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Les Agences Régionales de Santé

la faillite d’une politique de régionalisation

Note de travail de Gilles Pennelle

Les ARS sont sous le feu des critiques de la part des personnels soignants comme des élus.
La crise du COVID-19 est venue accélérer la faillite du système.

I. Les Agences Régionales de Santé, fruit de la régionalisation des politiques


de santé et du désengagement du Ministère de la Santé
A. La création des Agences Régionales de Santé : le fruit d’un accord entre politiciens
de gauche et de droite

Sous le feu des critiques de l’ensemble des bords politiques ces dernières semaines, les Agences
Régionales de Santé sont pourtant nées d’un accord entre droite et gauche.

Créées en 2010 par la Loi H.P.S.T. (Hôpital, Patients, Santé et Territoire) dite « Loi Bachelot » de
2009, les Agences Régionales de Santé répondaient à un consensus total de ceux qui la critiquent
aujourd’hui : leur création était, en effet, inscrite dans les programmes présidentiels 2007 de
Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal et François Bayrou !

Ces ARS trouvent aussi leur inspiration dans le rapport de la Commission « Pour la libération de la
croissance française » (1) présidée par Jacques Attali et dont le rapporteur général n’est autre
qu’un certain… Emmanuel Macron ! Ainsi, la décision n°272 propose de « généraliser les
Agences Régionales de Santé » pour permettre – entre autres – de « fluidifier les parcours de
soins », « rationnaliser les investissements et les moyens » ou encore de « prévenir et gérer les
crises sanitaires ».

Droite, gauche, macronistes : tous ceux qui critiquent aujourd’hui le rôle de ces Agences sont
les mêmes qui ont vivement défendu leur création !

B. Des Agences qui entérinent la régionalisation du pilotage de la politique de santé

Présentées comme la clef de voûte du système de santé, les ARS s’inscrivent dans un phénomène de
régionalisation toujours plus poussée du pilotage de la politique de santé, perceptible dès 1996 et la
création des Agences Régionales de l’Hospitalisation par les ordonnances Juppé. (24/04/1996)

Une régionalisation d’ailleurs clairement revendiquée par Roselyne Bachelot lors de son discours
inaugural du 1er avril 2010 : « La création des ARS marque ainsi la volonté politique de renforcer
résolument le pilotage régional de notre système de santé ».

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Derrière l’objectif annoncé de décloisonnement des politiques de santé menées par les
différents acteurs, les Agences Régionales de Santé incarnent en réalité le triomphe de la
régionalisation des politiques publiques, y compris en matière de santé, au détriment des
services déconcentrés de l’Etat d’une part et des compétences du Ministère de la Santé
d’autre part.

Le bilan que nous allons dresser des ARS est donc aussi, in fine, le bilan de la régionalisation des
politiques publiques défendue par l’ensemble de nos adversaires.

C. Des superstructures symboles du désengagement du Ministère de la Santé

Les 18 ARS ne sont pas, contrairement à la présentation erronée qui en est souvent faite, les
chevilles ouvrières de la politique du Ministère de la Santé. En réalité, elles le remplacent et sont
désormais les acteurs majeurs de la politique de santé.

Officiellement placés sous la tutelle du Ministère, ces Etablissements Publics à caractère


administratif bénéficient, en réalité, d’une autonomie administrative et financière importante pour
mettre en œuvre la politique de santé en région.

La substitution de facto de ces superstructures au Ministère de la Santé se ressent particulièrement


dans les deux grandes missions qui leur sont confiées ; à savoir le pilotage de la santé publique et la
régulation de l’offre de santé, missions parmi les plus stratégiques qui soient en matière de santé.

Ces deux missions démontrent par leur étendue que les ARS sont les acteurs clés de la
politique de santé de cette dernière décennie - au détriment du Ministère – et les premières
responsables de l’échec de notre système de santé dans la gestion de la crise du COVID-19.

Au titre de ces deux missions, les ARS ont en effet été dotées d’immenses responsabilités :

▪ La veille et la sécurité sanitaires ainsi que l’observation de la santé.

