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Chapitre 3 : La chaîne FTTH

Eric GANGLOFF
Directeur d’Etudes
Institut Mines-Telecom /Telecom SudParis
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I - Le contexte de déploiement

I. 1 - Le Plan France Très Haut Débit


I. 2 - Le cadre réglementaire
I. 3 - Le cadre d’investissement (Privé / Public)
I. 4 - Exemple illustré

II - Le cadre technique du déploiement

II.1 - Les boucles locales optiques


II.2 - Le Point de Mutualisation (PM)
II.3 - Desserte multifibres ou mono-fibre
II.31 – Configuration multifibres
II.32 – Configuration mono-fibre

III – La chaîne FTTH : du NRO au PM

III.1 - Architecture générique


III. 2 - Le Nœud de Raccordement Optique (NRO)
III. 3 - Le réseau de transport
III. 4 - Le Sous Répartiteur Optique (SRO) - Point de Mutualisation (PM)

IV- La chaîne FTTH : du PM à la PTO


IV. 1 - Le réseau de desserte (distribution et branchement)
IV. 2 - Le réseau domestique
IV. 3 - Les différentes étapes du déploiement

V - Le déploiement en zone très dense (ZTD)


V. 1 - Typologie des ZTD
V. 2 - Scénario de déploiement en ZTD

VI - Perspectives d’évolution
VI. 1 - Evolution des PON
VI. 11 - Le XG- PON
VI. 12 - Le TWDM- PON
VI. 13 - Le WDM-PON
VI. 2 - L’open access
VI. 3 - La convergence fixe-mobile

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I - Le contexte de déploiement
Dans cette première leçon, nous allons présenter le contexte global de déploiement. Tout
d'abord, quelques mots sur le Plan France Très Haut Débit. Nous aborderons ensuite la
typologie des zones de déploiement - zones très denses (ZTD), zones moins denses (ZMD) - et
nous terminerons par quelques mots sur le cadre d'investissement dans ces différentes zones.
I. 1 - Le Plan France Très Haut Débit
Le Plan France Très Haut Débit a été lancé en 2013. Il vise à déployer sur l'ensemble du
territoire, d'ici 2022, les infrastructures Très Haut Débit (THD).
Ce plan concerne près de 34 millions de lignes pour un peu moins de 37 000 communes. La
régulation est assurée par l'ARCEP, l'Autorité de Régulation des Communications
Electroniques et des Postes. Le pilotage du plan est confié à la Mission France Très Haut Débit
qui dépend de l'Agence du numérique. Ses missions principales sont d'instruire les projets,
d'accompagner les collectivités locales, d’harmoniser l'offre technique et tarifaire, et enfin de
suivre opérationnellement et financièrement le plan.

Fig 1 - Le plan France Très Haut Débit

I.2 - Le cadre réglementaire


Le modèle de déploiement français, "The french model", est un modèle original qui suscite
beaucoup d'intérêt et de curiosité.
L'ARCEP, l'autorité de régulation, a défini deux types de zones de déploiement, en fonction des
caractéristiques d'habitat : les Zones Très Denses (ZTD) et les Zones Moins Denses (ZMD).
Cette distinction va déterminer d'une part, le cadre des investissements, publics ou privés ;
d'autre part, le cadre technique du déploiement, notamment la localisation et la taille du point
de mutualisation ainsi que le caractère mono ou multifibre de l'infrastructure de desserte.

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Fig 2 - Typologie des zones de déploiement

Une première décision de l'ARCEP en 2009 a défini une liste de 148 communes correspondant
aux zones très denses. Cette liste a été réduite en 2013 à 106 agglomérations, dont 72 en Île-de-
France.

Fig 3 - Agglomérations des zones très denses (ZTD)

Compte tenu de l'hétérogénéité des zones très denses, une recommandation de juin 2011 a affiné
la définition de ces zones. Cet affinage est basé sur la notion de maille territoriale, l'IRIS (Ilots
Regroupés pour l'Information Statistique), définie par l'INSEE.
Ainsi, le territoire français est divisé en 16 100 IRIS dont 650 pour les DOM-TOM. L'ARCEP
identifie au sein des zones très denses des poches dites de basse densité.
L'exemple présenté ici illustre ce découpage.

