Vous êtes sur la page 1sur 18

Le Ménestrel : journal de

musique

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France


. Le Ménestrel : journal de musique. 1922-12-01.

1/ Les contenus accessibles sur le site Gallica sont pour la plupart des
reproductions numériques d'oeuvres tombées dans le domaine public
provenant des collections de la BnF. Leur réutilisation s'inscrit dans le
cadre de la loi n°78-753 du 17 juillet 1978 :
- La réutilisation non commerciale de ces contenus ou dans le cadre
d’une publication académique ou scientifique est libre et gratuite
dans le respect de la législation en vigueur et notamment du maintien
de la mention de source des contenus telle que précisée ci-après : «
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France » ou « Source
gallica.bnf.fr / BnF ».
- La réutilisation commerciale de ces contenus est payante et fait
l'objet d'une licence. Est entendue par réutilisation commerciale la
revente de contenus sous forme de produits élaborés ou de
fourniture de service ou toute autre réutilisation des contenus
générant directement des revenus : publication vendue (à l’exception
des ouvrages académiques ou scientifiques), une exposition, une
production audiovisuelle, un service ou un produit payant, un support
à vocation promotionnelle etc.

CLIQUER ICI POUR ACCÉDER AUX TARIFS ET À LA LICENCE

2/ Les contenus de Gallica sont la propriété de la BnF au sens de


l'article L.2112-1 du code général de la propriété des personnes
publiques.

3/ Quelques contenus sont soumis à un régime de réutilisation


particulier. Il s'agit :

- des reproductions de documents protégés par un droit d'auteur


appartenant à un tiers. Ces documents ne peuvent être réutilisés,
sauf dans le cadre de la copie privée, sans l'autorisation préalable du
titulaire des droits.
- des reproductions de documents conservés dans les bibliothèques
ou autres institutions partenaires. Ceux-ci sont signalés par la
mention Source gallica.BnF.fr / Bibliothèque municipale de ... (ou
autre partenaire). L'utilisateur est invité à s'informer auprès de ces
bibliothèques de leurs conditions de réutilisation.

4/ Gallica constitue une base de données, dont la BnF est le


producteur, protégée au sens des articles L341-1 et suivants du code
de la propriété intellectuelle.

5/ Les présentes conditions d'utilisation des contenus de Gallica sont


régies par la loi française. En cas de réutilisation prévue dans un autre
pays, il appartient à chaque utilisateur de vérifier la conformité de
son projet avec le droit de ce pays.

6/ L'utilisateur s'engage à respecter les présentes conditions


d'utilisation ainsi que la législation en vigueur, notamment en matière
de propriété intellectuelle. En cas de non respect de ces dispositions,
il est notamment passible d'une amende prévue par la loi du 17 juillet
1978.

7/ Pour obtenir un document de Gallica en haute définition, contacter


utilisation.commerciale@bnf.fr.
LE sa ville natale de Liège est voisine), Ballade, un certain
nombre de Fantaisies sur Gulistan de Dalayrac, sur
CENTENAIRE DE CÉSAR FRANCK Lucile de Grétry : c'est le romantisme qui oppose au
panache et à la cuirasse des héros les bandeaux plats et
ajustements modestes des héroïnes, soit par le crayon
gras de la lithographie, soit par les touches lisses d'une
peinture polie, soit sur le bronze doré des pendules,
mais c'est le romantisme encore, non pas peut-être le
romantisme de Delacroix, mais celui d'Ary Scheffer.
Romantiques sont ainsi les premières modes qui solli-
citent le jeune César-Auguste. Romantiques sont les
influences qu'il subit, la poésie musicale de Weber,
la fougueuse virtuosité de Liszt (auquel il dédie ses pre-
miers trios). Romantique, enfin, au plus haut degré,
l'accent des oeuvres les plus importantes qu'il donne
alors, les quatre « trios concertants » (dont un « trio de
salon ») composés par lui en 1841-1842.
La survivance de ces dispositions premières est mani-
feste chez César Franck, jusque dans son âge mûr et
même dans sa vieillesse. On en trouve des preuves ex-
ternes et internes. Lorsque sa notoriété croissante, lui
ouvrant l'accès des concerts, lui permet, après 1870, de
quitter parfois la chapelle, où le porte volontiers cette
évasion ? Dans les domaines dont rêva sa jeunesse, vers
les forêts germaniques où sonne le cor du Chasseur
maudit, ou bien dans le sillage aérien des Eolides, dans
le tourbillon des Djinns, c'est-à-dire vers le monde ima-
ginaire évoqué par des légendes romantiques. Le
théâtre, qui.l'a naguère tenté avec ce Valet de Ferme
resté inédit, le sollicite à nouveau, après 1880, mais
avec deux sujets, Hulda et Ghiselle, dont l'archaïsme
septentrional flatte le goût de 1840 remis artificiellement
à neuf par la vogue wagnérienne. Ces ouvrages-là ne
comptent peut-être point parmi les meilleurs de Franck :
ils sont, à titre documentaire, au nombre des plus signi-
Les contemp'orains de Franck ont vu en lui ses favoris ficatifs. Le mouvement dramatique peut bien faire dé-
sévères, sa noire redingote de professeur, l'élévation de faut aux deux opéras ; la violence du Chasseur maudit
son idéalisme. Ils l'ont connu juché à la tribune de son peut paraître un peu convenue, la poésie des Djinns ou
orgue, sous les voûtes d'une église. Et ils nous ont re- des Eolides un peu lourde (surtout à côté de Psyché).
présenté « le père Franck » comme un pur idéaliste, Nous y voyons Franck, à cinquante ou soixante ans,
teinté de mysticisme résigné. Cent ans comptés depuis repris par les séductions de l'esthétique romantique,
sa naissance laissent affleurer aujourd'hui sous le vernis mais ne retrouvant plus pour y répondre les élans d'une
craquelé de ce portrait — dont la famille de Franck a jeunesse envolée.
toujours contesté la ressemblance — un aspect plus Que s'est-il donc passé entre temps? C'est d'abord
essentiel et plus profond de son visage. que tout bon romantique porte en lui son propre con-
Car ces cent ans nous rappellent que César Franck tradicteur. De ce conflit le philosophe Hegel a tiré
est né au printemps du romantisme. Son enfance d'ar- tout un système métaphysique : le moi, le non-moi, la
tiste précoce, son adolescence coïncident avec le plein thèse, l'antithèse. Il en va de même chez César Franck,
épanouissement de notre romantisme musical, celui de avec moins de symétrie doctrinaire et de tumultes. Ce
Meyerbeer, de Berlioz et de Liszt. Romantique, César romantique est un excellent jeune homme. Il possède
Franck l'est lui-même par sa formation artistique, par l'application sérieuse du Wallon. Il fait au Conservatoire
les tendances de son inspiration, par l'accent de ses pre- de fort bonnes études, récompensées par de justes lau-
miers ouvrages. Le catalogue de ces premières oeuvres, riers. Une discipline, qui semble avoir été stricte, le
oubliées ou perdues, en. porte un témoignage irrécu- bride de bonne heure au foyer paternel. A peine a-t-il
sable : Grand Caprice, Souvenir d'Aix-la-Chapelle (dont cessé d'être un fils soumis qu'à vingt-six ans il fait un

