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Cabinet Laboratoire

L’empreinte en prothèse fixée:


comprendre ses erreurs pour réussir
1ere partie notions fondamentales

Y. BEDOUIN,
F. TRUCHOT-LENORMAND,
J. LECERF, P. AUROY
Chirurgiens-dentistes

M
Quels éléments cliniques algré les progrès des
à transmettre au laboratoire scanners optiques, les
par le biais des empreintes ? empreintes réalisées
en bouche à l’aide de
Quelles sont les erreurs
matériaux à empreinte
potentielles accumulées
sont encore une étape incontournable
lors de la prise d’empreinte ? et délicate du traitement prothétique.
Quels sont les principes de l’échec ? Quels que soient les matériaux et les
techniques utilisés, elles assurent le
transfert des données cliniques au labo-
ratoire de prothèses. Elles doivent donc
enregistrer l’intégralité des détails des
tissus buccaux et des surfaces dentai-
res, tout en permettant l’obtention d’un
modèle de travail de fiabilité dimension-
nelle irréprochable.

Stratégie prothétique septembre-octobre 2010 • vol 10, n° 4


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Comprendre ses erreurs lors de l’empreinte - Y. Bedouin et coll.

Pour satisfaire ces objectifs, les matériaux ment plus indiqué pour les empreintes en
de l’empreinte doivent répondre au cahier double mélange simultané, sa coloration
des charges suivant : foncée rendait l’iconographie obscure.
• aptitude à mouler les organes dentaires Pour faciliter la lecture nous utiliserons
préparés et non préparés : elle dépend de dans cet article le terme «  light  » pour
la mouillabilité, la thixotropie et la viscosité désigner les matériaux de basse viscosité
des matériaux d’empreinte pendant leur et le terme «  putty  » pour désigner les
phase d’insertion avant leur réticulation, matériaux de viscosité plus élevée.
• élasticité, ténacité et récupération dimen-
sionnelle, permettant au matériau réticulé éLéMENTS CLINIQUES
d’être désinséré sans se déchirer puis de A TRANSMETTRE AU
reprendre son volume initial rapidement LABORATOIRE DE PROTHÈSE
sans conserver de déformation rémanente, L’empreinte est la porte d’entrée du traite-
•stabilité dimensionnelle des matériaux ment au laboratoire de prothèse qui assure
après réticulation, permettant de conser- le transfert exact des données cliniques.
ver durablement et sans déformation Une empreinte de préparation périphérique
ultérieure les volumes enregistrés. Les doit permettre l’élaboration d’un modèle
variations dimensionnelles dans le temps de travail qui autorise le prothésiste à :
devant être nulles. • lire sans ambiguïté la limite des prépara-
•aptitude à être moulé par un matériau de tions réalisées par le clinicien ainsi qu’une
réplique : elle est tributaire de la mouilla- partie des surfaces non préparées sous-
bilité des matériaux d’empreinte et de jacentes aux limites, afin que la future
réplique ainsi que de leur compatibilité jonction dento-prothétique soit la plus fine
physico-chimique. possible et que le profil prothétique soit
Compte tenu de la complexité du cahier en adéquation avec les surfaces non pré-
des charges pour répondre aux objectifs, parées. Le matériau à empreinte doit donc
la mise en œuvre nécessairement com- investir les surfaces au-delà des limites de
plexe des matériaux lors de l’empreinte préparation sur une hauteur suffisante,
conduit souvent le clinicien à l’échec. • visualiser clairement et en totalité
Dans cette première partie, nous verrons l’émergence parodontale des dents bor-
les principales techniques d’empreinte en dant les préparations, afin de s’inspirer
prothèse fixée sur dents naturelles ainsi de la situation et des rapports gingivo-
que les principes fondamentaux régissant dentaires proximaux, pour proposer au
l’échec. Les techniques seront illustrées clinicien une reconstruction esthétique et
par le moulage d’un modèle unique de non iatrogène. Les matériaux à empreinte
préparation pour inlay-core et d’un modèle doivent ainsi enregistrer ces volumes pré-
unique de préparation coronaire périphé- cisément et en totalité,
Fig. 1 Empreinte réussie
(double mélange
rique. Nous avons mis à contribution des •transférer les rapports occlusaux enre-
simultané). matériaux à empreinte élastomères de gistrés par le praticien. Le moulage des
type polyvinyl-siloxanes (PVS) Putty Hard surfaces occlusales doit donc être complet,
et Putty Soft de la gamme non altéré par des imprécisions de détail ou
Aquasil ® avec des porte- des manques. Ces défauts pourraient en
empreintes non perforés à effet interdire aux matériaux d’enregistre-
jonc périphérique de type ment occlusal de se placer correctement
Rim-Lock ®. Nous avons sur le modèle de travail inexact. La préci-
systématiquement utilisé sion du moulage des tables occlusales de
l’Aquasil light XLV (extra toutes les dents de l’arcade est le premier
low viscosity), dont la impératif garant de la fiabilité du transfert à
coloration orangée permet l’articulateur des rapports occlusaux. L’em-
une meilleure lisibilité des preinte doit donc investir et enregistrer
photographies, car bien avec précision les cuspides, les fosses et
que l’Aquasil light LV (low les sillons de toutes les dents concernées
1 viscosity) soit clinique- par le moulage.