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Fig 4 - Illustration : poches de basse densité (BD) en zone très dense (ZTD)

Il s'agit de trois communes d'Île-de-France, toutes situées dans l'agglomération du Grand Paris
Sud. Ces trois communes, Grigny, Ris-Orangis, Évry, sont en zone très dense. On peut voir que
Grigny et Ris-Orangis ne sont constituées que de poches de basse densité, alors qu'en ce qui
concerne Évry, le centre-ville est hors poche de basse densité. Le reste de la commune est
constitué quant à lui d'IRIS de basse densité. Les autres communes de l'agglomération sont en
zone moins dense.
Les zones très denses hors poches de basse densité représentent 4,7 millions de lignes, soit 14
% du total ; les zones très denses, correspondant aux poches de basse densité, totalisent 800 000
lignes, soit 2,5 % du total ; le reste du territoire correspond aux zones moins denses, soit 27,7
millions (83,5 % des lignes).

Fig 5 - Caractéristiques des zones de déploiement

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I. 3 - Le cadre d’investissement (Privé / Public)

Dans les zones très denses, les investissements sont assurés exclusivement par les opérateurs
privés, sans participation publique.
Dans les zones moins denses, deux cas peuvent se présenter.
 Les investissements sont réalisés par les opérateurs privés, là où ils ont manifesté une
intention d'investissement. Ces zones sont dites « zones AMII » (Appel à Manifestation
d'Intention d'Investissement).
 Dans les zones moins denses, non couvertes par des conventions de type AMII,
l'investissement sera public. Il sera porté par les collectivités territoriales via la mise en
place de réseaux d'initiative publique. Cet investissement sera couvert pour moitié par
les recettes d'exploitation. L'autre moitié sera assurée par des subventions et des
emprunts publics.

Fig 6 - Le cadre d’investissement (ZTD / ZMD)


En ce qui concerne les investissements, les zones très denses (ZTD) représentent 17 % des
lignes ; dans les zones moins denses, les zones AMII à la charge des opérateurs représentent 40
% des lignes. On arrive donc à un total de 57 % pour les zones conventionnées à la charge des
opérateurs. Le reste du territoire, soit 43 % des lignes, est à la charge des collectivités.

Fig 7 -

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I. 4 - Exemple illustré
Nous pouvons illustrer cette situation par l'exemple des Alpes-Maritimes.
Le département compte 163 communes pour un total de 742 149 prises. Le coût global est
évalué à 374 millions d'euros, soit un coût à la prise de 504 euros. Huit communes sont en zone
très dense ; 63 communes sont en zone moins dense AMII ; le reste du territoire, soit 99
communes est en zone moins dense, Réseau d'Initiative Publique (RIP).

Fig 8 - Les zones d’investissement


Le tableau ci-dessous (Fig 9) indique la répartition des différents coûts en fonction des zones.
Le coût moyen à la prise de 504 euros cache en fait de grandes disparités.
En examinant plus précisément la zone d'initiative privée, nous voyons que sur les huit
communes qui représentent 61 % des prises, toutes situées en zone très dense où seuls les
opérateurs peuvent déployer, le coût total est de 128 millions d'euros, pour un coût à la prise de
280 euros.
En zone AMII, donc zone moins dense, correspondant à 56 communes, le coût total est de 140
millions d'euros, pour un coût à la prise de 635 euros.
Enfin, le reste du territoire sur les 99 communes situées en réseau d'initiative publique, le coût
s'élèvera à 106 millions d'euros pour un coût à la prise de 1 640 euros.