481
LE • MÉNESTREL

mariage d'amour et doit désormais satisfaire aux devoirs forme est volontiers « cyclique », selon un mot dont
on
bourgeois d'un chef de famille : le disciple de Weber et sait la fortune, c'est-à-dire qu'elle fait le tour d'elle-
de Liszt devient professeur de piano et organiste. Pen- même, comme d'un domaine clos, jalousement défendu
dant plus de vingt-cinq ans, il ne sera compositeur, ou gardé, et termine sa course en revenant à son point
peut-on dire, qu'à ses moments perdus. Les besognes de départ, comme pour affirmer son indépendance
de la vie quotidienne, la musique pratiquée plus sou- totale.
vent comme un métier que cultivée comme un art
refoulent les aspirations de son romantisme.
Elles ne les étouffent pas. Le romantisme subsistera Ce caractère de l'art franckiste, cette présence immé-
en lui jusqu'à son dernier jour, mais concentré, secret,, diate et toute proche que l'on y, sent d'une âme resserrée
recueilli, rare et intense dans son expression. Réduit à explique la puissance de son exemple et la nature de son
médite^ il replie sur lui-même cette ardeur- expansive influence. Musicien de l'âme, d'une âme tourmentée
que paraissait promettre sa jeunesse. Au lieudes images je le répète, et en dépit des apparences peut-être mal
et des mouvements où se dépense le romantisme des résignée, il a été en musique, pour ses élèves ou ses
autres, il impose au sien le joug d'une pensée qui est à disciples, puis pour le public musicien de. la France
elle-même sa seule confidente. Du romantisme son entière, un grand éveilleur d'âmes. Il a suscité des
caractère a gardé les enthousiasmes, son oeuvre gardera enthousiasmes, des vocations, des goûts ; de là vient
l'accent. Mais au lieu d'un romantisme concret, c'est l'extrême ferveur qu'eurent d'abord pour lui ses disciples
devenu un romantisme abstrait. Voilà, je.crois bien, la et qu'ensuite ils ont reportée mutuellement sur eux-
clef de son style, lorsqu'on essaye de le définir.autre- mêmes, en souvenir de lui. Le mouvement qu'il a créé,
ment que par son. chromatisme, c'est-à-dire en cher- par la vertu de sa personne et de son oeuvre, et sans
chant la racine psychique et le sens profond de ce chro- dessein prémédité de sa part, est comparable à celui des
matisme. La concentration de la mélodie, la densité de « Cinq » en.Russie.
l'harmonie, cette polyphonie serrée, ces développements; .
Ce. mouvement, si noble dans son origine, si sublime
où d'incessantes modulations semblent interroger tous dans ses buts, a parfois montré quelque flottement et
les coins de la pensée, tout cela révèle le frémissement quelque étroitesse dans ses moyens. Je néglige ici les
d'une âme reployée sur elle-même et qui a renfermé en questions de personnes, les rivalités privées et cette
soi tout le monde extérieur : effets d'un long silence et légende franckiste qui, pour exalter le Maître, a prétendu
discipline de la méditation que lui impose son métier rabaisser aujourd'hui tout ce qui n'était pas lui. En cette
d'organiste.. En revanche, dans ses oeuvres religieuses, année de centenaire, la durable histoire se substitue à
si sincères et si.humaines, cette sincérité même laisse l'éphémère anecdote'et peut la négliger, pour consi-
subsister, non certes le doute, mais le tourment. Jamais dérer seulement, en dehors des individus, le cours des
Franck n'aura la sérénité de Gounod : la sienne n'est, idées, l'évolution des formes et la transformation des
jamais absolue. C'est toujours une sérénité disputée où, styles. S'il est vrai que la contradiction entre une ardeur
gronde encore comme l'inquiétude de quelque orage romantique et une candeur rêveuse ait toujours habité
mal apaisé ou. la nostalgie de quelque passion à demi l'âme de Franck et donné à son? art l'accent qui nous
oubliée. Et s'il arrive parfois qu'une flamme presque, émeute on ne sera pas surpris de retrouver une contra-
éteinte donne un peu de fumée, elle entretient du moins diction pareille entre le principe et le mode de son
une chaleur qui est celle de la vie. influence. Franck, qu'il s'agîtdu professeur ou de l'artiste,
Cet accent à, la fois anxieux et candide donne à la de l'homme ou du musicien, valait comme exemple,
voix de César Franck son timbre incomparable, je veux mais non comme,modèle. Il fallait seulement sentir son
dire reconnaissable entre tous. On comprendra qu'il, impulsion, au lieu qu'on lui a demandé surtout de
soit plus vibrant que partout ailleurs dans sa musique fournir.des formules. Or, celles-ci, qui abondent chez
pure, à laquelle Franck réserve toute la vivacité de son lui, ne sont pas, loin de là, le meilleur de son bagage.
sentiment, l'ardeur de sa pensée, la force de son expres- Son style est souvent lourd,, épais, encombré, avec des
sion, pour s'y montrer à la fois pathétique et méditatif. La surcharges et des redites. La Symphonie en ré mineur.
Sonate, le Quatuor, le Quintette, la Symphonie et même pour ne citer' qu'une de ses oeuvres, est d'un sentiment
les Variations symphoniques palpitent d'une exaltation sombre et chaleureux qui frappe ; la forme en est incer-
contenue. C'est là que l'on retrouve vraiment toutes les taine, hésitante, avec ses multiples recommencements
forces de son être, accumulées depuis sa jeunesse et, et ses développements par petits paquets. Ces phrases
réservées pour son âge mûr. Nombreux.sont les artistes qui, dans presque tous ses ouvrages, se soulèvent un
qui doivent ainsi à des ambitions ajournées, avortées ou peu, pour retomber aussitôt, comme sous le faix d'une
déçues l'intensité et la richesse de leur vie intérieure. harmonie trop pesante ou d'un sentiment trop lourd, ce
Le rôle de Franck dans le développement de.la- pas trébuchant de sa Muse tragique et pensive, sont les
musique-française est justement d'y.avoir ramené la vie traits magnifiques d'une noble physionomie. En les imi-
intérieure ou, si l'on préfère, de l'avoir ramenée à la vie tant on en a fait des grimaces. César Franck, si admi-
intérieure. Un Berlioz, pour exprimer son génie, doit rable par ses qualités, n'a guère été imité que dans ses
imaginer les passions d'autres personnages — Faust, défauts.
Roméo, Didon, le poète de la Symphonie fantastique — Il semble que cette imitation ne soit plus de mode.
ou leur prêter les siennes; Gounod est un musicien de. Les sanglantes années qui ont marqué dans la vie artis-
théâtre; Saint-Saëns, cadet de César Franck par l'âge, tique de la France une si longue interruption parais-
son contemporain par l'oeuvre, se montre surtout un sent avoir mis fin au « franckisme » dans ce que le
magicien de la langue musicale. A côté d'eux César franckisme avait d'artificiel, d'étroit, de scolaire et par-
Franck, dans ses oeuvres capitales, est le chantre de la fois d'agressif. Les modes qui l'ont remplacé valent-elles
pensée qui se suffit à elle-même, créant pour elle-même mieux ou même autant? Je n'en déciderai pas... Quant
par sa force interne la forme de son^expression. Cette à Franck,— pour employer le terme dont on a tant usé

482
Supplément au Ménestrel du \" déceni bre iyij.

CKSAU FRANCK
1822-1890
4
i
LE •
MÉNESTREL

à propos de lui — le cycle est révolu. Cela ne veut pas pour redevenir un poème, inégal mais émouvant. On a
dire qu'à son centième anniversaire sa gloire soit finie. cessé d'en épeler la lettre, qui lue, pour en écouter
Cela veut dire bien plus tôt qu'elle commence, enfin l'esprit, qui vivifie. Tout ce lest du post-franckisme,
rendue à elle-même. Le « père Franck », ainsi que aujourd'hui rejeté, n'entrave plus l'ascension de Franck.
l'appelaient ses riches élèves avec une déférence un peu Si la queue de la comète est tombée, c'est pour lui
condescendante qui agaçait prodigieusement son fils permettre de prendre et de garder au firmament sa
Georges, le « père Franck » cède la place à Franck, tout fixité d'étoile.
court. Son oeuvre a cessé d'être un manuel ou un code Jean CHANTAVOINE.

483
LE • MÉNESTREL

CESAR FRANCK INTIME toute parole, la ferveur que vous mettez à les diriger
constitue une opinion.
— » Eh bien, je vais vous dire tout ce que j'ai pu connaître
de Franck intime. Ne vous attendez pas au récit d'une vie
Une Conversation avec M. Gabriel Pierné mouvementée, à des aventures romanesques. L'existence
calme, laborieuse et réglée du « père Franck » est légendaire
Parmi les élèves de César Franck, il en est un que les et, pour une fois, la légende est conforme à la vérité.
circonstances ont mis à même de suivre pendant longtemps » J'ai connu César Franck au Conservatoire.
Élève de
et la vie et la carrière du grand compositeur. M. Gabriel Marmontel, je venais d'obtenir mon premier prix de piano
Pierné, après avoir reçu les leçons du maître, resta pour et j'étais entré dans la classe de composition que dirigeait
lui un fidèle disciple et un ami; il devait, par la suite, lui Massenet. Franck me connaissait seulement comme vir-
succéder à Sainte-Clotilde et devenir l'un de ses plus tuose du piano. Un jour, me rencontrant, il me demanda si
grands interprètes. Il était donc tout indiqué de demander je n'aurais pas l'intention de jouer également de l'orgue-
à M. Gabriel Pierné quelques souvenirs personnels sur le une pareille question était un honneur pour moi et, tout
musicien que l'on vient de fêter à Liège et que la France, joyeux, je lui répondis que oui. Voilà le début de mes
sa patrie d'adoption, va honorer prochainement. relations avec Franck, relations qui, par la suite, devaient
Un coup de téléphone à M. Gabriel Pierné pour lui devenir aussi intimes qu'elles pouvaient être entre un
demander rendez-vous et lui exposer le but de ma visite. maître comme lui et le jeune élève que je restai longtemps
« Diable! répond la voix
lointaine du maître, c'est que je encore.
n'aurai pas grand'chose à vous dire! Enfin, venez tout de » Franck était un professeur
modèle et M. Rabaud lui eût
même ! Nous verrons ! » Quel hôte charmant que M. Gabriel donné un satisfecit pour son exactitude. Toujours pressé,
Pierné, que de choses il a vues, combien il en a retenues mais toujours à l'heure; quelques instants avant le moment
et comme il sait les dire simplement, mais avec esprit : son fixé, on le voyait arriver, sautillant, par le fond du vieux
sourire cache une pointe d'émotion quand il rappelle ses Conservatoire, dans sa tenue habituelle qui avait la rigidité
années de jeunesse et d'étude. d'un uniforme. Redingote, chapeau haut de forme, panta-
— « Vous voulez quelques souvenirs personnels sur lon gris haut monté par les bretelles, ce qui lui donnait
Franck? Bien entendu, vous ne me demandez pas mon toujours l'aspect d'un pantalon trop court; puis son para-
opinion sur son oeuvre. pluie qu'il n'oubliait jamais et qu'il portait accroché au
— » Non, maître; le soin pieux que vous apportez à l'exé- bras gauche ou qu'il laissait traîner négligemment pendu,
cution de ses ouvrages en est un témoignage; mieux que toujours à sa main gauche. Il jetait un coup d'ceil dans la
salle d'attente pour voir si ses élèves étaient là. Hélas! j'ai
un peu honte à l'avouer pour les élèves du Conservatoire
de ma génération, la salle était souvent vide. Franck mon-
tait alors dans la salle où se trouvait l'orgue et puis,
patiemment, en attendant, il improvisait : lorsque l'attente
se prolongeait un peu trop, il allait recruter des élèves
dans les cours voisins; c'est ainsi que, fréquemment, à la
classe de Massenet, vers deux heures el demie, nous voyions
s'entr'ouvrir la porte, la tête de César Franck apparaissait
et une voix calme, grave, énorme, disait : « Il n'y a
personne pour moi? »
» Ceux qui en avaient
fini avec Massenet se levaient et
passaient dans la pièce voisine. Et puisque je viens de par-
ler du cours de Massenet, je me rappelle que ces deux
professeurs, si différents de talent et de tempérament,avaient
pour enseigner une méthode commune. Quand un élève
apportait sa composition à Massenet, celui-ci la lisait, mais
il ne disait pas : « C'est mauvais, tel accord est mal placé, il
faudrait supprimer huit mesures ici, en ajouter huit autres
là » ; non, il vous disait généralement, car il était indulgent :
« Ce n'est pas mal, mais, tenez, voilà ce qui serait peut-être
mieux » ; il se mettait alors au piano, reprenait votre compo-
sition, la « recomposait » devant vous de telle manière que
tout était alors démoli et qu'une oeuvre nouvelle surgissait,
telle que vous auriez dû la faire. Franck agissait de même :
quand vous improvisiez à l'orgue, au lieu de vous arrêter
et de vous faire une série d'observations de détail, il se
mettait à côté de vous sur le banc, vous étayait d'une note,
puis de deux, vous poussait peu à peu, prenait doucement
votre place, improvisant pour vous et vous instruisant par
l'exemple, et de quels admirables exemples. Pour donner
de pareilles leçons, il fallait être Massenet ou Franck.
— » De quoi se
composait cette leçon?
D'improvisations de plain-chant, d'improvisations de
— »
contrepoint fleuri, d'improvisations de fugue, de l'improvi-
sation d'une sonate sur un thème libre, et puis, pour ter-
miner, un morceau d'exécution.
Le père Franck avait des petits cahiers de thèmes qu'il
»
portait toujours sur lui; tenez, les voici. »
Et M. Gabriel Pierné va chercher dans un tiroir deux
petits cahiers rectangulaires reliés, l'un en noir, l'autre en
M. GABRIEL PIERNÉ Celui qui est relié en noir contient des thèmes de
rouge.
conduisant son orchestre. fugues que Franck, au hasard de ses lectures, recueillait :

