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Projet International pour l’Elimination de s POPs Promouvoir la participation active et efficace de la
Projet International pour l’Elimination de s POPs Promouvoir la participation active et efficace de la
Projet International pour l’Elimination de s POPs Promouvoir la participation active et efficace de la

Projet International pour l’Elimination des POPs

Promouvoir la participation active et efficace de la Société Civile dans la mise en œuvre de la Convention de Stockholm

ETUDE D’IMPACT SOCIO-ECONOMIQUE, SANITAIRE ET ENVIRONNEMENTAL DE L’UTILISATION DES POLLUANTS ORGANIQUES PERSISTANTS (POPs) A DAVIE AU NORD DE LOME (REGION MARITIME) TOGO

(POPs) A DAVIE AU NORD DE LOME (REGION MARITIME) TOGO Pesticides périmés stockés au Magasin D.A./PV

Pesticides périmés stockés au Magasin D.A./PV (Davié), Togo Photo PAN TOGO, 2005

au Magasin D.A./PV (Davié), Togo Photo PAN TOGO, 2005 PESTICIDE ACTION NETWORK TOGO Angle, Avenue de

PESTICIDE ACTION NETWORK TOGO

Angle, Avenue de la Victoire, Rue N°10, Immeuble 66 BP : 30.676, Lomé-Togo Tél : +228-225-05-09; Mobile : +228-908-07-42 Fax : +228-225-05-09/++28-222-29-91 Email : pan-togo@cooperation.net/ ebeh@cooperation.net

Togo Septembre 2005

ebeh@cooperation.net Togo Septembre 2005 Projet International pour l’Elimination des POPs (IPEP)

Projet International pour l’Elimination des POPs (IPEP) Website – www.ipen.org

A propos du Projet International pour l’Elimination des POPs (IPEP) Le 1 er mai, 2004, le Réseau international pour l’élimination des POPs (IPEN http://www.ipen.org) a débuté un projet international des ONG appelé projet international pour l’élimination des POPs (IPEP) en partenariat avec l’Organisation des Nations Unies pour le Développement Industriel (ONUDI) et le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE). Le Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM) a fourni le financement de base du projet.

L’IPEP a trois principaux objectifs :

Encourager et permettre aux ONG dans 40 pays en voie de développement et en transition de s’engager dans des activités qui apportent des contributions concrètes et immédiates aux efforts du pays dans la préparation de la mise en œuvre de la Convention de Stockholm.

Améliorer les compétences et connaissances des ONG pour leur permettre de renforcer leurs capacités en tant qu’intervenants efficaces dans le processus de mise en œuvre de la Convention de Stockholm ;

Aider à la mise en place de mécanismes de coordination et au renforcement des capacités régionales et nationales des ONG dans toutes les parties du monde en faveur d’initiatives durables en vue d’obtenir la sécurité chimique

L’IPEP soutient la préparation des rapports sur la situation du pays, les zones contaminées, les zones sensibles, l’élaboration de stratégies et politiques et les activités régionales. Trois principaux types d’activités seront soutenus par l’IPEP : la participation au programme national de mise en œuvre, aux ateliers de formation et de sensibilisation, à l’information et aux campagnes de sensibilisation du public.

Pour de plus amples informations, veuillez consulter http://www.ipen.org

L’IPEN exprime toute sa reconnaissance au Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM), à l’Agence Suisse pour le Développement et la Coopération, à l’Agence Suisse pour le Paysage et les Forêts de l’Environnement, au Fonds Canadien sur les POPs, au Ministère de l’Habitat, de l’Aménagement Spatial et de l’Environnement du Royaume des Pays-Bas (VROM), à la Fondation Mitchell Kapor, au Sigrid Rausing Trust, au New York Community Trust et autres pour leur soutien financier.

Les idées émises dans ce rapport sont celles des auteurs et pas nécessairement les idées des institutions qui en assurent la gestion et/ou le soutien financier.

Ce rapport est disponible dans les langues suivantes : Résumé en anglais et le rapport intégral en français.

Projet International pour l’Elimination des POPs (IPEP) Website – www.ipen.org

TABLE DES MATIÈRES

LISTE DES TABLEAUX

 

1

LISTE DES FIGURES

1

SIGLES ET ACRONYMES

3

REMERCIEMENTS

4

SUMMARY

5

RESUME

9

I. INTRODUCTION

14

I.1. DESCRIPTION DE LA ZONE DU PROJET

14

I.2. BUT ET OBJECTIFS DU PROJET

15

I.3. DONNÉES GÉNÉRALES SUR LE TOGO

16

 

I.3.1. Géographie et population

16

I.3.2. Données socio-économiques

17

I.3.3. Cadre institutionnel

17

1.3.4. Cadre législatif et réglementaire relatif aux pesticides

17

I.4. PRODUCTION, UTILISATION, IMPORTATION ET EXPORTATION DES PESTICIDES AU TOGO

18

II. ANALYSES DES PROBLEMES LIES AUX POPS

RECENSES DANS LE MILIEU

22

II.1. LES PROBLÈMES LIÉS À LUTILISATION DES PESTICIDES

22

 

II.1.1. Aperçu général sur l’utilisation des pesticides à Davié

22

II.1.2. CATÉGORISATION DES PRODUITS UTILISÉS

24

III. POSITION DES POPULATIONS PAR RAPPORT À L’UTILISATION DES PESTICIDES

25

IV. LES CONSÉQUENCES DE L’UTILISATION ABUSIVE DES PESTICIDES À DAVIÉ

25

IV.1. CONCENTRATIONS DES COMPOSÉS ORGANOCHLORÉS EXTRAITS DES GRAINES SÉCHÉES À DAVIÉ

26

 

IV.1.1. Méthodologie de prélèvements

26

IV.1.2. Les étapes après l’échantillonnage et le pré-traitement

26

IV.1.3. Bref commentaire des résultats de l’analyse

29

IV.1.4. Risques sur la santé et sur l’environnement des populations

30

IV.2. LES CAS DINTOXICATION LIÉS AUX PESTICIDES

33

 

IV.3. La contamination du sol

33

V. LES GROUPES DE POPULATIONS EXPOSÉS AUX PESTICIDES

34

VI. APPROCHES DE SOLUTION

 

35

VII. RECOMMANDATIONS

36

VIII.

CONCLUSION

37

IX.

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

38

ANNEXES

 

39

ANNEXE I. TABLEAU DES PESTICIDES OBSOLÈTES RECENSÉS À DAVIÉ (MAGASIN D.A/PV)

39

QUANTITÉ

39

ANNEXE II. PHOTOS : PESTICIDES OBSOLÈTES À DAVIÉ

40

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Liste des tableaux

TABLEAU 1 : PESTICIDES ACTUELLEMENT UTILISÉS SELON LES RÉSULTATS DE LENQUÊTE 24

ORGANOCHLORÉS

24

TABLEAU 2. CONCENTRATIONS DES COMPOSÉS ORGANOCHLORÉS EXTRAITS DES GRAINES SÉCHÉES

28

TABLEAU 3 : TOXICITÉ DES PESTICIDES EN FONCTION DU MODE DABSORPTION ET DE LÉTAT

DE SANTÉ DE LHOMME

31

Liste des figures

FIGURE 1 : EVOLUTION PONDÉRALE (EN KG) DES IMPORTATIONS DES INSECTICIDES NON- AÉROSOLS

21

FIGURE2 : USAGE DE PESTICIDES : CONSÉQUENCES ET RELATIONS ENTRECROISÉES DE CAUSES À EFFET

32

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SIGLES ET ACRONYMES

CEET

Compagnie Energétique et Electrique du Togo

D.A

Direction de l’Agriculture

DAEP

Direction de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche

DGSCN

Direction Générale de la Statistique et de la Comptabilité

EDST

Nationale Enquête Démographique et de santé du Togo

FEM

Fonds pour l’Environnement Mondial

HCB

Hexachlorobenzène

IOMC

Inter-Organization Programme for the Sound Management

IPEP

of Chemicals International POPs Elimination Project

IPEN

International POPs Elimination Network

MERF

Ministère de l’Environnement et des Ressources

ODEF

Forestières Office du Développement et d’Exploitation des Forêts

ONUDI

Organisation des Nations Unies pour le Développement

PAN AFRICA

Industriel Pesticide Action Network AFRICA

PAN TOGO

Pesticide Action Network TOGO

PCB

Polychlorobiphényles

PCDD

Polychlorodibenzo-p-dioxines

PCDF

Polychlorodibenzo-furanes

PMA

Pays les Moins Avancés

PNAE

Programme National d’Action pour l’Environnement

PNUD

Programme des Nations Unies pour le développement

PNUE

Programme des Nations Unies pour l’Environnement

POPs

Polluants Organiques Persistants

SAICM

Approche Stratégique de gestion internationale des

SOTED

produits chimiques Société Togolaise d’Etudes et de Développement

SOTOCO

Société Togolaise de Coton

TDE

Togolaise Des Eaux

TEQ

Toxique Equivalent

UNITAR

Institut des Nations Unies pour la Formation et la Recherche

REMERCIEMENTS

1. PAN TOGO et tous ses membres affiliés, organisations partenaires et amis, remercient vivement le FEM, l’ONUDI et l’UNEP, respectivement bailleur de fonds et agence d’exécution de ce projet. Sans ce concours financier et cette assistance technique, le présent projet n’aurait pu être initié et exécuté.

2. Nous remercions également très vivement PAN AFRICA et son équipe pour leur partenariat et appui et surtout pour la confiance exprimée en notre organisation en nous associant à ce projet.

3. Merci à vous aussi, Mesdames et Messieurs de l’IPEN pour avoir négocié et initié le projet IPEP.

4. Nous disons aussi un sincère merci aux autorités togolaises, en particulier au Coordinateur National du Projet POP Togo pour sa fructueuse collaboration.

5. Grand merci enfin aux autorités locales de Davié et à toute sa population pour leur fructueuse collaboration.

Summary

During the preliminary inventory of obsolete pesticides made by the Togolese Environmental Directorate in 2003 and led within the framework of the Stockholm Convention implementation activities on POPs, obsolete pesticides have been found in Davie, namely in the Agriculture Directorate store located in this village. Obsolete pesticides are spread on the soil, inside and in the surroundings of the store. As it is presented in the report, this environment seems to be contaminated by pesticides, namely POPs. However, investigation has neither been carried out among small-scale farmers nor samples taken on cereals.

The present project aims at better understanding impacts of pesticide use, namely POPs on human health and on the environment, people opinion regarding pesticides, viewpoint regarding other POPs present in the environment, etc in order to provide PAN TOGO with reliable advocacy/lobbying data in favour of the ratification of the Stockholm Convention on POPs.

Methodology

Generalities

The methodology below has been used for the present field study:

1)

Setting-up of three working groups: Sociologic and Anthropologic Investigation

2)

Team, Legal review Team, Health and Environmental Impact Study Team. Visits and interviews

Systematic visits in stores and sites stocking and distributing phytosanitary products and belonging to public- national, para-public and private institutions in Davie.

