Vous êtes sur la page 1sur 2

Introduction

Durant le Moyen Âge tardif (XIVe – XVe siècle), un genre spécifique de la littérature


française médiévale voit sa naissance dans les provinces du nord – (Picardie, Artois et
Flandre) : il s’appelle le fabliau, petit récit simple mais amusant. Le
spécialiste de la littérature médiévale Joseph Bédier (1864-1938) dit qu’une partie
des sujets des fabliaux appartient au patrimoine de tous les pays, de tous les peuples
et de toutes les époques (Inde, Grèce…), mais la plus grande quantité de ces fabliaux
est née en France et s’adresse au public bourgeois comme à celui du peuple. Si dans la
littérature courtoise la femme était le sujet du culte (voir la poésie de la fin’amor),
dans les fabliaux elle est présentée comme la femme infidèle, frivole et fausse. C’est
dire que pour amuser le public, les fabliaux brisent bien des tabous. 

Le fabliau (du picard fabliau, lui-même issu du latin fabula) signifie littéralement «
petit récit » ; c’est le nom qu’on donne dans la littérature française du Moyen Âge à de
petites histoires en vers simples et amusantes, et qui ne se proposent guère que pour
distraire ou faire rire les auditeurs et les lecteurs ainsi que de donner des leçons de
morale. Le genre de fabliau est caractérisé par un nombre réduit de personnages
(généralement de deux à trois, rarement cinq) qui apparaissent en scène dans une
action réduite à une seule aventure qui progresse de manière linéaire dans un espace
réduit et dans un temps resserré. Les fabliaux tournent majoritairement autour de la
description de la vie quotidienne des hommes du Moyen Âge. Tous les personnages
représentent un statut social : le bourgeois, le vilain, la femme, le prêtre, le riche
commerçant…

Selon Joseph Bédier, le plus ancien fabliau qui nous connaissons est celui de Richeut,
poème narratif qui date de 1159. C’est l’histoire d’une prostituée qui utilise les
hommes de toutes les classes (noble, bourgeois, ecclésiastique) à son avantage tout en
faisant croire à chacun qu’il est le père de son fils que son fils Samson. Les trois
hommes lui prodiguent des cadeaux, elle et son fils, au point de se ruiner eux-mêmes
(voir Le Fabliau de Richeut, 1891). Les plus récents fabliaux sont de Jean de Condé
qui meurt vers 1340.

Le fabliau respecte le schéma narratif : c’est un récit court qui fait intervenir un


nombre restreint de personnages ; ce ne sont jamais des héros, mais des types définis
surtout par leur caractère ; ce sont toujours les faibles qui gagnent. L’action a lieu en
un temps limité mais incertain (”jadis”, “un jour”) et dans un
espace restreint (souvent, la campagne).

Le genre entre en décadence dès le début du XIVe siècle. Le mot fabliau est remplacé
par l’expression de dit. Le dit est genre littéraire du Moyen Âge qui intervient dans le
titre de nombreux poèmes, surtout s’il s’agit d’une sorte de parabole ou
d’allégorie : Dit de la lampe, Dit de l’unicorne et du serpent, Dit de la panthère
d’amour, Dit du vergier, Dit du lion, Dit de la fontaine amoureuse. (Encyclopaedia
universalis). Ces textes très proches des fabliaux présentent d’une façon allégorique
un sujet familier ou une actualité. Sémantiquement le terme « dit » s’oppose parfois
au mot « chant ». Il s’agit donc d’une poésie lue ou récitée, mais non chantée.
 Naissance du fabliau

La naissance du fabliau est due à cette période appelée l’âge de jongleurs qui se


situe au Moyen-âge entre le XIIe au XIIIe siècle. Il s’agit de la période de la
production divertissante des artistes généraux : chanteurs, conteurs, saltimbanques,
musiciens, acrobates, mimes, danseurs, etc. Ils accompagnaient des troubadours
(poètes utilisant la langue d’oc – le dialecte du sud de la France) et plus tard aussi des
trouvères (poètes utilisant la langue d’oïl – le dialecte du nord de la France) à
l’instrument et chantaient les chansons de gestes, les œuvres poétiques ou récitaient
des textes narratifs sur les places publiques (rues, marchés, foires), dans les palais ou
dans les cours féodaux.

Le genre de fabliau apparaît pendant que la poésie du Moyen Âge cesse d’être
strictement épique et sacrée. Il vit près de deux siècles, aussi longtemps et de la
même vie que d’autres genres narratifs ou lyriques, répandus par les jongleurs.