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Comité National des Coproduits

Rédaction :
Juillet 2010
Benoît Rouillé
LE GLYCEROL

Le glycérol en alimentation des ruminants

Définition

Le glycérol est un coproduit de la fabrication industrielle de biodiesel à partir d’oléagineux


comme le colza et le tournesol, mais aussi de la production de savons. Ce liquide
visqueux naturel de goût sucré est autorisé en alimentation animale comme additif (E422).
Le terme « glycérine » est souvent utilisé mais la dénomination de « glycérol » sera
souvent utilisée pour la suite. L’Afssa a émis un avis favorable pour l’utilisation de
glycérine en alimentation animale, à condition qu’elle titre « au minimum à 80 % de
glycérol et au maximum à 0,5 % de méthanol » et « dans la mesure où elle n’excède pas
10 % d’un aliment complémentaire standardisé à 88 % de matière sèche » (Afssa, 2007).

Le développement des énergies renouvelables dans l’Union Européenne et en particulier


en France entraîne une forte augmentation de la production de biodiesel. Pour atteindre
les objectifs, la France devra en produire 2,62 millions de tonnes en 2010. Cette filière
génère également deux types de coproduits :
• Le tourteau de colza, déjà bien connu et utilisé en alimentation animale.
• Le glycérol, peu connu et dont l’utilisation possible en alimentation animale suscite
l’intérêt.
Cette fiche a pour but de synthétiser les informations disponibles relatives à l’utilisation du
glycérol dans l’alimentation des ruminants.

1. Processus amenant à la production de glycérol

Le glycérol peut être obtenu selon deux processus principaux : la saponification des corps
gras ou la trans-estérification d’huiles végétales.

La réaction de saponification est une réaction qui permet de produire du savon et du


glycérol à partir de corps gras et de soude. Le glycérol issu de la saponification est très
pur (plus de 99 %) et de ce fait, est majoritairement utilisé pour des applications
pharmaceutiques et cosmétiques.

La filière de production de biodiesel à partir d’oléagineux (colza notamment) permet aussi


d’obtenir du glycérol en fin de process. Il est le résultat de la trans-estérification d’huiles
végétales, réaction entre l’huile végétale et le méthanol. Les volumes de glycérol obtenus
dans cette filière sont en constante augmentation du fait de la politique européenne et
nationale très volontaire pour le développement des agrocarburants dits de première
génération.

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Figure 1 : Schéma simplifié de la fabrication des principaux agrocarburants (Rouillé et al., 2008)

La fabrication de biodiesel (voie de droite sur le schéma) nécessite plusieurs étapes. Les
graines oléagineuses subissent plusieurs opérations pour obtenir de l’huile végétale : une
trituration, une estérification et enfin une purification. Cette dernière étape va en partie
influencer la qualité finale du biodiesel mais aussi du glycérol. L’huile ainsi obtenue est
ensuite mélangée à du méthanol pour produire une réaction de trans-estérification. Cette
réaction permet la production d’un côté du produit recherché (le biodiesel) et de l’autre du
coproduit (la glycérine).

En terme de rendement, on obtient 100 kg de glycérine par tonne d’huile estérifiée.


Contrairement au glycérol produit par les industries chimiques, le coproduit des
agrocarburants n’est pur qu’à 80-85 %.

2. Composition chimique du glycérol

La formule chimique du glycérol pur est C3H8O3. Toutefois, la composition chimique de la


glycérine varie en fonction du procédé de fabrication du biodiesel. Ainsi, les impuretés et
les contaminants éventuels comme le méthanol, divers sels ou le chlorure de potassium
peuvent s’y trouver avec des teneurs variables dans le produit final. Trois qualités
différentes de glycérine sont répertoriées : faible, moyenne et haute. On parle malgré tout
de façon usuelle de glycérol.