▪ La définition, le financement et l’évaluation des actions de prévention et de promotion de la


santé.

▪ L’anticipation, la préparation et la gestion des crises sanitaires.

▪ La coordination des activités des acteurs du système de santé.

▪ L’attribution du budget de fonctionnement des hôpitaux, cliniques, centres de soins, structures


pour personnes âgées, handicapées et dépendantes.

▪ La répartition des médecins et l’offre de soins sur le territoire.

▪ L’utilisation et la maîtrise des dépenses de santé.

De ces compétences, nous pouvons déjà tirer deux conclusions importantes. La première d’entre
elles est une question légitime : que fait encore le Ministère de la Santé ? De quoi s’occupe-t-il
encore alors que l’essentiel de ses missions stratégiques a été transféré à ces agences régionales ?

La seconde est, qu’au regard de leurs compétences, plus que celle de l’Etat, la responsabilité
de la faillite dans la gestion de la crise actuelle est celle des ARS : le manque de lits, de

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masques, de tests, de matériel de protection… est, en premier lieu, le résultat des choix
technocratiques opérés par les ARS.

II. Technocratie, bureaucratie, copinage et rentabilité : les dérives des ARS


Bien avant la crise du COVID-19, les personnels soignants, en première ligne face à la crise de
l’hôpital public, ont multiplié les critiques contre les ARS et globalement contre un système de
santé en perdition.

A. La culture du chiffre et le détricotage du service public de santé.

Sous l’impulsion de l’Union européenne et des Gouvernements successifs, le service public de la


Santé s’est vu imposer un nouveau dogme : la rentabilité. L’objectif avoué est de gérer les hôpitaux
et l’ensemble des services de santé comme des entreprises, avec pour conséquence de faire de la
santé des Français une variable d’ajustement budgétaire.

Rien qu’entre 2010 et 2020, les hôpitaux ont subi plus de 12 milliards d’euros de coupes
budgétaires, principalement sous l’égide de Marisol Touraine. Depuis 2017, celles-ci ont perduré.
Couplées à l’obsession des technocrates pour les bilans comptables du système de santé, ces coupes
drastiques des moyens dédiés à nos hôpitaux ont conduit à de vastes plans d’économies.

Sur le terrain, les Agences Régionales de Santé sont les clés de voûte de cette cure d’austérité
financière inacceptable et de cette obsession de la rentabilité. Elles peuvent notamment imposer des
objectifs de dépenses et de gestion aux établissements de santé et même se substituer aux chefs
d’établissements en cas de budget déficitaire ! Traduction : les ARS imposent un véritable piège
aux chefs d’établissements « soit vous réduisez vos dépenses, soit nous le ferons à votre place ! ».
Pis, pour répondre à ces objectifs financiers, les ARS ont détricoté le maillage territorial de notre
système de santé en imposant à tour de bras des fusions de service via les Groupements Hospitaliers
de Territoires (instaurés par Marisol Touraine en 2016) ou en supprimant des établissements,
conduisant à la mort de nombreux hôpitaux de proximité.

La saignée opérée par les ARS ne s’arrête pas à la fermeture de services ou d’établissements : la
réduction drastique du personnel et du nombre de lits est également l’une des principales marques
de fabrique de la gestion de notre système de santé par les ARS. Si ces suppressions ne datent pas
de la création des ARS, il est incontestable qu’elles se sont largement accélérées depuis leur
création.

Depuis 1997, ce sont près de 100 000 lits qui ont disparu dont 70 000 au cours des 3 derniers
mandats présidentiels et près de 30% des lits en réanimation ont été fermés en 30 ans !

Moins d’hôpitaux, moins de services, moins de lits, moins de personnels soignants mais aussi moins
de matériel : en détricotant notre service public de santé au nom d’une scandaleuse logique
financière, les ARS sont les responsables directs de l’incapacité de notre système à affronter une
crise sanitaire de grande ampleur telle que celle que nous vivons.

