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DANGERS TOXIQUES DE QUELQUES SOLVANTS

1.- Le benzène
A).- Généralités
B).- Cycle du toxique
C).- Tableau clinique de l'intoxication
C1).- Toxicité aiguë, (accidentelle)
C2).- Toxicité chronique
D).- Prévention
E).- Réparation
2.- Homologues supérieurs du benzène
A).- Généralités
B).- Métabolisme
C).- Toxicité
D).- Réparation
3.- Solvants chlorés
A).- Présentation
B).- Dangers pour la santé humaine
B1).- Exposition aiguë
B2).- Exposition chronique
C).- Présentation d'un exemple : le trichoroéthylène
C1).- Le métabolisme
C2).- Intoxication aiguë
D).- Dispositions juridiques concernant ces substances
E).- Réparation

1.- LE BENZÈNE
A).- Généralités
Les benzols sont des mélanges de benzène, toluène et xylènes.
(toluène = méthyl benzène, xylènes = diméthyl benzène en ortho, méta ou para)
Les toluols contiennent essentiellement du toluène (moins de 2% de benzène).
Les xylols ne renferment pas de benzène.
La benzine est constituée principalement d' hydrocarbures aliphatiques donc à chaine droite (hexane
et heptane), mais elle peut contenir 2 à 5% de benzène.
White spirit et kérosène, qui distillent au dessus de 135°C, ne renferment pas de benzène.
Le terme de benzénisme concerne l'intoxication par le benzène seul.
Le terme de benzolisme s'applique à l'intoxication provoquée par le benzène mélangé à ses
homologues supérieurs : le toluène et les xylènes.
Propriétés physicochimiques
- formule : C6H6.
- liquide incolore, d'odeur agréable et caractéristique.
- volatile. (beaucoup plus que ses homologues supérieurs le toluène et les xylènes), distille à 80°C.
- très inflammable, ses vapeurs sont explosives.
Utilisations :
L'industrie du caoutchouc, des peintures, vernis, matières plastiques et en métallurgie. Il reste
encore un solvant couramment employé non seulement en industrie, mais aussi dans les laboratoires
de recherche et d'analyse. Il est d'utilisation très large dans les pays du tiers-monde (dégraissage à
sec des “pressing” locaux, par exemple).

B).- Cycle du toxique


• Pénétration

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L'inhalation est la voie de pénétration principale. Le passage percutané est loin d'être négligeable.
Le passage digestif est accidentel ou suicidaire.
• Distribution
Du fait de sa lipophilie, il se distribue ensuite rapidement dans les organes riches en lipides : foie,
système nerveux, moelle osseuse, surrénales…
• Transformations métaboliques
Elle a surtout lieu dans le foie, mais aussi dans la moelle osseuse.
La toxicité médullaire spécifique du benzène s'expliquerait par l'action de monooxygénases,
responsables de la formation d'intermédiaires radicalaires (dérivés époxybenzène, phénoxy,
semiquinones…) extrêmement réactifs, capables de se combiner irréversiblement avec les protéines
et acides nucléiques cellulaires.
• Elimination par deux voies :
- respiratoire (la mesure du benzène dans l'air expiré est préconisée comme indicateur d'exposition
récente au benzène).
- urinaire sous forme de phénol (ou hydroxy-benzène), mais aussi de très nombreux autres
métabolites dont l'acide trans-trans muconique.

C).- Tableau clinique de l'intoxicatication


C1).- Toxicité aiguë (accidentelle)
• Inhalation : état d'ivresse, vomissements, somnolence pouvant aller jusqu'au coma, convulsions si
forte exposition.
• Ingestion : troubles digestifs, troubles neurologiques, pneumopathie d'inhalation après fausse
route.
C2).- Toxicité chronique
C2-1).- Effets hématopoïétiques
- thrombopénie, anémie, leucopénie portant sur les polynucléaires neutrophiles (<30%), souvent
accompagnées d'un syndrome nécrotique gingivobuccal.
- hyperleucocytose, parfois polyglobulie peuvent être notées.
Ces anomalies régressent à l'arrêt de l'exposition.
Mais lorsque l'intoxication se prolonge, ou lors d'une réexposition on a pu décrire :
C2-2).- L'aplasie médullaire
Son délai d'apparition est variable. On observe d'abord une thrombopénie et/ou une leucopénie
modérées. L'atteinte médullaire se généralise et atteint les trois lignées. Dans un premier temps, le
myélogramme peut être normal, et même riche avec hyperplasie granuleuse, augmentation des
éléments jeunes. En fin d'évolution, il devient très pauvre, voire désertique.
C2-3).- Les leucémies benzéniques
Leurs délais d'apparition sont variables. La variabilité individuelle est très importante.
Le pouvoir leucémogène se manifesterait pour des expositions supérieures à 100 ppm.
Toutes les lignées peuvent être touchées ; la forme la plus souvent rapportée est la leucémie aiguë
myéloblastique (LAM) mais des leucémies aiguës lymphoblastiques (LAL) ou monoblastiques, des
leucémies myéloïdes chroniques (LMC) ou lymphoïdes (LLC), des proliférations de la lignée rouge,
des thrombocytoses ont également été décrites.
Le benzène est classé cancérogène - catégorie 1 - selon la classification de l'IARC (International
Agency for Research on Cancer).