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Tableau 1 : composition chimique (g/kg) du glycérol en fonction de la pureté (Schröder et Südekum, 1999)
Pureté du glycérol
Faible Moyenne Haute
Eau 268 11 25
Composition de la matière sèche
Glycérol 633 853 998
Extrait d’éther 7,1 4,4 n.a.
P 10,5 23,6 n.a.
K 22,0 23,3 n.a.
Na 1,1 0,9 n.a.
Pb (mg/kg) 3 2 n.a.
Méthanol 267 0,4 n.a.
n.a. : non analysé

Le glycérol peut représenter de 63 à 99 % du produit total, ce qui influencera l’utilisation


de ce coproduit. Les fortes variations de composition de ce coproduit sont également liées
aux teneurs en eau, phosphore et méthanol. La composition chimique globale dépend
beaucoup du processus de production et en partie des conditions de stockage.

La teneur en méthanol varie de 0 à environ 25 %. Cette teneur est déterminante pour une
utilisation en alimentation animale car elle ne doit pas dépasser 0,5 % pour que le glycérol
puisse être distribué sans risque aux animaux d’élevage. Seules les catégories
« moyenne » et « haute » pureté peuvent être utilisées pour nourrir les animaux d’élevage.

Les teneurs en phosphore et potassium sont, en règle générale, comprises entre 1 et 2 %


de la matière sèche. Le sodium est présent à raison de 1 % de la MS. A ces teneurs, ces
éléments n’ont que peu d’impact sur leur utilisation possible par les ruminants.

Il est extrêmement important de bien caractériser le produit disponible pour savoir quel
usage en faire par la suite.

3. Valeur alimentaire du glycérol

Le glycérol est un additif utilisé pour sa teneur en énergie avant tout. Il possède des
propriétés proches de celles de la mélasse (solubilité, vitesse de dégradation).
Le glycérol pur a une valeur de 9,5 MJ d’énergie nette de lactation/kg soit 1,35
UFL/kg MS. Selon sa pureté, le glycérol provenant de la filière des agrocarburants (à 80 %
de glycérol ou plus) a une valeur énergétique de 1,1 à 1,15 UFL/kg de produit.

Le glycérol est plus riche en énergie comparativement à de la mélasse, souvent utilisée


pour apporter de l’énergie rapidement disponible (0,91 UFL/kg de MS pour la mélasse de
canne et 1,03 UFL/kg de MS pour la mélasse de betterave ; source Comité National des
Coproduits).

Le glycérol constituerait donc une source d’énergie rapidement métabolisable de tout


premier plan.

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4. Qualité sanitaire du glycérol

Afin de préciser les effets sanitaires du glycérol, des tests ont été réalisés sur des
granulés contenant des matières premières usuelles (tourteaux, céréales, etc.)
additionnées de 5, 10 ou 15 % MS de glycérol dans la composition finale (Südekum,
2007). Différentes puretés de glycérol ont été étudiées (basse, moyenne et haute), ainsi
que plusieurs conditions de stockage (15°C + 60 % d’humidité versus 20°C + 70 %
d’humidité).

Le résultat principal est que le glycérol permet de maintenir la qualité sanitaire des
granulés, quelle que soit sa concentration.

Tout d’abord, les différents facteurs étudiés n’ont pas modifié de façon significative la
composition chimique des concentrés.

La contamination fongique a été évaluée à partir d’un indicateur, l’ergostérol. Les résultats
montrent que le glycérol, à différentes puretés, permet de conserver la bonne qualité
fongique car la charge en champignons reste limitée.

La qualité physique des granulés est considérée comme très bonne jusqu’à une
incorporation de 15 % de glycérol. On constate que l’apport de ce coproduit permet une
meilleure tenue des granulés. Mais au-delà la friabilité des granulés augmente.

En plus de l’aspect nutritif, le glycérol peut donc aider à stabiliser la qualité sanitaire des
aliments granulés destinés aux animaux d’élevage, sans dégrader leur qualité physique.