484-
= LE • MÉNESTREL

il y en a de Bach, de Haendel, de. Gluck, de Léo Delibes; avant d improviser, il réfléchissait; le coude droit tenu dans
d'un côté les sujets,, de l'autre les répons. Dans le cahier la main gauche, il se tapotait le front du troisième doigt de
relié en rouge se trouvent des thèmes classiques et des la main droite ; à partir de ce moment rien n'existait plus
thèmes personnels de Franck. En feuilletant avec respect pour lui que la musique, et, quand il! traduisait à l'orgue,
ces cahiers, on est frappé de la netteté de l'écriture, du soin c'était quelque chose d'inimaginable : les thèmes s'enchaî-
avec lequel chaque thème est copié avec sa référence. naient logiquement, avec une correction, une facilité inouïes,
Après un silence gros de souvenirs : et tout cela prenait un aspect de solidité de grande
a.
Il les portait toujours avec lui, dans les poches inté- oeuvre. Jamais on n'a entendu quelque chose d'aussi beau,
rieures de sa redingote, commue M. Gabriel Pierné; au le réentendra-t-on jamais? C'était même trop beau pour les
cours, il les sortait et choisissait un thème que nous devions nécessités de .l'office, car Franck, tout entier à sa compo-
développer dans notre improvisation. Comme tous les sition, ne suivait point la messe et il ne savait s'arrêter. Le
hommes de grande valeur, il était extrêmement indulgent, curé de Sainte-Clotilde avait tout d'abord installé un grelot
mais il était aussi très sérieux et (était-ce une qualité, était- dans la soufflerie ; ce grelot, quand il tintait, signifiait :
ce un défaut?) it ne comprenait pas du tout la plaisanterie, « Monsieur Franck, d'ordre du curé, en voilà assez »!

tandis que son voisin Massenet s'y prêtait assez bien. Je M. Franck, absorbé, n'entendait pas la petite sonnerie ;
ma souviens d'une farce bien inoffensive que nous avions on en fit mettre une plus forte, électrique. Celle-là, le père
faite à Massenet; nous lui enlevions peu à peu les crins de Franck l'entendait, il ne pouvait faire autrement, mais
son fauteuil,- si bien que, chaque jour, Massenet voyait alors il s'écriait : « Jamais je n'aurai le temps de rentrer
descendre le niveau de son siège sans qu'il pût comprendre » dans mon ton correctement », et, sans s'émouvoir, il modu-
comment, et de ce crin nous nous tressions des perruques. lait suivant les règles pour revenir au ton primitif. Pendant
Massenet m aper- ce temps, on voy-
cevant à certain ait le brave curé
cours coiffé de ce deSainte-Clotilde
postiche, vit subi- ^ jeter vers l'orgue
tement surgir de- des regards éper-
vant lui la vérité, dus pendant que
et comme par un l'officiant disait
réflexe il s'écria: pluslentementses
« Ah ! c'est vous, prières. Quand le
v Pierné, je vous retour au ton du-
«chasse! » Mais à rait trop, le brave
peine étais-je curé de Sainte-
sorti que Masse- Clotilde, après
net court après avoir ouvert et fer-
moi et, en sou- mé son bréviaire
riant, médit: « Al- plusieurs fois,
» Ions, elle est très espérant toujours
» bonne, rentrez, s entendre l'accord
Avec Franck, je final, se levait et
serais sans doute s'en allait lui-mê-
rentré aussi, car me à la maîtrise
c'était un coeur sonner deux ou
d'or, mais certai- trois coups impé-
nement pas tout Une page des cahiers de thèmes de César Franck. rieux, et confir-
de suite et non (Communiquée par M, Gabriel Pierné.) maitson ordrepar
sans reproches. » des enfants de
Et comme je souris^ « J'avais alors seize ans », dit choeur qui montaient à l'orgue. Mais Franck ne lâchait pas.
M. Gabriel Pierné. Sainte-Clotilde,
» Quand César Franck mourut, le curé de
» César Franck était également organiste de Sainte-Clo- aux obsèques, fit un discours admirable, mais, au fond de
tnde. Là, comme au Conservatoire, il était toujours pressé. lui-même, peut-être songeait-il : « Elles étaient magnifiques
11 arrivait Tou-
pour la grand'messe quelques instants avant » ces improvisations, mais elles étaient bien longues. »
neuf heures, toujours en redingote, en chapeau haut de forme jours est-il que, lorsque je succédai à César Franck comme
et avec son parapluie; il passait à la sacristie consulter le organiste à Sainte-Clotilde, le premier mot du curé fut :
tableau des services de la semaine, qu'il lui était indispen- « Ah ! vous savez, Pierné, au premier coup de sonnette,
il
sable de connaître pour pouvoir organiser ses leçons. » faut vous arrêter. » Il est probable que, lorsque
Tournemire
» C'est à lui qu'un jour un sacristain, très renseigné sans me succéda en 1898 ou 1899, on lui fit la même recomman-
doute sur l'état sanitaire de son quartier, fit cette réponse : dation. Mais, pour nous qui écoutions le Maître, c'était un
« Cette semaine, voyez, nous n'avons pas de mariage, ravissement.
» monsieur Franck, mais d'ici une quinzaine nous aurons de » Que vous dirais-je encore ? Franck
fut un laborieux, il
» beaux enterrements en perspective. » Et le père Franck de partageait son temps entre le Conservatoire, Sainte-Clotilde
sourire, mais pas longtemps, car, son bon naturel l'emportant, et ses leçons qui étaient si nombreuses qu'il ne savait à quelle
n songea aux deuils que présageait l'annonce du naïf heure les placer. C'est ainsi que je prenais la mienne à
sacristain. six heures un quart du matin : la concierge était à peine éveillée,
» Franck montait en hâte à l'orgue où il attaquait le Kyrie. les domestiques dormaient encore et c'était Mme Franck
Les visites de ses élèves ne commençaient guère que vers qui- venait m'ouvrir la porte. Tout en me donnant ma
neuf heures et demie. leçon, Franck prenait son café au lait, et il avait à cette heure
» Après le sermon, n'est-ce pas ? une lucidité matinale que je lui enviais.
» Ce n'était pas là la cause de ce retard, mais les impro- Vous n'êtes pas pour le travail du malin?
— »
visations, comme vous le savez, ne peuvent avoir lieu,
_
— » Je l'ai toujours eu en horreur, et voyez quelle a été ma
qu'après le sermon : à l'offertoire, puis à la communion et chance : élève, j'avais ma leçon de Franck à six heures un
enfin à la sortie. Et c'est là que Franck fut véritablement quart du matin et celle de Marmontel à cinq heures et
unique. Il prenait un thème dans un de ces petits cahiers demie du matin également, et, maintenant que j'aurais bien
que je vous ai montrés ou bien il demandait à l'un des gagné quelques grasses matinées, j'ai trois fois par semaine
assistants de lui en indiquer un. Alors, le thème choisi, répétition à neuf heures du matin !
485