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Outre ces éléments cliniques, une suffisant au-delà des limites nettes, préci-
empreinte de préparation pour inlay-core sions de détails (faces occlusales) (fig. 1).
doit permettre l’élaboration d’un modèle • Coupe de l’empreinte : limites de prépa-
permettant au prothésiste de : ration bien visibles, bonne cohésion des
• lire sans ambiguïté et dans sa totalité le matériaux, enregistrant une partie des
logement dévolu à l’ancrage radiculaire en tissus non préparés sur une hauteur suf-
longueur et diamètre, depuis le cône de fisante (fig. 2).
raccordement, jusqu’à l’extrémité de la • Modèle en plâtre : sulcus ouvert et
préparation intra-radiculaire. Le matériau à présence de light dans le sulcus (non
empreinte doit donc enregistrer l’ensem- nécessaire mais confirme le fluage du
ble des surfaces à mouler des préparations light au-delà des limites de préparation), 2
radiculaires et coronaires pour inlay-core, limites lisibles sans ambiguïté, précision
• visualiser clairement la position, le des détails (faces occlusales, granité de
volume et l’axe des dents bordant la dent la gencive adhérente, papilles, émergence
intéressée par la reconstitution corono- des dents proximales) (fig. 3).
radiculaire. Les dents bordant les pré- Étiologie
parations devront donc également être Tissus sains (parodonte prothétiquement
enregistrées afin que le prothésiste soit sain), bon accès aux limites, respect des
en mesure de confectionner un inlay-core temps de manipulation et de réticulation
compatible avec l’esthétique et l’axe d’in- des matériaux à empreinte, viscosités adap-
sertion de la future couronne prothétique. tées à la technique du double mélange
simultané, quantité suffisante de matériaux,
TECHNIQUES D’EMPREINTE bonne homogénéisation du mélange base-
DE PRÉPARATION catalyseur et respect des proportions, com- 3
PÉRIPHÉRIQUE EN PROTHÈSE pression adéquate, axes d’insertion et de
FIXÉE DENTO-PORTéE désinsertion du porte-empreinte contrôlés.
Fig. 2 Coupe de
Double mélange simultané : Solutions, conduite à tenir
l’empreinte réussie
empreinte réussie Validation de l’empreinte, décontamina- (double mélange
Principe tion et rinçage de l’empreinte selon les simultané). La limite de
Le double mélange simultané (empreinte recommandations du fabricant, transfert préparation et les surfaces
en un temps deux viscosités) permet une au laboratoire de prothèse. au-delà sont parfaitement
excellente liaison entre le matériau fluide lisibles sur toute la
de basse viscosité dit « light », destiné à Wash technique : empreinte périphérie (flèches noires).
s’insinuer avec précision dans les moin- réussie (empreinte en deux Fig. 3 Modèle en plâtre
dres détails des tissus à enregistrer, et temps deux viscosités) issu de l’empreinte
le matériau de viscosité plus élevée dit Principe réussie (double mélange
simultané). Les limites
« putty », chargé de : La wash technique associe un matériau
de préparation et les
• soutenir le light, de très haute viscosité dit « putty hard » surfaces au-delà sont
• combler l’espace entre les tissus buc- et un matériau de très basse viscosité dit parfaitement lisibles sur
caux et le porte-empreinte, « extra-light ». Cette technique ne néces- toute la périphérie. Le
• contribuer à la stabilité dimensionnelle site pas d’aide opératoire contrairement à matériau light assure une
de l’empreinte (5, 16, 18). la précédente. Mais elle comprime souvent reproduction fine des
À condition d’être maîtrisée, cette tech- le matériau de basse viscosité en regard détails sur le modèle.
L’enregistrement de
nique permet l’obtention d’un modèle de des préparations entraînant lors de la désin-
l’émergence gingivale
travail qui reproduit toujours fidèlement sertion un phénomène de relaxation des des dents proximales à la
la situation clinique (polyvinyl-siloxanes, contraintes qui ne garantit pas toujours l’ob- préparation est net.
polyéthers, hydrocolloïdes). tention d’une réplique exacte de la situation
Diagnostic clinique. On observe alors souvent un sous-
• Empreinte : bonne cohésion du light et du dimensionnement aléatoire du modèle en
putty, bonne liaison au porte-empreinte, plâtre (polyvinyl-siloxanes, polyéthers).
pas de contacts avec le porte-empreinte, Diagnostic
pas de manques, pas de bulles, pas de • Empreinte : bonne cohésion entre le
déchirures, pas de tirages, enregistrement light et le putty hard, bonne liaison au

