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Nicholas T.

Arndt
Clément Ganino
Stephen Kesler

Ressources
minérales
Origine, nature et exploitation

2< édition

DU NOD
//lustration de couverture : Saprolite nickélifère.
Minerai quadrill é : brèche à élém ents de saprolite (ocre) et à ci ment
degarniérite (vert), Min e de Boni n i, Poro, N ouvell e-Calédonie, 2010.
© BRGM - Valérie Laperche.

© Dunod, 2010, 2015

5 rue Laromiguière, 75005 Paris


www.dunod.com

ISBN 978-2-10-072354-6

le Code de Io p<opriêtê intellec:rue:lle n'out0<i$on1, ou)( tetmM de l'orticle


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TABLE DES MATIÈRES

Avant·propos

Chapitre 1. Introduction à la géologie économique 5


1.1 Qu'est-ce que la géologie écon1omique? 5
1.2 Qu'est-ce qu'un minerai ? Un gisement minier? JO
1.2.1 Qu'est-ce qu'un minerai ? JO
1.2.2 Qu'est-ce qu'un gisement? J5
1.3 Les facteurs qui influencent la possibilité d'exploitation
d'un gisement J6
1.3.1 Teneur et tonnage J6
1.3.2 Nature du minerai J9
1.3.3 Localisation du gisement 20
1.3.4 Les facteurs économiques, politiques
et techniques 2J

Chapitre 2. Classification, répartition et utilisation des minerais


et de Jeurs gisements 23
2.1 Classifications des minerais 23
2.1.1 Classification par utilisation du métal ou du minéral d'intérêt 27
2.1.2 Classification par type de minéraux 28
2.2 Classifications des gisements 28

"
'8
g
il
2.2.1 Une grande diversité de classifications pour une grande
diversité de gisements 28
2.2.2 Vers une classification dies gisements basée sur les processus
~
s 2.3
minéralisateurs
Répartition mondiale des gisements
32
33
~
·~ 2.3.1 Les facteurs géologiques 33
t
2
2.4 Production globale, consommation
et commerce des ressources minérales 39
~
1 2.5 Les échanges mondiaux de ressources minérales 47
1 2.6 Ressources minérales et exploitation minière
en France métropolitaine 48
"
Ill
Table des matières

Chapitre 3. Les gisements magmatiques 53


3.1 Introduction 53
3.2 les gisements de chromltes du complexe du Bushveld, formés
par une modification de la séquence de cristallisation d'un magma 53
3.3 les gisements de magnétite et de platinoïdes du complexe
du Bushveld 58
3.4 les gisements de sulfures formés par lmmlsclblllté magmatique 59
3.4.1 le gisement de sulfures de nickel de Kambalda (Australie) 61
3.4.2 les gisements de sulfures de nickel de Norll'sk·Talnakh (Russie) 65
3.4.3 les autres gisements de sulfure de nickel 72
3.5 les autres gisements magmatiques 73
3.6 Conclusion 74
Chapitre 4. Les gisements hydrothermaux 77
4.1 Introduction 77
4.2 les facteurs clés pour la formation d'un gisement hydrothermal 78
4.2.1 la source de fluides 78
4.2.2 Source de métaux 84
4.2.3 le moteur de la circulation des fluides 86
4.2.4 Un site et un mécanisme de précipitation 87
4.3 les principaux exemples de gisements hydrothermaux Illustrant
les processus métallogénlques 89
4.3.1 les systèmes hydrothermaux liés aux eaux météoriques -
Gisements éplthermaux 89
4.3.2 les systèmes hydrothermaux liés à l'eau de mer -
Gisements VMS (sulfures massifs volcanogénlques)
ou d'amas sulfurés 96
4.3.3 les systèmes hydrothermaux magmatiques :
cuivre porphyrique et g lsements de skarns 104
4.3.4 les systèmes hydrothermaux liés à l'eau des bassins :
gisements MVT, SEDEX, d'uranium et de cuivre dans les argiles 113
4.3.5 les systèmes hydrothermaux métamorphiques -
les gisements d'or orogénique J3J
4.3.6. les systèmes hydrothermaux transitionnels 134
4.4 Conclusion 142
Chapitre 5. Les gisements formés par des processus sédimentaires
et de surface 145
5.1 Introduction 145
5.2 les gisements de placers 147
5 .2.1 les placers à or 149
5.2.2 les minéraux lourds dans les plages de sable 157

IV
Table des matières

5 .2.3 les diamants alluviaux 158


5.2.4 les autres placers: étain, platine, thorium- uranium 161
5.3 les gisements de fer sédimentaires 161
5.3.1 Introduction 161
5.3.2 Catégories et caractéristiques des gisements de fer 162
5.4 les autres gisements sédimentaires : Mn, phosphates, nitrates,
sels, soufre 169
5.5 les latérites 170
5.5.1 la bauxite 170
5 .5.2 les latérites à Ni 176
5.5.3 les autres gisements latéritiques 179
5.6 l'altération supergène 180
5.7 Conclusion 182

Chapitre 6. Avenir de la géologie économique 185


6.1 Introduction 185
6.2 le « pic de pétrole» et d'autres substances 186
6.3 l'exploitation des terres rares, éléments peu courants
mais nécessaires en petites quantités pour des produits
de haute technologie 193
6.4 l'exploitation du lithium, un exemple d'interaction entre géographie,
économie, politique, environnement et prospection 195
6.5 l'exploitation et l'exploration minière dans le futur 198
6.6 la position de la Chine dans le marché mondial des minerais 199
6.7 le permis social d'exploitation minière 203
6.7.1 la prospection de Pebble, en Alaska (États-Unis) 204
6.7.2 Rosia Montanà, Rouman1ie 205
6.7.3 les mines de fer du nord de la Suède 206
6.7.4 la prospection Tennie en France 207
6.8 Conclusion 208

~ Références 209
g
il Index 215
~
s
~
·~
1
~
1

1
"
V
AVANT-PROPOS

Pendant l'année qui a précédé l'écriture de ce livre, les prix des métaux se sont élevés
à des niveaux record avant de perdre la moitié de leur valeur. L'augmentation des
prix a été provoquée par l'accélération de la demande de la Chine et des autres pays
émergents ; la chute a été provoquée par la crise économique mondiale. Lorsque
les prix étaient élevés, les compagnies d'exploration minière ont lancé de nombreux
programmes pour trouver de nouvelles ressources minérales, et ont créé des emplois
de géologue explorateur. La chute des prix a étouffé cette demande. Lorsque l'acti-
vité économique reprendra, la production repartira à la hausse dans les gisements
en exploitation et la prospection de nouveaux gisements sera stimulée. Il y aura de
nouveau un besoin en géologues ayant des connaissances sur la formation des gise-
ments et sur la géologie économique.
Contrairement à la plupart des autres pays, la France a été suffisamment avisée
pour maintenir des enseignements de géologie dans les programmes du collège et du
lycée, et les étudiants débutent leur cursus universitaire avec quelques connaissances
rudimentaires sur Je fonctionnement de la planète Terre. Les cours proposés par
les universités sont très variés et vont de l'étude des processus pétrologiques et des
phénomènes sédimentaires, jusqu'à la géophysique du manteau en passant par les
questions environnementales. Mais l'enseignement de la formation et de l'exploita-
tion des gisements miniers n'apparat"t pas dans les unités d'enseignement proposées.
Les étudiants préparant Je CAPES ou l'agrégation de sciences de la vie, de la terre
et de l'univers sont quasiment les seuls à y être confrontés : les programmes de ces
concours les obligent à avoir quelques notions de géologie économique, sans pour
autant qu'ils disposent de livres récents en français traitant de ce sujet.
~ Nous avons choisi d'intituler ce livre Ressources minérales : origine, nature et
g expwitation plutôt que d'utiliser les termes de « gitologie », ou « métallogénie »,
~ car notre objectif n'est pas uniquement d'apporter des informations sur les questions
j scientifiques sur la nature et l'origine des gisements, mais également d'expliquer
~ comment, où, et pourquoi les substances minérales sont utilisées dans la société
8 moderne, et d' illustrer à quel point la société a besoin des minerais. Comme nous Je
·g montrons dans Je premier chapitre, les définitions d' un minerai et d'un gisement sont
j basées sur des facteurs économiques (un minerai est un matériel dont l'extraction
~ génère un profit). Pour traiter de façon compréhensible Je sujet, il est nécessaire de
, discuter de ce qui distingue les différents gisements miniers et de ce fait, quelques
j connaissances minimales sur les aspects commerciaux des opérations minières et
" sur les échanges mondiaux des matières minérales sont indispensables.
Avant-propos

L'activité dans ce domaine est cyclique, et si l'industrie minière est temporaire-


ment en léger déclin, avec la croissance économique mondiale alimentée par la Chine
et les autres pays émergents, les géologues seront bientôt de nouveau convoités. Le
développement de l'activité coïncidera avec la prise de conscience croissante de la
fragilité de notre planète, particulièrement vis-à-vis du réchauffement climatique.
Des appels à un « développement durable >> accompagneront la reprise de croissance
économique, et l'extraction, Je transport, la purification et l'utilisation des ressources
minérales seront l'objet de contrôles minutieux. Les étudiants ont peu d'enseigne-
ments dans ce domaine et s'ils disposent de cours sur l'écologie et l'environnement,
l'activité minière y est présentée comme très néfaste. Par Je passé, l'exploration et
l'exploitation de gisements miniers ont effectivement entraîné des dommages mais
sur des superficies heureusement limitées. Une activité minière ne tenant pas compte
des conséquences environnementales ne sera plus permise à l'avenir. Cependant,
l'Homme ne peut se passer d'acier et d'aluminium - pour construire des éoliennes,
par exemple - ni de cuivre et de silicium pour construire des panneaux solaires.
Même si Je recyclage des métaux gagne en importance et en efficacité, du minerai
devra encore être extrait et cela pour longtemps. Ce sont ces aspects ainsi que d'autres
problèmes du même ordre qui sont traités dans notre livre.
Nous avons souhaité ajouter des exercices afin d'illustrer la complexité, les contra-
dictions ainsi que les dilemmes posés par les besoins en ressources naturelles de la
société. Nous traitons de la question du moment, ou plus exactement de la possibi-
lité que les ressources en divers métaux soient un jour épuisées. Nous prenons en
compte la notion de développement durable et d'atteinte à l'environnement liée à
l'exploitation minière. Actuellement les besoins des pays industrialisés sont en partie
assouvis par l'importation de minerai d es pays moins développés. Nous essayons
enfin de considérer les aspects économiques et éthiques de ces échanges. Le premier
auteur est de culture anglo-saxonne ayant une certaine expérience dans les activités
minières. Il a tendance à accepter les points de vue du second auteur - apparte-
nant à une génération « écolo-rationaliste » très sensibilisée aux problèmes liés à la
préservation de l'environnement - généralement plus modérés. Enfin, Je troisième
auteur a une grande expérience des processus minéralisateurs et de la géochimie de
l'environnement. Dans cet ouvrage, nous n'avons pas hésité à exprimer nos points
de vue différents. Un étudiant français - dont les connaissances sur l'exploitation et
les échanges mondiaux des ressources minérales proviennent sans doute des médias
locaux - accueillera certains de nos exemples avec surprise, mais nous n'avons pas
modéré notre discours pour nous conformer aux opinions dominantes. Au contraire,
nous avons illustré cet ouvrage d'exemples délibérément provocateurs pour inter-
roger Je lecteur et encourager de véritables discussions sur ces problèmes importants.
Dans les deux premiers chapitres ainsi que dans Je dernier, les aspects géologiques
et économiques sont traités de façon équilibrée. Nous y définissons les termes de
minerai et de gisement, et nous discutons de Jeurs diverses classifications, expliquant
que l'étude des gisements miniers est intrinsèquement liée à des facteurs écono-
miques. Nous y expliquons aussi comment la viabilité des gisements miniers dépend
directement du prix du métal, qui dépend lui-même de la balance entre la disponi-
bilité des ressources et les volumes de substances dont la société a besoin. Le thème

2
Avant-propos

central de ces chapitres concerne donc les facteurs qui contrôlent la demande de la
société et la manière par laquelle la découverte de nouveaux gisements répond à la
demande. Un panorama de la répartition mondiale des gisements est donné - dans
quels lieux les minerais sont extraits, où sont-ils purifiés, et où la substance utile
finale est-elle consommée. Le second chapitre se termine par quelques éléments -
hélas essentiellement historiques - sur les ressources minérales et sur l'exploitation
minière en France.
Les trois chapitres qui suivent sont plus géologiques. Nous y traitons de la nature et
de l'origine de trois grandes catégories de gisements : ceux formés par des processus
magmatiques, ceux qui résultent de la précipitation de minéraux à partir de fluides
hydrothermaux et ceux qui ceux se forment lors de processus sédimentaires et de
surface. L'accent est mis sur les processus et l'objectif n'est pas de décrire exhaus-
tivement les gisements miniers mais plutôt d'aborder les quelques mécanismes de
formation importants en se basant sur des exemples connus. Les ressources «miné-
rales » en eau et en combustibles fossiles sont absentes de cet ouvrage. Les matières
carbonées (charbon, houille, pétrole ou gaz naturel) sont des substances exploi-
tées massivement et qui génèrent d'immenses profits pour les pays d'où elles sont
extraites. Leur processus de formation par accumulation, préservation et maturation
de matière organique n'est pas détaillé ici car il s'agit d'un processus essentiellement
biochimique. D'autre part, l'exploitation de l'eau est une activité singulière pour
laquelle les ressources sont liées à la fois au climat et aux qualités du sous-sol drainé.
Les caractéristiques et l'exploitation des ressources en eau sont l'objet d'étude de
l'hydrologie et ne seront donc pas présentées dans ce livre consacré exclusivement
aux processus métallogéniques essentiellement pétrologiques et géochimiques.
Le dernier chapitre traite enfin du futur de la géologie économique, en France et
par Je monde.
Nous tenons à remercier Chris Arndt, Anne-Marie Boullier, Dominique Decobecq,
Mélina Ganino, Jon Hronsky, Emilie Janots, Elaine Knuth, Jérôme Nomade,
Michel Piboule, Gleb Pokrovski, Céline Ganino, Richard Goldfarb, Richard Kyle,
John Thompson, Jeffrey Hedenquist, KurtKyser, MarkHannington, Murray Hitzman,
Olivier Vidal et Éric Marcoux pour leur lecture attentive et Jeurs commen-
taires et suggestions d'améliorations à cet ouvrage. Nous remercions également
Grant Cawthorn, Axel Hofmann, Kurt Konhauser et Peter Mueller pour les photo-
~ graphies qu'ils nous ont fournies.
g
il Nicholas ARNDT, Clément GANINo et Stephen KEsLER
~
s
~
·~
1
~
1

1
"
INTRODUCTION
À LA GÉOLOGIE
ÉCONOMIQUE

1
1.1 Qu'est-ce que la géologie économique?
1.2 Qu'est-ce qu'un minerai? Un gisement minier?
1.3 Les facteurs qui Influencent la possibilité d'exploitation d'un gisement

1
> Comprendre en quoi consiste la géologie économique
> Comprendre ce qu'on appelle un gisement minier
> Connaître les facteurs qui contrôlent l'exploitabilité d'un gisement

l. l QU'EST-CE QUE LA GÉOLOGIE ÉCONOMIQUE?


Pour commencer ce chapitre, intéressons-nous à la figure 1.1, qui traite de l'évolution
du prix du cuivre, des teneurs moyennes: en cuivre dans Je minerai et de la quantité
totale de cuivre extraite depuis 1900. Ainsi qu'à la figure 1.2 qui montre l'évolu-
tion des réserves. Au début du siècle dernier, la tonne de cuivre cofitait 7 000 US$
(prix rapporté à la valeur actuelle du dollar) ; jusqu'en 2002, son prix a été divisé
par trois et a baissé jusqu'à 1 800 US$, puis, au cours des trois dernières années
~ précédant 2008 (année d'écriture de ce livre), son prix a fortement augmenté jusqu'à
g environ 7 000 US$. Pendant la même période, la quantité totale de cuivre extraite
~ a augmenté graduellement, à l'exception des périodes au début des années 1920 et
~ au début des années 1930 pendant lesquelles Je prix et la production ont baissé. En
~
• 2008-2009, Je prix et la production ont également chuté avant de remonter lentement
~ après. Comment expliquer ces changements ? Que représentent-ils par rapport à
·~ la découverte de gisements, l'extraction de minerai et l'utilisation des métaux par la
j société? Comprendre ces concepts est la base de la géologie économique.
~ La France a été autrefois un pays minier exploitant de riches gisements de charbon,
, de bauxite, de fer et d'autres métaux, ainsi que d'uranium. Les scientifiques français
j étaient à l'avant-garde sur Je terrain et ont contribué activement à la compréhen-
" sion des processus de formation des gisements. Comme dans les autres pays, les

5
Chapitre 1 • Introduction à la géologie écono mique

disciplines comme la gîtologie, la géologie minière et la métallogénie étaient ensei-


gnées dans toutes les universités et de nombreux géologues trouvaient des emplois
dans ces domaines en France ou dans ses colonies. Tout cela a changé lors des
dernières décennies du xxe siècle, tandis: que les mines ont fermé les unes après les
autres en France et tandis que les colonies ont gagné leur indépendance. Dans les
années 1990, très peu de cours de géologie minière ont été proposés dans les forma-
tions universitaires. Cependant, au cours des dernières années, les choses ont très
rapidement changé, les étudiants trouvent facilement des emplois de géologue sur Je
terrain (rarement en France mais très couramment à l'étranger) et les cours sur les
gisements métallifères ouvrent de nouveau. Les raisons de ce changement sont celles
présentées dans la figure 1.1, à savoir, la hausse du cofit des matières premières.

- - - · prix du c uivre en(US$/tonne)/100


- - production de cuivre en (x 100 000 tonnes I an)
14
------ teneur m~enne des gisements de cuivre en (%)

12

i
,,,.
11
V 1 ~ '\ 1\
\ (.) 1 1 ! .$ ' \
"J V\ 8 J
vJ

1915 1935 1955 1975 1995


Année

Figure 1.1 - Évolution de la production et du prix du cuivre


au cours des 120 dernières années.
Statistiques de l'USGS, Minerai Resou rces Program, disponibles sur internet à
l'adresse http://minerols.us9s.9ov/products/index.html.

Comment expliquer les tendances globales ; la large corrélation entre prix et teneur
du minerai, l'anticorrélation entre prix et production et les périodes qui mentent à la
règle dans les années 1930 et dans les dernières années? Considérons tout d'abord
la tendance globale de baisse des prix. Pourquoi Je prix du cuivre en l'an 2000 attei-
gnait-il seulement 30 % de son prix un siècle plus tôt? Réfléchissons aux raisons
fondamentales de cette baisse de prix :

6
1.1 · Q u'est -ce que l a géol ogl e éco nomique ?

(a) Réserves (Mt Cu)


1000
,... - ,
1

800 • diverses sources


- - Govett et Govett (1976)
- · - Brook Hunt (2007)
...... USGS
, .
600
- - - USGS " Réserve de base .. , -
,. ... ,
- RÉSERVES ESTIMÉES '•'- ~
400 •'
200
25 Mt

0 _i:;;e~
n 1~90~0~~.::::::·~---~--=•:___~-~--~-~--~-~
-
1900 1910 1920 1930 1940 1950 1960 1970 1980 1990 2000 2010

(b) teneur en cu iVre (%)


6% - - - États-Unis
- · - Canada
5% - - Australie
4,0 % - M~enne mond iale
en 1900
4%

3%

2%
', ' - -~ .. - \ , .... _,' ~'t
\ ;;;;;!
.....
-

-~
1%
-...... - -- ...
0%-+--~--~-~--~-~-~--~-~--~-~-~~
1900 1910 1920 1930 1940 1950 1960 1970 1980 1990 2000 2010

Figure 1.2 - Évolution d es réserves estimées de cuivr e entre 1900 et 2010.


Notez l'augmentation depuis 25 mt en 1900 jusq u'à 550 mt en 2010.

"
'8
g
il
D'après Schodde , 2010; http://www.minexconsulting.com/publications/
Growth%2 0Factors%20for%2 0Copper %20SME·MEMS%20March%202 01 O.pdf ,
avec la permission de rauteur.
~
s 1. Une première raison en apparence contradictoire est fépuisement des gisement.s
.j riches et facilement exploitables. Ces gisements n'étant plus exploités, on s'est
• intéressé aux gisement.s avec de plus faibles concentrations en cuivre. La teneur
J moyenne en cuivre des gisement.s exploités est passée d'environ 1 % à la fin du
~ xrx• siècle à environ 0,7 % au début du xxi.< siècle. Pendant la même période, les
, exploitations à proximité des centres industriels en Europe et aux État.s-Unis ont
J fermé, tandis que de nouvelles mines ont été ouvertes, souvent sous des climat.s
hostiles et avec des conditions d'exploitation difficiles, Join des régions où Je métal

7
Chapitre 1 • Introduction à la géologie écono mique

est utilisé. On pourrait penser que cette tendance est associée à une raréfaction
du cuivre, une baisse de J'offre qui, selon Je principe économique de J'offre et la
demande, devrait avoir entraîné une hausse du prix. C'est en fait l'inverse qui s'est
produit à l'échelle du siècle. Pourquoi ?
2. La raison principale qui explique la diminution du prix du cuivre est l'améliora-
tion de la technologie : l'augmentation de l'efficacité de l'exploitation des mines,
qui comprend un certain nombre d'étapes depuis la recherche de nouveaux gise-
ments, jusqu'à l'extraction du minerai et enfin la purification des métaux à partir
du minerai. Il y a cent ans, il était possible d'exploiter uniquement les gisements
contenant des teneurs relativement élevées en cuivre, à condition qu'ils soient
proches de la surface etlocalisés à proximité des centres industriels. Seuls quelques
gisements exceptionnellement grands et présentant des teneurs très élevées étaient
exploités dans des régions éloignées (par exemple Je gisement de Cu-Ni-platinoïdes
de Sudbury au Canada ou Je gisement de Broken Hill en Australie). Les améliora-
tions des techniques d'extraction et de purification, illustrées par la figure 1.3, ont
tout changé. Les mines de cuivre sont désormais de gigantesques exploitations, la
plupart du temps des mines à ciel ouvert, qui extraient des centaines de milliers
de tonnes de minerai par jour. En plus de cet avantage d'échelle, l'utilisation de
techniques modernes rend désormais possible l'exploitation de minerai dont les
teneurs en cuivre sont relativement faibles (de l'ordre de 0,5 %).

2009 $/tonne
de minerai amélioration
du transport
$160 développement Cootr~e
réct..,.lration eJCploration n tormatisé de
de bons modèles
$140 utlisant Féct.ITle géoptlysique géologiques l'exploitation et
aéroportée des porphyres de forganisation
L'exploitation de
$120 (post·Seconde
Bn giam Canyon et
Guerre mondiale)
Ct.Jquicameta ...
$100 -> nouveaux extraction par
gisements solvanVélectro-
$80 ... otMeFère extraction mines à bas
des porphyres coùt dans
meil eures
$60 géants pratiques deooweaux
peys
de travail
$40

$20 meil eure fonte


et ratmage
l'augmentation de la demande amène des économies 'échelle
$0
1900 1910 1920 1930 1940 1950 1960 1970 1980 1990 2000 2010

Figure 1.3 - Facteurs technologiques, sociaux, et économiques contribuant


à l a diminution du prix du cuivre au cours du siècle dernier.
D'après Schodde, 2010); http://www.minexconsulting.com/publications/
Growth%20Factors%20for%2 0Copper%20SME·MEMS%2 0March%2 02 01 O.pdf ),
avec la permission de r auteur.

Intéressons nous maintenant aux détails des évolutions illustrées dans la figure 1.1.
La baisse du prix du cuivre dans les années 1930 et la diminution de la production
du cuivre correspondante coïncident avec la grande dépression. I.:économie mondiale

8
1.1 • Qu'est-ce que la géologle économique ?

s'est effondrée, la demande en cuivre a baissé, entraînant immédiatement des réper-


cussions sur Je prix. L'inverse s'est produit au début du xXI• siècle. Le « miracle
économique» en Chine et, dans une moindre mesure, en Inde, a fait exploser les
demandes industrielles et sociales de près de 1,2 milliards d'individus (figure 1.2). La
construction des téléphones portables et des centrales électriques dont les Chinois ont
besoin (pour vivre d'une façon comparable aux Européens ou Nord-Américains), a
rendu nécessaire une accélération de la production de cuivre. L'offre a en fait augmenté
bien plus lentement que la demande et Je prix de ce métal s'est rapidement élevé.
Comment cette forte demande a-t-elle été accueillie ? Il n'est pas possible de
découvrir quotidiennement de nouveaux gisements et en moyenne, il s'écoule JO à
15 ans entre la mise en place d'un nouveau programme d'exploration et Je démarrage
de l'exploitation du gisement. La production de cuivre a augmenté irrégulièrement
mais de façon importante pendant les deux dernières décennies. Cette augmentation
a débuté pendant une période de baisse de prix et s'est poursuivie avant 2008 alors
que Je prix du cuivre a triplé. Depuis, la crise financière a largement réduit la produc-
tion industrielle, la demande en matières premières et finalement Je prix du cuivre.
Dans un premier temps, l'augmentation de la production a été possible grâce à
l'amélioration des techniques d'extraction et de purification et grâce à l'ouverture de
nouvelles grandes mines à forte production (particulièrement en Amérique du Sud
et en Océanie). Mais pendant les années 1990, de nombreuses mines ont été défici-
taires, Je cofit d'exploitation étant difficilement couvert par la vente du métal. Depuis
2005, alors que Je prix du cuivre a augmenté, les mines jusqu'alors déficitaires ont
soudainement réalisé d'importants profits. D'autres gisements, découverts et évalués
par les compagnies d'explorations mais dont l'exploitation - qui n'était pas rentable
dans les années 1990 avec des prix du cuivre très bas - n'avait pas été engagée,
sont subitement devenus intéressants. Le gisement n'a pas été modifié, il contient
toujours la même concentration et la même quantité de cuivre, ainsi que la même
position géographique et géologique. Mais un gisement qui n'était pas économique-
ment rentable en 1998 est devenu potentjellement très rentable en 2010. En 2013, la
crise économique aux États-Unis et en Europe, combinée à une légère diminution
de la croissance chinoise, a entraîné une baisse du prix des métaux et une diminu-
tion de la production. Des gisements rentables en 2010 sont de nouveau devenus très
marginaux. Ces idées - et tout particulièrement les liens entre l'économie, Je prix des
" métaux et la quantité de ressources minérales extraites - nous amènent à considérer
~ plusieurs définitions fondamentales pour la géologie économique.
il
~
s r-
Exercice 1.1
~
·~ Étudiez les déclarations suivantes et expliquez en quoi elles nous renseignent
1 sur les idées répandues à propos de la géologie économique et de l'industrie
minière.
~
1
Dans les années 1990 un chercheur japonais a développé un nouveau type de
1 catalyseur dans lequel Je platine (Pt) est remplacé par du manganèse (Mn).
Est-<:e une découverte importante?
"
9
Chapitre 1 • Introduction à la géologie économique

Les écologistes anglais ont proposé l'application d'un nouvel impôt sur les
métaux « rares » comme l'argent, Je plomb et Je cuivre. Que pensez-vous de
cette suggestion ?
Un journaliste a récemment suggéré qu'une guerre pourrait se déclarer à propos
des dernières gouttes de pétrole. Est-ce un concept raisonnable et réaliste?
ÉŒMPNTS I>E SOLUTION. Considérons la première déclaration. Pourquoi Je
remplacement du platine par du manganèse dans les catalyseurs assemblés
sur les nouvelles voitures serait une découverte importante ? La réponse est
liée au prix de ces deux métaux. En février 2008, Je platine était vendu 100 €
par gramme et Je manganèse JO cents par gramme (JO 000 €/t) soit 1 000
fois moins cher. Il est clair que si Je manganèse pouvait remplacer Je platine,
les catalyseurs seraient alors beaucoup moins cofiteux. Actuellement, Je cofit
du métal correspond à la moitié du cofit du catalyseur, donc si Je manga-
nèse remplaçait Je platine, Je cofit serait à peu près divisé par deux (hélas,
ce processus ne fonctionne pas et Je platine continue d'être un métal très
recherché). Mais la question qui est soulevée ici est : pourquoi Je platine est-il
beaucoup plus cher que Je manganèse ? Considérons les deux autres décla-
rations. Elles reposent sur l'idée que nos ressources naturelles en certains
métaux et en pétrole vont bientôt être totalement extraites et épuisées. Est-ce
un concept raisonnable ? Une façon d 'exprimer cette idée est celle du « peak-
oil » (pic de pétrole), idée que la production globale de pétrole est passée
(ou va passer très bientôt) par un maximum et que la croissance mondiale
va connaître de graves difficultés (Peut être avez-vous vu une émission à la
télévision montrant la flotte aérienne clouée dans un aéroport, les dernières
gouttes de kérosène ayant été utilisées).
__)

Dans les chapitres 2 et 6, nous discutons l'idée de l'épuisement des ressources miné-
rales dans un futur proche. Nos conclusions sont qu'aucun des métaux mentionnés
par les écologistes britanniques ne devraient être qualifiés de rares et que les réserves
en pétrole ne seront jamais totalement épuisées.

1.2 QU'EST-CE QU'UN MINERAI ? UN GISEMENT


MINIER?
1.2.1 Qu'est-ce qu'un minerai ?
D'après la définition généralement acceptée, un minerai est un matériau solide naturel
qui contient une substance utile dont l'extraction génère des profits. Il y a plusieurs
éléments clés dans cette définition. On entend par « substance utile» l'idée que la
matière doit être utile voire essentielle à la société, comme Je sont par exemple les
métaux, les ressources énergétiques, ou certains minéraux présentant des propriétés
particulières. Une liste représentative des substances utiles est proposée dans Je
tableau 1.2.

10
1.2 • Qu 'est-ce qu'un minerai ? Un gisement minier?

Tableau 1.1 - Propriétés et utilisation de quelques substances utiles


(éléments, minéraux et roches).

Famille Substance utile Utlllsatlons/ proprlétés


Métaux alcalins Césium (Cs) Source de radioactivité (horloge atomiques ,
médecine)
Lithium (LO Anode de batterie
Potassium (K) Industrie pharmaceutique
Rubidium (Rb) Cellules photovoltaïques, verre de sécurité
Sodium (Na) Industrie pharmaceutique, cosmétique,
pesticides
Métaux Baryum (Ba) Piégeage des gaz résiduels dans les tubes
alcalino-terreux cathodiques
Béryllium (Be) Agent durcissant de certains alliages
Calcium (ca) Production d'alliages
Magnésium (Mg) Industries chimiques et pharmaceutiques,
production d'alliages
Radium (Ra) Luminescence (aiguilles de montre)
Strontium (Sr) Vernis et glaçures des céramiques, tubes
cathodiques
Métaux de Argent (Ag) Joaillerie, orfèvrerie, photographie
transition
Cadmium (Cd) Accumulateurs électriques, alliages
Chrome (Cr) Alliage (résistance à la corrosion et brillance de
racier inoxydable)
Cobalt (Co) Alliages, catalyseur dans l'industrie chimique
et pétrolière
Cuivre (Cu) Conducteurs électriques, alliages
Fer (Fe) Constructions métalliques
Hafnium (Hf) Filaments des lampes à incandescence,
réacteurs nucléaire, alliages, processeurs
Iridium (Ir) Alliages (durcissement des alliages de platine),
traitement des lunettes de ski (aspect miroir)
Manganèse (Mn) Alliages, piles électriques, engrais
Mercure (Hg) Industrie pharmaceutique, cathodes, lampes
à fluorescence, plombages dentaires, piles
électriques, thermomètres
Molybdène (Mo) Alliages (durcissement de l'acier), catalyseur
(industrie pétrolière)
Nickel (Ni) Alliages, accumulateurs électriques, cordes de
guitare
Niobium (Nb) Alliages, aimants supraconducteurs

11
Chapitre 1 • Introduction à la géologie économique

Famille Substance utile Utlllsatlons/proprlétés

Métaux de Or (Au) Joaillerie, orfèvrerie, monnaie, dorure


transition (s11ite)
Osmium (Os) Alliages (avec les platinoîdes) : pointes de stylo
plumes, pacemaker

Palladium (Pd) Composants électroniques (téléphones


cellulaires, ordinateurs ...), catalyseur, capteur
d'hydrogène, joaillerie
Platine (Pt) catalyseur, capteur d'hydrogène, alliages
(résistance à la température), joaillerie
Rhénium (Re) Alliages, joints des cellules à enclumes de diamant
Rhodium (Rh) catalyseur, tubes à rayons X, miroir
(réverbération et dureté), joaillerie
Ruthénium (Ru) Alliages (renforce la résistance du titane à
la corrosion), disques durs, supraconducteurs
Scandium (Sc) Alliages (surtout d'aluminium), lampe
à halogènure métallique
Tantale (Ta) Condensateurs électroniques
Technétium (Tc) Imagerie médicale
Titane (Ti) Pigment, alliages
Tungstène IY/) carbure de tungstène utilisé dans la formation
des pièces d'usure industrielles
Vanadium (V) Additif dans racier, catalyseur
Yttrium (Y) Tubes cathodiques, laser (YAG), alliages
supraconducteurs
Zinc (Zn) Galvanisation (protection de l'acier contre la
corrosion par dépôt d'une fine couche de Zn),
laiton (alliage cuivre· zinc)
Zirconium (Zr) Enveloppe du combustible nucléaire, faux
diamants
Métaux pawres Aluminium (Al) Transport, emballage, construction, fils électriques
Bismuth (Bi) Fusible, verre, céramiques, industries
pharmaceutique et cosmétique
Étain (Sn) Bronze (cuivre et étain), fer blanc (acier
r ecowert d'étain) des boites de conserves,
électronique (étamage et soudures), monnaies
Indium (ln) Cellules photovoltaîques, détecteurs
infrarouges, médecine nucléire
Plomb (Pb) Accumulateurs électriques (batteries de
voiture), conduites d'eau, gouttières, cristallerie,
munitions
Thallium (Tl) T hermomètres basse température, détecteurs
infrarouges

12
1.2 • Qu 'est-ce qu'un minerai ? Un gisement minier?

Famille Substance utile Utlllsatlons/ proprlétés

Minéraux et roches Diamant Dureté, propriétés esthétiques

Corindon Dureté
ou« émeri»
Talc Douceur, propriétés lubrifiantes
Pierre ponce Abrasivité
Amiante Résistance au feu
Mica Résistance au feu, isolation électrique
Diatomite Propriétés filtrantes
Barytine Densité (boue de forage)
Andalou site caractère réfractaire
Disthène caractère réfractaire
Albite Fusibilité
Ha lite Alimentation, aptitude à baisser la température
de fusion de l'eau (déneigeage)

Cakite Propriétés optiques (rend les papiers


et peintures brillants)

Les utilisations du cuivre, Je métal pris en exemple jusqu'à présent, sont bien
connues. Sans ce métal (ou d'autres métaux aux propriétés similaires), il n'y aurait
pas de postes de télévision, de centrales électriques, de TGV ou d'ustensiles de
cuisine en laiton. Les autres métaux, comme Je fer, Je manganèse, Je titane et for, ont
une multitude d'utilités différentes dans la société dans laquelle on vit et quelques-
unes sont énumérées sur Je site internet de J'USGS (United States Geological Survey)
http://mi11erals.11sgs.gov/gra11ted.html et celui du BGS (British Geological Survey)
http://www.bgs.ac.11k/mi11erals11k/statistics/worldStatistics.html. Mais la définition de
minerai inclut également les ressources énergétiques, et en particulier Je charbon et
l'uranium. Le pétrole est normalement exclu de la définition qui est restreinte aux
solides, mais Je bitume que l'on trouve dans des gisements comme les sables bitu-
~ mineux d'Athabasca au Canada pourrait être considéré comme un minerai. Enfin,
g il existe toute une gamme de substances, généralement de faible cofit, qui sont
il extraites et sont également considérées comme des ressources minérales : cette liste
~ comprend les matériaux utilisés en construction comme les calcaires dont on fait Je
;~ ciment, mais également les granulats dont on fait les routes, les engrais, les abrasifs,
·~ et même Je sel.

1
~
1

1
0

B
Chapitre 1 • Introduction à la géologie écono mique

~RT 1.1 L'indice de criticité du United States


Geologica l Survey (USGS)
En 2008, un comité de géologues et d'économistes travaillant dans plusieurs
organisations gouvernementales et universités des États-Unis, a publié un
rapport dans lequel l'offre en un grand nombre de métaux et de substances
minérales est évaluée. Ce rapport est consacré à la situation américaine,
mais les principales conclusions s'appliquent également aux pays euro·
péens. le comité a défini un indice, nommé « criticality index» ou « indice
de criticité » (figure 1.4) qui considère l'importance de la substance dans
notre société industrielle (axe des abscisses) et le risque de restriction de
son offre (axe des ordonnées). l'importance d'une substance ne dépend fina·
lement pas tant de la quantité qu'on en utilise, mais de si elle est critique
pour certaines utilisations, et de si elle peut être substituée par d'autres
matériaux. De son côté, le risque de restriction de l'offre dépend de facteurs
comme la possibilité pour un produit d'être produit localement ou la néces·
sité d'importation, la localisation des sources et la stabilité politique des pays
exportateurs. Dans la figure suivante, issue d'une étude similaire menée par
la Commision européenne, nous voyons que le nickel est très important pour
l'industrie mais ne comporte pas de risque réel d'approvisionnement dans
la mesure où ce métal est produit dans de nombreuses régions du monde.

e terres rares lourdes

e terres rares légères


antimon e
e •
magnésium
niobium e e graphite magnés1·1e
. ... cobalt • •
germa ium ~ e _. fluorite tungstène
ooium li ume •sii cium
scandium ~lium • charbon
e rhénium phosP. 1 latnoïdes e
e rate ·n .. e tantale c rome •
argent • talc ~olyooe
. . ne étain 1 9.tnanganèse vanadi
or htt11um er.. . . . e zinc
e • e'~e. aluminium nafnium • •
titane tel ure sé/nium potasse nickel

Importance économique
Figure 1.4 - Le« crltlcallty Index• des substances minérales
d'aprés la Commission européenne.
http://ec.europo.eu/enterprlse/po//c/es/row-moterlols/fl/es/docs/
crm-report-on-crlt/col-row-moterlo/s_en.pdf.

14
1.2 • Qu 'est-ce qu'un minerai ? Un gisement minier?

les terres rares et particulièrement les terres rares lourdes ainsi que les
autres métaux « critiques » figurant dans le rectangle en haut à droite ont
de nombreuses utilisations spécifiqu·e s pour lesquelles ils sont difficilement
substituables, et sont produits dans peu de pays - pas forcément stables poli·
tiquement. Pour ces raisons, leur indice de criticité est élevé. les listes des
métaux critiques diffèrent d'une région à l'autre. La Chine produit quasiment
tous les métaux dont elle a besoin et n'offre sur les marchés qu'un petit nombre
de ressources minérales incluant les minerais de fer de haute teneur, le charbon,
l'aluminium et le chrome. De façon assez ironique, les compagnies minières ont
récemment dépensé beaucoup de moy·ens dans l'exploration des gisements d'or
alors que cette substance est la moins «critique» de tous les métaux.

1.2.2 Qu'est-ce qu'un gisement?


Un gisement es tune accumulation de substance utile qui est présente en concentration
suffisante pour être extraite en générant des profits. Dans cette définition se trouvent
à la fois les termes« substance utile» et« profit» : c'est une définition géologique et
économique. Pour comprendre ces idées, considérons l'exercice suivant.

r-Exercice 1.2 - Choix d'un site d'exploitation


Imaginons que vous soyez directeur d'une compagnie minière et qu'un pros-
pecteur vienne vous proposer d'acheter une propriété pamii la liste suivante.
Votre ttlche serait alors de décider quel est le meilleur gisement pour une
exploitation dans les 5 à JO ans à venir.
1. Un gisement de JO millions de tonnes avec 0,2 % de Cu à Lille.
2. Un gisement de J million de tonnes avec J % de Cu à Lille.
3. Un gisement de JO millions de tonnes avec 2 % de Cu à Maamorilik (côte
ouest de Groenland).
4. Un gisement de JO millions de tonnes avec 5 % de Cu dans le nord-ouest du
Pakistan.
5. Un gisement de 5 millions de tonnes avec J % de Cu à Lille.
6. Un gisement de J 000 millions de tonnes avec 0,8 % de Cu à Lille.
Z Un gisement de J 000 millions de tonnes avec 0,8 % de Cu dans le Parc des
Écrins (Alpes).
ÉLÉMENTS DB SOLUTION. Vous pouvez voir que cette liste comprend sept gise-
ments de cuivre qui se distinguent par leur taille, leur teneur en cuivre et leur
localisation. Pour faire un choix, Je plus facile est d'éliminer les gisements les
moins attractifs parce qu'ils sont trop p etits, parce que leur teneur en cuivre est
trop faible, ou parce qu'ils sont situés dans des régions inhospitalières. Pour
vous aider dans ce choix, vous vous rappellerez que nous avons dit dans la
partie précédente que les gisements de cuivre exploités contiennent en général

15
Chapitre 1 • Introduction à la géologie économique

plusieurs centaines de millions de tonnes de minerai dont la teneur moyenne


en cuivre est environ 0,8 %. Avec cette information, nous pouvons éliminer
Je gisement numéro 1, dont la teneur en cuivre est trop faible, et Je gisement
numéro 2 qui est trop petit. Le gisement de Maamorilik, situé sur la côte ouest
du Groenland à environ 500 km au nord du cercle arctique, est peu attractif
à cause de sa taille (assez petite) et de sa localisation (dans une région au
climat extrême et éloignée des centres industriels). Compte tenu de l'état de
guerre qui existe dans la« zone tribale » du nord-ouest du Pakistan (gisement
numéro 4), aucune compagnie minière responsable n'envisagerait d'exploiter
un gisement dans cette région. Le gisement 7 est situé dans un Parc National.
Il ne fait aucun doute que l'ouverture d'une exploitation minière dans ce site
naturel ferait face à de vives protestations de la population et à des pressions
politiques. Le département du Pas-d e-Calais, dans laquelle se trouvent les
deux derniers gisements, a eu une longue histoire minière. Si une exploi-
tation devait être ouverte en France métropolitaine, c'est sans doute dans
cette région qu'elle serait Je mieux accueillie. Pour choisir entre ces deux
gisements on peut comparer la masse totale de métal : Je gisement numéro 5
contient 50 000 tonnes, alors que Je gisement numéro 6 contient 8 millions
de tonnes (Mt). La très grande quantité de métal contenue dans Je gisement 6
pourrait compenser l'excédent de dépense lors de l'exploitation d'un minerai
un peu moins concentré.
__)

1.3 LES FACTEURS QUI INIFLUENCENT LA POSSIBILITÉ


D'EXPLOITATION D'UN GISEMENT

1.3.1 Teneur et tonnage


Quelques éléments sur les relations entre la teneur, Je tonnage et la viabilité d'un
gisement ont été montrés dans l'exercice 1. Pour qu'un gisement soit exploitable,
il faut qu'il contienne plus qu'une concentration minimale et un tonnage minimal
d'une valeur marchande. La figure J.Sa montre de façon très schématique que les
gisements sont disposés sur une courbe entre de très petits gisements très riches
comme les monocristaux de cuivre et l'immense gisement de teneur beaucoup plus
faible que forme la Terre entière. La plupart des gisements qui sont à la fois grands et
de fortes teneurs ont été exploités et il reste désormais des gisements petits et à fortes
teneurs et d'autres gisements beaucoup plus grands mais avec de plus faibles teneurs.
La figure l.Sb donne une idée grossière de la relation qui existe entre la teneur dans
les gisements et Je prix des métaux (cette relation sera examinée en détail dans une
section ultérieure). La plupart des métaux abondants et présents en concentrations
élevées dans les minerais ont un prix relativement faible ; d'autres métaux présents
dans des concentrations beaucoup plus faibles ont un prix beaucoup plus élevé.
Dans tout gisement, la teneur du minerai est variable, depuis de petites zones de
minerai riche jusqu'à de plus grandes zones avec des teneurs inférieures. Les valeurs
présentées dans la figure 1. Sa sont les teneurs moyennes du minerai extrait, mélange

16
1.3 • Les facteurs qui Influencent la possibilité d'exploitation d'un gise ment

de minerai de haute et basse teneur en métal. La partie du gisement pour laquelle


on n'extrait pas Je métal est généralement très similaire au minerai duquel Je métal
est extrait, mais sa concentration en métal est inférieure à un certain seuil. Ce para-
mètre important est la teneur-limite (eut-off grade en anglais). Inclure ce minerai
« pauvre » au minerai « riche » extrait serait une opération non rentable : Je cofit de
l'exploitation minière du minerai «pauvre » dépasserait la valeur du métal récupéré.
Mais que se passe-t-il si Je prix du métal augmente ?

Un Cnslal du Cu
1~
Fe Al
50%

....
:l
....
:l
NI
Zn
Q)
c: 1% ~ 1% Cu

~ ~
8
' " 10ppm Au , Pt
1ppm
107 1010 1()21 $20/lonne $1 /kg $10/ g

tonnage prix du métal


Figure 1.5 - Teneur moyenn e des gisements en fonction de leur tonnage (a)
et en fonction du prix du métal (b).

r-
Exercice 1.3 - Estimation des réserves exploitables d'un gisement
en fonction de /'évolution de la teneur limite
La figure 1.6 est un schéma théorique d'un hypothétique dépôt de minerai :
un cœur riche, comprenant du minerai à forte teneur en métaux est entouré
par un volume plus important de roche dont les teneurs en métaux sont plus
faibles. On considère que la densité moyenne du minerai est 2,9. Les teneurs
sont en pourcentages massÎ,{JueS. Supposons que le prix du cuivre augmente
de 4 000 $à 8 000 $par tonne, comme il l'a fait au cours de la période 2004
à 2008. Conm1ent évoluent (1) la teneur-limite, (2) la quantité de minerai
pouvant être exploité et (3) la masse de cuivre extraite?
ÉL~MEN1S DE SOLUTION. (1) L'augmentation du prix conduit à une baisse de la
teneur-limite (figure J.6b). (2) La conséquence est qu'une quantité beaucoup
plus grande de minerai peut être exploitée et que la (3) quantité de cuivre extraite
augmente. Dans fexemple, Je rayon de la zone qui peut être exploitée augmente
de 1,6 à 2,7 km lorsque la teneur-limite baisse de 1 % à 0,5 %. La masse de
minerai qui peut être exploité dépend du carré de cette distance (en supposant
que la profondeur maximale de l'exploitation minière reste fixé à 1 km) et Je
volume passe de 8,0 kffi3 (= n x J,@ x 1) à 22,9 km3 (= n x 2,72 x 1). La masse
de minerai extrait passe donc de 23,3 x 109 tonnes à 66,4 x 109 tonnes.

17
Chapitre 1 • Introduction à la géologie écono mique

En prenant en compte Je minerai de plus faible teneur désormais exploitable,


(0,5 % au lieu de 1 %), la masse de cuivre extrait augmente fortement, passant
de 233 x 106 tonnes (Mt) à 449 x 106 tonnes.

(a) Plan du gisement (b) Profil de teneur


tentt.r en CUMê (%) teneur lintte à ;

tooeur en cuivre 2.0 - 4 000 S/blne

/
.... 1.8
0.25%

/
/
,,
, -0.5 %
' \
1.8
1.4
' 1
' 1.2
1.0 - - 8000Sltoone
rayoo (km) 1
1 0.8
/ 0.8 1

'' /
/
0.4
Il
~
20 000 Sltame

0.2

(c) Modèle 30

Figure 1.6 - Cas d'un gisement théorique cylindrique de cuivre.


_)
Cet exemple illustre clairement un aspect important : si la société a besoin d'une
ressource, si aucun substitut ne peut être trouvé, et si Je recyclage n'est pas suffisam-
ment efficace pour répondre à la demande, alors Je prix de cette ressource augmente,
et des roches de plus faibles teneurs deviennent des minerais. Il y a bien sfir des
limites et des complications à ce modèle, mais ce type d'argument nous amène à
penser que théoriquement, les ressources en de nombreux métaux ne seront jamais
épuisées. Cela ne signifie pas que les besoins de l'industrie seront toujours assouvis.
Il est possible que d'autres facteurs comme la minimisation des modifications envi-
ronnementales, encouragée par la société civile, ou que l'abondance en ressources
énergétiques nécessaires à l'extraction et aux purifications, limitent ou stoppent

18
1.3 • Les facteurs qui Influencent la possibilité d'exploitation d'un gisement

l'exploitation de certains types de gisements. Dans ce cas, un choix doit être fait : Je
cofit du métal doit augmenter afin que l'exploitation soit« durable » de façon envi-
ronnementale et énergétique, ou un substitut doit être trouvé.
Comme l'illustre la figure 1.2, les réserves de cuivre ont en fait augmenté durant
tout Je siècle dernier, malgré la production croissante liée à l'augmentation de la
population. Cette tendance n'a été interrompue que dans les dernières décennies à
cause de l'extraordinaire demande chinoise. Cet aspect est traité en détail dans Je
chapitre 6.

1.3.2 Nature du minerai


Plusieurs autres facteurs influencent fortement la possibilité d'exploitation d' un gise-
ment. Un facteur important est la nature du minerai. Les caractéristiques à prendre
en considération sont par exemple Je type de minéraux, la taille des grains et la
texture du minerai, qui influencent Je cofit de l'exploitation minière et de la purifica-
tion du métal. Prenons, par exemple les deux principaux types de minerai de nickel :
magmatique et latéritiques. Dans Je minerai magmatique on exploite des minéraux
sulfurés - principalement la pentlandite, (Fe,Ni)9 S8, alors que dans Je minerai latéri-
tique on exploite la garniérite (une argile) ou la goethite (hydroxyde de Fe). Chaque
minerai a ses avantages et ses inconvénients. L'énergie nécessaire pour extraire
Je minerai de nickel est beaucoup plus i mportante dans Je cas des minerais latéri-
tiques, et c'est un inconvénient majeur dans la période actuelle où Je cofit de l'énergie
augmente. En contrepartie dans Je cas du minerai magmatique, la purification du
nickel à partir de minerai sulfuré produit de grandes quantités de soufre dont seule
une partie est vendue. Le reste constitue un polluant et un déchet toxique qui doit être
éliminé. Selon les pressions politiques et économiques sur l'utilisation de l'énergie
et sur l'élimination des déchets, l'un ou l'autre des types de gisement est privilégié.
La taille des grains et la dureté du minerai influencent Je cofit de son broyage en
fine poudre. Cette opération est généralement nécessaire pour les purifications en
raffinerie ou en fonderie. Les trois gisements de Pb-Zn (± Cu) australiens sont un
exemple frappant (figure 1.7) : tous ont des teneurs similaires en métaux, mais Je
dépôt à Broken Hill a été métamorphisé sous Je faciès granulite. Le métamorphisme
a entraîné la formation de gros minéraux, très faciles à traiter; Je gisement du Mt Isa
a été moins fortement métamorphisé et son minerai à grains fins est moins attractif;
"
'8
g
il
enfin Je minerai de McArthur River n'est presque pas métamorphisé et son minerai
à des grains si fins que les sulfures ne peuvent pas être séparés des autres minéraux
~ par un simple broyage.
s
~ Mentionnons également dans cette partie les éléments mineurs qui augmentent ou
~ diminuent la valeur d' un minerai. Dans de nombreux cas, Je minerai contient d'autres
·• métaux à des concentrations inférieures aux teneurs-limites d'exploitation, mais si
J ces métaux sont récupérés lors de la purification du minerai principal, ils peuvent
~ contribuer de manière significative à la rentabilité d'un gisement. Des exemples de
, ces métaux « bonus » sont l'or ou l'argent contenus dans les minerais de cuivre et
J les platinoïdes contenus dans les minerais Ni. En revanche, la présence de petites
" quantités d'autres métaux peut compliquer Je processus d'extraction et de diminuer la

19
Chapitre 1 • Introduction à la géologie écono mique

valeur du minerai. C'est Je cas des métaux « toxiques »parmi lesquels Je phosphore
que contient parfois Je minerai de fer.

Figure 1.7 - Infl uence de la taille de grain sur l'exploitabilité:


(a) minerai non métamorphisé à grains très fins du gisement de McArthur
River. Les lits clairs sont composés de grains fins de sulfures de Zn-Fe et
d'argiles. Des grains de quartz détritiques et des clastes de roches défor·
ment ces lits; (b) minerai peu métamorphisé, à grains fins et déformés du
Mt Isa; (c) gros cristaux de galène et bustamite (silicate de Mn-Ca) du gise·
ment de Broken Hill ayant subi un métamorphisme en faciès granulite.
(Photographies : (a) de Ross Large ; (b) de Peter Muhling ; et (c) de Chris Arndt)

1.3.3 Localisation du gisement


Dans l'exercice 1.2, nous avons souligné l'influence de la localisation d' un gisement.
Sa valeur et sa viabilité sont réduites lorsqu'il est éloigné des régions industrielles et
peuplées, lorsqu'il est situé dans un climat hostile ou dans une région politiquement
instable. Tous ces facteurs augmentent Je cofit de l'exploitation minière, Je cofit du
transport des produits et Je risque d'installation d'une exploitation.
La localisation géologique est également un paramètre important : Je plus grand
gisement de nickel que nous connaissons: est au centre de la Terre. Le noyau contient
quelque 1019 tonnes de nickel métal mais il est évidemment totalement inacces-
sible (sauf pour les héros de films américains). La profondeur d'un gisement a une

20
1.3 • Les facteurs qui Influencent la possibilité d'exploitation d'un gisement

influence majeure sur Je cofit d'exploitation. Un gisement peu profond peut être
exploité dans une mine à ciel ouvert, qui est une alternative bien moins onéreuse que
l'exploitation d'une mine souterraine, nécessaire pour les gisements plus profonds.
D'autre part, la nature du minerai peut être importante pour son cofit d'exploitation.
Les minerais sédimentaires friables et peu résistants sont creusés plus facilement que
les roches magmatiques plus dures.
Enfin, un corps minéralisé compact et regroupé est beaucoup plus facile à exploiter
qu'un corps minéralisé discontinu et entrecoupé de failles. Deux gisements de platine
au sud de l'Afrique apportent une illustration intéressante. Les gisements de platine
de l'intrusion du Bushveld (Afrique du Sud) sont formés de couches quasi conti-
nues, qui rendent l'exploitation prévisible et très efficace. Au contraire, les gisements
situés dans une autre intrusion, Je « Great Dyke » du Zimbabwe, même s'ils ont des
teneurs équivalentes, sont tellement irréguliers et découpés par des failles que leur
exploitation est rendue très difficile. Le déséquilibre politique et la fragilisation de
l'économie du pays rend toute exploitation encore plus difficile.

1.3.4 Les facteurs économiques, politiques


et techniques
Comme illustré dans les exemples discut:és précédemment, les critères économiques
et diplomatiques peuvent influencer considérablement la viabilité d'un gisement.
Dans certains cas, ils favorisent l'installation d'une exploitation et augmentent la
valeur d'un gisement, tandis que dans d'autres cas, ils empêchent toute exploitation.
Le développement technologique a une influence positive sur les exploitations
minières : c'est grâce à l'amélioration des techniques d'extraction et de purification
que nous sommes capables d'exploiter des minerais de cuivre de moins en moins
concentrés comme nous l'avons illustré en début de chapitre.
Un autre exemple marquant est Je retour en activité des mines d'or en Australie.
Les minerais de la région Coolgardie-Kalgoorlie ont été découverts en 1892 et au
début, l'exploitation n'a porté que sur l'or alluvial. L'exploitation s'est poursuivie au
début du xx• siècle par la création de mines souterraines. Les haldes contenant les
« déchets » des mines se sont multipliés aux alentours des villes qui se dévelop-
paient rapidement. Dans la seconde partie du siècle, les gravats contenus dans les
~ haldes ont été retraités 3 ou 4 fois, et à chaque traitement, de l'or a été de nouveau
g extrait. Ce phénomène est lié à la hausse brutale du cours de l'or, notamment avec
il la fin de la position de l'or comme référence pour définir les monnaies en 1971 et la
~ plus récente augmentation du prix de l'or liée au boom du prix des métaux. Mais,
a de façon concomitante avec ces pressions économiques, il y a également eu des
~ progrès technologiques considérables, qui ont notamment permis l'extraction d'or
·~ à partir du minerai qui était jusqu'alors impossible. Les progrès les plus récents
f
~
dans ce domaine consistent en un lessivage des haldes par des fluides contenant
des bactéries qui phagocytent l'or. Des progrès énormes ont également été faits
, dans l'exploitation des mines, comme en témoignent les immenses mines à ciel
J ouvert consacrées aux grands gisements: peu profonds et de faible teneur de cuivre,
" or, et autres métaux.

21
Chapitre 1 · Introduction à la géologie économique

Bibliographie
BRITISH Gl!OLOGICAL SURVEY, World Minerai Production 2005-2009 http://www.bgs.ac.11kl
mi11erals11klstatistics/worldStatistics.hlml.
JAQUES AL., HULEATT M.B., RATAJKOSKI M. et TOWNER R.R., « Exploration and disco-
very of Australia's copper, nickel, lead and zinc resources 1976-2005 » (2005), Resources
Policy, 30, 168-185.
NATIONAL RESEARCH COUNCD. (2008) Minerais, Critical Minerais, and the u.s. Economy,
National Academies, 2008, ISBN 0309112826 United States Geological Survey, Minera!
Resources Program. http://mi11erals.11sgs.govlprod11ctsli11dex.hlml http://mi11erals.11sgs.
govlmi11eralslp11bslmcs/20J3/mcs2013.pdj

22
CLASSIFICATION,
RÉPARTITION
ET UTILISATION
DES MINERAIS
ET DE LEURS
GISEMENTS

2.1 Classifications des minerais


2.2 Classifications des gisements
2.3 Répartition mondiale des gisements.
2.4 Production globale, consommation et commerce des ressources minérales
2.5 Les échanges mondiaux de ressources minérales
2.6 Ressources minérales et exploitation minière en France métropolitaine

> Comprendre pourquoi Il existe de nombreuses classifications des minerais


et des gisements, et comprendre l'intérêt de chacune
> Avoir une vision globale de la répartition mondiale des gisements en relation
avec les contextes géodynamiques et les processus de formation des minerais
~ > Avoir quelques notions d'économie sur les échanges mondiaux des ressources
g
minérales
~
~
s
~
·~
t 2 .l CLASSIFICATIONS DES MINERAIS
z On trouve dans la littérature des classifications variées, basées sur toute une diversité
& de critères. Certaines classifications se fondent sur des critères économiques, comme
J l'utilisation finale de la substance utile extraite, alors que d'autres se fondent sur des
" facteurs géologiques. Quelques exemples sont donnés dans les tableaux 2.1 et 2.2.

23
Chapitre 2 • Classification, répartition et utilisation des minerais et de leurs gisements

Tableau 2.1 - Classification des ressources minérales


en fonction de l'utilisation du produit.

Fer
Chrome
Métaux ferreux
(utilisé dans Manganèse
la fabrication d 'acier)
Nickel
Molybdène
Cuivre
Zinc
Métaux de base Plomb
(métaux comm.uns ,
utilisé dans l'in dustrie) Étain
Antimoine
Cobalt
Minérais métalliques Gallium
Lithium
Niobium
Métaux Platine
de haute-technologie (et autre métaux de ce groupe)
Tantale
Terres- rares
Titane
Or
Métaux précieux Platine
Argent
Autres Aluminum
Sources d'energie Uranium , pétrole, gaz, charbon
Matériaux de
Sables, graviers, argiles
construction
Minéraux industriels Silice, kaolin, gypse, talc, potasse, phosphate, sillimanite
Pierres précieuses Diamant, émeraude, opale, rubis , saphir
Agate, améthyste, béryl, grenat, jade, lapis-lazuli, malachite,
Pierres fines
topaze, tourmaline, turquoise, zircon
Nore: cette classification est indicative mais certains éléments ne peuvent pas être rangés dans une seule
catégorie: le nickel est à la fois un métal de base et un métal ferreux: le titane est à la fois un métal ferreux
et un métal de haute-technologie.

24
2.1 • Classifications des minerais

Tableau 2.2 - Classification des minerais à partir des types de minéraux.

Sulfures et sulfosels
Covellite - CuS
Chalcocite - Cu~

Chalcopyrite - CuFeS 2

Bornite - Cu 8FeS4
Tetraédrite- (Cu, Ag), 2 Sb 4 S, 1
Galène - PbS
Sphalérite - (Zn,Fe)S
Cinabre - HgS
Cobaltite - (Co, Fe)AsS
Molybdénite - MoS2

Pentlandite - (Fe, Ni~ S8

Millerite - NiS
Realgar - AsS
Stibine - Sb~ 1

Sperrylite - PtAs2

Laurite - RuS2

Oxydes et hydroxydes
Bauxite Gibbsite-Al(OH)i
Boehmite - (-AIO(OH))

Dias pore - (-AIO(OH))

cassitérite - Sn0 2
Chalcotrichite - Cu 20
Tenorite - CuO
Chromite- (Fe, Mg)Cr2 0 4
Columbite - tantalite ou coltan

- (Fe, Mn)(Nb, Tah06


Hématite - Fe 2 0 1
llménite - FeTi01

Magnétite - Fe1 0 4
Pyrolusite - Mn02
Rutile-Ti02
Uraninite (pechblende)- U02

25
Chapitre 2 • Classification, répartition et utilisation des minerais et de leurs gisements

Tableau 2.2 - Classification des minerais à partir des types de minéraux. (Suite)

Oxysels

calcite - caco3
Rhodochrosite - MnC03

Smithsonite -ZnC03

Malachite - Cu 2(0H~ C03

Barytine - Ba50 4

Gypse - caso •. 2H20


Chalcocyanite - Cu504

Brochantite - Cu50 4·3Cu(OHh

Scheelite - CaW0 4

Wolframite - (Fe, Mn)W0 4

Apatite - Ca8 (P04h (F,CI, OH)

Halogènes

Halite - NaCI
Sylvite - KCI

Fluorite - caF2

Métaux et éléments natifs


Or-Au

Argent-Ag

Platinoîdes - Pt, Pd, Ru

Cuivre- Cu

carbone - c (diamant, graphite)

Silicates

Beryl - Be3 Al2 (Si0v6

Grenat - Fe3 Al2 (SiO•h


Garnierite- mélange d'hydrosilicates de Ni et Mg

Kaolinite - A1 4 Si 4 0 8 (OH) 8

Sillimanite - Al 2 Si05

Spodumène - LiAISi2 0 6

Talc - Mg3 Si4 Oa (OHh

Zircon - Zr5i04

26
2.1 • Classi fications des minerais

2.1.1 Classification par utilisation du métal


ou du minéral d'intérêt
Dans les ouvrages plus anciens, il est courant de lire des classifications se fondant
sur Je type de métal ou l'utilisation de la substance extraite des gisements. Le
tableau 2.2 présente par exemple une liste des minéraux extraits des mines de cuivre.
On remarque que ce métal est extrait de différents types de sulfures et de sulfosels,
de sulfates, de carbonates, d'oxydes et dans quelques rares cas sous forme de cuivre
natif. Le cuivre est l'un des « métaux de base », terme qui fait référence à un groupe
de métaux communs, dominé par les éléments de transition, qui sont très utilisés
dans l'industrie. Les autres catégories de minerais (tableau 2.1) comprennent les
minéraux qui sont utilisés sous leur forme naturelle sans purification ou extraction
d'un élément spécifique. La baryte, par exemple, est un sulfate de baryum - élément
relativement lourd - utilisé pour augmenter la densité des boues de forages pétro-
liers. L'uranium et Je charbon sont des sources d'énergie. De nombreux types de
minéraux sont utilisés comme abrasifs ; les grenats, les émeris et les diamants sont
trois exemples, mais on utilise également les feldspaths (la prochaine fois que vous
achèterez un tube de dentifrice, regardez s'il contient des « silicates de sodium et
d'aluminium»). Ce type de tableau propose des liens utiles entre les divers types de
minerais et Je type d'utilisation sociale qui en est fait.

~ART 2.1 Le cuivre, un mé t a l très ve rs a tile


le cuivre et l'or ont été les premiers métaux utilisés par l'Homme, et sont encore
très largement utilisés aujourd'hui. le cuivre est extrait dans toutes les parties du
globe (à l'exception de l'Europe centrale où les gisements connus ont été épuisés et
de nouveaux gisements n'ont pas encore été découverts) et très largement utilisé
dans l'industrie. les principaux pays pr·o ducteurs de cuivre sont le Chili, le Pérou,
et les États·Unis. On peut dire qu'environ tous les pays consomment du cuivre,
dans des volumes dépendant de la population et du degré d'industrialisation.
les utilisations courantes du cuivre sont présentées dans le tableau 2.3. Sa forte
conductivité thermique et électrique, sa résistance à la corrosion et sa couleur
attractive ont permis un vaste champ d'utilisations. On y remarque que l'essentiel
du cuivre est utilisé dans des câbles en tant que conducteur électrique ; de grandes
quantités sont utilisées en alliage avec le zinc (laiton), l'étain (bronze) ou avec
d'autres métaux dans les ustensiles ou les pièces de monnaie. le développement

Tableau 2 3 - Utilisation du cuivre dans l'industrie


~lectricité/~lectronique 42 %
Construction 28%
Transports 12 %
Machinerie industrielle 9%
Autres utilisations (monnaie, médicament s, fongicide) 9%

So11rce: St andard CIB Global Research www.staJUlardba11k.co.za

27
Chapitre 2 • Classification, répartition et utilisation des minerais et de leurs gisements

de nouveaux types d'alliages a permis de nouvelles utilisations dans les super·


conducteurs et les batteries; et les composés cuivrés sont également utilisés
dans une large gamme de produits agricoles (bouillie bordelaise), de médica·
ments, etc.
Dans les pays industrialisés, la consommation individuelle de cuivre est restée
constante au cours des dernières décennies. Les nouvelles utilisations du cuivre
ne nécessitent que des quantités limitées de métal et ces nouveaux besoins sont
compensés par l'abandon d'utilisations industrielles massives et par les volumes
croissants de métaux recyclés. Cependant, la demande croissante des pays en
voie de développement nécessitera une augmentation massive de la produc·
tion de cuivre ; cette augmentation ne sera pas possible sans la découverte de
nouveaux gisements et leur exploitation efficace.

