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Vie sociale : cahiers du

CEDIAS

Source gallica.bnf.fr / CEDIAS - Musée social


Centre d'études, de documentation, d'information et d'action
sociales (Paris). Auteur du texte. Vie sociale : cahiers du CEDIAS.
1998-05.

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vie
SOCIALE

RÔLES

MASCULINS ET FÉMININS
DANSLETRAVAILSOCIAL

Informations
Notes bibliographiques
Chronique législative

qo3/1998
MUSEE SOCIAL
Centred'Études, de Documentation, dllnformation

C.E.D.I.A.S.
',. et d'Actions Sociales

MUSÉE SOCIAL O.C.O.B.


1
Fondateur:
COMTE DE CHAMBRUN
Fondateur
LÉON LEFÉBURE
:
1894 1890

5, RUE LAS-CASES, 75007 PARIS TÉL. 01 45 51 66 10 01 47 05 92 46


- -

COMITÉ DE RÉDACTION
Françoise BLUM
Jacques BONNEAU
Brigitte BOUQUET
Colette CHAMBELLAND
Pierre CHARBONNEAU
Simone CRAPUCHET
Françoise DONCK
GARCETTE-RATER
Christine
Henri PEQUIGNOT
Michel PRAT
Antoine SAVOYE
Édouard SECRETAN
Directeur de Publication
Marc de MONTALEMBERT
Secrétaire de Rédaction
Hélène SUTTER

V
«1# IE SOCIALE », la revue bimestrielle du
CEDIAS, traite des problèmes sociaux, aussi
bien sous l'angle de la réflexion et de la recherche
que sur le plan de l'aide à la décision et de l'action
sociale de terrain.
Les buts du CEDIAS sont :
--Réfléchir aux problèmes sociaux d'actualité
Informer
-Documenter
Être un lieu de rencontres.
-
VIE
SOCIALE
SOMMAIRE

Rôles masculins et féminins


dans le travail social

Brigitte BOUQUET, Introduction. Là où plus d'un homme sur


deux est une femme 3

Yvonne KNIBIEHLER, Féminisme et travail social 9


Brigitte BOUQUET, Féminin-masculin chez les assistant(e)s de
service social 17

Françoise TÊTARD, Mathias GARDET, Chercher les femmes!

:
Femmes d'éducateurs et éducatrices 37

représentée.
Alain VILBROD, Le métier d'éducatrice quelques caractéris-
tiques socio-démographiques d'une composante féminine
bien

INFORMATIONS.
53

63

BIBLIOGRAPHIE 77
:
lectures.
lecture.
Françoise BLUM, Femmes, rapports sociaux de sexe lectures.

:
Françoise BLUM, Villes, banlieues, politiques et histoire des
villes
Notes de
77

83
91

CHRONIQUE LÉGISLATIVE
Jacques BONNEAU, Code pénal et psychiatrie 95

VIE SOCIALE a pour but de faire connaître, sur les grands


problèmes sociaux d'actualité, les points de vue les plus divers.
Les opinions exprimées dans les articles signés n'engagent que
la responsabilité de leurs auteurs.

Pensez à votre abonnement 1998


6 numéros: 275 F

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autorisation des auteurs et des éditeurs.
Largement répandu dans les établissements d'enseignement, le photo-
copillage menace l'avenir du livre, car il met en danger son équilibre éco-
nomique. Il prive les auteurs d'une juste rémunération.
@J
r uamuch
I
Hf#
1
En dehors de l'usage privé du copiste, toute reproduction totale ou par-
tielle de cet ouvrage est interdite. »

ISSN : 0042-5605
J
LfPIIOTOCOPILlAGE
MLELIVRE
Introduction
d'un homme
Là, où plus
sur deux est une femme
Brigitte Bouquet
Directrice du CEDIAS-Musée social

Dans le cadre du deuxième salon du livre social qui s'est déroulé


en octobre 1997, une table ronde avait été organisée sur le thème « Rô-
les féminins et masculins dans le travail social». Il s'agissait d'ana-
lyser le processus de la division sexuelle du travail à l'œuvre dans le
travail social à travers l'histoire des professions sociales et les condi-
tions actuelles d'exercice. De même, il s'agissait de mesurer les inci-
dences du travail sexué sur les pratiques professionnelles.

Ce numéro de Vie Sociale ne retraduit que partiellement cette table


ronde. Il a pris le parti de la prolonger, de l'approfondir, bref de pour-
suivre une partie de ces réflexions.

Au préalable, il paraît important de rappeler quelques données


statistiques et de préciser l'approche choisie.

1. Un constat : une féminisation générale


Le SESI (Service des statistiques, des études et des systèmes d'in-
formation) produit régulièrement des données sur les professions so-
ciales et éducatives. En voici quelques extraits montrant la forte fémi-
nisation de ces professions intermédiaires du secteur social.

On constate une stabilisation des effectifs des professions dites


»
« traditionnelles telles que celles des assistants sociaux et des édu-
cateurs spécialisés. L'augmentation du nombre d'emplois pour ces pro-
fessions est modérée depuis le début des années 80. En revanche, on
observe un essor des professions sociales peu qualifiées.
-
Évolution des effectifs de 1986 à 1994*

Année 1986 1988 1990 1992 1994


Assistant de service social 32900 33900 35800 36400 36600
Animateur 1824 2145 2575 2400 2400
Éducateur technique 9040 8850 9480 3000 3500
Éducateur technique spécialisé 4310 4880 5570 12000 12000
Éducateur de jeunes enfants 5850 5540 5840 6200 7300
Éducateur spécialisé 32210 36110 40050 41700 42400
Moniteur éducateur 15830 15680 16340 16600 18300
Aide médico-psychologique 7270 7610 9840 11900 14600
Total 109234 114715 125495 128540 131000

* Source SESI : Les professions sociales et éducatives en 1994. Documents et statistiques,


n°263, septembre 1996. SESI/Ministère de l'Emploi et de la solidarité.

- Part des emplois masculins


Assistants maternels 1,6%
Assistants de service social 7,3
Éducateurs d'enfants 10%
Conseillers en économie sociale et familiale 10
Moniteurs éducateurs 31,6
Éducateurs spécialisés 39,3
Éducateurs techniques 73,5

A part les éducateurs techniques qui constituent une exception, les


hommes sont nettement sous-représentés dans les professions sociales.
La féminisation est croissante. Si les femmes ont toujours été très
nombreuses dans le service social, cet accroissement de la féminisation
est plus marqué chez les éducateurs spécialisés. Les professions socia-
les pâtiraient-elles de leur représentation « féminine ? »
:
Parmi les secteurs professionnels les plus féminisés, ceux de la
petite enfance le sont massivement en 1994, 99,66 des assistantes
maternelles et 99,56 des puéricultrices sont des femmes. Pour elles,
ceci montre bien que se perpétue la division sexuée des activités do-
mestiques dans la fonction professionnelle et semble recouvrir la norme
sociale de « la bonne mère ». On serait prêt à rejoindre Françoise Bloch
et Monique Buisson (1), lorsqu'elles écrivent « La pression normative
a la sexuation des fonctions est d'autantplusforte que tout concourt,
dans les configurations sociales auxquelles hommes et femmes sont
lliés, à l'occulter comme norme et à l'analyser comme relevant de
évidence et de l'innéité, alors qu'elle résulte d'une socialisation dif-
férenciée des hommes et des femmes et d'une sexuation de leurs iti-
néraires familiaux, scolaires et professionnels ».

*Formations sociales
Nb écoles publiques :
Répartition des H et F par années d'études à la rentrée 1996*
52 :
Privées non lucratives 336

Hommes Femmes Total


Effectif 1. Année 2458 10862 13320
Effectif 2. Année 2320 7402 9722
Effectif 3. Année 1400 4367 5767
Effectif 4. Année 190 253 443
Total 6368 22884 29252
* SESI, Enquête Formations sociales 1996/1997.
Tableau de synthèse régional formation.
par

Ces quelques données statistiques permettent d'entrevoir l'intérêt


de faire aussi une analyse du travail social sous l'angle original des
rapports sociaux de sexe (et pas seulement une analyse des rapports
sociaux de classe, comme cela a été si souvent fait il y a quelques
décennies). Celle-ci permet de déterminer l'enjeu de la féminisation
du travail social sur les rôles professionnels.

On sait que généralement l'étude des positions relatives des fem-


mes et des hommes dans la société s'appuie sur le degré de participa-
tion à la sphère professionnelle et le type d'emploi qu'ils occupent. La
Position et le statut dans le marché du travail révèlent une stratification
des sociétés modernes. Il s'est construit toute une hiérarchisation qui
entraîne la valorisation ou la dévalorisation des acteurs de l'un ou
l'autre sexe. Aussi, la féminisation de certaines professions, dont celles
du travail social, est-elle souvent analysée comme le reflet de l'affec-
tation différentielle des sexes, mettant l'accent sur l'état de sujétion
des femmes et marquant l'interaction, voire l'imbrication, des sphères
économiques et domestiques entre elles. Comme le dit Gisèle Mo-
rand (2), « l'entrée desfemmes dans des emplois quifonctionnent selon
la logique de relation de service repose sur la constitution du travail
domestique, comme forme privilégiée de mise au travail desfemmes ».

-Niveau d'entrée des H et F dans la formation en 1996


Enseignement général

Niveau d'études
ou diplôme le + élevé
1" année 2e ou 3e

Hommes Femmes Hommes Femmes


année

Études primaires ou niveau 6e,


5e,4e 130 1368 13 54

BEP carrières sanitaires

1996
540 15 45
etsociales
Autres BEP, CAP, BEPC
oufin2ou1 778 26g6
2686 m
131 m
184

Niveau fin terminale atteint


en
35 76 LaJ 3

Niveau fin terminale atteint 189 459 43 76


avant 1996
BAC général obtenu en 1996 88 534 9 9

BAC général obtenu avant 590 2238 32 155


1996
BAC technol. ou prof. obtenu 22 153 2 0
en 1996
BACtechnol.ouprof.obtenu
avant 1996
234695 16 44

Diplôme de le,cycle(DEUG, 205 1512 30 61


DUT,BTS)
Diplôme de 2e cycle 73 384 20 60
universitaire
691
Total des nouveaux entrants 2396 10645 313

2. Une approche : les rapports sociaux masculins


et féminins dans le travail social

Ce numéro de Vie Sociale reprend à son compte une approche en


termes de rapports sociaux de sexe, s'interrogeant sur la place respec-
tivement occupée par les hommes et les femmes dans un espace pro-
fessionnel, et plus particulièrement dans le service social et l'éducation
spécialisée. Quels sont les fondements socio-historiques de la féminité
?
de ces professions Quelle est la place de la féminisation ou de la
masculinisation dans la construction sociale de chaque profession ?
gnants?? ?
Comment se joue la mixité Les stéréotypes sont-ils toujours pré-
Y a-t-il séparation sexuée, asymétrie, dans certains champs
d'activité Observe-t-on des inégalités dans les postes, les fonctions ?
?
Quel est le mode de construction de ces inégalités Cela entraîne-t-il
conflits et luttes?
Ainsi pour comprendre cette optique délibérément prise, il est né-
cessaire de partir du concept de sujet sexué, inséré dans un réseau de
rapports sociaux particuliers, dits rapports sociaux de sexe. D'une part,
;
ils ont pour conséquence la division sexuelle du travail, même dans le
travail social et d'autre part, les dimensions éducatives et sociales qui
questionnent le sujet dans sa relation à l'autre, ne peuvent occulter le
genre masculin ou féminin de chacun. Les interactions relationnelles
renvoient hommes et femmes à leur statut sexué.
Comment étudier les rapports sociaux masculins et féminins, sinon

:
en faisant appel, selon Cégolène Frisque (3), à l'analyse de deux théo-
ries qui s'affrontent celle du lien social qui se décline en termes de
complémentarité, conciliation, coordination, partenariat, et celle du
rapport social qui concerne le pouvoir, la domination, la division du
travail, les inégalités. Elle met en exergue les clivages fondamentaux
entre des idéaux-types sociologiques que sont l'égalité, la différence
et la domination. Pour cet auteur, les approches en termes de différence
appréhendent les singularités des hommes et des femmes comme le

;
produit des spécificités naturelles de chaque sexe qu'il s'agit de valo-
riser ; la perspective égalitariste tente d'expliquer les inégalités l'ana-
lyse fondée sur la critique de la domination s'attelle à la mise en évi-
dence des différents mécanismes de la domination masculine,
inégalitaire, hiérarchisée, asymétrique et/ou antagonique.
Certains articles de ce numéro montrent bien que les représenta-
tions professionnelles, voire les pratiques, se situent dans ces cadres
d'analyses et mettent l'accent tantôt sur l'un, tantôt sur l'autre, voire
opèrent un mixage. Ils font coexister plusieurs explications et les pa-
nachent. Ainsi, les représentations entre sexes (biologiques) et genres
(socialement construits), entre Universalité et Spécificité sont souvent
évoquées pour expliquer les affectations différentielles selon le sexe.
Le vieux débat nature/culture est sans cesse sous-jacent.
3. Des recherches qui restent à faire

;
Dans le travail social, on note très peu d'écrits sur ce sujet. Pour
les éducateurs, rien depuis 1964, remarquent les auteurs pour les as-
sistants sociaux, une vague dans les premières années 70 et une autre
au début des années 80. Cependant, il ne faudrait pas oublier les quel-
ques mémoires récents (4) qui indiquent que la question reste sous-
jacente et qui se situent peut-être dans le nouveau foisonnement des
actuelles recherches féministes.
Traiter de manière approfondie des rôles masculins et féminins
dans le travail social reviendrait à faire une analyse à la fois sociolo-
gique, psychologique, historique, etc. En raison du peu d'écrits et de
recherches effectuées sur ce sujet, ce travail reste à faire.
Néanmoins, en mettant en perspective quelques archives, articles,
études et recherches des différentes époques, les auteurs montrent com-
ment chaque profession a géré ses propres contraintes. Par une appro-
che comparative entre hommes et femmes, ils illustrent l'histoire des
mentalités, mettent en relations les rôles sociaux avec les conditions
politiques, économiques, sociales, culturelles de leur énonciation et
articulent constamment l'analyse des représentations qui sont de l'or-
dre de la dimension subjective avec celle des pratiques et du contenu
du travail, qui présentent un caractère plus objectif de la réalité sociale.
En ce sens, ils espèrent apporter une contribution à la connaissance
des professions sociales et à la réflexion sur les pratiques.

NOTES

:(1) Françoise BLOCH, Monique BUISSON, La garde des enfants, une histoire de
entre don, équité, et rémunération, L'Harmattan, 1998, 319 p.
:
femmes
(2) Gisèle MORAND, Professionnalisation du service social et usages sociaux de la
formation permanente de la cohésion à l'opposition entre les générations d'assistantes
sociales, thèse de sociologie, Lyon II, 1989, 274p.
(3) Cégolène FRISQUE, L'objetfemme, La Documentation Française, 1997, 150p.

Carmen COMPAGNONI, «
:
(4) Citons par exemple, les mémoires suivants
Éducateur, éducatrice, un métier féminin? Rapports
-
sociaux de sexe et identité professionnelle », DHEPS, 1995, 178 p + annexes.
- Latifa HAMADI, «La profession d'assistante de service social. Une profession
féminine », DEAS, École du Sud-Est, Lyon, 1998.
- :
Marie-Christine LAMY, «Moments d'accueil en crèche personnelféminin etpè-
res. Quelle place pour le père? », DSTS, 1997, 148 p.
- Dorothée PAGNON, « Femmes de tête, femmes en tête, trajectoire de cadre A »,
DSTS, Institut du développement social de Canteleu (Haute-Normandie), 1993, 127 p.
- :
Fanny ZANFERRARI, « Pour une observation des trajectoires de sexe atypiques
dans les professions féminines l'exemple des hommes dans la profession d'assistant de
service social », DEA sociologie, Nancy, 1994, 103 p.
Féminisme et travail social
Yvonne Knibiehler
Historienne

:;
Le travail social a été longtemps - est encore largement - affaire
de femmes. On l'explique de deux manières primo, le travail social
»
tend à « socialiser la fonction maternelle secondo, le travail social
« professionnalise » les œuvres de charité. Fondé à l'origine sur le soin,
l'écoute, l'aide, le conseil, le travail social a été perçu comme un pro-
longement, un élargissement de l'amour maternel, hors des limites du
foyer familial. Pendant que les hommes, les pères, produisaient des
richesses en construisant l'économie industrielle, les femmes, les mè-
res veillaient sur les petits, sur les humbles, et les aidaient à s'adapter.
D'un autre côté, les œuvres de charité, nombreuses et actives au
XIXe siècle, ont été revigorées sous la Troisième République par le mou-
vement hygiéniste. Pendant que les hommes - philanthropes, médecins
définissaient des objectifs, rassemblaient des fonds et les géraient,
;
les femmes assuraient l'action quotidienne comme animatrices béné-
voles mais les grands bouleversements liés à l'avènement de l'ère
industrielle ont accusé l'insuffisance du bénévolat et imposé la pro-
fessionnalisation.

Ces deux sortes d'explication respectent une définition tradition-


»
nelle des « rapports sociaux de sexe (comme on dit à présent). Dans
la famille comme dans la société, les hommes et les femmes assument
des rôles différents, et l'action des femmes reste subordonnée, au ser-
vice des initiatives masculines. Or, depuis la fin du xixc siècle, les

;
féministes s'attaquent à ces dogmes. Elles remettent en question l'an-
cienne répartition des rôles selon le sexe en outre, depuis 1945 sur-
tout, elles refusent fermement toute subordination des femmes. Est-ce
à dire qu'elles ont remis en question la signification et l'organisation
du travail social
Chapuis(1).
? Pour le savoir interrogeons Germaine Poinso-

Cette Marseillaise fut la première Française ministre de plein exer-


cice (en 1947-1948) et elle s'est beaucoup intéressée au travail social.
Le féminisme a été pour elle un engagement précoce et fondamental.
L'histoire du féminisme distingue à présent deux vagues dans ce mou-
:;
vement social l'une s'est enflée sous la Troisième République, l'autre
«
sous la Cinquième entre les deux, c'est le creux ». Germaine Poinso-
Chapuis est sans doute la seule Française qui ait navigué sur les deux
vagues et ramé énergiquement dans le creux. C'était une militante déjà

: ;
notoire pendant les années 20 et 30 ; elle adhérait alors à quatre asso-
ciations nationales (2) et à l'Entraideféminine marseillaise elle ne se
contentait pas d'adhérer elle multipliait les conférences et les mani-
festations, elle participait à toutes les activités. On la retrouve membre
de la Délégation régionale au Droit des femmes (en Provence) durant
les années 70 ; entre temps, députée et ministre, elle légifère en faveur
des femmes. Le cas est unique assurément.

?
Comment s'est-elle intéressée au travail social A dix-sept ans, à
;
peine bachelière, Germaine Chapuis donne des cours du soir à des
jeunes filles de milieu populaire un peu plus tard, étudiante, puis
avocate, elle enseigne le droit du travail et un peu d'économie à des
ouvrières pour favoriser leur promotion. Elle entre alors en relation
avec le syndicalisme chrétien (3) et y accepte des responsabilités. On
:
sait que la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC)
s'est constituée en 1919 elle comptait un tiers de femmes et s'ap-
puyait sur un vaste réseau associatif. La non-mixité favorisait, à la
;
base, la liberté d'expression des femmes et l'émergence de leurs re-
vendications spécifiques elles étaient représentées à tous les niveaux
de l'appareil dirigeant en y conservant leur autonomie. Nul doute que

;
la jeune juriste n'ait découvert avec le plus grand intérêt ce milieu du
syndicalisme féminin si bien structuré, si novateur elle y a sans doute
appris la possibilité d'une action féminine indépendante et originale.

:
Autre étape décisive la défense des « enfants de justice ». Vers
le milieu des années 20, Germaine Chapuis répond à l'appel de Maître

;
Vidal-Naquet, qui avait été l'un des premiers en France à se pencher
sur le sort des enfants délinquants on le considère, à juste titre, comme
»
le « père de la loi de 1912 qui précise les procédures concernant les

;
mineurs déliquants. Germaine Chapuis devient secrétaire général du
Comité de défense des enfants traduits enjustice elle s'investit avec
fougue au service de ces jeunes coupables qu'elle considère surtout
comme des victimes. Elle réalise bientôt que le Comité de défense
intervient trop tard, qu'il faudrait tout faire pour prévenir les délits,
»
pour «dépister les risques de maltraitance et de perversion. Elle
conçoit alors le projet ambitieux de créer un Comité de protection de
l'enfance. Mais elle rencontre des initiatives concurrentes tant dans les
milieux confessionnels (œuvres catholiques) que dans les milieux laï-
ques. Pendant les années 1934-1935, elle réussit à rapprocher ces ini-
tiatives, révélant ainsi de remarquables qualités de négociatrice. En
1935 un Comité de défense et de protection de l'enfance voyait le jour
à Marseille rassemblant des bénévoles de toutes origines et de toutes
tendances, religieux et francs-maçons, communistes et Action fran-
çaise, magistrats, médecins, négociants. Mademoiselle Chapuis, se-
crétaire générale, en assurait la gestion globale et l'orientation.

;
Elle prit bientôt contact avec le Service social de l'enfance installé
à Paris, rue du Pot de Fer elle mit en œuvre les mêmes méthodes de
travail et d'enquêtes auprès des familles. Germaine Chapuis a d'abord
réalisé elle-même des enquêtes, aidée de quatre jeunes avocates. On
peut supposer qu'elle a beaucoup appris sur les conditions de vie des
familles marginales, sur les taudis, la misère et la précarité, sur l'al-
coolisme et la brutalité de mœurs, leçons qu'elle n'a jamais oubliées.
Bientôt, la création d'un Service social spécialisé s'avéra indispensa-
ble. Mais l'attention vigilante de Germaine Chapuis ne se relâcha pas
un seul jour.
Pendant le gouvernement du Front populaire, elle prit contact avec
Suzanne Lacore, sous-secrétaire d'État chargée de la Protection de
l'enfance (ce qui était une innovation) : elle essaya d'obtenir une ré-
forme des conditions de détention des enfants. Elle entra aussi en re-
lation avec Cécile Brunschvicg, sous-secrétaire d'État à l'Éducation
nationale, qui devint en 1937 vice-présidente du Conseil supérieur de
l'enfance. Celle-ci était d'ailleurs une féministe très militante. Ger-
maine la retrouvait à l'Union féminine pour le suffrage des femmes,
au Conseil national des femmes françaises, et surtout dans le Club

:
soroptimiste. Ce club apportait au féminisme français des perspectives
nouvelles
;
il n'accueillait que des femmes exerçant une activité pro-
fessionnelle et reconnues d'une compétence irréprochable
les faire respecter rigoureusement ; chaque
profession devait préciser sa déontologie et ses principes éthiques et
l'objectif essentiel étant de faire
partout reconnaître la qualité du travail des femmes.

: :
On le voit, le travail social des féministes conserve bien des ca-
ractères traditionnels. Elles se placent, au moins à leurs débuts, sous
l'autorité des hommes c'est Albert Vidal-Naquet qui a mobilisé Ger-
maine Chapuis. Et leur domaine d'intervention c'est l'enfance, même
pour celles qui sont célibataires c'est le cas pour Germaine, jusqu'en
1937 ; c'est aussi le cas de sa sœur aînée Eugénie qui dirige à la même
époque l'Association des infirmières-visiteuses de l'enfance (4). Ce
qui change peut-être, c'est l'assurance que leur donne d'une part l'exer-
cice d'un métier jusque-là réputé masculin (Germaine Chapuis était un
»
« as du barreau !) et d'autre part les convictions féministes. Germaine

:
et ses pareilles ont la certitude que les femmes, sans négliger le foyer
familial, ont un rôle essentiel à jouer dans la société elles doivent
avoir l'audace et l'énergie d'entreprendre.
Devenue en 1937 Madame Poinso-Chapuis, Germaine met au
-
monde deux fils l'un, Maurice, en 1938, l'autre, Jean-Marie, en 1944
- sans rien changer, au moins en apparence, à ses multiples activi-
tés (5). Hostile dès juin 1940 au gouvernement de Vichy, elle entra
dans la Résistance active peu à peu, d'abord pour aider ses amis. Son
Comité devint un nid de résistance où furent accueillis et cachés de
nombreux enfants juifs et aussi des enfants d'Espagnols communistes.
Elle réussit à faire évader certains détenus dans les camps et les pri-
sons, et à les cacher à ses risques et périls. Son rôle éminent dans la
résistance marseillaise explique sa présence parmi les nouvelles élites
politiques au lendemain de la Libération.
L'obtention des droits politiques que les Françaises avaient si long-
:
temps réclamés, transforme le féminisme sans l'abolir. Germaine l'a
;
dit bien des fois les femmes doivent se porter candidates aux élec-
tions, à tous les niveaux elles doivent voter pour des femmes aussi

:
souvent que possible. Les élues doivent s'évertuer à améliorer la condi-
tion des femmes (l'égalité civile n'était pas encore réalisée certains
métiers, certaines libertés restaient à conquérir). Toutes les femmes
doivent avoir à cœur de démontrer qu'elles peuvent faire aussi bien
que les hommes quand elles sont en compétition avec eux.
L'autre axe fort de sa pensée c'est la protection des enfants. Pro-
mouvoir les femmes, protéger les enfants, les deux sont indissociables.
Tout se passe comme si, dans son esprit, seules les femmes étaient
capables de protéger les enfants, comme si c'était là leur mission su-
prême qui justifie leur promotion. En vérité, elle ne formule jamais de
théorie sur la différence des sexes. Elle ne dit nulle part si hommes et
femmes sont indifféremment permutables, ou si au contraire les rôles
:;
sociaux restent distincts selon le sexe. A défaut de théoriser, elle agit
députée, ministre, elle rédige des propositions et des projets de lois
c'est là qu'il faut rechercher ses convictions, lesquelles - reconnais-
sons-le - manquent parfois de cohérence et de clarté.
Qu'elle ait nourri une haute estime pour le travail social - et spé-
:
cialement pour les assistantes sociales - ses prises de position le prou-
en 1946, elle a défendu devant les députés un projet de loi visant
:
vent
à instituer un Conseil national des assistantes sociales, autrement dit
l'équivalent d'un Ordre professionnel le statut de la profession en eût
été relevé. Cette loi fut rejetée.
»
Son projet de « police féminine s'inscrit tout à fait dans la même
logique de promotion du travail social féminin. Elle a défendu ce projet
pendant sept ans. Sa première proposition date d'août 1947 ; les débats
parlementaires se sont ensuite déroulés en février 1950, et le vote -
- ?
négatif a eu lieu en mars 1954. Que voulait-elle En 1947, elle
présente sa police féminine comme «le premier pas d'une grande
politique de l'enfance, politique de préservation ». Elle assimile le
dépistage social au dépistage médical. Ce dépistage social aurait pour
but de révéler les cas d'enfants en danger moral. Il s'agirait de sur-

;
veiller les rues, d'empêcher la mendicité des enfants, la diffusion d'une
presse immorale, les sollicitations des souteneurs et des pédérastes et
il s'agirait aussi de sanctionner l'absentéisme scolaire. La police fé-
minine aurait un service dans chaque commissariat pour interroger les
mineurs, les accompagner en justice ou en rééducation en les proté-
geant contre toute brutalité, même verbale. « Les assistantes sociales,
dit la députée, n'ont aucun pouvoir coercitif, et c'est bien ainsi
puisqu'elles vont dans lesfamillesafin de les aider. Mais pour faire
respecter les lois ilfaut d'autres agentes douées de pouvoirs comme
:
les policiers ». A plusieurs reprises, Germaine Poinso-Chapuis insiste
sur la différence entre «la répression aveugle et brutale, la force
»
sans nuances qui caractériserait, dit-elle, la police masculine et « la
»
prévention maternelle dans l'intérêt de l'enfant qui caractériserait la
police sociale féminine.
Le projet pouvait paraître suspect. Car en 1942, sous Vichy, la
Préfecture de police de Paris avait recruté des assistantes de police
pourvues du diplôme d'État d'assistante sociale, dans le but de protéger
les mineurs, de contrôler les prostituées et d'inspecter les cliniques
d'accouchement où l'on soupçonnait que pouvaient se dérouler des
avortements. Cependant, la Chambre a quand même invité Madame
Poinso-Chapuis à rédiger un projet de loi. En mars 1954, elle confirme
ses intentions initiales. Mais elle insiste désormais sur un autre point,
à savoir la nécessité d'ouvrir aux femmes toute la hiérarchie policière.
La préfecture de police n'autorisait pas les femmes à dépasser le grade
d'inspecteur. Madame Poinso-Chapuis réclame vivement l'égalité des
sexes. Les femmes doivent être admises aux concours de commissaire,
à toute la carrière d'officier de police, avec la même autorité, la même
indépendance et la même rétribution que les hommes. « Il ne fautpas
seulement doter la police de voitures rapides avec radios et d'armes
nouvelles, il faut la doter aussi de cerveaux pensants neufs dans une
Optiquesociale ». Pour elle, ces cerveaux pensants neufs appartiennent
aux femmes. Le projet échoua. Il faudra attendre les années 70, pour
que la hiérarchie de la police soit effectivement ouverte aux femmes
jusqu'au sommet.
Faut-il dire alors que Germaine Poinso-Chapuis était en avance
?
sur son temps Ce n'est probablement pas exact car une lecture at-
tentive montre qu'elle ne souhaitait pas qu'une femme policière dirige
le service antigang comme c'est le cas actuellement. Son objectif était
centré sur la protection des enfants par des femmes policières. Elle
voulait donc socialiser la fonction maternelle au plus haut niveau de
responsabilité. Pour elle, les rôles masculins et féminins étaient donc
des rôles parentaux, sortis du cadre familial, intégrés au fonctionne-
ment de la société, mais toujours différenciés selon les stéréotypes
traditionnels.
Entre temps, elle avait pu découvrir les éducateurs. Son action au
service des enfants de justice l'avait désignée à la Libération comme
présidente de l'ARSEA de Provence (Association régionale de sauve-
garde de l'enfance et de l'adolescence). L'Union des associations ré-
gionales (UNAR) s'intéressa activement pendant les années 40 et 50
au sort de tous les enfants en difficulté, y compris les handicapés,
moteurs et/ou mentaux. Germaine était concernée personnellement à
travers Maurice, son fils aîné. Députée et ministre, elle a œuvré de
toutes ses forces pour construire le métier d'éducateur, sans distinction
de sexe.
Cette femme d'État est intéressante en ce qu'elle prétend changer
la société, construire un monde meilleur, grâce au travail social, et
surtout grâce au travail social des femmes. Elle ne réfléchit peut-être

ment;
pas assez aux caractéristiques propres qu'elle lui attribue implicite-
elle tient surtout à ce qu'il soit estimé et rétribué à sa juste
valeur, qu'elle estime très haute. C'est seulement à la fin des années 70
que les sociologues proposeront l'étude des «rapports sociaux de
»
sexe ; l'analyse des rôles masculins et féminins dans le travail social
s'inscrit dans cette perspective. Le chantier est d'autant plus complexe
»
que les «rapports sociaux de sexe sont actuellement en pleine re-
composition.
Ce n'est pas une raison pour s'en détourner, car les questions qui
se posent restent fondamentales. Le travail social comporte-t-il des
?
spécificités liées au sexe Si oui, ces spécificités doivent-elles être
définies, normalisées, pour déterminer les recrutements et les affecta-
tions, ou bien doivent-elles rester non dites afin qu'elles puissent s'ex-
?
primer plus librement On est pris là dans une tenaille entre deux
risques :

- si on définit la spécificité sexuée des activités sociales, on risque

;
de les figer et de créer de nouveaux stéréotypes peut-être aussi para-
lysants que les anciens

- si on laisse cette spécificité dans le vague il n'est pas sûr qu'elle


s'exprimera librement, car dans notre société, largement dominée par
les hommes, elle risque d'être construite implicitement par eux et à
leur avantage.
L'intérêt des usagers constituera-t-il une étoile polaire suffisam-
ment brillante pour éclairer l'avenir des travailleurs sociaux des deux
sexes?