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Fig 9 - Coûts estimés

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II - Le cadre technique de déploiement
Avec cette deuxième leçon, nous abordons le cadre technique de déploiement des réseaux
FTTH. Nous commencerons par définir les différents types de boucles locales optiques :
boucles locales optiques dédiées (BLOD), boucles locales optiques mutualisées (BLOM).
Ensuite, nous insisterons sur un élément très important des réseaux FTTH : le Point de
Mutualisation (PM).
II.1 - Les boucles locales optiques (BLOM et BLOD)
Le terme de boucle locale est en fait synonyme de réseau d'accès. Les boucles locales optiques
s'adressent à la fois aux clients professionnels et aux clients résidentiels. Le choix d'architecture
point à point ou multipoints dépend de l'opérateur. Il va dépendre aussi du type de client,
résidentiel ou professionnel.
On distingue deux types de boucles locales :
 Les boucles locales optiques dédiées (BLOD)
 Les boucles locales optiques mutualisées (BLOM)
Les boucles locales optiques dédiées ou BLOD sont exclusivement réservées aux clients
professionnels. Dans ce cas on parlera plus particulièrement d'architecture FTTO (Fiber To The
Office).
Dans le cas des boucles locales optiques mutualisées, les BLOM, on va à la fois trouver des
clients professionnels et des clients résidentiels. Dans le cas de clients professionnels, on parlera
d'architecture FTTE (Fiber To The Enterprise) et dans le cas de clients résidentiels, on parlera
d'architecture FTTH (Fiber To The Home). Dans ce cas, l'architecture qui sera déployée est plus
généralement, pour les clients résidentiels, une architecture de type GPON (Gigabit Passive
Optical Network). Les clients professionnels, eux, optent plutôt pour une architecture de type
point à point.

Fig 10 - Les boucles locales optiques

Dans le cadre de déploiement des boucles locales optiques mutualisées (BLOM), trois objectifs
sont recherchés : ouverture, neutralité, mutualisation.
Le terme d'ouverture signifie qu'un client doit pouvoir choisir son opérateur et en changer s'il
le souhaite. C'est ce qu'on appelle le churn.

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Le deuxième critère est le critère de neutralité, ce qui signifie qu'un opérateur a le choix de son
architecture. Elle peut être de type point à point ou point-multipoints.
Enfin, le dernier critère est le critère de mutualisation, ce qui signifie qu'en deçà d'un point
particulier du réseau appelé le Point de Mutualisation (PM) que nous présenterons un petit peu
plus loin, le réseau est mutualisé. Un seul opérateur construira le réseau pour l'ensemble des
opérateurs commerciaux qui utiliseront l’infrastructure..

II.2 - Le Point de Mutualisation (PM)


Ces objectifs - ouverture, neutralité, mutualisation - seront respectés grâce à la présence de
Points de Mutualisation (PM).
Ces points correspondent aux Sous-Répartiteurs Optiques (SRO). C'est en ces points que les
différents opérateurs présents sur la Boucle Locale Optique Mutualisée (BLOM) accèdent au
réseau de desserte.
Chaque opérateur déploie son propre réseau de transport depuis son NRO en amont du PM.
Quant au réseau de desserte, situé en aval du PM, il est mutualisé entre tous les opérateurs. En
cas de changement d'opérateur - ce qu'on appelle le churn - l'éventuelle reconfiguration du
réseau sera mise en œuvre au niveau du PM. Entre le PM et la PTO, les liaisons sont de type
point à point. En conséquence, c'est au PM que seront installés les derniers coupleurs.
Selon la zone concernée, une ou plusieurs fibres, au maximum quatre, seront affectées à chaque
client.

Fig 11 - Le Point de Mutualisation dans les réseaux d’accès optique

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II.3 – Desserte multifibres ou mono-fibre
II.31 – Configuration multifibres
La configuration multifibres consiste à dédier une fibre à chaque opérateur (4 au maximum), ce
qui permet d'éviter une intervention lors de la mise en service. La configuration multifibres est
réservée à certaines typologies d’habitat tous situés en zone très dense, notamment les
immeubles où le point de mutualisation est installé en zone privative ainsi que les immeubles
isolés.

Fig 12 - Cas d’une desserte multifibres

Cas de churn en desserte multifibres :


Dans cet exemple, le client A dispose d’une fibre dédiée vers l’opérateur 1 et d’une fibre dédiée
vers l’opérateur 2. Il a choisi initialement l'opérateur 1(cf fig 13a). Pour passer de l'opérateur 1
(cf fig 13b) à l'opérateur 2, il ne sera pas nécessaire d'intervenir au PM.

