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MISSION DE CAPITALISATION DES EXPERIENCES


DE BARRAGES DE LA REGION DE
TAMBACOUNDA
OCTOBRE NOVEMBRE 2008

Mission AGIR abcd


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Sommaire

Introduction :
1. Le contexte
2. Objectifs de l’étude
3. Organisation de la mission
4. Les limites de la mission : des enquêtes difficiles
5. Exploitation des informations
6. Un écart important par rapport aux objectifs de la mission
7. Remerciements

Analyse des barrages de la Région de Tambacounda


1. Objectifs de ces barrages :
1.1 Dans la zone du GRED
1.2 Dans la zone du GADEC

2. L’implication des bénéficiaires et le financement :


2.1 Dans la zone du GRED
2.2 Dans la zone du GADEC

3. Les caractéristiques techniques des barrages


3.1. Barrages en terre du GRED
3.1.1. Recueil des données
3.1.2. Conception des ouvrages
3.1.2.1. Corps de digue
3.1.2.2. Evacuateur de crue
3.1.3. Problèmes d’ingénierie
3.1.3.1. Erosion de talus
3.1.3.2. Erosion de évacuateurs de crue
3.1.3.3. Fuites à travers le barrage
3.1.3.4. Fuites sous la fondation
3.1.4. Quelques recommandations et observations à approfondir
3.1.4.1. Barrage poids
3.1.4.2. Etudes préalables
3.1.4.3. Termes de référence des études
Liste des barrages du GRED visités

3.2. Barrages en béton armé


3.2.1. Recueil des données
3.2.2. Analyse des données recueillies
3.2.2.1. Structures types des ouvrages
3.2.2.2. Géomorphologie des sites
3.2.2.3. Désordres observés
3.2.3. Recommandations
3.2.3.1. Barrages de type 2
3.2.3.2. Barrages de type 3
3.2.3.2.1. Dalle de dissipation
3.2.3.2.2. Fuites par les joints dégradés
3.2.3.2.3. Fuites sous la fondation
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Liste des barrages des barrages en béton visités

4. L’appui à l’exploitation des barrages :


4.1. Zone du GRED
4.2. Zone du GADEC

5. Les effets des barrages :


5.1 : les barrages de type 3, en béton armé H< 1m
5.2 :les barrages de type 3, en béton armé H de 1 à 2 m
5.2.1 : Sinthiourou
5.2.2 : Boulembou
5.2.3 : Tabanding
5.3 : les barrages de type 2 : Khossanto
5.3.1 : l’incidence économique
5.3.2 : l’effet sur la santé
5.3.3 : l’impact social
5.4 : les barrages en terre du GRED
5.4.1 : effet sur la population :l’eau accessible toute l’année
5.4.2 : effet sur le bétail :un cheptel qui augmente beaucoup
5.4.3 : le maraîchage se développe
5.5 : les barrages poids, en pierres maçonnées et en géobéton

6. Réflexions sur l’intérêt des barrages avec réserve d’eau pérenne

7. Le financement des barrages et la participation à la construction : utilité de bases


communes aux différents intervenants

8. Intérêt de regrouper la construction de plusieurs barrages


9. L’exploitation des barrages :
9.1 : l’appui technique, jusqu’où ?
9.2 : questions posées par les clôtures et les moyens d’exhaure de l’eau
9.3 : Un fonds d’entretien des barrages ?

10. Un capital d’expériences à faire connaître

Annexes : les fiches des barrages visités


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INTRODUCTION

1. Le contexte :
Depuis plus de 15 ans, 2 ONG de la région de Tambacounda ont participé à la construction de
petits barrages :
- Une trentaine par le GRED (Groupe de Recherche et de Réalisations pour l’Eco
Développement)
-Une quinzaine par le GADEC, (Groupe d’Action pour le Développement
Communautaire)
Ces 2 organisations ont construit des barrages de conceptions différentes : barrages
submersibles en béton armé, barrages en terre, avec ou sans écran d’étanchéité en géobéton,
barrages poids en pierres maçonnées, barrages poids en géobéton. Les barrages les plus
importants du GRED atteignent une hauteur de 9m.

Un premier travail de recensement de ces barrages avait été réalisé en 2004 par Céline Sevestre
pour l’Agence Régionale de Développement. 4 ans plus tard, il est apparu souhaitable de
poursuivre cette étude, en vue de capitaliser l’expérience acquise par ces 2 associations et par
les autres rares opérateurs qui ont réalisé aussi quelques barrages.
Ce travail de capitalisation a été confié par le GADEC à AGIR abcd, une ONG française de
retraités bénévoles. Elle a participé avec le GADEC à la construction de 2 mini-barrages, en
s’appuyant sur ses équipes pluridisciplinaires : agronomes, hydrologue, praticiens du bâtiment
et du génie civil. Les termes de référence ont reçu l’assentiment du GADEC et du GRED.

2. Objectifs de l’étude :
Réaliser un guide pratique qui permette de construire le barrage le mieux adapté aux objectifs
définis par les futurs bénéficiaires, en fonction des possibilités physiques (hydrologie, nature
des terrains, topographie), de l’accessibilité, du niveau de participation de la population (apport
financier et apport en travail).
Pouvoir proposer à de nouveaux villages candidats la visite du ou des barrages les mieux
adaptés à leurs objectifs et à leurs moyens.

Objectif stratégique 1 :
Quelles sont les études préalables indispensables à la construction :
- identifier les futurs bénéficiaires et les fonctions qu’ils attendent du barrage
- mesurer leur niveau d’implication dans le projet
- analyses physiques ( étude hydrologique, topographique, géotechnique)
- quel volume de retenue est recherché ?
- quelle dimension donner au barrage pour tenir cet objectif ?
- pour quelle emprise ?

Objectif stratégique 2 :
En fonction des résultats de l’étude préalable, définir le ou les types de barrage les mieux
adaptés, pouvoir faire les plans du barrage, calculer les contraintes techniques, pouvoir réaliser
un budget prévisionnel et planifier les ressources financières, quantifier la participation
nécessaire des futurs bénéficiaires.

Objectif stratégique 3 :
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Quelle organisation de chantier faut-il mettre en place pour le type d’ouvrage retenu ?
Durée estimative des travaux ? Possibilités d’implication des futurs bénéficiaires.

Objectif stratégique 4 :
Quelle organisation nécessaire pour pérenniser le barrage : gestion de l’eau et entretien du
barrage, développement de nouvelles activités?
Faut-il apporter un appui à la constitution et au fonctionnement de cette organisation ?

Objectif stratégique 5 :
Analyse de rentabilité du barrage selon ses utilisations.

3. Organisation de la mission :
En plus des intervenants habituels d’AGIR, Jean Marie JAPUIS et Hervé BAIN, un jeune
retraité, Yves ATLAN, Ingénieur Civil des Mines de Paris, ayant une bonne expérience des
barrages, a apporté sa collaboration à cette étude avec la rigueur d’un ancien de bureau
d’études. Sa mission s’est déroulée au Sénégal, du 26 octobre au 27 novembre 2008.
Il a été accompagné par :
Hervé BAIN, du 26 octobre au 11 novembre
Jean Marie JAPUIS, du 11 novembre au 27 novembre

L’équipe d’AGIR a toujours été accompagnée :


Pour la visite des barrages de Madialy, Dialakoto, Khossanto et les 12 du GRED
- par le Président du GRED : Jacques DUBOIS, le Directeur : Assane DIONE, et le
technicien en maraîchage Arouna KAN
- par le spécialiste construction du GADEC : Fodé BA
Pour la visite des 12 autres barrages du GADEC :
- par le spécialiste construction du GADEC : Fodé BA
L’ingénieur du Génie Rural, Sédar NGOM a également participé à la visite du barrage de
Koupentoum.
14 journées de terrain ont permis de visiter les sites de 28 barrages.

4. Les limites de la mission : des enquêtes difficiles


Les visites des sites de barrage ont été faites en novembre. C’est une période favorable pour
voir l’état du barrage et de la réserve d’eau en fin de saison des pluies. Par contre, il a été très
difficile de se rendre compte de l’état d’exploitation du barrage, et en particulier des cultures
maraîchères qui n’étaient pas commencées.
Par ailleurs, nos visites ont rarement pu être annoncées à l’avance. De ce fait, les personnes que
nous avons interrogées n’étaient pas toujours les plus compétentes pour répondre, et nous avons
le sentiment d’avoir eu bien souvent des réponses évasives et peut-être avec beaucoup d’erreurs.
Pour les performances en maraîchage, il nous a été impossible de confronter ces réponses avec
l’état des cultures.
Pour les barrages les plus anciens, qui ont plus de 20 ans, il est pratiquement impossible de
refaire un historique des conséquences du barrage.

5. Exploitation des informations :


Malgré les incertitudes sur la validité de nos informations, nous nous sommes permis d’en tirer
une synthèse. Il est possible que les concepteurs des barrages et les spécialistes du terrain aient
le sentiment d’une restitution déformée. Nous nous en excusons auprès d’eux, et c’est la raison
pour laquelle nous soumettons le présent rapport à l’analyse de chacun, en restant ouverts aux
6

corrections, précisions, en particulier celles qui pourraient remettre en cause nos conclusions
générales.