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Preuve supplémentaire que la logique financière est plus importante que la santé des Français pour
ces agences, le scandale provoqué par Christophe Lannelongue, directeur de l’ARS Grand Est
(désormais limogé), qui avait déclaré qu’il « n’y avait pas de raison de remettre en cause » le plan
de suppression de 175 lits et 589 emplois au CHRU de Nancy ! Tout un symbole ! Même en pleine
crise épidémique où nos services sont au bord de l’implosion et de nombreux compatriotes meurent,
les économies budgétaires restent prioritaires !

B. Les ARS, des monstres bureaucratiques


Elus locaux et professionnels de santé tirent à boulets rouges sur les ARS et s’accordent sur un point
central : les directeurs d’ARS sont des technocrates totalement déconnectés de la réalité du terrain
et leurs agences des monstres bureaucratiques.
Les Professionnels de santé sont, de loin, ceux qui ont le jugement le plus dur du bilan des ARS :
tantôt marquées par un « excès de bureaucratie » et une « étatisation »(3) pour la Fédération
Hospitalière de France, tantôt des « technocrates formés dans le moule de la technostructure » (2)
et « suppression de toute démocratie au sein de l’hôpital » pour l’Association des Médecins
Urgentistes de France ou encore des « technocrates hors-sol » pour le Dr Boutault, ancien chef de
service au CHU de Toulouse (6) … les critiques ne cessent de fuser contre ces Agences depuis de
nombreuses années.
Outre les impératifs financiers évoqués précédemment, les instructions dantesques imposées aux
établissements via des Contrats Pluriannuels d’Objectifs et de Moyens, une surproduction de
normes en supplément de celles du Ministère (parfois ubuesques, allant jusqu’à imposer des normes
sur la quantité d’allaitements au sein d’un hôpital !) et compliquant énormément le quotidien des
personnels, autorité hiérarchique de fait sur les chefs d’établissement, des commandes d’études
statistiques pour seule réponse aux besoins exprimés par les professionnels… les griefs sont
extrêmement nombreux et le constat est identique sur l’ensemble du territoire. Ce sont bien
l’ensemble des ARS, et non quelques agences isolées, qui sont sous le feu des critiques.
Des critiques partagées par de très nombreux élus locaux, pointant le manque de proximité et de
transparence, les difficultés à dialoguer avec ces Agences et l’absence totale de consultation. Des
critiques qui connaissent désormais un certain écho au niveau national. Déjà, en 2014, un rapport
sénatorial d’information dénonçait « un fonctionnement [des ARS] en tuyaux d’orgue, avec
insuffisamment de coordination ». (5) Même les gardiens du temple macronien dénoncent leur
fonctionnement ! Benoit Simian, député LREM de Gironde l’avoue lui-même « Les ARS ont un
vrai pouvoir de nuisance. Il est plus facile pour un Maire ou un député de joindre un Ministre qu’un
directeur d’Agence Régionale de Santé » ! Quel immense aveu de l’échec de ces institutions !
Ces Agences sont en réalité devenues des Etats dans l’Etat, totalement indépendants des Préfets et
des élus, des monstres administratifs aux pouvoirs très importants et disposant d’une armée
d’agents, (plus de 8 000 !) parmi lesquels de nombreux juristes, ingénieurs, géographes…et
quasiment aucun médecin ! (7) Un véritable hold-up technocratique au détriment de la qualité de
notre système de santé !
Jean-Charles Grolier, député LR de la Sarthe et auteur du livre Nous nous sommes tant trompés.
Plaidoyer pour l’avenir de la santé, résume parfaitement cette dérive : « Les ARS ne servent à rien.
J’ai connu les agences régionales de l’hospitalisation (ARH). J’étais allé à Nantes négocier le
scanner de La Ferté-Bernard. Il y avait une vingtaine de personnes qui coordonnaient et c’était
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efficace. Aujourd’hui, il y 650 ou 700 fonctionnaires à Nantes à l’ARS. Et surtout, cette structure
produit de la norme en plus du ministère. Ce sont devenus des monstres administratifs avec des
pouvoirs très importants ». (8)

