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De la guerre à la paix :

souvenirs et documents / L.
L. Klotz

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France


Klotz, Lucien (1868-1930). Auteur du texte. De la guerre à la paix :
souvenirs et documents / L. L. Klotz. 1924.

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Dtp| GUERRE
SOUVENIRS ET DOCUMENTS

PAYOT, PARIS
DE LA GUERKH) A LA PAIX
DU MÊME AUTEUR

L'armée en 1906 (chea Uenri CUAKLKS-LAVAVZEILE).


COLLECTION DE MÉMOIRES, ÉTUDES ET DOCUMENTS
POUR SERVIR A
L'HISTOIRE DE LA GUERRE MONDIALE

L.-L. KLOTZ

SOUVENIRS ET DOCUMENTS

PAYOT, PARIS
1«j, DÛILEVARD ST-GlRUAlX

1924
Tout droit rttenit
Tous droit» il« trtdutti&D, de reproduction tl <T»J»pUtion
réserrii pour ton» piji
Copyright Dit, il/ Pa>jù, Paru.
MON CHER MOITTHON,

Laissez-moi vous dédier ces quelques pages avec leurs


annexes lesquelles n'ont pas la prétention d'être de l'His-
toire, mais une contribution qui, je l'espère, profitera à
celui qui l'écrira un jour.
Il y a près d'un an, ici même, nous devisions avec
quelques amis, face à un paysage unique de la Haute-
Savoie, que vous aimes comme un fils. Â'ous n'étions pas,
comme à l'ordinaire de la vie, vous et moi, presses par le
temps ; je me laissais aller ùparler du passé, récentencore,
de la grande guerre, l'événement, pour le Monde, le plus
considérable depuis Jésus-Christ. Vous aies bien voulu
trouver quelque intérêt à mon récit ; le cadre vous inclinait
à l'indulgence. Vous m'aves offert l'admirable tribune
du Journal que vous diriges avec tant de maîtrise, pour
parler de son haut avec liberté.
De cette publication, vous avez donc quelque responsabi-
lité. Aides-moi à la porter en ce livre oit j'ajoute à mes Sou-
venirs que vous aces publiés quelques annexes importantes,
que je m'abstiensde commenter pourne pas en affaiblir la
portée. Au public de les apprécier et de les juger.
Croues-moi votre cordialement dévoué,
\>. L. KLOTZ.

Evian, le 12 août 1923.


DR U GUERRE A U PAIX
..,1,1,, ,—..-,... ^..-— «. M
.I.I»III».WW»^I.*II yi»"» > i i » iini»

CUAPJTBB PREMIER
LA MOBILISATION

Dos Mémoires ? encore, toujours des Mémoires, où l'au-


teur $o donno lo ro'o avantageux, pario Jq lui sans trêve,
affirme, juge, prononce un plaidoyer en sa faveur et un
réquisitoire contro quiconquo l'a combattu jadis ou seule-,
ment contredit, note chaque jour gos impressions défini-
tives? Non, mais des souvenirs, au cours des événements
les plus dramalkjuos do l'Iiisloire, des souvenirs du Gou-
vernement militaire de Paris ù l'Iicuro do la vietoiro do la
Marno, des souvenirs de la Commission du Budget pendant
la premièrepartie de la guerre, des souvenirs du Ministère
des Finances et de la Conférence do la paix, des souvenirs
d'acteur ou do spectateur sur les faits et les personnes, des
anecdotes souvent, du sérieux, de la gaieté parfois, do l'im-
partialité, — relative, dirait Einstein, — de l'indépen-
dance, de la vérité.

LA MOBILISATION PARLEMENTAIRE.

Comment se fait-il que l'organisation des pouvoirs pu-


blics en temps de guerre n'ait pas été prévue? De 1871 à
1911, lo délai suffisait pour l'élaboration et lo vote des
textes nécessaires. Mais, aux imprudents, aux audacieux
10 DE LA GUEMB A LA PAIX
qui osaient réclamer des Chambres une détermination à ce
sujet, on répondait avec circonspection: « Vous allez nous
fairo passer pour des militaristes ; on va prétendre quo
nous préparons la guerre ; qui sait? l'inscription h l'ordre
du jour des Assemblées d'une pareille proposition pourrait
apparaître comme une provocation. » Et c'est pour ces
motifs pusillanimes quo la question de savoir quello serait
la situation des sénateurs et des députés en cas de guerre
n'était pas résolue, après quarante-trois ans !
Le problème, certes, est délicat :' dans chaque parti on
s'était évertué à l'étudier; Gauthier do Clagny, ancien dé-
puté boulangiste de Seinc-cl-Oise, Berteàux, radical socia-
listo du même déparlement, s'y intéressaient vivement ; je
crois mémo que Berteaux, pendant son ministère, avait
préparé un projet qui resta dans un tiroir de la rue Sain?-
Dominique.
Qu'est-il devenu? Si, aujourd'hui même, je demandais
qu'il fût repris, a quels reproches ne m'exposerais-je point?
A ceux mêmes qui m'assaillirent lorsqu'il une époque con-
temporaine de l'alerte de Tanger, j'invitais la Chambre,
dans le rapport sur le budget de la Guerre, h prendre une
détermination en opérante froid. Quelle détermination?
Même imparfaite, elle serait supérieure à l'indécision, U
l'incertitude.
A quel spectacle nousa-t-il été donné d'assisteren 1914?
On pouvait opter entre deux systèmes également défen-
dables.
Premier système: le député mobilisable se rend aux
armées.
.
Deuxième système : le dépulé resto a son banc.
Par le premier, il accomplit le devoir militaire,— et
combien, le comprenant ainsi, ont sacrifié leur vie! —
par le second,le devoir civique, qui a également ses périls.
LA MOniMSATIOX tt
Or, on en inventa un troisième, grâco auquel lo parle-
mentaire rejoignit tantôt son posto militaire, tantôt son
poste civiquo ; il allait en vitesse do la travée a la tranchéo
et réciproquement, co qui n'élait pas sans inconvénients
dans les deux ordres.
.
;
Pourquoi ce désarroi? A défaut dos précisions législa-
tives, une paroîo pouvait s'élever, autorisée, décisivo, in-
discutable, qui eût tracé et imposé la règle.
Le Gouvernement resta dans le silenco ; peut-êlro n'était-
co pas à lui do lo rompre? Les Assemblées ont des prési-
dents, dont lo rôle no consiste pas seulement à occuper lo
siège, a agiter la sonnette, h se couvrir pendant les orages,
à figurer a côté du chef do l'Etat dans les cérémonies offi-
cielles, a donnerlcur avis pendant les crises ministérielles,
à habiter un palais national. Ils ont le mandai implicite de
défendre les prérogatives desdites Assemblées et, après
avoir affirmé leurs droits, de leur diro le devoir. Le fau-
teuil resta muet avec obstination ; il y avait quelque risquo
personnel h parler. Ah! si Henri Brisson avait vécu, il
n'aurait pas ménagé son avenir.

MAURICE BARRES VOULAIT S ENGAGER.

Aussi bien, beaucoup do mes collègues furent-ils rem-


plis d'incertitude et de perplexité, même ceux qui n'étaient
plus d'Age mobilisable. Parmi ces derniers, l'un d'entre
eux, personnage important, président de la Ligue des Pa-
triotes, vint me voir, dès les premiers jours de la mobili-
sation. Nous n'étions pas du môme parli ; nous avions
quelquefois échangé des coups : mais il savait la profonde
eslime où je le tiens et l'admiration sincère que je professe
pour son exceptionnel lalent. 11 me confia son angoisse.
I* DE LÀ QUERUE A LA PAIX

c Je suis venu vers vous, mo dit-il, parco quo vous


êtes î» l'Etat-major du gouverneur mililairo do Paris —-
mon ordre do mobilisation m'y affectait depuis longtemps
— et quoj'ai la volonté, bien quo né en 1862, do contracter
un engagement. Parlez do moi et facilitez mes projets,
» — Avex-vous
déjà servi?
» —Non ; j'ai toujours été
ajourné.
» —
Alors, il faudra fairo vos classes, apprendre le
maniement du fusil, accomplir des exercices d'assou-
plissement ! Enfin* je ferai selon votre désir. »
Il me parla aussi do son fils âgé do dix-huit ans, qui
s'engagea quelques jours après.

ANATOLE KBANCE RT EttMONI» ROSTAND.

L'idée de Maurice Barrés hantait d'ailleurs bien dos


cerveaux; il ne faut pas oublier qu'Anatole Franco, lui
aussi, fut animé des mémos sentiments; et, cnlro tous
autres qui s'adressèrent alors a moi, je n'oublierai jamais
notre poète Edmond Rostand qui, bien quo déjà monacé par
la maladio, rechercha du service. Avec son charme incom-
parable, il plaida devant moi sa cause en termes émou-
vants, commo seul il les pouvait trouver; il mo fallut lui
fairo dos promesses. Hosland.-fc la mobilisation, exalté,
enthousiaste, je l'ai jcovu bien souvent pendant la guerre,
pensif, agité, mais confiant ; jo l'ai aperçu précisément, lo
jour dûTarmislico ; hélas ! c'était la dernièro fois nvanl sa
mort qui, quelques jours plus tard, a privé la Franco d'un
d« ses plus nobles fils. Mêlé h la foule de ceux qui accla-
maient Clemenceau so rendant au Patais-Bourbbn, il se
précipita, juvénilo et ardenl, jusque sur je marchepied do
l'automobilo, comme pour «'associer h la victoire»
LA MOBILISATION 13

El mo reviennent h l'esprit ces vers posthumes trouvés


sur un carnet et qui semblent aujourd'hui une prédiction
pénible et douloureuse :
Joue veux voir qac la Victoire.
No mo demandez pas : « Après ?»
Apfosjo veux bleu la nuilnoiro
Et lo sommeil sous les cyprès.
Je n'ai plus do joie a poursuivro
Et je n'ai plus rioii a souffrir.
Vaincu, je ne pourrai pas vivre.
Et, vainqueur, on pourra mourir.
H a vu la Vicloiro et, après, il a pu mourir, suivi dans la
tombe par Maurice Barrés, sans quo nous soyons jamais
consolés do leur perte prématurée.
Mais quelles saine» et vaillantes pensées quo celles qui
agilaient jusqu'au tréfonds des cerveaux d'élite comme ceux
d'Anatole France, de Maurice Barrés cl d'Edmond Rostand I

OU MESSIMY SONGE A TYRT£t.'.

L'homme public pouvait, d'ailleurs, être employé a bien


des lâches d'inlérôl national. Le ministre do la Guerre son-
geait plus quo tout aulro a ces utilisations : il cil imagina
quelquefois do pittoresques, une entre autres et l'hisloiro
vaut d'en ôtro coulée.
J'étais rentré h mon domicile, un soir de la première
semaine d'août, après unejournéo do dur labeur; lo lélé-
phono retentit. Lo ministre de la Guerre appelait lo com-
mandant Klolz. Je pris presque automatiquement la posi-
tion militaire a l'autre bout du fil. Mossimy me donnait
personnellement l'ordre do passer h sou cnbinel, le lende-
main matin, h sept heures et demie, pour me confier uno
mission urgente.
>i Dis LATGUEHRB A LA PAIX
Jo fus exact a la convocation. Messimy, dont on ne devra
jamais oublier, d'abord le choix admirable qu'il fit do
Gallicni comme gouverneur de la capitale et commandant
on chef des Armées de Paris, ensuite la victoire qu'il rem-
porta, en 1916, a la tète do la 6* brigade do chasseurs sur
ma petite terre picarde do Bouchavcsnes, Messimy arpentait
son cabinet a larges pas et, s'arrêtant dans sa marche, il
mo dit a brùlc-pourpoint :"< Dans l'antiquité, pour stimu-
ler l'ardeur des combattants, les Grecs plaçaient en tèlo
des armées de Lacédémone le poète Tyrtéc qui chantait
lui-môme ses hymnes patriotiques. Les conditions do la
guerre ont, depuis lors, changé. Mais, pour exciter l'en-
thousiasme guerrier, j'ai songé a une combinaison autre
qui galvaniserait la nation tout entière. Vous allez donc
vous rendre sans tarder chez les deux hommes auxquels jo
songe. Ils devront aujourd'hui mémo contracter un enga-
gement volontaire : dans celte même journée, jo les nomme
caporal, sergent, adjudant, sous-lieutenant. Je les affecte h
un régiment do l'Est, cri qualité do portc-drapeau.>- Do
qui s'agit-il ? interrompis-jo doucement. — De B ri and et
do Barthou.— Mais ils n'ont plus l'âge do servir I crus-jo
devoir objecter, un peu interloqué. —• Qu'importe I D'ail-
leurs, Briand est un intrépide chasseur ; et puis, leur aclo
n'en sera que plus méritoire et n'en aura quo plus de reten-
tissement ; rendez vous immédiatement chez eux, > C'était
un ordre ; il ne me restait qu'à l'exécuter.

fcEMARCHES CHEZ BR1AN& ET BARTHOtf

Devant Messimy, je demandai par téléphone, de la part


du ministre de la.Guçrre, audience pour le matin même, à
mes deux anciens présidents du Conseil qui justement tous
LA MOBILISATION 15,
deux étaient les auteurs do la loi do trois ans, l'un l'ayant
proposéo et l'autre fait voter.
Briand était assez intrigué par cet appel téléphonique ;
je le trouvai chez lui, très simple et un peu nerveux. Je lui
fis connaître les instructions do Messimy; il en rit avec
franchise, mais répondit que son état do santé no .lui per-
mettait pas d'entreprendre des taches au-dessus do ses
forces physiques, qu'il mettait tout son concours au ser-
vice du Gouvernement pour l'organisation de la défense
nationale h l'intérieur du pays, organisation qui d'ailleurs
était particulièrement défectueuse.
Barthou, lui, m'attendait dans son incomparable biblio-
thèque : pressé do savoir, il m'interrogea et je lui fis part
do l'invitation ministérielle. Au contraire de Briand, il no
rit point, prit la chose au sérieux, par un geste familier
rajusta son binocle sur lo haut de son nez, près des yeux et
mo déclara tout net qu'avant de prendre uno décision, il lui
fallait consulter autour do lui, qu'au surplus cl dès lors
mémo il se incitait h la disposition do Messimy pour la
réorganisation du service de Santé qui était, hélas ! dans
un trop médiocre état. Barthou, commo Briand, était dis-
posé h servir à la place môme où il pouvait donner lo meil-
leur rendement, co que, d'ailleurs, il fil.
Mais, si les pouvoirs publics avaient élé préalablement
organisés, combien do forces, qui, dès l'origine, ont été
perdues, eussent trouvé le plus salutaire emploi 1... La
mobilisation civilo a été manquée.
ciîXPimn n
SAGES ET UTILES PRÉCAUTIONS DU TRÉSOR

Lo2 août 1014, h l'hcuro où les instructions du com-


mandement assignaient aux unités de l'arméo leurs empla-
cements de combat, la mobilisation financière s'opé-
rait-elle, parallèlement, avec le même ordro et la mémo
précision? Oui ;tout avait été prévu, de telle manière quo
les comptables du Trésor purent disposer immédiatement
dos moyens do. paiement indispensables a la Dcfenso na-
tionale.

AVANT LA GUEnRE.

Dès le mois do novembre 1911, j'avais passé, en qualité


de ministre des Finances avec la Banque de France, un
accord qui assurait au Trésor public, en cas de mobili-
sation générale, une avance immédiate de 2.900 millions.
Aujourd'hui, la somme paraîtrait minime, tant nous avons
pris l'habitude do jongler avec les milliards 1 U n'en reste
pas moins quo ccllo avance permit de faire face a toutes
les dépenses do la mobilisation et des hostilités pendant
les trois premiers mois.
Trois mois seulement, diront les esprits chagrins, alors
que la guerro dura plus de cinquante moisi Mais qui donc,
en France, croyaita une guerro longue? Interrogé par mes
SAGKS BT UTILKS PIIÉCAUTIONS DU TRIÏSOtl lî
soins eh 1912, alors que la conflagration balkanique pou-
vait déjà mettre l'Europe cnlière en feu, sur l'éventuelle
duréo d'hostilités auxquelles la Franco risquait cllc-môme
d'être entraînée, — question poséo pour permettre d'ap-
précier a temps la charge et les moyens financiers de la
France,—-l'Etat-majorgénéral répondit qu'au bout de six
mois tout devait cira fini. Et celle conception prévalut
longtemps dans les conseils mômes du Gouvernement.Qui
no so souvient do la surprise avec laquelle noiis apprîmes
que Kitchener ordonnait do souscrire des baux de plu-
sieurs années pour les immeubles ou les terrains dont
Tarméo anglaise disposait sur noire territoire?
Qu'il me soit permis de rappeler, en passant, qu'en celte
môme année 1912, M; Poincïiré, alors Président du Con-
seil, avait eu h de fréquentes reprises d'utiles conversa-
tions avec les ministres do la Guerre cl des Finances en
particulier, pour que le pays no put èirc surpris par les
événements. Des mesures do prévoyance avaient été arrê-
tées. Je me suis laissé dire qu'elles furent négligées rue de
Rivoli, où elles restèrent enfermées, U l'heure critique, dans
le coffre môme du minislro I

LES COUPURES ÉTAIENT PRÊTES.

Quant a la Banque de France, cite avait su.prendre


ses dispositions : elle avait fabriqué et réparti !i l'avance
dans les caisses do toutes ses succursales les petites cou-
pures do 8 francs et de 20 francs qui firent leur appari-
tion sur tout lo territoire dès le début «Ses hostilités et qui
y resteront encore longtemps,jo pense. Elle avait adressé a
tous ses services et h tous ses établissements des instructions
précises cl détaillées qui assignaient b. chacun son poste.
Ol'BîtRE ET PAIX 2
18 DK LA GUBttIUï A LA PAIX
Dès le début des hostilités, elle avait fait évacuer les
titres déposés par ses clients dans les serres de ses succur-
sales de la frontière.
Après Charlcroi, la menace allemando se précipitant,
le territoire étant envahi, il faut mettre immédiatement a.
l'abri les espèces et valeurs détenues par les succursales du
Nord et de l'Est.
Mais bientôt Paris môme est menacé ; le public no con-
naît pas encore le danger que court la capitale ; lo Gouver-
nement ne peut pas le laisser ignorer a la Banque, qui con-
serve dans les installations de son siègo central un stock
immense do litres appartenant aux déposants etuno en-
caisse qui constitue le trésor de guerre de la France.

I>ES M1U.IAR0S MIS A L'ABRI,

En quinze jours, au prix d'un labeur acharné, toute


l'encaisse, tous les dépôts de titres sont évacués.
Du 18 août au 3 septembre, des trains entiers, des four-
gons attelés aux trains do messageries, emportent sans in-
terruption 3fli millions d'argent et près de 4 milliards
d'or. Plus de quatorze millions de tilrcs, enfermés dans
huit mille sacs, sont chargés sur quarante-neuf wagons,
expédiés en deux trains spéciaux convoyés par des agents
do la Banque cl entreposés dans les succursales du Sud-Est.
Lorsque lo gouverneur et les sous-gouvernéurs s'éta-
blissent par ordre h Bordeaux, où la Banque devait rester
aux côtés du Gouvernement pour prendre, d'accord avec
lui, les mesures financières utiles, elle no conserra* h
Paris qu'uno simplo succursale.
Pour éviter, au cas oh Paris aurait été occupé, tout ma-
lentendu qui aurait pu servir do prétexte a des exigences
SAGES ET UTILES PRÉCAUTIONS DU TRÉSOR ' 19.

injustifiées do la part des autorités allemandes, il avait été


formellement prévu que la succursale de Paris serait admi-
nistrée provisoirement par lo secrétaire généra!, M. Ernest
Picard, qui t aurait les mômes pouvoirs quo les directeurs
des succursales ». Ce qui veut dire qu'il n'en avait pas
davantago ci que, n'ayant pas en particulier celui d'enga-
ger la Banque, les Allemands n'auraient pu en aucun cas
exiger de lui qu'il le fit.
Mais, sous prétexte do sécurité, nllait-on laisser Paris
sans ressources? La succursale do la Banque do Franco
restait, au contraire, largement approvisionnée pour ôtre
en mesure de fairo face aux nombreux paiements qui lui
incombaient. Celaient les services du Trésor et Postes do
l'armée de Paris, de nombreux titulaires de comptes demeu-
rés dans la capitale, des délégations des ministères qui
réclamaient, .à première réquisition, d'importantes dispo-
nibilités.

UNE CACHETTE IGNORÉE,

On avait donc laissé & Paris, a la disposition du secré-


taire général directeur, 28 millions d'or placés en un lieu
sûr—qui surprendrait bien des gens — où l'on saurait
toujours les retrouver, mais où les Allemands n'auraient
pu les atteindre. On avait laissé aussi une réserve de billets
de toutes coupures atteignant environ 230 millions do
francs.
Mais un pareil approvisionnement devait, en cas d'occu-
pation, ôtro soustrait aux convoitises des Allemands dont
on apprenait les procédés en province avec une stupeur et
une colère légitimes ; et celle éventualité causait de vives
préoccupations tant h la Banque qu'au Gouvernement ml-
M DE LA GUERRE A LA PAIX
litaire de Paris. Chargé alors par le général Galliéni dos
questions financières, j'ai eu bien des fois l'occasion do
m'entretenir de ce grave problème avec M. Robirtcoti,
aujourd'hui gouverneur de la Banque, qui, resté h Paris,
avait pour mission de traiter avec noU3 les mille pro-
blèmes de sécurité et aussi do trésorerie qui se posaient a
tout instant. Je dois une mention spéciale a M. Itobinoau.
Je me rappello Une entrevue émouvante où d'importantes
déterminations furent arrêtées : il procédait avec Un calme
parfait, presque avec lo sourire, avec le plus merveilleux
courago civique; car il y avait pour lui de très grands
risques qu'il connaissait, si les choses se fussent galéos :
loin do fuir ses responsabilités, il les assumait toutes avec
simplicité. Alors que certains s'étaient spontanément em-
pressés de quitter Paris et ses dangers, Robineau marchait,
lui, d'un pas délibéré et presque solitaire, vers un inconnu
qui pouvait devenir terrible.

QUATRE MOTS D'ORDRE.

Qu'nvions-nôus alors décidé? Pour ôlre en mesure d'as-


surer, en toute hâte, au cas d'un danger imminent, l'éva-
cuation et la destruction d'un stock de billets aussi volu-
mineux, il avait été convenu avec la Banque qu'un do ses
délégués resterait, en permanence, do jour et de nuit, en
liaison téléphonique avec le Quartier général, et quo les
ordres d'évacuation et de destruction seraient transmis par
téléphone a la Banque en quatre commandements succes-
sifs, d'une brièveté toute militaire ; < Attention », « Char-
gez », « Parlez »,Brûlez».
« Attention », la Banque prenait ses dispositions prépa-
ratoires et mobilisait son personnel*.
SAGES ET UTILES PRÉCAUTIONS DU TRÉSOR SI

c Chargez»,et les sacs do billets devaient être placés sur


les camions automobiles qui stationnaient, en permanence,
avec leurs équipes do chargement, dans les cours do la
Banque.
:'.« Partez », et les camiorts dovaient franchir la porto de
la rue do la Yrillièro.
« Brûlez »... Jo dois reconnaître qu'il était moins facile
d'exécuter cet ordre que do le donner,..
Qu'on essaie de brûler, jusqu'à en faire disparaître tout''
vestige, un seul paquet de 1.000 feuilles de papier étroite-
ment ficelées et l'on so rendra compte des difficultés quo
soulevait la nécessité d'uno destruction complète et 1res
rapide do 2.131 paquets do celte naturel
La fertilité d'invention de la Banque fut miso à une rude
épreuve ; les procédés les plus divers, loa plus inattendus
furent examinés. On songea successivement aux appareils
normaux do destruction de la Banque, bien insuffisants en
la circonstance, nu four crématoire du Père Lachaise, aux
appareils d'incinération dos ordures ménagères, aux cime-
tières parisiens dont les caveaux auraient temporairement
donné asilo a. ces hôtes imprévus, aux appareils do la
Compagnie du. gaz, dont l'excessive prudence resta en
éveil ; cllo craignait, entre autres choses, quo ses fours ne
fussent encrassés.

UNE POUDhB DANGEREUSE.