6. Un écart important par rapport aux objectifs de la mission :


En prenant connaissance de notre rapport, le lecteur va sans doute mesurer l’écart entre les
objectifs initiaux et les éléments présentés. Nous avons sans doute surestimé le volume des
informations que nous avons pu collecter au cours de trop brefs passages sur les sites de
barrage.
Objectifs stratégiques 1 et 2 ; nous n’avons pas souhaité réécrire, mal, les informations
contenues dans 2 ouvrages fondamentaux qui contiennent, à notre avis, l’essentiel pour toute
personne impliquée dans l’étude préalable, la conception ou la réalisation de barrages

AMENAGER LES BAS-FONDS DANS LES PAYS DU SAHEL


Guide d’appui à la maîtrise d’ouvrage locale
Collection LE POINT SUR
Auteurs : Philippe Lavigne Delville (GRET) et Nicolas Camphuis (ESTHER)
Editeur : GRET 211-213 rue la Fayette 75010 Paris,France
E-mail : gret@gret.org

PETITS BARRAGES EN TERRE


Aide-mémoire de formation à l’usage des travailleurs des FSTP- Fascicule N°5
Programmes spéciaux de travaux publics- PSTP
Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD)
Organisation Internationale du Travail (OIT)
Edité par le Bureau International du Travail à Genève

Objectif stratégique 5 : Rentabilité


La plupart des barrages que nous avons vus ont eu pour premier objectif de faciliter l’accès à
l’eau de la population par enrichissement des nappes phréatiques. Peut-on alors parler de
rentabilité face à une amélioration spectaculaire des conditions de vie ?
Par contre, la plupart des barrages ont permis aussi de développer une activité économique :
abreuvement des animaux, maraîchage. Il est intéressant de pouvoir rapprocher les gains
obtenus par ces activités du coût de l’investissement :
- soit l’investissement mobilisé par la population, autofinancement et temps de travail
bénévole
- soit l’investissement global de l’organisation porteuse du projet pour avoir des éléments
de comparaison entre les différents projets et faciliter l’obtention de nouveaux
financements.
Nous évoquerons de temps en temps « la durée de retour sur investissement », défini ainsi :
Au bout de combien d’années le gain cumulé de produits nets dépasse-t-il l’investissement
initial ? (Page 227 du livre Aménager les bas-fonds dans les pays du Sahel).
Lorsque nous évoquons les produits nets, faut-il inclure la valeur des productions
autoconsommées. C’est une difficulté importante, qui nous a amenés à valoriser les productions
en privilégiant la fourchette basse des estimations qui nous ont été communiquées.

7. Remerciements :
7

Pour réaliser ce rapport, nous nous sommes très souvent appuyés sur des informations
contenues dans le rapport de stage de Céline SEVESTRE (2003/2004)
Diagnostic, Impacts et Optimisation des mini-barrages dans la région de Tambacounda
(Sénégal),
réalisé avec l’appui de l’Agence Régionale de Développement de Tambacounda

Nous la remercions pour nous avoir communiqué son rapport.


Nous remercions aussi tous ceux qui nous ont apporté leur concours pour la réalisation de cette
étude de capitalisation :
Les membres du GRED, Jacques Dubois, Assane Ndione et Arouna Kan
Les agents du GADEC, et tout particulièrement Fodé Ba
L’Ingénieur du Génie Rural à la DRDR, Sédar Ngom
Damien Bauchau, en charge du codéveloppement à l’Ambassade de France à DAKAR
Anne Sophie Jouanneau, responsable du Pôle de la coopération non gouvernementale à
l’Ambassade de France à DAKAR……
Et tous les responsables de village ou de barrage qui ont bien voulu répondre à notre flot de
questions.
8

ANALYSE DES BARRAGES DE LA REGION DE TAMBACOUNDA

Un capital d’expériences exceptionnel :

Cette région a bénéficié de la construction d’un nombre important de barrages, de taille et de


conception diverses, dont les plus anciens ont déjà plus de 20 ans. Ils constituent un capital
d’expérience exceptionnel, dont il est apparu intéressant de dresser un bilan.

C’est l’objet de ce rapport, élaboré à la suite de la visite d’une trentaine de barrages :


- 9 barrages en terre du GRED, réalisés de 1993 à 2005
- 1 barrage en maçonnerie du GRED
- 1 barrage poids en géobéton du GRED, construit en 2007 et 2008, qui n’a pas résisté
à la saison des pluies
- 13 du GADEC, mini barrages déversoirs en béton armé, avec une hauteur variant de
0,40m à 1,20m, construits entre 1987 et 1995
- 1 AGIR/GADEC, à Khossanto, barrage déversoir en béton armé construit en 2004,
avec une hauteur de 2,80m au centre du lit mineur
- 1 GADEC, à Madialy, dont la reconstruction a été faite en 2008, et dont il est encore
trop tôt pour connaître l’impact
- 2 FDL et DRDR, à Dialakoto et Koupentoum. Le premier, construit en 2001, n’était
pas étanche. Il vient d’être réparé efficacement en 2008. Celui de Koupentoum,
construit en 2008, s’est effondré à la première saison des pluies.

1. Objectifs de ces barrages :

1.1 : Dans la zone du GRED : la zone d’intervention du GRED, au Nord Est de la Région,
entre Goudiry et Bakel, est particulièrement sèche avec une pluviométrie moyenne annuelle de
600 à 700mm, concentrée sur 4 mois. Les conditions de vie difficiles en font une région de très
forte émigration.
Les puits sont profonds, (30 à 50 m), et tarissent souvent à partir de février/mars. Les femmes
sont soumises à des corvées d’eau épuisantes sur de très longues distances, et l’abreuvement des
animaux est excessivement difficile. Dans certains villages, il faut puiser l’eau à plus de 40m, et
le débit ne permet d’abreuver les animaux qu’un jour sur 2.
L’approvisionnement en eau de la population et des troupeaux est donc prioritaire. La
construction des premiers barrages en terre a permis une remontée des nappes phréatiques dans
la plupart des cas, les puits pouvant même permettre d’assurer la soudure en fin de saison sèche.
Quelques expériences de culture maraîchère en saison sèche ont pu commencer auprès de ces
barrages. Les premiers succès ont montré l’intérêt du maraîchage de saison sèche, pour
améliorer l’alimentation et procurer un revenu. Pour répondre aux attentes de la population, le
GRED a développé des barrages toujours plus hauts, son objectif étant des réserves pérennes,
qui puissent permettre de faire du maraîchage toute l’année.

1.2. Dans la zone du GADEC :


Cette zone s’étend autour de Tambacounda, dans une région un peu moins sèche que celle du
GRED , avec une pluviométrie moyenne de 700 à 800mm. C’est donc une région moins
défavorable pour les cultures de saison des pluies et la culture du riz est souvent pratiquée dans
les bas-fonds. Les problèmes d’accès à l’eau de février à juin s’y posent aussi. Les premiers
9

barrages ont été construits pour recharger les nappes phréatiques, lutter contre l’érosion,
abreuver les animaux, améliorer la culture du riz de bas fond, puis tenter d’introduire des
cultures maraîchères. Comme dans la zone du GRED, leur construction a entraîné très souvent
une remontée des nappes de 3 à 4 m dans les puits. Certains puits ont alors pu être utilisés pour
introduire effectivement les cultures maraîchères avec de l’eau disponible entre 5 et 10m de
profondeur.

2. L’implication des bénéficiaires et le financement :

Le GRED et le GADEC mettent toujours en avant la nécessité impérative d’une appropriation


des projets par le groupe demandeur. Le développement est leur affaire. Les villageois doivent
donc se gérer eux-mêmes dés le début.

2.1 : Dans la zone du GRED :


Pour le GRED « les techniques au départ doivent être simples, cependant profitables, adaptées
au milieu et perfectibles. Un encadrement lourd tue initiative et responsabilité ».
Le GRED s’appuie sur un responsable de barrage, qui sera son relais pendant les phases
d’études, de construction et de suivi.
Une participation financière est toujours demandée aux villages bénéficiaires : elle a été
longtemps de 15% du devis du projet, dans le cadre de financements par la Coopération
Française et différents institutionnels en France. Pour la construction des barrages en terre, par
entreprise extérieure, les villageois doivent en outre aider bénévolement aux études
(topographie, sondages), enlèvement des racines de la terre charriée par le bulldozer et
nourriture des équipes.
Les derniers barrages construits ont été financés dans le cadre du « Projet initiatives de co
développement » du Sénégal et de la France. La participation des migrants et des bénéficiaires
doit atteindre 30% du montant du projet. Pour les barrages qui ont nécessité une participation
très importante en main d’œuvre (pierres maçonnées ou géobéton), les villageois ont perçu une
indemnité de 1000 à 1500 F/jour.