C. Directeurs d’ARS déconnectés : les copains d’abord ! (Et grassement rémunérés !)


Les directeurs des ARS, souvent issus de l’ENA et de l’EHESP, sont déconnectés du quotidien
des personnels soignants. L’exécutif y place en réalité les copains, certains chefs de cabinets
usés, les énarques et autres oligarques du système ! Leurs décisions « hors-sol » rendent fous
les personnels soignants.
Exemple : la direction de l’ARS Mayotte, créée le 1er janvier 2020, a été confiée à Dominique
VOYNET ! Après avoir été Ministre de l’environnement sous Jospin, sénatrice de Seine-Saint-
Denis et maire de Montreuil, la voilà envoyée à Mayotte, où le seul hôpital de l’île subit de plein
fouet la submersion migratoire en provenance des Comores et ses conséquences sanitaires.
Autre profil surprenant, Aurélien Rousseau, professeur d’Histoire-géographie de formation,
énarque, directeur de cabinet de Delanoë à la Mairie de Paris puis de Valls et Cazeneuve à
Matignon ; il est nommé directeur de la Monnaie de Paris en 2017 puis de l’ARS Ile-de-France
depuis 2018 ! Une mission grassement rémunérée : autour de 17 000€ bruts par mois. (9)
Ce ne sont d’ailleurs pas les seuls profils politisés. Actuellement, sur les 13 directions d’ARS
métropolitaines, 7 sont occupées par des personnalités ayant appartenu à des cabinets de
collectivités tenues par la gauche avant 2012 ou à des cabinets ministériels sous les
Présidences Hollande et Macron ! Parmi eux, Étienne Champion, directeur de l’ARS Ile-de-
France, ancien directeur adjoint de cabinet de Cécile Duflot et Marisol Touraine ou encore Brice
Pribile en Bourgogne-Franche-Comté, ancien Conseiller protection sociale au cabinet de Manuel
Valls et de Bernard Cazeneuve !

III. La faillite des ARS révélée par la crise du COVID-19

La crise sanitaire du COVID-19 a montré l’impréparation totale du gouvernement tant au niveau


des équipements (masques, tests, gel, surblouses etc…) qu’au niveau de sa réactivité face à la crise :
il a ainsi fallu attendre le 17 mars pour que l’administration de la Santé mette en action la cellule de
crise interministérielle !
Alors que la loi HPST de 2009 a donné comme mission aux ARS l’organisation de la réponse aux
urgences sanitaires et la gestion des situations de crises, leur faillite est largement reconnue, y
compris au sommet de l’Etat : « En termes de stricte gestion de crise, les ARS sont zéro. » (10)
Quelques exemples frappants ont montré la faillite totale des ARS sur l’épidémie de coronavirus
avec une gestion, allant de scandale en scandale, parfois digne du tiers-monde.
La différence de stratégie des ARS selon les régions a empêché la mise en place d’une véritable
politique nationale de gestion de la crise sanitaire.

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A. Le scandale de la gestion inhumaine des EHPAD
La gestion du Coronavirus dans les EHPAD est le plus grand scandale de cette crise sanitaire. Un
scandale qui commence par un mensonge du Ministre de la Santé Olivier Veran (6 avril) :
« l’ensemble des résidents et personnels seront testés dès l’apparition du premier cas confirmé de
malade du coronavirus au sein de l’établissement ».
Or, il n’en est rien ! Les ARS n’ont pas seulement fait preuve d’une impréparation incroyable, elles
ont fait preuve d’une gestion inhumaine de la crise dans ces établissements.
Elles ont d’abord abandonné les personnels, complètement démunis pendant des semaines et sans
matériel de protection adéquat, obligés de cumuler les heures supplémentaires, de faire appel à des
bénévoles ou d’embaucher des étudiants pour palier les arrêts de travail de près d’un tiers des
personnels, épuisés, contaminés ou même décédés pour certains d’entre eux.
Mais elles ont surtout abandonné les résidents de ces établissements. Elles les ont abandonnés en les
isolant d’une manière très brutale de leurs proches, en refusant de pratiquer des tests systématiques
et de les doter de masques. Par leur inaction, les ARS ont créé toutes les conditions d’un véritable
massacre dans ces établissements.
En refusant de transférer à l’hôpital les patients infectés pour les soigner, ces Agences sont
coupables de non-assistance à personne en danger. Cette décision a contribué à contaminer de
très nombreux autres résidents mais aussi, a condamner à mort une très grande partie de ces
malades. Nous pouvons affirmer que les ARS les ont consciemment laissés mourir dans ces
établissements.
C’est, en réalité, une politique d’euthanasie qui ne dit pas son nom. Cette gestion inhumaine crée un
précédent : le refus de soigner en raison de l’âge des malades. Doit-on considérer qu’un octogénaire
victime d’un cancer ou d’un grave accident de la route ne doit pas être soigné car « trop vieux » ou
« trop fragile » ? Non ! C’est pourtant précisément la décision qui a été prise pour les résidents des
EHPAD ! Le bilan est sans appel : plus de 7 700 décès dans les EHPAD au 20 avril. Voilà le terrible
bilan de la gestion inhumaine des ARS !
Le scandale ne s’arrête pas là : incapables d’assurer la survie des résidents des EHPAD, les ARS
n’ont même pas été capables de gérer correctement les décès : incapacité (ou absence de volonté…)
à assurer un décompte de la mortalité dans ces établissements pendant de longues semaines, des
corps conservés dans des housses mortuaires à même les lits plusieurs jours durant… la faillite est
totale !