LE •
MÉNESTREL

» Ses leçons prenaient donc tout son temps; il ne pouvait La pièce a été dotée par M. Silvestre d'une interpré-
composer en hiver, c'est pendant les vacances, au mois tation de premier ordre. MM. Arquillière et Berthier
d'août généralement, qu'il travaillait; c'est en rentrant des Mme Géniat et MUe Provost ont mis beaucoup de vérité
champs qu'il nous joua son Quintette, ses Variations sympho- et d'émotion dans la composition de leurs rôles et le
niques, sa Sonate. Et il nous montrait cela avec une ingénuité décor est remarquablement présenté.
charmante, estimant que nous, ses élèves, nous faisions
partie de sa famille intellectuelle. Pierre d'OuvRAY.
» Franck fut peu joué de son vivant, et c'est surtout aux
Concerts-Colonne que ses oeuvres furent données pour la
première fois; non seulement il eut du mal a être joué, LES GRANDS CONCERTS
mais il ne trouva guère d'éditeurs. De cela il ne souffrait
pas, il n'avait aucun orgueil, mais il avait conscience de sa
valeur; très modeste, il était néanmoins sûr de lui. C'est Société des Concerts du Conservatoire
ainsi qu'il était toujours content et très sincèrement de
l'accueil fait parle public à ses ouvrages. Après des séances Pourquoi célébrer le centenaire de César Franck le
un peu glaciales, nous tentions de le consoler prudemment: 26 novembre alors que le maître naquit un 10 décembre et
« Le public n'a pas compris toute la beauté de votre que, précisément, cette date correspond au prochain
» oeuvre », lui disions-nous. « Mais je suis très content,
dimanche de quinzaine? N'importe! Cette célébration fut
» répondait-il, le public a été très gentil, c'est très bien
fort bien accomplie, avec l'imposant concours de MUe De-
» comme cela. » mougeot, et se termina magnifiquement avec l'évocation du
» C'était vraiment une belle âme, avec des coins de jolie
Crépuscule des Dieux. René BRANCOUR.
naïveté, d'une probité complète, aussi bien dans sa vie
artistique que dans sa vie familiale, et avec cela d'une bonté Concerts-Coïonne
inépuisable. On l'appelait le père Franck, c'était en effet Samedi 25 novembre. — Avez-vous remarqué qu'à cer-
un vrai papa pour nous tous et c'est ainsi que nous l'avons tains jours il s'établit entre le public et l'orchestre comme
pleuré quand il est mort. C'est vous dire avec quelle joie une sorte de courant électrique? Le public vibre comme
profonde nous voyons aujourd'hui lui rendre l'hommage une harpe éolienne et l'orchestre et son chef se donnent
unanime auquel nous assistons. Il y a seulement trente- avec une intensité splendide. C'est ce qui s'est passé aujour-
deux ans que César Franck est mort. Allons, la postérité, d'hui. M. Pierné avait magnifiquement conduit le Prélude
cette fois, n'a pas été trop longue à se montrer clair- de Tristan et Mme Germaine Lubin, dont vous connaissez
voyante. » Pierre de LAPOMMERAYE. l'organe prenant et chaleureux, avait clamé avec art le
désespoir d'Yseult. Le public applaudit à tout rompre. La
Symphonie en ut mineur de Beethoven suivait sur le pro-
LA SEMAINE DRAMATIQUE gramme. Je pensais que l'orchestre allait se reprendre et
nous donner son exécution habituelle très correcte et nuan-
*•* cée. Pas du tout, l'étincelle avait jailli et ce fut une inter-
Théâtre du Vaudeville. — Femmes, pièce en trois actes prétation pleine de fougue, d'une vie intense qui bouleversa
de M. Léopold MARCHAND. le public... et votre serviteur, qui a déjà entendu quelques
M. Léopold Marchand a déjà fait jouer deux pièces : fois l'ut mineur dans sa vie, mais jamais comme cela.
Il est évident qu'après cela, l'exotisme de la Ville rose
un acte, Croyants, puis, avec Mmo Colette, l'adaptation (n° 2), d'Albert Roussel, parut quelque peu mièvre et les
théâtrale de Chéri; Femmes, que vient de représenter le petites combinaisons orchestrales modernes, curieuses
Vaudeville, ne répond pas aux espoirs que ces heureux certes, mais combien étriquées à côté du large souffle qui
débuts avaient fait naître. nous avait soulevés!
Deux ménages passent les vacances ensemble à Les Trois Mélodies siamoises de M. Grassi, d'exotisme
Dieppe, ils semblent heureux : ce n'est qu'une appa- si prenant et si évocateur, sont orchestrées avec des moyens
rence. Mme Maestra trompe son mari, celui-ci s'en très sobres et très personnels; elles valurent à Mme Lubin
aperçoit, il a les preuves de cette infidélité, mais un légitime succès.
M Maestra sait si bien arranger les choses que son Le Coq d'Or, de Rimsky-Korsakow, très pittoresque et
1110

mari en arrive à ne plus reconnaître l'évidence et se fort bien exécuté, se passe assez mal de son action scé-
nique, en étant un commentaire fidèle et ingénieux. Je ne
laisse persuader que Mme Maestra est innocente. crois pas d'ailleurs que cet auteur, que j'aime infiniment,
M" 10 Fernerand ne trompe pas son mari, mais elle ne
gagne à figurer aussi souvent au programme. Cela fait
l'aime plus et ne l'a jamais aimé; à la première occasion toucher du doigt l'uniformité des sources où il a puisé
elle le lui dit : elle proclame son droit à l'amour, à la pour établir des oeuvres très diverses, et la répétition des
liberté, dans des termes à la fois violents et poncifs. mêmes effets orchestraux ne va pas sans engendrer quelque
Mme Fernerand ferait une excellente suffragette. « Si tu lassitude. Jean LOBROT.
ne m'aimes pas, c'est que tu en aimes un autre? interroge Dimanche 26 novembre. — La Symphonie pastorale de
le mari. — Oui. — Son nom? — Un de tes amis : Beethoven, pleine de vie et de mouvement, Nuages, de
Tessier». Et voilà la question qui se pose.Vaut-il mieux Debussy, si joliment évocateurs, valurent à l'orchestre et à
tromper son mari et faire tout pour qu'il ignore, ou ne son chef, M. Gabriel Pierné, une double ovation. A côté de
pas le tromper, mais l'avertir qu'on en aime un autre. ces oeuvres qui figurent fréquemment au répertoire de nos
Il eût été intéressant de voir résoudre le problème par concerts et que le public qui les connaît bien accompagne
M. Marchand. Malheureusement pour nous, un acci- de ses gestes rythmés, M. Pierné nous donnait son hebdo-
dent d'automobile arrange tout : Tessier y est tué. madaire première audition. L'oeuvre avait pour titre Séré-
Mmc Fernerand revient à son mari. nade et pour auteur Darius Milhaud. Elle fut accompagnée
Quelques scènes d'un bon mouvement sont d'un du chahut obligatoire aux exécutions d'oeuvres de ce jeune
compositeur; une partie du public protestant contre les
homme de théâtre qui fera incontestablement bien applaudissements de l'autre, l'immense majorité de l'assis-
quand il traitera un sujet plus original et surtout quand tance demeurantironiquement amusée. D'ailleurs, ce chahut
il fera, parler à ses personnages un langage moins ne surgirait-il pas spontanément que les amis de M. Dariusà
redondant, moins littéraire et plus simple : qu'il prenne Milhaud le feraient naître, comme il arriva l'an dernier
à ce point de vue modèle sur Chéri. certaine représentation de VHomme et son Désir, par les

— 486 —
LE • MÉNESTREL

ballets suédois, où les sifffeurs étaient... les inspecteurs de constant chez l'auteur; il en résulte grande variété et richesse
la salle. de l'orchestration, tour à tour douce ou éclatante, toujours
Avez-vous vu dans les music-halls ces prestidigitateurs- pleine de sève.
illusionnistes qui, après avoir réussi un tour, en dévoilent Le Concerto pour piano, de Schumann, était joué par
le truc au public amusé ? M. Darius Milhaud a fait, diman- Mme Schnitzer. Mme Schnitzern'ignore aucune des ressources
che, quelque chose de semblable, il nous a dévoilé son du clavier, sa technique est très poussée, sa sonorité excel-
truc, que nous soupçonnions depuis fort longtemps. Séré- lente, sa main gauche puissante sans être brutale; à ce
nade se compose de trois morceaux : pour chacun, M.Da- point de vue, elle n'a plus rien à apprendre, mais elle n'a
rius Milhaud a commencé par nous exposer son idée musi- joué le Concerto ni dans l'esprit schumarmien, ni dans le
cale, généralement d'une banalité navrante; celle du mouvement. Pourquoi a-t-elle ralenti sur l'orchestre chaque
troisième notamment, sorte de pas redoublé, fait un peu fois qu'elle jouait en solo? pourquoi a-t-elle ainsi enlevé au
songer aux compositions des sous-chefs de musique mili- deuxième temps toute sa grâce mutine et son rythme léger?
taire : les thèmes sont normalement développés pendant Trop grand souci du détail sans doute, mais qui donna à
quelques instants, et puis : « Attention! semble vous dire son interprétation apparence de sécheresse et d'afféterie.
M. Milhaud, regardez, vous allez voir»; et il passe ses Une première audition : In Memoriam, de M. Siohan,
thèmes aux divers instruments qui les reprennent chacun oeuvre courte,poignante, dédiée au souvenir de deux soldats
dans un ton différent, quelquefois décalés d'un ou plusieurs morts pour la France : Ernest et Michel Psichari. De ligne
temps, et la cacophonie commence : il n'y a aucune raison simple, se développant sur un accompagnement rythmique
pour qu'elle s'arrête. Par trois fois, M. Darius Milhaud a obsédant, elle donne bien la sensation du destin vers lequel
recommencé l'expérience. chacun marche, sinon avec enthousiasme, du moins avec
Nous avions compris dès la première fois. On se demande la sérénité calme qu'impose le sentiment du devoir. Pour
vraiment quel but peuvent rechercher ainsi les adeptes de exprimer de telles idées, M. Siohan a compris qu'il fallait
la polytonalité ainsi employée. Loin de puiser de la force surtout éviter la grandiloquence : il a su se maintenir dans
en ce procédé, il semble que le morceau s'éparpille; l'or- une réserve pleine de pudeur; tout en restant originale,
chestration, au lieu d'être robuste et vigoureuse, devient son harmonie n'est point provocante, et son instrumentation
décharnée, presque squelettique, car, avec un peu d'habi- utilise heureusement les divers timbres. Nous avions entendu
tude, et depuis deux ans nous l'avons prise, il n'est pas dif- de M. Siohan, l'an dernier, à la Société Nationale,un Qua-
ficile de suivre le motif aux divers instruments ; n'étant point tuor très intéressant. M. Siohan a suprofiter des indications
soutenu par l'harmonie, il apparaît partout en sa séche- que lui avait données ce premier contact avec la salle de
resse; on se retrouve en face d'os sans chair qui se cognent concerts.
et crissent l'un sur l'autre. Mon Dieu, toutes ces jongleries Le délicat Festin de l'Araignée d'Albert Roussel et les
musicales seraient peut-être amusantes si elles ne se renou- danses polovtsiennes du Prince Igor terminaient la séance
velaient trop fréquemment et surtout si, grâce à quelques que M. Rhené-Baton dirigea avec sa chaleur et son soin
jeunes artistes plus avides de réclame que d'art, on ne ten- habituels. Pierre de LAPOMMERAYE.
tait de faire croire à l'étranger que c'est là la musique
moderne française. C'est ce qu'il faut nier de toutes nos CONCERTS DIVERS
forces ! Orchestre Philharmonique (25 novembre). — Malgré
Dans la même séance, nous avons réentendu les Choeurs bien des imperfections dont le nombre d'ailleurs, par la
Ukrainiens. Ceux-ci paraissent avoir souffert de quelques bonne volonté du chef d'orchestre, M. Lucien Wurmser,
défections, mais les mélodies populaires qu'ils chantent et par l'excellence de certains pupitres (des flûtes par
sont toujours amusantes et pittoresques, et M. Kiritchenko, exemple), va diminuant de semaine en semaine, on ne
à la gesticulation précise et rythmique, tire d'heureux effets peut nier que les concerts de l'Orchestre Philharmonique
de voix qui, sans être chacune de qualité parfaite, forment au Gaumont-Palace n'acquièrent de plus en plus une im-
un ensemble vocal souple et bien entraîné. Le Cortège du portance dans la vie musicale de Paris. Aux samedis de
Coq d'Or terminait le concert dont une salle bondée parut Colonne et de Pasdeloup, aux mardis et aux vendredis de
apprécier particulièrement la variété. Lamoureux, voici que s'ajoutent en semaine de nouvelles
Pierre de LAPOMMERAYE. séances symphoniques au cours desquelles des programmes
Concerts -Lamotirecx sans cesses variés et offrant une large place aux contem-
porains attirent un public des plus étrangement mêlés où
Programme de tout repos, mais qui valut un chaleureux l'habitué des cinémas montmartrois coudoie les amateurs
succès à l'orchestre, ainsi qu'à M. PaulParay,lequels'affirme de musique venus de Montparnasse et d'ailleurs. Ce der-
de plus en plus comme un chef hors de pair. nier samedi, un regain de curiosité avait été provoqué par
Chaleureuse exécution de la belle Symphonie en ut la présence d'Igor Strawinsky qui dirigeait lui-même
majeur de Schumann, dont le scherzo, notamment, provo- quelques oeuvres de sa «première manière » : Feu d'artifice,
qua des ovations prolongées. Elles se renouvelèrent à le début de la première version du Rossignol, la suite tirée
l'occasion de la fulgurante Ouverture de Tannhàuser, après de l'Oiseau de feu.
laquelle il faut bien avouer que l'exquis Prélude à l'Après- Peut-être, par un effet imaginaire d'amincissement dont
Midi d'un Faune fit l'effet d'un bibelot un peu menu. les dimensions de la salle étaient seules responsables,
Remplaçant Mme Mazzoli souffrante, Mme Louise Matha Strawinsky ressemblait étonnamment au maigre adolescent
chanta l'air d'Iphigénie en Tauride de Gluck, avec plus qui avait composé Pétrouchka. Pareil à un jeune officier
d'application intelligente que d'ampleur tragique. Elle parut de cavalerie, sabrant la mesure à coups de tranchant fré-
plus à l'aise dans les trois mélodies qui forment la suite in- nétiques, la main gauche tantôt sur la hanche, tantôt
titulée Shéhérazade de M. Maurice Ravel, dont elle mit en accompagnant la main droite d'un geste rigoureusement
valeur toute la préciosité délicate et pénétrante. parallèle, mais aussi peu nuancé, une mèche prise de sur-
Et la séance se termina brillamment par les trois fragments sauts comme sous le galop d'un cheval, le regard myope
traditionnels de la Damnation de Faust. Paul BERTRAND. ne quittant guère la partition, il semble douteux que Stra-
winsky puisse jamais diriger convenablement les oeuvres
Concerts-Pasdeloap d'autrui, mais des siennes du moins il tire les effets
La Symphonie de M. Paul Dukas est d'esprit classique, essentiels. Musique enchantée, puisqu'il suffit que les
les thèmes robustes et clairs y sont développés et trans- notes en soient exécutées « au moment voulu » — suivant
formés selon les règles; par ces qualités déjà, c'est une l'expression de Bach —, que par les interstices du rythme
oeuvre qui s'impose ; ce qui en fait l'intérêt particulier, c'est surgissent au fur et à mesure les plus singulières combinai-
la recherche harmonique et de timbre dont on sent le souci sons de timbres, pour que spontanément opère un charme
-487 -
LE • MENESTREL