Aucune de ces combinaisons ne répondait pleinement


aux nécessités do l'heure cl la Banque en venait à déses-
pérer do pouvoir jamais exécuter»' avec l'extrême rapidité
qui convenait, Pord.ro possible do l'autorité militaire, lors-
qu'un chimiste 1res distingué, au courant des préoccupa-
tions des représentants de la Banque, demanda h ôtro en-
5» DS LA GUERRE A LA PAIX
tendu pour soumettre ses suggestions. Il s'agissait d'un
procédé rapide entre tous, d'une poudre qui pouvait r—
assurait le savant — réduire en cendres, avec la rapidité
de la foudre, l'énorme masse do papier.
c Avez-vousun emplacement? » demanda-l-il. — Cer-
tainement, Nous avons, répondit le représentant de la
Banque, un terrain, boulevard Pcrcire. » —- « Diable, ob-
jecta lui-môme le chimiste, c'est que la poudre détruira
aussi les maisons sur un rayon d'au moins trois kilo-
mètres I >
C'est finolcment aux raffineries Say, qui acceptèrent
de mettre h cet effet leurs appareils a la disposition de la
Banque, que fut confiée la mission de détruire éventuelle-
ment les plus grosses coupures. Quant aux petits billets
de 20 francs et de 8 francs, la Banque s'était chargée de
les rendre elle-même inutilisables, en les sectionnant en
une poussière, do fragments. On installa h cet effet, dans
les locaux de la Banque, une batterie de vingt massicots
fonctionnant a l'électricité et qui devaient permettre de
découper rapidement en fragments inutilisables le stock
important des petites coupures, qui atteignait en nombre
plus de la moitié do l'encaisse totale en billets do l'établis-
sement do Paris.
On était donc prêt h détruire, jusqu'au dernier, tous
les billets restant h la Banque et aussi, naturellement,
les clichés qui pouvaient servir h en imprimer do nou«
veaux.
Si les Allemands étalent entrés h Paris, il leur eût été
impossible de saisir à la Banque un seul billet, il leur eût
été impossible d'en faire fabriquer.
SAGES ET UTILES PRÉCAUTIONS DU TRÉSOR îï

LES FONhS EN dKPÙT.

Mais uno aulro question se posait. Une clientèle en-


core nombreuse avait des fonds déposés dans l'établisse-
ment cl la destruction de tous les billets ne permettrait
plus do retirer un centime. Les dépôts auraient élé com-
plètement bloqués. En soustrayant les billots aux Alle-
mands, on en privait aussi les parisiens, qui en auraient
certainement besoin.
On pensa un instant h demander aux clients do retirer
tous leurs fonds, mais on so rendit compte qu'il élait
dangereux d'augmenter encore, par une semblable me-
sure, l'anxiété du public. D'ailleurs, impossiblo d'obtenir
en un si court délai le reirait total des dépôts.

LK CHÈQUE AUPBTIT.

Alors, avec une rapidité .surprenante, M.'Aupclit, 1b


1res distingué secrétaire général actuel de la Manque, ima-
gina et fil préparer en quelques heures un chèque spécial(1)
qui permettrait de transférer des fonds et d'effectuer des
paiements au nez cl a la barbo dos Allemands, sans qu'ils
pussent saisir le moindre centime.
Il était spécifié que ce chèque, libellé en sommes rondes,
serait payable ultérieurement en monnaie légale cl qu'en
attendant, il sérail lui-mimo accepté en paiement par
la Banquo et tous ses déposants. Chacun lo recevrait donc
sans risque, certain qu'il pourrait lo rcnvellro aussi en
paiement.

([) Voir pages 25 et 20.


M DE LA GUERRE A LA PAIX
Ces chèques, émis sous le nom de chaque client et trans-
missiblcs par endossement, pouvaient devenir une véri-
table monnaie sous signature privée et circuler aussi faci-
lement quo des billets de banque dès quo l'un des béné-
ficiaires libellerait» comme d'ailleurs on le suggérait,
son endos au porteur nu lieu do lo libellera personne dé-
nommée,
Ehlro Parisiens, entre Français, c'élnit ifnc molittnie.
A l'égard des Allemands, c'était Un titre privé, émis sous
la signature do particuliers, quo l'on pouvait légitimement
soustraire a toute saisie.
Les événements ont permis do laisser ce chèque dans lo
carton aux projets superflus ; mais', ayant assisté a sa con-
ception cl m'élûht rendu compte des services qu'il
pouvait rendre, j'ai pensé qu'il n'étoil pas inutile d'eli noter
le souvenir.
Tout était donc prêt pour obvier aux redoutables
éventualités quo la marche des armées allemandes faisait
peser sur lb sort de Paris. Nous nous étions organisés en
vue du pi ri et prémunis, autant que possible, de manière
h mettre, financièrement partant, les Allemands en pré-
sence du vide. Mais les mesures irréparables avaient été
ajournéesjusqu'il l'exlrômo dernière minute, de telle sorto
que, le danger écarté, Ift vie économique de Paris pût
continuer et reprendre progressivement, sans-a-coups,
toute son activité.

AU >!INISTÏ.RE PES FINANCES

Que se passail-il pendant ce môme temps au Ministère


des Finances? A la veille de quitter Paris, les ministres
avaient désigné, pourchaquo administration centrale, un
SAGES ET UTILES PRÉCAUTIONS DU TRÉSOR Sî
fonclionnairo supérieur qui devait prendre en mains la
direction des services laissés dans la capitale. Le ministro
des Finances avait fait choix do M. Rlanclton, lo chef de
servico des travaux législatifs et du contentieux» Avec deux
do ses collègues, il avait la chargo d'assurer la marcho do3
bureaux qu'il était indispensable do maintenir ouverts dans
l'intérêt du pays cl des créanciers do l'Etat, La Caisse
centrale, par exemple, pouvail-elle, sans inconvénients
graves, interrompre lo cours do ses opérations? M, Blan-
chon, fonctionnaire discret et sûr, à qui l'on vient oncoro
do donner 1res légitimement une mission do confianco —
l'apurement des fameux comptes spéciaux— n'avait pas
reçu d'instructions: il no pensait pas quo lo plus simplo
était, commo certain lo lui avait suggéré avec uno indis-
cutable autorité, do mettre, a t'heuro du péril, la clef sous
la porto. II estimait que son premier devoir était de prendre
contact avec lo Gouverneur militaire Blancho» voulait
savoir comment il serait prévenu do l'approcho ennemie.
Il avait bien raison ; pour la sauvegarde des caisses pu-
bliques, des mesures étaient a prendroîi l'heure opporluno,
Commo lant d'aulros, cetto question n'avait pas été exa-
minée en haut lieu, Blanchon se rendit donc au Gouver-
nement militairo et demanda à êtro reçu par lo Gouver-
neur; mais Jo général Galliéni, tout aux nécessités du
combat, s'était déchargé sur nous do la tache administra-
tive, en la contrôlant cependant avec une admirablo luci-
dité. Blanchon l'ignorait naturellement ; il errait donc dans
les couloirs du quartier général, lorsqu'il reconnut, sous
l'uniforme d'officier d'artillerie, l'ancion ministre dos Fi-
nances qui, en 1912, l'avait nommé à son poste, U lui
exposa son embarras.
La solution fut rapidement trouvée : je m'engageai b. pré-
venir, le moment venu, le ministère des Finances par des
28 DE LA GUERRE A LA PAIX
avis téléphoniques do jour et do nuit. Un langage conven-
tionnel fut adopté, analoguo U celui arrêté avec la Banque
do Franco ; seul, lo quatrième, tormo < Brûlez » était na-
turellement supprimé.
Lo premier signal c Attention » indiquerait qu'il y avait
do sérioux risques d'invasion, Lo fonctionnaire dos Fï-
nnnces, qui, a partir do co moment, so tiendrait prêt a
recevoir d'autres communications, devait, d'ailleurs, sans
plus attendre, inviter lo caissior payeur central du Trésor
public, lo recovour contrat des financos do la Seine, etc.,
a fairo porter d'urgence leurs encaisses a la Banque do
Fronce.
Lo mot < Chargez » signifierait quo ta menaco ennemie
dovenait plus pressante, M, Blanchon inviterait la Banquo
do Franco à placer fonds cl valeurs dans le fourgon pré-
paré pour lo dorhier voyage,
Le signal du départ serait donné par lo mot « Partez il.
Paris allait ôlro envahi ; il n'y avait plus uno minute h
pcrdro. Los caisses publiques étalent vidées ! uno prolo facile
échappait ti l'ennemi,
Les dispositions étaleiit donc sérieusomortt Concertées ;
la victoire de la Marne, préparéo par celle do l'Ourcq, que
Galliéni et MaUhoUry remporteront, les rendit heUfcusd-
mout Inutiles,
CHAPITRE Ul
LA CENSURE

Si on relit les circulaires d'août 1914 adressées par


M. Messimy tant ou préfet do polico qu'aux directeurs do
journaux, on s'aperçoit oisément que la censuro est 1res
éloignéo d'êlre prévue,
« Los journaux et périodiques, écrivait l'ancien ministre
do la Guerro, après avoir envoyé au Bureau de la Presse
uno épreuve, peuvent procéder au tirage et a la vente sur
la voio publique sans aucuno autorisation ; mais ils s'ex-
poseraient à la saisie immédiate, si l'examen do l'épreuvo
permet de constater l'insertion de nouvelles militaires non
communiquées par le Bureau do la Presse, »
Toutefois la loi du 5 août 1914 réprimant les Indiscré-
tions do la presse contenait uno disposition générale qui
interdisait do publier « touto information ou article con-
cernant les opérations militaires ou diplomatiques do naluro
a favoriser l'ennemi et à exercer une influence fâcheuse sur
l'esprit do l'armée et des populations, »
Seules — il importe do lo remarquer — étaient visées
dans co paragraphe les publications concernant « les opé-
rations militaires ou diplomatiques » et non les publica-
tions politiques, Or, la loi du 8 août 1914 était énuméra-
tivo, en conséquence limitative.
Comment et quand naquit donc la censuro politique?
Il n'est pas sans intérêt do lo rechercher,
30 DE LA GUERRE A LA PAIX

INCONVÉNIENTS W SERVICE.

Lorsquolo Gouvernementpartit pour Bord eaux, lo 3 sep-


tembre, tous les pouvoirs d'administration, do justico et do
polico passèrent, a Paris, entro les mains du général Gal-
liéni. Les rapports avec la presse étaient dans los attribu-
tions du deuxièmo bureau do son état-major, auquel j'ap-
partenais. Il mo fit appeler lo mémo jour pour mo confier
celto tache délicato;jo présentai do sérieuses objections,
« Un parlementaire, disais-jo en substance, est plus mal
placé quoquiconquo pour exercer ces fonctions ;jo préfèro
un poste plus actif. » Lo général fit valoir que la connais-
sance des hommes et des choses était indispensable, mo
déclara qu'il no pouvait s'adresser qu'à moi et m'imposa,
par ordro, cetto tûcho do confiance. Profonde fut ma per-
plexité ! Jo mandaiaussitôt mon ami et ancien collaborateur
Paul Bourély, journaliste do race, député avisé et coura-
geux, pour le prier do m'apporter sa collaboration.
Bourély était déjà' atteint par la maladio qui l'enlova,
en'1919, a notre affection. Ses deux fils étaient aux
armées, d'où ils no revinrent, hélas ! ni l'un ni l'autre.
U comprit lo rôlo quo jo lui assignais et, quoique sans
forluno, so donna h l'oeuvre commune avec lo plus com-
plet désintéressement.
Naturellement, lo Gouvernement, en s'en allant, avait
laissé derrière lui un bureau do la presse déjà constitué,
dont nous dûmes conserver les éléments,
La besogne était formidable. A touto heuro du jour,
plus particulièrement entre 10 et 15 heures, entre 22 et
3 heures, il fallait lire attentivement les morasses do tous
les quotidiens, de tous les périodiques.
Los chefs do service donnaient seulement des indica-
LA CENSURE 31

lions générales que chacun interprétait avec son intelli-


gence propre.
Tous les jours, a 14 houres, il y avait rapport : jo faisais la
critique dos opérations do la journée précédonto : jo regret-
lais quelquefois qu'on ait laissé passer uno information
qu'on aurait dû intordiro, je rogrotlais quelquefois qu'on
ait interdit uno information qui pouvait passer sans incon-
vénient.
Pour qu'un pareil service pût fonctionner commo il
convenait, il eût été nécessaire* qu'un seul homme pût
accomplir toute la tache, liro tout avec ses deux seuls
yeux ; il lui eût fallu posséder touto la technique militaire,
connaître la politiquo intérieure et oxlérieuro de tous les
pays, être uni historien, un géographe, un savant, un juris-
consulte, un financier, un industriel, un agriculteur, tout
savoir, tout comprendre surtout ; aux qualités ainsi requises
d'un censeur, quel Pic de la Mirandolo, quel encyclopédiste
eût été digne do l'étro t Ajoutez qu'il y avait un bureau do la
presse a Bordeaux, un autre H Paris et que forcément l'un
usait de liberté ou do sévérité a rebours do l'autre. J'ai
conservé lo souvenir d'un'arliclo do politiquo oxtériouro
que j'avais soumis ïi la vérification suivanto :, j'avais a
l'occasion do cel arliclo demandé sursoit opportunité tout
a la fois l'avis de Bordeaux et l'avis du représentant du
ministèro des Affaires étrangères resté à Paris, M, Alphand,
lo très distingué chef actuel do l'Offico des biens et intérêts
privés français a l'étranger, Pendant quo Paris disait oui,
Bordeaux disait non, Co furent là les petites difficultés du
métier. '
NAISSANCE DE LA CENSURE POLITIQUE.

Nous en étions a nos tâtonnements inévitables,'sans


trop do secousses, mes collaborateurs et moi, mes colla-
M DE LA GUERRE A LA PAIX
boratcurs que jo n'ai pas oubliés et h quij'avais déclaré quo
jo les couvrais par avanco ce qui est la manière d'ètro

bien secondé—lorsqu'un beau soir, en pleine bataille de
la Marno, éclata, dans nos bureaux du lycéo Duruy, bou-
levard dos Invalides, uno bombo sensationnelle,
Bourély assurait cetto nuit-là lo sorvico ; j'avais l'habi-
tude do revenir tous les soirs, vers 22 heures, au Quartier
général, pour loscommuniqués ala presse qu'on distribuait
avant minuit,
Un peu ému, Bourély m'annoïico que, par téléphone,
de Bordeaux, on vient do transmettre un ordro important ;
jo lo prie do réclamer a la commission do conlrôlo uno
communication écrite do la note do Bordeaux. Et à
23 h, 85,- lo lundi 7 septembre, a l'instant où s'engage la
formidable partie gagnée sur la Morno, il nous est donné
do liro l'ordre suivant: tNous sommes informés que cette
nuit des articles vont paraître contre le Qouvernement:
veiller a ce que rien ne passe. »
La censuro politiquo était née.
Malgré ma surprise très vivo, jo dis à Bourély que l'au-
torité militaire n'avait qu'à obéir ; jo lo priai do mo lais-
ser un mot sur mon bureau — quo je trouverais le len-
demain matin — relatif aux incidonts éventuels do la nuit.
J'ajoutai qu'en cas d'urgence, il pouvait mo téléphoner.
Jo no fus réveillé par aucun appel téléphonique et jo trou-
vai, do la main do Bourély, co bref rapport sur du papier
du ministère dé la Guerro qu'avait conservé le bureau de
la presse ; < Tous les journaux imprimés dans la nuit 'lu
1 au 8 septembre ont été soigneusement examinés ; aucune
critique, aûcxih article d'hostilité gouvernementale n'y ont
été relevés, » Signés: PAUL BOURÉLV.
Je ne sais encore pourquoi le Gouvernement s'atten-
dait à des attaques de presse : l'opinion était retenue sui
LA CENSURE 53

des sujets plus graves, plus passionnants, sur la bataillo


qu'on sentait décisive
Il faut avoir vu Paris a cetto époque-là ! Qui donc son-
geait h la politique? La tenuo morale et matérielle do la
capitale était admirable, on ne pensait qu'à l'action mili-
taire ; a l'ardeur du patriolismo n'était mêléo aucuno pré-
occupation autre. Qui donc avait pu inspirer à Bordeaux
d'autres soucis? Pourtant, l'ordre donné fut maintenu et
naturellement exécuté quand l'occasion s'en présenta;
elle no larda pas h naître. Des critiques furent présentées
de façon mordante et spiriluello contre M, Thomson,
ministre du Commerce, à cause du fonctionnement du
servico des Postes dont il était responsable. L'articlo
figurait dans les colonnes do l'Intransigeant,' il fallait
obéir à l'ordre formel du 7 septembre ; « veiller à ce que
n'en no passe, » Rien no passa,

LES MAINS COUrtES.

Ce n'est pas que, bien compriso, la Censuro n'ait pu


rendre des services ; elle en a rendu d'éminents; elle
n'oxistait pas en 1870-71 ; uno indiscrétion de presse com-
promit irrémédiablement alors losort do nos armées. Grâce
à la censure et à la bonne disciplino do la presse française,
co terrible précédent ne fut pas renouvelé ! Par ailleurs
même, la censure pouvait éviter des incidents fâcheux, Par
exemple : un soir, sur la morasse du Figaro, j'aperçois un
article en première page, très impressionnant ; on y rela-
tait, sous la signature do deux savants éminenls, dont l'un
était membre do l'Institut, une information d'une excep-
tionnelle gravité : les deux savants avaient vu, de leursyeux
vu, uno centaino d'enfants, dont les mains avaient été cou-
OUERRE ET PAIX 3
SI DE LA GUERRE A LA PAIX
pées par les Allemands. On nodisait ni où, ni quand. Jo
considérai : l'que rinformalion était scientifiquement dis-
cutable, cor ces enfants aux mains coupées auraiont dû
mourir ; 2* que si lo fait était, par extraordinaire, vrai

deux savants l'affirmaient sous leur signature grand
—• un
retentissement devait être donné solennellement à> ces
atrocités. Jo téléphonai donc & Yonoven, alors secrétaire
général du Figaro, qui y écrit aujourd'hui avec tant do
sens l'article politiquo du jour, pour lui dire que
j'ajournais U publication ; il fit naturellement un bruit de
tous les diables, maugréa, tempêta ; il finit par entendre
raison et il s'apaisa lorsque je lui déclarai; « Jo viens do
téléphoner à l'ambassadeur des États-Un?s cet homme

de courage et do coeur qu'est M., Myrou T. Herrick,
dont te rôle à Paris mérite d'être conservé par l'His-
toire — pour lui demander do so rendre demain malin
avec son attaché militaire, lo colonel Cosby et moi, en
emportant le sceau de l'Ambassade, afin d'opérer une
constatation officielle dont le monde civilisé frémirait,
a un endroit que je lui désignerais, Sans hésiler, l'am*
bassadour a répondu: volontiers, Je voua ferai tenir lo
résultat do n°lro visito et do nos investigations ; votre
information no souffrira donc point. Seulement,, il faut
que je connaisse d'extrême urgenco Veodroit où nous
pourrons pratiquer les constatations. Faites dire à vos
deux savants quo je désire les voir immédiatement :
j'irai chez, eux, s'il lo faut, h n'importe quelle heure, a
moins qu'ils no préfèrent mo rejoindre. » Ces deux
savants, je les attends encore aujourd'hui ; ils ont dû
mourir do la fièvre obsidionale.
En surveillant les informations de cette espèce, en no
laissant passer que celles qui avaient été contrôlées
— et
elles étaient suffisamment effroyables
— la censure mon-
LA CENSURE 35

Irait son utilité- ; les 'Allemands-' pourraient — s'ils


avaient uno parcollo do bonno foi —- reconnatlro qu'elle
avait lo souci do la vérité. Cet incident démontre, nu sur-
plus, la réalité do toutes les autres atrocités dont on
peut relire lo récit douloureux dans l'enquûto Poyello
trop tôt oubliée 1
CHAPITRE IV
LES JOURNÉES DE LA MARNE

Dès le départ du Gouvernement pour Bordeaux, Paris se


prépara avec recueillement aux épreuves qui l'attendaient,
Lo t jusqu'au bout » du grand chef auquel son salut était
confié le rassurait ; d'une extrémité à l'autre de la
capitale, chacun n'avait plus qu'une pensée, celle du
devoir, qu'une raison do vivre, l'espérance. La lumière
do l'été finissant, aussi bien aux heures de jour quo pendant
la nuit laiteuse, parait la ville ontière d'un vêtement
féerique ; commo par coquetterie, elle so surpassait en
beauté, do mémo qu'elle so surpassait en tonuo moralo, en
dignité et en courago,
On s'attendait à tout, nu pire sans abandon et au meilleur
sans forfanterie, Chacun y mettait du sien, prêt h regarder
son voisin comme un frère; un semblable avenir ne dovait-
il pas être réservé à l'un et à l'autre? L'ordre régnait par
lui-même, sans que personne eût h l'imposer, et si une cons-
tatation pittoresque m'est permise, pendant toute cette
période, il n'y eut pas de crimes, pas d'attaqUes noc-
turnes, pas d'agressions, pas de rixes. On pouvait en
touto sécurité rentrer chez soi tard la nuit sans appréhender
de mauvaises rencontres, même dans les quartiers les plus
malfamés: l'apacheavait désarmé.
Le Parisien était satisfait do voir passer lo général Gal-
liéni se rendant au front ou en revenant dans une automo-
LES JOURNÉES DE LA MARNE 57

bile lancéo à touto vitesse. Nous no cessions do craindre


pour lui l'accident. H modéra do lui-même enfin ses élans
dangereux. Commo il descendait un soir do voiture dans la
petitocour du Quartier général, ildit à son chauffeur:
c Vous êles allé trop vite aujourd'hui ; nous avons failli
écraser un militaire. »
Paris avait raison d'aimor Galliéni, qui avait été appelé
in extremis à lo défondre aux heures les plus périlleuses,
sans qu'il ait pu préparer son organisation en temps utile.
Investi de pouvoirs formidables, il n'en usait que pour lo
bien do la patrie. U savait, lui, lo danger qui nous mena-
çait. Comme, pour affaires do service, jo mo rendais à, son
cabinet lo jour mémo où lo Gouvernement s'en allait, il
m'annonça avec simplicité : < A partir d'aujourd'hui,
la vio humaine no compte plus... Dans doux jours, nous
entendrons lo canon allemand. » Un des officiers do son
état-major do diro alors : « Jo no fais pas partie du conseil
do défonso : jo mo permets do vous apprendre, mon géné-
ral, quo ma femmo est restée à Paris. » — « 11 faut qu'ello
parto sur l'heure, » — « EIlo n'a pas pour, » — « C'est
possiblo ; il no s'agit pas do sa volonté ; mais un officier no
doit avoir d'autre préoccupation que cello do son devoir, »
— < Laprésenco do ma femmo no n'empêchera pas d'ac-
complir tout mon devoir, » —« Soit », dit alors avec un
bon sourire Galliéni, qui n'avait cessé do so tenir debout
devant son grand bureau sur lequel jamais un papier no
tratnait. U avait uno horreur inslinctivo des écrits et des
paperasses inutiles ; tout son temps était consacré à la
réflexion et, la réflexion terminée, a sa mise en oeuvre. Il
confiait à ses collaborateurs militaires ou civils la bosogno
qu'il jugeait inutile d'accomplir lui-mêmo ; il demandait
qu'on lui soumit les seules questions qui en valaient la
peine; il voulait qu'on lui rendit compte
DE LA GUERRE A LA PAIX

AU QUARTIER GÉNÉRAL.

Il avait auprès do lui non seulement ses officiers d'or-


donnance: Gruss, son gendre, attentif et consciencieux;
Gheusi, alors directeur do l'Opéra-Comiquo, allant et très
en verve; un chef d'état-major, le général Clergcrio, qu'il
avait trouvé en fonctions, hommo plein do finesse et do
sagacité : il avait adjoint a ce dernier lo colonel Girodon,
qui, devenu général, fut tué en 1916, à Cléry-sur-Sommo';
celto mort est uno très grando perlo pour l'arméb ; car
Girodon était un a*î il avait do l'allant, trop hélas! et do
l'imagination, celto imagination qui fut s» rare et dont Gal-
liéni donna tant de preuves historiques,
Il avait chargé l'actif Doumcr, qu'il avait connu aux
colonies, do la direction do son cabinet civil. Un pou par-
tout, a ce mémo Cabinet, h l'état-major, dans les services
de la place, on rencontrait des hommes commo M, Dis-
lèro, l'ancien président do section au Conseil d'Etat, autour
d'un ouvrage remarquable sur l'état do siège, qui avoit
spontanément offert ses services ; Joseph Reinâch, qui
travaillait tout lo jour avec ardeur ; Scherdlin, magistrat
éminerit, aujourd'hui procureur général près la Cour d'ap-
pel de Paris, alors chargé des services do lajuslice militaire;
pariac, président actuel do la commission des Finances,
adjointe l'Intendance ; Paul Boncour, au talent plein do
séduction, qui s'appliquait dans le même bureau que moi à
do délicates besognes. Jamais on no parlait politique,jamais
on n'en faisait;coqui n'a point empêché qu'à Bordeaux on
conçût bientôt quelquo inquiétude. Un coup d'Etat est si
vite accompli, surtout quand on disposo do la force armée ;
or, inopinément» lo 10 septembre, nous vîmes arriver deux
ministres, Aristide Briand et Marcel Sembat -7 cet esprit
LES JOURNEES DE LA MARNE M
charmant, éteint aujourd'hui et qui, parmi les écrivains
français, prendra sa place auprès do Paul-Louis Courier,
Tous deux très intelligents, ils évitèrent do montrer qu'ils
.venaient pour se rendre compte do co qui so passait au Quar-
tier général et dans h ville, Us so plurent tellement parmi
nous qu'on crut un instant qu'ils entraient eux aussi dans
le complot. Ils furent priés par téléphone do revenir.auprès
do leurs collègues bordelais sans's'attarder davantage,

LA JALOUSIE t>E BORDEAUX.