Quelques ouvrages
Yvonne KNIBIEHLER. Nous les assistantes sociales, Aubier, 1980.
Odile DUPONT, Véronique HUGON, Yvonne KNIBIEHLER, Yolande TAS-
TAYRE, Cornettes et blouses blanches. Histoire des infirmières en France.
1880-1890, Hachette, 1984, 420p.
Yvonne KNIBIEHLER, Les pères aussi ont une histoire, Hachette, 1987, 344 p.
Yvonne KNIBIEHLER, La révolution maternelle depuis 1945
nité, citoyenneté, Penin, 1997 (Prix Séverine 1998).
: femmes, mater-

NOTES
(1) Germaine Poinso-Chapuis est née à Marseille en 1901 dans une famille de
doyenne bourgeoisie catholique pratiquante. Après de brillantes études de droit, elle s'est
inscrite au barreau de Marseille à 21 ans, au lendemain de la Première Guerre mondiale.
(2) Union française pour le suffrage des femmes (UFSF). Ligue française du droit
des femmes (LFDF). Union nationale le vote des femmes (UNVF). Club Soroptimiste.
pour
On pourrait aussi citer le Conseil national des femmes françaises (CNPF) qui essaie de
regrouper toutes les féministes.
(3) Rappelons que les premiers syndicats féminins avaient été créés à Lyon au début
du siècle protéger des ouvrières à domicile exploitées par des patrons sans scrupules.
Des 1911,pour
l'École normale sociale formait les cadres féminins de ce nouveau syndicat.
(4) Association fondée par une femme médecin, Simone Sédan, sous la tutelle d'un
h
homme médecin, le Professeur d'Astros.
(5) En réalité, Maurice était gravement handicapé. Sa mère fut d'autant plus concer-
, par la protection de l'enfance.
née
Féminin-masculin chez les
assistant(e)s de service social
Brigitte Bouquet
Directrice du CEDIAS-Musée social

Le champ du service social s'est constitué et institutionnalisé bien


plus tôt et différemment des autres professions sociales, ce qui explique
que le poids historique, la culture professionnelle et les habitus y sont
très forts. La mémoire collective est présente, les normes socio-cultu-
relles et professionnelles restent intériorisées, bref l'héritage social et
symbolique est réel.

La professionnalisation du service social, dont la très forte fémi-


nisation est une variable incontournable, peut se lire comme une vé-
ritable stratégie, comme la conquête d'une position d'autonomie,
comme nous l'avons montré dans la revue Vie Sociale sur les figures
féminines pionnières ou sur l'histoire des premières écoles. Mais on
peut aussi l'analyser comme une construction sociale sous l'angle des
rapports de sexe.

Tenter de comprendre la dynamique de construction de cette filière


sociale sexuée, d'en mesurer le déroulement des liens de dépendance
et d'affranchissement par rapport au passé, d'en évaluer les conséquen-
ces sur l'identité professionnelle, d'en peser les conditions d'insertion
du groupe minoritaire des hommes assistants sociaux et de voir com-
ment se jouent les enjeux des rapports homme/femme, tel est l'objectif
de cette contribution.

1. Undéterminisme historique
On ne peut concevoir la quasi totale féminisation du service social
sans la rapporter à l'histoire événementielle et à celle des mentalités.
Comme le dit F. Braudel, «Le présent n'est-il
pas plus qu'à moitié la
proie d'un passé obstiné à survivre et le passé, par ses règles, ses
différences,sesressemblances, la clef indispensable de toute connais-
sance du présent ?». Nous nous référerons donc à quelques aspects
historiques illustratifs.

Une stratégie féministe d'émancipation


Dès 1900, un grand nombre de ces femmes se retrouvent à la fois
dans l'histoire du féminisme et celle de la philanthropie sociale, qui
débouchera partiellement sur le travail social. Le féminisme dans le-
quel s'inscrit le service social n'est pas homogène. D'une part, il y a
la voie du féminisme chrétien inséré dans le catholicisme social, en
« »
réponse aux appels pour aller vers le peuple avec le peuple ; d'autre
»
part, le féminisme dit « bourgeois (dont l'illustration est le Conseil
national des femmes françaises) qui permet l'émergence d'une identité
collective des femmes en même temps que l'expression d'aspirations
identitaires individuelles, comme le montrent Laurence Klejman et Flo-
rence Rochefort (1989). Quelle que soit la voie choisie, ces femmes
»
se rejoignent dans l'idéal du « devoir social en même temps qu'elles
répondent à leur désir d'émancipation. Elles marquent par leur forte
personnalité et sont souvent de caractère exceptionnel.
La Première Guerre mondiale - on le sait - a été un deuxième
élément déclencheur. Les femmes qui ont cherché à se rendre utiles,
qui se sont engagées, ont vu naître leur vocation sociale. En effet, cette
guerre provoque la confrontation aux autres classes sociales, la décou-
verte de la souffrance et une autre approche de la pauvreté (Y. de
Hurtudo l'illustre particulièrement dans ses divers témoignages) ; de
là, naît l'idée de poursuivre dans cette voie sociale et d'organiser un
débouché professionnel.
Ainsi, il y a une présence active de ces femmes cherchant leur
émancipation dans la fonction sanitaire et sociale, ce qui finalement
est bien admis car convenant à la nature féminine à qui l'on prêtait les
qualités traditionnelles de dévouement, de délicatesse, de générosité.
Se donner au médical ou au social était considéré comme acceptable
»
parce que cela symbolisait la « maternité sociale et correspondait à
un devoir social préconisé par leur milieu. Puisqu'elles possèdent un
capital social, économique et culturel important, le champ médico-
social et social est le seul qui puisse leur offrir une expression profes-
sionnelle admise par la société (l'autre débouché de l'époque était
l'enseignement secondaire ou le préceptorat, dans lequel elles ne pou-
vaient aller, sauf en cas de revers de fortune).
La première Conférence internationale de service social de 1928,
comptant parmi les 1030 participants, 857 femmes dont 1/3 de fem-
mes mariées, permet de mesurer les représentations et le statut du
service social naissant.
Le service social a été reconnu unanimement comme un domaine
féminin. En effet, on ne dénombre à l'époque que peu d'hommes can-
didats à cette profession, le chiffre maximum relevé dans quelques
écoles à l'étranger étant de 9 (les postes offerts aux hommes assis-
tants sociaux sont alors ceux de l'administration, de la gestion). Cer-
taines écoles se sont bornées à constater que les hommes ne viennent
pas et ne semblent pas s'en préoccuper outre mesure. La seule raison
officiellement évoquée est l'association de beaucoup d'écoles de ser-
vice social avec l'enseignement ménager, ou avec la formation d'in-
firmières, ou encore avec celle des institutrices de jardins d'enfants.
Cette association, disait-on, contribuerait à éloigner les hommes, car
ces professions sont traditionnellement réservées aux femmes.
La question de la mixité a été très officiellement mise à l'ordre
du jour mais n'a pas été réellement débattue. Certains pays comme
l'Allemagne ont créé des écoles pour hommes et d'autres pour femmes
manifestant par là une séparation des tâches de service social selon le

:
sexe. Seuls, les États-Unis ont vraiment plaidé en faveur de la co-
education des sexes, en donnant trois arguments les échanges condui-
sant au maximum de compréhension, l'expérience de la confrontation
complémentaire qui se fera inévitablement dans l'exercice profession-
nel, et les économies pour l'école, voire le pays. Ainsi, même si elle
n'est pas refusée, il n'est pas prouvé que la mixité ait été réellement
recherchée. Elle était sans doute évitée, sinon crainte.
Mais derrière cela, nous pensons qu'il y a plus généralement le
souhait féministe implicite de sauvegarder cette conquête d'accès au
travail entraînant une certaine autonomie.

Une émancipation sous tutelle


et des femmes réalisatrices ?
: Des hommes fondateurs

A l'époque, c'est aux femmes que sont confiés le fonctionnement


des œuvres et l'exécution d'une politique sociale. C'est aux hommes
que revient le pouvoir (présidence, administrateur.). Ils sont déci-
deurs. Les hommes ont délégué, encouragé les femmes aux tâches qui
« »
leur reviennent de par leur nature et celles-ci revendiqueront autant
leur action que leur spécificité féminine pour la mener. C'est pourquoi
d'aucuns pensent que cette stratégie, plus ou moins consciente, n'a été
qu'une récupération par les femmes d'une position mineure concédée
:
Par les hommes. C'est le cas de R.-H. Guerrand et M.-A. Rupp qui
écrivent «Nous persistons à penser cependant que le travail social
aurait pu prendre un aspect différent si sa composition féministe de
départ n'avait été sacrifiée, si, pour tout dire, le travail social n'avait
Pas été mis au service d'une conception masculine des rapports so-
»
ciaux et plus loin le travail social, c'est d'abord un chapitre de
«
l'aliénation des femmes.
»
Sans nier leur analyse, observons cependant que ces pionnières
occuperont toutes des postes de responsabilités, souvent dans la direc-
tion, parfois en qualité d'adjointes. Y. Knibiehler formule même l'hy-
pothèse que, pour certaines assistantes sociales, « l'engagement pro-
fessionnelfut un peu l'équivalent d'un engagement politique ». Leur
émancipation se traduit donc par un engagement sur plusieurs fronts
social (quelques personnalités ont participé à l'élaboration de la poli-
:
tique sociale comme L. Chaptal), féministe, voire politique (C. Bruns-
chwig).

Faute, pour la plupart, d'avoir un pouvoir décisionnel important,


elles consolideront leur territoire et leur légitimité, particulièrement par
la stratégie de la professionnalisation et de la formation. Elles ont tout
de suite voulu une formation d'élites, se démarquant des « visiteurs du
pauvre », et pour cela dispenseront dans les écoles une formation vou-
lant présenter de sérieuses garanties scientifiques, techniques et mora-
les. Cette formation est fondée sur la représentation que la profession
se faisait de la professionnelle idéale. Mais là encore, certaines avaient
sans doute entériné qu'elles ne pouvaient pas s'autoriser un certain
rapport au savoir, ce qui se traduit par une conception spécifique sur
le rapport pratique/théorie. Dans les premières écoles de formation du
début du siècle, plusieurs avaient pris pour devise « La science pour
l'action », en précisant bien que les femmes devaient se trouver du
côté de l'action pour laisser les hommes du côté de la théorie. Dès
lors, s'installera pour longtemps une ambiguïté entre qualification et
qualités féminines, entre abstraction et pragmatisme.

Reste que les hommes puis l'État ont dû composer avec la reven-
dication d'autonomie des assistantes sociales. L'instauration d'un di-
plôme reconnu par l'État en 1922 pour les infirmières-visiteuses, en
1932 pour les assistantes sociales, en est une illustration. On est donc
fondé à penser «qu'uneforme de résistance à l'infériorisation des
femmes a une part tout àfait motrice dans le processus où s'engagent
les assistantes sociales ». On ne peut occulter les efforts de ces femmes
pour récupérer certains espaces de liberté - espaces limités d'autono-
mie - ni les résistances dont elles ont fait preuve. Bref, il est possible
de rejoindre Y. Knibiehler qui estime que l'originalité de l'action so-
ciale en France, « c'est qu'elle a été construite par des femmes volon-
taires et idéalistes, qui ont compris leur tâche à la fois comme une
mission et comme une conquête. Servir, c'était aussi pour elles s'ac-
complir ».

Du féminisme à la vocation et à une histoire de femmes


Les générations qui ont succédé à ces pionnières féministes ont
continué l'œuvre entreprise avec le souci du contrôle de la qualité de
la profession. Mais ces femmes qui s'inscrivent profondément dans la
fonction sociale le feraient, selon l'analyse caustique d'H. Lacroix, as-
»
sistant social, en la « magnifiant et en la marquant « d'une empreinte
indélébile, qui n'échappera pas à la caricature ».

En effet, ces nouvelles générations d'assistantes sociales caution-


nent ce métier dit « féminin », revendiquent ce secteur qui est présenté
comme étant le leur et qu'elles peuvent occuper sans remords puisque
leur travail a des analogies avec l'univers féminin. Ainsi lit-on, sous
la plume de Suzanne Termat, dans L'assistante sociale et sa mission
«Le service social est une action strictement féminine. Par essence,
:
ce sont des mains et des cœurs de femmes qui peuvent au maximum
tenter cette lutte contre la souffrance, cette veille sur l'intérioritéfa-
miliale, cette patiente éducation et pénétration des esprits dans les
milieux les plus divers. Ce sens du détail, ces réflexes patients, intuitifs,
ce souci ménager constant, cette remise en ordre sont essentiellement
féminins. Ce qui explique que le DEAS ne possède encore aucun re-
présentant masculin, les hommes se réservant dans les domaines so-
ciaux, d'autres tâches annexes un peu différentes, teintées d'organi-
sation, de direction, d'administration, bien plus que d'action. » Être
assistante sociale renverrait donc à des prédispositions naturelles (com-
passion, intuition, écoute, etc.) et à une dimension oblative et de dé-
vouement. La plupart des textes écrits à cette époque insistent sur la
nécessité d'être célibataire. Pour René Raymond « c'était un prolon-
gement ou un succédané des vocations hospitalières d'ordre reli-
gieux ».

Certaines intériorisèrent au plus haut point le caractère féminin du


service social, sa spécificité due à la nature féminine, les qualités vo-
cationnelles et pragmatiques. Elles les formalisent elles-mêmes. En
témoignent les ouvrages d'Apolline de Gourlet, Céline Lhotte, Evelyne
Dupeyrat, Yvonne Bougé. La décennie qui s'étend du nouveau di-
«
plôme à la Libération présente une caractéristique particulière le
service social n'a pour ainsi dire plus besoin de maîtres à penser
;
extérieurs. Ils sortent de ses rangs, ce sont des praticiennes confirmées.
La boucle se refermait pour longtemps
M.-A. Rupp.
» écriront R.-H. Guerrand et

Durant la Seconde Guerre mondiale, le régime de Vichy, dans le


cadre d'une remise en ordre générale, chante « l'éternel féminin »,
as-
signe la place de la femme par un retour à l'univers domestique, au
foyer et la cantonne à sa fonction de mère. La place et le rôle de la
femme sont limités à la sphère domestique (cf. F. Muel-Dreyfus). Le
service social a contribué à soutenir ces représentations. Hyacinthe
Dubreuil qui publie
en 1942, A l'image de la mère. Essai sur les mis-
;
sions de l'assistante sociale, illustre l'harmonisation des conceptions
sur ce plan il y a bien intégration dans les pratiques professionnelles
des attentes liées au statut sexué.
2. Évolution et ouverture timide à la gent masculine

Est-ce parce que la notion de métier de femme ne serait qu'une


construction sociale liée aux rapports des sexes qui « montre les pièges
de la différence, innocentée par la nature, et érigée en principe orga-
nisateur dans une relation inégale », selon Michèle Perrot dans
«Qu'est-ce qu'un métier de femme ?» (Mouvement social, 1987,
n° 140) ? Toujours est-il qu'on va observer après la Seconde Guerre
mondiale une certaine rupture dans la composition du service social,
notamment une démocratisation et une masculinisation, si faible soit-
elle.

Du symbole.
Prenons quelques faits parmi d'autres pour l'illustrer :
1. Après bien des débats et discussions, dans la profession comme
avec le législateur, la loi du 8 avril 1946 est promulguée. Elle protège
le corps des assistantes sociales en indiquant l'interdiction d'exercer
si on n'a pas le titre décerné par le diplôme d'État et prône le secret
professionnel, etc. D'après le témoignage de Michel Taléghani - un
des premiers assistants sociaux (aujourd'hui décédé) - en donnant l'as-
surance du monopole de cette profession, cette loi aurait permis l'accès
au champ du service social à des hommes qui n'avaient pas jusqu'alors
pris le risque de s'engager dans un métier considéré socialement peu
sûr.
2. Alors que le décret du 12 janvier 1932 instituant le « brevet de
»
capacité professionnelle d'assistance sociale laisse supposer par son
intitulé que sa préparation était tout autant accessible aux hommes
qu'aux femmes, il fallut attendre les années suivant la Libération pour
que leur admission ait lieu. Les écoles acceptent peu à peu l'idée d'ou-
vrir leur promotion à la gent masculine. Parmi celles-ci, l'École des
surintendantes qui accueille en 1947 les quatre premiers hommes, dont
Michel Taléghani et
3. Autre fait symbolique:
- sous toutes réserves - Paul Gueneau.
l'Association nationale des assistantes
sociales diplômées, créée en 1944, devient, en 1953, Association na-
tionale des assistantes sociales et assistants sociaux. Cela dénote une
volonté d'ouverture et la recherche d'une nouvelle image pour la pro-
fession ; mais la chose n'est pas aisée. La perdurance de la représen-
tation d'un service social caractérisé par ses qualités morales et le
conformisme social est tenace. Le directeur général de la population
:
au ministère de la Santé ne disait-il pas des assistantes sociales, la
même année au congrès de l'ANAS qui a eu lieu à Alger « Heureu-
sement ! Elles ne s'embarrassent pas de tout cet appareil scientifique.
Pour ma part, je ne saurais assez les féliciter et les remercier aussi,
de leur naturel et de leur absence de prétentions. S'il est vrai, d'une
façon générale, que les hommes ont horreur desfemmes prétentieuses,
l'administration apprécie tout particulièrement, chez les assistantes
sociales, le don et le goût de rester à leur place. »

à un début de réalité
La période des Trente Glorieuses marquera une rupture plus af-
firmée. Alors que les années 60 sont marquées par l'entrée massive
des filles à l'université, on observe une crise du recrutement dans les
centres de formation qui va remettre en cause le modèle vocationnel
et d'aptitudes naturelles. De même, la création de nombreux établis-
sements sociaux et médico-sociaux, l'étoffement des services et l'aug-
mentation des effectifs des autres professions sociales obligeront à une
démocratisation du service social et à une ouverture plus grande aux
hommes.

:
Voyons quelques exemples dans l'école de service social de Nan-
tes, créée en 1923, les deux premiers hommes étudiants en service
social sont entrés en 1962. Quant aux écoles de service social lyon-

:
naises, Henri Lacroix indique qu'elles acceptent les hommes à partir
de 1965-1966 et donne les raisons de cette entrée tardive conserva-
tisme, peur de la mixité, refus de prêtres retournés à l'état laïque qui
envisageaient une reconversion dans le social.

Cette arrivée d'hommes, encore peu nombreux, coïncide avec


1,.institutionnalisation de l'action sociale qui pénètre tous les secteurs
de la vie sociale et avec l'âge d'or du service social. On peut aussi
émettre l'hypothèse que, si l'intégration des hommes dans ce corps de
métier a été rendue possible, c'est parce qu'il y a eu une évolution du
service social due, en partie, aux effets de métiers proches souvent
Plus masculins, provoquant en quelque sorte un effet de halo.

Ainsi, les divers changements énoncés ci-dessus expliquent par-


tiellement la création de conditions favorables à l'entrée des hommes
dans le service social.

L'ouverture aux hommes continue cependant à faire débat et l'évo-


lution sera lente. En 1968, des textes revendiquant la mixité sont mis
point par des étudiants en service social et par des assistants affiliés
a un syndicat. Le seul travail statistique sur lequel on peut s'appuyer
Pour cette période est celui de l'Inserm qui a procédé, en 1970, à la
Première grande enquête sur les assistants de service social. Les au-
teurs, L. Brams et N. Courtecuisse, dénombraient à l'époque seulement
74 hommes
sur 18782 femmes, soit 0,39 Les hommes étaient si
minoritaires que ces chercheurs ne les ont pas retenus dans leur échan-
tillon d'enquête. «Ilfut décidé de les éliminer
», ce que déplorait Mi-
chel Taléghani et lui faisait dire
que « Écrire sur laféminité du service
social, c'est donc, qu'on le veuille ou non, en référer à l'autre sexe,
ne serait-ce par son absence ».
Les années 70 seront celles de la théorisation du contrôle social
qui mettra à malles professions sociales et les rendra critiques envers
leur passé et les effets dits objectifs. En outre, ces années sont à nou-
veau marquées par la revendication féministe. Dans le service social,
on retrouve une nouvelle fois l'identité féminine revendiquée, une al-
liance féminisme/travail social. Cette profession de femmes, à un mo-
ment où le courant féministe devient plus fort, apparaît à nouveau,
comme aux temps anciens, un moyen de faire valoir une identité fé-
minine affirmée. Mais, face à la diversité des féminismes, notamment
le féminisme de l'égalité et le féminisme des différences, les assistantes
sociales oscillent et si elles entrent dans la logique de distinction, elles
préconisent rarement l'isolement, la séparation. Ainsi, dans une en-
quête auprès des hommes travailleurs sociaux, en 1972, bon nombre
de ceux-ci déclarent que « les assistantes sociales s'isolent dans une
profession qu'elles vivent implicitement comme une profession fémi-
nine d'appoint allantjusqu'à choyer leurs collègues masculins alors
que d'autres ne facilitentpas leurplace de crainte de se voir ensuite
"gouvernées" par eux ». Il s'agit donc plutôt d'un féminisme modéré
individualiste débouchant sur très peu d'avancées. Ce qui principale-
ment amène des jeunes femmes de cette génération dans la profession
reste la possibilité de rencontres et de contacts variés, possibilité jugée
enrichissante pour soi-même. Dès lors, il y a assimilation et différen-
ciation tout à la fois. Comme les femmes se font entendre à nouveau,
« Ces voix raisonnaient-elles déjà aux oreilles de quelques pères, ma-
ris, jeunes hommes ralliés à des idées égalitaires entre les sexes, au
partage des tâches éducatives, etc. Ne pourrait-on pas croire que les
premiers hommes assistants sociaux faisaientpartie de ceux-là » se
demande Henri Lacroix.
?
Une spécificité française ?
Qu'en était-il à cette période dans les pays francophones Au ?
:
Québec, la masculinisation était nettement plus avancée en raison
d'éléments très divers que Guy Bolodeau distingue ainsi les prêtres
fondateurs des services sociaux, l'accès des études universitaires do-
miné par les hommes, la formation universitaire des travailleurs so-
ciaux, les services sociaux considérés comme lieux privilégiés de l'in-
tervention sociale, la possibilité de faire une carrière professionnelle
intéressante, le meilleur statut social du travailleur social et un salaire
convenable.
3. Qui sont et que pensent les hommes assistants sociaux,
dans les années 70 et début 80 ?

L'identité sexuée se rejouant dans la sphère du travail, on s'inté-


ressera maintenant aux relations subjectives qui existent entre hommes
et femmes dans le service social. Pour cela, on s'appuiera sur les ar-
ticles, enquêtes et mémoires qui ont questionné l'identité masculine
dans le service social (ils sont mentionnés en fin de cet article). Parler
des hommes et des femmes est en soi une question difficile car elle
touche à l'identité du sujet et il est vrai que ces documents nous livrent
un clivage sexué dans le discours et les représentations. On repère les
comportements, les mentalités, les représentations que l'on observe
généralement dans la société.

Les hommes assistants sociaux ont aussi une histoire

?
Comment devient-on assistant social La rareté des travaux ne
permet pas de redonner la construction sociale des trajectoires indivi-
duelles, notamment la famille d'origine, premier acteur de la sociali-
sation différenciée, lieu privilégié de la reproduction des rapports so-
ciaux de sexe. La thèse en cours de Fanny Zanferrari permettra de
vérifier l'hypothèse que les assistants sociaux « ont tenu une position
de sexe atypique dans lafamille d'origine, compte tenu de la compo-
sition sexuelle de lafratrie à laquelle ils appartiennent ». Cependant,
quelques données sont disponibles.

L'enquête effectuée par Hugues Lombard en 1985 auprès de


112 assistants sociaux du Nord-Pas-de-Calais montre que ces étudiants
sont issus de familles nombreuses, de milieu ouvrier ou employé, et
en ascension sociale. Ils accèdent à un métier à un âge plus avancé,
sont mariés à un conjoint appartenant à une couche moyenne, ont par-
ticipé à des mouvements de jeunesse souvent confessionnels.

Dans son mémoire, Brigitte Biche compare les hommes entrés


depuis 1962 à l'école de service social de Nantes avec leurs consœurs
assistantes sociales. Ces hommes assistants sociaux ont une origine
sociale plus modeste, un âge plus avancé, sont plus souvent mariés
(mais avec des conjoints de milieu plus simple que le milieu des
conjoints des assistantes sociales), ont une expérience professionnelle

:
antérieure et possèdent un niveau scolaire plus élevé (toutefois, il y a
une particularité régionale le capital culturel est principalement reli-
gieux, les études étant souvent effectuées dans le cadre du petit, voire
du grand séminaire). Henri Lacroix relève, lui aussi, que le chemine-
ment des hommes assistants sociaux est souvent plus diversifié et aura
transité par le monde de l'éducation, de l'enseignement ou du para-
médical.
Ainsi, ces futurs assistants sociaux possèdent un capital d'expé-
rience professionnelle plus important que celui des femmes assistantes
sociales, mais - se demande Brigitte Biche - leur orientation ne
s'opère-t-elle pas plus par élimination d'autres pistes que par choix,
même si certains y ont vu le moyen de vivre concrètement l'idéal qui
?
les animait Hugues Lombard confirme que, dans une assez forte pro-
portion, les assistants sociaux avaient envisagé une autre profession
sociale.

Faire sa place
Les travaux montrent bien comment ces hommes entrés dans le
champ du service social ont eu à assumer d'une part les rôles et l'ha-
bitus de l'assistante sociale tels qu'ils résultent de son histoire et de la
constitution du champ, et d'autre part leur rôle d'homme tel qu'il dé-
coule de leur propre histoire et de leur place impartie dans la société.