B. La consternante affaire des masques


Malgré les déclarations contradictoires du gouvernement depuis plus d’un mois, la grande majorité
des médecins, à commencer par l’Académie de médecine, recommande le port du masque…
Face à la pénurie, liée en grande partie à la destruction de nos stocks stratégiques et à la
délocalisation de nos outils de productions par les gouvernements de gauche comme droite, les
Français, en particulier les médecins, personnels soignants et forces de l’ordre… ont dû faire avec
les moyens du bord, notamment en fabriquant leurs propres masques !
Les ARS ont été incapables de prévoir des masques en nombre suffisant et en sont venues à
réquisitionner les stocks des collectivités !

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Le 20 mars dernier, incapable de fournir des masques aux collectivités qui le réclament, le
gouvernement les autorise à passer leurs propres commandes. Beaucoup de collectivités saisissent
l’occasion.
Ainsi la région Grand Est, après avoir choisi un importateur en Chine et vérifié ses antécédents
auprès de la DGSI, commande 5 millions de masques le 23 mars. En l’apprenant, l’ARS contacte
cet importateur et passe sa propre commande… le week-end du 4 avril, la cargaison de masques
chinois commandés par les régions Grand Est et Bourgogne-Franche-Comté arrive à l'aéroport de
Bâle-Mulhouse et est aussitôt réquisitionnée sur le tarmac !
Quand elles ne volent pas les commandes des collectivités territoriales, les ARS font la manche
auprès des petites entreprises et associations ! (13) Ainsi, Stéphane Mulliez, Directeur de l’Agence
Régionale de Santé de Bretagne, a consacré l’une de ses seules interventions durant la crise à faire
la quête pour obtenir des blouses, charlottes, gants, lunettes de protection ou encore du gel
hydroalcoolique pour les établissements de santé de la région ! Une véritable honte pour une grande
puissance comme la France !
Les rares fois où les ARS fournissent des masques… ils sont moisis ! C’est notamment le cas des
masques envoyés par l’ARS de la Réunion aux personnels soignants de l’île ! Pour se défendre face
à la polémique, l’Agence a expliqué avoir opéré un contrôle visuel des masques. (12) Nous voilà
rassurés !

C. Le scandale des cliniques privées ostracisées


Par idéologie, les cliniques privées ont été délibérément écartées du dispositif de crise alors que la
situation dans les hôpitaux publics était insoutenable !
Enfermée dans sa bureaucratie, son inertie et sa culture du « tout public », l’ARS a tardé à mobiliser
les cliniques privées. Ainsi, alors que bon nombre d’hôpitaux publics étaient surchargés, notamment
dans le Grand Est, des cliniques étaient sous-utilisées. Le porte-parole du syndicat des infirmiers
SNPI Thierry Amouroux se désole « Ça va mieux, mais combien de jours de perdus ? » Il
reproche « à la technostructure, au gouvernement et aux agences régionales de santé » leur «
impréparation » pour intégrer plus tôt le privé dans la réponse sanitaire. Raison invoquée, et non
des moindres : l’absence de communication entre le public et le privé.