Bordeaux prenait volontiers ombrago do Paris. Lo 9 sep-


tembre, au cours dos combats engagés sur les bonis do
l'Otircq, doux drapeaux avaient été enlevés h l'ennemi et
apportés à notre Quartier général. Galliéni aA ait remis là
médaillo militaire au résoryislo Guilmard qui avait conquis
de vive force l'un'do ces drapeaux, décoré en 1870 do la
croix de fer. Un communiqué officiel avait relaté, sans litté-
rature, la remiso do ces trophées do bon augure, lesquels
avaient réjoui les Parisiens, qui méritaient bien do pareils
réconforts. Et, lo 10, Galliéni reçut do Bordeaux celto com-
munication pour lo moins imprévuo : « Vous prie inslanr
ment do no fairo à la presso aucun communiqué qui no vous
ait été téléphoné ou télégraphié d'ici ! »
C'est à la même époque que la tour Eiffel, avec ses radios,
fut, par décision spéciale, rattachéo a Bordeaux ; que, do
là-bas, fut ordonné le Irop prudent ralentissement des
approvisionnements administratifs dans lo Camp retranché
de Paris.
Toutes ces choses paraissaient petites, très petites, infi-
niment petites, surtout au cours do si grands événements,
Toute la journée, au Quartier général, on guettait les nou-
40 DE LA GUERRE A LA PAIX
velles ; les alternatives du combat étaient suivies avec uno
émotion contenue. Les mouvements de la cavalerie do von
Marwitz nous donnèrent, grâco à mon cher ami le colonel
Gardon, les premiers espoirs.
Il n'est pas do mots pour transcrire les sentiments que
nous éprouvâmes lorsquo ces espoirs so chargèrent en cer-
titude.

M. VICTOIRE.

Lo plus beau des soirs 'do ma vie, jo trouvai sur ma lablo


deux documents dont l'un commençait par ces mots: tla
bataille qui se livre depuis cinq jours s'achève en une vic-
toire incontestable t.
La victoire I ces huit lettres hallucinantes, on pouvait les
lires, véridiques. Elles apportaient lo salut, la revancho do
nos armes, dont lant avaient désespéré l On n'avait qu'uno
envie: lo crier, ce mot, nu travers de la ville, au Iravers
du pays, au travers du monde. Joffro avait adressé l'ordre
du jour qui commençait ainsi quo j'ai .rappelé, lo H sep-
tembre, aux armées victorieuses. Galliéni l'avait reçu et
lo transmettait sans tarder aux armées do Paris avec ses
félicitations personnelles, en raison do la participation
copilalo qu'elles avaient prise aux opérations : cet ordre du
jour constituait le second document. En toute hAle, pressé
île répandre la nouvelle, do remcllro ces textes sacrés a la
presse qui va venir chercher le communiqué, jo téléphono
à Bordeaux l'ordre du jour do Joffro cl l'ordre du jour de
Galliéni. Mon interlocuteur no redise pas tout do suite : il
déclare qu'il n'est pas informé ;jo lui Wposto qu'il n'y a
rien d'étonnant îi co quo les nouvelles nous parviennent
avant lui, puisque les armées do Paris sont plus rappro-
chées de la première ligne,
LES J0URNÉE8 DE LA MARNE 4t
On m'interdit, oui, on m'interdit do publier quoi que co
soit, jusqu'à nouvel ordre. Et ce c nouvel ordre », malgré
mes instances reflétées, on lo fait attendre trois jours, trois
longs jours, j'imagine jusqu'à co qu'on ait pu vérifier la
vérité do celto victoire à laquelle on no croyait pas d'ins-
tinct, J'exagère, diront quelques-uns. Qu'ils ouvrent lo
Jemps du mardi 18 septembre : ils y liront à la cinquième
colonne, sous le titre. « Félicitations aux armées », ces
quelques lignes ^gnificalives : c On publie l'ordre du jour
suivant du général Joffro qui, d'après son texte, < la
balaiilo qui so livre depuis cinq jours » parait remonter A
vendredi, »
Lorsque, enfin, on autorise la publication, je demande
la permission d'annoncer la prise do Maubeuge, qui eût
semblé moins sensible alors ; on trouva bon do mo. ré-
pondra : « Nous n'en sommes pas officiellement informés. »
Et c'est parce quo lo bureau do la presse à Bordeaux no
fut pas informé officiellement do la prise de Maubeuge, que
jamais elle no fut annoncée dans les communiqués. La
place do Maubeuge, officiellement, n'a donc jamais élé
piiso 1
CHAPITRE V

LES BESOINS DE L'ARMÉE

Pendant toulo la durée dorobsenco du Gouvernement,


les Chambres, dont les présidents s'étaient également ren-
dus à Bordeaux, no purent so réunir. Certains détracteurs
systématiques du régime parlementairediront : tant mieux l
L'action du pouvoir exécutifs'est exercée"donssa plénitude;
elle n'a été gênée en rien, ni par les travaux des commis*
' sions ni par les séances publiques ; ceux que l'on Irailo
volontiers d'incorrigibles bavards ont été réduits au silence
forcé ; ils n'ont donc pas prononcé do paroles dangereuses.
Tout dovrait donc fonctionner au mieux. L'armement, en
particulier, va so trouver dans uno situation favorablo ;
personne n'a pu contrarier l'oeuvre do l'administration
militaire.
Or, lo 10 décembre 1911, la Commission du budget do
la Chambre, saisie du projet dedouxièmesprovisoirespour
le premier senieslro do 191ÎI, décide de procédera l'examen
de l'état du matériel avant do rapporter les crédits et, lo len-
demain, ollo entend les observations judicieuses de son
nouveau président Clémente) nui, pendant l'absence du Par-
lement, avait, après en avoir informé lo Gouvernement, pro-
cédé à certaines investigations sur les besoins do l'armée.
Clémentel élait, avec Cochery, un des deux membres do
la Commission du budget do la Chambre chargés de
LES BESOINS DR L'ARMBIS «
vérifier sur pièces et sur place l'état du matériel et des
approvisionnements do la Guerro, en vertu des lois de
1876 et do 1906. C'était Gambclta qui avait pris l'initia-
livo do ce contrôle permanent — que j'avais fait renforcer
Ironie ans plus tard •— pour « assurer, avait-il dit, l'exécu-
tion du programme et voir do qucllo façon les tonds quo
nous mettons à volro disposition ont été utilisés pour lo
bien do la patrie ». Or, Cochery vint hélas 1 h mourir, lo
8 aoùtjGlémcntcl so trouva donc seul qualifié pour accom-
plir celto tâche, encore plus importante, plus sacrée en
temps de guerre qu'en temps do paix. Et, dès lo i 7 décembre,
cinq jours avant la rentrée des Chambres, il fit h la Com-
mission du budget un exposé sur l'état du matériel, au
cours de quatre séances consécutives,.

LES rusii^.

Il signala immédiatement la question urgente des fusils :


la Guerro avait prescrit la transformation du 74 en fusil
liront la balle 1). 11 s'agissait do faire du neuf avec du
vieux: la Commission s'inquiète. On lui répond lo 21 ; «Lo
fait quo nous n'avons pas assez do fusils n'a aucun inconvé-
nient pour la défeuso nationale. » Jacques-Louis Dumesnil
insiste justement sur le côté moral, sur lo sentiment de
sécurité donné h l'homme par le fusil à répétition, sur l'ef-
fet déplorable qui serait déterminé par l'idée quo nous
manquons de matériel. La Commission réclame la fabri-
cation du fusil neuf, René Uesnard rédige deux remar-
quables rapports ; il souligne bientôt la déception qu'a
produflodniis l'arméo l'emploi du 74 transforme*.
La Commission du budget pouvait se féliciter, Ici
commcnilleurs, do son aellou conduite malgré les bureaux,
'.41 DE LA GUERRE A LA PAIX
-

En voulez-vous la preuve ? A la Commission de l'armée du


Sénat, présidéo par M, do Frcycinet, dont l'expérience,

il avait opparteriù au gouvernement do la Défense natio-
nale en 1870-71) il avait été plusieurs fois président du Con-
seil et ministre de la Guerre, dont l'autorité, laliicidité et

le patriotisme restaient incomparables, dans un ordre du
jour adopté, à l'unanimité, lo 17 mai 1918, on affirme:
« Depuis le mois d'août, nous avons perdu 880.000 fusils
sur 2,800,000 que nou9 possédions au moment do la mobi-
lisation. L'effectif do nos armées s'est accru do un million à
deux millions et demi d'hommes. Au neuvième mois do la
guerro, pas un seul fusil neuf n'a été fabriqué. » Et dans
un autre ordre du jour, mémorable, adopté également ù
l'unanimité^ lo 2 juillet, on trouve celte constatation : < La
crise sur ce point est si gravo que, do l'aveu'mémo du
Gouvernement, nous n'aurons plus do fusils a répétition
dans les dépôts au mois de septembre prochain et qu'il nous
faudraenvoyer les hommes au front avec desfusils à coup. »
Celto déclaration peut être généralisée et la môme unani-
mité sénatoriale généralise sous celle formo émouvanlo :
'.« Si le contrôle parlementaire, tardivement appelé h fonc-
tionner et qui a dû, pour revivre, briser tant do résistances,
n'était intervenu depuis quelques mois, le pays, soumis au
régime de la censuro politiquo, so serait trouvé toul-à-conp
sans fusils sans cartouches, sans canons, sans artillerie
'
y
lourde, sans munitions utilisables, »

f.B CONTRÔLE fAtltÉMENtAtlUλ

Quel poids prend à distance celle affirmation unanime 1


Mais s'il est constaté, en 4918, dans ce document histo-
rique, quo lo contrôle parlementaire fut « tardivement
LES DES01N8 DE L'ARMÉE 45

appelé à fonctionner », il est conformo ft la vérité.dc décla-


rer que co contrôle ne fut complètement organisé que neuf
mois encore après, De nombreux incidents se produisaient.
Par exemple, rien qu'en co qui concerne la Commission du
budget, dont lo contrôle était pourtant prévu par les lois
do 1876, de 1906, comme jo lo rappelais tout h l'heure,
aussi par celle do 1914: lo 8 octobre, Raoul Pérct —
aujourd'hui président do la Chambra — André Hcsso
et Adrien Veber, chargés d'une mission dans les pares
d'artillerie* s'en virent refuser l'entrée. Le 13 janvier Î9I6,
sur l'heureuse proposition do Varemu, uno enquête, en
plein hiver, sur la distribution des effets chauds est
décidée et trois délégations do deux membres sont dési-
gnées. L'administration de la Guerre restreint lo droit do
visite à une division par armée ; la commission refuse celto
parodio de contrôle. Lo Conseil des ministres est saisi ; il
prétend quo les lois do 1876 cl do 1900 no s'appliquentqu'en
temps do paix. A l'unanimité, la Commission repousse cette
interprétation surprenante. Je suis chargé, en môme temps
que Charles Dumontj qui était'dcvenu avec moi l'un des
deux contrôleurs prévus par la loi, do porter, si besoin est,
la question a la tribuno pour fairo arbitrer le différend; il
eu est do môme des lettres do mission, dont lo texto esb*
chicané mot par mol. Enfin, après uno .vraie bataille, com-
mencée au début do janvier, satisfaction nous est donnée
fin mars, soit après trois mojs d'efforts presque quotidiens,

L'ACTION SUR PUCE."

En quoi consistait donc ce conlrôlo?


Le rôle principal de la Commission du budget pehdant
là guerre était de mettre & la disposition du Gouvernement
-
' 4ft ' DE LA GUERRE A LA PAIX
les ressources financières, dostinéos à lui pormeltro do con-
tinuer la, lutlo: autorisation do dépenser, autorisation do
créer des recettes, telles sont los deux grandos catégories
do travaux auxquels elle devait so livrer.
11 serait extrêmement intéressant pour les techniciens do
lascienco financière de les étudier en détail. Pour lo public,
beaucoup plus curieux, parce que beaucoup moins connu,
est lo rôlo joué par la Commission commo organe do
contrôle.
Getto sorte do contrôle qui s'exerce par l'examen préa-
lablo des demandes de crédits est dans l'ordre normal des
choses. La Commission l'a effectué, n'a jamais refusé un
.
crédit pour la Guerro, de mémo qu'avant 1914 elle avait
été plus Un moteur qu'un frein, en co qui concerno les
dépenses do matériel. Mais celle formo de son action est
connue ; ce qui est totalement ignoré, c'est lo contrôle
exercé par la Commission sur les actes mômes du Gouver-
nement et do l'administration pour lout ce qui pouvait
inléresser, non pa3 certes la conduite des opérations, mais
la conduite do la guerre, afin do donner en temps utilo aux
armées tout co qui leur était nécessaire pour vaincre.
Co qui est plus ignoré encore, c'est l'esprit dans lequel
co'contrôle élail exorcé, esprit de patriotisme intense, sti-
mulant les énergies gouvernementales et administratives.
Certes, les gouvernements qui so sont succédé nu pouvoir,
la plupart des ministres qui faisaient partie de ces gouver-
nements étaient animés do la plus ferme volonté de vaincre.
Mais; exposés aux difficultés d'exécution, submergés par
les affaires do leurs bureaux respeclifs, ils n'avaient pas la
môme aptitude que la Commission du budget h saisir les
lacunes do l'adminislralion, ses défauts d'adaptation aux
besoins des armées, «os erreurs d'inertie,-plus encore ses
fautes de routine. Routine d'autant plus a craindre que la
LES BESOINS DE L'ARMÉE 47

guerre était plus changeante eii ses aspects, plus variée


dans ses moyens d'attaque et do défense.
Il serait trop long d'exposer ici dans ses détails l'action
exercée parla Commission du budget ; mais que d'exemples
typiques I En particulier :
l" Ses interventions pour l'établissement déprogrammes
do fabrication do matériel et l'intensification de ces fabri-
cations, action poursuivie sans relâche do la fin do 1914 à
l'armistice ci ayant pour base l'examen dos états déca-
daires fournis par l'adminislralion de la Guerro cl do la
Marine;
2" Ses interventions, au moment oùle blocus sous-marin
devenait particulièrement menaçant (fin 1916), pour que
soient entreprises sans larder toutes les fabrications devant
nous permettre do nous passer des importations maritimes,
on co qui concerne les poudres, les explosifs et les matières
premières do l'espèce ;
3« Ses interventions en 1917 pour l'adoption d'une poli-
tique plus énergiqUo et plus prévoyante en ce qui concerne
le ravitaillement, notamment par la mise en vigueur du
rationnement, parla répression plus rigoureuse do l'es-
pionnage, par une contribution plus large do l'impôt à
l'alimentation des caisses du Trésor, en un mot par un
appel plus vigoureux h la fermeté cl à la volonté du pays,
politique qui devait trouver son épanouissement dans l'ac-
tion de Clemenceau» mais qui était en germe dans l'action
de la Commission du budget do la Chambre depuis le début
delaguerre;
1° Ses interventions en faveur de tout co qui pouvait
maintenu' lo moral du soldat (effets chauds, service postal>
permissions, vin, alimentation) ;
fr Ses Intervenlions eu ce qui concerne ta main-d'oeuvre
daus les Usines.
48 DE LA GUERRE A LÀ PAIX

U VRAIE CAUSE DE LA VIE CHÈRE.

Ali si l'on avait écpulé la Commission, la crise de la


1

vie chère eût été conjurée, en tout cas, très atténuée I Les
gros salaires ont déterminé l'exagération des prix à la con- -

sommation; ils ont aussi paru légitimer les gros profits.


Les uns ont été la rançon dos autres,
Dès lo 18 décembre 1914, la Commission constate les
rappels abusifs M'arriére; le 8 juillet 1918/ Renard, lo
dévoué président du groupe radical-socialiste, signale quo
la question du salaire des ouvriers dans les usines est très
grave. Jo réclamo un projet d'ensemble. Clémente!-, est
chargé d'écrire une lettre au président du Conseil et au
ministre de la Guerre. U faudrait la lira en entier ; elle lo
mérite. Co bref extrait on donne l'excellent esprit t
cUn véritable plan de mobilisation générale doit être éta-
bli; il faut le faire sans précipitation, mais sahs perdre uno
minute. Ce plan s'inspirera de l'obligation do rétablir l'éga-
lité de tous les citoyens mobilisés cl de leurs familles, qu'ils
soient aux armées ou a l'usine. 11 s'inspirera du principe
que lo mobilisé doit à la palrio son travail comme son sang.
L'Etat ne doit pas permettre à Un patron do s'enrichir do
la guerre ni do développer son industrie, grâce aux com-
mandes qu'il reçoit pour l'armée, alors quo tant d'autres
so trouveront ruinés par le fait des hostilités. L'ouvrier
no doit pas plus enrichir son patron que recovoir lul-mèmo
un salaire supérieur à ses besoins et à ceux do sa famille,
En un mot, du patron jusqu'à l'ouvrier, personne ne peut
prétendre à des bénéfices détruisant l'égalité avec te cama-
rade qui combat et constituant une véritable prime a l'éloi-
gnementdu front. »
Albert Thomas, sous-secrétaire d'Etat do l'artillerie,
LES DESOINS DE L'ARMÉE 49

quelques semaines après, annonce lo dépôt d'un projet.


En août, Moneslior — une bollo conscience parlemen-
taire d'alors — rapporto qu'on paie dos allocations aux
femmes d'ouvriers ramonés du front. La Commission pro-
teste énergiqucmont. Bcdouco la saisit d'une noto intéres-
sante sur l'emploi des classes 17 et 18 dans les usines.
Enfin, vers la fin d'octobre 1918, Lebrun, quo la confianco
justifiée do ses collègues vient récemment d'appeler à la
présidenco do la Commissiondo l'armée du Sénat, présento
un loxto élaboré en commun — fait caractéristique — par
les délégués des Commissions compétentes des deux
Chambras.
Le projet d'Albert Thomas no fui jamais déposé. Do celte
carence, quo la Commission fit tout pour empêcher, résul-
tèrent les bénéfices excessifs de certains patrons, les
salaires élevés dans les usines, la vie chère pour lo con-
sommateur I
Mais ce que le public ignore encore, c'est que dans co
rôle qu'cllo a assumé, la Commission du budget n'est
jamais intervenuedans les questions do personnes, ni dans
celles ayant trait aux opérations militaires. S'il en nvoit été '
autrement, son action, cessant d'être précieuse, eût été
funeste. Kilo sut so garder de tout excès ; nouslo montre-
rons clairement lorsquo nous établirons co qu'elle fit pour
les fabrications do guerre, lorsqu'on rappelant quelques
incidents importants, nous retracerons son action au front,
où elle étudia les capitales questions do matériel.

GUEIUtB ET l'AIX
CHAPITRE VI

L'ACTION AU FRONT ET L'ACTION A L'ARRIERE

At-je réussi à montrer combien décisive fut l'action sur


place des Commissions parlementaires, chargées de suivre
les questions intéressant la Défense nationale? J'cspèro quo
oui: mats II faudrait publier un volume cnlier contenant
les documents eux-mêmes, la correspondance, les délibé-
rations, les ordres du jour. On y relaierait, en co qui con-
cerne la Commission du budget, — cl jo no pnrlo ici quo
d'elle, puisquo jo n'ai pas élé lo témoin direct des travaux
accomplis par les autres, —ses efforts —j'ai déjà parlé
du fusil — pour résoudre la crise du 18 et faire triompher
celte Idéo élémentaire qu'on devait metlro automatique-
ment en commando un nombre do tubes proportionné ou
nombre d'obus fabriqués, ses efforts pour intensifier la
fabrication des mitrailleuses, pour mettre en train celle du
fusil mitrailleur, puis, plus lard, celle du matériel d'arlil-
lerio do 188 L Fillioux sur lequel jo reviendrai, ses efforts
pour remédier au relard apporté à l'établissement d'un pro-
gramme d'artillerie lourde, lequel no sorl qu'en juin 1916,
alors qu'en février do la mémo année, la dure leçon do
Verdun nous a révélé noire infériorité manifeste sur co
point, ses efforts pour obtenir un programme d'engins de
tranchée, ses efforts pour quo la fabrication des munitions
de toute sorte soit en raison directe des besoins de plus eu
L'ACTION AU FRONT ET L'ACTION A L'ARRIÈRE 51

plus formidables des armées et ce, malgré la crise do l'acier,


— c'est certainement grâce à la Commission que les pro-
jectiles d'artillerie lourdo on fonte aciéréc purent suppléer
au déficit des projectiles on acier et alimenter en particu-
lier les batteries do la défense de Verdun, —ses efforts
pour donner aux fabrications do l'aviation leur Indispen-
sable développement, ses efforts pour faire décider la fabri-
cation dos premiers tanks, des derniers obus do 78 a profil
rectifié qui permirent d'augmenter considérablement la
portée do notre matériel do campagne, ses efforts pour
conjurer la crise des affûts — on nvalt lié les fabrications
tube cl frein ; on n'avait pas songé aux affùls.
Je voudrais nommer ici louslcs collègues qui, avec tant
do perspicacité et do volonté, furent, sans distinction do
parti, les bons serviteurs de l'armée: Clémenlel, Raoul l'é-
ret, André Lcfèvre, Charles Dumont, Lebrun, Renard,
Darlac, Béiiazet, Aubriot, Roné Bcsnard, Raibcrti, Paul
Moral, Jacques-Louis Dumesnil, do Korguézec, Daudry
d'Asson, Marin, Denais, Nouions, Damour, Daniel-Vin-
cent, GroUssicr, Henry-Simon, Dcdouce, Long, Noèl,
Bienaimé, Piou, Ajam, Brousse, André liesse, Varentie,
Compère-Moral, Monestier, Dcnys Cochin, Abel, Siegfrcd,
Vaillant cl combien d'autres que jo m'exciiso de no pas
citer. 11 faudrait reprendra la liste do tous ceux qui firent
partie do la sous-commission des armements — compre-
nant des représentants, des commissions de l'Armée et du
Budgeldo la Chambre ou do l'îiilcrconiinlssion des arme-
ments— car Sénat et Chambre so rapprochaient en des
conversations périodiques, sous la présidence fréquente do
Doumer, afin do donner do l'unité et de la force à leurs
résolu lion s,
62 DE LA GUERRE A LA PAIX

DESVS COCUIN ET VAILLANT.

A l'une dos réunions delà sous-commission des arme-


ments, jo mo rappelle un incident bien curieux: on y
expose que, les Allemands usant do gaz asphyxiants, pour
ne pas être on état d'infériorité, l'armée françaiso sera éga-
lement pourvue d'engins analogues; un do nos collègues
s'émeut à l'idée do suivre un pareil exemple ; un autre
do demander avec passion: t Est-ce que c'est bon?» et
d'ajouter : «Si c'est bon, il faut en faire. » Celui do nos
collègues qui montrait cette bello ardeur, c'était Vaillant,
le regretté Vaillant, socialislo révolutionnaire qui, blart-
quislo convaincu, considérait toujours au premier plan les
intérêts de la patrie. L'autre qui hésitait, c'était Deriys
Cochin, dont nous déplorons également la perle, mais à
qui son coeur do chrétien sincère infligeait uno doulou-
reuse criso do conscience. Ces doux attitudes — inatten-
dues h priori, mais logiques à la réflexion — honorent
l'un etl'oulro.

LE 188 fc. FILUOUX.