D).- Prévention
• Prévention technique :
- Remplacer le benzène par un autre solvant dans tous les cas possibles.
- Recherche du benzène clandestin dans les solvants par chromatographie en phase gazeuse. C'est
l'étape essentielle de la prévention technique.
- Aspiration per descendum des vapeurs émises (densité de vapeur élevée : 2,7 (air = 1), travailler
en vase clos.

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- Procéder à des dosages dans l'atmosphère : ne pas dépasser la Valeur Moyenne d'Exposition (pour
une journée de travail de 8 heures) : VME = 5 ppm (16mg/m3)
- Port de vêtements protecteurs et port de masques à cartouche filtrante si un risque subsiste.
• Prévention médicale :
- Information des sujets exposés sur les risques encourus et sur l'hygiène individuelle.
- Ecarter les sujets âgés de moins de 18 ans, les femmes enceintes ou allaitantes, les sujets atteints
antérieurement d'une hémopathie ou ayant une numération-formule sangine anormale.
- Rythme plus fréquent des visites de médecine du travail : tous les 6 mois, comportant un examen
hématologique. En cas d'anomalie, le rythme des visites s'accélère : tous les 2 mois jusqu'à l'arrêt
des troubles.
- Surveillance de la qualité des mesures de protection par :
Dosage du phénol urinaire : sur recueil à la fin de la journée de travail
(Un taux supérieur à 20 mg/l = exposition significative ; malheureusement, l'excrétion urinaire des
phénols est influencée par l'alimentation, les traitements médicamenteux et les infections
intestinales, aussi propose-t'on maintenant le dosage d'un autre métabolite : l'acide trans-trans-
muconique)
Dosage du benzène dans le sang : c'est un test peu facile à instaurer en routine.
Dosage du benzène dans l'air expiré : il est parfois utilisé pour le contrôle de l'exposition
professionnelle au moment du travail lui-même.

E).- Réparation
Elle est prévue de longue date, depuis 1931, aux tableaux 4 (concerne le benzène seul) et 4 bis
(concerne le benzène et ses homologues supérieurs)

2.- HOMOLOGUES SUPÉRIEURS DU BENZÉNE

Les principaux homologues supérieurs du benzène sont le toluène ou méthyl benzène, les xylènes
ou diméthyl benzène, l'éthylbenzène.

A).- Généralités
Absence d'activité myélotoxique.
Utilisation : solvants des graisses, du caoutchouc, des vernis, peintures et laques. Ils sont
massivement utilisés dans l'industrie.
B).- Métabolisme
L'oxydation concerne la chaîne latérale attachée au noyau aromatique. L'oxydation en phénols est
très secondaire sinon minime, contrairement au métabolisme du benzène.
Le toluène est métabolisé sous forme d'acide hippurique (75%) dosable dans les urines.
Les xylènes sont métabolisés sous forme d'acide méthylhippurique dosable dans les urines.
C).- Toxicité
Ce sont des irritants de la peau et des muqueuses (oculaires et respiratoires) en raison de leur
pouvoir délipidant.
Troubles ébrionarcotiques, de conscience.
Troubles de l'excitabilité cardiaque.
Des atteintes hépatiques et rénales ont été décrites chez les toxicomanes inhalant du toluène et des
xylènes.
Le vériable danger à long terme dépend de leur teneur résiduelle en benzène.
D).- Réparation
Tableau 4 bis

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3.- SOLVANTS CHLORÉS

A).- Présentation
- Massivement utilisés depuis une trentaine d'années, ils ont remplacé en grande partie le benzène.
- Ils ont le gros avantage d'être peu inflammables et d'être assez inertes chimiquement.
- Mais ils ont des inconvénients :
• Prix élevé.
• Instabilité au contact des métaux et de la lumière (libération de chlore) d'où obligation de leur
adjoindre des stabilisants (plus de 50 substances peuvent jouer ce rôle).
• Leur présentation "technique" laisse une part aux impuretés (qui apportent chacune leurs risques).
• Peuvent être dégradés par la chaleur avec apparition d'HCl et de phosgène (COCl2).
La pénétration se fait par voie respiratoire ou par voie cutanée.
Le métabolisme est différent selon les substances, mais aboutit parfois aux mêmes produits
d'élimination.