2.2. Dans la zone du GADEC :


Pour permettre l’implication de toute la population dans un projet de barrage, le GADEC
suscite la constitution de structures collectives :
- Le Comité de coordination, ou comité des sages, dont la composition est définie par le village,
et qui comprend des représentants de tous les groupes du village : le chef de village et des
conseillers, l’iman, des représentants des femmes, des jeunes…..Sa fonction est d’être informé
sur le déroulement du projet et de prévenir ou d’arbitrer les conflits éventuels.
- Le Comité de gestion qui organise les activités nécessaires à la construction : réception des
approvisionnements, gestion des stocks, organisation des équipes de bénévoles, accueil des
intervenants extérieurs. Après la construction, il organisera l’exploitation du barrage.
Le GADEC a des agents formés à l’animation villageoise qui apportent leur appui pour la
constitution de ces Comités puis une aide à leur fonctionnement si elle est demandée. Ces
animateurs ne font que de brèves missions dans le village demandeur, pour ne pas se substituer
aux responsables locaux.
A notre connaissance, le GADEC a réalisé les barrages dans le cadre de programmes de
financements ONG du Nord/ONG du Sud. Il n’a pas demandé de participation financière aux
futurs bénéficiaires. Par contre, la construction des barrages en béton nécessite une main
d’œuvre importante qui a toujours été fournie gratuitement, de même que les transports d’eau,
de sable, de mœllons….
10

A Khossanto, AGIR avait souhaité, avant tout engagement, que le village ait apporté la preuve
de son intérêt pour le projet en déposant en banque sur un compte bloqué du GPF la somme de
550 000 F CFA. Pour le village, cela représentait l’équivalent de 2 années de taxe rurale. Cette
somme a pu être mobilisée sur place, après un voyage d’études sur des sites de barrages
organisé pour 7 représentants du village. Suivant la méthode du GADEC, la construction a été
assurée par des équipes de villageois travaillant bénévolement. En valorisant les journées de
travail bénévole à 1500F/jour, le village a autofinancé 12% du coût du barrage et des
installations annexes.

3. L’analyse technique des barrages :

3.1 Barrages en terre du GRED :

3.1.1. Recueil de données

Environ une vingtaine de petits barrages en terre ont été réalisés par le Gred dans la région de
Tambacounda, plutôt autour de Bakel. Un des barrages les plus anciens, Belle, date de 1988 et il
fonctionne de manière satisfaisant aujourd’hui encore. Le Gred a construit chaque année ou
presque un nouveau barrage.

Ce rapport résulte de la visite d’une dizaine de barrage en terre1 par une mission Agir au cours
du mois de novembre 2008. Les sites visités ont été choisis par le Gred dont le Président (M.
Dubois) et le Directeur (M. Dione) ont exécuté les visites en même temps que la mission Agir.
L’annexe 1 donne la liste des barrages visités et les fiches rédigées sur chaque barrage.

Cette note et les fiches qui l’accompagnent traitent de la technique de construction des barrages
en terre. Signalons qu’il n’est pas question ici de faire un cours de barrage2. Signalons
également que des données socio économiques sont comprises dans les fiches Sira
Mamadou Bacar, Sira Doundou et Oubouol3.

3.1.2. Conception des ouvrages

3.1.2.1 Corps de digue


La digue est construite en matériau argileux trouvé à proximité immédiate de l’ouvrage. Dans la
mesure du possible au cours de la construction les matériaux les plus argileux ont été placés en
zone amont de la digue et des matériaux comportant de graveleux ont été placé dans la partie
avale. A cette nuance près, le corps de digue est homogène et en particulier ne comporte pas de
drain de pied.
Les pentes des talus sont comprises entre1/2 et 1/3, la largeur de la crête est d’environ 3 m. La
longueur de la digue varie pour les ouvrages visités entre 80 m et 470 m, la hauteur maximum
entre 4 m et 9,5m. La revanche est d’environ 1,5m.

1
Nous avons visité aussi deux barrages poids : Goundourou et Sira Doundou. Ces sites font l’objet de fiches
mais ne sont pas inclus dans cette note de synthèse.
2
Un manuel bien fait, pratique mais pas simpliste se trouve dans la bibliothèque du Gadec : « Petits barrages en
terre » publiés par le PNUD. Une suggestion : Organiser une formation sur les barrages en terre avec ce manuel
pour support.
3
L’exploitation actuelle des ouvrages, leurs potentialités, leur intérêt socio économique sont des questions qu’il
est difficile d’aborder dans une mission aussi courte que celle ci.
11

Certaines digues comportent en leur centre un muret en géobéton de 1 m à1,5m de long sur
0,5m environ de large (voir schéma sur la fiche de Fété Gomodi). Ce muret est censé renforcer
la digue en particulier augmenter la sécurité par rapport au glissement. Par ailleurs il n’est pas
fait mention dans les plans d’une bêche sous la digue.

3.1.2.2 Evacuateur de crue


Les évacuateurs de crue sont latéraux4. Les ouvrages comportent deux dispositifs d’évacuation
des crues :
- Un évacuateur principal qui est dimensionné pour évacuer les crues inférieures à la crue du
projet (crue décennale). Il s’agit très généralement d’un canal creusé sur le coté de la digue avec
parfois quelques aménagements maçonnés ou bétonnés au niveau du seuil ou des bajoyers.
- Un évacuateur secondaire (dit de catastrophe) chargé d’évacuer les crues exceptionnelles,
lorsque la capacité d’évacuation de l’évacuateur principal est dépassée. Il s’agit non d’un
ouvrage mais simplement du terrain naturel dont la configuration sur l’autre coté de la digue par
rapport à l’évacuateur principal permet sans aménagements particuliers, ou alors des
aménagements très réduits, d’évacuer la crue par écoulement en nappe sur un glacis en pente
rejoignant le lit du marigot en aval de la digue.. Voir les fiches de Belle ou Oubouwol.

3.1.3. Problèmes d’ingénierie


Quatre types de phénomènes nécessitent un examen technique :
• Erosion des talus des digues
• Erosion des évacuateurs de crue
• Fuite à travers le barrage
• Fuite sous le barrage à travers les terrains de fondation

Noter que dans cette liste des questions techniques ne figure pas la stabilité de l’ouvrage. En
effet, la stabilité d’une digue en terre correctement compactée dimensionnée comme reportée au
paragraphe 2.1 ne pose pas de problème. Le Gred a signalé sur certaines digues l’apparition de
fissures transversales en saison des pluies, fissures laissant passer de l’eau et que les villageois
réparent immédiatement . Il s’agit d’un phénomène lié à un mauvais compactage accompagné
sans doute par une mauvaise préparation de l’assise de la digue.

3.1.3.1 Erosion des talus


Les matériaux utilisés pour la construction de la digue sont des matériaux fins facilement
érodables, sauf pour le talus aval de certaines digues pour lesquelles il a pu être utilisé un
matériau graveleux moins érodable. Certains sites présentent de profondes ravines d’érosion
qu’il convient de traiter, faute de quoi il y a un risque de désordres plus graves.
Les méthodes de construction ou de réparation de ces ravines d’érosion sont classiques. Citons :
Plantations appropriées : Le Gred a utilisé avec succès le Cynodon, qui a l’avantage d’être en
plus une plante fourragère.
Fascines de branchages
Couche de matériau protecteur sur les talus (graveleux latéritique, rip rap5 : Il s’agit d’une
solution sûre mais relativement onéreuse sans doute pas adaptée ici, sauf si les matériaux sont
disponibles à proximité.

4
Seul le site de Birfal II comporte un évacuateur central. Il n’est pas examiné ici car au moment de rédiger cette
synthèse nous ne retrouvons pas dans nos notes de terrain suffisamment d’informations
5
Un rip rap est une couche de blocs rocheux décimétriques ou plus gros sur une épaisseur d’au moins 0,5 m.
12

3.1.3.2 Erosion des évacuateurs de crue.


L’état des évacuateurs de crue, dont les seuils et les bajoyers sont érodés au point d’avoir
dégradé l’environnement du barrage ne serait pas acceptable pour un barrage, même petit, en
France. En effet dans un pays développé une érosion comme par exemple celle présente sur
l’évacuateur secondaire de Oubouwol entraînerait des coûts prohibitifs de réhabilitation des
terrains, réhabilitation obligatoire compte tenu de ce que la terre appartient à quelqu’un
(collectivité ou individu) qui réclamerait cette réhabilitation avec véhémence et bon droit. Au
Sénégal, dans la région de Tambacounda, il semble que cette question ne se pose pas (pas
encore) en ces termes, ce qui permet de réaliser des évacuateurs de crue peu onéreux6.
La seule question à traiter reste donc celle d’une érosion qui mettrait en danger la digue. C’est
une question qui se pose ou se posera très vite si rien n’est fait pour des sites comme ceux de
Sinthiou Fissa.
Les solutions de réparation et d’entretien dépendent de chaque cas. Pour les concevoir il faut
comparer le cas existant que l’on se propose d’améliorer à la conception théorique d’un
évacuateur de crue, conception théorique qui remplit quatre fonctions
• Permettre l’évacuation du volume d’eau correspondant à la crue du projet: voir calcul de la
largeur du seuil et de son niveau topo
• Permettre la dissipation de l’énergie de l’eau afin d’éviter une forte érosion après le seuil :
voir conception du dissipateur d’énergie
• Assurer pour le débit de la crue que l’écoulement dans le coursier n’ira pas trop vite pour ici
aussi éviter une trop forte érosion : calcul de la pente maximum du coursier.
• Protéger le pied de digue : Faire déboucher l’évacuateur de crue assez loin en aval de la
digue

Dans l’immédiat une mesure efficace et peu onéreuse est de surveiller l’évolution des points
sensibles des évacuateurs : Des dispositifs simples de mesure de l’avancée de l’érosion (bornes
bétonnées par exemple servant de repère pour mesurer l’évolution de l’érosion) peuvent être
mis en place.