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porte-empreinte, pas de contacts avec ce
dernier, pas de manques, pas de bulles,
pas de déchirures, pas de tirages, enregis-
trement au-delà des limites de préparation
qui sont nettes. Le matériau light com-
primé au niveau de la préparation investit
la totalité du sillon gingivodentaire. Bonne
précision des détails (faces occlusales,
granité de la gencive adhérente, papilles,
7 8 émergence des dents proximales) (fig. 4,
5, 6).
• Coupe de l’empreinte : limites de prépa-
Fig. 4 Empreinte wash technique réussie (double mélange en deux temps). ration bien visibles, light au-delà des limi-
Premier temps de l’empreinte. Le matériau putty hard investit l’ensemble tes (fig. 7, 8).
des surfaces dento-parodontales sans précision de détails. • Modèle en plâtre : sulcus ouvert et pré-
Fig. 5 Empreinte en wash technique réussie. Aménagements du moulage sence de light dans le sulcus (non néces-
pour le second temps de l’empreinte. Suppression des languettes inter- saire mais confirme le fluage du light
dentaires pour éviter qu’elles ne perturbent le repositionnement du porte- au-delà des limites de préparation), limi-
empreinte en bouche (rectangle). Eviction du matériau putty hard en regard
tes lisibles sans ambiguïté, précision des
de la limite périphérique lorsqu’elle est juxta-gingivale ou intra-sulculaire
afin d’éviter la fermeture du sulcus, ce qui empêcherait le light d’investir détails (faces occlusales, granité gencive
correctement les surfaces sous-jacentes (cercle blanc). Création d’évents adhérente, papilles).
suffisamment étendus sur toutes les dents non préparées pour permettre Étiologie
l’échappement du light et éviter une compression excessive (flèches Tissus sains (parodonte prothétiquement
blanches). sain), bon accès aux limites (technique
Fig. 6 Empreinte wash technique réussie. Empreinte terminée. L’aspect d’éversion sulculaire), respect des temps
« lavé » est patent (flèche creuse) sur la totalité du moulage sauf à de manipulation et de réticulation des
l’emplacement des évents, des papilles et de la périphérie de la préparation matériaux à empreinte, viscosités adap-
(flèches blanches). L’empreinte semble réussie, cependant elle montre tées à la wash technique, quantité suffi-
aussi une des limites de cette technique car localement, là où la couche de
sante de matériaux, homogénéisation du
light est la plus fine et la plus faiblement liée au putty, elle s’est décollée
puis déchirée (flèches noires et grandissement en cartouche). mélange base-catalyseur et respect des
proportions, axes d’insertion et de désin-
Fig. 7 Coupe de l’empreinte wash technique réussie au niveau de
sertion du porte-empreinte contrôlés,
la préparation. La limite de préparation et les surfaces au-delà sont
parfaitement enregistrées sur toute la périphérie (flèches blanches). évents vestibulaires, linguaux et distaux
Les volumes de putty hard supprimés ont été comblés par le light. Une bien répartis sur toutes les dents autres
épaisseur fine et régulière de light tapisse le putty par ailleurs (carré). que les préparations ; au niveau des pré-
Fig. 8 Coupe de l’empreinte wash technique réussie au niveau de la parations : élimination du putty hard en
seconde prémolaire. Les volumes de putty supprimés ont été comblés regard de la limite périphérique, élimina-
par le light (flèches blanches). Les évents s’étendent bien jusqu’aux faces tion des languettes interdentaires, net-
vestibulaires et linguales des dents : le matériau light a pu s’échapper toyage et séchage de l’empreinte avant
sans compression excessive sur toutes les dents non préparées. Une rebasage avec le matériau de basse vis-
épaisseur fine et régulière de light tapisse le putty par ailleurs (carré blanc).
cosité, réinsertion du porte-empreinte
Cependant la couche de light est localement déchirée (flèche noire).
jusqu’au repositionnement complet.

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Solutions, conduite à tenir • Coupe de l’empreinte : présence de bul-


Validation de l’empreinte, décontamina- les dans la masse du matériau. Limites de
tion et rinçage de l’empreinte selon les préparation bien visibles et bon investis-
recommandations du fabricant, envoi au sement des surfaces sulculaires (fig. 10).
laboratoire de prothèse. Étiologie
Matériaux concernés Les bulles présentes dans la masse du
PVS, polyéthers. matériau sont dues au procédé de mélange
Remarque manuel (spatulations dans le cas présent).
Les évents permettent un réel échap- L’absence de bulles sur le moulage des faces
pement du matériau de basse viscosité, occlusales est due au non-emprisonnement
limitant ainsi une compression excessive d’air dans les concavités lors de l’insertion
des dents non préparées et du matériau du porte-empreinte grâce à l’enduction préa-
emprisonné. Malgré toutes les précau- lable à l’alginate des surfaces occlusales.
tions, l’absence d’évents au niveau de la La figure 11 montre les bulles d’air empri-
préparation, inhérente aux principes de sonnées lors d’un moulage sans enduction
cette empreinte, peut conduire à l’em- préalable des tables occlusales. La qualité
prisonnement de contraintes au sein du de l’enregistrement de la limite de prépara-
putty hard et du light qui se libéreront à tion et des surfaces sulculaires au-delà de
la désinsertion, affectant gravement la la zone préparée est le fruit de l’hydrophilie
fiabilité dimensionnelle de l’empreinte. naturelle, de l’excellente mouillabilité et de
Le clinicien ne dispose d’aucun moyen la thixotropie de l’alginate.
pour contrôler la fiabilité de l’empreinte Solutions, conduite à tenir
qu’il vient de réaliser. De plus, la réticula- Une vibro-spatulation sous vide permet
tion a posteriori du light sur le putty hard d’éviter la présence de bulles dans la 9
déjà complètement réticulé depuis plu- masse du matériau. Les faibles propriétés
sieurs minutes ne permet pas d’assurer mécaniques de l’alginate et sa forte sus-
une liaison chimique fiable entre les deux ceptibilité aux variations dimensionnelles
matériaux. Des délaminations à l’interface limitent son utilisation aux empreintes pré-
sont fréquentes et malheureusement pas liminaires ou d’antagoniste ne recherchant
toujours visibles (fig. 6 et 8). pas un accès aux limites de préparation
et obligent à ne pas différer le traitement
Empreinte monophase réussie de l’empreinte. Le matériau se déformant
Principe sous son propre poids, il faut impérati-
L’empreinte monophase n’utilise qu’un vement que les parties d’alginate non
seul et même matériau pour l’injection sur soutenues par le porte-empreinte soient
les surfaces dentaires et dans le porte- éliminées à proximité des bords métal-
empreinte. Ses qualités propres doivent liques, de sorte que le porte-empreinte 10
donc remplacer à la fois celles dévolues
au putty et celles dévolues au light. Mal-
gré les progrès des matériaux à notre dis- Fig. 9 Empreinte réussie à l’alginate (mélange manuel). La mouillabilité, la
position, les techniques en un seul temps thixotropie et la bonne précision de détail de ce matériau s’expriment dans
la qualité de ses empreintes. L’étalement d’alginate sur les faces occlusales
sont encore réservées, en prothèse fixée
juste avant l’insertion du porte-empreinte évite d’enfermer des bulles dans
sur dents naturelles, aux empreintes ne ces volumes concaves.
nécessitant pas un accès aux limites de
Fig. 10 Coupe de l’empreinte réussie à l’alginate (mélange manuel.
préparation. Les techniques monophases
Contrairement aux bulles dans les surfaces concaves, celles présentes
aux polyvinyl-siloxane, polyéthers et algi- dans la masse du matériau sont inhérentes au procédé de spatulation
nates seront utilisées pour les empreintes manuelle (flèche noire). La qualité de l’enregistrement de la limite de
préliminaires ou d’antagoniste. préparation et des surfaces sulculaires au-delà est le fruit de l’hydrophilie
Diagnostic naturelle, de l’excellente mouillabilité et de la thixotropie de l’alginate
• Empreinte : bonne liaison au porte- (flèches et cercle blancs). Les faibles propriétés mécaniques de l’alginate et
empreinte, pas de contacts avec le porte- sa forte susceptibilité aux variations dimensionnelles limitent son utilisation
aux empreintes préliminaires ou d’antagoniste et obligent à ne pas différer
empreinte, pas de manques, pas de bulles, le traitement de l’empreinte.
pas de déchirures, pas de tirages (fig. 9).