Henri Lacroix précise que, durant leur formation, ces hommes ont
fait l'apprentissage douloureux de la différence et ont dû avoir une
grande vigilance vis-à-vis de l'image et des rôles qu'on leur prêtait,
au point qu'ils se sont sentis enfin libérés à leur entrée dans la vie
professionnelle. Cette négociation n'a pas été simple. « Ils disentpour
la plupart s'être sentis à la fois mal à l'aise, peu compris, mais ils y
trouvèrent plus ou moins rapidement leur place. »
Une enquête effectuée en 1972 par l'ANAS auprès de 50 hommes
assistants sociaux et qui a réuni 24 réponses, particulièrement de jeunes
assistants sociaux ayant passé leur diplôme depuis 1968, apporte des
éléments intéressants. Exerçant plutôt dans les villes et les milieux
:
urbains et se partageant entre polyvalents et spécialisés, ces assistants
sociaux manifestent trois types de préoccupation

- les conditions matérielles qu'ils estiment mauvaises, notamment


les rémunérations qui neleur semblent pas suffisantes pour assurer une
vie décente. Ils regrettent le profil de carrière inexistant, notamment
l'impossibilité d'accéder au statut de cadre A ;
l'image d'une profession victime historiquement du rôle dévolu
-femmes,
aux «mais que trop souvent les femmes acceptent passive-
ment. Le paradoxe veut donc qu'aujourd'hui des hommes aient à en
:
souffrir ». Le rédacteur de l'enquête, Paul Guéneau, ironise cependant
sur ce qu'il estime excessif « Quelques-uns d'entre nous associent la
présence des hommes dans la profession comme un moyen de la ra-
jeunir, ce serait dès lors croire que les hommes échappent au vieillis-
sement ! » ;
- la recherche technologique en travail social, qui manque de
théorie construite à partir de la pratique professionnelle en raison du
refus d'une réflexion distanciée et plus scientifique de la profession.
Les hommes assistants sociaux sont donc confrontés à l'ambiguïté
entre qualification et qualités prêtées au sexe féminin. Aussi, pour s'en

:
sortir, envisagent-ils des formations complémentaires au DE, ce qui
rend P. Gueneau assez pessimiste «A part quelques exceptions, on
voit mal par quels moyens ces éléments masculins dans cette profes-
sion comptentfaire éclater la situation qui leur estfaite autrement que
par la formulation accumulée de regrets ou la recherche d'une solu-
tion exclusivement individualiste. » Une décennie après, Hugues Lom-
bard montre qu'à peine un assistant social sur six pense exercer cette
profession durant toute sa vie professionnelle, près d'un sur trois dé-
clare que si c'était à refaire, il n'effectuerait pas ce choix. F. Zanferrari
constate également que les hommes assistants sociaux recherchent da-
vantage des possibilités de mobilité professionnelle à travers un enga-
gement dans des formations complémentaires universitaires ou profes-
sionnelles.

Un bref passage

Les trajectoires de sexe sont marquées par les instances de socia-


lisation qui prédisposent les individus à occuper légitimement des pla-
ces spécifiques dans les rapports sociaux de sexe. C'est ainsi que les
hommes assistants sociaux ont la forte préoccupation d'un déroulement
de carrière alors qu'il semblerait que les assistantes sociales y viennent
le plus souvent par opportunité. Le sexe est bien une variable déter-
minante des deux types de trajectoire observés, l'un de type horizontal
et l'autre de type ascensionnel.

Paul Guéneau retire de l'enquête de 1972 que « ce sont les hommes


»:
qui ont les leviers de commande du service social français et Michel
Taleghani confirme la promotion masculine, dès l'origine «La re-
connaissance de fait que quelques hommes sont - certains depuis très
longtemps maintenant dans la profession ne change rien à cet autre
- nombreux qu'ils sont immédiatementdistin-
fait qu'ils y restent si peu
gués» ; et il aspire fortement à une prise de conscience de l'identité
propre du service social, car « devenant autonome, il offrirait aux hom-
mes des intérêts ». La recherche d'Hugues Lombard abonde en ce sens
en montrant que l'accès à certaines fonctions (direction, formation)
Pouvait être une manière de transformer son identité professionnelle.

Même si certains hommes auraient été absorbés par la féminisation


selon B. Biche, son observation de leur trajectoire ascensionnelle mon-
tre que celle-ci est plus fréquente chez les hommes assistants sociaux
(60 de son échantillon) ; parmi ceux-ci, un sous-groupe développe
nettement une stratégie de prise de pouvoir. Les positions profession-
nelles des hommes assistants sociaux sont en général plus fortes que
celles des femmes assistantes sociales et de ce fait leur salaire est en
moyenne supérieur de 7 à celui de leurs collègues femmes.
F. Zanferrari qui avait émis l'hypothèse de ce souci de promotion
sociale, est actuellement beaucoup plus prudente, sa recherche en cours
montrant que les professionnels interviewés sont loin de rechercher
des postes d'encadrement. Ceci n'invalide pas encore son hypothèse
selon laquelle, par le biais d'une gestion différenciée de la main d'oeu-
vre, l'ambiguïté entre qualités féminines et qualification serait moins
visible, les hommes cherchant à se situer du côté de la technique ce
qui leur permettrait ainsi de se démarquer de l'ambiguïté entre travail
domestique et activité professionnelle.
Cependant, remarque B. Biche, loin de se rebeller, leurs collègues
assistantes sociales qui ont intériorisé les rôles masculins et féminins
conformes à la représentation de la société et souvent poussé les hom-
mes dans des rôles de leader, ont perçu l'arrivée des hommes dans
leur champ plutôt avec bienveillance, espérant en tirer les bénéfices
notamment pour l'amélioration des conditions matérielles et pour un
meilleur positionnement social et politique. F. Zanferrari montre éga-
lement que les enquêtés considèrent que «ce sont les hommes qui
d'une part ont apporté à la profession un souci de technicité et de
professionnalité et d'autre part, ont permis le développement au sein
de la profession, d'une plus grande activité syndicale et politique ».
Il serait intéressant de connaître quelles places les assistants so-
ciaux ont effectivement prises et quels postes ils ont occupés, s'ils sont
affectés à des services ou fonctions plus hautement technicisées : poste
à risque, direction, innovation/création ? Au-delà, cette entrée d'hom-
mes dans le service social ouvre-t-elle une brèche, marque-t-elle un
moment de rupture irréversible dans la division sexuelle du travail et
des représentations qu'elle sous-tend ou sommes-nous au contraire en
présence d'une forme plus diffuse de reproduction de la division
sexuelle du travail?

De l'antagonisme de sexe à la préconisation de la personnalité


Si les assistants sociaux ont eu tendance à critiquer les idées de
féminité véhiculées par les assistantes sociales, parmi celles-ci, certai-
nes mettent à malles caractères masculins de ces messieurs et affirment
que les hommes qui pratiquent leur profession manquent de virilité.
Serait-ce à l'image des infirmiers étudiés par D. Kergoat qui souligne
que certains d'entre eux semblent différents des autres hommes, par
leur système de valeurs, par leur rapport au collectif de travail, par
?
leur rapport au corps Fanny Zanferrari le commente en disant que
»
ces hommes qualifiés de « différents « semblent avoir intériorisé des
valeurs qui ne correspondent pas aux valeurs traditionnellement in-
culquées aux garçons ».
Michel Taléghani écrit ironiquement en 1975 : «On sait qu'en
nombre important, ils viennent, qui du scoutisme, qui du séminaire,
et
dévoyés à leur tour de vocations originales, pourtantporteurs d'un
même charisme inexploité et disponible »et demande avec humour
«ne serait-ce pas plus souvent les hommes les moins virils qui choi-
?
sissent ce métier ».
Toutefois, à l'époque, l'idée d'une transition est émise. Ne ver-
»
rait-on pas par la suite de « vrais hommes venir au travail social?
C'est ce que pense l'abbé Marc Oraison dans un entretien intitulé « Les
»
deux moitiés : «La transition de l'entrée des garçons serait plutôt
une tentation d'adolescentisme que de féminisation, d'une immaturité
de la virilité et non que ces garçons soient impuissants ou homo-
sexuels. »
Depuis cette joute, les rôles seraient moins considérés comme
identiques et interchangeables et il dégage une donnée neutre, celle
se
de l'importance de la personnalité, quel que soit le sexe. Ainsi, B. Bi-
che affirme que le capital importé par les hommes depuis les années 60,
et particulièrement depuis les années 70, apparaît comme spécifique.
De même pense B. Boussard, assistant social, il est important d'in-
«
venter une relation d'égalité et non pas d'assimilation entre les col-
lègues assistants sociaux masculins et féminins, préservant ainsi tout
l apport original de l'homme » et il ajoute qu'« il s'agit plus d'un
Problème d'individu que d'un problème d'appartenance à un sexe. Ce
qui prime en service social est plus la manière dont il est pratiqué, les
qualités d'écoute et de compréhension mises en œuvre dans une opti-
que d'aide, que les individus qui le pratiquent ».

Comparer l'incomparable ?
La présence d'hommes dans la profession de service social est

:
une réalité, mais qui reste minoritaire et faiblement visible. Les statis-
tiques le confirment 7 en 1996. C'est
ferrari propose d'analyser
de sexe atypiques,
pour cette raison que F. Zan-
ce fait avec la problématique de trajectoires
par opposition aux trajectoires de sexe typiques
«qui respectent la division sexuelle du travail en vigueur dans une
société donnée et à une époque donnée, et plus généralement qui ne
dérogent pas à l'ordre des »
sexes en tant qu'ordre social et va pro-
céder au recueil de biographies.

4. Mutation de la société et ambiguïtés des représenta-


tions
Le service social a été une profession sociale dont l'existence et
extension
,
sont étroitement liées à leur institutionnalisation par l'État
lui-même. Beaucoup ont
M. Taleghani qui, y vu un
:
rapport de domination, à l'instar de
en 1975, écrivait « On ne peut négliger pour les
pouvoirs d'avoir, dans le secteur social, si vulnérable mais aussi si
menaçant, des bataillons de femmes encore dominés. » Selon certains,
cela serait toujours le cas par le biais des politiques sociales qui ten-
draient à enfermer le service social dans un statut d'exécutant, confir-
mant en quelque sorte l'infériorisation de la profession parce que fé-
minine.

Crise, décentralisation: vers un repositionnement ?


Parallèlement, il y aurait aggravation par la décentralisation,
celle-ci donnant la compétence aux conseils généraux sur le service

:
social départemental entraîne de ce fait une relation de subordination
des assistants sociaux au champ politique local « Travailleur social
sous influence politique », écrivions-nous. Selon G. Morand, « la re-
lation à autrui suggère la conscience de l'identité et parce que cet
autrui qui s'incarne en l'élu n'est pas sans différencier dans le tra-
vailleur social ce qui ressortit de la compétence féminine ou masculine,
les assistantes sociales auront à se défendre contre une représentation
sexuée de leur compétence ». Faut-il pour autant aller jusqu'à parler
»
ironiquement de « l'élu et la « bonne à tout faire ? »
La crise économique et l'exclusion ont mis à mal certains modèles
d'intervention du travail social, dont particulièrement la relation psy-
cho-affective. Elles appellent aussi à d'autres formes d'intervention
qui doivent s'articuler avec la sphère économique. On voit émerger de
nouveaux profils professionnels qui, comme l'analyse G. Morand, dé-
finissent des compétences héritées du masculin. Pourtant, paradoxale-
ment, crise et exclusion exacerberaient aussi l'invocation d'un modèle
d'intervention sociale relevant de la compassion féminine. Cela confor-
terait l'image de l'homme dans la conquête du neuf, la femme dans la
préservation de la tradition.
En outre, les modes d'organisation hiérarchique restructurés de-
puis la décentralisation et les processus de recrutement font que la

;
fonction d'encadrement territorial départemental est confiée de plus en
plus à des hommes, venant souvent d'une autre culture on continue
donc à avoir des hommes dirigeant des services à prépondérance fé-
minine.
En somme, le travail en partenariat, le rapprochement du politique
entraînent la renégociation des conditions des relations de cette pro-
fession avec tous ces nouveaux acteurs stratégiques. Cela nécessite
d'une part de sans cesse s'opposer au renvoi domestique de la part des
élus et en même temps de s'imposer autrement en occupant une sphère
d'expertise sociale que souhaitent les élus mais qu'ils ont tendance à
donner à d'autres.
Dès lors, on peut se poser la question suivante : serait-on en pré-
sence d'une forme plus diffuse de la division sexuelle du travail ou
faut-il y voir d'autres lignes de force de l'intervention sociale fondées
sur une représentation asexuée et renouvelée du rôle de l'action so-
?
ciale Comme le confirme le travail de E. Haon, la proximité entre le
pouvoir politique décentralisé et le travail social de terrain oblige même
les assistantes sociales les plus traditionalistes à se poser la question
de nouvelles relations capables de dépasser le clivage entre des équipes
à prépondérance féminine et les encadrants hommes pour aller vers
une recomposition du travail social en fonction des problèmes réels
des usagers.

Grève de 1991 : un dépassement ?


Le mouvement social caractérisé par la grève des assistantes so-

:
ciales en 1991 (ce qui ne s'était jamais vu dans la profession, si ré-
servée habituellement) montre aussi ce dilemme à la fois une optique
dépassant le problème de la féminisation et une perdurance des rap-
ports sociaux de sexe. Les revendications concernent l'ensemble des
professionnels, hommes et femmes qui veulent pouvoir effectuer leur
rôle auprès de la population et rappellent qu'il est fondé sur la per-
sonne. Il s'agissait de dénoncer face à l'accroissement des problèmes
sociaux, le manque de moyens (tout en revendiquant parallèlement un
meilleur statut). «Si nous sommes conscients que notre fonction est
infinimentplus complexe
que la simple mise en adéquation des besoins
exprimés et des réponses proposées et qu'intervient une part néces-
saire de compromis, il n'en demeure pas moins qu'actuellement, les
outils essentiels qui nous permettaient de nous situer dans le champ
de la prévention et du travail à long terme n'existent quasiment plus»
écrivait la Casif/Concass dans les Actualités sociales hebdomadaires
du 21 février 1992.

Pour autant, il y une certaine perdurance de la division des sexes


et une représentation dévalorisée de la féminité de la profession. Une
lecture de
ce mouvement sous l'angle des rôles masculins et féminins,
faite par Josette Tratt, note la présence massive des femmes dans
la profession et dans
que
ce mouvement, loin d'être assumée majoritaire-
ment avec fierté, a suscité la réaction d'un certain nombre d'assistantes
sociales cherchant au contraire à la masquer. Elle montre aussi que le
Mouvement recherche une revalorisation, une légitimité plus grande à
travers la mise en évidence de la masculinisation de la profession, que
le fait de décliner
au masculin, dit une assistante sociale, « donne une
impression de plus de poids et de sérieux Mais les attitudes des
».
assistantes sociales face à leurs collègues hommes sont à la fois de
Protection et de défense. Ainsi les hommes, bien que minoritaires dans
le mouvement, prennent la parole plus souvent
que les femmes, et en
reaction, celles-ci tentent en vain de la canaliser et veillent
- - par
exemple à ce qu'il y ait représentation égalitaire à la tribune. En re-
vanche, elles les « protègent» face à l'extérieur, par exemple en les
plaçant à l'arrière des manifestations pour ne pas être la cible de la
police en cas d'affrontements.
Parmi différentes voies possibles, comme celle de s'affirmer en
tant que femmes et salariées, en remettant en cause les rapports de
domination de classe et de sexe ou celle de mettre entre parenthèses
cette dimension féminine, les assistants sociaux ont choisi de reven-
diquer en tant que salariés sans spécifier leur sexe. Ce serait à l'image
d'une société tendant à l'indifférenciation.

Conclusion
A travers le service social, c'est tout le problème des conséquences
de la féminisation des métiers sociaux qui est posé d'une part en termes
de place, de position sociale, de reconnaissance, d'autre part vis-à-vis
des usagers.

Effets de la féminisation sur une profession donnée


La subordination des femmes, restant un état de fait dans notre
société, marque-t-elle la profession d'assistant de service social qui
?
est, malgré la déclinaison, encore essentiellement féminine Le débat
perdure qui consiste à se demander, selon les termes de Michel Ta-
léghani : «La profession serait-elle mineure parce que féminine ou
féminine parce que mineure »?
Le monopole des femmes dans le service social est la plupart du
temps analysé comme ayant constitué un frein à la reconnaissance
sociale et ayant contribué à produire et renforcer l'ambiguïté entre les
activités professionnelles et l'activité domestique traditionnellement
assignée aux femmes. On sait qu'un milieu uniquement composé de
représentants d'un seul sexe façonne un modèle de pensée, d'action,
lui donne une empreinte spécifique et rend difficile la rupture avec les
représentations stéréotypées.
Pour beaucoup d'auteurs, si historiquement dans le service social,
la non mixité a été une protection face à la concurrence masculine et
un moyen d'émancipation, pour les féministes comme D. Kergoat,
c'est en entrant dans la mixité que les femmes peuvent acquérir une
conscience de genre. Pour les assistants sociaux, hommes et femmes,
l'arrivée d'hommes est pensée comme pouvant changer quelque chose
à l'image et au statut de la profession, même si, comme le résume
Henri Lacroix, « tous sont bien d'accordpour dénoncer l'appréciation
sexiste selon laquelle une profession serait valorisée par la présence
massive des hommes ».
Effets de la féminisation du service social sur les usagers
Comme l'écrivait Nadine Lefaucheur, « Au-delà des facteurs d'or-
dre divers qui peuvent expliquer partiellement le fait que les femmes
apparaissent comme les"clientes-interlocutrices" privilégiées du tra-
vail social d'assistance dont les outils privilégiés sont d'ordre mé-
-
nager ou sanitaire - on peut voir dans cette situation la résultante
d'une définition historique et sociale de la femme comme vecteurpri-
vilégié (féminisation de l'assistance sociale) et comme cibleprivilégiée
(directe ou indirecte) du travail social et de la condition féminine
-
comme une condition subordonnée, avant tout domestique et mater-
nelle. »

L'histoire de la profession d'assistant(e) social(e) montre en effet


que ce sont les femmes qui ont constitué la cible du service social.
J. Verdès-Leroux,
on le sait, a développé la thèse que les assistantes
sociales ont été des agents de reproduction des rapports de classe et
de sexe.

:
Longtemps, le service social est resté très centré sur l'enfance et
la famille. Il y avait deux femmes face à face une assistante sociale
et une mère de famille, avec une certaine complicité féminine, voire
plus de confiance, de compréhension. Les usagers restent porteurs eux-
mêmes de ces représentations.

L'image traditionnelle de la femme est perçue comme rassurante


l'écoute et l'accueil sont réputés meilleurs. Dans le mémoire de Bri-
;
gitte Biche, on entrevoit, à travers le discours des hommes assistants
sociaux, les réactions des usagers. Comment parler à un homme avec
une même aisance de problèmes intimes (grossesse, enfants, IVG) ?
Certaines femmes n'ont pas voulu parler avec un homme assistant
social.

Mais est-ce si généralisable ? B. Boussard, stagiaire assistant so-


cial en PMI, écrivait en 1975 : A la consultation de nourrissons, ma
«
Présence au début a sans aucun doute surpris.J'ai été néanmoins
rapidement accepté, à partir du moment où les mères m'ont vu mani-
puler leur enfant. La réaction habituelle était de dire qu'il manquait
tout de même un homme, un père, à la consultation. » Son expérience
montre bien que dans la relation les caractères sexuels sont très forte-
ment présents. «Il n'y a pas de relation quelconque qui ne soit pas
sexuée» disait l'abbé Oraison aux assistantes sociales, « les fonctions
sont avant tout différenciées. Cette différence je la situerai d'avantage
du côté de l'exercice de l'autorité
par rapport au père et de l'auto-
nomie par rapport à la mère ». B. Boussard l'a expérimenté. Si l'as-
sistante sociale peut remplir une fonction maternante, l'assistant
« so-
cial véhicule une image masculine, qui, selon le cas, peut êtreparentale
Ou maritale ». En outre, poursuit-il «l'assistant social est peut-être
plus à même de prêter cette attention particulière au père que ne l'ont
».
étéjusqu'à maintenant les assistantes sociales Mais il reconnaît que
la masculinisation dans un domaine de femmes peut avoir également
des effets pervers. L'aspect de la contrainte légale et l'aspect coercitif
de la PMI (jugement de la mauvaise mère, placement des enfants)
peuvent être renforcés par le fait d'être un assistant social, « investi de
son autorité d'homme » dit-il.
L'intérêt d'un travail en équipe mixte a longtemps été avancé.
Ainsi, de nombreux travailleurs sociaux, interviewés par H. Lacroix,
estiment que cela ferait évoluer les modèles culturels, du moins que
cela participerait sensiblement à l'évolution des rôles dans les familles,
voire même que ce serait particulièrement utile dans quelques familles
à problèmes lourds de l'ASE. Beaucoup estiment que les usagers ont
besoin de figures masculines et féminines authentiques. Déjà l'abbé
Oraison disait en 1975 : « J'aurais tendance à penser que, notamment
en ce qui concerne l'aide sociale, la présence équilibrée des deux sexes
serait plussouhaitable. C'est-à-dire que l'on reproduise d'une cer-
taine façon une situation parentale normale où le père a autant d'im-
portance que la mère et réciproquement. » Les assistants sociaux par-
lent donc, à l'instar des éducateurs, de mixité en termes de couple
socio-éducatif, comme une sorte de substitution des images parentales.
La mixité introduirait de l'altérité dans un univers trop féminin.
Actuellement, le travail social est en pleine recomposition ; le ser-
vice social n'y déroge pas. Ainsi, les aptitudes requises pour les nou-
veaux dispositifs d'action sociale sont d'une part au point de rencontre
de la demande politique et de la localisation du social, d'autre part
dans l'interconnexion des champs sociaux, économiques et culturels.
Le service social sort des problèmes domestiques pour aller de plus en
plus vers l'insertion économique, professionnelle. Ceci lui amène une
nouvelle clientèle, notamment des hommes, des isolés, des SDF, des
jeunes. Cela peut exacerber les rapports sociaux de sexe. Isabelle Astier
a noté par exemple que, parmi les demandeurs de RMI qui avaient le
choix d'aller voir leur assistante sociale de secteur ou le CCAS, les
familles se sont principalement dirigées vers le service social de sec-
teur et les hommes célibataires vers les CCAS. Les habitudes, les usa-
ges continuent à déterminer les rôles masculins et féminins.
Il n'est pas possible de clore momentanément cette réflexion sans
se demander si, en cette fin de siècle où les identités masculines et
féminines se transforment et se diversifient, les mutations actuelles du
travail social poseront de manière renouvelée la problématique des
rôles masculins et féminins ? ?
Rapports sociaux de sexe et rapports
sociaux de compétence se conjugueront-ils différemment Peut-on rê-
ver avec Yvonne Knibiehler d'une époque où « la spécificité des fem-
mes ne pourra plus être cantonnée dans des secteurs particuliers, elle
éclairera d'une lumière nouvelle tous les domaines de la politique, de
»
l'économie et du savoir ou faut-il prévoir une neutralisation de la
société, l'acheminement vers un «non-genre », une société andro-
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ZANFERRARI (Fanny), Pour une observation des trajectoires de sexe atypiques
dans les professions féminines l'exemple des hommes dans la profession
d'assistant de service social, DEA de sociologie, Nancy, 1994, 103 p.
Chercher les femmes
Femmes d'éducateurs et éducatrices
!
Françoise Tétard
Historienne, ingénieur d'études, CRHMSS
Mathias Gardet
Historien, CNAHES, Université d'Angers

Ce texte n'est pas un article, au sens d'une étude defond ou de la


présentation des résultats d'une recherche en cours ou terminée. Il
rendez-vous :
se veut bien modestement l'amorce d'une réflexion issue de deux
- -
l'un organisé par le CNAHES (1) à Angers, les 22, 23
d'
mes» ;
et 24 mai 1997, sur le thème «femmes éducateurs/éducateurs-fem-
l'autre au CEDIAS-Musée social, le 10 octobre 1997, dans la
table ronde intitulée « rôles masculins etféminins dans le travail so-
cial ». Ce futpour nous l'occasion de prendre conscience que ce sujet
avait été jusque-là bien peu étudié. Les dernières traces que nous
!
avonspu retrouver sur cette question pourtant originelle remontaient
en effet à mars 1964 C'était à Jambville, lors du 20e stage de per-
fectionnement des éducateursdel'enfance inadaptée de l'Arc-en-
:
ciel (2), qui portait ce titre « La femme dans la rééducation ».
Dans un premier temps, nous nous sommes plongés avec plaisir dans
lesfonds d'archives recueillis depuis peu au CAPEA (3), nous y avons
trouvé des matériaux de première main, que nous vous livrons ici. Il
ne s'agit que de quelques sondages, mais la richesse desfonds laisse
espérer encore de nombreuses surprises et découvertes. Les archives
viennent en effet à peine d'être classées ou sont encore en cours
d'inventaire. Ceci est une sorte de hors-d'œuvre, de « mise en bou-
che », pour toutes celles et ceux qui voudraient approfondir la ques-
tion.

»
Nous ne revendiquons aucune « chasse gardée sur ces sujets, bien

:
au contraire. Avis donc à tous les amateurs et défricheurs d'archives,
la chasse est ouverte dès le 28 mai 1998, le CAPEA sera inauguré
et ouvert au public.

Nous sommes tous les deux des historiens, mais ni l'un ni l'autre,
n'avons travaillé ni ne sommes spécialistes de l'histoire des femmes.
Pourquoi alors avoir choisi ?
ce thème Nous avions remarqué que la
profession d'éducateur - tout du moins à ses débuts - se déclinait
presque par automatisme au masculin, tout comme celle d'assistante
sociale se lisait, elle, au féminin. Or, nous avons été surpris par le
poids des femmes dans cette profession, notamment dans les promo-
tions d'élèves des écoles. Par ailleurs, nous avions entendu de nom-
breux témoignages dans les réunions régionales organisées dans le ca-
dre du CNAHES où il était souvent question des femmes et de leur
rôle au sein des établissements.
Parler de ces femmes, leur donner la parole, nous est apparu
comme nécessaire, mais nous avions sous-estimé l'intensité émotive
et affective, qui nous a en quelque sorte dépassés. La pudeur, les non-
dits, le silence, mais aussi cette envie de parler, furent autant de réac-
tions devant lesquelles il était difficile de se positionner en tant que
chercheur.
Nous avons donc choisi de revenir à notre domaine de prédilec-
tion : les archives et l'histoire du secteur. Nous aborderons ici quatre
:
points

-
marient;le besoin de logements de fonction pour les éducateurs qui se

la présence et le rôle des femmes d'éducateurs au sein des éta-


-
blissements ;

- La proportion très forte des élèves éducatrices dans les promo-


tions des écoles et leur devenir à la sortie;
- L'élaboration d'accords collectifs de travail pour les éducateurs
et les revendications qui en découlent, plus particulièrement chez les
éducatrices.

1. Un logement de fonction, quelle aubaine !


Al'origine, en 1940-1944, les premiers éducateurs-hommes sont,
semble-t-il, surtout célibataires. Ce sont souvent de jeunes scouts qui
pensent s'investir, pour un temps limité, dans l'idée de service. Ils sont
parfois aussi jeunes que les pensionnaires dont ils ont la charge. Édu-
cateurs de jour, surveillants de nuit, leur logement se résume souvent
à un lit de plus dans le dortoir des garçons, un lit séparé par une mince
cloison ajourée, pour garder une oreille et un œil sur les autres.
:
Seulement voilà en 1950, ceux qui sont restés par engagement,
ceux qui sont « entrés en rééducation », ont vieilli. Ils ont rencontré
l'élue de leur cœur et ont pensé à fonder un foyer. Et ceux qui n'y
ont pas pensé, il faudra qu'ils y pensent. En effet, contrairement à
l'image de la femme éducatrice ou assistante sociale dont le célibat
semble aller de soi, un homme célibataire - et laïque - (4) de 30-32 ans,
s'occupant de jeunes, cela peut réveiller de vieilles craintes ou des
peurs de scandales. Il y a eu dans cette période plusieurs « affaires»
montées en épingle par la presse, dont a dû se défendre le secteur (5).
Jacques Mazé, tout jeune éducateur en 1947-1948, au centre de Lé-

:
vesville près de Chartres, nous a ainsi raconté avec humour la méfiance
des dirigeants du centre à l'arrivée de nouveaux candidats

« Un jour arrive A***, un vieux, il avait 30ans, céliba-


taire. la suspicion que l'on a eu ! » (6).
Or, dans les années de la Reconstruction, le problème du logement
était
, général. La rééducation des mineurs étant organisée principale-
ment dans de gros internats à la campagne, la plupart du temps isolés,
loin de tout, les logements de fonction se sont imposés d'eux-mêmes.
Les postes de directeurs, ou parfois d'éducateurs, qui en étaient pour-
vus étaient donc perçus comme de véritables aubaines pour les jeunes
couples. Grâce à cette opportunité qui leur est offerte, ils vont pouvoir
enfin se marier, avoir une famille. Dans ce contexte, on peut compren-
dre qu'ils aient été peu regardants quant au confort, aux conditions de
vie et même quelquefois à la salubrité des lieux.

