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Les Voraces

Martin Gladu

- atelier de canuts (c.-à-d. des chefs d’ateliers/maîtres d’ateliers et des ouvriers de l’industrie
de la soie/compagnons) regroupés en mutuelle (Le Devoir Mutuel, première mutuelle
française, fût fondée en 1827 par Pierre Charnier sous l’appellation Société d’indication
mutuelle) situé au rez-de-chaussée du 9 rue Colbert à Lyon. Nota : Le mutuellisme est une
théorie économique socialiste libertaire issue de la pensée de Pierre-Joseph Proudhon. Il prône
des relations économiques devant être le plus égales possibles, les prix étant basés sur la
quantité de travail nécessaire à la production. Nota2 : Les sociétés de secours mutuels
protégeaient, moyennant une cotisation ouvrière, contre les risques sociaux, maladie,
vieillesse, chômage, mais dans ce dernier cas, l’aide pouvait être perçue comme une caisse de
grève secourant un chômage volontaire. On comprend dès lors la discrétion des membres des
sociétés et la surveillance méfiante des autorités.

- apparue à La Croix-Rousse en 1846. Dans les années 1830, Lyon fait figure de ville pionnière
pour les révoltes ouvrières. La commune de La Croix-Rousse est alors peuplée d'ouvriers et
d'artisans

- ils sont 250-300 à la chute de la monarchie de Juillet

- incarnent les idées de Joseph Chalier (jacobin et montagnard)

- défendent une république sans-culotte

- constituée en réaction à un changement de contenance du vin par les cabaretiers, ils luttaient
contre la diminution du volume du pot de vin, et, par le fait même, du pot lyonnais ainsi que
contre les boulangers qui fraudaient sur la quantité de pain. Ils avaient droit, jusque-là, à 50 cl
de vin payé par les patrons. Ces derniers, pour les exploiter un peu plus, firent réduire la
contenance du pot de 50 cl à 46 cl. De cette manière, il était donc possible de remplir, avec 1
litre de vin, 2 pots plus le verre du patron

- se sont structurés en coopérative afin d’aller chercher le vin et d’autres denrées pour
échapper aux prix des commerçants

- l’établissement de la mère Maréchal, angle des rues d’Austerlitz et du Mail, leur sert de repère

- faisaient un mâchon (un casse-croûte) vers 9 heures. Le mâchon évitait de jeter le déjeuner
ou dîner de la veille tout en permettant de réunir dans le même lieu aussi bien ouvriers que
bourgeois. Certains canuts profitaient même du moment pour négocier commandes ou tarifs.
Le tout était arrosé de Beaujolais
- forment une véritable milice populaire. Elle s'empare des forts, hisse le drapeau rouge, détruit
et brûle les métiers à tisser installés dans les établissements religieux en invoquant la
concurrence déloyale

- tentent d’établir une république à Chambéry en avril 1848. Les instigateurs sont une troupe
de 1 300 Savoyards de Lyon au chômage, travaillant dans la soie, et encadrés par 200 Voraces.
Leur chef est Charles Guillerme, né à Saint Paul en 1792 (mort en 1862), et exerçant la
profession d’apprêteur en soie à Lyon depuis 1814. Il est secondé par son fils prénommé Jean--
Charles né à Lyon en 1814. Guillerme père a une fortune considérable tant à Lyon qu’à Yenne
où il possède fermes et moulins. Il est illettré et général de l’armée républicaine

- Le 24 février 1848, la Deuxième République Française est proclamée, après abdication de


Louis-Philippe. Épris de progrès social, les Voraces se révoltent et s’emparent de l’Hôtel de
Ville, de la Préfecture et des forts de la Croix-Rousse. Encouragés par ce succès et fuyant le
chômage, ils prennent la route de Chambéry, qui dépend alors de la Monarchie de Turin. Ils y
entrent le 3 avril 1848, épuisés par le voyage, pratiquement sans armes, et leur troupe
ressemble plus à un convoi de vagabonds qu’à une armée révolutionnaire. Le pouvoir local se
laisse surprendre par cet assaut et fuit, permettant aux assaillants de former un gouvernement
républicain provisoire. Mais la résistance bourgeoise et cléricale s’organise dès le lendemain.
Près de 850 personnes sont faites prisonnières. Elles seront pour la plupart relâchées quelques
jours plus tard, et les plus démunis recevront même une indemnité de retour