2.1.2 Classification par type de minéraux


Le type de minéral peut être utilisé comme autre critère de classification comme Je
montre Je tableau 2.2. Dans ce tableau, nous voyons qu'un grand nombre de métaux
sont extraits sous forme de sulfures (par exemple Je Cu sous forme de chalcopyrite,
Je Pb sous forme de galène, Je Ni sous forme de pentlandite). Une autre catégorie
importante est celle des gisements d'oxydes, qui procurent l'étain sous forme de
cassitérite (Snû:J, Je fer sous forme de magnétite (Fep4 ), ou l'uranium sous forme
de pechblende (UO:J. Les autres métaux sont extraits de carbonates ou de sulfates,
généralement dans les zones d'altération au-dessus des gisements primaires.
Très peu de métaux sont extraits des mines sous forme native, les seuls exemples
courants étant l'or et les éléments du groupe du platine. Le carbone est également
extrait sous forme native de diamant ou de graphite, et sous forme impure dans les
charbons. Même si Je cuivre existe dans la nature sous forme native, sa présence sous
cette forme est plutôt un inconvénient qu'un avantage : certes, Je cuivre natif contient
100 % Cu et augmente la teneur globale en cuivre du minerai, mais il est malléable et a
tendance à s'amalgamer dans les broyeurs conçus pour les sulfures et silicates cassants.
Les silicates sont de Join les principaux minéraux dans la plupart des roches, mais
ils sont peu fréquents dans les listes de minéraux d'intérêt économique. Les excep-
tions sont la garniérite, un minéral argileux qui constitue l'essentiel des latérites à Ni,
les zircons, minéraux détritiques lourds exploités comme source de métal Zr, et les
grenats, utilisés comme abrasifs. Le quartz est en phase de devenir de plus en plus
important en tant que source de silicium, utilisé dans les semi-conducteurs et les
panneaux solaires.

2.2 CLASSIFICATIONS DES GISEMENTS


2.2.1 Une grande diversité de classifications
pour une grande diversité de gisements
Il existe des similitudes entre la diversité de classement des minerais et celle des
classements de gisements. Dans les ouvrages plus anciens, les gisements sont classés

28
2.2 • Classifications des gisements

selon leur type de production : les gisements de cuivre, les gisements d'or, les sources
d'énergie (fissible - l'uranium, ou fossile - les charbons et hydrocarbures), etc. Ce
type de classement peut être utile dans un contexte purement économique, mais n'est
pas utilisé dans ce texte dans lequel nous traitons des processus de formation.
Au cours du xxe siècle, de nombreuses classifications se sont basées sur Je type
de roche dans lequel se trouvent les gisements où sur la géométrie du gisement et sa
relation avec son encaissant. Un exemple est donné dans Je tableau 2.4.

Tableau 2.4 - Classification des gisements de Lindgren


(modifiée d'après Lindgren, 1933 et Evans, 1993).

Profondeur Température Occurrence Métaux


("Cl
Gisements En surface ±100 Dans les roches Pb, Zn,
téléthermaux sédimentaires ou Cd, Ge
les coulées de laves ;
gisements dans des
fractures ouvertes et des
cavités. Pas de processus
de remplacement.
Gisements Depuis 50·200 Dans les roches Pb, Zn,
épithermaux la surface sédimentaires ou ignées ; Au, Ag,
jusqu'à Gisements souvent Hg, Sb,
1, 5 km localisés dans des Cu, Se,
systèmes de failles; Bi, U
sous forme de simples
veines ou sous forme
cylindrique ou de
stockwork. Processus de
remplacement limités.
Gisements 1,2 à 4, 5 km 200·300 Généralement à proximité Au, Ag,
mésothermaux ou au sein même de roches Cu, As,
ignées ; associés à des Pb, Zn,
failles régionales ; gise· Ni, Co,
m ents de rem placement W, Mo,
en extension ou remplis· U, etc.
sage de fractures ; corps
tabulaires, stockworks,
corps cylindriques.

Gisements 3 à 15 km 300·600 À proximité ou au Au, Sn,


hypothermaux sein même de roches Mo, W,
plutoniques mises en Cu, Pb,
place à des profondeurs Zn, As
importantes. Affleurent
là où l'exhumation a été
importante. Remplissage
de fractures ou zones de
remplacement de forme
tabulaires, ou irrégulière.

29
Chapitre 2 • Classification, répartition et u tilisation des minerais et de leurs gisements

Ainsi, les gisements dans des roches plutoniques étaient distingués des gisements
dans des roches sédimentaires ; les gisements sous forme de veine étaient distingués
des couches concordant avec la stratification des roches hôte ; les minerais massifs
étaient distingués des minerais disséminés. Une classification populaire proposée
par Lindgren - influent géologue américain spécialisé dans l'étude des gisements -
distingue les gisements formés dans les différents niveaux de la croOte (tableau 2.4).
De nos jours, les termes « épizone », « mésozone », et « catazone » sont encore
utilisés pour décrire les gisements de faible profondeur, de profondeur intermédiaire,
et les gisements formés en profondeur. Une distinction est ensuite faite entre les gise-
ments « syngénétiques » formés en même temps que leur roche hôte des gisements
« épigénétiques » formés par la cristallisation tardive des minéraux d'intérêt écono-
mique, dans les roches déjà consolidées.
À la fin du xx• siècle, Je développement de la théorie de la tectonique des plaques
a répandu toute une série de classifications liées au contexte tectonique. Comme Je
montre Je tableau 2.5, les gisements dans les bassins océaniques étaient distingués
de ceux dans les zones en convergence ou ceux dans des contextes intracratoniques.
Tableau 2.5 - Classification des gisements en fonction du contexte géodynamique
(classification tectonique).

1. Gisements de rides océaniques (frontières de plaques en divergence)


Gisements de sulfures massifs vokanogéniques • VMS • (Cu, Zn).
Gisements exalatifs • SEDEX •(Zn, Cu, Pb, Au and Ag). Par exemple la mer Rouge.
Nodules de manganèse (Mn, Ni, Cu, Co ...)
Amiantes riches en chrome et platinoîdes dans les roches ultramafiques (Cr, PGE).

Il. Gisements dans les marges en convergence


Gisements de porphyres de cuivre (Cu-Mo).
Gisements de métaux de base (Cu, Pb, Zn, Mo), de métaux précieux (Pt, Au, Ag) et
d'autres métaux (Sn, W, Sb, Hg).
Veines à Pb-Zn-Ag et gisements métasomatiques.

Ill. Gisements dans les systèmes de rifts intra-cratoniques


Gisements de Sn, fluorine, barytine dans les granites.
Evaporites dans les bassins des rifts.
Gisements de carbonatites sources de Nb, P, REE, U, Th et autres éléments rares.
IV. Gisements en contexte intracontinental
Gisements de Ni et platinoîdes dans les intrusions basiques litées.
Gisements de Ti dans les anorthosites.
Gisements d'oxyde de fer- cuivre- or.
Gisements de Pb-Zn-Ag dans les calcaires et les sédiments clastiques.
Gisements de cuivre sédimentaires.
Latérites à Ni et Al.
Diamants dans les kimberlites.

30
2.2 • Cl assifications des gise ments

Cette catégorie de classification est encore utilisée, particulièrement lorsque l'on


discute de la répartition à l'échelle planétaire des gisements, comme nous Je ferons
dans la partie suivante. Cependant, ces types de classifications ont désormais été
largement remplacés par d'autres types de classifications dans lesquels Je critère de
base est Je processus responsable de la minéralisation (tableau 2.6).
Tableau 2.6 - Classification des gisements en fonction
des processus minéralisateurs.

Les gisements magmatiques


Les gisements de chromites des complexes basiques-ullrabasiques, formés par une
modification de la séquence de cristallisation d'un magma.
Les gisements de magnétite et de platinoïdes des complexes basiques-ullrabasiques,
formés par des processus magmatiques et/ou hydrothermaux.
Les gisements de sulfures formés par immiscibilité magmatique.
Les autres gisements magmatiques.

Les gisements hydrothermaux


Les gisements de sulfures massifs volcanogènes ou VMS (Volcanogenic Massive Sulfide)
Les gisements de porphyres.
Les gisements sédimentaires exhalatifs (SEDEX).
Les gisements de type Vallée du Mississippi ou • Mississippi Valley Type• (MVn.
Les autres types de gisements hydrothermaux.

Les gisements formés par des processus sédimentaires et de surface


Les gisements de placers.
Les gisements de fer sédimentaires.
Les autres gisements sédimentaires: Mn, phosphates, nitrates, sels, soufre.
Les latérites.
L:altération supergène.

Même si on pourrait reprocher reprocher à ce type de classification de ne pas être


suffisamment rigoureuse car elle repose sur des propriétés supposées plutôt que sur
des paramètres objectifs pouvant être mesurés et quantifiés, c'est bien celui que nous
~ utiliserons dans cet ouvrage. La classification que nous avons choisie présente des
g inconvénients : comme nous Je verrons dans les prochains chapitres, il est parfois diffi-
~ ci le pour dcertains giseméendts de chofisir une catégorie unique. Cependant, cllde a l'énorme
S avantage e mettre en v1 ence 1e a1tque 1es gisements ne proviennent que e processus
~ géologiques « normaux », tcls ceux qui forment les roches magmatiques ou sédimen-
·~ taires classiques. Elle constitue une incitation à passer de la discipline de la« gîtologie »
• - qui établit un catalogue essentiellement descriptif des gisements - à une discipline
J interprétative plus moderne. Cette approche permet enfin d' utiliser les connaissances
~ des processus géologiques normaux comme Je partage des éléments entre les liquides
, et les cristaux, Je tri des minéraux selon leur densité Jccs de leur transport fluvial, ou la
J stabilité des phases minérales dans les solutions aqueuses, pour comprendre comment-
" physiquement et chimiquement - les gisements peuvent être formés.

31
Chapitre 2 • Classification, répartition et utilisation des minerais et de leurs gisements

2.2.2 Vers une classification des gisements basée


sur les processus minéralisateurs
La liste des titres du tableau 2.6 correspond en quelque sorte à la liste des processus
géologiques que l'on peut trouver dans un livre d'introduction à la géologie. Nous
voyons par exemple que certains gisements sont formés par des processus magma-
tiques, d'autres par sédimentation, et d'autres encore par l'érosion et l'altération en
surface. Ce qui distingue les deux listes, c'est l'absence du métamorphisme dans
la liste des processus minéralisateurs importants. On trouve à sa place la catégorie
majeure des gisements associés à la circulation des fluides hydrothermaux. Les
processus métamorphiques sont en effet impliqués dans un nombre très restreint de
gisements - par exemple les gisements de grenats, formés lors de la cristallisation
de grenat aux dépens d'autres phases minérales instables pendant l'épisode méta-
morphique - qui n'ont pas une immense importance économique. Dans les livres
d'introduction à la géologie, lorsque l'on considère la Turre dans son intégralité, la
circulation de fluides aqueux chauds n'est mentionnée qu'en tant qu'agent d'altération
qui modifie la composition et la texture des roches magmatiques et sédimentaires ;
ce même processus est à l'origine de la formation d'une immense diversité de gise-
ments qui représentent plus de la moitié des ressources connues.
Considérons maintenant la première catégorie du tableau 2.6 : les gisements
formés par des processus magmatiques. On remarque que de nombreux types de
gisements se trouvent dans des roches maliques et ultramafiques et que les types
de gisements localisés dans des roches différenciées felsiques et siliceuses sont un
peu moins nombreux. Un grand nombre de gisements sont en réalité localisés dans
des granites, on pense actuellement qu'ils sont issus de la précipitation de minéraux
d'intérêt à partir de fluides aqueux et non pas à partir du magma lui-même. Il y a un
lien direct entre les types de minéraux d 'intérêt et la composition de la roche dans
laquelle ils se trouvent. Les gisements de Ni, Cr, et de platinoïdes - éléments qui
ont un fort coefficient de partage pour les minéraux qui cristallisent tôt dans une
différenciation magmatique normale - se trouvent dans les roches maliques et ultra-
mafiques. Les roches felsiques, au contraire, contiennent des gisements d'éléments
qui se concentrent dans les liquides magmatiques évolués. Certains sont présents
dans les phases cristallisant tardivement: comme filménite, qui contient du Ti, et la
cassitérite, minerai d'étain ; d'autres s'échappent par les fluides riches en eau qui se
séparent du liquide silicaté et sont redéposés dans des pegmatites ou dans des gise-
ments hydrothermaux. Les pegmatites sont des sources importantes de métaux rares
de plus en plus utilisés comme Je lithium, Je béryllium et les terres rares.
Certains métaux ne se trouvent que dans un seul type de gisement, Je meilleur
exemple étant sans doute Je chrome qui est extrait quasi exclusivement sous forme
de chromite, un oxyde magmatique qui s'accumule pendant la cristallisation des
magmas maliques et ultramafiques. Des gisements sédimentaires de placers à chro-
mite très mineurs ont été exploités, mais: aucun gisement hydrothermal n'est connu.
Plus de 98 % de l'aluminium provient de la bauxite, un sol latéritique qui se forme
sous les climats chauds et humides ; mais ce même métal est également extrait
dans une mine russe de syénite à néphéline, une roche magmatique. La plupart des

32
2.3 • Répartition mondiale des gisements

métaux, cependant, se trouvent dans des origines diverses. Le lithium est un bon
exemple : dans certains granites, il est concentré par des fluides lors de la cristalli-
sation et forme des veines et de pegmatites. Dans d'autres contextes, il est concentré
dans des roches volcaniques d'où il est dissous par les fluides hydrothermaux et se
concentre dans des roches sédimentaires évaporitiques au niveau de salars. Dans
d'autres contextes encore, les fluides hydrothermaux les fluides hydrothermaux
chargés en lithium altèrent les roches volcaniques et laissent des argiles riches en
lithium. La distribution des minerais métalliques et les types de processus qui les ont
formés sont décrits dans les prochains chapitres.

2.3 RÉPARTITION MONDIALE DES GISEMENTS


Les gisements ne sont pas répartis de façon homogène sur la surface du globe. De
vastes étendues de terre sont dépourvues de gisements viables alors que d'autres
territoires, que les Anglo-Saxons appellent « metal provinces », comportent une
proportion inhabituelle de gisements d'un ou plusieurs types. Des exemples notables
sont les alignements d'énormes gisements de cuivre Je long de la cordillère améri-
caine, depuis l'Alaska jusqu'au Chili, les regroupements de gisements de plomb-zinc
dans des calcaires au centre des États -Unis, les gisements d'étain dans la granite
d'Asie du sud-est. Pour des raisons géologiques et économiques, il est important
de connaître quelques grands traits de la répartition des gisements. D' un point de
vue géologique, la répartition des gisements apporte des indices importants sur les
processus minéralisateurs ; d'un point de vue économique, la répartition irrégulière
influence fortement Je prix des métaux et les échanges mondiaux ; c'est un facteur
important qui influence les relations internationales et explique patfois alliances et
conflits.
Dans les classifications des gisements liées à la tectonique des plaques, l'accent est
assez naturellement mis sur Je contexte tectonique dans lequel Je gisement se trouve,
mais de nombreux gisements se forment dans des contextes sédimentaires ou par des
processus de sutface (altération/érosion) ; pour ces exemples, la géomorphologie, Je
relief, et les climats actuels et passés exercent des contrôles additionnels sur la loca-
lisation des gisements. Tous ces facteurs sont présentés brièvement dans la partie qui
suit et seront développés par la suite dans les chapitres ultérieurs.
": 2.3.1
'8
Les facteurs géologiques
~ La répartition mondiale des gisements est illustrée dans la série de cartes et de listes
S de gisements majeurs rassemblées dans la figure 2.1. Nous n'avons sélectionné que
~ quelques substances utiles majeures qui illustrentles principes de base qui gouvernent
·~ la distribution des gisements ; des informations plus détaillées et plus exhaustives
f sont disponibles sur des sites internet (voir liste à la fin du chapitre).
~ Commençons par Je cuivre, un métal utilisé dans l'industrie dans tous les pays
• et exploité sur tous les continents (figure 2.la). Une grande partie des ressources en
J cuivre provient d'un unique type de gisement, les « porphyres de cuivre », ou « gise-
" ments de porphyres » (voir chapitre 4). Ces gisements sont directement associés aux

:B
Chapitre 2 • Classification, répartition et utilisation des minerais et de leurs gisements

zones de subductions et se trouvent principalement dans les arcs insulaires et dans


les marges en convergence. C'est la raison expliquant l'alignement de gisements
qui s'étend Je long de la côte ouest de l'Amérique du nord et de l'Amérique du sud,
mais également dans tout Je Pacifique du sud-ouest. De grands gisements de cette
même catégorie sont également présents dans les arcs insulaires accrétés qui ont
été incorporés dans les chaînes de collision, comme dans la chaîne Alpes-Carpates·
Himalaya. Une autre catégorie majeure de gisements de cuivre se forme dans les
roches sédimentaires matures dans les bassins intracratoniques, comme c'est Je cas
des gisements de la « ceinture de cuivre » (copperbelt ) centrafricaine. Le cuivre se
trouve également dans des intrusions magmatiques diverses pour lesquelles il est
plus difficile de trouver un lien avec Je contexte tectonique. L'exemple type est Je
gisement de Sudbury au Canada, qui s'est formé lors de la cristallisation d' un magma
créé par un grand impact de météorite. Un autre exemple est Je gisement de l'intru-
sion de Phalabora, résultat de la mise en place d' un magma riche en carbonates dans
Je craton archéen du Kaapvaal (Afrique du Sud).
Dans de nombreux gisements magmatiques, Je cuivre est associé au nickel
(figure 2.lb). C'est Je cas de la plupart des gisements de ce type, pas seulement pour
Sudbury mais également pour Noril'sk en Russie et Jinchuan en Chine. Une autre
catégorie de gisement de nickel se trouve dans des komatiites - roches formées par
la cristallisation de laves ultramafiques, qui se sont mises en place à l'Archéen et au
Protérozoïque inférieur. Les gisements d e Ni-Cu au sein de komatiites, sont cepen-
dant restreints aux parties les plus anciennes de la crofite terrestre, dans les ceintures
de roches vertes en Australie, au Canada, et au Zimbabwe. Mais tous les gisements
de Ni ne sont pas magmatiques. Une autre catégorie majeure comprend les gisements
latéritiques, pour lesquels la distribution est assez différente. Alors que les para-
mètres contrôlant la localisation des gisements magmatiques sont la structure de la
crofite et Je contexte tectonique, les paramètres contrôlant la formation des latérites
sont climatiques : un sol latéritique se développe sous un climat chaud et humide.
Tous les gisements de ce type se situent dans les régions relativement proches de
l'équateur, ou étaient situés à proximité de l'équateur lors de leur formation. Les
gisements majeurs de Ni latéritiques sont en Nouvelle-Calédonie, en Indonésie, au
Brésil et en Australie.
Les minerais de fer ont été formés par une grande diversité de processus, même si
un processus particulier a créé l'essentiel de nos ressources en ce métal (Figure 2.lc).
Ce processus est celui qui a formé les fers rubanés ou B.l.F (Banded Iron Formations).
Près de 90 % du minerai de fer est extrait des formations de fers rubanés, un type
de sédiments formé par précipitation chimique dans l'eau de mer sur les plateformes
continentales de faible profondeur, pendant Je Protérozoïque inférieur. Comme nous
l'expliquons dans Je chapitre 5, cette période de l'histoire de la Terre a connu une
forte augmentation de la teneur en oxygène de l'atmosphère et des océans, phéno-
mène qui a entramé la précipitation d'oxydes du fer qui était dissous dans l'eau de
mer. Les plus grands gisements de fer au monde se trouvent ainsi dans les séquences
sédimentaires recouvrant les cratons archéens, au Brésil (Cajaras, Minas Gerais),
en Australie (Hamersley), en Afrique du Sud (Sishen), au Canada (Labrador) ainsi
que les gisements découverts récemment en Guinée (Simandou) en République

34
2.3 • Répartition mondiale des gisements

Démocratique du Congo (Zanaga). Une exception notable est Je gisementde Kiruna,


en Suède : il s'agit d'un immense gisement de magnétite, probablement d'origine
magmatique, ainsi que nombreux gisements plus petits formés par des processus
hydrothermaux, souvent au contact entre des roches intrusives et des calcaires.
Une autre ressource que nous avons choisi de décrire dans cet ouvrage est l'ura-
nium. Une part importante des gisements a été formée en discordance à la base de
bassins sédimentaires dans des cratons archéens, au nord du Canada (Cigar Lake,
Rabbit Lake) et de l'Australie (Ranger). Des gisements hydrothermaux sont exploités
aux États-Unis (McArthur River, Pandora, Alta Mesa) et en Asie Centrale dans des
bassins sédimentaires plus jeunes. Deux exemples particuliers sont les gisements
d'Olympic Dam (Australie) et des conglomérats de Witwatersrand (Afrique du Sud)
exploités dans des gisements polymetalliques. Le gisement de Rossing (Namibie)
est magmatique, Randstad (Suède) dans des argilites noires et Yeerlirrie (Australie)
dans des formations superficielles (calcrètes).
Les gisements d'or sont exploités dans des contextes tectoniques divers. Ce sont
en majorité des gisements d'or orogéniques, c'est-à-dire ceux localisés au niveau de
marges actives des continents comme par exemple dans la Cordillère nord-améri-
caine ou dans les chaînes alpine et himalayenne. D'autres gisements se trouvent dans
les arcs insulaires modernes (Pacifique occidental) ou dans les équivalents précam-
briens (ceintures de roches vertes archéennes du Canada et de l'Australie). Enfin, une
catégorie totalement différente de gisement d'or est celle des gisements de placers
(voir chapitre 5), qui comprend des gisements protérozoïques (Witwatersrand, en
Afrique du Sud) et modernes (placers de Californie aux États-Unis, Klondike et
Yukon au Canada ; Victoria en Australie).
Le titane (figure 2.ld) est quant à lui extrait de deux types de gisements. Le
minerai Je plus courant est l'ilménite, phase minérale accessoire d'un grand nombre
de roches métamorphiques et magmatiques, qui est présente en proportion beau-
coup plus grande dans les anorthosites. Cette roche, est composée essentiellement
de plagioclases calciques, de quelques pourcents de minéraux ferromagnésiens, et de
teneurs variables en oxydes de fer et titane. Un genre particulier nommé« anorthosite
massive» s'est mis en place dans la crofite continentale au milieu du Protérozoïque
et contient généralement des concentrations exploitables d'ilménite. Les grands gise-
ments de cette catégorie se trouvent dans une bande qui s'étend depuis les États-Unis,
"
'8
g à travers Je Québec (Canada) et jusqu'en Norvège.
il Lorsque les roches magmatiques ou métamorphiques sont soumises à l'altération
j et à férosion, l'ilménite - minéral stable sous les conditions de surface - est libérée
~ et transportée dans les rivières avant d'être déposée Je long des côtes, lorsque les
~ rivières atteignent l'océan. Lorsque la crofite continentale est stable et soumise à des
·• périodes prolongées d'altération et lorsque Je littoral est une marge passive stable, de
J grandes accumulations de minéraux stables et denses peuvent être formées dans les
~ plages de sable. Des gisements majeurs d' ilménite, associée avec d'autres minéraux
, lourds comme Je rutile (autre source de Ti), Je zircon (source de Zr), et la monazite
J (source de Th et de terres rares) sont situés dans les plages de sable Je long des côtes
" australienne, indienne, et sud-africaine.

35
Chapitre 2 • Classification, répartition et utilisation des minerais et de leu rs gisements

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Figure 2.1 - Distribution mondiale des gisements et des ressources minérales.


Source : British Geol oglcal Survey, World Minerai Production 200 5-2009,
http;//www.b9s.ac.uk/mlneralsuk/sta1/s1/cs/wor/dS1a1/st/cs.h 1ml.

36
2.3 • Répartition mondiale des gisements

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e. Principaux producteurs d'une sélection de métaux

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Figure 2.1 - Distribution mondiale des gisements et des ressources minérales. (Suite)
Source: British Geologlcal Survey, World Minerai Production 2005·2009,
http;//www.b9s.ac.uk/mlneralsuk/sta1/s1/cs/wor/dS1a1/st/cs.h1ml.

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Figure 2.2 - Tendances des échanges mondiaux de substAnces mlnérAles. .
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Source d' ln formatlon.s : http://www.trademap.org/
2.4 • Production globale, consommation et commerce des ressources minérales

La dernière ressource que nous avons sélectionnée est Je diamant (figure 2.le). Ce
minéral est également exploité dans deux types de gisements. Les sources principales
et primaires sont les kimberlites, roches ultramafiques assez rares qui se mettent en
place sous forme d'intrusions tubulaires(« pipe») au sein ou à proximité des cratons
archéens. Et lorsqu'une kimberlite est érodée, les diamants qu'elle libère s'accu-
mulent dans les gisements alluviaux des rivières et dans les sables et graviers des
plages sur Je littoral. Historiquement, ce sont des gisements alluviaux d'Inde - dont
la source primaire est toujours inconnue - d'où fon extrayait la plupart des diamants.
Ensuite les gisements majeurs d'Afrique du Sud, à la fois kimberlitiques et alluviaux,
ont été découverts et ont produit l'essentiel des diamants extraits pendant tout Je
xxe siècle. Pendant la dernière décennie,. de nouveaux gisements ont été découverts
dans presque tous les pays sur des cratons archéens stables ; en Russie, en Australie,
au Canada, au Brésil, au Groenland et en Finlande.

2.4 PRODUCTION GLOBALE, CONSOMMATION


ET COMMERCE DES RESSOURCES MINÉRALES
La figure 2.2 et les tableaux 2.7 et 2.8 s ont des listes qui indiquent Je lieu où les
métaux et les minéraux d'intérêt économique sont extraits, et les lieux d'où l'essen-
tiel des ressources minérales sont exportées et où elles sont importées. La première
liste classe les pays en fonction de leur production d'une petite sélection de subs-
tances utiles ; la seconde liste classe les pays en fonction des quantités de substances
utiles qu'elles exportent et importent. Précisons que Je pétrole n'est pas inclus dans
cette sélection de substances minérales utiles. Même si les pays les plus grands figu-
rent dans les premières places de chaque liste, comme on pouvait l'attendre, il y a
quelques anomalies qui apportent des renseignements essentiels sur Je fonctionne-
ment global de l'industrie minière.
Dans chaque liste, nous voyons trois catégories de pays : (1) les grands pays
industrialisés qui possèdent de grandes ressources propres ; (2) les pays avec peu
ou pas de ressources minérales ; et (3) les pays avec de grandes ressources mais
relativement peu de population, ou faiblement industrialisés. La première caté-
gorie de pays, pour laquelle nous pouvons prendre comme exemples la Russie, les
~ Etats-Unis et la Chine, sont aux sommets des listes des producteurs (tableau 2.6)
g et des consommateurs (tableaux 2.7 et 2.8) ; ils produisent une grande quantité de
il métaux qu'ils consomment dans leur usage domestique. La seconde catégorie de
j pays dans laquelle l'on trouve des pays comme Je Japon et l'Allemagne, qui ont
très peu de gisements mais une industrie très active qui consomme de grandes
.j quantités de matériaux bruts. Ces pays oont des importateurs majeurs de minerai et
• de métaux purifiés. Enfin, les pays de la troisième catégorie - ayant d'importantes
J ressources mais une faible population ou une industrialisation limitée - sont les
~ principaux exportateurs de minerai (tableau 2.8). Des exemples sont l'Australie,
, l'Afrique du Sud, Je Chili, et Je Brésil.
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Tableau 2.7 - Liste des prtnc lpaux pays producteurs d' une sélection de métaux et minerais. Q

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Afrique
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Émirats
1,9 Jamaîque 10,I
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9 Brésil 1,4 Russie S,3 Kuakhstan S2 Turquie 3S Canada S78 Cuba 68 Chana 9B ..
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Source: British Geologlcal Survey 2012. Production mondiale en 2012 depuis les données compilées entre 2008 et 2012. ..
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3
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2 .4 • Produ ction g lo b ale, consommation et com merce des ressou rces minéral es

Tableau 2.8 - Liste des principaux pays imponateurs


et exportateurs de minerai, en 2007.

(a) lmponateurs

Pays Montant (SUS)

1 Chine 85 280 550


2 Japon 28 365 440
3 Allemagne 9 307 674
4 Corée 6 623 871
5 Inde 5 250 223
6 Royaume Uni 4 679 500
7 États·Unis 4 487 631
8 Belgique 3 183 008
9 Pays· Bas 3081 213
10 Italie 2912043
11 Finlande 2896519
12 canada 2 775 180
13 France 2 630 696
14 Russie 2 307 253
15 Espagne 2 217 288

{b) Exponateurs

Pays Montant (SUS)

1 Australie 34 546 550


2 Brésil 18 726 620
3 Chili 14 888 160
4 Pérou 7 273 738
5 Afrique du Sud 7 268 294
6 Inde 6 519 472
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7 États-Unis 6 487 638
8 canada 6 053 128
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Indonésie
Suède
4 295 629
2 628 527
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11 Kazakhstan 2 412 308
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Russie
1 12
13 Ukraine
2374813
2 153 611
~
1
14 Iran 1 579 345
15 Congo 1 555 942
~ Source : hrtp;//www.trademap.org/

41
Chapitre 2 • Classification, répartition et utilisation des minerais et de leurs gisements

Il y a bien entendu de nombreuses exceptions à ces observations générales. Les


États-Unis ont très peu de grands gisements de Ni et Cr et Jeurs ressources propres
en ces métaux - essentiels à la production d'acier - ne sont pas suffisantes pour Jeurs
besoins. Ils font ainsi partie des principaux pays importateurs pour ces métaux. De
même, l'explosion industrielle en Chine a multiplié les besoins en divers métaux
et ses ressources domestiques bien qu' importantes sont largement insuffisantes.
La Chine est un important importateur de nombreuses substances minérales. Par
contre, la Chine possède de très grands gisements de tungstène et en produit plus
que ce qu'elle consomme ; c'est un exportateur de ce métal. L'Australie, pays ayant
d'abondantes ressources en presque tous les types de minerais, est un exportateur
majeur pour de nombreuses ressources mais elle manque de chrome et doit importer
ce métal.

r-Exercice 2.1 - Développement d'une mine de platine au Groenland


L e retrait des glaciers continentaux dans de nombreuses parties du Groenland
a permis aux compagnies minières d'explorer de nouveaux gisements dans
des zones qui étaient auparavant recouvertes de glace. L es principales cibles
sont les gisements de platinoïdes. Comme nous le détaillerons dans le chapitre
suivant, ces gisements se trouvent dans les intrusions mafiques et ultrama-
fiques litées, particulièrement (mais pas exclusivement) dans les terrains du
Précambrien.
Dans cet exercice:
(a) Utilisez vos connaissances sur les formations géologÎ,{Jues et sur le contexte
tectonique du Groenland pour cibler des zones d'intérêt où l'exploration
pourrait être menée. (Des cartes géologiques sont disponibles sur internet
par exemple à l'adresse: http:l/www.geus.dk/program-areas/raw-materials-
greenl-maplgreen/andlgr-map/lwst_ l -uk.htm).
(b) Discutez les aspects économÎ,{Jue, politÎ,{Jue et environnemental du dévewp-
pement d'une mine de platinoïde dans la région. Dans cette discussion, vous
prendrez en compte les positions éventuelles des gisements recherchés, le climat
et les autres aspects qui influencent l'expwitation d'un gisement ; la distance
aux pays importateurs ; l'utilisation actuelle et future des platinoïdes ; et les
aspects politiques. Le Groenland est-il un producteur minier potentiel stable,
et conmumt le positionneriez-vous face aux autres producteurs ?
ÉLÉMENTS DE RÉPONSE. La légende de la carte géologique révèle la présence
d'intrusions basiques d'âges variés. Certaines se sont mises en place il y a 2,8
Ga (âge des gisements de Ni-Cu-PGE australiens), il y a 2.1 Ga (âge de l'in-
trusion du Bushveld en Afrique du Sud) et au Tertiaire comme les intrusions
affiliées à la Grande Province Magmatique de l'Atlantique Nord, dont la mise
en place rappelle celle des gisements de Noril'sk (Trapps de Sibérie, en Russie).
La description de tous ces gisements est faite dans Je chapitre 3. Un géologue
explorateur utiliserait la carte pour trouver les zones où de tels affleurements
ont été localisés.

42
2.4 • Production globale, consomm ation et com merce des ressources minérales

(a) Lorsqu'on envisage d'exploiter un gisement, les facteurs à considérer sont


Je climat (plus extrême au nord et sur la côte est), la distance à la côte et les
moyens de transport du minerai vers une infrastructure portuaire depuis
laquelle il pourra être exporté, les équipements d'extraction purification et haut
fourneaux disponibles (depuis Je Groenland, Outukumpu, en Finlande, est une
possibilité), les mesures à mettre en œuvre pour une exploitation durable envi-
ronnementalement. Les aspects politiques doivent aussi être pris en compte.
Les bureaux nationaux doivent demander un permis d'exploration et éventuel-
lement d'exploitation. Des taxes doivent être payées. Les compagnies doivent
employer des travailleurs locaux. Les contraintes les plus sérieuses pourraient
venir du gouvernement : depuis de nombreuses années, il est interdit d'exploiter
des minerais contenant des éléments radioactifs au Groenland. Cela empêche
toute exploitation de gisement de terres rares mais ne pose aucun problème
pour l'exploitation des minerais de platinoïdes qui contiennent peu d'éléments
radioactifs.
_)

De nouvelles complications arrivent lorsqu'on distingue la production de métaux


purifiés (concentrés), de minerai brut ou de produits intermédiaires. Dans certains
cas, Je minerai est exporté sous forme non brute, plus ou moins tel qu'il est extrait
des mines. C'est Je cas pour certains minerais de fer qui sont directement transportés
de mines en Australie ou au Brésil vers des usines au Japon ou en Chine. Totalement
à l'opposé on trouve l'or et les diamants qui sont quasi systématiquement extraits
d'une gangue et concentrés sur place, avant d'être transportés sous forme de métal
pur ou de pierres précieuses non taillées. Dans la plupart des autres cas, Je minerai
ou des produits à des stades divers de purification sont exportés. L'encart 2.2 illustre
les processus de séparation du nickel à partir de ses différents minerais. Comme
pour la purification des autres minerais, ces processus comportent plusieurs étapes
majeures. Pendant l'extraction, un effort est fait pour choisir préférentiellement Je
minerai qui contient un maximum de minéraux riches en métal ; dans une seconde
étape, les minéraux nickélifères sont séparés des minéraux de la gangue et concen-
trés ; dans une troisième étape, Je Ni est purifié par électrolyse.

~RT 2.2 !:extraction et la purification


du minerai de nickel

(1) L'extraction
On trouve le nickel dans deux types très différents de minerais, entraînant deux
modes d'extraction distincts : (1) les gisements de sulfures sont généralement
extraits dans des mines souterraines ou dans d'immenses mines à ciel ouvert
profondes dans le cas de quelques gisements nouvellement exploités. (2) les
latérites sont quant à elles extraites de carrières peu profondes en utilisant des
engins de terrassement comme de grandes pelleteuses, des pelles à bennes traî·
nantes ou des tractopelles.

43
Chapitre 2 • Classification, répartition et utilisation des minerais et de leurs gisements

(Il) Le raffinage et la fonte


le minerai passe d'abord dans de grandes meules où il est broyé en poudre dont
la taille est plus fine que la taille moyenne des minéraux.
les minerais de sulfures sont séparés de leur gangue par un processus de flot·
taison : on les lave dans de grandes c.uves dans lesquels Ils sont soumis à des
acides gras et des huiles qui augmentent le caractère hydrophobe des particules
de sulfures. Un dispositif mécanique et pneumatique mélange la suspension
afin de former des bulles d'air auxquelles se lient les particules de sulfures.
Elles remontent alors en surface où elles sont récupérées avec la mousse. les
propriétés magnétiques des sulfures de Fe·Ni sont également utilisées pour faci·
liter leur tri.
les substances concentrées en nickel sont ensuite séchées et brassées par un
flux d'air chaud (à environ 1 350 ·q et oxydant dans des fonderies. la réac·
tion de l'oxygène avec le fer et le soufre des sulfures produit une partie de la
chaleur nécessaire à la fonte. Cette réaction n'a pas lieu dans le cas des mine·
rais latéritiques (oxydes plutôt que sulfures) et plus d'énergie doit être apportée
pour maintenir la température adéquate. le produit formé lors de cette étape est
en général un sulfure de Ni·Fe artificiel que l'on appelle matte de nickel et qui
contient 25 à 45 % Ni. le fer est alors transformé en oxyde, puis est soumis à un
flux de silice pour former un résidu. Une fois le résidu évacué, la matte de nickel
contient 70 à 75 % Ni.
Après cette étape, la matte de nickel peut être traitée selon deux protocoles
différents : elle peut être lessivée à haute pression avec de l'ammoniac - dans ce
cas, le métal est récupéré dans la solution - elle peut sinon être brûlée afin de
produire un oxyde riche en Ni.

(Ill) L'électrolyse
l'étape finale est un électro·raffinage : l'oxyde de nickel est dissous dans des
solutions de chlorures ou de sulfates dans des cellules électrolytiques et du
métal nickel pur se dépose sur la cathode.

(IV) Les désagréments de la purification du nlckel


De grandes quantités de soufre sont émises lors de plusieurs étapes de la
purification du nickel . Une partie de ce soufre est récupérée pour des usages
industriels ou agricoles, mais une grande proportion s'échappe dans la fumée
des fonderies et entraîne une pollution considérable.
les minerais de nickel latéritiques ne contiennent pas de soufre et ne posent
pas véritablement ce problème de pollution au 502 , mais leur raffinage requiert
beaucoup plus d'énergie. les minéraux nickélifères sont des oxydes ou des slll·
cates et ne sont pas facilement séparables par décantation. D'énormes quantités
de minerais doivent ainsi être fondues. le minerai hydraté et la gangue sont
riches en eau et celle-ci doit être évacuée, généralement par séchage et brûlage dans des
fours à haute température. l'oxyde de nickel est ensuite fondu dans des fourneaux
à des températures comprises entre 1 360 et 1 610 ·c. De telles températures
sont indispensables à cause des fortes teneurs en magnésium. la plupart des
fonderies à latérites produisent un alliage de fer et de nickel qui est directement
vendu aux aciéries.

44
2.4 • Production globale, consomm ation et com merce des ressources minérales

1 · S01 (productiond'a<kk
sulfurique)

fusion raffi11ag e
et conversion

impureth

Purification des
m étaux préci eux
extra<tfOn sé/ttriw
~ Pr ..,.~ porso/vonrs
~Pd -...___ ,.__ _ _ __..,
~ Au.Ag ~- ..
~ etautres
.---Il concentrédeplatinoïcks
plolinokks koching négorif
PROCESSUS HYOROMETAllURGIQUE

Processus de purification du minerai de Nl·Cu·PGE


D'après le BGS - British Geological Survey • www.MineralsUK.com)

À chaque étape, Je prix du produit augmente, comme l'illustre l'exercice 2.2. Ce


document soulève Je problème de la rentabilité de construire des raffineries et fonderies très
onéreuses dans les pays extracteurs de minerais. De telles infrastructures permettent d'ex-
porter des produits transformés de plus grande valeur que Je minerai brut mais leur
construction nécessite un endettement important et un véritable retour sur investisse-
ment n'est pas garanti.

r-
Exercice 2.2 - Débat sur les politiques d'exportation - matériaux bruts
ou produits transformés ?
Tous les exportateurs de substances utiles minérales sont exposés à un
dilenmie majeur : doivent-ils exporter du minerai non raffiné ou du métal ou
du minéral pur après raffinage ? Lorsque l'on sait le prix des produits raffinés
est plusieurs fois supérieur à celui du minerai brut la réponse parait évidente:
son exportation apporterait beaucoup plus de revenus aux pays. D e plus, la
construction et la maintenance des raffineries et des fonderies sont sources
d'emplois, d'infrastructures industrielles et elles développent des compétences
nouvelles dont bénéficierait le pays exportateur.
En 2014, l'Indonésie a conmiencé à restreindre l'exportation de minerais
bruts, encourageant ainsi les compagnies minières à installer les équipenients
nécessaires à la purificati.on des métaux sur place, et promouvant le dévewp-
penient industriel du pays.

45
Chapitre 2 • Classification, répartition et utilisation des minerais et de leurs gisements

Par contre, les coûts importants de la constructi.on et de la mise en service


des raffineries et des fonderies sont des points négatifs à considérer. Pour
que la construction de ces usines ait un intérêt économique, il faut qu'un
certain volume de minerai puisse être traité ; si les gisements sont trop petits,
la construction - même d'une raffinerie beaucoup nwins onéreuse qu'une
fonderie - n'est en général pas viable. De plus, de grands investissements
sont nécessaires pour dévewpper les infrastructures énergétiques, routières et
industrielles et de nombreux pays ne disposant pas de ressources suffisantes
auraient à emprunter et rembourser des intérêts.
Considérons l'exemple suivant. Un gisement de nickel contenant JO Mt de
minerai à 2 % Ni est trouvé au Zimbongo, un petit pays d'Afrique centrale. Le
gisement contient 200 000 t de Ni dont 70 % peut être extrait, ce qui repré-
sente une masse de Ni exploitable de 140 000 t. S'il est vendu raffiné, cette
masse a une valeur de 2 milliards d'euros, si l'on considère le prix actuel du
métal (15 000 euros/tonne). Dans le futur, le prix du Ni et les bénéfices de l'ex-
ploitati.on pourraient augmenter ou diminuer. Le prix du minerai non raffiné
est 70 euros/tonne ; le gisement a donc une valeur marchande en minerai
brut de seulement 140 millions d'euros (soit 7 % de sa valeur s'il exporte du
métal raffiné). Ces valeurs ne prennent pas en compte les coûts d'extracti.on,
de raffinage et d'exportation du mine.rai et du métal, que nous ignorons dans
cet exercice. La durée d'expwitati.on estimée est d'environ 20 ans, avant que le
gisement ne soit totalement épuisé. D 'autres gisements pourraient cependant
être découverts dans la région dans le futur.
Le coût total de la constructi.on de la raffinerie et de la fonderie nécessaires
à la purification du métal est d'environ 3 milliards d'euros. Le Zimbongo ne
dispose pas des ressources nécessaires et serait amené à emprunter sur les
marchés internationaux. Le coflt total du prêt sur une période de 20 ans serait
comparable au nwntant nécessaire, c'est-à-dire 3 milliards d'euros. Vous
paraît-il intéressant pour le Zimbongo qu'il fasse construire les infrastructures
industrielles nécessaires à la purification du Ni ?
__)

Dans cet exercice, la question de la viabilité d'une fonderie à Ni dépend d'une


grande diversité de facteurs parmi lesquels Je prix des métaux très difficile à prévoir.
D'autres facteurs sont importants dans les échanges internationaux comme Je cofit de
l'énergie nécessaire à la purification du minerai. Dans Je chapitre 5, nous évoquons
de la situation singulière de l'aluminium dont la purification nécessite beaucoup
d'énergie et qui est transporté à travers Je globe depuis la Jamaïque ou l'Australie
d'où Je minerai est extrait, vers 11slande où Je minerai est purifié. Malgré Je scep-
ticisme probable des écologistes les plus intégristes, ces transferts minimisent les
émissions de gaz à effet de serre, grâce à la disponibilité en Islande d'énergies
hydraulique et géothermique propres. Nous traitons également dans Je chapitre 5
des problèmes associés à la production de minerai dans les pays en voie de déve-
loppement. Les exemples choisis sont les gisements riches et importants de cuivre
en Afrique centrale, qui auraient dfi procurer des revenus aux pays extrêmement

46
2.5 • Les échanges mondiaux de ressources minérales

pauvres de la région qui n'ont jamais vraiment profité de cette ressource à cause
des pays colonisateurs dans un premier temps puis à cause de l'inefficacité et de la
corruption des gouvernements dans un second temps.

2.5 LES ÉCHANGES MONDIAUX DE RESSOURCES


MINÉRALES
Les tendances des échanges internationaux de minerai sont résumées dans la
figure 2.2. Les flèches montrent la direction des échanges. La plupart des flèches
partent des pays producteurs comme Je Chili dans Je cas du cuivre, et vont vers les
grands pays industrialisés comme les États-Unis, Je Japon, la Chine ou l'Europe.
La position géographique des producteurs et consommateurs influence la direction
des échanges : l'essentiel du cuivre chilien et transporté à travers J'Océan Pacifique
vers les États-Unis, Je Japon et la Chine et ne passent pas Je Cap Horn pour aller en
Europe (les énormes navires transportant les minerais ne peuvent pas passer Je canal
de Panama). Mais d'autres facteurs sont également à prendre à compte. I.:Australie
a un avantage géographique particulier pour vendre son minerai de fer à la Chine
et au Japon, et serait capable de fournir l'essentiel des besoins de ces pays, mais ces
pays importent également du minerai du Brésil. Ce minerai doit traverser une grande
partie de la planète, mais les pays consommateurs sont disposés à payer Je cofit du
transport. Avoir un second fournisseur leur permet de négocier les prix du minerai
de façon plus efficace que si l'Australie était en situation de monopole.

~ART 2.3 L'exportation du minerai de fer depuis le Brésil


vers la Chine
Pour expédier efficacement le minerai brut, et pour que le Brésil puisse concur·
rencer l'Australie comme fournisseur de minerai de fer, un nouveau type de
navire cargo a été développé, les «très grands minéraliers». Ces navires,
nommés« Valemax », en référence à la compagnie brésilienne de minerai de fer
« Vale », sont les plus gros jamais construits. Capables de transporter jusqu'à
400 000 tonnes de minerai depuis le Brésil jusqu'à la Chine, ils passent le Cap de
!! Bonne Espérance et parcourent environ 20 000 km.
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) Un grand minéralier Valemax

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47
Chapitre 2 • Classification, répartition et utilisation des minerais et de leurs gisements

Dans les figures 2.1 et 2.2, on note également la nature précaire des sources de
quelques substances utiles. Actuellement, les principaux pays producteurs de plati-
noïdes - métaux essentiels pour l'industrie de haute technologie et particulièrement
pour la fabrication des pots catalytiques des voitures - sont au nombre de trois : Je
premier est Je Canada, qui restera un fournisseur stable et fiable dans les années à
venir. Le second est la Russie, un pays dont la réputation en tant que fournisseur de
ressources a été entachée par les problèmes de transfert de gaz naturel vers l'Europe.
Le troisième pays - de Join Je principal producteur - est l'Afrique du sud, notam-
ment grâce aux énormes ressources du complexe du Bushveld (chapitre 3). Si ce pays
poursuit sa readition de gouvernement élu démocratiquement, sa politique orientée
vers les marchés internationaux, Je pays restera un fournisseur de platinoïdes de
confiance. Mais si la politique du gouvernement était amenée à changer, ou si des
troubles sociaux éclataient dans Je pays, il y aurait une crise globale d'approvision-
nement en ces métaux. La hausse du prix du platine liée aux grèves de 2012 dans les
mines de Marikana platinum en est un exemple. C'est pour cette raison que Je platine
présente un fort « criticality index » (Encart 1.1).
Quelles seraient les conséquences d'une crise mondiale ? À court terme, Je prix
des métaux grimperait en flèche, et Je cofit de production des voitures et autres
produits qui utilisent les platinoïdes augmenterait fortement ; dans certains cas, la
production serait sans doute arrêtée si les ressources en métaux sont suffisantes. À
plus long terme cependant, on peut espérer que Je prix élevé des métaux stimulerait la
prospection de nouveaux gisements et la recherche de métaux de remplacement pour
les platinoïdes. Ces aspects sont présentés sous un autre angle dans Je chapitre 6.

2.6 RESSOURCES MINÉRALES ET EXPLOITATION MINIÈRE


EN FRANCE MÉTROPOLITAINE
Tout comme Je Royaume-Uni et l'Allemagne, la France a exploité efficacement ses
ressources minières qui ont permis son essor industriel et commercial au xix• et au
xx< siècle. Les substances ayant été extraites sont essentiellement des combustibles
(charbon et lignite), des minerais de métaux (fer, plomb, zinc, un peu l'antimoine,
manganèse, cuivre...), et des substances industrielles (sel, potasse, schistes bitumi-
neux, fluorine, uranium...). Décrire l'industrie minière en France métropolitaine
aujourd'hui est hélas un exercice d'historien, même si la situation est différente
dans les territoires d' Outre-Mer. Pendant la première moitié du xx< siècle, la France
était un producteur majeur d'une longue liste de substances minérales, comme en
témoigne Je grand nombre de mines et exploitations sur la carte de France métropo-
litaine (figure 2.3). Parmi cette longue liste de substances, les productions les plus
significatives ont été (1) l'aluminium, purifié à partir des gisements de bauxite du
Crétacé dans Je sud de la France, (2) Je fer, extrait de la « minette » du bassin de
Lorraine, (3) Je charbon, substance dont nous ne parlons pas dans cet ouvrage mais
qui a été exploitée dans divers sites en France, (4) la potasse, substance d'assez faible
valeur marchande par unité de poids, mais dont l'exploitation dans les mines d'Al-
sace a été durable (5) l'uranium, extrait de plusieurs centaines de gisements il y a

48
2.6 • Ressources minérales et exploitation minière en France métropolitaine

quelques années encore et (6) l'or, dont l'exploitation à Salsigne a été la dernière
mine de France métropolitaine à fermer. La carte simplifiée des mines et exploita-
tions en France métropolitaine, présentée dans la figure 2.3, montre très clairement
que les gisements de métaux de base et de métaux précieux sont situés dans les
terrains varisques (Bretagne, Massif central et chaînes alpine et pyrénéenne).

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0 rnéiaux de tase (Pb. Zn}

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~ Figure 2.3 - Carte de r épartition des minéralisations en France métropolitaine
S (modifiée d'après les données BRGM).
~
·~ 1. La France a participé très activement à l'histoire de l'aluminium (voir également
• l'encart 5.3), depuis la découverte du minerai de bauxite près du village des Baux
J de Provence (13) par Je chimiste Berthier en 1821, jusqu'au développement de
~ processus physico-chimiques de purification, en passant par l'extraction d'immenses
, quantités de bauxite. Le bassin de Brignoles (83) a été pendant un siècle Je prin-
J cipal gisement français de bauxite, et même un temps Je plus important du monde.
" La production a chuté à la fin du x~ siècle et la dernière mine a fermé en 1990.

49
Chapitre 2 • Classification, répartition et utilisation des minerais et de leurs gisements

L'origine des gisements de bauxite est l'altération sous un climat chaud et humide
de roches relativement variées qui a conduit à la formation d'une latérite. Lors de
cette pédogénèse tout à fait particulière et décrite dans Je chapitre 5, les éléments
majeurs sont en grande partie lessivés. Les éléments suffisamment insolubles,
comme l'aluminium, restent et se voient ainsi concentrés.
2. L'extraction du minerai de fer oolithique en Lorraine remonte à des temps très
reculés, des exploitations datant de l'époque romaine ayant été identifiées. Le
processus de formation de ce type de gisement est également présenté dans Je
chapitre 5. Ces gisements ont été un moteur de l'industrie française pendant la
révolution industrielle et ils ont été exploités à la fin du xx• siècle. En 1993 la partie
sud des mines de fer de Briey-Longwy-Thionville, fermait et toute exploitation de
la« minette» de Lorraine a réellement cessé depuis 1997, date de cessation d'acti-
vité de la mine des Terres Rouges à Audun-le-Tiche en Moselle. Sur l'ensemble du
bassin de Lorraine (1 700 km2), 3,1 milliards de tonnes de minerai de fer ont été
extraites (source : DRIRE Lorraine).
3. Autres exploitations hautement symboliques de la révolution industrielles, les
mines de charbons dont l'activité a permis Je développement prospère de plusieurs
villes. Malgré les richesses en charbon de son sous-sol, la France n'a jamais été
autosuffisante. Même lorsque la production a été maximale (dans les années 1960),
la France a toujours importé du charbon étranger. Au cours des deux dernières
décennies les mines de charbon de France métropolitaine ont elles aussi fermé et
les dernières, en Lorraine, ont cessé leur activité en 2003 et 2004.
4. La potasse exploitée historiquement et en quantité en Alsace, devait être extraite
jusqu'en 2003, mais la fermeture du site - très déficitaire - a été anticipée après
un incendie survenu dans les locaux en septembre 2002. La potasse d'Alsace est
une formation évaporitique liée à l'évaporation à J'Oligocène d'un bras de mer
qui s'étendait depuis la Belgique jusqu'aux bassins périalpins. Dans un contexte
géodynamique en extension, Je rift alsacien est devenu un réservoir d'évaporation
d'eau salée, avec en intermittence des faciès de lagunes d'eau douce et de marais
salants.
5. ll y a quelques années, la France comptait210 mines d'uranium. C'est sans doute
l'une des raisons de l'attachement français à l'énergie nucléaire. Plus aucun de
ces gisements n'est désormais exploité, la dernière mine ayant fermé en 2001 (Le
Bernardan, 87). L'essentiel des ressources uranifères françaises se trouve dans des
gisements filoniens associés à des granites en Vendée, dans Je Forez ou Limousin.
Les minerais primaires sont essentiellement composés de pechblende (UOi) et de
coffinite (U(Si04) 1_.(0H)4x). Des minéraux secondaires, produits par l'altération
des minerais primaires, se rencontrent parfois dans la partie superficielle des gise-
ments. lis ne constituent pas à eux seuls des gisements exploitables, à l'exception
du gisement de Margnac (87). Quelques gisements sont d'origine sédimentaire
comme les gisements formés au Permien à Lodève (34) et Cérilly (03) ou les gise-
ments de Saint-Pierre (15) et Coutras (24) formés pendant l'ère tertiaire. Dans Je
cas de ces gisements, les composés d' uranium ont été réduits et ont précipité au
contact de la matière organique à laquelle ils sont désormais associés. Aujourd'hui
AREVA, la grande entreprise française d'exploration d' uranium, continue d'être

50
2.6 • Ressources minérales et exploitation minière en France métropolitaine

active dans la recherche de nouveaux gisements pour faire tourner les 58 réacteurs
nucléaires qui fournissent près de 85 % de l'électricité du pays. Les principaux
domaines d'exploration se trouvent au Kazakhstan, au Canada, et dans certains
pays d'Afrique du Nord. Les enjeux sont tels qu'ils influencent la politique étran-
gère récente du pays dans ces territoires.
6. Enfin, la mine d'or de Salsigne, qui produisait 2 000 tonnes d'or par an et
employait près de 170 mineurs au début des années 2000, a également dfi fermer en
2004, avec mise en place d' un plan ordonné au niveau social et environnemental.
Comme beaucoup de gisements de métaux (Ag, Pb, Sn, Zn, Cu, Ni, Cr, etc.) français, ce
gisement épithermal a été formé par la circulation de fluides riches en métaux lors
d'une « crise métallifère» pendant l'orogenèse varisque (ou hercynienne) il y a
320 à 300 Ma. La carte simplifiée des mines et exploitations en France métropoli-
taine, présentée dans la figure 2.3 montre très clairement que les gisements de métaux
de base et de métaux précieux sont situés dans les terrains varisques (Bretagne,
Massif central et chaînes alpine et pyrénéenne)..

En Outre-Mer, les principales ressources proviennent (1) des immenses gisements


de nickel de Nouvelle-Calédonie exploités par Koniambo Nickel et Yale NC, qui
pourraient contenir près du tiers des ressources mondiales et qui ont été formés lors
de l'altération de roche ultrabasique (voir chapitre 5) et (2) de l'or de Guyane, à la fois
« primaire » dans des veines (voir chapitre 4) et alluvial (voir chapitre 5) exploité à la
fois par des compagnies légales (comme Auplata) et par des orpailleurs illégaux peu
soucieux de la pollution engendrée dans les rivières par Je mercure qu'ils utilisent.
Les tensions sur les approvisionnements en ressources minérales (voir chapitre
6), ont motivé Je BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) à reprendre
l'inventaire minier abandonné en 1992, à la fois pour la Guyane qui présente un
énorme potentiel et pour la France métropolitaine. En croisant les données les plus
pertinentes de l'ancien inventaire minier avec la liste des substances les plus stra-
tégiques au début du xxie siècle, certaines zones d'intérêt sont ciblées et étudiées
en détail. Un soin particulier est apporté à l'évaluation des créations d'emplois que
pourraient apporter les cibles en question, ainsi qu'aux aspects environnementaux.
En prenant en compte tous ces critères, onze gisements ont été classés prioritaires :
Antully (Fe, Ba), Arrens (Ba, Zn), Chessy-les-Mines (Zn, Cu, Ba), Courcelles-
~ Frémoy (F, Ba), Echassières (Sn, W, Li, Ta, Nb), Egreuil (Fe, Ba), Fumade (W),
g Pierre-Perthuis (Fe, Ba), Rouez (Pyr, Cu, Au) Salau (W), et Tréguennec (Sn, Ta,
il Nb, Li, Be). Le BRGM étudie également une cinquantaine de sites de priorité 2
j pour lesquels il rassemble des informations. La Guyane fait quant à elle l'objet d'une
évaluation spécifique notamment pour les minéralisations de colurnbo-tantalite. Le
.j cas de Tennie (chapitre 6) illustre les difficultés à envisager une nouvelle exploitation
• sur Je territoire français.
J La multiplication des fermetures de sit:es d'extraction minière en France à la fin du
~ x:xe siècle a cependant marqué Je début d 'une nouvelle période : celle de la gestion
• de « l'après-mine ». L'état a confié au lBRGM les missions de surveillance et de
J maintien en sécurité des sites. Dans Je bassin ferrifère de Lorraine par exemple, l'ex-
" traction du minerai est à l'origine d'un risque d'effondrement de terrains susceptible

51
Chapitre 2 • Classification, r épartition et u t ilisation des minerai s et de leurs gisements

de se produire des décennies après la fin de l'exploitation minière et contraignant les


règles de constructibilité. Les compétences françaises pour la réhabilitation des sites
miniers sont reconnues internationalement.

Bibliographie
Site internet américain de l'USGS sur les ressources minérales :
http://mi11erols.11sgs.govlmi11eralsl
Site internet de la commission géologique du Canada sur les gîtes minéraux du monde et du
Canada: http:/lappsl.gdr.11rca11.gc.calgsc_mi11erolsli11dex.phlml?/a11g11age=fr-CA
Site internet français sur l'industrie minérale dont Je BRGM est partenaire:
http://www.mi11eralilifo.org
Système d'information géographique du BRGM sur les mines en France:
http://sigmi11esfrœ1ce.brgm.fr/sig.asp
Site internet du British Geological Survey, World Minerai Production 2005-2009 :
http://www.bgs.ac.11k/mi11erals11k/statistics/worldStatistics.hlmL
Statististiques sur Je commerce mondial des ressou rces minérales, TRADE MAP :
http://www.trodemap.org/Co1mtry_SelProd11ct_Map.aspx
Références :
L INDGREN, W. (1933), Mi11eralDeposils, 4th ed., McGraw-Hill.
EVANS, A.M. (1993), Ore Geology a11d J11d11strial Mi11erals, A11 l 11trod11ctio11, Blackwell
Science.

52
LES GISEMENTS
MAGMATIQUES

3.1 Introduction
3.2 Les gisements de chromltes du complexe du Bushveld, formés par
une modification de la séquence de cristallisation d'un magma
3.3 Les gisements de magnétite et de platinoïdes du complexe du Bushvelcl
3.4 Les gisements de sulfures formés par lmmlsclbillté magmatique
3.5 Les autres gisements magmatiques

1
> Comprendre comment de petites perturbations des processus magmatiques
classiques sont à la base de la formation de gisements.
> Connaître les gisements d'origine magmatiques d'importance mondiale
et les substances utiles qu'ils procurent.

3.1 INTRODUCTION
Les minerais magmatiques sont formés d'accumulations de minéraux magma-
tiques. Quelques-unes de ces minéraux sont extrêmement rares et jamais rencontrés
dans les roches usuelles, comme dans le cas des alliages de platinoïdes ; d'autres
minéraux, comme la magnétite, sont courants et sont observés en petites quan-
tités dans un très grand nombre de roches. Ils forment des gisements de minerai
lorsqu'ils sont présents en grande quantité dans des concentrations exceptionnelle-
~ ment élevées. L'enjeu de cette partie est de comprendre les processus aboutissant à
g
~ de telles concentrations.
~
s~ 3.2 LES GISEMENTS DE CHROMITES DU COMPLEXE
·~ DU 8USHVELD, FORMÉS PAR UNE MODIFICATION
1 DE LA SÉQUENCE DE CRISTALLISATION D'UN MAGMA
~•Pour illustrer les processus de concentration, voyons tout d'abord l'exemple des gise-
j ments de chromites dans Je complexe du Bushveld en Afrique du Sud. Les chromites
" sont des oxydes de fer et chrome qui constituent la principale source de métal chrome.

53
Chapitre 3 • Les gisements mag matiques

~RT 3.1 Les gisements magmatiques du complexe


du Bus hve ld
le complexe du Bushveld en Afrique du Sud est sans doute la plus célèbre intru ·
sion mafique- ultramafique au monde notamment pour ces niveaux à chromites
(figure 3.1). Comme le montre la figure 3.2 ci-dessous, sur une carte géologique

Figure 3.1 - Couche de chromlte à Dwars River,


dans le complexe du Bushveld en Afrique du Sud.

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Figure 3.2 - Le meilleur exemple de gisement magmatique:


--
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les chromltes du complexe du Bushveld en Afrique du Sud.

54
3.2 • Les gisements de chromltes du complexe du Bushveld

simplifiée, ce complexe comprend toute une série d'intrusions plus ou moins


circulaires. En coupe, ce complexe comprendrait probablement plusieurs corps
magmatiques en forme d'entonnoirs. Les roches ont un léger pendage vers l'in·
térieur, laissant ainsi les parties inférieures de l'intrusion à l'affleurement en
périphérie. le log stratigraphique montre que la lithologie évolue depuis des
roches ultramafiques à la base de l'intrusion vers des roches intermédiaires
au sommet. les roches en position irnférieure sont des cumulats à olivines et
pyroxènes; au dessus, on trouve des cumulats à pyroxènes et plagioclases;
enfin, le tiers supérieur du complexe est essentiellement composé de diorites.
le complexe du Bushveld contient trois types de gisements : (1) des gisements
de chromites, comme les veines illustrées dans la photographie, qui se trouvent
au sein des cumulats ultramafiques. Ces gisements sont exploités pour le chrome
et dans certains cas pour les platinoïdes. (2) Des gisements de platinoïdes sont
également présents dans le célèbre Merensky Reef situé dans la zone critique,
où la lithologie passe de roches ultrabasiques à des roches basiques. (3) Enfin
des gisements de magnétite situés dans la partie supérieure du complexe sont
exploités pour le vanadium qu'ils contiennent.
les gisements du complexe du Bushveld répondent à une grande proportion de
la consommation globale en ces métaux. la production de chrome représente
50 % de la production mondiale et les productions de platine et de palladium
représentent respectivement 72 % et 34 % des productions mondiales.

La figure 3. l, une photographie de couches de chromite dans la Dwars River, à l'ouest


du complexe du Bushveld, montre quelques aspects importants des gisements de chro-
mite. Les minéraux sont disposés en couches dont l'épaisseur peut être supérieure à
un mètre, qui alternent avec des couches composées d'autres minéraux magmatiques.
La roche est un cumulat formé par la cristallisation de minéraux magmatiques à la
base de la chambre magmatique du Bushveld. Le complexe du Bushveld lui-même
(figure 3.2) est une vaste intrusion différenciée en forme d'entonnoir, dont la partie
inférieure, ultrabasique, est composée d'une alternance de cumulats d'olivines et de
pyroxènes, la partie intermédiaire, basique, est composée de cumulats de pyroxènes
et de plagioclases, et la partie supérieure, plus différenciée, est composée de diorite et
gabbro. Des descriptions plus précises sont disponibles dans les articles de Cawthorn
et collaborateurs (Cawthorn, 1996). La chromite, minéral composant le minerai,
est présente dans toute la partie inférieure, mais normalement sa concentration est
"
'8
g
il
limitée à quelques pourcents.
Le gisement de chromite est situé dans la portion supérieure de la zone ultra-
~ basique localisée dans la partie inférieure du complexe qui affleure sur toute sa
s périphérie.
~
·~ La teneur en chrome des gisements est de l'ordre de 30-40 % Cr. A titre de
• comparaison, la teneur moyenne en chrome de crofite continentale est de l'ordre de
J quelques dizaines de ppm (0,000 l %), mais le calcul d'une teneur crus tale moyenne
~ n'est pas pertinent pour le chrome : l'essentiel du chrome est localisé dans des roches
, ultrabasiques dans lesquelles les concentrations sont beaucoup plus élevées. Même si
J l'on considère que les teneurs en chrome typiques des intrusions ultrabasiques sont
" de l'ordre de 3 000 ppm, le facteur d'enrichissement (rapport entre la concentration

55
Chapitre 3 • Les gisements magmatiques

dans Je minerai et la concentration de base) est de l'ordre de 100. Quel processus


géologique produit de tels degrés d'enrichissement?
Neil Irvine a apporté une explication claire dans un article publié en 1977 (ltvine,
1977). Son diagramme modifié dans la figure 3.3, montre que sous des condi-
tions normales, 1 à 2 % de chromite cristallise simultanément avec l'olivine. Pour
qu'une couche de chromite pure soit produite, la cristallisation de l'olivine et des
autres silicates doit être différée. Irvine a proposé deux explications pour différer
la cristallisation de ces minéraux, toutes deux illustrées dans la figure 3.4. Dans ce
diagramme de phases relativement simple, un cotectique courbe sépare les champs
d'apparition de l'olivine et de la chromite. La composition des liquides basiques et
ultrabasiques normaux, comme celle du magma parent du complexe du Bushveld,
est dans Je champ d'apparition de l'olivine. Dans de tels liquides, l'olivine cristallise
en premier, et la composition résiduelle du liquide évolue vers la ligne cotectique à
partir de laquelle la chromite cristallise également. La chromite et l'olivine cristalli-
sent alors simultanément (dans des proportions variables données par l'intersection
de la tangente au cotectique et l'angle olivine-chromite du diagramme). La propor-
tion de chromite est alors comprise entre 1,4 et 1,8 %, quantité observée dans les
cumulats à olivine normaux du complexe du Bushveld.