Interviews with phytosanitary regulators on secondment in the terrestrial frontiers, people in charge of phytosanitary control, storekeepers and pesticide users in the locality

Visits in health structures: Onchocercose, cleaning up and hygiene Services

Visits in CEET and TDE thermal centrals

Visits in waste incineration tips

Interviews with people of the different localities.

3)

Preparing sectoral reports within each team.

4)

Internal debriefing sessions and reports’ validation

5)

Sending of the temporary document to an external committee, including to certain

6)

experts involved in the POPs project in Togo. Limited validation session of the study report with the committee

Hypotheses

Many hypotheses have been made before the study started.

Abusive use and ignorance of pesticide hazards among populations

Possibilities to use POPs in the private sector

Davie is a POPs-contaminated locality.

Study results

The verification of hypotheses led to the following conclusive results:

Regarding the hypothesis 1: abusive use of pesticides and lack of awareness of pesticide-related hazards among populations

The investigation revealed that the use of pesticides is virtually indispensable for cash crops such as maize and market-gardening according to populations.

Producers in their whole have admitted that they can not have a good campaign without pesticides. The non-use of pesticides might lead to low harvests, according to them. Yields might decrease at the rate of more than a half (60%) or even 100%. This might lead to significant losses both for farmers and countries.

88% of the bean producers admit that they can have good yields without using pesticides because attacks are not permanent.

20% of people interviewed use herbicides in rice irrigated production and field preparation.

Fungicides are found in market-gardening where 90% of people interviewed said that they systematically use them in the farming of cabbage, tomato and certain vegetables. Without this product, they won’t be able to harvest, mainly with cabbages where the yields can drop up to 35%.

Only a slight percentage (11%) of people interviewed have a small idea on organic agriculture but don’t adopt it for lack of thorough and appropriate training.

95% of farmers want to minimize their use in pesticides because of health problems and in order to increase their profitability currently compromised by high pesticide prices.

97% of farmers don’t even know about the existence of the different pesticide families

56% can distinguish insecticides (to combat insects) from fungicides (to combat diseases caused by microscopic funguses)

72% can make the differences between insecticides and herbicides

Poisoning cases due to pesticides

There are no data on pesticide-related poisonings in Togo and particularly in the health district of Davie. However, nurses have detected some acute poisonings that might be caused by pesticides. We don’t have accurate evidence about the origin of these poisonings but have based our findings on declarations made by patients or their families in health districts.

Regarding hypothesis 2: Possibility to use POPs in the private sector

The investigation didn’t allow us to discover the recourse to POPs as specified within the Stockholm Convention for farmers. However, it has revealed that pesticides are used for other purposes. Indeed, pesticides such as endosulfan, massively used in cotton production in Togo have been found among many market-gardeners. Besides, many pesticides used could not be identified for being put in non-labeled containers. Even market-gardeners interviewed could not inform us about the nature of these pesticides. They limited themselves to saying that they bough the products from other market-gardeners who have themselves acquired them from hawkers coming from Ghana.

Regarding hypothesis 3: Davie is a POPs-contaminated locality

Presence of POPs residues in certain cereals: indeed, samples taken on cereal products (Vigna Unguiculata, (L.), Walp (niebe), Zea Mays L. (maize), Pennisetum americanum (L.), leeke (millet), Sorghum bicolour (L.), Moench (sorghum) have revealed a high presence of pesticide residues, among which POPs higher than standards. (See table, p.24)

Soils contamination: many sites in Davie seem to be contaminated by pesticides, namely POPs. It is about the immediate environment of the DAPV store and the chemical stockpiling site. In these two localities, pesticides are found in the soils and have highly reddened the grass and created reddish vegetation.

Dioxin and furan releases: Regarding substances included in the annex C of the Stockholm Convention on POPs, it is mentioned some dioxin and furan releases in the air and residues stemming from bushfires and inappropriate burnings of household wastes among which are found biomedical wastes classified in category of hazardous wastes by the Basel Convention on cross-border movements of hazardous and other wastes.

Moreover, it is worth mentioning that it is more likely to find POPs in high concentrations in breast milk among women living in this area considering significant quantities of pesticide residues present in food. Regarding this situation, the WHO campaign in favour of breastfeeding in our country can constitute an important source of POPs transmission from mothers to children.

Groups of people exposed to pesticides

Populations exposed to potential pesticide risks can be divided in sub-groups according to the exposure level. Generally, sub-groups are the following:

Rural workers and market-gardeners potentially exposed to POPs and to other pesticides

Warehouse keepers in charge of managing warehouses contaminated by POPs

People formerly or currently handling POPs

Populations exposed or living next to areas where burning operations are carried out (wastes/household wastes, biomass)

Populations involved in salvage operations or using POPs-containing equipments

Taxi-motorbike drivers exposed to U-POPs stemming from factory and exhaust fumes.

Domestic maids exposed to dioxin/furan releases during food preparation on firewood.

According to our observations, rural populations with traditional way of life are virtually not exposed because pesticides use is low. However, certain pesticides can fall within small-scale farmers’ hands cultivating subsistence crops. Most of the time, they are not knowledgeable about pesticide hazards and precautions to take. This does mean that they are not totally spared by these toxic chemicals’ hazards.

On the other hand, exposure of rural populations can occur through food, air and water current. It is mainly about accidental exposure, outside workplaces following:

Conservation of pesticides in a unlocked cupboard within reach of children

Conservation of pesticides in non-labeled recipients or reuse of pesticide recipients to keep water or food.

Conservation of agricultural pesticides next to unprotected foodstuffs

The use of pesticides to household or medical purposes, with a risk of massive exposure through skin route or by inhalation

The use of old pesticide recipients to carry or keep water or other food.

Transportation of food and seeds in the same vehicles than pesticides

Medicinal plants cultivated in pesticide-treated farms are also sources of human contamination and poisonings

It is necessary to carry out more thorough studies by taking samples on biotic and abiotic compartments to assess the contamination level and take appropriate measures.

For the time being, IEC programs must be initiated to inform and raise awareness of the abusive use of pesticides among local populations

RESUME

Lors de l’inventaire préliminaire sur les pesticides obsolètes effectués par la Direction de l’Environnement du Togo en 2003, dans le cadre des activités habilitantes pour la mise en œuvre de la Convention de Stockholm sur les polluants organiques persistants, des pesticides obsolètes ont été retrouvés à Davié et notamment dans le magasin de la Direction de l’Agriculture basé dans ce village. Des étanches de pesticides ont répandu sur le sol dans ce magasin et à côté du site de stockage des produits chimiques de la localité. Tel que présenté dans ce rapport, ce milieu paraît être contaminé par les pesticides et notamment par les pesticides POPs. Mais aucune enquête n’a été faite auprès des paysans ni aucun prélèvement sur les produits céréaliers.

Le présent projet vise à mieux comprendre les effets de l’utilisation des pesticides et notamment des POPs sur la santé et l’environnement dans le milieu, la position des populations par rapport à l’utilisation des pesticides, une vision sur les autres POPs présents dans le milieu, etc., dans une perspective de fournir à PAN TOGO des données fiables de lobbying et plaidoyer en faveur de la ratification et la mise en œuvre de la Convention de Stockholm sur les polluants organiques persistants.

Méthodologie

Généralités

La méthodologie suivante a été utilisée pour la présente étude de terrain :

1) Constitution de trois équipes de travail qui sont : équipe Enquête sociologique et anthropologique, équipe Etude Juridique et Equipe Etude d’Impact Sanitaire et Environnemental

2) Visites et entretiens

Visites systématiques des magasins et sites de stockage et de distribution des produits phytosanitaires des institutions nationales publiques, parapubliques et privées de Davié;

Entretiens avec les contrôleurs phytosanitaires détachés au niveau des frontières terrestres ainsi que les responsables des divisions du contrôle phytosanitaire et magasiniers et utilisateurs des pesticides de la localité ;

Visites des structures de santé : Onchocercose, Services d’Assainissement et d’Hygiène ;

Visites dans les centrales thermiques de la CEET et de la TDE ;

Visites des dépotoirs sauvages d’incinération de déchets ;

Entretiens avec les localités.

3) Préparation de rapports sectoriels au niveau de chaque équipe 4) Séances de débriefing internes et validation interne des rapports 5) Envoi du document provisoire à un comité externe et notamment à certains experts impliqués dans le projet Pop Togo 6) Séance restreinte de validation du rapport de l’étude avec ce comité

Hypothèses

Plusieurs hypothèses ont été émises avant le début de l’étude :

- Utilisation abusive et ignorance des populations des dangers des pesticides

- Possibilité d’utilisation de POPs dans le secteur privé

- Davié est une localité contaminée par les POPs

Résultats de l’étude

La vérification des hypothèses émises a abouti aux résultats probants suivants:

3.1. Par rapport à l’hypothèse 1 : Utilisation abusive et ignorance des populations des dangers des pesticides

L’enquête a révélé que selon les populations, l’utilisation des pesticides est quasi indispensable pour les cultures de rente telles que le maïs et le maraîchage.

ە Tous les producteurs de ces cultures ont avoué qu’ils ne peuvent pas faire une bonne campagne sans les pesticides. Selon eux, les récoltes seraient mauvaises sans leur apport. Le rendement pourrait chuter à plus de la moitié (60%) voire 100%. Cela entraînerait d’énormes pertes aussi bien pour les producteurs que pour le pays.

ە Les producteurs du haricot à 88%, avouent qu’ils peuvent ne pas recourir aux pesticides et avoir un bon rendement car les attaques ne sont pas permanentes.

ە Une proportion non négligeable d’enquêtés, 20%, utilise néanmoins des herbicides dans la production du riz irrigué et en préparation de terrain.

ە Les fongicides se rencontrent plus en culture maraîchère où 90% des enquêtés ont déclaré en faire un usage systématique dans la culture de choux, de tomates et de certains légumes. A défaut de ceci, ils font remarquer qu’ils risquent de ne rien récolter surtout pour les choux, où le rendement peut tomber jusqu’à 35%.

ە Seulement 11% des producteurs interrogés, ont une petite idée de l’agriculture biologique mais n’y recourent pas, par manque de formation adéquate approfondie.

ە 95% des producteurs souhaitent une réduction de l’utilisation des pesticides à cause des problèmes de santé mais aussi pour accroître la rentabilité qui est actuellement compromise à cause des prix exorbitants des pesticides.

ە 97% de l’échantillon n’ont aucune connaissance sur l’existence des familles de pesticides.

ە 56% peuvent faire la différence entre les insecticides (destinés aux insectes) et les fongicides (pour lutter contre les maladies causées par les champignons microscopiques.)

ە 72% connaissent les différences entre insecticides et herbicides.

Les cas d’intoxication liés aux pesticides

Il n’existe pas de données sur les intoxications liées aux pesticides au Togo et en

particulier dans le dispensaire de Davié. Mais des infirmiers font cas de quelques intoxications aiguës attribuées aux pesticides. Ces intoxications sont attribuées aux pesticides sans aucune preuve certaine à partir des déclarations faites par les patients ou leur famille lors de leur admission dans les formations sanitaires.