Fig 13a - Cas d’une desserte multifibres avant changement d’opérateur (fibre rouge)

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Fig 13b - Cas d’une desserte multifibres après changement d’opérateur (fibre bleue)

II.32 – Configuration mono-fibre


Dans la configuration mono-fibre, une seule fibre est affectée à chaque client. La configuration
mono-fibre concerne près de 90 % des prises, là où les points de mutualisation sont des armoires
de rue situées sur la voie publique et donc facilement accessibles. Cette configuration est mise
en œuvre dans les zones de faible densité, zones moins denses et poches de basse densité en
zone très dense.

Fig 14 - Cas d’une desserte mono-fibre

Cas de churn en desserte mono-fibre :


Le client ne disposant que d’une seule fibre, une intervention au point de mutualisation sera
nécessaire en cas de changement d'opérateur.
Dans l’exemple présenté ici, le client A dispose d’une seule fibre. S’il a choisi initialement
l'opérateur 1(fig 15a), cette fibre est reliée via une jarretière optique au réseau de l’opérateur 1.
Pour passer de l'opérateur 1 (fig 15b) à l'opérateur 2, il sera nécessaire d'intervenir au PM.

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Fig 15a - Cas d’une desserte mono-fibre avant changement d’opérateur

Fig 15b - Cas d’une desserte mono-fibre après changement d’opérateur

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III - La chaîne FTTH : du NRO au PM
Dans cette leçon numéro 3, nous abordons la description de la chaîne FTTH. Nous
commencerons par la partie amont de cette chaîne, celle qui va du NRO, le nœud de
raccordement optique jusqu'au point de mutualisation.
III. 1 - Architecture générique du NRO à la PTO
La boucle locale optique mutualisée (BLOM) s'identifie au réseau compris entre le Nœud de
Raccordement Optique (NRO), qui marque la frontière du réseau d'accès avec le réseau de
collecte (backbone) et la Prise Terminale Optique (PTO) au-delà de laquelle se trouve le réseau
privé du client.
Chaque opérateur dispose de ses propres NRO. Un NRO dessert quelques milliers de lignes, sa
zone géographique couvre un rayon d'une dizaine de kilomètres en zone peu dense, quelques
kilomètres voire quelques centaines de mètres en zone très dense.
La prise terminale optique, PTO, fait office de dispositif terminal intérieur optique (DTIO). Elle
matérialise la frontière entre le réseau d'accès et le réseau domestique.

Fig 16 - La boucle locale optique

Afin d'assurer les fonctions d'exploitation - mise en service, reconfiguration, test et mesure - le
réseau dispose entre le NRO et les prises terminales optiques de nœuds de flexibilité : les sous-
répartiteurs optiques (SRO), les points de branchements optiques (PBO).
Le sous-répartiteur optique est un nœud de flexibilité qui sépare le segment transport en amont,
du segment desserte en aval.
Le point de branchement optique, PBO, situé dans le réseau de desserte en aval du SRO est le
dernier nœud de flexibilité avant le branchement. C'est au niveau du PBO que s'effectue le
raccordement, au fil du temps, des nouveaux clients.

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Fig 17 - La boucle locale optique (vue détaillée)

III. 2 - Le Nœud de Raccordement Optique (NRO)


Le NRO est un bâtiment : Shelter, immeuble. Il est très souvent hébergé dans un Nœud de
Raccordement d'Abonnés (NRA) existant, ce qui permet la réutilisation d'infrastructures en
place, les fourreaux, l'énergie par exemple.

Fig 18 - le NRO
C'est au NRO que sont activées les lignes optiques du réseau d'accès. Le NRO héberge les
éléments actifs, les éléments passifs, répartiteur optique de collecte et d'accès, ainsi que les
coupleurs.
Les éléments de la zone active sont abrités dans différentes baies. Les baies télécom hébergent
les têtes de réseaux optiques appelés OLT (Optical Line Termination) en l'occurrence, les lasers
et les photodiodes qui activent le réseau d'accès. Ces équipements actifs sont connectés aux
switches et aux serveurs qui fournissent les services IP : voix sur IP, vidéo sur IP.
Le répartiteur est un équipement passif. Il permet l'affectation flexible des éléments actifs sur
les fibres du réseau d'accès. Ce brassage est réalisé au moyen de jarretières optiques. Une
jarretière est constituée d'un cordon mono-fibre terminé par un connecteur à chaque extrémité.