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Fig. 11 Empreinte à seul puisse reposer sur le plan de travail l’empreinte primaire, interférence entre
l’alginate (mélange et non l’alginate (fig. 12). En attendant la la tête du tenon et le matériau de haute
manuel) avec des coulée qui interviendra au plus tard dans viscosité utilisé pour l’empreinte primaire,
bulles sur les éléments les 15 minutes, l’empreinte rincée, décon- compression excessive, risque de décol-
anatomiques enregistrés.
taminée puis à nouveau rincée et séchée lement entre les deux matériaux, modèle
Il n’y a pas eu d’étalement
d’alginate sur les modérément, sera placée dans un hygro- de travail sous-dimensionné.
faces occlusales juste phore. Le plus simple des hygrophores
avant l’insertion du étant un sac en plastique hermétiquement Empreinte par injection dans le
porte-empreinte. De fermé sur l’empreinte sans rien d’autre logement radiculaire réussie
nombreuses bulles à l’intérieur : ni eau liquide, ni rouleau de Principe (11, 12)
affectent la qualité de coton humide, ni serviette imbibée d’eau. Si cette technique d’empreinte est particu-
l’empreinte dans les
Matériaux concernés lièrement indiquée dans le cas de racines
surfaces concaves
(cercles noirs) et même Alginate, PVS, polyéthers. ovoïdes ou oblongues (prémolaires maxil-
sur la préparation (flèches laires), elle peut cependant être utilisée
noires). TECHNIQUES D’EMPREINTE dans toutes les situations cliniques.
Fig. 12 Empreinte à DES PRÉPARATIONS Elle impose une préparation préalable du
l’alginate (mélange CORONO-RADICULAIRES logement radiculaire qui doit être :
manuel). Le matériau (inlay-core) EN PROTHÈSE • désobturé jusqu’aux deux tiers de la
est dimensionnellement FIXÉE longueur radiculaire, avec des forets de
instable dans le temps Deux techniques d’enregistrement vont «  Gates ®  » ou «  Largo ®  » de diamètre
et se déforme sous son être envisagées : l’empreinte injectée qui croissant, montés sur contre-angle,
propre poids. Il doit être
permet la réalisation d’inlay-cores avec • mis de dépouille par rapport à l’axe d’in-
impérativement soutenu
par le porte-empreinte. tenons anatomiques et l’empreinte avec sertion du futur inlay-core,
Les parties non soutenues tenons calibrés usinés. • élargi tout en préservant les parois denti-
sont supprimées à Le double mélange simultané (un temps naires (l’épaisseur de dentine résiduelle suffi-
proximité des bords deux viscosités) permet une excellente sante doit être supérieure ou égale à 1 mm).
métalliques (flèches liaison entre le matériau fluide de basse Préalablement à l’empreinte, le logement
blanches), de sorte que viscosité « light », destiné à enregistrer radiculaire est soigneusement nettoyé,
seul le porte-empreinte
avec précision les détails de la préparation irrigué avec de la liqueur de la Barraque ou
repose sur le plan de
travail (cercle). intracamérale et du logement radiculaire, du Dakin rincé soigneusement à l’eau puis
et le matériau plus visqueux «  putty  », asséché avec des pointes de papier.
placé dans le porte-empreinte. Cette technique utilise, en un seul temps,
La technique en deux temps deux viscosi- deux matériaux de viscosité différente : un
tés « wash technique » associant « putty matériau « light » et un matériau « lourd » ;
hard  » et «  extra-light  » est à exclure il s’agit donc d’une empreinte en double
dans le cas d’empreintes pour inlay-cores mélange simultané.
qu’elles fassent appel pour l’enregistre- Le principe de cette technique est d’injec-
ment du logement radiculaire à des maté- ter directement le matériau d’empreinte
riaux injectés ou à des tenons usinés. Elle « light » dans le logement radiculaire ; l’in-
expose en effet à un trop grand risque jection se poursuit au niveau de la prépara-
d’erreurs : repositionnement imprécis de tion intracamérale, autour de la préparation
coronaire périphérique et sur les dents adja-
centes, avant l’insertion du porte-empreinte
chargé de « putty ». L’injection du « light »
peut se faire au moyen d’une seringue à
élastomère avec un embout long et fin (type
Bayard® ) permettant d’atteindre le fond du
logement radiculaire, ou avec un pistolet
auto mélangeur muni d’un embout jetable en
association avec un bourre pâte de Tanaka®.
Le diamètre de l’embout monté sur le pisto-
let auto mélangeur ne permet pas toujours
11 12 d’accéder au fond du logement radiculaire.