B).- Dangers pour la santé humaine


B1).- Exposition aiguë
- Symptômes neurologiques : altération de la conscience jusqu'au coma. Certains ont été autrefois
utilisés par les anesthésistes.
- Atteinte myocardique : souvent des troubles du rythme (extrasystoles, fibrillation).
- Atteinte cutanée : irritation, peau rouge, tendue, douloureuse, parfois œdème sous-jacent.
Cette symptomatologie peut s'enrichir d'une autre atteinte viscérale supplémentaire, la plupart du
temps hépatique.
B2).- Exposition chronique
- Atteinte de la peau : dégraissée, affinée, favorisant l'eczéma.
- Atteinte du SNC : psycho-syndrome des solvants.
C'est surtout dans les pays scandinaves que l'on a décrit ce syndrome. On décrit 3 phases
successives :
Phase 1 : asthénie physique, psychique avec réactivité émotionnelle accrue.
Phase 2 : après quelques mois ou quelques années :
- Dysphorie
- Labilité émotionnelle
- Etat dépressif
- Irritabilité
- Troubles du sommeil
- Révélation des caractères névrotiques
- Tests psychométriques anormaux
Phase 3 : après exposition très longue,
symptômes très variés, phase irréversible proche d'un état démentiel.
Ce psycho-syndrome n'est pas indemnisé dans de nombreux pays (tels la France)
- Atteinte cardiaque : insuffisances ventriculaires légères par trouble de l'excitabilité.
- Atteinte hépatique : plus ils sont chlorés plus ils sont toxiques.
- Spiromanie : c'est l'exposition croissante et involontaire à des concentrations de vapeurs de plus en
plus fortes. Les risques sont :
- l'ébriété avec ses risques d'accidents de travail.
- les troubles du rythme cardiaque,
- le syndrome de sevrage (irritabilité, parfois convulsions en fin de week-end ou au début des
vacances)
- Cancers : selon l'OMS trois sont classés cancérogénes potentiels parmi les solvants chlorés :
(Tétrachlorure de carbone = CCl4 , Chloroforme = CHCl3, Dichloréthane)

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C).- Présentation d'un exemple : le trichloréthylène
Il est utilisé comme solvant (peinture, résine...) détachant, dans les teintureries industrielles, dans la
sidérurgie comme décapant des métaux après leur usinage, dans la synthèse des pesticides.
C1).- Le métabolisme
Il aboutit à l'acide trichloro-acétique et au trichloroéthanol, facilement dosés dans les urines, en
sachant que le Trichloro-éthanol a une élimination importante et rapide à la différence de l'acide
Trichloroacétique qui s'élimine plus lentement (5 à 7 jours)
C2).- Intoxication aiguë
• Si ingestion :
- Intervalle de latence court,
- puis apparition d'un coma souvent après vomissements très caustiques,
- on peut avoir une cytolyse hépatique due aux impuretés.
• Si inhalation du produit :
- entraîne des troubles de conscience, ébriété,
- atteinte neurologique :
plaintes subjectives fréquentes, difficulté à fixer son attention,
névrite optique rétrobulbaire,
atteintes du goût et de l'odorat,
atteinte du Trijumeau.
- expose aux troubles du rythme cardiaque.

D).- Dispositions juridiques concernant ces substances (données à titre indicatif)


Etiquetage spécial : tableau A et C des substances vénéneuses.
- Prévention des incendies et explosions : ( sécurité électrique, interdiction de fumer, issues de
secours, ventilation, étanchéité des contenants...)
- Déchets et chiffons à enfermer dans des récipients métalliques étanches.
- Dispositifs de protection individuelle mis à disposition.
- Information sur le toxique lors de l'embauche ; information réactualisée régulièrement
particulièrement pour les femmes pouvant être enceintes.
- Pour le CCl4, le tétrachloréthane et le chlorure de méthyle, on ne peut faire appel à des travailleurs
temporaires sauf dérogation justifiée.
- Pour le CCl4 et le tétrachloréthane, on ne peut faire appel à des jeunes de moins de 18 ans.
- Prévention médicale : surveillance médicale spéciale : 1 heure/mois/10 salariés.
- L'utilisatrice bénéficie d'une surveillance médicale spéciale en cas de grossesse.

E).- Réparation
Tableaux des maladies professionnelles 3, 11, 12, 27
Toute anomalie n'y étant pas prévue doit être signalée selon l'article D 461-1 (ancien Article L 500
du code de la Sécurité sociale, qui concerne les maladies à caractère professionnel.