Pour mieux indiquer qu'elle recommandait ineftmment


telle ou tollo catégorie do fabrication, la commission allait
même jusqu'à inscrire dos crédits d'office,
Parfois, comme potirlc 188 L. Fitlioux, alors quo l'admi-
nistration, effrayéo en quelque sorte de la tâche h entre-
prendre ou de la dépense U faire, craignant quo la guerre
no fût terminée avant que les fabrications commençassent
à rendre, hésitait h mettre le matériel en commande, la
commission du Budget intervenait justemehl par l'inscrip-
tion d'office d'un crédit, forçant ainsi la main et marquant
L'ACT10N*AU FRONT ET L'ACTION L'ARRIÈRE
A 63
.

sa volonté do ne voir négliger aucuno chance d'accroître


utilement la puissance de combat do nos troupes,
N'est-ce pas dans un rapport do Raiberti — aujourd'hui
Ministre de la Marine sur les crédits do l'artillerie pour

lo troisième trimestre 1916 que l'on peut lire :
« Lo Conseil supérieur do la Défenso nationale a accepté
cette proposition, et 180 matériels do 14.8 ont été mis en
commande, mais il faut regretter qu'on n'ait pu donner
suite aU projet de commando du 188 L. Fillioux qui repré-
sente le type lo plus parfait de la pièce d'arlillerio lourde
en co moment. En même temps quo rétablissement do
Ruelle construira les 14, l'administration do la guerro
devra poursuivre par tous les moyens possibles la réalisa-
lion du 188 L. Fillioux. Volro Commission l'y invito for-
mellement, et, pour donner à cette invitation un caractère
impératif, tout on accordant lo crédit do 1 million de-
mandé pour la fabrication du matériel do 14, décidée
postérieurement au dépôt du projet do budget, cllo main-
tient le crédit de 2 millions primitivement demandé pour
commencer la fabrication du matériel Fillioux. »
11 fallait d'ailleurs, plus particulièrement ici, vaincre
l'inertio do l'administration; car, au trimestre suivant, la
Commission ajoutait encore d'office, dans les prévisions
du Gouvernement, un crédit do 2 millions pour la mômo
fabrication « regrettant profondément qu'cllo n'ait pas
été entreprise plut tôt, et affirmant sa volonté do la voir
intensifier par tous les moyens possibles. »
Et seuls ceux qui savent quels services précieux lo
188 L. Fillioux a rendus, notamment comme canon do
poursuite, dans ces journées do septembre et d'oc-
tobre 1918 où nos armées avaient enfin la joie do voir
fuir l'ennemi sous leurs coups, peuvent apprécier à sa
juslo valeur lo servico rendu en 1916 par la Commission
84 DE LA GUERRE A LA PAIX
du Budget à la défense nationale en contraignant l'admi-
nistration militaire à fabriquer lo matériel Fillioux,

!/ACTION AU FRONT,

Pour compléter l'action sur place, les délégués do la


Commission du Budget et en particulier son président so
60nt rendus à plusieurs reprises auprès des armées en
opérations, principalement pour y étudier les grandes
questions du matériel.
Ces missions inconnues du public sont un des éléments
les plus intéressants do l'action do la Commission,
Co qu'il faut noter tout particulièrenient, c'est quo les
combattants, les officiers du front, après avoir marqué
parfois un niomont d'hésitation à l'arrivée dos délégués du
Parlement, no tardaient pas, en so rendant compto do
l'esprit qui les animait et du but qu'ils poursuivaient, à
se trouver on pleine confiance. Tous, du lieutenant au
général, voyant quo lo but poursuivi était do les aider, do
connaître leurs besoins, do hater les fabrications do maté-
riel dont l'absenco les gênait parfois cruellement, s'em-
pressaient d'exposer leurs desiderata et de fournir uno
documentation précieuso,
U est aisé do comprendre combien utile pouvait être
l'action dos délégués. Sans douto les besoins des armées
étaient connus, évalués par les généraux en chef, et portés
par eux à la connaissance det organes do l'intérieur char-
gés do les satisfaire. Mais en fait et parla force des choses,
deux administrations se trouvaient réellement en présence,
celle du front, celle de l'intérieur, trop souvent sans)jafson,
sons contact.
Chacune de ces administrations éfajf. (ente, toUrdo h
L'ACTION AU FRONT ET L'ACTION A L'ARRIERE M
manier, en raison des quantités d'hommes cl do matériel
quo chacuno avait à mettre en couvre.
Qui no voit lo rôlo quo pouvaient jouer les délégués do
la Commission du budget, habitués à aller dans tous les
corps et dans tous les services, sous la seule réserve do no
pas gêner les opérations militaires, et venant ensuite por-
ter à la connaissance du Gouvernement et des organes do
l'intérieur lo résultat do leurs investigations, stimulant
les bureaux, les pressant afin que satisfaction soit donnée
sans délai aux besoins essentiels des armées ?
Il faut d'ailleurs ajouter quo co coulrôlo parlementaire
s'élevait, du fait mémo do la qualité'do'ceux qui l'exer-
çaient, à un niveau auquel personno autre n'eût pu lo
porter, Au-dessus des questions do matériel, même prises
dans leur cnsemblo lo plus général, c'était la situation dos
armées, leur moral, sur lesquels los délégués au contrôle so
renseignaient, so documentaient et rapportaient au Parle-
ment, au Gouvernement, des éléments d'appréciation d uno
valeur considérable.
Les rapports qu'ils ont rédigés ont, depuis la guerre,
paru au Journal officiel. Qui donc les a lus?

NOBLE LANGAGE DE PETAIN,

Ce qu'on n'y trouverait pourtant pas, co sont les paroles


mêmes des grands chefs qui nous accueillaient avec uno si
entière confiance, Jo mo souviendrai surtout do l'entretien
bref, impressionnant, avec lo général Pétain, lo 24 avril
(9l6, à son Quartier général do Souilly, près Verdun. Alors
quo la deuxième arméo supportait tout lo choc do l'offen-
sive allcmando, lo général Pétain dit à Charles Dumont et
a moi avec cetto force persuasivo qui l'anime î
65 DU LA GUERRE A LA PAIX

< J'ai une tâche très pesante : nous sommes nettement


inférieurs à l'ennemi en ce qui concerno l'artillerie lourde.
Dans ces conditions, prendre l'offensive est tout à fait diffi-
cile et conduirait probablement à un échec, Quiconque
affirmera le contraire se trompera, mémo si c'est le plus
grand chef militaire. Vouspourriez lui dire qu'il n'y con-
naltrion,
« Je suis do ceux qui ont lo plus combattu depuis lo
début de la guerre, j'ai créé dos méthodes d'attaque; je
peux donc parler en connaissance de cause ; tant quo nous
n'aurons pas la supériorité en artillerie, nous attaquerons,
mais nous* prendrons des tapes, »
A notre retour à Paris, Charles Dumont et moi deman-
dions à voir d'urgenco le ministre de la Guerre, lo géné-
jial Roques,

CELUI DE ROQUES.

Au cours do notre entretien avec lo minisire de la Guerre,


le 28 avril, alors que, nous inspirant des vigoureuses
paroles de Pétain, nous lui faisions remarquerqu'il pourrait
être dangereux de prendre une offensive avant d'avoir lo
matériel nécessaire d'artillerie lourde à tir rapide, court et
long, avec ses munitions,, le général Roques nous a
demandé si la situation financière devrait précipiter l'offen-
sive..' «V
;"':;-/-
J'ai répondu avec vivacité en demandant du ministre do
me donner acte des paroles que je prononçais ès-qualité :
c Je ne sais pas si antérieurement on a pris une offen-
sive pour des raisons d'ordre politique : mais, prendre une
offensive pour des raisons d'ordre financier serait plus
qu'une faute. Je le dis nettement, une offensive financière
L'ACTION AU VRONT ET L'ACTION A L'ARRIÈRE 57

serait criminelle. Seules, des considérations d'ordre mili-


taire doivent être déterminantes. »
C'est en ces tormos quo jo rendis compte à la Commission
du Budget, ainsi quo lo constatent nos procès-verbaux,
M. Louis Marin, l'ancien rapporteur général, toujours
ardent, voulut bien dire : c U y a lieu de signaler que la
Commission approuve à l'unanimité la déclaration do son
président », qui fut chargé, d'ailleurs, do remettre un
extrait du procès-Yerbal à qui de droit, au chef do l'Etat, au
chef du Gouvernement, aux ministres de la Guerro et des
Finances,
,

ET CELUI DE FBANCIIET D'ESPEREY,

Un autre jour, après les malheureuses offensives Nivelle


d'avril et de mai 1917, Charles Dumont et moi, toujours
investis des pouvoirs de contrôle que nous donnait la loi, et
accompagnés d'un contrôleur do l'armée, Guinand, qui a
été un des meilleurs serviteurs de la nation aux armées,
nous procédions à des investigations qui nous amènent à
cetto constatation (Voir le Journal officiel du 10 dé-
cembre 1919) :
< Il ne nous appartient pas de jugerles opérations conçues
avant le repli Hindenburg qui ont été tentées, en profon-
deur insolite, sur le terrain lo plus difficile, par un temps
défavorable, après écriture sur le solt des préparations,
avec une artillerie insuffisante, sans la matlrise do l'air. »
Nous nous étions rendus le 6 mai à Merval pour voir le
général Maistre, — dont la mort récente est une perte sen-
sible pour le pays, — qui commandait la 6* armée.
,
Nous attendions devant la porte de la petite maison où
il travaillait, sur une place encombrée de voitures, de cava-
liers, et allions être reçus, lorsqu'une automobile ornée
6S DE LA GUERRE A LA PAIX
d'un fanion tricolore arrive, conduisant lo général Franchot
d'Esperey, U qui so trouvait confié lo commandement du
Groupe d'armées,
Jo m'approcho, mo fais reconnaître, présento Charles
Dumont, indiquo brièvement les raisons do notre présence
et m'efface dovant Franchet d'Esperey pour qu'il puisso
pénétrer en premier chez lo général Maistre, lorsque publi-
quement, il nous dit, alors que nous no lui demandions
rion :< Ah ! moi, jo suis lo syndic do la faillite »
D'autres chefs avaient d'autres sentiments ; nous lo
montrerons plus tard, tout spécialement encore à propos
do Pétaiu et aussi do Gouraud,
CHAPITRE VU
LA COMMISSION DU BUDGET

Si lo conlrôlo accompli par la Commission du Budget fut


souverainement utile, dans les autres domaines, lo finan-
cier, l'économiquo, qui sont plus spécialement les siens,
qu'a-t-ello donc fait?
Nous étions quelques-uns a penser et à annoncer quo la
guerro serait longuo ; aussi réclamions-nous uno politique
fiscalo appropriéo à celto éventualité, Déjà lo rapporteur
général do 1918, notre si regretté collèguo Métin, peut-il,
lo 18 juin, conclure son exposé sur les douzièmes provi-
soires du troisièmo trimestre en écrivant : « L'Angleterre,
l'Allemagno ont fait des efforts. La Franco, au contraire,
quant aux voies et moyens, n'a rien fait et j'en ai exprimé
mes regrets au ministre des Finances, Il faut lui demander
quel est son plan financier. » « Nous vivrons commo nous
pourrons, » répond, lo 22 juillet, M. Ribol, qui, lo mois
suivant, intervertissant trop habilement les rôles, so
retourne vers la Commission et lui demando son pro-
gramme au lieu d'apporter celui du Gouvernement, Clemen-
tel et Métin ne sont pas embarrassés par cette procédure
inaccoutumée et n'hésitent pas à donner des précisions
que je no puis reproduire intégralement ici.
W OB LA GUERRE A LA PAIX

RÉDJCTION DES DÉPENSES,

Mois rion qu'en ce qui concerne la réduction des dé-


penses à l'intérieur du pays, ou nom de leurs collègues, ils
apportent, le 13 août, d'importantes directives que, mal-
heureusement, le Gouvernement ne fit pas siennes, Qu'on
en juge aujourd'hui impartialement :
« i' Pour Jo passé, revision do tous les contrats, en vuo
delà réduction des bénéfices exagérés, par uno Commis-
sion que nous demandons de constituer dans lo plus bref
délai, et qui a notre sens, devrait être composée d'inspec-
teurs des finances et de membres do la Cour des comptes,
munis des pouvoirs d'enquête les plus étendus. Les tra-
vaux de cette Commission seront communiqués aux sous-
commissions de la Commission du Budget, qui s'occupent
dès maintenant de l'examen des marchés,
2° Pour l'avenir,^.limitation des bénéfices do tous les
titulaires de marchés de l'Etat ;
3' Limitation des salaires de tous les ouvriers travail-
lant pour les fournitures de l'Etat ;
4* Suppression progressive de tous les intermédiaires
entre l'Etat et les fabricants et transfert de leurs marchés
aux véritables producteurs ;
8* Interdiction absolue, sauf autorisation spéciale préa-
lable, des sous-traites; groupement des petites com-
mandes, soit par les soins des services compétents, soit
par les soins des organes corporatifs existants ;
6* Meilleure utilisation des matières premières et du per-
sonnel dans les établissements de l'État et dans l'industrie
privée;
1* Réduction des dépenses d'administration, aussi bien
dés départements et des communes que de l'Etat j
A LA COMMISSION DU BUDGET 61

8* Généralisation do la réquisition des denrées, toutes


les fois qu'ello sera plus avantogeuso quo les marchés do
gré à gré, avec réglementation du fonctionnement des com-
missions do ravitaillement qui devront so tenir dans los
limites des prix maxima et minima fixés périodiquement
par le ministre ;
9' Réquisition des usines et des industries et exploi-
tation en régio directo ou en régie intéressée, toutes
les fois qu'il peut en résulter uno réduction de dé-
penses. »
En matière d'emprunt, quelles vues prévalaient rue de
Rivoli? Le 10 novembre 1918, lo ministre déclare: < Nous
devons, attirer les souscripteurs; la politique la meilleure
me parait être do faire largement les choses. » Au lende-
main de la Marne, au surplus, le souscripteur ne pouvait-
il pas être sollicité sans que M. Ribot, qui attendit toute
uno année, ait eu besoin de faire si c largement » les
choses? Cette même largesse, on la retrouve chez lui,
lorsquole Crédit Foncier viont, au début de 1917, solliciter
uno autorisation d'emprunt. C'est M. Ribot qui l'oblige'a
recourir au taux effectif do 6*/., taux quo l'on eut tant do
peine à réduire après lui,
Faisait-il mieux dans l'ordre fiscal? A la fin de mars 1916,
nous pouvons dire : c Dopuis vingt mois, on n'a rien
demandé au pays ; on se contente d'ajourner lès difficultés. »
Et c'est sur l'initiative acharnée de la Commission du Bud-
get que, près de trente mois après le début de la guerre,
la Chambre s'associe à notre doctrine formulée avec
force par Raoul Pérct, qui fut un éminent rapporteur
général: c Uno idée doit nous préoccuper: la nécessité
d'avoir des ressources permanentes pour le service des
emprunts. »
6î DE LA GUERRE A LA PAIX

LE rÈtlE DES DONS DE LA DÉFENSE,

Uno sculo idéo hcureuso à notor, 1res heureuse pour lo


Trésor, pendant touto cetlo longue périodo, cello do co
brave Alfred Neymarck, aujourd'hui disparu, l'inventeur
des bons do la Défcnso nationale Encore faut-il quo leur
miso on oeuvre contienne uno singulière anomalie, corrigée
beaucoup plus tard : on servait lo même intérêt aux bons
à six mois et aux bons à un an I
M, Ribot eut néamoins lo bénéfieo do l'invention, tout
commo Améric Vcspuco ; mais Noymarck avait été lo Chris-
tophe Colomb, M. Ribot signa l'oeuvre qu'il n'avait pas
écrito, Peut-être en avait-il l'habitude ; car nous ne fûmes
pas médiocrement étonnés lorsqu'un jour nous l'enten-
dîmes, h la Commission du Budget, répondre à l'un d'entre
nous qui lui reprochait d'avoir écrit certaino lettre : c Ah I
non, cette lettre, jo no l'ai pas écrito ; jo l'ai signée, »
Qui donc, parodiant Blaiso Pascal, l'avait surnommé c un
roseau parlant? » N'cst-co pas M. do Froycinet ?
En résumé, aucun effort gouvernemental pour la réduc-
.
tion des dépenses à l'intérieur, aucun effort gouvernemen-
tal vers l'impôt, aucun effort gouvernemental pour mainte-
nir un taux raisonnablo du loyerdo l'argent, (elles sont les
caractéristiques négatives do la politiquo financière dos
deux premières années delà guerre ; serait-il injuste do dire
quo celto politique n'a pas été sans conséquences sur les
années qui ont suivi?

LE RÉGIME DES RESTRICTIONS.

La Commission, elle, continuait à faire preuve do clair-


voyance. Elle demande, le 28 juillet 1916, s'il no con-
A LA COMMISSION DU RUDGET 63
viendrait pas do prendre des mesures t pour empêcher
l'importation do certaines marchandises qui no paraissent
pas actuellement indispensables ; pour réduire l'usago des
produits quo nous sommes obligés do demander h l'étran-
ger; pour augmenter, chez nous, los productions du sol
national et colles do l'industrio ; pour diminuer les sur-
charges qui pèsent sur nos finances par l'accroissement du
fret et du chango dont lo prix s'élève chaquo jour, du fait
des commandes privées, commo do colles do l'Etat ; pour
solder dans les meilleures conditions nos achats à l'étran-
ger. »
C'est encore sur l'inilialivo do la Commission du Budget
en 1918 quol'utilisationdes forces hydrauliques delà Franco
fut enfin poursuivie au cours do l'année 1917 et réaliséo
en 1919. Celte question vilalo avait retenu notre attention
dès quo la Franco avait commencé d'éprouver des difficul-
tés pour son ravitaillement en charbon, par suite des crises
du fret et des transports,
Lo principal motif du faible développementdo la houillo
blanche était l'incertitude du régime des entreprises. Il y
fut remédié grâco aux efforts rapides d'une Commission
cxlra parlementaire dont M. Ribot voulut bien, lo H mai
1917, mo confier la présidence. En dix-huit séances, du
23 mai au 20 juillet 1917, un projet était mis biir pied,
ménageant tous les intérêts, conciliant les départements
ministériels alors en rivalité — Agriculture et Travaux
publics —et ralliant la quasi-unanimité des membres do
la Commission. Co projet est devenu la foi du 16 octobre
1919, après dos modifications qui n'ont pas altéré les
caractéristiques essentielles des travaux préparatoires,
Ainsi, en moins do deux mois, des hommes do volonté
avaient pu s'accorder pour uno tâcho essentielle, et j'invo-
querais aussi bien lo témoignage de Bedouce, mon ancien
M DB LA GUERRE A LA PAIX
collègue socialiste, que celui d'Henry Berthélomy, l'émi-
nent doyen actuel do la Faculté do droit de Paris.
Serait-ilvrai de dire qu'à la Commission du Budget, absor-
béo par tant do besogne, on no faisait jamais do politiquo?
Personne no le croirait. Mais était-ce faire de la politique
que de s'insurger contre le fameux projet des décrets-lois
qu'Aristide Briand avait eu l'étrange idée do présenter le
14 décembre 1916, et de vouloir faire voter d'extrême
urgence le lendemain, Je reçus lo mandat, qui me fut con-
fié U l'unanimité, de combattre a la tribune — ce que je fis
une telle mesure qui constituait la négation mémo des

droits du pays, particulièrement en matière financière, les
élus du Parlement ayant seuls lo droit de consentir l'impôt.
Jamais législation semblable n'avait été proposée, même
en 1881. L'o projet échoua lamontablement.

LA LUTTÉ CONTRE L ESPIONNAGE,

Etait-ce faire de la politique que de se préoccupor, en


mars 1916, de la bonne exécution des services de Sûreté
nationale et do posor au président du Conseil une question
pour savoir — « après des explications, sur certains points
incomplètes et graves sur d'autres, du ministre de l'Intérieur
de l'époque » — si Aristide Briand répondait de la bonne
exécution de ce service, d'une importance capitale, pour
lequel la Commission votait les augmentations do crédits
affésents aux dépenses secrètes ?
On avait eu raison de les augmenter, ces crédits indispen-
sables trop parcimonieusement accordés avant la guerre,
Jamais un Gouvernement n'eût dû accepter une réduction
à leur sujet. Nous n'étions pas à égalité do jeu, ni de forco
avec l'ennemi d'hier. Il dépensait h tour do bras pour ses
A LA COMMISSION DU BUDGET" Ci
servicos d'espionnage en Franco ; et nous, quels piètres
moyens pouvions-nous employer!
Ainsi, jo me rappelle, en 1913, la visito que mo fil,
lorsquo jo dirigeais le ministère de l'Intérieur, un préfet
placé h la tôto d'un département frontière. Il m'avait
demandé un rendez-vous spécial ; il vint mo dire: « Les
Allemands dépensent un argent considérablo dans mon
département ; pour quo jo sois renseigné sur leurs agisse-
ments, la Sûreté générale mo donno uno somme insuffi-
sante quo jo vous demando d'augmenter. » — « Combion
avez-vous par mois? » dis-jo à mon tour, — « Cont cin-
quante francs. » — < Combien voulez-vous? » Et alors
quo jo m'attendais à un gros sacrifico nécessaire,j'entendis
lo préfet mo répondre timidement : c Le doublo ! »
Pauvre hommo I Pauvre service !
Et c'était moins d'un on avant la guerre prémédiléo par
l'AHemagno, c'était quelques semaines après les atterris-
sages en avril d'un dirigeable militaire ollemand à Luné-
ville, d'un aéropiano militaire allemand à Arracourt et des
incidents do la gare de Nancy,
A-t-on perdu lo souvenir do toutes ces opérations où l'Ai-,
lemagno tentait des épreuves sur le sang-froid, la dignité
et la fermeté do la Franco ? Le ministère Barthou sut avoir
l'atlitudo qui convenait : mais quel malaiso j'éprouve encore
lorsquo jo mo rappelle l'incident suivant I

LE SOUS-IRÈFET DE LUNIÎVILLE.

Un dirigeablo allemand ayant atterri sur lo Champ-dc-


MarsdoLunévillo, lo 3 avril 1913, à deux heures do l'après-
midi, les ministres compétents s'étaient réunis sous la pré-
sidence do Barthou, au ministère de l'Instruction publique,
6UERRE ET PAIX 5
66 DE LA GUERRE A LA PAIX

pour déterminer la voio qui devait être suivie. L'incident


était sans précédent. Fallait-il lui donner un caractère admi-
nistratif, judiciaire, militaire, technique ou diplomatiquo ?
Notre délibération ayant été suspendue par la rechercho
d'un document au ministère des Travaux publics, je fis
demander vers les 7 heures du soir, ou téléphone
lo préfet do Mourtho-et-Mosello, parles soins du meilleur
des directeurs do la Sûreté quo j'aie connus, lo regrelté
' Pujalet. Ce dernierrinterrogoa poursavoirco qui so pas-
sait ; lo préfet était peu au courant et ne s'inquiétait que
d'une chose :1a délibération des Ministres allait-elle bientôt
prendre fin ? Il voulait lo savoir à causo do son dîner, la
salle à manger étant, disait-il, assez distante de son cabinet,
Je résolus immédiatement de faire quitter à ce singulier
préfet — placé à Nancy, on première ligne — l'adminislra-
tion préfecloralo et jo recherchai directement des rensei-
gnements auprès du sous-préfet de Lunévillo qui,avec uno
correction parfaito, mo les donna et remplit son dovoir à
merveille. Je décidai de nommer préfet co bon fonction-
naire dans lo même mouvemont où lo préfet de Meurthe-
et-Mosello sorait remplacé, J'informai aussitôt do mon
intention M, Barthou qui so déclara d'accord avec moi,
A un Conseil qui suivit, j'avais pris la parolopour expo-
ser les modalités du mouvement préfectoral, lorsquo la
porto s'ouvrit; un officier do la Maison militaire venait
prévenir lo Président do la République qu'on appelait au
téléphone Piclion — qui détenait alors lo portefeuille des
Affaires étrangères avec une grande Sagacité
— pour
uno communication de son cabinet, J'interrompis la
mienne jusqu'au retour do Pichon, dont la présence
m'était indispensable, Quand il revint, il annonça aussitôt:
«
Il parait quo l'Ambassade d'Allemagne fait connaître que
son Gouvernement apprendrait avec déplaisir la promotion
.'A-LA COMMISSION DU BUDGET'' 67

du'sous-préfet do Lunévillo. » Sans dire un mot, je tendis


aussitôt au Président do la République le décret qui appe-
lait'M, Lacombo à uno préfecture ; sans'dire.un mot,
M, Poinearé y apposa aussitôt sa signature. -.-•''
Mois commo ces gens étaient bien renseignés ! Quello
audace était la leur ! C'était là uno nouvelle épreuve dyna-
inomélriquo dont nous nous tirantes à notre avantago.
-
Pendant qu'ils disposaient do si redoutables moyens
d'action, nous avions, nous, uno Sûreté généralo incapable
non seulement do rivaliser avec eux, mais do so défendre ;
trop souvent, ello n'a été qu'une façade,', principalement
par manque do ressources. 11 y faudra remédier.
CHAPITRE VIII

CONSTITUTION DES MINISTERES


PAINLEVÉ ET CLEMENCEAU

Lo Cabinet Ribot n'avait franchi qu'à grand'pcino lo cnp


do l'été ; pendant les mois do juin et.juillct 1917, nous
nous étions efforcés do lo tenir h bras tondus: il manquait
de disparaître sur do minuscules incidents. Ladémissiondo
Malvy, à la fin du mots d'août, offrit au chef du Gouver-
nement une occasion qui lui sembla heureuse do redonner
du corps et do la vio à son Ministère.

UN MINISTliRB DE LA RECONSTITUTION NATIONALE.