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L’utilisation combinée d’un bourre pâte tenon est quasiment homothé-


de type Tanaka® monté sur contre-angle tique au volume radiculaire. Elle
« bague verte » permet alors au matériau fait appel à un plateau technique
« light » d’être propulsé jusqu’au fond de particulier :
la préparation radiculaire. Cette injection se • forets de préparation et de
fera évidemment sans « spray ». mise en forme radiculaire spé-
Diagnostic cifiques
• Empreinte : bonne liaison du matériau au • tenons de prise d’empreinte
porte-empreinte, bonne cohésion du light • tenons calcinables
et du lourd, absence de contacts entre Les tenons calcinables ne doi-
le porte-empreinte et la préparation, les vent jamais être employés pour 13
dents adjacentes et le parodonte (porte- la prise d’empreinte car leur dia-
empreinte non exposé), absence de mètre est inférieur au diamètre
bulles ou de manques, absence de déchi- du tenon de prise d’empreinte.
rements, absence de déformations, loge- Cette particularité a pour objec-
ment de tenon enregistré dans sa totalité tif de compenser l’expansion
(longueur et diamètre) (fig. 13). de prise du plâtre utilisé pour
• Coupe de l’empreinte : bonne cohésion la coulée du modèle de travail.
du light et du lourd, absence de bulles ou Ce phénomène aboutit à une
de manques, absence de déchirements, réduction du diamètre de la
absence de déformations, logement de lumière du logement radiculaire
tenon enregistré dans sa totalité (longueur sur le modèle qui serait donc
et diamètre) toujours trop étroit si les tenons 14
• Modèle en plâtre : préparation intraca- calcinables étaient utilisés pour la prise
mérale entièrement enregistrée, vacuité d’empreinte.
du logement radiculaire, limites périphé- Une préparation préalable du logement
riques lisibles, précision des détails, envi- radiculaire est nécessaire. Ce dernier est :
Fig. 13 Empreinte par
ronnement parodontal et dentaire bien • désobturé jusqu’aux deux tiers de la
injection dans le logement
reproduit (fig. 14). longueur de l’implantation osseuse de la radiculaire réussie (double
Étiologie racine, avec des forets de « Gates ® » puis mélange simultané). Les
Enregistrement complet du logement radi- « Largo ® », montés sur contre-angle, logements de tenons
culaire et de la préparation intracamérale, • mis en forme avec des forets alésoirs sont enregistrés dans
accès aux limites, respect des temps de de diamètres croissants et spécifiques à leur totalité (longueur et
manipulation et de réticulation, viscosités la forme des tenons. diamètre).
adaptées, quantité suffisante de matériau, Le choix du diamètre du tenon est fonc- Fig. 14 Modèle en plâtre
homogénéisation complète des matériaux tion de l’anatomie radiculaire et de l’épais- issu de l’empreinte par
et respect des proportions, axes d’inser- seur des parois dentinaires résiduelles. Là injection dans le logement
radiculaire réussie (double
tion et de désinsertion du porte-empreinte encore, désobturation et mise en forme
mélange simultané).
contrôlés, injection lente et contrôlée du doivent respecter une épaisseur de parois Le cône de raccordement
light, vitesse de rotation du lentulo de dentinaires résiduelles supérieure ou et les détails de la
Tanaka® adéquate, pas de spray. égale à 1 mm. Le tenon calibré utilisé doit préparation intracamérale
Conduite à tenir, solutions avoir un diamètre identique au diamètre sont reproduits de
Validation de l’empreinte, décontamina- du dernier foret de mise en forme utilisé manière fine. La limite
tion selon les recommandations du fabri- et une forme spécifiquement adaptée. Car de préparation est
parfaitement lisible sur
cant, conditionnement de l’empreinte et l’adaptation du tenon avec les parois radi-
toute la périphérie.
traitement au laboratoire de prothèse. culaires doit être la plus intime possible,
avec une friction douce lors de son retrait.
Empreinte réussie faisant appel Le tenon de prise d’empreinte doit, bien
à des tenons calibrés usinés entendu, pénétrer le logement sur toute
Principe (11,12) sa longueur. Préalablement à l’empreinte,
Cette technique d’empreinte est réservée le logement de tenon est soigneusement
aux racines de sections presque circulai- conditionné comme précédemment
res (incisives, canines) pour lesquelles le décrit.