En écartant pendant longtemps les établissements privés, les ARS ont navigué à vue et ont mis des
patients en grand danger !

D. Le scandale des transferts de malades


Puisque les établissements privés ont été écartés, les ARS ont préféré déplacer à grands frais
des patients contaminés, notamment par TGV médicalisés ou airbus militaires. Des malades
du Grand-Est ont même été transférés par hélicoptère vers l’Allemagne.
Le Directeur de l’ARS Bretagne s’est réjoui de l’arrivée de trains médicalisés vers Rennes et
Brest… mais cet évènement ne traduit-il pas la faillite totale d’un Etat considéré comme une
grande puissance mondiale et pourtant incapable de soigner rapidement et efficacement des
malades près de chez eux ? (14)
7
Ces transferts ont aussi été marqués par des imbroglios scandaleux, indignes d’une grande nation :
Début avril, un transport de malades de Reims pour Tours a finalement été rappelé alors qu’il était
en route : pour transporter des malades en réanimation, il faut 5 validations : celle de l’hôpital
d’origine, celle de l’hôpital d’accueil, celles de l’ARS d’origine, celle de l’ARS d’accueil et celle
du centre national de crise… la lourdeur administrative triomphe de l’intérêt général ! Dans les
services de soins, plusieurs craquent comme dans la Région Grand-Est : « Quand l'hôpital de
Mulhouse a été saturé, l'ARS aurait pu transférer des gens à Strasbourg : elle n'a rien fait. Il a fallu
que notre président de Région téléphone au ministre-président des Länder allemands pour qu'ils
nous prennent des malades ! » (11)

E. Le scandale des tests


Alors que l’Allemagne annonçait en effectuer jusqu’à 500 000 par semaine, nos ARS ont
volontairement freiné la multiplication des tests ! Une meilleure anticipation, moins
d’hésitations et de perte de temps, un maillage d’entreprises en capacité de produire des
tests… l’Allemagne nous a donné une leçon de gestion de crise. Si Emmanuel Macron a
martelé que nous étions « en guerre », l’inertie et les blocages des ARS sur les tests ont montré
la faillite de notre système.
Là aussi, les ARS sont directement responsables de la pénurie ! Elles bénéficiaient, en effet, de
plusieurs leviers pour augmenter le nombre de tests… mais rien n’a été fait, contrairement à nos
voisins où toutes les ressources sont utilisées !
On citera en premier lieu, les refus de recourir aux laboratoires vétérinaires et laboratoires
départementaux - pourtant en mesure de réaliser entre 150 000 et 300 000 tests par semaine.
Les blocages orchestrés par de nombreuses ARS pour empêcher des laboratoires privés de réaliser
les dépistages (pourtant autorisés par un arrêté du Ministère de la Santé du 7 mars). Le journal
Marianne rapporte ainsi que l’ARS des Hauts-de-France n’a autorisé que 4 laboratoires privés – et
pas un de plus- à analyser les tests mais pas à les effectuer… et dans le même temps, que l’ARS des
Pays de la Loire a habilité pendant plusieurs jours un seul laboratoire dans la Sarthe, alors que le
département en compte plus d’une vingtaine. Sidérant !
Autre imbroglio lamentable en PACA où l’ARS a refusé à plusieurs reprises le dépistage de
l’ensemble des résidents de l’EHPAD de Mougins : 29 des 110 pensionnaires sont décédés depuis le
20 mars, 4 familles ont déposé plainte. (15)