U fit appel à do nouveaux concours : j'avais cru dovoir,


parce qu'insuffisamment préparé, refuser lo portefeuille
des Travaux publics, lorsqu'il avait, en mars, constitué son
cabinet : il me fut impossible en celte nouvelle occurreuco
de m'abstenir ; car M. Ribot me demandait do prendre en
mains la Reconstitution nationale et créait un nouveau
ministère chargé do celto formidablo besogne, devant
laquelle un représentant ou Parlement des réglons en-
vahies no pouvait se dérober. Je lui promis mon concours,
BOUS cette condition qu'une sorte do conseil économique,
composé dés ministres compétents, serait constitué sous ma
CONSTITUTION DES MINISTÈRES' 69

présidence. A la reconstitution nationalo devaient étroite-


ment collaborer les ministres du Commerce, do l'Agri-
culture, des Travaux publics, dos Finances, do l'Intérieur,
des Colonies, du Travail: à quelles déceptions eussent con-
duit les efforts d'un ministre delà Rcconsiitulion nationale,
privé do tous services administratifsconstitués, s'il n'avait
pris la préalable précaution do faire tomber les cloisons
élanchcs, d'établir l'unité do vues, de décision, pour déter-
miner l'action. Les résolutions prises par co Conseil deve-
naient exécutoires et chacun do ses membres devait assu-
rer la réalisation des mesures élaborées et adoptées en
commun. Co système ne fut jamais mis en application,
parcoque, quelques heures après qu'il fut conçu, lo second
Cabinet Ribot s'effondra sur lo soir sous les coups vigou-
reux d'un do ses membres, Albert Thomas, qui prétoxta
diverses raisons politiques pour so retirer, à la dernière
minute, suivi avec empressement par Painlové, ministre do
la Guerre.
M. Ribot put ainsi contrôler celto vérité politiquo quo
seul un Cabinet fort peut êlre remanié sans danger,

LE CIIAT-ELET D'ALBERT THOMAS,

1,0 soin de constituer lo nouveau Ministère fut natu-


rellement confié à Painlové qui, aussitôt, demanda à son
chef d'hier do rester aux Affaires étrangères. Au sur-
plus, il tenait à conserver la Guerre où, à cause de la
flamme palrioliquo qui l'animait, il avait conquis la con-
llatieo do beaucoup, tant au Sénat qu'à la Chambre!
Albert Thomas voulait tout justement l'un de ces deux
portefeuilles. Il avait certes promis son concours à Pain-
lové, qui recrutait avec soin ses collaborateurs et n'avan-
70 DE LA GUERRE A LA PAIX
çait qu'assez lonlcmcnt dans ses démarches. Or, au mo-
ment où la naissanco du Cabinet semblait probable, uno
Bcèno épiquo so déroula dans un des bureaux du minis-
tère de la Guerro où étaient réunis les principaux colla-
borateurs de Painlové,
J'ai assisté à boaucoup do scènes analogues ; j'en ai vu
d'amusantes, de pittoresques, de médiocres ; jo n'ai rien
retenu d'aussi extraordinaire, d'aussi troublant. Au mo-
ment do l'attribution des portefeuilles, Albert Thomas,
qui s'était tenu en contact permanent avec lo groupe
socialiste, avançant uno forto mâchoire, fit connaître ses
prétentions. Il lui fallait présider à nos relations exté-
rieures, sinon il so retirait, entraînant dans sa rctraito
Aloxandre Vnrcnno, qui devait dovenir ministre de l'Ins-
truction publique, et il reprenait sa liberté politique ainsi
quo celle do ses amis, Pendant qu'il parlait avec des mou-
vements fébriles, lo visago congestionné, la chovoluro
agitée, U avait sorti, on ne sait d'où, un chapelet, oui, un
chapelet oriental, dont les grains étaient formés do petites
pierres, chapelet qu'il égrenait sans cesse, comme s'il eût
accompagné chaque, gosto d'un Pater ou d'un Ave. Il pro-
duisait l'effet d'un moujik devant lo Kremlin. Il faisait un
bruit prodigieux et, au cours do cetto scène étrange et
déplaisante, parlait seul comme un illuminé. L'impression
qui domina chez les spectateurs fut qu'Albert Thomas
élait doué d'un formidnblo appétit — ce quo du roslo
l'avenir no démentit point. Etait-ce d'avoir parlé on fran-
çais à des révolutionnaires russes, d'avoir été embrassé
par des popes qui no lo comprenaient point, d'avoir été
grisé par los flatteries do quelques gros patrons, qui lui
donnait celle frénésie? Quoi qu'il en fût, le Kremlin, plus
exactement l'cnceinto murée du Quai d'Orsay, ne s'ouvrit
point : Painlové — qu'on dit h tort indécis — ne céda
CONSTITUTION DES MINI8TÈRES 11

pas, constitua son Cabinet quand même, passant outre à


la défection des socialistes dont il était politiquement
si rapproché. Avec Albert Thomas disparut Alexandre
Varenno qui regardait avec tristesse cet effondromont, non
par simple ambition porsonnello — ce qui eût pourtant
été légitime — mais parco qu'ayant plus d'intelligenco
que Bon collègue, il sentait qu'uiio fauto était commise on
pleine guerro contre l'union nationale et que lo parti socia-
lislo allait à nouveau se retrouver, par sa seule intransi-
geance, dans son superbe isolement.

ON DÊOARQUlî M. RIBOT.

Lo Cabinet Painlové n'eut qu'une existence éphémère do


deux mois au cours do laquelle, après cinq semaines,
M. Ribot fut, un beau soir, démissionnaire sans lo vouloir.
D'assez factieux incidents à la Chambre, on particulier
aveo Aristide Briand, avaient rendu sa position intenable,
Il ne le comprit pas ou feignit do no s'en point douter ; et
commo il no so déterminait pas à offrir sa démission au
cours d'uno sorlo do Conseil do Cabinet tenu dans la soi-
rée au ministère do la Guerre, il fut décidé que lo Cabinet
tout entier s'en irait, On rédigea donc uno lettre do démis-
sion que signèrent tous les minisires présents ; certains
d'entre eux s'engagèrent même pour les absents; uno
dernière signature manquait au bas du document, celle
justement de M. Ribot; assez tard, il finit par s'asseoir
dans un fauteuil devant la loblo où s'étalait la lellro fatale
cl lentement mit son parapho en disant: « 11 est bien
entendu quo nous sommes tous démissionnaires, » —•
t Mais oui, mats oui, » clama-l-on avec force. Et le papier
portant les signatures s'envola vers l'Elysée. M. Ribot ren-
W... DE LA GUERRE A LA PAIX
tra mélancoliquement chez lui. Cependant a l'Elysée, on
priait Painlové—qui n'avait pas été mis en minorité devant
le Parlement — de constituer un nouveau Cabinet* Il
accepta dans la nuit môme, reprit ses anciens collabo-
rateurs, sauf un, et pourvut à la désignation d'un nou-
veau ministre des Affaires étrangères, Barthou, alors
ministre d'Etat, accepta sans déplaisir la succession do
M. Ribot.

CLEMENCEAU AfPAIlAtT.

Lorsque un mois après, Painlové disparut un sombre


après-midi, sous uno chiquenaudo do Marcel Scmbal, il
apparut quo Clemenceau était l'homme iudisponsabto. On
aurait surpris beaucoup d'hommes avertis do la politiquo
si, quelques mois avant, au soir do l'interpellation au Sénat
do Clemenceau sur Malvy,bn eût affirmé qu'il so rappro-
chait du pouvoir; mais si grande est la force do l'action
h de certaines époques que l'insuccès passager prépare
les éclatantes revanches d'un prochain avenir I Comment
se faîl-il que lo nom do Clemenceau fut, au cours des
consultations du chef do l'Etat, prononcé par le plus
grand nombre, mémo par ceux dont il n'était point l'omt ?
C'est parce qu'il représentait la Volonté, Après les ten-
tatives gouvernementales antérieures, en présence des
événements graves do la guerre, il fallait confier à un
homme comme lui les destinées do la nation. Peut-être
aurait-on pu y songer plus lôtl Pourquoi avait-oh attendu
la quatrième année des hostilités pour mettre celte force
on oeuvra ? Eluit-co pourtant la première fois qu'on y
songeait?
CONSTITUTION DES MINISTÈRES 73


-M. .KALLIÈRES Et lAlNtON SACRÉE.

Un souvenir se présente à mon esprit qu'il mo faut conter.


En 1911, en pleine crise franco-allemando d'Agadir, au
cours du mois do septembre, un Conseil des ministres
so tint à Rambouillet. Lo Président do la République avait
gardé à déjeuner les mombres du Gouvernement, Après lo
repas, M. Fallières sortit dans lo parc et s'entretint avec
quelques-unsde ses convives. Puis il mo prit lo bras, m'en-
tratna pour fairo uno courte promenade et mo tint un lan-
gago quo jo n'ai jamais oublié, tant il avait do sagacité et
do noblesse. Il commença par mo dire ses appréhensions
sur la situation, qui s'était aggravée depuis quelques jours,
et envisagea l'hypothèso où l'Allcmagno nous contraire
tirait à une mobilisation. En présence de celto rcdoulablo
éventualité, M, Fallières mo dit: < Si on nous déclare la
guerre, jo commencerai par demander au Ministère do mo
remettra sa démission, Jo n'ai pas appelé M, Cailloux à la
présidence, du Conseil pour lo temps do guerre. Il a été
choisi à cause d'un étal politique du temps do paix, H
devra pourtant rester dans lo nouveau Cabinet et — jo liens
h vous en aviser amicalement tout do suite — jo désire
qu'il pronno alors les Finances, où il vous a précédé : il est
d'ailleurs voire chef actuel et pareille situation n'a rien do
désobligeant, d'autant plus quo jo compto vous voir rester
dansto Cabinet, au Ministère du Commerce, pour lequel
vos anciens travaux a la Commission des douanes vous
désignent si particulièrement, ajoula-t-il avec la bienveil-
lance excessivo dont il m'honorait. No croyez pas pourtant
quo les mêmes ministres restèrent. Dclcassé et un ou deux
autres exceptés, ils sont do bons ministres seulement pour
la paix, non pour la guerre, »
14 DE LA GUERRE A LA I»AIX

UN CABINET CLËMENCEAU-DÉROUliDE.

«Savez-vous ce que jo vois, co que jo veux? poursui-


vil-it avec chaleur. Vous allez être surpris ; je constituerai
Un Cabinet Clemehcoaû-DéroUlèdo : vous comprenez la
signification de cet acte ; plus do querelles do personnes,
plus do divisions, l'union de tous les bons citoyens pour la
défense de la patrie. A côté d'eux, dos républicains de
toutes nuances, pour quo tou3 les partis soient associés h
l'oeuvre commune. »
Mon émotion reste intense d'avoir crtlondu M, Fallières,
qui fut l'un de nos grands Présidents do la République, pré-
voir l'union sacréo et prononcer lo premier le nom do
l'homme qui sut « faire la guerre » el ramener la victoire
sous les couleurs françaises, Il avait suffi à M. Fallières de
laisser parler sa raison et son coeur: il possédait l'une et
l'autre. Pourquoi faut-il qUo l'on ait, à l'heure critique,
maintenu les choix du temps do paix et attendu trois lon-
gues années pour accomplir le geste décisifque M. Fallières
avait prévu et voulu immédiat?
CHAPITRE IX
POLITIQUE FINANCIÈRE INTERALLIÉE
DE GUERRE

J'avais à pelno pris possession des services do la rue


Rivoli, en soptembre 1017, que jo m'aperçus do la néces-
sité do ramener devant un Comité* siégeant à Paris les
questions financières soulevées par les accords financiers
interalliés et toutes autres. Je constatais avec plaisir que
notre Haut Commissaire à Washington partageait cette
opinion quo jo m'employais avec son concours à faire pré-
valoir,
Un incident assez curieux m'incitait au surplus à pour-
suivre la réalisation do co projet,
Un accord financier était intervenu à Londres, lo 28 juin
do la même année, entre mon prédécesseur, lo regrcUé
Thierry -~ qui fut alors désigné pour l'Ambassado
d'Espagne et mourut pou do temps oprès — et M, Bonar
Law, chancelier do l'Echiquier, également disparu aujour-
d'hui, Thierry so croyait tellement tenu au secret qu'il
n'avait pas intégralement communiqué ces documents,
confidentiels suivant la règle constante en la matière, à
notre Haut Commissaire à Washington. Quello no fut
pas ma surprise, lorsque j'appris par Tardieu quo la com-
munication do l'arliclo important do ta convention lui
avait élé faite par lord Ucading — aujourd'hui vice-roi
des Indes — qui avait été envoyé aux Étals-Unis» saiu quo
76 DE LA GUERRE A LA PAIX

sa mission ait été annoncée a la Franco ni officiellement,


ni mémo officieusement...
Sans douto n'avions-nous pas à cacher à nos alliés
américains, si ceux-ci avaient exprimé le désir do les con-
naître, des arrangements qui n'avaient été conclus, entre
les Anglais et nous, que pour la meilleure conduito do la
guerre commune; mais n'était-il pas tout à la fois con-
forme à l'usage et à l'intérêt bion compris du Gouverne-
ment britannique commo du Gouvernement français quo
celto communication no fût faite qu'après un accord préa-
lablo? Si la solidarité financière des Alliés eût réclamé
quo ces accords fussent confrontés, nous n'y eussions vu
que des avantages ; mais les trois ministres des Finances
des trois pays auraient eu alors h décider entre eux, tout
d'abord, dans quelles conditions celto confrontation pour-
rait avoir lieu.
Mieux encore, lord Roading, quelques jours après,
communiquait h notre Haut Commissaire un décompte
détaillé do nos achats quo nous no cessions do réclamer
a la Trésorerie britannique sans succès I Je profitai do co
nouvel incident pour hâter l'institution h Paris do la Com-
mission financière au sujet do laquelle M. Paul Cambon
m'avait déjà transmis les assurances do principe du Fo-
roign Office
J'Insistai encore auprès do Tardieu et jo suggérai quo
lo colonel House fût autorisé par lo Président Wilson à se
faireaccompagnerd'unropréscnlanlqualilîédelaTrésorerio
américaine avec lequel les Anglais et nous pussions étu-
dier uno mélhodo d'action commune, tout particulière'
ment en ce qui concernait tes paiements à fairo en pays
neutres, par exemple en Hollande, en Suisse, en Norvège,
en Espagne, dans la République Argentine, dont j'ai
grand plaisir à reconnaîtra l'amicale loyauté.
POLITIQUE FINANCIÈRE INTERALLIEE 77

LE PREMlEn COMITÉ INTERALLIÉ DES FINANCES.

Enfin nos efforts furent couronnés do succès, et lo


2 janvier 1918, lo premior Comité interallié des Finances
so réunit à Paris après un entretien préparatoire au Louvre,
dans lo palais do la Légion d'honneur quo lo général Flo-
rentin avait prêté obligeamment. L'Angleterre avait envoyé
deux hommes d'État éminenls, M.-Sonar Law et lord Roa-
ding ; l'Italie, M. Nitli et lo marquis Impérial! ; les Étals-
Unis, M, Croshy, à qui nous confiâmes, sur ma proposi-
tion, la présldcnco do nos réunions. Lo baron Edouard
do Rosthschild avait aimablement mis à la disposition do
M. Crosby uno ailo do son hôlel do ta rue.Saint-Florentin,
et logardc-mcublo avait fourni, comme bureau do travail,
celui même do Napoléon 1".
M. Crosby était un fort charmant homme; il essaya do
concilier au mieux les Intérêts do ses commettants cl ceux
des Alliés. Ces derniers étaient auprès do lui fort empres-
sés à cause mémo des services que pouvait leur rendre la
grando démocratie américaine. Jo dois co témoignage à
M. Crosby qu'il fit do son mieux.
Quo dirai-jc do M» Ronar Law? Homme d'une extrémo
bonne foi, très sérieux, fort attentif aux avis do sa propre
Trésorerie, loyal, il pratiquait lo fait play sansaucuno
sensibilité, Quant à lord lleading, il me parut êtro l'un des
plus intelligents de ses compatriotes par la variété do ses
connaissances et la ferme souplesse do son esprit.
Nitli, ministre du Trésor en exercice
— qui depuis,,*
Rome alors... — donnait l'impression d'un de nos intellec-
tuels méridionaux : il avait uno astuce considérable qui
pourtant frisait la naïveté. Lors do son premier contact
avec moi, il avait cm élégant de mo dira très spontané*
78 DE LA GUERRE A LA PAIX
ment, ou Louvre, avec l'accent mémo do Muzarin : « Ze
serai président du Conseil dans mon pays, quand se lo vou-
drai. Ze no l'ai pas voulu jusqu'à présent pour laisser aux
autres les difficultés. » Atlitudo d'uno correction discu-
table vis-à-vis do son Président Orlando,quo jo devais revoir
avec grande sympathie h la Conférence do la Paix,

U bETTB RUSSE.

Dans ce palais de la Légion d'honneur, nous vîmes aussi


des Japonais, des Belges, des Sorbes, des Roumains, Foch
en personne venu un instant pour une question techniquo
de cornions militaires tendant à la coordination des efforts,
et nos discussions, soutenues sur lo ton le plus amical,
présentèrent lo plus vif intérêt. On décida uno seconde
réunion pour lo mois suivant à Londres où jo mo rendis,
1'ordro du jour devant comprendre notamment les ques-
tions concernant la Roumanio et la Russie, laquelle, dès
décembre, avait pris des résolutions particulièrement
graves pour les nombreux porteurs des emprunts russes ;
dans l'emprunt français, notre Gouvernement avait eu lo
souci do ménager leurs intérêts. D'autres mesures devaient
être concertées.
Lo Comité financier Interallié, réuni à Londres los 0 et
10 février, adopta çcllo importante résolution quo M, Bonar
Law et moi communiquâmes d'accord à la presse do nos
doux pays, le 28 mars 19181
« Lo Comité interallié
des Finances rappelle la mention
faite par la Conférence diplomatique do Londres, lo 19 fé«
vrier 1831, a propos des affairas do Belgique :
i C'est un principe d'ordro supérieur quo les traités no
t perdent pas leur puissance, quels que soient les change
POLITIQUE FINANCIERE INTERALLIEE 79

( monts qui interviennent dans l'organisation intérieure


c des peuples. »
c Recommande à l'attention des Gouvernements alliés
la déclaration suivante :
c Considérant :
« Quo lo Gouvernement impérial russo, quand il a con-
tracté, représentait incontestablement la Uussio et l'obli-
geait définitivement ;
« Quo cet engagement no peut être répudié par l'oulorité,
qUollo qu'elle soit, qui commando ou qui commandera eu
Russie, sans quoi la baso mémo du Droit international so
trouverait ébranléo ;
< Qu'autrement il n'y aurait plus do sécurité dans les
relations entre Etals, qu'il deviendrait impossible do traiter
un contrat à longuo échéance, si co contrat risquait d'être
méconnu ;
« Quo co serait la ruino du crédit des Étals au point do
vue politiquo commo au point do vue financier ;
< Qu'un État ne trouverait plus à emprunter dans des
conditions normales, si les prêteurs n'avaient do garantio
quo dans lo maintien de In Constitution en vertu dolaqucllo
lo Gouvernement emprunteur, représentant lo pays, faisait
appel au crédit ;
c Qu'aucun principe n'est mieux établi quo
celui d'après
lequel une nation est responsable des actes do son Gouver-
nement sans qu'aucun changement d'autorité affecta les
obligations encourues ;
c Quo les obligations do la Russie subsistent, qu'elles
s'imposent et s'imposeront au nouvel Etat ou à l'cnsemblo
des nouveaux États qui représentent ou représenteront la
Russie.
Les Puissances alliées prendront en considération les
principes ci-dessus rappelés dans toute négociation rela*
80 DE LA GUERRE A LA PAIX
tive à la reconnaissance du ou des nouveaux Etats qui se
constitueraient en Russie,
Peut-être n'est-il pas inutile do rappeler aujourd'hui ces
décisions dont l'autorité reste incontestable,
.


L'IMPORTANCE DU CHANCE.

Co n'est pas quo des difficultés formidables, sans cesse


renaissantes, n'aient existé, depuis longtemps, dès lo
début mémo de la guerre, entre les Trésoreries alliées, 11
fallait veillera toute heure au maintien do nos positions.
Au moment mémo où fonclionno le Comité interallié des
Finances dont M. Mac Adoo — l'ancien Secrétaire d'Etat
du Trésor américain, lo gendre du Président Wilsoii
—h
quljo veux rendra Un plein hommage — avait lui-mêmo
recommandé l'institution, lô Gouvernement américain en-
tend procéder brusquementà uno modification radicale do
la politique financièrequ'il avait suivio à noire égard depuis
son entrée dans la guerre : aux crédits forfaitaires mensuels
qu'il nous.avait consentisjusqu'alors, il veut substituer — h
la fin do février 1918 l'engagement do nous fournir

les dollars nécessaires pour payer seulement nos achats
aux Etats-Unis, sous certaines conditions do conlrôle,
Si nos crédits avaient été strictement mesurés aux achats
do guerre, nous eussions délibérément abandonné notre
change. Or, nous no pouvions risquer quo des offres de
francs à New-York y fussent dépourvues do contre-partie.
J'insistai donc sur co qui avait d'ailleurs été admis par
M, Crosby, dès notre première entrevue; le maintien
de la valeur du franc est Une question politique qui inté'
resse la coalition tout entière, Plus lard, je reviendrai sur ce
sujet si grave.
POLITIQUE FINANCIÈRE INTERALLIÉE 81

UNE OPERATION DE GUERRE,

Mais à co moment précis, la question des changes alliés


prenait sur les marchés neutres, et tout spécialement sur
le principald'entro eux — lo marché espagnol—uneimpor-
tance qui dépassait la pure question financière et exigeait
impérieusementuno intervention vigoureuse et immédiate
Cinq pesetas valaient, lo 15 avril 1918 à Madrid, huit francs
huit centimes; la livre sterling et lo dollar subissaient uno
baisso corrélative. Le mark avait des allures triomphantes,
J'imaginai donc uno intervention franco-onglo-américaine,
appuyéo sur dos pesetas. Dès lo 21 avril —jo lo reconnais
avec empressement —, la Trésorerie anglaise m'avait en-
voyé son adhésion et promis pour un tiers son concours
métallique Cependant, aux Etals-Unis, on no comprenait
pas qu'il s'agissait do défendra notre crédit et notre pres-
tige communs en parant avec promplitudo les coups diri-
gés conlro nous tous. Or, nous avions la preuve qu'il y avait,
en l'espèce, une manoeuvre do nos ennemis, concomitante
des événements militaires, doslinéo et h produire un effet
moral et à entraver la réalisation do nos récents accords.
La conduite de l'opération, cngugéo et réaliséo sans lo
concours entier des Etats-Unis, fat confiéoh M, do Las-
teyrio— notre Grand Argentier do l'hcuro— qui, par sa
réussite, mérila des félicilalions et uno haute récom-
pense, Nousavionssauvéparunovraioopération doguerro
la livre, lo dollar, lofranc, faitreculerlo mark, cl ce» en nous
appuyant certes sur uno sommo assez forlo en réserve, mais
en risquant uniquement quelques centaines do mille francs ;
pas davantage; les régiments étaient restés dans l'expec-
tative ; il avait suffi, pour l'emporter, de savoir engager h
l'heure vouluo un bataillon,
uuEtuus Rr PAIX r,
82 DE LA GUERRE A LA PAIX

LES PRÉCAUTIONS A PARIS.

C'était cependant l'heure la plus redoutable de la guerre.


Lo 21 mars, la cinquième année anglaiso avait subi dans
la Somino uno retentissante épreuve Amiens était menacé ;
par Amiens, Calais, par Calais, Londres, toute l'Angleterre.
Lo sort do la guerre so jouait, Lo dimancho des Rameaux,
lo 2lmars, dans l'après-midi, j'allai trouver mon chef. Je
dis à Clemenceau la responsabilité qui pesait sur lo ministre
des Finances vis-à-vis do la fortune publique et privée quo
contenait Paris, si la capitalo venait à être menacée. J'avais
lo devoir do prendre en temps utile des précautions. Il mo
fallait être renseigné minutieusement sur la marche des
événements militaires. Clemenceau, qui devait Voir Pétain
lo lendemain malin do bonno heure, promit do me mettre
au courant aussitôt après à l'Elysée, où devait avoir lieu un
Conseil des Ministres. Ilmo prit h part et modit simple-
mont : « Pétain déclare quo dans cinq jours Paris peut
être à nouveau menacé. Agissez dono en conséquence. »
C'est co quo jo fis sur l'heure nêmo.
Or, dans la nuit du 8 au 9 mars 1918, une torpille alle-
mande était tombéo sur les bâtiments do l'usino do Pantin,
où l'on fabrique des allumettes. Les allumettes no
brûlèrent pas 1 c'était sans douto la torpilla allctuandoqul
était do mauvaisoqualité..,
Mais lo danger causé par les incursions des avions, des
gothas, parles bombes des bcrlhas, mo donnait un pré-
texte, Un motif Suffisant pour prescrire des mesuras do
sauvegarde, Quo les rentiers soient immédiatement ras-
surés 1 c'est au Grand Livre do ta Uello publique quo jo
songe eu premier ; on l'évacué à Angers, du 23 mors au
10 avril. A la Caisse centrale, lo bureau du portefeuille est
POLITIQUE FINANCIÈRE INTERALLIÉE ' 8J
évacué également à Angers, aussi à Poitiers, Limoges,
Sommièrcs ; le service des Emissions à Pau ; l'atelier géné-
ral du Timbre à Annonay, un atelier de l'administration
des Monnaiesb, Rochefort-sur-Mer,
Mon émiuent collaborateur Sergent
-~ un financier
qui possède tout à la fois la compétence, le sang-froid cl
l'imagination — cl mon dévoilé et excellent chef de Cabi-
net, Nadaud, préparent les décisions et eh assurent l'exé-
cution. Il faut également évacuer les titres des grandes
banques. Camions, wagons, trains sont utilisés suivant
les besoins,
Tandis quo lo Crédit Lyonnais, lo Comptoir National
d'Escompte et lo Crédit Industriel s'installent à Avignon,
au Palais des Papes, la Banquo do l'Union Parisienne
envoie ses titres à Bordeaux aux chantiers de la Gironde,
la Chambre syndicale des Agonis do change à Angers, la
Société Générale à Riom — devinez où ? — dans la
Sainte Chftpcllo même, sous la protection du Très-Haut I
Mais toutes ces mesures furent vaines. La Victoire qui
avait semblé nous abandonner fin mars commençait,
grâce h l'énergie do Clemenceau; à la vaillance des
troupes, H l'inlolligenco do leurs chefs, a tourner vers
nous son sourire radieux..»
CHAPITRE X
VERS LA VICTOIRE

Ceux qui croiraient quo les difficultés entre la Franco et,


la Trésorerie britannique — où imposait sa loi un germa-
nophile quo nous retrouverons, lo trop célèbre M, Koyncs
— sont seulement do dote récenlei commettraient uno
erreur grossière. Un excmplocaractéristique suffira ici.

t'HUILE DE tlICIN ET LA GRANDE-BRETAGNE,

Au cours du printemps do 1918, la Trésorerie britan-


nique avait affirmé, h plusieurs reprises, son Intention do
faire rembourser par nous, en dollars ou autre monnaie
appréciée, non seulement lo montant des dépenses qu'elle
pouvait effectuer pour notre propre compte dans ces mon-
naies, mais encore uno part, arbitrairement fixéo par elle,
du prix des fournitures achetées par nous en Grande-Bre-
tagne, part qui était censée correspondre à la quantité do
matières première d'origine exotique incorporée dans les
objets fournis !
Celle prétention, h laquelle noire agence de Londres
s'efforça d'une manière générale do satisfaire, entraîna
pour nous des reversements de dollars dont la justification
au regard des Etals-Unis fut toujours très difficile h four-
VERS LA VICTOIRE 85

nirct donna lieu àdo nombreuses et légitimes discussions.