Par rapport à l’hypothèse 2 : Possibilité d’utilisation de POPs dans le secteur privé

L’enquête n’a pas permis de découvrir le recours aux POPs définis par la Convention de Stockholm auprès des producteurs. Toutefois, l’enquête a permis de constater qu’il y a un détournement de l’utilisation des pesticides. En effet, des pesticides comme l’endosulfan, massivement utilisé dans la production cotonnière au Togo, ont été retrouvés auprès de plusieurs maraîchers. En outre, plusieurs pesticides utilisés n ‘ont pu être identifiés, en raison du fait que ces pesticides sont mis dans des emballages non étiquetés. Même les maraîchers interrogés n’ont pas été en mesure de préciser la nature de ces pesticides, se limitant à dire qu’ils les ont acheté auprès d’autres amis maraîchers qui eux-même les ont achetés auprès des vendeurs ambulants venant du Ghana.

Par rapport à l’hypothèse 3 : Davié est une localité contaminée par les pesticides POPs

- Présence de résidus de pesticides POPs dans certains produits céréaliers : En effet, des prélèvements effectués sur les produits céréaliers (Vigna unguiculata (L.) Walp (Niébé), Zea mays L. (Maïs), Pennisetum ameri-canum (L.) Leeke (Petit mil), Sorghum bicolor (L.) Moench (Sorgho), révèlent une forte concentration de résidus de pesticides dépassant les doses admises en la matière, parmi lesquels on retrouve les POPs (Voir tableau, p.24.)

- Contamination des sols : Plusieurs sites visités à Davié présentent l’aspect d’un endroit fortement contaminé par les pesticides et notamment les POPs. Il s’agit en effet de l’environnement immédiat du magasin D.A/PV et du site de stockage des produits chimiques. Dans ces deux localités, on y trouve des étanches de pesticides au sol qui ont fortement rougi les herbes et laissant une végétation rougeâtre.

- Rejets de dioxines et furannes : Relativement aux substances inscrites à l’Annexe

C de la Convention de Stockholm sur les Polluants Organiques Persistants, on peut

aussi mentionner quelques rejets de dioxines et furannes dans l’air et les résidus par suite de feux de brousse et brûlage sauvage des déchets ménagers parmi lesquels on trouve des déchets biomédicaux, classés dans la catégorie des déchets dangereux par la Convention de Bâle sur les mouvements transfrontières de déchets dangereux et autres déchets.

Il faut en outre noter qu’il est aussi fort probable de retrouver des POPs en concentrations élevées dans le lait maternel chez les habitants de la zone en raison des traces importantes de résidus de pesticides trouvés dans les aliments. Face à cette situation, la campagne de l’OMS en faveur de

l’allaitement maternel dans notre pays peut constituer une source importante de transmission des POPs aux nouveau-nés.

Les groupes de populations exposés aux pesticides.

Les populations à risque potentiel peuvent être subdivisées en sous-groupes compte tenu du degré d’exposition. D’une manière générale, on peut distinguer les sous-groupes suivants :

- Travailleurs ruraux et maraîchers potentiellement exposés aux pesticides POPs et autres pesticides ;

- Magasiniers chargés de la gestion des entrepôts contaminés par les pesticides POPs ;

- Manipulateurs anciens et actuels de pesticides POPs ;

- Populations exposées ou côtoyant les zones où les opérations de brûlage (déchets/ordures ménagères, biomasse) ;

- Populations intervenant dans les opérations de récupération ou utilisant des équipements ayant contenu les pesticides POPs ;

- Conducteurs de taxi-motos exposés aux POPs non intentionnels provenant des fumées et gaz d’échappement des véhicules et motos ;

- Ménagères exposées aux émanations des dioxines/furannes lors de la préparation des aliments sur feu de bois.

Selon nos observations, les populations rurales au mode de vie encore traditionnelle, ne sont pratiquement pas exposées du fait que les pesticides sont peu utilisés. Mais certains pesticides peuvent tomber entre les mains de paysans pratiquant ces cultures de subsistance et connaissant mal les dangers de ces produits et les précautions à prendre, de telle sorte qu’ils ne sont pas totalement épargnés des dangers de ces produits toxiques.

Par contre, les populations rurales où les pesticides sont très utilisés sont exposées par l’intermédiaire des aliments, de l’air et de l’eau courante. Il s’agit souvent d’exposition accidentelle, en dehors du milieu professionnel suite à:

- La conservation de pesticides dans une armoire non fermée à clé, en un lieu accessible aux enfants ;

- La conservation de pesticides dans des flacons non étiquetés ou dans des

récipients utilisés pour boire ou pour manger, qui expose toute la famille ;

- La conservation de pesticides agricoles à proximité des denrées alimentaires en

vrac ;

- L’utilisation des pesticides à des fins domestiques ou médicales, avec un risque d’exposition massive par contact cutané ou par inhalation ;

- L’utilisation de vieux récipients de pesticides pour transporter ou conserver de l’eau de boisson ou autres aliments ;

- au transport des aliments ou des semences dans les mêmes véhicules que les pesticides ;

- Les plantes médicinales récoltées dans les exploitations ayant été traitées par les pesticides, sont aussi des sources de contamination et d’intoxication de l’Homme.

Il est nécessaire d’effectuer des études plus approfondies en faisant des prélèvements sur les compartiments biotiques et abiotiques, pour apprécier le degré de contamination et prendre des mesures adéquates.

Dans l’immédiat, il convient d’initier des programmes d’IEC pour informer et éduquer les populations locales sur les dangers de l’utilisation abusive des pesticides.

I. INTRODUCTION

I.1. Description de la zone du projet

Le présent projet est localisé à Davié, un village situé dans la préfecture de Zio dans la Région Maritime (sud du Togo) et plus précisément à 35 km au Nord de Lomé.

Dans ce milieu comme partout ailleurs au Togo, l’avènement de la colonisation a entraîné l’introduction des cultures industrielles au détriment des cultures vivrières. Même la Révolution Verte, amorcée en 1987, n’a pas permis de changer cette donne. La pratique des cultures industrielles (coton et canne à sucre), a engendré une forte utilisation de pesticides chimiques de synthèse dans ce milieu. Cette généralisation d’utilisation des pesticides n’a pas pour autant changer la situation sociale des producteurs, mais au contraire, cette situation s’est considérablement dégradée ces dix dernières années. Les endettements massifs liés aux coûts exorbitants des pesticides ont conduit certains producteurs à abandonner la culture du coton au profit du maraîchage, du maïs, sorgho, etc.

L’incidence de la pauvreté dans le milieu comme dans l’ensemble du territoire, s’est accrue au cours de ces dix dernières années et touche en moyenne 72,6% de la population1 1 . Les habitants de Davié comme d’autres communautés rurales du Togo, sont fortement frappés par la pauvreté. Les revenus des habitants sont issus de la pêche, de l’élevage et de l’agriculture. L'agriculture constitue le premier secteur de l'économie de cette localité et demeure le principal moteur de la croissance économique du village. Elle assurait, il y a quelques années, l'autosuffisance alimentaire de la population. Elle reste le plus grand pourvoyeur d'emplois (89% de la population), et procure plus de 93% des recettes d'exportation.

Malgré ces performances et au regard des moyens mobilisés par l'Etat en faveur du secteur, l'agriculture togolaise en général, et celle de Davié en particulier, est loin de combler les attentes. Les résultats escomptés au niveau de la population et des revenus des agriculteurs sont très peu satisfaisants. Les fortes subventions des intrants par l’Etat, n’ont permis ni d’augmenter corrélativement les recettes des paysans, ni leurs revenus annuels. On note plutôt leur endettement massif. Beaucoup de paysans interrogés, ont exprimé leur colère quant à leur sort malgré leur dévouement à l’agriculture. Les rendements sont très faibles, ils ont parfois des difficultés pour l’écoulement de leurs produits, les prix d’achat des produits céréaliers sont très bas par rapport aux difficultés rencontrées et aux moyens mis en jeu, les terres sont fortement dégradées, le changement climatique a fait disparaître la petite saison pluvieuse du sud du Togo ces cinq dernières années et empêche de pratiquer certaines cultures intermédiaires, les prix d’achat du coton sont trop faibles et les paysans reçoivent les fonds tardivement après les achats, la faiblesse d’encadrement technique des paysans, manque de structures d’encadrement aux méthodes biologiques de production, etc.

1 . Kodjo, 1996, CC-PNAE, 2003

Le seuil de la pauvreté dans la Région Maritime (zone du projet) est de 35.000 FCFA/an, soit moins de 100 dollars US par an, avec près de 44,9% de personnes qui vivent avec un revenu inférieur au seuil de pauvreté 2 .

Dans la plupart des ménages recensés, ce revenu est très modeste et est constitué pour 61,8% par les cultures, 8,7% par l’élevage, 15,2% pour les activités de transformation et 14,3% pour le commerce 3 .

Lors de l’inventaire préliminaire sur les pesticides obsolètes effectués par la Direction de l’Environnement du Togo en 2003, des pesticides obsolètes ont été retrouvés dans le milieu et notamment dans le magasin de la Direction de l’Agriculture situé dans ce village. Le rapport a également fait mention de l’utilisation dans le passé des POPs dans les secteurs de l’agriculture, de l’hygiène et de la santé. Les pesticides, fuyant de leurs conteneurs endommagés, sont répandus sur le sol à l’intérieur et aux alentours du magasin. Ainsi, ce milieu pourrait être contaminé par les pesticides et notamment par les pesticides POPs. Jusqu’à présent, aucune étude des impacts de la présence de ces stocks de pesticides obsolètes dans la zone n’a été faite. Le présent projet vise à mieux comprendre certains problèmes posés par l’utilisation des pesticides et les stocks de pesticides obsolètes à Davié.

I.2. But et Objectifs du projet

Le présent projet vise à fournir aux autorités étatiques, aux ONGs et aux communautés locales des informations sur les impacts de la contamination de certains sites par les pesticides obsolètes parmi lesquels les POPs et de l'utilisation des POPs et d'autres pesticides dans la localité de Davié. Ces informations pourront servir aux ONGs dans le cadre de leurs activités de lobbying et plaidoyer pour la mise en œuvre de la Convention de Stockholm sur les POPs, mais aussi de sensibilisation des populations sur les dangers des POPs et la convention de Stockholm.

Les objectifs du projet sont de :

faire un inventaire des pesticides et notamment des POPs existants et utilisés dans la zone du projet

déterminer les impacts sanitaire, environnemental et socio-économique de la contamination des sites par les pesticides obsolètes POPs et d’autres POPs recensés dans le milieu

fournir aux autorités responsables de la gestion des POPs des outils facilitant leurs prises de décision et aux ONGs, des outils de lobbying et plaidoyer pour la ratification et la mise en œuvre de la Convention de Stockholm sur les polluants organiques persistants

Αmener des autorités politiques et locales à favoriser l'élimination des POPs.

2

3

.CC-PNAE, 2001

. SOTED, 2005

Susciter un intérêt, de la part des ONGs locales, pour la problématique des POPs.