Pierre Lalire, en nous faisant visiter le centre de Montigny-sur-


Vingeanne, où il a été nommé directeur
ses premières impressions : en 1948, nous raconte ainsi

«Je suivais une formation à l'école d'éducateurs de Mon-


tesson. J'ai été convoqué dans le bureau de M. Pinaud [le direc-
teur de l'école] et on m'a proposé la direction de Montigny.
J'avais 23 ans. Je suis parti en reconnaissance durant les va-
cances de Pâques. Les conditions matérielles étaient impensa-
bles. Il n'y avait plus d'ameublement et les bâtiments ouverts à
tous vents avaient vu partir différents matériaux réutilisés par
tout un chacun dans l'environnement. Il n'y avaitpas d'eau. Ma
dernière expérience en tant qu'éducateur avait été la Chartreuse
à Dijon. C'était un enfer à l'époque. On était logé dans un pa-
villon psychiatrique avec des barreaux aux fenêtres. En compa-
raison, Montigny paraissait le paradis. En plus,Montignyoffrait
un logementpour le directeur. Or, j'allais me marier et il y avait
»
la crise du logement (7).
Sentiment partagé par sa femme, Marguerite, qui nous dit par la
suite sur ce même épisode :
« Notre projet devient commun et concrétise notre choix.

ment:
Nous décidons ensemble de notre installation dans l'établisse-
il se trouve que la crise du logement sévit en ville et que
les salaires sont bas, le pouvoir d'achatfaible. A l'idée de vivre
à la campagne dans un appartement qui nous semblait spacieux
pour deux, aux pièces bien éclairées, fraîchement tapissées, nous
acceptons avec un certain enthousiasme » (8).
La demande des nouveaux ménages prend une telle ampleur que,
à la suite de son assemblée générale de 1954, l'ANEJI (9) décide de
publier une petite brochure intitulée Construction logements. Il s'agit
de répondre en partie à ce que René Meyer(10) dans l'introduction
nomme « la question cruciale de l'époque actuelle ». En effet, suite à
une enquête effectuée auprès de 72 établissements, les auteurs de la
:
brochure constatent que la proportion des gens mariés est de plus en
plus importante et concluent

«Il semble nécessaire de convaincre les associations ges-


tionnaires de "penser" le problème du logement de concert avec
le personnel et de ne pas tirer une conclusion de l'indifférence
apparente du personnel célibataire en face de celui-ci. De très
bons éducateurs se trouvent obligés de changer d'établissement
ou même d'orientationparce qu'ils se marient etnepeuventplus
espérer être logés sur place ou à proximité du lieu de leur tra-
vail»(11).
Ce constat fait écho aux propos de Henri Joubrel, qui en 1952,
dans le rapport d'activités du service de placement qu'il a monté au
66 rue de la Chaussée d'Antin à Paris (12), signale que :
« L'insuffisance du nombre de candidats a provoqué de la
part de beaucoup d'établissementsdevéritables "appels au se-
cours", auxquels le Service n'a pas pu parfois donner une sa-
tisfaction rapide. Les candidats mariés, par contre, éprouvent
souvent de grandes difficultés à trouver un emploi, faute d'ins-
titutions pouvant leur offrir un logement convenable. Comme le
Service le demandait avec insistance en 1951 par une lettre-
circulaire aux établissementsprivés, qui font habituellement ap-
pel à lui, il paraît indispensable que les associations gestionnai-
res entreprennent une politique de logement pour les éducateurs
mariés. C'est là un moyen de parvenir à une certaine stabilité
dans un domaine où elle se révèle nécessaire, et de ne pas laisser
s'en écarter des éducateurs qui ont le désir normal defonder un
foyer»(13).

2. Femmes au foyer, en service

Ces jeunes ménages ne vivent pas cette situation comme transi-


toire, ils s'installent, ils s'approprient les lieux. Ils y vivent et les font
vivre. Nous avons dans nos archives plusieurs photos de mariages, qui
ont lieu dans l'établissement et auxquels assistent tous les enfants du
centre, encadrant les jeunes époux. Par ailleurs, dès les premiers nu-
méros du bulletin Liaisons (14), il y a en dernière page, une rubriques
« Echos» annonçant mariages et naissances. Le foyer des époux et des
heureux parents est souvent confondu avec l'adresse des foyers de
semi-liberté ou des centres d'observation. La vie privée et la vie pro-
fessionnelle ne font plus qu'une :
«Une petite fille, Odile, est née au foyer de M. et Mme
Begué, au foyer de semi-liberté de Versailles août 1951. »
-
«Les jeunes du foyerfamilial de Vitry sont heureux de vous
faire part du mariage de leur éducateur, Jacques Salomé, avec
Mlle Anne-Marie Doré, qui a été célébré à Vitry, le 3 janvier
1959. »
Pour les raisons exposées précédemment, les femmes d'éducateurs
sont donc de plus en plus nombreuses dans les établissements. Or, il
semble bien que leur rôle ait dépassé la seule sphère familiale. Si elles
n'ont jamais eu de statut officiel, elles ont occupé pourtant de multiples
fonctions. Ainsi, au centre d'observation de La Prevalaye, près de Ren-
nes, la femme du directeur, Juliette Guyomarc'h joue plusieurs rôles
a la fois, d'autant que son mari, ayant de nombreuses responsabilités
extérieures, est souvent absent (15). Ainsi qu'en témoigne son journal
de bord, elle est à la fois intendante, comptable, infirmière, institu-
trice., voire même directrice adjointe (16).
D'autres femmes mariées avec des éducateurs connaîtront les mê-
mes situations. Yvette Bertrand a connu son mari au patronage Rollet
lorsqu'elle était éducatrice et, après son mariage, elle l'a suivi au centre
d'accueil et d'observation d'Ustaritz dans le Pays basque. Voilà ce
qu'elle en dit :

«Je m'occupais de la lingerie, j'étais souvent la première


levée, j'allumais la cuisinière pour faire le petit déjeuner pour
les garçons, puis je partais dans les pavillons. Je remplaçais un
éducateur qui manquait. Dans le budget d'Ustaritz, il n'y avait
pas d'argentpour me payer. Mais ce n'étaitpas toujoursfacile
pour une femme de vivre dans une équipe d'éducateurs sans être
salariée » (17).
Toutes l'ont vécu et en témoignent, mais toutes ne l'ont pas « ap-
précié » de la même manière. Preuve en est l'analyse plus acide de
Madeleine Pierron (18), dans le premier article du premier numéro de
Liaisons, qui justement porte sur ce sujet. Il est intitulé Le point de
vue de la femme de l'éducateur : » «

Certes, le métier, si je puis m'exprimer ainsi, de femme


«
d'éducateur, est différent de celui de bien des épouses. Ilfaut,
la plupart du temps, résider dans le centre même, et ainsi être
liée à la vie même des garçons. Il y a là comme ailleurs des
avantages et des inconvénients. Avantage d'avoir son mari à
proximité, et de l'apercevoir souvent danslajournée (je dis aper-
cevoir car le mari, éducateur, ne fait pour ainsi dire que des
apparitions aux heures du repas, le soir.) (.) Mais un incon-
:
vénient que n'ont pas la plupart des femmes de fonctionnaires,
c'est un horaire irrégulier,parfois fantaisiste repas retardés,
sorties compromises. Tout ceci, à cause d'une visite inattendue
ou de la venue d'un garçon qui a besoin de faire ses confiden-
»
ces (19).
La promiscuité des locaux, les conditions de vie précaire, le man-
que de personnel peuvent expliquer en partie la participation de ces
engagement;
femmes à la vie des établissements. Il y a aussi la profondeur de leur
engagement amoureux, de couple et de famille. Mais
toutes ne s'y sont pas définies de façon identique.
Certaines d'entre elles nous ont dit combien il leur « a semblé tout
»
naturel d'être d'une certaine façon disponible (20), d'autres nous ont
parlé de la force et de l'importance du modèle familial qu'elles repré-
sentaient auprès des jeunes:
« Sous prétexte d'un coup de fer à leur pantalon, que je
donnais volontiers, ils venaient me parler, se raconter, mais sur-
tout poser des questions. Celle qui revenait toujours, marquant
leur grande préoccupation, c'était "Croyez-vous à l'amour ?"
(.) Ils observaient beaucoup notre couple et nos enfants. Il leur
»
fallait des preuves tangibles (21).
Pour d'autres encore, ce partage, en tant que femme d'éducateur,
est vécu avant tout comme un choix de vie, comme un don de soi et
ne peut en aucun cas se rémunérer, se quantifier, ainsi que l'affirme
avec force Denise Ehrhard, évoquant sa vie au centre de Lorry-lès-
Metz en 1950 :
« Je suis une bénévole, entièrement bénévole, et le resterai,
»
c'est le prix de ma liberté (22).
Leur présence et leur rôle, loin d'être ignorés ou sous-estimés par
leur mari, sont au contraire valorisés, revendiqués comme « un plus»
par ces derniers. Guy Berland, directeur du Centre de Beuzevillette
»
écrit ainsi dans un article intitulé « Internat et esprit de famille :
«Mafemme et moi avons cinq enfants. D'un moment à l'au-
tre, le sixième sera là (.) Mon foyer occupe au rez-de-chaussée
quatre pièces, donnant chacune sur une entrée où j'ai dû instal-
nos propres enfants et nos enfants d'adoption (.)
ler mon bureau. C'est dire que la cohabitation est grande entre
Du lever au
coucher, on vient me demander, soit au bureau, soit chez moi.
Sije n'y suispas, et c'est fréquent, ma femme répond, donne la
clé, le renseignement, le soin, l'outil désiré, et s'efforce de me
remplacer» (23).
Certaines se rebellent pourtant contre cette image dominante de
la «femme au foyer
». Une de celles-ci s'exprime souvent dans le
bulletin Liaisons, auquel nous avons déjà fait allusion, sous la plume

:
de Brigitte Haardt(24). A la suite d'un stage sur le travail féminin,
qui a eu lieu en 1952 à Marly-le-Roi, elle s'exclame

« N'envisager comme solution ou amélioration au problème


du travailféminin, que la "femme au foyer"paraît bien simpliste
et même témoigne d'une certaine inconscience chez les éduca-
teurs de jeunes inadaptés (.).
La question n'est pas de savoir si Madame Pierron préfère
ne pas partager les responsabilités professionnelles de son mari
ou si Madame L*** au contraire n'envisage sa vie conjugale
qu'aux côtés du sien à la direction de leur centre, comme dans
leur foyer. La question est que chacune, dans les formes qui
:
conviennent le mieux à sa personnalité, apporte à son mari ce
qu'il attend d'elle un complément à ce qu'il est lui-même, à la
fois une force et un apaisement dans sa vie (.).
Le travail professionnel peut être nécessaire pour épanouir
la femme autant que pour épanouir l'homme. Le problème est
dans les conditions de ce travail qui trop souvent brisent cet
épanouissement » (25).
Malgré ces quelques voix dissonantes, c'est bien l'engagement de
ces femmes et la reconnaissance de cet engagement par leur mari, qui
sont portés à cette époque par tout le secteur. Le stage de Jambville,
auquel nous faisions allusion dans le préambule, qui se déroule dix
ans plus tard continue à prôner ce désintéressement « naturel :»
«La femme de l'éducateur est inspiratrice, a un rôle de
soutien, elle est neutre vis-à-vis des enfants, elle est "hors du
coup", elle est bienveillante, elle est objective (.) Les fonctions
de la femme non éducatrice dans un établissement devraient être
plus honorées, respectées (.) Au départ, le métier n'étaitpas
conçu pour la femme sous la forme "salariat" avec un aspect
"métier", mais sous la forme "vocationnelle" et "gra-
tuite »(26).

Cette image se trouve de fait opposée à celle de l'éducatrice qui


est professionnelle mais n'en est pas reconnue pour autant :
« Les éducatrices se trouvent lésées car on ne leur donne
pas suffisamment l'occasion de remplir le rôle de "mère" (.).
L'éducateur voit souvent le rôle de l'éducatrice en tant que
technicienne, au détriment de son rôle fondamental »(27).
Valait-il donc mieux à l'époque être femme d'éducateur qu'édu-
catrice ?

3. Mais où sont passées les éducatrices ?


Cette question se pose avec acuité si l'on regarde les effectifs des
premières écoles d'éducateurs. Un numéro spécial de la revue Sauve-
garde de l'enfance, daté de 1952, révèle ainsi - outre l'existence d'éco-
les uniquement pour éducatrices (comme le groupe des huit écoles de
l'AMCE, Assistantes et monitrices catholiques de l'enfance, du Cha-
noine Barthélémy) -, que les élèves femmes sont non seulement aussi
nombreuses que les élèves hommes, mais souvent même majoritaires
dans les promotions.
L'école du Docteur Kohler à Lyon dénombre ainsi dans sa pre-
;
mière session complète, en 1943-1944, 20 filles pour 7 garçons dans
la session suivante de 1944-1945, 15 filles pour un seul garçon et dans
la session de 1945-1946, 16 filles pour 2 garçons. L'école de Mont-
pellier a, quant à elle, 168 filles pour 46 garçons entre 1946 et 1953.
L'école de Toulouse signale pour sa part avoir eu 7 candidates sur 15
en 1946-1950, 8 sur 13 en 1950-1951 et 13 sur 21 en 1951-1952 (28).
Or, sur le terrain, cette très forte proportion d'éducatrices formées

? ?
dans les écoles n'apparaît pas ou n'a pas de visibilité. Pourquoi Que
sont-elles devenues Si les données statistiques et sociologiques ac-
tuellement disponibles ne nous permettent pas de répondre avec pré-
cision à ces questions, plusieurs éléments peuvent cependant être avan-
cés.
Dans certaines écoles, une partie des élèves éducatrices sont des
sœurs. L'école de formation psycho-pédagogique de l'Institut catholi-
que de Paris a été ainsi créée, en 1946, après avoir obtenu l'accord
explicite des supérieures des établissements tenus par des congréga-
tions religieuses, quant à la formation de leur personnel. Il en va de
même pour l'école de cadres de l'Institut de pédagogie des facultés
catholiques de Lyon qui déclare en 1952 :

«La majorité des élèves diplômées étant jusqu'ici des reli-


gieuses, nous n'avons pas eu de problème de placement pour
»
elles (29).
En effet, le devenir de ces élèves à la sortie de l'école ne se pose
pas: envoyées par leur supérieure pour se former, elles vont ou re-
tournent travailler dans les nombreux établissements congréganistes.
Ces établissements, comme les Refuges et les Bons Pasteurs, ont une
longue histoire dans la prise en charge et la rééducation des filles et
occupent une position de poids dans le secteur (30).
Une autre partie de ces élèves éducatrices sont laïques et céliba-
taires. On les retrouve, elles aussi, de plus en plus nombreuses dans
les établissements
pour filles. Elles sont soit auxiliaires ou même sup-
pléantes des sœurs, soit à la tête des quelques établissements laïques
de ce type. Petit à petit, elles occupent aussi des postes dans les éta-
blissements pour garçons. Elles y ont tout d'abord un créneau parti-
;
culier, celui des garçons de moins de 15 ans puis, au cours des années,
elles s'intègrent dans les différentes équipes.
Cependant, leur recrutement ne semble pas avoir tenu de l'évi-
dence ainsi que le pointe le service de placement de Henri Joubrel,
dans son rapport d'activités de 1954 :

« En accord avec l'ANEJI, il a été recommandé aux direc-


à
teurs d'écoles de formation de veiller prendreplus de candidats
masculins que de postulantes éducatrices, le placement de cel-
les-ci étantplus difficile et le nombre d'éducateurs formés étant
»
nettement insuffisant (31).

:
Ce constat avait déjà été proclamé de façon plus provocatrice, par
Brigitte Haardt

Quand le manque de personnel éducatif devient une véri-


«
table "panne", que le directeur et les éducateurs en place en
sont à "se crever" en faisant chacun le travail de deux hommes,
et quand au même moment il y a pénurie de candidats valables
et célibataires, nous proposons un éducateur marié, ou une édu-
»
catrice s'il s'agit de garçons de moins de 15 ans (32).
Une dernière partie des élèves éducatrices se marient pendant ou
après leur formation. Le problème alors se complique. Qu'elles aient
épousé ou non un éducateur, il semble qu'elles «effacent » leur di-
plôme et leur formation pour se consacrer à leur foyer ou à d'autres
taches dans l'établissement (lingères, économes, infirmières.). Durant
les journées d'études d'Angers,
nous avions ainsi découvert - non sans
surprise et au détour d'une conversation qu'un certain nombre de
femmes -
que nous avions cataloguées - sans protestation de leur part
- comme femmes d'éducateurs, étaient en fait diplômées et avaient
Parfois même exercé avant leur mariage (comme assistante sociale,
educatrice ou autres).
Nos archives donnent peu de chiffres, les données sont très dis-
persées et sommaires. Peut-être sera-t-il possible de récolter plus tard
dautres statistiques permettant des analyses quantitatives sérieu-
ses (33) (sur les effectifs des écoles, le nombres d'éducateurs en fonc-
tion, leur permanence dans un poste et leur profil sociologique) ainsi
que des études sur les services parallèles qui existent dans les hôpitaux,
les jardins d'enfants. Les deux seuls exemples, l'un de 1950, l'autre
de 1952, que nous proposons ne font que souligner ce manque.

L'ANEJI lance à partir de 1948 une étude statistique sur le corps


des éducateurs. Malheureusement, le seul dépouillement dont nous dis-
posons est celui effectué en janvier 1950 et il ne porte que sur 142 ré-
miliales des éducateurs et des éducatrices :
ponses au questionnaire. Il pointe le décalage dans les situations fa-
89 fiches proviennent

; :
d'éducateurs, dont 43 célibataires, 13 mariés sans enfants et 26 mariés
avec enfants 53 fiches sont remplies par des éducatrices 38 céliba-
taires, 9 mariées sans enfants, 6 mariées avec enfants (34).

En 1952, l'école de Lyon (35) dresse, pour sa part, un tableau sur


les effectifs du centre par promotions d'élèves de 1943 à 1952, com-
portant quatre colonnes où figurent les élèves admis, les diplômés, les
»
éducateurs et les « mariés n'ayant pas continué (hommes et femmes
indistinctement). Or, comme nous l'avons vu, les femmes sont durant
cette période très largement majoritaires. En 1945-1946, la colonne
»
des « mariés n'ayant pas continué est beaucoup plus importante que
celle des éducateurs en fonction. (rappelons-nous qu'il y avait 16 fil-
les pour 2 garçons). Les années suivantes cependant, les proportions
sont moins parlantes, ce qui nous conduit à la prudence face à des
représentations par trop caricaturales.

!
Faut-il que les éducatrices aient été discrètes, pour qu'on les re-
marque si peu à la sortie des écoles A moins qu'elles n'aient choisies
d'autres investissements.

4. Des accords pour tous mais une commission féminine

;
En 1957, l'ANEJI fête son dixième anniversaire c'est l'occasion
pour elle de rappeler dans une petite brochure en annexe au numéro
de Liaisons d'octobre 1957, son histoire et ses activités. Elle prend la
peine de préciser que derrière le nom générique d'Association natio-
nale des éducateurs de jeunes inadaptés, elle est bien au service des
éducateurs et des éducatrices, définis comme «des hommes et des
femmes de qualité ».

A la fin de la brochure, dans la rubrique « renseignements prati-

:
ques », il est de plus spécifié que l'association a deux services de
;
placement distincts un pour les éducatrices, au 3, rue de Stockholm
à Paris dans le 8e arrondissement un autre pour les éducateurs, au 66,
rue de la Chaussée d'Antin (36) à Paris dans le ge arrondissement.
A cette même période, l'association est sur le point d'aboutir à la
mise au point d'accords collectifs de travail (37) qui, pour la première
fois, définissent de façon précise les conditions d'engagement, les trai-
tements, les congés. Ces accords sont le résultat d'une longue négo-
ciation, entamée depuis 1954, et sont signés le 16 mars 1958. Ils sont
élaborés au nom de tous,
sans faire de distinction de sexe ni de fonc-
tion. Ce n'est que dans les allocutions,
au moment de la signature, que
le professeur Lafon rappelle
que ces accords sont destinés aussi bien
aux jeunes gens qu'aux jeunes filles.
Or, si ces accords sont vécus comme une victoire dans la conquête
du statut d'éducateur, ils marquent aussi la fin d'un consensus sur ce
même statut et amorcent une série de revendications. Dans les mois

de sa structure elle ;
qui suivent la signature, l'ANEJI s'engage dans une profonde réforme
se démultiplie en commissions, groupes de travail
:
et sections, qui correspondent aux cas de figure peu ou pas traités dans
les accords les directeurs, les éducateurs techniques, les éducateurs
scolaires, les moniteurs éducateurs et même. les femmes.
L'ordre du jour de la réunion du conseil d'administration de
l'ANEJI d'octobre 1958 en est une bonne illustration. Voici comment
:
,
il est rédigé

- Réforme des statuts et assemblée extraordinaire


- Situation des délégations régionales
- Avant
Situation des sections spécialisées
projetd'accords de travail pour les éducateurs techni-
ques
-
et.
- Problèmesféminins(38).

Dès le mois de juin 1959, un groupe d'étude sur les problèmes


féminins
, est confié à Mlle Simone Barilleau, éducatrice à Charenton,
a laquelle se joignent dix autres éducatrices (leurs noms ne sont pas
mentionnés). Ce groupe propose à Jacques Guyomarc'h, à l'époque
secrétaire général de l'ANEJI, les premiers résultats de ses réflexions
sous la forme d'une circulaire, qui entend redonner une parole fémi-
:
nine

«Le silence des éducatrices plane, presque constant, lourd


à la longue. Quoi, n'ont-elles pas de problèmes, de questions à
?
poser, tout va-t-il paisiblement pour elles Pourtant, de nom-
breux échos transmettent des griefs, des incertitudes, des deman-
des d'études de problèmes généraux féminins, auxquels des as-
semblées, masculines en majorité, n'ont pas pensé. »
Le questionnaire qui accompagne cette circulaire, adressé à
230 éducatrices spécialisées de la région parisienne s'interroge
sur le
rôle et la place des femmes dans la profession et en particulier sur leur
participation dans les instances et les associations professionnelles du
secteur :
« Envisagez-vous de rester longtemps dans la profession ?
* avec la même fonction
* en vous spécialisant autrement (.)

*
Estimez-vous qu'il existe des problèmes propres
aux éducatrices en temps que femmes
:
* aux éducatrices s'occupant defilles (.)
*
Faites-vous partie d'une association d'ordre professionnel
ANEJI
:
* Syndicat
* »
Association d'anciens élèves (39).
Nous n'avons pas encore trouvé dans les archives les réponses
individuelles à ce questionnaire. Mais dans nos investigations nous
sommes tombés sur une lettre signée d'Henri Joubrel adressée à ce
groupe d'études. Dans cette lettre, au ton un brin caustique selon son
habitude, il évalue la pertinence d'un travail sur les « problèmes fé-
minins ». S'il exprime une certaine sympathie, il entend bien marquer
les limites d'une action de cet ordre au sein de l'ANEJI :

« Je vous remercie du texte de votre circulaire et de votre


questionnaire qui me paraissent très satisfaisants dansl'ensem-
ble. Toutefois, je ne pense pas que l'on puisse envisager une
"section" d'éducatrices, mais seulement une commission ou un
groupe de travail permanent. Puisque vous me demandez mon
avis, je me permets de vous signaler deux fautes [d'orthogra-
phe !!] »(40).
Une commission féminine se met effectivement en place et entre-
prend un travail de réflexion et d'enquête « afin de conduire les édu-
catrices à prendre une meilleure conscience de leurs responsabilités
communes et à sortir de leur excessive réserve ». Le questionnaire qui

; :
avait été distribué aux 230 éducatrices revient avec seulement 40 ré-
ponses elles sont ainsi commentées
«L'action
:
souhaitable des éducatrices auprès de garçons
adolescents ne se réalise pas sans difficulté éducatrices céliba-
taires, éducatrices mariées, statut particulier qu'elles peuvent
souhaiter, ménages d'éducateurs, travail à temps partiel, colla-
boration à des actions d'accueil ou de suite au-delà des inter-
nats, condition d'un meilleur équilibre.
Il est essentiel d'une part que les éducatrices aient le souci
de mieux définir, grâce à leur commune recherche, leurs propres
problèmespour en faire connaître les éléments à leurs collègues
éducateurs et à la profession tout entière, d'autre part que les
éducateurs prennent conscience que la résolution de ces problè-
mes est impossible sans leur compréhension etparfoisleuractive
»
collaboration (41).
Cette commission laisse ensuite peu de traces de ses travaux, si
1on
,
se fie tout du moins aux archives auxquelles nous avons eu accès.
L'ANEJI s'est ouverte aux femmes, mais ce fut bien timidement.
La première présidente été nommée
a en 1986, ce fut aussi la dernière,
l'association s'étant dissoute quelques années plus tard (en 1993) !
Serait-ce dû à la nature même de la femme ainsi que le suggère
Simone Noailles (42) ?

« Je pense qu'une directrice doit être consciente des diffi-


cultés propres à sa nature féminine dans un rôle de direction,
mais aussi des facilités qui en sont la contrepartie. Elle peut
ainsi réaliser un équilibre harmonieux et rester trèsféminine en
assumant ce rôle à sa façon, très différente d'un homme, mais
très valable. Une des difficultés de cet équilibre est de savoir
jouer alternativement un rôle spécifiquementféminin qui met en
jeu la sensibilité et la compréhension dans les contacts avec les
jeunes, et un rôle d'autorité et d'action nécessaire à quiconque
porte une responsabilité (43). »
Au-delà de cette pointe d'humour, cette question doit être sérieu-
sement traitée. Quelle est en effet la proportion des femmes et quelle
place ont-elles prise dans les conseils d'administration, les Sauvegar-
des, les syndicats, parmi les cadres des écoles, à la tête des établisse-
ments ?
De manière plus générale, le sujet effleuré dans cet article mérite
d'être
,,, approfondi. Nous devons constater que, malgré le préjugé énoncé
dans le préambule, la profession d'éducateur même à ses débuts
ne peut se décliner uniquement au masculin.-Quels que soient leur
-
statut, leur fonction, leur engagement, leur vie privée, leur responsa-
bilité professionnelle, les femmes sont là.

NOTES
(1) Le Conservatoire national des archives et de l'histoire de l'éducation spécialisée,
creéenmai1994.
(2) Ces stages étaient organisés une fois par an par les Scouts de France. Voir à ce

1 INJEP,n°21,1995.
:
Propos Mathias GARDET, Françoise TÊTARD (sous la direction de), Le scoutisme et la
rféducation dans l'immédiat après-guerre lune de miel
sans lendemain ?, Document de
(3) Le Centre d'archives de la Protection de l'enfance et de l'adolescence a été créé
par le CNAHES au sein de la bibliothèque universitaire d'Angers (5, rue Le Nôtre, 49045
Angers Cedex), par convention avec l'Université de Belle-Beille et avec le soutien des
Archives départementales de Maine-et-Loire.
(4) Au sens qui n'est pas un religieux.
(5) Mathias GARDET, «Les affaires»,Informations sociales, n°53, 1996,
p.115-120.
1996, a été retranscrit en partie dans «Jacques Mazé
Empan, n° 25, mars 1997.
:
(6) Ce témoignage recueilli par Mathias GARDET les 20, 21, 22 et 25 novembre
portrait d'un homme à l'affût »,
(7) Voir Michel DELMAS, Mathias GARDET, Pierre LALIRE et Françoise TÉ-
TARD, Rencontres régionales de Dijon, 8 et 9octobre 1993, CNAHES, 1994 (document
de travail). Voir aussi Les origines de l'éducation spécialisée en Côte d'Or, CNAHES/
ACODEGE/CREAI-Bourgogne/IRTESS,Dijon, 1997.
«
(8) Marguerite LALIRE, Profession femme », dans Mathias GARDET, Vincent
PEYRE, Françoise TETARD (textes choisis par), Elles ont épousé l'éducation spécialisée,
Paris, L'Harmattan, à paraître à l'automne 1998.
(9) L'Association nationale des éducateurs de jeunes inadaptés a été créée en 1947,
entre autres par Henri Joubrel, pour défendre et promouvoir ce nouveau métier d'éducateurs.
(10) René Meyer a été directeur de la Sauvegarde de l'enfance et de l'adolescence
de Seine-et-Marne.
(11) Fonds J. Guyomarc'h, CAPEA,boîte n° 149.
(12) Ce service dénommé « Service de sauvegarde de l'enfance
- et de 1adolescence»
se limitait en fait au bureau de Henri Joubrel, installé dans les locaux des Éclaireurs de
France, avec l'aide d'une ou deux secrétaires selon les époques.
(13) Fonds AIEJI/Dupied, CAPEA, 3C50.
(14) Bulletin intérieur de l'ANEJI, trimestriel qui démarre en 1952.
(15) Il était à l'époque directeur du centre dobservation de La Prevalaye, près de
Rennes, secrétaire général de la Fédération bretonne de Sauvegarde de l'enfance et de
l'adolescence, secrétaire général de l'ANEJI.
(16) Chantal DUBOSCQ, « Les carnets de Juliette Guyomarc'h (1944-1945) », Elles
ont épousé l'éducation spécialisée, op. cit.
(17) Témoignage d'Yvette Bertrand cité par Françoise Tétard dans l'épilogue du livre
de Paul Bertrand, Itinéraire d'un éducateur de la première génération, Paris, éd. Erès,
1995, p. 174.
(18) Madeleine Pierron, était la femme de Jean Pierron, directeur du centre d'obser-
vation de Poitiers et un des fondateurs de Liaisons.
(19) Liaisons, n° 1, décembre 1951, CAPEA, IPER.

