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Le Principe de prudence est-il nécessaire dans un cadre conceptuel ?

I- Définitions et Généralités  :

1- Cadre conceptuel  :

a-Définition (cadre conceptuel)  :


L’organisme américain de normalisation (Financial Accounting Standards Board - FASB)
définit le cadre conceptuel « comme une constitution, c’est à dire un ensemble structuré
d’objectifs et de principes fondamentaux inter-reliés grâce auxquels il serait possible de
mettre au point des normes cohérentes; dans cette constitution seraient prescrites la nature, les
fonctions et les limites de la comptabilité générale et des états financiers »

b- Objectifs (cadre conceptuel)  :

Le cadre conceptuel de la comptabilité financière constitue la structure de référence théorique


qui sert de support et de guide à l’élaboration des normes comptables. Le cadre conceptuel est
un ensemble d’objectifs, de concepts fondamentaux et d’éléments qui entretiennent entre eux,
des liens de cohérence et de complémentarité.
Il a pour objectif d’aider à :
 aider les normalisateurs à développer les futures normes et à adapter les normes
existantes
 aider les préparateurs et les auditeurs à appliquer les normes et à traiter les sujets qui
ne font pas encore I' objet de normes
 aider les utilisateurs à interpréter les états financiers

Le cadre conceptuel donne la liste des principes comptables à respecter, les principes


comptables sont les objectifs, hypothèses, contraintes, règles qui gouvernent la comptabilité.
Ensemble ils forment le référentiel comptable (cadre conceptuel).

Parmi les 7principes comptables, le principe de la prudence.

2- Le principe de prudence :

a- Le principe comptable de prudence : Définition


Le principe comptable de prudence doit être appliqué de façon à ne pas transférer sur des
exercices futurs des incertitudes présentes susceptibles de grever le patrimoine et le résultat de
l'entreprise. 
Cette approche correspond mieux à la réalité des affaires et à la perception moderne de
ce principe comptable de prudence afin d'éviter la publication de comptes caractérisés, 

 soit par des provisions excessives garantissant des résultats futurs, 


 soit à l'inverse par l'absence de provisions ou d'informations relatives à des opérations
importantes et significatives.

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b- Le principe comptable de prudence : traitement des charges et des produits

Le traitement comptable, différent sur les charges et les produits, doit respecter le principe
comptable de prudence : un produit ne doit être comptabilisé que s'il est réalisé, alors
qu'une charge doit être prise en compte dès lors que sa réalisation est probable voire
éventuelle. De même, toutes les moins-values qui apparaissent à la clôture d'un exercice
doivent être constatées ; en revanche, les plus-values non encore réalisées ne sont pas
comptabilisées ; elles ne seront prises en considération qu'au moment où les biens
correspondants sortiront de l'actif.

c- L’application de ce principe :

Parmi les principales applications du principe de prudence, on peut citer :

 Le fait de réaliser les provisions nécessaires même en cas d'absence ou d'insuffisance


du bénéfice

 Le fait de tenir compte des risques et des pertes intervenus au cours de l'exercice ou
d'un exercice antérieur, même s'ils sont connus entre la date de la clôture de l'exercice
et celle de l'établissement des comptes.

 Le fait de n'inscrire dans les comptes que les seuls bénéfices réalisés à la date de
clôture d'un exercice…..

 Le fait de diminuer la valeur d'un élément d'actif si elle tombe sous la valeur nette
comptable.

 Le fait de ne pas tenir comptabiliser la plus-value constatée entre la valeur d'inventaire


d'un bien et sa valeur d'entrée.

II- Le cadre conceptuel du principe de prudence :

L’EFRAG (European Financial Reporting Advisory Group), avec un certain nombre de


normalisateurs européens vient de publier trois études, appelées “bulletins“, portant
respectivement sur la prudence, la fiabilité de l’information financière et l’incertitude.
L’objectif de ces bulletins fait partie de la volonté de l’EFRAG de stimuler le débat sur le
cadre conceptuel en Europe et ainsi de fournir à l’IASB des éléments dans le cadre de la
révision en cours du cadre conceptuel.

Une synthèse des éléments présentés dans le bulletin sur la prudence :

Le “bulletin“ sur la prudence se présente en quatre parties :


 Une analyse du contexte,
 une analyse de la prudence dans le cadre de 1989 et la révision 2010,
 une analyse de la prudence dans les normes IFRS,
 des propositions pour la révision en cours du cadre conceptuel.

A/ Le Contexte :
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Dans cette partie, il est rappelé notamment que le principe de prudence figure dans les
directives comptables européennes. Ainsi que la 4ème directive de 1978(Art31) stipule que
« Le principe de prudence doit en tout cas être observé ».