I.3. Données générales sur le Togo

I.3.1. Géographie et population

Situé entre les latitudes 5°N et 11°N et les longitudes 0°5'W et 2°E, le Togo couvre une superficie de 56.600 km². Il est limité au Sud par l’Océan Atlantique, au Nord par le Burkina Faso, à l’Est par le Bénin et à l’Ouest par le Ghana. Il est localisé entre le 6 ème et le 11 ème degré de latitude Nord et entre 0 et le 2 ème degré de longitude Est.

Son réseau hydrographique comprend deux bassins : le bassin de l’Oti du Nord-Est au Sud-Ouest des Monts du Togo et celui du Mono du Nord-Est au Sud-Est.

Le pays s’ouvre sur l’Océan Atlantique par une côte sableuse et un réseau lagunaire.

Le Togo est divisé en deux zones climatiques :

- Au Sud, de la côte jusqu’à Atakpamé (Région des Plateaux), le climat est subéquatorial à deux saisons pluvieuses (d’avril à juillet et d’octobre à mi- novembre) et deux saisons sèches (de mi-novembre à mars et d’août à septembre). D’Atakpamé jusqu’à Blitta (Région Centrale), succède un climat subéquatorial de transition caractérisé par deux types de régime dont les précipitations sont fonction croissante de l’altitude : un climat guinéen de plaine avec une précipitation moyenne annuelle de 1000 et 1300mm environ et un climat guinéen de montagne avec une précipitation moyenne annuelle de

1600mm.

- Au nord, existe un climat de type soudanien avec une saison de pluies d’avril à octobre et une saison sèche de novembre à mars.

La population togolaise était estimée à 4.850.000 habitants en 2002. Elle était respectivement de 1.443.000 et 2.720.000 habitants en 1960 et 1981 et a donc plus que triplé en 42 ans. La structure par âge est caractérisée par une forte proportion des jeunes de moins de 15 ans, lesquels représentent 47,7% 2 de la population totale en 1998 et 48,5% 3 en 1998. La population potentiellement active représente 48% de la population totale du pays.

2 Enquête Démographique et de santé (EDST) 1998

3 Enquête Démographique et de santé (EDST) 1998

I.3.2. Données socio-économiques

L’économie du Togo est essentiellement basée sur l’agriculture, l’élevage et l’exploitation des ressources minières dont la principale est le phosphate. En agriculture, on distingue d’une part, les productions vivrières, principalement, les céréales comme le maïs, sorgho, mil et riz et les tubercules (igname et manioc), et d’autre part, les productions d’exportation dont le coton, café et cacao.

Le Produit Intérieur Brut (PIB) en francs courants est passé de 768 milliards de francs CFA en 1995 à 1.021 milliards de francs CFA en 2002, soit un accroissement annuel de 4% ; sa structure en 2002 se présente ainsi : secteur primaire (39% dont agriculture : 30%, élevage : 5%, forêt et pêche : 4%), secteur secondaire (17,6%), secteur tertiaire (26,4%), valeur ajoutée brute des branches non marchandes (12%), TVA (7%) et produits importés des services bancaires(- 2%). Le taux de croissance du PIB réel (en francs constants) est de 1,1% en moyenne sur la période 1997-2001. Cette période a été marquée par une baisse de 2,2% en 1998 et 0,9% en 2000, imputable en partie, à une faible productivité dans le secteur primaire due à une mauvaise pluviométrie. Ce faible taux de croissance n’est pas suffisant pour faire reculer la pauvreté, au regard du taux de croissance démographique estimé à 2,4% par an. Le PIB réel par habitant a donc diminué de 1,5% en moyenne sur la période de 1997-2001 (sources).

I.3.3. Cadre institutionnel

Le Togo est organisé en collectivités territoriales sur la base du principe de décentralisation dans le respect de l’unité nationale. Ces collectivités territoriales sont les communes, les préfectures et les régions. Les collectivités territoriales sont administrées librement par des conseils élus au suffrage universel, dans les conditions prévues par la loi. La loi n° 98-006 du 11 février 1998 portant décentralisation confie d’importantes attributions aux collectivités territoriales.

Sur le plan administratif, le pays est divisé en cinq (5) régions économiques qui sont :

la Région Maritime, la Région des plateaux, la Région centrale, la Région de la Kara et la Région des Savanes.

1.3.4. Cadre législatif et réglementaire relatif aux pesticides

La législation nationale togolaise comporte quelques textes relatifs à la gestion des produits chimiques dans le souci de protéger l’environnement et la santé des populations. Au sommet de cette hiérarchie nationale, se trouve la Constitution togolaise du 14 Octobre 1992 qui, en son article 41 dispose que: « Toute personne a droit à un environnement sain. L’Etat veille à la protection de l’environnement. » En outre, l’utilisation des pesticides est juridiquement régie par la loi N° 96-007/PR du 3 juillet 1996 qui a abrogé l’ordonnance N° 17 du 7 septembre 1972 réglementant la protection des végétaux au Togo. Au sens de cette loi, il est interdit d’importer, de fabriquer, de conditionner ou de reconditionner, de stocker, d’expérimenter, d’utiliser ou de mettre sur le marché, tout produit phytopharmaceutique non autorisé ou homologué. La loi N° 88-14 du 03 novembre 1988 portant code de l’environnement du Togo comporte plusieurs dispositions relatives à la gestion des produits chimiques. A côté de cette liste de textes législatifs, on peut également retenir la loi-

cadre N°2001-002 du 23 janvier 2001 sur les médicaments et la pharmacie, la loi N°99-003 du 18 février 1999 portant code des hydrocarbures de la république Togolaise, l’Arrêté N°03/MAEP/SG/DA du 20 janvier 2000 relatif à l’agrément professionnel requis pour l’importation, la mise sur le marché, la formulation, le conditionnement des produits phytosanitaires et leurs utilisations par les prestataires et l’Arrêté N°04/MAEP/SG/DA du 20 janvier 2000 fixant le contenu des dossiers de demande d’autorisation d’expérimentation, d’autorisation provisoire de vente et d’agrément des produits phytopharmaceutiques.

De même, le Togo a ratifié depuis le 24 juillet 2004, la Convention de Stockholm sur les polluants organiques persistants, la Convention de Bâle sur les mouvements transfrontières des déchets dangereux et autres déchets et la convention de Rotterdam sur le mécanisme de consentement préalable en connaissance de cause applicable à certains produits chimiques et pesticides dangereux qui font l’objet d’échanges commerciaux au niveau international. Par ailleurs, une loi phytosanitaire existe depuis juillet 1996, de même qu’un comité d’homologation.

L’arrêté N° 07/MERF du 14 août 2001 porte création, attribution et composition du Comité National pour la Sécurité Chimique.

Enfin, en guise de la mise en application de la Convention de Stockholm, la Direction de l’Agriculture du Togo a pris deux importants arrêtés. Il s’agit notamment de l’Arrêté N°31/MAEP/SG/DA du 21 septembre 2004 interdisant l’importation et l’utilisation au Togo des organochlorés sur toutes leurs formes, notamment les Polluants Organiques Persistants (POPs) suivants : Aldrine, Endrine, Dieldrine, DDT et ses dérivés, Mirex, Toxaphène, Hexachlorocyclohexane (HCH), Chlordane, et Heptachlore.

I.4. Production, utilisation, importation et exportation des pesticides au Togo

D’après l’inventaire national sur les pesticides POPs, le Togo est un pays en développement essentiellement agricole et peu industrialisé. Il ne dispose donc pas d’infrastructures de production de pesticides en général et de production de pesticides du groupe des Polluants Organiques Persistants. Toutefois, le Togo fut un pays utilisateur de ces derniers pesticides aussi bien pour la protection phytosanitaire des cultures que pour la lutte anti-vectorielle. Actuellement, l’utilisation des pesticides POPs est officiellement et théoriquement prohibée au Togo (Arrêté N°31/MAEP/SG/DA du 21 septembre 2004 interdisant l’importation et l’utilisation au Togo des organochlorés sur toutes leurs formes, précité.)

Néanmoins, on peut rencontrer quelques pesticides POPs en quantité relativement faible au Togo soit en tant que produits obsolètes, soit comme produits en utilisation au niveau de quelques maraîchers qui se ravitailleraient à partir des pays limitrophes ou auprès des vendeurs ambulants de produits phytosanitaires ; 54% des maraîchers se ravitaillent chez les vendeurs ambulants selon une enquête de AGOSSOU, (2001.)

Au niveau des maraîchers, il n’existe pas réellement des informations précises relatives aux POPs car les produits qui peuvent être soupçonnés ne sont jamais dans leur emballage d’origine et sont de faibles quantités.

Utilisations de POPs dans le passé

Au Togo, comme dans la plupart des pays au sud du Sahara, l’utilisation des pesticides POPs était observée en agriculture, hygiène publique, médecine vétérinaire, génie civil et bâtiments : ce sont essentiellement le DDT, l’Endrine, l’Aldrine, le Dieldrine, l’Heptachlore et le Chlordane. En ce qui concerne les quantités, il est difficile de les chiffrer avec exactitude compte tenu de l’inexistence de statistiques fiables dans ce domaine à l’époque (Voir Rapport de l’inventaire préliminaire des pesticides Pops au Togo, 2003), les produits ont été introduits dans le pays par le biais des projets de développement, des dons et subventions des pays industrialisés comme l’Allemagne, le Japon, la France, les Etats-Unis, etc., ainsi que par les organisations internationales comme la FAO, la GTZ, etc.

Utilisations actuelles de POPs

A l’heure actuelle, au Togo, on utilise très peu de pesticides POPs. Cela est dû au fait que l’utilisation des pesticides POPs est interdite (Voir l’Arrêté N°31/MAEP/SG/DA du 21 septembre 2004, précité) et des alternatives (pyréthrinoïdes de synthèse, les organophosphorés, les carbamates et autres familles chimiques moins dangereuses) ont été découvertes et sont actuellement utilisées contre les ravageurs pour lesquels les POPs étaient utilisés dans le passé. Toutefois, des introductions clandestines se font à travers les frontières terrestres. Il y a également certains produits utilisés dans la protection du bois d’œuvre contre les termites et qui contiennent des quantités de POPs. Il s’agit notamment du Xylogyl qui est introduit officiellement sur le marché du Togo et qui contient de l’Aldrine et du Lindane (Pour plus de détails, Voir page 20, note sous Dans le domaine de l’hygiène publique).

Projections futures dans les utilisations de POPs

Eu égard à tout ce qui précède, nous ne pouvons pas déterminer une projection exacte dans le futur de l’importation et de l’utilisation des pesticides POPs. En dehors des pesticides POPs dont l’utilisation est sous le coup d’une interdiction ou d’une réduction officielle, l’importation et l’utilisation des autres pesticides connaissent une ampleur de plus en plus marquée.

En général, les plus grands utilisateurs de pesticides au Togo sont le secteur du coton (SOTOCO), le secteur du café et du cacao, le secteur maraîchage et dans une moindre mesure le secteur de conservation du maïs et du niébé. L’évolution des besoins en pesticides sera donc fonction de l’évolution des activités dans l’ensemble de ces différents secteurs.