(21) Geneviève GIRARD-BUTTOZ,


cation spécialisée, op. cit.
«
(20) Lettre de Yvette Bertrand du 12 août 1996 en préparation des journées d'Angers.
A deux pour le dire », Elles ont épousé l'édu-

(22) Denise EHRHARD, « Une certaine conception du partage », Elles ont épousé
l'éducation spécialisée, op. cit.
(23) Liaisons, n°7,juillet 1953, p. 23, CAPEA, IPER.
(24) Brigitte Haardt n'était pas éducatrice, mais une des secrétaires de Henri Joubrel,
rue de la Chaussée d'Antin.
?
(25) Brigitte HAARDT, «La femme au foyer Réflexions féminines », Liaisons,
n° 4, octobre 1952.
(26) Compte rendu de la réunion préparatoire tenue à Jambville les 31 août, 1er et
2 septembre1963.
(27)Ibid.
(28) Ces chiffres sont directement tirés de Sauvegarde de l'enfance, n° 8-10, oct.-déc.
1952, p. 650, CAPEA, 6PER.
(29) Sauvegarde de l'enfance, n° 8-10, oct.-déc. 1952, p. 650, CAPEA, 6PER.
(30) Henri GAILLAC, « La rééducation des filles au xixc », Les Maisons de correc-
tion, éd. Cujas, 1991.
(31) Fonds ANEJI, CAPEA, 3C51.

;
(32) Liaisons, n°7,juillet 1953, p. 13, CAPEA, 1PER.
(33) Alain VILBROD a ouvert la voie voir « Femmes en chiffres
épousé l'éducation spécialisée, op. cit.
- .-- -.. ont
», dans Elles

(34) Archives Guyomarc'h, CAPEA, boîte n° 3.


(35) Dr. GUYOTAT, «Lyon, réalisations pour la formation des éducateurs », Sau-
vegarde de l'enfance, n° 8-10, doc. cit.
(36) Nous y avons déià fait allusion.
(37) Ily a eu à ce sujet des journées organisées par le CNAHES, les 19 et 20 janvier
1996,
1 intitulées « les accords collectifs de travail ARSEA-ANEJI du 16 mars 1958 ».
(38) Archives Guyomarc'h, CAPEA, boîte n° 6.
(39) Fonds J. Guyomarc'h, CAPEA, boîte n° 3.
(40) Lettre du 4 juin 1959, Fonds Jacques Guyomarc'h, CAPEA, boîte n° 3.
(41) Marie ROUSSEAU, «Le rôle et la place des éducatrices dans la profession »,
Liaisons, n°34, avril1960, CAPEA, IPER.
(42) Simone Noailles, éducatrice, directrice de l'Association Rénovation à Bordeaux,
vice-présidente de l'ANEJI, mais aussi élue municipale et départementale.
(43) Simone NOAILLES, «Les facilités et les difficultés de la femme dans les fonc-
tions de direction Liaisons, n°38, avril 1961, CAPEA, 1PER.
»,
métier d'éducatrice:
Le
quelques caractéristiques
socio-démographiques
d'une composante féminine
bien représentée
Alain Vilbrod
Maître de conférences
Université de Bretagne occidentale, Brest

Faire le point des connaissances socio-démographiques sur les


femmes éducateurs, voire sur les femmes d'éducateurs, n'est pas si
aisé puisque les sources mêmes sur lesquelles il est possible de se baser
sont rares et, qui plus est, dispersées. Contrairement, par exemple, aux
assistantes de service social, se voient ici conjuguées à la fois une
grande variété de types d'employeurs et de types d'exercice, une re-

;
lative fréquence des postes à temps partiel et avant cela des définitions
mêmes des profils qui varient beaucoup selon les types d'emploi tout
cela sans que, pour l'heure j'ai cru voir passer des projets en ce sens
- Cohésion sociale il y ait par exemple
dans la loi suspendue sur la
-
une immatriculation préfectorale ou autres listes d'habilitation. Faut-il
s'étonner alors que dans quasiment toutes les études émanant de l'ac-
tuel ministère du Travail et des Affaires sociales, comme dans celles
de ses prédécesseurs en charge à
ce titre des recensions des profes-
sionnels du travail social, soit placé bien en vue un encart comme
-
un avertissement au lecteur glissant que les informations statistiques
présentées méritent un peu -de circonspection tant les données dispo-
nibles sont fragmentaires.

Je sollicite cette même indulgence, notamment parce que les sour-


ces qui sont les miennes seront, ici et là, elles aussi parcellaires et
contingentes dès lors, notamment, que je me risquerai en dehors des
sentiers battus de fait très peu nombreux pour l'heure sur le plan
-
démographique (1). -
:
Précision d'importance contre la tentation toujours vaine de tout
dire, j'ai choisi de focaliser
mon attention sur les éducatrices spécia-
lisées et sur leurs conjoints. Il est toujours possible de débattre ensuite
des écarts d'avec les monitrices-éducatrices, les assistantes de service
sociale ou les éducatrices de la Protection judiciaire de la jeunesse
mais cependant l'échange risque de tourner court tant, là encore, les
velléités de comparaison se heurtent à des informations statistiques
parcellaires sinon sujettes à caution.
Soulignons avant toute chose que les éducatrices spécialisées sont
assurément les plus nombreuses parmi les travailleurs sociaux
puisqu'on peut estimer qu'elles sont environ 32000 aujourd'hui en
exercice.
Je serai amené, dans le propos qui va suivre, à rapporter d'abord
la montée en puissance du corps professionnel. La progression, assez
lente jusqu'à la fin des années 60, verra ensuite une littérale envolée,
et ce jusqu'en 1976-1977. Depuis le début des années 80, on assiste à
un accroissement ralenti mais régulier, en écho à un nombre de pro-
fessionnels formés par an qui demeure quasi inchangé depuis 20 ans
maintenant. J'enfoncerai alors un ou deux coins à l'encontre d'idées
reçues, sur le fort taux de départ de la profession ou sur les tendances,
au fil des années 70, à une masculinisation du métier. L'Abbé Plaque-
vent, directeur, à Toulouse, d'une des premières écoles d'éducateurs,
était un pionnier devant l'Éternel. A sa première session de formation,
en 1942, étaient inscrits 28 femmes et 11 hommes. Toutes proportions
gardées, c'est l'exact reflet du sex-ratio des unes et des autres qui
obtiennent leur diplôme aujourd'hui (2).
On connaît assez bien, depuis environ 35 ans, le nombre d'hom-
mes et de femmes qui au total sont entrés dans le métier. On connaît
bien moins, aujourd'hui comme hier, ceux et celles qui l'exercent ef-
fectivement à une date donnée. Je présenterai les chiffres connus, ques-
tion aussi de rappeler que les hommes tendent à accéder, toute chose
égale par ailleurs, cinq fois plus aux postes de cadres que leurs homo-
logues féminins.

?
Qui sont ces femmes qui embrassent la carrière

d'Épinal,
,
:
Ici je risquerai simplement deux observations contre les images
je soulignerai que les femmes issues des catégories aisées
:
ont toujours été très minoritaires, que celles issues des catégories po-
pulaires également. Il faudrait s'entendre sur le terme les filles d'ou-
vriers non-qualifiés, de manœuvres, sont quasi-absentes et l'on observe
mais ce n'est pas un fait nouveau - un recentrement autour des
-classes
moyennes. Les femmes, ceci précisé, ont toujours été d'un
milieu un peu plus aisé et un peu plus traditionnel que les hommes.
Au fil des décennies passées, on entrait en formation assez jeune
et, contrairement à certaines idées reçues, on devient aujourd'hui édu-
catrice de plus en plus tard. Attention à la mémoire trompeuse de toutes
celles et de tous ceux qui voient arriver sur les terrains de l'éducation
spécialisée des garçons et des filles bien jeunes. Ils et elles le sont
moins qu'avant et le basculement, si l'on peut parler ainsi, se situe
dans les années 1980-1985.

Femmes d'éducateurs, hommes d'éducatrices accessoirement.


Nous verrons que les flèches enflammées de Cupidon sont régies par
de bien curieuses directions. Pour le dire :
sous forme de boutade bien
méritoire est l'éducateur qui échappe à une éducatrice. L'inverse n'est
Pas vrai puisqu'elles sont plus nombreuses. Pour expliquer une large

-femme:
Part de l'arrivée des hommes dans le métier, j'ai coutume de suggérer
là encore avec un peu d'humour derrière l'homme, cherchez la
sa mère, son épouse,
sens de cette dernière remarque.
-
voire sa sœur. je préciserai un peu le

1. Montée en puissance du corps professionnel des di-


plômées
: :
Premier point, première halte donc l'évolution démographique,
ayec, en filigrane, la répartition hommes/femmes le sex-ratio. Ici nous
disposons de deux types de données, de très inégale fiabilité. Nous
connaissons avec une relative précision ce que l'on nomme « l'effort
de formation à savoir le nombre total de diplômes délivrés chaque
»,
année, hommes et femmes confondus, même si les chiffres portant sur
les années 60 peuvent souffrir de quelques approximations (3). Nous
connaissons déjà moins en détail le rapport hommes/femmes dans la
mesure où il faudra attendre le milieu des années 70 pour que le mi-
nistère de tutelle veille vraiment
au grain pour collecter les informa-
tions auprès d'écoles pour lesquelles la tenue de statistiques n'est pas
très loin s'en faut le souci premier. Bon an, mal an, cependant on
-
connaît le sex-ratio. Par contre, pour ce qui concerne les professionnels
en activité, il faut reconnaître que c'est plutôt le flou. Cela tient bien
entendu à une reconnaissance d'abord balbutiante des diplômes, à des
« faisant fonction»» en très grand nombre au cours des années 60 et
70, à des assimilés qui,
« pour une part, bénéficieront bientôt d'ac-
tions d'adaptation et aussi je l'ai souligné à exercice atomisé
- - un
dans une kyrielle d'institutions et de services approximativement coor-
donnés. On ne peut alors
que risquer quelques grands repérages en
signalant d'ailleurs qu'aujourd'hui
encore les connaissances sur ce
Point sont bien lacunaires.
Évoquons d'abord les écoles, et
font-elles
aux hommes et aux femmes
en
? amont, les sélections. Que
La cause est entendue, dans
quelques centres de formation c'était au départ affaire exclusive de
femmes, la mixité n'existait pas. Elles étaient finalement peu nom-
breuses et on ne peut même pas avancer que cela correspond par exem-
ple à une toute première phase généralisée. Dès les années 40 - pen-
sons aux indications d'Henri Joubrel - les idéaux plutôt du genre
masculin ont la part belle et les centres de formation accueillent filles
et garçons. Les quelques travaux de référence sur les processus de
sélection au cours des années 50-60 - je pense notamment à la thèse
d'André Guiot (4) - tendent à démontrer que les raisons du cœur at-
tendues des unes se voient contrebalancées par les corps recherchés
bien campés des autres qui sauront tenir leur groupe, insuffler une
présence virile et se donner en modèle par leurs aptitudes physiques
sinon leur carrure.
J'ai pu accéder, il y a quelques années, à un important lot de notes
manuscrites - et à usage interne bien sûr - que les jurys de sélection
avaient rédigées après entretiens avec des candidats. Par l'analyse de
leur contenu j'ai relevé des visions polaires féminines et masculines
bien tranchées et ce jusque dans les écrits des années 80. Il semble
toutefois que l'on tend à suspecter un peu plus les hommes d'être de
ces potentiels contaminateurs de promotion par le mauvais esprit qu'ils
»
seraient susceptibles de répandre ou par « l'appel du gosse qu'ils
n'auraient pas vraiment entendu. A l'heure où il faut séparer le bon
grain de l'ivraie, on fait confiance, on missionne quelquefois expres-
sément le psychologue, voire le psychiatre, pour aller y voir de plus
près encore dans leurs motivations tout au long de ces sélections qui
peuvent se dérouler sur plusieurs journées. Dans le même temps on
les avantage quelque peu, ces hommes plutôt rares. Les femmes ont
donc un peu plus de peine à franchir le cap. Quelquefois - cela existe
semble-t-il encore dans un ou deux centres de formation en France -
on retient par exemple les deux cents premiers dossiers de filles et de
garçons. Aux unes de faire très vite puiqu'elles sont largement plus
nombreuses parmi les candidats, aux autres un peu plus de marge.
Dans les faits, on euphémise plutôt le critère de genre, par exemple en

:
faisant jouer l'âge, prétendu révélateur de maturité, ou l'expérience
préalable deux bonnes façons d'avantager les hommes puisqu'ils sont
en moyenne plus âgés de 2 à 3 années (24 ans et demi contre 22 ans
et demi) à l'entrée en formation, et cela compte dans un écart à la
moyenne assez faible, plus faible qu'il y a 15 ou 20 ans. Ces hommes
ont certes eu des parcours scolaires plus heurtés et sont moins diplô-
més, mais leurs cursus sont plus fréquemment jalonnés de stages, de
remplacements opportuns en institution, etc.
-
*

1961

1981
1981
Tableau 1

1962
1963
1964
1965
1966
1967
- 1968
- 1969
180
170
165
210
360
480
760
727
630

Tableau II

1979
1980

1982
1983
1984
1985
-1986
-1987
F.
61,6
61,8
61,4
59,9
57,3
59,1
58,5
59
59,7
1970
1971
1972
1973
1974
1975
1976
1977
1978

-
1120
1150
1390
1680
2050
2350
2587
2404

H.
38,4
38,2
38,6
40,1
42,7
40,9
41,5
41

40,3
,
860 1979
1980
1981
1982
1983
1984
1985
1986
1987

1988
1989
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
2705
2343
2210
2170
2227
2351
2286
2365
2317

67,1
70,3
69,2
70,6

Le tableau 1 porte hommes et femmes confondus sur les di-


F.
63,6
62,4
61,3
65,2
67,7
1988
1989
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996

plômes délivrés. Il s'agit des seuls chiffres disponibles. Peut-être que


Pour les années 60 il conviendrait de partir de plus haut, même si le
total des années 1960-1969 renvoie bien à des données officielles. A
Partir de 1967-1968 les sources sont fiables.

Le tableau II porte sur le sex-ratio, avec les mêmes réserves sus-


ceptibles de courir jusqu'aux années 70. Une proportion revient tou-
-
2237
2102
2124
2210
2239
2148
2270
2 142

2384

H.
36,4
37,6
38,7
34,8
32,3
32,9
29,7
30,8
29,4

jours, de l'étude de Thibault Lambert pour le compte du CTNERHI (5)


a l'enquête de l'AGEFI 3S,
en 1979, en passant par des études plus
parcellaires. La proportion de femmes est de 62 en moyenne, avec
des écarts régionaux limités à 7 au maximum. Quand des chiffres
très précis sont connus, à partir de 1979-1980, on est à ce même taux
61,6 exactement en 1980. S'amorce alors un léger creux qui a fait
:
dire à Francine Muel-Dreyfus (6) que le métier allait se masculiniser.
De fait, elle fonde une large part du raisonnement qui court sur bien
des pages de son ouvrage, Le métier d'éducateur, sur ce qui n'apparaît,
avec le recul, n'avoir été qu'un épiphénomène. Elle pointe à raison
qu'il s'agit d'hommes, au profil assez neuf, pour qui le métier devient
acceptable au prix d'un travail de représentation opposant ordre et
désordre, avenir bouché et postes à inventer dès lors qu'ils ont obtenu
le baccalauréat, ce qui n'était pas rien compte tenu de leurs origines
sociales. Tout cela est judicieux mais ne fait pas le compte d'hommes.
On passe certes un peu au-dessous des 60 de taux de féminisation
mais cela ne va pas durer plus de 2 ou 3 ans.

chie entre 1990 et 1992. A la clé il y a une raison toute simple :


Une étape supplémentaire dans la féminisation du métier sera fran-

l'obligation du baccalauréat à l'heure où encore et toujours les hommes


sont moins diplômés. On lira quasi immédiatement le transfert de leurs
candidatures vers la formation de moniteurs-éducateurs, ouvertes au
non-bacheliers, et la moindre féminisation, par voie de conséquence,
de ce métier fort proche mais cependant encore plus marqué au coin

:
par la présence des femmes. Je glisserai volontiers encore une remar-
que sur ce premier thème On n'observe pas plus de 5 à 7 d'aban-
don en cours de formation et le taux de réussite au Diplôme d'Etat

10 ans, il n'y a pas eu 1


et pas plus de 3
:
d'éducateur spécialisé (DEES) est extraordinairement stable. Depuis
5
d'écart chez les filles (89,6 à 90, %)
chez les garçons (86, 3 à 89,5 %). De plus,
puisque l'on peut se représenter encore deux fois en cas d'échec, le
taux de réussite au final est d'environ 95 à 96 avec encore un
léger avantage pour les éducatrices.
Pour ce qui concerne les professionnels en exercice, les choses se
compliquent tant les études même régionales manquent et la catégorie
de l'INSEE la plus fine n'est pas d'un grand secours puisqu'elle agrège
allègrement des métiers différents. Jacques Ion (7) cite le chiffre total
de 4 500 professionnels en activité en 1970 puis celui de 16700 en
1974. Entre les deux dates, on peut mesurer l'effort de formation et
cela ne fait pas du tout le bon compte. Assurément, il y a eu au départ
une sous-estimation importante du nombre d'hommes et de femmes
en poste.

Que sait-on des femmes qui exercent le métier ?


Les études laissent apparaître une représentation de 65 à 68
environ bien que les hommes quittent moins le métier, de l'ordre de
1,5 par an contre 2,5 chez les femmes. Ce sont des ordres de
grandeur, rien de plus, puisqu'on peut partir et revenir, avoir des em-
ployeurs multiples, mal répertoriés, etc. Signalons encore que les étu-
des indiquant des taux de féminisation moindre semblent souvent ba-

connu:
sées sur des investigations quantitatives souffrant d'un biais bien
les hommes répondent plus que les femmes, dans ce secteur,
aux enquêtes par questionnaire. Les hommes accèdent aussi plus vite
et, en proportion, sont plus nombreux aux postes de chefs de service
et de directeurs. Faut-il rappeler que longtemps les écoles éducateurs
ont été des antichambres pour des promotions très rapides à des postes
de direction. Il est malaisé de pousser plus avant le propos sur ce point
les connaissances statistiques c'était bien un constat de carence de
:
la MIRE quand elle lancé - ensemble d'équipes de chercheurs sur
a un
le terrain des métiers du social sont fragmentaires et assurément bien
-
Peu en phase avec le souci de planification des effectifs affiché en
haut-lieu.

Assez peu d'éléments sont donc avérés sur ce thème des femmes
en activité. On sait cependant qu'elles ne parviennent à décrocher un
contrat à durée indéterminée qu'après maintenant plus d'un an et demi
dans le métier, et ce à condition d'être géographiquement mobiles là
où les hommes, sauf cas d'espèce, s'insèrent 3 à 4 fois plus rapidement
et ne sont qu'assez peu touchés par la relative dégradation des condi-
tions d'insertion professionnelle. Ceci étant, la situation générale n'est
pas vraiment sombre par rapport à la plupart des autres secteurs pro-
fessionnels. La réversibilité contrat à durée indéterminée vers poste
précaire est, par exemple, rare. On n'en dira pas plus tant les études
de cohorte sont rares, tant les suivis par les centres de formation, plutôt
balbutiants. Seules quelques recherches, tel le modèle pourtant perti-
nent mis en œuvre par Anne Dussart (8) en Bourgogne, il y a une
dizaine d'années, sont solidement construites.

2. Profils sociaux des éducateurs et éducatrices


Évoquons maintenant les profils sociaux des
uns et des autres. Vu
de haut, ils se ressemblent. A regarder d'un
y peu plus près se dessinent
quelques écarts notables (9).
Les enfants d'agriculteurs sont désormais sur-représentés, compte
tenu de la très forte diminution du poids de ce secteur primaire à
1échelon hexagonal. Il s'agit alors un peu plus souvent de filles que
de fils. De la même manière, bien qu'aujourd'hui il y ait à peu près
Parité, les filles de commerçants ou d'artisans ont, par le passé, pesé
lourd. Si
peu à peu s'efface ce terreau de recrutement, on peut évoquer
des métiers acceptables
pour les enfants de l'ancienne petite bourgeoi-
sie, en déclin démographique,
que rassemblent ces professions indé-
:
pendantes. Une remarque alors, exception faite semble-t-il de l'Ile-de-
France les écoles, bien qu'implantées dans les grandes
agglomérations, ont plutôt attiré des filles d'origine rurale, ce qui ne
veut pas dire d'origine agricole (d'ailleurs aujourd'hui les agriculteurs
sont minoritaires en région rurale). On peut avancer, de ce point de
vue, que les éducatrices ressemblent aux infirmières et aux institutrices
issues de la campagne et des petits bourgs. A l'étude d'ailleurs on
retrouvera régulièrement ces professions chez les sœurs et belles-sœurs
de ces femmes tournées vers ce métier du travail social. Les enfants
de cadre - toujours minoritaires - ont cependant pesé dans la période
1945-1970 pour près du quart des éducatrices, contre au maximum le
sixième chez les hommes. Remarquons toutefois que les filles issues
de ce groupe professionnel appartiennent majoritairement à des famil-
les nouvellement apparues à de telles positions sociales. En effet la
bourgeoisie - plutôt provinciale donc a cessé assez tôt (vers 1965)
-
d'orienter ses filles vers le métier et n'a donc pas vraiment participé
par enfant interposé - à l'envolée des effectifs au cours des an-
-nées 70. Ce qui est alors marquant, c'est la montée de la représentation
des classes moyennes et la stabilité des femmes issues des catégories
ouvrières supérieures.

Soulignons enfin que, sur la période récente, on observe l'arrivée


de la seconde génération d'éducatrices dont les mères ont elles-mêmes
été, voire sont encore, fortement engagées dans les métiers sanitaires
et sociaux, quand elles ne sont pas - c'est de plus en plus fréquent -
:
éducatrices elles aussi. Rien d'extraordinaire en la matière tant se rap-
pelle dans leurs aspirations un habitus familial ce qui les attire, c'est
ce dans quoi elles ont baigné, avec des pères et des mères - des mères
surtout - femmes de cœur et d'engagement.

3. Les époux, les compagnons des éducatrices

Ici je l'ai rappelé en préambule depuis les avancées d'Alain


- -
Girard (10), de François de Singly, de Jean-Claude Kaufmann, et d'au-
tres encore, on sait bien que l'amour est une chose trop sérieuse pour
se conjuguer avec l'ineffable du coup de foudre qui se jouerait des
contraintes sociales. Le mariage, ou l'union libre qui pour le sociolo-
gue je pense aux travaux d'Alain Audirac (11) renvoie exactement
- -
aux mêmes logiques et aux mêmes résultats, le mariage engage non

ne choisit donc pas son compagnon ou sa compagne par hasard on :


seulement l'avenir du couple mais aussi celui des enfants à venir. On

cherche, on trouve, on recrute. Ainsi l'alchimie amoureuse transforme


en bons sentiments des intérêts bien compris et on oublie vite les stra-
tégies que l'on a déployées. On parlera alors d'homogamie sociale
pour rendre compte des rencontres opportunes entre hommes et fem-
mes issus des mêmes univers socioprofessionnels. Que dire ici pour
ce qui concerne les éducatrices voire les femmes d'éducateurs ?
D'abord, avec Michel Bozon, nous rappellerons que le destin so-
cial d'un groupe se lit aussi dans son destin matrimonial, mais ici sans
doute faut-il distinguer hommes et femmes. Les femmes qui entrent
en formation, contrairement à la majorité des hommes, n'ont pas en-
core choisi l'élu de leur cœur et de leur stratégie de positionnement
social. Les centres de formation, de ce point de vue, seront, stages
compris, des hauts lieux de recrutement.
Environ 10 des conjoints d'éducatrices sont ouvriers (ce n'est
Pas sûr qu'ils le restent toute leur carrière.), 13 sont employés.
Moins de 10 s'unissent à un cadre supérieur. On le pressent alors
elles se dirigent plutôt vers des hommes occupant les mêmes positions
:
intermédiaires. En leur sein plus d'une sur trois épouse un éducateur
spécialisé, une sur deux si l'on retient la catégorie INSEE 4332, « plus
petit dénominateur statistique commun » disponible. De ce point de
vue, on est donc en présence d'une homogamie professionnelle très
« »
forte, l'une des plus fortes à 4 chiffres aujourd'hui, plus forte que
celle des enseignants réputée pourtant assez exemplaire. Chez les hom-
mes, cette observation est encore plus notable. Près de 25 d'entre
eux sont mariés à une éducatrice spécialisée, 10 à une infirmière,
10 à une institutrice, 4.5 à une monitrice-éducatrice, 3 à une
assistante sociale, 3 à une aide-soignante, 3 aussi à une anima-
trice. En effectuant le total on peut avoir une idée de combien, pour
eux, « le bonheur est dans le champ du social ».

Conclusion
Deux remarques pour conclure. Les femmes, on le sait, sont ac-
tives pour inciter leur époux à quitter le rang et à progresser dans leur
carrière. Au besoin elles savent leur faire la leçon, et bien des hommes
qui entrent en formation après avoir déjà régulièrement pris pied, par
le biais de remplacements
par exemple, sur le terrain de l'éducation
spécialisée, viennent au métier par leurs compagnes. Il n'est donc pas
rare que les éducateurs qui dérogent ainsi à leurs premières formations,
à leur premier métier peut-être, et qui s'engagent dans le secteur de
l'éducation
spécialisée le fassent vivement encouragés par des épouses
déjà de plain-pied dans les secteurs de la santé et du travail social.

Le taux de célibat mais aussi de non-reprise d'une vie commune,


après une première union interrompue, est plus fort que la moyenne,
toute chose égale par ailleurs, chez les éducatrices. Elles diront qu'elles
ne veulent pas s'encombrer ou, très prosaïquement, qu'elles n'ont pas
trouvé ce qu'elles cherchaient. Le fait est que se rappelle sans doute
Ce que Claude Thélot (12) nomme la vocation sans voile desfemmes
«
»
exerçant un métier sanitaire ou social quand il relevait qu'entre
40-49 ans
une femme professeur sur sept et une infirmière sur quatre
vivent seules. D'après nos études et les données disponibles émanant
elles aussi d'enquêtes régionales, c'est le cas, dans cette tranche d'âge,
de près d'une éducatrice sur trois.
Il faudrait voir ce que sont devenues les maîtresses femmes du
bon Abbé Plaquevent. Peut-être retrouverions-nous une fois encore les
mêmes proportions de célibat.

NOTES
(1) Relevons les études fécondes du CEREQ, notamment celle de Florence DE-
FRESNE, Devenir professionnel des jeunes issus des formations aux professions sociales
en 1985, Paris, CEREQ, 1989.
(2) Cité par Michel CHAUVIÈRE, Enfance inadaptée, l'héritage de Vichy, Paris,
Éditions
, ouvrières, 1980, p.131.
(3) Signalons la publication annuelle de Service des statistiques, des études et des

:
systèmes d'information du ministère de tutelle qui publie tous les ans des séries de données
très précieuses dans la revue Documents statistiques. Derniers numéros en date n° 235,
1995, n" 268, 1996 et n° 291, 1997.
(4) André GUIOT, Les problématiques de la sélection des éducateurs spécialisés,
thèse, Université de Dijon, 1981.
(5) Thibault LAMBERT, Les éducateurs spécialisés. Etude démographique de leurs
origines sociologiques et de leurs devenirs professionnels, Paris, CTNERHI, 1981.
(6) Francine MUEL-DREYFUS, Le métierd'éducateur, Paris, Minuit, 1983.
(7) Jacques ION, Jean-Paul TRICART, Les travailleurs sociaux, Paris, La Décou-
verte, 1984.
(8) Anne DUSSART, Itinéraires professionnels et trajectoires sociales des éduca-
teurs, Mém. Maît., Paris, 1989.
(9) Alain VILBROD, Devenir éducateur, une affairedefamille, Paris, L'Harmattan,
1995.
(10) Alain GIRARD, Le choix du conjoint, Paris, INED, 1974.
(11) Pierre-Alain AUDIRAC, «Cohabitation: près d'un million de couples non-
mariés »in Économie et Statistique, n° 185, 1986.
(12) Claude THELOT, Telpère, telfils ?, Paris, Dunod, 1982.
Informations

ÉCONOMIE

Du 3 au 5 juin 1998
- :«
VIe Conférence européenne de l'Économie sociale organisée

Renseignements :
à Birmingham (G.B.) par UK Social Economy Forum sur le thème
millenium-new Economv ».
Conférence Secrétariat
don SW1H 9BL (Tél. + 44 171 222 1280).
New

-Il, Dartmouth Street - UK Lon-


Organisée tous les deux ans dans différents pays membres, cette conférence

:
devrait réunir cette année 800 participants européens, acteurs de l'économie
sociale coopératives, mutuelles, associations et fondations de l'Union eu-
ropéenne et également représentants de la Commission européenne et déci-
deurs politiques. On y étudiera le rôle de plus en plus important accordé
dans nos sociétés à l'économie sociale.

-
sociale sur le thème
? :
26 juin 1998 Journée organisée à Berne
par l'Association suisse de politique
«New Public Management, une perspective pour
l'Etat-providence
:-
».
Renseignements SVPS/ASPS Geschâftsstelle, c/o Lako Sozialforum
Schweiz Postfach CH 8027 Zurich.
-
-
Les points de vue relatifs à la politique de l'État et les points de vue éthiques
et politico-sociaux que comporte le débat sur le New Public Management
seront développés lors de cette journée de travail par des personnes compé-
tentes qui mettent en évidence ses implications dans l'évolution de l'État-
providence. Cette journée s'adresse aux cadres des organisations sociales
intéressés par les questions économiques et éthiques, aux cadres moyens et
supérieurs de l'administration publique et aux scientifiques intéressé( e )s.