La Grattde-Bretagno n'hésita pas néanmoins à soulenii
très fermement son point do vue. Nous ayant réclamé un
versement do pesos argentins en contre-portio d'uno four-
niture d'oléagineux et n'ayant pas reçu une réponse
immédiate, elle n'hésita pas à mettre l'embargo sur des
cargaisons de lubrifiants qui étaient attendus avec impa*
tience par les services de l'aviation française.
On élait à la fin do mars 1918, au lendemain même do
la rupture du front anglais par les Allemands et on se
rappello lo rôlo plein d'abnégation joué par l'aviation
fronçaiso en celte péniblo occurrence.
H fallut uno intervention personnelle et très énergique
auprès des représentants do la Trésorerio britanniquo,
amenés h co moment précis à Paris par uno conférence
interalliée, pour obtenir qiio cet embargo — dû probable-
ment à la néfaslo action do Koyncs — fùl lové do touto
urgence, les nécessités do la défense commune no pouvant
vraiment à cctlo heure critique être mises en balanco
avec des questions do compensation de monnaie I
Celto conception particularisto, on ta retrouve quelque-
fois hélas I dans les services administratifs do la Grande-
Bretagne ou dans lo cerveau do quelques-uns do ses
hommes politiques.

WINSTON CHURCHILL PENSE DEM, EN 1909, A SES ÉLECTEURS,

J'en avais été loul spécialement frappé déjà, lorsque,


en mai 1909, au cours d'une visite rendue à des parle-
mentaires anglais par des parlementaires français

Millorand, Doumer, Bcrlcaux, Joseph Rolnach, entre
autres» étaient du voyage — j'eus l'occasion de voir en
88 DE LA GUERRE A LA PAIX

son Cabinet lo ministre d'alors du Board of Trade,


M. Winston Churchill. Je présidais à co moment-là la Com-
mission des Douanes do la Chambre qui avait entrepris la
rovision des tarifs, pour répondre aux spécialisations de
l'Allemagne dirigées directement contre les produits fran-
çais. Uno grande lutto économique était alors engagée
chez nos voisins entre lo libre échango défendu par le
Gouvernement do M. Asquith et lo régime protectionniste
réclamé par la Tariff Reform League dirigé par M, Howins
qui fut sous-sccrélaire d'Etal des Colonies h la fin do la
guerre. Celto bataille des partis était si ardenlo quo
Mrs Asquith, la femmo du premier Ministre, fut violem-
ment attaquée, pondant notre séjour même, pour avoir
amené à Downing Street des manequins qui devaient défi-
ler dans ses salons avec les robc9 do noire couturier Poiret,
Commo jo définissais h M. Winston Churchill lo but quo
nous poursuivions, il mo déclara immédiatementqu'il élait
fort contrarié par notre initiative, à cause de la « politiquo
intérieure » et comme jo lut exposais, avec des exemples à
l'appui, quo les spécialisations qui visaient et atteignaient
les produits allemands ménageaient les produits do l'Em-
pire britannique il s'apaisa et me dit avec empressement :
t Ah 1 donnez-moi ces exemples : ils me serviront en réu-
nion électorale, » Jo promis do tes lui fairo.remettre pat
notre ambassadeur. Ce souci dominant de l'électeur n'est-
il pas très représentatif d'un état esprit permanent?

.UN CONCOURS EXCEPTIONNEL DE LA TRÉSORERIE AMÉRICAINE,

Des conceptions souvent plus larges animaient iios


associés des Élats-Unis.
Dès leur entrée eu guette, H avait été entendu quelaTré-
VERS LA VICTOIRE ST

sorerie françaiso fournirait à leurs forces expéditionnaires


les francs nécessaires à la couverture de leurs dépenses
dans notre pays. La Trésorerie oméricaino mettait à la
disposition du Gouvernement fronçais à New-York la con-
travaleur, au cotirs du'jouren dollars, des avances ainsi
effectuées. L'importance rapidement croissante des effectifs
américains envoyés au delà dd l'Océan, lo montant élevé
des soldes, l'abondance des installations cl des approvi-
sionnements do toutes sortes, augmentèrent promplemcnl
nos avances en francs et ce jusqu'à des chîfircs formidables.
11 en résultait à la vérité quo notre encaisse à New-York'

était rapidement accrue: mais tout d'abord co système


revenait à faire acheter au jour lo jour les dollars néces-
saires avec toute la porto que représentait ta 'dépréciation
du franc; d'uutre part, lesavances directes de la Trésorerie
oméricaino so trouvaient réduites du montant .équivalent.
Enfin, conséquence plus grave, les francs, mis par sommes
considérables h la disposition des payeurs américains, no
pouvaient être obtenus qu'en sollicitant l'aido do la Banque
do France. Ils surchargeaient automatiquement noire cir-
culation et devenaient uno des causes essentielles do l'inlîa-
lloii fiduciaire,
Do là l'idée de demander au Gouvernement américain
do fournir h la Franco une somme en or qui vint renfor-
cer l'encaisse de la Banque do France, donner un sou-
tien à nos émissions cl compenser les inconvénients quo j'ai
décrits,
M* Clemenceau adressa lui-ttiêmo une lettre éloquente

au président Wilson à ce sujet. Jo câblai de mon côté au


secrétaire d'Etat du Trésor, M. Mac Adoo; nous étions
certains qu'il no saurait rester sourd « à Un appel venu du
champ do bataille. » Si les Etals-Unis iie crurent pas pou-
voir nous donner satisfaction dans la forme où nous
83 DE LA GUERRE A LA PAIX
l'avions demandé, ils tinrent pourtant à no pas rester in-
sensibles H l'appel du Président du Conseil et mirent très
obligeamment à la disposition dolaBanquo do Franco uno
sommo do 200 millions do dollars, qui fit l'objet d'un poste
spécial à l'actif du bilan do la Banque. La contre-valeur
au% pair, soit 1,036 millions do francs, fut versée au
Trésor
français. Ultérieurement, les 200 millions de dollars furent
mis graduellement à la disposition du commerce et four-
nirent un concours précieux au soutien do notre change
pendant la période difficile qui suivit ta guerre, on mémo
temps quo leur aliénation pour lo complo du Trésor sur
des cours élevés apportait des ressources supplémentaires
très appréciables,

L'iNbfefÊNDENCfi D^Y DE 1918.

Co concours si cordial et si utilo nous parvenait presquo


h l'heure mémo où le président Wtlson précisait, à Mount-
Vcrnôli, sur la lombo do Washington, les buts do guerro
des Alliés. < Nous luttons pour la destruction do tout pou-
voir arbitraire ; aucune solution indécise no serait suppor-
table, ni concevable », s'écriail-il, cependant que lo mémo
jour, pour célébrer à Paris la fête américaine do l'Indépen-
dance, nous nous groupions, émus et respectueux, par un
matin gris bleu, placo d'Iénn, auprès do la statue do
George Washington. El là, nous vîmes défiler, commo do
vieux soldats, les vainqueurs do Cantigny — co charmant
village des environs do Montdidicr — quo les Américains,
préludant U des actions plus décisives, venaient do'
reprendre aux Allemands surpris. Ils descendaient, d'un
pas alerte et régulier, Vers la statue de Strasbourg, sym-
bole de nos unicités espérances.
VERS LA VICTOIRE" 89

LE 1* JUJLLET SYMBOLIQUE.

Et quel autre symbole, quelques jours après, le U juillet,


lorsquo se dirigèrent vers l'Arc de Triomphe, sortant des
lisières du bois de Boulogne, les contingents do toutes
les armées alliées, après uno véritable rovuo des Nations.
Il en fut — les malheureux — qui critiquèrent le jour
mémo lo choix do cet itinéraire, présage des événements
du lendemain. Ces infortunés redoutaient tout à celto
même date, pendant celle veilléo d'ormes où l'on comprit
quo Clemenceau représentait l'âmo populaire et personni-
fiait avec grandeur la résistance nationale. Ah ! l'émou-
vante accolade quo colle d'une femmo âgée et du grand
vieillard sur la place de la Concorde où s'étalaient, ainsi
quo dans les avenues voisines, cent baraques occupées par
des jeunes filles du servico des Emissions qui, malgré
les menaces des Berthas, s'empressèrent do prêter leur
courageux concours. L'on souscrivit dans une seule jour-
née plus de cent dix millions de bons do la Ddfenso natio-
nale. Le chef de l'État, tes ambassadeurs alliés — en
particulier lord Derby, le comte Bonin-Longaro qui ont
laissé tant d'amis en France, — acclamés, vinrent remettre
leur offrande. Clemenceau, porté par un flot humain, put
verser son obole. Dans l'air flottait commo un parfum do
réconfort patriotique. Et au cours do la nuit même corn*
mciiça de se jouer lo destin définitif de nos armes, Qui
donc a oublié la grande musique nocturne qui tint Paris
éveillé, ému et confiant, après ta digne célébration do la
plus.noblo des fêtes nationales?
M DE LA GUERRE A LA PAIX

CLEMENCEAU AU FilONT,

El quelques jours après, lo jeudi 8 août, en compagnie


do Célier, mon très distingué collaborateur de la direc-
tion du Mouvement des Fonds, jo me rendais pour affaires
de service, ruo Saint-Dominiquo, voir le Président du
Conseil. Après l'entretien, il nous donna des nouvelles du
front ;il manifesta sa satisfaction et, d'un ton enjoué,
mo fixa rendez-vous pour lo dimanche suivant sur la
place do Monldidier, — chef-lieu do l'arrondissement
quejo représente depuis 1808 — ville quo les Allemands
occupaient, hélas 1 dès la fin do mars. Clemenceau avait
vu juste. Lo samedi matin, il mo faisait téléphoner pour
me demander si jo voulais l'accompagner lo lendemain
môme à Monldidier où venoiont do rentrer les troupes
françaises. Jo no décrispas mon bonheur et je m'apprê-
tai joyeusement.
On partit à uno heure très matinale, à toute allure.
Nous descendîmes d'abord dans mon petit village d'Aycn-
court-le-Monchol, tout fumant encore do la bataille. Des
cadavres ennemis gisaient sur les côtés de la roule.
J'aperçus tout h coup uno femme, uno do nos vaillantes
paysannes. Jo me précipitai vers elle pour lui demander
comment elle so trouvoit là. Evacuée, depuis l'occupation
du village par l'ennemi, dans uno communo voisine do
l'Oise, elle était ronlréo aussitôt derrière les soldats fran-
çais dans sa toute petite patrie. Comme je jetais un triste
regard circulaire sur les ruines et les dévastations qui
nous entouraient, je lui dis familièrement : c Eh bien 1 c'est
du propre, c'est du beau I» tC'esttout de même cheinous »
répondit-elle d'un ton indéfinissable et doux,
Nous poursuivîmes notre chemin; à Monldidier, sut
VERS LA VICTOIRE 91

la place momie où Clemenceau m'avait, trois jours avant,


promis un rendez-vous idéal, nous vîmes la réalité dou-
loureuse d'une destruction totale Un soclo était vide:
celui qui portait la statuo do Parmenticr. Commo elle
était en bronze, les Allemands, naturellement, l'avaient
volée.
Et, poussant plus avant vers la bataille, nous nous diri-
geâmes, suivant nos troupes assaillantes, sur la grand'-
roule do Monldidier h Iloyo. Un dragon blessé est préci-
pité de son cheval affolé par la canonnade, lequel passe
on galopant a nos côtés.
Avoir vu Clemenceau au front, c'est un spectacle inou-
bliable I D'un pas ferme, il s'avançait à découvert, au
mépris do tout danger, sur lo chemin lo plus exposé.
Commo je m'approchais do lui pour lui adresser respec-
tueusement quelques avis circonspects, il étouffa net les
paroles sur mes lèvres, en mo disant d'un ton unique :
« Mordacq — lo soldat remarquable qui était son chef do
Cabinet et nous accompagnait — trouve quo jo suis impru-
dent ; savez-vous pourquoi ? C'est parco qu'il a peur. » Et
nous continuâmes, rencontrant à un tournant des fantas-
sins qui marchaient à l'attaque vers Bus et Tillotoy. Là,
j'ai vraiment compris l'action do Clemenceau. H B'arrêla,
leur parla tendrement ; dans son oeil, uno flammo brillait ;
cllo éclairait ses interlocuteur* d'une minuto qui, dans
l'heure suivante, allaient peut-être disparaîtra à jamais
pour accomplir lo commun dovoir. Ils sentaient, ces héros
obscurs, que Clemenceau partageait à co moment leur
danger, que lo chef du Gouvernement de la Franco était
présent et quo si les devoirs do sa charge l'obligeaient à
s'éloigner toul a l'heure vers l'arrière, son coeur restait,
lui, toujours en première llguo.
W DE LA GUERRE A LA PAIX

ON NE TROUVE PAS MIEUX DANS PLUTAHQUE.

Après avoir vu les soldats, on alla vers les chefs, au


Quartier générai do Debctioy, qui commandait l'armée. Là
nous rencontrâmes Pétain. Dans une salle do l'écolo do
Conly, je croisbien, où se trouvait lo Quartier général,
uno table, on plein milieu de la pièce, avec une carte éta-
lée. D'aulres caries aux murs dénudés : quelques chaises
médiocres, unsilenco profond, troublé souvent par les
bruits sourds du combat, Cinq personnes dans lo local
étroits les Irais généraux, Pélain, Dcbenoy, Mordacq ;
deux civils, Clemenceau et mbî*-'-..'
Clemenceau s'avanco vers la lablo cl regardo un instant
lacarlosur laquelle il note nos progressions constantes,
et, sans lover les yeux, il dit : « Je n'ai pas l'habitude do
donner des conseils relatifs aux opérations militaires ;
mais, comme chef du Gouvernement, jo mo permets uno
sîmplo recommandation, Lo pays sent la victoire ; jo
vous demande do n'avancer maintenant qu'avec la cer-
liludo do n'être pas obligé do revenir ensuite en arrière,
L'opinion publiquo vous en saura un gré infini. D'ail-
leurs, ajoute-t-il en commençant do relever malicieuse-
ment la tête, nous n'avons plus h craindre de pareilles
éventualités, depuis la réussito do l'opération do Gouraud. »
Il faisait allusion h la manoeuvre do la quatrième armée,
abandonnant, dès lo 115 juillet au matin, ses positions
avancées pour se replier sur sa position principale, lac-
tique qui favorisa la formidable contre-attaque do Par-.-
méo Matigin, le 18 du Mémo mois. Un silenco absolu do
plusieurs longues secondes, Alors Clemenceau, relovant
la tête, regardo dans les yeux frétait), qui n'avait pas bron-
ché, et ajoute î c D'ailleurs, général Pétain, lo général
VERS LA VICTOIRE Oî

Gouraud so plaît a dira que celle opération, c'est la vôtre. »


Et Pétain de répondre, lui qui était resté silencieux
mémo lorsqu'on semblait attribuer à un camarade son
mérite C'est vrai mais Gouraud l'a magistrale*
propre : « ;
ment exécutée. » s

Quoi de plus beau cl de plus désintéressé t Ces grand;


chefs reconnaissant, sans même être tous deux présents,
leur mérite respectif, quel exemple, quelle leçon I
Uno arméo conduite par des capitaines d'une pareille
trempe no pouvait quo marcher à la Victoire,
<
CHAPITRE XI
L'ARMISTICE

Dons uno grando salle du Trianon-Palaco h Versailles,


lo 1" novembre 1018, autour d'une tonguo tablo ovale,
siègent avec gravité des chefs do gouvernement, des
ministres on veston, des chefs militaires en tenue do
campagne. Au cours do la délibération du Conseil supérieur
do guerro interallié, on no fait pas do discours — la plus
longuo intervention duo à M. Orlando comporlo au plus
trois cents mots — on no hausso pas lo ton. On agit.
Les clauses militaires do l'armistice proposées par le
maréchal Foch ont été arrêtées la veille avec quelques
additions, en particulier la livraison do 2,000 avions de
chasse et do bombardement, do 10.000 camions auto-
mobiles. Deux jours avant, sur interrogation do M. Ilouso
qui représentait lo Président Wilson et do Lloyd
— —
George, lo commandant en chef a déclaré: c Les conditions
auxquelles se sont arrêtés vos conseillers militaires sont
celles-là mêmes quo nous devrions et pourrions imposer
après le succès do nos prochaines opérations. » Le maré-
chal avait commencé par indiquer quo cottes-ci pouvaient
durer trois, quatre ou cinq mois. « Si donc, concluait-il,
les Allemands acceptent, il est inutile de continuer ta
balaillo, »
Et pourtant les chefs de gouvernement, après examen
L'ARMISTICE OS

minutieux, aggravent les dites conditions, en plein accord


d'ailleurs avec lo maréchale

LES RÊPAHATIONS,

Alors uno voix s'élève, celle du Président, celle do Cle-


menceau, pour dire : c II n'a pas été fait mention do la
restitution des objets volés, ni de la réparation des dom-
mages. »
Aussitôt Une riposto do Lloyd George : « Josuis d'accord
pour la restitution des objets volés ; mais la réparation des
dommages est uno condition de paix, »
Des observations rapides s'entre-croisent, qui conduisent
Clemenceau à confier au délégué belge lo soin do proposer
un texte lo lendemain, lors do la deuxième lecture. H en est
ainsi décidé,

L'ADDITION DE CLEMENCEAU.

Lolendemain, 2novembre, presque au débuldolaséance,


(o Président du Conseil français revient sur la question des
réparations et des dommages: t On ne comprendra pas,
dit-il, ehcitious, en France, que nous ^inscrivions pas une
clause à cet effet ; co quo je vous demande, c'est l'addilioli
do (rois mots : < réparation dos dommages », sans autre
commentaire. »
La veille, Lloyd Goorgo—le Premier anglais d'àvanl-hier
— avait formulé une opposition. Bonar Law — lo Premier
anglais d'hier présente h son tour une objection : i H

est inutile d'insérer dans les conditions d'armistice une
clause qui no pourrait être exécutée dans un bref délai, *
Clemenceau insislo ; il dit avec simplicité cl émotion;
96 DE LA GUERRE A LA PAIX

< Je supplie le Conseil de so mettre dans l'esprit do la popu-


lalion française... > Il est interrompu par Vesnitch —
notre ami do Serbio quo la mort a trop tôt enlevé à notro
affection — qui ajouta : « et serbe, » par Hymans — lo Mi-
nistre des Maires étrangères do Belgiquo, qui défend avec
chaleur la cause sacrée de son noblo pays — qui ajouto :
cet belge, » parSonnino — le très fin minière des Affaires
étrangères d'Italie, dont on doit regretter la récente dis-
parition — qui ajouto de son côté : « et italienne aussi. »
Alors, M, Houso — dont lo rôle, on no saurait trop
lo redire, fut celui du meilleur et du plus sur de nos amis
— do déclarer :« Puisquo c'est uno question importante
pour tous, je propose d'accepter l'addition de M. Clemen-
ceau. » Celte intervention décisive n'empêchopaslo tenace
BonarLaw de riposter, sans succès d'ailleurs: < Cela a déjà
été dit dans notre lettre au Président Wilson, qui lo com-
muniquera à l'Allemagne. Il est inutile do lo dire deux
fois. »

L'ARMISTICE FAUSSÉ.

Ainsi l'une des conditions essentielles de l'armislico


était, grâce à Clemenceau, la réparation des dommages.
Si les Allemands avaient refusé, lors de la signature do
l'armistice, d'adhérer à cette clause, les hostilités conti-
nuaient; elles eussent abouti pour l'Allemagne à une
effroyable catastrophe militaire. On est donc aujourd'hui
fondé à dire qu'en ne réparant pas les dommages, commo
ils s'y étaient formellement engagés, les Allemands non
seulement violent le traité de paix, mais faussent l'armis-
tice et la paix elle-même.
< La France et la Belgique doivent être restaurées, » a
dit le Président Wilson dans ses quatorze points, qui ont
L'ARMISTICE M
formé la base do toutes les tractations. Tant quo cette res-
tauration n'aura pas été faito, les bots do guerro des Etats-
Unis, acceptés par les Alliés, n'auront pas été atteints.

LES CLAUSES FINANCIERES,

Est-co tout? Lo ministre des Finances français demande


et obtient t la remise immédiate do tous documents,
espèces, valeurs (mobilières et fiduciaires, avec lo matériel
d'émission) touchant aux intérêts publics ou privés dans
les pays envahis. » Rappelant uno clause du douloureux
armistice do 1871, il fait décider quo pendant la durée de
l'armistice, il no sera rien distrait par l'ennemi des valeurs
publiques pouvant servir aux Alliés do gage pour le recou-
vrement des réparations. »
Après accord' avec M. Sonnino, on accepto sa formulo
relalîvo à la restitution de l'or russe et roumain pris par
les Allemands ou remis U eux. Mieux encore, pour sauve-
garder les revendications futures des Alliés et leurs
intérêts, on inscrit, sur > , proposition, en tête des ques-
tions financières, les mois: c sous réservo de toutes reven-
dications et réclamations ultérieures do la part des Alliés
cl des États-Unis. »
Comment furent exécutées les décisions du Conseil supé-
rieur do guerro interallié après la signature do l'armistice ?

HUIT MILLIARDS INSTITUÉS IMMÉDIATEMENT.


W DE LA GUERRE A LA PAIX
.

payeur général aux Armées, hier encore receveur central


do la Seine, et.M. de Lastoyrie, qui 'occupe maintenant la
redoutablo fonction do ministre des Finances. Tous deux
reçoivent des instructions précises, qu'ils sont invités à
exécuter avec diligence et fermeté. Le 20 novembre, ils
franchissent les lignes allemandes ; un drapeau blanc
flotte sur leur automobile. L'ennemi, qui avait dépouillé
les Français do leurs biens, procédait avec une méthodo
extraordinaire, relevant par'-des croquis les cachettes des
trésors particuliers. Graco à la fermeté des délégués do
la Franco, en peu do jours, plus de huit milliards et demi
de titres, do valeurs, do bijoux volés furent restitués.
Un protocole, assurant l'exécution des clauses finan-
cières de la convention d'armistice, débattu entre les délé-
gués français, les délégués belges, MM. Hautain, Franqui,
Van Cutsen, Janscn, et les délégués allemands, Melchior,
Bising, Pocci, est signé dès le 1" décembre.

L EMBARGO DE T1EVES.-

Un mois s'écoule depuis'l'armistice, lequel est renou-


velé le 13 décembre à Trêves. Un important protocole
financier, généralement oublié, est signé par les délégués
de l'Allemagne, MM, Bising et Ratsen, et parles délégués
do la France, MM. de Lasleyrio et Tirard, lo très distingué
Haut commissaire actuel de la République dans les pro-
vinces du Rhin.
Que dit-il, co protocole financier, spécialement en son
article premier?
« Engagement pour le gouvernement allemand de ne pas
disposer, sans accord préalable avec les Alliés, de l'encaisse
métallique du Trésor ou de la Ileichsbank, des effets ou
L'ARMISTICE W
des avoirs sur ou U l'étranger, ainsi quo des valeurs mobi-
lières étrangères appartenant au Gouvernement et aux
Caisses Publiques.
» Engagement pour lo Gouvernement allemand do no
donner, sans accord préalable avec les Alliés, aucune auto-
risation do sortie pour les avoirs ou les valeurs ci-dessus
possédés par des particuliers ou des Sociétés, »
.Véritable embargo dont il fallait assurer la réalité.
.

LA MISSION MARTIN.