Secteur du coton : l’objectif des autorités de la SOTOCO est d’atteindre une exportation moyenne en coton graines de 200 000 tonnes par an. Or à l’heure actuelle, la production moyenne en coton fibre est autour de 50 000 tonnes par an sans noter une tendance réelle à l’augmentation. Il apparaît donc clair qu’en

l’absence d’une situation favorable, la production de coton ne pourra guère dépasser les 100 000 tonnes de coton fibre avec une augmentation relativement faible des importations de pesticides dans ce secteur.

Secteur du café et cacao : suite à l’évolution du prix des matières premières sur le marché international, ce secteur ne montre pas non plus une tendance très marquée à la hausse. La conséquence de cette situation au plan des importations en pesticides est de la même nature que celle qui prévaut dans le secteur cotonnier.

Secteur de maraîchage : ce secteur connaît depuis quelques années une évolution fulgurante avec des besoins en produits phytosanitaires de plus en plus importants. Ceci est d’autant plus marqué que les ravageurs deviennent résistants aux molécules traditionnellement utilisées et que les pratiques des maraîchers occasionnent beaucoup de gaspillage dans la protection des cultures. Des études ont montré qu’en maraîchage, les doses de pesticides utilisés sont de 2 à 3 fois supérieures aux doses recommandées (Raymondo, 1997 ; Dossa et al, 2000 ; Tallaki, 2001).

Le système de collecte et d’enregistrement des données statistiques au niveau des services des Douanes et de la Statistique Générale n’est pas de nature à faciliter l’identification des pesticides par leurs noms commerciaux ou génériques.

Ainsi, sous la rubrique insecticide par exemple, on enregistre sans distinction, toutes les spécialités qui ont un caractère insecticide ; seule, la présentation aérosol est distinguée de toutes les autres présentations.

Ainsi, il est quasiment impossible de bien quantifier les différentes catégories de pesticides sur la base des spécialités. Par exemple le Xylogil, utilisé pour la protection du bois contre les termites et qui contient de l’Aldrine, est un produit officiellement importé au Togo ; mais les données statistiques nationales ne permettent pas d’identifier les quantités importées puisqu’il est enregistré avec tous les autres insecticides sous les dénominations génériques de insecticidesou insecticides et désinfectants.

En conséquence, les données disponibles ne permettent pas un travail très fouillé. Il y a alors lieu de penser à un renforcement des capacités des services de Douanes et de Statistiques Générales en vue de disposer de données fiables indispensables pour une mise en œuvre efficace des conventions sur les produits chimiques (Rotterdam, Bâle, Stockholm).

Au niveau de la Direction Générale de la Statistique Nationale, les informations disponibles concernent la distinction opérée entre insecticides aérosols et insecticides non-aérosols.

Les insecticides aérosols sont principalement constitués par des spécialités utilisées au niveau des ménages pour la lutte contre les moustiques et les blattes.

Sous la rubrique insecticides non aérosols, on retrouve aussi bien les insecticides à usages agricoles que les insecticides à usages domestiques et industriels. Pour ces genres d’insecticides, on note également un défaut d’enregistrement des importations de 1987 à 1990. La tendance générale de l’évolution de l’importation

des insecticides non-aérosols sur les 15 dernières années (figure 1), montre une baisse progressive mais faible. Cette tendance peut s’expliquer par la diminution progressive de l’intérêt que portent les agriculteurs aux cultures de rente du Togo que sont le coton, le café et le cacao dont les prix sur le marché international sont très peu rémunérateurs. Des efforts sont actuellement en cours pour relever les niveaux de production et par conséquent les niveaux de protection de ces cultures.

Figure 1 : Evolution pondérale (en kg) des importations des insecticides non-aérosols

2500000 2000000 1500000 1000000 500000 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9
2500000
2000000
1500000
1000000
500000
0
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
13
14
15
16
17
18
19
20 21
22 23
24
25 26
27 28
29 30
Année (1986 - 2001)

Source : DGSN (Direction Générale de la Statistique Nationale)

II. ANALYSES DES PROBLEMES LIES AUX POPs RECENSES DANS LE MILIEU

II.1. Les problèmes liés à l’utilisation des pesticides

II.1.1. Aperçu général sur l’utilisation des pesticides à Davié

A Davié, l’enquête a révélé l’utilisation massive des pesticides dans les domaines de

l’agriculture, de la médecine vétérinaire, de l’hygiène publique et du bâtiment (Pour

détails, voir à la page 20, Tableau 1 : Pesticides actuellement utilisés selon les résultats de l’enquête)

Dans le domaine agricole

Dans cette localité, l’enquête prouve que la culture du maïs est la spéculation sur laquelle plusieurs pesticides sont utilisés depuis l’abandon, ces dernières années par les populations, de la culture du coton par suite d’endettement massif des paysans.

Cependant, le maraîchage y prend aussi une ampleur de plus en plus grande dans l’utilisation des pesticides. On utilise toutes sortes de formulations sur ces cultures légumières sans contrôle et parfois avec toute la méconnaissance sur la pratique ou l’utilisation élémentaire de ces produits dangereux. L’enquête a prouvé l’utilisation de pesticides destinés à la culture cotonnière dans le domaine du maraîchage selon les propres termes des maraîchers qui se comportent ainsi par ignorance. C’est ainsi que l’Endosulfan, un pesticide très dangereux présentant les mêmes caractéristiques que les POPs, est actuellement utilisé en maraîchage à Davié. D’autres maraîchers ont avoué utiliser du DDT en provenance du Ghana pour les traitements en cas de résistance accrue des insectes nuisibles. La protection des productions post-récoltes est un domaine de l’agriculture dans lequel les pesticides sont dans une certaine mesure assez utilisés. A la question de savoir s’ils savent que le DDT est formellement interdit au Togo, ils avouent ne disposer d’aucune information sur cette

interdiction et sur les dangers du DDT sur la santé et sur l’environnement. Aucun d’eux n’a voulu donner plus d’information sur le trafic illicite de ce produit. Nous leur avions sévèrement mis en garde sur les dangers qu’ils courent en violant la législation en vigueur au Togo, et notamment les amendes et peines d’emprisonnement. Des pesticides obsolètes ont été découverts au magasin D.A/PV

à Davié (Togo.)

ont été découverts au magasin D.A/PV à Davié (Togo.) Vue partielle des pesticides obsolètes stockés au
ont été découverts au magasin D.A/PV à Davié (Togo.) Vue partielle des pesticides obsolètes stockés au

Vue partielle des pesticides obsolètes stockés au Magasin D.A./PV (Davié), Togo. Photo PAN TOGO, Juin

2005

Dans le domaine de l’hygiène publique

En hygiène publique, plusieurs pesticides, et même les plus dangereux (POPs :

Dieldrine, Aldrine, DDT, etc.) furent utilisés dans la lutte anti-vectorielle à Davié. Des cas d’utilisation actuelle de DDT sont possibles au niveau du maraîchage où des maraîchers ont affirmé y recourir par acquisition auprès des vendeurs ambulants provenant du Ghana. L’enquête effectuée dans le milieu n’a toutefois pas permis de retrouver des emballages vides du DDT dans les champs. Le recours à l’Aldrine est généralisé avec l’utilisation du Xylogil qui contient à la fois de l’Aldrine et du Lindane. Ce produit, légalement importé au Togo et provenant de la Côte d’Ivoire contient entre autres, la mention suivante sur l’emballage Produit de traitement prêt à l’emploi pour bois d’œuvre menuiserie charpente par trempage ou pulvérisation, Contient du Lindane & Aldrine, Risque d’empoisonnement grave, par ingestion ou par contact avec la peau, Dangereux-Très inflammable.Toutefois, aucune information relative au pourcentage des différentes matières actives n’est mentionnée. Dans le cadre de la mise en œuvre de la Convention de Stockholm, il est indispensable et urgent d’interdire l’importation, l’utilisation et la commercialisation du Xylogil au Togo.

Dans le domaine du bâtiment

Dans le Bâtiment, de nombreux pesticides dangereux dont des POPs tels que la Dieldrine, l’Aldrine, l’Endrine furent utilisés dans la lutte contre les termites et les foreurs de bois. Aujourd’hui, on utilise certaines substances qui contiennent des POPs. Par exemple, le Xylogil qui contient de l’Aldrine et Gamma 20 qui contient du Lindane, sont actuellement des pesticides très utilisés pour la protection du bois contre les termites dans le bâtiment.

protection du bois contre les termites dans le bâtiment. Boîte de Xylogil (contenant de l’Aldrine) abandonnée

Boîte de Xylogil (contenant de l’Aldrine) abandonnée près d’une maison d’habitation à Davié, (Togo) Photo PAN TOGO, Juin 2005

II.1.2. Catégorisation des produits utilisés.

Il existe plusieurs familles de pesticides avec une rémanence très variable suivant les familles chimiques et un niveau de toxicité également variable.

Tableau 1 : Pesticides actuellement utilisés selon les résultats de l’enquête

Familles chimiques

Noms Générique et/ou Commerciale

Organochlorés

Endosulfan (Thiosulfan, Thiodam, Thionex, Caïman) Lindane (Lindal, Gamma 20)

Organophosphorés

Chlorpyriphos-Ethyl (Pyriphorce, Dursban) Dimethoate (Perfecthion), Monochrotophos

Carbamates

Propoxur (Baygon, Propoxur)

Pyréthrinoïdes de synthèse

Deltaméthrine (Décis, Deltacal, K-Othrine) Cypermethrine (Cypercal) Lambda-cyhalothrine (Karaté)

Herbicides

Glyphosate (Roundup, Kalach) Paraquat (Gramoxone, Calloxone) 2.4 D (Herbextra, Herbazole, Herbalm, Calliherbe)

III.

Position des populations par rapport à l’utilisation des

pesticides

L’enquête a révélé que selon les populations, l’utilisation des pesticides est quasi indispensable pour les cultures de rente telles que le maïs et le maraîchage.

ە Tous les producteurs de ces cultures ont avoué qu’ils ne peuvent pas faire une bonne campagne sans les pesticides. Selon eux, les récoltes seraient mauvaises sans leur apport. Le rendement pourrait chuter à plus de la moitié (60%) voire 100%. Cela entraînerait d’énormes pertes aussi bien pour les producteurs que pour le pays.

ە Les producteurs du haricot à 88%, avouent qu’ils peuvent ne pas recourir aux pesticides et avoir un bon rendement car les attaques ne sont pas permanentes.

ە Une proportion non négligeable d’enquêtés, 20%, utilise néanmoins des herbicides dans la production du riz irrigué et en préparation de terrain.

ە Les fongicides se rencontrent plus en culture maraîchère où 90% des enquêtés ont déclaré en faire un usage systématique dans la culture de choux, de tomates et de certains légumes. A défaut de ceci, ils font remarquer qu’ils risquent de ne rien récolter surtout pour les choux, où le rendement peut tomber jusqu’à 35%.

ە Seulement 11% des producteurs interrogés, ont une petite idée de l’agriculture biologique mais n’y recourent pas, par manque de formation adéquate approfondie.