ENFANCE

12 juin 1998 Journée de travail organisée à Nanterre (92000) à l'initiative de


la revue -Enfanceetpsy avec le soutien de la Fondation pour l'enfance sur
:
le thème « L'enfant écartelé».
Renseignements :Enfance et psy
92340 Bourg-La-Reine.
- 12Ibis, avenue du Général-Leclerc -
Lorsque le couple se déchire ou se sépare, les enfants se sentent écartelés,
surtout quand ils deviennent l'enjeu du conflit. Au cours de cette journée de
travail pluridisciplinaire, juges, psychologues, psychanalystes, médecins, en-
seignants, etc. confronteront leurs expériences, leurs recherches, leurs ap-
proches de ce problème si fréquent et pourtant toujours si complexe.
12 juin 1998
- ::
Journée d'étude organisée à Paris par la Fondation pour l'enfance
sur le thème
Renseignements
« Le secret des origines
».
Fondation pour l'enfance - 17, rue Castagnary - 75015
Paris (Tél. 01 5368 1657).
La Convention des Nations Unies sur les droits de l'enfant reconnaît à tout
enfant le droit de connaître ses origines. La législation et les pratiques fran-
çaises permettent l'accouchement sous X et aménagent des dispositions pour
les enfants qui recherchent leurs parents biologiques. Quel accompagnement

tions transmettre et comment ?


?
peut-on proposer aux enfants, aux jeunes, aux familles Quelles informa-

18 juin 1998 - :
Rencontre organisée à Paris à l'instigation de la Mairie de Paris
«Rencontre européenne
et de
:
la Fondation pour l'enfance
avec les associationsfrançaises ».
Renseignements
Paris (Tél. 0142 76 52 26).
sur le thème

Cellule Europe 9, place de l'Hôtel-de-Ville - 75004


-
Depuis quelques années, les instances européennes ont lancé une réflexion
et des programmes concernant la famille et l'enfant. Des responsables de la
Commission européenne de Bruxelles viendront exposer leur politique, no-
tamment les textes et lignes budgétaires susceptibles de renforcer les actions
des associations œuvrant en faveur de l'enfant.

FORMATION
Du 19 au 22 mai 1998 XIVe Congrès organisé à Lille par la Fédération nationale
-
des associations des rééducateurs de l'Éducation nationale sur le thème :
«
Renseignements
59160 Lomme.
:
L'école au cœur des cultures ».
FNAREN-AREN 59 -5, rue Charles-Saint-Venant -
D'ici ou d'ailleurs, proches ou lointaines, les cultures sont différentes et leurs
rencontres un enrichissement mutuel qui les remodèle sans cesse. L'école
est au cœur des cultures, un lieu privilégié où le temps et les savoirs tissent
le lien de la cohésion. Conférences pleinières, conférences simultanées et
ateliers permettront d'aborder ce vaste sujet aux multiples facettes.
HANDICAPÉS

:
juin 1998 - Salon Autonomic organisé à Paris par Autonomie déve-
Du 3
au 6
loppement services.
Renseignements ADES - Centre d'affaires le Lugo - 15, rue du Docteur-
Roux - 94600 Choisy-le-Roi.

Ce salon international pour l'autonomie des personnes handicapées et des


personnes âgées dépendantes est l'occasion pour près de 30 000 visiteurs de
:
s'informer sur les innovations et les évolutions significatives dans les do-
maines de la dépendance et du handicap produits de plus en plus perfor-
mants, personnalisation et développement des services liés à l'amélioration
de la durée et de la qualité de vie.

: - :
17-18 septembre 1998 Colloque organisé à Lyon par le Collectif de recherches

Renseignements :
sur le handicap et l'éducation spécialisée sur le thème « La personne han-
dicapée d'objet à sujet, de l'intention à l'acte ».
Rosine Schneider Lotissement du Tramway
-
Ste-Eulalie-en-Royans (Tél. 04 75 48 6940).
26190
-
Au programme : ;
Accès à l'université et aux savoirs comme mode de recon-
naissance et d'intégration de la personne handicapée rôles de l'État, de la
région, du département dans la reconnaissance et l'intégration de la personne
handicapée ; intention d'intégration et développement d'un système d'exclu-
sion.

INTERCULTUREL

:
6-7 mai 1998 Ille Ateliers de l'Intégration organisés à Toulouse par l'Agence
-
pour le développement des relations interculturelles.
Renseignements ADRI 4, rue Villermé 75011 Paris (Tél.
01 400969 19).
- -
A cette occasion, l'ADRI propose un bilan de la contribution française à
l'Année européenne contre le racisme. En partenariat avec le ministère de
l'Emploi et de la Solidarité, elle souhaite promouvoir des initiatives locales
qui visent à prévenir les formes de discrimination touchant les populations
fragilisées en France. Deux domaines particulièrement sensibles ont été pri-
vilégiés : l'accès à l'emploi et à la formation, l'éducation et la culture contre
le racisme.

Du 24 juin réfugiés organisés à Strasbourg


au 3 juillet 1998 - Cours d'été sur les
par l'Institut
:
international des droits de l'homme de Strasbourg et le Haut
commissariat des Nations Unies pour les réfugiés.
Renseignements Haut commissariat pour les réfugiés - 9, rue Kepler -
75116 Paris (Tél. 0144434853).

Le but de cette session est de promouvoir, par l'enseignement et la recherche,


le droit et la protection des réfugiés auprès d'un public francophone inter-
national.
MEDIAS

5 juin 1998 - ::
Festival de vidéo organisé à Bem par Lako Forum social Suisse
sur le thème « Message social, médias, public ».
Renseignements Lako Forum social Suisse Bederstrasse 105 a, Postfach
-
- CH 8027 Zurich (Tél. + 410120122 48).

Cette manifestation entend montrer par des exposées et des exemples vidéo
comment des organisations sociales peuvent transmettre leur message au
public. Elle s'adresse aussi bien à des personnes chargées de relations pu-
bliques qu'à des travailleurs sociaux et des personnes actives au sein des
médias.

PERSONNES ÂGÉES

-
:
2-3 juin 1998 IIIe Assises de l'adaptation des maisons de retraite privées à but
non lucratif organisées à Paris par l'UNIOPSS.
Renseignements UNIOPSS 133, rue Saint-Maur 75541 Paris Cedex 11
(Tél. 0153 36 35 07).
- -
Cette rencontre sera pour les maisons de retraite privées, non lucratives, une
occasion pour échanger leur expérience et conforter leurs pratiques dans leurs
démarches d'adaptation à l'évolution des besoins de leurs résidents toujours
plus âgés et dépendants.

le thème : :
22-23 juin 1998 - Colloque organisé à Paris par le Club européen de la santé sur
« Ni choir, ni déchoir: permettre de vieillir bien et debout ».
Renseignements Club européen de la santé 9, boulevard des Capucines
-
- 75002 Paris (Tél. 014265 5123).
:
Au cours du vieillissement, le phénomène de chute peut avoir des implica-
tions multiples chute physique - événement spécifique bien connu - mais
aussi chute affective, chute psychologique, chute social et économique.
toutes représentant une sorte d'accélération brusque d'un processus de dé-
chéance. Ce colloque entend inciter les professionnels et bénévoles interve-
nant auprès des personnes âgées à intégrer dans leur pratique une approche
psychosociale globale du vieillissement intégrant des actions concrètes de
prévention.

PLACEMENT

Du 23 au 26 septembre 1998 - VIeCongrès de l'EUSARF (European scientific

: :
association for residential and foster care for children and adolescents) or-
ganisé à Paris sur le thème «Suppléance familiale nouvelles approches,
Renseignements :
nouvelles pratiques ».
Université Paris X-Nanterre, Département Sciences de
l'éducation C411 200, avenue de la République - 92001 Nanterre Cedex
-
(Tél. 330140974741).
-
L'EUSARF est une association qui regroupe des chercheurs européens ef-
fectuant des travaux sur l'éducation en internat, l'accueil familial et les al-
ternatives au placement. Le présent congrès a pour objectif de faire le point
sur l'actualité de la recherche et les innovations dans le cadre de la sup-
pléance familiale. Une centaine d'interventions seront proposées sous forme
de conférences, symposiums et ateliers. Une quinzaine de pays y seront
représentés (traduction simultanée français/anglais).

PROSPECTIVE

27-28 mai 1998 Séminaire organisé à Paris


- :
par Futuribles international en coo-
pération avec le LIPS et le CNAM sur le thème «Méthodes et outils de la
:
prospective stratégique ».
Renseignements Futuribles international 55, rue de Varenne - F 75341
Paris cedex 07. -
:
Objectifs former les participants à un ensemble de méthodes et d'outils de
la prospective (analyse structurelle, analyse des jeux d'acteurs, analyse mor-
phologique, identification des options stratégiques) au travers d'exposés dé-
crivant la manière de mettre en œuvre ces outils et les résultats que l'on peut
en attendre.
10-11
:
juin 1998 - Séminaire organisé à Paris par Futuribles international en coo-
pération avec l'INED sur le thème «Les perspectives socio-démographi-

:
ques françaises à l'horizon 2010 et 2030: tendances majeures et enjeux
sociaux,économiquesetpolitiques».
Renseignements Futuribles international 55, rue de Varenne - F 75341
Paris cedex 07. -
L'évolution démographique constitue une variable-clef dans la plupart des
exercices de prospective. Ce séminaire a pour objet de faire le point sur les
projections démographiques, explorer quelles sont les perspectives d'évolu-
tion de la population active, examiner le vieillissement démographique et
préciser les enjeux socio-économiques au niveau de ces évolutions.

PSY.
Du 30 mai
au 1erjuin 1998 Journées organisées à Poitiers par la Société française
-
:
de psychologie adlérienne sur le thème «Les crises, échecs ou dépasse-
ment».
Renseignements Bernard Paulmier 9, rue Jean-Coquelin 93100 Mon-
treuil (Tél. 0148 94 13 29). - -
Ces journées entendent développer la pensée d'Alfred Adler: « Chacun a
des conflits qui l'ébranlentplus ou moins. L'ébranlement n'estpas encore
un signe de maladie nerveuse véritable, il ne le devient que s'il persiste et
représente un état durable. La guérison ne peut se réaliser qu'enfaisant
à
appel à l'intelligence en rendantpeu peu le malade conscient de son erreur
et en développant son sentiment de communauté » (Le Sens de la vie).
6
:
juin 1998 - Journée organisée à Paris par le Centre d'études cliniques des

Renseignements:
communications familiales sur le thème «La place du corps en thérapie
familiale. La place inconsciente du corps ».
CECCOF - 96, avenue de la République - 75011 Paris
(Tél. 0148 05 84 33).

Au cours de cette journée, J.-D. Nasio présentera le concept majeur de l'œu-


vre de Françoise Dolto, l'image inconscience du corps, en dégageant sa
portée clinique. Puis Peggy Papp, de l'Institut Ackerman de New York,
abordera la place du corps en thérapie familiale.

SANTÉ

16 mai 1998
- :
ve États généraux de l'asthme en Europe organisés à Paris par
:
l'association Asthme sur le thème « Bien respirer ».
Renseignements Association Asthme - 10, rue du Commandant-Schloesing
- 75116 Paris (Tél. 01 47550356).

Cette journée ouverte à tous, professionnels de santé et grand-public (entrée


gratuite), sera animée par des spécialistes de l'asthme et de l'allergie. Séan-
ces plénières et ateliers thématiques en groupes restreints.

:
29 juin au 3 juillet 1998 - Congrès organisé à Grenoble par la Société française
de santé publique sur le thème « Santépublique des quartiers à l'Europe »
Renseignements: SFSP - BP7 - 54501 Vandœuvre-lès-Nancy (Tél.
03 83448747).

Plus de quinze thèmes seront abordés autour de trois grands chapitres - :


sécurité sanitaire et politiques de gestion des risques, - populations et actions
de santé publique, - organisation des soins. Plus de trois cents communica-
tions orales ou affichées et trente sessions de formation continue seront
conçues et préparées par les nombreux membres adhérents, organismes na-
tionaux, groupements professionnels, sociétés régionales qui composent la
SFSP.

TRAVAIL SOCIAL

:
Renseignements
0466767504).
:
4-5 juin 1998 - Colloque organisé à Nîmes par l'ADICOD sur le thème « Action
sociale et services de proximité ».
ADICOD - 1, rue Edgard-Mouton 30000 Nîmes (Tél.
-
L'essor des services aux personnes à leur domicile répond à une nécessité,
facteur de progrès social. Mais parallèlement, ce développement les place
où le commercial prime souvent le social. Sont en jeu deux questions la :
au cœur des politiques d'emploi où le quantitatif prime souvent le qualitatif,
qualité et la sécurité du service rendu d'une part, et la pertinence du statut
professionnel des aides à domicile d'autre part.
COMMUNIQUÉS

La SESERAC (Société d'études et de soins


*
pour les enfants atteints de rhuma-
tisme articulaire aigu et de cardiopathies) organise des séjours de vacances pour
enfants cardiaques avec des équipes d'animation et de soins. Pour information
s'adresser au secrétariat, 8, rue Bellini 75782 Paris Cedex 16 (Tél.
0147 04 20 37). -
Appel à candidatures. Al'occasion du congrès 1998 de la Société française
de santé publique, le 3 juillet 1998, La Fondation de France attribuera un prix
de 50 000 F à un organisme
pour une action de formation menée auprès d'adul-
tes ayant pour objectif une meilleure prise en compte de la santé des jeunes de
12 à 25 ans. Dépôt des candidatures avant le 31 mai 1998. Pour tous rensei-
gnements s'adresser à Mme Geneviève Noël, Fondation de France (Tél.
0144213135).
Appel à candidatures. La Fondation pour l'Enfance remettra ses prix scienti-
fiques d'un montant de 20000 F attribués à des travaux de recherche uni-
- -
versitaires et professionnels dans le domaine de la protection de l'enfant en
danger et maltraité. Ces travaux devront avoir été soutenus ou diffusés entre le
1er juillet 1997 et le 30 juin 1998. Dépôt des candidatures
avant le 30juin 1998.
Pour information, contacter Pascale Guyader (Tél. 015368 1656).
Appel à candidatures. Comme chaque année, l'Association nationale pour le
développement du travail social
avec les groupes (ANTSG) décerne deux prix
de 1000 F récompensant tout mémoire, projet recherche réalisé par un(e)
etudiant(e) dans le cadre de ou

:
seignements
0140920102).
sa formation ou par un( e) professionnel(le) de
terrain. Remise des travaux en 4 exemplaires avant le 31 décembre 1998. Ren-
ANTSG - 1, rue du 11-Novembre - 92120 Montrouge (Tél.
Vendredi 27 novembre 1998
Journée d'étude
au CEDIAS-Musée Social
« Autour de l'année 1928»

Cettejournée d'étude, organisée conjointementpar le CRHMSS/URA 1738,


le CEDIAS-Musée social et l'Union nationale des Fédérations d'Organisme HLM,
Se tiendra le vendredi 27 novembre 1998 au Musée social, 5, rue Las Cases,
75007 Paris, de 9 heures à 18 heures, et
se terminera par une table ronde.
L'année 1928 est ignorée des célébrations nationales et essentiellement
connue pour le succès de l'expérience Poincaré. C'est pourtant en 1928 qu'une
série de réponses législatives ou réglementaires sont apportées en quelques mois
à des blocages sectoriels anciens. Pour résoudre la crise urbaine sont votées les
lois Sarraut (15 mars), Loucheur (13 juillet), et la Région parisienne se voit dotée,
Par un décret du 15 mars, d'un Comité supérieur d'aménagement et d'organisa-
tion. Par ailleurs, la loi
sur les assurances sociales est votée par la Chambre le
14 mars et promulguée le 12 avril. La richesse de la chronologie incite à s'arrêter

du gouvernement Poincaré
blant de la droite
aux
:
sur le temps court de la décision, tout en tenant compte de la nature et des objectifs
il réalise ce gouvernement par les centres, rassem-
radicaux et aux républicains-socialistes,qui vise à démontrer
l'efficacité surtout en matière sociale du régime parlementaire.
- -
Les besoins sociaux résultant de la Première Guerre (augmentation du nom-
bre de blessés, malades, infirmes, etc.), l'échec rencontré
par les Retraites ouvriè-
res et paysannes (ROP) devenues très vite obsolètes
- -, enfin le retour en 1918
a la France de l'Alsace-Lorraine qui bénéficie des Assurances sociales bismarc-
kiennes telles sont les raisons qui font dès la victoire, est posé publiquement
: que,
le problème des Assurances sociales. La France est alors
un des derniers pays
dEurope à mettre en place un tel système. Les Assurances sociales qui couvrent
-
»
les << risques traditionnels
décès, maternité) ouvrent de - :
jusqu'alors pris en compte par la Mutualité (maladie,
nouveaux champs invalidité prématurée, vieillesse
e-1 chômage involontaire. Contrairement
aux ROP qui, avant 1914, avaient suscité
1hostilité de la CGT et l'incompréhension de la Fédération nationale de la mu-
tualité française (FNMF), leur principe est reconnu dès 1919 par la CGT et en
1923
par la FNMF. Les Assurances sociales ne concernent pas tous les salariés,
elles représentent toutefois première forme de clairvoyance obligatoire et
étatisée. une

Dans la même décennie, la France connaît une grave crise du logement.


Louis Loucheur travaille sur cette question et en 1921 il présente un premier
projet de loi tendant à encourager la construction, projet repris en 1928. Selon la
loi, 260 000 logements sont programmés sur cinq ans. La Caisse des dépôts et
consignations avance les fonds. La loi impose de passer obligatoirement par un
organisme d'HBM. La loi, qui marque les débuts de l'ère de la planification, crée
le logement locatif intermédiaire et favorise l'accès à la petite propriété en per-
mettant à l'Etat de subventionner les particuliers « pour favoriser le développe-
ment de la propriété individuelle ».
Précédée par la loi de juillet 1924 qui tente de freiner l'extension des lotis-
sements anarchiques et d'en contrôler l'ouverture, la loi Sarraut du 15 mars 1928
vise à aménager les quartiers de lotissements existants et à réparer le mal fait à
la banlieue parisienne. L'existence d'expériences locales préalables, une législa-
tion datant du XIX" siècle incitant les riverains à s'organiser en syndicats obliga-
toires pour réaliser des travaux d'utilité collective mais surtout la pression de
l'événement inédit - 10 000 hectares de lotissements défectueux en région pari-
sienne - conduisent au vote de la loi. Elle définit les lotissements défectueux, les
travaux subventionnables et instaure un dispositif technique et administratif pour
assurer un double financement des travaux. L'Etat subventionne 50 des travaux,
les mal-lotis, regroupés en Associations syndicales autorisées (ASA) obligatoires,
empruntent la moitié restante à des caisses départementales de prêt créées par les
Conseils généraux.

Le Comité supérieur d'aménagement et d'organisation de la Région pari-


sienne (CSAORP), créé par Poincaré en mars 1928, est le premier organisme de
réflexion et de contrôle sur la région parisienne. Doté d'une mission planificatrice,
il aboutit après de difficiles débats - à l'approbation du Plan Prost en mars
-
1939, premier plan d'aménagement de la Région parisienne.

Ces trois lois et ce décret semblent tous relever d'une même logique, celle
d'une intervention accrue de l'État dans la gestion du social. De ce point de vue,
la Première Guerre marque un tournant décisif. Aux lendemains de la Victoire,
l'Etat met en place, dans les domaines sanitaires et urbains, des systèmes marqués
du sceau de l'obligation. Relativement bien connues dans les modalités qui ont
permis leur élaboration, les décisions de 1928 comportent néanmoins de nom-
breuses zones d'ombre. Leur étude croisée et comparée doit permettre de réfléchir
sur les facteurs qui conduisent àl'accélération de la décision, comme à la brusque
avancée de l'intervention de l'État. Le rétablissement des équilibres financiers,
les objectifs de Poincaré et de ses ministres, la composition de la Chambre et du
Sénat comme la pression des échéances électorales expliquent la chronologie im-
médiate. Elles bénéficient d'ailleurs d'un large consensus dans la classe politique.

En revanche, on sait peu de choses sur certains aspects concernant leur pré-
paration. En amont de l'événement, d'autres facteurs expliquent les solutions
adoptées. Les lois sur les Assurances sociales et Loucheur étaient en préparation
depuis 1921, la loi Sarraut avait été esquissée depuis 1924-1926 et l'idée d'inter-
venir sur la croissance de la région parisienne remonte à 1908. Des hommes
des idées, proposé des solutions, préparé l'opinion et influencé les responsables :
comme Dautry, Péret, Risler ou Sellier, des groupes et des réseaux ont fait avancer
le Musée social, la Ligue contre le taudis, la Fédération nationale de la mutualité
française, la CGT, le mouvement HBM, les familialistes, les urbanistes, les as-
sociations de mal-lotis, etc., participent à ce lobbying antérieur. Ont-ils un projet
commun ou faut-il considérer au contraire les trois votes de 1928 comme une
?
?
pure coïncidence Qu'en est-il des hauts fonctionnaires qui ont préparé ces tex-
»
tes Il semble bien que la « nébuleuse existant autour du Musée social ait alors
joué un rôle. Par contre, des oppositions sectorielles (PC, CGTU, certaines franges
du patronat, de la propriété foncière et du
corps médical) se sont manifestées
contre les solutions adoptées.

»
Cette journée d'étude «Autour de l'année 1928 vise donc à comprendre
le contexte immédiat des décisions, les forces, les hommes et les idéologies qui

vent être aussi mesurées:


les préparent, parfois depuis l'avant-guerre. Les similitudes et les différences doi-
dans tous les cas, l'intervention de l'État progresse,
mais par le biais de processus différents. Étudier historiquement le rôle de l'Etat,
des acteurs et des réseaux dans la résolution d'une crise urbaine, comme dans la
Prise en charge accrue du social, est un projet dont il est inutile de souligner
l'actualité et qui ne relève
pas de la manie commémorative.
:
Le social et l'urbain
Les convergences de l'année 1928

Journée d'étude, organisée le vendredi 27 novembre 1998 par le Centre de


recherche d'histoire des mouvements sociaux et du syndicalisme (CRHMSS-
Univ. de Paris I), l'URA-CNRS 1738 «Territoires et militants le CEDIAS-
Musée social et l'Union nationale des fédérations d'organismes d'HLM.
»,

MATINÉE Les moyens du social

Sous la présidence d'Antoine PROST, professeur à l'Université de Paris 1


9 h 15 Accueil par le Président du CEDIAS-Musée social, Marc de MONTALEM-
BERT
9 h 30 S. BERSTEIN (IEP) Le contexte politique
:

10 h 00 M. MARGAIRAZ (Paris VIII) : Contexte économique, choix financiers et


acteurs politiques
10 h 30 M. DREYFUS (CNRS)
fondateurs
: Les Assurances sociales : hommes et réseaux

Il h 00 Discussion, pause
11 h 30 F. BLUM (Musée social) : Le Musée social au carrefour ?
12 h 00 E. VAN DER NESTE (Mission des Archives de France du ministère du
Travail) : Les fonds du ministère du Travail
12 h 30 Pause-déjeuner
APRÈS-MIDI ?
- Aux origines de la politique urbaine

Sous la présidence de M. RONCAYOLO, directeur de recherche à l'EHESS


14 h 00
:
R. BAUDOUÎ (BRA, ministère de la Culture)
CSAORP
: «Aux
origines du
débats et réflexions sur l'aménagement de la Région pari-
sienne»
14 h 30

15 h 00
A. FOURCAUT (Paris I) : « :
La loi Sarraut origines et innovations»
P. KAMOUN (UNFOHLM) : « La loi Loucheur, première loi-programme
du logement en France »
15 h 30 Discussion, pause
16 h 00 Table ronde animée par R.-H. GUERRAND (Professeur à l'Université de
Paris-Belleville)
18 h 00 Clôture des débats

F. Blum : Pour tous renseignements, contacter:


01 47 05 92 46 Fourcaut @ univ-paris I.fr
CEDIAS — MUSÉE SOCIAL
5, rue Las-Cases - 75007 Paris
:
Tél. 01.45.51.66.10 :
Fax 01.44.18.01.81

ORGANISME DE FORMATION AGRÉÉ


sous le numéro 11 7500 157 75

SESSION D'INITIATION AUX TECHNIQUES


DE LA DOCUMENTATION SOCIALE

du 9 au 13 novembre 1998

Le CEDIAS-Musée social organise chaque année, une session de


formation de cinq jours pour aider les travailleurs sociaux et leurs
collaborateurs dans leurs tâches documentaires.

Cette formation se fait par petits groupes de 15 personnes maxi-


mum. Elle est animée par le personnel qualifié du CEDIAS-Musée
social avec le concours de personnes extérieures. Au cours des séan-
ces alternent exposés théoriques, travaux de groupe, exercices pra-
tiques. Des visites de bibliothèques et de centres de documentation
préparées et commentées, illustrent les exposés.

Une documentation de base est remise aux stagiaires.

Frais de participation: 4 000 F

Ces sessions s'inscrivent dans le cadredéfini par la Loi sur la For-


mation Continue. Leur coûtpeut donc venir en déduction du versement
de la Taxe.

Pour tout renseignement complémentaire s'adresser


au secrétariat du Cedias
Femmes, rapports sociaux de sexe
lectures
:
Françoise Blum

Puisque ce numéro de Vie sociale est consacré aux rôles masculins/féminins


dans le travail social, il nous a semblé pertinent de compléter la revue bibliogra-

:
phique que nous avions commencée dans le n°5/1997 sous le titre «femmes,
»
histoire et politique lectures (p. 69-80) en enrichissant en particulier cette bi-
bliographie d'analyses sur le travail des femmes, passé et présent. Nous présentons
également une série de biographies de femmes, dont certaines font justement état
de la manière dont des femmes ont su investir des domaines privilégiés du sa-
voir/pouvoir masculin. De la première docteur ès lettres à nos actuelles ministres
et dirigeantes syndicales.

Travail des femmes, éducation et accès au savoir des femmes

MINISTÈRE DE L'EMPLOI ET DE LA SOLIDARITÉ. Service des droits des


femmes, L'objetfemme, réd. par Cégolène Frisque, Documentation française
(29, quai Voltaire, 75344 Paris Cedex 07), 1997, 150p.
«Les inégalités hommes-femmes s'accentuent de nouveau », Le Monde initiati-
ves, mercredi 25 février 1998, p. 1-111.
Dominique MEDA, Le partage du travail, Documentation française (29, quai
Voltaire, 75344 Paris Cedex 07), 1997, 154p. (Problèmes politiques et so-
ciaux, n°780-781).
:
Jean-Claude KAUFMANN,La trame conjugale analyse du couple parson linge,
Nathan Pocket (12, avenue d'Italie, 75676 Paris Cedex 14), 1997, 258p.
(Agora).
Jean-Claude KAUFMANN, Le Cœur à l'ouvrage: théorie de l'action ménagère,

:
Nathan (9, rue Méchain, 75676 Paris Cedex 14), 1997,238 p.
Madeleine LAMOUILLE, Pipes de terre et pipesdeporcelaine souvenirs d'une
femme de chambre en Suisse romande 1920-1940, Zoé (11, rue des Morai-
nes, CH-1227 Carouge-Genève), 155 p.
«Travail, espaces et professions », L'Harmattan (5-7, rue de l'Ecole-
Polytechnique, 75005 Paris), 1997, 156p.(Cahiers du GEDISST, n° 19).
:
Catherine OMNES, Ouvrières parisiennes marchés du travail et trajectoires
professionnelles au 20e siècle, Éd. de l'École des hautes études en sciences
sociales (131, boulevard Saint-Michel, 75005 Paris), 1997, 374p.
Stratégies de résistance et travail des femmes, L'Harmattan (5-7, rue de l'École-
Polytechnique, 75005 Paris), 1997, 304p.
Françoise BARRET-DUCROCQ, Évelyne PISIER, Femmes en tête, Flammarion
(26, rue Racine, 75278 Paris Cedex 06), 1997, 534 p.

:
Guyonne LEDUC (sous la dir. de), L'éducation des femmes en Europe et en
Amérique du Nord de la Renaissance à 1848 réalités et représentations,
L'Harmattan (5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris), 1997, 525 p.
Il ne s'agit pas ici de se montrer trop ambitieux et de faire l'analyse des
divers modes d'approche mis en œuvre par les recherches contemporaines. Nous
renvoyons pour cela à la recherche de Cégolène Frisque (et en particulier au
»),
chapitre « Emploi, travail, famille recherche faite pour le compte du Service
des droits des femmes du ministère des Affaires sociales, de la Santé et de la
Ville. Il s'agit d'un travail de synthèse bibliographique sur les recherches fémi-
nistes et sur les femmes autour du sujet identité-égalité-différence.Nous voudrions
seulement rendre compte ici de quelques « ouvrages témoins », qui ont des ap-
proches ou des objets quelque peu différents. Sous les chiffres ou les constats
nuancés de pessimisme, il y a des réalités et des histoires de métiers fort variées.