Pour permettre l'exécution du protocole do Trêves, jo


recherchai parmi les collaborateurs d'élite qui entouraient
le ministre des Finances un homme sur, énergique, com-
pétent. Lo sous-gouverneur du Crédit Foncier, M. Louis
Martin, qui, pendant do longues années, avait appris lo
maniement des hommes et des choses à la direction géné-
rale des Contributions indirectes — qui, depuis, exerce
avec beaucoup d'autorité la délicate fonction de directeur
général du Crédit National — accepta celle do commis-
saire financier délégué, chargé d'assurer l'exécution du
protocole de Trêves.
Dès le 15 décembre, je faisais connaître mes intentions
au Quai d'Orsay ; je le priais do notifier ce document
franco-allemand aux Gouvernements alliés intéressés dans
la question, en particulier aux Gouvernements britannique,
américain et belge qui pourraient adjoindre des délégués
au nôtre ; jolui demandais de tenir informés les Gouverne-
ments neutres des risques auxquels ils "s'exposeraient, eux
et leurs nationaux, au cas où ils viendraient à effectuer,
sans l'assentiment des Gouvernements alliés, des opéra-
tions sur des valeurs qui, étant notre gage, constituaient
1O0 DE LA GUERRE A LA PAIX
uno garantio précicuso pour lo recouvrement ultérieur do
nos créances,

LA PREMIÈRE ÉTAPE.

Le 27 décembre, M. Louis Martin recevait sa lotira do


mission. Il doit so rendre à Mayence, eu territoire occupé,
où il résidera : les représentants du Gouvernement alle-
mand sont invités à so trouver en cetto ville a partir du
3 janvier, < Dans nia penséo, est-il formulé en mes
instructions, lo contrôle quo vous allez être appelé à exer-
cer sur les paiements à l'étranger quo l'Allemagne aura
à effectuer pendant la durée do l'armistice constitue la pre-
mière étape vers l'établissement d'un contrôle général des
finances allemandes. Co contrôle général s'impose pour

des intérêts français, »"'''


la sauvegarde des intérêts des AlIL's, plus spécialement

Louis Martin ne perd pas do temps ; le 5, il remet uno


noto catégorique — pour qui connaît Louis Martin, sa
noto ne pouvait être autre — aux envoyés allemands qui
soulèvent, avec mauvaiso foi, un grave conllit en co qui
concerne les valeurs des particuliers et des banques.
Louis Martin tient forme et, lo 6 janvier, j'approuve les
conclusions de son rapport.

BROCKDORFF-RANTZAU S'ÉMEUT.

Les envoyés allemands en avaient référé à leur Gouver-


nement et, le 15 janvier, on vit surgir une protestation
véhémente de Brockdorff-Rantzau, ministre des Affaires
étrangères. < Les prétentions de l'Entente, écrit-il en dra-
matisant, — montrant que le but le blessait vraiment à
L'ARMISTICE 181

l'endroit sensiblo — no peuvent que servir à instituer un


csclavago financier do l'Allemagno vis-à-vis do l'Entente.
Elles constituent uno atteinto au droit privé des proprié-
taires allemands et elles entraînent un moratorium forcé
do l'Allemagno à l'égard do l'étranger... Un pareil procédé
parait être on dehors do toulo compréhension humaino et
do tout droit divin : il doit étouffer tout sentiment do ré-
conciliation des peuples et ne sauraitjamais être pardonné
ni oublié. »

LE f SADISME > PK LOUIS MARTIN l

La presse allemande fait chorus : « Il est scandaleux,


déclare la Frankfurter Zeitung, quo les pouvoirs publics
aient attendujusqu'au 15janvierpour se rendre compte de
l'incroyable abus quo l'Entente, à l'instigation do la Franco
et du financier Martin, fait du paragrapho 19 de la conven-
tion d'armistice... Nous avons décrit lo système d'intru-
sion d'une grossièreté inouïe de l'Entente dans notre vio
économique et les finasseries sadiques, si l'on peut s'expri-
mer ainsi, à l'aido desquelles M. Martin cherche à étran-
gler nos finances. » Mais, à la même date, un nouveau
mois s'étant écoulé, une conférence est organisée à Trêves,
les 15 et 16 janvier, pour le renouvellement do l'armistice.
Louis Martin, Tirard et do Lasteyrio avaient été chargés
de mo représenter.
Alors que lo protocolo financier signé, en décembre,
lors du précédent renouvellement, avait été négocié entre
Français et Allemands seulement, cette fois-ci les Anglais
ont désigné lo célèbre germanophile Keynes, les Améri-
cains, M.Norman Davis.
102 DE LA GUERRE A LA PAIX

RÉSISTANCE D'UN DÉLÉGUÉ AMÉRICAIN,

Et ici, j'ai |o devoir do faire connaître lo très remarquable,


très impressionnant, très décevant rapport quo M. do Las-
toyrio fit parvenir au Gouvernement français.
Avant do rencontrer les délégués allemands, uno réu-
nion entre Alliés avait eu liou pour fixer l'ordre du jour,
« J'ai été amené à constater, dit de Lastoyrie, quo lo point
do vuo américain était très différent du point da vuo
français. »Tout spécialement en ce qui concerne l'inexécu-
tion par l'Allemagno des clauses du protocole do Trêves
concernant l'exportation si périlleuse des valeurs mobi-
lières, M. Davis a répondu qu' « il no fallait pas fairo uno
politiquo do coups d'épingle. »
Quelques instants plus tard, au cours do la conférenco
avec les délégués allemands, rendue plus « difficile par l'ab-
sence d'entento préalable entre les Alliés », M. Davis, sur
celte mémo question, soutient contre nous les prétentions
du délégué allemand Melchior.
En ce qui concerne lo ravitaillement do l'Allemagne, le
même Davis exposo quo « l'Amériquo est disposéo à ravi-
tailler l'Allemagno, mais à une condition, c'est d'être payée
comptant. » Pense-t-il à co moment à la restauration de
la Franco et do la Belgique, promise et voulue par lo Pré-
sident Wilson, dont il a dû outrepasser les instructions?
On verra plus tard à quel formidable incident conduisit
celte question du ravitaillement de l'Allemagno — co qui
a permis à de Lastoyrio d'écrire: «M. Davis est venu à
Trêves dans un seul but : écouler en Allemagne une partie
des produits alimentaires quo les Etats-Unis possèdent en
surabondance et obtenir lo paiement comptant do ces pro-
duits. »
L'ARMISTICE 103

DE LA VOLONTÉ.

Quoiqu'il on soit, les délégués so séparèrent sans avoir


pu aboutir à uno solution çoncrèlo : c Si les délégués fran-
çais, continue do Lastoyrie, s'étaient trouvés—- commo
précédemment — en tMo à tète avec les délégués allemands,
ils auraient pu sans aucun doute obtenir un règlement
satisfaisant des différentes questions pondantes. » "

Jo passo sur toutes les péripéties do la mission Martin ;


lo moins quo l'on puisso dire, c'est qu'elle n'a pas été faci-
litée par certaines altitudes, commo cello do M. Norman
Davis. Malgré toutes les difficultés pourtant, simplement
par l'effet d'une volonté froide, indifférente aux exigences
égoïstes des uns, aux cris forcenés des autres, M. Louis
Martin put m'o'criro lo 10 mars : « Jje Gouvernement alle-
mand a fini par donner en détail tout ce qu'en bloc il avait
refusé, non sans violence, à la lecture des instructions quo
j'avais remises à ses délégués. Sauf sur des points do détail
qui feront l'objet do mes prochains efforts, le contrôle est
établi aujourd'hui tel quo jo pensais l'établir au début do
janvier > ; ce qui no faisait pas plaisir à la finance interna-
tionale qui manoeuvrait déjà avec uno vigueur frénétique.
N'empêche que Louis Martin avait bien mérité de la patrie.
MORALITÉ : Tenir dans la paix comme on a tenu dans la

guerre, c'est là le secret.


CHAPIJRE Ml
PREMIERS CHOCS INTERALLIÉS

LE DOSSIER MARTIN,

Le contrôle des finances allemandes établi par Louis


Martin, après les efforts surhumains quo j'ai rappelés dans
le précédent épisode, avait pour but d'empêcher l'évasion
des capitaux allemands ; la Franco avait demandé lo main-
tien do la Commission do Mayenco après la mise en vigueur
du traité. Les documents qui l'établissent constituent un
dossier do vingt-quatre pièces, que l'on peut légitimement
appeler lo dossier Martin,
Comme, à l'occasion des défaillances systématiques do
l'Allemagno, jo m'entretenais, un jour do l'année dernière,
avec lo Président du Conseil, ministre des Affaires étran-
gères, jo lui rappelai la tâche accomplio par Louis Martin
et je l'engageai à puiser d'utiles indications sur les moyens
d'action qui avaientété envisagés et employés en 1919.
Pour mieux l'éclairer, jo lui communiquai l'inventaire
des pièces du dossier Martin, afin qu'il les fit rechercher.
Est-ce au Quai d'Orsay qu'il lo trouva?
Non, lo dossier en question lui fut remis par lo service do
la Délégation française à la Commission des Réparations.
Lo dossier était-il complet?
Non, une pièce manquait; celle portantle numéro 21.
PREMIERS CHOCS INTERALLIÉS 10S

Que contenait celto pièco?


Tôutjustomont l'avant-projet quo j'avais présenté surlos
dispositions à imposer à l'Allemagno (clauses financières)
et les moyens do paiement—documentfacile à rechercher,
puisqu'il émanait de l'Imprimerio Nationale,
Ainsi, jusqu'en mars 1922, lo Ministère des Affaires étran-
gères avait ignoré les pièces si importantes do co dossier,
lequel contenait «les éléments d'information et d'action qui
avaient fait leurs preuves. Et encore lo dossier n'était-il pas
complet là où il so trouvait I

LE RAVITAILLEMENT DE L ALLEMAGNE.

Mais la question des avoirs allemands s'était posée à


l'état aigu au Conseil suprèmo des Alliés, à l'occasion du
ravitaillement do TAltc-magno. On se rappelle qu'à la suito
do la conférenco do Trêves, à la mi-janvier 1919, pour lo
renouvellement do l'armistice, do Lastoyric, délégué du
Ministère des Finances, avait pu m'écriro qu'un représen-
tant des Etats-Unis était venu à Trêves c dans un seul but :
écouler en Allemagne uno parlio des produits alimentaires
quo les États-Unis possèdent en surabondance et obtenir
le paiement comptant do ces produits. » Or, tout justement
deux jours avant la réunion do Trêves, à la séance du
Conseil suprême, en date du 13 janvier, la parole avait été
donnée à Clémentcl, alors ministre du Commerce, pour
exposer les travaux do la Commission du ravitaillement
qui s'était miso en rapport avec lo Conseil naval, afin
d'étudier les moyens et conditions qu'il y aurait lieu d'im-
poser aux Allemands pour assurer ce ravitaillement qu'une
clause impréciso do l'armistice leur permettait d'espérer.
Il fit connaître un tcxlo ratifié par uno Commission do
Ito DE LA GUERRE A LA PAIX
ministres et d'experts, réunie lo même jour, sous la prési-
dence du maréchal Foch ; mais un paragraphe avait été
réservé à la deiiuudo du ministre des Finances do lu
République Française.
Ce paragraphe disait ; « Préalablement à toute fourniture,
il doit être bien entendu quo des dispositions satisfai-
santes doivent «Hre prises par l'Allemagno pour en assu-
rer lo paiement, Lo Conseil recommande quo les repré-
sentants des Trésoreries des Gouvernements associés
reçoivent pleins pouvoirs pour discuter avec les représen-
tants allemands'du modo ilo paiement et pour utiliser la
crédits allemands & l'étranger, do préférence à toutes
autres ressources ; à défaut, les représentants auraient à
présenter des recommandations: au Conseil et à leurs
Trésoreries respectives. »
Il s'agissait là d'une méthode de paiement qui pouvait
compromettre les créances françaises et belges.
Un débat s'engagea, provoqué par lu résistance du
ministre français des Finances.

PREMIERES ESCARMOUCHES,

M. Bonar Law lit remarquer que le ravitaillement do


l'Allemagno ne devait pas être uno nouvelle charge
pour les Alliés. Les produits alimentaires livrés à l'Alle-
magne devraient être payés immédiatement. Si co n'était
pas uno nécessité do la ravitailler, on no le ferait pas,
et si c'est une nécessité, il est justo que ces produits soient
payés.
Il y a dos marchands en Angleterre.
Clémcntel indiqua quo les 200.000 tonnes do céréales ot
les 70.000 tonnes do produits de porc nécessaires à l'Aile-
PREMIERS CHOCS IXTKIlALLltiS 107

magne par mois représentent uno dépense d'environ l mil-.,


liurds et demi pour un an.
La somme était d'importance.
J'expliquai qu'il no s'agissait pas do retarder lo paie-
ment que doit fairo l'Allemagne, mais do régler l'ordre
do. priorité des créances. Jo reconnaissais lo 'caractère
privilégié do la dette, mais il me semblait c impossible d'ac-
corder le premier rang'à celtn créance, alors qu'il y a
d'autres'créancesde la Franco et delà Uelgiquc, pour no
citer qu'elles, qui peuvent-ôlro présentées en première
ligne. J'estimais qu'il était prématuré .d'accorder la prio-
y>

rité à celto nouvelle créance, dont lo rang serait réservé.


Cette question ne regardait pas d'ailleurs l'Allemagne,
« dont tous les 'avoirs restent le gagé commun des Alliés, »
Kl lo Président Wilson, dont l'autorité paraissait consi-
dérable, de s'en mêler et do sojeler vigoureusement dans
le débat. 11 fait 'remarquer, sur un ton do piédicant,quo la
question du ravitaillement do l'Allemagno n'est pas seule-
ment uno question d'ordre intérieur, mais plutôt d'ordre
général. Il est nécessaire d'assurer lo ravitaillement des
populations des empires centraux, si l'on veut arrêter la
dissolution do tous les Gouvernements et faciliter lo réta-
blissement do l'ordre. Il insiste vivement auprès do moi
pour quo jo retire mes objections.
L'appel est pressant : je me montre disposé à prendre
« en sérieuse considération » les observations du Président
Wilson, mais je fais appel au sentiment de justice du Pré-
sident des Etats-Unis. Laquestiondu ravitaillement do l'Al-
lemagne n'est pas en jeu ; c'est seulement la question du
rang des créances quo l'on discute actuellement. Je pro-
pose do dire quo toutes les valeurs et avoirs de l'Allemagne
seront mis en commun et quo leur répartition fera l'objet
d'une pntento entre les Alliés.
IW DE LA GUERRE A LA PAIX
Je n'accepte l'arliclo que sous la condition formelle que
la question do principe reste réservée et que, dans un
délai do deux mois, les représentants financiers des grandes
puissances so mettront d'accord sur l'ordre de priorité des
créances. Cette proposition est adoptéo par l'assembléo;
nous l'avions échappé belle t
Et c'est quarante-huit heures après, quo do Lasloyrio
subissait à Trêves le même assaut, dirigé par un Américain.
U y a aussi dos marchands aux États-Unis.

LA MAUVAISE FOI ALLEMANDE.

Un mois après, à l'occasion du troisième renouvellement


do l'armistice, il est constaté, par le Conseil suprême des
Alliés, que les Allemands n'ont pas exécuté les clauses do
l'armistice, — déjà! Des clauses militaires, des clauses
navales, des clauses financières sont tournées ou violée
par eux. Un comité a rédigé un rapport décisif. Des
méthodes économiques et militaires énergiques envisagent
le rétablissement du blocus et la reprise par lo Haut Com-
mandement allié do la libre disposition de ses moyens
d'action, si les Allemands refusent.
M. Dalfour et le Président Wilson bien quo leurs

experts et leurs chefs militaires aient collaboré à la rédac-
tion du rapport — soulèvent des objections.

LE DETAIL VOLE.

Et Clemenceau d'appuyer, avec uno émouvante élo-


quence, les propositions du Comité économico-militaire.
11 a le regret de
no pas partager les opinions do M. Balfour
PREMIERS CHOCS INTERALLIÉS 100

et du Présidont Wilson. H s'exprimo ainsi: c On nous dit :


les Allemands n'ont pas exécuté les clauses do l'armistico
et vous allez les irriter — retenez bien co mot, car il a été
prononcé — si vous tatillonnez sur les demandes secon-
daires. »
Langago d'hior et langago d'aujourd'hui.
Il donne des exemples : « Voici oncoro uno autre petite
question loulo nouvelle, puisqu'elle dato de co malin. U
s'agit do la restitution du bétail volé parles Allemands dans
les formes françaises. Los faits do la guerre sont tels quo
les campagnes américaines et britanniques n'ont pas
souffert ; los nôtres ont été détruites au point qu'il semble
qu'elles no puissent renaître. La première préoccupation
do nos paysans de la frontière, c'est do retrouver leurs
bestiaux volés par centaines do mille. Ils les voient paître
chez les Allemands qui continuent à s'en servir. Ils nous
disent : « Vous avez remporté la victoire, assurément;
< mais nos animaux, est-ce quo vous no pourriez pas
€ demander aux Allemands do nous les rendre? » Evidem-
ment ce n'est pas là une question mondiale. La terre con-
tinuera do tourner, si nous no donnons pas à nos mal-
heureux paysans les moyens do réparer — dans quelle
faible proportion ! — les malheurs do la guerro. Mais, tout
do même, lo philosophe qu'est M. Balfour no mo contredira
pas, si jo dis qu'il y a uno philosophie do la guerre, uno
accumulation de causes qui s'entassent dans le cerveau
humain, qui contribuent à son détraquement et produisent
un déséquilibre général. Est-ce que vous croyez quo
j'accepterai/amaw quo les paysans français n'obtiennent
aucune réparation, eux qui ont été éprouvés comme jamais
aucune nation ne l'a été depuis l'invasion des Barbares? Et
encore, les Barbares dont l'histoire fait mention pre-
naient tout ce qu'ils trouvaient sur les territoires envahis,
110 DE LA GUERRE A LA PAIX
mais ils ne détruisaient rien ils s'installaient dans la vie
*,

commune. Cette fois, les ennemis ont détruit systémati-


quement tout co qu'ils ont trouvé, commo le prouve lo
document (I) dont M. Klolz vous a donné connaissance, et
il ne reste rien debout. Les Allemands voulaient quo la
France fût hors d'état de lui faire concurrence pendant dix
ans et l'industrio française a été savamment détruite, non
pour des raisons do guerre, mais pour empêcher la Franco
do revivre dans la paix. Voilà où nous en sommes. Et on
nous parle de fournir des matières premières à l'industrio
allemande]... cela irrite les Allemands quo jo réclame la
restitution du bétail qu'ils ont volé. J'ensuis fâché pour
jux, mais nous avons perdu trois millions d'hommes,
morts ou mutilés; il faut vraiment que nous obtenions un
minimum do réparations. Et nos paysans ne peuvent
attendre la signature de la paix. »
Cette forte harangue remue les consciences et c'est
dans lo sens désiré par lo Gouvernement français quo
les dispositions du renouvellement de l'armistice sont
lo mémo jour arrêtées.

UN ASSAUT ANGLO-SAXON.

Un nouveau mois s'écoulo ; il s'agit encore du ravitaille-


ment de l'Allemagne. Lo Conseil suprême esl saisi le
8 mars — deux jours avant celui où Louis' Martin doit
m'écrira quo le contrôle financier est établi en Allemagne,
à l'époque précise où lo ministre français des Finances

(1) ANNEXE i,
Vot'rau* annexe* : page 161. L'INSDUSTMEFRAN-
ÇAISE DANS LES ÎIÉOIONS ENVAHIES. Ouvrage pvblii sons la dU
ïeclion et par l'ordre du «jrantf Etat-Major allemand en fé-
vrier MC[ Extraits)
PREMIERS CHOCS INTERALLIES III
subit certains assauts parlementaires — d'un rapport de
lord Robert Cecil sur la livraison de la flotte de commerce
allemande et le ravitaillement do l'Allemagne, qui avaient
été liés dans les conditions d'armistice.
Lo rapport a été accepté sur tous les points, mais la délé-
gation française a refusé les paragraphes d, c, f, relatifs à
certaines « manières » dont l'Allemagne pourra payer son
ravitaillement. Lo Conseil suprême économique proposo
les « manières » suivantes :
a) Par la location des navires ; b) parle produit doses
exportations do marchandises et la vente des cargaisons
des navires allemands actuellement en pays neutres ;
c) par ses crédits dans les paysneulrcs ; djpar la vente des
valeurs étrangères ou de biens à l'étranger; e) par des
avances obtenues sur la garantie do valeurs étrangères ou
do propriétés à l'étranger ; f) en outre, l'or pourra être
également employé comme garantie d'emprunts, garan-
tie qui sera libérée au fur et ù mesure quo les autres
moyens de paiement fourniront les moyens do liquider
ces emprunts. La vente de l'or ne pourra être permise
que dans le cas où les Puissances associées seront d'ac-
cord sur l'insuffisance des moyens do paiement sus-men-
lionnés. »
Co texte était d'une exceptionnelle gravité ; une for-
midable bataille s'engago : lo Président Wilson a dû
repartir pour les Etats-Unis ; c'est Lloyd George qui
livre l'assaut. Il rappelle quo l'on a déjà, uno première
fois, discuté la question, que j'ai formulé à peu près les
mêmes objections. 11 veut qu'on « décide une bonne fois
aujourd'hui quo les populations allemandes doivent être
ravitaillées ; car, sans cela, il y aura tôt ou tard uno
révolution en Europe contre laquelle tous seront impuis-
sants.»
Hî DE LA GUERRE A LA PAIX

LE SPECTRE IlOLCUEVISTE.

Clemenceau répond qu'il csl d'avis do ravitailler l'Alle-


magne, mais qu'elle joue du bolchevisme,
Il n'y a pas qu'elle, hélas 1 qui agite co spectre 1
Il déclare sans ménagement, et ce sont des paroles pro-
phétiques : c M. Lloyd Gcorgo a dit: il faut que les condi-
tions do l'armistico soient observées. Eh bien ! elles 113 sont
pas observées par les Allemands aujourd'hui. Ils s'étaient
engagés à nous remettre leur flotte commerciale et ils no
nous la remettent pas. Je crois que c'est, de leur part, un
moy n de chantage sur nous ; jo crois qu'ils veulent fairo
l'épreuve de notre patience, voir jusqu'à qucllo extrémité
on peut nous amener et so rendre compte enfin si nous
avons peur, afin d'obtenir des concessions cl pour en
demander d'aulrcs. Si nous cédons un jour, nous céderons
le lendemain et le surlendemain... Reste la question du
paiement en or qui est capitale... 11 est dit quelque part
dansunlivre sacré: < Qui no travaillo pas nomangepas. »
Je veux être sûr qu'on travaille en Allemagne. Klptz,
Louchour et Clémcntel ne sont pas des barbares et jo suis
persuadé qu'ils se laisseraient fléchir, si celle démonstra-
tion était faite. Mais j'insiste pour que nous fassions savoir
aux Allemands que nous no leur permettrons pas do nous
tromper, »
Lloyd George, lui, insiste pour qu'on commence le plus
tôt possible lo ravitaillement de l'Allemagne et, en co qui
concerne les modes do paiement, il espère que lo ministre
français des Finances 110 maintiendra pas son opposition et
qu'il voudra bien penser quo so dresso en co moment devant
nous le gravo problèmo du bolchevisme.
Encore, toujours le mémo jeu 1 Je no mo laisso point
PREMIERS CHOCS INTERALLIÉS IIS
ébranler. Jo déclare « qu'il m'est impossiblo d'aller plus
loin quo co que j'ai proposé, sans compromettre les intérêts
dont j'ai la charge. »
Alors Lloyd George riposte, la voix coupante, le visage
un peu crispé, que celto opposition constanto doit cesser,
sans quoi M. Klolz pourrait compter parmi ceux qui ont le
plus fait, c plus quo Lénine et qilo Trotsky, pour propager
le bolchevisme ».
La hatitiso do la révolution rendait lo Premier anglais
bien injustement agressif: j'ai toujours eu uno trop com-
plète confianco dans lo bon sens français pour redouter
jamais co quo craignait si fort — en apparenco du moins —
mon accusateur bénévole.
M. House, qui remplaçait lo Président Wilson, dit avec
douceur et commo à regret qu'il lui est désagréable de faire
quoi que ce soit qui puisso déplaire à la France ; mais il
penso qu'à moins quo lo texte ne soit adoplé tel qu'il est,
nous n'avons pas do moyens d'en sortir.
« Moi non plus, s'écrio Clemenceau, l'oeil ardent, la
parole vibrante, je no vois pas de moyens d'en sortir. Mon
pays a été ruiné, ravagé, comme aucun pays dans lo monde
ne l'a été. C'est nous qui avons supporté le plus grand
poids dd la guerre ; nous avons perdu deux millions
d'hommes ; nos mines sont détruites ; notre commerce,
noire industrie, notre agriculture dans la partie de la
Franco la plus riche, ont disparu. Quelles garanties avons-
nous pour cela? Quelques morceaux d'or et quelques
créances en Allemagne. Sous prétexte qu'il faut ravitailler
l'Allemagno tout do suite, on nous demaudo de donner ces
garanties à ceux qui vont fournir les marchandises dont
l'Allemagne a besoin. Jo no sais pas où ils sont; mais ils
no sont pas en France, c'est sûr. Sans trahir mon pays, jo
no peux pfis faivo uno chose pareille. »
OfEliIiB ET i'AIX- *
114 DE LA GUERRE A LA PAIX
Interrogé par Iprd Robert Cccil, j'indique quo l'or alle-
mand représente une somme do 2 milliards 800 millions,
tandis quo les valeurs étrangères représentent environ
8 milliards. Alors Loucheur, voyant que l'on marchait vers
la rupture, sauvant au surplus les neuf dixièmes des gages
sur lesquels les marchands américains et anglais voulaient
faire mettre la main, proposo qu'on no sorte pas do la sallo
— le Cabinet même du ministre des Affaires étrangères —
sans avoir décidé qu'on ouvrira un ciédit d'un milliard en
or et en valeurs. Celte suggestion est approuvéo par ras-
semblée.
C'est de tels combats quo la Franco devait affronter au
lendemain mémo des hostilités, et c'était do ses amis mêmes
qu'elle soutenait le choc.
D'autres tentatives d'origine identique et d'intérêt ana-
logue ne dovaicnt pas larder à nous assaillir, à l'heure
où l'on préparait les conditions do la paix.
CHAPITRE Xtll
FINANCE INTERALLIÉ

Si te commandement militaire uniquo no fut institué quo


plus de trois ans après lo début des hostilités, la coopéra-
ration financière interalliée rencontra beaucoup de résis-
tance, quelquefois même, au cours des premières années,
do la part du Gouvernement français qui semblait alors
tenir à l'autonomie de sa trésorerio.