invincible. Cet art, par ce qu'il recèle d'automatisme fon- travers les loendler et les valses du premier, comme au long
cier, restera toujours sous le signe de Petrouchka : le tour des recueils pianistiques du second. L'oeuvre ainsi conçue
de passe-passe en contient toute la substance mythique et rien ne venait, d'une pièce à la suivante, suspendre l'élan; les
technique. Mais ce qu'en ces oeuvres écrites de 1908 à sentiments en leur diversité spontanée, en leur sautes con-
1910 Strawinsky sabrait symboliquement était ce dont par tradictoires apparaissaient tels qu'ils s'agitèrentdésordonnés
la suite il s'était dépourvu, ce trop humain d'une musique dans l'âme du musicien ; c'était la même continuité d'espoirs
telle que l'avait encore reçue et léguée à son tour Claude et de souffrances, la même mobilité des passions, telle qu'un
Debussy— le Debussy des Nocturnes et des Images. Schubert ou un Schumann avait su la transcrire au moyen
André SCHAEFFKER. d'équivalences générales et qu'une exécution non morcelée
Société Philharmonique de Paris. — Le concert de faisait surgir à nouveau. MmeMontjovet en certaines mélodies
mardi dernier était consacré, pour la plus grande partie, (Voyage d'hiver : la Neige, la Poste, le Poteau indicateur;
Liederkreis : Chérie sur mon coeur, Doux berceau de mes
aux oeuvres de M. Reynaldo Hahn, et notamment à la pre- souffrances,Tarde encore, cruel pilote), retrouvait ces traits
mière audition de son nouveau Quintette pour piano et
quatuor à cordes, qui a produit une impression considéra- cursifs, ce feu avec quoi le musicien les avait écrites. Et si
ble. Ce morceau, solidement construit, écrit dans une elle eut parfois le tort — à notre avis — de chercher à
langue claire et d'une distinction infinie, a été splendide- grossir le réalisme dramatique par des sanglots, alors que
ment exécuté par M"0 Tagliaferro, MM. Boucherit, ceux-ci auraient dû être seulement suggérés, elle donna de
Gasselin, Englebert et Gérard-Hekking, qui ont merveilleu- ces oeuvres, ainsi que des Chants religieux de Beethoven,
sement mis en valeur l'élégante franchise rythmique du une interprétation extrêmement émouvante et d'un style
premier allegro, la pénétrante mélancolie de l'andante (où authentique.
à la phrase émouvante du violoncelle s'oppose une saisis- Nous ne saurions négliger de joindre au nom de Mme Mont-
sante entrée de premier violon, d'un caractère supra- jovet celui de Mme Morival, qui l'accompagna au piano
terrestre) et enfin la verve du finale, aux rentrées ingé- avec le plus grand tact. André SCHAEFFNER.
nieusement ménagées et qui se termine en strette d'un Concert Wiener (s3 novembre). — C'est plutôt concert
dynamisme irrésistible. Darius Milhaud que je devrais écrire, car, au programme,
Accompagnée par l'auteur, Mlle Suzanne Bouguet a bien seules figuraient des oeuvres de ce compositeur. Tout
finement interprété diverses mélodies célèbres : deux d'abord une courte symphonie, puis deux rags joués dans
Chansons grises, l'Infidèle, le Rossignol des lilas,A Chloris,
Au Pays musulman. Le programme était complété par un excellent rvthme par M. Wiener et enfin le morceau de
résistance : le Retour de l'Enfant prodigue, livret de M. Gide.
divers morceaux de chant anciens, notamment de Caris- Dans cette oeuvre il faut faire deux parts : celle des voix,
simi, Morin, Hrendel, qui valurent également à MIle Bou- celle de l'orchestre. M. Darius Milhaud a traité de façon
guet un succès mérité, et par deux splendides Sonates très intéressante la partie vocale, le chant s'adapte très
pour violon et piano où triomphèrent Mlle Tagliaferro et exactement au texte, le traduit toujours fidèlement et sou-
M. Boucherit : l'une, de Mozart (en ut majeur), qui com-
vent dramatiquement, et l'émotion en serait communicative
mença brillamment la séance, l'autre, de Gabriel Fauré si... l'orchestre ne tressait, sous ce dessin vocal, un fond
[Première Sonate, op. i3), qui la fit se terminer dans un symphonique qui, non seulement, n'a aucun rapport avec
pur enchantement. Paul BERTRAND.
ce que disent les chanteurs, mais le contredit ou le
Concert Floresco.—Violoniste au coup d'archet moelleux, gêne par ses harmonies stridentes et enchevêtrées. César
mais à qui l'on souhaiterait cependant un peu plus de vigueur Franck disait : « J'admets toutes les audaces musicales
dans le jeu et de variété dans la sonorité, M. Silvio Floresco pourvu qu'elles aboutissent à un effet agréable. » M. Darius
nous a donné un joli programme où sa virtuosité a pu se Milhaud devrait se pénétrer de ce conseil. La séance se
déployer tout à son aise dans le Streghe de Paganini et la termina de très bonne heure, 10 heures et demie ; voilà au
Ronde des Lutins de Bazzini ; il est regrettable que ce der- moins un bon exemple. Pierre de LAPOMMERAYE.
nier morceau, fin et spirituel, ne soit pas plus souvent
entendu. Concert Madeleine de Valmalète (22 novembre). — C'est
M™ Marianne Derrien, au piano, fut une parfaits accom- avec un grand plaisir que j'ai réentendu Mlle de Valmalète.
pagnatrice. K. JVI. Cette jeune fille est en très grands progrès, et ceux-ci ne
peuvent que continuer, car ils sont l'effet d'un travail rai-
Récital Jeanne Montjovet (14 novembre). — AMme Jeanne sonné et méthodique et de l'acquis d'un bagage artistique
Montjovct certains doivent d'avoir entendu pendant la qui s'accroît tous les jours. MUe de Valmalète a beaucoup
guerre les plus belles mélodies de César Franck — et même gagné en juste sonorité, en tenue, dont la simplicité est la
de les avoir connues pour la première fois; ils ne sauront caractéristique; sa technique est claire et solide, et elle fait
sans doute oublier l'impression d'infinie douceur, d'imma- preuve d'une jolie sensibilité, charme de son âge. Elle
térialité angélique, de céleste pérégrination par quoi ces interpréta avec une mélancolie nuancée deux pièces exquises
oeuvres venaient un instant éclaircir une pensée communé- de Gabriel Dupont,tirées du recueil la Maison dans les Dunes,
ment sombre. De l'interprète de Franck à celle de Schubert moins connu, mais tout aussi attrayant que les Heures
et de Schumann, par delà les années aux soucis variés, dolentes; de même qu'elle joua avec une netteté et un style
nous saisissions l'autre soir que le même être avait survécu, parfaits Toccata et Fugue en ré mineur de Bach-Busom.
que le succès n'avait en rien entamé son intégrité. Nous L'Étude en ut majeur de I. Philipp, si gracieuse et de si
saisissions aussi quelles pures réserves morales ces mélo- virtuosité, fut bissée (je crois qu'elle l'est toujours);
distes dispenseront éternellement, quel pouvoir d'exhaus- amusante
enfin M"e de Valmalète égrena avec un brio étincelant les
sement ils auront toujours sur ceux qui s'en approchent. Si fantaisies de la paraphrase sur le Songe d'une Nuit d'été de
^exécution par M™ Montjovet du Winterreise de Schubert Mendelssohn-Liszt. M1Ie de Valmalète a des qualités de
et de l'un des Liederkreis de Schumann n'a pas effacé le premier ordre qui se développent encore grâce à son intel-
souvenir que nous en avaient laissé des interprètes étran- ligence. Pierre de LAPOMMERAYE.
gères, quelque chose transparaissait en elle de tout l'héroï-
que effort auquel depuis un siècle se sont voués de nom- Concert Motte=Lacroix. — Parmi les pianistes français,
breux artistes français, celui de faire peu à peu pénétrer en M. Motte-Lacroix, professeur au Conservatoire de Stras-
notre pays, de presque y naturaliser les chefs-d'oeuvre du bourg, est certainement l'un des mieux doués, l'un des plus
romantisme germanique. remarquables. Mécanisme éblouissant, grande pénétration
M,uo Montjovet sut maintenir intact le fil qui dans tout lie- de son, profondeur dans l'interprétation, verve et souplesse
derkreis de Schubert ou de Schumann lie les mélodies les dans le rythme, il possède la plupart des qualités assez
unes aux autres — de même qu'il ne cesse de se dérouler à rares qui font les artistes d'élite. Rarement un pianiste n a
LE • MENESTREL