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Fig 19 - Organisation d’un NRO

Fig 20 - Jarretière optique

III. 3 - Le réseau de transport


Le réseau de transport est le segment de réseau compris entre le nœud de raccordement optique,
le NRO, et le point de mutualisation, le PM. Il s'agit généralement d'un réseau souterrain.
Chaque opérateur déploie son propre réseau de transport et le dimensionne en fonction de ses
choix technologiques - point à point ou PON - et du taux de pénétration envisagé dans la zone
arrière du NRO.
Les câbles optiques sont posés dans des fourreaux enterrés en polyéthylène haute densité
(PEHD), ou polychlorure des vinyle (PVC). Ces fourreaux peuvent être sous-tubés.
Des chambres intermédiaires sont utilisées pour les opérations de tirage, de piquage et
d'épissurage des fibres. Les épissures soudées sont placées dans des boîtes de protection
d'épissures étanches

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Fig 21 - Chambre et fourreaux

Fig 22 - Sous-tubage des fourreaux

Fig 23 - Boîte de protection d’épissure

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Fig 24 - Epissures soudées rangées dans une boîte de protection d’épissure

III. 4 - Le Sous Répartiteur Optique (SRO) - Point de Mutualisation (PM)


La fonction de point de mutualisation est assurée dans les Sous-Répartiteurs Optiques, les SRO.
Les points de mutualisation seront situés le plus bas possible dans le réseau afin d'économiser
les fibres de desserte.
Le point de mutualisation est matérialisé par une armoire de rue située sur le domaine public
ou dans certaines configurations des zones très denses par un boîtier de pied d'immeuble qui
sera localisé dans le domaine privé.

Fig 25 - Point de Mutualisation (PM) en armoire de rue


L'armoire que nous voyons ici (Fig 25) correspond à une infrastructure de zone moins dense.

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Cette armoire est constituée de trois parties : la partie droite correspond à la distribution vers
les clients, la partie gauche est dédiée aux opérateurs, la partie centrale est réservée au brassage.
Des jarretières optiques permettent d'affecter les fibres des clients aux fibres de transport des
opérateurs. Dans la partie distribution, chaque client peut être identifié précisément. La partie
gauche accueille donc les câbles de transport des différents opérateurs. Ces fibres de transport
sont ensuite reliées au bloc des opérateurs via des jarretières optiques.

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IV- La chaîne FTTH : du PM à la PTO

Avec la leçon numéro 4, nous poursuivons notre description de la chaîne FFTH pour examiner
cette fois-ci la partie aval du point de mutualisation jusqu'à la prise terminale optique et le
réseau domestique qui se trouve chez le client.

IV. 1 - Le réseau de desserte (distribution et branchement)


Le réseau de desserte est le segment de réseau situé entre le point de mutualisation et la prise
terminale optique. Il peut s'agir d'un réseau aérien ou d'un réseau souterrain. Nous voyons ici
une infrastructure aérienne correspondant à une zone moins dense.
Des points de branchement optique, appelés PBO, sont placés sur ce segment. Ils séparent le
réseau de distribution du réseau de branchement. Le PBO peut être un coffret fixé sur un poteau
en borne ou en façade d'immeuble dans le cas des zones moins denses ou dans les poches de
basse densité des zones très denses. Ce peut être aussi un boîtier d'étage (BE), localisé sur le
domaine privé dans certaines configurations de zones très denses.
C'est au PBO que sont réalisées les opérations de raccordement des nouveaux clients. Une fibre
de distribution sera soudée à une fibre de branchement. Les connexions fibre à fibre qui sont
réalisées en ce point sont préférentiellement des épissures soudées

Fig 26 - Point de Branchement Optique (PBO) en coffret fixé sur un poteau

IV. 2 - Le réseau domestique


Les fibres des câbles de branchement provenant des points de branchement optique aboutissent
sur les Prises Terminales Optiques (PTO) qui font office de Dispositif de Terminaison
Intérieure Optique (DTIO).
De la prise terminale optique, une fibre rejoint l'ONU (Optical Network Unit) qui réalise la
conversion optique électrique.
À partir de là, des câbles, généralement de type Ethernet, partent vers les différentes
applications, téléphone, ordinateur, télévision.
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Fig 27 - L’installation domestique

IV. 3 - Les différentes étapes du déploiement


Résumons à présent les différentes étapes du déploiement. La première étape consistera en la
création du NRO, puis la mise en place des différents points de mutualisation situés dans la
zone arrière du NRO. Ensuite sera réalisé le réseau de transport qui relie le NRO au point de
mutualisation. Ce segment de réseau est propre à chaque opérateur. Le réseau de distribution
situé entre le point de mutualisation et les points de branchement optique sera réalisé de manière
mutualisée. La dernière étape correspond au raccordement et à l'installation client qui elle se
fait au fil de l'eau.