3.1.3.3 Fuites à travers le barrage


A l’exception du site de Gambi Diaobé les fuites à travers le corps de digue sont nulles ou
insignifiantes.
L’absence de fuite montre que la construction d’un drain de pied (destiné en théorie à recueillir
les eaux percolant à travers la digue afin de prévenir une érosion régressive ou renard) n’est pas
obligatoire avec les matériaux utilisés car si les matériaux sont mis en œuvre correctement, c’est
à dire suffisamment compactée, la digue est imperméable7.
Dans le cas de Gambi Diaobé la cause des fuites est très certainement un défaut localisé de
compactage.

En conclusion : on peut s’abstenir de construire un drain de pied mais si à l’usage des fuites
apparaissent, il faut entreprendre des travaux confortatifs comme ceux proposés dans la fiche
Gambi Diaobé.

3.1.3.4 Fuites sous la fondation.


Pas de fuite sous fondation dans les barrages visités. Cependant à Gambi Diaobé il est possible
qu’une partie des fuites en pied aval de la digue provienne d’une percolation au contact corps de

6
Précisons que ce dernier commentaire n’est pas une critique de la conception de l’évacuateur. Il veut au
contraire attirer l’attention sur l’adaptation de la conception d’un ouvrage aux conditions économiques locales.
7
C’est à dire pratiquement imperméable d’un point de vue de barragiste…
13

digue- terrain naturel. Cela nous amène à souligner l’importance qu’il y a à prévoir
systématiquement
• Décapage de l’assise de la digue avant construction et comblement des éventuelles fentes
entre roches affleurantes avec un coulis de ciment.
• Bêche de fondation . Cette bêche d’au moins 1.5 m de profondeur sur 3m de largeur est un
élément important dans la prévention des fuites. Par ailleurs la bêche augmente la sécurité
au glissement de la digue.

Il est d’ailleurs possible que le muret en géobéton construit dans certains des sites visités joue le
même rôle que la bêche. Il faudrait un calcul et technique et économique pour décider quelle est
la meilleure option, calcul qui ne sera possible que lorsque les caractéristiques mécaniques et la
perméabilité du géobéton seront déterminées.

3.1.4. Quelques recommandations et observations à approfondir.

3.1.4.1 Barrage poids


La construction d’un barrage poids sur un massif de fondation non rocheux est fortement
déconseillée.

3.1.4.2 Etudes préalables


L’étude d’un projet comporte plusieurs phases. On peut distinguer en général
• 1. Identification du projet
• 2. Etude de faisabilité
• 3. Avant projet

Ces phases devraient être discontinues, c’est à dire que la phase 2 ne commence qu’après
examen et approbation de la phase 1, la phase 3 après approbation de la phase 2. Quand celui
qui fait l’étude est aussi chargé de son approbation, il est clair que ce schéma (qui vise à
éliminer les projets foireux) n’est pas respecté.
En tout cas pour des projets de barrage, il est fortement recommandé et d’usage de ne pas passer
de la phase 3 à la phase construction avant d’avoir soumis les études du projet à un audit
indépendant.

On peut répondre à cette proposition qu’elle est adaptée aux ouvrages construits en
France et pas à ceux construits ou à construire dans la région de Tambacounda. Je ne le
pense pas : un audit est comme une police d’assurance de véhicule. Même si votre auto est
petite et vieille vous devez être assuré. C’est rentable pour la communauté.

3.1.4.3 Termes de références des études


La mise au point de termes de référence généraux pour chaque phase des études préalables
serait de nature à améliorer leur niveau. Il faut comprendre que ces TdR généraux pourraient
être adaptés à chaque cas. Ils auraient la très grande utilité de donner une méthode de contrôle
de la pertinence d’une étude : Tous les paramètres prévus dans les TdR ont-ils été recueillis ? .
Sinon pourquoi ? etc.
14

liste des barrages visités en novembre 2008 et réalisés par le gred

Nom du barrage Date Date Type de Longueur L Fonctionnement Hydraulique


visite construction barrage et hauteur H Niveau eau retenue
Sira Mamadou 4/11 2001 terre L= 472 m Légère fuite en partie
Bocar H=6m droite.
Niveau amont +4m ?
Sira Doundou 4/11 2004 maçonnerie L=85m Niveau amont 4m
H=5 m Fuite en rive droite
alimentant marigot
Oubouol 5/11 2003 terre L= 100 m Niveau amont + 4m ?
H= 7 m
Bellé 5/11 1988 terre L= 150m Niveau amont +3,5m
H=5,2m
Sinthiou Fissa 5/11 1998 terre L= 200m Niveau amont +5m
H=7,2m
Goundiourou 6/11 2008 Barrage L=135m Ouvrage détruit par la crue
poids en H=5m de l’hivernage 2008
géobéton
Medima Gouraye 7/11 Commencé en Terre avec
2006 travaux noyau
suspendus central en
géobéton
Gourel Bouly 14/11 2003 Terre avec L= 220m Niveau amont +5m
noyau H=7 m Pas ou peu de fuites
central en
géobéton
Goural Mama 15/11 1993 Terre L=120m Niveau amont 2m
Ndiaye H=4m Pas de fuites
Fété Gomodi 15/11 2005 Terre avec L=100m Niveau amont 3,5m
noyau H=6m Pas de fuites
géobéton
Birfal II 15/11 Terre L=80m Niveau amont 5 m
H=7 m Pas de fuites
Gambi Diaobé 15/11 1993, ? Terre L=162 m Niveau amont 7m
H=9,5m Fuites importantes en pied
de digue

3.2.Barrages en béton armé

3.2.1. Recueil des données


Il y a environ une trentaine de barrages en béton armé dans la région de Tambacounda et
Kédougou).17 barrages ont été visités par la mission en novembre 2008. La sélection des sites
visités a été faites en coordination avec Gadec, dont un représentant faisait partie de l’équipe
qui exécutait les visites, de façon à être représentative des barrages de la région
L’annexe 1 donne la liste des sites visités, l’annexe 2 les fiches de visites.
15

3.2.2 Analyse des données recueillies

3.2.2.1 Structures types des ouvrages


A partir des coupes de la structure on peut distinguer trois types de barrages :

• Type 1 : Tabanding et Inala. Ces deux barrages sont parmi les premiers à avoir été
réalisés dans la région de Tambacounda. Voir fiche N°6 le détail de leur structure.
Ce type de structure ne sera pas examiné ici car il a été ensuite abandonné .
• Type 2 : Khossanto et Madialy. Ces deux barrages ont été réalisés en 2004 et
2006 selon la même structure. Voir fiches N°1 et2 .
• Type 3 : tous les autre sites. Voir par exemple la fiche N°3 relative au site de
Sinthiourou.

Longueur et hauteur des ouvrages

Type Longueur (m) Hauteur maximum (m)


1 70 1
2 70 2,5
3 60 à120 0,4 à1,8

Evacuateur de crue

Tous les barrages sont déversant sur toute leur longueur en cas de crue. Ils comportent (types 2
et 3) une dalle en béton en aval (voir fiche N°3 ) qui a pour rôle principal de protéger les sols
de l’énergie de la lame d’eau en période de crue. Cette dalle appelée dalle de dissipation est
solidaire du voile et intervient donc par son poids dans la stabilité de la structure. Sa largeur est
généralement à peu près égale à la hauteur du barrage.

3.2.2.2 Géomorphologie des sites


Le lit des marigots dans la région de Tambacounda est de relief amorti que ce soit
longitudinalement ou transversalement. Les marigots ne sont pas pérennes et il n’y a pas de
terrasses alluviales de lit majeur. Le lit mineur est donc en dépression légère par rapport au
plateau, la transition se faisant en pente douce. Deux exceptions, Madialy et Koupentoum, sans
doute liées à l’affleurement d’éléments indurés de cuirasse latéritique prés du lit mineur.
Le site de Khossanto, région de Kédougou, présente rive droite des affleurements de schistes et
là aussi le décrochement du lit mineur est plus prononcé.
Le lit mineur est recouvert de matériaux argileux, limoneux et parfois sableux, donc de
perméabilités variables, moyennes à fortes. Des sols hydromorphes, argileux, se sont
développés assez souvent dans les bas fonds tandis que les rives et les plateaux présentent des
profils de sols ferrugineux tropicaux érodables.

3.2.2.3 Désordres observés8


Le fonctionnement normal d’un barrage, c’est à dire sa capacité à retenir l’eau en amont
pendant assez longtemps pour que les pratiques agricoles puissent en tirer profit, demande que
les fuites éventuelles soient maintenues à un niveau acceptable et bien entendu que l’ouvrage ne
soit pas dégradé voire ruiné trop vite. Il faut malheureusement constater que ce n’est pas le cas
8
Désordres et niveau d’eau observés en novembre 2008
16

pour la majorité des barrages en béton visités9. Dans ce paragraphe il sera traité des désordres
observés. Les recommandations concernant les modifications à apporter à la conception des
futurs ouvrages sont traitées plus loin et l’amélioration des conditions de fonctionnement des
ouvrages existants est abordé dans les fiches en annexe 2 au paragraphe «recommandations
spécifiques » de chaque fiche.

