- sions de la position de référence sur
Plus l’OIM est instable, plus l’équili- tion d’une nouvelle OIM en RC ne doit la DVO.
bration sera étendue donc difficile à en aucun cas diminuer le guide anté- Quand l’OIM est proche de l’ORC
entreprendre. rieur. Parfois, de simples coronoplas- et que l’ORC est choisie comme nou-
ties (par addition ou soustraction) velle position thérapeutique, les simu-
Pourquoi ? permettent d’optimiser le guidage, lations sont relativement simples à
Simuler des actes thérapeutiques mais elles doivent être préalablement réaliser (fig. 16a à i). Quand l’OIM est
permet d’en prévoir les résultats et ainsi testées sur articulateur. Les corono- très différente de la RC, qu’une autre
de réaliser des choix thérapeutiques plasties (par addition ou soustraction) position thérapeutique que la RC doit
plus appropriés et de les valider permettant d’optimiser un guide anté- être choisie, qu’une augmentation de
[1, 2, 9, 10]. rieur sans traitement prothétique DVO doit être réalisée, ou que le guide
étendu doivent être peu invasives et antérieur doit subir une importante
Traitement prothétique peu étendu simples à réaliser (fig. 13a à c). Elles modification, les simulations sont plus
• Simulation d’équilibrations occlu- doivent donc être évaluées, puis simu- complexes (fig. 15a à d).
sales pour créer une nouvelle OIM lées sur articulateur (fig. 14a et b) avant • Simulation d’une modification pro-
en RC d’être entreprises sur le patient. thétique de la DVO
Quand l’OIM initiale ne peut être La modification de la DVO impose
maintenue, une autre position théra- Traitement prothétique étendu une modification de la position de réfé-
peutique doit être choisie. Dans le cas ou traitement orthodontique rence. Cette modification de la DVO
d’un traitement prothétique peu • Simulation d’une modification pro- demande donc d’être simulée sur l’ar-
étendu, la RC sera la nouvelle position thétique de la position de référence ticulateur afin d’en évaluer la faisabi-
thérapeutique. L’équilibration du thérapeutique : étude de l’effet d’une lité et le bénéfice (fig. 17a à e).
calage en RC étant difficile à réaliser, modification du centrage sur le Des variations modérées de DVO de
l’utilisation d’un articulateur est indis- calage et le guidage 2-3 mm (en plus ou en moins), mesu-
pensable pour simuler l’équilibration. Quand l’OIM ne peut être conser- rées au niveau interincisif, sont sou-
Cette simulation permet de déterminer vée, une autre position thérapeutique vent acceptables sur le plan

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a b

c d

f g h
fig. 12 - Analyse de la possibilité d’optimiser les fonctions occlusales en RC. a à h – Après retrait des secteurs postérieurs
amovibles (moulage fractionné), on constate que les contacts antérieurs et le guidage peuvent être recréés. La tige incisive permet
de quantifier la perte de DVO nécessaire (ici – 3 mm), et donc la quantité de substance à supprimer par coronoplastie. e – Selon la
règle de proportion des écarts, une modification de DVO de 3 mm mesurée au niveau de la tige incisive permet de récupérer
environ 2 mm de hauteur prothétique au niveau du secteur incisivo-canin en meulant uniquement 1 mm (environ) au niveau des
1res molaires. f à h – Simulation d’équilibration en RC. f – Les prématurités en RC sont mises en évidence à l’aide d’un ruban
marqueur et les dents correspondantes sont retirées pour simuler les conséquences occlusales de leur équilibration. g – De
nouvelles prématurités apparaissent de proche en proche et les dents correspondantes sont à leur tour retirées. h – On établit
ainsi la séquence d’équilibration qu’il faudra réaliser cliniquement pour récupérer les contacts antérieurs et le guide antérieur.

a b c
fig. 13 - Optimisation d’un guidage canin par collage. a – avant traitement ; b et c – après traitement.

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L’analyse occlusale sur articulateur

fig. 14a et b - Absence de calage


et de guidage canin. Le montage
en articulateur permet de simuler
le rétablissement du calage
a b et du guidage par collage.

a b c d
fig. 15 - Simulation d’une modification prothétique de la position de référence thérapeutique. En ORC, le guide antérieur est afonctionnel,
l’antéposition mandibulaire (2 mm) permet le réaménagement du guide antérieur. a et b – ORC. c et d – Antéposition mandibulaire.
fig. 16 - Simulation thérapeutique chez une patiente présentant
une OIM peu différente de l’ORC. a à c – OIM. d et e – ORC.
f et g – Vue occlusale des moulages avant traitement.
h et i – Vue occlusale des moulages après simulation
thérapeutique par wax up (cire rouge) et par meulage
(marqueur bleu).

b c

d e h

f g i

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a b c d
fig. 17 - Simulation d’une modification de DVO pour réaménager le guide antérieur.
La DVO du patient doit être augmentée même si il n’y a pas de perte de DVO de
manière à résoudre un problème mécanique : l’aménagement du guide antérieur.
a et b – ORC avant traitement ; la tige incisive est sur « zéro » et le secteur antérieur
en bout à bout. c et d – ORC après augmentation de la tige incisive d’environ
2,5 mm, un surplomb est recréé. e – Wax up diagnostique après augmentation de la
DVO d’environ 2,5 mm.

