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Thème 2 SUJET n°6 pour les 2° années (mme Dreyfus)

Première partie : Synthèse de documents (40 points) Vous rédigerez une synthèse concise, objective et
ordonnée des documents suivants. Je vous rappelle qu’il est toujours possible d’exploiter les notes en bas de
page ainsi que les présentations des docs.
Document n°1 : Daphnée Leportois, « Va-t-on enfin réhabituer nos yeux à des corps normaux ? »,
http://www.slate.fr, 15.04.2017
Document n° 2 : « Evolution des représentations de l’idéal masculin », site canadien Prof-Il (2015)
Document n° 3 : Laurent Lejard, « Sylvie Fasol, naturiste en liberté ! », août 2015, site Yanous.
Document 4 : Claire Bretécher, « Gras-Double », Les Frustrés, Ed. Bretécher, 1975.
Document 5 : « Le non make-up », site de France info, 8 novembre 2017
Document 6 : « Un artiste tourne en dérision la chirurgie esthétique », article sur T. Smalls et
photographie prise par celui-ci, site du journal Le Soir, 18/03/2015.

Deuxième partie : écriture personnelle (20 points) : Doit-on regretter que dans notre société beaucoup
d’entre nous ne se satisfont pas de leur corps à l’état naturel et cherchent à le modifier? Vous répondrez à
cette question d’une façon argumentée, en vous appuyant sur vos lectures de l’année et vos connaissances
personnelles, ainsi que sur les documents du corpus. (Attention ne donnez pas pour autant l’impression
que vous recommencez votre travail de synthèse, il faut apporter d’autres exemples culturels que
ceux du corpus, lesquels doivent être repris, mais pas en totalité, et enrichis).

Document n°1 : Daphnée Leportois,« Va-t-on enfin réhabituer nos yeux à des corps normaux ? »

Entendre, dans une vidéo Facebook de l’animateur Baloo visionnée plus d’un million et demi de
fois, que la cellulite, d’Amber Rose ou de toute autre femme, est «onctueuse1 » fait qu’il n’est plus si
évident de penser que des cuisses et des fesses ne sont belles que si elles sont satinées et sans peau
d’orange2.
Plus qu’une mode, qui pourrait être une banale passade saisonnière, «il existe une prise de
conscience autour des normes corporelles», fait remarquer le sociologue à l’ENS-Paris-Saclay Thibaut
de Saint Pol : « L’idée que les images du corps qui nous sont présentées ne sont pas réelles et qu’elles
ont des conséquences sur les représentations qu’on a de notre corps voire qu’elles engendrent des
souffrances est devenue un sujet de bataille légitime et peut entraîner une mise à distance vis-à-vis de
ces normes ».
Cette conscientisation est amplifiée, si ce n’est générée 3, par internet. « Le public n’est plus un
récepteur passif face à la communication de masse. Un contre-pouvoir s’effectue.» Et même s’il n’est
pas évident de s’exposer sans fards sur internet, les hashtags comme #honormycurves4,
#celebratemysize ou #allbodiesaregoodbodies sur Instagram permettent de «montrer son corps à la
collectivité et dans la collectivité, en se disant que l’on n’est pas seul(e)», mentionne son confrère
Philippe Liotard, spécialiste du corps. En effet, « à côté de ces personnes qui se présentent sous leur
meilleur jour (et prennent cinquante photos pour partager l’image la plus favorable d’elles, parfois
éloignée de leur apparence ordinaire), s’est développée une forme de contre-pied de la normalisation
esthétique, une revendication d’authenticité, qui revient à se présenter comme on est ».
Cette réappropriation n’est pas uniquement citoyenne. Depuis Dove et sa campagne de 2004 «
Pour toutes les beautés », les marques s’en donnent aussi à cœur joie5. Moins pour l’objectif affiché de
faire changer les regards que pour susciter chez les médias un désir de parler de leurs campagnes
publicitaires, et en s’offrant de plus une bonne image auprès du public, c’est pourquoi on peut parler de
body-positive6-washing7. De plus «Si les publicités habituelles sexistes continuent de faire vendre, cela
ne changera pas grand-chose, soutient Philippe Liotard. Les publicitaires savent que, pour vendre, il