autant impressionné un public de concert. Le succès de ment située par les tons de dièses de l'entrée, pour s'ache-
M. Motte-Lacroix a été spontané et considérable. C'est une ver au clair de lune avec les gracieuses et mélancoliques
personnalité dont on doit suivre avec intérêt la carrière. De tonalités des bémols, est tout à fait caractéristique. Par
son programme je veux surtout retenir une belle et émou- ailleurs, bien des moments seraient à citer : l'entrée de
vante interprétation des Variations sur un thème de Bach, Catharina au premier acte, le Cortège nuptial, le ballet et
de Liszt. Depuis Busoni, aucun artiste n'a su rendre avec ses délicieux pastiches de danses anciennes, la jolie page
cette perfection cette oeuvre de toute beauté, poétique, descriptive de l'entr'acte symphonique sont parmi celles
intense d'expression, d'une richesse admirable au point de que le public a accueillies avec une particulière faveur.
vue de la variété des combinaisons. La Toccata adagio et L'interprétation était excellente.
Fugue de Bach-Busoni, jouée avec une superbe sonorité, Dans le rôle si intéressant de la « Mégère », Mlle Lise
quatre Études, deux Polonaises et un Nocturne de Chopin, Landral a déployé des qualités remarquables. M. Hirigaray
ont fait valoir autant le virtuose que le musicien. Le concert a chanté et joué, avec une grande autorité, le rôle de
s'est terminé par la belle Suite d'Albert Roussel, oeuvre Petruchio; M. Dister composait avec élégance celui de
remarquable de cet artiste, uniquement préoccupé de son Lorenzo et M. Edmond Lapeyre faisait à nouveau appré-
idéal... dont l'exécution sobre et profonde a valu à M. Motte- cier, dans le rôle du père, son grand talent de chanteur et
Lacroix de longs applaudissements, biens mérités. Rappelé sa belle aptitude scénique.
plusieurs fois, il a joué en maître les Jeux d'eau de la Villa L'interprétation orchestrale fut absolument irrépro-
d'Esté de Liszt. P. A. chable ; les choeurs ne manquèrent pas de prestige et le
ballet du deuxième acte, réglé de manière fort originale et
Concert Germaine Qolnère (25 novembre). —Au cours de délicate par M. Wandeler, bénéficia d'une présentation
ce récital, Mme Germaine Golnère, d'une voix très joliment plus qu'honorable.
timbrée, et avec de justes expressions, chanta deux Odelettes En résumé, cette création fait le plus grand honneur aux
de Guy Ropartz, de belles Sonatines d'Automne de A. Ma- distingués directeurs de notre Grand-Théâtre, MM. Chau-
riotte, — entre autres, Douceur, parée de tons roux, et vet et Mauret-Lafage; au parfait musicien qui a procédé à
Calvaire, où bruit tout au long un tumulte marin, — enfin, sa réalisation avec une compétence à laquelle on rendrait
de nombreuses mélodies de Roussel et d'Aubert. Ces diffé-
un hommage unanime — j'ai nommé M. Montagne — ainsi
rents auteurs et MUe Suzie Welty prêtaient leur concours à qu'à tout le personnel de notre première scène. Elle obtint
ce concert : signalons notamment une intéressante tran- un très grand succès, et M. Ch. Silver qui assistait à la
scription pour deux pianos de la Habanera de Louis Aubert. représentation, vivement réclamé par l'assistance, dut venir
A. S. saluer sur la scène, à la fin du quatrième acte, avec tous
Erratum. — C'est M. Cloès, et non M. Eugène Wagner, ses interprètes. B.
qui accompagna M. Stroesco lors de les
son concert;
éloges que notre collaborateur Lobrot faisait de M. Eugène Lyon.— Les fêtes du Centenaire de César Franck ont com-
Wagner doivent donc être reportés sur M. Cloès. mencé par un récital d'orgue, donné salle Rameau par le
célèbre virtuose Joseph Bonnet. Ce fut un triomphe de plus
pour le grand artiste qui va partir pour une tournée en
Le Mouvement musical en Province Amérique. Les fêtes du Centenaire seront bientôt continuées
par les Grands Concerts et les Petits Concerts.
Le récital de piano de MUe Bouvaist, consacré à Chopin,

Bordeaux. — Création de la Mégère apprivoisée au Grand- n'eut que le tort d'avoir lieu après les trois inoubliables
Théâtre. concerts de M. Raoul de Koczalski, interprète du même
Sur la trame quelque peu édulcorée de la comédie de auteur. Le jeu simple et nuancé de MIle Bouvaist ne recueillit
Shakespeare, MM. Cainet Adenis ont tiré un livret dont que des louanges; cette artiste est peut-être bien la seule
les situations pleines d'intérêt, d'esprit, de gaieté devaient qui pouvait soutenir la comparaison avec son merveilleux
tenter un musicien. prédécesseur. Sa tranquille audace a mieux fait apprécier
Je m'empresse de dire que M. Ch. Silver a écrit à ce pro- ses excellentes qualités.
Dimanche dernier, les Grands Concerts ont partagé
pos une partition très vigoureuse et très belle, dont le suc- —
cès sur notre première scène a été aussi franc que décisif. leur programme entre le classique et le moderne : la Sym-
M. Ch. Silver est un artiste en même temps qu'un savant. phonie inachevée, en si mineur, An Schubert; le Concerto en
Malgré que, pour traiter ce sujet essentiellement pastel, il ait ré mineur d'Hamdeî. Pour cette seconde pièce, l'orchestre
employé par instants une éloquence élevée, voire même de M. Witkowski était renforcé par les grandes orgues.,
somptueuse, il n'existe aucun disparate entre l'allure géné- tenues par un musicien jeune etdéjàrenommé, M. Paponaud.
rale de l'ouvrage et les caractéristiques de sa présentation Comme moderne, les Nocturnes, si beaux, de Debussy,
musicale. Il s'agit bien, en effet, de science, car ceci est Antoine et Cléopâtre de Florent Schmitt et, pour terminer,
avant tout la conséquence de l'admirable savoir harmo- le prélude du Vaisseau-Fantôme.
nique et symphonique de M. Ch. Silver et de sa merveil- Exécution parfaite et succès habituels.
leuse aptitude à l'organisation thématique d'une action de
théâtre. En outre, on découvre avec un intérêt croissant, au
cours.de ces quatre actes, combien il sait étudier avec Le Monument de César Franck à Liè^e
logique et avec rigueur le caractère de ses personnages, et
ce jeu des motifs conducteurs, en lequel il se complaît,
—»*«—
ne laisse pas que de vivement séduire par la force qu'il L'inauguration qui a eu lieu le a5 novembre, dans le
donne à son raisonnement orchestral (car son orchestre est foyer du Conservatoire royal de Liège, du monument à la
infiniment mieux qu'un commentaire) et par la complète mémoire de César Franck — monument offert par la Ville
ingéniosité de ses déductions symphoniques. de Paris à la Ville de Liège — a pris le caractère d'une
Cette partition, d'une unité parfaite d'ailleurs, renferme manifestation grandiose. La reine Elisabeth, M. Léon Bé-
un très grand nombre de pages où s'affirment vraiment la rard, ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts
fécondité, la variété, la sincérité mélodiques et la science de France; M. Berryer, ministre de l'Intérieur, et M. Neu-
instrumentale que l'on trouve dans tous les chefs-d'oeuvre jean, ministre des chemins de fer de Belgique ; M. Maurice
de l'école française, avec cette particularité — ici non moins Herbette, ambassadeur de France ; M. Rabaud, directeur
apparente — que mélodie et orchestre concourent toujours du Conservatoire de Paris, et de nombreuses personnalités
et efficacement vers ce but unique : la recherche de la du monde des arts, des lettres et de la politique y assis-
véritable expression dramatique. A ce sujet, le troisième taient.
acte, qui débute dans l'outrance d'une situation très nette- MM. Léon Bérard et Rabaud prononcèrent des discours