FUITES
Tous les ouvrages ont actuellement des fuites sauf Sinthiourou et Dialakoto. C’est ainsi que
• Le site de Saré Malal présente le même niveau d’eau à l’amont et à l’aval.
• Khossanto et Madialy ont des fuites importantes mais la retenue amont était en novembre
2008 à un niveau largement supérieur à l’aval.
• Tous les autres sites sont à sec.
Ces fuites ont deux origines
• Fuites à travers la jointure entre deux plots : les joints en mastic de bitume n’ont pas été
entretenus.
• Fuites sous la fondation : l’érosion sous les dalles de dissipation diminue le chemin des
fuites sous le barrage ce qui augmente le gradient de pression hydraulique ce qui entraîne la
croissance de la vitesse des fuites. A partir d’une certaine vitesse (qui dépend de la
granulométrie des sols de fondation) il y a érosion régressive avec possibilité d’un renard
qui vide la retenue en peu de temps.

DÉSORDRES
Érosion des sols sous les dalles de dissipation
Ce phénomène, dont on vient de voir qu’il peut être à l’origine de renards, se produit pendant
les crues : Sur les ailes de l’ouvrage il est plus important parce que ces zones sont exposées à un
courant latéral venant des rives vers le centre du marigot et qu’il n’a pas été prévu de protection
spécifique à cet égard. Au centre de l’ouvrage le phénomène est moins important pour les
ouvrages de faibles hauteurs (inférieur à 0,7m) . Il reste préoccupant pour les autres. Ici il faut
mettre en cause une dalle de dissipation pas assez large et sans bêche terminale ou avec une
bêche pas assez profonde.

Ruine de l’ouvrage
Voir les fiche N°8 (Koupentoum) et N°5 (Fadia Gounda)

3.2.3. Recommandations

9
Il faut noter cependant qu’une retenue même de très courte durée, 4 à5 jours, semble selon les informations
recueillies auprès des villageois apporter une amélioration significative du niveau des puits et de la productivité
des cultures de décrues. Voir les fiches de Douba.
17

3.2.3.1 Barrage type 2 (Khossanto et Madialy)


Ces ouvrages sont des barrages poids dans leur partie centrale, c’est à dire que la résistance au
basculement sous l’effet de la poussée hydraulique et des sous pressions est due au poids de
l’ouvrage. D’une manière générale il est déconseillé de construire des barrages poids sur un
massif de sol susceptible de tassement parce que ce type d’ouvrage est très vulnérable aux
tassement différentiels10. Les barrages poids sont normalement construit sur une fondation
rocheuse.
Dans le cas de Madialy et Khossanto, le risque de tassement différentiel et de renversement de
la structure est lié à la possibilité de l’érosion des sols sous la dalle aval de l’ouvrage, possibilité
bien réelle comme le montre les photos des fiches N° 1 et N° 2.
L’annexe N°3 donne le calcul de stabilité de Madialy (calcul repris de l’étude de la réparation
de l’ouvrage en 2007) : en supposant qu’il n’y a pas d’érosion régressive, le facteur de sécurité
au renversement est de 1,18.
Si on suppose une érosion sous la dalle aval, la mettant en porte à faux sur 2 m (voir figure ci
dessous) le facteur de sécurité devient 0,93 ce qui est insuffisant11.

Sans érosion : le point de rotation est o.


Facteur de sécurité :1,18

Avec érosion : le point de rotation est O’.


Facteur de sécurité : 0,93

Ces considérations ne remettent pas en cause la stabilité future de Madialy et Khossanto à


condition que (1) l’érosion sous dalle soit contrôlée, et (2) si nécessaire les zones érodées
soient réparées, par exemple par une protection par des gabions de la partie aval de la dalle de
dissipation..
Elles conduisent néanmoins à recommander d’abandonner pour de futurs projets ce type de
structure si le massif de fondation n’est pas rocheux.

10
Cette règle n’est pas absolue : Bien qu’il soit conseillé de l’appliquer , elle peut être ignorée pour des petits
barrages de hauteur inférieure à 3 m , mais alors il faudra une étude géotechnique soigneuse pour s’assurer qu’il
n’y a pas de risque de tassement différentiel.
11
Ces calculs sont pessimistes puisque les mesures confortatives prévues en annexe 3 ont été exécutées lors de la
reconstruction der Madialy et qu’elles ont pour effet d’augmenter le facteur de sécurité au renversement
18

3.2.3.2 Barrages type 3 (par exemple Dialakoto)

o Coupe
type 3

Dimensions usuelles :

Hauteur du voile 0,4 à1,8 m


Profondeur encastrement : 1 à2 fois la hauteur
du voile
Largeur de la dalle : 1 fois la hauteur du voile

Deux observations sont à l’origine des recommandations générales qui suivent :

• Sur de nombreux barrages de ce type la dalle de transition est en porte à faux, accrochée au
voile vertical, du fait de l’érosion du sol sur lequel elle s’appuyait. Son poids est alors un
élément déstabilisant de la structure. Cette situation étant très commune sur des ouvrages
qui sont cependant restés stables, on en déduit que le poids de la structure n’est pas le
facteur essentiel de résistance à la poussée des eaux. La stabilité de ces ouvrages ne doivent
pas être calculée comme pour des barrages poids. En fait, la stabilité au renversement est
obtenue principalement grâce à l’encastrement du voile vertical. Le calcul de stabilité
externe doit donc avoir pour objet la profondeur de l’ancrage, comme pour le calcul d’une
palplanche. On trouvera en annexe N°3 les résultat de ce type de calcul et une discussion de
son adaptation à la réalité des ouvrages comme ceux étudiés ici.

• La plupart des ouvrages fuient. Ces fuites ont deux origines : (1) une fondation trop
perméable et (2) des joints entre plots en mauvais état.

Recommandations

3.2.3.2.1 : Dalle de dissipation


La conception actuellement mise en œuvre c’est à dire une dalle de dissipation en
béton armé solidaire du voile devrait être abandonnée. Un ouvrage de dissipation en
gabion est plus efficace car n’étant pas accroché au voile il ne le déstabiliserait pas.
Par ailleurs en cas d’érosion, le gabion suivra le terrain naturel et freinera
automatiquement l’évolution du processus d’érosion.12.

3.2.3.2.2 Fuites par les joints dégradés


En général, les joints mastiqués au bitume entre deux parties d’un ouvrage ont pour
objet de prévenir les conséquences d’un tassement différentiel entre les deux parties
de la structure entre lesquelles est le joint. Par exemple si un immeuble est composée
d’un partie comportant 10 étages et d’une autre en communication avec la premières
comportant 5 étage un tel joint est indispensable.
12
La question de la largeur de l’ouvrage de dissipation sera examinée dans un paragraphe spécial
19

Ce n’est pas le cas des ouvrages étudiés ici et ces joints n’ont donc pas d’utilité
évidente. C’est pourquoi nous recommandons
• de ne pas prévoir des joints dans les ouvrages futurs
• de réparer les joints actuellement dégradés en les nettoyant puis en ragréant les deux
plots adjacents par un mortier sable ciment.13

3.2.3.2.3 Fuites sous la fondation


L’idée est de réaliser un rideau d’étanchéité en amont immédiat de l’ouvrage. Il faut
insister ici sur la nécessité d’une étude géotechnique pour déterminer la nécessité et la
profondeur du rideau.
La consistance de la reconnaissance géotechnique type est la suivante : un puits de 2
m de profondeur tous les 15 m environ sur un axe voisin de l’axe de l’ouvrage.
Chaque profil de puits devra être relevé et la perméabilité des sols estimée à partir de
leur identification géotechnique .Il existe des méthodes empiriques pour identifier les
sols géotechniquement ,sur le terrain: voir par exemple dans l’ouvrage :« Aménager
les bas fonds dans les pays du Sahel »