1
Qui fait au toucher, au palais, une impression douce et moelleuse. ex « potage onctueux » => l’onctuosité.
2
synonyme de cellulite.
3
« si ce n’est générée » : on peut même se demander si elle n’est pas générée par...
4
honore mes courbes.
5
en profitent pleinement.
6
‘‘body positive’’, un mouvement féministe venu des États-Unis qui consiste à accepter son corps et à affirmer
qu’il n’existe pas qu’une seule beauté.
7
récupération, souvent commerciale, du body positive.
faut créer du désir, même inconscient, en montrant des corps qui n’existent pas. L’association d’une
jeune femme sexy à une voiture est débile mais, jusqu’à présent, elle fonctionne ! »
Un propos corroboré par l’anthropobiologiste Gilles Boëtsch, qui s’appuie sur une étude qu’il a
menée en 2004 montrant que les personnes âgées pouvaient, consciemment ou non, ne pas adapter leurs
lunettes à leur vue afin de ne plus se voir dans le miroir. Rester dans le flou pour ne pas être renvoyé à
quelque chose de désagréable.
C’est qu’il n’est pas seulement question d’esthétique, car le jugement esthétique est à la fois
moral et social. C’est ça qui est difficile à détricoter8. Le terme « vilain » en est la preuve : quelqu’un de
vilain peut être désagréable à la vue, laid, mais aussi être moralement peu recommandable. On a
tendance à projeter les caractères corporels sur ceux psychologiques, dans l’idée que l’apparence dit
quelque chose de nous. Et on y est habitués tout petit avec les contes de fées, dans lesquels le méchant
n’est pas beau et le prince est charmant (encore un double sens…). Mais revenons au « vilain » : ce mot
renvoie aussi à une classe sociale particulière, au roturier 9 des temps médiévaux. C’est bien que10 «
l’apparence et le corps sont importants dans le positionnement social et sont un vecteur 11 de pouvoir »,
qui plus est en France, où l’on continue donc de respirer les relents12 de la société de cour. « Le corps
dans notre société n’est pas quelque chose de neutre, résume Thibaut de Saint Pol. Derrière, il y a des
enjeux de pouvoir. Par exemple, autrefois, le bronzage était le signe du paysan qui travaillait dehors.
Aujourd’hui, cela revient à montrer que l’on prend des vacances. Ce n’est donc pas tant qu’être bronzé
est beau ou pas beau. Le corps est une différence investie socialement pour montrer sa richesse et son
pouvoir.»
En outre, un discours médical est venu englober le tout et raffermir ces stéréotypes. « Ce n’est
pas qu’une question d’image, il y a des discours plus profonds derrière et un discours médical
insidieux13. Il est aussi question d’être en bonne santé, assène Gilles Boëtsch. Et, là, la contre-culture
est un peu coincée. Dans l’imaginaire, la cellulite correspond au fait d’être gros. N’oublions pas ce
discours de lutte contre le gras et de contrôle du corps, de ce que l’on mange… Il dépasse la barrière
esthétique et rentre dans la barrière sanitaire.» Ce ne sont donc pas les paroles de Kendrick
Lamar14 encensant les vergetures15 ni les milliers d’images de rondeurs et de cellulite assumées sur
Instagram qui feront, à elles seules, bouger la norme surplombante de la pin-up au corps ferme et en
bonne santé.
Reste que ces images de corps non normés ne sont pas non plus inutiles. Elles sont la preuve,
comme le rappelle Philippe Liotard, que «nous sommes dans une société plurielle où il y a une pluralité de
modèles et de rapports aux corps». Et ce peut être un petit pas rassurant de constater qu’il n’y a pas
une norme mais une multitude de normes.

Document n° 2 : « Evolution des représentations de l’idéal masculin »

Que ce soit dans les magazines, les vidéoclips, à la télévision, au cinéma ou dans la
publicité, la représentation de l’idéal masculin a évolué au cours des dernières décennies. Plusieurs
auteurs ont étudié cette représentation dans différents médiums16 pour constater l’accroissement
de la musculature chez les hommes. Leit et coll. (2001) ont examiné de près les pages centrales du
magazine Playgirl de 1973 à 1997. Ces auteurs ont conclu que les corps des hommes deviennent de
plus en plus musclés au fil des années, à un point tel qu’il devient impossible d’avoir le même type
de corps sans recourir à des moyens malsains. Pope et coll. (2001) ont fait le même constat en
étudiant les figurines pour garçons, celles-ci arborant une musculature extrême, voire irréaliste, au
torse et aux abdominaux taillés au couteau17 (voir photo ci-dessous, « Évolution des figurines de
1978 à 1998 »).