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Il s’agit d’une empreinte en double mélange sation complète des matériaux et respect
simultané. Elle utilise, en un seul temps, des proportions, axes d’insertion et de
deux matériaux de viscosité différente : un désinsertion du porte-empreinte contrô-
matériau fluide de faible viscosité « light » lés, injection lente et contrôlée du light.
et un matériau plus visqueux dit de haute Conduite à tenir, solutions
viscosité « lourd » ou « putty ». Validation de l’empreinte, décontamina-
Cette technique consiste à injecter, avec tion selon les recommandations du fabri-
un pistolet auto mélangeur muni d’un cant, conditionnement de l’empreinte et
embout jetable, autour d’un tenon nor- traitement au laboratoire de prothèse.
malisé placé dans le logement radiculaire,
un matériau de faible viscosité, sans que LES PRINCIPES DE L’ÉCHEC
15 celui-ci ne fuse entre la préforme et les Viscosité et thixotropie
parois canalaires ; l’injection du « light » se En rhéologie, science des écoulements,
poursuit au niveau de la préparation intra- les fluides sont classés en trois catégories
camérale, puis autour de la préparation et selon leur comportement sous l’action
sur les dents adjacentes, avant l’insertion d’une contrainte :
du porte-empreinte chargé de « putty ». • les fluides « newtoniens », pour lesquels
Diagnostic il n’y a pas de modification de leur vitesse
• Empreinte : bonne liaison du matériau au d’écoulement : leur viscosité ne change
porte-empreinte, bonne cohésion du light pas sous la contrainte (ex : l’eau),
et du lourd, absence de contacts entre • les fluides « antithixotropes », pour les-
le porte-empreinte et le tenon norma- quels la vitesse d’écoulement est dimi-
lisé, les dents adjacentes et le parodonte nuée : leur viscosité augmente sous la
(porte-empreinte non exposé), absence contrainte (ex : le Viscogel® qui s’épaissit
de bulles ou de manques, absence de quand on le spatule),
déchirements, absence de déformations, • les fluides « thixotropes » dont la vitesse
le tenon normalisé est emporté dans l’em- d’écoulement augmente : leur viscosité
preinte, sans déplacement (fig. 15). diminue sous la contrainte (ex : le plâtre
• Coupe de l’empreinte : bonne cohésion qui se fluidifie quand on le vibre).
16 du light et du lourd, absence de contacts La thixotropie est la propriété qui permet
entre le porte-empreinte et le tenon nor- à nos matériaux d’empreinte de s’expulser
malisé, absence de bulles ou de man- facilement des systèmes d’éjection et de
Fig. 15 Empreinte réussie, ques, absence de déchirements, absence se fluidifier au contact des tissus buccaux
technique tenon calibré de déformations, le tenon normalisé est sous la pression du porte-empreinte, leur
usiné (double mélange emporté dans l’empreinte, sans déplace- permettant d’investir des zones difficiles
simultané).
ment, les rainures de rétention sont englo- d’accès (contre-dépouilles, cavités, limi-
Fig. 16 Coupe de bées dans le matériau d’empreinte, la tête tes intra-sulculaires, etc.) (15).
l’empreinte réussie,
du tenon est prise à la fois dans le light et Chaque matériau à empreinte a une thixo-
technique tenon calibré
usiné (double mélange
le putty (fig. 16). tropie propre, formulée par le fabricant
simultané). • Modèle en plâtre : préparation intracamé- selon ses objectifs et ses moyens. Elle
rale entièrement enregistrée, vacuité du implique que les matériaux soient sollici-
logement canalaire, limites périphériques tés par le praticien sous une gamme de
lisibles, précision des détails, environne- contraintes connues et maîtrisées, en
ment parodontal et dentaire reproduit deçà de laquelle ils ne s’écouleraient pas
(fig. 17). assez et au-delà trop.
Étiologie On comprend donc l’importance de la
Enregistrement complet du logement prise en compte de la thixotropie par le
canalaire et de la préparation intracamé- clinicien lors de la compression qu’il appli-
rale, choix du tenon adapté à la préparation que aux matériaux d’empreinte durant la
canalaire, accès aux limites, respect des phase d’enregistrement des tissus dentai-
temps de manipulation et de réticulation res. Ainsi la force exercée par l’opérateur
des matériaux, viscosités adaptées, quan- dépendra bien sûr, de la viscosité propre
tité suffisante de matériaux, homogénéi- des matériaux d’empreinte, mais aussi du

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Cabinet Laboratoire

confinement périphérique produit par le de ceux-ci dans les contre dépouilles


porte-empreinte, et de l’axe d’insertion. microscopiques des irrégularités de sur-
Une compression insuffisante ou exagé- face, et macroscopiques de l’anatomie,
rée peut conduire respectivement à la pré- des structures moulées.
sence de bulles, de manques, de tirages, Le traînage est le travail dynamique qu’il
de chasse exagérée des matériaux, de faut fournir pour séparer le porte-empreinte
séquestration de contraintes, et de contact garni de ses matériaux des structures gin-
des structures avec le porte-empreinte. givo-dentaires qui ont été moulées. Il rend
compte des frottements qui s’exercent sur
Mouillabilité et surfactant les matériaux pendant la désinsertion, de
La mouillabilité rend compte de l’aptitude l’amplitude des déformations imposées
d’une goutte de liquide à s’étaler sur une aux matériaux d’empreintes pour s’ex-
surface solide. Un liquide a une mouilla- traire des contre dépouilles, de l’étendue
bilité d’autant plus élevée que sa tension des surfaces moulées, et de l’état de ces
superficielle est basse par rapport au surfaces plus ou moins adhérentes.
solide. Dans notre contexte, plus la ten- Freinage et traînage induisent de telles
sion superficielle du matériau à empreinte contraintes sur les matériaux que les
est faible, meilleures sont ses capacités déformations qu’ils engendrent peuvent
de mouillage et donc ses aptitudes à être irréversibles : déchirures, arrache-
investir les surfaces à mouler. ment, abrasion de la surface ; déformation
Une mouillabilité insuffisante du matériau en masse avec relaxation incomplète des
à empreinte altère non seulement sa pré- contraintes et persistance de déformations
cision de détail mais aussi sa capacité à rémanentes ; désolidarisation du porte-
investir les surfaces affectées par les flui- empreinte. Les préparations cavitaires et
des buccaux. corono-radiculaires, compte tenu de leurs
Les matériaux hydrocolloïdes dont les importantes surfaces développées, sont Fig. 17 Modèle en plâtre
alginates, les matériaux polyéthers, sont particulièrement sujettes à ces effets. issu de l’empreinte
par nature hydrophiles. Les polyvinyl- Pour limiter ces effets, il conviendra : réussie, technique tenon
siloxanes sont quant à eux hydrophobes. de combler les fortes contre-dépouilles calibré usiné (double
mélange simultané). Le
Cependant, l’adjonction de surfactants n’ayant pas d’incidences cliniques avec de
cône de raccordement
dans la masse de ces derniers diminue la cire, d’exercer les forces de désinsertion et les détails de la
leur tension superficielle, favorisant leur rapidement et dans l’axe des préparations préparation intra-
étalement sur les surfaces à enregistrer et en prenant appui sur les bords du maté- camérale sont reproduits
peut même en rendre certains hydrophi- riau d’empreinte, de toujours vérifier que de manière fine. Les
les ou au moins diminuer beaucoup leur les contraintes de la désinsertion n’ont tenons se repositionnent
hydrophobie. Mais le dosage de cet adju- pas altéré les surfaces du moulage ou sa parfaitement dans les
logements canalaires.
vant par le fabricant est délicat : en trop position dans le porte-empreinte.
La limite de préparation
petite quantité il est inefficace, en excès est lisible sur toute la
il peut affecter les caractéristiques physi- Matériaux à empreinte : périphérie.
ques du matériau réticulé (6). caractéristiques
physico-chimiques
Freinage, traînage On distingue deux catégories de maté-
Les forces mises en œuvre lors de la riaux à empreinte en prothèse fixée : les
désinsertion des empreintes sont bien hydrocolloïdes et les élastomères. Les
illustrées par les notions de freinage et de élastomères sont réputés moins hydrophi-
traînage. les que les hydrocolloïdes.
Le freinage est la force statique d’adhé- Bien que les hydrocolloïdes, les alginates
sion qui s’oppose à la désinsertion. C’est et les polyéthers soient diversement uti-
la combinaison de la dépression créée à lisés pour la réalisation d’empreintes en
l’interface entre les matériaux d’emprein- prothèses fixées, les polyvinyl-siloxanes
tes et les surfaces moulées par la traction (PVS) se sont largement imposés en rai-
sur le porte-empreinte, de l’adhésivité des son de leurs remarquables propriétés phy- 17
matériaux à ces surfaces, et de l’ancrage sico-chimiques.