489-
LE • MÉNESTREL

auxquels répondirent M. Neujean, puis M. Sylvain Dupuis, HOLLANDE


directeur du Conservatoire de Liège. L'Association des Musiciens hollandais s'est adressée à
A l'issue de la cérémonie, M. Léon Bérard a remis à la seconde Chambre pour se plaindre de la concurrence
M. Sylvain Dupuis la croix d'officier de la Légion d'hon-
que leur font certains musiciens étrangers. En temps nor-
neur tandis que les insignes de commandeur de l'ordre de mal, cette concurrence est elle-même normale : mais le
Léopold ont été remis à M. Rabaud. déséquilibre des changes aurait donné à l'afflux des artistes
Le dimanche 26, après-midi, on donna, dans la salle du étrangers des proportions qui compromettent les intérêts
Conservatoire, l'audition des Béatitudes, sous la direction des artistes néerlandais.
de M. Sylvain Dupuis, avec Mme Hilda Roosevelt et M. Hu-
berty comme solistes. — CEruditio Musica de Rotterdam vient de donner un
concert français où l'on entendit notamment la Valse de
Le soir, MM. Henri Casadesus et Charbonnel, directeurs M. Maurice Ravel et où le pianiste Paul Loyonnet se fit
du Théâtre Royal, offraient un spectacle de gala auquel applaudir dans le deuxième Concerto de Saint-Saëns.
assistait la reine, entourée de MM. Léon Bérard, Herbette, Aux Concerts Philharmoniques de la même ville,
ambassadeur de France, Max, bourgmestre de Bruxelles. Mlle Marthe Girod a remporté un vif succès dans le Cin-
M. André Messager dirigeait le concert où l'on donna quième Concerto de Beethoven et la Rhapsodie d'Auvergne
Rébecca, interprétée par Mlle Laval et M. Huberty, puis le de Saint-Saëns. Jean CHANTAVOINE.
ballet de Hulda.
ITALIE
Le « San Carlo » de Naples rouvre ses portes en dé-
Le Mouvement musical à l'Étranger cembre. Au programme : Sigfrido, Hànsel e Gretel, Giu-
lietta e Romeo et la Leggenda di Sakûntala, plus le réper-
»« »
toire et deux nouveautés à ce théâtre : Colomba, livret de
ALLEMAGNE A. Colautti, d'après le récit de Mérimée, musique de Van
La Municipalité de Berlin accorde à l'Orchestre Philhar- Westerhout, et Morenita, un acte de Mario Persico. Le
monique, sur le budget de 1922-1923, une subvention de maestro Tullio Serafin dirigera.
700.000 marks. — Stanislao Falchi vient de s'éteindre à Rome, après une
les scènes longue maladie. Musicien éminent, il fut professeur de
— Parmi les ouvrages récemment créés sur
lyriques d'Allemagne, citons : Thamar de M. Wilhelm composition, puis directeur du Liceo di Santa Cecilia.
Maukes (Stuttgart) et le Lac de la Montagne de M. A. Bittner Compositeur lui-même, il fit représenter plusieurs opéras :
(Leipzig). Lorhélia, en 1877, à l'« Argentina » de Rome, et Giuditta,
— Le chef d'orchestre Otto Klemperer, de Cologne, qui en 1887, à l'a Apollo ». Le succès ne sourit cependant qu'à
compte parmi les plus remarquables de l'Allemagne son Tartini 0 il Trillo del Diavolo, donné en 1899. Comme
actuelle, est engagé pour six semaines au Théâtre Costanzi maître il laisse un regret unanime. Les musiciens les plus
de Rome. en vue aujourd'hui furent pour la plupart ses élèves. Leurs
— M. Walter Braunfels, le compositeur des Oiseaux, noms lui tressent une couronne : Bajardi, Molinari, Bus-
termine un opéra-comique : Don Gil à la culotte verte. tini, Gui, Tommasini, Santoliquido, Refice, etc.
— Le dernier survivant de l'illustre Quatuor Joachim, — Sarah Bernhardt paraît à Milan sur la scène du « Dal
M. Emmanuel Wirth, vient de célébrer son quatre-ving- Verme » dans une pièce écrite pour elle par Louis Ver-
tième anniversaire. Jean CHANTAVOINE. neuil.
— Reprise incessante de la saison des concerts à la « sala
ANGLETERRE Bach ». La première séance est consacrée uniquement aux
11 arrive, paraît-il, que les auditoires anglais, au concert, oeuvres de Jean-Sébastien.
s'occupent moins de la valeur des oeuvres interprétées que — Un fâcheux incident : La compagnie de Luigi Maresca
du talent ou de la renommée des interprètes. Les agences, devait inaugurer une série de représentations au « Fossati »
parfois, négligent même de publier ou d'afficher un pro- de Milan avec une opérette de Kawskoff, Nostra Moglie.
gramme. Ils pensent que le nom de « l'étoile » en lettres Arrivée avec ses musiciens, cette compagnie trouva les pu-
capitales suffit. La méthode employée par Chaliapine tend, pitres occupés par l'orchestre régulier du Fossati. Les
d'autre part, à prévaloir. Les grandes vedettes suivent son pourparlers dégénérèrent en dispute, si bien que la pre-
exemple : elles annoncent elles-mêmes au public les numé- mière dut être remise. G.-L. GARNIER.
ros qu'elles ont choisis. D'où quelques protestations de la ÉTATS-UNIS
presse et des mélophiles qu'un récital, entre autres, de
dame Clara Butt, ces jours derniers, a singulièrement déçus. Une information inexacte, parue dans une revue améri-
— Glazounoff, décidément, n'ira pas en Angleterre. Il caine, nous a fait écrire, l'autre semaine, que M. Stokowski,
n'ira pas non plus en Amérique. Il est directeur, comme on le chef d'orchestre du Philadelphia Orchestra, dirigerait
sait, du Conservatoire de Pétrograd, et le comité de cet prochainement un des Concerts-Colonne. Nous rectifions
établissement a formulé le souhait que, pour des raisons aujourd'hui : c'est un des Concerts-Pasdeloup (i3 et
financières et dans l'intérêt des réformes projetées, son 14 janvier) que M. Stokowski dirigera.
directeur ne s'absente pas, cette année, de Russie. A New-York. Récitals d'Emma Calvé, Chaliapine,

— Le festival de Leeds, financièrement aussi bien qu'ar- Mac Cormack, Gigli, Rosa Raisa et Giacomo Rimini.
tistiquement, eut un si beau succès que le Comité, dès A Chicago, récital et succès considérable de Marcel
maintenant, en annonce un autre pour 1925. A signaler, Dupré.
parmi les séances, une matinée-Bach et, d'autre part, un Madeleine Brard, élève du maître Cortot, a commencé
Mémorial-Concert des oeuvres de sir Hubert Parry, l'orga- —
depuis quelques semaines une tournée en Amérique.
niste-compositeur : oeuvres d'orgue, oeuvres chorales, Parmi les novelties inscrites au programme du Cin-

oeuvres orchestrales aussi, celles-là moins connues. cinnati Symphony Orchestra par Fritz Reiner, son nouveau
— « Rule, Britannia, the waves! » — Frederick Bridge conductor, nous avons relevé : Pièce de Concert pour harpe
déclare que ce chant national est toujours chanté trop vite. et orchestre de Gabriel Pierné.
Il remonte à 1740. Le Docteur Àrne en est l'auteur. — Paderewski donnera ses deux premiers concerts au
Wagner l'admirait : il en a fait le thème d'une ouverture. Carnegie Hall fin novembre et commencement décembre.
— La musique française dans les concerts provinciaux Il doit en donner ensuite cinquante autres au cours de sa
de ces dernières semaines : oeuvres de Grétry, Massenet, tournée dans les Etats.
Saint-Saëns, Bizet, César Franck, Ravel. A New-York, aux récitals d'Eva Gauthier, de Colin

Maurice LENA. O'More et d'Ernest de Wald, beaucoup de mélodies fran-

490
LE • MÉNESTREL

caises (Debussy, Messager, ReynaldoHahn, Fauré, Gabriel — On a commencé à répéter, à l'Atelier, YAntivone de
Dupont, Ravel, Déodat de Séverac, Erik Satie). Sophocle dans une traduction de .M. Jean Cocteau. La
Les concerts ou récitals gratuits sont fréquents à pièce passera dans le courant du mois prochain.
New-York : musique de chambre, sous la direction d'Adolph L'auteur du Boeuf sur le toit traitera-t-il avec quelque
Lewisohn, récitals d'orgue de Samuel Badwin et de respect le vieux dramaturge grec?
Charles Courboin. Au programme de ce dernier, César — M. Jacques Hébertot maintient la date du 5 décembre
Franck. pour la répétition générale publique du Tsar Feodor
lannovitch, du comte A. Tolstoï, par le Théâtre Artistique
Une interview d'Albert Spalding, le violoniste américain. de Moscou. Les places, louées pour le 2 décembre, seront
H y déclare que l'école de violon française est à son avis la valables pour cette représentation.
meilleure, que le Conservatoire américain de Fontainebleau Le procès Silvain-Doumic.
Joane un parfait enseignement, et que ses compatriotes au- —
La Cour d'Appel a rendu son arrêt : elle a réformé le juge-
raient grand tort d'aller chercher en Allemagne les traditions ment du tribunal de première instance et donné raison à
du goût classique. C'est assurément l'esprit français, ajoute- M. Doumic. Dans un arrêt très longuement et très bien
:-il, esprit complet (spirit of thoroughness),quiles respecte motivé, elle explique que le droit de réponse ne peut exister
;t qui les applique le mieux. que lorsqu'il y a eu attaque ou préjudice porté à quelqu'un,
A. Spalding vient de composer un Quatuor pour cordes. mais qu'il ne suffit pas d'avoir été nommé dans un journal
La Philharmonie Society donnera cinq concerts que le pour avoir le droit d'encombrer ses colonnes.