8
défaire.
9
qui n’est pas noble.
10
cela prouve bien que
11
ici, qui transmet
12
mauvaise odeur qui persiste, trace.
13
trompeur.
14
rappeur et parolier américain
15
Petites stries qui sillonnent la peau aux endroits qui ont été distendus, notamment suite à une grossesse.
16
ici, moyens par lesquels est transmise une information, normalement le pluriel est « media » ou « medias ».
17
aux contours très nets.
En outre, les magazines pour hommes qui portent sur la santé, la mise en forme ou la mode
se sont multipliés au cours des dernières décennies. Le nombre d’abonnements à ceux-ci a
également augmenté de façon marquée. Les publicités sont aussi plus nombreuses à présenter les
hommes pour vendre de tout.
Comme pour les magazines, la popularité des produits cosmétiques et des chirurgies
esthétiques est aussi en croissance. Selon Euromonitor International, entreprise en recherche
stratégique, le marché des produits de beauté pour hommes cumulait en 2012 des ventes de
34 milliards $ US, en hausse de 7 % par rapport à l’année précédente, et représente 8 % du marché
mondial. Du côté des chirurgies esthétiques, elles auraient augmenté de 273 % depuis 1997 chez les
hommes. Plus d’un million d’interventions, telles que la liposuccion ou la réduction mammaire,
auraient été effectuées chez les hommes aux États-Unis, en 2013.
La poursuite de l’idéal corporel est renforcée par des pressions socioculturelles à
l’atteindre, et ces pressions émanent de divers intermédiaires, comme les médias, les pairs ou la
famille, ainsi que par le lien jugé socialement indissociable entre masculinité et force musculaire :
pour être un homme, il faut être fort et musclé.
Par conséquent, comme l’idéal corporel défini précédemment constitue le porte-étendard
de la masculinité, ne pas l’atteindre rendrait les hommes vulnérables, leur ferait vivre de l’anxiété
ainsi qu’un sentiment d’échec. Ils se referment sur eux-mêmes, aux prises avec un sentiment
d’humiliation et une anxiété face à leur échec. Toutefois, pour que les hommes en soient affectés18,
ils doivent avoir intériorisé cet idéal corporel et vouloir l’atteindre.
Un travail de fond sur les représentations de l’idéal corporel masculin s’avère donc
nécessaire pour aider les hommes à se défaire de son emprise, mais surtout de ses conséquences.

Document 3 : Laurent Lejard, « Sylvie Fasol, naturiste en liberté ! », août 2015 site Yanous

Surmontant les séquelles de son handicap physique, cette jeune quinquagénaire assume son corps et
milite publiquement pour l'acceptation de soi en promouvant le naturisme en liberté pour tous 19.

Sylvie Fasol a découvert le naturisme il y a une dizaine d'années grâce à un ami : "Je n'avais pas
de famille ou d'amis qui le pratiquaient. Du coup je me suis dit « pourquoi pas », je suis partie en balade
avec un groupe qui comptait des enfants en bas âge et d'autres femmes, ça s'est très bien passé... et
depuis je n'ai pas arrêté !" Elle a dû affronter sa propre appréhension de dévoiler son corps, elle qui vit

18
affligés.
19
En France, la pratique du naturisme est réglementée par l’article 222-32 du Code pénal. Cet article stipule que toute « exhibition sexuelle
imposée à la vue d’autrui dans un lieu accessible au regard du public est punie d’un an d’emprisonnement et de 15000 euros d’amende ». Il
existe des camps et campements dédiés au naturisme où chacun est libre de se promener nu sans risquer une amende ou une plainte de qui
que ce soit. Il est nécessaire que ces campements soient isolés des autres personnes et régis dans le cadre d’un arrêté municipal.
depuis quasiment sa naissance avec les séquelles visibles d'une polyarthrite 20. Elle a subi maintes
interventions chirurgicales qui ont laissé des traces. Ce qui l'a pleinement satisfaite, c'est le regard, ou
plutôt l'absence de regard des autres naturistes lors des sorties : "C'est le lieu idéal pour avoir une
acceptation de soi, et par les autres. Parce que c'est vraiment l'endroit où les gens ne vous regardent pas,
ne vous dévisagent pas de la tête aux pieds. C'est vraiment très agréable. Les gens s'acceptent comme ils
sont, parce qu'ils ont déjà fait un travail sur eux pour pouvoir dépasser leur peur, se réapproprier leur
corps eux-mêmes. Une personne handicapée qui arrive dans cette activité se sent donc très à l'aise."