2 3 4
Gabbro
.
98•.olMfW
~dVomi1e
100-•
chronvt•
100'•
opx
SO-.opx

50'. cpx

~ ~
Webstérite
·~ = D
() <? D ~Cl
t:;J
E Orthopyroxènite = (/
c::::::J
0
8
(\j
Chromltlte
0 ~
Webstérite a D
Orthopyroxènite ~
Chromltite ~
gggggggg1
Péridotite
888888881
t::' 0
Orthopyroxénlte 1
POndotito La formation d'une couche do chrom1to nOcoss1to
la cnstall1sabon de chrom1te sans s1hcates

Figure 3.3 - Formation des vein es de chromite dans l'intrusion Muskox, Canada.

Pour que la chromite cristallise seule, la composition du liquide magmatique doit


être déplacée de l'autre côté du cotectique, à l'intérieur du champ d'apparition de la
chromite. Une première possibilité est que Je magma soit contaminé par une roche
de l'encaissant siliceuse (positionné vers Je pole Si0 2 dans la figure 3.4). Le magma
hybride contaminé a alors une composition intermédiaire entre la composition du

56
3.2 • Les gise m ents de chro m ltes d u co mp lexe d u Bush veld

magma initiale et Je pole SiOz, à un point noté D situé dans Je champ d'apparition
de chromite. Lors du refroidissement du liquide magmatique, des chromites cristal-
lisent seules jusqu'à ce que la composition du magma rejoigne la courbe cotectique
en E. L'intervalle durant lequel la chromite cristallise seule parru"t limité, mais dans
de grandes intrusions comme celle du Bushveld, les chromites formées sont en quan-
tité suffisante pour former une couche épaisse exploitable après leur ségrégation par
densité dans Je fond de la chambre magmatique.

(a)

Olivine

(b)

12
Olivine ... ... u Chromiie
Contamination par l'encaissant

Figure 3.4 - Mécanismes de lrvine (1975 ; 197n pour expliquer


la formation des gisements de chromites du Bushveld.
(a) Représentation dans le diagramme triangulaire (Silice·Olivine·Chromite)
des gammes de compositions naturelles. (b) Cas de contamination par ren·
caissant: le magma primitif (A) évolu e lors de la cristallisation d'olivines vers
le point (8). Il suit ensuite la ligne cotectique en direction du point (C). Si à ce
moment, il est enrichi en silice par une contamination de l'encaissant (granite),
le magma hybride (D) se trowe dans le champ de stabilité de la chromite. Entre
(D) et (E) le magma hybride ne cristallise que des chromites. Cest cene cristalli·
sation exclusive de chromite qui crée une concentration suffisante pour former
le gisement. (c) Cas de mélange entre un magma primitif (A) et un magma
évolué (F): un tel mélange produit un magma hybride (G) dont la composition
chimique entraîne une cristallisation exclusive de chromite sur le trajet de (G)
vers (H).

57
Chapitre 3 • Les gisements magmatiques

Une seconde explication possible est liée à la forme fortement courbée de la courbe
cotectique. À cause de cette forme, lorsqu'un liquide évolué situé dans la chambre
magmatique se mélange à un liquide plus: primitif qui entre dans la chambre magma-
tique, la composition du liquide hybride est dans Je champ de stabilité des chromites
(pointG sur la figure 3.4c). Comme dans Je cas du liquide contaminé par rencais-
sant siliceux, des chromites cristallisent seules dans un tel liquide hybride jusqu'à ce
que sa composition parvienne en F sur la courbe cotectique. Il est probable que les
deux phénomènes - contamination et mélange de magmas - aient eu lieu lors de la
formation des chromites du complexe du Bushveld. La ségrégation par densité des
chromites dont la masse volumique (- 4 600 kg/m3) est largement supérieure à celle
du magma (- 2 800 kg/m3) explique la concentration en couches.
L'explication de la formation des gisements de chromite illustre un principe impor-
tant: Je minéral d'importance économiqu e, dans ce cas la chromite, est un constituant
« normal» de nombreuses intrusions magmatiques ultrabasiques et cristallise lors
de processus magmatiques « normaux ». Dans des circonstances ordinaires, il est
présent en faibles concentrations et les roches « normales » ne constituent pas un
minerai. Pour qu'un gisement soit formé, il faut que Je processus normal de cris-
tallisation soit perturbé et que Je minéral d'intérêt économique soit accumulé dans
des concentrations bien plus importantes. Dans Je cas des gisements de chromites,
la contamination ou Je mélange de magma sont les éléments perturbateurs. Comme
nous allons Je voir dans les chapitres qui suivent, une grande diversité de « pertur-
bations » peuvent modifier les processus pétrologiques, qu'ils soient magmatiques,
sédimentaires ou hydrothermaux, et sont responsables de concentrations inhabi-
tuelles et anormales (« anomalique ») à la base de gisements.

3.3 LES GISEMENTS DE MAGNÉTITE ET DE PLATINOÏDES


DU COMPLEXE DU 8USHVELD
Le complexe du Bushveld comporte également deux autres types de gisements
importants. Dans la partie supérieure de l'intrusion, des couches de magnétites
sont exploitées pour leur forte teneur en vanadium. Ces gisements magmatiques,
ont probablement été formés par des processus comparables à ceux qui ont formé
les gisements de chromite. Les autres types de gisements, de Join les plus impor-
tants économiquement, sont ceux de platinoïdes (EGP pour« éléments du groupe du
platine»). Le complexe du Bushveld possède environ 60 % des réserves mondiales
en ces métaux précieux, principalement dans deux couches spécifiques de la partie
inférieure de l'intrusion. La couche supérieure est la célèbre « Merensky Reef »,
une fine couche (1-10 m) de pyroxénite p egmatoïde située dans la zone critique ou
« Critical Zone » (figure 3.2). Principalement à la base du Merensky Reef, on trouve
des concentrations en platinoïdes associés aux sulfures qui paraissent faibles mais
qui sont économiquement viables (S à 500 ppm). Grâce au cofit élevé des éléments du
groupe du platine, même de faibles concentrations en métaux peuvent être exploitées.
La deuxième couche, « UG2 », comporte une succession de niveaux de chromite qui
sont exploités pour leur forte teneur en Cr, en plus de leur forte teneur en EGP. Dans

58
3.4 • Les gisements de sulfures formés par lmmlsclblllté magmatique

les dernières années, ces derniers ont remplacé Je Merensky Reef comme source
principale d' EGP. Plus récemment, la production s'est déplacée au Platreef dans la
branche nord du complexe.

~ ~ Pymxè~tes ~ ~
Meren Reet
F\Jldes
tr,tâotharmaux
Cumulats riches en a
sous-jacents elen EGP

(a) Enrichissement de sulfures existant (b) Enrichissement de suWures existant


par un iqulde magmatique tardif ascendant par des fluides hydrothermaux ascendants

magma moins dense


magma qui crlstalllse
et brme des sulllres

Cumulats
sous-jacents

(c) Enrichissement de la zone de cristallisation (cl) Ségrégation de suWures riches en EGP


et ségrégation d\Jn iqulde suWuré iée à partir d\Jn panache de magma tardif
à des ftuldes hydrothermaux ascendants lriecté dans la chambre magmatique

Figure 3.5 - Modèles pour la formation du Merensky Reef, Afrique du Sud.

Les élément.s du groupe du platine sont spécifiquement exploités dans d'autres


grandes intrusions basiques-ultrabasiques litées, comme Stillwater aux État.s-Unis et
Great Dyke au Zimbabwe, qui constituent la source majeure en ces métaux. Mais ces
"
'8 élément.s sont également extraits, en proportions variables comme sous-produit (ou
g
il « résidu ») de l'exploitation des gisements de sulfures magmatiques, notre troisième
~ exemple de gisement magmatique.
s
i 3.4
f
LES GISEMENTS DE SULFURES FORMÉS
PAR IMMISCIBILITÉ MAGMATIQUE
~ Lorsqu'un liquide basique refroidit, des minéraux ffy forment. Une suite de phases
, solides apparaît, typiquement l'olivine,. Je pyroxène, les feldspaths et les oxydes
J qui sont les constituant.s classiques des roches magmatiques basiques. Mais sous
" certaines circonstances, lors de la cristallisation, un second liquide inmiscible se

59
Chapitre 3 • Les gisements magmatiques

sépare du magma. Dans de rares cas un second liquide silicaté se forme ou, si la
teneur en soufre est suffisamment élevée, un second liquide sulfuré est formé. Un
exemple important est montré dans la figure 3.6. Les gouttelettes de liquide sulfuré
contiennent de fortes concentrations en éléments chalcophiles (à forte affinité pour
Je soufre) comme Je nickel, Je cuivre ou les platinoïdes, et comme leur densité(> 5,0)
est supérieure à celle du liquide silicaté (~ 2,8), elles colonisent la base du corps
magmatique. Si une quantité suffisante est ségrégée et si les teneurs en métaux sont
élevées, Je liquide sulfuré forme un gisement.
Une fois encore, nous sommes en face d'un problème : des intrusions basiques
et ultrabasiques sont connues sur tous les continents, et d'après Jeurs compositions
pétrologiques et géochimiques, Jeurs magmas parents contiennent des concentrations
assez élevées en Ni, Cu et PGE. L'observation de James minces de roches montre que
si parfois les sulfures ont formé un liquide immiscible qui a été séparé du liquide
silicaté, dans la majorité des cas les sulflll"es ne constituent que des phases rares qui
apparaissent très tardivement dans la séquence de cristallisation. Quelle particularité
amène certains magmas à ségréger des quantités abondantes de sulfures riches en
métaux ? Autrement dit, qu'est ce qui a «perturbé» la séquence de différenciation
normale et a permis la formation d' un gisement ?

Figure 3.6 - Gouttelettes de sulfures magmatiques


au sein d'un gabbro à Noril'sk·Talnakh, Russie.

60
3.4 • Les gisements de sulfures formés par lmmlsclblllté magmatique

3.4.1 Le gi sement de sulfures de nickel de Kambalda


(Au stralie)
Pour répondre à cette question, nous n'allons pas étudier les gisements les plus
importants (les plus grands et les plus concentrés), que l'on trouve dans des roches
intrusives très variées et qui ont des origines diverses, mais nous allons commencer
par inspecter les caractéristiques du gisement de Kambalda, l'un des rares gisements
mis en place dans des roches volcaniques.
Kambalda est situé dans Je craton archéen de Yilgarn (2,7 Ga), à l'ouest de l'Aus-
tralie, dans la savane aride. Le contexte géologique est présenté dans la figure 3.7 :
une série de coulées de laves ultrabasiques de komatiites recouvre des basaltes tholéii-
tiques et est recouverte elle-même par des basaltes magnésiens. La pile complète est
visible à l'affleurement dans un petit dôme structural dont la figure 3.8 propose une
coupe géologique simplifiée.

mêtaconglomêrats

roches felslques volcaniques


et volcanoclastiques et pëlites
roches basiques
et ullraba.slques
roches ultraba.siques
riches en olivines
granltoldes

• gisement de nickel
~ mlnt cfor @!>lnc!<>nntt

Figure 3.7 - Carte géologique de la région de Kambalda, Australie.


Modifié d'après Gresham et Loftus·Hills (1981).

61
Chapitre 3 • Les gisements m ag matiques

Les gisements de sulfures sont restreints aux coulées de komatiites aux posi-
tions les plus inférieures et sont localisés à leur base, dans des dépressions dans les
basaltes sous-jacents.
Loin du gisement, de fines bandes de roches sédimentaires siliceuses riches en
sulfures sont présentes entre les basaltes et les komatiites, mais dans les dépressions
qui contiennent les gisements, ces roches sédimentaires sont absentes
Les minerais eux-mêmes ont des caractéristiques qui doivent être décrites, parce
qu'elles apportent des indices importants sur leur processus de formation. Strictement
parlant, les minéraux du minerai devraient être décrits comme des sulfures de fer,
nickel, cuivre et platinoïdes, parce qu'ils contiennent tous ces métaux. Les principaux
sulfures sont la pentlandite (Fe,Ni)9 S8 et la chalcopyrite (CuFeSi) qui coexistent
avec les sulfures de fer « stériles » (qui ne contiennent pas d'autre métal que Je fer)
de type pyrrhotite (Fe(l-x)S).

\) • Dôme de silicates»
D Ocellite felsique
r.:TI Komatiite à texture spinifex
Oœllite u....= aléatoire
, _ Komatiite â texture spinifex
Ullo)1 plate

D Komatiite cumulée
D Sulfures à texture en filet

-
• Sulfures massifs
• Sédiments chloritisés
s~?cim11nts Sédiments en inlercoulée
c onbsés
D Basalte en coussins
Brfi:jhe de coussins/
D Hya oclastite
- 20m
D Basalte massif

Figure 3.8 - Coupe schématique de gisement typique de Kambalda,


montrant les distributions des sédiments entre les coul ées,
l es minér alisations inter spinifex, et les ocellites felsiques.
D' après Groves et al., 1986, et Lesher et Keays, 2002.

Dans de nombreuses parties du gisement, une couche massive de sulfures purs


souligne la base de la coulée de komatiite. Elle est recouverte par un minerai à
texture en « filets », dans lequel des grains d'olivine serpentinisée sont entourés
d'une matrice de sulfures et par des cumulats d'olivine serpentinisée contenant des
sulfures disséminés. Des veines et des lentilles de sulfures riches en cuivre pénè-
trent la roche sous-jacente et sont visibles jusqu'à la partie supérieure de la coulée
de komatiite. La composition de ces sulfures correspond à une « solution solide de

62
3.4 • Les gisements de sulfures formés par lmmlsclblllté magmatique

monosulfures », celle du liquide sulfuré qui a été séparé du liquide silicaté. Les
sulfures massifs eux-mêmes ont subi une cristallisation fractionnée qui a abouti à la
formation de couches de cumulats de sulfures riches en nickel et fer, après la cris-
tallisation de sulfures riches en cuivre et platinoïdes. Ces sulfures tardifs ont migré
dans les roches environnantes.

Toutes les coulées de komatiites se trouvent au sein du craton de Yilgarn de


1 500 km de long, mais les gisements ne sont observés que dans certaines d'entre
elles. D'autre part, les komatiites sont des roches très courantes dans l'immense cein-
ture de l'Abitibi au Canada, mais les gisements sont petits et rares. Ces quelques
informations soulèvent un certain nombre de questions :
• Pourquoi à Kambalda les gisements de Ni sont formés dans les komatiites et pas
dans les coulées de laves basiques?
• Pourquoi les gisements de sulfures sont plus courants dans Je craton de Yilgarn
que dans la ceinture de l'Abitibi ?
• Qu'est ce qui distingue les komatiites de Kambalda riches en sulfures des koma-
tiites pauvres en sulfures?
Le tableau 3.1 compare les propriétés chimiques et physiques des magmas
komatiitique et basaltique. Le magma komatiitique ultrabasique a une concentra-
tion en MgO supérieure et une concentration en Si0 2 inférieure, ce qui implique
l'éruption d'une lave beaucoup plus chaude uusqu'à 1 600 °C) et avec une viscosité
beaucoup plus faible que celle d'un magma basaltique. Le nombre de Reynolds,
qui décrit en mécanique des fluides si l'écoulement à l'intérieur d'un liquide est
laminaire ou turbulent, est d'environ JOS pour une coulée de JO m de komatiite.
Cette valeur est très supérieure à 3 000, valeur critique en deçà de laquelle l'écou-
lement d'un fluide est considéré laminaire. Une coulée de komatiite est donc un
système turbulent, et par conséquent, la chaleur de cette lave de très haute tempé-
rature est transférée efficacement à la roche de l'encaissant sur laquelle Je magma
s'écoule. Un effet important est la fusion de la roche de l'encaissant, et son assimi-
lation par Je magma komatiitique. À Kambalda, l'encaissant est composé de roches
sédimentaires riches en sulfures (pyrite), et comme il a été assimilé, il a entraîné
une hausse de la teneur en soufre du magma. C'est ce processus de contamination
" qui a amené à la ségrégation d'un liquide sulfuré immiscible. Comme Je magma
~ komatiitique contient beaucoup de nickel et comme Je nickel est un élément chal-
il cophile, Je sulfure est également riche en Ni ; parce que les liquides sulfurés sont
~ plus denses que les liquides silicatés, ils colonisent la base des coulées et forment
S des gisements comme ceux que l'on observe à Kambalda. Le processus est illustré
~ dans la figure 3.9.
·~
1
~
1

1
"
63
Chapitre 3 • Les gisements mag matiques

Tableau 3.1 - Comparaison des propriétés physiques


des komatiites et des basaltes.

Komatllte Basalte

MgO (% poids) 30 8
Température ('0 1600 1200
Viscosité (Poises) 5 100
Nombre de Reynolds (écoulement turbulent lorsque Re> 3 000) 10' à 10' 500

écllantillon
contaminé

Erosion
thermomécanique

s 1ment non-
consolidé 1nter-
coulée riche en
sulfures

Figure 3.9 - Processus de fo r mation du miner ai à Kambalda.


D'après Lesher et collaborateurs (2001).

Les liquides basaltiques sont plus froids et plus visqueux que les liquides
komatiitiques, et leur petit nombre de Reynolds (- 500) signifie que leur écou-
lement est laminaire. Pour cette raison, ils sont rarement capables d'assimiler
l'encaissant sur lequel ils s'écoulent. Aucun soufre complémentaire n'a pu être
incorporé à partir de sources externes et un liquide sulfuré immiscible est formé
uniquement lors des derniers stades de cristallisation, lorsque les cristaux abon-
dants empêchent sa ségrégation. De plus, parce que les basaltes ont de faibles
teneurs en nickel et platinoïdes, les sulfures n'ont que de très faibles concen-
trations en ces éléments. Ce sont là les principales raisons pour lesquelles les
gisements de ce type sont rencontrés dans les coulées komatiitiques et pas dans
les coulées basaltiques.
Pourquoi ces gisements sont-ils part iculièrement fréquents dans la région de
Kambalda ? Il y a deux facteurs principaux : premièrement, la présence de roches

64
3.4 • Les gisements de sul fures formés par lm mlsclblllté magmatique

sédimentaires riches en sulfures, qui procurent Je soufre ; deuxièmement, la nature


des komatiites elles-mêmes. Les coulées de lave qui contiennent les gisements
sont inhabituellement épaisses (jusqu'à 100 m) et sont formées principalement de
cumulats d'olivine riche en forstérite. Ces caractéristiques correspondent à celles
de roches ayant cristallisé à partir d'un liquide komatiitique relativement primitif,
particulièrement chaud, particulièrement fluide, et apte à assimiler son encaissant.
Le magma contient également une grande quantité de nickel et de platinoïdes,
métaux qui sont généralement extraits: lors de la cristallisation fractionnée qui
a affecté les magmas plus évolués comme ceux qui se sont mis en place dans
d'autres zones.

3.4.2 Les gisements de sulfures de nickel


de Noril'sk-Talnakh (Russie)
Ces gisements riches et concentrés sont situés à l'extrême nord de la Russie dans
un contexte géologique est très différent de celui de Kambalda dans la mesure où
ces gisements sont situés dans de petites intrusions peu profondes qui appartien-
nent à l'énorme province magmatique de Sibérie. Le fait que la plus grande province
basaltique continentale contienne les plus grands gisements n'est pas totalement une
coïncidence, car comme nous allons voir, la formation de ces gisements est liée à des
processus complexes.

~RT 3.2 L'exploitation des gisements de sulfures de Ni·Cu


dan s la région de Noril'sk·Talnakh (Ru ssie)
La ville de Noril'sk est située à 56' de latitude nord, dans les parties les plus
reculées de la Sibérie, très près du cercle polaire. les gisements qu'on y trouve
sont fabuleusement riches, certains ayant des lentilles de sulfures massifs de
plusieurs dizaines de mètres d'épaisseur et présentant de fortes teneurs en NI,
Cu, et PGE. SI l'on additionne tous les métaux qu'il contient, cet ensemble de
gisements est sans doute l'un des plus riches du monde.
les gisements de Norll'sk ont été découverts dans les années 19SO et les mines
qui ont ouvert Immédiatement après ont été exploitées par les prisonniers
des goulags soviétiques. Plusieurs fonderies ont été construites pour purifier
le minerai et pendant plusieurs décennies, leurs fumées riches en soufre ont
dévasté l'environnement alentour et usé la santé des habitants de la région. la
ville de Norll'sk figure à la liste des dix sites les plus pollués de la planète, clas·
sement qu'elle doit certainement au passé. li reste à voir si les efforts récents
pour rendre les opérations de traitement du minerai plus propres auront un effet
significatif. les photographies de la figure 3.10 présentent quelques aspects de
la ville ; les Immeubles d'assez mauvaise qualité sont abîmés à la fols par les
diverses fumées soufrées qui sortent des fonderies et par le climat extrêmement
hostile du nord de la Sibérie.

65
Chapitre 3 • Les gisements magmatiques

Figure 3.10 - La ville de Norll'sk, ses fonderies


et les paysages alentours affectés par les fumées.
Photographies N. Arndt.

La figure 3.11, une carte géologique de la région, montre la grande étendue des
trapps de Sibérie - ils ont recouvert une surface aussi importante que toute l'Eu-
rope occidentale. Les gisements sont situés dans la partie nord de la province, là
où plus tard, la déformation a exposé la base de la pile volcanique et l'encaissant
sédimentaire dans lequel le magma s'est mis en place. Ces roches sédimentaires sont
traversées par une série très complexe de sills (conduits horizontaux) qui hébergent
les gisements, comme le présente la figure 3.12.

66
3.4 • Les gisements de sulfures formés par lmmlsclblllté magmatique

Figure 3.11 - Les trapps de Sibérie et les gisements de sulfures


de nickel de Noril'sk Talnakh .
Sources : (a) d'après Rel chow et al. (2002) ;
(b) d'après Czamanske et al. (2002)

s a1a.dodol6ntc N

Figure 3.12 - Coupe à travers la pile volcanique et le complexe de sills


sousjacent aux trapps de Sibérie.
D'après Czamanske et al. (200 7)

67
Chapitre 3 • Les gisements magmatiques

Une coupe schématique à travers un sill (figure 3.13.) montre la complexité de sa


géométrie et de ses lithologies. Les gisements sont présents dans les parties les plus
épaisses des sills, et ces portions sont différenciées, depuis des portions inférieures
de lithologie « picrite enrichie en olivine», à des portions supérieures de lithologie
« gabbro ». Le minerai se présente sous la forme de remarquables couches métriques de
sulfures massifs à la base de l'intrusion (figure 3.14) et sous la forme de sulfures dissé-
minés ou en tant que veines et lentilles dans l'intrusion ou pénétrant dans l'encaissant.

Minerai disséminé
Minerai au oontact de
• ~ ;,. : • la gabbrodolérite
Gabbrodolérite
taxitique inférieure .:.:·
Minerai massif Minerai de cuivre

Figure 3.13 - Coupe d'un sîlls minéralisé du gisement de Norll'sk Talnakh.


D'après A.J. Naldrett (2004).

La minéralogie du minerai est similaire à celle du minerai de Kambalda, mais il


possède de plus fortes teneurs en cuivre. Ceci est lié à la composition des magmas
à partir desquels Je minerai a été formé : les magmas ultramafiques riches en nickel
et pauvres en cuivre de Kambalda ont produit un minerai avec un rapport Ni/Cu
d'environ JO ; les magmas basaltiques de Norifsk qui ont moins de nickel et plus de
cuivre comportent du minerai avec des rapports Ni/Cu de l'ordre de 2.
Dans un certain sens, l'origine de ce minerai est comparable à celle du minerai de
Kambalda. Un liquide sulfuré immiscible a ségrégé depuis un liquide silicaté et les
gouttelettes denses ont colonisé la base des intrusions. Mais les trapps de Sibérie ne
sont qu'une grande province magmatique parmi d'autres, et malgré les efforts d'ex-
ploration des compagnies minières qui ont prospecté activement les autres provinces
magmatiques, il s'agit de la seule qui contienne de grands gisements. Comment cela
s'explique-t-il ? Une partie de l'explication réside dans sa taille et Je fort flux de très
bref à l'échelle des temps géologiques. La mise en place des trapps de Sibérie a duré
très probablement moins d' un million d'années, avec pour conséquence une fusion
rapide d'un énorme magma impliqué lors de sa mise en place. Des datations récentes

68
3.4 • Les gisements de sulfures formés par lmmlsclblllté magmatique

"
'8
g
il
~
s
~ Figure 3.14 - Photographies (a) des trapps de Sibérie,

1
·~ (b) du minerai et (c) des évaporites.
Photographies N. Arndt.

~ ont montré que la grande majorité de la pile volcanique s'est mise en place dans
, un intervalle de temps bref, très probablement inférieur à 1 million d'années, avec
J comme implication qu'un énorme volume de roche mantellique a fondu rapidement
" et que de grandes quantités de magma chaud ont traversé la crofite avant d'atteindre

69
Chapitre 3 • Les gisements magmatiques

la surface. Dans de telles circonstances, l'interaction du magma avec la crofite est


facilitée, et de fait, des données géochimiques diverses apportent les preuves que de
nombreux basaltes des trapps de Sibérie ont assimilé de grandes portions de crofite
continentale. En fait, une analyse précise des données montre que ce n'est pas l'as-
similation de crofite de type granitoïde qui a entraîné la formation des gisements de
sulfures de Ni-Cu, mais plutôt des processus de plus failie profondeur.
L'argument principal est montré dans les figures 3.12 et 3.15. Le premier
diagramme est une coupe de la séquence sédimentaire sous les basaltes de Sibérie
qui est traversée par les intrusions minéralisées. La formation supérieure est consti-
tuée de sédiments terrigènes du Permien, les formations inférieures sont constituées
de carbonates, d'argiles, et surtout d'évaporites du Silurien et du Dévonien. Les
évaporites sont composées d'anhydrite (CaSOJ, une source potentielle de soufre.

INTRUSIONS
NON MINÉRALISÉES

.&, 1 1 Daldykansky

• • Kureyka R iver Intrusion


•• • • • •
INTRUSIONS MINÉRALISÉES

'
:> ÉOONOMIQUES

~
~

::::E

Talnakh (NE) Intrusion


·-··Ill
Noril'sk l lntrusio

ffi
t:
• :5o..
~
w

0 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20
g34s

Figure 3.15 - Compositions isotopiques du soufre des roches


associées au giseme nt de Noril'sk·Talnakh.
Modifié d'après Rlpley et al. (2003).

Le second diagramme compare la composition isotopique des intrusions minérali-


sées de Norifsk-Talnakh à celle des intrusions non minéralisées, celle du manteau
terrestre, et celle des évaporites. La composition isotopique du soufre des intrusions
minéralisées est intermédiaire, entre celle du manteau et des intrusions non miné-
ralisées, et celle des évaporites. Ceci témoigne d'une origine mixte (mantellique et

70
3.4 • Les gisements de sulfures formés par lmmlsclblllté magmatique

évaporitique) du soufre dans les gisements de Noril'sk Talnakh, liée à un processus


d'assimilation. Naldrett (2006) et autres géologues pensent que l'assimilation du
soufre évaporitique a entraîné la ségrégation du liquide sulfuré immiscible à la base
des gisements. L'assimilation de roches s édimentaires de l'encaissant aurait eu lieu
lorsque Je magma a traversé la pile sédimentaire, comme illustré dans la figure 3.15.

roches
basaltes imentaires

· tru · · fé ·
1n s1on in neure
î minéralisée
Intrusion
peu minéralisée ~
g
chambre
magmatique zone <l'assimilation d'encaissant
profonde (anhydrite et charbon) dans l'intrusion

-=::=:._ =::;;; S:S ~i

injectk>n de sulfure dans rencaissant inférieur


Figure 3.16 - Processus de formation du gisement à Noril 'sk·Talnakh.
D'après A.J. Naldrett (2004).

r-
Exercice 3.1 - Identification des séries magmatiques qui pourraient
contenir des gisements.
Les gisements magmatiques de Ni-Cu-PGE sont formés lorsqu'un liquide
sulfuré subit une ségrégation à partir d'un magma. Les données géochinûques
constituent un outil intéressant utilisé par les prospecteurs pour identifier les
magmas susceptibles de contenir des gisements, qui ont perdu des sulfures
et qui ont été contaminés par des roches crustales (processus qui aboutit
souvent à la ségrégation de sulfures). Une donnée géochimique importante
pour identifier la ségrégation de sulfure est donc un rapport entre un élément
chalcophile (forte affinité pour les sulfures) et un élément trace incompatible
normal, comme par exemple le rapport Cu/Zr. Pour identifier la contami-
nation crustale, un rapport entre des éléments incompatibles très différents
dans les roches crustales est utilisé, conmie par exemple le rapport La/Nb.
Une autre donnée essentielle est la teneur en MgO, qui lorsqu'elle est élevée
indi,r;ue la présence de magmas primitifs de faible viscosité. De tels magmas
sont en général riches en métaux tels que le nickel, le cuivre et les platinoïdes
et sont capables d'interagir avec les roches crustales.

71
Chapitre 3 • Les gisements magmatiques

Le tableau qui suit présente la composition de deux séries de magmas. Calculez


les rapports appropriés et présentez ces données dans le diagramme proposé.
Quelle série clwisiriez-vous pour lancer une campagne de prospecti.on ?

La (ppm) Nb (ppm) Zr (ppm) Cu (ppm) MgO (% pds)

Série A
roche 1 18 10 130 34 6,1
roche 2 19 12 138 80 6,3
roche 3 5,6 3,9 89 76 9,0
roche 4 4,9 4,0 55 49 15,7
roche 5 8,4 5,8 109 102 7,1
Série B
roche 1 13,3 12,5 131 123 6,5
roche 2 6,3 7,2 81 106 16,2
roche 3 3,9 3,5 104 89 7,5
roche 4 8,2 8,7 58 60 8,2

1,4

1,2 Peu suscept.b/e


de contenir
1,0 un gisement

0,8 ~---. ·-·.------------ ......... -----


~
(,)
0,6
Suscepifble
de contenir
0,4
unr;lsement
0,2

0,0
0,7 0,9 1,1 1,3 1,5 1,7 1,9
La/Nb

Éléments de solution. On trouvera plus probablement des gisements dans une


série magmatique dont les compositions se trouvent dans la partie en bas à
droite du diagramme.
__J

3.4.3 Les autres gisements de sulfure de nickel


Les gisements de Sudbury (Canada) sont d'une taille équivalente à ceux de Noril'sk
- Talnakh. Ces gisements sont vraiment uniques dans la mesure où ils sont associés
à un impact de météorite. Le minerai est sous la forme de couches massives et de
ramifications(« pod ») dans des dépressions au niveau du contact inférieur, et dans
des intrusions extérieures au complexe de Sudbury. Le complexe de Sudbury est une

72
3.5 • Les autres gisements magmatiques

intrusion différenciée interprétée comme une portion de matériel crustal fondu sous
l'impact d'une météorite. Au site de l'impact, deux grands types de roches étaient
présentes : des roches de rArchéen constituées de granites et de roches vertes, et
des roches sédimentaires. Après l'impact, Je magma mafique, dense, s'est accumulé
dans une partie inférieure du corps fondu tandis que Je magma felsique a formé une
couche supérieure. Le corps fondu était globalement très chaud, et avait une visco-
sité très faible. Ainsi des gouttelettes de liquide sulfuré ont pu ségréger à la base de
l'intrusion ou ont pu être injectées Je long de fractures dans les roches encaissantes.
Une autre intrusion importante est celle de Voisey's Bay à Terre Neuve (Canada).
Ce gisement est inhabituel parce qu'il est situé dans des intrusions maliques qui
appartiennent à une suite orogénique, qui inclut des troctolites et des anorthosites,
mais Je minerai de Voisey's Bay a été formé lors de processus similaires à ceux
connus pour Noril'sk Talnakh. Alors que Je magma a traversé une série complexe
d'intrusions, il a interagi avec l'encaissant, en assimilant peut-être du soufre prove-
nant de roches sédimentaires riches en sulfures, et ceci a conduit à la formation d'un
gisement de sulfures de nickel dans les conduits magmatiques en position supérieure.

3.5 LES AUTRES GISEMENTS MAGMATIQUES


Peut-être que les gisements magmatiques les mieux connus sont les gisements de
diamants dans les kimberlites. Une kimberlite est une roche provenant d'un magma
ultramafique très spécial, qui contient des éléments volatils (eau, CO:J, qui est riche
en potassium et en éléments incompatibles et qui dérive probablement d'une fusion
partielle avec un faible taux de fusion d' une source mantellique profonde enrichie.
Les kirnberlites se mettent en place lors d 'éruptions très explosives, durant lesquelles
elles forment des petits cratères en forme d'entonnoir appelés maars. Elles sont
restreintes aux domaines continentaux, et on les rencontre généralement en bordure
des cratons archéens. Il y a quelques décennies, toutes les mines de diamants étaient
dans Je sud de l'Afrique, mais depuis des gisements importants ont été découverts en
Russie, en Australie, au Canada et en Finlande.
Strictement parlant, les diamants dans les kimberlites ne sont pas réellement
magmatiques. Ils sont interprétés comme des xénocristaux prélevés dans Je manteau
lithosphérique sous-continental lors de l'ascension du magma kirnberlitique depuis sa
~ source profonde vers la surface. Le diamant est la forme stable du carbone aux pres-
: sions et températures qui règnent dans la partie inférieure de la lithosphère. Comme
~ Je carbone est relativement abondant dans les roches mantelliques il est probable
S que cette partie du manteau contienne une grande réserve de diamants. Le magma
~ à l'origine des kirnberlites est simplement un véhicule qui transporte les diamants
.~ rapidement à la surface sous des conditions qui les empêchent de se transformer en
Ï polymorphes du carbone de plus basse pression moins attractifs.

~ Avant de clore ce chapitre, mentionnons les gisements d' oxydes divers. Les oxydes
1 de fer, comme la magnétite (Fe 30J ou l' ilménite (FeTi0 3) se rencontrent dans les
J intrusions maliques et sont exploités dans la majorité des cas comme source de titane,
" vanadium, et dans de très rares cas comme source de fer (la plupart des gisements

73
Chapitre 3 • Les gisements magmatiques

de fer sont d' origine sédimentaire comme nous Je décrivons dans Je chapitre 5). Les
exemples les plus importants sontles gisements d' ilménite du Canada situés au sein
d' anorthosites du Protérozoïque, ou les gisements de magnétite riche en titane et
vanadium comme ceux du complexe du Bushveld en Afrique du Sud ou de la région
d' Emeishan en Chine. La forte teneur en oxyde de fer de ces gisements est attribuée
dans une certaine mesure à la forte concentration initiale des magmas en fer, à partir
desquels les oxydes ont cristallisé et ont pu être concentrés. La forte teneur en fer
est caractéristique de magmas mantelliques primaires et peut être accentuée par la
cristallisation de plagioclase qui enrichit Je liquide résiduel en fer. L'origine des
célèbres gisements de Kiruna au Nord de la Suède, qui ont eu un énorme impact
sur Je développement industriel de ce pays, fait encore l' objet de débats. Pendant
longtemps, ils ont été présentés comme des gisements magmatiques classiques,
mais plus récemment, ils ont été réinterprétés comme un cas extrême de gisement
d' oxyde de fer, cuivre, or comme présenté dans Je chapitre 4 . Une excellente source
d' information sur la mine de Kiruna et sur d' autres gisements majeurs en Europe est
disponible sur internet à l' adresse www.gl.rhb11c.ac.1ùdgeodel.
De l'autre côté du spectre des roches magmatiques, on trouve les granites, et dans
certaines rares régions du monde, ces roches contiennent de la cassitérite, un oxyde
d'étain (Snû:J, ou de la scheelite, un oxyde mixte de tungstène (CaW04 ). Ces mine-
rais sont également interprétés comme des cumulats de minéraux magmatiques qui
ont cristallisé en quantité relativement abondante à partir de magmas granitoïdiques
exceptionnellement riches en étain ou en tungstène.
Les gisements que l'on nomme « porphyres de cuivre », principale source de
cuivre mais également de molybdène sont également situés dans des roches grani-
tiques, mais comme nous l'expliquerons dans Je prochain chapitre, ces gisements
résultent de processus hydrothermaux.
Enfin, les rares magmas sous-saturés en silice, comme les syénites et carbonatites
peuvent contenir des gisements de cuivre, comme c'est Je cas du gisement Palabora
(ou Phalaborwa) en Afrique du Sud, qui se réclame la plus grande mine à ciel ouvert
du monde, mais également des éléments utilisés dans les nouvelles technologies
comme Je niobium, Je tantale et les terres rares.

3.6 CONCLUSION
Les gisements d'origine magmatique constituent une source conséquente en
nombreux métaux et en diamants. Ils sont liés à une accumulation exceptionnelle de
minéraux magmatiques communs. Généralement, un phénomène ponctuel - magma
assimilant de l'encaissant ou contaminé par un second magma, formation d'un
liquide sulfuré immiscible lors de la saturation des sulfures, cristallisation massive
de feldspath qui dope Je liquide résiduel en métaux, etc. - entraîne une évolution
singulière du liquide magmatique et la cristallisation massive d'un ou plusieurs
minéraux d'intérêt économique. On rencontre souvent ces tris minéralogiques dans
les intrusions basiques litées qui présentent une organisation des minéraux magma-
tiques en de nombreuses couches, et qui contiennent parfois quelques lits riches en
minéraux d'intérêts faisant l'objet d'une exploitation.

74
3.6 • Conclusion

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·~
1
~
1

1
"
75
LES GISEMENTS
HYDROTHERMAUX

4.1 Introduction

1
4.2 Les facteurs clés pour la formation d'un gisement hydrothermal
4.3 Les principaux exemples de gisements hydrothermaux Illustrant les processus
métallogénlques

·1 4.4 Conclusion

> Comprendre les facteurs clés permettant les transferts chimiques et leurs
conséquences métallogénlques dans. les processus hydrothermaux.
> Connaître les principales catégories de gisements d'origine hydrothermale et les
;; substances utiles qu'ils procurent.

4.1 INTRODUCTION
Cette catégorie de gisement.s minéraux constitue la principale source mondiale
pour la plupart des métaux. Les gisement.s hydrothermaux procurent presque 100 %
du plomb, du zinc, du molybdène et de l'argent que nous utilisons, 60 à 90 % du
cuivre, de l'or et de l'uranium et également des pierres précieuses ainsi que des maté-
riaux industriels comme les minéraux argileux et Je quartz. Comme ces gisement.s
font l'objet d' immenses exploitations, ils procurent également divers sous-produits
(métaux bonus) comme les terres-rares, le sélénium, Je tellure, l'indium, et Je palla-
~ dium. On rencontre divers types de gisement.s sont divers et on les rencontre dans
g des contextes géologiques et tectoniques variés : certains sont étroitement associés à
:l!~ des intrusions granitiques, d'autres se forment sur Je plancher océanique ou encore
S dans des bassins sédimentaires. Ils ont pour origine commune la précipitation de
~ minéraux et de métaux à partir de fluides aqueux de haute température ayant parfois
~ des teneurs significatives en C02 et/ou méthane. Étant donnée l'importance de l'eau
·• dans leur formation, nous les avons rassemblés en fonction de la nature et de la
J source du fluide responsable de la précipitation, reflet.s direct.s de l'environnement
~ géologique dans lequel ils se forment.
1

1
"
77
Chapitre 4 • Les gisements hydrothermaux

4.2 LES FACTEURS CLÉS POUR LA FORMATION


D'UN GISEMENT HYDROTHERMAL
La formation d'un gisement hydrothermal requiert (l) une source de fluide, (2) un
mécanisme de dissolution du métal ou des minéraux dans le fluide, (3) un moteur à
la circulation du fluide, (4) un mécanisme responsable de la précipitation des métaux
ou des minéraux (figure 4.l). Précisons maintenant comment ces facteurs condition-
nent la formation de gisements, avant d'illustrer à travers la description individuelle
des grands types de gisements.

Facteurs clés pour la formation d'un gisement hydrothermal

Magmas ; roches volcaniques,


source de métaux sédimentaires ou métamorphiques

Magmaoque ; météorique ;
source de fluides eau contenue dans la porosité ;
eau de mer ; eau métamorphique

Source de chaleur ; compacoon ;


Moteur à la circulation déformation tectonique ;
des fluides déshydrataoon métamorphique
Fractures ; cavités ; roches susceptible
Site et mécanisme de remplacement
de précipitation Chute de terrpérature ; changement de
pH, Eh, composition

Figure 4.1 - Facteurs clés dans la formation des gisements hydrothermaux.

4.2.1 La source de fluides


L'eau est de très loin l'ingrédient principal pour la formation des gisements hydro-
thermaux. Sans eau, rien ne se passe. Il s'avère que l'eau dans la crofite terrestre se
forme ou provient d'environnements géologiques très variés. Les différents types de
fluides ont des compositions contrastées et sont à l'origine de gisements différents.
Pour cette raison, nous commencerons par présenter les différents types de fluides
et les systèmes hydrothermaux dans lesquels on les trouve. Dans cette présentation,
nous nous appuierons sur des mesures isotopiques, présentées dans l'encart 4.l et
illustrées dans la figure 4.2.
Les systèmes hydrothermaux liés à l'eau météorique tirent leur origine de la
percolation des précipitations (pluie ou neige) depuis la surface vers les profon-
deurs de la crofite. Bien que les eaux météoriques aient longtemps été suspectées
d'être à l'origine de la plupart des sources thermales, il a fallu attendre les analyses
isotopiques pour confirmer cette hypothèse. En 1961, dans l'un des premiers articles
de géochimie isotopique, Harmon Craig, l'un des pionniers de la discipline, montra
que les compositions isotopiques de l'hydrogène et de l'oxygène des précipitations
s'alignent sur une droite. Les rapports isotopiques les plus «légers » correspondant
aux altitudes les plus importantes et aux températures les plus basses. Les eaux des

78
4.2 • Les facteurs clés pour la formation d'un gisement hydrothermal

sources thermales s'alignent à la droite de ce diagramme (figure 4.2), avec une forte
variation de la composition isotopique d e l'oxygène, non corrélée à une variation
de la composition isotopique de l'hydrogène qui n'est pas modifiée. La percolation
à travers les roches, qui contiennent beaucoup d'oxygène mais peu d'hydrogène,
est responsable de la modification de la composition isotopique de l'eau de pluie.
Même si on ne peut écarter la contribution d'un juvénile dans de nombreux cas,
la plupart des systèmes hydrothermaux liés à l'eau météorique contiennent peu
de gaz et de sels dissous (tableau 4.1), mais p résentent des concentrations impor-
tantes en métaux et sont les principaux r esponsables de gisements épithermaux de
métaux p récieux et d'uranium.

~RT 4.1 Les iso~opes ~tables et les co mpositions


1sotop1ques
la plupart des éléments chimiques majeurs qui forment les gisements ont plus
d'un isotope stable. les isotopes de l'oxygène, de l'hydrogène et du soufre
présentent une importance toute particulière dans l'étude des gisements.
l'abondance relative de ces isotopes dans l'eau et les minéraux fournit des infor·
mations sur la source des éléments ainsi que sur les températures auxquelles les
minéraux qui les contiennent se sont formés.
l'analyse des rapports isotopiques est basée sur la mesure du rapport d'abon ·
dance de deux isotopes dans un échantillon. Ce rapport est déterminé pour
l'échantillon et pour un matériau standard, et le résultat est rapporté comme
étant la différence entre ces deux rapports, divisé par le rapport de la norme,
et est exprimé en permil (%.) . Pour l'oxygène, la composition isotopique est
exprimée de la sorte :
18
Ô18 Ü • {[( 0/1 5 0)échanHllon - (18 0 /1 5 0)sMOwl/ (18 0/1 5 0)sMOwl x 103
où SMOW (Standard Mean Ocean Water) est le matériau utilisé comme standard
pour l'oxygène. les analyses isotopiqu·es de l'hydrogène et du soufre sont expri·
mées de la même manière, et désignées respectivement comme ôO et ô3 4 S.
la quasi· totalité des différences de compositions isotopiques que nous observons
dans les matériaux naturels terrestres sont liées à un fractionnement dépendant
de la masse. Ce fractionnement est dû au fait que les isotopes de masse plus
légère réagissent plus rapidement. Ainsi, dans des réactions faisant intervenir
de l'eau telles que l'évaporation ou l'échange avec les roches encaissantes, l'iso·
tope léger se concentre dans le produit de réaction, indépendamment du fait
que les réactions se produisent dans des conditions d'équilibre.
Un fractionnement indépendant de la m asse existe également. li a été initialement
décrit pour l'oxygène dans les météorites, mais la vraie surprise a été de l'observer
dans le soufre terrestre. les minéraux s ulfurés qui présentent un fractionnement
indépendant de la masse n'ont cependant pas été formés n'importe quand ; on ne
les observe que dans les sédiments qu 1 se sont formés avant environ 2,4 Ga. On
pense que le fractionnement indépendant de la masse pour les isotopes du soufre
est lié à des réactions photochimiques qui ne sont plus possibles en présence
d'oxygène. Cela fait du fractionnement indépendant de la masse un bon indi·
cateur de l'augmentation de l'oxygène dans l'atmosphère terrestre au cours du
Grand Événement d'Oxydation, dont il est question dans le chapitre S.

79
Chapitre 4 • Les gisements hydrothermaux

0
apevr
ma matique

0
1()
-20
eauf
m étamorphique
-40

-80

-10 ·5 6''0 0 5
, •· 10
60(),......,,,.-...,...,..,........,...,..,.,...,....,,.....,,.,---,~~~~~---,,..r-~----,
vapeur magmatique

~500
~
~ 400
2
!!
8_300
eau
métamorphique

eau météorique
:saum~res
magmatiques
,,.
7 .::!P
.:1lii°

et eau de mer
E
i! 200

Salinité (%pds équivalent NaCt)

Figure 4.2 - Figure synthétisant (a) en haut, les compositions isotopiques


de l'oxygène et de l 'hydrog ène des cinq principaux types de solution s
hydrothermales ainsi que la tendance liée à la modif ication de la
composition isotopique de l 'oxyg ène lors de l a percol ati on de l'eau
météorique au sein des roches et (b ) en b as, les gammes de températures
et de salinités des principales solutions hydrothermales.

Les systèmes hydrothermaux liés à l'eau de mer sont formés lorsque l'eau de
mer pénètre la crofite océanique. Des exemples actuellement actifs de ces systèmes
ont fait l'objet de nombreuses études Je long des dorsales médio-océaniques. Dans
ces zones, Je plancher chaud et les magmas basaltiques injectés près de la surface
réchauffent les fluides s'enfonçant dans la crofite, leur masse volumique diminue et
leur ascension s'amorce. En 1977, lorsque la Woods Hole Oceanographic Institution
et leur submersible «Alvin » découvrirent les «fumeurs noirs», ils montrèrent que

80
O Dunod-Toutc rcproduc.tjon non aa.,,it« Git un 4'11.

Tab leau 4.1 - Composition de quelques flu ides des systèmes hydrothermaux (compilat ion de Chenevoy et Plboule, 2007).

Ill Continentaux HO pH
Na+ K ù
a <PPm> so. SIOi CO, ~ Cu Pb Zn
(ppm) (ppm) (ppm) (ppm) (ppm) (ppm) (ppm) (ppm) (ppm)

Brœdlands-Obaak:i, Nouvelle- 260 6,3 541 7 25 19 170 1 144 ~


Ulande (Simmoos et Browne. 2<XX>) N

Walotapu, Nouvelle·Zélande
(Hedenqulst et Henley, 1985)
220
250
5,9
6
809 10 732 102 353 1 074 86
....
,....

339 7,1 563 2,5 871 35,8 436 496 27 50 100 ;;:-
Rotokawa, Nouvelle·Zélande (Krupp
31 8 5,7 583 1,6 807 5,2 580 3 788 228 40 25 ..
~
et Seward, 1987)
329 6,7 355 1,1 SIS Il S79 4 S7S 106 25 175 125 .
c
~

Matsao, Taiwan (El lis, 1979)


Salton Sea, Californie (Elli s, 1979)
245
340
2,4
5,5
6 390
77 800
1470
40 000
13 400
184 000
3SO
10
369 2
8
1
102
13
540
..,..
Q..

"Cl
Na+ K ù so. SIC>z CO, H,S Cu Pb Zn g
(b) Ochnlques T('C) pH O(pplll) ~
(ppm) (ppm) (ppm) (ppm) (ppm) (ppm) (ppm) ( ppm) (ppm)
iii"
Ride Est-Pacifique 2 1 'N, NCS et HC 273 3,8 12 736 832 20 sss 97S 224 1,3 37, 8 2 600 O'
(Von Damm , 1990) 351 3,3 1 121 468 17 608 37 780 286 2 800 74,3 6 760 3
Ride Est-Pacifique 13 ' N et 1 1 ' N 354 3,1 13 745 2 148 25 276 966 279 5,6 325 !!:
0
(Von Damm , 1990) 347 3,1 12 104 900 19 986 940 292 21,7 6 825 ::1
Q.
Ride médla·Atlan!lque, TAC 321 14 095 1 040 23 394 1 100 c·
::1
et MARK· l (Von Damm, 1990) 350 3,9 12 650 396 19 844 910 20 1 1 088 10,3 3 250
Ride Juan de Fuca, Axial Volcano "'~
Inferno (Von Damm, 1990)
Ride Juan de Fuca, Vent· l
328 3,5 12 571> 1 872 22 187

31 808
7SS

1 140
238

192
768

128
23,4 7 435

39 000
..
~
3
285 3,2 16 658 3 388
(Von Damm, 1990) :r
-<
Golfe de Californie, Guaymas, 4 el 315 5,9 12 719 1 360 21 264 690 163 70 47,6 1 235 ~
5 (Von Oamm, 1990)
..3
~
:r

!!.
~
Chapitre 4 • Les gisements hydrothermaux

les fluides arrivent en surface à très haute température et chargés en métaux


(figure 4 .3). Ces systèmes hydrothermaux sont les seuls, avec les systèmes
d'eaux profondes des zones géothermiquement actives, que l'on a pu observer
fonctionner actuellement. Tous les autres n'ont laissé que des traces, comme des
inclusions fluides, ou sont étudiés à partir des compositions des roches altérées.
Les compositions isotopiques de l'oxygène et de l'hydrogène des fumeurs noirs
sont assez différentes de celles de l'eau de mer du fait de l'interaction avec la
crofite océanique (figure 4.2). Les espèces dissoutes - et en particulier les métaux
- sont plus concentrées que dans les systèmes hydrothermaux liés à l'eau météo-
rique (tableau 4 .1) et sont responsables de la formation des gisements de sulfures
massifs volcanogéniques (gisements« VMS »),anciennement nommés gisements
d'amas sulfurés.
Les systèmes hydrothermaux magmatiques sont formés lorsque les fluides
aqueux dérivent d'un magma. Les magmas contiennent des quantités étonnantes
d'eau. Par exemple, Je magma dacitique mis en place lors de l'éruption du Mont St
Helens en 1980 aux États-Unis contenait environ 5 % d'eau. À cette concentration,
630 km3 de magma contiennent autant d'eau que la mer Caspienne. En général,
les magmas riches en silice, dits «acides », dissolvent plus d'eau que les magmas
pauvres en silice, dits « basiques », c'est pourquoi ils sont plus souvent associés à
des gisements hydrothermaux. Les compositions isotopiques de l' hydrogène et de
J'oxygène de l'eau magmatique sont estimées à partir de l'eau contenue dans les
minéraux hydratés des roches magmatiques non altérées (figure 4.2). Les vapeurs
magmatiques des fumerolles ont un ôD (composition isotopique de l' hydrogène)
plus élevé. Les eaux magmatiques n'ont: jamais été échantillonnées mais les inclu-
sions fluides montrent que leur composition varie depuis des vapeurs jusqu'à des
solutions très concentrées présentant plus de 50 % de sel (tableau 4 .1). Ces fluides
sont principalement responsables de la formation des gisements de porphyres et
de skarns.
Les systèmes hydrothermaux des bassins sont liés à l'eau issue de la porosité
des sédiments et roches sédimentaires dans les bassins. Ce fluide, appelé parfois
eau « connée », est celui qui a été emprisonné par les sédiments lors de leur dépôt.
Il peut s'agir soit d'eau douce soit d'eau salée, avec des salinités atteignant 3 %
environ. Cependant, de nombreux bassins sédimentaires contiennent des saumures
avec plus de JO % de sels dissous, Je plus important étant souvent Je NaCI. De
telles concentrations peuvent être liées à un apport d'eau de mer concentrée par
évaporation ou à la dissolution d'évaporites. Certaines saumures rencontrées dans
les bassins sédimentaires présentent des compositions isotopiques de J'oxygène
et de l' hydrogène particulières, s'étalant depuis la composition locale de l'eau de
pluie, située sur la ligne des eaux météoriques, vers Je haut (figure 4.2). De telles
compositions témoignent de la percolation d'eau météorique au sein de ces bassins.
Dans ce cas, Je sel contenu est nécessairement lié à la dissolution d'évaporites.
D'autres saumures ne montrent pas de telles relations mais plutôt une corrélation
Cl-Br, suggérant une origine liée à l'apport régulier d'eau de mer dans un environ-
nement de type sabkhas. Les bassins contiennent également du gaz naturel et du
pétrole qui peuvent contribuer à la formation de minerai, comme nous l'illustrerons

82
4.2 • Les facteurs clés pour la formation d 'un gisement hydrothermal

dans ce chapitre. Les fluides des bassins: sont responsables de la formation de gise-
ments hydrothermaux variés, parmi lesquels les gisements du type de la vallée
du Mississippi (gisements « MVT »), les gisements sédimentaires exhalatifs
(« SEDEX »)et les gisements stratiformes de cuivre dans les sédiments.

rumeur noir
:>
~; 1
,--;~
.. /-;.' ,.... )

t /? anhydnte '.'
cheminée
r.·; cheminée

écroulée .
sulfures

NU de mer
froids (2'C)
neutre à basique (pH-7·8)
ox}dantB
riche en so,

pawmen~m~ét=aux~::::::::::;~~~:-:\'"1~~~E:;;$~~~~~::

Figure 4.3 - Caractéristiques et schéma génér al


de la circulation de fluides aux rides médio-océaniques.
Ces fluides sont responsables de l'édification des fum eurs noirs, et entraînent
l'accumulation de sulfures sur le plancher océanique (modifié d'après Robb,
2007).

83
Chapitre 4 • Les gisements hydrothermaux

Les systèmes hydrothermaux métamorphiques sont liés à l'eau libérée lors des
réactions métamorphiques progrades, comme la formation de muscovite à partir de
kaolinite ou d'anhydrite à partir de gypse. Ces réactions peuvent également libérer
du dioxyde de carbone, à partir de carbonates, ou du méthane et d'autres hydrocar-
bures, à partir de la matière organique, ou encore du soufre à partir de sulfures. Lors
de métamorphisme régional, les réactions produisent de grands volumes de fluide
relativement riche en gaz (tableau 4.1), libéré lorsque sa pression dépasse la pres-
sion lithostatique. Après cette libération, Je fluide peut être focalisé dans des zones
étroites, comme des fractures ou des réseaux de failles. Comme les fluides métamor-
phiques sont généralement de haute température et percolent de grands volumes de
roches, Jeurs compositions isotopiques de l'hydrogène et de J'oxygène sont proches
de la moyenne des roches magmatiques et métamorphiques, rendant difficile l'identi-
fication des fluides métamorphiques même lorsqu'ils ont joué un rôle majeur, comme
dans Je cas des gisements d'or orogéniques.

4.2.2 Source de métaux


Même si beaucoup de fluides traversent la crofite, tous ne forment pas des gisements,
probablement à cause du manque de métaux dissous ou de l'absence de pièges
adaptés. Deux questions se posent : d'où les métaux proviennent-ils et comment
sont-ils dissous et transportés par les fluides? La source de métaux dans les fluides
hydrothermaux est une question majeure et souvent sans réponse de la métallogénie.
Dans quelques cas, notamment les porphyres de cuivre et les gisements de molyb-
dène, les gisements sont si intimement associés à des intrusions qu'une partie ou la
totalité des métaux doit être extraite du magma lors de son refroidissement. Dans
Je chapitre précédent, nous présentions les cas des métaux qui persistaient dans Je
liquide magmatique et formaient un liquide sulfuré irnmiscible. On peut donc se
demander pourquoi dans Je cas présent, les métaux quittent Je magma. La réponse est
que les gisements de porphyres sont formés à partir de magmas acides, de composi-
tion granitique, qui contiennent bien moins de soufre, et que Je soufre y est oxydé,
ne se combinant pas avec les métaux et ne pouvant les retenir dans Je magma. De
plus, de tels magmas contiennent beaucoup d'eau, qui participe à la formation et à la
libération de fluide hydrothermal.
Dans la plupart des systèmes hydrothermaux, Je contexte géologique n'oriente
pas de façon évidente vers la source de métaux et laisse deux possibilités. La
première est que les métaux proviennent d'un magma trop en profondeur sous Je
gisement pour être identifié. C'est Je cas pour certains gisements épithermaux de
métaux précieux et pour les fumeurs noirs, se formant souvent dans des terrains
volcaniques sous lesquels la présence d 'intrusions est très probable. Lorsqu'une
origine magmatique des métaux est exclue, l'autre possibilité est que les métaux
ont été lessivés des roches dans lesquelles Je fluide hydrothermal a percolé. La
plupart des roches contiennent de petites quantités de métaux et certaines, comme
les argilites noires, sont enrichies en métaux. L'interaction du fluide avec ces roches
peut entraîner une réaction libérant ces métaux en solution. Mais, sans doute à

84
4.2 • Les facteurs clés pour la formation d'un gisement hydrothermal

cause de processus de mélanges de plusieurs sources, il n'y a qu'un petit nombre


d'exemples pour lesquels un lien clair entre la source de métaux et Je gisement peut
être identifié.
Le meilleur moyen d'identifier la source de métaux est d'utiliser des traceurs
isotopiques. Les analyses des isotopes: du plomb ont été les plus utiles car les
compositions sont très contrastées, principalement parce qu'elles reposent sur la
désintégration radioactive d'uranium et de thorium. Les résultats les plus signifi-
catifs sont l'identification des galènes (sulfures de plomb) très radiogéniques des
gisements MVT qui indiquent que les sources de plomb sont les roches sédimen-
taires contenant des clastes Précambriens. Les isotopes du strontium ont été utilisés
pour identifier la source de minerais riches en strontium comme la célestite et les
feldspaths. Les isotopes du soufre sont également très utiles ; les ô34S très positifs
sont systématiquement associés avec une source évaporitique. Des valeurs proches
de zéro indiquent une origine magmatique et les valeurs négatives sont une signature
d'origine organique. Plus récemment, les progrès techniques ont permis l'analyse des
isotopes stables du cuivre, du zinc, du mercure et d'autres éléments, et leur utilisation
comme nouveaux traceurs. D'autre part, dans les cas des fluides dérivés de magmas,
l'étude expérimentale du fractionnement: entre Je magma et les solutions hydrother-
males a apporté un éclairage nouveau. Néanmoins, et en dépit de tous ces progrès,
l'origine exacte des métaux et la connaissance de la nature de la source (elle-même
enrichie ?) reste l'un des aspects les moins bien compris de la formation des gise-
ments hydrothermaux.
L'autre question est celle de la modalité de la dissolution. La solubilité des métaux
dans l'eau pure est très basse, même à d 'assez hautes températures, et pendant de
nombreuses années on ne comprenait pas comment Je plomb ou for pouvaient être
transportés dans les fluides hydrothermaux. Les expériences jusqu'alors réalisées
avaient montré que Jeurs solubilités étaient bien inférieures à celles capables de
produire des gisements, même modestes.
Par exemple, la solubilité du zinc dans une solution légèrement acide à 100 °C
est environ 1 x J0-5 g x J- 1. Si un tel fluide devait former un gisement de taille
raisonnable, la quantité nécessaire de fluide qui devrait circuler à travers Je gise-
ment serait de l'ordre de 100 000 km3, un volume plus grand que celui de la mer
Caspienne ! Des travaux plus récents ont montré que la solubilité des métaux
~ exploités est fortement augmentée dans les solutions salines par la formation de
g complexes métalliques. Les ligands naturels majeurs sont OH-, c r, Hs-. H 2 S,
~ HCOï. C03 et F . La figure 4.4 montre comment la concentration en Zn augmente
S de cinq ordres de grandeur lorsque la teneur en Cl passe de faibles valeurs comme
~ dans l'eau de pluie ou l'eau de mer à des valeurs plus élevées comme celles mesu-
·~ rées dans les fluides salins. Dans ce cas, la forte solubilité résulte de la formation
• de complexes chlorés d'ordre élevé. La nature des complexes métalliques dépend
J de l'affinité chimique métal-ligand : les: métaux «durs » comme l'aluminium, les
~ terres rares, Je zirconium, et l'uranium, forment préférentiellement des complexes
• avec OH-, F- and C03, tandis que les métaux « mous » comme l'or ou la platine
J préfèrent Hs- or HzS. La plupart des métaux de base se forment dans des complexes
" avec Cl.

85
Chapitre 4 • Les gisements hydrothermaux

Figure 4.4 - Solubilité du Zn dans les fluides hydr othermaux.


La solubilité du Zn dans les fluides hydrothermaux augmente brusquement
lorsque la teneur en c1- est supérieure à 105 mg x 1-1 grâce à la formation de
complexes chlorés. Si la teneur en Cl- diminue, quand par exemple le fluide est
dilué, le Zn précipite et peut former des gisements (modifié d'après Cathles et
Adams, 2005).

4.2.3 Le moteur de la circulation des fluides


Même lorsqu'elle contient des concentrations relativement élevées en métaux, un
grand volume de solution hydrothermale est nécessaire. Par exemple, si Je fluide
hydrothermal à l'origine du gisement de Bingham en Utah (État.s-Unis) contenait
l'équivalent de 900 ppm de Cu, il a fallu près de 62 Gt de fluide pour apporter les
31,5 Mt de cuivre contenus dans les minerais. Peu importe la densité exacte du fluide,
mais son volume a été gigantesque, bien plus grand que Je volume du gisement. Cela
signifie qu'un grand système de circulation a fonctionné, transportant la solution
hydrothermale contenant les métaux à travers la zone de gisement, y déposant les
métaux, puis repartant purgée de ces métaux.
L'origine de la circulation de fluide diffère selon les environnements géologiques
et hydrothermaux. Le plus simple est sans doute la convection de l'eau de pluie. Dans
un premier temps stockée dans les nappes phréatiques, l'eau remonte après avoir
percolé dans les profondeurs de la crofite où elle a été chauffée, et sa masse volu-
mique diminuée. De façon similaire, dans les systèmes liés à l'eau de mer, lors de
sa descente, l'eau est chauffée, perd de sa masse volumique, entramant sa remontée.
Dans ces deux cas, Je système est constitué d'une zone de recharge de fluide froid
descendant et d' une zone de remontée de fluide chaud. Dans les bassins sédimen-
taires, Je flux peut également être lié à une convection dans laquelle les fluides froids
de la partie supérieure du bassin descendent et remplacent les fluides chauds des
parties inférieures, ou par l'envahissement du bassin par un fluide riche en sel, plus

86
4.2 • Les facteurs clés pour la formation d'un gisement hydrothermal

dense, qui remplace l'eau douce météorique. D'autres moteurs possibles sont l'acti-
vité tectonique, qui peut incliner les bassins et entraîner l'échappement des fluides
des parties inférieures des bassins, la compaction des roches sédimentaires, ou l'aug-
mentation du flux météorique dans la partie haute des chaînes de montagnes.
Les fluides magmatiques et métamorphiques sont mis en mouvement en partie
par l'expansion du fluide dans un environnement confiné. Dans Je cas des systèmes
magmatiques, l'émission de fluides depuis Je magma est un processus expansif ; Je
volume de magma résiduel et de vapeur émise est plus grand que Je volume originel
du magma dans lequel l'eau était dissoute, et ceci est particulièrement vrai lorsque
Je fluide émis est une vapeur de faible densité. Le fluide émis est injecté dans l'en-
caissant, Je fracturant et remontant vers Je haut. L'encaissant est chauffé et Je fluide
qu'il contient, généralement de l'eau météorique, forme souvent un second système
en circulation. Les systèmes métamorphiques fonctionnent sans doute de façon
similaire. La transition du faciès schistes verts (chlorite-albite-carbonate) aux para-
génèses du faciès amphibolite (amphibole-plagioclase) libère un fluide H20 -C0 2
contenant du soufre, de faible salinité et à près de 400 °C. Ces fluides s'accumulent
dans la roche jusqu'à ce que la pression de fluide soit suffisante pour fracturer la
couverture et permettre l'ascension de la solution hydrothermale canalisée par les
failles. l:« Alpine Fault » en Nouvelle-Zélande est considérée comme un exemple
actuel de zone de canalisation de fluides de ce type. L'étude des minéralisations
associées à ce système de faille montre que les réactions métamorphiques libèrent
également Hg, As et Au.
Un aspect surprenant de la plupart des systèmes hydrothermaux est leur intermit-
tence. Les exemples les plus simples sont les veines épithermales, qui présentent de
nombreuses couches interprétées comme résultant d' injections successives de fluides
(figure 4 .5). Dans les gisements MVT, la gangue de dolomite et de sulfures montre
une stratigraphie que Pon peut tracer sur des kilomètres et qui témoigne vraisem-
blablement d'entrées épisodiques de fluides. Les gisements de cuivre porphyriques
présentent de nombreuses fractures et veines qui reflètent une fracturation épiso-
dique. Dans ce cas, il pourrait s'agir d'émissions épisodiques de fluides magmatiques,
mais dans d'autres contextes cela provient sans doute de l'accumulation de la solution
hydrothermale sous une sorte de valve qui s'ouvre de façon intermittente lorsque
la pression de fluide dépasse un seuil à cause de l'accumulation de liquide ou de la
"
'8
g
il
charge tectonique dans les systèmes de faille.