13
Prévoir l’utilisation éventuelle d’un adjuvant au ciment pour obtenir un ragréage solide et imperméable.
20

ANNEXE 1
LISTE DES BARRAGES EN BÉTON ARMÉS VISITÉS

BARRAGES RÉALISÉS PAR GADEC

Nom du barrage Date visite Date de Longueur L Fonctionnement Hydraulique au jour


construction et hauteur H de la visite
Khossanto 1/11 2004 L=62m Niveau amont +2,5m
H=2,7m Niveau aval +1,5m
Donc fuite à surveiller
Madialy 31/10 2007 L= 70m Peu de fuite actuellement. Niveau
H=1,5m amont de la retenue +1,0
Sinthiourou 30/10 1992 L=120m, Peu de fuite actuellement. Niveau
H=1,2m amont de la retenue +0,6
Douba I 18/11 1990 ? L=70m sec
H=0,8m
Douba II 18/11 1990 ? L=70m Sec. Structure peu visible car
H=0,8m ensablée. Probablement semblable
à Douba I
Boudembou 19/11 1986 Submergé. Barrage sur le
Sandougou, affluent de la Gambie
*
Fadia Gounda 19/11 1990 L=70m En ruine, malgré réparation en
H=1,7m 1993
Sare Malal 20/11 ? L=70m Niveaux d’eau amont et aval
H=1m ? identiques : fuites
Malem Koto 20/11 1994 L=70m Eau en aval et pas en amont ! !
H=1m
Tabanding 21/11 1987 L=70m Sec
H=1m
Nom du barrage Date visite Date de Longueur L Fonctionnement Hydraulique au jour
construction et hauteur H de la visite
Takou Talla 21/11 1993 L=70m sec
H=0,4ml
Inala 21/11 1988 L=70m sec
H=1m
Segou Koura 21/11 1997 L=100m sec
H=0,5m
Missira Baboké 21/11 2001 L=100m sec
H=0,5m
Koutia Kassa 16/11 1988 L=60m sec
H=0,8 m
21

BARRAGES RÉALISÉS PAR LE FDL

Nom du barrage Date construction Longueur L Fonctionnement Hydraulique


et hauteur H
Koupentoum 18/11 2008 L=100m Détruits par la crue de l’hivernage
H=1,8m 2008
Dialakoto 31/10 2001 puis L=140m Depuis la réparation barrage étanche.
Fiche N° réparations en H=1,8m Niveau amont +1m, niveau aval 0
2008

4. L’appui à l’exploitation des barrages :

4.1. Zone du GRED :

Le GRED ne dispose que d’un technicien, lui-même producteur maraîcher à Bélé, pour aider
les nouveaux producteurs, qui, la plupart du temps, sont totalement novices. Mais le principe
est toujours le même : aider le moins possible pour favoriser l’auto apprentissage…
Pour les barrages construits avant 2000, l’exploitation pour le maraîchage a été très longue à
démarrer.
2 exemples :
Sinthiou Fissa : construit en 1998, avec une très grande réserve d’eau pérenne. Lors de notre
passage en février 2002, 2 producteurs seulement avaient commencé du maraîchage de décrue.
En 2008, ils seraient 5 ou 6 et le GPF a clos une parcelle réservée aux femmes. Il y aurait
pourtant des terres exploitables en décrue pour plusieurs dizaines de producteurs.

Bélé : construit en 1988, avec une réserve d’eau qui tient jusqu’en février. En 2002, le
technicien, Arouna KAN, exploitait depuis 1 an un jardin maraîcher alimenté par une pompe
mécanique. Un autre groupe exploitait un jardin en aval du barrage, à partir d’un puit avec
l’eau à 15m. Les premières cultures de décrue ne commencent que depuis 2006, avec 4 ou 5
productrices.

Par contre, l’expérience des cultures maraîchères des barrages précédents réduit la période la de
réflexion et permet un démarrage plus rapide du maraîchage. Sur les 7 barrages construits
depuis 2001 que nous avons vus, 5 sont exploités avec du maraîchage sur plusieurs ha (2 à 5
ha).

4.2 : Zone du GADEC :

Pour l’exploitation des possibilités de maraîchage, le GADEC forme des relais techniques. Ce
sont des villageois, choisis par la communauté, alphabétisés, qui reçoivent une formation
théorique et surtout pratique au maraîchage. Les relais techniques perçoivent une indemnité
pendant leur temps de formation. Dans leur village, ils vont assurer bénévolement un
encadrement rapproché des producteurs (ou plus souvent des productrices) : estimation des
besoins en semences, installation des pépinières, parcellement du terrain et piquetage des
planches, suivi des cultures, traitements …..En échange de ce bénévolat, ils exploitent eux-
mêmes une parcelle dans le périmètre.
22

La pérennité de ces relais techniques pose un problème dans le temps. Ayant acquis par leur
formation compétence et ouverture d’esprit, ils chercheront à évoluer, souvent en dehors du
cadre du village.
Ainsi, à Khossanto, AGIR a confié au GADEC la formation de 2 relais techniques 1 an avant la
mise en exploitation du barrage. Ils ont apporté un appui précieux la première campagne, mais
ont été les premiers à profiter d’une possibilité d’embauche dans les mines d’or de Sabodala.
Dans ce village où ce sont les femmes qui exploitent, les relais techniques devraient être
féminins. Une formation dans ce sens a commencé en 2007…mais le problème d’un niveau
minimum d’instruction de base se pose. Sa solution est sans doute dans l’alphabétisation des
femmes, mais ce sera long !

5. Les effets des barrages :

5 .1 Les barrages de type 3, mini barrages déversoir en béton armé ne dépassant pas 1m :
20 ans après leur construction, la plupart ne sont plus fonctionnels : fuites des joints,
éboulement partiel. La population ne semble pas avoir éprouvé le besoin de les entretenir, sans
doute parce que leurs avantages étaient limités.
Pratiquement sur tous les sites visités, la remontée des nappes phréatiques dans les puits
existants a été remarquée, même à des distances importantes du barrage (jusqu’à 1000m). Cette
remontée de la nappe durerait encore, même lorsque le barrage n’est plus complètement
étanche.
Par contre, ces barrages n’auraient pas apporté une amélioration spectaculaire des rendements
en riz de bas-fond, et les essais de maraîchage n’ont pas forcément duré. Les problèmes de
protection contre le bétail en saison sèche ont souvent découragé les essais des producteurs (ou
productrices) de riz et de maraîchage.
Mais la construction des barrages a été l’occasion d’une mobilisation de la population sur un
projet commun, et a amorcé une organisation communautaire. Elle a aussi montré que le
maraîchage de saison sèche était possible dans la Région de Tambacounda, et cette culture s’y
est introduite peu à peu.

5.2: Les barrages de type 3, mini barrages en béton armé atteignant 1m à 1,20m de
hauteur.
Leur construction est un peu plus récente ( 1992/1995). Dans cette catégorie, on trouve les
barrages de Sinthiourou et de Boulembou, qui ont eu un impact important dans les villages
concernés.
5.2.1. A Sinthiourou
Les femmes ont été les premières exploitantes maraîchères autour des puits dont le niveau de
l’eau était exploitable à 7/9m. Les superficies cultivées en maraîchage ont atteint jusqu’à 5 ha,
avec des résultats économiques qui ont apporté une amélioration spectaculaire des revenus
dans le village. Le succès des femmes a entraîné l’engagement des hommes, avec peut-être un
détournement des résultats à leur profit ( ?)…qui a finalement provoqué l’abandon du
maraîchage pendant 2 ou 3 ans.
Depuis 2006, le village a obtenu les soutiens qui lui ont permis d’aménager un périmètre de 12
ha, clos de grillage, et alimenté en eau avec des robinets tous les 50m, à partir d’un puits
profond et d’un château d’eau avec groupe moto pompe. Les résultats en culture de saison des
pluies ont été spectaculaires, montrant que les producteurs avaient acquis une solide
compétence technique :
En 2006, production de Jaxatu estimée à 73 T pour 107 producteurs (hommes et femmes), avec
un produit brut/ha de 3 000 000 F.
23

En 2007, performances techniques comparables, mais revenu amélioré avec une meilleure
maîtrise de la commercialisation. Produit brut/ha : 5 000 000 F
Les producteurs du village sont de plus en plus autonomes, avec leurs relais techniques et leurs
structures de gestion de l’eau, d’appui technique et de commercialisation. Ils ont acquis aussi
un réel savoir faire dans la négociation des aides extérieures.

5.2.2 : A Boulembou
La construction du barrage sur le Sandougou en 93 a été l’occasion d’une très forte
mobilisation villageoise. Suite à sa construction, le niveau de l’eau dans les puits des villages
en rives gauche et droite est fortement remonté. Mais il faudra aux villages de Boulembou et de
Sao 5 ans d’observation avant de démarrer les premières cultures maraîchères, pratiquées sur
des berges, en dehors de toute inondation en saison des pluies.
L’irrigation était faite les premières années à partir de puits maraîchers creusés dans les berges,
en exhaure manuelle. A la demande des producteurs, la mécanisation de l’exhaure a été
introduite en 2001, avec un groupe alimentant des pompes immergées. Mais les puits n’ont pas
pu assurer les débits souhaités et se sont assez rapidement ensablés. Une clôture en grillage a
permis de clore un périmètre important qui ne sera exploité qu’en partie.
La dernière évolution (2005 ?) est le raccordement du réseau d’eau d’irrigation à un forage,
dont l’eau doit être payée, (200F/m3 ?) ce qui entraîne beaucoup de difficultés, au moins dans
l’un des villages (Boulembou).

5.2.3 : Tabanding :
La construction du mini barrage en 1987 a permis l’exploitation pour le maraîchage de 0,50 ha
par plus de 200 femmes, et une remontée de la nappe dans les puits. Mais l’eau était encore
entre 32 et 45m, obligeant rapidement à la mise en place d’une motopompe qui sera cassée 3
ans après sa mise en service en 89.