:
Certes, le Monde initiatives du mercredi 25 février 1998, sous le titre « Les iné-
»
galités hommes-femmes s'accentuent de nouveau peut annoncer « le taux d'ac-
tivitéféminin n'a cessé d'augmenterjusqu'à atteindre 78,6 pour les 25-49 ans,
mais les femmes sont majoritaires dans les emplois à temps partiel et peu qua-
lifiés, elles sont aussi davantage touchées par le chômage de longue durée, et
restent toujours moins bien payées que leurs homologues masculins », et ce mal-
gré la loi de 1983 qui inscrit dans le droit l'égalité de rémunération hommes-
femmes.
Sur le problème du travail à temps partiel, on peut se reporter également aux
textes cités par Dominique Meda dans Le partage du travail, textes qui mettent
largement en évidence la pénalisation que signifie pour les femmes la générali-
sation du temps partiel, dans un monde où le partage des tâches ménagères n'est
bien souvent qu'un idéal jamais atteint et à peine revendiqué, et où la nécessité
de concilier vie de famille et vie professionnelle est censée poser problème aux

:
femmes, mais pas aux hommes. Les analyses de Jean-Claude Kaufmann en disent
long à cet égard. Dans Le Cœur à l'ouvrage théorie de l'action ménagère en
particulier, fondé sur une série d'entretiens (et sur l'analyse de 38 lettres), on
notera qu'ont été retenues les réponses de 20 femmes et 7 hommes, sur un échan-
tillon qui comportait 27 ménages. Est-ce à dire que les femmes ont véritablement

Jean-Claude Kaufmann ? ?
intériorisé le fait que le travail ménager a un caractère sexué, comme le suggère
Ou n'y aurait-il pas aussi une lecture du « ménager
qui est ici le fait d'un homme
»
Toujours est-il que le conflit autour du travail
domestique (dont fait partie le travail ménager) est loin d'être terminé. Le mou-
vement féministe a pu revendiquer la reconnaissance du travail domestique comme
travail à part entière, rejoignant ainsi - mais sur des bases totalement différen-
tes - les tenants d'un salaire ménager, comme il a pu, en d'autres temps et en
d'autres lieux, affirmer le salariat féminin comme émancipateur du pouvoir mas-
culin, discuter (pour souvent la récuser) de mesures protectionnistes spécifiques.
phénomène nouveau :
La délégation du travail domestique à un personnel salarié n'est pas un
serviteurs, servantes, domestiques, gens de maison, puis
femmes de ménage et/ou technicien(e)s de surface. Les conditions de travail de
celles (et parfois ceux) qui font le ménage contre rétribution ont évidemment
changé et l'évolution du vocabulaire témoigne de la différence des statuts.Les
études sur les «gens de maison
Fraisse, Anne-Martin Fugier
» (comme celles par exemple de Geneviève
ré-
ou Jacqueline Martin-Huan) peuvent être assez
vélatrices parce qu'elles impliquent une analyse en termes de genre mais aussi de
classe. Les rapports de pouvoir sont aussi ici des rapports de femme à femme. Il
est heureux d'avoir réédité le beau témoignage qu'est le Journal d'une femme de
chambre, pour parodier le titre d'un roman célèbre, de Madeleine Lamouille.
Penser en termes de rôles masculins/féminins dans le cas de ces professions ne
peut qu'être un plus, comme cela l'est aussi pour des professions d'un tout autre
registre et considérées comme plus « nobles ». De nombreux travaux, qui remet-
tent en cause bien des a priori, existent sur l'émergence et l'évolution de profes-
sions traditionnellement considérées comme féminines (de par la grâce de la na-
:
ture), qui ne le sont plus toujours et ne l'ont pas toujours été femmes soignantes,
institutrices, travailleuses sociales (et
ce numéro de Vie sociale offre de l'eau au
moulin de l'histoire de ces professions, avec une approche en termes de rôles
masculins/féminins),professions qui sont aussi le fruit d'un combat et s'inscrivent
dans un processus de revendication de légitimité.
Réfléchir sur le travail des femmes, c'est aussi réfléchir sur les rapports
sociaux de sexe dans le monde du travail. C'est dans cette optique que le CNRS
a créé, en janvier 1995, un groupement de recherche interdisciplinaire sur « Mar-
»
ché du travail et genre (MAGE), qui organise un séminaire européen. C'est
aussi dans cette optique que sont réalisés les travaux du GEDISST (Groupe d'étu-
des sur la division sociale et sexuelle du travail) qui en publie le fruit dans des
Cahiers. Le n° 19, par exemple Travail, espaces et professions », propose des
«
études sur masculinité et enseignement technique au tournant du xx. siècle »,
«
sur « femmes et métiers de l'informatique », sur « femmes médecins en France
et en Grande-Bretagne », « redéfinition de la maternité et de la citoyenneté dans
1Espagne contemporaine ».
générationnelle. «Pourquoi et comment travailler Longtemps
? ? ?
Catherine Omnès a encore une approche différente, d'ordre biographique et
? Dans quelles
branches Et
avec quelles qualifications A ces questions, ce travail répond en
Privilégiant une approche biographique. Le recours à des sources quantitatives
Ongmales,systématiquementdépouillées, comme lesfichiers d'entreprises ou les
dossiers de retraite, permet de croiser les itinéraires professionnels avec le milieu
dorigine et l'histoirefamiliale, avec les stratégies des employeurs, lespolitiques
Publiques et les rythmes de la conjoncture. Ainsi se trouve éclairée la pluralité
des cycles de vie et de travail des ouvrières parisiennes. Cette remarquable
»
étude historique
comme, pour des périodes plus récentes, l'ouvrage collectif Stra-
tégies de résistance et travail des femmes, rappellent heureusement l'existence
des salariées ordinaires à moment où les médias ont tendance à privilégier
les discours « », un
sur les femmes d'exception, sur les élites féminines et où le mouve-
ment paritariste met ces mêmes élites en avant. Non qu'il n'y ait là matière à
débat. Nous
avons déjà fait état dans Vie Sociale des débats égalitarisme-diffé-
rencialisme, des rapports des femmes au pouvoir et au savoir, de la remise en
cause féministe d'une prétendue universalité qui fonde la République française
mais exclut les femmes des droits civils et politiques, et de l'accès à l'éducation.
Françoise Barret-Ducrocq Évelyne Pisier font écho à débats et étudient les
et ses
itinéraires de femmes qui
occupent aujourd'hui des postes de responsabilité avec
«
Une centaine de portraits classés par groupes de professions ». Ce livre d'enquête
et de réflexion se donne aussi pour un livre militant ». Les femmes ont doré-
«
navant, en droit, les mêmes possibilités d'accès au savoir que les hommes, et la
mixité est devenue la règle. Aucune profession hormis la prêtrise ne leur est
Plus fermée. Mais - -
ces conquêtes sont étonnamment récentes, et le temps où les
femmes savantes étaient ridiculisées ou jugées dangereuses n'est pas loin. C'est
ce que montre avec brio L'Educationdes femmes en Europe et en Amérique du
Nord de la Renaissance à 1848, actes d'un colloque comparatiste et pluridisci-
plinaire qui s'est tenu à Lille en mars 1996, et véritable voyage à travers le temps,
et
les pays les textes. L'éducation des femmes a fait couler beaucoup d'encre du
Moyen Age à nos jours. Il y en eut pour la condamner, il y en eut pour la défendre,
au nom ou pas de l'égalité des sexes. La perspective européenne de ce colloque
le rend d'autant plus intéressant.

Biographies de femmes
Pierre DURAND, Danielle Casanova, l'indomptable ; précédé d'un entretien avec
Geneviève de Gaulle, Messidor (6, avenue Édouard-Vaillant, 93500 Pantin).
1991, 171 p.
Pierre DURAND, Louise Michel, la passion, Messidor (6, avenue Édouard-
Vaillant, 93500 Pantin), 1987, 171 p.
Ces deux biographies avaient été publiées par Pierre Durand en 1987 et 1991
par les éditions Messidor. Nous les signalons aujourd'hui parce que ces livres
sont de nouveau sur le marché aux éditions du Temps des cerises. Louise Michel,
l'anarchiste, la communarde et Danielle Casanova, la communiste, résistante et
morte en déportation à Auschwitz, sont entrées toutes deux dans la légende. Pierre
Durand en faisant ici leurs biographies (peut-être serait-il plus juste de dire « ha-
giographies ») les y maintient. On soulignera la qualité des illustrations, en par-
ticulier dans le volume sur Louise Michel.

:
Pascal DREYER, Ettv Hillesum une voix bouleversante, Desclée de Brouwer
(76 bis, rue des Saints-Pères, 75007 Paris), 1997, 162 p.
Pascal Dreyer nous donne incontestablement envie, avec ce petit livre paru
dans la collection « Témoins d'humanité », d'en savoir plus sur Etty Hillesum,
cette jeune intellectuelle juive qui n'a laissé qu'un journal et des lettres, textes
écrits de 1940 à 1943 dans la Hollande occupée par les nazis, et jusqu'à sa dé-
portation au camp de Westebok, avant le départ définitif pour Auschwitz. Sa
dernière lettre a été jetée du train qui la menait au terminus. Son journal est paru
en français sous le titre Une vie bouleversée (Ed. du Seuil, 1985). Les extraits
que nous en citent Pascal Dreyer témoignent d'une sensibilité, d'une intelligence
et d'une maîtrise de l'écriture remarquables.

Henri MALEPRADE, Léontine Zanta, vertueuse aventurière du féminisme


(1872-1942) ; avec une lettre inédite du Père Theilhard de Chardin, éditions
Rive droite (58, avenue de Wagram, 75017 Paris), 1997, 185 p.

:
C'est là un ouvrage fort intéressant, consacré à une personnalité qui mérite
d'être plus connue qu'elle ne l'est Léontine Zanta, licenciée de philosophie,
première femme docteur ès lettres en France, philosophe catholique, féministe
chrétienne (son féminisme est une forme de philosophie), membre du jury du prix
Femina pendant vingt ans, animatrice des Equipes sociales de Robert Garric et
d'Auxilia, amie de Theilhard de Chardin. Il y aurait encore bien d'autres qualités
à énumérer chez cette femme pionnière dans bien des domaines. La biographie
d'Henri Maleprade nous permet de cerner le rôle et les étapes de la vie de Léontine
Zanta, comme il
nous donne une analyse de son œuvre et la resitue dans les
milieux qu'elle fréquenta.

Sylvie COURTINE-DENAMY, Hannah Arendt, Hachette-Littératures (74, rue


Bonaparte, 75006 Paris), 1997, 435 p. (Pluriel).
:
Martine LEIBOVICI, HannahArendt, unejuive expérience,politique et histoire,
Desclée de Brouwer (76 bis, rue des Saints-Pères, 75007 Paris), 1998,484 p.
Hannah ARENDT, Les origines du totalitarisme, Seuil (27, rue Jacob, 75261
Paris Cedex 06) (Points). Vol. 1 : « Sur l'antisémitisme », 1997, 352 p. ;
-
vol. 2 : « L'impérialisme », 1998, 288 p.
Deux biographies qui retracent un itinéraire intellectuel, celui d'une des plus
grandes penseuses du xxe siècle, dont l'œuvre connaît un retour (mérité) de mode.
On peut aussi
se réjouir que les modes signifient souvent rééditions. Les deux
Premiers volumes sur l'antisémitisme et l'impérialisme viennent d'être réédités
en poche, alors que le troisième volume, « Le système totalitaire », avait été réé-
dité en 1995 dans
une édition à laquelle on peut reprocher d'être un peu compacte.

Claude SCHKOLNYK, Victoire Tinavre 1831-1895, du socialismeutopique au


positivisme prolétaire, L'Harmattan (5-7, rue de l'École-Polytechnique,
75005 Paris), 1997,412p.
Le nom de Marcelle Tinayre, romancière à succès de la Belle Epoque, évo-
lue peut-être encore quelque écho dans les mémoires. Mais de Victoire, sa belle-
mère, on ne connaissait presque rien avant cette belle biographie de Claude
Schkolnyk. Ce fut pourtant
une femme qui joua un rôle important dans l'histoire
du mouvement ouvrier
comme dans celle de l'éducation des femmes. Sa biogra-
phie nous éclaire aussi
sur, non point tant la Commune à laquelle elle participa
activement et qui n'a plus besoin d'être découverte, mais sur le socialisme uto-
Pique (elle fut d'abord
une adepte de Fourier et enseigna au Familistère de Guise)
et surtout le positivisme, doctrine par laquelle elle fut séduite. Il reste encore
beaucoup à étudier,
en particulier sur les prolétaires positivistes, et cette biogra-
phie apporte là de nombreux éléments, la Hongrie où Victoire Tinayre
emigra après la Commune. comme sur

Philippe FLANDRIN, NicoleNotat: l'archange de la CFDT, Éd. du Félin (10,


rue La Vacquerie, 75011 Paris), 1997, 234p.
:
Le sous-titre surprend mais l'archange serait l'archange annonciatrice d'un
nouveau syndicalisme à la française. Sans éluder les critiques dont l'actuelle lea-
der de la CFDT fait l'objet (critiques
sur sa ligne, mais qui - parce qu'elle est
une femme sont parfois de fort mauvais goût), Philippe Flandrin trace ici, avec
- Nicole Notât, les grandes lignes de l'histoire de la CFDT, et en
itinéraire de
esquisse le profil actuel.

:
Paul BUREL, Natatcha TATU, Martine Aubry enquête
sur une énigmepolitique,
Calmann-Lévy (3, rue Auber, 75009 Paris), 1997,272 p.
Il s'agit d'une enquête sur l'actuelle ministre de l'Emploi et de la solidarité,
numéro deux du gouvernement Jospin. Rappelons quand même qu'en France les
femmes furent ministres (ou plutôt d'ailleurs sous-secrétaires d'État) avant d'être
:
électrices. Léon Blum avait nommé en 1936, et pour la première fois, trois femmes
secrétaires d'État Suzanne Lacore, Cécile Brunschvicg et Irène Joliot-Curie.
Nous n'en sommes pas si loin. Mais depuis il y eut Édith Cresson, Premier mi-
nistre, l'Affaire des «jupettes », et la volonté délibérée de Lionel Jospin d'attri-
buer aux femmes un rôle mérité dans son gouvernement. Et Martine Aubry était
loin d'être une novice en politique. Ce livre en retrace, sur un mode journalistique
qui est loin d'être dénué d'intérêt, l'itinéraire professionnel et politique.

État du monde, situation des femmes


ASSEMBLÉE NATIONALE, Rapport d'informationdéposé par
la Commission
des Affaires étrangères sur la situation des femmes dans le monde et prés.
par M. Jack Lang, Assemblée nationale, 1998,465 p. (Rapport d'information
n°733).
Ce rapport est le résultat d'une enquête menée par les ambassades de France
dans 123 pays, et rendu publique à l'occasion du 8 mars, journée internationale
des femmes et du cinquantenaire de la Déclaration universelle des Droits de
l'homme. Cette enquête visait à analyser la situation des femmes au regard de la
Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à leur égard,
convention adoptée par les Nations unies en 1979, et dont le texte est reproduit
dans le présent rapport. L'enquête est publiée sous forme d'une notice pour chacun

; ; ; ; ;
des 123pays enquêtés et selon une grille qui comporte toujours les critères sui-
vants : Egalité hommes femmes discrimination positive statut en droit civil ;
éducation
;;
travail santé-protection sociale lutte contre l'exploitation sexuelle
et le trafic des personnes humaines place de la femme dans la vie publique
image de la femme dans la société institutions chargées de la promotion de la
;
femme. Si l'on tient compte des réserves émises à juste titre par Jack Lang dans
son introduction (il ne s'agit pas ici d'un tableau comparé de mœurs et coutumes),
ce rapport constitue un très important recueil de données.
Villes, banlieues, politiques
et histoire des villes: lectures
Françoise Blum

Le Musée social est toujours intervenu activement sur les problèmes d'ur-
banisme, de logement et d'aménagement urbain. Son premier président, Jules
Siegfried, fut aussi le président fondateur de la Société française des habitations
à bon marché (SFHBM). La Section d'hygiène urbaine et rurale du Musée impulsa
Plusieurs lois. Une journée d'études organisée le 27 novembre 1998, au CEDIAS-
Musée social (voir la rubrique Informations), permettra de comprendre le rôle
Joué par le Musée dans la promulgation des lois Loucheur et Sarraut. Aujourd'hui
encore, le CEDIAS-Musée social s'intéresse toujours aux problèmes de la ville.

:
La littérature sur la ville est considérable la ville, le phénomène urbain, les
banlieues, le logement populaire, la pauvreté urbaine, etc. Nous ne rendons compte
ici que de quelques
ouvrages, parmi bien d'autres, dont la connaissance nous
semble particulièrement précieuse.

Ouvrages de base et synthèses

Thierry PAQUOT (dir.), Le monde des villes:


panorama urbain de la planète,
Editions Complexe (Rue de Bosnie, 24, 1060 Bruxelles), 1996, 695 p.
C'était une véritable gageure de réaliser une synthèse de ce type. Mais le
Pari est gagné et on a là un excellent ensemble de textes sur le Monde des villes,
al'échelle de la planète. Le problème sera de penser à utiliser cet ouvrage sur
tous les sujets qu'il aborde, car il ne s'agit pas seulement d'un exercice de synthèse
mais on y trouve des renseignements précis sur les SDF, le global et le local, la
violence dans les banlieues ou à l'école. La plupart des analyses sont fines, re-
mettent en cause bien des préjugés et, au-delà des faits ou des chiffres, apportent
aussi de précieuses pistes de réflexion.

Julien DAMON, La politique de la ville, La Documentation française (29, quai


Voltaire, 75344 Paris Cedex 07), 1997, 81 p. (Problèmes politiques et so-
ciaux, n°784).
Comme toujours, « Problèmes politiques et sociaux » constitue une excel-
le même :
lente introduction à un sujet, ici la politique de la ville. Le principe en est toujours
bibliographie analytique et thématique avec choix de textes et biblio-
graphie sommaire complémentaire. Ce dossier sur la ville, réalisé par Julien Da-

:
mon - dont nous avions déjà signalé le dossier sur les SDF dans la même col-
lection - est organisé en trois grands axes «Un territoire d'intervention les :
quartiers sensibles », « la recherche des nouveaux modes d'action publique », « un
bilan en demi-teinte ».

Nadine CATTAN, Thérèse SAINT-JULIEN, Les villes en France, La Documen-


tation française (29, quai Voltaire, 75344 Paris Cedex 07), 1997 (Documen-
tation photographique, dossier n° 7039).
Il s'agit là aussi d'une collection de la Documentation française, toujours
d'excellente qualité. Le principe de la collection est d'offrir une vision synthéti-
que, mais enrichie de multiples plans, tableaux, graphiques et diapositives.

Jacques BORDONE, La politique de la ville en fiches, Lettre du cadre territorial


(BP215,38506 Voiron Cedex), 1996, 175p.
Avec ce rapport de Jacques Bordone, nous avons un instrument de travail
de tout premier ordre. Il analyse l'émergence de la banlieue comme question et
la politique de la ville comme réponse. Surtout, on y trouve les références précises
du cadre législatif de la politique de la ville, des procédures mises en place et
l'analyse des différents rapports administratifs et études. C'est un document rapide
à consulter et qui évite beaucoup de perte de temps. On souhaiterait que ce type
d'instrument existe dans bien d'autres domaines.

CONSEIL NATIONAL DES VILLES :


Rapport (1994-1997) remis à Martine
Aubry, ministre de l'Emploi et de la Solidarité, La Documentation française
(29, quai Voltaire, 75344 Paris Cedex 07), 1998, 195 p.
Le Conseil national des villes, créé en 1989 et modifié par décret en 1994,
est un organisme de 40 membres constitués en deux collèges (élus locaux et per-
sonnalités qualifiées, nommés par décret). Par rapport à la DIV, chargée de la
mise en œuvre et de l'animation de la politique de la ville, le CNV doit remplir
une mission de réflexion et d'avis ayant notamment pour objectif de prendre en
compte le point de vue des acteurs de terrain, et en particulier des élus. Ce rapport
« synthétique », publié par la Documentation française, propose un résumé de la
réflexion du Conseil, à partir des différents rapports thématiques et des débats
menés pendant trois ans.

Sylvain PETITET, Histoire des institutions urbaines, Presses universitaires de


France (108, boulevard Saint-Germain, 75006 Paris), 1998, 125 p. (Que Sais-
Je ?n° 3291).
Un survol (et comment pourrait-il en être autrement en 125 pages de Que
Sais-Je ?) historique rapide qui a le mérite de resituer quelques évolutions insti-
tutionnelles et administratives et par conséquent d'aider à une définition historique
et juridique du concept de ville. L'auteur rappelle utilement que la ville est liée
au développement et aux formes de l'État.
Pierre-Henri DERYCKE, Jean-Marie HURIOT, Denise PUMAIN, Penser la
:
ville théories et modèles, Anthropos (49, rue Héricart, 75015 Paris), 1996,
335 p. (Villes).

Le titre de cet ouvrage collectif qui rassemble onze auteurs français et étran-
gers, tous membres d'un réseau de recherche international reconnu par le CNRS
et soutenu par le PIR-Villes, est suffisamment explicite. Contrairement à la po-
litique de la ville en fiches, outil de travail à avoir toujours sous la main, il s'agit

en soit moindre

:
:
d'une réflexion plus théorique, ce qui ne signifie pas bien entendu que l'intérêt
« Une certaine idée de la ville, ou comment
les économistes et
les géographes définissent, représentent, théorisent, modélisent la ville et les vil-
les tel est l'objet du présent
ouvrage. »

:
Nicole COMMERCON,Pierre GOUJON (dir.), Villes moyennes espace, société,
patrimoine, Presses universitaires de Lyon (86, rue Pasteur, 69365 Lyon
Cedex 07), 485 p.
Ils'agit là aussi d'un ouvrage collectif qui interroge sur le concept de ville
moyenne. L'approche, si elle est géographique et de politique urbaine, est aussi
?
historique : qu'est-ce qu'une ville moyenne à travers l'histoire Ville et patri-
moine, etc.

Christophe JACCOUD, Martin SCHULER, Michel BASSAND (dir.), Raisons et


:
déraisons de la ville approches du champ urbain, Presses polytechniques
et universitaires romandes (PPUR-EPFL, Centre midi, CH-1015 Lausanne),
1996,381 p.

C'est là aussi un ouvrage collectif pluridisciplinaire et dont l'originalité et


le brio est d'assumer
:
un paradoxe déjà lisible dans le titre. Laissons
Jaccoud et Martin Schuler nous l'expliquer
« Il y aurait donc
Christophe
quelques paradoxes
a prétendre clore,
:
ou seulement clôturer, un ouvrage dans lequel il est
lement question de dynamique urbaine, de processus, de procès procès de pro-
principa-

duction des existences sociales et des institutions. Il y aurait également paradoxe


à conclure définitivement un livre qui été constamment porté par un propos et
a
une visée panoramiques, fragmentaires, éloignés de toute ambition de saisie to-
tale, de midi et de minuit éternels. Les clefs de compréhension de ce projet
: »
collectif pluridisciplinaire sont là dynamique (on pourrait rajouter crise), pano-
ramique, fragmentaire. On trouve côte à côte des analyses très générales de la
question urbaine (voir surtout la première partie intitulée « Globalisation ») et des
analyses sur des problèmes précis, comme par exemple sur les services urbains
Pour les toxicomanes ou sur les prix des immeubles résidentiels à Genève.

;
CEDRIC (Centre d'études des relations interculturelles), Gouvernance locale,
pauvreté et exclusion dans les villes anglo-saxonnes textes réunis par Jac-
ques Carré et Sophie Body-Gendrot, Presses de l'Université de Paris-Sor-
bonne (18, rue de la Sorbonne, 75230 Paris Cedex 05), 1997, 251 p.
Pour sortir encore une fois du territoire hexagonal, sans pour autant balayer
1, ensemble de la planète, nous avons ici un excellent recueil de textes (anglais et
français)
sur la pauvreté urbaine aux États-Unis, en Grande-Bretagne et en Alle-
magne.
Banlieues

Hervé VIEILLARD-BARON, Les banlieues, Flammarion (26, rue Racine, 75278


Paris Cedex 06), 127 p. (Dominos).
Hervé Vieillard-Baron offre dans une petite collection toujours intéressante
une mise au point à la fois précise et démystificatrice. Il propose une généalogie
du terme banlieue, qui pose effectivement un réel problème de définition, d'autant
»
plus que la « banlieue cristallise des fantasmes ou des peurs qui prêtent au-

:
jourd'hui à toutes les confusions. Saluons ce retour à la réalité, au-delà de toutes
les confusions banlieue, quartiers, quartiers sensibles, violence urbaine, fracture
sociale, ghettoïsation, exclusion, etc.

Laurent HERMEL, Albert LOUPPE, Marc MUSY, Banlieues 2015, L'Harmattan


(5-7, rue de l'École-Polytechnique,75005 Paris), 1996, 157 p.
Il s'agit là plutôt de prospective, fondée bien entendu sur une analyse de
l'existant, analyse prospective réalisée par des consultants en stratégie-marketing.
Il y a là aussi remise en cause de certaines confusions mais les auteurs formulent
une série de propositions qui, au-delà du Pacte de relance pour la ville, permettent
de penser et construire une véritable politique du suburbain.

Marie-Hélène BACQUE, Sylvie FOL, Le devenir des banlieues rouges, L'Har-


mattan (5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique, 75005 Paris), 1997,214 (Ha- p.
bitat et sociétés).
Le titre est un peu trompeur dans la mesure où l'étude est surtout axée sur
:
Saint-Denis. Il s'agit bien sûr d'une « banlieue rouge », et pas n'importe laquelle
celle de la Basilique et maintenant du grand stade, celle dont Jacques Doriot fut
maire, celle dont Jean-Paul Brunet a pu écrire « Saint-Denis-la-Rouge, au nom
quasi-magique, un peu noyé aujourd'hui dans l'écarlate d'autres banlieues, mais
dont l'évocation provoquait le frémissementapeuré du bourgeois parisien. Saint-
Denis-la-Rouge à laquelle, dit-on, le maître du Kremlin s'intéressa de près,
»
comme à l'archétype de la ville ouvrière ; Saint-Denis donc, non pas tant une
banlieue qu'une ville symbole. Mais l'ouvrage de Marie-Hélène Bacqué et Sylvie
Fol, nourri de multiples entretiens, restitue bien les évolutions économiques, in-
dustrielles et sociales qui marquent la restructuration de l'espace dionysien. Et
leur analyse est sans aucun doute valable au moins en partie pour d'autres « villes
ouvrières ».

Monique GRANDJONC, Les Canourgues, mémoire vive: singulière banlieue,


Edisud (La Calade, 13090 Aix-en-Provence), 1996,262 p.
Singulière banlieue annonce le sous-titre, mais aussi singulière trame narra-
tive, très personnelle, qui ne prétend d'ailleurs pas à la scientificité et faite des
récits, impressions, du vécu de l'auteur qui a passé un an aux Canourgues, cité

:
située au Nord de Salon-de-Provence. Puisque nous avons parlé des définitions
de la banlieue, il nous semble utile de citer un encart au début du livre Questions
de vocabulaire. « Al'évidence, Salon est une ville trop modeste pour que sa partie
Nord puisse être appelée banlieue si l'on s'en tient au sens moderne que les
:
urbanistes donnent à ce terme. Cependant les Canourgues présentent les carac-
téristiques sociologiques d'une banlieue cité-dortoir excentrée et dévalorisée,
grande densité de population répartie en sous-quartiers de peuplement et de ré-
putation différents, fort taux de chômage, etc. »

Logement

Jean-Paul LACAZE, Les politiques du logement, Flammarion (26, rue Racine,


75278 Paris Cedex 06), 1997, 125 p.
Il
:
s'agit là du troisième volet d'une trilogie parue dans la même collection,
et dont on comprend aisément la logique après L'Aménagement du territoire et
o Ville et l'urbanisme, c'est Les politiques du logement. La mise au point est
bien faite, à la fois concrète, précise et mise
en perspective historique.

Les taudis aujourd'hui : savoir, comprendre, agir, L'inédite (6, rue Deguerry,
75011 Paris), 1997, 200p.