adio «distribuera dans un rayon de i.Soo milles. Il y aurait là, dit le jugement, une sorte d'atteinte portée
»
Maurice LENA.
à la liberté de la presse.
Voilà qui est sagement jugé et la presse entière doit être
— Le violoncelliste Hollman vient d'obtenir un grand reconnaissante à M. Doumic d'avoir enfin fait trancher
juccès à New-York, en jouant à la Société Philharmonique cette grave question.
e Concerto de Saint-Saëns. BIBLIOGRAPHIE
ANDRÉ DUMAS : Ma petite Yvette.
— (Chez P!on-Nourrit et O).
L'histoire d'un père qui, resté seul dans la vie avec sa petite
ÉCHOS ET NOUVELLES fille, voit la jeune àme s'éveiller, s'ouvrir, rayonner... et, brus-
quement, s'envoler. OEuvre où, de l'excès mênie de la souffrance
naît une pure et noble aspiration vers ce qui est sans mort.
A l'Opéra-Comique :
Reprise de la Lépreuse de M. Silvio Lazzari. La guerre
vait interrompu le succès de cette oeuvre. Elle l'a retrouvé NOTRE SUPPLÉMENT MUSICAL
amedi dernier; très poignante, très variée, d'effet tout {pour les seuls abonnés à ia musique)
ntérieur, la musique de M. Silvio Lazzari est solidement
crite et d'une orchestration abondante et très soignée. Nos abonnés à la musique trouveront, encarté dans ce numéro,
7est une oeuvre qui restera au répertoire. 2' Air de l'Archange- extrait de la Rédemption de César FRANCK.
Mme Carré, MUeLise Charny, Mme Brohly, MM.Trantoul,
'ieuille et Azéma constituaient une interprétation remar-
uable. M0,e Carré et M. Vieuille reprenaient les rôles programmes de5 Çorçeerts
u'ils avaient créés. M. Ruhlmann, qui avait, il y a dix ans,
irigé l'orchestre lors de la première, tenait samedi la GRANDS CONCERTS
aguette. Il sut mettre en valeur cette belle partition. Société des Concerts du Conservatoire (dimanche
3 décembre, à 3 heures, salle de l'ancien Conservatoire, sous la
Les artistes se sont réunis, mercredi dernier, au foyer, direction de M. Philippe Gauberti. — CHAUSSON : Symphonie eu si
our y recevoir le portrait de Léon Beyle peint par bémol. — BACH : Suite en si mineur. — MOZART : Concerto en mi
I. Azéma, l'artiste de l'Opéra-Comique, qui est non seule- bémol pour violon (M. Claude Lévy'i. — WAGNER : Prélude et Mort
îent un excellent chanteur, mais aussi un remarquable d'Yscult. — BEETHOVEN : Ouverture de Léonore, n° 3.
eintre. M. Albert Carré dit quelques mots pour rappeler Concerts-Colonne (samedi 2 décembre, à 5 heures, au Théâtre
i carrière artistique de Léon Beyle. du Châtelet, sous la direction de M. Gabriel Pierné). — ALFRED
BRUNEAU : Messidor, Prélude. — TOMMASINI : Clu'ari di Lima, 1" au-
— A la Comédie-Française : dition. — DEBUSSY : Prélude à VAprcs-Midi d'un Faune. — Gous-
Les dates du mardi 5 en matinée et du mercredi 6 dé-
embre en soirée sont retenues pour la répétition générale SEXS : By the Tarn, 1™ audition. — WAGNER : Murmures de la
Forêt. — BEETHOVEN : Symphonie pastorale.
t la première représentation de l'Ivresse du Sage, pièce en Dimanche 3 décembre, à 2 heures et demie, au Théâtre du
'ois actes de M. François de Curel. Châtelet, sous la direction de M. Gabriel Pierné. — BEETHOVEN :
— Le Nouveau-Théâtre présentait samedi dernier, à la Septième Symphonie. — BACH : Cantate nuptiale. — BEETHOVEN :
otinière, Narcisse, oeuvre nouvelle du compositeur Eugène Huitième Symphonie. — MAURICE LE BOUCHER : Les Trophées
iools. (Moe" Mellot-Jouberl).
— PAUL DUKAS : l'Apprenti sorcier.
Narcisse, nous conte la mythologie, était tellement amou- Concerts-Lamoureux (dimanche 3 décembre, à 3 heures,
mx de sa propre beauté qu'il passait son temps à se salle Gaveau, sous la direction de M. Paul Parayi. — WKBEB : le
îgarder dans les eaux calmes des étangs, le miroir étant Freyschiït^. Ouverture. — BEETHOVEN : Quatrième Symphonie. —
H.'ENDEL : Dixième Concerto pour orgue etorchestre (M. J. Bonnet).
ncore ignoré en cette lointaine époque. Il négligeait ainsi Adélaïde; b)
:s avances de la nymphe Echo; un jour, voulant s'appro- — WAGNER : Lohengriu. Prélude. — a) BEETHOVEN :
GEORGES HUE : les Heures (M"1" Hilda Roosevelt). — BORODINE :
her plus près de sa propre image que lui renvoyait un lac Danses polovtsiennes du Prince Igor.
ins rides, il tomba à l'eau et se noya. Moralité : ne soyez Concerts-Pasdeloup (samedi 2 et dimanche 3 décembre, à
as coquets. 3 heures, au Théâtre des Champs-Elysées, sous la direction de
C'est cette histoire ancienne que, sur un livret de Mon- M. André Caplet). — MOZART : Don Juan, Ouverture. — MOZART :
>ya, M. Eugène Cools mit en musique; il le fit avec Concerto en la pour violon et orchestre (M. Elcus). — BEETHOVEN :
Sprit, feinte naïveté et douce ironie, ce qui n'exclut ni la Neuvième Symphonie, avec choeurs.
.ntaisie ni la poésie. Si l'on a pu goûter l'invention du CONCERTS DIVERS
Jmpositeur, l'orchestre réduit qu'il dirigeait n'a pas per- SAMEDI 2 DÉCEMBRE :
ds-d'apprécier comme il convenait la saveur de la réalisa- Orchestre Philharmonique (à 3 heures, à Gaumont-Palace,
on. sous la direction de M. Louis Wurmser). — HUMPERDINCK : llànsel
et Gretet. — J. PILLOIS : l'Anémone rose. — SAINT-SAËNS : Concerto
— Les samedi 2 et dimanche 3 décembre, en soirée, en mi bémol pour piano (M"" Jeanne-Marie Darré). — MAURICE
nna, Lisa et Margot Duncan donneront deux concerts de RAVEL : Rapsodie espagnole. — Louis AUJSERT : la Forêt bleue.
anses. Concert G. Wiïlaume là 4 heures, salle Saint-Georgcsi.
— Samedi 2 décembre, à 17 heures précises, premier Concert de la Rovue Musicale (à 5 heures, au théâtre du
.Vieux-Colombier).
ancert de la Revue musicale (série B) avec le concours de Concert Alice Derlange (à 9 heures, à l'Hôtel Majestici.
lme Gabrielle Gills, de M. Robert Casadesus et de M. Livio
oni. OEuvres de Vivaldi, Claude Debussy, Ildebranio, Concert Edouard Garés (à g heures, salle Erard).
izzetti.
Concert Pujol (guitariste) (à 9 heures, salle du Conservatoire).
Concert Marthe Girveste (à 9 heures, salle des Agriculteurs).

49J
LE • MÉNESTREL

DIMANCHE 3 DÉCEMBRE : MERCREDI 6 DÉCEMBRE :


Orchestre de Paris (à 3 heures, salle des Agriculteurs, sous L'Heure Musicale (à 4 heures, salle Gaveau).
la direction de M. Georges de Lausnay). — Louis "VUILLEMIN : Concert Lucie Caffaret (à 9 heures, salle Gaveau).
Suite, i" audition. — SCHUMANN : Concerto pour piano (M™'Baltus Concert Carmen Alvarez (à 9 heures, salle Erard).
Jacquard). — BERLIOZ : la Damnation de Faust, fragments. — MAR- Concert Yvonne Lefebvre (à 9 heures, salle Pleyel).
CEL LADEY : Lied, i" audition. — DE FALLA : Sept Chansons espa- Concert Suzanne Barthélémy (à 9 heures, salle des Agri-
gnoles. — SAINT-SAËNS : Le Carnaval des Animaux. culteurs).
Concerts Spirituels de la Sorbonne (à 2 heures et demie, JEUDI 1 DÉCEMBRE :
à l'Eglise de la Sorbonne). —- Messe en ré de Beethoven. S. M. I. (à 9 heures, salle Pleyel).
Concert Georges Jacob, organiste (à9 heures, salle Gaveau). Concert Jeanne-Marie Darré (à 9 heures, salle Erard).
Concert Scricke-AntoinetteVeluard (à 3 heures, à la Schola Concert de M"e Marches! (à 9 heures, salle du Conserva-
Cantorum). toire).
LUNDI 4 DÉCEMBRE :
Chanteurs de Saint-Gervais (à g heures, salle Gaveau).
U. F. P. C. heures, salle Gaveau). — Quatuors.
(à 4 Concert de M"e d'Estournelles de Constant (à 9 heures,
Concert Blanche Selva (à 9 heures, salle Pleyel). salle des Agriculteurs).
Concert Saillard-Dietz (à 9 heures, salle Gaveau). VENDREDI 8 DÉCEMBRE :
Concert Aubert-Erza (à 9 heures, salle des Agriculteurs). Concerts-Mogador (à 3 h. 1/2, au Théâtre-Mogador).
MARDI 5 DÉCEMBRE : Concert Parent-Marthe Dron (à 4 heures, au Salon d'Au-
Concerts-Mogador (à 3 h. 1/2, au Théâtre-Mogador). tomne).
Quatuor Bastide (à 4 heures, à la Chaumière). Quatuor Loiseau (à 3 heures, salle Gaveau). — Quatuors.
Société Philharmonique (à 9 h., salle Gaveau). — Quatuor Concert de Mm" Paterson Stroobants (à 9 heures, salle des
Capet. Agriculteurs).
Concert Jean Wiener-Maria Freund (à 9 heures, salle des Concert Yvonne Astruc-Gabrielle Gills (à 9 heures, salle
Agriculteurs). Gaveau).
Concert Jane Arger (à 9 heures, salle Pleyel). Concert de Mllc d'Issoncourt (à 9 heures, salle Pleyel).
Concert Micheline Kahn (à 9 heures, salle Érard). Nouveaux-Concerts (à 9 heures, à l'Hôtel Continental).