En résumé, ces barrages ont permis une remontée des nappes phréatiques et ont servi de base à
la création d’organisations villageoises. Ils ont souvent permis de faire découvrir le maraîchage
de saison sèche. Mais le maraîchage à partir de l’eau du barrage a été soit abandonnée au bout
de quelques années, soit remplacée par des exploitations à partir de forages mécanisés.

Si ces barrages ont eu leur utilité à l’époque où ils ont été construits, on peut se demander s’il
serait encore utile aujourd’hui d’en construire de nouveaux. Il semble que les moyens d’accès à
l’eau se soient beaucoup diversifiés depuis 20 ans, avec des puits profonds et des forages. Pour
des villages qui souhaiteraient introduire ou développer le maraîchage, le lancement de cette
activité pourrait peut-être se faire directement par exhaure mécanisée de l’eau, selon des
schémas voisins de ceux de Sinthiourou et de ceux de Kolda. Il reste à vérifier, et c’est l’objet
de l’étude réalisée dans les périmètres de Kolda, que ce type d’exploitation peut être rentable.

5.3 : Les barrages de type 2 :


Nous n’évoquerons ici que le barrage de Khossanto, qui est en exploitation depuis 2004, celui
de Madialy n’étant fonctionnel que depuis 2008.
L’objectif du barrage de Khossanto est d’enrichir une nappe phréatique pour développer des
cultures maraîchères en amont du barrage. La construction du barrage a été suivie dés la
première année en 2004, par le creusement de 2 puits maraîchers en béton (PMB), puis début
2005 par 5 nouveaux PMB et la pose d’une clôture en grillage. Le terrain est exploité par le
GPF, qui répartit les planches entre les femmes candidates, après la décrue. La culture est
individuelle, de même que la commercialisation.
24

5.3.1: l’incidence économique :


Le coût du barrage et de son exploitation (clôture et puits maraîchers) a été de 25 000 000
FCFA, en valorisant les journées de travail bénévole à 1500 F/jour.

Le revenu net cumulé des 4 premières campagnes se monterait à 8 300 000 F CFA. En estimant
le revenu net moyen à 2 500 000 F/an, le retour sur investissement du barrage serait assuré en
11 ans.
L’autofinancement investi par le village en numéraire et en nature, soit 1 360 000 F, a été
récupéré dés la 2 ème année.
L’aménagement du périmètre maraîcher, PMB et clôture, et la formation préalable des relais
techniques ont permis d’exploiter immédiatement le barrage.

5.3.2: Effet sur la santé :


Pas d’influence sur la pression des moustiques. Par contre, l’introduction des légumes dans
l’alimentation apporterait une amélioration générale de l’état de santé.
Le maraîchage s’est substitué pour beaucoup de femmes à la recherche de l’or dans les
marigots, travail particulièrement pénible.

5.3.3: Impact social :


La construction du barrage puis son exploitation ont permis au village de Khossanto de mener
un projet collectif dont toute la population est légitimement fière. Cela a changé le regard des
autres sur ce village qui était considéré en 2000 comme un village difficile, avec beaucoup de
rivalités internes.
Ce projet a montré aux femmes la nécessité d’être alphabétisées pour gérer par elles mêmes,
sans avoir besoin de faire appel à des hommes compétents. Elles sont maintenant demandeuses
d’un programme d’alphabétisation fonctionnelle qui se met en place. C’est le meilleur gage de
pérennité pour l’avenir.

5.4 : Les barrages en terre du GRED :


Tous les barrages du GRED ont été demandés par la population pour répondre au manque
d’eau en saison sèche, tant pour les usages domestiques que pour l’abreuvement du bétail.
Ils répondent pleinement à ces objectifs, l’idéal pour les bénéficiaires étant que la réserve d’eau
soit pérenne et puisse assurer la soudure jusqu’à la saison des pluies.

5.4.1 : effet sur la population : l’eau accessible toute l’année


La diminution des corvées d’eau pour les femmes et la proximité des points d’eau pour se laver
constituent un progrès inestimable. Lorsque les réserves d’eau sont très proches du village, on
nous a parlé d’une augmentation de la pression des moustiques. Mais les conditions de vie
s’améliorant avec l’accès plus facile à l’eau et l’introduction des légumes dans l’alimentation,
il semble que la santé soit meilleure.
L’eau de boisson n’est normalement pas puisée directement dans la réserve du barrage, sauf à
BIRFAL II.

5.4.2 : effet sur le bétail : un cheptel qui augmente beaucoup :


La disponibilité de l’eau d’abreuvement entraîne une amélioration très nette de l’état de santé
du cheptel, constatée dans tous les villages. La prolificité s’améliore, et on assiste partout à
une augmentation très importante du cheptel du village. Nous donnons ci-dessous quelques
exemples, tout en nous interrogeant sur l’exactitude des chiffres.

Sites Année Nbre de bovins Nbre ovins-caprins


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Oubouol 2003 800 150


2008 1000 1200
Gourel Bouly 2003 1300 2500
2008 2500 3500
Gourel Mama Ndiaye 1993 300 1500
2008 600 2500
Gambi Diaobé 1993 2000 4000
2008 3500 8000

Si ces chiffres correspondent à la réalité, nous sommes surpris par :


- l’augmentation très importante du cheptel bovin : elle peut s’expliquer par une amélioration
de l’état de santé, et sans doute par une capitalisation importante rendue possible par une
amélioration des revenus (maraîchage).
- l’augmentation encore plus forte des petits ruminants, ce qui signifierait que toute la
population a pu développer cet élevage, et non pas seulement les gros propriétaires de
troupeaux de bovins.
Nous n’avons pas trouvé de méthode fiable pour mesurer l’impact économique. Nous
proposons la piste suivante, en prenant comme exemple Oubouol :

Croissance du troupeau bovin : + 200 bovins à 80 000 F, soit une valeur de 16 000 000 F
Croissance du troupeau ovin-caprin : + 1000 à 25 000 F, soit une valeur de 25 000 000 F,
soit une croissance du capital de plus de 40 000 000 F en 5 ans…..à rapprocher du coût du
barrage de 14 000 000 F !
Cela mérite réflexion et une enquête pour valider les données.

5.4.3 : le maraîchage se développe:


Sur les sites de barrage construits depuis 2003, le maraîchage est rapidement introduit, d’autant
plus vite que le barrage est proche du village. Il est pratiqué en amont du barrage, au fur et à
mesure de la décrue.
1 ère étape : culture d’un cycle court, de novembre à mars, avec oignons, choux, tomates
Recette nette estimée : 2 000 000 F/ha
2 ème étape, si l’eau est pérenne : un cycle court sur environ 50 % et un cycle long sur 50%
(gombo, piment, aubergine).
D’après les différentes informations et recoupements, on peut estimer ainsi les recettes nettes
(équivalent du revenu agricole) :
Recette nette cycle court : 2 000 000 F/ha
Recette nette cycle long : 3 000 000 F/ha

Sur la plupart des sites de barrages construits depuis 2003, on exploite en 2008 entre 3 et 5 ha
de maraîchage, avec 1 cycle court, ou 50% cycle court et 50% cycle long, soit des revenus /ha
de 2 000 000 à 2 500 000F.
Les revenus du maraîchage se situent ainsi entre 6 000 000 F/an et 12 500 000 F/an par site.
Quelques cultivateurs commencent à pratiquer le maraîchage de saison des pluies.

5.5 : Les barrages poids, en pierres maçonnées et en géobéton du GRED:

Nous n’avons pas d’information sur le barrage de Sira Doundou, sinon qu’aucune exploitation
maraîchère n’a commencé.
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Le barrage de Goundiourou n’a malheureusement pas fonctionné.

6. Réflexions sur l’intérêt des barrages avec des réserves d’eau pérenne :

Le GRED et le GADEC ont été conduits à des options très différentes pour la conception des
barrages, et en particulier sur l’objectif de pérennité ou non de la réserve d’eau.
Sur le plan sanitaire, le GADEC évoque les risques des réserves pérennes : consommation par
la population, développement des populations de moustiques.
Le GRED, de son côté, a conçu des barrages de plus en plus hauts, pour compenser
l’évaporation (de l’ordre de 2,5m), la hauteur d’eau au centre de la réserve devant être au
moins de 4 à 5 m. Mais la pérennité de la réserve lui est apparue essentielle dans cette région
où se pose avec acuité le problème de l’accès à l’eau en fin de saison sèche, même si cela
augmente les risques techniques.

Les réserves pérennes peuvent avoir aussi un intérêt économique pour leur exploitation :
Des bas-fonds peuvent déjà être cultivés en riz. Une réserve importante noie une partie du bas-
fond, le rendant inutilisable pour la riziculture en saison des pluies. Mais si la même superficie
peut être consacrée au maraîchage, le bilan en faveur du maraîchage reste largement positif :
Revenu d’un ha de riz pluvial : 1 à 2 T de riz à 150F/kg, soit un produit brut /ha de 150 à
300 000F
Revenu d’un ha de maraîchage, premier cycle de saison sèche : de l’ordre de 2 000 000 F
Revenu d’un ha de maraîchage, sur 2 cycles de saison sèche : de l’ordre de 3 000 000 F
Les réserves pérennes permettent, suivant le relief, des superficies beaucoup plus importantes
de cultures maraîchères de décrue, en 1 ou 2 cycles. Il devient possible de décaler les dates de
semis et de repiquage et d’étaler ainsi les récoltes.