~ 4.2.4 Un site et un mécanisme de précipitation


s Le point crucial d'un processus de formation d'un gisement est la précipitation des
~
~ métaux ou des minéraux. Un mécanisme qui provoque la libération des métaux
·• de la solution et permet de les concentrer dans un volume restreint de roche est
J nécessaire. La cause la plus courante de précipitation est Je refroidissement de
~ la solution, qui abaisse la solubilité des métaux. Le refroidissement se produit
, lorsque des fluides magmatiques chauds pénètrent un encaissant froid, lorsque des
J fluides provenant d'une source hydrothermale du plancher océanique se mélangent
" avec l'eau de mer froide ou lorsque les fluides chauds d'un bassin se mélangent

87
Chapitre 4 • Les gisements hydrothermaux

avec des eaux froides de surface. Associée avec ces refroidissements, la dilution
des saumures hydrothermales entraîne une baisse de la concentration des anions
formant des complexes, ce qui décroît également la solubilité des métaux et
provoque leur précipitation. Un autre processus minéralisateur est la réaction avec
l'encaissant, qui change la composition du fluide. Les réactions d'oxydoréduction
sont particulièrement importantes et se produisent lorsque les eaux oxydées d'un
bassin entrent en contact avec des matériaux réduits comme les hydrocarbures
ou les argiles riches en matière organique. Ce type d'interaction est crucial dans
la formation de la plupart des gisements d' uranium et de nombreux gisements de
métaux de base dans les bassins sédimentaires.

Systèmes de haute sulfuration (HS) Systèmes de basse suffuration (LS)

' '- ,,.' , I

eau météorique
'_,
Pyrophy Uite

Alun ite+Pyr~e
:Diarre
eau météorique
eau magmatique

eau magmatique

Figure 4.5 - Diagramme de synthèse montrant la configuration générale


et la zonation de l'altération dans les gisements é pithermaux HS et LS.
L:altération proximale dans les systèmes l5 est souvent zonée avec des assem ·
blages à adulaires, séricite, et illite (très modifié d'après Hedenquist, 2000 et
Simmons et al., 2005).

Il existe deux types de sites de dépôts : les fractures ouvertes et les zones de
remplacement ou d'imprégnation. De nombreux gisements hydrothermaux sont
formés dans les niveaux supérieurs de la crofite, aux endroits où des fractures sont
ouvertes ou se réouvrent sous la pression des fluides et dans ce cas, l'essentiel de la
minéralisation consiste en des minéraux d'intérêts qui cristallisent dans ces espaces
ouverts. Les corps minéralisés formés par ces processus consistent en une multi-
tude de veines et de zones riches en minéraux économiques, dispersées dans la

88
4. 3 • Les principaux exemples de gi se ments hydrotherm aux

roche encaissante. Les cavités et les grottes dans les récifs calcaires et les karsts,
ainsi que les espaces interstitiels des brèches, sont d'important.s sites de minérali-
sation. Lorsque les solutions hydrothermales arrivent en surface, elles précipitent
des minerais, généralement en couches successives. Les fluides hydrothermaux sont
chimiquement agressifs et capables de réagir avec une grande diversité de litholo-
gies. Des zones altérées dans lesquelles on trouve des minéraux d'intérêt économique
entourent la plupart des systèmes hydrothermaux.

4.3 LES PRINCIPAUX EXEMPLES DE GISEMENTS


HYDROTHERMAUX ILLUSTRANT LES PROCESSUS
MÉTALLOGÉNIQUES
Dans les parties suivantes, nous avons classé les gisements en fonction du type de
système hydrothermal qui les a mis en place. Notre sélection a été guidée par deux
aspects : d'une part nous souhaitions illustrer au moins un gisement pour chaque
type de système hydrothermal, d'autre part, nous avons décrit des gisement.s qui sont
les principales sources de métaux et cibles de l'exploration minière. Parce que tous
les gisement.s n'entrent pas dans cette classification simple, une partie est consacrée
à ceux ayant des caractéristiques intermédiaires.

4.3.1 Les systèmes hydrothermaux liés aux eaux


météoriques - Gisements épithermaux
Le terme« épithermal » a été initialement utilisé par Lindgren en 1911 pour les gise-
ment.s de métaux précieux dans les veines et les brèches qui se forment à partir de
solutions hydrothermales d'assez faible température (< 300 °C), à proximité ou au
sein même de roches volcaniques ou intrusives. Des fluides de basse température de
ce type peuvent transporter Hg, Sb, As, U, V, Ag et Au et de nombreux gisement.s de
ces métaux appartiennent à la catégorie des gisement.s épithermaux. Les plus impor-
tants sont de Join les gisements d'or et d 'argent, et Je terme épithermal s'est petit à
petit restreint à ces gisements.
Les gisements Au-Ag épithermaux ont procuré 8 % de l'or produit jusqu'à présent
et on estime qu'ils contiennent 14 à 24 % des ressources restantes. Leur contribu-
~ tion à l'argent est moindre, mais a été très importante d' un point de vue historique
g (encart 4 .2). Les plus grands gisements épithermaux sont Yanacocha au Pérou,
il Pueblo Vuejo en République Dominicaine, Ladolam (Lihir) en Papouasie Nouvelle-
j Guinée, Cripple Creek aux États-Unis, et Pascua-Lama sur la frontière entre
~ l'Argentine et Je Chili. Les plus grands gisements d'argent sont Potosi en Bolivie, et
·~ Pachuca et Guanaj uato au Mexique. Quelques gisements épitherrnaux contiennent
• du Cu, Pb et Zn même si des gisements beaucoup plus important.s en ces substances
J seront présentés plus tard.
~ L'exploitation souterraine des gisement.s épithermaux est rentable dès que Je
• minerai contient l'équivalent de 3 grammes d'or par tonne, et l'exploitation en mine
J à ciel ouvert est rentable pour des teneurs encore plus faibles. Un grand progrès pour
" l'exploitation de ces gisement.s épithermaux, et pour la plupart des autres gisement.s

89
Chapitre 4 • Les gisements hydrothermaux

d'or, a été l'utilisation du lessivage par une solution de cyanure pour récupérer l'or et
l'argent dans Je minerai broyé. Cette méthode permet aux mines d' être rentables pour
des teneurs de 1 gramme d'or par tonne ou moins, lorsque Je minerai a été oxydé et
ne contient pas d'autres métaux comme Je cuivre qui contaminent l'opération.

~RT 4.2 ~or et l'argent dans l'histoire


les rapports Ag/Au des gisements épithermaux vont de 1 à 400 et sont en moyenne
d'environ 35. Cette valeur est assez similaire au rapport de leurs abondances dans
la croûte terrestre. !'.argent a été le premier métal précieux à être utilisé dans le
commerce, par les Grecs dès 2000 avant J.·C. et par les Chinois et les Romains en
200 avant notre ère. Après cela, il a largement été utilisé dans beaucoup d'autres
pays pendant 1 500 ans, notamment par l'Angleterre et sa livre sterling.
Depuis la fin des années 1600, le rapport du prix de l'or par le prix de l'argent
a varié de 14 à 1OO avec une moyenne de 27, également du même ordre de
grandeur que la moyenne d'abondance dans la croûte terrestre! les gisements
épithermaux avec des rapports Ag/Au supérieurs à 1OO sont en fait des gisements
d'argent avec de l'or comme sous·produit. Cétait de toute évidence le cas des
énormes gisements Pachuca et Guanajuato au Mexique, présentant des rapports
Ag/Au respectifs de 209 et 220, et du Cerro Rico en Bolivie, avec un rapport Ag/
Au encore supérieur. Chacun de ces gisements a procuré plus de 30 000 tonnes
d'argent et ils étaient à la base des «Galions de Manille·Acapulco », nom donné
aux navires qui assuraient des échanges commerciaux entre 1565 à 1815. À cette
époque, les navires chargeaient de l'argent en provenance du Mexique et de
l'Amérique du Sud à Acapulco (au Mexique), et le transféraient aux Philippines
où il était échangé contre de la porcelaine, de la soie, de l'ivoire, des épices et
d'autres produits en provenance de Chine. le commerce chinois était déjà fondé
sur l'argent, et l'arrivée de ces immenses quantités d'argent a eu un impact
majeur sur l'économie de ce pays.

Même si elle a permis une forte augmentation de la rentabilité des gisements et de


la quantité de métaux précieux produite, l'utilisation de cyanure est très controversée,
et a été interdite dans de nombreux gisements même si elle est relativement sOre. Dans
Je gisement de Rosa Montana, en Roumanie, devenu l'une des plus grandes mines
d'Europe, l'utilisation de cyanure a été l'un des principaux arguments avec lequel les
opposants au pr~et ont convaincu Je gouvernement de revenir sur sa décision et d' in-
terdire la poursuite de l'exploitation. Lorsque Je cyanure n'est pas utilisé, les méthodes
de purification alternatives sont la séparation par gravité ou par amalgamation en
mélangeant Je minerai avec du mercure pour former un liquide dont Je chauffage
permet la séparation Hg-Au. Cette méthode est très utilisée dans les pays où l'or est
exploité artisanalement et représente une source majeure de pollution au mercure.

• Description
La plupart des gisements épithermaux sont associés à du volcanisme felsique en
milieu aérien. De Join, l'essentiel de ces gisements sont dans les zones de volcanisme
de marge assez récente, souvent autour de J'Océan Pacifique. D'autres gisements,

90
4.3 • Les principaux exemples de gisements hydrothermaux

plus rares, sont associés à du volcanisme de rift ou de point chaud. Les gisements
épithermaux se forment à proximité de la surface, généralement à moins d'un kilo-
mètre de profondeur, et sont rabotés rapidement par l'érosion. La plupart de ces
gisements sont plus jeunes que JO mA, et ceux plus vieux de 25 mA n'existent encore
que parce qu'un événement géologique a permis leur préservation.
Dès la découverte des premiers gisements épithermaux, il a été évident que deux
types existaient : dans Je gisement de Comstock, dans Je Nevada aux États-Unis,
Je minerai est constitué d'électrum (Au-Ag) et de sulfures, sulfosels et sélé-
niures d'argent, associés à du quartz ou de la calcédoine, entourés par une roche
altérée comprenant calcite, adulaire, illite/séricite, et pyrite. Dans Je gisement
de Goldfield, toujours dans Je Nevada, Je minerai est très différent et contient de
l'électrum (alliage naturel d'or et d'argent), avec localement de nombreux sulfures
et sulfosels de cuivre, dans une roche composée de quartz, alunite, pyrophyllite,
dickite, kaolinite et pyrite. Ces deux assemblages sont Je résultat de fluides hydro-
thermaux différents, Je premier étant quasi-neutre et Je second assez acide. On
qualifie aujourd'hui ces gisements de neutre (LS pour Low Sulfidation en anglais)
et d'acide (HS, High Sul/idation).
La plupart des gisements épithermaux LS se présentent sous la forme de veines,
la plupart verticales, qui reflètent les contraintes tectoniques régionales. Ces veines
peuvent être Jarges de plusieurs mètres, et s'enfoncer sur plusieurs centaines de
mètres. Au sein de ces veines, les teneurs sont maximales dans les «ore shoots »,
qui peuvent s'étendre sur une longueur de quelques dizaines à quelques centaines de
mètres. Le remplissage de la veine a une texture colloforme et crustiforme (figure 4.6)
comprenant de nombreux rubanements de quartz et/ou adulaire qui semblent témoi-
gner des injections successives de fluide. Seules certaines de ces couches contiennent
de l'or ou de l'argent. À Pachuca-Real del Monte au Mexique, et dans de nombreux
autres gisements, les ore shoots forment une zone horizontale à peu près parallèle à
la surface de la topographie. La partie supérieure de certains gisements est recou-
verte de travertins indiquant qu'un fluide a atteint la surface.
Les gisements épithermaux « HS » ont une taille en général identique à celle des
gisements « LS », mais sont moins nombreux, et seuls quelques gisements comme
El Indio au Chili contiennent des veines développées. Dans la plupart des autres
gisements, les veines ne sont pas bien développées, et Je minerai et l'altération sont
~ disséminés dans l'encaissant rocheux. Dans certains gisements, une zonation assez
g simple est visible, consistant en une zone interne de géode de quartz (figure 4 .6),
~ ad~alecéincrustad!ion d'or, de pydriteka,d'é.nargitDe, et dd'~utres sulfoèsels, entouréli e d'uneézo ne
S 1
t ration a un1te, et1ou e o1mite. ans autres syst mes, 1a si ce en g 00es
~ n'est pas aussi bien développée et les zones d'altérations s'échelonnent depuis une
~ zone centrale comprenant un assemblage quartz-alunite-pyrite, vers une zone à pyro-
·• phyllite et/ou kaolinite, qui montre également l'absence de cations autre que H+,
J aluminium et silicium. Ces gisements sont parfois recouverts d' une zone de sili-
~ cification massive qui reflète sans doute la présence d' une paléo-nappe phréatique
, (figure 4.5). Cette altération est modifiée localement en profondeur, avec des assem-
J blages contenant du diaspore, qui ne peuvent être formés en présence de silice et
" reflètent ainsi des conditions si acides que la silice est également mobilisée.

91
Chapitre 4 • Les gisements hydrothermaux

Figure 4.6 - Minerai et altération épithermale.


(a) veine LS dans le gisement d'lvanhoe dans le Nevada (États·Unis), montrant
des lames dans la silice ayant remplacé la calcite• Bladed Cakite •(la texture
laminaire de la cakite indique l'ébullition du fluide) et incorporé des fragments
d'encaissant. (b) veine du gisement de Waihi (Nowelle-Zélande) présentant des
lames de quartz et d'adulaire. Les couches sombres contiennent de l'électrum
et d'autres minéraux aurifères. (c) électronographie à balayage en électron
rétrodiffusés montrant un assemblage quartz-alunite-pyrite • Vuggy Silica •
dans les gisements de Pueblo Viejo (République Dominicaine). (dl silice à
texture en géode dans le gisement HS de Summitville, Colorado (États-Unis).
Les grands creux rectangulaires sont liés au lessivage de feldspaths de la roche
volcanique d'origine. Photographies d e S. Kesler. Image MEB de J.L. Muntean.

~RT 4.3 L'importance des travertin s


les gisements de travertins sont constitués de silice sous forme d'opale et de
calcédoine qui précipite lorsque des solutions hydrothermales s'écoulent en
surface. On en trouve souvent au-dessus des systèmes géothermiques, comme
dans le parc de Yellowstone aux États-Unis et à Wairaki en Nouvelle-Zélande,
mais également dans certains cas au ·dessus des gisements épithermaux qui
ont été peu érodés, comme Mclaughlin (Californie) et Buckskin (Nevada), deux
gisements d'or hydrothermaux américains. les travertins sont utiles dans l'ex·
ploration pour plusieurs raisons : leur emplacement indique l'emplacement des
systèmes hydrothermaux sous-j acents actifs ou fossiles et plus précisément, le
lieu d'émission du fluide hydrothermal en surface. leurs textures, présentées
dans la figure ci-dessous, fournissent des informations sur les températures

92
4.3 • Les principaux exemples de gisements hydrothermaux

du fluide émis, et leur position lndlq ue la profondeur probable de zones de


minéralisation d'or ou d'argent. Certains travertins sont enrichis en métaux, et
particulièrement en mercure et en antimoine. D'autres sont enrichis en or et ont
été exploités, en particulier Crofoot·lewls dans le Nevada (États·Unls). Dans la
plupart des cas, les métaux ont été déposés après le travertin par une seconde
période d'activité hydrothermale résurgente.

Exemples de travertins.
(a) Travertin en colonnes (vue de d~sus), également appelé « geyserlte •,
du système hydrothermal actif de Walrakl en Nouvelle-Zélande : composé
de colonnes empilées et de laminations qui se forment dans les systèmes
chauds (< 90 "C) avec alternance des conditions humides et sèches.
(b) Travertin à rides de courant, du gisement d'or de Mcl.aughlln (0, 75 mA),
Californie, États-Unis, qui a conservé des fossiles d'algues filamenteuses, et
s'est formé dans un système hydrothermal de basse température(< 35 ·q.
(c) Terrasses d'échelle microscopique dans les travertins du gisement de
Mclaughlln ; des terrasses de ce type de plus grande échelle sont courantes
dans la plupart des travertins. (d) Concrétions de silice sur rherbe formées
par les pulvérisations en provenance de la source chaude et du champ de
geysers à Beowawe, Nevada, États-Unis.

" • Origine
~
il L'étude des inclusions fluides montre que la plupart des veines LS sont formées à
~ partir de fluides de faible salinité, présentant généralement moins de 1 % NaCJ du
s C0 2 et H2S, même si certains fluides dans des gisements de métaux de base comme
~ Fresnillo (Mexique) présentent une salinité bien plus forte. Dans de nombreux gise-
·~ ments, la coexistence d'inclusion de liquide et de vapeur montre que Je fluide était
1 en ébullition. À Buckskin au Nevada et McLaughlin en Californie, où des paléo-
profondeurs ont pu être déterminées par des travertins préservés, les températures
~1 des inclusions fluides de la zone minéralisée sont sur la courbe d'ébullition de l'eau
J légèrement salée. On pense que l'or est dissous sous forme de complexes bisul-
" fures (Au(HS)z) dans la plupart des solutions hydrothermales des gisements LS et

93
Chapitre 4 • Les gisements hydrothermaux

l'ébullition pourrait avoir libéré l'or en émettant H2S dans la vapeur, et déstabili-
sant les complexes bisulfures. En plus de la libération d'or, l'ébullition d'un fluide
H2 0 -COz-H2S remontant Je long d' une tissure peut expliquer la localisation des
« ore shoots » qui suivent la surface topographique, et la présence de cheminées
au-<lessus de ceux-ci. L'analyse des compositions isotopiques de l'oxygène et de l'hy-
drogène des inclusions fluides de la plupart des minerais des gisements épithermaux
LS montre des alignements plats semblables à ceux des eaux thermales (figure 4 .2).
Dans certains gisements, Je 6 180 Je plus: élevé pointe vers la composition des eaux
magmatiques, donnant raison à ceux qui pensent qu'au moins quelques gisements LS
doivent leur métal à des injections de fluides magmatiques.
Il y a moins d'inclusions fluides renseignant sur la salinité et la composition des
fluides minéralisateurs dans les systèmes épithermaux HS, même si Je peu d'infor-
mation qu'on a suggéré des températures du même ordre de grandeur que celles des
autres gisements épithermaux. Les meilleurs renseignements proviennent des assem-
blages de minéraux (paragénèses) et des analyses isotopiques de l'hydrogène, de
J'oxygène et du soufre. La formation de diaspore lors de l'altération indique que les
fluides sont sous-saturés en silice, au moins lorsqu'ils entrent dans Je système. De plus,
la coexistence de pyrite et d'alunite (figure 4 .6) témoigne de la présence conjointe de
sulfates et sulfures. Les analyses isotopiques du soufre montrent qu'il est probable-
ment d'origine magmatique, et celles de l'oxygène et de l'hydrogène indiquent que
Je fluide minéralisateur varie de composi tions purement magmatiques, comme dans
Je gisement de Pueblo Viejo (République Dominicaine), à des compositions mixtes
d'eaux météoriques et magmatiques comme à Summitville (Colorado, États-Unis).
Ceci a permis d'établir un modèle général de formation des minerais épithermaux
HS dans lequel des injections de vapeurs provenant de magmas sous-jacents pénè-
trent les systèmes hydrothermaux sus-jacents composés d'eaux météoriques et d'eau

Synthèse : Les gisements épithermaux d'or - argent


-
• Source de métaux - vapeur magmatique pour les gisements HS et possiblement
pour les gisements LS ; autrement, altération et lessivage des roches volcaniques
de l'encaissant.
• Source de S - Je soufre n'est pas un constituant important de ce minerai ; dans
les gisements HS il est magmatique ; dans les gisements LS il est sans doute
lessivé des roches encaissantes et du magma.
• Source de fluides - l'eau météorique injectée d'eau magmatique (dans quelques
rares mises en place sous-marine, injection possible d'eau magmatique dans de
l'eau de mer).
• Moteur à la circulation de fluide - la convection, souvent liée aux roches
intrusives.
• Processus de précipitation - ébullition et dilution lorsque les fluides magma-
tiques réagissent avec l'eau météorique ; la sulfuration si l'altération de
l'encaissant est importante et des minéraux maliques sont présents.

94
4.3 • Les principaux exemples de gisements hydrothermaux

de mer dans certains cas. La plupart du temps, la vapeur se mélange avec Je fluide
présent, même si dans certains cas, elle Je remplace totalement. Dans de rares cas,
comme à Lepanto-Far Southeast (Philippines), un gisement de porphyre de cuivre
sous-jacent a probablement contribué à la circulation (figure 4 .7). L'or peut être trans-
porté sous forme de complexe de chlorures dans la vapeur, mais il se transforme en
complexe bisulfuré lorsque la température diminue, et sa précipitation est certaine-
ment liée à fébullition et à la sulfuration.

L
Figure 4.7 - Illustration de la partie supérieure d'un pluton granitique dans un édifice
volcanosédimentalre, montrant la relation des roches intrusives avec les porphyres
cuprifères, les skams et l'affiliation magmatique possible avec des gisements
épithermaux HS et de type Carlin (modifié d'après Sillitoe, 2010).

95
Chapitre 4 • Les gisements hydrothermaux

4.3.2 Les systèmes hydrothermaux liés à l'eau de mer -


Gisements VMS (sulfures massifs volcanogéniques)
ou d'amas sulfurés
À l'exception des placers (présentés dans Je chapitre 5), les gisements de sulfures
massifs volcanogéniques, aussi appelés gisements d'amas sulfurés, ont été les
premiers à être exploités à grande échelle. Le gisement de Troodos (Chypre) et
la chaîne du Rio Tinto (Espagne) ont ét:é exploités durant les deux derniers millé-
naires et ont procuré l'essentiel du cuivre qui constituait l'armure des centurions
romains. Bien que Je cuivre ait été Je principal élément recherché dans ces gise-
ments, ils sont également riches en Zn et Pb, et contiennent des concentrations
traces mais quand même importantes d'Au, Ag et même Sn. Dans des estimations
récentes, des gisements VMS représenteraient JO % du cuivre, 25 % du Zn et JO%
du Pb dont nous disposons globalement dans les gisements connus. Ces gisements
sont particulièrement intéressants car ils ont des teneurs relativement élevées, du
fait de leur formation qui ressemble à celle d'un sédiment précipité chimiquement
sur Je plancher océanique et du fait qu'ils n'ont pas d'encaissant pour « diluer »
Jeurs teneurs en métaux. Bien sOr, pyrite et pyrrhotite sont communes et large-
ment dominantes dans ces gisements et peuvent diluer un peu Je minerai. En effet,
certains gisements VMS comme ceux d e Rio Tinto (Espagne) sont presque exclu-
sivement constitués de sulfures de fer, avec très peu de métaux de base. Avant que
les acides soufrés ne deviennent des déchets des centrales électriques à charbon et
des raffineries de sulfures, les gisements VMS de sulfures de fer étaient exploités
pour leur soufre.
La plupart des gisements VMS sont relativement petits, contenant en général à
peine quelques millions de tonnes de minerai, même si on connaît quelques grands
gisements. Si on combine Cu+Zn+Pb, Je plus grand gisement est celui de Brunswick
No. 12 au Canada, contenant plus de 14 millions de tonnes de métaux, essentielle-
ment Pb et Zn. Les autres grands gisements sont Kidd Creek au Canada (12,3 Mt),
Gaiskoe en Russie (9,6 Mt Cu+Zn+Pb), et Neves Corvo au Portugal (7,4 Mt). Le
cuivre est en général Je métal économiquement Je plus intéressant dans ces gise-
ments, et si on ne regarde que cette ressource, les gisements les plus riches sont
Neves Corvo (3,2 Mt Cu), Kidd Creek (3,1 Mt Cu) et Mt. Lyell en Australie (3,1 Mt
Cu). Les concentrations en ces métaux de base varient beaucoup d'un gisement à
l'autre, avec des rapports Cu/(Pb+Zn) allant de 0,03 à 25. Le cuivre cofitant 3 à 4 fois
plus cher que Je plomb et Je zinc, et étant en général transporté par des fluides plus
chauds, ce rapport renseigne directement sur la valeur du gisement ainsi que sur ses
conditions de formation. Les teneurs des gisements VMS si l'on combine Cu+Zn+Pb
vont d'environ 1 % (Rio Tinto) jusqu'à près de JO% (Kidd Creek).
Parce qu'ils sont de forte teneur et assez compacts, les gisements VMS donnent
souvent lieu à des exploitations souterraines, même si des mines à ciel ouvert existent
pour les gisements superficiels. Leur forte teneur et leur petite taille (autorisant des
infrastructures plus petites) en font une cible de choix pour les petites compagnies
minières ou les compagnies récentes.

96
4.3 • Les principaux exemples de gisements hydrothermaux

• Description
Les gisements VMS se trouvent dans des roches volcaniques sous-marines basiques
ou acides, et se forment dans divers contextes géodynamiques. Les roches sédi-
mentaires sont absentes dans certains contextes et abondantes dans d'autres,
particulièrement dans les gisements de type Besshi au Japon. À partir de la classifica-
tion récente des gisements VMS basée sur Je type de roche associée (tableau 4.2), on
peut voir que les contextes vont d'arcs intra-océaniques et arrières-arcs à des marges
continentales ou des arrières-arcs épicontinentaux matures. Des gisements VMS ont
été formés de tout temps sur Terre : Je gisement Big Stubby à Pilbara (Australie) a
3,5 Ga et représente l'un des plus vieux gisements connus. Des gisements importants
se sont formés à la fin de l'Archéen, au Protérozoïque, au Phanérozoïque et d'autres
continuent de se former actuellement sur Je plancher océanique.

Tableau 4.2 - Contextes tectoniques des gisements VMS.

Association Contexte
Type Métaux Exemples
lithologique tectonique
Bi modal- Roches volcaniques Arcs vokaniques Cu-Zn Noranda, canada -
mafique mafiques accrétés dans Archéen;
prépondérantes, les zones de Flin-Flon, canada -
mais avec jusqu'à 2 5 % subduction Protérozoi'que ;
de roches volcaniques Oural, Russie -
felsiques Phanérozoîque
Mafique Ophiolites comprenant Arrière ·arc Cu-(Zn) Oural, Russie;
des roches basaltiques intra-océanique Newfoundland,
et des proportions mature Canada;
mineures de boninites, Troodos , Chypre
roches siliceuses
et tuffs mafiques
Pelitique· Basaltes et sills Arrières-arcs Cu-Zn-Pb Outokumpo,
mafique basaltiques en matures, jwéniles Finlande -
proportion équivalente et accrétés Protérozoïque;
ou inférieure à des Windy Craggy,
roches sédimentaires Canada-
pélitiques Paléozoîque; Besshi,
Japon - Mésozoïque
Bi modal- Roches volcaniques et Arcs de marge Cu-Zn-Pb Bergslagen, Suède -
felsique roches sédimentaires continentale Protérozoi'que ;
terrigènes et arrières ·arcs Orogène tasmane,
en proportions associés Australie-
équivalentes Paléozoïque
Siliço- Roches Arrière-arc mature Cu-Zn-Pb Golden Grove,
clastique· volcanoclastiques épicontinental Australie;
felsique et intrusions proches Ceinture de pyrite
de la surface ; ibérique, Espagne et
roches volcaniques Portugal ; Bathurst,
mafiques et roches Canada
sédimentaires d'origine
chimique
en proportion mineure

97
Chapitre 4 • Les gisements hydrothermaux

~ART 4.4 Exemples de gisements VMS en form ation


et form és par le passé
(1) le gisement TAC. Ce gisement se forme actuellement dans le rift de la ride
média-Atlantique à 26" de latitude nord, où l'on a observé un champ actif de
fumeurs noirs et fumeurs blancs (sources hydrothermales). le gisement est
localisé sur le plancher océanique, au-dessus des basaltes en coussins (pillow)
de la croûte océanique. Il a les caractéristiques d'un gisement VM5 typique, à
savoir une lentille en position supérieure de sulfures massifs et semi-massifs,
sous laquelle se trouve une brèche minéralisée (stockwork) en forme de conduit
vertical. De l'anhydrite, de la silice et des argiles rouges précipitent en même
temps que les sulfures. le gisement contient 3,9 Mt de minerai, 2,7 Mt de
sulfures massifs et semi-massifs (à -2 % de Cu) et 1,2 Mt de brèche minéralisée
(-1 % de Cu) dans le stockwork.
le gisement 5olwara 1, au large de la côte nord de la Papouasie·Nouvelle·Guinée,
sera peut·être le premier gisement VM5 actif à être exploité. Ce monticule de
2 km de diamètre sur 200 m de haut repose sur le plancher océanique à une
profondeur de 1 500 m environ. Ce monticule contient de nombreuses chemi·
nées et les évents actifs émettent des fluides hydrothermaux allant jusqu'à
une température de 300 ·c. Il contiendrait environ 2,5 millions de tonnes de
minerai d'une teneur moyenne de 7,7 % Cu, 0,7 % Zn, 5,8 g/t Au et 29,6 g/t Ag.
On envisage actuellement l'exploitation du gisement en utilisant des machines
robotisées pour broyer le minerai de su lfures et le pomper à la surface. la nature
fine du minerai obligera la mise en place d'un traitement hydrométallurgique.
(2) les gisements VM5 de Chypre. l'ophiolite de Troodos contient des fragments
de gisements VM5 dans des basaltes en coussins qui se sont probablement mis
en place dans un bassin d'arrière-arc au Crétacé. Tous les gisements sont riches
en cuivre (1 à 4 %) avec des teneurs équivalentes en zinc, comme classiquement
dans les gisements au sein de roches vokaniques mafiques. Ils sont composés
d'un chapeau tabulaire de minerai massif, recouvert par un minerai brèchifié de
texture sableuse dans lequel les cœurs massifs riches en pyrite sont cimentés
par la chalcopyrite et la sphalérite et par des couches d'ombre, des argiles d'ori·
gine volcanique exhalative enrichies en Fe, Mn et métaux traces. En dessous de
la lentille se trouve un stockwork formé d'un mélange de quartz et pyrite, avec
des faibles minéralisations à métaux de base.
(3) les gisements VM5 archéens. le gisement Delbridge est un gisement VM5
typique dans la ceinture d'Abitibi au Canada, âgée de 2,7 Ga. Ce gisement s'est
formé au contact de roches pyroclastiques felsiques et de laves volcaniques inter·
médiaires qui appartenaient à un anden arc insulaire. le diagramme ci-contre,
repris de Boldy (1968), illustre tous les aspects importants des gisements VM5
et montre que les géologues canadiens avaient compris comment ces gisements
se formaient bien avant la découverte des fumeurs noirs en 1975. D'après Boldy,
ce gisement est d'origine «volcanique exhalative », exemple de minéralisation
sur les parois d'une fissure qui fut le siège d'une activité hydrothermale et dans
laquelle des métaux ont précipité périodiquement.

98
4.3 • Les principaux exemples de gisements hydrothermaux

(1) Gise~nt TAG


-·..----·-
·-·- / "'IJ·ln-

(2) Gisement VMS de Chypre


Structure de quelques
gisements VMS.
(1) Gisement TAG. Modifié
d'après Hannington
et coll. (1998).
(2) Gisement VMS de Chypre.
Modifié d'après Robb
(2008).
(3) Gisement VMS archéen.
-e

·--·
Modifié d'après Boldy
(1968).

---
(3) Glse~nt VMS archéen

---

99
Chapitre 4 • Les gisements hydrothermaux

stockwork silicifié
riche en pyrite

basalte chlorfüé
+/· hématisé

zone d'altération

Figure 4.8 - Diagr amme d'un gisement VMS typique, à partir de l'exemple
du « TAG sulphide mound •, sur la ride medio-Allantique.
Modifié d'après Hannington et al. 1998.

La plupart des gisements ont la structure très caractéristique illustrée dans la


figure 4 .8 : un corps tabulaire, stratifornne en léger relief de sulfures massifs lités,
recouvre une zone d'alimentation en forme d'entonnoir qui constitue Je« stockwork »
ou « stockwerk » (en français) dans lequel des veines de minerai traversent vertica-
lement l'encaissant altéré. Certains gisements sont entourés de sédiments chimiques
qui ressemblent aux faciès à sulfures des formations de fer. Appelées « exhalites »,
ces formations contiennent localement des concentrations faibles en métaux de
base. Dans les gisements spectaculaires de l'Oural et de l'Irlande, les cheminées
de fumeurs noirs sont magnifiquement préservées, à un tel point qu'on y reconnaît
même les terriers des vers (riftia) désormais remplis de sulfures.
La concentration en métaux des gisements VMS est directement liée au contexte
géodynamique et aux roches de l'encaissant. Les gisements dans des roches basal-
tiques sont riches en Cu et ne contiennent qu'un peu de Zn et autres métaux, ce qui
amène à les nommer «gisements Cu-Zn » dans certaines classifications. Ceux dans
des encaissants à la fois acides et basiques sont plus riches en Zn qu'en Cu (« gise-
ments Zn-Cu »). Enfin, ceux dans un encaissant sédimentaire contiennent du Pb en
plus du Cu et Zn(« gisements Zn-Pb-Cu »). La teneur en Pb des gisements VMS
augmente lorsque l'âge diminue, reflétant ainsi la teneur de plus en plus importante
en matériel felsique dans la roche volcanique hôte.

100
4.3 • Les principaux exemples de gisements hydrothermaux

La minéralogie des minerais VMS est relativement simple. La pyrite (FeS:z) et


la pyrrhotite (Fe1.,S) constituent 90 % des assemblages de sulfures, et Je minerai
principal contient en général de la chalcopyrite, (CuFeS:z), de la sphalérite ((Zn,fu)
S) et de la galène (PbS), et dans quelques cas en proportions mineures, de la bornite
(Cu 5 FeS4 ), de l'arsénopyrite (FeAsS), de la magnétite (FejÛ4 ) et de la tétraédrite
((Cu,fè)12Sb4S13). Les zonations sont fréquentes, avec les sulfures de cuivre disposés
en dessous des sulfures de Zn-Pb dans Je corps minéralisé. Dans certains cas, les
sulfures de cuivre ont remplacé les sulfures de Zn sus-jacents dans un processus
appelé « maladie de la chalcopyrite ». I.:altération de l'encaissant est présente dans
les gisements VMS, même si elle est localisée autour des conduits d'alimentation et
localement dans des roches volcaniques sus-jacentes (si Je système hydrothermal a
persisté après avoir été recouvert par des coulées).

~RT 4.5 Les gi se me nts VMS de l'Oural


l'Oural en Russie dispose de six énormes gisements VMS contenant chacun plus
de 1OO Mt de minerai, et de nombreux autres petits gisements. Ces gisements
se sont formés dans les séries dominées par des roches volcaniques du Silurien
et du Dévonien lorsque des arcs Insulaires océaniques sont entrés en collision
avec le continent précambrien du centre de la Russie. les gisements contiennent
différents métaux qui peuvent être corrélés à la fols à la nature des roches volca·
niques associées et à leur contexte tectonique. les roches volcaniques mafiques
tholélltlques qui se sont mises en place au commencement des arcs Insulaires
sont associées à des gisements de Cu et Zn. les autres encalssants (roches volca·
niques blmodales mafiques·felslques calco·alcallnes, sédiments d'arrlère·arc)
contiennent des concentrations Importantes de Pb, Ag et Au, en plus de Cu et Zn.
Une caractéristîque remarquable de nombreux gisements est leur excellente
conservation en raison d'une absence de métamorphisme et de déformation
après leur formation. Cela signifie que leurs textures, structures et compositions
éclairent sur les processus de formation des minerais. Herrlngton et al. (200S)
ont décrit comment les processus clastiques et hydrauliques qui ont précédé
la dlagenèse sur l'ancien plancher océanique ont modifié la morphologie et la
minéralogie des gisements. l'excellent état de conservation permet également
de reconnaître des terriers fossilisés de vers et d'autres animaux qui constl·
tuaient une partie des écosystèmes surprenants qui entourent les cheminées
hydrothermales (figure 4.9). la similarité entre les fossiles des sources hydro·
thermales du Silurien et la faune actuelle, montre l'évolution lente de cette partie
de la biosphère.

101
Chapitre 4 • Les gisements hydrothermaux

Figure 4.9 - (a) Photogr aphie d 'une coupe de cheminée de fumeur noir d'un gisement
VMS (source: N. Amdt).(b) et (c) photographies du minerai du gisement sulfures massifs
volcanogéniques de Yaman Kasy dans l 'Oural (source : Phil Crabbe). b) montre un terrier
de ver, et (c) montre des monoplacopherans et des brachiopodes fossiles.
La pièce et les graduations (gr ands traits tous les centimètres) donnent l'échelle.

• Origine
Il s'agit des très rares gisements dont la formation, dans ce cas par précipitation
de sulfures sur Je plancher océanique, peut être observée directement de nos jours
(les autres gisements dont on peut actuellement observer la formation sont les gise-
ments de placers et les gisements de sulfures des bassins sédimentaires, décrits dans
Je chapitre 5). En 1847, Élie de Beaumont avait proposé que les gisements d'amas
sulfurés étaient liés à des fumerolles volcaniques sous-marines. Pendant la première
moitié du xx• siècle, les géologues américains comme Lindgren pensaient que ces
gisements étaient liés au remplacement épigénétique par précipitation de sulfures
depuis des fluides de source granitique. Dans les années 1960 et 1970, des géologues
du Canada et d'Australie développèrent l'hypothèse d'une formation sur les planchers
océaniques, hypothèse validée en 1977 par la découverte de sources hydrothermales
actives sur Je plancher océanique, les fameux « fumeurs noirs», par les scientifiques
du submersible Alvin. Il s'agit peut-être là d'une des plus grandes découvertes en
sciences de la Turre des dernières décennies. Si ces observations ont eu de profondes
implications sur l'évolution des idées sur l'origine et l'évolution de la crofite océa-
nique, et sur l'existence d'écosystèmes: n'ayant pas de dépendance directe pour
l'énergie solaire (mais dépendant de l'oxygène ... produit de la photosynthèse), elles
ont également ouvert une fenêtre sur la formation in situ d'un gisement. À chaque
source hydrothermale, des sulfures riches en Zn, Cu et Pb précipitent dans des
cheminées qui entourent les jets ascendants de fluides hydrothermaux où sont éjectés
des panaches hydrothermaux et retombent sur Je plancher océanique (figure 4.3 ).
La compréhension de ces gisements a été précisée par des géologues japonais qui
étudièrent en détail les gisements de Besshi et Hokuroko dans les mêmes années.
Un modèle« d'exhalation volcanique» (volcanic exha/ative nwdel) est désormais
unanimement accepté pour la formation de cette classe de gisements.
Ce modèle comprend six éléments majeurs :
(1) une source de chaleur, moteur du système hydrothermal convectif, et qui peut
éventuellement être une source de métaux. Dans de nombreux gisements la source
est une intrusion de magma malique ou felsique de faible profondeur; (2) une
zone de réaction de haute températU1re dans laquelle les métaux et les autres
composants sont lessivés par de l'eau de mer circulant dans des roches volcaniques

102
4. 3 • Les principaux exemples de gi se ments hydrotherm aux

et/ou sédimentaires ; (3) des failles ou fractures synvolcaniques qui focalisent


la décharge des fluides hydrothermaux ; (4) des zones d 'altération dans l'encais-
sant inférieur, et moins couramment su périeur, produites par l'interaction entre
le fluide hydrothermal ascendant et l'eau de mer ; (5) le gisement d e sulfures
massifs lui-même formé au niveau ou à proximité du plancher océanique ; et (6)
des sédiments lités formés par la précipitation de sulfures et d'autres composants
du panache hydrothermal.
Les gisement.s typiques sont formés de la sorte : un magma pénètre la crofite
océanique à faible profondeur. Il réchauffe l'eau de mer présente dans les pores
et les fractures des roches sédimentaires et volcaniques et entraîne l'ascension de
l'eau (figure 4.3). Ce mouvement aspire l'eau de mer autour de l'intrusion et met
en place un système convectif. L'eau froide percole vers le bas à travers la crofite
océanique par d'innombrables fissures et grâce à la porosité. Cette eau légèrement
alcaline précipite sulfates et carbonates lorsqu'elle descend et échange son magné-
sium contre du Pe, Zn, Cu, etc. Sa température augmente progressivement alors
qu'elle approche de la chambre magmatique à 2-3 km de profondeur. Elle est trans-
formée en fluide chaud hydrothermal : sa température est d'environ 350-400 °C et
elle s'acidifie (figure 4.3). Alors qu'elle approche son point critique, son volume
augmente drastiquement ce qui entraîne son ascension et son retour à la surface.
Le liquide chaud, acide et corrosif lessive les métaux des roches volcaniques, et
dans certains cas des roches sédimentaires qu'il rencontre. Ces métaux sont trans-
portés vers la surface, probablement par des complexes formés avec des halogènes
(principalement F et Cl). Les fluides remontent initialement à travers les pores
plutôt qu'au travers des fractures, jusqu'à ce qu'ils arrivent en surface. À l'expul-
sion, les fluides sont refroidis rapidement et se mélangent avec l'eau de mer froide
ce qui entraîne une diminution drastique de la solubilité des métaux et provoque la
précipitation de sulfures de métaux (avec d'autres composant.s comme la barytine,
l'anhydrite, et la silice amorphe). Une partie des sulfures sont accrétés autour des
évent.s hydrothermaux. Ils forment des cheminées qui atteignent des dizaines de
mètres avant de s'effondrer et de former une couche de débris de sulfures mélangés
avec des sédiment.s précipités chimiquement sur le plancher océanique. Cette
couche a une faible perméabilité et freine l'ascension du fluide à la surface. Le
fluide piégé s'accumule sous le plancher océanique où il se mélange avec l'eau
~ de mer et précipite davantage de sulfures. De cette manière, le corps tabulaire ou
g lenticulaire de sulfures massifs est formé. Une fraction de fluide s'échappe par
il le panache hydrothermal, se répand à plusieurs centaines de mètres autour des
~ fumeurs noirs et précipite des particules de sulfures qui forment les sédiment.s lités
•~ « exhalatifs » autour du site. La portion inférieure du gisement (stockwork) est
.! formée par l'interaction entre les fluides hydrothermaux et l'encaissant ou l'eau de
e mer dans les conduit.s qui mène le fluide à la surface.
Ï L'ordre dans lequel les sulfures précipitent dépend de la solubilité et de la tempé-
~ rature. Le cuivre et l'or réagissent à haute température, dans le système de plomberie
• du stockwork sous la cheminée ; le fer précipite à la base du gisement sous forme de
J pyrite ; la cheminée ainsi que la «fumée» du fumeur noir sont formées de sulfures
" de zinc et plomb, de barytine et d'anhydrite.

103
Chapitre 4 • Les gisements hydrothermaux

Synthèse

• Source de métaux - roches volcaniques et sédimentaires de la crofite océanique.


• Source de S - sulfates de l'eau de mer.
• Source de fluide - eau de mer.
• Moteur de la circulation de fluide - convection en général liée à la présence de
chambres magmatiques peu profondes.
• Processus de précipitation - refroidissement, changement d'état redox et dilu-
tion des fluides hydrothermaux au contact de l'eau de mer.

4.3.3 Les systèmes hydrothermaux magmatiques : cuivre


porphyrique et gisements de skarns
Les gisements de porphyres sont les sources de Cu et Mo les plus importantes au
monde et produisent également une proportion importante d'Au, Ag, W et Sn. Ils
procurent près de 75 % du cuivre mondial, plus de 50 % du molybdène et près de
20 % de l'or mondial. Les gisements les plus grands sont Andina (113 Mt Cu), El
Teniente (106 Mt), Chuquicamata (60 Mt) et Escondida (52 Mt), tous situés au Chili.
D'autres gisements importants sont Grasberg en Indonésie (40 Mt), Oyu Tolgoi en
Mongolie (39 Mt) et Bingham aux États-Unis (31, 5 Mt). Les teneurs en Cu s'échelon-
nent de 0,5 à 1,5 %, la plupart de ces gisements ayant une teneur moyenne inférieure
à 0,8 %. Ces gisements contiennent également du Mo et de l'Au. Dans les gisements
riches en or (Grasberg par exemple), les teneurs en ce métal précieux sont identiques
à celles des gisements épithermaux les moins riches et l'or apporte autant de béné-
fice que Je cuivre. Le molybdène est également concentré dans certains gisements.
Chuquicamata par exemple contient près de 7 Mt de Mo.
D'autres gisements de porphyres sont enrichis en Mo et Sn. Les gisements de
porphyres de molybdène les plus connus sont Henderson (J,07 Mt Mo) et Climax
(1,79 Mt Mo) dans Je Colorado (États-Unis) qui procurent à peu près tous Je Mo
ne provenant pas des porphyres de cuivre. De grands gisements avec des miné-
raux riches en étain disséminés ont été considérés comme des porphyres d'étain en
Bolivie, et d'autres avec de l'or ont été considérés comme des porphyres d'or au Chili
dans la chaîne Maricunga. Les gisements de skarns sont de plus petits contributeurs
à la production mondiale de cuivre, même si quelques grands gisements, comme
Ertsberg en Indonésie, sont individuellement importants. Parmi les autres types de
gisements de skarns, seuls les skarns à Pb-Zn-Ag. qui ont fourni près de 33 % de la
production mondiale, sont des sources quantitativement importantes de métaux.
De nombreux gisements de porphyres et de skarns sont immenses et exploités en
mine à cicl ouvert (figure 4.10), même si quelques gisements à plus forte teneur (El
Teniente pour Je cuivre et Henderson pour Je Mo) commencent à conmu"tre une exploi-
tation souterraine. La production de ces mines est généralement de l'ordre de plusieurs
centaines de milliers de tonnes par jour, faisant d'elles les plus grandes opérations de
déplacements de minerai au monde. Leur faible teneur fait que la purification génère
de très grands volumes de résidus. Ces opérations de grande taille sont la cible des

104
4.3 • Les principaux exemples de gisements hydrothermaux

préoccupations environnementales. Un gisement qui a récemment attiré l'attention est


Ertsberg-Grasberg, qui occupe une région fragile de forêt tropicale humide en Irian-
Jaya (Indonésie). Il contient environ 2 100 Mt de minerai contenant 1,2 % de cuivre
et 1,2 gramme/tonne (ppm) d'or, faisant de ce gisement à la fois la plus grande mine
d'or, la troisième plus grande mine de cuivre au monde et Je site est décrit comme étant
«la pire horreur au monde». La destruction de l'environnement engendrée par cette
énorme exploitation minière dans une région de forêt tropicale d'altitude très fragile
d'une part, et les bénéfices économiques immenses de cette opération, qui contribuent
à 2 % du PIB d' un pays très pauvre d'autre part, illustrent parfaitement les dilemmes
auxquels nous expose l'exploitation des ressources naturelles.

coquile à pyrite

Figure 4.10 - Répartition des zones d'altération (gauche) et des types


de minéralisation de sulfures dans les gisements porphyriques.
Modifié d'après Lowell et Guilbert, 1970.

~RT 4.6 Les gisements dans les environnements fragiles -


le casse·tête de Pebble
l'exploration de gisements de cuivre porphyrique a été étendue à toutes les
régions de la Terre et de nombreux gisements ont été découverts dans des zones
éloignées, dans un environnement souvent fragile. le gisement de Pebble en
Alaska (81 Mt Cu, 5,4 Mt Mo, 3 000 t Au) est peut·être l'exemple le plus extrême
du problème que ces découvertes posent à la société. Pebble est le plus grand
gisement non·exploité de cuivre porphyrique connu sur Terre et contient plus
de 10 % des réserves de cuivre du monde. li y a probablement très peu de gise·
ments inconnus aussi riches que Pebble dans le monde. Malheureusement, il se
trouve en amont des rivières du bassin ·versant de la baie de Bristol au sud·ouest
de l'Alaska, siège de la plus grande fraie de saumons dans le monde. la juxta·
position de ces deux records mondiaux (gisement et saumon) est un défi majeur
pour la société. Ce gisement peut·il être exploité?

105
Chapitre 4 • Les gisements hydrothermaux

les terres recouvrant le gisement de Pebble ne sont pas extraordinaires : il s'agit


de terrains glaciaires constellés de petits lacs et d'étangs, comme partout en
Alaska. Ce gisement est à 30 km des villages les plus proches. le problème
cependant est l'échelle potentielle de l'opération minière. l'exploitation de
Pebble nécessiterait certainement une grande mine à ciel ouvert de plusieurs
kilomètres de diamètre et de centaines de mètres de profondeur, avec des haldes
de roches stériles et des bassins de résidus, contenant l'équivalent de 10 milliards
de tonnes de matériel, qui couvriraient une surface supplémentaire de plusieurs
kilomètres carrés. Il y aurait également une voie de transport, peut·être un
chemin de fer, pour apporter les concentrés de cuivre jusqu'à la côte pour expé·
dition vers des fonderies. Est·ce que tout cela peut se faire sans libération des
sédiments et des métaux dissous qui nuiraient aux fraies de saumons à la base
de l'économie locale?
Qui doit prendre cette décision? le terrain appartient à l'État de l'Alaska et est
gardé par la société d'exploration suite à une demande de concession. Bien que
la décision sur l'opportunité d'autoriser l'exploitation minière se fera en grande
partie par des organismes environnementaux de l'État, les vrais décideurs sont
les citoyens et une brève recherche sur internet montre que de nombreux groupes
sont convaincus que la mine Pebble présente un risque trop grand pour être pris.
Mais, si nous nous privons d'un gisement de plus de 10 % du total des réserves
mondiales de cuivre, où allons-nous obtenir ce métal pour les prochaines géné·
rations? Presque tous les autres gisem ents qui ont été découverts récemment
présentent des défis environnementaux semblables, quoique peut·être moins
extrêmes. Beaucoup de ces gisements sont situés dans les pays en voie de déve·
loppement où les normes environnementales sont peu contraignantes. Est·ce
que les pays développés ont le droit d'attendre que d'autres pays extraient du
cuivre de leurs mines alors qu'ils ne sont pas prêts à exploiter leur propre cuivre
d'une manière durable, c'est·à·dire acceptable pour l'environnement? D'ailleurs,
si un pays n'accepte pas ce défi, a·t·il le droit d'extraire du cuivre dans des pays
qui en acceptent les conséquences? Ce sont des questions délicates, mais si
nous rejetons aujourd'hui l'exploitation minière en de plus en plus d'endroits,
les pénuries de ressources augmenteront et l'exploitation deviendra finalement
inévitable.

Les gisements de porphyres


• Description
Les gisements de porphyres sont pour la plupart associés à des ceintures orogéniques
mésozoïqu es et cénozoïques à l'ouest de l'Amérique du Nord et de l'Amérique du Sud,
sur la marge ouest de J'Océan Pacifique, dans les chaînes orogéniques Téthysiennes
en Europe de l'Est et dans Je sud de rAsie. La distribution d'âges des gisements de
porphyres de cuivre présente une forme déformée, avec un pic autour de 12 mA
qui reflète la surrection et l'exhumation. Les gisements de moins de 12 mA n'ont
que rarement été mis à l'affleurement pa r l'érosion et la plupart de ceux de plus de
12 mA ont été totalement érodés. La div ision de la profondeur moyenne de mise en
place des gisements de porphyres (2 km) par l'âge moyen d'affleurement (12 mA)
apporte une estimation des vitesses d'exhumation de 158 mima, en accord avec les

106
4.3 • Les principaux exemples de gisements hydrothermaux

estimations des taux d'érosion des chaînes de montagnes basées sur les volumes de
sédiments et d'autres paramètres.
Les gisements de porphyres doivent leur nom aux intrusions auxquelles ils sont
associés, de faible profondeur, felsiques à intermédiaires, et calco-alcalines à alca-
lines et surtout aux textures de Jeurs minerais. Ces intrusions ont souvent la forme
de petites poches ou dykes, qui sont des injections près de la surface en provenance
d'un batholithe qui alimente en magma les volcans sus-jacents. Les gisements de
porphyres de cuivre se mettent en place à une profondeur comprise entre 2 et 6 km
dans un complexe comprenant intrusions et volcans. Les gisements formés Je plus
près de la surface, comme Panguna sur l'île de Bougainville en Nouvelle-Guinée,
sont généralement inclus dans des roches: volcaniques. Ceux formés aux profondeurs
intermédiaires, comme Bingham, sont inclus dans des roches volcaniques et d'in-
trusions antérieures. Enfin, les gisements formés à de plus grandes profondeurs sont
entourés par Je batholithe parent lui-même, comme à la Butte dans Je Montana (États-
Unis), etLornex-Highland Valley en Colombie britanique au Canada. Les gisements
de porphyres de Mo sont en général associés à des intrusions plus felsiques et les
gisements les plus importants - de type Climax - sont associés à des intrusions très
différenciées également riches en Sn, F,. Li et éléments associés, et mis en place à
faible profondeur.
Les formes des gisements porphyriques eux-mêmes sont très variées, depuis des
corps très irréguliers à ovales, et depuis des ensembles «pleins » à des cylindres
« creux » avec parfois des formes de coupes renversées. Dans sa forme la plus
simple, Je corps minéralisé est une demi-sphère renversée faisant un toit au-dessus
de l'intrusion parente, même si dans certains cas, comme dans Je gisement de Ray
(États-Unis), Je minerai est surtout dans le mur de l'encaissant.
Le minerai contient de la chalcopyrite, de la bornite et de la molybdénite, dissé-
minées ou dispersées dans des petites veinules et patchs. L'or est présent à la fois en
solution solide dans les sulfures de cuivre et sous forme native, en général accumulée
à la bordure des grains de sulfures où il a été exsolvé lors du refroidissement des
sulfures de cuivre. La molybdénite est associée à la plupart des minéralisations de
cuivre, et souvent sa distribution fait une couche, un bouclier, qui entoure la zone
riche en cuivre. Les minéralisations périphériques de Pb-Zn et Au-Ag sont en dehors
de la zone de minéralisation de porphyres de cuivre et de J'auréole de pyrite. Lorsque
~ l'encaissant est silicaté, les minéralisations périphériques sont rarement intéressantes
g économiquement, mais lorsqu'il s'agit de calcaires, de grands gisements de skarns et
il peuvent être formés (figure 4.7).
j Une altération pouvant être modérée à intense est intimement associée à la miné-
~ ralisation et présente une zonation radiale. Cette altération, qui s'étend à plusieurs
~ kilomètres de la zone de minéralisation (figure 4.10), présente une zonation avec
·• une zone centrale d'altération potassique (contenant feldspaths potassiques, biotite
J et anhydrite) et une zone périphérique d 'altération propylique (à chlorite, épidote,
~ albite et calcite). Le minerai de cuivre est à l'intérieur et directement autour de la
• zone potassique dans la zone riche en pyrite présente dans la partie interne de la
J zone propylique. Dans de nombreux « terranes » d'arcs insulaires, où les intru-
" sions et leur encaissant sont plus basiques, Je minéral index de la zone potassique

107
Chapitre 4 • Les gisements hydrothermaux

est la biotite plutôt que Je feldspath. Tout ou partie de la séquence d'altération


potassique-propylique peut à son tour subir une altération phyllique, comprenant
quartz, séricite et pyrite, avec ou sans sulfures de cuivre. Enfin, une altération argi-
leuse comprenant quartz, argiles et alunite, s'étend depuis des fractures jusqu'au
lithocap qui recouvre Je système près de la paléo-surface (figure 4.7). Ce lithocap
peut être un site de formation de gisements épithermaux HS. Dans les gisements de
porphyres de molybdène de type-Climax, Je seul minéral d'intérêt dans Je minerai
est la molybdénite, et elle est localisée dans une zone d'altération intense quartz-K-
Feldspath qui a effacé les textures p réexistantes. En s'éloignant, cette zone évolue
en zone d'altération sériciteuse avec localement des minéralisations d'étain et de
tungstène, et enfin en zone d'altération propylitique. L'altération des gisements de
cuivre porphyrique joue un grand rôle dans leur rentabilité, comme nous Je verrons
dans Je chapitre S.

~RT 4.7 La longue hi stoire d'un cé lèbre gisement de porphyre


de cuivre, Chuquicamata au Chili
la mine de porphyres de Cu·Mo de Chuquicamata, dans le désert d'Atacama
au Nord du Chili a longtemps été présentée comme étant la plus grande mine à
ciel ouvert du monde. Avec une production annuelle de près de 600 000 tonnes
de cuivre, elle a été pendant des années la plus grande productrice de ce métal
et malgré une décennie d'extraction c.ontinue, elle constitue toujours l'une des
principales ressources en cuivre au monde. Elle figure également parmi les prin·
cipaux producteurs de molybdène.
la découverte en 1899 de « Copper Man », une momie piégée dans un ancien
puits de mine et daté à environ 550 après J.·C. nous rappelle que le cuivre
a été exploité dans la région depuis des siècles. On prétend que le conquis·
tador Pedro de Valdivia a obtenu des indigènes du cuivre pour les fers de ses
chevaux lorsqu'il est passé par là au début du xv1• siècle. l'exploitation a été
limitée jusqu'à la guerre du Pacifique lorsque le Chili a annexé une grande
partie du Pérou et de la Bolivie. la « Fièvre de l'or rouge» (La Fiebre del Oro
Rojo) a alors attiré de nombreux mineurs dans la région de Chuquicamata.
Au début du xxe siècle seulement les veines de forte teneur, contenant 10 à
15 % de cuivre, ont été extraites et le minerai diffus a été ignoré. En 1899
une tentative d'exploitation du minerai de faible teneur a échoué et l'exploita·
tion minière n'a jamais été vraiment développée en raison du manque d'eau,
de moyens de communication, de capital et de stabilité du prix du cuivre.
En 1910, CS Bradley, un ingénieur américain, développe une méthode de trai·
tement des minerais de cuivre oxydés de faible teneur. Il contacte Albert
Burrage, un avocat et industriel, qui demande aux Frères Guggenheim de
financer le projet. les réserves initiales ont été estimées à 690 millions de
tonnes, titrant 2,58 % de cuivre. les Guggenheim avaient également mis au
point un procédé d'extraction de cuivre à partir de minerais à faible teneur
et en 1912 ils fondent la Chili Exploration Company (Chilex) pour exploiter le
gisement. Chilex achète du matériel lourd tel que des excavatrices à vapeur
(importé du canal de Panama) et aide à la construction du port de Tocopilla, et
à celle d'un aqueduc de 150 km pour apporter de l'eau depuis la Cordillère des

108
4.3 • Les principaux exemples de gisements hydrothermaux

Andes. la production commence en 1915 et atteint 135 890 tonnes en 1929,


l'année de la Grande Crise Économique, pendant laquelle la demande a chuté.
les sociétés détenues par Guggenheim Bros ont exploité les mines jusqu'en
1971, quand le gouvernement de Salvador Allende a nationalisé l'industrie du
cuivre chilien. Depuis lors, Codelco (Corporaci6n Nacional del Cobre de Ch ile), le
plus grand producteur de cuivre au monde, exploite le gisement.

------ --
...
l::!""'- i: . . : -

·=-
Figure 4.11 : (a) Photographie aérienne de la principale mine de Chuquicamata
et du plus petit gisement Exotica, au s ud. (
b) Carte géologique du gisement
(Ossandon et al. 2001).

• Origine
La formation des gisement.s porphyriques commence par la cristallisation d'un
~ magma hydraté. Au cours de ce processus, de l'eau est absorbée par la biotite et
g l'amphibole, mais une grande partie est concentrée dans Je magma résiduel où elle
il s'exsolve pour former un fluide magmatique lorsque la pression de l'eau dissoute est
j supérieure à la pression de confinement. Cela peut se produire lorsque Je magma
remonte depuis les profondeurs vers la partie superficielle de la crofite, où la
.j pression de confinement est inférieure à la pression de l'eau dissoute, ou lorsque
• Je magma cristallise tout simplement en place jusqu'à ce que la concentration et
J la pression de l'eau dissoute dépasse la pression de confinement. L'échappement
~ du fluide provoque la cristallisation rapide du magma restant et la création de la
, texture porphyrique caractéristique de gisement.s porphyriques. La limite entre Je
J magma et l'encaissant est une zone ductile qui agit comme une soupape, libérant
" de l'eau lorsque la pression de vapeur est supérieure à sa résistance. En profondeur,

109
Chapitre 4 • Les gisements hydrothermaux

l'expansion du fluide libéré fracture la roche, produisant des systèmes de veines


typiques des gisements de porphyre Cu, et plus proche de la surface, elle peut
entraîner un volcanisme explosif.
Les études des inclusions de fluides et des isotopes stables ont fourni des infor-
mations importantes sur l'évolution du fluide magmatique lorsqu'il commence à
fonner un gisement de porphyre Cu. Dans le gisement Bingham (États-Unis), par
exemple, des veines de quartz à des profondeurs comprises entre 500 et 1 300 m en
dessous du gisement contiennent des inclusions fluides contenant du C02, avec des
salinités de 2 à 12 %, qui ont probablement été piégées à des températures de l'ordre
de 590 °C. Dans Je gisement sus-jacent, deux types d' inclusions, certaines contenant
de la vapeur et d'autres une solution très saline (38 à 50 %), ont été piégées ensemble
à des températures de 350 à 560 °C. Ces inclusions enregistrent la séparation d'un
fluide magmatique profond en vapeur et en saumure lorsqu'il remonte. Les pressions
calculées à partir de ces saumures varient de 550 à 140 bars et représentent probable-
ment des transitions épisodiques entre les conditions lithostatiques et hydrostatiques
à une profondeur d'environ 2,5 km. La chalcopyrite et la bornite ont été précipitées
dans des veines, postérieurement au quartz, à une température de 380 à 330 °C et à
des pressions de 160 à 120 bars.

champ des fluides


magmatiques =L· CZECHOSUll•XJAo

• pyrophylllte
• sérielle
o argile (hypogène)
•1 a argile (su~rgène)
., argile - séricile
• biotite
• chlorite - séricite
· •ec.1:-
s ----'=-""'----_-':
s----;o----:-<----:10
:-----:15
:-----:20
~--'
3"0. %.
Figure 4.12 - Composition isotopique de l 'oxygène et de l'hydrogène des fluides
associés avec les gisements porphyriques ainsi qu'avec quelques autres gisements
(épithermaux à Creede, fi Ioniens à Sn-Cu à Cornwall, etc.) (modifié d'après Bames, 1979).

110
4.3 • Les principaux exemples de gisements hydrothermaux

Les compositions isotopiques des fluides indiquent également une forte affiliation
magmatique. Par exemple, à Bingham, Je liquide en équilibre avec la partie centrale
du système (potassique) présente des compositions isotopiques de J'oxygène et de
l'hydrogène semblables à celle de l'eau magmatique. Cependant, les fluides en équi-
libre avec les minéraux dans la zone propylitique ont des compositions isotopiques
qui s'étendent bien au-delà du domaine des eaux magmatiques vers les compositions
des formations contemporaines et des eaux météoriques. Des résultats similaires
ont été obtenus pour d'autres porphyres de Cu et gisments de Mo (figure 4.12).
Même si d'autres explications à ces relations peuvent évoquer l'évolution des rapports
fluide-roche, l'explication la plus probable est que les fluides magmatiques remon-
tant animent la circulation d'un système hydrothermal secondaire comprenant des
eaux météoriques et des eaux des formations autour de la périphérie du gisement
de porphyre. Avec Je temps et Je refroidissement du magma, Je système secondaire
entourant Je dépôt s'arrête et les fluides qu'il contient viennent refroidir et diluer
Je gisement de porphyre, entraînant la précipitation des minéraux d'intérêt. Si Je
gisement est composé de différentes phases d' intrusions de magma, cette séquence
d'événements peut avoir lieu plusieurs fois.

Synthèse
• Source de métaux - essentiellement les intrusions felsiques (source magmatique).
• Source de S - essentiellement magmatique.
• Source des fluides - essentiellement magmatique mais localement beaucoup
d'eau météorique dans les stades tardifs.
• Moteur de la circulation de fluides - expulsion de fluide du magma, convection
de l'eau souterraine réchauffée.
• Processus de précipitation - refroidissement, ébullition, changement de la
composition du fluide, mélange avec d 'autres fluides.

Les gisements de skarns


Description : un skarn est une roche métasomatique composée principalement de
~ grenat et de pyroxène, qui se développe dans les roches sédimentaires carbonatées
g ou clastiques au contact ou à proximité d'intrusions magmatiques (figure 4.7). ou
~ pdlus rarement adu cokurs de mé_téamàorphisme régionald. La,.ieneur enàmlétal du IDJI·nerai
S es gisements e s arn est 11 e 1a compos1t1on e 1 mtrus1on aque11e 1 s sont
~ associés. Les skarns à Fe et Au sont associés aux gabbros ou aux diorites ; les skams
~ à Cu, Zn et W sont associés aux diorites ou aux granites ; et les skarns à Mo et Sn
·• sont associés aux granites riches en silice. En général, les skarns à W se forment à
J une plus grande profondeur et à une température plus élevée que les skarns à Cu ;
~ les skarns à Cu, Pb et Zn sont associés à des intrusions oxydées ; et les skarns à Sn
, et Au sont associés à des intrusions réduites. Lorsque la minéralisation remplace les
J roches intrusives, on les appelle endoskams. Lorsque Je remplacement se fait dans de
" la roche encaissante on parle d'exoskarns.