ە 95% des producteurs souhaitent une réduction de l’utilisation des pesticides à cause des problèmes de santé mais aussi pour accroître la rentabilité qui est actuellement compromise à cause des prix exorbitants des pesticides.

ە 97% de l’échantillon n’ont aucune connaissance sur l’existence des familles de pesticides.

ە 56% peuvent faire la différence entre les insecticides (destinés aux insectes) et les fongicides (pour lutter contre les maladies causées par les champignons microscopiques.)

ە 72% connaissent les différences entre insecticides et herbicides.

IV. Les conséquences de l’utilisation abusive des

pesticides à Davié

L’utilisation abusive des pesticides POPs dans le passé mais aussi présentement à Davié a des conséquences néfastes sur la santé et l’environnement de la zone. Mais, à défaut d’effectuer tous les prélèvements nécessaires dans l’environnement médiat (sols, eau, air, etc.), l’enquête a permis de faire des prélèvements sur certains compartiments abiotiques pour les analyser au laboratoire de Chimie de l’Université de Lomé. Cette recherche a permis de trouver des résidus de pesticides, parmi lesquels les POPs, dépassant les doses maximums exigées.

IV.1. Concentrations des composés organochlorés extraits des graines séchées à Davié

Des prélèvements de produits céréaliers effectués auprès des vendeurs ambulants et dans les champs détenus par les habitants de Davié ont été analysés au Laboratoire de Chimie de l’Université de Lomé au Togo. Il s’agit de :

Vigna unguiculata (L.) Walp (Niébé), Zea mays L. (Maïs), Pennisetum ameri- canum (L.) Leeke (Petit mil), Sorghum bicolor (L.) Moench (Sorgho). Des résidus de pesticides organochlorés dépassant les doses minimales acceptées, ont été découverts.

IV.1.1. Méthodologie de prélèvements

L’échantillonnage a été constitué sur les environs de la localité ciblée auprès des habitants ou cultivateurs. Trois échantillons de chaque catégorie de céréales ont été prélevés. Un échantillon de chaque céréale a été prélevé auprès des vendeurs ambulants qui ont affirmé habiter Davié et y cultiver. Un second échantillon a été prélevé directement dans les champs avant les récoltes. Les champs situés à côté du magasin de la Direction de l’Agriculture de Davié et du site de stockage des produits chimiques de la localité ont été préférés. Le troisième échantillonnage est constitué par des prélèvements effectués auprès d’un vendeur de produits céréaliers qui a stocké plusieurs sacs de ces produits qu’il affirme avoir acquis dans ce village pendant les périodes d’abondance pour les revendre aux habitants dans les périodes de pénurie (mai, juin et juillet.)

Les contenants des échantillons ont été préalablement nettoyés aux solvants d’extraction afin d’éviter des possibilités de contamination.

Le pré-traitement des échantillons a été fait selon la méthodologie de la littérature notamment selon les normes de l’Agence Française de Normalisation (AFNOR), laquelle agence utilise les normes de l’Union Européenne.

IV.1.2. Les étapes après l’échantillonnage et le pré-traitement

Les principales étapes après l’échantillonnage et le pré-traitement sont :

- broyage et le mixage en fines particules

- extraction sous agitation aux solvants

- séparation des phases

- séchage des phases organiques

- concentration des phases séchées à un minimum

- purification sur colonne

- élution selon les solubilités

- concentration

- analyse des différentes fractions.

Les analyses ont été faites par un chromatographe en phase gazeuse (CPG) muni:

- de détecteurs à capture d’électron (EC)

- de détecteur thermo-ionique (FID, détecteur à flamme)

- d’autres accessoires pour analyses chromatographiques.

Les produits céréaliers sur lesquels les prélèvements ont été faits, notamment le Niébé, le maïs, le petit mil et le sorgho, représentent plus de 85% la base de l’alimentation de cette population.

L’étude révèle une forte présence de résidus de pesticides parmi lesquels des POPs, à des doses dépassant le maximum exigé. (Voir tableau 2 ci-dessous.)

Tableau 2. Concentrations des composés organochlorés extraits des graines séchées

Graines comestibles

n.e.a

 

Concentrations exprimées en ppm (mg/kg)

 

α-HCH

Lindane

Heptachlore

Aldrine

Dieldrine

Endrine

total DDT

Résidus

LMR

Résidus

LMR

Résidus

LMR

Résidus

LMR

Résidus

LMR

Résidus

LMR

Résidus

LMR

nd

nd

nd

nd

nd

nd

nd

Vigna unguiculata (L.) Walp (Niébé) Zea mays L. (Maïs)

3

0,054

0,054

0,710

0,001

0,421

0,262

0,155

0,003

0,060

0,060

-

-

-

-

2

1

1

0

2

3

3

3

-

-

0,002

0,002

0,492

0,339

0,038

0,011

0,063

0,063

-

-

-

-

Pennisetum ameri- canum (L.) Leeke (Petit mil) Sorghum bicolor (L.) Moench (Sorgho)

3

2

1

1

2

3

3

3

0,015

0,015

0,015

0,015

-

-

0,021

0,010

0,010

0,010

0,007

0,007

0,002

0,002

2

2

3

1

2

2

2

2

0,034

0,017

0,034

0,034

0,049

0,049

0,034

0,032

-

-

-

-

-

-

0

1

1

0

2

2

2

Légende

- nea : nombre d’échantillons analysés

- Résidus : Résidus retrouvés dans les échantillons

- LMR : Normes de l’Agence Française de Normalisation (AFNOR)

- nd : nombre d’échantillons pour lequel le composé analysé n’a pas été détecté

IV.1.3. Bref commentaire des résultats de l’analyse

Dans chaque graine séchée, les composés organochlorés suivants ont été mis en évidence : il s’agit de α-HCH, Lindane, Heptachlore, Aldrine, Dieldrine, Endrine et DDT. Les concentrations sont exprimées en mg/kg. La première colonne indique la désignation des graines comestibles prélevées. La deuxième colonne indique le nombre d’échantillons analysés (n.e.a), et la troisième colonne indique les concentrations présentes dans les composés organochlorés mis en évidence. Sur tous les échantillons prélevés (trois au total de chaque graine séchée), les composés organochlorés mis en évidence n’ont pas été retrouvés partout. Les chiffres insérés en bas des concentrations minimale et maximale dans le tableau, indiquent le nombre d’échantillons pour lequel le composé analysé n’a pas été détecté (nd).

Par exemple, voici l’analyse des résultats des prélèvements effectués sur le Vigna unguiculata (L.) Walp (Niébé)

La concentration minimale selon les normes AFNOR en α-HCH est de 0,054. La concentration retrouvée sur un échantillon sur les trois prélevés est de 0,054. Le nombre d’échantillon pour lequel le composé n’a pas été retrouvé est de 2.

La concentration du Lindane minimale autorisée est de 0,001. La concentration retrouvée est de 0,710 sur 2 échantillons. Le nombre d’échantillon pour lequel le composé n’a pas été détecté est 1.

La concentration de l’Heptachlore autorisée est de 0,262 ; la concentration retrouvée est de 0,421 et le nombre d’échantillon pour lequel le composé n’a pas été détecté est 1.

La concentration en Aldrine autorisée est de 0,003. La concentration retrouvée est de 0,155 sur les trois échantillons prélevés.

La concentration en Dieldrine autorisée est de 0,060, la concentration retrouvée dans les trois échantillons est de 0,060.

Par contre, aucune trace d’Endrine et de DDT n’a été retrouvée dans les graines séchées de Vigna unguiculata (L.) Walp (Niébé).

Le reste des résultats des différentes analyses des graines prélevées, sont directement perceptibles dans le tableau, en utilisant le même schéma de lecture.

La présence de résidus des composés organochlorés tels que α-HCH, Lindane, Heptachlore, Dieldrine, Endrine et DDT ne pose aucun problème de compréhension quand on sait que ces composés peuvent demeurer dans l’environnement pendant plusieurs années ( pour le DDT par exemple, 15 ans). Ces résidus sont certainement liés au recours dans le passé de ces substances toxiques dans l’agriculture, l’hygiène et la santé publique. Certes que ces composés organochlorés n’ont été interdits officiellement que très récemment dans le cadre de la mise en œuvre de la Convention de Stockholm sur les polluants organiques persistants (Voir l’Arrêté N°31/MAEP/SG/DA du 21 septembre 2004, précité.).

Mais, avant cet arrêté, une note circulaire du Ministère du Commerce avait interdit depuis 1990 l’importation des composés organochlorés au Togo. De même, le Ministère de la Santé du Togo avait théoriquement renoncé à l’utilisation du DDT dans la lutte anti-vectorielle depuis vingt (20) ans selon une enquête effectuée à la Direction Générale de la Santé Publique du Togo. Ainsi, il est certain que la présence de résidus de ces composés organochlorés dans les aliments est due à la contamination du sol par ces substances, à leur persistance dans l’environnement et la contamination des cultures pratiquées dans les milieux pollués.

Cependant, la présence de résidus d’Aldrine dans les aliments est surprenante quand on sait que la durée de vie de l’Aldrine dans un organisme est de vingt (20 jours.) Dans ce cas, la présence de résidus ne s’explique pas par la persistance de cette substance dans l’environnement, mais plutôt par un recours illicite. Certainement que cette substance a été récemment utilisée pour le traitement des céréales sur lesquels les prélèvements ont été faits. Cela ne surprend guère personne, quand on sait que les pratiques agricoles dans ce milieu laisse présager un recours fréquent aux polluants organiques persistants incriminés par la Convention de Stockholm.

La situation est très préoccupante quand on connaît les risques sanitaire et environnemental encourus par les populations (Voir ci-dessous, IV.1.4. Risques sur la santé et sur l’environnement des populations.) Les aliments sur lesquels les composés organochlorés ont été retrouvés servant de base principale à l’alimentation des populations, des mesures urgentes doivent être prises pour éviter une contamination généralisée de la population par les POPs. Un risque de contamination accrue des enfants est à redouter car ces aliments constituent la base de l’alimentation (90%) des enfants de 6-15.

IV.1.4. Risques sur la santé et sur l’environnement des populations

La plupart des composés organochlorés mis en évidence dans l’analyse des résidus, sont des POPs pesticides de la première génération : aldrine, chlordane, endrine, DDT, Dieldrine, Heptachlore. Ils ont été abondamment utilisés en agriculture/élevage, en hygiène et santé publique pour combattre les vecteurs de maladies et les ravageurs des plantes/récoltes et autres organismes nuisibles. Leur demi-vie dans l’environnement est très variable, allant de quelques jours (20 jours pour l’aldrine) à plusieurs années (15 ans pour le DDT). Ils sont également très toxiques, ce qui explique pourquoi ils sont interdits.

La toxicité de ces produits sur un organisme donné varie en fonction des facteurs externes (température, air, lumière etc.), de l’état physiologique (statut nutritionnel, immunitaire, psychique etc.) (Voir tableau 3), de la durée du séjour de celui-ci dans le corps, de la nature des molécules (produits de dégradation, métabolites etc.)