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Comprendre ses erreurs lors de l’empreinte - Y. Bedouin et coll.

Les hydrocolloïdes réversibles ne sont compte tenu de leur solubilité potentielle


plus utilisés que dans les techniques élevée et de leur sensibilité thermique (7).
d’empreintes hydro-alginates de moins en Les silicones, contraction sémantique
moins indiquées à cause des progrès des de « silicium-kétones », constituent une
PVS et des polyéthers. vaste famille de polymères aux propriétés
Les alginates sont des hydrocolloïdes remarquables (1).
irréversibles. Ils forment par mélange Les PVS sont des élastomères de silicone
avec l’eau un sol qui précipite en gel par réticulant par addition. Ils ne doivent pas
réaction chimique (7). C’est un matériau être confondus avec les élastomères de
hydrophile plus fluide et plus thixotrope silicones réticulant par condensation qui
que les élastomères de haute viscosité : ne devraient plus être indiqués comme
il est moins susceptible de déformer l’em- matériaux d’empreintes, tant leurs per-
preinte par tirage. formances sont éloignées des standards
Ses principaux défauts sont : actuels en prothèse fixée.
• la présence de bulles dans la masse Les PVS sont constitués de très longs poly-
dépendant de la technique de spatulation, mères alignant plusieurs milliers d’atomes
• la présence de bulles en surface si la de silicium par molécule (3). Leurs pro-
technique ne l’anticipe pas, priétés leur assurent une grande stabilité
• une faible ténacité leur donnant une fra- dimensionnelle dans le temps (21). Ils pré-
gilité, cause de déchirements, sentent des propriétés mécaniques inté-
• une forte susceptibilité aux variations ressantes : peu fragiles, très élastiques, ils
dimensionnelles par imbibition, synérèse ont une bonne résistance au déchirement
et fluage, ce qui oblige à traiter immé- et leur déformation rémanente est faible
diatement l’empreinte en supprimant les (20). Cependant, leur faible thixotropie les
volumes de matériaux non soutenus par prédispose aux manques dans l’empreinte
le porte-empreinte susceptibles de défor- de même que leur nature hydrophobe. En
mer l’ensemble, et en ne laissant pas effet, leur énergie de surface élevée (10
d’eau au contact du matériau ; puis, à ne à 18 dynes/cm) affecte grandement leur
pas différer la coulée du modèle au-delà mouillabilité qui reste faible ainsi que leur
de 15 minutes (17). capacité à investir des surfaces humides
Les polyéthers sont des élastomères réti- (4, 13). Désormais, des agents tensioac-
culant par polyaddition. Ils sont généra- tifs performants permettent de pallier
lement utilisés en technique monophase ces inconvénients. Cependant, assurer la
délivrés par un mélangeur automatique. sécheresse des surfaces à mouler (cotons,
La reproduction des détails est excellente aspiration, flux d’air, etc.) est un prérequis
et ce sont les plus hydrophiles des élas- indispensable pour pallier aux performan-
tomères (7, 19). Leur stabilité dimension- ces parfois insuffisantes de certains PVS.
nelle peut être affectée par l’imbibition et Dans le cadre des matériaux d’empreinte
leur solubilité dans l’eau. Une fois réticu- pour notre spécialité, la réaction de polyad-
lés, leur rigidité est supérieure à celle des dition ne conduit pas à une polymérisation
PVS, mais leur résistance au déchirement mais bien à une réticulation car les polymè-
est plus faible, il faudra être vigilant lors de res préexistent dans la base et le catalyseur
la désinsertion. (2). Ainsi un mélange catalyseur/base inho-
Moins élastiques que les polyvinyl-siloxa- mogène, une indisponibilité du catalyseur
nes, ils demandent un délai avant la coulée (capté par des polluants) ou une quantité
du modèle pour permettre une complète insuffisante de catalyseur (mélange à parts
relaxation des contraintes et pour limiter inégales de catalyseur/base) conduisent
les déformations rémanentes (3 minutes à une réticulation incomplète qui n’assure
minimum). Mais ils ne doivent pas atten- pas la fiabilité dimensionnelle.
dre plus de 15 minutes, impérativement à La quantité de charges (silice) et de plas-
l’abri de l’humidité, avant d’être coulés. Ils tifiants (huiles) détermine la viscosité du
ne peuvent pas subir d’électrodéposition matériau : plus il y a de charges, plus la
et il est déconseillé de les couler en résine viscosité est élevée (produits de forte vis-

