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L’épopée

Elle est un long poème d’envergure nationale qui raconte les exploits historiques ou
mythiques d’un héros ou d’un peuple. Cependant, les deux épopées les plus connues,
les plus anciens textes littéraires grecs relèvent d’une longue tradition orale,
transmise par les aèdes, au moyen d’une mémoire orale.  L’épopée est faite du récit en
vers (Aristote ne traite que de la poésie) dans un « style soutenu » des exploits de
héros (princes et dieux), notamment d’exploits guerriers, et elle inclut l’intervention
de puissances surnaturelles. Les définitions communes du genre s’accordent sur ces
critères, comme celle de Daniel Madelénat : « Long poème où le merveilleux se mêle
au vrai et dont le but est de célébrer un héros ou un grand fait », ou celle de Michelle
Aquien : « Long poème à la gloire d’un héros ou d’une nation, mêlant souvent le
surnaturel et le merveilleux au récit des exploits et des hauts faits. » En outre, on 
attribue généralement à l’aède légendaire Homère les deux premières épopées
grecques : l’Iliade et l’Odyssée. Mais, même si l’origine de ces deux textes n’est pas
certaine, ils furent pendant des siècles un élément capital de la culture grecque. Et à
l’époque classique, l’épopée, l’un des trois genres poétiques, avec le drame et la poésie
lyrique, que distinguaient les Grecs, est pourtant concurrencée par la poésie
dramatique. Au ive siècle, Aristote écrit une Poétique où il compare les deux genres,
donnant finalement la prééminence au genre dramatique, et où il en offre une
théorisation sommaire.  L’Énéide de Virgile, quant à elle, est  l’épopée latine la plus
célèbre et le récit du périple d’Énée, ancêtre mythique des romains
fuyant Troie assiégée par les grecs. L’Énéide remplit ainsi une fonction qu’elle partage
avec beaucoup d’épopées, celle de donner à un peuple des récits fondateurs.
Cependant, l’épopée latine se distingue radicalement de l’épopée de type homérique :
il ne s’agit pas de récits constitués par une tradition mais de textes élaborés par des
auteurs connus.

Rappelons par ailleurs que Virgile est un poète qui a vécu à Rome au Ier siècle avant
J.-C., siècle le plus brillant de l’histoire romaine malgré les troubles politiques. Il a
écrit L’Enéide à la demande de l’empereur Auguste, qui voulait asseoir son pouvoir en
se dotant d’une ascendance mythique et divine : celle du héros Énée. Avec L’Énéide,
vaste poème de 12 chants, inachevé, Virgile se présente en digne successeur
d’Homère (genre de l’épopée) et de L’Iliade (récit de la guerre de Troie). Énée, prince
troyen vaincu lors de l’attaque de Troie par Ulysse et ses guerriers, est chargé par les
dieux de fonder une nouvelle ville : Rome.

Extrait de L’Odyssée de Homère :

« Alors survint l’âme du Thébain Tirésias, le sceptre d’or en main. Il me reconnut et


me dit : « Descendant de Zeus, fils de Laërte, Ulysse aux mille expédients, » pourquoi
donc, malheureux, quittant la lumière du soleil, es-tu venu voir les morts et la région
sans joie ? Mais éloigne-toi de la fosse, écarte la pointe de ton épée, que je boive du
sang et te dise la vérité. » Il parlait ainsi ; moi, je m’éloignai et remis au fourreau mon
épée aux clous d’argent. Quand il eut bu le sang noir, l’irréprochable devin m’adressa
ces paroles : «C’est le retour doux comme le miel que tu cherches, glorieux Ulysse ;
mais un dieu te le rendra pénible ; car l’Ébranleur de la terre ne te laissera point
passer, je pense; il a conçu en son cœur de la rancune contre toi ; il t’en veut d’avoir
ôté la vue à son cher fils. Mais, malgré sa colère, vous pourriez encore, au prix
d’épreuves, arriver chez vous, si tu veux contenir ton cœur et celui de tes
compagnons, dès l’instant où tu approcheras ton vaisseau bien charpenté de l’île du
Trident, après avoir échappé à la mer violette, quand vous y trouverez au pacage les
vaches et les robustes moutons d’Hélios, qui voit tout et entend tout. Si tu ne leur fais
aucun mal, si tu penses à votre retour, vous pourrez encore, non sans souffrir,
atteindre Ithaque ; mais si tu les endommages, alors je te prédis la perte de ton
vaisseau et de tes compagnons ; et toi, si tu échappes au trépas, tu rentreras tard, en
triste état, après avoir perdu tous tes compagnons, sur un vaisseau étranger ; tu
trouveras en ta maison de quoi te peiner ; des hommes arrogants, qui dévorent ton
bien, en prétendant à ta noble femme et lui offrant des présents de noces. » 

                                                                                Homère, Odyssée, chant XI.