Fig 28 - Les étapes de déploiement du réseau d’accès

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Quelques éléments de vocabulaire à présent :
Un logement est dit « raccordable » lorsque le lien PM/PBO existe. Il reste à construire le
raccordement PBO/PTO.
Lorsque ce lien est construit, le logement est dit « raccordé ».
Un logement sera dit « éligible » lorsque le lien NRO/PBO existe et qu'au moins un opérateur
commercial est susceptible de faire une offre.
Pour disposer du service, il faudra être « raccordé et éligible ».
Lorsque la fibre est en attente dans la rue, en amont du PM, le logement est quelquefois
qualifié de « couvert » ou « adressable ».

Fig 29 - Terminologie des étapes de déploiement

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V - Le déploiement en Zone Très Dense (ZTD)
Dans cette leçon numéro 5, nous allons nous intéresser au déploiement en zone très dense. Nous
verrons plus particulièrement l'installation dans des immeubles situés en zone très dense.
V. 1 - Typologie des ZTD
En ce qui concerne le déploiement en Zone Très Dense (ZTD), différents cas doivent être
envisagés comme l’illustre le tableau ci-dessous. (Fig 30)

Fig 30 - Typologie des zones très denses

En dehors des poches de basse densité, un premier cas (Cas n°1) concerne les immeubles
accessibles de plus de 12 logements. Dans ce cas, le point de mutualisation sera situé dans les
parties communes de l'immeuble, c'est-à-dire sur le domaine privé, en Boîtier de Pied
d’Immeuble (BPI). On parlera dans ce cas de Point de Mutualisation d'Immeuble (PMI). Le
point de branchement optique sera un boîtier d’étage, le réseau de desserte sera multifibres, bi-
fibres ou quadri-fibres.
Un deuxième cas peut être envisagé (Cas n°2), celui des immeubles de moins de 12 logements.
Dans ce cas, le point de mutualisation aura une capacité d'environ 100 lignes, Il sera installé sur
le domaine public en armoire de rue. On parlera dans ce cas de PMR (Point de Mutualisation
de Rue). Le point de branchement optique sera placé en façade ou sur un poteau. Le réseau de
desserte dans ce cas est mono-fibre.
Un troisième cas (Cas n°3) concerne la situation particulière des immeubles isolés de moins de
12 logements, toujours situés en dehors des poches de basse densité. Le point de mutualisation
sera situé sur le domaine public en chambre, en armoire ou en borne. Dans ce cas, le réseau de
desserte est de type multifibres.
Enfin, un dernier cas (Cas n°4) concerne les poches de basse densité de ces zones très denses.
L'ingénierie est alors identique aux zones moins denses, le point de mutualisation d’une
capacité de 300 lignes sera situé sur le domaine public en armoire de rue, on parlera alors de
PMZ (Point de Mutualisation de Zone). Le point de branchement optique sera situé en façade
ou sur un poteau et le réseau de desserte sera de type mono-fibre.

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Les différents cas que nous venons d’évoquer peuvent être illustrés suivant le schéma ci-
dessous. (Fig 31).
Dans le cas numéro 1, le point de mutualisation doit être accessible, Il se trouve dans les parties
communes de l'immeuble. Le réseau de distribution situé entre le point de mutualisation et le
boîtier d’étage correspond à la colonne montante de l'immeuble.
En ce qui concerne les cas 2, 3 et 4, le point de mutualisation est situé sur le domaine public.
La partie comprise entre le point de mutualisation et le point de branchement optique situé en
façade ou sur un poteau prend le nom de colonne rampante. La partie branchement, elle, se situe
dans le domaine privé.