5. Le glycérol dans l’alimentation des ruminants

Chez les ruminants, le glycérol est produit naturellement par la fermentation ruminale des
lipides ingérés. Le glycérol est alors dégradé en acide propionique. Il est probable que le
glycérol provenant de l’alimentation est digéré de la même façon que le glycérol endogène
issu des fermentations du rumen. Des études confirment que l’apport de glycérol dans la
ration réduit le rapport entre l’acide acétique et l’acide propionique (Khalili et al., 1997 ;
Schröder et Südekum, 1999 ; Defrain et al., 2004). De ce fait, le glycérol dans la ration est
une source d’énergie parfaitement adaptée aux ruminants.

Depuis de nombreuses années, le glycérol a été utilisé pour traiter les cétoses chez la
vache laitière pour son effet glucoformateur. De ce fait, il est utilisé pour cet objectif
nutritionnel particulier dans la période de la 3ème à la 6ème semaine de lactation.

Plus récemment, Defrain et al. (2004) ont distribué du glycérol avant et après vêlage en
mélange dans une ration complète. Cet apport entraîne une baisse de l’ingestion dans la
période qui précède le vêlage et cela augmente donc le risque de cétose pour les animaux
de ce lot. Une baisse de lait sur les 21 premiers jours de lactation est constatée pour les
lots ayant reçus du glycérol (430 ou 860 g/VL/j) mais la différence par rapport au témoin
n’est pas significative, elle traduit juste une tendance. Il semble que ces différences
puissent être, en partie au moins, imputées à la qualité des fourrages distribués à chaque
lot.

Un essai sur des vaches hautes productrices en début de lactation consommant une
ration complète (voir tableau 2) montre que l’apport de glycérol (500 g/VL/j) augmente

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l’ingestion, la production laitière et le taux protéique. De plus, cela permet de réduire la
perte d’état.

Tableau 2 : effet sur les performances zootechniques de l’apport de glycérol dans une ration complète distribuée
à des vaches laitières hautes productrices (Bodarski et al., 2005)
Moyenne sur 10
Témoin + 300 g/VL/j + 500 g/VL/j
semaines de lactation
Lait brut (kg/j) 32,1 36,8 36,1
Taux protéique (g/kg) 31,3 32,3 34,8
Ingestion (kg MS/j) 19,9 21,5 21,8

Ces différentes études menées sur des vaches laitières aboutissent à des conclusions
parfois divergentes sur les effets de l’apport de glycérol directement dans la ration.

En résumé des données bibliographiques, à partir d’essais de courte durée sur bovins, un
apport de 500 à 850 g de glycérol pur /jour/animal sur des vaches laitières à différents
stades et différents régimes n’engendre pas de modifications d'ingestion, de production de
lait, de TB et de TP.

6. Disponibilités futures et prix du glycérol


L’objectif français est d’atteindre un taux d’incorporation des agrocarburants dans les
carburants d’origine fossile de 7 % en 2010, ce qui est supérieur à la volonté de tous les
autres pays européens engagés dans cette démarche. Il s’agit donc de multiplier par 3,2 la
production de bioéthanol et par 3,5 celle de biodiesel entre 2006 et 2010. Les productions
de biodiesel et de bioéthanol devraient respectivement atteindre 2,62 millions de tonnes et
740 000 tonnes pour respecter ces objectifs.

Si les objectifs sont respectés, la disponibilité en glycérol pourrait être de l’ordre de 260
000 tonnes en 2010, tandis que 2,5 à 3,4 millions de tonnes de tourteaux de colza seraient
également produits (Rouillé et al., 2008).

Sachant que tout le glycérol ne sera pas destiné à l’alimentation animale, et que l’effectif
de vaches laitières est estimé à 3,7 millions de têtes pour 2010, il paraît raisonnable
d’estimer que ces animaux pourraient consommer ce coproduit disponible sans trop de
difficultés (en moyenne 7 kg par vache et par an). De plus, ce coproduit peut être utilisé
par les volailles et les porcs.

Toutefois, l’écoulement du glycérol en alimentation animale, comme pour les autres


coproduits des agrocarburants, dans des conditions techniques et économiques
acceptables dépendra de facteurs multiples :
• De la composition du glycérol, de la valeur nutritionnelle, de la digestibilité donc de
la meilleure connaissance possible du produit.
• De l ‘évolution du marché des aliments composés.
• Du potentiel de fabrication d’aliments à la ferme.
• De la qualité sanitaire.