Tableau 3 : Toxicité des pesticides en fonction du mode d’absorption et de l’état de santé de l’homme

 

Charges

Frontière système <<homme>> Mode d’absorption

du

Conséquences (type et dimension des préjudices à la santé de l’utilisateur, par exemple

 

Charge

sur

le

lieu

de

Voie dermale

Symptômes aigus

travail dépend de :

 

-

vertiges

-

conditions

 

-

nausées

météorologiques

 

-

convulsions

- concentration du produit

 

-

coma

- formulation

 

Symptômes

- adjuvants

chroniques

- méthode d’application

 

Voie orale

-

lésions

- état du matériel

 

hépatiques/ rénales

- temps de travail

-

stérilité

Exposition

constitution

et

- direction

modification de l’hémogramme

-

attention apportée au travail

-

 
 

-

formations de

-

autres facteurs

 

Voie pulmonaire

tumeurs

Constitution de la personne en contact

 

- allergies

- altérations

- état de santé général

dermales

- alimentation

 

-

autres facteurs

- problèmes psychiques

   

- autres facteurs

 

Ainsi la toxicité aiguë d’une matière active est caractérisée par une valeur appelée la DL50 ou dose létale 50, exprimée en mg de matière active par kg de poids corporel. Cette valeur a été déterminée pour plusieurs substances toxiques suite à des expérimentations sur les animaux. Les DL50 constatées chez les animaux ne peuvent être extrapolées à l’homme, mais elles permettent d’évaluer le danger lié à une substance.

Les DL50 de ces pesticides POPs sont souvent inférieures à 1g/kg de poids vif. Pour ce qui est de la toxicité chronique, elle est plus difficile à évaluer que la toxicité aiguë. Mais, de petites quantités de substances absorbées pendant une longue durée suffisent à provoquer des lésions importantes des organes (système nerveux central, foie, etc.), une chute de la fertilité, une lésion de l’embryon (effet tératogène), un cancer (effet cancérigène) ou une modification chromosomique (effet mutagène.) Toutes ces conséquences et les relations entrecroisées de cause à effet dues à l’usage des pesticides sont résumées sur la figure ci-après.

Figure2 : usage de pesticides : conséquences et relations entrecroisées de causes à effet

Recours accru aux engrais de synthèse

de causes à effet Recours accru aux engrais de synthèse destruction des symbioses naturelles apparition de

destruction

des

symbioses

naturelles

apparition de parfois, multiplication souches Résistantes rapide de ravageurs (négligeable jusque là) sécurité
apparition de
parfois, multiplication
souches Résistantes
rapide de ravageurs
(négligeable jusque
là)
sécurité
alimentaire
mondiale

santé de l’homme

là) sécurité alimentaire mondiale santé de l’homme absorption de pesticides par le biais : des aliments

absorption de pesticides par le biais :

des aliments de l’air (peau /poumons)

: des aliments de l’air (peau / p o u m o n s ) stérilité

stérilité

érosion Formation d’humus
érosion
Formation
d’humus
u m o n s ) stérilité érosion Formation d’humus destruction d’auxiliaires : organismes du sol,

destruction

d’auxiliaires :

organismes du sol, oiseaux et autres

USAGE PESTICIDES
USAGE
PESTICIDES
menace nuit
menace
nuit
du sol, oiseaux et autres USAGE PESTICIDES menace nuit Problèmes : prolifération mondiale aux plantes

Problèmes :

prolifération

mondiale

aux plantes cultivées par perturbation perturbation des échanges CO 2 /O 2 des océans modification
aux
plantes
cultivées par
perturbation
perturbation des
échanges
CO 2 /O 2
des océans
modification de la
composition de
l’air
modification
du climat

IV.2. Les cas d’intoxication liés aux pesticides

Il n’existe pas de données sur les intoxications liées aux pesticides au Togo et en particulier dans le dispensaire de Davié. Mais des infirmiers font cas de quelques intoxications aiguës attribuées aux pesticides. Ces intoxications sont attribuées aux pesticides sans aucune preuve certaine à partir des déclarations faites par les patients ou leur famille lors de leur admission dans les formations sanitaires.

Il est clair qu’un monitoring général sur les habitants de la zone, la viande domestique, le gibier, le lait et les produits laitiers peut révéler des présences de pesticides POPs.

Il faut noter qu’il est fort probable de retrouver des POPs en concentrations élevées dans le lait maternel chez les habitants de la zone en raison des traces importantes de résidus de pesticides trouvés dans les aliments. Face à cette situation, la campagne de l’OMS en faveur de l’allaitement maternel dans notre pays peut constituer une source importante de transmission des POPs aux nouveau-nés.

IV.3. La contamination du sol

Plusieurs sites visités à Davié présentent l’aspect d’un endroit fortement contaminé par les pesticides. Il s’agit en effet de l’environnement immédiat du magasin D.A/PV et du site de stockage des produits chimiques. Dans ces deux localités, on y trouve des étanches de pesticides au sol qui ont fortement rougi les herbes et laissant une végétation rougeâtre. (Voir photo.)

et laissant une végétation rougeâtre. (Voir photo.) Site de stockage des produits chimiques à Davié, Nord

Site de stockage des produits chimiques à Davié, Nord de Lomé, Togo Photo PAN TOGO, Juin 2005

V. Les groupes de populations exposés aux pesticides POPs.

Les populations à risque potentiel peuvent être subdivisées en sous-groupes compte tenu du degré d’exposition. D’une manière générale, on peut distinguer les sous- groupes suivants :

- Travailleurs ruraux et maraîchers potentiellement exposés aux pesticides POPs et autres pesticides ;

- Magasiniers chargés de la gestion des entrepôts contaminés par les pesticides POPs ;

- Manipulateurs anciens et actuels de pesticides POPs ;

- Populations intervenant dans les opérations de récupération ou utilisant des équipements ayant contenu les pesticides POPs ;

Selon nos observations, les populations rurales au mode de vie encore traditionnelle, ne sont pratiquement pas exposées du fait que les pesticides sont peu utilisés. Mais certains pesticides peuvent tomber entre les mains de paysans pratiquant ces cultures de subsistance et connaissant mal les dangers de ces produits et les précautions à prendre, de telle sorte qu’ils ne sont pas totalement épargnés des dangers de ces produits toxiques. Par contre, les populations rurales où les pesticides sont très utilisés sont exposées par l’intermédiaire des aliments, de l’air et de l’eau courante. Il s’agit souvent d’exposition accidentelle, en dehors du milieu professionnel suite à:

- La conservation de pesticides dans une armoire non fermée à clé, en un lieu accessible aux enfants ;

- La conservation de pesticides dans des flacons non étiquetés ou dans des

récipients utilisés pour boire ou pour manger, qui expose toute la famille ;

- La conservation de pesticides agricoles à proximité des denrées alimentaires en vrac ;

- L’utilisation des pesticides à des fins domestiques ou médicales, avec un risque d’exposition massive par contact cutané ou par inhalation ;

- L’utilisation de vieux récipients de pesticides pour transporter ou conserver de l’eau de boisson ou autres aliments ;

- au transport des aliments ou des semences dans les mêmes véhicules que les

pesticides ; Les plantes médicinales récoltées dans les exploitations ayant été traitées par les pesticides, sont aussi des sources de contamination et d’intoxication de l’Homme.

VI. APPROCHES DE SOLUTION

1. La promotion de la lutte intégrée : La protection des cultures devra être envisagée

dans une approche de lutte intégrée (Integrated Pest Management) où les interventions contre les parasites et ravageurs pourront s’effectuer dans un cadre qui prenne en compte la dynamique des populations d’organismes nuisibles dans les cultures et le milieu naturel.

La lutte intégrée permet de coordonner au mieux tous les moyens d’intervention disponibles, de façon à mieux contrôler c’est-à-dire à maintenir les populations d’organismes nuisibles en dessous du seuil économique dommageable.

Cette lutte, dont la mise en œuvre n’est pas toujours aisée, doit être adaptée aux problèmes régionaux à résoudre, aux conditions du milieu physique, du milieu biologique et du milieu humain dans ses aspects sociologiques et économiques. Elle intéresse directement les agriculteurs mais aussi le personnel d’encadrement des services officiels de l’agriculture et des réseaux de conseillers techniques et commerciaux.

2. La formation en méthodes de production biologique : l’enquête révèle l’existence

dans le milieu d’agriculteurs recourant aux méthodes biologiques de production et donc n’utilisant pas de pesticides. Il convient de former les producteurs sur ces

techniques simples, moins coûteuses et mieux protectrices de la santé humaine et de l’environnement.

3. Le Togo doit impérativement solliciter l’appui du programme ASP pour éliminer

tous les pesticides obsolètes recensés sur son territoire et notamment à Davié, et qui

sont stockés dans de mauvaises conditions et parfois à l’air libre pour éviter la contamination grave des personnes et de l’environnement.

4. Un grand travail de monitoring doit être fait pour mieux apprécier le degré de

contamination des sols, des personnes et de l’environnement par les POPs dans le

milieu.

5. Il faut en outre initier des programmes d’IEC pour sensibiliser les populations locales sur les dangers des pesticides.

VII. RECOMMANDATIONS

1. Qu’un programme de monitoring environnemental et sanitaire de grande envergure soit initié dans un meilleur délai pour évaluer le risque de contamination des populations et de l’environnement immédiat par les POPs

2. Evaluer les expositions des enfants, aux produits chimiques pouvant survenir au moment de la conception, pendant la grossesse, la première enfance, l’enfance et l’adolescence et préparer, par le biais d’une consultation faisant participer les diverses parties impliquées, une évaluation initiale, au niveau local et national, de la salubrité de l’environnement et de la sécurité chimique des enfants à travers la collecte harmonisée de données, la recherche, la législation et les règlements, et envisager de recourir à des indicateurs sur la salubrité de l’environnement des enfants, conformément aux recommandations et mesures décidées au Quatrième Forum Intergouvernemental sur la Sécurité Chimique (IFCS) tenu à Bangkok du 1 er au 7 Novembre 2003.

3. Que tous les sites de pesticides obsolètes recensés dans cette localité comme partout ailleurs au Togo soient entièrement sécurisés, dans un meilleur délai pour éviter des risques de contamination graves des populations aux pesticides dangereux. En outre, le Gouvernement doit prendre les mesures nécessaires pour se débarrasser de tous les pesticides obsolètes recensés au Togo et stockés dans de très mauvaises conditions. Pour se faire, le Togo doit vite se positionner pour bénéficier de l’appui du Programme ASP.

4. Elaborer des directives, des mesures de sécurité, afin d’amener tous les manipulateurs de produits phytosanitaires en général, à respecter certaines règles élémentaires de précaution. Ces directives et mesures seront relatives au respect des instructions indiquées sur les étiquettes des emballages, aux précautions minimales supplémentaires à prendre lors du mélange des formulations et à l’utilisation (port de vêtement et de gants de protection, périodes de traitements, direction du vent au moment du traitement, etc.) et après l’utilisation ainsi qu’aux réflexes à avoir en cas d’intoxication.