Fig 31 - Différents cas de desserte en zone très dense

V. 2 - Scénario de déploiement en ZTD


Le scénario de déploiement concernant les immeubles de plus de 12 logements accessibles
situés en zone très dense se déroulera selon les étapes suivantes.
L'opérateur d'immeuble retenu par le syndic installera le point de mutualisation dans les parties
communes de l'immeuble.
Ce point de mutualisation sera matérialisé par un Boîtier de Pied d’Immeuble. Ensuite,
l'opérateur d'immeuble amènera ses câbles de transport à partir de son NRO. Les opérateurs
commerciaux feront de même à partir de leur propre NRO. L'étape suivante va concerner la
mise en place de la partie mutualisée. Partie mutualisée qui, rappelons-le, va du point de
mutualisation au boîtier d’étage et qui concernera donc plus précisément la colonne montante.
Ensuite, le raccordement des différents clients se fera au fil de l'eau, chaque opérateur
commercial raccordant son client de la prise terminale optique au boîtier d’étage

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Fig 32 - Installation d’immeuble

Fig 33 – Point de Mutualisation d’Immeuble (PMI)

Nous voyons dans l’exemple ci-dessus (Fig 32 et 33) une installation d'un immeuble de plus de
12 logements accessibles situé en zone très dense. Il s'agit plus particulièrement ici d'une
ingénierie quadri-fibres. Le point de mutualisation d'immeuble est situé dans les parties
communes de l'immeuble, il est constitué des différents blocs opérateurs. De chaque bloc
opérateur sort un câble de couleur spécifique qui va ensuite traverser un éclateur pour constituer
le câble de distribution constitué de modules quadri-fibres. Chaque client dispose de quatre
fibres, une par opérateur.

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L’éclateur (Fig 34) est utilisé dans le cas d’une configuration quadri-fibres. Ce dispositif permet
de réorganiser les fibres. D’un côté, nous observons les câbles provenant des différents blocs
opérateurs. Comme on peut le voir, chaque opérateur se voit affecter une couleur : rouge, bleu,
vert et jaune. De l'autre côté, le câble est structuré en modules quadri-fibres. Un module
contenant quatre fibres est dédié à chaque client. Chaque opérateur dispose de sa propre fibre.

Fig 34 – Description de l’éclateur de fibres

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VI - Perspectives d’évolution
Avec cette leçon 6, qui est la dernière leçon de ce chapitre, nous allons examiner quelques
perspectives d'évolution des réseaux d'accès optique. Nous verrons tout d'abord l'évolution
proprement dite des réseaux PON (Passive Optical Networks). Nous verrons ensuite un autre
aspect qui concerne l'open access et nous terminerons par la convergence fixe-mobile.
VI. 1 - Evolution des PON
Les réseaux PON qui sont actuellement déployés répondent à la norme G. 984 de l'UIT, l'Union
internationale des Télécoms. Ces réseaux PON sont des GPON (Gigabit Passive Optical
Networks). Au-delà, de nouvelles générations de PON sont en cours de déploiement ou en
étude, c'est ce qu'on appelle des NG-PON, des PON de nouvelle génération. Immédiatement
après le GPON vient le XG-PON, PON à 10 gigabits par seconde qui répond à la norme G. 987
de l'UIT. Au-delà, en préparation, répondant à la norme G. 989, nous avons le TWDM-PON
(Time Wavelength Division Multiplexing PON) qui combine à la fois la dimension temporelle
et longueur d'onde. Au-delà, de manière plus prospective, nous aurons des PON qui seront basés
quasiment exclusivement sur le WDM.

Fig 35 – Normalisation des réseaux PON


(ITU : International Telecommunication Union)

VI. 11 - Le XG-PON
La première étape de l'évolution des systèmes d'accès optique point-multipoint concerne le XG-
PON. Rappelons que le GPON utilise la longueur d'onde de 1490 nm dans le sens descendant
et 1310 nm dans le sens montant. Le XG-PON utilisera la longueur d'onde de 1577 nm dans le
sens descendant et 1270 nm dans le sens montant. Sur ce schéma, nous voyons que la
cohabitation entre les deux systèmes, GPON et XG-PON, est tout à fait envisageable. Les
longueurs d'onde sont différentes. Il suffira d'utiliser d'une part des coupleurs côté OLT, 2 vers
2 ou 2 vers 1, permettant cette cohabitation et d'utiliser par ailleurs les filtres adéquats pour
pouvoir séparer les différents flux de trafic.