F. L’ARS, incapable de soutenir les initiatives des soignants face au virus !


Afin de soulager l’hôpital, des médecins généralistes en Charente-Maritime ont eu l’idée de créer
une quinzaine de centres dans le département pour accueillir les patients suspectés d’être porteurs
du virus et pour déterminer si leur hospitalisation est nécessaire. 5 centres ont déjà fermé en raison
d’un manque de soutien de l’ARS, provoquant la colère des médecins concernés :
« L'ARS ne nous soutient pas et elle ne veut pas financer les infirmières. À quoi sert le budget de
l'Agence régionale si elle n'intervient pas quand des territoires sont en difficulté ? Il a fallu que l’on
fasse nos fonds de tiroir pour trouver des stéthoscopes et des thermomètres (…) l’ARS navigue en
fonction du vent, de la température politique et du nombre de morts » explique le Docteur Bihorel.
(16)
8
IV- Quelles leçons tirer de l’échec des ARS ? Les propositions du
Rassemblement National
A. Les principes généraux des propositions du Rassemblement National

1. L’urgente renationalisation de la gestion de la politique de santé

Attention, danger : Nos adversaires politiques responsables de la faillite des ARS espèrent
tirer profit de la situation pour demander une régionalisation plus poussée de la gestion de la
politique de santé sur le modèle des länder allemands ! Une réponse encore plus
catastrophique que le problème actuel !

Le réflexe est le même que pour la construction européenne : « la régionalisation n’a pas marché, il
faut donc plus de régionalisation ! ».

La länderisation de nos politiques publiques est un leurre : les ARS ne sont pas le symbole de
l’inefficacité de l’Etat à mener une politique de santé mais, au contraire, le symbole de
l’inefficacité d’une politique de santé sans l’Etat.

La fuite en avant de la régionalisation de notre système de santé conduirait au démantèlement de


notre service public de santé. Comme en matière d’aménagement du territoire, une telle politique ne
ferait qu’aggraver les inégalités d’accès aux soins de nos concitoyens et accentuerait la fracture
territoriale en la matière.

18 régions compétentes impliquerait 18 politiques de santé différentes, que cela résulte de choix
politiques ou de contraintes budgétaires. Qui pourrait décemment croire qu’une région d’Outre-Mer
aurait les capacités d’assurer une politique de santé aussi performante qu’une région
métropolitaine ? Qui pourrait justifier que les habitants d’une région bénéficieraient de services que
d’autres régions n’auraient pas mis en place alors même que ses habitants financent de manière
identique le système de santé ?

La gestion de la politique de santé par l’Etat est la seule garante de l’égalité des citoyens devant
l’accès aux soins. Cela implique la renationalisation, à l’échelle du Ministère de la Santé des
compétences actuelles des ARS et la sanctuarisation de la Santé comme politique régalienne.

2. La fin du culte de la rentabilité

Le culte de la rentabilité, conséquence directe des économies budgétaires imposées par Bruxelles,
est une hérésie qui tue notre système de santé, enfermé dans une logique mortelle : la rigueur
imposée aux établissements est devenue austérité. Cette austérité a pour conséquence concrète de
forcer les personnels soignants à être dans la gestion quotidienne de la pénurie. Cette situation est
intolérable pour la 6e puissance économique mondiale !

S’il y a bien un domaine qui doit échapper aux logiques financières et où l’on doit accepter d’être
déficitaire, c’est celui-ci. A l’exception des dépenses liées à l’immigration (AME) ou à la fraude
sociale (cartes vitales, …) qui doivent être vivement combattues, les dépenses de santé doivent

9
être sanctuarisées dans un premier temps et augmentées dans un second temps. La santé des
Français n’a pas de prix !

B. Les mesures concrètes du Rassemblement National

Ces mesures doivent comporter trois volets : un volet institutionnel, un volet de mesures d’urgence
et un volet de réformes sur le long terme.

La première de ces mesures est la suppression des Agences Régionales de Santé.

Structures nuisibles, coûteuses et incapables de répondre à une crise du système de Santé qu’elles
ont elles-mêmes contribué à créer. La gestion et le pilotage de la Santé dans les territoires sera de
nouveau placée sous la direction du Préfet et l’autorité du Ministère de la Santé.

Pour éviter de reproduire les dérives bureaucratiques et technocratiques des ARS, ce pilotage par les
Préfets se fera au sein de Comités Départementaux de Santé en association avec les professionnels
de santé et élus locaux. Ces comités permettront d’une part, de rétablir une notion de proximité en
imposant une réflexion à une échelle départementale et régionale et d’autre part, de mieux prendre
en compte la réalité des territoires et des professions dans l’élaboration des grandes orientations
départementales de santé.