B/ La prudence dans le cadre de 1989 et dans la révision de 2010 :


Au moment de la rédaction des 1ers cadres conceptuels du FASB et de l‘IASC, en 1980 et
1989, plusieurs conceptions du principe de prudence pouvaient se présenter. Certains
considéraient que la prudence apportait un biais dans l’information financière venant
s’opposer au principe de neutralité attendue des états financiers.
D’autres, au contraire, considéraient que la prudence permettait la prise en compte des risques
existants, en évitant de constater des profits qui ne sont pas réalisés.
C’est pourquoi le FASB et l’IASB ont tenu à distinguer la sous-évaluation délibérée des actifs
et des produits, ou la surévaluation des passifs et des charges, d’une part de l’adoption d’une
approche prudente s’appuyant sur des jugements nécessités par l’incertitude de sorte que les
actifs et les produits ne sont pas surévalués et les passifs et les charges sous-évalués, d’autre
part.

 Dans le cadre conceptuel de 1989 le principe de prudence était donc ainsi exprimé : «
La prudence est la prise en compte d’un certain degré de précaution dans l’exercice
des jugements nécessaires pour préparer les estimations dans des conditions
d’incertitude, pour faire en sorte que les actifs ou les produits ne soient pas surévalués
et que les passifs ou les charges ne soient pas sous-évalués ».

 Dans la révision de 2010 du cadre conceptuel, le chapitre relatif au cadre conceptuel


ne reprend pas le principe de prudence : il considère, que ce concept est la résultante
de la caractéristique qualitative de représentation fidèle. Certains considèrent qu’aucun
changement de fond n’a été introduit dans le cadre conceptuel révisé : la rédaction est
différente, mais l’idée sous-jacente de la prudence reste.

 D’autres estiment que le changement apporté correspond à un changement de


substance qui pourrait nuire au modèle comptable pour l’avenir. Ils estiment que la
prudence est compatible avec la neutralité et demandent que le cadre la reconnaisse
explicitement. Enfin, un 3ème groupe considère que la notion de neutralité n’est pas
significative et qu’il n’est pas nécessaire de mettre la prudence en avant.

C/ La prudence dans les normes IFRS :


Dans cette partie, des exemples d’application du principe de prudence dans un certain nombre
sont présentés et notamment :

 Dans IAS37, les actifs éventuels ne sont pas comptabilisés ;


 Dans IAS 18, les ventes ne peuvent être constatées que lorsque les marchandises ont
été livrées ;
 IAS 37 prévoit que pour les contrats déficitaires, il y a lieu de constater sous forme
de provision, les pertes dite “à terminaison“ ;
 IAS 16 permet certes la réévaluation des immobilisations corporelles, mais l’écart
de réévaluation n’est pas constaté comme produit mais dans les autres éléments du
résultat global (par contre, les écarts de réévaluation constatés pour les immeubles
de placement selon IAS 40 sont constatés en produits ou en charges ;

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 Enfin certains ont mis en évidence les conséquences indésirables de l’évaluation à la
juste valeur des actifs biologiques à mesure qu’ils grandissent avant d’entrer en
production.

D/ Propositions pour la révision en cours du cadre conceptuel :

L’IASB a indiqué que l’objectif principal de ce travail portera sur les éléments des états
financiers, l’évaluation, la présentation, la communication d’informations et sur l’entité
déclarante.

Son programme ne prévoit pas que les chapitres récemment révisés seront réexaminés, et il
semble donc qu’elle ne considère pas que la réintégration de la notion de prudence soit
envisagée. Il devrait, cependant, être possible que le travail sur de nouveaux sujets montre que
certains amendements à la révision précédente soit nécessaires.

CONCLUSION
Il ressort de ce qui précède que le cadre conceptuel de la normalisation comptable devrait être
équilibré pour que les comptes puissent donner une représentation fidèle de l’entreprise, sans
préjugés. A ce titre, deux « biais » fondamentaux doivent être l’objet d’un ré-équilibrage : (i)
la préférence pour une photographie instantanée et exhaustive, par opposition à une
prescription de la performance sur la durée, centrée sur l’entreprise elle-même et non sur son
environnement ; (ii) la tentative illusoire de se référer à des valeurs de marché externes à
l’entreprise prétendument objectives, plutôt que de la représenter de façon fiable, avec
prudence, et somme toute avec plus de modestie. De tels ré-équilibrages conceptuels, pour
qu’ils aient un effet, doivent être inscrits dans les normes comptables correspondantes.

En guise de conclusion, ce principe de prudence permet aux investisseurs, mais aussi aux
salariés, et aux fournisseurs de connaître la situation financière réelle de l'entreprise. Une
charge non réalisée mais probable peut se chiffrer en milliards d'euros pour le bilan d'une
entreprise. Prenons le cas d'une banque détentrice de plusieurs milliers de maisons
individuelles. Suite à leurs saisies à cause d'une crise d'insolvabilité majeure des créanciers, la
valeur réelle des maisons s'effondre. Elles ne sont pas vendues mais leur estimation actuelle
est bien loin de leur enregistrement dans les livres de comptes. Cette charge potentielle et très
élevée, devra être prise en compte, quelque soit le montant concerné. La perte attendue, avant
même la vente des maisons, devra être intégrée dans les comptes de la banque au risque
d'alourdir très sensiblement les charges et voir la banque tomber dans le rouge.  

Le principe de prudence bien qu'essentiel en comptabilité peut ainsi provoquer des faillites en
cascades à cause de créances non recouvrables et d'interconnexion entre les agents. 

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