111
Chapitre 4 • Les gisements hydrothermaux

Les skarns de fer sont les plus grands, contenant jusqu'à un milliard de tonnes
de minerai d'une teneur de 40 à 50 % Fe. Citons par exemple les gisements de
skarns à scapolite-albite-Fe de Sarbai, Solovsk et Kachar de la région Tourgaï au
Kazakhstan, qui se sont formés dans des tufs carbonatés et des calcaires, dans
certains cas- mais pas toujours - au contact d'intrusions dioritiques ou gabbroiques.
Certains gisements de fer localisés au contact - comme Je gisement de Bethlehem,
en Pennsylvanie - sont presque entièrement constitués de magnétite ou d'hématite
sans minéraux de skarn, bien qu'ils soient associés à un métasomatisme potassique.
Les skarns à Pb-Zn sont les plus communs. Ils sont généralement associés à des
intrusions felsiques de type-! semblables à celles qui forment des gisements de
porphyres de cuivre, à côté desquels on les trouve souvent (figure 4.6). Lorsque
plusieurs types de gisements de skarn sont présents dans une même zone, la compo-
sition du minerai change avec la distance du contact. À Bingham, la minéralisation
du porphyre de cuivre évolue en s'éloignant, tout d'abord en gisement de skarn à Cu
(Carr Fork) et plus Join en gisement de remplacement de calcaire à Pb-Zn (Lark).
Dans Je cas de Grasberg-Ertsberg, en Papouasie Nouvelle-Guinée, Je gisement
d'Ertsberg, celui de Big Gossan et d'autres gisements de skarns à Cu entourent les
gisements porphyriques de Grasberg sans être associés aux mêmes intrusions, mais
on ne trouve aucun grands skarns à Pb-Zn. À Antamina au Pérou, un skarn à Cu-Zn
est directement associé à une intrusion granitique, sans minéralisation significative
de porphyre de Cu.
Les skams à Pb-Zn, en particulier, peuvent être situés suffisamment Join de l'in-
trusion pour semer la confusion au sujet de son association génétique. Les meilleures
illustrations sont les gisements de remplacement de calcaire de type « Chimney-
Manto » en Amérique centrale, dans lesquels les sulfures associés ou non à des
minéraux de skarns forment des tubes verticaux appelés« chirnney » (cheminées),
des tubes horizontaux, et des couches appelées « mantos » quî remplacent les lits
épais d'un calcaire micritique. Deux fameux gisements de ce type au Mexique,
Naica et Santa Eulalia, ont constitué l 000 m de « cheminées » sans intrusions
sources évidentes, même si des cheminées similaires sont présentes dans Je gisement
voisin de Providencia et s'étirent vers Je haut à partir d'une intrusion qui est la source
probable des fluides minéralisateurs. L'un des plus grands gisements de « chirnney-
manto » est Tsumeb en Namibie, où la cheminée principale s'étend vers Je haut sur
environ 2 000 m à travers des calcaires protérozoïques sans source ignée évidente.
Les skarns à W, Sn et Mo contiennent parfois un seul de ces éléments et parfois
les trois, comme Je grand gisement de Shizhuyuan dans Je Hunan, en Chine. À
Shizhuyuan, les granites qui se sont mis en place dans des carbonates du Dévonien
ont formé un gisement polymétallique avec des skarns à wolframite, cassitérite et
molybdénite, suivis par un stockwork de greisens dont la composition évolue vers
l'extérieur depuis un enrichissement en W-Sn-Mo-Bi à un enrichissement en Sn-Be-
Cu-F. Des gisements de skarn enrichis uniquement en W sont ceux de Cantung,
Territoires du Nord-Ouest (Australie), et King Island en Tasmanie. Ils sont associés à
des intrusions relativement profondes et relativement pauvres en sulfures. Des skarns
à étain uniquement sont associés à des intrusions plus granitiques et ont une plus
forte teneur en sulfures.

112
4.3 • Les principaux exemples de gisements hydrothermaux

• Origine
L'étroite association spatiale et de composition entre les roches intrusives et les gise-
ments de skarns témoigne du rôle important des fluides magmatiques dans leur
formation. Les inclusions fluides dans les silicates progrades des skarns donnent des
températures d' homogénéisation de 700 °C pour les skams à W et à Sn et de 500 °C
pour les skarns à Cu et Pb-Zn, avec des salinités supérieures à 50 % équivalent NaCI.
Même les minéraux rétrogrades des skarn, comme l'épidote, contiennent des inclu-
sions fluides salines de haute température, confirmant que de tels fluides sont présents
tout au long de la formation de nombreux gisements de skarns. Dans la plupart des
gisements, les inclusions salines coexistent avec des inclusions de vapeur, toutes deux
contenant des métaux. L'analyse des isotopes stables donne un 180 de 4 à 9 pour
mille pour des silicates des skarns et un 34S de près de 0 pour mille, ces valeurs étant
compatibles avec une source magmatique. Le scénario qui résulte de ces observations
est celui dans lequel les fluides magmatiques forment la plupart des skarns progrades,
éventuellement avec la participation de liquide et de vapeur saline. Plus tard l'altération
rétrograde implique une dilution de ces fluides par des fluides contenus dans la roche
encaissante, des fluides d'origine météorique ou en provenance du bassin sédimentaire.

Synthèse
-
• Source de métaux - essentiellement les intrusions granitiques proches.
• Source de S - essentiellement magmatique.
• Source des fluides - magmatique avec de l'eau souterraine ou de l'eau des forma-
tions sédimentaires pour les gisements distaux.
• Moteur de la circulation de fluides - expulsion de fluide du magma, convection
de l'eau souterraine réchauffée.
• Processus de précipitation - refroidissement, changement de la composition du
fluide liée à la réaction avec Je calcaire, mélange avec d'autres fluides.

4.3.4 Les systèmes hydrothermaux liés à l'eau des bassins :


gisements MVT, SEDEX, d'uranium et de cuivre dans
les argiles
" Les roches sédimentaires couvrent environ 75
'8
g
il
% de la surface de la Turre et contien-
~
nent de grandes quantités d'eau. Il n'est pas surprenant, par conséquent, qu'elles soient à
s systèmes
l'crigine de systèmes hydrothermaux variés. D' un point de vue purement géologique, les
hydrothermaux de bassin génèrent Je plus large éventail de types et de compo-
~
sitions de gisements, dont la plupart sont formés lors de la réduction d'un fluide oxydé.
·~
f Les gisements SEDEX

~ • Description
J Le terme SEDEX est un acronyme qui signifie « sédimentaire exhalatif » ; il
" fait référence au fait que la plupart de ces gisements se forment par précipitation

113
Chapitre 4 • Les gisements hydrothermaux

chimique d'un fluide qui s'écoule, ou s'échappe sur Je plancher océanique, dans un
contexte sédimentaire. Les gisements SEDEX contiennent environ 50 % des réserves
mondiales de Pb et de Zn, même si leur contribution est un peu moindre si l'on consi-
dère Je métal extrait plutôt que les réserves. Ces gisements sont particulièrement
intéressants car ils présentent d'assez fortes teneurs, avec une teneur en Pb +Zn de
10 à 20 %. Ces teneurs élevées sont semblables à celles des gisements VMS, et reflè·
tent Je fait que Je minerai est formé comme un sédiment chimique avec peu ou pas
de dilution par une roche encaissante. La plupart des plus grands gisements SEDEX
du monde sont en Australie (tableau 4.3 et figure 4.13), notamment McArthur River
(31,5 Mt Pb+ Zn), Mount Isa (15,7 Mt) et Broken Hill (43 Mt). D'autres gisements
importants sont Sullivan (19,4 Mt) en Colombie-Britannique, Red Dog (35 Mt) en
Alaska et Mehdiabad (20,7 Mt) en Iran. L es rapports Pb/Zn dans ces dépôts varient
énormément, depuis 0,l à Meggen en Allemagne à plus de l à Sullivan. L'argent est
Je plus important sous-produit de ces gisements, bien que les teneurs varient consi-
dérablement depuis presque rien à 180 git à Broken Hill. La barytine est également
présente dans certains gisements SEDEX et quelques-uns sont composés unique-
ment de barytine, comme ceux que l'on trouve dans Je grand district de gisements
de barytine dans les sédiments du Dévonien du Nevada (États-Unis). La plupart des
gisements SEDEX se sont formés dans des rifts continentaux avortés ou Je long de
marges passives, où des failles profondes ont apparemment aidé l'écoulement des
fluides exhalants. Les âges des gisements vont du Paléoprotérozoïque au Mésozoïque,
mais se regroupent à des époques où les environnements appropriés de rift étaient en
place. Aucun gisement archéen n'est connu, sans doute parce que l'océan contenait
peu de sulfates à cette époque, comme nous Je verrons ci-dessous, et les continents
susceptibles de former des rifts étaient rares.

Tableau 4.3 · Caractéristiques des gisements SEDEX.

Ressources (valeurs maxlmales)


Nom du
Locallsatlon Age
gisement Cu Zn Pb Ag Au Mtde Zn+Pb
(%) (%) (%) (g/t) (g/t) minerai Mt

Broken Hill Australie Paléo· 0,1 11 10 180 0,1 205 43


protérozoîque
McArthur Australie Paléo· 0,2 9,2 4,1 41 237 31
River protérozoîque
Mt Isa Australie Paléo· 6,8 5,9 148 124 15
protérozoîque
Red Dog ~tats·Unis Carbonifère 16,6 4,6 83 165 35
Mehdiabad Iran Crétacé 7,2 2,3 51 218 21
Sullivan Canada Méso· 5,9 6,1 67 162 19
protérozoîque
Na van Irlande Carbonifère 8 2,7 78 8,3
Meggen Allemagne Dévonien 0,2 5,8 0,8 60 4

114
4.3 • Les principaux exemples de gisements hydrothermaux

11'CIO'
North Australien
Protorozolc
Zinc Bolt

-·- 1-

Figure 4.13 - Les min erais de gisement SEDEX australiens


(a) Contexte géologique (d'après Goodfellow et Lydon, 2007). (b) et (c) Faciès
lité composé de sphalérite et galène interlaminées de pyrite, de carbonate
hydrothermal et de chert carboné. Gis,ement Howards Pass Yukon et Territoires
du Nord-Ouest. Photographies de R. Large.

Les principaux minéraux sulfurés dans les gisement.s SEDEX sont la sphalérite,
la galène et la pyrite ou la pyrrhotite, avec des carbonates et du quartz. Une caracté-
ristique frappante de nombreux gisements est Je rubanement ou Je litage visible dans
la plupart des minerais. L'échantillon présenté dans l'encart 4.6 a été plié pendant
une phase tardive de déformation, mais l'alternance de bandes de sulfures de couleur
claire et de silicates plus sombres est clairement visible. La forme et la structure des
couches ressemblent fortement à un litage sédimentaire comme celui des formations
de fer rubané (voir chapitre 5), ce qui a conduit de nombreux auteurs à interpréter
ces minerais comme des sédiment.s chimiques déposés à partir de panaches de fluide
~ hydrothermal émergent.s des évents sur le plancher océanique. D'autres auteurs ont
g plaidé en faveur d'un remplacement syn-diagénique pour l'origine de ces mine-
il rais ; faisant valoir que les sédiments d'origine ne contenaient que des sulfures de
~ Fe stériles et les silicates qui ont été remplacés par les métaux d'intérêt grâce à des
;~ fluides hydrothermaux circulant à travers les sédiment.s non consolidés des dizaines
~ ou des centaines de mètres sous Je plancher océanique. Bien que Je problème ne
·• soit pas entièrement résolu, il est probable que les deux procédés fonctionnent à des
J degrés divers, dans différent.s gisements.
~ Un trait caractéristique des gisements SEDEX est la fine taille de grain des miné-
' raux d' intérêt. À McArthur River (Australie), la plupart des grains de sulfure ont
J un diamètre inférieur à JO microns et les grains de sphalérite ne dépassent pas Je
" 0,5 micron. À Mt Isa (Australie), la taille de grains moyenne est de 100-500 microns

115
Chapitre 4 • Les gisements hydrothermaux

et à Broken Hill (Australie), les grains de sulfure atteignent une taille centimétrique.
La différence de taille de grain est due en grande partie au degré de métamorphisme
qui a affecté les gisements après leur formation. Les gros grains de Broken Hill
témoignent d'une recristallisation au cours d' un métamorphisme de haut grade au
faciès granulite ; les grains les plus fins à Mt Isa sont liés au métamorphisme de
faciès inférieur à schiste vert ; et les grains minuscules de McArthur River sont
probablement ceux d'origine, non métamorphisés.
La plupart des gisements SEDEX sont sous forme de corps tabulaires qui s'ali-
gnent parallèlement à leur roche sédimentaire hôte, même si certains gisements ont
aussi des zones d'alimentation sous-jacentes. Les auréoles d'altération, comprenant
des carbonates de Fe-Mg-Ca, sont les plus communes dans les sédiments sous-
jacents et dans les couches sédimentaires qui se sont formées à fextérieur du dépôt
lui-même, et peuvent s'étendre dans les roches sus-jacentes si Je système d'altération
a persisté après l'enfouissement.
• Origine
Des études récentes ont montré que les conditions les plus probables pour les fluides
minéralisateurs à l'origine des gisements SEDEX sont des températures de 100
à 200 °C et des salinités totales de JO à 30 %. L'étude d'inclusions fluides dans les
gisements SEDEX est limitée en raison de la petite taille des grains, du manque de
minéraux transparents clairement contemporains, et des perturbations liées au méta-
morphisme dans de nombreux gisements. Les températures généralement constatées
atteignent 400 °C et les salinités varient de presque zéro à 45 % équivalent NaCI. Une
étude du contenu en solution d' inclusions fluides a conclu que ces dernières contien-
nent des saumures Ca-Na-Cl avec des compositions semblables à celle de feau de mer
concentrée par évaporation. Des saumures relativement denses sont nécessaires pour
ces gisements, s'ils sont effectivement formés comme précipités chimiques dans des
dépressions isolées sur Je plancher océanique. Les analyses des isotopes du soufre
montrent des valeurs modérément négatives à très positives, interprétées comme résultat
d'une réduction biogénique ou éventuellement thermogénique des sulfates de l'eau de
mer pour former H2S, qui est ~néralement abondant dans les eaux anoxiques et dans
les schistes noirs associés à certains gisements. Les traceurs isotopiques radiogéniques
indiquent que les métaux proviennent des roches sédimentaires clastiques alentours.
Près de 100 millions de tonnes de minerai de type SEDEX, contenant 2 % de Zn,
0,5 % de Cu et des quantités importantes d'or et d'argent, ont précipité à partir de
la saumure dense chaude qui s'accumule dans Je « Atlantis II », une dépression de
JO km de diamètre sur Je plancher de la mer Rouge. Si ce gisement était sur terre
et dans une région politiquement stable du monde, cela constituerait un gisement
intéressant. Les procédés impliqués dans la formation de ce gisement, et d'autres
gisements SEDEX, sont illustrés sur la figure 4.14. La clé est la circulation profonde
de fluides qui remontent sous la zone du gisement, même si les avis sont partagés
sur l'origine de cette circulation. Il peut s'agir de convection libre, d'écoulement lié
à la topographie ou au compactage des sédiments environnants. Si les liquides sont
constitués d'eau de mer concentrée par évaporation, comme Je suggèrent les inclu-
sions fluides, une circulation par convection libre, liée à la densité des saumures de

116
4.3 • Les principaux exemples de gisements hydrothermaux

(a)

panache flottant


sédimenta hydrothennaux distaux

(b)

dispersion des métaux contenus H2S


....t .• ~-~~~ .•. bassin à saumure
"'Il •. •• •· • ..,...évent
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" ~=c~i~s~n~ ~g~~= =====;lit== ~~= =jff= ===


'8
g
il
~
s Figure 4.14 - Illustration des origines des gisements SEDEX distaux et proximaux.
Modifié d'après Goodfellow et Lydon, 2007.
~
·~ recharge, est la plus probable. Cela suppose que Je climat lors de la formation de
J nombreux gisement.s SEDEX était suffisamment chaud et aride pour générer des
~ saumures à la surface. La minéralisation a probablement été déclenchée par des
, événements tectoniques qui ont activé des failles majeures et qui ont généré un affais-
J sement rapide dans Je bassin sédimentaire. La subsidence, peut-être accompagnée
" par un échauffement local lié à l'intrusion de dykes maliques dans Je même système

117
Chapitre 4 • Les gisements hydrothermaux

de failles, aurait mis Je système en mouvement. Les fluides salins se sont enrichis en
Fe, Zn et Pb, probablement lessivés à partir de minéraux détritiques recouvrant les
oxydes de Fe, et ces métaux ont été dissous sous forme de divers complexes de chlo-
rures et de sulfates. Lorsque les fluides se déchargent Je long des failles au niveau du
plancher du bassin, les sulfures métalliques précipitent par réaction avec Je HzS dans
la couche anoxique sus-jacente ou, dans certains gisements d'eau peu profonde, par
ébullition du fluide et perte de C0 2. La source la plus probable de soufre est Je H2S
biogénique qui est souvent concentré dans les eaux anoxiques.

Synthèse

• Source de métaux : roches sédimentaires détritiques.


• Source de S : sulfate de l'eau de mer réduit biologiquement.
• Source de fluide : eau de mer concentrée par évaporation.
• Moteur de la circulation de fluides : oompaction (?), convection liée à des intru-
sions magmatiques.
• Processus de précipitation : refroidissement, réaction de fluides oxydés avec Je
H2S contenu dans les eaux de mer anoxiques.

~RT 4.8 !:indium des gisements de Pb·Zn


l'indium est devenu un métal technologique clé en seulement deux décennies.
Avec l'étain, il forme les ITO (oxyde d'indium-étain), largement utilisés dans les
écrans plats des smartphones, des ordinateurs et des téléviseurs. les ITO contien·
nent environ 90 % d'indium, ce qui rend les fabricants d'écrans plats fortement
tributaires d'un bon approvisionnement. Mais où assurer cette offre? !'.indium ne
constitue pas vraiment de minéraux propres, mais il se substitue au Zn dans la
sphalérite et, dans une moindre mesure, à l'étain dans la stannite et la cassitérite.
Cela fait de 11ndium un sous-produit de la production du zinc. la quantité d'indium
produite dépend à la fois de la teneur en indium de sphalérite et de la quantité de
zinc produit. En général, les gisements de zinc formés à haute température, en
particulier les gisements de VMS comme Neves Corvo (Portugal), procurent le plus
d1ndium. Des quantités plus petites mais quand même importantes sont extraites
des gisements SEDEX et des autres gisements riches en zinc.

Les gisements de type Vallée du Mississippi


ou« Mississippi Valley» (MVT)
• Description
Les gisements MVT tirent leur nom de ceux qui ont été exploités initialement dans Je
bassin versant du fleuve Mississippi. Les gisements MVT sont enrichis en Zn et Pb, et
contiennent parfois de petites mais localement importantes quantités de Cu, Co, Cd et
Ag. Historiquement, ils représentent environ 15 à 20 % des réserves connues en Zn et Pb.
Les « districts » à MVT couvrent des centaines de kilomètres carrés et les termes

118
4. 3 • Les principaux exemples de gi se ments hydrotherm aux

« district» et « gisements» sont utilisés: de façon interchangeable. Cette confusion


pose des problèmes dans la plupart des types de gisement, bien sfir, mais il atteint un
sommet avec les gisements MVT. Par exemple, Je district de Vibumum Trend (16 Mt
Pb + Zn) mesure environ 1 km de large et 50 km de long et contient sept corps miné-
ralisés ou gisements qui ont été séparés en mines sur les bases cadastrales qui n'ont
rien à voir avec la géologie. La plus grande mine est celle de Buick avec 3,2 Mt Pb
+ Zn. D'autres grands districts de MVT comprenant de multiples gisements sont Upper
Silesia (40,8 Mt) en Pologne et East Tennessee (16,5 Mt) aux États-Unis. Certains
gisements MVT, comme Polaris (4 Mt) dans la partie Arctique du Canada, sont plus
solitaires et, du moins jusqu'à présent, ne semblent appartenir à aucun grand district.
Par rapport aux gisements SEDEX, l'autre grande source de Pb et Zn, les districts
et les gisements MVT sont environ 25 % plus petits et surtout, ils ont des teneurs
inférieures. Alors que les gisements SEDEX ont des teneurs de JO à 20 % Pb + Zn,
la plupart des gisements MVT contiennent 5 à JO% Pb + Zn. Les rapports Pb/Zn
varient plus encore dans les gisements M VT, depuis presque l'infini dans la vieille
ceinture de Pb des États-Unis à plus de cinq à Touissit-Bou Bekker au Maroc. Ces
ratios ont une importance géologique et économique ; des teneurs élevées en Pb
impliquent généralement un matériau source de métaux plus felsiques et/ou clas-
tiques plus grossiers ; des teneurs élevées en Zn sont généralement plus intéressantes
économiquement en raison à la fois de la plus grande valeur du Zn et des problèmes
environnementaux liés à la production du Pb.
Les gisements MVT sont épigénétiques et stratiformes et se trouvent dans les dolo-
mies ou moins fréquemment dans des calcaires et grès, à faible profondeur sur les
flancs des bassins. Un contexte classique de formation est une plateforme carbonatée,
par exemple un récif, situé dans un bassin d'avant fosse relativement peu déformé ou
en bordure d'une chaîne de collision (figure 4.15). La plupart des gisements consti-
tuent des parties de grandes régions minéralisées qui recouvrent plusieurs centaines
de kilomètres carrés, et contiennent de nombreux sites minéralisés de toutes tailles.
Les limites d'une région minéralisée sont définies sur des arguments géologiques,
notamment par la présence de brèches, de changements de faciès depuis des argiles
vers des carbonates à la marge du bassin, de failles maj eures et de remontées du
socle. La plupart des gisements ont des âges cambriens à triasiques, mais on trouve
quelques gisements plus jeunes (du Crétacé) au Maroc et en Tunisie. Les gisements
~ MVT du Précambrien sont relativement rares ; les plus anciens sont Brushy Park et
g Pering, formés il y a environ 2 Ga dans des roches sédimentaires du Super-groupe de
il Transvaal (2,6 à 2,3 Ga) en Afrique du Sud.
j Les gisements MVT sont minéralogiquement simples ; les minéraux dominants
~ sont la sphalérite, la galène, la pyrite, la marcassite, la dolomite, la calcite, et Je
~ quartz. La barytine et la fluorine sont abondantes dans quelques districts comme
·• Illinois-Kentucky et Sweetwater aux États-Unis, mais sont absentes de la plupart
J des autres gisements. On trouve du Cd en solution solide dans la sphalérite, et de
~ l'Ag parfois dans la galène, en solution solide complexe avec As ou Sb. Les textures
, de sulfures sont extrêmement variables, allant de grains grossiers à des grains fins,
J massifs ou disséminés. On trouve parfois des rubanements (en couches) et des struc-
" tures de colloformes typiques de précip itations de remplissage dans des espaces

119
Chapitre 4 • Les gisements hydrothermaux

ouverts (figure 4.16). Dans certains gisements, les minéraux d'intérêt et les dolo-
mies hydrothermales (appelées dolomites spathiques) forment une alternance de
couches qui peuvent être corrélées sur de grandes distances. Dans la haute vallée du
Mississippi, les zonations de croissance au sein de la sphalérite sont corrélables d'un
gisement à l'autre. Une interprétation de ces zonations est qu'elles représentent des
injections successives de fluides dans les gisements. I.:altération associée aux gise-
ments consiste principalement en la dissolution et la brèchification de l'encaissant, la
dolornitisation et la dissolution ou la recristallisation de feldspaths et d'argiles.

érosion
bouclier carbonaté
active failles
avec minéralisation

compaction

pression de fluide
- ltthostatiq u e /
r -2so•c
- 25 km (a)

bouclier carbonaté
avec minéralisation

socle

- 25 km (b)

Figure 4.15 - Illustration de l'origine des gisements MVT


D'après Evans , 1993.

120
4.3 • Les principaux exemples de gisements hydrothermaux

Figure 4.16 - (a) minerai dans une brèch e du gisement MVT de Robb
Lake (Canada), présentant des fragments de dolomie dans une matrice de
sphal érite et galène. (b) min er ai concr étionn é du gisement de Cadj ebut
(Australie). (c) Sphalérite r emplissant la p orosité autour d'un stromatolithe
à Viburnum Trend (Missouri , États-Unis). (sources: (a) Par adis et al. (2oon;
(b) C. Arndt ; (c) S. Kesler).

• Origine
Les inclusions fluides dans les gisements MVT indiquent des températures relati-
vement faibles (50 à 200 °C) lors de la formation des minéraux de valeur, même si
ces températures sont plus élevées que celles attendues pour ces profondeurs selon
un gradient géothermique moyen. Ceci suggère que les fluides sont remontés depuis
des régions plus profondes et plus chaudes du bassin sédimentaire. Les salinités
~ varient d'environ JO à 30 % de solides dissous totaux, constitués en grande partie de
g saumures de Na-Ca-Cl typiques des bassins sédimentaires. Les teneurs en métaux
il sont élevées - quelques centaines de ppm - dans les saumures. Cette donnée est
j importante car elle contraint la quantité minimale de liquide qui doit avoir traversé
~ la zone minéralisée. Certains fluides contenant Na-Cl-Br indiquent que la salinité
~ est liée à la fois à l'évaporation d'eau de mer, probablement en contexte de sabkha Je
·• long des marges du bassin, et à la dissolution des évaporites. Les données isotopiques
J du Pb et S indiquent que Je métal et Je soufre réduit proviennent de roches du bassin
~ sédimentaires.
, Les fluides du bassin sont relativement oxydés et ils ont probablement transporté
J les métaux sous forme de complexes de chlorures ou de sulfates. Aux basses tempé-
" ratures typiques de saumures MVT, Je soufre réduit ne peut être transporté dans la

121
Chapitre 4 • Les gisements hydrothermaux

même solution que si la saumure est relativement acide, une condition qui ne semble
pas avoir prévalu dans de nombreux gisements. Ainsi, il est généralement admis que
la formation de la plupart des minerais MVT nécessite une source externe de S, ou
que Je sulfate dans les saumures contenant des métaux a été réduit sur Je site de dépôt
de minerai. Les roches dans lesquelles on trouve les minerais MVT semblent avoir
fourni précisément un environnement géochimique approprié. Elles sont réductrices
ou contiennent des réducteurs abondants: sous forme d' hydrocarbures (huile ou gaz)
et d'autres type de matière organique, et fournissent des quantités significatives de
H2S provoquant la précipitation de sulfures de Pb et de Zn. Les carbonates de plate-
forme sont souvent très poreux, à cause de la présence de brèches et de cavités qui se
développent pendant la dolomitisation.
Le moteur de la circulation des fluides doit répondre à plusieurs exigences. Tout
d'abord, les inclusions fluides indiquent que Je minerai est déposé par des fluides
plus chauds que les roches environnantes. Deuxièmement, de grandes quantités
d'eau doivent avoir été déplacées, peut-être sous forme de multiples injections,
pour fournir Je métal. Enfin, la grande taille de la plupart des districts suggère que
Je flux est probablement d'une échelle régionale voire continentale. Les moteurs
possibles pour une telle migration de fluide à grande échelle sont Je soulèvement
topographique et la recharge, la compaction des sédiments, la compression orogé-
nique, la surpression des réservoirs de gaz, et des circulations liées à la chaleur ou
à la densité. Parmi ces moteurs, celui lié à l'évolution topographique, éventuelle-
ment couplé à une collision tectonique, est considéré comme Je plus susceptible de
mettre en mouvement des fluides anormalement chauds sur de Jongues distances.
Aux États -Unis, par exemple, les âges de formations de minerais semblent avoir
coïncidé avec les principaux événements orogéniques des Appalaches. Pour
certains gisements, la durée des injections individuelles de fluides minéralisateurs
chauds était probablement trop courte pour qu'on puisse conclure à des processus
régionaux. D'autres scénarios ont été proposés. Suite à des changements dans la
circulation océanique ou à la fonte des calottes glaciaires continentales, l'inonda-
tion du bassin sédimentaire par l'eau de mer chaude a pu contribuer à la formation
de ces gisements.

Synthèse

Source de métaux - roches sédimentaires détritiques du bassin.


Source de S - HzS formé par réduction thermique ou biogénique des sulfates de
l'eau de mer, ou sulfures contenus dans les roches sédimentaires.
Source de fluide - eau du bassin sédimentaire.
Moteur de la circulati.on de fluides - lié à un changement topographique, aidé
par la compaction (!) et des changements locaux du niveau des océans (?).
Processus de précipitati.on - réduction des sulfates de la saumure en H2 S au
niveau du site de minéralisation, ou mélange de vapeurs sulfatés avec du H2S
provenant de gaz naturel ou d'autre origine.

122
4.3 • Les principaux exemples de gisements hydrothermaux

~RT 4.9 !:héritage du plomb


le plomb a été le premier métal utilisé à l'échelle Industrielle. Il a été utilisé
pour la plomberie et les toitures par· les premières civilisations, comme par
exemple les Romains. Avec le développement des armes à feu, Il a été utilisé
pour faire des balles, et Il est devenu le métal préféré pour les batteries auto·
mobiles. l'oxyde de plomb, qui est une poudre blanche dense, a également été
utilisé pour augmenter le pouvoir couvrant des peintures. Plus récemment, Il
a été utilisé comme bouclier contre les radiations nucléaires, comme lest dans
des applications spécifiques allant des équipements de plongée aux quilles des
voiliers, et le plus Important, comme additif à l'essence pour augmenter l'effica·
cité de la combustion dans les moteurs à combustion. le plomb est vraiment un
élément polyvalent, qui rend service dans de nombreux domaines.
Malheureusement, l'utilité du plomb est contrebalancée par sa toxicité. le
plomb est l'un des éléments qui n'ont pas d'utilité biologique chez l'homme et
pour lesquels même de petites quantités sont toxiques. l'utilisation du plomb
s'est répandue autour de la planète, multipliant nos contacts avec ce métal.
les tuyaux en plomb ont ajouté du plomb à l'eau, les peintures ont laissé une
poussière riche en plomb dans les vl·ellles maisons, et le plomb émis par les
moteurs à essence s'est répandu dans l'atmosphère, polluant toute la planète.
les carottes de glace polaire, les coraux et les sédiments lacustres enregistrent,
année après année, des changements de la teneur en plomb de l'atmosphère,
et le résultat est alarmant. À partir de 1850, le plomb dans les carottes de
glace du Groënland a commencé à augmenter depuis des valeurs quasi· nulles
pour atteindre des valeurs d'environ 300 pg/g en 1970, valeur près de 300 fols
plus élevée que les niveaux pré·lndustrlels. Depuis, les teneurs en plomb ont
diminué dans la plupart des réglons du monde en réponse à la suppression de
celul·cl dans l'essence, même si le Mexique et d'autres pays, qui ont tardé à le
faire, ont conservé des concentrations atmosphériques élevées en plomb dans
les années 1990.
la source de ce plomb peut être tracée à travers sa composition Isotopique. les
deux principales sources de la production mondiale de plomb - les gisements
MVT et les gisements 5EDEX - ont des compositions Isotopiques très différentes,
le plomb des gisements MVT étant beaucoup plus radlogénlque que celui des
gisements 5EDEX. Comme la plupart du plomb produit aux États·Unls a été
extrait de gisements MVT, et comme la plupart du plomb produit en Australie a
été extrait de gisement 5EDEX, Il est possible d'identifier la source principale de
plomb dans un marché spécifique.
Heureusement, la société a reconnu le rôle néfaste du plomb et nous nous
éloignons progressivement d'une société polluante en plomb. la plupart des
enregistrements des sédiments et des carottes de glace montrent que les niveaux
atmosphériques de plomb ont considérablement diminué au cours des dernières
décennies. Nous enterrons progressivement notre pollution par le plomb dans
des jeunes couches de sédiments et de la glace. le principal problème reste la
pollution au plomb autour des routes et dans les bâtiments anciens, tous deux
fréquents dans les zones urbaines, surtout les plus pauvres. 51 nous ne faisons
pas plus pour décontaminer les villes de ce plomb, cela pourrait conduire à une
augmentation de la déficience mentale dans les populations urbaines, en parti·
culler chez les enfants.

123
Chapitre 4 · Les gisements hydrothermaux

Les gisements stratiformes de cuivre dans des roches sédimentaires


• Description
Ces gisements sont la deuxième source de cuivre au monde après les gisements
porphyriques, et représentent la principale source de cobalt. Bien que ces gisements
soient très répandus, la quasi-totalité des ressources connues se trouvent dans Je
bassin paléoprotérozoïque Kodaro-Udokan (en Russie), Je bassin néoprotérozoïque
de Katanga (en Zambie et en République démocratique du Congo) et Je bassin
Permien de Zechstein (en Europe du Nord) (encart 4 .7). Ces gisements se présentent
sous la forme de vastes couches sédimentaires enrichies en Cu, mais ils forment en
fait des districts et des gisements uniquement lorsque ces couches sont suffisamment
épaisses et concentrées. Le plus grand di;Strict est Lubin en Pologne avec 52 millions
de tonnes de cuivre ; il fait partie du bassin de Zechstein. Le bassin du Katanga
contient de multiples districts, dont Tenke Fungurume (36,7 Mt Cu, 3 Mt Co) et
Kamoa (28 Mt Cu) en République démocratique du Congo (RDC), et Konkola (22
Mt Cu) et Nchanga-Chingola (18 Mt Cu) en Zambie.
Les tonnages en Cu de ces gisements sont environ deux fois moindres que ceux
des grands porphyres de cuivre, mais Je;S teneurs moyennes (de 2 à 3,6 % Cu) sont
beaucoup plus élevées. Néanmoins, l'exploitation de ces gisements nécessite des
mines beaucoup plus étendues que pour les gisements de porphyre de Cu parce que
la zone minéralisée est très mince. Dans Je district de Kamoa en RDC, l'épaisseur
du minerai varie entre 2 à 15 met la mine occupe une superficie totale de 81 km2 .
L'exploitation minière est particulièrement difficile dans les zones où les strates sont
plissées et les mines à ciel ouvert doivent évacuer de très grandes quantités de roche
stérile pour atteindre Je minerai plus prctond.
En plus de Cu et Co, certains gisements sont riches en Pb, Zn, Ag, U et Au. White
Pine, un petit gisement de ce type dans Je bassin Keweenaw autour du lac Supérieur
aux États -Unis, ne contenait que 8 millions de tonnes de cuivre, mais près de 0,03
Mt Ag.
Les gisements stratiformes de cuivre se trouvent dans les roches sédimentaires
liées à des rifts intracontinentaux ou, plus rarement, à des séquences sédimen-
taires de marge passive contenant des strates basales oxydées rouges et des roches
volcaniques recouvertes par ou interstratifiées avec des argiles réductrices et des
carbonates marins ou lacustres avec, dans certains bassins, un toit d'évaporites. La
minéralisation de cuivre se trouve dans deux contextes principaux. Le plus souvent,
elle se situe au niveau du contact entre les roches sous-jacentes oxydées et les roches
sus-jacentes réduites. Moins fréquemment, elle se trouve autour des lits rouges dans
des zones contenant des débris végétaux,. du bitume et d'autres composés réducteurs.
Le minerai est composé de minéraux cuprifères à grains très fins, comme la chal-
cocite, la bornite et la chalcopyrite, disposés dans des petites veines ou diffus dans
la roche. Dans certains cas, il fait partie d'une zonation à l'échelle régionale allant
de l'hématite aux sulfures de Pb-Zn et pyrite en passant par les sulfures de cuivre.
Les sulfures peuvent être dans des veinules ou remplacer de la pyrite préexistante,
sans doute diagénétique, pouvant être diffuse, framboïde ou litée, et qui s'agglo-
mère autour de composés réducteurs tels: que des fossiles ou de la matière carbonée.

124
4.3 • Les principaux exemples de gisements hydrothermaux

Lorsque les textures originales sont conservées, Je minerai de remplacement dans


les argiles à grains fins adopte les textures sédimentaires de la roche mère, rendant
difficile la détermination de forigine de ces minerais tant que des études de grande
envergure n'ont pas pu localiser Je front de remplacement entre la pyrite originelle ou
la roche riche en matière organique, et les roches cuprifères.

~RT 4.10 La Kupfer schiefer en Europe Centrale


et la Copperbelt (Ceinture de cuivre)
d'Afrique ce ntra le
le district de gisements de cuivre stratiforme dans des roches sédimentaires
des Kupferschiefer est une région du bassin de Zechstein qui couvre une
surface d'environ 800 000 km2, en Europe Centrale. la minéralisation en cuivre
économiquement importante occupe seulement 0,1 % de cette surface, le long
de la bordure sud du bassin, en Allemagne et en Pologne. les gisements des
Kupferschiefer ont été exploités de façon plus ou moins continue depuis le
Moyen Âge. Au cours du xv1• siècle, Georgius Agricola, «père de la minéralogie
et de la métallurgie», a établi la première étude systématique et scientifique de
la géologie et de l'exploitation des gisements. Son ouvrage remarquable De Re
Metal/ica, paru en 1556, décrit le travail des mineurs et l'exploitation des gise·
ments des Kupferschiefer; il remarque par exemple, une relation spatiale entre
les argiles bitumineuses et la minéralisation de cuivre, anticipant de plus de
500 ans les idées modernes sur la formation du gisement.
l'histoire de l'exploitation des gisements de la Copperbelt en Zambie (ancien·
nement nommée Rhodésie du Nord) et au Congo, apporte des enseignements
intéressants et étonnants. Pendant la plus grande partie du xx• siècle, les gise·
ments ont été le pilier des économies des colonies britanniques et belges.
Jusqu'aux années 1970, les mines ont été exploitées très efficacement (même si
l'essentiel des richesses fut partagé entre les colons) et leur présence a nourri
de grands espoirs économiques pour la période postcoloniale. leur importance
a cependant été sévèrement amoindrie par le crash des prix du cuivre en 1973
et par la nationalisation des mines de cuivre par les gouvernements des nations
indépendantes nouvellement fondées. Pendant les trente années qui ont suivi,
la production de ces gisements riches et gigantesques a chuté presque jusqu'à
zéro, résultat de la corruption, de la négligence et de la mauvaise gestion. C'est
seulement à la fin du xX" siècle et au début du xx1• siècle que la production a été
"
'8
g
il
ravivée. la période 2007·2009 a vu arriver de nouveaux investissements d'orga·
nisations gouvernementales chinoises, débutant peut·être une nouvelle période
de colonisation économique (voir chapitre 6).
~
s
~ • Origine
·~ La finesse des grains du minerai et Je manque de minéraux transparent.sont compliqué
J l'étude des inclusions fluides. Les observations disponibles indiquent des tempéra-
~ tures allant de 50 à 400 °C et des salinités de 5 à 30 % de solides dissous totaux, la
, plupart des températures élevées ont été mesurées dans Je bassin du Katanga. Cette
J diversité est incroyablement grande et reflète probablement la surimpression d' indices
" d'un fluide originel du bassin (ayant des températures de 100 à 200 °C) et d' indices

125
Chapitre 4 • Les gisements hydrothermaux

d'un fluide chaud. Des études expérimentales suggèrent que Je cuivre peut être trans-
porté dans des saumures oxydées à une température relativement basse, et les modèles
génétiques ont été développés sur la base de ce constat. Selon ces modèles, les
fluides de bassin ont lessivé les métaux contenus dans les lits rouges ou dans Je socle
granitique sous-jacent. Les fluides ont déposé les métaux lors de leur réduction par
réaction avec de la pyrite, de la matière organique, du pétrole ou du gaz naturel, ou par
mélange avec Je H2S généré par réduction des sulfates des sédiments ou dérivé d'un
second fluide. Les analyses isotopiques du soufre montrent une très large gamme de
valeurs allant de fortement négatives à positives, ce qui reflète probablement la réduc-
tion biogénique de sulfates de l'eau de mer. Bien qu'il y ait débat sur la chronologie de
la mise en circulation de l'eau du bassin, les mesures isotopiques récentes indiquent
que cette dernière a eu lieu très peu de temps après la sédimentation.

Synthèse
-• Source de métaux : roches sédimentaires détritiques du bassin.
• Source de S : réduction biogénique des sulfates de l'eau de mer, avec remplace-
ment diagénétique de la pyrite.
• Source de fluide : eau du bassin sédimentaire.
• Moteur de la circulation de fluides : lié à un changement topographique, aidé
par la compaction (J) et à des changements locaux du niveau des océans(?).
• Processus de précipitation : réduction des sulfates de la saumure en H2S au
niveau du site de minéralisation, ou mélange de vapeurs sulfatés avec du H2S
provenant de gaz naturel ou d'autre origine.

Les gisements d'uranium


L'uranium est très différent des autres éléments que nous avons décrits dans ce
chapitre : c'est une source d'énergie et non pas un métal utilisé dans l'industrie ou la
finance comme Je sont Je cuivre, Je zinc,. ou l'or ; et comme il est radioactif et entre
dans la fabrication de l'armement, il est la cible de la colère des écologistes. Bien
qu'étant un élément trace, l'uranium est p résent dans une grande diversité de roches
crustales et forme une grande variété de gisements. Une brève description des types
de gisements les plus importants est donnée dans Je tableau 4.4. Ceux dans les roches
magmatiques et dans les environnements purement sédimentaires sont mentionnés
dans les autres chapitres ; ici nous discutons simplement de deux types, les gisements
associés à des discordances et les gisements dans des grès, qui se forment tous deux
depuis des fluides hydrothermaux, et constituent environ la moitié de la production et
des ressources connues en uranium.
Les gisements associés àdes discordances dans Je bas sin d'Athabasca en Saskatchewan,
au Canada, contiennent généralement moins d'un million de tonnes de minerai, mais
ont des teneurs exceptionnellement élevées. Cigar Lake contient 875 000 tonnes de
minerai titrant en moyenne 17,4 % U30 8 (les minéralisations d' uranium sont contenues
dans un amalgame traité et commercialisé connu comme« yellowcake »). McArthur

126
4.3 • Les principaux exemples de gisements hydrothermaux

River compte environ l million de tonnes pour une teneur moyenne de 16,4 %. Outre
l'uranium, ces gisements contiennent Ni, Co, As, Pb, Au, Pt, Cu et REE, parfois en
quantité exploitable. Des gisements du même type, dans les Turritoires du Nord de
l'Australie, sont plus grands, atteignant près de 20 millions de tonnes, mais ont des
teneurs plus faibles, avec une moyenne de 0,4 % U3 0 8 . Les gisements d'uranium
dans les grès sont plus petits, à tous égards. Même les grands gisements contiennent
généralement environ lO Mt de minerai avec des teneurs de seulement 0,25 %.
Vous pourriez penser que le gisement d'ultra-haute teneur d'Athabasca domine le
marché de l'uranium, mais son extraction a été compliquée par de multiples problèmes
allant de l'inondation massive des mines à la mise en place nécessaire d'une d'exploita-
tion robotisée« à distance» dans les zones à fort rayonnement. Ainsi, de petits gisements
avec des teneurs de 0,l % U30 8, exploités par des méthodes traditionnelle (in situ) sont
en mesure de rivaliser en rentabilité avec les gisements de haute teneur. Enfin, nous ne
pouvons pas oublier le gisement d' Olympic Dam, un IOCG comme nous le verrons plus
loin dans ce chapitre, qui contient un ordre de grandeur phis d'uranium que la plupart des
gisements d'uranium, même si l'uranium est dans ce cas un sous-produit !

• Description
Qu'ils soient associés à des discordances ou à des grès, les gisements d'uranium
peuvent être examinés ensemble car ils sont très semblables dans leur minéralogie
et leur origine. Le minéral uranifère principal dans ces gisements, mais également
dans les autres gisements d'uranium, est l'uraninite ou la pechblende (U02, U~.
U20s). D'autres minéraux uranifères sont la carnotite (K2 (UOi) 2(V04)i-3H20) et
les oxydes et titanates complexes, riches en éléments traces comme les groupes des
davidite-brannerite-absite et des euxinite-fergusonite-samarskite.
Les gisements associés à des discordances se trouvent à l'intérieur et au-dessous des
bassins intracratoniques du Protérozcïque comme celui de !'Athabasca, au Canada et
celui de Kombolgie en Australie. Ils tirent leur nom de leur association étroite avec le
contact en discordance des grès conglomératiques de base sous-jacents et des roches
métamorphisées du socle. Certains gisements sont au-dessus, au niveau, ou jusqu'à
400 m en dessous de ce contact basal, bien que les gisements les plus riches soient
généralement directement au contact. L'un des premiers gisements de ce type décou-
vert, Rabbit Lake, en Saskatchewan au Canada, était dans le socle sous une discordance
~ dans une zone où le bassin avait été raboté par l'érosion. L'absence du bassin sédimen-
g taire a compliqué les premières interprétations pour la formation de tels gisements.
~ Les dépôts se composent de pods, de veines, de brèches et de remplacements
S semi-massifs d'uraninite (6gure 4.l7a). L'altération autour des gisements forme
~ parfois une couche supérieure d'argiles et de minéraux accessoires (hématite, illite
·~ et chlorite), mais aussi parfois une silici:fication et l'apparition de tourmaline, ou la
• dissolution de quartz. Une raison possible à la grande variabilité dans la minéralogie
J et la zonation de l'altération semble être le sens de l'écoulement des fluides miné-
~ ralisateurs. Les datations U-Pb d' uraninite et Ar-Ar d'illite associées montrent que
• les gisements de !'Athabasca et de Kombolgie se sont formés environ 150 mA après
J le dépôt du bassin dans lequel ils se trouvent, et que l'uranium a été remobilisé et
" enrichi localement longtemps après.

127
"'
OO n
:r
!,
,.
Tableau 4.4 - Principaux types de gisements d 'uran ium. ~

Age Te neur Proportion Contexte géologlq ue Exemples ..


,.....
,....
IQ
Gisements rel iés ProtérozoTque 0 ,4·24% 30% A proximité de discordances Athabasca Basin, Canada;
à des discordances majeures entre des grés McArthur Basin, Austral ie
à la base de bass ins ,.3
sédimentaires et le sode
métamorphique ..
;;
:r
Gisements de grés PaléozoTq ue· 0 ,05-0,4% 15% Grés dans des environnement s Wyoming Basin et plateau -<
a.
CénozoTque sédimentaires de type du Colorado, ttats-Unls; 0
continental - fluvial ou marin - Europe centra le, Kazalman ;.
,.
de marge, interstratiflés

Gisemen ts de conglomérats Paléo· 0,01·0,15% 10%


avec des argiles et des boues
Gisements de paléoplacers Witwatersrand, Afrique
..3
i:;
)(
à galets de quartz protérozoîque stratiformes du Sud; Elliot Lake,
Canada
Gisements d'oxyde de fer, Protérozo'îque 0,04-0,08 40% Brèche de granite ri che Olympie Dam, Australi e
cuivre, or en hématite

Gisements associés Protérozoîque 0,03 5% Veines dans des leucogranltes Rosslng, Namibie
à des Intrusions
Gisements volcaniques Précambrien 0,02 -0 ,2% <1% Veines and brèches dans Streltsovskoye, Russie;
à Cénozoîque des roches volcaniques Dornod, Mongolie;
intermédiaires à felslques McDermllt, t.tats·Unls,
Gisements de surface Tertiaire 0,15 5% Concentrations d'uranium Yeellrrle, Aus tralle
(cakretes) à actuel à proximité de la surface dans
des sédiments et des sols
• Pourcentage i.pproxlmad r des ressources mondiales connues d'uranium.
4.3 • Les principaux exemples de gisements hydrothermaux

grès du bassin ; : : : : : : · •

hématlte
cakfte lessfvée
m~ux lesslvés
cartiooe organique dé tuh
feldspath altéré go«hfte
mlnéraUIC ferTo-magnéslens sidérite
altérés S.., S (b)

pyrite framboïde

(c)

Figure 4.17 - Illustration des caractéristiques géologiques (a) et de l'origine


des gisements d'uranium (b) r oll·front, (c) r eliés à des discordances
Modifié d'après Jefferson et al., 2008 et Robb, 2005 .

129
Chapitre 4 • Les gisements hydrothermaux

Les gisements de grés sont les principales sources de minerai d' uranium
aux États-Unis, principalement dans Je bassin du Wyoming et sur Je plateau du
Colorado. Ces gisements sont contenus dans les grés à grains intermédiaires à gros,
déposés dans un domaine fluvial continental ou dans un environnement sédimen-
taire marin de faible profondeur. Il y a deux types principaux de gisements nommés
« tabular » et «roll-front». Dans Je premier, des unités argileuses ou pélitiques
imperméables sont contenues dans la séquence sédimentaire et se trouvent entremê-
lées dans l'horizon minéralisé. Dans les gisements « roll-front», la minéralisation
d'uranium forme un front en forme d'arc qui semble s'écouler vers Je bas dans une
couche ou une série de couches de grès. La couche en amont du gisement contient
de l'hématite alors que la même couche en aval du gisement contient de la pyrite et
d'autres phases réduites (figure 4.l7b). Dans les deux types de gisements, l'uranium
se concentre sur ce qui était à l'origine des limites d'oxydoréduction entre les roches
oxydées et réduites. Le contrôle redox est particulièrement évident pour quelques
gisements dans lesquels Je minerai d'uranium est concentré au sein et autour de
débris de végétaux.

• Origine
La clé de la formation de ces deux types de dépôts est la solubilité très différente de
l'uranium sous sa forme oxydée et réduite. U existe sous deux états de valence, la
forme réduite U4+ et oxydée U6+. Le second est très soluble dans les fluides oxydés
où il forme des complexes stables de fluorures, phosphates ou carbonates. Sous ces
formes, il est facilement transporté dans les fluides oxydés qui circulent dans les
bassins sédimentaires. La forme réduite, en revanche, est très peu soluble, de telle
sorte que quand un fluide oxydé entre en contact avec un agent réducteur, l'uranium
précipite. Les inclusions fluides montrent que les gisements liés à des discordances
se forment à partir de fluides à 100 à 200 °C avec une salinité d'environ 25 %,
qui sont interprétés comme des saumures de bassin. Les inclusions fluides ne
renseignent pas beaucoup sur Je type de fluides dans les gisements de grés, mais Je
contexte de formation suggère qu'il s'agit de fluides de faible salinité en provenance
du bassin ou des eaux météoriques. Il est possible que ces deux types de fluides
soient tout simplement les deux extrêmes d'un continuum de fluides qui a formé les
gisements de grès et ceux liés à des discordances. Les deux types de fluides sont
oxydés et ont lessivé l'uranium des minéraux détritiques tels que la monazite, J'al-
Janite et l'apatite, provenant initialement des granites du socle. La minéralisation a
lieu lorsque ce fluide oxydé entre en contact avec un fluide réduit dans l'encaissant
ou autour de sédiments ou de la matière organique. Les minéraux uranifères préci-
pitent initialement au front entre les deux fluides, qui migre et descend Je long de
la couche de grés. Alors que Je fluide s'écoule, l'uranium dispersé dans Je matériel
réduit est dissous, remobilisé et concentré au front redox, créant ainsi un gisement
de plus en plus concentré. Dans certains gisements «roll-front», la minéralisation
a lieu lorsque des solutions s'infiltrent en profondeur et entrent en contact avec du
H2S remontant des profondeurs du bassin.

BO
4.3 • Les principaux exemples de gisements hydrothermaux

Synthèse
• Source de métaux - lessivés des roches alentours, granitiques et détritiques.
• Source de fluide - eau du bassin sédimentaire ou eau météorique.
• Moteur de la circulation de fluides - un flux dans Je bassin de petite échelle,
avec une recharge profonde.
• Processus de précipitation - réduction de la solution hydrothermale liée à un
mélange avec un fluide réducteur, ou au contact avec les sédiments réduits ou la
matière organique.

4.3.S Les systèmes hydrothermaux métamorphiques -


Les gisements d'or orogénique
• Description
Les gisements d'or orogéniques doivent leur nom à leur contexte de mise en place,
dans les zones orogéniques d'accrétion, de collision, et de marges continentales où
ils se forment généralement après Je pic de métamorphisme. Ce sont les gisements
d'or les plus fréquents sur Terre, à la fois dans Je temps et dans J'espace, et on estime
qu'ils ont fourni environ 30 % de la production mondiale d'or. Les gisements les plus
importants sont Muruntau en Ouzbékistan, Ashanti au Ghana, Je Golden Mile en
Australie, Homestake aux États-Unis, Sukhoi Log en Russie, Mclntyre-Hollinger au
Canada et Morro Velho au Brésil. Les gisements d'or orogéniques ont été la source
d'Au dans des gisements de placers (voir chapitre 5) phanérozoïques en Californie
(États-Unis) et dans Je Victoria (en Australie), et de petits gisements de ce type, sans
doute non-rentables, ont probablement été la source des placers à or du Klondike
(États -Unis). Ils sont également considérés comme une source possible pour Je
gisement de Witwatersrand et pour d'autres paléoplacers archéens et paléoprotéro-
zoïques, comme nous Je verrons dans Je chapitre suivant.
Les teneurs moyennes de grands gisements d'or orogénique vont d'environ 2 à
20 git, avec une teneur moyenne de 8 g/t. Les gisements qui sont exploités aujourd'hui
ont des teneurs de l'ordre de 3 à 5 git dans les exploitations en mine souterraine et
~ moins de 3 git dans les exploitations à ciel ouvert. Les gisements d'or orogénique
g qui affleurent en surface ont parfois été exploités à des profondeurs de plus de 2 km,
il et l'étendue verticale maximale de grands systèmes d' Au orogéniques est d'environ
j 3 km. Des estimations de pression indiquent que ces gisements se forment dans la
crofite à des profondeurs allant d'environ 4 à 18 km et à JO km en moyenne. Le
.j fait qu'ils se forment profondément dans la crofite les rend difficiles à éliminer par
• l'érosion. Pour cette raison, alors que les gisements de cuivre épithermaux ou de
J porphyres sont rares dans les roches du Phanérozoïque inférieur et du Précambrien,
~ les gisements d'or orogénique y sont très f réquents. Ils sont particulièrement courants
, dans les roches du Phanérozoïque et du P récambrien récent (47-850 mA), dans celles
J du Protérozoïque moyen (1730-2090 Ma) et dans celle de l'archéen (2 700 mA),
" périodes durant lesquelles l'activité orogénique mondiale était la plus grande.

131
Chapitre 4 • Les gisements hydrothermaux

Figure 4.18 - Les gisements d'or or ogéniques.


(a) veine rubanée et (b) filon d'or de très forte teneur occupant une fente
de tension dans la mine de Pamour (Ontario, États·Unis). Le marteau donne
l'échelle. (c) Pyrrhotite et arsènopyrite formées par sulfuration de l'encais ·
sant autour d'une veine (matériau claire à gauche). Echantillon du gisement
de Homestake (Dakota du Sud, ÉtatS··Unis). (d) Veine dans la mine de Pamour
(Ontario, États-Unis), avec des extensions horizontales dans l'encaissant
montrant le franchissement transitoire de pressions supralithostatiques.
(Photographies de S. Kesler et E. Van Hees).

La plupart des dépôt.s se trouvent dans des roches volcaniques maliques à inter-
médiaires et dans les roches sédimentaires associées, dans les « ceintures de roches
vertes» ou de métavolcanites, ayant subi un métamorphisme en limite des faciès
schistes verts et amphibolites. Les gisement.s sont dans des veines qui occupent des
branches de deuxième et de troisième ordre de systèmes de failles décrochantes
d'échelle régionale à continentale. Individuellement, des veines ont une étendue
horizontale allant jusqu'à 8 km, et les d istrict.s contenant plusieurs veines peuvent
s'étendre sur des dizaines de kilomètres. Les gisement.s en haut de l'échelle, de
profondeur allant de 4 à 18 km, sont constitués de zones de brèches et stockworks
et ceux à plus grande profondeur présentent des fentes de tension sub-horizontales,
qui témoignent de l'injection épisodique de fluides, vraisemblablement liée à des
surpressions de fluide (figure 4.18).
Le minéral Je plus important dans les veines est de Join Je quartz, mais elles
contiennent également des quantités moindres de carbonate et de deux à cinq pour
cent des sulfures, principalement de la pyrite et de l'arsénopyrite, ainsi que quelques
sulfures de métaux de base, Jocalemen t des tellurures et de la scheelite. L'or est
présent dans les veines en grande partie sous forme d'électrum atteignant 90 % Au ;

132
4.3 • Les principaux exemples de gisements hydrothermaux

les veines peuvent être petites, mais les concentrations très riches qu'elles contiennent
semblent être contrôlées par des paramètres structuraux (figure 4.18). L'altération
entourant les veines est constituée de grandes quantités de carbonates de Ca-Mg-Fe
qui ont remplacé les minéraux silicatés, et les éléments alcalins forment des felds-
paths ou des micas. Des quantités mineures mais importantes de S, As et B ont
également été ajoutées, remplaçant les minéraux maliques d'origine par de la pyrite,
de J'arsénopyite et/ou de la tourmaline. L'or est souvent associé à des sulfures et peut
constituer un minerai de qualité lorsque l'encaissant est formé de roche malique ou
de formations de fer rubané.

• Origine
L'enregistrement des inclusions fluides montre que les fluides à la base de l'or orogé-
niques étaient des mélanges de H20 et C0 2, avec un peu de Clf.i, et H2S qui ont
subi épisodiquement ébullition ou immiscibilité. Dans certains gisements, on trouve
des inclusions dans lesquelles coexistent des bulles de COz et des gouttelettes d'or
suggérant une association entre ébullition et précipitation d'or. Les températures des
fluides ont varié de 250 °C (pour les gisements du Phanérozoïque) à 400 °C (pour
les gisements de l'Archéen). La sulfuration est responsable de la minéralisation
dans les roches encaissantes riches en Fe et probablement dans les veines qu'elles
contiennent. L'ébullition (ou plutôt la ségrégation de phase) a été plus importante
à l'intérieur des veines, comme l'indiquent les fortes teneurs en Au dans les fentes
qu'on y trouve (figure 4.18).
La source du fluide minéralisateur de l'or orogénique fluide et les constituants
dissous qu'elle contient ne sont pas bien définis, bien qu'il y ait un consensus pour
une source métamorphique. L'étude des traceurs isotopiques donne des résultats
ambigus. Les analyses de quartz, de minéraux carbonatés et des inclusions fluides
indiquent que Je fluide a un ô 180 de 6 à 13 pour mille et un ôD de -20 à -80 pour mille,
et les sulfures de la veine ont un ô34S allant de 0 et JO pour mille. Malheureusement,
la plupart de ces compositions isotopiques ont pu être obtenues par l'équilibration
du fluide avec son encaissant, comme l'indiqueraient d'autres traceurs isotopiques et
élémentaires. En l'absence d'information fiable par l'étude de traceurs isotopiques,
les modèles pour localiser la source de fluide ont été fondés essentiellement sur les
relations géologiques entre les gisements et les terrains environnants. Les principales
~ suggestions seraient que les fluides proviendraient: (l) de fluides métamorphiques
g libérés parles réactions progrades des faciès amphibolites et granulites, (2) de fluides
il magmatiques des intrusions granitiques: profondes, (3) de fluides riches en C02 à
j partir d'une source mantellique, et (4) d'eau météorique circulant en prciondeur.
~ Bien que tous les modèles aient Jeurs adeptes et arguments, Je dégazage lié à
~ un métamorphisme prograde semble répondre plus simplement à plus de ques-
·• tions. H20 est libérée par conversion d 'argiles et de micas en feldspaths ou de
J chlorite en amphibole, Je C02 peut être libéré par conversion de minéraux carbo-
~ natés en calco-silicates, et Je H2S peut être libéré par la décomposition de la pyrite
• en pyrrhotite. Enfin, J'analyse des roches métamorphiques et de Jeurs protolithes
J non métamorphisés montre que Au, As:, Ag, Sb, Mo et W sont perdus à peu près
" lorsque la pyrite et les autres sulfures se décomposent, probablement parce que ces

lH
Chapitre 4 • Les gisements hydrothermaux

métaux étaient présents dans les sulfures qui se décomposaient. L'emplacement de


nombreux gisements près de - ou à - la limite des faciès schistes verts-amphibolite
dans leur encaissant est un argument supplémentaire pour un rôle important du
dégazage métamorphique.

Synthèse

• Source de métaux - volatilisation métamorphique, possible magmatisme local.


-
• Source de S - idem.
• Source de fluide - idem.
• Moteur de la circulation de fluides - pression de fluide supérieure à pression
lithostatique, et libération à la transition fragile-ductile.
• Processus de précipitation - ébullition, séparation de phase et sulfuration dans
l'encaissant.

4.3.6. Les systèmes hydrothermaux transitionnels


La classification des systèmes hydrothermaux selon leur type de fluide donne un
aperçu de la diversité des processus de minéralisation, mais montre aussi que de
nombreux systèmes ont des caractéristiques communes. Dans la plupart des cas, une
source de fluide semble être dominante, même si elle peut ne pas être à l'origine de
l'ensemble des minéraux d' intérêt. Dans cette section, cependant, nous présentons
deux types important de gisements qui ne rentrent dans aucune de nos catégories,
soit parce qu'ils ont clairement un caractère transitoire, soit parce qu'ils ne sont pas
suffisamment connus pour qu'on puisse s'assurer de leur classification.

Les gisements d'or de type Carlin

• Description
Les gisements d'or de type Carlin dans le district de Carlin au Nevada (États-Unis)
représentent environ 8 % de la production mondiale actuelle. lis comprennent
certains des plus grands ou plus riches gisements d'or au monde, tels Post-Betze-
Screamer, un corps minéralisé unique et continu contenant environ 1 250 tonnes
Au, Gold Quarry (600 tonnes) et 1\vin Creeks (500 tonnes). Ces gisements sont très
pauvres en Ag, mais ils ont des quantités importantes d'As, Sb et Hg, dont seul Hg
est récupéré. Les teneurs varient depuis 1 git jusqu'à 20 git dans quelques gisements
de type Carlin. Des gisements de plus petite taille ont été trouvés en Chine et en Iran.
Les gisements de type Carlin du Nevada se trouvent dans une série de roches
sédimentaires paléozoïques Je long de l'ancienne bordure ouest du continent
nord-américain. Leur répartition est étonnamment linéaire, la plupart des gise-
ments étant regroupés Je long des quatre axes minéralisés qui pourraient être des
réactivations des structures de rift du socle (figure 4.19a). L'essentiel de la miné-
ralisation a eu lieu pendant l'Éocène, lorsque la région a connu une importante
activité volcanique et intrusive.

134
4.3 • Les principaux exemples de gisements hydrothermaux

(a)
,_
c;.rcW

I*
0
'-
..- .*......-
Mt•O

Figure 4.19 - Les gisements d'or de type carlin.


(a) Carte montrant les alignements des gisements de type Carlin. (b) Gisement
de vista 1 montrant le minerai oxydé en clair. (c) Échantillon de minerai du gise·
ment de sédiments carbonés avec un peu de pyrite de Betze·Post·Screamer.
(cf) Électronographie à balayage (électrons secondaires) d'un grain de pyrite
du gisement de type Carlin de Meikle. Le grain mesure 200 micromètres de
diamètre et présente un cœur dépourvu d'arsenic et une bordure tardive avec
des zones de croissance comportant différentes teneurs d'As (les tons les plus
clairs indiquent les plus fortes teneurs en As). Les teneurs en or, mesurées
par spectromètre de masse à source plasma avec un dispositif d'ablation laser
sont indiquées dans des cercles. Notez les quantités d'or très faibles au centre
et significativement plus élevées dans les surcroissances riches en arsenic.
(Photographies de Z. Ye; analyses de S. Chryssoulis).

"
'8
g Malgré leur grande taille et localement des teneurs élevées, la plupart des échan-
il tillons de minerais des gisements de type Carlin ne sont pas très impressionnants. Un
~ bon échantillon de minerai, titrant plus de 28 git Au ressemble à un mudstone carbo-
~
• naté à grain fin (figure 4.19b). Par rapport aux roches semblables dans Je voisinage
.!eimmédiat mais ne contenant pas d'Au, l'échantillon de minerai contient nettement
moins de carbonates et éventuellement plus de minéraux argileux. L'examen micros-
Ï copique montre que les minéraux carbonatés d'origine dans Je mudstone ont été
~ dissous, que les silicates d'origine ont été altérés en argiles et que de la silice a été
, localement ajoutée à la roche. De plus forts grossissements montrent que la pyrite
J diagénétique a été plus ou moins recristallisée et présente des surcroissances, tandis
" qu'une nouvelle génération de pyrite a localement été ajoutée. De plus, la pyrite est

135
Chapitre 4 • Les gisements hydrothermaux

une variété exceptionnellement riche en arsenic et l'Au est presque entièrement en


solution solide dans ces minéraux, grâce à l'incorporation de l'arsenic dans Je réseau
de la pyrite (figure 4.19c). Dans certains endroits, orpiment, réalgar et stibine sont
également présents, mais leur abondance n'est pas corrélée avec la teneur en or.
Les gisements de type Carlin sont ainsi des zones de roches carbonatées qui
ont été en partie ou totalement décarbonatées, « argilisées » et silicifiées et dans
lesquelles l'or est presque exclusivement présent dans de la pyrite. Ils sont situés
dans ce qui semblent être des horizons favorables dans les séries du Paléozoïque,
dans la plupart des cas sous une faille de chevauchement régional où la combi-
naison d' une lithologie appropriée et d'une zone sus-jacente contraignant la
circulation hydrothermale a permis une importante minéralisation. Les carbonates
lessivés des roches forment des veines autour de certains gisements, et la silicifi-
cation, aboutissant parfois au remplacement complet du calcaire pour former des
« jaspéroïdes », est fréquente. Ce n'est pas un guide particulièrement fiable des
zones à exploiter. Le contrôle structural de la minéralisation est visible à l'échelle
du gisement, où les failles semblent avoir permis la remontée des solutions hydro-
thermales dans la zone de minéralisation.