PROLEA indique que le prix (mai-juin 2009) du glycérol varie entre 120 et 180 euros/tonne
ce qui permet son utilisation en alimentation animale. On note cependant que son
utilisation par les fabricants d’aliments du bétail est extrêmement dépendante de la
fluctuation des prix : de 100 à plus de 800 euros/tonne sur les derniers mois !

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7. Recommandations

La glycérine à plus de 80 % de glycérol peut être utilisée en alimentation des vaches


laitières et des autres ruminants (Afssa, 2007). Pour les vaches laitières, la dose maximale
recommandée est de 100 g de glycérol / kg d’aliment concentré, pour une ration qui
contient 50 % de concentrés. Un apport de glycérol ne présente donc aucun risque dans
les bornes fixées par l’Afssa.
Le glycérol est un aliment très énergétique, qui joue aussi dans les aliments composés un
rôle d'agent conservateur et de facteur d’appétence. Pour des raisons de tenue des
granulés, les fabricants d’aliments du bétail recommandent de ne pas incorporer plus de
8 % de glycérol afin de ne pas accroître le risque de friabilité.

De façon pratique, pour une vache laitière qui ingère environ 20 kg de MS / jour, cela
signifie que l’apport maximal doit être de 1 kg de glycérol/VL/jour, soit 1,25 kg de glycérine
à plus de 80 % de glycérol. Bien que les performances zootechniques semblent favorables
à l’utilisation du glycérol dans les rations, les effets doivent encore être précisés, en
particulier lors d’utilisation sur une longue période.

8. Conclusion

Le glycérol est un coproduit de la fabrication du biodiesel mais il n’est pas encore très
utilisé en alimentation animale. Cela est en grande partie dû à une demande sur d’autres
marchés. Cette situation pourrait changer avec l’augmentation importante de la production
d’agrocarburants. Le glycérol contient beaucoup d’énergie qui peut être valorisée par les
ruminants. Les résultats sur les performances zootechniques doivent encore être précisés.
De plus, il semble que l’apport de ce coproduit dans l’alimentation des vaches laitières
pourrait permettre de diminuer les émissions de méthane par les animaux.

Pour en savoir plus :


Visitez notre rubrique « Les coproduits pour l’alimentation des ruminants »
http://www.inst-
elevage.asso.fr/html1/spip.php?page=rubrique_espace&id_espace=931&id_rubrique=28

Références bibliographiques
Afssa, 2007. Avis de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments sur l’innocuité
de la glycérine utilisée en tant que matière première en alimentation animale pour toutes
espèces. Saisine n° 2007-SA-0013, 4 pages.

Bodarski R., Wertelecki T., Bommer F., Gosiewski S., 2005. The change of metabolic
status abd lactation performance in dairy cows under feeding TMR with glycerine (glycerol)
supplement at periparturient period. Electronic journal of Polish agricultural universities, 8,
issue 4.

Defrain J.M., Hippen A.R., Kalscheur K.F., Jardon P.W., 2004. Feeding glycerol to
transition dairy cows : effects on blood metabolites and lactation performances. Journal of
dairy science, 87, 4195-4206.

Khalili H., Varvikko T., Toivonen V., Hissa K., Suvitie M., 1997. The effects of added
glycerol or unprotected free fatty acids or combinaison of the two on silage intake, milk
production, rumen fermentation and diet digestibility in cows given grass silage based
diets. Agricutural Food Science, 6, 349-362.

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Rouillé B., Brunschwig P., Le Gall A., 2008. Evaluation des consommations globales de
concentrés par les vaches laitières et disponibilités possibles en coproduits
d’agrocarburants. CR Collection Résultats, 46 pages.

Schröder A., Südekum K.H., 1999. Glycerol as a by-product of biodiesel production in


diets for ruminants. Rapeseed congress, paper n° 241, Canberra, Australia.

Südekum K.H, 2007. Utilisation du glycérol en alimentation animale. Journée AFTAA, Les
corpoduits des biocarburants.