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Fiscalité des entreprises

Cas pratiques corrigés

La société M a été constituée en 2010. Elle exerce son activité dans l’industrie agro-alimentaire.
Durant l’exercice 2015, elle réalise un chiffre d’affaires H.T. de 9 500 000 DH.

Voici quelques opérations réalisées par cette société durant l’exercice 2015, susceptibles de générer
une incidence au plan fiscal.

- La société M acquiert du matériel informatique en 2014 pour une valeur totale de 300 000 DH. Il est
amorti selon les taux usuels sur une période de trois (3) années compte tenu d’une utilisation
intensive. La dotation aux amortissements comptabilisée au titre de l’exercice 2015 est de 100 000
DH;

Selon les dispositions de l’article 10-I-F-1°-b) du Code Général des Impôts (C.G.I.), relatives aux
dotations aux amortissements des immobilisations corporelles et incorporelles qui se déprécient par
le temps ou par l’usage, « la déduction des dotations aux amortissements est effectuée dans les
limites des taux admis d’après les usages de chaque profession, industrie ou branche d’activité ».
De ce fait, ces charges doivent tenir compte de l’usure normale et réelle des immobilisations utilisées
par l’entreprise. Toute décision différente irait à l’encontre de l’un des principes du droit comptable,
celui de l’image fidèle que les comptes de l’entreprise doivent donner de son exploitation et son
patrimoine.
Malgré le principe de l’indépendance du droit fiscal et l’existence d’une doctrine de l’administration
fiscale (circulaires / instructions générales) qui nous a suggéré des taux et des durées
d’amortissement pour plusieurs catégories d’amortissement, nous pouvons considérer que la durée
de vie du matériel informatique pourrait très rarement dépasser trois (3) années, compte tenu du
progrès technique rapide en la matière et de son utilisation très intensive.
Pour les motifs qui précèdent, le taux d’amortissement du matériel informatique utilisé par le
comptable semble conforme et ne présente aucun caractère contraire aux dispositions légales en
vigueur.
La dotation correspondante est déductible du résultat fiscal de l’exercice concerné.
Dans l’hypothèse selon laquelle la « position » de l’administration fiscale sur ce point précis
(doctrine) venait à générer un risque fiscal latent de redressement, ledit risque devrait être évalué en
prenant en considération les chances réelles de succès dans le cadre d’une contestation (réponse à
notification ou commission fiscale).

- Il est mis à la disposition du Directeur Général de la société un véhicule de fonction acquis en 2014
pour un montant T.T.C. de 450 000 DH. Il est amorti au taux permis par la loi fiscale (durée
d’amortissement 5 ans – taux d’amortissement 20%).

La dotation comptabilisée en 2015 est de 90 000 DH ;

Les mêmes dispositions du C.G.I. ont institué une limite en matière d’amortissement des véhicules de
transport de personnes non visés par les exceptions (transport public, transport collectif du
personnel, ambulances, véhicules destinés à la location).

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« Le taux d’amortissement du coût d’acquisition des véhicules de transport de personnes, autres que
ceux visés ci-dessous, ne peut être inférieur à 20% par an et la valeur totale fiscalement déductible,
répartie sur cinq (5) ans à parts égales, ne peut être supérieure à trois cent mille (300.000) dirhams
par véhicule, taxe sur la valeur ajoutée comprise ».

Compte tenu de ces dispositions légales qui ne permettent aucune interprétation ni adaptation, il est
impératif de corriger la dotation effectuée par le comptable. Cette correction prend la forme d’une
réintégration au résultat fiscal, conformément aux usages et aux procédures mises en place par
l’administration fiscale en la matière :

. Dotation aux amortissements comptabilisée : 90 000 DH


. Dotation aux amortissements autorisée par la loi fiscale (article 10-I-F-1°-b) C.G.I) :
300 000 x 20% = 60 000 DH

. À réintégrer au résultat fiscal de l’exercice 2015 : 90 000 – 60 000 = 30 000 DH

- La société M a enregistré dans les comptes de l’exercice comptable 2015 des dotations aux
provisions afin de tenir compte d’une créance restée impayée depuis le premier exercice d’activité
(2010), d’un montant de 35 000 DH;

Selon les dispositions de l’article 10-I-F-2° du C.G.I. « les dotations aux provisions sont constituées en
vue de faire face soit à la dépréciation des éléments de l’actif, soit à des charges ou des pertes non
encore réalisées et que des évènements en cours rendent probables ».

Néanmoins, en ce qui concerne le cas très particulier de la provision que l’entreprise peut constater
afin de tenir compte du caractère irrécouvrable (ou du moins douteux) d’une créance, notre
législateur s’est prononcé davantage.