~RT 4.11 !:exploration des gisements de ty pe Carlin


les gisements de type Carlin sont notoirement difficiles à reconnaître sur le
terrain. l'or qui est libéré lors de l'altération de la pyrite contenant l'arsenic
est porté par des grains beaucoup trop fins pour être vus dans une batée. les
premiers prospecteurs ont trouvé de l'or dans la région de Carlin, mais il prove·
nait de veines qui n'étaient absolument pas liées aux minéralisations de type
Carlin, et la plupart des prospecteurs ont quitté la région. la longue histoire de
la façon dont l'or a finalement été trouvé donne une bonne leçon des récom·
penses que peuvent apporter la ténacité et un encouragement à poursuivre les
essais, même s'ils nous éloignent des pratiques traditionnelles.
l'histoire de l'or des gisements Carlirn a commencé à la fin des années 1930,
quand l'USGS a rapporté un minerai qui ne se distinguait pas des roches stériles
de la mine de Gold Acres - qui allait devenir la Cortez Trend. En 1946, de l'or est
trouvé dans le minerai d'antimoine de la mine de Bootstrap à l'extrémité nord
de ce qui allait devenir la Carlin Trend. Par la suite, l'étude cartographique du
nord du Nevada, réalisée par Ralph Roberts et d'autres géologues de l'USGS,
a mis en évidence un front de chevauchement régional recouvrant des roches
carbonatées avec une vaste silicification, fournissant un cadre pour l'exploration
géologique. Dans les années 1950, la prospection et l'extraction minière à petite
échelle dans la région ont montré un potentiel pour l'or dans ce qui ressemblait
à de la roche stérile, essentiellement au Bootstrap et au gisement de Blue Star, à
proximité. En 1961, John et Alan Uvermore Coope de Newmont ont commencé
à explorer la région et ont trouvé sur de grandes zones des teneurs en or d'au
moins 1 g/t dans des échantillons allant de roches sllicifiées à poreuses. En 1962,
après beaucoup de cartographie et d'échantillonnage, le troisième forage sur le
gisement de Carlin recoupe - 30,S m oie roches présentant une teneur moyenne

136
4.3 • Les principaux exemples de gisements hydrothermaux

de plus de 31 g/t. l'échantillonnage qui suivit met en évidence des échantillons


en surface affichant des teneurs allant jusqu'à 62 g/t suivant l'extension du gise·
ment de Carlin. le fait que des échantillons avec de telles teneurs aient pu rester
inconnus jusqu'en 1960 est une démonstration de la nature« invisible» de l'or de
Carlin. Une longue histoire de cette découverte, écrite par Alan Coope, est dispo·
nible sur Internet à l'adresse suivante: htrp://www.nbmg.unr.edu/dox/sp13.pdf
la découverte de Carlin a stimulé l'expl·oration qui a ramené plus de 1 500 tonnes
d'or dans au moins 26 gisements le long de la Carlin Trend, et au moins autant
dans les autres «trends ». la reconnaissance de ces «trends » a conduit à
l'application généralisée de « trendologie » dans l'exploration dans le nord du
Nevada, qui a été étonnamment efficace. l'absence d'auréoles géochimiques
fiables autour de ces gisements et l'absence d'indicateurs géophysiques impli·
quent que l'exploration donne lieu à de nombreux forages. Comme le prix
de l'or a augmenté et les tests sont devenus plus sensibles, les «trends»
continuent de croître.

• Origine
Il a été difficile de recueillir des informations sur la nature et la source des fluides
minéralisateurs des gisements de type Carlin parce que Je minerai à des grains fins
difficiles à étudier par des méthodes conventionnelles. Quelques gisement.s contien-
nent du quartz qui présente de suffisamment gros grains pour permettre l'étude
des inclusions fluides, et ces dernières indiquent des températures d'environ 180 à
240 °C, ce qui est généralement compatible avec la stabilité des assemblages des
sulfures. Le manque de témoins d'ébullition est un argument en faveur d'une mise
en place profonde, à au moins 3 km. La salinité des fluides était probablement infé-
rieure à 4 à 6 % équivalent Na Cl, et la teneur en C0 2 était probablement inférieure
à quelques pour cent molaires. Malheureusement, ces informations nous présentent
un ensemble assez classique de données qui pourraient indiquer différentes origines,
et les analyses isotopiques n'apportent pas de solution. L'analyse isotopique de J'oxy-
gène du quartz apporte un large éventail de valeurs de 0 à 25 pour mille qui autorise
de multiples sources de fluide et les compositions isotopiques du S varient de -4 à 13
pour mille autorisant une source magmatique ou sédimentaire.
Actuellement, il est généralement admis que les gisement.s de type Carlin se
~ forment lorsqu'un fluide relativement acide envahit des roches sédimentaires réactives
g riches en carbonates et dissout les carbonates, altère les silicates en argiles, et dépose
il de l'or. Deux modèles de source ont été proposés. Dans Je modèle magmatique, Je
j fluide qui s'échappe d' un magma, à environ JO km de profondeur, se sépare en une
~ phase vapeur contenant l'or et une saumure contenant du fer. La vapeur percole vers
~ Je haut et l'absence de fer (resté dans la saumure) lui permet de refroidir sans que
·• la pyrite ne précipite, ce processus ayant vidé progressivement la vapeur de son or.
J Dans Je modèle sédimentaire adverse, l'or serait libéré de la pyrite diagénétique dans
~ les roches sédimentaires carbonées par des fluides d'origine indéterminée, peut-être
, métamorphique ou de bassin. De nombreux gisement.sen Chine, qui sont situés dans
J des bassins sédimentaires sans évidence d 'activité magmatique, s'expliquent particu-
" lièrement bien avec un modèle impliquant des fluides de bassin. Les deux modèles

137
Chapitre 4 • Les gisements hydrothermaux

n'interdisent pas un mélange important avec de l'eau météorique durant les derniers
stades de la minéralisation.
La précipitation d'or implique probablement un mélange avec les eaux météo-
riques résidentes et une réaction avec l'encaissant, principalement par sulfuration.
Dans certains gisements, la sulfuration est clairement indiquée par les relations Fe-S.
Les analyses montrent que la quasi-totalité du fer, dans les minerais à forte teneur en
or, est dans la pyrite. Au contraire, la majeure partie du fer dans la roche stérile est
dans les minéraux sédimentaires d'origine. Comme les échantillons stériles et riches
contiennent la même quantité de Fe total et comme Je seul minéral porteur de soufre
est la pyrite, du soufre doit nécessairement avoir été introduit dans la roche, sulfu-
rant Je Fe pour former la pyrite. Si for avait été transporté sous forme de complexe
bisulfuré dans la solution de sulfuration, cela l'aurait déposé. Dans d'autres gise-
ments, les relations Fe-S ne sont pas aussi claires, et Je Fe nécessaire à la sulfuration
et la précipitation d'or pourrait être liée à un second fluide. Le processus serait alors
essentiellement un mélange de fluides. Quel que soit Je mécanisme exact de dépôt, la
présence d'or en solution solide dans la pyrite (plutôt que d'or natif) signifie que for
pourrait avoir été déposé à partir d' une solution sous-saturée en or natif. Cela aurait
rendu Je processus de minéralisation plus efficace et pourrait expliquer la grande
taille et les teneurs relativement élevées des gisements de type Carlin.

Synthèse - Gisements de type Carlin


Source de métaux - un magma ou la pyrite des argiles carbonatées.
Source de S - Fe de l'encaissant, distal ou proximal.
Source de fluide - magmatique ou sédimentaire (du bassin) avec implication
possible d'eau météorique.
Moteur de la circulation de fluides - magma profond ou processus du bassin.
Processus de précipitation - sulfuration du fer dans l'encaissant aidée par Je
mélange, la dilution et Je refroidissement du fluide.

Les gisements IOCG (Iron Oxide-Copper-Gold)


• Description
Les gisements hydrothermaux riches en oxydes de Fe et localement riches en Cu, Au
ou U sont connus depuis de nombreuses années, mais il a fallu attendre la décou-
verte du gisement géant d' Olympic Dam (sud de l'Australie), comptant 78 Mt Cu,
3 kt Au et 2 Mt U (encart 4 .8), pour que les géologues réalisent les similitudes
entre les gisements de ce type et les classent comme gisement de type « IOCG ».
Malheureusement, cette nouvelle catégorie a rapidement inclus tant de gisements
qu'au début du xxi• siècle, elle présentait un éventail déconcertant de caractéris-
tiques. À une extrémité, Olympie Dam, situé dans des brèches hydrothermales
riches en hématite, en forme d'entonnoir, et formées par fracturation progressive et
polyphasée et par altération de la partie supérieure d'une intrusion granitique. Ce
gisement contient plus de 30 sulfures, sulfosels, oxydes, carbonates natifs de Cu,

138
4.3 • Les principaux exemples de gisements hydrothermaux

U, Au, Ag, Ni, Co, à la fois dans les veines, disséminés, en patchs irréguliers et en
remplissage de brèches, associées à une altération intense Ca-Na, Fe et K. À une
autre extrémité, Je gisement de fer géant de Kiruna (864 Mt Fe) en Suède, composé
presque exclusivement de magnétite et d 'apatite, sans Cu ou autres métaux. Kiruna
a la forme de plusieurs lentilles parallèles à la fabrique régionale dans une série
de roches volcaniques intermédiaires à felsiques d'âge Protérozoïque. Il est entouré
d'une zone d'altération hydrothermale constituée d'assemblages de chlorite, biotite,
amphibole et ftuoro-apatite. La seule roche intrusive évidente dans Je voisinage est
plus jeune que la minéralisation, comme en témoignent la chronologie relative et la
présence d'enclaves de minerai massif de magnétite-apatite.
Quelque part entre ces deux extrêmes, on trouve des gisements comme Vergenoeg
(SS Mt Fe) en Afrique du Sud, où une pipe de ftuorite-fayalite-ilménite-magnétite,
avec quelques rares sulfures et un enrichissement en terres rares, recoupe les granites
du complexe de Bushveld, et Raul-Connetable (42S kt Cu, 238 Koz au) au Pérou, où
de la magnétite massive, avec des sulfures de cuivre et un peu d'or, est associé à une
altération albite-scapolite-amphibole-hématite.

IOCG magmato- ·-,::=:"'...=:"" Porphyre


hydrothermal --·--
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Couverture

Cu, Au ± Co± Ag± U

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s
~ Figure 4.20 - Illustration schématique comparant le minerai et le zonage de l'altération
dans les gisements IOCG (à gauche) et dans les porphyres de cuivre (à droite).
·~ Modifié d'après Richarson et Mumin, 2013.

1
~ Récemment, l'opinion a convergé vers l'idée que les gisements IOCG pouvaient
, être divisés en deux groupes. Un group e comprend les gisements de magnétite-
) apatite tels que Kiruna et Malmberget en Suède, Pea Ridge et Benson Mines dans
" Je Missouri (États-Unis), El Laco au Chili et Cerro Mercado au Mexique, qui se

139
Chapitre 4 • Les gisements hydrothermaux

composent de magnétite massive et apatite dans des roches volcaniques felsiques


sous-marines ou subaériennes. Une altération hydrothermale associée est présente
mais n'est pas intense ni clairement zonée. L'autre groupe, connu sous Je nom de
gisements de type IOCG sensu stricto comprend Olympie Dam, ainsi que Candelaria
et Manto Verde au Chili et Salobo au Brésil, qui ont des teneurs économiquement
intéressantes en Cu et Au, et qui sont clairement associés à des roches intrusives
felsiques à maliques, alcalines à subalcalines et présentent une altération hydrother-
male plus intense. La zonation du minerai et de l'altération n'est pas aussi évidente
que dans les gisements de cuivre porphyrique, mais elle comprend généralement de la
magnétite proximale et de l'hématite distale, qui peuvent toutes deux être associées à
Cu, Au et d'autres métaux (figure 4 .20). Les gisements précambriens de ce type, qui
sont de Join les plus abondants, ont été mis en place dans des provinces magmatiques
anorogéniques à l'intérieur des cratons. Les dépôts chiliens, d'âge mésozoïque, sont
dans une zone inhabituelle d'extension-transtension dans la cordillère côtière géné-
ralement en convergence. La prédominance des gisements IOCG précambriens a été
attribuée à la nature plus réduite des magmas de cet âge, reflet du manque général
d'oxygène dans l'atmosphère et de la rareté de sulfate dans l'océan et la crofite
océanique.

• Origine
Les modèles sur l'origine de ces gisements sont fortement divisés entre un camp
« magmatique» et un camp « hydrothermal », division qui pourrait refléter les deux
types de dépôts IOCG. Le modèle magmatique, qui a été appliqué principalement
aux minerais massifs d'oxyde de Fe-apatite de type Kiruna, implique la formation
d'un magma d'oxydes de fer immiscible, suivi par son injection dans l'encaissant ou
en surface. Il a été imaginé pour Kiruna mais a gagné en crédibilité après des études
sur Je terrain à Cerro Mercado au Mexique et El Laco au Chili, où des textures ont
été interprétées comme liées à des coulées et éruptions pyroclastiques de magnétite.
Des expériences ont montré qu'un magma riche en fer peut exister ; il existe un grand
domaine d' immiscibilité de deux liquides dans Je système silicate felsique-oxyde de
Fe. Cependant, Je magma d'oxyde de fer serait plus dense que Je liquide silicaté et
il ne pourrait remonter en surface que s'il contenait des gaz dissous qui en s'exsol-
vant formeraient une mousse de magnétite de faible densité. Le meilleur soutien, à
l'heure actuelle, pour Je modèle magmatique vient des analyses des isotopes de J'oxy-
gène qui indiquent que la magnétite se forme à des températures de 800 °C, dans
certains gisements. De telles températures sont plus vraisemblablement magma-
tiques qu'hydrothermales.
Le modèle hydrothermal semble être Je plus approprié pour les gisements IOCG
sensu stricto, bien que la confirmation de la participation de fluide soit inégale. À
Olympie Dam, l'abondante brèchification, les veines et l'altération suggèrent la
présence d'un fluide. Les inclusions fluides contiennent une saumure de basse tempé-
rature, trop froide pour être magmatique. Une source possible pour ce fluide serait
une recharge de fluides d'évaporites provenant de déserts de sel sus-jacents. D'autres
possibilités sont une origine métamorphique ou une origine liée à une circulation
profonde dans un bassin. Dans des gisements tels que Vergenoeg en Afrique du Sud

140
4.3 • Les principaux exemples de gisements hydrothermaux

et Cloncurry en Australie, les minéraux des paragénèses précoces, coexistant avec


des oxydes de fu, contiennent des inclusions fluides très salées qui s'homogénéisent
à des températures de près de 600 °C, ce qui suggère une source magmatique ou, à
défaut un fort chauffage magmatique.
À l'heure actuelle, les gisements IOCG desservent leur classification de transition.
En apparence, Je modèle hydrothermal prévaut dans de nombreux gisements IOCG
sensu stricto, mais l'origine des fluides n'est pas claire et la source de fer encore plus
incertaine. Pour les gisements de type Kiruna, il n'y a pas eu de consensus, et on peut
attendre une poursuite de la controverse entre partisans du modèle hydrothermal et
partisans du modèle magmatique. Avec le temps, peut être que les gisements IOCG
seront divisés en deux groupes distincts, l'un magmatique-hydrothermal, et l'autre
peut être totalement magmatique (et serait alors décrit dans Je chapitre précédent!).

Synthèse - Gisements IOCG


• Source de métaux - probablement un magma ou un fluide immiscible ou un
fluide hydrothermal.
• Source de S - systèmes pauvres en soufre, probablement origine magmatique.
• Source de fluide - magmatique ou recharge de fluides évaporitiques.
• Moteur de la circulation de fluides - flux de chaleur magmatique ou recharge de
fluides en surface.
• Processus de précipitation - refroidissement et réaction avec l'encaissant.

~RT 4.12 La découve rt·e d' une des plu s grandes mines
du monde
En 1975, des géologues de la Western Mlnlng Corporation, une compagnie
australienne de taille moyenne, conduisirent un programme d'exploration
afin de trouver des gisements sédimentaires de cuivre dans le Gawler Block
au sud de l'Australie. la cible était hasardeuse, dans le désert, sous 300 m
de jeunes formations sédimentaires, et à 1OO km du gisement connu le plus
proche. Doug Haynes, un géologue qui venait de terminer son doctorat, a
développé l'idée que les gisements de cuivre ont pu se former à partir d'une
source basaltique par l'oxydation de la magnétite. la première carotte échan·
tlllonnée recoupa une brèche de magnétite contenant de faibles teneurs en
cuivre - une prise Intéressante - mals les carottes 2 à 9 furent stériles. la persls·
tance paya, et la dixième carotte recoupa 200 m de minerai contenant 2 % Cu
et des teneurs significatives en or et uranium. l'équipe venait de découvrir l'un
des gisements les plus riches du monde, et d'un genre entièrement nouveau.
le gisement d'Olymplc Dam contient près de 8 milliards de tonnes de minerai de
culvre·uranlum-or pour des teneurs moyennes de 1 % Cu, 0,04 % U3 0 8 , 0,5 g/t Au
et 3,6 g/t Ag : Il s'agit de la plus grande ressource mondiale en uranium, le
cinquième plus grand g Ise ment d'or et l'un des plus grands gisements de cuivre. les
gisements polymétalliques sont particulièrement attractifs pour les compagnies

141
Chapitre 4 • Les gisements hydrothermaux

minières parce que les prix des métaux ne varient pas à l'unisson - le prix de
l'or par exemple a tendance à augmenter pendant les périodes de récession,
protégeant ainsi les compagnies des fluctuations du marché. La découverte de
Olympie Dam a entraîné la mise en place de nouveaux programmes d'explora·
tion pour chercher ce type de gisement et a apporté un nouveau regard sur de
nombreux gisements connus qui ont été reclassés dans la catégorie des gise·
ments d'oxyde de fer, cuivre, or (IOGG). (Pour un compte·rendu plus complet
de la découverte d'Olympic Dam, voir http://www.sdence.org.au/scientists/
interviews/w/woodall.html# 9)

4.4 CONCLUSION
Les processus hydrothermaux sont impliqués dans la formation d'un grand nombre
de gisements d'importance mondiale. Les concentrations résultent du transport de
métaux depuis un grand volume de roche à faible teneur, vers un volume limité où
les changements de conditions physico..chimiques du milieu entraînent la précipi-
tation des métaux. En recherchant la source de métal et celle du fluide, ainsi que
Je moteur de la circulation du fluide et le mécanisme de précipitation, il nous a été
possible de classer les gisements hydrothermaux en différentes sous-catégories. Les
limites entre ces sous-<:atégories sont parfois étroites, comme nous l'avons signalé
dans Je cas des gisements VMS et SEDEX. Dans tous les cas, l'eau, agent essentiel
de la géodynamique externe, véhicule les métaux et permet un véritable tri chimique.
Dans Je chapitre qui suit, nous verrons que l'eau a de nouveau un rôle central dans la
formation d'autres types de gisements, à la fois comme agent des processus sédimen-
taires et comme agent d'altération et de latéritisation.

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142
4.4 • Conclusion

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143
LES GISEMENTS FORMÉS
PAR DES PROCESSUS
SÉDIMENTAIRES
ET DE SURFACE

5.1 Introduction
5.2 Les gisements de placers
5.3 Les gisements de fer sédimentaires
5.4 Les latérites
5.5 L'altération supergène
5.6 Conclusion

1
> Connaître les principales catégories de gisements d'origine sédimentaire
> Comprendre les processus sédiment.aires et de surface qui ont permis
le$ accumulation$

5.1 INTRODUCTION
~ Nous avons choisi de regrouper dans ce chapitre plusieurs types de gisements qui se
g sont formés en surface ou à proximité de la surface terrestre. La première catégorie
!f comprend les gisements formés par sédimentation, c'est-à-dire par l'accumulation de
j grains détritiques ou par précipitation bio et/ou chimique dans les rivières, les lacs,
~ les littoraux ou les milieux océaniques de faibles à fortes profondeurs. La seconde
·~ catégorie comprend les gisement.s formés dans les zones d'altération, juste sous la
• surface, essentiellement dans les environnements tropicaux. Le tableau 5.1 résume
J ces processus et donne des exemples pour chaque type de gisement.
~
1

1
"
145
~ n
:r
!,
Tableau 5.1 - Gisements dans les environneme nts de surface.
..
V1
Substance
Cat égor ie Sous·calêgorte
extralle
Proces sus de formation Exemples
......
Gisements
de Placer
Or Au Accumulation de particules d'or
dans les rivières ou sur les plages
Californie (ttats·U nls~ Victoria
(Australie). Klo nd ike (Canada), ....
IQ

de graviers Witwatersrand (Afrique du Sud)


..;;
3
Minéraux à Zr·TI Zr·TI Accumulation de minéraux lourd
sur les plages de sables
E.st et Ouest·australlen , Afrique
du Sud, Aorlde (àats·Unl~ ..
Diamant s Diamants Accumulation de diamants dans Afrique du Sud , Namibie O'
Gisem ents « Minet te• o u lronstones Fe
des gravi ers près des côtes
Remaniement et dépôt d'oolith es Lorraine (France) , Minn esota
.....3
sédim entaires (d e type Algoman) latéritiques (t t ats· Unls) "Cl
l!l
Formati ons de fer
(de ty pe Supéri eur)
Fe Dépôts cle sédiments chim iques
riches en Fe et Si
Ham ersley (Australi e), Brésil
..
c.
Sédim ents manganlfères Mn Dépôts cle sédiments chim iques Groote Island (Au strali e) "Cl

tvaporl te sel (NaCI),


mangani fères
Évaporation, concentration et Nombreux exemples, ....g
tvaporlte
potasse (KCI)
Nitrates
précipitation de sédiments chimiques
Évaporation, concentration et
Saskatchew an (Canada)
Atacama (Chi ll e)
..
c
:;_
précipitation de sédiments chimiques
c.
« Calcrete • Uranium u Précipitation d'uranium dans Yeelerle (Australi e) 3
les environnements de surface
~
Sol latéritique produit par l'altéra!lon Jamalque, Cuba, Australie, ;;:
Gisements
latéritiques
Bauxite Al
de granites ou de sédiments argileux Les Baux de Provence (France)
Salindres (France:)
....
::;-

Enrichissement
Latérites à NI

Divers
NI

Divers
Sol latéritique produi t par l'altération
de roches ultramafiques
Augmentation des concentrations
Nouvelle·Calédonle

Divers
....
c.

~
supergène en m étaux dans la partie supérieure
des gisement s
..
;!'
n
5.2 • Les gisements de placers

Dans tous les cas, les minéraux qui sont extraits de ces gisements sont stables à
faible température dans les conditions humides et généralement oxydantes que l'on
trouve à la surface de la planète. Trois grands types de processus métallogéniques
peuvent être distingués :
1. Les gisements de placer sont des concentrations de particules érodées de miné-
raux de valeur dans des dépôts alluviaux ou éluviaux de sables ou graviers. Les
minéraux dans ces gisements sont formés initialement dans la crofite, par la
cristallisation de magmas, dans des roches métamorphiques ou par des fluides
hydrothermaux ; dans certains cas, leur concentration dans ces roches est supé-
rieure à la moyenne, comme dans les veines à or ou dans les kirnberlites à diamants,
mais dans d'autres cas, les minéraux sont accessoires et présents en concentrations
normales. Ces minéraux sont libérés de leur roche hôte mise à l'affleurement par
l'altération chimique et l'érosion mécanique. Ils sont ensuite concentrés dans des
corps minéralisés par les processus sédimentaires. Les gisements de placers à
or - dans les graviers des rivières ou dans les sables éoliens - et les gisements de
minéraux lourds à Zr et Ti - dans les plages de sable - sont des exemples typiques
de cette catégorie de gisements.
2. Dans une deuxième catégorie de gisements, des minéraux cristallisent depuis l'eau
des lacs ou des mers pour former des roches sédimentaires précipitées d'origine
chimique. Les métaux et autres minéraux de valeur dans de tels gisements sont
solubles dans l'eau mais précipitent lorsque des niveaux de saturations sont atteints
ou lorsque l'eau change de conditions physico-chimiques. Des exemples de gise-
ments de cette catégorie sont les gisements de sels qui résultent de l'évaporation
des eaux dans les lacs et les mers peu profondes, et les sédiments riches en Fe ou
Mn qui se forment lors du mélange d'eaux ayant des compositions chimiques ou
des états d'oxydoréductions contrastés.
3. La troisième catégorie de gisements est liée à la formation de minéraux qui sont
stables dans les zones d'altération intense à la surface de la Terre. De nombreux
minéraux constitutifs des roches se transforment en phases secondaires solubles
dans les eaux de surface, particulièrement dans des environnements chauds et
humides. Ces composés migrent dans les eaux souterraines, laissant unique-
ment sur place les minéraux insolubles qui deviennent de plus en plus concentrés
lorsque les autres minéraux, qui formaient la majorité de la roche, sont lessivés.
"
'8
g
il
Les bauxites (minerai d'aluminium) et les gisements latéritiques de Ni sont formés
ainsi. Un processus du même type a lieu lorsque d'autres catégories de gisements
~ affleurent à la surface : les composants solubles sont lessivés, enrichissant la
s couche résiduelle en métaux. Ce processus est appelé altération supergène.
~
·~
t
2
5.2 LES GISEMENTS DE PLACERS
~ Un gisement de placer est un dépôtde sable ou de graviers ou bien un sol contenant
, des particules érodées de minéraux de valeur. Ces minéraux sont capables de persister
J dans les environnements de surface grâce à Jeurs propriétés physiques et chimiques,
" comme l'illustre Je tableau 5.2. Ils ne sont pas forcément thermodynamiquement

147
.!> n
OO
:r
!,
Tableau S.2 - Caractéristique s physiques et chimiques des minéraux des placers
..
V1

(d'après Gamet! et Basset!, 2005)


......
Substance Denslt• Duret é Résistance ....
IQ

Minéral
convolt•e (g cm·•) <•chelle d e Mohs)
Comportement
à l'a bbrasi on2 Remarques
..;;
3

Diamant• Diamant 3.5 10 cassant 1 Très dur, mal.s de densité modérée; cassant ..
O'
Or Au 15·19 2,5-3,0 Malléable Il Très dense, mou et malléable
.....3
Platine PGE 14-19 4,0·4,5 Malléable 10 Dense, assez mou et mall éable
,,
Ill
cassiterite Sn 6,0-7,0 Cassant 6
..,,
c.

Rutile Tl 4,2 ·4,3 6·6,5 cassant 3 Mi néral lourd des plages de sables
....g
Zircon Zr 4,7 7,5 cassant 2 Minéral lourd des plages de sables ..
c
:;_
Monazite Th, REE 5· 5,3 5·5,5 cassant 9 Minéral lourd des plages de sables c.
3
llménlte Tl 4,7 5,5·6,0 cassant 8 Minéral lourd des plages de sables ~
;;:
Grenat Abrasifs 3,5·4,3 6,5 - 7,5 cassant 4 Minéral Industriel ....
::;

~
1. Minéraux arranges par ordre de durie de vie dans un environnement fluvial.
2. Résistance à l'abr ~lon par test• baU·mlll •en laboratoire.
....
c.

..
Ol'
n
5.2 • Les gisements de placers

stables, mais leur cinétique de réaction est très lente. Prenons fexemple du diamant
qui, même s'il est thermodynamiquement instable à basse pression (James Bond
avait tort, les diamants ne sont pas éternels), perdure suffisamment longtemps pour
être transporté depuis sa source kimberlitique jusqu'à son site de dépôt parfois dans
des graviers au large. Les autres minéraux exploités dans les placers sont l'or, que
l'on trouve sous forme native ou métallique, des oxydes et silicates comme Je rutile,
l'ilménite, Je zircon et la monazite, qui sont sources de Ti, Zr, Nb et d'autres métaux
dit «de haute technologie». L'uraninite est stable uniquement sous des conditions
réductrices comme celles qui existèrent dans l'atmosphère, les océans et les rivières
pendant la première partie de l'histoire de la Terre et les placers de ces minéraux se
sont formés exclusivement pendant l'Archéen et Je Protérozoïque inférieur.
Le diamant, l'uraninite et les oxydes de Zr-Ti ont une dureté intermédiaire à extrê-
mement forte, qui leur permet de résister à l'abrasion lorsque les grains sont arrachés
de leur roche mère et transportés Je long des rivières ou par les courants littoraux.
L'or est bien sfir très mou, mais il est également très malléable et ductile, ce qui lui
permet de perdurer au cours du transport sédimentaire.
En plus d'être résistants dans les environnements de surface, les minéraux d'in-
térêt dans les gisements de placers sont significativement plus denses que la plupart
des autres minéraux transportés dans les processus sédimentaires. C'est cette carac-
téristique qui permet à ces minéraux d' être triés et extraits des matériaux détritiques
ou des fragments de roches et de se concentrer dans les gisements. Le tableau 5.2
présente un certain nombre d'exemples. Ainsi, Je diamant n'est pas beaucoup plus
dense que les minéraux détritiques comme Je quartz ou Je feldspath, et c'est seule-
ment son extrême dureté qui lui permet d'être accumulé. À l'opposé, l'or a une densité
six fois plus grande que celle des minéraux communs et avec de tels contrastes de
densité, le courant des rivières trie même des particules d'or très fines et produit
des gisements de placer qui contiennent des concentrations plusieurs milliers de fois
supérieures aux concentrations normales de la crofite. Le tri des minéraux modéré-
ment denses comme Je zircon ou Je rutile est moins efficace et les gisements de ces
minéraux sont beaucoup moins concentrés, normalement JO à 100 fois plus concen-
trés que les roches de la crofite pour Je Zr et Je Ti.

,, 5.2.1 Les placers à or


'8
g L'or libre, terme utilisé pour décrire les particules d'or natif (élémentaire) dans les lits
~ des rivièresb, esét facileme nt ebxtrîtait pàar les mine(urs en ut iiisah~t d_esdmébothodes si mples
S comme 1a 1
att e, ou 1es « 01 es canaux » un sirop e c assis e 1s sur 1eque1
~ circulent des boues de graviers et sables comportant de for, des réglettes ou des tapis
-~ sur Je fond de la boîte collectant les particules d'or). Cette facilité d'extraction a fait
• que les gisements d'or alluviaux ou de placer ont été exploités par de nombreuses
J sociétés primitives, parmi lesquelles les romains, qui en 25 av. J.-C. ont commencé
~ une extraction d'or qui a duré près de deux siècles après avoir conquis la région de
, Las Medulas en Espagne. La découverte de gisements de cette catégorie a entramé
J les «ruées vers l'or » aux États-Unis, en Australie et au Canada. Les légendes de
" mineurs ayant fait fortune en trouvant d' énormes pépites ont attiré des centaines de

149
Chapitre 5 • Les gisements formés par des processus sédi mentaires et de surface

milliers de prospecteurs dans les champs d'or alluvial de Californie, de Victoria et


de Klondike dans Je Yukon. Les exploitations de ce type continuent actuellement
dans de nombreuses parties du monde, notamment en Amérique du Sud, où l'utili-
sation de cyanure et mercure pour extraire l'or provoque une pollution considérable
des rivières.
Les paléoplacers continuent de contribuer de façon significative à la production
mondiale d'or, même si un seul grand gisement est exploité : Witwatersrand en Afrique
du Sud (figure 5.1). Les paléoplacers de Witwatersrand constituent le plus grand stock
connu d'or sur la planète, et ont produit près de la moitié de l'or ayant été extrait. La
production est désormais en déclin, car les minerais riches et proches de la surface
ont été épuisés et la mine exploite des niveaux profonds. En 1970, Witwatersrand
produisait 50 % de l'or mondial, mais en 2013 sa contribution n'était plus que de 5 %.
La Chine est maintenant Je premier producteur mondial, suivi des États-Unis et de la
Russie, tous exploitant principalement des gisements qui ne sont pas des placers.

Les placers à or récents


Les placers à or récents consistent en des accumulations de particules d'or dans des
graviers, des sables ou des sols quaternaires et tertiaires, et dans Jeurs équivalents
consolidés. Deux grands types de gisements peuvent être distingués : (1) les gise-
ments alluviaux, dans lesquels l'or est transporté par les rivières ou les courants
littoraux puis séparé des autres minéraux par l'action de ces courants ; et (2) les
gisements éluviaux, dans lesquels l'or reste plus où moins en place sur Je site d'af-
fleurement du gisement primaire tandis que les autres minéraux sont lessivés. Un
type de gisement de type éluvial se forme sur la pente des reliefs immédiatement en
dessous des veines à or à l'affleurement : les glissements par gravité, et/ou l'action
du vent ou de l'eau libèrent. les composants les plus légers et ne laissent. sur place
que les denses particules d'or. Un autre type de processus forme des placers dans
les plaines désertiques, où les vents et les inondations occasionnelles chassent les
minéraux solubles ou peu denses.
Dans Je cas des placers alluviaux formés dans les lits des rivières, les processus
hydrauliques concentrent l'or là où la vitesse du courant diminue notablement ou
bien là où des courants de vitesses contrastées ou de styles différents (laminaire ou
turbulent) sont juxtaposés. Par exemple des placers se forment dans les bancs de
sables et de graviers à l'intérieur des méandres, sous les chutes d'eau et les rapides
descendant des grands rochers, dans les lits des rivières, sous les couverts végétaux,
Je long des lignes de rivages sur les plages, et au niveau d'autres sites de piégeage
comme des fractures ou de rides dans Je lit des rivières. Dans tous ces contextes, les
particules les moins denses et les plus fines sont transportées Join du site de gisement
par Je fluide à forte vitesse laissant les grains les plus denses et les plus gros dans les
zones de faible courant. Dans l'exercice 5.1, vous devrez identifier les sites de gise-
ments d'or dans un système fluvial adjacent à une chaîne de montagnes.
L'or dans les gisements de placers est presque entièrement sous forme métallique
et se trouve en grains de tailles très variées, depuis de minuscules particules jusqu'à
des grands pétales ou de grandes pépites. « Welcome Stranger » la plus grosse pépite

150
5.2 • Les gisements de placers

jamais trouvée, mesure 61 cm par 31 cm et pèse environ 70 kg. Cette pépite a été
découverte accidentellement sur une piste à charrette dans Je Victoria, en Australie
en 1869. L'or dans les placers est très pur: il s'agit habituellement d'un alliage
comprenant 80 à 85 % d'Au, Je reste étant principalement de l'Ag. Là où les veines
à l'origine des placers peuvent être localisées, on remarque que l'or des placers est
généralement plus pur que l'or des veines. La purification a lieu en partie par oxyda-
tion lorsque l'or est exposé à la surface car l'argent est plus soluble que l'or dans ces
conditions. Cependant, de fines couches d'or très pur (98-99 %) entourent fréquem-
ment les particules et les pépites d'or dans les gisements de placers, ce qui a fait
émettre l'hypothèse que les pépites continuent de croître au sein même des placers
par un processus du typ e dissolution-précipitation.

~RT 5.1 Les grandes ruées ve rs l'or, filon s, et glaciations


Les légendes de mineurs ayant fait fortune en trouvant d'énormes pépites ont
attiré des centaines de milliers de prospecteurs dans les champs d'or alluvial de
Californie, de Victoria et de Klondike dans le Yukon. Dans ces zones, qui sont
localisées à proximité ou dans des chaînes de montagnes récentes, les particules
d'or ont été initialement formées dans des filons (voir chapitre 4), et ont ensuite
été concentrées dans les lits des rivières qui parcourent ces régions escarpées
et montagneuses. Une autre sous· cat~gorie de gisement de placer comprend
ceux formés par l'action du vent et cles rivières temporaires dans les déserts
de sable des plaines plates et arides autour de Kalgoorlie et Coolgardie en
Australie, entraînant une ruée vers l'or dans cette région au début du XX" siècle.
Dans ce cas, l'or provient d'énormes gisements des ceintures de roches vertes
archéennes de la région (voir chapitr·e 4), qui depuis ont été continuellement
exploitées. À l'inverse, de grands et riches gisements situés dans les ceintures
de roches vertes du Canada comme celles autour de Timmins ou Kirkland Lake,
ne sont pas associés à de nombreux gisements de placers d'or et n'ont entraîné
des ruées vers l'or que très mineures. Cette différence peut en partie être expli·
quée par l'hostilité du climat l'hiver qui a dissuadé les prospecteurs, mais il faut
surtout considérer la topographie douce par laquelle les rivières descendent très
calmement et qui ne permet que peu ou pas la formation de placers qui pour·
raient concentrer l'or. la douceur de ces reliefs est liée à la présence de glaciers
continentaux qui ont abrasé la région et les anciens placers lors des dernières
périodes glaciaires, récemment à l'échelle des temps géologiques.
Certains gisements de placers n'ont pas permis de trouver le filon source,
comme dans le cas de Klondike, qui a fourni près de 300 tonnes d'or à partir
de placers mais quasiment rien dans les veines associées. Cependant, une
exploration récente au sud de Klondike a permis d'identifier plusieurs zones de
gisements d'or orogéniques qui pourraient correspondre aux sources de l'or de
Klondike. En fait, il est surprenant que les gisements de placer de Klondike exis·
tent et n'aient pas été rabotés par les dernières glaciations. Cela s'explique par
le fait qu'une portion de la Cordillère Nord Américaine comprenant une grande
partie du Yukon et de l'Alaska n'a pas été englacée. l'abondance de placers à or
en Alaska est souvent citée comme raison majeure au peuplement rapide de cet
état après qu'il ait été acheté à la Russie.

151
Chapitre 5 • Les gisements formés par des processus sédimentaires et de surface

r- Exercice 5.1 - Prospection de gisements de placer

Une veine d'or située à mi-pente sur une montagne, identifiée par le symbole€;
alimente en or tout un système.fluvial. Indiquez sur la figure ci-dessus (1) les
localisations probables de quatre gisements de placers à or où vous souhaite-
riez acheter des concessions et (2) la localisation d'un gisement éluvial.

Éléments de solution. Relisez Je paragraphe précédent sur les placers à or récents. )

Les conglomérats à galets de quartz et les paléoplacers pyritiques


Les conglomérats à galets de quartz et les paléoplacers pyritiques, dont les gisements
de Witwatersrand Basin en Afrique du Sud sont des exemples, se sont formés dans
des réseaux anastomosés et des éventails alluviaux pendant Je Paléoprotérozoïque.
Les conglomérats (figure 5.2) consistent en des galets bien arrondis de quartz, silex,
et localement pyrite, dans une matrice de quartz, mica, chlorite, pyrite, et fuchsite
(variété de muscovite verte contenant du chrome). Ils contiennent de l'or natif, de la
pyrite et d'autres sulfures, arséniates, sulfosels, de l'uraninite (UO:z), de la brannérite
(U4+,Ca)(Ti,Fe3 +>z06 , des concentrations traces d'alliages d'éléments du groupe du
platine et du pyrobitume en proportion non négligeable. L'or natif est principalement
contenu dans la matrice du conglomérat,. mais des concentrations mineures en or se
trouvent également dans la pyrite et dans les autres minéraux sulfurés. Deux types
morphologiques d'or peuvent être distingués : des grains bien arrondis qui ressemblent
aux petites pépites que l'on trouve dans les placers récents, et des agrégats irréguliers
de cristaux automorphes, qui ressemblent à de l'or d'origine hydrothermale.

152
5.2 • Les gisements de placers

La figure 5.1, une carte simplifiée de Witwatersrand Basin, présente la disposition


(1) des sables et conglomérats des groupes et Central Rand et West Rand qui contien-
nent les chenaux de conglomérats aurifères ; (2) des basaltes effusifs sus-jacents de
Venterdorp Supergroup qui ont protégé les chenaux del'érosion ; et (3) des granites
et ceintures de roches vertes alentours, qui ont probablement été les sources d'or.
Les sédiments des séries Central Rand et West Rand se sont déposés entre 2,8 et
3,0 Ga en marge d'une mer épicontinentale dans Je système fluviatile anastomosé qui
a érodé les matériaux des reliefs alentours.

300km
? ....... _..,_ .......
,---
PIETERS8URG
BLOCK

---
?

26

S0VTH AFRICA

LESOTHO
<2.6 Ga couverture
Vente<sdorp Supergroup
Pongola Supetgroup
<:Miral Rand Group
West Aand/Oomlnoon Groupe
>2.8 Ga graMolde •
22 E 26 e 28'E >2.8Ga 11x:hn- -

Figure 5.1 - Carte s implifi ée du Witwaters rand basin.


Montrant la disposition centrale des conglomérats et des sables des groupes de
Central Rand et de West Rand, les basaltes effusifs du Venterdorp 5upergroup
qui ont protégé les sables et conglomérats, et les granites alentours qui ont
été les sources probables d'or (cane modifiée d'après 5chmitz et al. 2004 et
Frimmel et al. 2005).
On voit la disposition centrale des conglomérats et des sables des groupes de
Central Rand et de West Rand, les basaltes effusifs du Venterdorp 5upergroup
qui ont protégé les sables et conglomérats, et les granites alentours qui ont été
les sources probables d'or.
Carte modifiée d'après 5chmltz et al., 2004 et Frlmmel et al., 2005.

153
Chapitre 5 • Les gisements formés par des processus sédimentaires et de surface

r-
Exercice 5.2 - Extraction d'or et production de richesse
L e minerai d'or extrait des mines de Witwatersrand contient en moyenne
10 ppm Au, 30 ppm Ag et 280 ppm U. Dans les échantillons normauxde minerai
de ce gisemen~ conmie dans ceux de la plupart des gisenients d'or nwdernes,
l'or est invisible à l'œil nu. 10 ppm sont équivalents à 10 granmies par tonne
- trois tonnes de roche doit être extraite et traitée, pour recueillir un nwrceau
d'or de la taille d'un nwrceau de sucre! Expwiter un gisenient d'or produit des
mines à ciel ouvert ou souterraines énornies, et d'imposants terrils à la surface.
S'ils ne sont pas maintenus traités, et protégés, les terrils reltlchent des métaux
toxi,r;ues dans les rivières environnantes, et mênie s'ils sont reboisés et trans-
fomiés en collines recouvertes d'arbres, le processus de restauration du site est
long et pas toujours efficace. Par contre, la surface totale des sites d'exploita-
tion d'or n'est pas très étendue, environ celle d'une douzaine d'expwitations de
céréales dans le bassin parisien (qui ont égalenient des « inconvénients écolo-
giques» dans la nies ure où elles ont remplacé la forêt d'origine et où elles sont
écowgiquenient stériles car elles ne produisent qu'une espèce - de plus, elles
entraînent pour la plupart une pollution sous fornie de nitrates et pesticides).
La quantité de richesses produites par une mine d'or est plusieurs ordres de
grandeur supérieure à celle produite par une exploitation céréalière. De son
côté, l'extraction artisanale d'or pollue les rivières en Aniéri,r;ue du Sud. D 'un
point de vue social, environ 200 mineurs nieurent chaque année dans les mines
d'or d'Afrique du Sud, et la santé de milliers d'autres est rongée par la silicose
et d'autres maladies contractées en vivant au fond des mines. Une partie de l'or
produit dans les mines est réellenient utilisée dans l'industrie (les ordinateurs
que nous utilisons pour écrire ce livre en contiennent près d'un demi-granmie),
mais l'essentiel de l'or que nous extrayons reste enfermé dans les coffres des
banques centrales ou bien est utilisé en joaillerie, particulièrenient en Inde où
ce niétal est très prisé. I.:or est un « n iétal de crise », un refuge que les inves-
tisseurs convoitent en temps de turbulences économiques. En 2008-2009, les
prix du fer et des niétaux de base ont plongé tandis que celui de l'or a approché
des records historiques. Conmient équilibrer les aspects positifs et négatifs de
l'exploitation de l'or ? Discutez les problémati,r;ues géologi,r;ues, économi,r;ues
et éthiques de cette activité.

Les fluctuations répétées du niveau de la mer ont changé la position de la ligne


de rivage, et ont construit une séquence de - 5 km d'épaisseur de sables, argiles, et
conglomérats. Les corps minéralisés (ici des chenaux) sont situés dans des lentilles
d'arénites à galets appartenant à une douzaine de niveaux stratigraphiques différents
du Witwatersrand Supergroup. D'autres gisements de ce type mais beaucoup plus
petits sont connus dans Je système de Tarkwaian (2,1 Ga) au Ghana, et à Jacobina, à
Bahia, au Brésil.
Même si nous avons choisi de décrire les gisements du Witwatersrand basin dans
ce chapitre sur les gisements d'origine sédimentaires, la formation de ces gisements

154
5.2 • Les gisements de placers

est encore controversée. Deux hypothèses sont en concurrence pour expliquer l'ori-
gine de l'or, Je modèle placer et Je modèle hydrothermal. Les arguments pour et
contre chacun des modèles sont résumés dans Je tableau S.3.

Tableau 5.3 - Arguments pour les modèles hydrothermaux et le modèle placer


pour la formation des gise.ments d'or de Witwatersrand.

Modèle hydrothermal Modèle de placer modifié

t:or apparait tardivement dans la Coexistance de pépites d'or arrondies


paragénèse et est associé aux zones et d'or hydrothermal
d'altération hydrothermales
Les grains de pyrite arrondis et ruraninite La morphologie, la cristallographie et
sont d'origine hydrothermale et la zonation des pyrites indiquent
postérieurs au dépôt leur origine détritique
t:or et l'uranium sont étroitement associés t:association avec le pyrobitume ne
avec du pyrobitume qui a été remobilisé concerne que ror et l'uranium remobilisé
pendant un épisode métamorphique par l'hydrothermalisme
Les couches perméables du conglomérat Important contrôle sédimentaire
ont canalisé les flux de fluides de la distribution de ror
hydrothermaux
t:or s'est déposé après le dépôt Les âges Re·Os de l'or sont plus grands
des sédiments que râge de la sédimentation
t:or s'est déposé lors du pic Le métamorphisme a remobilisé de l'or
de métamorphisme détritique préexistant
Il n'y pas de source convenable pour Les granites alentours et les roches méta-
le placer à or volcaniques vertes ont été les sources d'or

Modiflé d'après Frimmel et aL (2005).

D'après Je modèle placer, des grains détritiques d'or ont été transportés dans Je
bassin et se sont déposés dans la matrice des conglomérats. Des arguments forts pour
cette hypothèse sont la forme en pépite de quelques grains d'or et les âges Re-Os des
grains d'or qui sont bien plus anciens que l'âge du conglomérat, ainsi que Je fait que
la distribution de l'or au sein des couches ressemble à la distribution dans les placers
!! actuels.
'8
g Le modèle hydrothermal propose que des fluides chauds de H20 -C02 dérivés de
il la déshydratation lors du métamorphisme de roches volcaniques sous-jacentes au
~ bassin aient circulé Je long des horizons conglomératiques perméables et déposé for
; et d'autres minéraux dans la porosité des sédiments.
j Les arguments principaux sont que Witwatersrand n'a pas de source d'or identi-
·• fiée, contient bien plus d'or que dans les placers traditionnels, et que cet or se trouve
J au sein de pyrobitume, qui est vraisemblablement d'origine algale, et a pu précipiter
~ depuis des solutions hydrothermales.
, Les défenseurs de chaque école sont d'accord pour affirmer que des fluides
J hydrothermaux ont traversé Je conglomérat à une ou plusieurs reprises : « l'école
" hydrothermale » pense que la majorité ou la totalité de l'or a été introduit par ces

155
Chapitre 5 • Les gisements formés par des processus sédi mentaires et de surface

fluides, alors que «l'école placer »pense que ces fluides ont seulement entraîné une
recristallisation relativement mineure, et la redistribution de l'or d'origine détritique.
Cette remobilisation a fait que ce dernier modèle est souvent appelé « modèle de
placer modifié », comme nous l'appelons dans Je tableau 5.3. Chacune des écoles
a développé de nombreux arguments et aujourd'hui, malgré plusieurs décennies de
recherches et d'argumentations, œ problème n'est toujours pas résolu. Tout comme
pour un autre gisement majeur d'Afrique du Sud - Je gisement de chromite et PGE
du Bushveld (voir chapitre 3) - ni la renommée, ni l'importance économique de ce
gisement n'ont eu raison des interrogations concernant l'origine du minerai que l'on
y trouve!
En plus de son contenu en or, Je conglomérat de Witwatersrand présente un autre
intérêt pour les géologues : la figure 5.2 montre les grains arrondis de pyrite détri-
tique. Dans une atmosphère riche en oxygène comme celle que nous connaissons
maintenant, la pyrite aurait été oxydée et transformée en oxydes de fer et nous ne
la trouverions pas sous forme de grains arrondis. L'Uraninite, autre minéral dense,
pourrait former des placers aujourd'hui s'il n'était pas altéré par l'atmosphère
oxydante... On en trouve dans Je conglomérat de Witwatersrand. La présence de
pyrite et d'uraninite dans Je conglomérat de Witwatersrand et leur absence dans les
placers plus récents et actuels sont utilisés comme témoins d' une atmosphère réduc-
trice à la fin de l'Archéen et d'une transition vers des conditions plus oxydantes au
début du protérozoïque. Nous reparlerons de cet événement d'oxygénation de l'at-
mosphère dans la partie sur les fers rubanés.

Figure 5.2 - Les conglomérats de Witwatersrand.


(À droite) Photographie du conglomérat de Witwatersrand montrant les clastes
blancs et noirs de quartz et silice ainsi que les galets de pyrite (source:
S. Kesler). (À gauche) Pyrite détritique des conglomérats de Witwatersrand.
La largeur réelle de la zone photographiée est de 8 mm (photographie de
A. Hofmann).

156
5.2 • Les gisements de placers

5.2.2 Les minéraux lourds dans les plages de sable


La plupart des ressources de titane et de zirconium au monde proviennent de concen-
trations en minéraux lourds dans des plages de sables. Ces éléments, sont dits métaux
de« haute technologie» ou de« l'ère spatiale», du fait de leur grande résistance par
rapport à leur poids qui les rend adaptés à la construction d'avions, ou de navettes
spatiales, mais également de boîtiers de certains ordinateurs ou des mats des voiliers
de la Coupe de l'America. La principale utilisation du titane n'est cependant pas
en tant que métal, mais sous forme d'oxyde : Ti0 2 est Je pigment responsable de la
couleur blanche brillante d'une grande diversité de peintures, papiers, plastiques,
etc. Les terres-rares, que l'on trouve dans un nombre croissant de superconducteurs,
céramiques, batteries, aimants, dans les phosphores des télévisions, et dans les cata-
lyseurs des raffineries de pétrole, se trouvent dans les monazites, un composant
mineur des plages de sable.
Les gisements de minéraux lourds dans les plages de sable relativement jeunes
sont une source limitée en zirconium mais une source majeure de titane. Ce dernier
élément est également extrait dans les gisements magmatiques d'ilménite (FeOTiO:z)
dans des anorthosites au Canada, et sous forme d'anatase (TiO:J dans les gisements
résiduels au dessus d'intrusions alcalines au Brésil.
Les principaux minéraux utiles dans les plages de sable sont l'ilménite (FeOTiO:J,
Je Jeucoxène (de composition - Si04 TiCaO, produit de l'altération de l'ilménite), Je
rutile (TiO:J, Je zircon (ZrSi04 ) et la monazite (un phosphate de Th de terres rares).
Les concentrations en minéraux utiles sont très variables. Les gisements les plus
riches contiennent jusqu'à 50 % d' ilménite et de 5 à 20 % de rutile et zircon et 1 à
3 % de monazite ; les minerais plus classiques contiennent seulement quelques pour-
cents d'un mélange de minéraux lourds. Cependant, comme ces gisements sont près
de la surface et sous forme de sables non-consolidés, leur cofit d'exploitation est bien
inférieur à celui d'autres gisements dont on extrait Je minerai de mines profondes, et
dont on doit broyer les roches solides pour la purification.
Tous les minéraux lourds des gisements de plages de sables sont des phases
accessoires présentes en faibles quantités (< 1 %) dans les roches magmatiques et
métamorphiques normales. Les grains de ces minéraux sont relâchés lorsque la
roche est dégradée par l'altération et comme ils sont stables dans les conditions de
~ basse température des environnements fluviaux, ils sont transportés par Je courant
g des rivières jusqu'aux lignes de côtes des lacs et des océans où l'action des vagues,
~ des vents, des marées ou des courants côtiers expulsent les quartz et feldspaths plus
S légers, laissant les sables enrichis en minéraux denses de Ti et Zr (voir exercice 5.3).
~ Pour que ce processus soit efficace, un grand réservoir de roche source doit subir de
~ Jongues périodes d'érosion chimique. C'est Je cas des vieux cratons précambriens,
·• riches en granites et en gneiss qui contiennent des concentrations assez élevées en
J minéraux de Zr et Ti, et qui sont érodés jusqu'à une pénéplaine sujette à une intense
~ altération, particulièrement sous les régions tropicales. Lorsque de telles roches
• affleurent dans des chaînes de montagnes plus récentes dans des climats tempérés ou
J froid, l'érosion mécanique domine, et les minéraux lourds ne sont pas séparés aussi
" efficacement des autres composants.

157
Chapitre 5 • Les gisements formés par des processus sédi mentaires et de surface

Pour ces raisons, les plus grands gisements se trouvent autour des vieux conti-
nents stables dans les régions équatoriales, à savoir Je long des côtes australiennes,
sud-africaines et indiennes. Ces pays sont ainsi les principaux producteurs de Zr et
Ti. Des gisements plus petits et moins riches existent aux États-Unis, en Afrique
occidentale, en Malaisie et en Chine.

,-Exercice 5.3 - Estimation de la taille potentielle d'un gisement de plage


Les quantités de minéraux mises enjeu dans les gisements de plages peuvent
être gigantesques. Estinwns qu'une .roche banale, un granite par exemple,
constitue la lithowgie dominante d'un bassin versant d'environ 100 000 km2
(à titre de comparaison, celui de la Loire, qui est d'environ 117 000 km2).
Cette roche contient 0,2 % de volume de titano-magnétite, un oxyde de fer
et titane dense et peu altérable. (1) Si l'on considère que le fleuve draine les
produits de l'érosion mécanique de l'équivalent d'un mètre de roche sur tout
le bassin versant, et qu'il les libère dans un estuaire de 20 km2, quelle est
l'épaisseur de sables et d'argiles déposée ? (2) Quel est le volume de titano-
magnétite ? (3) Si le sable et les argiles sont évacués par les courants qui ne
laissent sur place que la titano-magnétite, c'est-à-dire si l'on considère la
purification/concentration totale de la titano-magnétite, estimez l'épaisseur de
la couche de titano-magnétite pure sur toute la superficie de l'estuaire. (4) Un
tel gisement vous paraît-il exploitable ?
ÉŒMENTS DE SOLUTION. Calculons tout d'abord Je volume V de roche érodé
(en km3): V= 100 000 x 0,001 = 100 km3. (1) Si ce volume sédimente dans un
bassin de surface S = 20 km2, cela représente une couche d'épaisseur E = V/ S
= 100 / 20 = 5 km. (2) Il rry a pas eu de tri et la titano-magnétite se retrouve,
dans les sédiments, en proportion équivalente à sa proportion dans Je granite.
Il y a donc 0,2 % de volume titano-magnétite, soit Vmagnétite= 0,002 x V
= 0,2 km3. (3) Si Je sable et les argiles sont évacués, la couche de magnétite qui
reste à une épaisseur Emagnétite telle que Emagnétite = Vmagnétite / S = 0,2 / 20
= 0,01 km= JO m. (4) Une telle couche rrest pas très épaisse, mais Je fait qu'on
puisse la suivre sur un domaine de 20 km2 et qu'elle soit constituée de titano-
magnétite triée et meuble rend ce gisement très attractif.
__)

5.2.3 Le s diamants alluviaux


Les premiers diamants découverts en Afrique du Sud se trouvaient dans des graviers
de J'Orange River et de ses affluents. Remonter à la source de ces rivières, a permis
de trouver d'abord la première source primaire de diamants dans les kimberlites
autour desquelles la ville de Kimberley a été construite au centre de l'Afrique du
Sud, puis les énormes plages de placers de la côte ouest du continent en Afrique du
Sud et en Namibie (figure 5.3).

158
5.2 • Les gisements de placers

' , Zimbabwe
/ ()-

,
(<3
,/
Namibie
rg

• Durban

Afrique du Sud
() klml>ertite
diamantifère
• LeCap o gi_.s lf!Uviaux
400km • Port Elrzabelh
'<:- ~-nlS
Figure 5.3 - Localisation des trois catégories différentes
de gisements de diamants en Afrique du Sud.
Les diamants primaires kimberlitiques, les gisements alluviaux dans les lits
des rivières actuelles et anciennes, et les gisements alluviaux dans des graviers
au large.
D'après Lynn er al., 1998

Les gisements de placers sont la source d'environ un tiers de la production globale


de diamants. Les plus grands gisements sont, de Join, ceux Je long des côtes occi-
dentales d'Afrique du Sud, du Cap jusqu'en Angola, mais au cours de l'histoire des
placers à diamants ont également été exploités en Inde, et de nombreux gisements
sont également exploités en Russie et au Brésil. Les gisements de placers contiennent
" normalement une grande proportion de diamants de haute qualité Uusqu'à 97 % de
~ gemmes de qualité) parce que les gros cristaux sans défaut résistent mieux au trans-
i! port sédimentaire que les cristaux plus petits avec des défauts (figure S.4).
j L'exploitation des gisements alluviaux de diamants de J'Orange River et de ses
i affluents (figure S.3 et figure S.4) se fait à plusieurs échelles, depuis l'échelle arti-
~ sanale, jusqu'à des exploitations commerciales de taille moyenne. Les plages de
·• sable sont maintenant exploitées et Je sable est trié depuis la surface jusqu'au subs-
J tratum rocheux qui est lui-même aspiré pour récupérer les minéraux dans les tissures
~ (figure S.S). Les meilleurs diamants se trouvent dans ces placers sur les substratums
, rocheux. Selon Je type de gisement, la récupération des diamants qui sont présents
J sous plusieurs centaines de mètres d'eau dans les graviers au large, nécessite un équi-
" pement plus ou moins lourd présenté dans la figure S.S.

159
Chapitre 5 • Les gisements formés par des processus sédi mentaires et de surface

Figure 5.4 - Photographies


de diamants alluviaux.
(a) Concentré de minéraux lourds
d'une plage de Namibie conte ·
nant 5 diamants. Pouvez.vous les
distinguer des grains de quartz 7
Ils sont en dessous de la pièce de
monnaie. (bl Diamants de qualité
(• gemmes ») extraits de ce type de
plage.
Source:
http://www.diamondfields.com.

Figure 5.5 - Techniques d'extraction


des diamants dans les gisements
au lar ge.
Techniques d 'extraction des
diamants dans les gisements de
plage et au large. (a) Système
de pompes utilisé pour aspirer
les derniers sédiments piégés
sur le plancher sous les plages
actuelles de Namibie. (b)
Équipement d'aspiration monté
sur un tracteur et utilisé par
un plongeur sous·marin pour
aspirer les sédiments d'une
zone active de plage. La flèche
à l'horizon montre une opéra·
tion d'extraction de sédiments
au large avec un équipement
comme celui schématisé en (c).

160
5.3 • Les gisements de f er sédi mentaires

5.2.4 Les autres placers : étain, platine, thorium-uranium


La principale source d'étain est la cassitérite (SnOi) un minéral magmatique, qui cris-
tallise dans un type particulier de granite. Ces granites, appelés« granites à étain »
ont une répartition spatio-temporelle très limitée ; ils sont très rares au Précambrien
et deviennent beaucoup plus abondants dans les périodes plus récentes. Les meilleurs
exemples sont dans la péninsule Malaisienne, et permettent à la Malaisie d'occuper
la place de premier producteur de cassitérite. Environ la moitié de ces gisements
sont dans des granites eux-mêmes, et l'autre moitié est dans des placers dans des
rivières, des plages de sable et des dépôts au large. Les éléments du groupe du platine
connaissent à peu près la même histoire. Les sources primaires sont les roches ultra-
mafiques comme celles du complexe du Bushveld (chapitre 3) mais dans certaines
régions, des pépites d'alliages de PGE libérées par l'altération et l'érosion des roches
ultramafiques ont produit des placers économiquement viables. Dans quelques cas
les sources sont des gisements eux-mêmes comme dans les complexes ultramafiques
de Sibérie ; dans d'autres cas, des ophiolites sans concentration en minerai de valeur
ont abouti à la formation de minéraux d'i ntérêt, comme en Nouvelle-Calédonie.
On trouve du thorium et de l'uranium dans les gisements du Witwatersrand qui,
comme nous l'avons évoqué précédemment, pourraient être d'origine alluviale, et
dans les monazites des plages de sables.

5.3 LES GISEMENTS DE FER SÉDIMENTAIRES


5.3.1 Introduction
Bien que la production globale de quelques substances utiles pourrait avoir passé un
maximum et connaître un déclin dès à présent ou dans un futur proche - Je pétrole
et son « peak--0il » étant un exemple - ce n'est pas Je cas pour Je fer. En 2006, la
consommation de minerai de fer était d'environ 1 400 Mt et même si l'on prend en
compte la hausse majeure de la demande entraînée par la croissance de la Chine et
des autres pays émergents, il est peu probable que la consommation annuelle dépasse
à moyen terme les 2 000 Mt/an (la proportion de fer recyclé, actuellement de 8
à JO%, est amenée à augmenter). Les réserves globales de minerai de fer (gise-
ments dont l'existence a été prouvée par forage) sont estimées à 800 000 Mt et les
~ ressources globales (dont l'existence est supposée) vaudraient plus du double de cette
g immense valeur. En divisant les réserves ou les ressources par Je taux global de
il consommation annuelle, on trouve Je temps nécessaire pour épuiser les réserves,
~ c'est-à-dire entre 400 et 1 000 ans, selon les chiffres utilisés. Combien de fer sera
;~ nécessaire à l'humanité et quels seront les procédés d'extraction et de purification
~ inventés au début du prochain millénaire ?
·• Par contre, comme pour les autres substances utiles, les gisements de fer ne sont
J pas distribués équitablement sur la surface du globe. La Chine, plus gros producteur
~ mondial, a extrait plus de 1 300 Mt de minerai de fer à partir de ses vastes ressources
, en 2013, mais c'est également Je plus grand consommateur, notamment avec sa
J demande croissante d'acier pour construire les infrastructures nécessaires à cette
" société en plein essor d'industrialisation. Actuellement, la Chine importe 750 Mt de

161
Chapitre 5 • Les gisements formés par des processus sédi mentaires et de surface

minerai chaque année, principalement d 'Australie et du Brésil. L'Inde arrive dans


une phase de ré-industrialisation, comme la Chine, mais de nombreux géologues et
politiciens p ensent que les réserves en minerai de fer sont relativement limitées dans
ce pays. La question qui se pose est donc celle de la gestion des ressources minières
et c'est l'objet de l'exercice suivant.

~RT 5.2 Exporta tion contre conse rvation


des ressources miniè res.
Politiques et conséque nces e n Austra lie et en Inde
En 2011, le gouvernement indien a interdit l'exportation de minerai de fer.
Les arguments étaient d'une part environnementaux et d'autre part que les
gisements connus dans le pays sont assez rares et modestes et doivent être
conservés pour la consommation domestique des générations futures.
Les interdictions d'exportation sont souvent dictées par la crainte d'une produc·
tion insuffisante pour répondre à sa demande domestique future. En effet, les
États·Unis ont également interdit les exportations de pétrole brut durant les
quatre dernières décennies pour cette même raison.
En Australie dans les années 1950, on pensait que les réserves de minerai de fer
du pays étaient très limitées et insuffisantes à elles seules pour l'usage domes·
tique du pays. l'exportation a été interdite ; les compagnies minières n'ont plus
eu d'intérêt à lancer des programmes d'exploration pour trouver de nouveaux
gisements et aucune nouvelle réserve n'a été mise à jour. la situation a persisté
pendant une décennie. le 15 novembre 1952, Lang Hancock, un prospecteur
et éleveur de bétail, survola les Hamersley Ranges dans la brousse du Pilbara.
les mauvaises conditions météorologiques l'obligèrent à voler à basse altitude
et ce faisant, il se demanda si les grandes bandes de roches rouges qu'il obser·
vait pouvaient être du minerai de fer. Un an plus tard, il retourna sur place et
confirma qu'il s'agissait d'affleurements en surface d'un immense gisement
de fer, une découverte qui entraîna la fondation des mines de fer de Pilbara.
L'Australie est maintenant connue pour avoir d'énormes réserves de fer et pour
être le principal exportateur mondial de ce minerai. D'où la question qui paraît
légitime : comment un gouvernement doit·il gérer les ressources minières de
son pays? Doit·il garder les ressources connues pour les générations futures
en limitant les explorations et en interdisant les exportations, ou doit·il laisser
libres les lois du marché et encourager l'exploration dans l'espoir de trouver de
nouveaux gisements ?

5.3.2 Catégories et caractéristiques des gisements de fer


Le fer, comme la plupart des autres mé taux, est exploité dans trois types de gise-
ments : hydrothermaux, magmatiques et sédimentaires. Même si l'obje t de ce
chapitre est les gisements sédimentaires, rappelons quelques caractéristiques des
gisements hydrothermaux et magmatiques. Parmi les gisements de fer hydrother-
maux, les mieux connus sont au contact d'intrusions magmatiques. Ceux au contact
d'intrusions acides (Hannover dans Je Nouveau-Mexique aux États -Unis) sont
dans des skarns liés à des solutions hydrothermales magmatiques. Ceux au contact

162
5.3 • Les gisements de f er sédi mentaires

d'intrusions basiques (Bethlehem, en Pennsylvanie aux États-Unis également) ne


sont en général pas associés à des skarns et se sont formés lorsque de l'eau météo-
rique ou interstitielle a percolé l'intrusion et en a extrait Je fer. Les gigantesques
gisements IOCG décrits dans Je chapitre précédent, contiennent également du fer.
Il existe cependant un débat sur l'origine de ce fer qui pourrait être lié à un liquide
d'oxydes immiscible. Kiruna, l'énorme gisement au Nord de la Suède et El Laco, au
Chili, sont des exemples de ce type. Il n'y a aucun doute à propos des lits de magné-
tites dans la partie supérieure du complexe de Bushveld et dans les autres grandes
intrusions qui pourraient devenir les minerais de fer de demain. Malgrè leur grande
taille, tous ces gisements sont de seconde importance face aux gisements sédimen-
taires que nous allons décrire maintenant.
Il existe plusieurs catégories de gisements de fer, comme Je présente Je tableau 5.4.
La catégorie connue comme « ironstone », « minette » ou « minerai de type
Lorraine», a été exploitée à travers l'Europe depuis Je début de l'âge de fer environ
800 ans avant Jésus-Christ. L'extraction du minerai de fer dans Je bassin de Lorraine
et des gisements de charbon environnants (nécessaires pour fondre Je minerai de fer)
dans Je nord de la France, en Belgique, et en Grande-Bretagne a nourri la révolution
industrielle. N'oublions pas que l'intérêt: allemand pour les ressources de Lorraine
fut l'une des causes de la première guerre mondiale.