musculo-squelettique [13, 14], mais dage (surplomb, recouvrement, aire l’analyse occlusale est important, mais
une modification de DVO a des réper- fonctionnelle de Slaviceck). Elles doi- plus les simulations thérapeutiques
cussions dans les plans vertical et sagit- vent donc être simulées préalablement sont nécessaires. ■
tal. Ces répercussions concernent : sur articulateur (fig. 17a à d).
– l’esthétique ; • Simulation d’un traitement ortho- Anne Giraudeau - MCU-PH, Unité
– la hauteur prothétique (modification dontique ou orthognathique d’occlusodontologie

du bras de levier mécanique, par Une analyse occlusale sur articula- Serge Bezzina - AHU, Unité d’occlusodontologie

exemple) ; teur peut être nécessaire pour évaluer Jean-Philippe Ré - AHU, Unité
d’occlusodontologie
– le calage (modification de la situa- la nécessité d’un traitement ortho-
Pierre Santoni - MCU-PH, Unité de prothèse
tion des contacts postérieurs : 1 dent dontique et/ou orthognathique. Si la
Mohamad Kordi - Docteur en chirurgie dentaire,
sur 2 dents ou 1 dent sur 1 dent ; modi- décision est prise de traiter, le mon- Unité d’occlusodontologie
fication de la situation des contacts tage en articulateur permet également
antérieurs) ; de réaliser des « set up » ou « chirur- Faculté de chirurgie dentaire
Université de la Méditerranée
– le guidage (modification du surplomb gie des moulages ». 27, boulevard Jean-Moulin
et du recouvrement). 13005 Marseille

Avant de prendre la décision de Conclusion


modifier une DVO, les répercussions
de cette modification dans les plans L’examen clinique de l’appareil man-
vertical et sagittal doivent donc être ducateur est primordial [15, 16], il four- bibliographie
évaluées. L’intérêt de l’articulateur est nit des informations sur la fonction
de permettre une quantification de la occlusale par l’entretien (mastication 1 Marguelles-Bonnet R, Yung JP. Pratique de
l’analyse occlusale et de l’équilibration. Paris : Édi-
modification de DVO à réaliser et en unilatérale ? efficacité masticatoire ? tions CDP, 1984:199-228.
fonction de cela, de quantifier et qua- etc.) et l’examen clinique de l’occlu-
2 Unger F, Hoornaert A. L’analyse occlusale,
lifier les corrections à réaliser. sion [16, 17]. Mais celui-ci est difficile simulation de l’équilibration. In : Orthlieb JD, Bro-
• Simulation d’une modification pro- à réaliser. L’articulateur permet de le card D, Schittly J, Manière-Ezvan A, eds. Occlu-
thétique du guide antérieur compléter, d’aider à la décision thé- sodontie pratique. Paris : Éditions CDP,
2000:155-172.
Le réaménagement du guide anté- rapeutique et de réaliser des simula-
rieur peut être réalisé en modifiant la tions de traitement souvent 3 Okeson JP. Relations entre l’occlusion et les
désordres temporo-mandibulaires. Réalités
taille, la forme, la position et l’inclinai- indispensables à la validation d’une Ciniques 1996;7:149-159.
son des dents. Ces modifications peu- hypothèse thérapeutique. Plus la 4 Greene CS. The etiology of temporomandibu-
vent avoir des conséquences sur le reconstruction prothétique est éten- lar disorders: implication for treatment. J Orofac
calage antérieur et l’efficacité du gui- due, moins l’intérêt diagnostique de Pain 2001;93-105.

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L’analyse occlusale sur articulateur

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RÉSUMÉ Pour de nombreux praticiens, l’analyse occlusale sur articulateur est inutile, car l’évaluation des fonctions occlu-
sales est accessible et jugée suffisante par le simple examen clinique de l’occlusion. Pourtant, l’examen clinique de l’occlu-
sion est parfois insuffisant pour réaliser un diagnostic occlusal et valider une décision thérapeutique. Cet article tente au
travers d’exemples cliniques de préciser les signes cliniques qui indiquent une analyse occlusale sur articulateur et de justi-
fier ces indications.

Mots clés articulateur, équilibration occlusale, occlusion.

SUMMARY The occlusal analysis on articulator: when and why?


Many pratictioners consider that an occlusal evaluation on articulator is not useful since the occlusal functions can be satis-
factorily assessed by a mere clinical examination. However, the occlusion’s clinical evaluation is sometimes not sufficient for
an occlusal diagnosis and to assess a treatment planning. This article attempts through clinical examples to precise the clini-
cal signs which entices to an occlusal analysis on articulator and to justify these indications.

Keywords articulator, occlusal ajustment, occlusion.

Giraudeau A, Bezzina S, Ré JP, Santoni P, Kordi M. L’analyse occlusale sur articulateur : quand et pourquoi ? Cah Prothèse 2004;218:9-20.

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