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Fig 36 – Le XG-PON (ITU – G.987)

VI. 12 - Le TWDM-PON
Un exemple de PON utilisant à la fois la dimension fréquentielle et temporelle que nous
retrouvons dans la recommandation G. 989 de l'UIT, l'Union Internationale des Télécoms, est
le TWDM-PON (Time Wavelength Division Multiplexing-Passive Optical Network).
Dans ce PON, quatre longueurs d'onde sont utilisées dans le sens descendant et quatre longueurs
d'onde dans le sens montant.
Dans le sens descendant, ces quatre longueurs d'onde sont situées dans la bande 1595-1605 nm.
Dans le sens montant, les quatre longueurs d'onde occupent la bande 1525-1545 nm. Ces
TWDM-PON permettent aujourd'hui d'envisager des débits partagés de 40 Gbit/s dans le sens
descendant.

Fig 37 – Le TWDM-PON (ITU – G.989)

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L'extraordinaire potentiel de la fibre optique permet d'envisager la cohabitation de ses différents
systèmes sur la même infrastructure, chaque système utilisant des bandes de fréquences
spécifiques et normalisées. Nous allons donc retrouver le GPON, le XG-PON, le TWDM-PON,
mais il sera aussi possible d'y ajouter des liaisons point-à-point qui occuperont la bande de
fréquence 1605-1625 nm, la vidéo pour laquelle sera réservée la bande 1550-1560 nm. En ce
qui concerne le test et mesure, les réflectomètres pourront eux fonctionner dans la bande 1625-
1650 nm. Le schéma qui apparaît ci-dessous (fig 32) issu de la recommandation G. 989 de l'UIT
permet d'avoir une vue d'ensemble de l'occupation spectrale sur la fibre optique.

Fig 38 – Le plan de fréquence (ITU – G.989)

VI. 13 - Le WDM-PON
Au-delà du XG-PON se profile l'évolution vers le WDM-PON. Dans un WDM-PON, nous
allons utiliser une dimension supplémentaire qui est la possibilité d'utiliser un panel de
longueurs d'onde. Rappelons que dans les PON répondant aux normes G. 984 ou G. 987, une
seule longueur d'onde est utilisée dans le sens descendant et donc partagée entre 64 clients, de
même dans le sens montant. Sur le chemin menant à ces PON WDM, on peut imaginer des
PON hybrides où une longueur d'onde serait partagée par un nombre limité de clients. Une
longueur d'onde pour huit clients, par exemple.

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Fig 39 – Le WDM-PON

VI. 2 - L’open access


Une autre évolution envisageable, relative cette fois-ci au service, concerne l'évolution vers
l'open access.
Dans la situation actuelle, dite triple play, un client donné reçoit l'ensemble de ses services du
même opérateur.
Dans l’exemple ci-dessous, le client numéro 2 reçoit l'ensemble de ses services - S1 par exemple
correspondant au téléphone, S2 à l'accès à internet et S3 la vidéo - d'un seul opérateur,
l'opérateur numéro 1.

Fig 40 – Le triple play

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Dans une configuration d'open access, ce même client numéro 2 pourra recevoir par exemple
son service téléphonique de l'opérateur numéro 2, son accès internet de l'opérateur numéro 1 et
la vidéo de l'opérateur numéro 3. La dimension WDM pourrait par exemple faciliter cette
nouvelle approche.

Fig 41 – L’open access

VI. 3 - Convergence fixe-mobile


Une évolution significative des futurs réseaux très haut débit concerne l'intégration fixe-mobile.
On oppose souvent ces deux réseaux, fixes et mobiles, alors qu'une complémentarité se dessine
entre ces deux réseaux.
Dans la situation actuelle, l'accès fixe FTTH est totalement disjoint de l'accès mobile entre
stations de base et contrôleurs, mais l'on imagine que dans les années à venir, les stations de
base seront totalement intégrées au réseau FTTH, l'antenne mobile 5G, voire au-delà, n'étant
plus alors qu'un client ordinaire sur le réseau FTTH.

Fig 42 – La convergence fixe-mobile

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