5. Qu’un vaste programme d’éducation et de formation soit initié au profit des producteurs, des importateurs, des consommateurs et agents d’appui-conseils, notamment au niveau du secteur informel (maraîchers et ménages) et de la filière bois, sur l’impact de l’utilisation des pesticides POPs organochlorés visés par la Convention de Stockholm.

6. Promouvoir la recherche-développement pour la mise en œuvre de bio pesticides et valoriser là où elles existent, l’utilisation des plantes naturelles pour la protection des récoltes.

7. Promouvoir les Meilleures Techniques et Meilleures Pratiques Environnementales sur la gestion des déchets ménagers et des déchets biomédicaux et notamment lutter activement contre le brûlage et les incinérations sauvages pour réduire les rejets de dioxines et furannes dans l’air, les résidus, etc.

VIII. CONCLUSION

Tout compte fait, l’étude révèle qu’à Davié, il y a utilisation abusive des pesticides, parmi lesquels on trouve des Polluants Organiques Persistants (POPs.)

Cette utilisation abusive des pesticides POPs dans le passé mais aussi présentement à Davié dans le secteur informel, a des conséquences néfastes sur la santé des populations et l’environnement immédiat dans cette localité.

Mais, à défaut d’effectuer tous les prélèvements nécessaires dans l’environnement médiat (sols, eau, air, etc.), l’enquête a permis de faire des prélèvements sur certains compartiments abiotiques pour les analyser au laboratoire de Chimie de l’Université de Lomé. Cette recherche a permis de trouver des résidus de pesticides, parmi lesquels les POPs, dépassant les doses maximums exigées.

En effet, des prélèvements de produits céréaliers effectués auprès des vendeurs ambulants, habitants de Davié, ont été analysés au Laboratoire de Chimie de l’Université de Lomé au Togo. Il s’agit de : Vigna unguiculata (L.) Walp (Niébé), Zea mays L. (Maïs), Pennisetum ameri-canum (L.) Leeke (Petit mil), Sorghum bicolor (L.) Moench (Sorgho). L’étude révèle une forte présence de résidus de pesticides parmi lesquels des POPs, à des doses dépassant le maximum exigé.

En outre, des quantités non négligeables de pesticides périmés ont été retrouvées au magasin de la Direction de Protection des Végétaux de cette localité ; on enregistre également quelques rejets de dioxines et furannes dans l’eau, l’air et les résidus, par suite de brûlage sauvage de déchets et des feux de brousse.

Au regard de tout ce qui précède, on peut retenir que, la contamination des populations et de leur environnement immédiat par les POPs est bien évidente et il convient d’entreprendre des actions urgentes et nécessaires pour y remédier.

Il faut donc nécessairement effectuer des études plus approfondies en faisant des prélèvements sur les compartiments biotiques et abiotiques, pour apprécier le degré de contamination et prendre des mesures adéquates.

Des programmes d’IEC adaptés, doivent être initiés dans un bref délai pour informer et éduquer les populations locales sur les dangers de l’utilisation abusive des pesticides./.

IX. REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

1. Rapport de l’Inventaire Préliminaire sur les PCB et les POPs, 2003

2. Rapport sur les Priorités et Objectifs en matière de Gestion des POPs, 2004

3. Plan National de Mise en Œuvre de la Convention de Stockholm, 2005

4. Atcholi Kokou-Ess et Poutouli Atémaédjaré , Inventaire national initial des polychlorobiphényles (PCB) et des équipements contenant des PCB, 2004

5. Kolani Gourdigou, Nenonéné Amen Yawo, Amoussou Essé et Baba Gnon, Inventaire des pesticides, 2004

6. Ajavon Ayité-Lô Nohende, Barandao Debo-K’mbo et Sodji Ahlin Ahlinvi, inventaire des substances inscrites à l’annexe C de la convention, 2003

7. Djaneyé-Boudjou Gbandi, Amouzou kou’santa Sabiba, Tete-Bénissan A. Kafui, Agounké Dovi et Alokpah Kodzovi, Effets des Pops sur la santé et l’environnement, 2003

8. Nuto Yaovi, Tchakéi Essowavana, Blivi Adoté Blim, Dzogbédo Agbenyo, Labodja Abdoul-Baki et Locoh Lonlon, Profil chimique national pour la gestion des produits chimiques

9. Etudes limitées réalisées par le Service de la Protection des végétaux en collaboration avec la GTZ sur les produits céréaliers, en 1981, 1985, 1986

10. Laboratoire de Toxicologie du Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Lomé Tokoin, période de 1983 à 1987.

11. Laboratoire de la Chimie des Eaux, Etudes sommaires réalisées sur les eaux de puits, des eaux de retenues utilisées pour la production d’eau potable, des eaux de rivières et de robinet, 1990

12. Document de Politique Nationale de l’Environnement, adopté par le Gouvernement le 23 décembre 1998

13. Le Plan national d’Action pour l’Environnement (PNAE), adopté en juillet 2001

14. Rapport National sur les Objectifs du Millénaire sur le Développement (OMD), adopté en Conseil des Ministres en mars 2004

15. Cellule de Coordination du PNAE, revue du cadre juridique et institutionnel de la gestion de l’environnement au Togo, 2002

16. UNITAR:IOMC, Strengthening national capacities for risk management decision making for priority chemicals, 1998

17. UNITAR:IOMC, developing and sustaining an integrated national programme for the sound management of chemicals, 2001/2002

18. UNITAR :IOMC, Strengthening national information systems and information exchange for the sound management of chemicals, 1998.

19. PAN AFRICA, Documents Atelier sur les Pesticides Obsolètes, Bamako, du 1er au 5 Décembre 2003

20. PAN AFRICA, Atelier international sur les instruments internationaux relatifs aux produits chimiques, opportunités et contraintes, Dakar, du 16 au 18 décembre

2004.

21. Documents SAICM, Precom.1 et 2

ANNEXES

Annexe I. Tableau des pesticides obsolètes recensés à Davié (Magasin D.A/PV)

Site

Nom Générique

Nom Commercial

Formulation

Classificat.

Quantité

 

FAO/OMS

1

Magasin PV Davié

Azinphos-Ethyl

Azinphos-Ethyl

EC

Ib

100

L

2

Magasin PV Davié

Benomyl-Méthyl

Benlate

WP

II

20

Kg

3

Magasin PV Davié

Bromophos

Nexion

WP

 

6 Kg

4

Magasin PV Davié

Carbendazim

Derosal

WP

II

10

Kg

5

Magasin PV Davié

Carbendazim

Derosal

WP

II

20

Kg

5

Magasin PV Davié

Chlorpyriphos-Méthyl

Reldan

EC

II

80

L

6

Magasin PV Davié

Dazomet 98%

Basamid

WP

III

960

Kg

7

Magasin PV Davié

Deltaméthrine

K-Othrine

WP

II

400

Kg

8

Magasin PV Davié

Dotan 5

 

WP

 

25

Kg

9

Magasin PV Davié

Fénitrothion

Fénitrothion

WP

II

10000 Kg

10

Magasin PV Davié

Fénitrothion

Fénitrothion

ULV

II

260

Kg

11

Magasin PV Davié

Fénitrothion

Fénitrothion

EC

II

1350 L

12

Magasin PV Davié

Furadon

Furadon

WP

 

25

Kg

13

Magasin PV Davié

Lindane

Gamma 20

EC

II

120

L

14

Magasin PV Davié

Malathion

Malathion

EC

III

118,8 L

15

Magasin PV Davié

Malathion

Malathion

EC

III

100

L

16

Magasin PV Davié

Manebe + Carbaryl

Pomildor

WP

II

20

Kg

17

Magasin PV Davié

Methoxyathylquecksib

Ceresan

WP

II

40

Kg

erchlorid

 

18

Magasin PV Davié

Métribuzin

Sencor

WP

II

15

Kg

19

Magasin PV Davié

Nexion + Pyrethrine

 

EC

II

20

L

20

Magasin PV Davié

Propoxur/Dichlorvos/

Baygon

Aérosol

II

 

480

Cyfluthrine

 

21

Magasin PV Davié

Propoxur/Dichlorvos/C

OKO

Aérosol

II

 

144

yfluthrine

 

22

Magasin PV Davié

Quinoléine

Quini blanc

WP

III

60

Kg

23

Magasin PV Davié

Ridomil

Ridomil Plus

WP

 

10

Kg

24

Magasin PV Davié

Sulfotep

Bladafum

EC

Ia

22,5 L

25

Magasin PV Davié

Tetrachlorvinphos 75%

Obstabil

WP

Ib

10

Kg

26

Magasin PV Davié

TMTD

Pomarsol

WP

 

36

Kg

27

Magasin PV Davié

Trichlorfon

Dipterx 80

WP

II

64

Kg

28

Magasin PV Davié

Triclopyr + Propanil

Garil

EC

III

20

L

29

SPROCA

Pirimiphos-Méthyl

Actellic

EC

III

2,5 L

Annexe II. Photos : Pesticides Obsolètes à Davié

Annexe II. Photos : Pest icides Obsolètes à Davié 1. Magasin D.A./PV (Davié) 3. Magasin D.A./PV

1. Magasin D.A./PV

(Davié)

Pest icides Obsolètes à Davié 1. Magasin D.A./PV (Davié) 3. Magasin D.A./PV (Davié) 5. Magasin D.A./PV

3. Magasin D.A./PV

(Davié)

1. Magasin D.A./PV (Davié) 3. Magasin D.A./PV (Davié) 5. Magasin D.A./PV (Davié) Vue partielle, pesticides

5. Magasin D.A./PV

(Davié)

3. Magasin D.A./PV (Davié) 5. Magasin D.A./PV (Davié) Vue partielle, pesticides obsolètes Magasin D.A/PV, Davié

Vue partielle, pesticides obsolètes Magasin D.A/PV, Davié Togo

partielle, pesticides obsolètes Magasin D.A/PV, Davié Togo 2. Magasin D.A./PV (Davié) 4. Magasin D.A./PV (Davié) 6.

2. Magasin D.A./PV

(Davié)

Magasin D.A/PV, Davié Togo 2. Magasin D.A./PV (Davié) 4. Magasin D.A./PV (Davié) 6. Magasin D.A./PV (Davié)

4. Magasin D.A./PV

(Davié)

Togo 2. Magasin D.A./PV (Davié) 4. Magasin D.A./PV (Davié) 6. Magasin D.A./PV (Davié) Boîte de Xylogil

6. Magasin D.A./PV

(Davié)

4. Magasin D.A./PV (Davié) 6. Magasin D.A./PV (Davié) Boîte de Xylogil abandonnée devant une maison à

Boîte de Xylogil abandonnée devant une maison à Davié

Boîte de PIRINEX (composée contenant de la Dieldrine) abandonnée à côté d’une maison d’habitation à

Boîte de PIRINEX (composée contenant de la Dieldrine) abandonnée à côté d’une maison d’habitation à Lomé

à côté d’une maison d’habitation à Lomé 2 boîtes de pesticides gardées dans une chambre à

2 boîtes de pesticides gardées dans une chambre à coucher à Davié Photo, PAN TOGO, Juin 2005