« Ce livre est destiné à tous ceux, élus, administratifs, praticiens de l'habitat,


acteurs associatifs, citoyens qui ne se satisfont plus de connaître des ménages en
situation de logement critique sans perspectives d'action efficace ou cherchent
simplement à s'informer sur cette réalité C'est ce qu'annonce, à juste titre, la
».
quatrième de couverture de cet excellent dossier dont les auteurs ont reçu le
soutien de la préfecture de Région Aquitaine, du Fonds d'action sociale pour les
travailleurs immigrés et ont largement utilisé le réseau PACT qui anime la Ligue
nationale contre le taudis. La qualité de ce dossier est liée au fait qu'il allie les
approches sanitaires, sociales, techniques, juridiques et politiques. Nous en re-
commandons vivement la lecture aux travailleurs sociaux, qui peuvent ordinaire-
ment être confrontés aux situations décrites ici. Les auteurs se sont ici limités à
l'étude du taudis locatif, qui n'est déjà
ce pas une petite affaire. « Il nous importait
dexplorer le champ de l'insalubrité banale, celle que tout élu local, tout travail-
leur social
ou tout praticien du logement est amené à rencontrer, dans un cadre
9uin'estpas forcément et loin s'en faut celui d'une "opération d'urbanisme" ou
dune opération de "résorption d'insalubrité". »

Ces quartiers dont


on parle
Jacques DESIGAUX, Mohammed SEFFAHI (éd.), La ville à l'épreuve des quar-
tiers, Éditions ENSP (Avenue du Pr. Léon-Bernard, 35043 Rennes Cedex),
1996, 123p.
Ce livre est le fruit d'un travail de sept années effectué par l'ARAFDES
(Centre de formation de cadres de l'action sociale) le site de la Darnaise aux
Minguettes. De sur
ce travail ont émergées des questions générales, essentielles pour
le devenir d'une société urbaine. Ce
sont quelques-unes des réponses à ces ques-
tions qui sont ici publiées, plutôt même des réponses une nouvelle manière
ou que
de formuler les questions, qui émanent de chercheurs, élus, travailleurs sociaux,
Policiers, avocats.

En marge de la ville, Éditions


au cœur de la société: ces quartiers dont on parle,
de l'Aube (Le Moulin du Château, F-84240 La Tour d'Aiguës), 1997, 349 p.
« Les quartiers dont on parle », ce sont Les Hauts-de-Garonne, la Cité des
4000, le Grand Mirail, le Val d'argent, les quartiers Nord de Marseille, Lille-Sud
et Lens-Liévin, dont certains ont fait la une des médias, des quartiers dont on
parle certes, réputés difficiles, mais sur lesquels circulent aussi beaucoup de cli-
»
chés. Tous « bénéficient de dispositifs DSQ. L'intérêt de ce volume, d'une qua-
lité et d'une rigueur méthodologique remarquable, (ce qui n'ôte rien à l'intérêt
qu'on prend à sa lecture) est d'allier l'outillage statistique et l'enquête de terrain,
l'entretien (c'est-à-dire la représentation que les habitants se font de leurs quar-
tiers) et les données objectives pour découvrir, derrière une mythologie unifor-
misante, une diversité réelle.

Christian BACHMANN, Nicole LE GUENNEC, Autopsie d'une émeute: histoire


exemplaire du soulèvement d'un quartier, Albin Michel (22, rue Huyghens,
75014 Paris), 1997, 232p.
Il s'agit là aussi d'une étude sur un «quartier dont on parle ». Mais fort
différente de la précédente. Christian Bachmann (dont il s'agit malheureusement
du dernier livre) et Nicole Le Guennec ont enquêté sur un «événement»
l'émeute de novembre 1993 dans les quartiers Nord de Melun, à la suite de la
:
mort de Mohammed dans un accident de moto dont certains ont présumé qu'il
s'agissait d'une bavure policière. Christian Bachmann et Nicole Le Guénnec re-
montent en amont et descendent en aval de l'événement pour comprendre ce que
signifie ce type d'explosion urbaine. L'étude est fort différente de la précédente,
non seulement dans la manière d'aborder un quartier sensible (l'émeute) mais
aussi parce que les méthodes d'investigation ne sont pas clairement exposées
(« Ceux qui parmi les lecteurs seraient intéresséspar les méthodes d'investigation
utilisées pourront consulter d'autres états de cette enquête, dans ses habits de
sciences sociales. Contentons-nous d'indiquer ici que notre approche s'inspire
d'une tradition phénoménologique développée par la sociologie anglo-saxonne,
depuis A. Schütz: celle d'une exploration simultanée de différents "univers so-
ciaux" », p.235). L'enquête a été commandée (cela peut-être utile de le savoir
d'autant plus que les auteurs ont manifestement eu accès aux sources des Ren-
seignements généraux) par le ministère de l'Intérieur. Ses conclusions sont ici
présentées sous forme de reportage, avec un ton plus journalistique que sociolo-
gique, ce qui n'entache d'ailleurs nullement le sérieux du travail de deux socio-
logues confirmés. L'analyse qui est faite de l'actuelle position des travailleurs
sociaux (comme d'ailleurs des enseignants.) dans des quartiers « difficiles in- »
téressera sûrement les professionnels du social.

:
Alain PENVEN, Territoires rebelles intégration et ségrégation dans l'agglomé-
ration rennaise, Anthropos (49, rue Héricart, 75015 Paris), 1998, 254p.
(Villes).
Cette fois, l'étude, qui est d'ailleurs la version synthétique d'une thèse de
géographie humaine, est spatialement centrée sur Rennes. « Cet ouvrage propose
une analyse des phénomènes de pauvreté, de marginalité et de leur traitement
dans le cadre de ce que l'on appelle communément aujourd'hui les politiques de
la ville et du développement social urbain. »
Pour une histoire de la ville

:
Cités, cités-jardins
une histoire européenne. Actes du colloque de Toulouse
des
18 et 19 novembre 1993, Éd. de la Maison des sciences de l'homme d'Aqui-
taine (Esplanade des Antilles, Domaine universitaire, 33405 Talence cedex),
1996,262p.
Le Musée social s'est beaucoup intéressé, par l'intermédiaire d'hommes qui
lui étaient liés,
comme par exemple Georges Benoît-Lévy, aux cités-jardins. On
retrouvera donc souvent le nom de l'Institution dans ce colloque dont l'intérêt,
au-delà même de la qualité de chaque communication, réside dans la perspective
internationale adoptée. Il
y est question des cités-jardins, non seulement en
Grande-Bretagne,
aux États-Unis et en France, mais aussi en Italie, en Espagne,
aux Pays-Bas, en Pologne. 1998 est l'année du centenaire de la publication du
livre d'Ebenezer Howard (d'abord intitulé A peaceful path to real reform, puis
réédité dès 1904 sous le titre Garden cities oftomorrow), dont on a pu considérer
qu'il avait été le premier à conceptualiser la « cité-jardin ». A cette occasion, un
certain nombre de manifestations sont organisées, avec entre autres un colloque
«Idées de cités jardins. L'exemplarité de Suresnes », les 14 et 15 mai 1998 au
théâtre Jean Vilar de Suresnes.

Danièle VOLDMAN, La reconstruction des villes françaises de 1940 à 1954 :


histoire d'une politique, L'Harmattan (5-7, rue de l'École-Polytechnique,
75005 Paris), 1997, 487 p.
Il s'agit là d'un travail tout à fait remarquable, qui, s'il intègre onze mono-
graphies de villes, est également une analyse savante mais fort claire de la « Re-
construction ». « Dans le vaste champ de la reconstruction des villes, on a choisi
danalyser l'histoire d'une politique publique. La description des circonstances
en brosse la toile defond: la guerre, l'Occupation, le passage d'un régime au-
toritaire au rétablissement de la démocratie ont éclairé d'une lumière particulière
l'action des pouvoirs publics période
en matière de reconstruction. Même si la
1940-1954 unité du point de vue des conceptions de la reconstruction,
a une
l'analyse des interventionspubliques doit néanmoins être différenciée en fonction
de la nature politique des gouvernements qui les ont menées. L'histoire des ins-
tltutions permet d'approfondir l'étude des rapports entre l'Etat et la société dans
Un domaine l'urbanisme nombreux sociaux entretiennent des
- Leur mise -à plat éclaire autant les relations entre les décideurs
liens complexes.
où les acteurs
Parisiens et les structures locales que celles entre les pouvoirs publics et des
Cltoyens attendant
une prise en charge de leur dénuement. » Danièle Voldman
nous offre ainsi une magistrale leçon d'une histoire qui est à la jonction du po-

:
litique du social et de l'urbain. Le champ chronologique couvert part aussi d'un
choix judicieux 1940 évidemment événement oblige mais aussi alors qu'après
-
la Première Guerre mondiale, les tentatives -
des urbanistes n'avaient pas eu grand
effet, la Reconstruction fut posée
en termes généraux d'urbanisme et d'aménage-
ant. Le 16 novembre 1944, le Gouvernement provisoire de la République fran-
çaise crée le ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme. En 1953, les me-
Sures prises engagent une nouvelle logique où la construction prend le pas sur la
reconstruction.

Armand FREMONT, La mémoire d'un


75006 Paris), 1997,254p.
port : Le Havre, Arléa (16, rue de l'Odéon,
Une des onze monographies de Danièle Voldman concernait le Havre, ville
massivement victime des bombardements de la Seconde Guerre mondiale et donc
au cœur de la Reconstruction. La mémoire d'un port n'a pas grand chose à voir
avec le texte de Danièle Voldman, sauf bien entendu qu'il s'agit là aussi du Havre.
Mais le livre, s'il est histoire et/ou géographie d'une ville est d'abord un récit,
fondé sur des souvenirs et une histoire familiale, au travers desquels la grande
ville portuaire est racontée.

:
Denis MENJOT, Jean-Luc PINOL (éd.), Les immigrants et la ville insertion,
intégration, discrimination (xir-xx,siècles), L'Harmattan (5-7, rue de
l'Ecole-Polytechnique, 75005 Paris), 1996, 230 p.
(Villes, histoire, culture,
société).
La publication de cette table ronde s'inscrit dans une perspective compara-
tive, dans l'espace et dans le temps. Pour ne citer que quelques-unes des com-
munications et prendre ainsi mesure de la diversité, on trouve une étude sur les
Albanais dans les villes d'Italie au Moyen Âge, une étude sur le processus d'in-
tégration d'un groupe d'immigrés dans une grande ville française (en l'occurrence
les Algériens à Lyon de 1920 à 1940), une étude sur le statut des étrangers et

:
leurs descendants à Genève xvie-xvme siècles. Mais cette perspective a le mérite
de dégager les questions récurrentes et essentielles « Comment hiérarchiser les
?
facteurs favorisant, freinant ou interdisant l'intégration Comment se créent et
?
se modifient les images des immigrants ? ?
Et les discours sur les immigrants et
l'immigration Et ceux des milieux immigrés eux-mêmes Enfin, les immigrants
cherchent-ils systématiquement à s'assimiler et les villes d'accueil à limiter leur
intégration, leurs droits et leurs libertés ?. »

Transports
: :
José FERREIRA, Métro le combatpour l'espace l'influence de l'aménagement
spatial sur les relations entre les gens, L'Harmattan (5-7, rue de l'École-
Polytechnique, 75005 Paris), 1996, 126p.
C'est un voyage dans le métro qui nous est ici proposé par l'auteur, qui n'est
ni sociologue, ni ethnologue mais designer et caricaturiste. Il profite de ses propres
trajets dans le métro pour montrer comment l'aménagement de l'espace influe sur
le comportement des voyageurs. Un texte souvent drôle, mais fort peu éloigné de
!
la réalité Cet humour dans l'enquête nous aidera sûrement à prendre notre mal
en patience aux heures de pointe !
Notes de lecture
Henri Péquignot

Laurent MUCCHIELLI, La découverte du social. Naissance de la sociologie en


France (1870-1914), La Découverte (9 bis, rue Abel-Hovelacque, 75013
Paris), 1998,571 p. (Textes à l'appui. Sociologie).
Un livre agréable à lire, original et novateur. Il essaye et réussit à montrer
comment, à partir d'écoles multiples et opposées, de disciplines distinctes, s'est
finalement dégagée la sociologie moderne,
pas plus morcelée et dispersée que ne
l'est la physique ou la chimie. peut-être moins. On s'instruit et on comprend.
Souhaitons que ce gros volume n'effraye pas les débutants. Il est plus facile et
»
agréable à lire que les « digests qui prétendent faire gagner du temps.

Didier LASSALLE, Les minorités ethniques Grande-Bretagne. Aspects démo-


en
graphiques et sociologiques contemporains, L'Harmattan (5-7, rue de
l'Ecole-Polytechnique, 75005 Paris), 1997, 400 p.
(Minorités & sociétés).
Un sujet peu connu en France et rarement traité. Il nous fait connaître une
situation parallèle à la nôtre, mais les parallèles ne se rencontrent pas et finalement
tout est différent et tout est semblable. C'est un excellent exercice que de se
regarder dans le miroir d'autrui, et cela devrait éviter beaucoup de «Il n'y a
qu'à. ».

Hans MOMMSEN, Le national-socialisme et la société allemande. Dix essais


d'histoire sociale et politique, préface par Henry Rousso, Éditions de la
Maison des sciences de l'homme (54, boulevard Raspail, 75270 Paris Cedex
06),X-414p.
Ce livre comporte une série d'articles, dix en tout, qui essaient de faire
comprendre au lecteur comment la République allemande a été débordée et rem-
placée par le national-socialisme.Pour ceux qui ont, du dehors, vécu cette période,
•e livre paraît juste
et vrai. On retrouve ses réactions de l'époque. Mais cela,ne
Veut pas dire qu'on comprend. Une révolution, une catastrophe, un coup d'Etat
ne se comprennent guère. Un livre à lire pour ceux qui n'ont pas vécu cette
Période.
Jean-Paul DEPRETTO, Les ouvriers en URSS. 1928-1941, préface de René Gi-
rault, Publications de la Sorbonne (1, rue Victor-Cousin, 75230 Paris Ce-
dex 05)/Institut d'études slaves (9, rue Michelet, 75006 Paris), 1997,423 p.
(Série internationale, 55/Collection historique de l'Institut d'études slaves,
XXXVII).
Ce livre, fort intéressant, nous fait comprendre la vie quotidienne en URSS
entre la Révolution et la chute du régime, et finalement la lenteur des évolutions
sociales, même dans les suites d'une révolution. Un livre intéressant pour tous
»
ceux qui s'intéressent aux limites du « volontarisme dans les évolutions sociales.

Christophe CHARLES, Paris, fin de siècle. Culture et politique, Seuil (27, rue
Jacob, 75006 Paris), 1998, 319 p.
(L'univers historique).
En cette fin de siècle, la fin du xx" où nous vivons, l'auteur nous tend le
portrait de la précédente fin de siècle, celle du XIXe, les années 1900 et leurs
illusions. Il nous offre aussi l'exemple, aux mêmes moments, de Berlin. Lire ce
livre est un agréable exercice intellectuel pour lutter contre toutes les tentations
d'attacher trop d'importance aux « dates fatidiques ». Un bon exercice de critique
(d'autocritique) historique.

Arlette FARGE, Des lieux pour l'histoire, Seuil (27, rue Jacob, 75006 Paris),
1997, 148 p. (La librairie du xx" siècle).

Ce petit livre critique, qui se termine en nous envoyant réfléchir sur l'entre-
prise de Bouvard et Pécuchet, veut nous faire réfléchir à notre attitude devant les
« vécus » que le récit des historiens - même les meilleurs - n'atteint pas ou
confond avec nos émotions actuelles, je veux dire celles du lecteur. Une certaine
désinvolture de l'historien vis-à-vis du passé est ici démasquée. Comment l'évi-
ter?

André GUESLIN, Gens pauvres, pauvres gens dans la France du x/y siècle,
Aubier (26, rue Racine, 75278 Paris Cedex 06), 1998, 314 p.
(Collection
historique).
Les pauvretés au XIX" siècle. En mesurer le niveau, les conséquences, les
représentations sociales, les efforts pour en diminuer le poids, les théories, les
échecs des théories et des luttes.

Samir AMIN, Critique de l'air du temps. Le cent cinquantième anniversaire du


Manifeste communiste, L'Harmattan (5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique,
75005 Paris), 1997, 140p. (Forum du Tiers-Monde).
A l'occasion d'un anniversaire, un pamphlet qui conclut que le « Manifeste »
est toujours valable.

Jean-Claude MILNER, Le salaire de l'idéal. La théorie des classes et de la culture


au xxesiècle, Seuil (27, rue Jacob, 75006 Paris), 1997, 118 p. (Essais).
»
L'auteur réécrit le « Manifeste pour conclure à la disparition prochaine de
ce qu'il définit comme la « bourgeoisie rémunérée ».
Daniel BERTAUX, Les récits de vie. Perspective ethnosociologique, Nathan (9,
rue Méchain, 75014 Paris), 1997, 127 p.
Un petit manuel pour apprendre à consulter et à interpréter toute cette litté-
rature.

COMITÉ CONSULTATIF NATIONAL D'ÉTHIQUE POUR LES SCIENCES


DE LA VIE ET DE LA SANTÉ, Éthiqueetrecherche biomédicale. Rapport
1995-1996, avant-propos de Jean Michaud, La Documentation française
(29-31, quai Voltaire, 75344 Paris Cedex 07), 1997,283 p.
:
Principaux sujets abordés la recherche, la génétique et le passage de la
Prédiction à la «prévention », l'autisme, la contraception chez les handicapés
mentaux, la lutte contre les agressions sexuelles des mineurs, etc.

Paul MARCUS, Maurice Bourgès-Maunoury. Un républicain indivisible, préface


de Jacques Chaban-Delmas, Atlantica (18, rue de Folin, 64200 Biarritz),
1997,XVI-459 p.
Un livre qui rappelle une belle carrière politique et permet sans passion de
revivre l'histoire de 1943 à 1973, en somme la IVeRépublique. Il nous a paru
aussi précis et objectif qu'on peut l'être, si près des événements et dans le cadre
d'une biographie.

Anne REIMAT, Les retraites et l'économie. Une mise en perspective historique


xixr-xxr siècle, préface de Florence Legros, L'Harmattan (5-7, rue de
l'Ecole-
Polytechnique, 75005 Paris), 1997,323 p. (Logiques économiques).
Un très intéressant point de vue sur le problème des retraites, à une époque
ou, leur place dans l'économie devient toute nouvelle et capitale. Que de retraités,
Par exemple, font vivre des jeunes, leurs enfants, chômeurs. déjà chefs de famille.
Un monde
nouveau qui passe encore trop souvent inaperçu.

Jacques LE BOHEC, Les rapportspresse-politique. Mise aupointd'une typologie


« idéale », L'Harmattan (5-7, rue de
l'École-Polytechnique, 75005 Paris),
1997, 253 p. (Logiques sociales).
Ce livre pique la curiosité et fait réfléchir. Le lecteur moyen (moi-même) a
tendance à classer chaque journal et à l'étiqueter simplement, l'organe de telou
tel groupe, politique, social, religieux, etc. L'auteur montre que c'est n'y rien
comprendre, oublier la personnalité et l'habileté du journalisme, la complexité
des rapports à l'intérieur d'un
groupe (économique ou politique). Le jeu est plus
subtil. Un livre qui nous rendra curieux et nous fera mieux comprendre et utiliser
notre journal habituel (ou tout autre).

Gérard LABOUNOUX, Malaise; dans l'organisation :


le pouvoir imaginaire,
L'Harmattan (5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris), 1997, 313 p.
(Logiques sociales).
Une gageure réussie. L'auteur n'a apparemment pas recherché l'organisation
du pouvoir dans
un grand empire totalitaire ou une république moderne, voire
une grande entreprise, mais une maison d'enfants relativement modeste et sans
histoire, et il montre comment les rapports interhumains aboutissent à une com-
plexité des relations et d'intrigues guère moins complexes, et à peine plus justi-
fiées parfois que dans nos grandes collectivités politiques ou économiques. On
revit tant de souvenirs parallèles en lisant ce livre.

COMPTES RENDUS
Noëlle CHATELET, Lafemme coquelicot, Stock (23, rue du Sommerard, 75005
Paris), 1997.
Il n'est pas coutume dans Vie sociale, de donner le compte rendu d'un roman.
»
Mais « La femme coquelicot appartient à la gérontologie, discipline faisant l'ob-
jet de recherches au CEDIAS.
« La femme coquelicot », c'est l'histoire de Marthe et de Félix qui se ren-
contrent à l'automne de leur vie et qui réussissent l'expérience du couple, expé-
rience souvent mal vécue par des adultes plus jeunes. Leurs relations sexuelles
sont décrites avec beaucoup de pudeur. Elles constituent, cependant, le ciment de
leur entente.
L'ouvrage s'inscrit dans le cadre des recherches menées, à l'heure actuelle,
par l'Institut national d'études démographiques sur la sexualité. Alors qu'il était
courant pour les femmes d'abandonner toute vie sexuelle après la ménopause, les
décennies 70 et 80 ont vu se rompre le lien entre sexualité et fécondité (Le Monde,
26 février 1998).
« Les hommes et les femmes de plus de cinquante ans sont de plus en plus
»
nombreux à avoir des relations sexuelles lorsqu'ils vivent en couple relatent
encore Christian Delbes et Joëlle Gayma dans leur étude consacrée à« L'Automne
de l'Amour ».
Jacques Bonneau
Chronique législative
Jacques Bonneau
Juriste

CODE PÉNAL ET PSYCHIATRIE


Cass. crim. 8 octobre 1977 (rejet Angers 12 juillet 1994) aff. Chouraqui
Gaz. Pal. chr. drt. crim. 24-25 fév. 1998 p. 15.

I. Les faits

Le 12 décembre 1992, Michelle R., assistante maternelle, décou-


vrait que B., âgé de 18 ans, avait sodomisé, la veille, le jeune D.
âgé de 7 ans, souffrant de mucoviscidose. L'un et l'autre lui avaient
été confiés par le juge des enfants. Placés tous deux au foyer de Mi-
chelle R. par l'association Montjoie, ils étaient suivis par une assis-
tante sociale, Christine B. et un éducateur spécialisé J.-P. R.
Le 16 décembre J.-P. R. décidait de mettre fin au placement fa-
milial de B. et le renvoyait chez son père. Le lendemain, 17 décembre,
une réunion de travail au sein de l'association Montjoie réunissait outre
J.-P. R. et Christine B., un psychiatre B. C., un psychologue A. P.
ainsi que M. A. et F. B. codirecteurs du service de placement fami-
lial Montjoie. Les participants décidaient que les parents du jeune D.
seraient convoqués le 7 janvier 1993 pour être informés du viol de leur
enfant. Mais le 22 décembre, une éducatrice alertait le procureur de la
République qui ordonnait aussitôt une enquête.

Les 7 et 8 janvier, J.-P. R., Christine B., B. C., A. P. ainsi


que M. A. et F. B. étaient inculpés de non-dénonciation de sévices
sur un mineur de moins de quinze ans (art. 62 § 2 ancien C.P.) et de
non-assistance à personnes en danger (art. 63 § 2 ancien C.P.).
Le 29 octobre 1993, le tribunal de grande instance relaxait les
Prévenus. Mais, sur appel, interjeté par le ministère public, la cour
d'appel d'Angers, par arrêt du 12 juillet 1994, déclara les éducateurs
coupables de non-dénonciation de sévices infligés à D. et de non-
;;
assistance à personnes en danger. En répression, elle condamna
J.-P. R. et B. C. à huit mois d'emprisonnement et 15000F
d'amende C. B. et A. P. à six mois d'emprisonnement et 8000 F
d'amende M. A. et F. B. à trois mois d'emprisonnement. Elle or-
donna qu'il soit sursis pendant cinq ans à l'exécution de chacune des
peines.
Par arrêt du 8 octobre 1997, la Cour de cassation (ch. crim.) re-
jetant les pourvois des éducateurs, jugea «justifiée la décision de la
cour d'appel ».

II. Code pénal et psychiatrie


Nous ne pensons pas, ainsi que certains l'ont laissé entendre, que
des éducateurs aient songé à repousser au 7 janvier la rencontre avec
les parents de l'enfant afin de jouir de leurs congés de Noël. En fait,
»
la « quinzaine de silence avait pour objet de permettre aux éducateurs
de mener à bien leurs réflexions afin de ne pas traumatiser le bambin
violé et ses parents. Selon les psychiatres, il était médicalement indis-
pensable de minimiser certains faits et d'occulter les détails.
Il convient d'ajouter - chose courante en psychiatrie - que les
éducateurs s'opposaient sur leurs diagnostics, ce qui, quelquefois, al-
longeait sensiblement la date de prise de décision.
Enfin, beaucoup d'éducateurs estiment que leur discipline - assez
indépendante du droit pénal - permet la réintégration avec succès des
adolescents déficients. Agissant ainsi de façon autonome, ils tendent,
malgré eux, à se substituer aux juges.
Mais, la jurisprudence estime que la nécessaire efficacité de la loi
commande aux éducateurs - qui tiennent leur compétence de l'autorité
judiciaire - d'informer immédiatement le juge des enfants de toute
suspicion de viol. Si le crime doit être porté à la connaissance des
autorités, c'est afin de permettre à celles-ci - et à elles seules - de
prendre les mesures propres à éviter qu'il n'achève de produire ses
effets ou qu'il ne soit suivi d'autres (1).
La non-dénonciation paralyse l'action de l'autorité publique et jus-
tifie l'incrimination de délit (2). Enfin, les éducateurs dont les compé-
tences en psycho-pédagogie étaient indiscutables, devaient devant le
viol d'un enfant - sans attendre - faire appel à un médecin (3). Peut-
être cherchaient-ils à ne pas traumatiser le bambin. La psychiatrie peut
se concilier avec les soins corporels (4).
La Cour suprême s'est déjà prononcée sur « l'autonomie des édu-
cateurs ». Elle a rappelé que cette philosophie de l'action sociale ne
dispensait pas ses défenseurs en l'espèce un Centre d'aide par le
-
travail qui laissait circuler ses handicapés légers de répondre au titre
de l'art. 1384 C. cir. des dommages causés par ses -, pensionnaires (5).
Le Code pénal aura bientôt deux siècles d'existence. Beaucoup de
ses dispositions continuent à s'appliquer. Cependant les progrès des
sciences de l'Homme ne doivent pas être écartés. Une harmonieuse
conjonction du droit et de la psychiatrie ne peut que servir la cause de
ceux qui souffrent.

NOTES
(1) Crim. 2 mars 1961. Bull. crim. n° 137 D. 1962 121. obs. Bouzat.
(2) Crim. 7 novembre 1990. Bull. Crim. n°372. Rev. Se. Crim. 1991. 569. obs.
Levasseur.
(3) Crim. 11 octobre 1978. Gaz. Pal. 1979. 2. Somm. 349.
(4) Crim. 14 novembre 1989. Gaz. Pal. 1990.473 et 571 note J.-P. D.
(5) Ass. plein. 29 mars 1991. JCP 1991. II. 21673. concl. Dontewille note Ghestin.
Gaz. Pal. 5-6 août 1992.
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~~t MIGRATIONS SOCIÉTÉ
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ARTICLES

DOSSIER
:
:
Les étrangers et la loi

implications pédagogiques
mai - juin

de l'immigré

Premier regard sur le texte


.,.
j
La revue bimestrielle d'analyse et de débat
sur les migrations en France et en Europe

Le retour, élément constitutif de la condition

.Tf)
De nouvelles lois sur l'immigration en Europe
<.*~.-.
de loi Chevènement relatif à
l'entrée et au séjour des étrangers en France

Les députés n'ont apporté aucune amélioration aux


dispositions du projet de loi relatives à l'asile

La nouvelle loi italienne sur l'immigration

La nouvelle loi italienne sur l'immigration et ses

La politique migratoire en Espagne après les élections de 1996

Bibliographie sélective

REVUE DE PRESSE : France


Le débat sur le projet de loi Chevènement

NOTES DE LECTURE

"Nous avons tant de choses à nous dire"


nrai

,.
HMIIS
,- !jf

A. Sayad

Ch. Bruschi

S. Bouziri

Amnesty
International

P. Bonetti

A. Perotti

Colectivo 10E

L. Prencipe

A. Perotti

(de R. Benzine et Ch. Delorme) Ph. Farine


y
"Refugees : a challenge to solidarity"
(par le CMS de New York) G. Monaldi

Abonnements - diffusion: CIEMI : 46,rue de Montreuil - 75011 Paris


:
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Le C.E.D.I.A.S. - Musée So
SesServices Ses Activitési - I

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• (entrée libre).
CONFERENCES-DEBATS

ENQUÊTES-ÉTUDES : :
Ses Services Ses Activités -

Elles portent sur un problème social

Assurées par les services techniques du CEDIAS


d'
*
*

d'autres organismes ou des chercheurs extérieurs à la Fondation, ces enquêtes1


publiées, soit dans VIE SOCIALE, soit en brochures spéciales.
< INFORMATION-DOCUMENTATION : Le service de documentation silj
établissements publie un répertoire des établissements sanitaires et sOciat-0

• SESSIONS
: * •s
:
France, comprenait un descriptif détaillé de ceux-ci. Il est diffusé sous la forme
manuetdeplacement et
i; (f.;- *, i
de brochures différentes. :'

Chaque année sont organisés des cours d'initiation aux techrjjj

w
sociaux
:
de dofcumentatidn sociale et des sessions spécialisées, destinées aux se~!
et de personnel, aux bibliothèques, aux secrétariats médicaux et sociaux
BIBLIOTHEQUE Une bibliothèque de 100 000 volumes, dont certains
et des périodiques, français et étrangers, permet de travailler sur l'ensemog
uniel

e SALLES DE RÉUNION :
domaine social, d'hier et d'aujourd'hui. La consultation des ouvrages est libre,H
lieu sur place, tous les jours, de 9 heures à 12 h 30 et de 13 h 30 à 17 h 30.
Le CEDIAS - Musée Social dispose de deux salW
réunion, qu'il loue aux associations ayant un caractère social, culturel ou scientifiCl!
-Salle Paul-Delombre, 220 places.
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les Numéros Spéciaux sur l'initiation à la documentation sociale.
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