Tableau 5.4 - Types de gi sements de fer sédimentaire .

(l) Les formations de fer rubané

C'est la principale source de fer. Le minerai est une roche sédimentaire composée
de sédiments lités contenant de fines lamines et un rubanem ent de bandes de silice
ou d'argile en alternance avec des bandes de minéraux ferrugineux

Types
Algoman Gisements d'âge archéen, dans les roches métavolcaniques et méta·
sédimentaires; l'origine du fer est probablement vokanique exhalative.
Supérieur Âge Protérozoîque inférieur, sur les plateformes continentales stables;
dépôt de Fe dans les eaux océaniques au moment où la concentration
en oxygène augmente dans l'atmosphère et dans les océans.
Rapitan Gisements néoprotérozoîques associés à des sédiments d'origine glaciaire.

Faciès
Oxydes Le type le plus important - le minéral ferrugineux est rhématite
ou la magnétite. Les roches sédimentaires non·modifiées contiennent
jusqu'à 30·35% Fe.
Carbonates Alternance de bandes de silice et de sidérite (FeCO:V.
Silicates Les minéraux ferrugineux sont des silicates comm e la greenalite,
la chamosite, ou la glauconite.
Sulfures Alternance de bandes de pyrite et d'argiles riches en matière organique.

(2) lronstones (« Minette» ou miner ai de type Lorraine)


(3) Encr outements ferrugineux Impurs d'origin e biochimique

163
Chapitre 5 • Les gisements formés par des processus sédimentaires et de surface

Les formations de fer sédimentaires du Précambrien


Les formations de fer sédimentaires représentent 90 % des réserves mondiales, et les
gisements sont gigantesques. Les plus grandes régions productrices sont Hamersley
Range (en Australie occidentale), Transvaal (en Afrique du Sud) Quadrilatero
Ferrifero (au Brésil), Krivoy Ro~ (en Ukraine), Labrador Trough (au Canada), et
Mesabi-Marquette Ranges (aux Etats-Unis). Chacun de ces gisements contient des
centaines de millions de tonnes de minerai ayant 30 à 65 % de fer. Strictement
parlant, Je terme «formations de fer sédimentaire» s'applique pour les roches sédi-
mentaires litées avec au moins 15 % de fer et beaucoup de quartz, silex et carbonate
interlités. Seulement les formations les plus riches en fer sont actuellement exploitées.
Les formations sédimentaires de fer contiennent des sédiments clastiques et préci-
pités chimiquement, tous deux typiques d 'environnement océanique. Ces formations
consistent en une alternance de lits de minéraux ferrifères et de silice et ressemblent
beaucoup aux fers rubanés (BIF pour Banded Iron Formations en anglais) comme
présenté dans la figure 5.6. D'autres formations sont clairement détritiques, conte-
nant des fragments de BIFs ou des oolithes formés de fer et silicates ; elles sont
connues comme les formations de fer granulaires (GIF). BIFs et GIFs sont elles-
mêmes subdivisées en quatre faciès : oxydes, carbonates, silicates et sulfures, selon
la composition de Jeurs minéraux ferrifères (tableau 5.4). La plupart des ces miné-
raux ont été formés secondairement lors de la diagénèse, d'altération hydrothermale,
ou du métamorphisme de roches sédimentaires initialement riches en fer, probable-
ment sous forme de grains fins d'hydroxydes, de sidérites et d'argiles. La silice, autre
constituant majeur des formations de fer,. est probablement récupérée depuis l'eau de
mer lors de la sédimentation des hydroxydes ferriques. Même si Je rubanement des
fers rubanés semble sédimentaire, une partie, sinon la totalité, est liée au réarran-
gement de la silice pendant la diagénèse. Le rubanement est étonnamment continu,
des couches de silex de JO à 50 mm pouvant être suivies sur plusieurs dizaines
de kilomètres dans certaines régions (Hamersley en Australie). Cette observation
semble indiquer des conditions de dépôt calmes et en eau profonde. Au contraire,
les textures sédimentaires de GIFs indiquent un dépôt en eau peu profonde, soumis
aux tempêtes et même aux vagues. Des matériaux détritiques provenant de ces envi-
ronnements peu profonds sont retrouvés dans les parties les plus profondes du bassin
sous la forme de turbidites dans les BIFs.
La plupart des formations de fer du Précambrien se sont déposées dans deux
environnements géologiques très différents qui sont à la base de leur classification
(tableau 5.4). Les formations de fer de type Algoma sont généralement associées
à des systèmes volcaniques sous-marins, et semblent avoir été déposées en eau
profonde. Elles tirent leur nom de la région d'Algoma sur Je bouclier canadien, et
plus spécialement des alentours de Wawa en Ontario ou elles ont été décrites initia-
lement. Les formations de fer de type Supérieur se sont formées en eau peu profonde
au niveau de plateformes continentales ; elles doivent leur nom aux grands gisements
de ce type que l'on trouve autour du Lac Supérieur, où les formations de fer peuvent
être suivies sur des dizaines de kilomètres et les couches se poursuivent sous Je lac.
Les formations de fer de type Algoma et Supérieur partagent leur minéralogie mais
diffèrent en texture et en composition en éléments traces. Les textures BIFs sont plus

164
5.3 • Les gisements de f er sédi mentaires

fréquentes dans les formations Algoma et leur spectre de terres rares indique une
source volcanique significative pour Je fer contenu dans les sédiments. Les textures
GIFs sont plus fréquentes dans les gisements de type Supérieur, comme on pouvait
l'attendre étant donné leur formation en eau peu profonde (même si de beaux ruba-
nements sont parfois présents) et leur signature géochimique en éléments traces ne
permet pas d'identifier clairement la source de fer. Les gisements Algoma sont en
général plus petits, comme on peut l'attendre dans la mesure où ils se forment dans
des petits bassins volcaniques contrairement aux gisements de type Supérieur formés
sur les immenses plateformes continentales.

Figure 5.6 - Photographies


de fers rubanés.
(a) Détail d'une formation
dans la mine de fer Tom Price
dans le Pilbara (Australie).
(b) Vue générale de la mine.
D'après K. Konhauser.

~ Les formations de fer sont plus abondantes dans les roches de la fin de l'Archéen
g et du début du Protérozoïque, au moment ou la Terre a connu son grand événement
il d'oxydation qui a fait passer l'atmosphère de réductrice à oxydante. Les premières
j études faites sur les formations de fer laissaient penser que cette transition pouvait
~ être à leur origine. Alors que l'atmosphère oxydait graduellement focéan, les ions
·~ ferreux saturaient l'océan se déposant en fer ferrique. Cependant, la chronologie est
• désormais mieux connue - à la fois pour les formations de fer et pour l'événement
J d'oxydation - et ce scénario ne convient plus. L'oxydation est intervenue il y a 2.4 Ga
~ alors que les formations de fers rubanés ont des âges compris entre 3.8 Ga (!sua au
, Groenland) et 1.8 Ga (Animikie, autour du Lac Supérieur). Entre ces bornes, l'es-
) sentiel des formations de fer s'est déposé entre 2.6 et 2.4 Ga, juste avant Je grand
" événement d'oxydation. Après une accalmie, une autre phase majeure de dépôt a

165
Chapitre 5 • Les gisements formés par des processus sédi mentaires et de surface

eu lieu il y a près de 1.8 Ga, et pour rendre les choses plus complexes encore, les
gisements de type Rapitan, riches en magnétite-hématite, se sont formés à la fin de
Protérozoïque il y a 0.8 à 0.6 Ga. Cette histoire pourrait avoir de nouveaux rebondis-
sements car beaucoup de formations n'ont pas encore été datées.

1.0

0.8 0.8

0.8 0.8

0 .4 0 .4
';;;'
R>2+
~0.2
'l5
z.. 0.2
i.c 0
.<=
UJ 0
UJ

- 0.2 - 0.2

- 0 .4 - 0 .4

- o.8 - o.8

8 10 12 14 0 8 10 12 14
pH pH

Figure 5.7 - Diagrammes Eh ·pH montrant les champs de stabilité


pour le fer et le manganèse.
(a) Relations de phases pour les faciès à sulfures , carbonates et oxydes dans
les formations de fer (d'après Garrels and Christ, 1965) ; (b) Champs de stabilité
pour les phases dissoutes d'oxydes de fer et manganèse montrant les condi·
tions dans lesquelles le fer précipite mais le manganèse est stable (modifié
d'après Troester, 1998)
D'après Garrels et Christ, 1965.

L'absence de corrélation entre les âges: de formations de fer et Je grand événement


d'oxydation invite à un nouveau modèle génétique. Un aspect à garder à l'esprit est
que dans les faciès à sulfure, carbonate et: silicate, les minéraux ferrifères contiennent
du fer ferreux et pourraient avoir été formés partout où des sources hydrothermales
associées à des volcans sous-marins ont pu pomper suffisamment de fer. Cependant,
les oxydes de fer sont abondants quelles que soient les formations de fer, et rendent
une oxydation nécessaire. Comme Je montre la figure 5.7, l'oxydation de fer ferreux
dissous nécessite une augmentation de pH ou de la disponibilité en oxygène. Une
hausse des taux d'oxygène est vraisemblable pour les formations de fer postérieures
au grand événement d'oxydation. La question majeure est pourquoi l'océan était
enrichi en fer ferrique à l'époque? Peut être qu'il restait stratifié et que les eaux
profondes ont conservé Je fer ferreux longtemps après l'événement d'oxydation, ou
peut être que cela n'est pas quelque chose de global mais régional (la plupart des
gisements formés il y a 1.85 Ga se trouvent Je long de ce qui devait être la marge

166
5.3 • Les gisements de f er sédi mentaires

sud de l'Amérique du Nord). La réponse n'est pas simple. Pour les gisement.s formés
avant Je grand événement d'oxydation, il y avait de grandes quantités de fer ferreux
dissous ... mais comment expliquer foxydation? Une possibilité est que l'atmosphère
terrestre ait connu plusieurs périodes brèves d'abondance d'oxygène, avant 2.4 Ga
et que les formations de fer se soient déposées à ces périodes, mais il n'y a pour
l'instant aucun indice géologique en faveur de ce scénario. Il est plus probable que
l'oxydation soit liée à des microorganismes ferro-oxydant.s anaérobies ou tolérant des
teneurs faibles en oxygène (figure 5.8). Des expérimentations suggèrent que ces deux
types de microorganismes pourraient avoir oxydé suffisamment de fer ferreux pour
former les plus anciennes des formations: de fer précambriennes.
Ainsi, l'apparition des formations de fer au moment du grand événement d'oxy-
dation est probablement contrôlée par les processus permettant l'accumulation
dans l'océan de fer ferreux, plutôt que par les processus de dépôt.s de fer. Ceci
aide à expliquer la mise en place des formations de type Rapitan apparue à la fin
du Protérozoïque, lorsqu'un épisode climatique extrême a entrainé une glaciation
globale (Terre« boule de neige»), et perturbé la chimie des océans.