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Cabinet Laboratoire

cosité nommés Type 1 ou HV pour high élastique (inévitable et imperceptible) du


viscosity ou encore heavy body) et plus matériau lourd sous la contrainte lors de
l’élastomère sera dur, cassant et stable la deuxième insertion en bouche, même
dimensionnellement dans le temps. À si des aménagements ont été prévus pour
l’inverse, plus il y a de plastifiants, plus la limiter la déformation (évents d’échappe-
base est fluide (produits de faible viscosité ment, élimination des contre dépouilles
nommés type 3 ou LV pour low viscosity afin de faciliter la réinsertion du porte-
ou encore light body) et plus l’élastomère empreinte). Il faut aussi veiller à atten-
sera malléable, souple et instable dimen- dre suffisamment avant le « rebasage »
sionnellement dans le temps. afin qu’il y ait relaxation suffisante des
La quantité de charges décroît donc, et la contraintes au sein du matériau lourd (8).
quantité de plastifiants augmente selon
la gamme de viscosité suivante : putty CONCLUSION
hard, putty, putty soft, light, extra light. Au cœur du traitement prothétique, les
Les termes « matériau de basse viscosité erreurs imputables à l’empreinte affectent
té » et « matériau de haute viscosité » n’ont toujours la qualité finale de nos thérapeuti-
pas été retenus par l’usage, qui préfère les ques. Puisque cette étape cruciale condi-
anglicismes putty hard, putty soft et light, tionne la fiabilité du travail au laboratoire,
c’est pourquoi nous les employons ici. elle se doit d’être toujours réussie.
Le choix des viscosités est primordial et Atteindre à chaque tentative cet impératif
spécifique à la technique d’empreinte rete- est une gageure, compte tenu de l’impor-
nue. Par exemple, lors d’une empreinte en tant cahier des charges auquel doivent
double mélange simultané, la trop grande répondre les matériaux d’empreinte et
différence de viscosité entre le lourd et le de la diversité des difficultés cliniques.
light conduit à des phénomènes de tirage, C’est sans doute pourquoi autant de tech-
de déformation des tissus, de fermeture niques, de matériels, et de matériaux ont
du sulcus ou de «  chasse  » du light, et été développés.
non à un meilleur fluage de celui-ci sous Mais quelle que soit la technique retenue,
la pression harmonieuse du lourd ( 8, c’est uniquement la connaissance et la
15). C’est pour cette raison qu’ont été maîtrise du comportement des matériaux
développés les matériaux d’empreintes qui permet la mise en œuvre clinique
PVS monophases. Mais les techniques conduisant au succès.
monophases avec les PVS ne produisent
pas encore des empreintes adaptées aux
exigences de la prothèse fixée sur dents
naturelles ; les empreintes ont une moin-
dre précision de surface, génèrent davan-
tage de bulles (10, 14) et ont une moindre auto-évaluation
stabilité dimensionnelle.
1. Un matériau est dit “thixotrope” si sa viscosité diminue sous
Une amélioration considérable de l’ergo- la contrainte. n Vrai n Faux
nomie des empreintes avec les PVS a été
acquise avec le développement de maté- 2. Les alginates et les polyéthers sont des matériaux
riaux ayant une cinétique de réticulation hydrophobes. n Vrai n Faux
dite en « snap set », c’est-à-dire permettant 3. Pour une empreinte en double mélange simultané, les
un temps de manipulation long en ayant un viscosités du putty et du light doivent être les plus proches
temps de réticulation différé et bref. possibles. n Vrai n Faux
Lorsqu’une empreinte en deux temps
4. La wash technique peut être indiquée comme technique
(wash technique) est indiquée (praticien
d’empreinte des préparations pour inlay-core. n Vrai n Faux
opérant seul, difficultés d’accès aux limi-
tes), les viscosités doivent, au contraire 5. Des tenons calibrés calcinables peuvent être emportés dans
du double mélange en un seul temps, être l’empreinte pour reconstruction corono-radiculaire.
les plus éloignées possibles entre le putty n Vrai n Faux
et le light afin de limiter la déformation

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Comprendre ses erreurs lors de l’empreinte - Y. Bedouin et coll.

L’approche fondamentale est donc incon- Ce travail a été réalisé avec les moyens
tournable pour le praticien à la recherche du Laboratoire de Recherche Clinique en
de solutions face aux échecs cliniques liés Prothèse Odontologique de la Faculté de
à l’empreinte. C’est pourquoi elle sera tou- Chirurgie Dentaire de Rennes. Les auteurs
jours rappelée lors du recueil méthodique remercient Julien Lambert pour son aide
des erreurs de l’empreinte en prothèse technique.
fixée, objet des deux articles suivants.

LECTURES CONSEILLEES

1. Auroy P, Thepin JC, Martin E, Duhamel 8. De March P, Barone S. Adapter sa addition silicone impression. J Prosthet
T, Ravalec X. Double mélange simul- technique d’empreinte à chaque situa- Dent. 1998; 80:32-35.
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l’étude des caractéristiques générales 5(1): 5-10. 2004; 4(5): 369-
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1998;9:561-626.

Coordonnees des auteurs :


Yvan BEDOUIN, Florence TRUCHOT-LENORMAND, Jean LECERF
Faculté de chirurgie dentaire 2 avenue du Pr Léon Bernard, Bât. 15 35043 Rennes Cedex
Centre Hospitalier et Universitaire de Rennes, 2 Place Pasteur 35000 Rennes
Pascal AUROY
Faculté de chirurgie dentaire, 11 boulevard Charles de Gaulle 63000 Clermont-Ferrand

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