" Document 4 : Claire Bretécher, Les Frustrés, Ed. Bretécher, 1975.

LE GRAS-DOUBLE : sens 1 : Membrane


comestible de l'estomac du boeuf.
Sens 2 : Insulte qui vise généralement
une personne en surpoids.
Texte du dialogue

(l’homme est devant son miroir)

Lui : Je ne peux pas voir ce mec.


Lui : Il est gras il est mou il est
chauve Je le hais
Elle : Meu non
Elle : Il est tout à fait beau et sain

Elle : Juste un peu enveloppé, du


plein la main comme on aime

Lui : Je ne veux pas être aimé pour


mon corps !

Document 5 : « Le non make-up », France info, 8 novembre 2017

No Make Up" : un mouvement contre "l'injonction à être glamour" La tendance du "No Make Up",
l'absence totale de maquillage, prend de l'ampleur. Sur le plateau de l'émission "Stupéfiant", l'actrice
Sara Forestier a refusé d'être maquillée et coiffée en justifiant sa décision. "J'adore le maquillage, la
féminité, je n'ai pas de problème avec ça, mais j'ai un problème avec l'injonction, a-t-elle précisé. Une
femme ce n'est pas que ça, mon métier ce n'est pas d'être sexy, ce n'est pas d'être glamour". L'actrice a
ensuite évoqué la démarche d'Alicia Keys aux États-Unis, qui a décidé d'arrêter de se maquiller
devenant l'énergie de tout un mouvement : le "No Make Up"."On est soumis à de telles exigences sur
notre physique et sur notre comportement, sur ce qui est beau et ce qui ne l'est pas, mais la beauté est
dans les yeux de celui qui regarde. Alors, laissez les filles être elles-mêmes", déclare la star américaine.
Une étude britannique de 2013 avait révélé qu'en moyenne les femmes passent chaque semaine 3

20
maladie des articulations des membres qui se caractérise par une inflammation accompagnée d’une destruction du cartilage, de l’os et du
tendon entraînant des douleurs et des gênes fonctionnelles importantes.
heures et 19 minutes à se maquiller, soit 15 semaines dans une vie. Sur internet, certaines
youtubeuses racontent qu'elles ont décidé de moins se maquiller. Cette tendance risque de ne pas
plaire à l'industrie cosmétique, dont le chiffre d'affaires en France est de 11.2 milliards d'euros par an.

Document 6 :

Le photographe américain Terrance Smalls a choisi de tourner en dérision les canons de


beauté véhiculés par les magazines avec une série de photos drôles et burlesques. S’amusant des
défauts physiques de ses modèles en les marquant de traits rappelant ceux des chirurgiens, le
photographe souligne ainsi l’absurdité d’un corps remodelé. « Nous vivons dans une société où les
femmes sont constamment déshabillées et évaluées », écrit Terrance Smalls sur son site où la série
d’images a été publiée. Le photographe explique sa démarche : il veut pointer du doigt l’absurdité
de cette dictature de l’apparence. Il met en lumière les astuces pour camoufler la vérité et vendre
du rêve. « À quoi cela ressemble quand nous déshabillons les femmes et évaluons leurs défauts
physiques ? À quel point cela paraît insensé ? Cela ne nous met-il pas mal à l’aise ? » Avec
humour, Terrance Smalls a donc couvert de traits de stylo le corps de ses mannequins, à la
manière des chirurgiens esthétiques pour repérer les imperfections à gommer. Mais nulle
liposuccion ni prothèse ici : l’objectif est de montrer aux femmes qu’elles doivent assumer leur
corps quel qu’il soit. Alors que la chirurgie esthétique est utilisée à tort à travers pour de
mauvaises raisons, cette série de photos rappelle que l’important est de se réconcilier avec son
corps avant de vouloir en changer.