La réserve d’eau disponible en mai/juin permet aussi de préparer les pépinières et


éventuellement d’arroser après repiquage des cultures maraîchères de saison des pluies,
pratiquées, hors zone inondable, en périphérie de la réserve.
Revenu possible d’1 ha en saison des pluies : 3 à 5 000 000 F
Autour des réserves pérennes, on peut envisager à l’avenir des productions maraîchères
presque continues, ce qui limiterait les pics de production avec toutes les difficultés de leur
commercialisation. Avec l’exploitation de nouveaux barrages, on peut penser que ces
difficultés de commercialisation ne pourront qu’augmenter si la production maraîchère reste
très saisonnière.
Une remarque entendue à Sinthiou Fissa : « nous avons pris l’habitude de consommer des
légumes en début d’année. Mais en mai, cela devient bien difficile de s’en passer ! ».
Ces données plaident en faveur des réserves pérennes, avec toutes les conséquences techniques
au niveau de la conception du barrage et des études.

Approche théorique du revenu prévisionnel du maraîchage, avec réserve asséchée en


février et avec réserve pérenne :

Solution 1, réserve asséchée en février :


Superficie exploitable en décrue : 3 ha
Un cycle court de maraîchage à 2 000 000 F/ha, soit un revenu de 6 000 000 F
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Solution 2, réserve pérenne :


Superficie exploitable en décrue (plus importante) : 4 ha
50 % cycle court et 50% cycle long, à 2 500 000 F/ha, soit 10 000 000 F.
Dans cette hypothèse, la réserve pérenne peut procurer un revenu supplémentaire de
4 000 000F par an.
Si l’on attend un retour sur investissement de 5 ans, le surcoût du barrage pour garder une
réserve pérenne pourrait donc atteindre 20 000 000 F.

Lorsque les producteurs ont acquis une technicité suffisante, quelques uns peuvent démarrer
des cultures maraîchères de saison des pluies, donnant un nouvel avantage à la réserve pérenne.

7. Le financement des barrages et la participation à la construction : utilité


de bases communes aux différents intervenants :

2 ONG ont jusqu’à présent réalisé l’essentiel des barrages, le GRED et le GADEC. Un 3ème
intervenant apparaît avec le PAPIL/DRDR. D’après nos informations, il aurait 7 barrages au
programme pour 2008/2009. Par ailleurs, les différentes zones d’intervention qui étaient bien
séparées commencent à s’entrecroiser. Des pratiques différentes demandées aux populations
sont elles tenables ?

GRED GADEC PAPIL/DRDR


Identification de la demande A sa charge A sa charge ?
Appui organisationnel Non A la charge du ?
GADEC
Coût des études techniques En partie ? ?
incluses dans le devis du
barrage
Autofinancement demandé en 15% avant 2004 aucun aucun
numéraire 30% depuis (migrants)
Participation bénévole aux Oui Oui ?
études (topo, tranchées)
Participation bénévole au Oui pour les barrages en Oui Par entreprise
chantier de construction terre
Rémunération à 1500
F/jour pour barrages
maçonnés et géobéton
Financement d’une clôture en Non Oui, à 100% ?
grillage
Appui technique pour Faible, à la charge du A la charge du ?
l’exploitation GRED GADEC
Formation de relais techniques Non pratiquée A la charge du ?
et rémunération pendant leur GADEC
formation

Il nous semble très souhaitable de tenter d’harmoniser les différentes pratiques en tenant compte
des contraintes financières et de l’indispensable appropriation du barrage par les bénéficiaires.
Le don gratuit, sans contre partie, conduit trop souvent les bénéficiaires à considérer que
28

l’ouvrage (ou le moulin, le puits…) ne leur appartient pas, et que l’entretien est à la charge du
donateur.

Participation en numéraire : à Khossanto, nous l’avions basée sur le montant de la taxe rurale
du village (2 années de taxe rurale). La participation demandée est alors fonction de la
population et non pas du coût du barrage.

Rémunération des « bénévoles » : l’utilisation de bénévoles du village pour réaliser les


travaux de construction importants nous semble souhaitable. Si les besoins en main-d’œuvre
sont très importants, une rémunération minimale (cf GRED) permet de fidéliser la main-
d’œuvre. Cette faible rémunération constitue une source de revenu qui peut permettre aux
jeunes d’éviter de quitter le village en saison sèche l’année de construction du barrage.

Financement des études techniques :


On a vu que les futurs barrages seront sans doute construits pour réaliser des retenues pérennes.
Pour limiter les risques, les études hydrologiques, topographiques, géotechniques devraient être
renforcées. Le DRDR ou le PAPIL ne pourraient-ils pas prévoir un financement spécifique,
hors devis de chaque barrage ? Idem pour le financement de l’ « audit indépendant » évoqué par
Yves ATLAN au chapitre 4.2 : « quelques recommandations et observations à approfondir ».

8. Intérêt à regrouper la construction de plusieurs barrages :

Le GRED a construit en majorité des barrages en terre. Mais la construction de ces barrages ne
peut se faire sans l’utilisation d’engins de chantier (bull, compacteur). L’éloignement des
chantiers fait qu’ils intéressent très peu d’entreprises sérieuses, et c’est ce qui a amené le
GRED à chercher d’autres solutions, avec les barrages en pierres maçonnées ou en géobéton.
Un lot de plusieurs barrages à construire la même année pourrait sans doute permettre
d’intéresser davantage d’entreprises et d’améliorer au moins la qualité du travail, et peut-être le
coût de la construction.

9. L’exploitation des barrages :

Pour éviter que des barrages soient trop longtemps sous exploités, il nous semble qu’il faudrait
trouver un juste milieu entre l’initiative indispensable des populations et leur mise à disposition
de moyens d’exploitation accessibles.

9.1. L’appui technique, jusqu’où ?


Faut-il ou non apporter un appui technique pour l’entretien des barrages et pour leur
exploitation ? Le Président du GRED a opté pour un encadrement technique très léger: un seul
technicien en maraîchage pour une vingtaine de barrages. Une présence plus proche d’un
animateur technique permettrait de vulgariser plus rapidement les techniques les plus
productives mises au point chez les producteurs les plus performants. La question essentielle
reste la qualité de cet animateur…..et sa rémunération pour combien d’années ?

9.2. Questions posées par les clôtures et les moyens d’exhaure de l’eau :
Partout, les clôtures sont indispensables pour empêcher le passage des animaux en divagation,
avec des risques de dégâts d’autant plus importants que l’on s’avance dans la saison sèche. Les
clôtures faites de pieux jointifs sont très consommatrices de bois, et très longues à réaliser.
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Faut-il inclure dans le devis du barrage la clôture en grillage d’un premier périmètre
« expérimental » ? Comment gérer ensuite l’extension si l’on a aidé au démarrage ? peut-être
par des prêts bancaires… ?

Pour faciliter l’arrosage manuel, quelques PMB ne pourraient-ils pas être positionnés l’année
de construction du barrage ? Ce serait un bon moyen aussi de suivre l’évolution de la nappe
phréatique pendant la saison sèche.
Les quelques expériences d’exhaure mécanisée (en dehors des puits profonds ou des forages)
n’ont, à notre connaissance, pas été concluantes : ensablement des puits, pannes de matériel,
avec des pertes presque totales de récoltes. Si l’eau n’est pas à plus de 5/8m, l’exhaure
manuelle semble rester la solution sûre.

9.3 : Un fonds d’entretien des barrages ?


Après toutes nos visites de barrages, il nous apparaît que leur surveillance et leur entretien
posent un réel problème. Les bénéficiaires ont-ils la capacité technique et financière pour
assurer cet entretien ? Ne serait-il pas souhaitable de mobiliser un fonds d’entretien des
barrages ? Si l’on admet que l’entretien d’un ouvrage représente chaque année 5% à 10% de
son coût, pour une trentaine de barrages à entretenir, cela nécessiterait une enveloppe
financière correspondant annuellement au coût de construction de 2 barrages.

10.Un capital d’expériences à faire connaître :

La Région de Tambacounda a vu la construction de très nombreux barrages. Ils constituent


« un livre ouvert » pour tous ceux qui s’y intéressent : en priorité pour les villages qui
souhaitent avoir un barrage, mais aussi pour les organismes qui financent ou appuient ces
projets.
Des voyages d’études bien organisés nous paraissent un des meilleurs moyens pour faire
réfléchir et diffuser des expériences.
Certains peuvent penser que les demandeurs d’un barrage n’ont qu’à se déplacer…nous avons
été frappés de constater à Madina Gouraye que, parmi les personnes présentes lors de notre
passage, aucune n’avait vu le barrage d’Oubouol. On savait seulement que les maraîchers
d’Oubouol venaient vendre leur production avec leurs charrettes!

Enrichis de toutes les expériences qu’ils auront pu voir, les villageois pourront acquérir les
connaissances de base indispensables pour participer à l’élaboration du projet, peser sur les
choix techniques et organisationnels et en faire vraiment « leur » projet.

Février 2009

AGIR abcd
Y.ATLAN, H.BAIN, JM JAPUIS