Modèle général de dépôt des formations de fer précambriennes


~~~~~~~~~~~~~~~~-!

:rone de photosynthèse à oxygène


Zone de photosynthèse sans oxygène
...~~ ":~ oxydes et hydroxydes de fer

41.t.,~'l' l fe~ ct<•<10u~m


....,,,...
"''
~~ • ou "llmat;q""
'\.:~'
.....,~
~.. ,,.,,,,.~ùl'Wel!in11_
-.... ...

Figure 5.8 - Modèle génétique des formations précambriennes de fer,


présentant des zones possibles d 'oxydation , l'une aérobie l'autre anaérobie.
D'après Klein and Beukes, 1993 et Bekker et al., 2013.

Les ironstones, ou« minette», ou « petit minerai » du Phanérozoïque


~ Les ironstones du Phanérozoique se sont formés essentiellement entre J'Ordovicien
g et Je Dévonien et entre Je Jurassique et Je Paléogène, et ces minerais sont suffisam-
~ ment différent.s des formations précambriennes pour constituer une catégorie à
S part. En Europe, il s'agit des minerais de Lorraine, et aux États-Unis ces minerais
~ sont appelés « minerais de fer Clinton ». Les teneurs sont de l'ordre de 30 % de fer,
·~ soit près de deux fois moins élevées que dans Je «fer fort» des riches formations
• précambriennes des autres pays. De plus, la plupart du fer est présent dans des sili-
J cates difficiles à raffiner, et ce minerai présente de forte teneur en phosphore qui
~ complique la formation d'acier. Avec la découverte des vastes gisement.s précam-
' briens au Brésil et en Australie, l'exploitation du minerai européen est devenue non
J compétitive et les mines ont fermé les unes après les autres, la dernière ayant tenu
" jusque dans les années 1990.

167
Chapitre 5 • Les gisements formés par des processus sédimentaires et de surface

Les ironstones du Paléozoïque diffèrent des formations de fer précambriennes


par leur minéralogie : ils ne comprennent que des faciès à silicates et oxydes de fer
et peu de silice amorphe. Ils diffèrent également par leur texture, tous les gisements
étant des GIFs avec de oolithes importants. Ces minerais posent la question de l'ac-
cumulation de fer en quantité suffisante dans un océan, si cela a bien été Je cas, pour
expliquer la formation des gisements. Une possibilité serait un épisode anoxique
régional ou global pour une courte période, de tels événements s'étant produits régu-
lièrement durant Je Phanérozoïque. Cependant, les éléments traces ne permettent pas
de conclure à une origine volcanique du fer et Je fer pourrait plutôt dériver d'une forte
altération des continents et du transport des sols érodés vers les deltas et estuaires.

Les gisements des formations de fer sédimentaires


Au début de cette partie, nous avons expliqué que de nombreuses formations de fer
actuellement exploitées avaient des teneurs de 30 à 65 %, bien plus donc que les 15 %
pris pour seuil pour identifier une roche comme « formation de fer ». Si on analyse
les formations de fer les moins modifiées depuis leur dépôt et diagénèse, leur teneur
en fer va de 15 à 45 %. Les formations les plus riches sont celles contenant les lits de
minéraux ferreux les plus épais et les plus nombreux. Des gisements de ce type sont
exploités à Tilden et Hibbing aux États-Unis, et Mount Gibson en Australie. Ces forma-
tions de fer sont appelées taconites au Canada et aux États-Unis et itabirites au Brésil.
Dans les autres régions du monde, et plus particulièrement en Australie et au
Brésil, les teneurs sont plus élevées, allant de 56 à 68 % dans de nombreux gise-
ments. Ces teneurs sont beaucoup trop élevées pour être originelles, et il est évident
que ces gisements ont été « améliorés» par un processus ayant ôté de la silice ou
ajouté du fer. L'exploitation de Mesabi Range aux États-Unis a débuté par ces roches
enrichies en fer, jusqu'à ce qu'elles soient épuisées et que l'exploitation se poursuive
par les formations de fer originelles de plus faible teneur. Pendant les premières
années d'exploitation de Mesabi Range, un débat a eu lieu pour savoir si l'améliora-
tion du gisement était liée à un lessivage depuis la surface (altération supergène) ou
depuis les profondeurs par remontée d' un fluide probablement hydrothermal. Cette
deuxième hypothèse a été mise en avant après la découverte de zones de forte teneur
en profondeur, sous des formations de fer non modifiées et non altérées.
Le débat sur l'enrichissement des minerais de fer de forte teneur a connu un
rebondissement lorsque les exploitations à Hamersley Range et au Brésil ont montré
l'existence de deux types de minerais enrichis. Un premier type est constitué de
martite (pseudomorphose d'hématite dérivant de magnétite), de goethite et d'autres
hydroxydes de fer, et est exploité à Maradoo et West Angelas en Australie. Le second
type contient principalement de l'hématite, et est beaucoup plus répandu et exploité
à Whaleback et Mount Tom Price en Australie, au Carajas District au Brésil, à Goa
en Inde, à Thabazimbi en Afrique du Sud, et à Krivoy Rog en Ukraine. Une variante
des gisements de type hématite, qui contient des gros grains aplatis d' hématite, est
exploitée dans Je Quadrilatero furrifero au Brésil età Shishen-Beshoek en Afrique du
Sud. Chaque type de gisement enrichi peut avoir une taille comprise entre quelques
millions de tonnes et 2 milliards de tonnes, indiquant que Je processus d'enrichis-
sement peut être de grande échelle. On pense que les minerais de martite-goethite

168
5.4 • Les autres gisements sédimentaires: Mn, phosphates, nitrates, sels, soufre

ont été fonnés par un processus supergène dans lequel les minéraux de la gangue
(principalement la silice), ont été remplacés par de la goethite. L'origine des gise-
ments d'hématite demeure plus controversée. Certains ont probablement été fonnés
par simple soustraction de silice, laissant un volume plus petit de minerai plus
riche. D'autres ont probablement connu plusieurs événements d'enrichissement avec
soustraction de silice et/ou addition de fer, par des fluides souterrains lors du méta-
morphisme lié à l'enfouissement. Une nouvelle concentration a eu lieu dans certaines
zones où ce minerai a été érodé et resédimenté en concentrant les minéraux ferri-
fères dans les dépôts détritiques.

~RT 5.2 Minerai de fer et rentabilité


les minerais de fer enrichis d'Australie, du Brésil et d'Afrique du Sud ont une
meilleure rentabilité que les minerais non enrichis du Canada et des États·Unis.
Tout d'abord, une plus petite quantité de minerai doit être extraite et purifiée pour
obtenir la même quantité de métal. De plus, les minerais à forte teneur sont plus
faciles à extraire et nécessitent moins de processus de purification. les formations
de fer précambriennes qui n'ont pas été enrichies présentent de fortes teneurs en
silice qui doit être ôtée avant que le minerai ne puisse être utilisé dans les hauts
fourneaux et aciéries. la silice rend le minerai très dur et oblige à utiliser des outils
spéciaux pour l'extraction et le broyage. Enfin, dans ce minerai, les minéraux ferri·
fères sont très fins et souvent entremêlés d'argiles. Au contraire, dans les minerais
enrichis, il s'agit d'hématite et de goethite, molles et faciles à extraire. Certains
minerais sont assez concentrés pour alimenter directement les hauts-fourneaux.
lorsque les grains sont trop fins, le minerai est aggloméré ou tassé pour éviter
leur dissipation dans l'atmosphère lors du passage dans les hauts fourneaux.
Parmi les minerais de fortes teneurs, l'Australie a un avantage majeur car la
distance vers la Chine et le Japon est petite, et ces pays sont les principaux
importateurs de minerai de fer. Vale, le principal exportateur de minerai de fer
brésilien, a proposé des prix très compétitifs et utilise une flotte impression·
nante de navires transporteurs de minerai («minéraliers»). Affichant 400 000
tonnes, 360 m de long et 65 m de large, ces navires sont les plus grands cargos
du monde, à l'exception de quelques rares pétroliers (voir chapitre 2, Encart 2.3).

"~ 5.4
il
LES AUTRES GISEMENTS SÉDIMENTAIRES :
~ MN, PHOSPHATES, NITRATES, SELS, SOUFRE
s Les gisements lités de Mn sont formés par un processus très similaire aux formations
~
·~ de fer. Les minéraux d'intérêt, la pyrolusite, un oxyde (MnOi) ou la rhodochrosite,
• un carbonate (MnCÜ:J) précipitent depuis l'eau de mer et forment des roches sédi-
J mentaires stratifiées. Les paramètres qui contrôlent la solubilité du manganèse sont
~ comparables à ceux qui contrôlent la solubilité du fer: Je métal est soluble dans les
, fluides acides et réducteurs, et sa précipitation est provoquée par une augmentation de
J l'alcalinité ou par oxydation. Les gisements de manganèse sont souvent associés aux
" gisements de fer et dans de nombreux cas, on pense que la précipitation initiale de fer

169
Chapitre 5 • Les gisements formés par des processus sédimentaires et de surface

a laissé une eau enrichie en Mn qui a précipité par la suite alors que Je degré d'oxyda-
tion augmentait. Ce processus est observé dans la mer Noire, où des boues riches en
pyrite précipitent dans les eaux profondes fortement réductrices (euxiniques) tandis
que des oxydes de Mn précipitent dans les eaux de surface plus oxydantes.
Les gisements de Mn se sont formés à toutes les périodes. Les plus grands gise-
ments sont les corps minéralisés Protérozoïques du Kalahari en Afrique du Sud, les
gisements du Crétacé de Groote Eylandt en Australie et les gisements de rhodochro-
site de la région de Molango au Mexique.
Les phosphates sédimentaires, qui sont extraits pour servir d'engrais (source de
P), se forment sur les plateaux continentaux à faible profondeur par précipitation
directe depuis feau de mer ou par remplacement de calcaire. Les processus biolo-
giques sont des paramètres importants qui contrôlent la concentration du phosphore
dissous dans feau de mer et sa précipitation.
L'évaporation de saumures dans les lagunes ou dans les lacs produit des précipités
chimiques de halite (NaCJ) utilisée comme sel de cuisine ou pour déneiger les routes,
de sylvite (KCJ) source de potassium dans les engrais, de gypse (CaS0 4 .2H20 )
utilisé pour la formation de matériaux de construction dont Je plâtre et d'anhydrite
(CaS04 ) utilisé dans les ciments.
Les nitrates de Na etK ont une quantité considérable d'utilisations : comme engrais
(source de K essentiellement), comme carburant solide des fusées, comme antirouille
mais ils sont également utilisés dans les poudres à canon, dans la conservation des
aliments, dans les émaux des poteries et dans les verres, dans les manufactures à
tabac pour maintenir la combustion du tabac, ou encore dans les dentifrices pour les
dents sensibles. Les plus grands gisements naturels de nitrate de sodium sont dans Je
désert d'Atacama au Chili, l'une des régions les plus arides de la planète dont Je ciel
de nébulosité extrêmement faible, lui permet d'accueillir des observatoires astrono·
miques parmi les plus performants. Pendant plus d'un siècle, fexploitation du nitrate
de sodium a procuré des revenus importants au Chili, jusqu'aux années 1940 lorsque
Je chimiste allemand Fritz Haber a développé un procédé permettant de produire
l'ammoniac à partir de l'azote atmosphérique.

5. 5 LES LATÉRITES
Les latérites sont les sols qui se développent lors de l'altération prolongée et intense
des roches sous des climats chauds et humides. La plupart des latérites n'ont pas de
valeur économique, mais lorsqu'elles sont formées à partir de granites ou de marnes
riches en argiles, elles contiennent de la bauxite, minerai d'aluminium, et lorsqu'elles
sont formées à partir de roches ultramafiques, elles peuvent produire des gisements
latéritiques de nickel.

5.5.1 La bauxite
Le tableau 5.5 présente une liste des plus grands producteurs d'aluminium métal au
monde. Cette liste comprend les grands pays industrialisés comme la Chine ou les
États-Unis, et quelques pays avec de grandes réserves de bauxite comme l'Australie ou

170
5.5 • Les latérites

Je Brésil. Curieusement, cette liste comprend également des petits pays sans bauxite
du tout. L'Islande par exemple, est une île volcanique de petite superficie, faiblement
peuplée, au milieu du très froid océan Atlantique Nord. Que fait ce pays dans cette liste ?
Tableau 5.5 - Liste des princip,aux pays producteurs d'aluminium.

Pays Aluminium (tonnes" l 000)


1 Chine 20,3
2 Russie 4
3 Canada 2,7
4 États·Unis 2,1
5 Australie 1,9
6 Norvège 1,9
7 Émirats Arabes Unis 1,9
8 Inde 1,7
9 Brésil 1,4
10 Bahrain 0,9
11 Islande 0,8
12 Afrique du Sud 0,7
13 Qatar 0,6
Source: British Ceo/09ica/ Survey 2012. Production mondiale en 2012 depuis les données
compilées entre 2008 et 2012.

La raison est simple : extraire l'aluminium métal des oxydes et hydroxydes qui
composent Je minerai nécessite beaucoup d'électricité, une ressource que l'Islande
produit en excès. Donc la bauxite, ou son produit traité, l'alumine (AJ 20 3), sont
transportées à travers la moitié du globe depuis l'Australie vers l'Islande pour y être
transformées en aluminium métal qui sera de nouveau transporté à travers Je monde
pour être vendu aux marchés européens et américains. Est-ce que ces transferts ont
un sens économique et qu'en est-il de fimpact sur l'environnement?
En Islande, Je prix de félectricité est environ 4 cents/kWH, l'un des plus faible
du monde. Un second avantage réel concerne l'impact environnemental : en Islande,
l'électricité est produite par des centrales hydrauliques ou géothermiques, qui ne
~ relâchent presque pas de C02 dans l'atmosphère alors qu'en Australie, 76 % de
g l'électricité est produite à partir de charbon, Je pire producteur de gaz à effet de serre.
il L'exercice 5.4 estime la quantité de COz émise Jorqs de la production d'aluminium
~ « locale » en Australie ou «mondialisée » en utilisant l'énergie islandaise.
;~ Comme pour Je fer, il y a peu de chance que nous n'épuisions jamais nos réserves
.s d'aluminium. Les réserves de bauxite sont énormes, environ 25 milliards de tonnes,
e suffisamment pour au moins 300 ans, même en prenant en compte une demande
f
~
en forte croissance. Et même si les rései:ves de bauxite étaient totalement épuisées,
des quantités encore supérieures d'aluminium sont présentes dans les argiles et les
, feldspaths dont l'abondance est tellement importante qu'on peut la considérer inesti-
J mable. De nos jours, de l'aluminium est déjà produit en Russie à partir de feldspaths
" d'intrusions alcalines.

171
Chapitre 5 • Les gisements formés par des processus sédimentaires et de surface

r-Exercice 5.4 - Bilan carbone approximatif de la production


d'aluminium en Islande à partir de minerai de bauxite australien
On estime que les transports de marchandises produisent 25 granmies de
C02 par tonne et par kilomètre parcouru. Ceci n'est qu'une estimation et ne
prend pas en compte le bilan carbone de la construction, de l'entreti.en et du
démantèlenient des navires, mais ces chiffres donnent une idée approximative
du bilan carbone d'un navire en fonctionnenient. La production d'électricité
à partir du charbon produit quant à elle environ 1 tonne de C02 par kWh
alors que la production d'électricité à partir de centrales hydrauliques ou
thermiques ne produit quasinient pas de C02• Pour produire une tonne d'alu-
minium 300 kWh et 4 tonnes de bauxite sont nécessaires. Si l'on estinie qu'il
y a 40 000 km à parcourir pour un a lier-retour Australi.e-Islande par la mer,
du point de vue du bilan carbone est-il plus intéressant de produire l'alumi-
nium sur place (en utilisant de l'électricité produite à partir de charbon), ou
d'exporter la bauxite et d'importer l'aluminium produit en Islande (grtlce à de
l'énergi.e électrique produite sans émission de C02). Vous jugerez le bi.enfondé
de la production l'aluminium en Islande en fonction de son bilan carbone
(attention aux unités dans vos calculs!), et en vous rappelant de son avantage
économique (faible coût de l'électricité et ouverture facilitée sur les marchés
européen et américain).

ÉLllMEN'JS DE SOLUTION. Produire une tonne d'aluminium en Australie ne néces-


site pas de transport de matière première, mais nécessite 300 kWh produit.s
à partir de charbon. Le bilan carbone de cette production est donc : Bilan
carbone total = Bilan carbone du transport + Bilan carbone de la purifica-
=
tion d'aluminium= 0 + 300 x 1 000 300 tonnes de COz. Produire une tonne
d'aluminium en Islande nécessite Je transport de matière première, mais la
transformation du minerai en métal ne produit quasiment pas de COz. Le bilan
carbone de cette production est donc : Bilan carbone total = Bilan carbone du
transport+ Bilan carbone de la purification d'aluminium= 40 000 x 25 x 4 +
0 = 4,0 x J06 grammes= 4 tonnes de C02 . Dans ce calcul d'ordre de grandeur,
il apparaît qu'il est préférable, du point de vue de l'émission de C02 - gaz à
effet de serre - que l'Australie expédie son minerai brut à travers la planète
entière puis qu'elle importe l'aluminium purifié grâce à des énergies propres,
plutôt qu'elle purifie elle-même son minerai grâce à de l'énergie produite par
combustion de charbon.
__)

Les gisements mondiaux de bauxite se situent principalement dans les régions


équatoriales sous des climats équatoriaux et tropicaux ; en Guinée, en Australie, au
Brésil et en Jamaïque. Les gisement.s les plus grands et les plus riches se forment
sur les pénéplaines continentales, sujettes à de Jongues périodes humides et sèches
en alternance (conditions qui entraînent une oscillation de la profondeur des nappes
phréatiques). Lorsque Je niveau des eaux souterraines augmente et diminue, les

172
5.5 • Les latérites

composants les plus solubles sont lessivés et un sol latéritique qui retient les compo-
sants insolubles se forme. Dans certaines régions d'Afrique, d'Amérique centrale
et du Sud, et de l'Australie, la latérisation sur des surfaces pénéplainées a perduré
pendant plus de 100 millions d'années, formant une couverture latéritique dont
l'épaisseur atteint ISO mètres.
La majorité des éléments majeurs qui composent les roches - Si, Fe, Mg, Ca, Na
et K - sont modérément à très solubles dans les eaux presque neutres (pH 5 à 9) des
horizons d'altération latéritiques. Les oxydes de ses éléments composent environ
80 % des roches feldspathiques comme Je granite, Je gneiss ou les argiles et s'ils
étaient totalement lessivés, la concentration d'Alz0 3 serait multipliée par 4 et passe-
rait d'environ 15 % (teneur dans les roches sources) à près de 60 %, teneur dans Je
minerai d'aluminium Les meilleures bauxites sont des mélanges d' hydroxyde d'alu-
minium - la gibbsite (AJ(OH)J) - et de deux polymorphes de composition AJO(OH)
- la boehmite et Je diaspore. En pratique, Je lessivage des composants solubles n'est
pas complet ; la plupart sont retenus dans les roches partiellement altérées et les
autres cumulats, souvent dans des minéraux secondaires, à différents niveaux du sol
latéritique.

1.2

1.0

0.8

0.8

0.4
Al dissous
'Ü)'

î
.<=
0.2

w 0

- 0.2

- 0 .4

- o.8

- o.8 +--~--..---,...---,.--"T""-~-~,
0 8 10 12 14
pH

Figure 5.9 - Diagramme Eh·pH montrant les conditions


auxquelles le fer et l'aluminium sont solubles
(d'après Petersen, 1971 et Takeno, 2005). Notez que le fer est soluble dans
de r eau presque neutre tandis que l'aluminium est insoluble. Ce diagramme
ne prend pas en compte les autres an ions comm e les carbonates ou les phos ·
phates qui peuvent réduire la mobilité du fer.

173
Chapitre 5 • Les gisements formés par des processus sédimentaires et de surface

(•)Profil général d'une latérllB (b) Profil d'une latérite de NI


,,,_dew(m)

j
M O
•na-..de'8*11edeFe1
QJt. . llMffaue itsiluele
zone ;.sp6e
(m-.doka"""'' ~~i~.
--- ct.irasae \Wmiforme O ..----
etpi9olitic
aotJte de fer et grenajlle
latèril&rouge
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10-l"'-~~--=-1
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~l&ITlll'llkdl'fte la1.érile~ouge
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minerai terreux
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mMai rocheux 40

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50 60
... ' ..
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Figure 5.10 - (a) Profils de latérites à bauxite (D'après Butt et al., 2000). (b) Nickel
(D'après Freyssinet et al., 2005). (c) Profil de comp osition chimique dans une latérite
(D'après les données de Freyssinet et al, 2005). (d) Bauxite pisolithique.

La figure 5.10 présente les profils de deux gisements dans des latérites, l'un de
bauxite et l'autre de Ni. La zone saprolite, à la base du profil consiste en des roches
altérées qui préservent l'essentiel des textures et structures originelles. Les felds-
paths et les minéraux ferro magnésiens sont altérés et les composants solubles sont en
partie évacués alors que du silicium et de l'aluminium sont retenus dans les argiles
et que du fer est retenu dans la goethite et l'hématite. Dans la partie supérieure du
saprolite et dans la latérite à l'exception des minéraux les plus résistants, l'essentiel
des minéraux a été détruit et la roche consiste essentiellement en des argiles, des
oxydes et hydroxydes de Fe et Al, même si elle contient une abondance mineure de

174
5.5 • Les latérites

quartz résiduel. La texture originelle a totalement disparu et la roche a une structure


pisolitique ou nodulaire qui résulte des épisodes rép étés de dissolution et accrétion.
La partie supérieure de la latérite consiste en des graviers riches en oxydes de fer et
en une cuirasse indurée, qui peuvent être non consolidés ou cimentés.

~ART 5.3 !:aluminium en France


la France a une très forte tradition dans le développement de l'industrie de l'alu·
minium et au milieu du siècle dernier, elle était l'un des plus gros producteurs
à la fois de bauxite et d'aluminium. Cet encart présente quelques dates impor·
tantes dans l'histoire de l'exploitation de l'aluminium :
1831 Pierre Berthier (1782·1861), minéralogiste français et ingénieur des mines
découvre aux environs des Baux·de·Pr:ovence des échantillons de minerai d'alu ·
minium, auquel il donnera le nom de bauxite.
1860 Henri Sainte·Claire Deville (1818·1881), chimiste, a mis au point en 18S4
un procédé de réduction du chlorure d'aluminium par le sodium, il commence à
produire de l'aluminium.
1886 François Paul Heroult (l 863·1914) et l'Américain Charles Hall (l 863·1914)
mettent au point simultanément et indépendamment le procédé d'électrolyse de
l'alumine, toujours utilisé aujourd'hui.
Au x1x• siècle, l'aluminium était plus cher et plus précieux que l'or, l'argent ou
le platine. lors d'une réception, Napoléon 111 a servi ses invités prestigieux dans
des assiettes en aluminium, beaucoup plus impressionnantes à l'époque que l'or.
Entre 1860 et 1940, la France a été le plus grand producteur de bauxite et d'alu·
minium, principalement dans les mines du basin Varois. En 1890, Pechiney ouvrit
l'une des toutes premières usines d'aluminium près de Salindres (Gard) ; elle
produisait alors trois tonnes d'aluminium métal par an. Parmi les premières usines
qui utilisaient le procédé d'électrolyse, on compte celles construites en Maurienne
(Savoie) et dans le Grésivaudan (Isère) au pied des Alpes, sources d'eau et d'électri·
cité. la dernière mine de bauxite sur le territoire français ferma en 1990.
les gisements français sont du type bauxite de karst. lis se trouvent principale·
ment sur les surfaces de karstification des calcaires Jurassique à Crétacé, qui se
sont formées au Crétacé supérieur. l'origine de la bauxite est double, elle résulte
de l'altération des silicates contenus dans les bancs argileux des calcaires ou de
"'g
'8
la dissolution des argiles de décalcification, mais peut également avoir été trans·
il portée et résulter de l'érosion de terrain de composition granitique.
~
s Source: Association française de l'aluminium.
~
·~ La plupart des latérites des régions équatoriales sont riches en fer ce qui les
J rend difficile à traiter pour extraire l'aluminium. Le diagramme Eh-pH (figure 5.9)
~ montre les domaines de solubilité de Fe et Al. Il apparaît que les sols développés
, dans des environnement.s relativement réducteurs peuvent subir un lessivage de fer
J sans lessivage d'aluminium. L'idéal est donc un sol avec beaucoup de matière orga-
" nique (réductrice) c'est-à-dire de végétation. Les bauxites les plus pures sont formées

175
Chapitre 5 • Les gisements formés par des processus sédimentaires et de surface

par une série de processus; (l) la présence de roches mères riches en Al (et pauvres
en Fe) comme des syénites, des granites alcalins ou des tuffs avec des compositions
identiques, des sédiments riches en argiles ou des équivalents métamorphiques ; (2)
des précipitations et une température appropriées (des températures trop hautes favo-
risent la formation de latérites riches en fer) ; (3) un contraste prononcé entre la
saison sèche et la saison des pluies; et (4) une abondante couverture végétale
En pratique, même les meilleures conditions de latéritisation laissent des impu-
retés dans la bauxite, comme des fragments de roche partiellement altérée, du
quartz, ou des minéraux insolubles comme l'ilménite. Ces impuretés sont extraites
lors de la première étape de purification pour produire de l'alumine (Alz0 3) prête à
être transformée en aluminium métal. Souvent, l'alumine est produite sur place, mais
les besoins beaucoup plus importants en électricité font que la deuxième étape est
réalisée dans des régions où cette ressource est moins chère.
Bien que le processus de latéritisation soit relativement facile à expliquer, les
latérites sont plus complexes qu'on ne pourrait l'imaginer. Dans la figure 5.10, nous
présentons deux profils de minerai latéritique, l'un contenant de la bauxite, l'autre
du nickel. La zone de saprolithe à la base du profil de bauxite, consiste en une roche
profondément altérée, mais qui préserve ses textures et structures initiales. Les felds-
paths et minéraux ferromagnésiens sont détruits et les composants solubles en partie
lessivés, tandis que la silice et l'aluminium sont retenus dans les argiles et le fer dans
la goethite et l'hématite. Dans la partie supérieure du saprolithe et dans le pédolithe
(le sol), tous les minéraux initiaux sont détruits (à l'exception de quelques uns plus
résistants) et la roche est composée entièrement d'argiles, d'oxydes et hydroxydes de
fer et d'aluminium, et de faibles quantités de quartz résiduel. La texture a complè-
tement disparu et la roche à une structure pisolithique ou nodulaire, résultat des
épisodes répétés de dissolution et accrétion. La partie superficielle du pédolithe est
formée de graviers et de crofite indurée riche en oxydes de fer.

5.5.2 Les latérites à Ni


La Nouvelle-Calédonie, pays d'outre-mer qui fait partie du territoire français, possède
l'un des plus grands gisements de Ni latéritique au monde (- 33 % des réserves de Ni
connues). Ce gisement a été découvert en 1864 par Jules Garnier qui donna son nom
au principal minéral du minerai (la garniérite), mélange de phyllosilicates vert pâle à
vert pomme de composition approximative (Ni, Mg)JSiz0 5(0H) 4 . Les gisements ont
été exploités de façon continue depuis 1875 et ont vu le développement de procédures
novatrices d'extraction du Ni des latérites. Pendant les premières années, le minerai
très riche de garniérite contenant jusqu'à 15 % Ni avec en moyenne 2,5 % de Ni
a été extrait, mais depuis cette ressource est largement épuisée et l'exploitation se
concentre autour des minerais moins riches de goethite contenant l,3 à l,6 % Ni. On
pense qu'aujourd'hui les gisements calédoniens contiennent le tiers des ressources
mondiales de Ni ; lorsque l'on ajoute les gisements latéritiques d'Indonésie, Cuba, et
l'Australie, 50 à 60 % des ressources mondiales de Ni sont latéritiques.
Comme pour la bauxite, l'extraction de Ni métal des silicates et des hydroxydes qui
constituent le minerai latéritique nécessite beaucoup d'énergie. Le minerai latéritique

176
5.5 • Les latérites

comporte beaucoup d'eau absorbée qui doit être extraite, et contient beaucoup de
magnésium qui impose aux fonderies conventionnelles de monter à de très hautes
températures. De nombreux procédés d'extractions ont été développés en Nouvelle-
Calédonie et à Cuba et ont été importés par d'autres pays avec plus ou moins de succès
pour traiter leur propre minerai. Comme beaucoup d'énergie est nécessaire pour l'ex-
traction, la viabilité d'une exploitation de Ni latéritique dépend beaucoup du prix de
l'énergie, qui dépend lui-même du prix du pétrole ; lorsque Je prix du pétrole est bas, les
gisements de Ni latéritique deviennent plus compétitifs que les gisements magmatiques.
Le tableau 5.6 énumère les avantages et désavantages des deux types de gisements.
Les latérites de Ni se forment lorsque d es roches ultramafiques sont exposées à une
altération prononcée sous un climat chaud et humide. Dans les plupart des régions
où des gisements sont connus - Nouvelle-Calédonie, Cuba, Indonésie, etc. - les
roches ultrabasiques appartiennent à la portion inférieure, mantellique, d'ophiolites.
Les gisements de l'ouest australien sont une exception : les gisements latéritiques
se développent à partir d'intrusions de lignée komatiitique, appartenant aux mêmes
séries que les gisements magmatiques.
Le processus de latéritisation est parfaitement comparable au processus de forma-
tion des bauxites et les similarités sont visibles dans la comparaison des deux profils
d'altération de la figure 5.10. Les latérites de Ni se forment lorsque les minéraux
primaires des roches ultramafiques, l'olivine et Je pyroxène, ou la serpentine qui
remplace ces minéraux, sont soumis à l'altération. Les éléments comme Si, Mg, Ca
qui composent 90 % de la roche, sont Jes.sivés et les éléments moins mobiles comme
Ni (et Fe) sont retenus. Le processus de latéritisation est comparable à celui qui
forme les bauxites, et Je parallèle est évident lorsque les profils d'altération sont mis
côte à côte (figure 5.10). Une différence entre ces deux éléments est que du nickel
migre vers Je bas durant l'altération. Ce nickel a formé la Garniérite, minerai se trou-
vant dans la partie inférieure du saprolithe (figure 5.10). Du nickel est préservé dans
la partie supérieure du profil d'altération ; il est alors adsorbé par la goethite et entre
dans la composition du minerai d'oxyde de fer. Pendant les premières années, Je
minerai très riche de garniérite, contenant jusqu'à 15 % de Ni (en moyenne 2,5 %),
a été extrait, mais depuis, cette ressource est largement épuisée et l'exploitation se
concentre autour de ces minerais moins riches de goethite contenant 1,3 à 1,6 % Ni.
Ces teneurs, qui paraissent faibles, sont en fait encore très élevées en comparaison
~ de celles des autres gisements latéritiques. L'altération est un processus très efficace
g pour augmenter les teneurs en nickel. La teneur de la roche ultrabasique est d'en-
il viron 0.2 à 0.3 % tandis que celle du minerai est de 1 à 3 %. Le cobalt est également
j enrichi dans ce processus (figure 5.10) et constitue un sous-produit important lors
de l'exploitation. Le chrome est en général porté par les chromites qui ne sont pas
.!e dissoutes durant l'altération, et sont donc concentrées dans la latérite, même si en
général elles ne sont pas exploitées.
Ï L'exploitation des latérites pose divers problèmes environnementaux car ce
~ matériau n'est qu'une fine couche directement à la surface (figure 5.11). La récupé-
' ration de cette couche ne laisse à la surface que la roche nue, partiellement altérée.
J N'oublions pas cependant que les latérites sont des sols en général très pauvres,
" souvent impropres à l'agriculture et même à l'installation d'un couvert végétal.

177
Chapitre 5 • Les gisements formés par des processu s sédi m entaires et de su rface

Quelques espèces de pins et d'eucalyptus pousseront sur la roche mère des latérites et
constitueront les premières forêts sur des: gisements exploités.

Figure 5.11 - (a) Couche fine de latérite à nickel riche en fer au-dessus de serpentin es.
Gisement de Guanajibo (Porto-Rico). (b) Vue aérienne de la mine de latérite de Bonao
(République Dominicaine) montr ant l 'immense étendue extr aite lorsqu'on exploite
des minerais de surface comme les latérites.

Tableau 5.6 - Avantages et inconvénients


des gisements de Ni latéritiques et magmatiques.

Magmatique Latéritique

Origine Ségrégation of sulfures Concentration du Ni dans le


de Ni depuis des magmas sol lors d'une altération longue
mafiques ou ultramafiques sous un climat chaud et humide
Minéraux Sulfures de Ni·Cu·Fe Phyllosilicates contenant du Ni
contenant le Ni
Teneur en Ni 0,5 à 5% 1 à 7%
du minerai
Localisation canada, Russie, Australie, Nouvelle-Calédonie, Indonésie,
des gisements Chine Cuba, Australie
les plus importants
Aspects économiques
- conditions Exploitations souterraines Exploitation en carrières et
d'exploitation (rares mines à ciel ouvert) en surface de couches continues
de gisements discontinus de sols peu consolidés
dans des roches dures
- coOt de Relativement bas Élevé (dépend du prix du
la purification pétrole)
- métaux bonus Cu, PGE Co
associés
- produits toxique Soufre Solutions ac:des et basiques
émis lors de concentrées
la purification
* L'extraction de latérite répand également de l'amiante. t:asbestose est très fréquente parmi les
populations canaques vivant à proximité des exploitations de Ni et des routes.

178
5.5 • Les latérites

r- Exercice 5.5 - Exploration des gisements de nickel.

Imaginez que vous êtes géologue dans une compagnie d'exploration minière
et que votre directeur vous demande de planifier le futur programme d'ex-
pwration. Les économistes de la société estiment que les prix des métaux
de base sont amenés à doubler au cours des JO prochaines années, et votre
compagnie souhaiterait trouver des gisements de nickel. Vous êtes consulté
pour: (1) décider quel type de gisenumt cibler (magmati4ue ou latériti4ue) ;
(2) choisir un territoire à l'échelle de la planète pour conduire l'exploration.
Dans le cadre de votre travail, vous aurez également à choisir entre une expw-
rati.on « greenfields »(c'est-à-dire dans des territoires où aucun gisement n'est
encore connu), ou « brownfields » (c'est-à-dire dans des territoires connus
pour leurs gisements où vous pourriez en trouver de nouveaux ou découvrir
des extensions de gisements connus). A/in de décider du territoire à expwrer,
vous devrez prendre en compte la géologie des régions ciblées, leur tige et les
structures tectoniques qui les ont affectées, le type de roches ultrabasiques
qu'elles contiennent et leur climat au cours de 100 derniers millions d'années.
Pour choisir le type de gisement à rechercher, vous devrez peser les arguments
pour et contre, sachant que l'extraction du Ni des latérites requiert beaucoup
d'énergie dont le cours évolue parallèlement à celui du pétrole.
Rédigez un rapport avec vos arguments en une page (c'est sans doute le
maximum que votre directeur souhaitera lire!).
_)

5.5.3 Le s autres gisements latéritique s


Tout élément relativement insoluble lors d'une altération poussée est susceptible
de former une concentration éluviale ou colluviale et peu devenir un minerai. Le
gallium, qui se substitue parfois à l'aluminium dans les minéraux, est relativement
insoluble et on en récupère dans certains gisements de bauxite. Les platinoïdes sont
également assez insolubles, et sont concentrés dans les latérites des roches ultraba-
siques de la région de Cajaras au Brésil. Les autres éléments insolubles sont Nb, Sn,
T h, V, W, et Zr. Des exemples de gisements de certains de ces éléments existent,
~ comme les gisements de Nb dans des latérites développées sur des pegmatites au
g Nigéria, et les concentrations de Sn au-<lessus de granites en Malaisie.
~ « chahmpiond » re~teéquand même for, qui perdsiste à lé'altérationd. Danshles
S
.L'élémhent d
11
c11mats c au s et um1 es, a t ration peut 1essiver tant e mat ne1 que es roc es
~ mère pauvres en or peuvent laisser place à du minerai. De nombreux exemples exis-
~ tent en Afrique de l'Ouest. Des éléments inhabituels comme l'or dans une latérite,
·• peuvent être un indice sur la nature des roches sous-jacentes : dans la mine de bauxite
J de Boddington en Australie, les teneurs en or dans Je minerai d'aluminium ont incité
~ à faire une exploration des roches en profondeur, qui a abouti sur la découverte d' une
, veine d'ord'un gisement orogénique. Rappelons que finsolubilité de l'or est un aspect
J fondamental dans les processus de formation de ses gisements. Dans les gisements
" qui contiennent seulement de l'or et de la pyrite, comme de nombreux gisements

179
Chapitre 5 • Les gisements formés par des processus sédimentaires et de surface

épithermaux, orogéniques et de type Carlin, l'oxydation détruit la pyrite qui libère


l'or qu'elle contient. L'or peut être extrait du minerai oxydé par broyage et mélange
avec des solutions de cyanure, solvant de l'or seul. Dans les zones arides, comme
dans Je Nevada aux États-Unis, où les gisements de type Carlin sont fréquents, Je
minerai d'oxyde est disposé en tas et arrosé de cyanure utilisé comme solution de
lessivage de l'or. Cette méthode simple a rendu exploitables un grand nombre de
gisements à très faible teneur.
Des gisements de surface d'un autre type sont les « calcrètes », nom donné
aux sols calcifiés riches en calcite qui se forment dans les environnements arides.
D'importants gisements d'uranium (Langer Heinrich en Namibie et Yeelirie à l'ouest
de l'Australie) se sont formés par la concentration de carbonates dans les eaux de
surface, qui entraîne la précipitation et la concentration de carnotite un minéral riche
en uranium jaune vif de formule Kz(UO:J 2(V04)z-3H20.

5.6 L'ALTÉRATION SUPERGÈNE


Jusqu'à présent, nous nous sommes arrêtés sur Je cas des éléments immobiles comme
Je fer et l'or lors de l'altération des gisements de sulfures. Qu'advient-il des autres
éléments dans les gisements de sulfures: courants, comme Je cuivre, Je plomb et Je
zinc? Lorsque des gisements de sulfures affleurent en surface, les minéraux sulfurés
s'oxydent et les métaux qu'ils contiennent sont lessivés et migrent pour s'accumuler
dans une couche plus basse, au niveau de la nappe phréatique.
Si suffisamment de nouveaux anions sont disponibles, comme les hydroxydes, les
carbonates, les sulfates, les phosphates ou même les chlorures, les métaux dissous
précipitent et restent dans la zone d'altération. Nous avions déjà mentionné Je cas
du fer, qui se combine avec l'ion hydroxyde et forme la goethite et d'autres oxydes
et hydroxydes de fer. Si Je fer est abondant dans Je gisement soumis à l'altération,
Je résidu forme une couche massive d'oxyde de fer appelée gossan ou chapeau de
fer (figure 5.12). Dans certains cas, les oxydes de fer dans Je gossan conservent des
textures dérivées des clivages des sulfures altérés dont ils dérivent. Ceci permet aux
géologues explorateurs de distinguer les gossans dérivant de pyrite de ceux dérivant
de chalcopyrite qui pourraient reposer sur un gisement de cuivre. Certaines zones
d'altération au-<lessus de gisements retiennent suffisamment d'or et d'argent pour
constituer elles-mêmes des gisements. Par exemple, les zones d'oxyde au-dessus de
la mine de Ok Tedi (en Papouasie Nouvelle-Guinée), étaient suffisamment enrichies
en or pour être exploitées séparément.
La zone oxydée se développant au-dessus des gisements de sulfures contient une
grande diversité de minéraux secondaires - carbonates, silicates, sulfates, phos-
phates - qui sont souvent bien cristallisés et comme Jeurs couleurs sont éclatantes ils
sont très prisés des collectionneurs de minéraux. Le comportement des éléments du
minerai pendant l'altération dépend de l'acidité de la solution, liée à l'altération de la
pyrite, et de la disponibilité en nouveaux anions, liée à l'atmosphère et à la nature de
l'encaissant. Dans les gisements MVT, où la pyrite est rare et l'encaissant constitué de
calcaire facile à dissoudre, les solutions d'altération ne sont pas très acides et Je zinc
est souvent concentré à proximité ou au sein même du site d'oxydation, sous forme

180
5.6 • L'altération s upergène

de smithsonite (ZnCÜ:J). Les gisements de zinc de ce type sont assez communs. De


son côté, la galène libère du plomb, qui forme de la cerussite (PbC03) ou de l'angle-
site (PbS04), même si elle est moins soluble et qu'il persiste des reliques de galène.
Des carbonates de cuivre (malachite) se trouvent au-dessus des gisements de cuivre
dans les sédiments de Zambie et de République Démocratique du Congo, exactement
pour les mêmes raisons.
Si la pyrite est plus abondante dans les gisements de sulfure, la solution d'altération
est plus acide, et transporte les métaux dissous en s'infiltrant. Ccla se produit dans de
nombreux gisements VMS et de porphyres de cuivre, qui ont à la fois beaucoup de
pyrite, et présentent un encaissant silicaté qui procure très peu d'anions pour précipiter
les métaux lessivés. La plupart des éléments sont alors transportés, quittent Je système
et sont perdus, mais Je cuivre a tendance à précipiter dans un horizon superficiel au
niveau de la nappe phréatique (figure 5.12). On appelle cet horizon la zone d'enrichis-
sement supergène, etles sulfures de cuivre riche en fer originels comme la chalcopyrite
(CuFeS:z) y sont remplacés par des sulfures secondaires pauvres ou dépourvus de fer
comme la chalcocite (CUzS), la covellite (CuS) et la bomite (Cu 5FeSJ. Les zones enri-
chies dans les gisements de porhyres de cuivre du Chili et du sud-est de fAmérique du
Nord, ont été partiellement redistribuées et ré-enrichies par la surrection qui a main-
tenu faltération. Dans certains gisements, fargent est également enrichi.

ZONES
veine minéralisée surface d'altération
D"ALTERATION

oxydes de fer
hydratés
infiltration d'eau

carbonates,
oxydes, et
silicates
de cuivre
J
.at chalcocite,
1! covellite,
~ bornite
2

chalcopyrite,
pyrite

Figure 5.12 - Profil dans une zone d'enrichissement supergène.


D'après Webb et Rowston, 1995.

181
Chapitre 5 • Les gisements formés par des processus sédimentaires et de surface

Les bonnes zones d'enrichissement supergène ont des teneurs en métaux 2 à 5


fois supérieures à celles du minerai primaire et sont situées près de la surface où
elles sont faciles à extraire à la naissance d'une exploitation. De telles zones sont très
importantes pour la rentabilité d'un projet minier. L'ouverture d'une exploitation est
en général une longue opération qui nécessite d'énormes investissements dépassant
souvent plusieurs milliards d'euros. Par exemple, on estime que Je développement
de la mine de Resolution en Arizona aux États-Unis, coutera 6 milliards de dollars.
Entre Je début du financement de fopération etla vente après extraction des premières
tonnes de métaux, il peut se passer 5 à JO ans. La possibilité d'exploiter immédiate-
ment une couche peu profonde et exceptionnellement riche peut procurer des revenus
bienvenus pour la compagnie minière ce qui fait souvent la différence entre une
opération viable ou pas. Malheureusement, Resolution ne semble pas avoir de zone
enrichie, même s'il contient des sulfures riches en cuivre d'origine hypogène.
Le meilleur exemple de zone d'enrichissement supergène est peut-être celle qui se
trouve au-<lessus des gisements de porphyres de cuivre. Le minerai primaire du gise-
ment de Chuquicamata au Chili (décrit dans Je chapitre 4), contient seulement 0,8 %
de Cu, mais il est recouvert par une couche épaisse d'enrichissement supergène dans
laquelle Je minerai contient 2 à 3 % de Cu. De plus, un flux de solution acide prove-
nant du corps minéralisé principal a transporté Je cuivre dissous et fa redéposé en
aval dans des graviers où il forme un corps minéralisé secondaire appelé Exotica. Ce
gisement contient 300 Mt de minerai de plus ayant environ 2 % de Cu.

5. 7 CONCLUSION
On trouve des rivières un peu partout, mais seul un petit nombre d'entre elles contien-
nent des gisements d'or. Pour que de tels gisements soient formés, il faut que Je bassin
versant contienne une source primaire d'or et il faut que les conditions hydrologiques
permettent la concentration de minéraux lourds.
Très peu de sols contiennent des concentrations exploitables en métaux de valeur.
Même sous des climats chauds et humides, la plupart des latérites sont enrichies en
fer mais pas en aluminium ou en nickel. Pour que les latérites contiennent de fortes
concentrations en ces métaux, il faut qu'elles soient formées à partir d' une roche
mère appropriée.
Les roches sédimentaires précipitées: chimiquement dans les océans modernes
sont majoritairement des carbonates biogènes ou des vases siliceuses sans valeur
marchande. La plupart des gisements de fer se sont formés en réaction à des condi-
tions très particulières qui régnaient au cours du Précambrien, particulièrement
pendant l'épisode d'oxygénation du Protérozoïque inférieur. Cependant, les teneurs
en fer de la majorité des formations de fer rubanés ne sont pas suffisantes pour
constituer des gisements et un enrichissement supergène est généralement nécessaire
à l'obtention de concentrations suffisantes.
Ces exemples illustrent l'idée que nous avons développée dans Je chapitre 2 :
un minerai est formé lorsqu'un processus géologique normal est perturbé. Dans la
plupart des cas, la roche formée est une curiosité dont la composition est simplement
différente de l'ordinaire mais dans quelques circonstances, les conditions entrainent

182
5.7 • Conclusion

la concentration de métaux ayant une utilité et une valeur pour l'humanité. Dans les
chapitres précédents, nous avons décrit de nombreux exemples de minerais produits
pour les principaux processus géologiques - Je magmatisme, les circulations
hydrothermales et la sédimentation (mais pas Je métamorphisme qui n'est pas un
processus minéralisateur important) - et dans Je chapitre suivant nous allons décrire
deux derniers exemples qui sont des reswurces minérales stratégiques et des enjeux
économiques majeurs au XXI" siècle.

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184
AVENIR DE LA
GÉOLOGIE ÉCONOMIQUE

6.1 Introduction
6.2 Le« pic de pétrole» et d'autres substances
6.3 L'exploitation des terres rares, éléments peu courants mals nécessaires en
petites quantités pour des produits de haute technologie
6.4 L'exploitation du lithium, un exemple d'interaction entre géographie, économie,
politique, environnement et prospection
6.5 L'exploitation et l'exploration minière dans le futur
6.6 La position de la Chine dans le marché mondial des minerais
6. 7 Le permis social d'exploitation minière
6.8 Conclusion

>

1
Comprendre les défis de l'exploitation minière du XXI' siècle en termes de quantité
de substance minérale extraite, de développement de nouvelles méthodes
d'exploration, d'extraction et de puri fication.
> Souligner l'effort de minimisation de l'impact environnemental que l'industrie
minière devra faire au xx1• siècle.

6.1 INTRODUCTION
~ En 2008-2009, lorsque nous écrivions la première édition de cet ouvrage, Je monde
g était frappé de plein fouet par la crise financière, et factivité du secteur minier passait
~ par un maximum Nous avons cependant: dépeint une vision positive du futur de J'ex-
j ploitation, de la prospection et de l'étude des gisements, argumentant que la société
~ aurait toujours besoin de métaux et autres produits miniers. Nous admettions que Je
8 recyclage et la substitution devraient répondre à une part croissante de la demande,
·g mais que Je reste continuerait d'être extrait des mines. Nous discutions de la probabilité
j d'épuisement des nos ressources minérales et concluions que cela était très irnpro-
~ hable pour la plupart des métaux. Cet aspect est traité en détail dans Je chapitre 1.
, Toujours dans la première édition, nous discutions de deux types de ressources
j métalliques qui captaient l'attention des géologues et des politiques. D' une part, les
" restrictions d'exportations chinoises ont attiré l'attention de l'opinion publique sur

185
Chapitre 6 ·Avenir de la géologie écono mique

les terres rares. D'autre part, la demande croissante pour des batteries puissantes
et légères des véhicules qui circuleront bientôt massivement dans nos rues a attiré
l'attention sur la disponibilité en lithium, élément essentiel. Ces deux problèmes
semblent aujourd'hui avoir été exagérés, et dans ce chapitre nous les décrirons moins
en détail ; à la place, nous détaillerons d'autres problématiques qui ont et continueront
d'avoir une influence majeure sur l'exploitation des métaux et Je commerce mondial
des ressources minérales. Nous aborderons Je perpétuel débat sur fépuisement des
ressources, Je rôle croissance de la Chine dans Je secteur minier, et Je« permis social
d'exploitation».

6.2 LE « PIC DE PÉTROLE » ET D'AUTRES SUBSTANCES

Le terme« peak- oil »(pic de pétrole), exprime l'idée que la production globale de
pétrole est passée (ou va passer très bientôt) par un maximum et implique que l'ap-
provisionnement va connaître de graves difficultés. Comme l'illustre la figure 6.1,
l'idée de base est simple : la population mondiale augmente exponentiellement et
la consommation croissante de cette population en expansion épuisera inévita-
blement les ressources en n'importe quel type de substance naturelle qui est en
quantité finie.
L'idée que nous allons bientôt manquer de ressources naturelles, métaux inclus,
n'est pas nouvelle. Malthus dans son fameux article de 1798 intitulé« An Essay on
the Principle of Population, as it Affects the Future Improvement of Society with
Remarks on the Speculations of Mr. Godwin, M. Condorcet, and Other Writers »,
prédisait que l'augmentation de la population épuiserait rapidement J'offre en nour-
riture et en ressources naturelles. Cette idée a depuis été régulièrement diffusée.
Dans Je livre « Limits to Growth », Meadows et ses collaborateurs ont élaboré
des modèles dans lesquels la population et la consommation augmentent expo-
nentiellement tandis que Je taux de découverte de nouvelles ressources augmente
linéairement ou pas du tout.
La conséquence, présentée dans la figure 6.1, est l'épuisement rapide des ressources
naturelles dont font parties les ressources minières. D'après ce modèle, présenté en
1972 lorsque Je livre de Meadows a été écrit, tout Je cuivre devrait avoir été épuisé
lorsque nous écrivons ce livre. Ce n'est pas du tout ce qui s'est passé et Je cuivre
continue d'être exploité de par Je monde. En 1972, en prenant en compte la consom-
mation de cuivre de l'époque, la quantité totale de métal connue dans des gisements
clairement identifiés était suffisante pour répondre à la demande pendant 21 à 48 ans
selon les hypothèses faites. Le tableau 6 .1 compare les échéances prévues pour
l'épuisement du cuivre et de six autres métaux, telles qu'estimées par Meadows et
ses collaborateurs, à d'autres estimations faites en 2009 par Mining Environmental
Management, un journal industriel. Malgré 40 ans de consommation, les estimations
des échéances avant épuisement de ces métaux ont très peu changé, et dans certains
cas elles ont même augmenté ! Comment cela est-il possible?
Historiquement, les seules ressources naturelles qui ont été presque totalement
épuisées sont paradoxalement renouvelables.

186
6.2 • Le « pic de pétrole » et d 'autres substances

Le spermaceti est ainsi un organe très riche en lipides situé dans Je crâne des
cachalots, qui a été un produit très rentable de l'industrie baleinière au xVIae et
xixe siècles. Il était utilisé comme huile de haute qualité pour les lampes et comme
lubrifiant. Un «pic de spermaceti» s'est déroulé au début du xxe siècle alors que la
pêche excessive avait réduit considérablement Je nombre de cachalots. Les prix ont
augmenté drastiquement ce qui a conduit à la recherche et à la découverte de subs-
tituts : les lampes à incandescence, accompagnant la découverte de l'électricité, ont
remplacé les lampes à huile et l'huile de j~oba en tant que lubrifiant. La demande
pour Je spermaceti a alors connu une chute, alimentée par la pression écologique de
réduire ou d'interdire la chasse à la baleine, et maintenant les« stocks de cachalots »
se reconstruisent lentement.*

(a) augmentation exponentielle


de la population et de la consommation

1970 2000 2030


année

(b)
--- ressources
naturelles

'\ I population
''
production industrielle '.
/
I '\

no:::b~\M</~Y. 1
\\
par habitant / \• pollution ,
1
\ _../ ./ /
\r(
\
.,\

-·-·-· ~ .......····/. . \~\~.-..~.-.-..~·=


·········"
1900 2000 2100
année

Figure 6.1 - Modèle d'évolution des ressources naturelles, de la nourriture et de la


production industrielle par habitant, ainsi que de la population et de la pollution ,
d'après l'ouvrage de Meadows « Limits to growth ».

187
Chapitre 6 ·Avenir de la géologie économique

r- Exercice 6.1 - « Pic de spermaceti»= «pic de pétrole » ?


Dans ce chapitre, nous venons de faire une comparaison entre la produc-
tion et la consonmiation de deux substances très différentes : le spermaceti
et le pétrole. La première est un produit naturel renouvelable (à condition
que les cachalots ne soient pas chassés jusqu'à extinction ou menacés par les
multiples pollutions anthropÎ,{Jues). La seconde est une ressource fossile, dont
le processus de formation a duré plusieurs millions d'années et qui ne sera
plus produite en quantité dans les quelques années à venir. L e spem1aceti a
été utilisé pendant le XJX' siècle, mais uniquement par une partie privilégiée
et très limitée de la population nwndiale. Le pétrole est utilisé actuellement
partout sur la planète. Il est source d'énergie pour les populations riches
conmie pour les populations plus pauvres, et joue un rôle essentiel dans notre
société industrialisée nwdeme. L'épuïsenient des ressources pétrolières, s'il se
produit dans les années à venir, aurait sans doute des conséquences beaucoup
plus dramatÎ,{Jues que l'absence de spermaceti. Est-il ridicule d'associer sper-
maceti et pétrole (conmie l'a exprimé l'un des lecteurs attentifs de ce livre), ou
est-ce que cette comparaison a un sens ? Discutez.
__)
Un parallèle peut être fait avec l'exploitation de tout autre produit naturel, pétrole
inclus. Julian Simon, un opposant aux théories de « pics » de ressources, donne un
autre exemple : il rappelle qu'à la fin du xixe siècle, Je prix de l'ivoire utilisé dans la
production des boules de billard blanches a augmenté. Cette pression sur la produc-
tion a contribué au développement de produit de substitution comme Je celluloïd, un
plastique bon marché aux multiples usages qui a permis d'épargner, pour quelques
années, les éléphants. La substitution des billards par des baby-foot et des flippers a
également dfi être très profitable aux pachydermes !
Un autre parallèle peut être proposé avec la production des ardoises, qui ont été
très utiles pour couvrir les toitures des maisons. Le «pic d'ardoises » a eu lieu au
début du xxe siècle, puis la production a diminué sans que l'on puisse pour autant
mettre en cause l'épuisement des ressources. Le cofit et les efforts importants néces-
saires à la construction des toits en ardoises ont simplement été les facteurs limitants,
et des matériaux de substitution ont été trouvés.
Même s'il y a peu de doute que la production d'hydrocarbures et de gaz naturel
passera bientôt par un« pic», peut être cette décennie, peut être beaucoup plus tard,
cela ne signifie pas que Je «pic » est lié à l'épuisement des réserves de pétroles.
Lorsque nous écrivions la première édit.ion de ce livre, nous pensions que Je prin-
cipal facteur était la loi des marchés. Comme J'offre diminue, ou est perçue comme
en diminution, Je prix connaît inévitablement une hausse qui entraînera une baisse
de la demande. L'utilisation du pétrole va décliner et nous apprendrons à moins
gaspiller d'énergie (amélioration des systèmes de transport, chauffage plus effi -
cace) ou à trouver des sources d'énergie alternatives ; de la même manière que les
pressions de la société et du corps scientifique ont contribué à bannir la chasse au
cachalot, elles pourraient désormais limiter l'utilisation du pétrole afin de réduire la

188
6.2 • Le « pic de pétrole » et d'autres substances

vitesse du réchauffement climatique. À cette version relativement optimiste, nous


pouvons opposer Je fait que les pays en voie de développement ont une demande
en très forte croissance et ne partagent: pas systématiquement les préoccupations
environnementales des pays les plus développés, et que les pays les plus développés
eux-mêmes s'interrogent sur les effets du réchauffement climatique. I.:Amérique du
Nord, la Russie et la Chine bénéficieront sans aucun doute de ressources nouvelles
lors de l'ouverture de nouvelles« routes» au nord.
Lorsque nous écrivions la première édition, nous avions peu d'éléments sur les
changements considérables qui vont bientôt toucher nos ressources énergétiques. À
cette époque, on pensait que Je taux global de production passerait bientôt par un pic,
si ce pic n'avait pas déjà été atteint. L'accès aux ressources pétrolières, concentrées au
moyen orient et dans d'autres régions potentiellement instables, avait des conséquences
géopolitiques majeures eta été à l'origine des incursions catastrophiques des États-Unis
dans la région. Depuis, beaucoup de choses ont chan~. La découverte de gisements
gigantesques sur les côtes du Brésil, et la perspective de découvertes similaires sur
les côtes de l'Afrique et en Arctique sug~rent que les ressources conventionnelles de
pétrole ne sont pas si limitées. Un autre aspect nouveau a été l'exploitation de réserves
non-conventionnelles de gaz aux États-Unis. Il y a une dizaine d'années, les autorités
américaines s'inquiétaient de la dépendance des États-Unis pour les importations de
gaz naturel qui provenaient Je plus souvent de pays considérés comme instables voire
hostiles. Ils initièrent la construction de nouveaux terminaux pour anticiper la venue
de gigantesques navires qui auraient pu transporter Je gaz naturel liquéfié depuis Je
Moyen-Orient, l'Indonésie, l'Australie et: d'autres pays exportateurs. Les États-Unis
estimaient alors que dans la décennie à venir, ils seraient amenés à importer une part
importante de leur gaz naturel. Au même moment, les chefs d'états européens étaient
eux aussi inquiets par leur dépendance au gaz Russe - inquiétude exacerbée par la
pression exercée par la compagnie Gazprom sur l'Ukraine. Puis, soudainement, les
progrès techniques ont permis l'extraction de gaz à partir d'une nouvelle source, les
« schistes». Cette ressource était connue depuis près d'un siècle. Jusqu'alors, l'extrac-
tion à partir de roche aussi faiblement perméable n'était pas rentable.
La nouvelle technique consiste en un forage horizontal (qui permet un meilleur
accès aux strates de sédiments), combiné à une fracturation hydraulique (réalisée par
l'injection à haute pression d'un mélange d'eau, de sable et d'additifs chimiques) qui
~ augmente la perméabilité. Le gaz, associé à une certaine proportion de pétrole, peut
g alors être extrait.
~ fi Les _pèrixddu pé troie eét du gaz avaient tous deux diminuédfopérteme nt pendant la criseé
S nanc1 re e 2008 . 0 sorma1s, contrairement au pnx u tro1e qui a augment
~ de façon conséquente (figure 6.2), Je prix du gaz est resté à un niveau très bas, en
-~ partie grâce à la disponibilité des gaz de schistes. Les États-Unis répondent désor-
• mais à leur consommation domestique pour les prochaines décennies. Grâce à la
J production de gaz et d'huile de schiste, additionné à la production conventionnelle de
~ ces ressources, les États-Unis sont devenus en 2014 Je premier producteur mondial
, de pétrole, devant l'Arabie Saoudite. La disponibilité en cette ressource abondante
J et bon marché a aidé l'industrie américaine et selon certains auteurs pourrait avoir
" entramé une augmentation de 1 % du PIB.

189
Chapitre 6 ·Avenir de la géologie écono mique

----- pétrole brut (États-Unis)


- - gaz naturel (États-Unis)
120
gaz naturel (Europe)
gaz naturel (Japon)

40

États-
Unis

2000 2002 2004 2006 2008 2010 2012

Figure 6.2 - Cours du p étrole et du gaz naturel aux États-Unis


pendant la dernière décennie.
Après la crise financière de 2008, le cours du pétrole a augmenté rapidement
mais le cours du gaz est resté bas gr âce à la disponibilité en gaz de schiste.
Le cours en Europe, qui a relativement peu de ressources en gaz naturel et
hésite à exploiter les gaz de schiste, est environ trois fois plus élevé. Le Japon
a encore moins de ressources et a renoncé à l'énergie nucléaire; le cours du
gaz y est encore plus élevé.

Dans d'autres régions du monde, la situation est très différente. Les gaz de schiste
procurent environ 15 % de la production de gaz naturel du Canada, et un peu de gaz
(< 1 %) a été extrait en Chine. Dans la plupart des autres pays, seule l'exploration
a été menée. Des pays européens, comme la Pologne et Je Royaume-Uni, ainsi que
l'Afrique du Sud, rAustralie, l'Argentine, et la Chine, ont potentiellement de grandes
réserves de gaz de schiste. Dans d'autres pays, dont la France, l'opposition populaire
à l'extraction de gaz de schiste a amené Je parlement à voter l'interdiction d'exploi-
tation et même d'exploration. Les principales raisons à cette opposition sont les
problèmes environnementaux comme la toxicité de certaines substances chimiques
utilisées pour la fracturation hydraulique, et la contamination possible des nappes
souterraines.
Pourquoi détailler ce cas particulier des gaz de schiste - substance ne correspon-
dant pas notre définition de ressource minérale et qui est en quelque sorte éloignée
du thème central de ce livre? La raison est que la polémique sur J'offre et la demande
de pétrole et de gaz, et la perception populaire de ces problèmes, a beaucoup de
similitudes avec l'extraction des métaux et des autres substances minérales. Les
changements récents dans Je secteur pétrolier sont en lien direct avec la question que
nous posions en début de ce chapitre : pourquoi est-ce que les augmentations de la
population et de la demande en métaux n'ont pas entraîné l'épuisement de ces subs-
tances ? De plus, l'opposition populaire à l'exploitation de gaz de schiste présente un

190
6.2 • Le « pic de pétrole » et d'autres s ubstances

parallèle évident avec l'opposition à fexploitation minière de proximité. Nous discu-


terons ce point à cour de ce chapitre.

Le cas du pic de cuivre


Plusieurs facteurs ont repoussé la date d 'épuisement du cuivre prédit par Je rapport
du Club de Rome. Le premier facteur est tout d'abord, la découverte de nouveaux
gisements au cours des trente dernières années, à un rythme tel que l'échéance avant
épuisement est restée constante. D'autre part, ce qui n'a pas été totalement cerné par
Meadows et ses collaborateurs, est la signification exacte du terme «ressource».

~ART 6.1 Ré se rves et ressources


Une ressource minérale est une corncentration de minerai qui est connue,
estimée, ou interprétée à partir d'indi-ces géologiques et avec une perspective
raisonnable d'extraction viable.
Une réserve de minerai est la partie économiquement exploitable d'une ressource
minière, pour laquelle l'évaluation a montré que le gisement peut être exploité
après considération de tous les coûts et contraintes sur l'extraction minière.
La différence entre réserve et ressource est synthétisée par le Joint Ore Reserves
Committee (JORQ comme illustré dans la figure 6.3.

résultats d'exp'lorations

ressources minérales réserves de minerai

connaissance géologique hypothétique-s, déduites


et dégré de confiance
c roissants
, ------------------- -
: déclarées ; : probables :

mesurées - - prouvées 1
1
- ------------------- '
Prise en compte des facteurs d'extraction, de purification, métallurgiques,
des infrastructures, économiques, légaux, env ironnementaux, sociaux et poitiques
__,. (les .. Modifyiing Factors") __,.
"
'8
g
il Figure 6.3 - Diagramme Illustrant les différences entre les réserves et les ressources.
~ D'après JORC, 2012. Australasian Code for Reporti ng of Exploration
s Results, Minerai Ressources and Ore Reserves (http;//www.jorc.org).
~
·~ Il est important de comprendre que les compagnies minières et les agences gouver-
J nementales n'ont aucun intérêt à dépenser de l'argent pour trouver des ressources qui
~ ne seront pas exploitées dans un avenir proche. Si une compagnie minière ou un
, gouvernement ont prouvé qu'il existe suffisamment de cuivre dans les gisements
J connus pour les 2 ou 3 prochaines décennies, et que ce cuivre peut être exploité avec
o les technologies actuelles, il n'est pas utile de chercher davantage de ressources.

191
Chapitre 6 ·Avenir de la géologie écono mique

Le second facteur, qui n'a pas été considéré à sa juste valeur par Meadows et colla-
borateurs, est l'impact des progrès technologiques. Ils permettent à des gisements
d'être exploités même s'ils sont de faible t:eneur, et ils rendent économiquement viable
l'extraction des substances utiles à partir d'autres ressources minérales. Pour ces
raisons, plusieurs spécialistes estiment qu e J'offre en métaux et en autres substances
minérales sera suffisante pour les besoins de la société pour les décennies à venir.
Les autres paramètres, associés à l'augmentation de la population mondiale et qui
avaient été correctement identifiés par Meadows et ses collaborateurs en 1972, pour-
raient avoir des conséquences plus graves. Même si l'on pense qu'avec l'amélioration
des modes de vie et du niveau d'éducation dans les pays en voie de développement,
Je taux de croissance de la population devrait diminuer, l'addition de 1 à 3 milliards
de personnes à la population déjà existante exercera une contrainte sévère sur l'ex-
ploitation des ressources de la planète. La compétition croissante pour la nourriture
et l'eau, les diverses conséquences d'une pollution de plus en plus importante, et de
façon plus limitée la raréfaction du pétrole, seront des défis majeurs pour l'humanité.
Au contraire, et même si une véritable vision à long terme est très difficile, nous
déclarons que les ressources en cuivre et en la plupart des autres substances miné-
rales ne seront JAMAIS épuisées.
Pour comprendre pourquoi, nous devons revenir aux notions expliquées dans Je
chapitre 1. Les métaux et autre produits miniers nécessaires à l'industrie et à notre
société sont tous présents dans la crofite, même si majoritairement à de faibles
concentrations. Un géochimiste compétent peut extraire tous ces métaux à partir de
n'importe quelle roche, cependant ceci à un cofit énorme.

r-
Exercice 6.2 - Quantité de néodyme dans la croûte continentale et coût
d'extraction
L e néodyme est une terre rare essentielle à la production des aimants utilisés
dans de nombreux produits de haute-technowgie. Les roches granitiques qui
constituent l'essentiel de la croûte continentale contiennent environs 30 parties
par millions (ppm) de Nd c'est-à -dire 30 granmies par tonne. La masse de la
croûte continentale est 3 x 10'9 tonnes.
Calculez la quantité totale de Nd dans la croûte continentale.
La production actuelle de néodynie est d'environ 10000 tonnes par an. En
faisant l'hypothèse que l'on puisse extraire tout le néodynie de la croûte conti-
nentale, et en utilisant l'approche du Club de Ronie, calculez l'échéance avant
épuisenient de cette ressource (échéance = tonnage/production annuelle).
Combien cela coûterait-il ? Les géochimistes utilisent la composition isoto-
pique du néodynie pour tracer l'évolution de la croûte continentale et ils
extraient quotidiennenient cet élénient des échantilwns de roches. Les quan-
tités sont infinies : typiquenient 100 mg dans des échantillons contenant
typÎ,{Juenient 30 ppm de néodynie.
Cela coûte environ 50 euros par échantillon pour extraire le néodynie.
Calculez le coût par kilogramnie du néodynie extrait par les géochimistes.

192
6.3 • L'exploitation des terres rares, él éments peu courants mals nécessaires

ÉLÉMENTS DB RÉPONSES. La crofite continentale contient un milliard de tonnes


de Nd.
Il y a assez de Nd pour satisfaire notre demande globale pendant les prochaines
100 000 années (sans prendre en compte Je recyclage !).
Le néodyme des géochimistes cofite 1.5 billions d'euros par kg...
L'idée de cet exercice est que même si tous les éléments sont présents dans
la crofite, Je cofit d'extraction à partir de roche « normale » est totalement
prohibitif. Pour cette raison, les compagnies minières explorent des gisements
dans lesquels les concentrations en métaux sont enrichies de plusieurs ordres
de grandeur. Mais l'exploration et l'exploitation de ces gisements rencontrent
fréquemment divers problèmes techniques, diplomatiques ou environnemen-
taux. Dans la partie suivante, nous présentons Je cas de ressources minérales
ayant attiré l'attention du grand public dans la dernière décennie et qui illus-
trent parfaitement les défis du XXIe siècle.
_)

6.3 L'EXPLOITATION DES TERRES RARES,


ÉLÉMENTS PEU COURANTS MAIS NÉCESSAIRES
EN PETITES QUANTITÉS POUR DES PRODUITS
DE HAUTE TECHNOLOGIE
On trouve de plus en plus d'utilisations dans l'industrie moderne à ce groupe d'élé-
ments, bien connu des géochimistes q ui les utilisent pour tracer les processus
géologiques dans Je manteau, la croûte et les océans. Ils sont utilisés dans une grande
variété d'applications, principalement dans l'électronique mais également dans des
processus industriels. Quelques exemples sont énumérés dans Je tableau 6.1.

Tableau 6.1 - Utilisations des terres rares.

Lanthane(La) Traitement de reau, batteries rechargeables


Cérium (Ce) Polissage des verres, boue dense des forages pétroliers, catalyseur

"
'8
g
il
Néodyme (Nd)
Europium (Eu)
Petits moteurs électriques, aimants
Phosphore rouge des écrans plats
~
s
~ D'un point de vue géochimique, les terres rares font partie des éléments incom-
·~ patibles, ce qui signifie qu'elles sont concentrées dans les liquides silicatés évolués
• résiduels après cristallisation fractionnée d' un magma. Elles sont présentes en abon-
J dance dans des pegmatites et dans les carbonatites (roches magmatiques composées
~ de minéraux carbonatés et de peu de silicates), roches dont elles sont extraites. Les
• carbonatites qui proviennent de la cristallisation d'un magma riche en carbonates
J sont des roches assez rares. Les gisements de terres rares dans des carbonatites sont
" donc également assez exceptionnels.

193
Chapitre 6 ·Avenir de la géologie économique

Les terres rares sont également concentrées dans les phosphates, comme la mona-
zite et l'apatite, dans les sédiments détritiques, ou absorbées dans des argiles. Le
tableau 6.5 établi la liste des minéraux porteurs de terres rares dans divers types de
minerais.
Bayan Obo, un gisement polymétallique (Fe-REE-Nd) géant d'origine mal
comprise, est situé en Mongolie intérieure, à l'extrémité nord du craton du nord de
la Chine, à 600 km au nord ouest de Pékin. Ce gisement découvert en 1927 a été
exploité initialement pour Je fer, qu'il continue de produire. Les réserves actuelles
sont estimées à environ 1.5 milliards de tonnes de minerais à 35 % de fer. Cette
teneur est inférieure à celle des gisements de fer du Brésil et d'Australie, mais suffi-
sante pour une exploitation rentable en Chine. En plus du fer, Je gisement contient
d'importantes quantités de terres rares, l'équivalent de 48 millions de tonnes, avec
une teneur moyenne de 6 % d'oxydes de terres rares. Cela fait de ce gisement Je
plus riche en terres rares connu, et il constitue à lui seul 30 à 40 % des ressources
mondiales. Ce gisement contient aussi de grandes quantités de Nb. Le cofit d'ex-
traction des terres rares varie de JO euros/kg pour La et Ce à 1 000 euros/kg pour
Eu et Dy. Le cofit d'extraction du Nd est de l'ordre de 100 euros/kg. soit dix ordres
de grandeur plus bas que la valeur calculée dans l'exercice précédent. Le contexte
géologique et les modèles proposés pour l'origine de ce gisement sont décrits dans
Je chapitre IV.
La Chine possède d'autres gisements de terres rares importants, comme celui
de Miamrning dans des carbonatites, dans la province du Sichuan, et les gisements
plus petits mais économiquement importants de Xunwu et Longnan dans la région
Jiangxi, au sud-est de la Chine. Ces deux derniers sont décrits comme des gisements
d'argiles absorbantes d'ions, se développant lors de la latéritisation de granites et
syénites dans les régions tropicales du pays. Ces minerais d'oxydes sont économi-
quement importants car ils contiennent des proportions assez importantes de terres
rares Jourdes. Théoriquement ils sont faciles à exploiter car ils sont composés de
matériel assez meuble et affleurant en surface ; en pratique, leur exploitation, souvent
de façon artisanale, a entraîné de la pollution et des problèmes environnementaux
majeurs.
La Chine produit actuellement la quasi-totalité des terres rares mondiales
(figure 6.4) et exerce un contrôle sur Je commerce de ces ressources. L'impact du
monopole de la Chine sur la disponibilité en terres rares est discuté dans la partie 6.6.
La projection sur l'exploitation future des terres rares nécessite de considérer sépa-
rément les courts, moyens et longs termes et de distinguer les terres rares. Comme
Je montre Je tableau 6.1, chaque application requiert une terre rare spécifique. Le
tableau 6.7 montre que la majorité des gisements exploités ainsi que ceux qui Je seront
dans les 5 années à venir, sont sources de terres rares légères et qu'avec la réouver-
ture du gisement de Mountain Pass aux États-Unis et Je développement de nouvelles
mines comme celle de Mt Weld en Australie, la demande en ces éléments sera très
prochainement satisfaite. Au contraire, les seules sources majeures de terres rares
Jourdes (du Gd au Lu) actuellement exploitées sont les argiles fixatrices d'ions en
Chine. Le gisement nouvellement découvert de Kvanefjeld, au Groenland, contient
de fortes teneurs en terres rares Jourdes, mais aucune prévision réaliste n'espère Je

194
6.4 • L'expl oitation du lithium

début d'une exploitation dans les 5 à JO années à venir. Pendant cette période, il y
aura une carence en ces éléments, et cela donnera l'occasion à l'unique producteur de
contrôler à sa guise Je marché mondial.
Ainsi, les terres rares illustrent de façon très intéressante comment Je développe-
ment industriel etles nouvelles technologies nécessitent des ressources précédemment
peu exploitées, et comment l'industrie minière réagit à cette demande.

Production totale de terres rares


120

100

Figure 6.4 - Évolution de la


production totale de terres rares,
de 1950 à nos j ours . Modifié
d'après Hein et al, 2013.

20

1950 1960 1970 1900 1990 2000 2011

6.4 L'EXPLOITATION DU LITHIUM, UN EXEMPLE


D'INTERACTION ENTRE GÉOGRAPHIE, ÉCONOMIE,
POLITIQUE, ENVIRONNEMENT ET PROSPECTION
La disponibilité et l'exploitation de cet élément illustrent parfaitement les compli-
cations - géologiques, géographiques, économiques et politiques - qui influencent
l'industrie minière au début du xxie siècle. Depuis quelques années, cet élément a
déjà de nombreuses applications mais en quantités relativement faibles. Des exemples
sont apportés dans Je tableau 6.2.

Tableau 6.2 - Ut ilisations du lithium

- Dans de nombreux types de batteries (pour son potentiel électrochimique élevé)


- En tant que fluidifiant dans les fonderies d'aluminium (diminue la température de fusion).
- En tant que milieu conducteur de chaleur dans les réacteurs nucléaires (pour sa chaleur
spécifique très élevée)
- Dans des médicaments, comme stabilisateur d'humeur
- En tant que lubrifiant spécialisé
- Dans des alliages avec Al et Mg pour produire des pièces aéronautiques solides et légères
- Dans des céramiques et des verres spécialisés (notamment ceux de certains télescopes)
- Sous form e de LiOH qui absorbe le C0 2 dans les sous-marins et les navettes spatiales

19 5
Chapitre 6 ·Avenir de la géologie économique

La production globale, d'environ 20 000 tonnes par an a été capable de répondre


à la demande pendant les dernières décennies, mais dans un futur proche, la situation va
changer. La pression pour réduire la consommation de pétrole et les émissions
de C0 2 liées à la croissance du nombre d'automobiles en circulation a entraîné Je
développement de modèles hybrides et de véhicules entièrement électriques. Ces
véhicules sont promis à un bel avenir commercial, et la plupart seront sans doute
équipés de batteries Li- ion qui présentent des avantages considérables : une puis-
sance plus importante pour un poids et une taille plus limités que les autres types
de batteries. La batterie des véhicules hybrides contient 2 kg de Li, et celle des véhi-
cules entièrement électriques 3 kg. La conversion de l'ensemble des voitures à moteur
thermique en voitures à moteur électrique entraînera une augmentation gigantesque
de la demande en Li, qui sera, selon certaines estimations, multipliée par un facteur
supérieur à dix. Où trouverons-nous tout ce lithium?
Actuellement, Je Li est extrait de deux types de gisements: (1) des pegmatites,
où Je Li est contenu dans Je spodumène, silicate dont la composition - LiAISiz06
- ressemble à celle d' un pyroxène et (2) des sédiments évaporitiques et de l'eau de
certains lacs d'altitude, où Je Li est contenu dans des carbonates. Par Je passé, la
production s'est consacrée essentiellement aux gisements de spodumène, mais depuis
elle a été largement dépassée par l'exploitation de la seconde source qui nécessite
moins d'énergie pour extraire Je métal. Comme nous l'avions discuté dans Je cas
pour des gisements de Ni (encart 2.2), extraire un métal d'un silicate est toujours
très cofiteux en énergie. Actuellement, environ 75 % des réserves mondiales de Li
sont en Amérique du Sud, sur « l'altiplano » des Andes, vaste plateau d'altitude qui
s'étend essentiellement en Bolivie, en Argentine et au Chili. Plusieurs facteurs entraî-
nent l'évaporation rapide des eaux de pluie sur l'altiplano : l'altitude élevée (et donc
la pression atmosphérique basse), les vents violents et Je climat aride. Le climat très
sec de l'altiplano lui permet d'avoir un ciel parmi les moins nébuleux du monde et
c'est ce critère qui a entraîné Je choix de cette région pour l'installation de plusieurs
télescopes parmi les plus performants. L'aridité est en grande partie liée à l'existence
du courant océanique froid de Humboldt: en provenance de l'Antarctique qui crée un
gradient thermique inverse dans les masses l'air sur l'océan Pacifique à proximité des
côtes chiliennes ; ce gradient est défavorable à la formation de masses nuageuses et
quand bien même des nuages sont formés, l'altiplano en est protégé par les cordillères
qui l'entourent. Ce climat aride permet l'évaporation rapide de l'eau des rares pluies
dans la région ; l'eau et les sédiments riches en Li sont concentrés dans des bassins
endoréiques. Pour répondre à la demande croissante en Li, il nous sera indispensable
d'exploiter ces ressources.
La concentration en cette partie de la planète d'un métal qui va devenir essentiel
pour l'industrie entraîne quelques inquiétudes pour les pays en étant dépourvus.
Plus de la moitié des ressources sont situées en Bolivie, un pays dont l' histoire
minière est chargée : entre Je xv1• et Je XJx• siècle, les colons espagnols ont exploité
sans remords Je gisement incroyablement riche de « Cerro Rico », et ont exporté
l'essentiel de la production vers Espagne, faisant de la ville andine de Potosi l'une
des plus riches au monde. Depuis la révolution Bolivienne et jusqu'à présent, les
gisements miniers ont été exploités avec plus ou moins de rentabilité et de stratégie

196
6.4 • L'exploitation du lithium

commerciale par une succession d'exploitants. Pendant longtemps, elles ont été diri-
gées par des compagnies étrangères, et lors de ces périodes, les richesses quittaient
Je pays. Lorsqu'en alternance les mines étaient nationalisées, la production était
beaucoup moins efficace, la corruption régnait et la population locale ne bénéficiait
pas plus des richesses générées par cette industrie. Potosi est maintenant une ville
pauvre et triste ; elle est dilapidée tandis que les résidences coloniales tombent en
ruines les unes après les autres. En 2005, Evo Morales a été Je premier président
indigène élu dans ce pays, il a immédiatement agi pour la nationalisation des puits
de pétrole et de gaz ainsi que des compagnies minières. Il a renégocié activement
les contrats avec les pays importateurs afin de s'assurer qu'une proportion bien plus
importante des richesses profiterait au peuple bolivien. Il a été réélu facilement en
2009 et de nouveau en 2014.
L'exploitation du plus grand gisement de lithium, dans Je salar d'Uyuni au cœur
de la Bolivie, a été tentée à plusieurs reprises par Je passé, mais a échoué pour
des raisons politiques ou économiques. Au moment où nous écrivons ce livre, des
négociations sont en cours pour trouver les fonds nécessaires au développement de
l'exploitation de ce gisement et anticiper la demande croissante en batteries Li-ion,
mais Je projet avance très lentement : la Bolivie est un pays très pauvre et ne dispose
pas des milliards de dollars nécessaires à la mise en route de l'exploitation. Les capi-
taux étrangers ne se bousculent pas dans ce pays où Je climat politique est parfois jugé
incertain. D' un côté, Je gouvernement bolivien a exprimé son rejet à tout programme
qui exploiterait les ressources minérales boliviennes de faible cofit pour construire
des voitures chères dans les « pays riches » ; d'un autre côté, les gouvernements des
« pays riches » ne souhaitent pas que trois pays du continent sud américain (le Chili,
la Bolivie et l'Argentine) aient la mainmise sur des produits liés à l'énergie.
Parallèlement à cet aspect politique, la composition du matériel extrait est égale-
ment considérée : même si le salar d'Uyunî contient une immense quantité de Lî, le
minerai a un rapport Mg/Li assez élevé. Dans Je processus d'extraction du lithium,
Je magnésium n'est pas récupéré et doit être débarrassé comme déchet. D'un autre
côté, les salars contiennent également de grandes quantités de sels de potassium,
utilisés comme engrais, et de sels de sodium qui pourraient être utilisés par l'in-
dustrie s'ils pouvaient être transportés sur les sites de consommation. Dans cette
région des Andes où la population est très clairsemée, Je gisement d' Uyuni est Join
~ de consommateurs potentiels.
g Des problèmes écologiques et environnementaux corsent Je problème : les lacs
il de J'altiplano bolivien constituent des écosystèmes uniques qui possèdent une
j faune exceptionnelle à laquelle appartiennent les emblématiques flamants roses.
~ Le développement d'exploitations minières pourrait entraîner des bouleversements
·~ dont l'ampleur est difficile à estimer mais qui seraient très certainement substan-
• tiels. C'est une raison de plus pour Je gouvernement bolivien de s'opposer à une
J industrialisation à grande échelle dans la région. L'activité touristique en essor
~ dans Je salar d'Uyuni ajoute une nouvelle résistance à l'exploitation des ressources
, minérales.
J Alors que la situation piétine en Bolivie, Je Chili et l'Argentine, plus ouverts à
" l'exploitation minière, ont développé Jeurs parts des gisements de l'Altiplano. En

197
Chapitre 6 ·Avenir de la géologie économique

2012, ces deux pays ont produit des quantités assez faibles de lithium, la plupart des
ressources mondiales provenant d'autres régions comme l'Australie, où le spodu-
mène (LiAl(Si03):z) est extrait du gisement de pegmatite de Greenbushes, et comme
le Zimbabwe et la Chine produisant des quantités significatives de spodumène, de
lépidotite (un mica riche en lithium) et de carbonate de lithium.

6.5 L'EXPLOITATION ET L'EXPLORATION MINIÈRE DANS


LE FUTUR
Les courbes reproduites dans le chapitre 1 illustrent parfaitement le défi des compa-
gnies minières. La population mondiale augmente et comme les pays en voie de
développement aspirent à vivre comme les pays développés, ce qui entraînera une
demande croissante en métaux. Nous avons montré que cette demande pourra être
satisfaite par fexploitation des gisements existants ainsi que de nouveaux gisements
qu'il nous faudra découvrir. Si les tendances qui ont persisté au cours du siècle
dernier se confirment, les améliorations des techniques d'extraction et de purification
permettront l'extraction des métaux dans des gisements dont les minerais auront
de plus faibles teneurs qu'actuellement, ou bien dans des gisements situés dans des
régions plus hostiles, plus reculées ou plus profondes. Le drainage des gisements sous-
marins, comme les nodules polymétalliques du plancher océanique pourra constituer
une immense source supplémentaire en Ni, Co, Zn, Mo, et Mn et l'exploitation des
gisements également sous-marins de sulfures exhalatifs récents pourra procurer du
Cu, Zn, Pb, Au et d'autres métaux.
Mais avant que ces gisements ne soient exploités, ils doivent être trouvés. Comme
nous l'avons expliqué dans le chapitre 1, les réserves connues sont suffisantes pour
satisfaire la consommation mondiale en la plupart des métaux pour les quelques
décennies à venir. Aujourd'hui, et très probablement pendant la première moitié
du XXJ• siècle, les entreprises d'exploration nationales et internationales vont conti-
nuer à mener des explorations pour trouver de nouveaux gisements ; elles seront très
souvent assistées par les instituts géologiques nationaux. L'objectif de la plupart des
compagnies est de trouver de « meilleurs» gisements ; c'est-à-dire des gisements
avec des teneurs assez élevées et un contexte géologique qui permet d'extraire
facilement et efficacement le minerai. La course au profit est le moteur de la pros-
pection - la raison d'être d'une compagnie privée - mais d'autres facteurs entrent
en jeu. L'exploitation d'un grand gisement de faible teneur implique l'évacuation
d'immenses volumes de roche, qui nécessite d'immenses quantités d'énergie, d'eau
et d'autres ressources. Extraire et purifier le cuivre à partir d'un minerai contenant
0,4 % Cu produit beaucoup plus de deux fois plus de déchets qu'extraire et purifier
du cuivre à partir d'un minerai à 0,8 % Cu (la purification d' un métal n'est pas un
processus efficace à 100 % ). Les déchets doivent être traités ou conservés : l'exploi-
tation d' un minerai« riche » a moins d'impact sur l'environnement que l'exploitation
d'un minerai « pauvre ». Les conséquences environnementales de l'activité minière sont
désormais prises en compte dans les projets de développement d'exploitations. Un
exemple intéressant est le développement de processus dans lesquels les déchets

198
6.6 • La position de la Chine dans le marché mondial des minerais

produits par les mines dans les roches maliques et ultramafiques sont mis en contact
avec un flux de C0 2 provenant d'un four ou directement de l'air, afin de fixer ce gaz
à effet de serre sous forme de carbonates et diminuer ainsi Je bilan carbone de l'opé-
ration minière.
Les techniques utilisées dans la recherche de nouveaux gisements évoluent elles
aussi très rapidement, avec une dépendance accrue pour la télédétection et les
méthodes de prospection géophysique. Ces dernières permettent de trouver des gise-
ments invisibles en surface car cachés par des couches de sédiments, des alluvions,
ou un sol tropical profond. Le fonctionnement des compagnies les plus importantes
change, mais lors des dernières années, elles ont tendance à abandonner l'explora-
tion et la recherche de gisements, sous-traitant cette activité à de petites entreprises
spécialisées et à des universitaires. Cependant, quel que soit Je niveau où ils inter-
viennent, les géologues seront toujours nécessaires au développement industriel.
Deux autres facteurs auront un impact majeur dans l'exploration minière. Le
premier est Je rôle croissant de la Chine dans Je secteur minier, et Je second est la
nécessité pour les compagnies d'obtenir un permis social d'exploitation (« Social
licence to mine »).

6.6 LA POSITION DE LA CHINE DANS LE MARCHÉ


MONDIAL DES MINERAIS
La Chine dispose de vastes ressources en la plupart des minerais. Comme Je montre
Je tableau 6.7, en 2012, la Chine était Je principal producteur de 22 métaux ou miné-
raux : l'aluminium (métal), l'antimoine, la barite, Je bismuth, Je ciment, Je charbon,
la ftuorite, l'or, Je graphite, Je fer, l'acier, Je plomb, Je magnésium, Je mercure, Je
molybdène, les phosphates, les terres rares, le sel, le talc, l'étain, le tungstène et le
zinc. Le pays est un exportateur majeur de certaines de ces substances, notamment
l'antimoine, la barite, la ftuorite, Je graphite, l'indium, les terres rares, et Je tungstène.
Pour l'instant, en ce qui concerne Je fer et Je charbon - deux substances vitales pour
l'industrie chinoise - malgré sa position de leader mondial, la production domes-
tique est insuffisante pour répondre au besoin de l'industrie et la Chine doit importer
une immense quantité de ces deux ressources. Pour les autres ressources, à savoir
Je chrome, Je cobalt, Je cuivre, Je manganèse, Je nickel, les platinoïdes et la potasse,
"
'8
g
il
la production locale est également bien en dessous des besoins de la Chine qui doit
importer une grande partie de sa consommation.
~
S Avec la demande massive de 1.3 milliards de consommateurs, la Chine est l'un
~ des rares pays dont les disponibilités et besoins domestiques affectent Je marché
~ global des ressources minérales (USGS Minerais Yearbook 2012). Par exemple, Je
·• prix global du fer est dicté principalement par les négociations entre les aciéries
J nationales chinoises et les compagnies minières extrayant Je minerai en Australie et
~ au Brésil. Le prix de l'or est de son côté influencé par les demandes des consomma-
' teurs chinois (et indiens) et par les mesures prises par les gouvernements de ces pays
J pour contrôler l'accès à ce métal. Enfin, Je cours des terres rares est très influencé par
" les restrictions chinoises à l'exportation.

199
Chapitre 6 ·Avenir de la géologie écono mique

La figure 6.5 montre la position de la Chine comme fournisseur et consommateur


des métaux critiques définis par la Commission européenne. Ce pays est Je principal
producteur de 6 des 19 métaux critiques, mais seulement Je tungstène, et dans une
moindre mesure l'antimoine et Je graphite, ont une importance économique majeure.
La Chine nécessite et importe quatre ressources minérales critiques économique-
ment importantes : Je charbon, Je chrome, Je nickel et la potasse. Elle est à la fois
principal producteur et importateur de fer et d'aluminium. Le point de vue chinois
est que Je pays est forcé à se battre sur les marchés internationaux hostiles pour
se procurer les minerais dont il a besoin, et doit se frotter aux réseaux d'échanges
boursiers internationaux biaisés en faveur des États-Unis, de fEurope et des pays
« occidentaux ».

0 0 minerai cr~ique
terres rares lourdes
Û minerai pour lequel la
Chine est le 1"' producteur

..
ë
E
Q
minerai pour lequel la
Chine est un producteur
important
!c
0
a;
0
terres rares légères
> antimoine
e 2. Üniobium 0 graphite

a
Q. magnésite
mag 1um
~ germanium 0 0 0
....:;
::J
CO 0
indium gallium
cobalt ftuorite
&silicium
tungstène
charbon
phosphate berylium
i
'C •
scandiu m •
rtlénium e
ri
borate 'V •
latinoïdes

molybdène étain tantale


chrome~
vanadium
argent • lithium
0 cuivre
fer GG
; atnium 0 zinc
0
or
talc

titane
0 tellure • aluminium et
sélénium manganèse po asse
20nickel

Importance économique

Figure 6.5 - Position de la Chine comme fournisseur majeur des substances minérales
critiques. Modifi é d'après les données de la Commission européenne.

En 2010, la Chine a diminué considérablement ses quotas d'exportation pour les


terres rares, les faisant passer de 60 000 tonnes en 2005 à 30 000 tonnes en 2010.
Il lui a été facile d'agir sur ces ressources, la Chine produisant plus de 95 % des
terres rares mondiales. Officiellement, les raisons à ce quota sont d'une part envi-
ronnementales (la pollution causée par Je Th radioactif à Bayan Obo et les difficultés
d'extraire Je minerai diffus dans les minerais d'argiles fixatrices d'ions), et d'autre
part pour préserver une ressource naturelle en déclin. D'après Je bureau d'infor-
mation du Conseil d' Etat chinois, « des procédés obsolètes d'exploitation minière,

200
6.6 • La position de la Chine dans le marché mondial des minerais

d'extraction et purification des terres rares ont entraîné des dommages sérieux sur la
végétation, des pertes d'eau, de l'érosion des sols, de la pollution, de l'acidification, et
ont réduit ou même éliminé les surfaces cultivables».
D'autres autorités pensent différemment : « la politique chinoise sur les terres
rares fait partie d'un ensemble complexe de mesures industrielles du gouvernement
chinois pour promouvoir Je développement local de l'industrie jugée essentielle à la
modernisation économique» et les restrictions permettent « à la Chine de grimper
dans la chaîne de J'offre, proposant des biens manufacturés au lieu de produits
bruts ». L'Organisation Mondiale du Commerce a récemment légiféré en faveur de
l'Europe et des États-Unis qui se plaignaient que les politiques de restrictions des
exportations chinoises violaient les règles du commerce mondial.
Un autre rôle majeur de la Chine est celui lié à l'incitation du gouvernement à l'ac-
quisition par ses compagnies minières de concessions à l'étranger, essentiellement
en Australie et en Amérique de Sud, et à conduire des campagnes d'exploration en
Afrique. En 2002, la Chine a initié une politique pour promouvoir de tels inves-
tissements. Le gouvernement chinois a signé un accord avec des gouvernements
africains pour assurer son exploitation des ressources minières (et de terres agri-
coles) en échange d'infrastructures. Par exemple, en 2010, la Chine a payé la somme
de 9 milliards de dollars au gouvernement de la République Démocratique du Congo
- presque la moitié du PIB du pays - pour l'autorisation d'extraire li Mt de cuivre
et 600 000 t de cobalt. La Chine s'est engagée à construire de nouvelles mines, des
milliers de kilomètres de routes, de voies ferrées et des centaines de cliniques, hôpi-
taux et écoles.
La figure 6.6 montre les investissements directs de la Chine en Afrique en 2005 :
on y voit clairement la concentration au niveau des pays disposant de réserves
pétrolières abondantes, ayant souvent au pouvoir un gouvernement répressif. Les
investissements chinois à l'étranger sont gouvernés par Je« consensus de Pékin» (ou
Je «modèle économique chinois») qui préconise une approche pragmatique pour
promouvoir «une croissance équitable, pacifique et de haute qualité », « la défense
des frontières et des intérêts nationaux » et« la présence d'une politique stable même
si répressive ». Peu d'attention est donnée aux droits de l'Homme et à la qualité du
gouvernement dans les pays où ont lieu les investissements et pour cette raison, la
" Chine a pu investir lourdement dans des pays fermés aux États-Unis et à l'Union
~ Européenne, comme Je Zimbabwe (pour les diamants et les platinoïdes), et Je Soudan
il (pour Je pétrole).
j li y a cependant un sentiment croissant que les entreprises chinoises en Afrique
~ n'ont pas toutes connu de succès : d'après certaines estimations, 80 % n'ont pas
~ réalisé Jeurs objectifs d'extraction. Les raisons sont multiples, depuis la faiblesse
·• des infrastructures, l'instabilité politique et la corruption, les différences culturelles
J importantes qui ont gêné les relations de travail, et les risques politiques et légaux.
~ La conséquence est une diminution significative des activités chinoises en Afrique
, au cours des deux dernières années. La relation entre la Chine et l'Afrique a été criti-
J quée, rappelant la position des vieilles puissances coloniales, l'Afrique vendant à la
" Chine des produits bruts et récupérant des produits manufacturés.

201
Chapitre 6 ·Avenir de la géologie écono mique

Cap-
Vert
<:)
Gambie
ie

• Plusde~OM$
• Plus de 100 M$
• Plus de 50 M$

D Plus de 40 M$
D Plus de~ M$
D Plus de 20 M$
D Plus de 10M$
D Moins de 10 M$
D Pas de doooées
Figure 6.6 - Carte des investi ssements directs de l a Chine en Afrique en 2005.
Source: CNUCED (Conférence des Nations Unies sur le Commerce Et le
Développement).

Les mesures prisent par Je gouvernement chinois pour restreindre l'exportation


des terres rares et d'autres métaux, et ses aventures en Afrique ont été très média-
tisées. Les médias parlent de « monopole chinois sur les ressources mondiales », et
un journaliste spécialiste de l'économie des ressources écrivait que « rAustralie est
devenue la carrière de la Chine». La Chine est accusée de « ne pas respecter les
règles», et la Commission Européenne est appelée à la rescousse pour assurer une
réglementation équitable du marché global des ressources minières. Ces affirmations
sont-elles fondées ?
L'inventaire 2010 de l'OCDE sur les restrictions d'exportation de matériaux bruts
contient 9 000 entrées. Les pays européens ne sont pas présents sur la liste, mais les
États-Unis, Je Canada, l'Australie, la Thaïlande restreignent l'exportation de produits
forestiers, l'Argentine par exemple, restreint l'exportation de 37 types de ressources
minérales. Ces restrictions concernent cependant des déchets ou des produits trans-
formés, et non des minerais bruts. Relativement peu de pays restreignent l'exportation

202
6.7 • Le permis social d'exploitation minière

de minerais et produits concentrés. L'Afrique du Sud restreint l'exportation des


diamants, de l'or et des platinoïdes. L'Inde restreint l'exportation de chrome métal et
minerai. La Bolivie restreint l'exploration de minerai de Sn, W, et Sb. La Chine est en
tête, en appliquant tout un tas de restrictions (quotas, tarifs, etc.) sur 38 métaux et JO
produits minéraux, à la fois minerais bruts et produits raffinés. Cet usage dispropor-
tionné des restrictions est à l'origine de la plainte déposée à l'OMC et de la mauvaise
réputation de la Chine dans Je secteur minier.
Les restrictions très médiatisées de la Chine sur l'exportation des terres rares ont
en fait eu très peu d'effets sur la disponibilité globale. Imposées dès Je début de l'ex-
ploitation, les restrictions ont entraîné une flambée des prix, mais depuis les prix ont
été divisés par quatre ; en partie à cause de la crise financière et du ralentissement
économique, les exportations officielles n'ont jamais atteint les quotas. La situation
est complexifiée par les exploitations illégales, qui ont répondu aux demandes des
compagnies non-chinoises qui dépassaient les quotas. En parallèle, des mines aux
États-Unis (Mountain Pass) et en Australie (Mt Weld) ont lentement augmenté leur
production de sorte que la proportion de la production chinoise de terres rares est
passée de plus de 95 % en 2008 à environ 80 % en 2014. De nouvelles mines vont
être ouvertes en Afrique du Sud, au Canada et dans d'autres régions du monde pour
réduire la pression sur J'offre en terres rares légères, mais la situation pour les terres
rares Jourdes sera difficile durant la prochaine décennie. Les mesures prises pour
trouver des substituts aux terres rares devront permettre de répondre à la demande
croissante en ces ressources quand- la croissance reprendra.
En 2014, l'Indonésie a introduit une i nterdiction d'exportation de produits bruts
afin de développer ses infrastructures industrielles et ses bénéfices liés à l'activité
minière. Cette interdiction concerne Je nickel et la bauxite, mais Je cuivre produit
dans des grands gisements de porphyres par deux compagnies américaines (Freeport
et Newmont) ne sera pas concerné avant 2017. Avant ces lois, l' Indonésie était le
principal exportateur de nickel et Je principal fournisseur de bauxite de la Chine,
avec un volume s'élevant à près de 12 % du marché global. Le Japon et peut-être la
Chine seraient en train de préparer un recours à l'OMC contre cette décision.

6.7 LE PERMIS SOCIAL D'EXPLOITATION MINIÈRE


~ Partout dans Je monde, il est de plus en plus difficile d'exploiter des mines. Les
g gouvernements, les organisations nationales et internationales mais aussi l'opinion
il publique sont devenus moins disposés à accepter des pratiques minières jugées
j injustes ou préjudiciables à l'environnement. De nouvelles conditions et de nouvelles
~ règles sont imposées afin d'assurer une exploitation plus « durable » et minimi-
·~ sant l'impact sur l'environnement, et pour s'assurer qu'une plus grande partie des
• bénéfices profite à la communauté locale ou à la nation dans laquelle l'exploitation
J minière a lieu. La plupart de ces mesures sont nécessaires et auraient dfi être prises
~ il y a longtemps, mais certains économistes et scientifiques estiment que parfois les
, mouvements« anti-mines » vont trop Join.
J Le problème est que, bien que l'exploitation minière (et dans une moindre mesure
" les autres branches industrielles d'extraction des métaux), ait un impact négatif sur

203
Chapitre 6 ·Avenir de la géologie économique

l'environnement, en son absence, la société moderne serait paralysée. Un exemple


éloquent est l'utilisation croissante d'une large gamme de métaux dans les nouvelles
technologies : sans sources fiables de terres rares et d'une gamme d'éléments
exotiques, la construction des éoliennes de nouvelle génération et des techno-
couches minces des panneaux solaires nécessaires à la conversion vers une société
sobre en carbone ne pourra être possible. Un autre aspect est l'association de l'in·
dustrie minière avec des sociétés multinationales dont la réputation est mauvaise,
pour des raisons légitimes ou discutables. Certains des groupes opposés à l'exploi-
tation minière dans Jeurs régions reconnaissent que les métaux sont nécessaires,
mais doivent être issus du recyclage ou d 'une production dans des endroits éloignés.
L'expérience récente a montré que si des groupes locaux ou nationaux ne sont pas
convaincus que l'exploitation minière peut être faite de façon compatible avec les
prérogatives environnementales, ni qu'elle apportera des avantages à la communauté,
ils arrivent à stopper les projets industriels.
Les exemples suivants illustrent les enj eux, les priorités divergentes et les para-
doxes liés à la nécessité d'obtenir un «permis social d'exploitation».

6.7.1 La prospection de Pebble, en Alaska (États-Unis)


L'exemple de Pebble a été discuté dans Je chapitre 4 (encart 4.6). Pebble a été décrit
comme étant Je plus grand gisement connu de Cu non-exploité sur Terre. Depuis sa
découverte en 1988, la société prospectrice Northern Dynasty Minerais la société
prospectrice, a investi près de 400 millions de dollars US pour montrer que Je
gisement contient 5,94 milliards de tonnes de minerai à une teneur de 0,78 % Cu
et des quantités importantes d'or et de molybdène. La valeur totale de ces métaux
est estimée à plus de 300 milliards de dollars. Or, l'Alaska n'impose actuellement
que l,5 % de taxes sur l'exploitation minière, mais même avec ce taux ridicule, si
elle venait à ouvrir, la mine rapporterait environ 4,5 milliards de dollars à l'état.
Le gisement contient suffisamment de minerai pour environ 90 années de produc-
tion et pour chaque année de cette période, il apporterait 50 millions de dollars
de taxes au gouvernement de l'Alaska, l'équivalent de deux fois Je budget annuel
de l' État (24 m$). Lors de la construction de la mine, Je projet envisageait la créa-
tion de près de 5 000 emplois lorsque l'exploitation serait en route, dont 2 000 à
3 000 personnes pourraient être employées dans Je sud-ouest de l'Alaska, région
où l'emploi est rare.
Mais la production de Pebble prévoyait une grande mine à ciel ouvert ainsi que
la construction d'importantes voies de communication, et en janvier 2014, la US
Environmental Protection Agency (EPA) a conclu que l'exploitation du gisement
de Pebble nuirait à l'habitat du saumon dans la baie de Bristol, la plus grande zone
de fraie du saumon au monde. L'industrie de la pêche fournit environ 75 % des
emplois des 7000-8000 personnes qui vivent dans la région. L'évaluation de l'EPA
a été publiée avant que la Northern Dynasty Minerais n'ait publié sa propre étude
d'impact environnementale, et au moment de l'écriture, l'ensemble du processus
était ouvert aux remarques de partisans et opposants à la mine. Les opposants à la
mine sont divers et comprennent la « Renewable Resources Coalition », certains

204
6.7 • Le permis social d'exploitation minière

groupes indigènes locaux et les organismes de pêches (professionnels et amateurs)


et du tourisme. Ces groupes pensent qu'une exploitation minière respectueuse de
l'environnement n'est pas possible et estiment que cela représente un risque inac-
ceptable pour la pêche au saumon. La pêcherie de Bristol Bay contribue à environ
un tiers des prises de saumon dans Je monde et rapporte 250 millions de dollars par
année à l'économie locale. C'est environ cinq fois plus que ce que rapporterait la
future mine Pebble.
À la question cruciale est en fait de savoir si l'exploitation du gisement Pebble
ruinerait inévitablement l'industrie de la pêche ou si les deux activités pourraient être
menées ensemble, l'EPA a répondu en prenant en compte la dimension environne-
mentale. De telles préoccupations n'existaient pas il y a 30 ans.

6.7.2 Ro~ia Montana, Roumariie


Les gisements d'or dans Je «Quadrilatère doré » de la Transylvanie ont été exploités
pendant l'ère romaine, puis en intermittence à travers les siècles suivants jusqu'à la
fermeture de la dernière entreprise en 2006. En 2000, Je barrage de résidus miniers
de Baia Mare a déversé quelque 100 000 m3 d'eau contaminée au cyanure dans Je
Danube, provoquant ce qui a été décrit comme la pire catastrophe écologique de
l'Europe après Tchernobyl.
À la fin des années 1990, R~ia Montanll Gold Corporation (RMGC), détenue
par « Gabriel Resources », une entreprise canadienne, a élaboré un projet d'ouver-
ture pour une très grande mine moderne à ciel ouvert, qui pourrait aboutir à la plus
grande mine d'or d'Europe. En 2003, la société a commencé la longue procédure
pour obtenir un permis d'exploitation minière, et ce n'est qu'en 2013 que Je gouverne-
ment roumain a donné une approbation préliminaire. Cela a immédiatement conduit
à des manifestations publiques massives qui ont attiré des milliers de personnes dans
les rues de plusieurs villes roumaines. Face à cette opposition, Je gouvernement a
reculé et a retiré l'autorisation. Le projet est maintenant au point mort (voire aban-
donné) et en 2014 Ja société a commencé à licencier ses employés en Roumanie.
Une fois de plus les arguments en faveur de l'ouverture de la mine sont liés aux
richesses qu'elle générerait - 400 millions d'euros par an, selon la société - des
emplois, et de nouvelles infrastructures, dans l'une des régions les plus pauvres
~ d'Europe. RMGC affirme que la mine serait exploitée en utilisant des techniques
g modernes en accord avec la réglementation européenne assurant que les catastrophes
il comme Baia Mare ne se reproduisent pas. La société a déjà nettoyé une partie des
j résidus d'exploitation abandonnés par les mines antérieures et proposait de pour-
~ suivre la restauration des zones polluées.
~ Les opposants à la mine, décrits dans les pages de Wikipédia comme« des écolo-
·• gistes, des architectes, des archéologues et des avocats», ainsi que «des étudiants,
J des enseignants, des prêtres, des militants, des artistes, des ingénieurs, des retraités et
~ des chômeurs », qu'ils soient« conservateurs, libertaires, socialistes, anticapitalistes,
• nationalistes, théoriciens du complot», ont peu de confiance en Je gouvernement de
J la Roumanie, qui a été accusé de corruption et d'incompétence. Les opposants ne sont
" pas convaincus que Je gouvernement sera en mesure de garantir que l'exploitation se

205
Chapitre 6 ·Avenir de la géologie économique

fera de façon acceptable pour l'environnement. L'essentiel du débat se concentre sur


l'utilisation du cyanure dans Je traitement du minerai. Le mouvement de protestation
se demande si la RMGC a l'expérience nécessaire pour une opération d'envergure
dans une région écologiquement sensible, et émet des réserves quant à la proportion
des bénéfices qui resteront en Roumanie.
Un aspect particulier de l'opération R~ia Montanll est que certaines galeries
existent depuis l'exploitation minière de l'époque romaine. Les deux parties recon-
naissent ceux-ci comme un trésor archéologique national ; Je problème est de choisir
la meilleure façon de les préserver. RMGC a identifié environ 7 km de galeries qui
ont échappé à la destruction lors de l'exploitation par Je régime communiste, mais qui
ont été laissées à l'abandon et sont désormais en délabrement. La compagnie minière
reconnaît que certaines galeries seraient détruites si une nouvelle mine devait ouvrir
mais souligne qu'elle a déjà investi une somme importante pour identifier Je patri-
moine culturel de Ro~ia Montanll et qu'elle a restauré quelques galeries qui tombaient
en ruine. Elle se propose de faire la même chose avec d'autres vestiges archéolo-
giques et fait valoir que Je gouvernement roumain n'a ni les fonds ni la motivation
pour faire ce travail. Les opposants à la mine sont très sceptiques sur la tenue de ces
promesses. Comme alternative aux revenus générés par la mine, ils préfèrent mettre
en avant l'industrie forestière et Je tourisme. Cela soulève la question suivante : est ce
que ces deux activités sont totalement incompatibles avec l'exploitation minière, ou
peuvent-elles coexister ?

6.7.3 Les mines de fer du nord de la Suède


La ville de Kiruna dans Je nord de la Suède promeut comme attractions locales les
randonnées dans la nature, Je rafting, la découverte de la culture sami, et «la visite
qui vous fait descendre au fond de la plus: grande mine de fer souterraine du monde».
Le site TripAdvisor compte 59 commentaires globalement positifs pour la visite
sous-terraine du musée associé à cette mine. Les organismes touristiques du nord
de la Scandinavie suivent Je Conseil du patrimoine national suédois qui soutient et
favorise les bons exemples de tourisme minier.
Depuis sa découverte dans les années 1880, Kiruna a produit 950 millions de
tonnes de minerai magmatique à forte teneur, et ses réserves sont estimées à plus de
600 millions de tonnes de minerai ayant 48 % de Fe. Pour la nouvelle phase d'ex-
ploitation minière, la vieille ville et sa population d'environ 20 000 habitants seront
déplacées de 2 km sur un nouveau site. Le transfert ne sera effectué qu'après dix ans de
planification, avec une vaste consultation des habitants. 3 000 maisons et appartements
sont en train d'être délocalisés, y compris la vieille église. Les habitants expriment une
certaine nostalgie pour l'ancien site, mais, au grand étonnement de certains journa-
listes, acceptent la nécessité du déplacement. Ils sont pleinement conscients que sans
la mine, Kiruna ne serait pas là. Bien sOr, il y a des conflits : Les Samis, population
autochtone du nord de la Scandinavie, ont protesté contre l'exploration de nouvelles
mines de fer, mais la nouvelle législation etla communication récente entre les groupes
impliqués devrait permettre à l'industrie minière scandinave et au peuple sami de
progresser ensemble, dans cette région où J'espace ne manque pas.

206
6.7 • Le permis social d'exploitation minière

6.7.4 La prospection Tennie en France


Les dernières mines de métaux en France ont fermé dans les années 1990. Une
mine de talc, une mine de lithium, et de nombreuses carrières extrayant des miné-
raux industriels sont toujours actives, mais tous les métaux actuellement utilisés en
France, comme dans la plupart des pays européens, proviennent de l'importation.
La restriction chinoise sur les terres rares a alerté les gouvernements européens face
au risque économique imposé par cette situation. Des programmes tels que Je parte-
nariat européen d' innovation pour les matières premières ont été lancés. En 2012,
Arnaud Montebourg, alors ministre du « redressement productif», a annoncé que la
France allait« redevenir un pays minier ». Cette année, de nouveaux permis d'explo-
ration (les premiers depuis 15 ans) ont été émis, et une petite compagnie, « Variscan
Mines », a commencé à travailler dans plusieurs sites de France. L'un d'eux se trouve
entre la Sarthe et la Mayenne (projet« Tennie») où l'exploitation minière existait par
Je passé et où il y a des chances raisonnables de trouver de nouveaux gisements VMS
ou SEDEX. L'exploration a commencé en mars 2013 et en quelques semaines, des
groupes totalement opposés à l'ensemble du projet se sont organisés dans les villages
alentours. Les sondages montrent que 85 % de la population locale s'oppose à l'ex-
ploration de gisements de minerai dans la région.

~RT 6.3 Les minéraux « Locavore »


le mouvement locavore favorise la consommation de denrées alimentaires
provenant de fournisseurs locaux, dans le but de soutenir les agriculteurs locaux
et de réduire les «aliments-miles» · c'est·à·dire la distance que les aliments
parcourent du producteur au consommateur. les « locavores » européens font
valoir que les coûts environnementaux, sociaux et économiques du transport
de tomates en provenance du nord d·e l'Afrique ou des pommes de Nouvelle·
Zélande ne sont pas viables. Sans mettre en doute la validité de ces affirmations,
est·il raisonnable de fuir les haricots verts du Kenya, tout en consommant le
cuivre du Con go ?
Une exploitation minière de proximité afficherait des coûts financiers et envi·
ronnementaux liés au transport moindres, tout en créant des emplois et de la
richesse localement. Une grande partioe de la pollution associée à l'exploitation
minière est actuellement confiée à des régions où les contrôles sur l'expiai·
tation minière et de l'impact sur l'environnement sont laxistes. la législation
européenne assure généralement une offre d'aliments sains et produits en mini·
misant l'impact environnemental. l'exploitation minière en Europe peut et doit
être menée d'une manière similaire, respectueuse de l'environnement.
Un exemple est la mine d'Aitik de la compagne Boliden. Située dans le climat
rigoureux du nord de la Suède et respectant les normes environnementales et
sociales strictes imposées par le programme scandinave d'« exploitation minière
écologique», elle utilise des technologies modernes et efficaces et des procé·
dures très mécanisées pour tirer profit de minerai ne contenant que 0,27 % Cu,
beaucoup moins que la moyenne mondiale qui est d'environ 0,6 %.

207
Chapitre 6 ·Avenir de la géologie économique

6.8 CONCLUSION
Que cela nous plaise ou non, l'exploitation minière continuera. Comme nous l'avons
souligné dans les chapitres précédents, Je recyclage et la substitution ne peuvent pas
satisfaire les besoins actuels et futurs de la société pour les métaux. Les questions
critiques sont ; où seront les mines ? Comment seronHlles gérées? À qui bénéfi-
cieront-elles ? Qui gérera Jeurs impacts environnementaux et sociaux ? Dans une
grande partie de l'Amérique du Nord et en Europe, la tendance a été de s'opposer
à l'exploitation minière à venir, sur les motifs énoncés dans les quatre exemples
présentés dans ce chapitre. Mais si nous négligeons un gisement comme Pebble qui
contient plus de JO % des réserves mondiales de cuivre, où allons-nous obtenir ce
métal pour la prochaine génération ? Pourquoi ne pas exploiter Je gisement de Pebbe
en galeries au lieu de Je faire à ciel ouvert? La réponse n'est pas d'ordre technique
mais d'ordre financier. La question cruciale est donc de savoir si les compagnies
minières sont capables d'envisager des exploitations limitant au maximum l'impact
environnemental (tout en restant viable), mais au risque de réduire Jeurs bénéfices
potentiels. Presque tous les autres gisements qui ont été découverts récemment
présentent des défis environnementaux similaires. Un autre exemple est Je gisement
de sulfures massifs Windy Craggy au nord-ouest de la Colombie-Britannique, au
Canada. Comme Je gisement de Pebble, il renferme d'immenses réserves de minerai,
mais il est situé dans une région éloignée qui a depuis été classée comme apparte-
nant au Patrimoine Mondial de l'Humanité et fermée à l'exploitation minière.
De nombreux gisements sont situés dans des pays moins développés, avec des
normes environnementales moindres. Est-ce que les pays développés ont Je droit
d'attendre que les autres pays extraient leur cuivre alors qu'ils ne sont pas disposés
à exploiter Jeurs propres métaux d' une manière acceptable pour l'environnement (et
pour Je droit du travail) ? Si un pays n'accepte pas ce défi, a·t·il Je droit d'utiliser Je
cuivre, ou les terres rares, extraits ailleurs ? Pour les métaux de base, leur extraction
massive permet aux pays en voie de développement de bâtir Jeurs infrastructures.
Comme Je fer utilisé en Europe provient à près de 60 % du recyclage et que nos
besoins restent assez faibles, il ne paraît pas anormal que nous en importions depuis
les pays en voie de développement. Mais encore faudrait-il s'assurer que Je fer produit
en Europe (à Kiruna par exemple) est utilisé pour une exploitation domestique et n'est
pas lui-même transporté à l'autre bout de la planète. En ce qui concerne notre impor-
tation de métaux de haute-technologie, qui sont peu ou pas utilisés dans les pays en
voie de développement d'où on les extrait, la question est difficile, mais si nous reje-
tons l'exploitation minière en de plus en plus d'endroits, les pénuries de ressources
seront en augmentation, et ces questions deviendront de plus en plus cruciales.

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A D gîtologie 31
ab.<ite 127 davidite 127 granites à étain 161
Al 170 Delbridge 98 Great Dyke 21
alluvial 150, 151 den.<ité 149 gypse 170
altération supergène 180 diantant 39, 73, 149, 158
altiplano 196 H
diaspore 173
aluminium 175 dilution 88 halite 170
après-mine 51 dureté 149
argent n
arsénopyrite 101 E ilménite 35, 149, 157
assimilation magmatique 56, 71 échanges internationaux 47 imprégnation 88
écologie 197 intrwion basique litée 59
B éléments iron.<tone 163
Baux de Provence 49 de haute -technologie 157
bauxite 49, 170 de l'ère spatiale 157 K
Bessbi 102 Emeishan 74 K 197
bilan carbone 172 environnement 197 Kaapvaal 34
boéhmite 173 euxiniques 170 Kambalda 61
bornite 101 euxinite 127 Kimberley 158
brannérite 127, 152 kimberlite 39, 73
Brignoles 49 F Kirkland Lake 151
Broken Hill 19 Kiruna 74
Fe 161
bronre Tl kornaiiiies 34, 61
Bushveld 21, 53 fer de Lorraine 50
fergusonite 127
L
c fluides de haute température 77
fractures ouvertes 88 lait on 27
calcrètes 180 Langer Heinrich 180
fuchsite 152
carbonatite 74, 193
fumeur noir 102, 103 latérites 170
carnotite 180
àNi 176
cassitérite 161 G Le Bernardan 50
ceinture de c uivre 34 leucoxène 157
!! Cérilly 50 galène 101
garniérite 176 lithium (Li) 195
'8 Cerro Rico 196
g chalcopyrite 62 gibb.<ite 173 Lodève 50
il chambre magntatique 57 gisements 15
~ c hrome 53 alluviaux 150 M
S c hromite 53 de fe r sédimentaires 161
de placers 147
magnétite 101
Margnac 50
~ Chuquieantata 182
g Chypre 98 de porphyre 104 matériaux détritiques 149

t
·g coffinite 50


conglomérats à galets de quartz
152
de s ulfures magntatiques 62
d'uranium 126
éluviaux 150
McArthur River 19
Merensky Reef 58
mer Noire 170
exotiques 182 métal de crise 154
~
Coolgardie-Kalgoorlie 21
1
copperbeh 34 hydrothermaux 77 métaux
Coutras 50 lités de Mn 169 bonus 19
1
Q
Cu 102, 104, 141
c uivre 27, 124
polymétalliques 141
sédimentaires 145
de base 27
toxiques 20

215
Index

minerai 10 Phalaborwa ou Palabor a 74 TAG 9S


brut 43 phosphates sédimentaires 170 tectonique des plaques 33
de type Lorraine 163 placers à o r 149 télédétection 199
magmatique 53 plages de sable 157 teneur 16
minette 4S, 163 plancher océanique 102 teneur-limite 17
Mississippi Valley 118 platinoi<les 48, 5S, 161 terres rares 157, IS6, 193
Mn 169 plomb 77 tétraédrite 101
Mo 104 potasse 50 Th 161
modèle de placer modifié 156 Potosi 196 Ti 157
molybdène 77 précipitation 87 Timmins 151
monazite 149, 157 produits transformés 45 tit ane 35
mont Isa 19 prospection géophysique 199 tonnage 16
MVT 118 pyrolusite 169 Ttoodos 9S
pyrrhotite 62
N u
Na 197 R
u 50
nitrates 170 répartition 33 uraninite 149
nodules polymétalliques 19S rhodochrœite 169 uranium 126, 141, 161, ISO
Noril'sk·Talnakh 65 roll-front 130
Nouvelle-Calédonie 176 ruées vers ror 149 V
rutile 149, 157
0 Vallée d u Mississippi l IS
Olympie Dam 141 s Voisey's Bay 73
o r 51, 141, 149
Orange River 15S
Saint-Pierre 50
saJar
w
orogenèse d 'A tacama 170 Welcome S tranger 150
hercynienne 51 d 'Uyuni 197 Witwatersrand 153, 161
varisque 51 Salsigne 51 y
samarskite 127
p ségrégation p:u densité 5S Yeelirie ISO
p 170 Sn 161
Palabora ou Phalaborwa 74 source hydrothermale 102 z
p aléoplacers pyritiques 152 s phalérite 101 zinc 77
Pb 102 spodumène 196 zircon 149, 157
peak-oil 10, IS6 Sudbury 72 Zn 102
pechblende 50, 127 sylvite 170 zonation 107
pegmatite 193 zones de remplacement gg
pentlandite 62 T Zr 157
pépites 150 tabular 130

216