« La déductibilité de la provision pour créances douteuses est conditionnée par l’introduction d’un
recours judiciaire dans un délai de douze (12) mois suivant celui de sa constitution ».

Compte tenu de cette condition légale, la société M ne pourrait pas déduire du résultat fiscal de
l’exercice concerné la provision dans le cas où aucune poursuite judiciaire n’a été effectuée. Si tel est
le cas, le montant total de la provision (35 000 DH) devrait faire l’objet d’une réintégration au
résultat fiscal. Le caractère injuste d’une telle opération pourrait inciter le chef d’entreprise à
entamer ces poursuites afin d’éviter toute correction. Si la provision est constatée durant l’exercice
2015, le respect du délai légal de douze (12) mois doit impérativement être observé.

- La société a acquis en 2011 des pièces de rechange pour un montant global H.T. de 35  000 DH. En
raison d’une évolution technologique, ces pièces ne présentent plus aucune valeur marchande. LA
société M enregistre dans les comptes de l’exercice 2015 une provision pour dépréciation de 35  000
DH ;

Selon les mêmes dispositions du C.G.I., la société M pourrait légitimement constater et déduire de
son résultat fiscal une provision relative à la dépréciation d’un des éléments de l’actif, des pièces de
rechange. Le fait que lesdites pièces de rechange n’aient plus aucune valeur marchande en raison
d’un phénomène technique (obsolescence) sur lequel aucune action de correction ne pourrait être

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entreprise (phénomène exogène) et qu’il présente de manière évidente un caractère réel et certain,
alors nous pouvons conclure que la dotation aux provisions constatée est conforme à l’esprit de la loi
et aux règles de bonne gestion.
Paradoxalement, l’absence de provision pourrait être assimilée à la comptabilisation d’un actif
dépourvu de toute valeur et, par conséquent, l’existence d’un élément contribuant à donner une
image fausse des comptes de l’entreprise.
À notre connaissance, il existe peu de doctrine relative à cette question mais il a été constaté que les
contrôleurs de l’administration fiscale ont tendance à rejeter de manière systématique de telles
provisions. Ceci n’est pas un motif suffisant pour en faire de même au plan interne, notamment
lorsque les arguments ne manquent pas pour défendre son caractère déductible.
Il est recommandé de détenir tous les documents (factures, rapports de gestion, information
commerciale et technique) susceptibles de défendre ce caractère.

- Afin de promouvoir son activité auprès d’une clientèle très exigeante, la société M a décidé de
remercier leur fidélité en offrant divers cadeaux, notamment des séjours touristiques et des
abonnements à des centres de loisir. Le coût total de cette action de promotion s’élève, en 2015, à
45 000 DH. Toutes ces dépenses sont justifiées par des documents probants;

Les dispositions de l’article 10-I-B-1° du C.G.I. autorisent la déduction du résultat fiscal « des cadeaux
publicitaires d’une valeur unitaire maximale de cent (100) dirhams portant soit la raison sociale, soit
le nom ou le sigle de la société, soit la marque des produits qu’elle fabrique ou dont elle fait le
commerce ».

La nature de certains cadeaux que la société M a offert, légitimement, à certains de ses clients, sans
doute pour des motifs d’ordre commercial, ne pourraient pas remplir cette condition légales puisqu’il
s’agit, nommément, d’abonnements à des centres de loisir. De ce fait, le montant versé à ce titre doit
être réintégré au résultat fiscal. Dans l’hypothèse selon laquelle la société M aurait offert des
cadeaux d’entreprise qui observent les conditions légales, leur déduction ne serait pas remise en
question.

Il est évident que ces dispositions législatives demeurent peu compatibles avec les usages
commerciaux en vigueur mais il s’agit de la loi et, de ce fait, aucune dérogation n’est permise.

- La société M octroie, en 2015, un don aux services des œuvres sociales du Ministère de l’Education
Nationale d’un montant de 28 000 DH.

Les dispositions de l’article 10-I-B-2° du C.G.I. autorisent les contribuables à verser des dons « aux
oeuvres sociales des entreprises publiques ou privées et aux oeuvres sociales des institutions qui
sont autorisées par la loi qui les institue à percevoir des dons, dans la limite de deux pour mille
(2°/oo) du chiffre d’affaires du donateur.

Compte tenu de cette disposition législative et du fait que la société M a octroyé un don d’un
montant de 28 000 DH dépassant la limite légale de 2°/00 (9 500 000 x 2°/00 = 19 000), il est
nécessaire de procéder à la réintégration dans le résultat fiscal de la différence, soit 28  000 – 19 000
= 9 000 DH.

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