En complément de cette réforme institutionnelle, des mesures d’urgence s’imposent pour rompre
avec l’austérité imposée à notre système de santé :

- La mise en place d’un moratoire immédiat sur toutes les fermetures de lits et de
services dans nos hôpitaux.
- Le lancement d’un audit complet des besoins fonciers, budgétaires, matériels et en
personnels des hôpitaux publics et des EHPAD.
- L’augmentation sensible de la rémunération des personnels soignants.

En complément, des réflexions sur le long terme doivent être engagées sur plusieurs faiblesses de
notre système de santé, particulièrement ressenties durant la crise du COVID-19 :

- Le rapprochement des hôpitaux publics, des cliniques privées et de la médecine de ville.

- Un débat de fond sur les regroupements d’établissements qui ont bien souvent mené à des
suppressions de services voire à des fermetures d’hôpitaux de proximité.

- Le financement de la recherche médicale et des investissements publics en la matière.

- Le bilan réel de la stratégie de la médecine ambulatoire faite au détriment de nos capacités en


matière d’hospitalisation longue durée.

- Une réflexion d’envergure autour du financement de la dépendance et un plan de


développement de l’habitat alternatif aux EHPAD pour nos aînés (offre en matière d’habitat
partagé, colocation intergénérationnelle…)
- La relocalisation de la production de médicaments et d’industries spécialisées dans la
confection de matériels de protection pour garantir notre autonomie et indépendance en matière
de sécurité sanitaire.

10
- La sanctuarisation des stocks stratégiques d’Etat, mais aussi des collectivités et établissements
de santé, de tests et masques.

Les ARS ont échoué. Il faut en tirer les conséquences. Comme dans beaucoup de domaines,
l’Etat doit reprendre la main. Le Rassemblement National est aujourd’hui la seule force
politique capable d’assurer à nos concitoyens une véritable politique de santé.

Notes

(1) Rapport de la Commission « Pour la libération de la croissance française » présidée par J.Attali, 23/01/2008

(2) « Le Quotidien du Médecin, Pelloux dézingue les « technos » de l'ARS Ile-de-France et « l'experte » Agnès Buzyn »
16/03/2018

(3) Communiqué de la FHF, « A quoi jouent les ARS ? » 21/03/2012

(4) Sénat, rapport du Comité d’évaluation de la réforme de la gouvernance des établissements publics de santé, JP Fourcade, 2011

(5) France Inter, « Financement, gouvernance, ce que 20 ans de réformes de l’hôpital public ont changé », 2/04/2020

(6) « Les ARS, vers la soviétisation de la santé publique ?» Dr Franck Boutault, Riposte laïque, 15/04/2020

(7) L’Obs « Les agences de santé se sont enfermées dans la gestion » 8/04/2020

(8) Ouest-France « Le député Jean-Carles Grolier dénonce le système de santé français dans un livre » 13/01/2020

(9) Challenges, « Ce que gagnent les fonctionnaires les mieux payés de la République », 19/01/2018

(10) Marianne, « Pandémie, le fiasco des agences régionales de santé », 18/04/2020

(11) Le Point, « Coronavirus, les agences régionales de santé : boulets technocratiques ? » 10/04/2020

(12) Valeurs actuelles, « La Réunion, les soignants reçoivent des masques…moisis », 26/03/2020

(13) France Bleu, « Blouses et gel hydroalcoolique, l’Agence régionale de santé de Bretagne appelle aux dons », 7/04/2020

(14) Le Télégramme, « Très fier des soignants bretons, le directeur de l’ARS réagit après les convois médicalisés », 5/04/2020

(15) Le Point, « Comment la France se prive de 150 000 à 300 000 tests par semaine » 3/04/2020

(16) Ouest-France, « Coronavirus, 29 morts dans un Ehpad à Mougins, une famille porte plainte pour mise en danger de la vie d’autrui »
4/04/2020

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