LA COOPÉRATION.

Mais tout lo premier somoslro de 1918 fut rompu par les


efforts accomplis, presque toujours sur noire initiative,
pour arriver à uno coordination complète dô l'action dos
Alliés en matière do paiements au dehors. La nécessité do
ecttô coordination ne fut pas admise sans des débats fré-
quents et parfois épineux. Néanmoins on parvint, dans
l'ensemble, à -une politiquo d'accord et cette politique eut
immédiatement des résultats considérables.
Dès les premiers mois do l'entrée en guerre des Etats-
Unis, leur aclion ajoutée à celle do la Franco et do la
Grande-Bretagne permit d'obtenir de la République Argon-
Une un crédit do 200 millions do pesos, soit un milliard
do francs ait pair, qui régla pour deux campagnes toutes
116 DE LA GUERRE A LA PAIX
les difficultés d'approvisionnement allié dans co pays. Ici,
jo dois un souvenir tout particulier à M. de Alvear qui
représentait sa grande et noble nalion auprès do nous avec
tant de distinction que ses compatriotes n'ont pas lardé à
lui confier la première magistrature du pays. H fut un des
meilleurs ouvriers de cet accord utile.
L'obtenlion du crédit argentin fut d'ailleurs suivie de la
création d'un système d'achat commun qui permit d'utili-
ser les fonds dans les conditions les meilleures.
Pareille conjonction d'efforts fut réalisée en Espagne où
elle eut un effet décisif cl notre grand ami, l'éminent

ambassadeur Quinonès do Léon n'y fut certes pas-étran-
ger — et où elle se traduisit, en oulre, par la défense com-
mune du franc, de la livre et du dollar.
On arriva, dans les mêmes conditions, Ji résoudre lo pro-
blème particulièrement difficile de l'assurance et du paie-
ment du fret des navires Scandinaves et on parvint à la
réalisation d'un accord avec la Suèdo comportant, lui
aussi, un crédit intéressant et précieux.
Je peux enfin mentionner l'accord établi entre les
trois Trésoreries pour soutenir le change italien en repar-
aissant entre la France, lo Grande-Bretagne et les Etals-
Unis les paiements en devises étrangères quo nos alliés
italiens étaient obligés de faire en différents pays. Co
dernier accord, poursuivi avec tant do perspicacité et
d'intelligence par lo comte Bonin-Longare, l'ambassadeur
de l'époque, en permettant un relèvement sensible do la
lire, a rendu possible à l'itolio le maintien do son action
militaire,
C'est aussi grâce à l'effort concerté, accompli en faveur
de la Grèce par les États-Unis, la Grande-Bretagne et la
France, que lo concours do la Grèco do Vcnizelos a pu être
Utilisé pour la campagne des Balkans.
FINANCE INTERALLIÉE 117

Tous ces succès à l'actif do la politiquo de coopération


étaient présents à l'esprit des négociateurs français,
lorsqu'au printemps de 1919 ils souhaitaient de convaincre
l'Angleterre de no pas rompre brutalement une solidarité
qui s'était montrée si cfficaco et que les difficultés consé-
cutives à la guerro ne cessaient pas de justifier.

IIUPTURK DES ACCORDS DE CHANGE.

La première indication d'un desserrement possible do


la coopération financière entre la Franco et de la Grande-
Bretagne fut recueillie au cours d'un voyage à Londres
do mes distingués collaborateurs Sergent et Célicr, au
commencement do novembre 1918.
La posture trè3 intransigeante de la Banquo d'Angle-
terre, soutenant quo les remboursements de la Banquo
do France devaient commencer sans délai, l'altitude prise
à l'égard do ce conflit par sir John Bradbury —déjà
sir John so révèle — alors secrétaire permanent
de la Trésorerie, aujourd'hui délégué de la Grande-Bre-
tagne à la Commission des réparations, avaient donné
aux représentants français l'impression très nello quo la
Grande-Bretagne était soucieuse do so dégager lo plus
rapidement possible des fardeaux financiers qu'elle avait
acceptés dans l'intérêt commun. Un entretien avec
M. Bonar Law, à cetlo époque encore chancelier do
l'Echiquier, tout en permettant do constater les disposi-
tions amicales do cet hommo d'État à l'égard do notre
pays, ne dissipa pas d'une manière complèto l'impression
laissée par les pourparlers avec ses collaborateurs.
M. Bonar Law fit remarquer quo lo change français
s'était amélioré au delà de toute prévision, quo cerlai-
118 DE LA GUERRE A LA PAIX
nomoiit, dès la fin des hostilités, un grand afflux do visi-
teurs étrangers viendrait apporter en Franco de très
larges ressources et que, dans ces conditions, notre pays
pourrait, à uno échéance qu'il était prématuré de fixer,
mais qui ne saurait être éloignée, suffire lui-mêmo à
tousses besoins et so passer d'une aide au sujet dolaquello
M. Bonar Law, destiné à quitter assez prohiptenicnt lo
poste do chancelier do l'Echiquier, no pouvait prendre
aucun engagement, mais qu'il savait no pas devoir être
indéfiniment prolongée.

CRÉDITS couFÈS...

Alors que le représentant du Trésor à Londres, M. Ave-


nol, était parti pour la Hollande, brusquement la Tréso-
rerie britannique, lo 3 janvier, décide do nous couper les
crédits, pendant quo nous sommes eh pourparlers au
sujet do nos comptes. Celto affaire était dé la dernière
gravité.
Matériellement, cohimenl pouvions-rtous effectuer, le
lendemain, nos paiements en Angleterre ? Moralement,
quelles conséquences entratnait cet abandon public do la
Franco par son alliée, au moment où nous sortions épui-
sés do la lutte soulenuo en commun, au moment où les
grandes lignes du traité de paix devaient être détermi-
nées?
Le GoUverhemont français ogità Londres ; Il obtient do
M. Bonar Law que le modus vitendi antérieur ne soit pas
encore interrompu; on envisage de prochaines conversa-
tions quo j'avais offertes* dès le mois d'octobre MIS, avant
même l'armistice, non seulement aux Anglais, mais égale-
ment à la Trésorerie fédérale
FINANCE INTERALLIEE 119

U COURSE AUX DOLLARS.

Etait-ce par esprit d'hostilité, par mauvais vouloirque la


Trésorerie britannique avait créé ectto difficulté momen-
tanée qui no devait pas tarder à renaître 1 Non, elle avait
besoin do dollars et elle entendait que hous soyons lès
garants des facilités qu'elle désirait trouver à Washington.
M. Ralhbone, qiii remplissait des fonctions analogues à
celles d'un soUs-secrélàiro d'Etat, avait bien voulu fairo
connaître, dès le mois de février, au délégué de la France,
quo les Etats-Unis n'avaient jamais manifesté l'intention
do retirer leur concours financier à la Trésorerie britan-
nique, qu'ils croyaient savoir quo celle-ci disposait encore
d'une encaisse 'importante à New-York, qu'ils ne conce-
vaient pas qu'elle pût arguer do l'état de ses affaires à
Washington pour opposer un refiis do crédit à la Franco et
qu'ils considéraient, d'une manière générale, que subsiste
l'obligation morato pour chaque pays de prêter soh assis-
lance financière aux autres Alliés en co qui concerne les
paiements K faire dans ledit pays.
Excellent langago 1
L'entretien commun projeté paraissait donc suscern
liblo do s'ehgager dans des conditions favorables. Mais
quelques semaines étaient nécessaires pour arriver K un
résultat.
Les propositions de la Trésorerie britannique n'étaient
malheureusement pas susceptibles d'atteindre ce but, puis-
qu'elles aboutissaient à faite dépendreentièrement nos res-
sources à Londres du concours que nous obtiendronspréala-
blement dés Etats-Unis, C'était là une pétition do principe
évidente.
1-20 DE LA GUERRE A LA PAIX

KEYNES LE GERMANOPHILE.

A Londres, s'exerçait contre nous uno détestable


influence. M. Bonar Law étant devenu lo leader do la
Chambre des Communes, M. Austen Chamberlain l'avait,
vers la mi-janvier, remplacé à la Trésorerie britannique.
N'étant pas au courant des questions do finance interal-
liée qui avaient élé débattues pendant la guerre, il subit
plus qu'aucun aulro l'ascendant qu'avait pris un brillant
Universitaire do Cambridge, à tendances germaniques et
holchevistes, Keynes, avec lequel mon prédécesseur, l'ai-
mablo et conciliant Thierry, avait déclaré ne plus vouloir
rester en relations. Cet homme de hanto valeur, jo lo recon-
nais, mais d'opinion si hoslilo aux intérêts français, aussi
bien avant quo pendant et après la Conférence do la paix,
avait la hauto main sur la Trésorerie britannique, dont le
récent titulaire no possédait pas encore tous les rouages.
Lo vrai chancelier de l'Echiquier, c'était Keynes. Investi
par son nouveau patron, encore insuffisamment informé,
d'une autorité accrue, il obligea Auslcn Chamberlain à
nous refuser tout crédit sous la pression des combinaisons
américaines qu'il recherchait et co à la légitime émotion
du Gouvernementfrançais.

LA LIVRE A 50 mxes.
Uno conférence préconisée par Austen Chamberlain eut
lieu à Paris, le 19 février, entra les représentants des trois
Trésoreries, M. Keynes, naturellement, MM. Norman Davis
et Strauss pour les Etats-Unis, Célier pour la France.
Quo fil Keynes? Tout do suilo, il objecta quo la livra
FINANCE 1NTERRALIÉE lîl
n'était pas cotée sur le marché à sa valeur qui serait, à ses
yeux, do cinquante francs. Celto mégalomanie monétaire
est la vraie causo de la catastrophe financière qui s'est
abattue sur l'Univers.
Les représentants des Etats-Unis, avec un grand bon
sens, firent aussitôt remarquer que lo cours do cinquante
francs serait arbitraire et aussi difficilo à maintenir quo
celui do vingt-six, qu'au surplus aucune solution du pro-
blème posé né pouvait être trouvée dans une détérioration
du change français.
Keynes alors abattit son jeu : il demanda si, dans le cas
où la Grandc-Brelagno consentirait un prêta la Franco
et s'exposerait ainsi h dos embarras, elle pouvait compter
sur l'assistance financière des Etals-Unis. M. Norman Davis
mieux inspiré iciqu'oilleurs — répondit quo si la Grande-

Bretagne avançait à la France des livres pour les dépenses
do celle-ci en territoire britannique, ils étaient prêts à envi-
sager te concours dont la Grande-Bretagne pouvait avoir
besoin pour ses propres dépenses aux États-Unis. Tout au
moins, pour lo règlement des cessions conscnlies a la
France pendant la guerro par les Départements britan-
niques, la Trésorerie britannique pouvait sans inconvé-
nient, estimait M. Nornian Davis, nous fairo crédit.
Keynes déclara que cetlo réponso no le satisfaisait
point ; il so refusa à envisager aucune combinaison et
annonça son départ pour Londres, sans laisser espérer quo
la conversation pourrait être reprise utilement.

L'ARANDON.

Altitude alroce vis-à-vu d'un allié, surtout si on la com-


pare à certaines complaisances à l'égard do l'ennemi I
m DE LA GUERRE A LA PAIX
Devait-on en conclure que la Grande-Bretagne elle-même,
entraînée par Keynes, était froidement résoluo à abandon-
ner, dès le soir de la bataille, lo compagnon do lutte quo
ses blessures empêchaient pour le moment do so relever ?
C'était--là une question do gouvernement ail premier
.
chef et toute conférence outre spécialistes devenait super-
Ilue.
MM. Norman Davis cl Strauss y avaient, eux, participé
dans l'esprit le plus amical. C'est dans lo même sentiment
que le, colonel llouse, quelques jours après, déclarait» à la
suite d'une démarche ulilo doTnrdieU au nom do Clemen-
ceau, que la question lui paraissait mettre en jeu le prin-
cipe mémo do la solidarité financière entre les trois Gouver-
nements, téléphonait à Mi Lloyd George pour que lo
Gouvernement anglais maintint son concours à la Franco
jusqu'à l'issuo d'une conférence à laquelle participerait
M. Austen Chamberlain lui-même, auprès do qui uuo de*-,
iharcho nnologuo était tentée par M, Norman Davis.
Le Gouvernement français s'élant efforcé de faire Valoir
les avantages supérieurs que présentait lo maintien, pen-
dant la période subséquente à la guerre, d'une collabora-
tion dont les bons offels étaient éclatants, M. Austen
Chamberlain vint enfin à Paris pour traiter la question dans
los premiers jours do mars, au cours do la période mémo'
où s'agitaient par ailleurs lant do grands intérêts et do pas-
sions.,. '.'.
M. Austen Chamberlain acceptait de continuer son con-
cours pour uno somme très limitée ; mais il se montrait
absolument intraitable sur l'abandon de la politique qui
avait permis jusqu'à co jolir do faire face à l'intégralité..des
besoins. Au cours mémo des pourparlers, sans modifier en
rien son attitude sur le fond, M. Austen Chamberlain tint
h fournir encore un concours do 2 millions do livres.
FINANCE-INTERALLIEE 123

IA nESPOXSA.hlt.tTE.

Estimant que la question ainsi posée intéressait j'en-,


semblo des Alliés,'lo'ministre fiançais des Finances de-
manda h M. Austen Chamberlain de so rencontrer avec lui
chez lo colonel House» L'entrevue, à laquelle assistait
M. Norman Davis, eut lieu dans l'appartement du.colonel
House, à l'hôtel Crillon. Lo colonel Housc et M. Norman
Davis joignirent leurs efforts à ceuxdu niinislro français;
ils déclarèrent que, sans pouvoir dépasser le concours pré-
cédemment fourni, les Étals-Unis étaient entièrement prêts
à lo continuer, si l'Angleterre voulait bien poursuivre lo
sien el ils firent sur celle dernière toute 'l'amicale pression
qu'on attendait d'eux, Us no purent cependant décider
M. Austen Chamberlain, médusé par Keynes; lo chance-
lier de l'Echiquier repartit pour Londres sans s'être laissé
convaincre.
Cette défection mil lo Trésor français dans, l'impossibi-
lité'de poursuivre ses interventions sur le change. Elle
marqua h point de départ d'une ru pi lire générale de l'équi-
'

libre du marché des-devises'—"prévue d'ailleurs par le


colonel llouso en cet entrelien historique où il envisagea
les crises do chômage et de commerce certaines dans les
pays à chango élevé — rupture'qui entraîna la chulo du
franc, qui fut la cause prépondérante du désordre écono-
mique dans lequel le Monde entier se trouva plongé dès la
fin do l'année 1919 et, depuis lors, chaque jour avec plus
d'intensité. Un Keynes y a sufll I
CHAPITRE XIV
LES DETTES INTERALLIÉES

La conception d'arrangements simultanés, destinés à


régler les dettes et créances respectives des Alliés, parais-
sait conformo à la justice. Il y avait lo plus grand intérêt
a ce quo la question du termo dos "avances qu'ils s'étaient
réciproquement consenties fût examinée d'ensemble, do
façon à obtenir un équitablo arrangement pour tous,

LA POSITION FRANÇAISE,

Mis au courant par lo Haut Commissaire français à


Washington des intentions du Gouvernement américain
relativement à l'échéance de nos obligations, jo n'hésitai
pas à faire connaître notre point de vue, et co, dès lo
18 décembre 1918, un mois après la signature de l'armis-
tice, six mois" ayant la signature de fa paix. < Notre pays,
ai-je très formellement précisé au nom du Gouvernement,
no pourra envisager la libération de sa dette que du jour
où lo traité de paix lui aura effectivementassuré les répara-
tions qui lui sont dues et où sa reconstitution économique
lui fournira les moyens financiers nécessaires : tant quo tes
conditions de paix: ne seront pas connues et téàlisées, tant
que celte reconstitution ne sera pas accomplie, non soûle-
LES DETTES INTERAIAIËBS* 1H
ment nous no pourrons rembourser les avances qui nous
ont Ko consenties, mais nous serons encore dans l'obliga-
1

tion do faire appel au concours do nos Alités, >


Cette position toute naturelle do la Franco a-t-ello été
maintonuo, modifiée par les Gouvernements successifs ?
En tout cas ello doit la seule, semble-t-il, qui fût a la fois
logiquo et correcto : ello n'avait soulevé ni contestations,
ni protestations.
Il en alla tout autrement, lors d'un incident fameux qui
EO produisit a l'occasion dos travaux de la Conférence do
la
paix, toujours on celto mômo période, si hérisséo do diffi-
cultés concomitantes d'ordres intérieur et interallié, qui so
déroula dans la première quinzaine do mars 1910.

UNE PROPOSITION ITALIENNE.

Lo Conseil suprême des Alliés avait décidé, vers la fin


de janvier, de charger uno Commisson do dresser la liste
do toutes les questions financières
— autres que les répa-
rations — qui devraient être examinées et résolues au
cours do la Conférenco do la paix. II no s'agissait pas do
proposer des décisions, mais do dresser une sorte do table
des matières. Cinq membres furent désignés: M. Albert
Strauss, représentant les Etals-Unis; M.Montagu, — alors
secrétaire d'Etat pour l'Inde, —• représentant l'Empire bri-
tannique ; M. Klotz, représentant la France ; M. Antonio
Salandra, ancien Président du Conseil, — qui, tombé ma-
lade, fut bientôt remplacé par M. Crespi, alors Ministre du
ravitaillement, •— représentant l'Italio ; M. Kengo Mori,
attaché commercial, représentant lo Japon.
Il restait entendu que le Conseil suprêmo devait ulté-
rieurement statuer sur Ifs propositions, écarter les unes,
126 DE LA GUERRE A LA PAIX
retenir les autres et, dans co dernier cas, déterminer l'or-
ganisme auquel l'examen serait confié.
Chaque délégué fut chargé do dresser une listo. 11 arriva
quo la délégation italienne proposa que la répartition entre
les Allies de l'ensemble des charges de la guerre fût inscrite
sur la liste, Los représentants des États-Unis et do l'Em-
pire britannique ayant présenté, au cours do la séance du
20 février, des observations préjudicielles, je mo permis
do demander que la proposition italienne ne fût pas écartéo
a priori. Je fis remarquer qu'il ne s'agissait que d'établir
uno nomenclature, que l'inscription do la proposition
italienno no préjugeait en rien la décision qui appartenait
au Conseil suprême et qu'il convenait de laisser à ce dor-
nier l'occasion et la possibilité do se prononcer.

I ATTITUDE DES ÉTATS-UNIS,

Quelle no fut pas notre stupeur, lorsquo notro Haut


Commissariat a Washington mo communiqua, lo 8 mars,
uno lettre do la Trésorerie des États-Unis où M, Hathbono
manifestait sa surprise au sujet de l'attitudo prise parle
délégué français. Il annonçait de la façon la plus solen-
nelle quo la Trésorerie, qui a une autorité absolue, con-
férée par lo Congrès, en matière de prêts consentis
par elle U des Gouvernements étrangers, se refusera a
toute discussion à la Conférence de la paix ou ail-
leurs d'un projet ou d'un accord ayant pour objet la
libération, la consolidation ou une nouvelle répartition
des obligations de Gouvernements étrangers détenues par
les É-tats-Unis ; que la Trésorerie ne peut songer à conti-
nuer des avances à aucun Gouvernement allié favorable
a un projet qui aurait pour résultat de rendre incer-
LES DETTES "INTERALLIEES W
tain le paiement à maturité des avances consenties par
©llo. ::
Coupable d'avoir, par l'organo do son délégué, appuyé
non mêmp uno proposition, mais l'inscription d'une pro-
position dans uno nomenclature, la France se voyait
menacée de no plus recevoir les avances américaines.
Comment furent donc punis ou tancés les Italiens qui
avaient eu l'audace do l'initiative?
Oii voit avec quello légitime âpreté les Américains
défendaient ici leur Trésorerie, tout commo a la réunion do
Trêves et au Conseil suprême, à la même date, pour lo
ravitaillement do l'Allemagne, qui préoccupait les ven»
deurs au moins autant que l'acheteur ; tout comme au
cours do la Conférence do la paix où ils repoussaient un
projet Lloyd Gcorgo, analogue a/ la proposition italienne.

UN CANON AU PRIX DE I/ACIER.

Je comprends a merveille pourquoi l'un des experts


financiers, qui avait la confiancedu Président Wilsoti, l'ai-
mable M, Baruch, en me rendant visite un dimanche matin
et en insistant sur los difficultés des problèmes— afin peut-
être de m'amener H composition — mo dit avec uno sincé-
rité dont je lui resto reconnaissant : « Vous êtes l'homme
lo plus à plaindre du Mondo entier. »
En tenant co langage, il apercevait la route, semée d'em-
bûches et de précipices, où l'Univers serait entraîné parles
marchands de conserves et par les marchands d'or 1II so
rondajt çompto de l'esprit dans lequel on résoudrait les dif-
ficultés do la paix I II savait que l'égoïsmo farouche de (a
finance internationale voudrait imposer sa loi. Il connais-
sait rinlransigeanco aA'ec laquelle on traite les affaires. Un
123 DE LA GUERRE A LA PAIX
exemple do cet esprit d'affaires bien caractéristique mo
revient h l'esprit,
Los Américains qui étaient arrivés en si grand nombre —
dix mille par jour — se battre sur notre sol avec un si réel
courago, avaient ou besoin do canons, do mitrailleuses, do
projectiles, fabriqués souvent avec do l'acier on provenance
d'Amérique. Lo prix do cet acier, nous lo leur devions ; lo
prix de nos canons, do nos mitrailleuses, do nos projectiles,
ils nous lo (lovaient. Uno équitable compensation s'imposait.
UneCommission américaine, dirigéoparlojugo Parker,
fut habilitéo a travailler avec uno Commission française
dirigéo par lo consciencieux cl loyal Paul Mord, alors sous-
secrétaire d'Etat aux Finances, assisté d'un très distingué
inspecteur des finances, Frédéric-Bloch. Avec uno absoluo
bonno foi et une égale obstination, en tenant compto do la
valeur du dollar, lo juge Parker n'émcttait-il pas la préten-
tion do payer lo produit fabriqué au prix mémo do la
matière première? Paul Morel et moi refusâmes avec éner-
gio do souscrire h pareille prétention, Lo jugo Parker, on
septembre 1919, annonça son départ. Bien n'y fit; nous
tînmes bon et un arrangement convenablo finit par ôlro
passé. Mais quello étrange, mentalité'qùo cello qui pout
conduire do braves gens et les représentants d'un grand
pcuplo a soutenir, auprès d'un allié, mémo a, concevoir do
pareilles exigences l

UNE SECTION FINANCIÈRE DE LA SOCJÉTE DES NATJONS,

A cette même Commission financière instituée par lo


Conseil suprême, où avait été produilo la proposition ita-
lienne sur le règlement des dettes de guerre, les travaux
avaient-ils été poursuivis dans un esprit d'union ?
LES DETTES INTERALLIEES IÎO
Dès sa première séance, en dato dit 4 février, jo rappelai
quo, lo 27 janvier, lo Conseil suprêmo avait décidé do lui
renvoyer pour étudo le projet d'une Section financière do
la Société des Nations, présenté par moi deux jours avant
a la Conférence do la Paix (I).-M. Montagu fut désigné
comme rapporteur,
La Franco, imaginant au surplus que lo Président Wilson
no pourrait que porter intérêt îi tout co qui donnerait
autorité, vie et action h la Société dos nations dont il avait
demandé l'institution, prônait en temps uti|o uno initiativo
désirable
Celto Section financière, conçue sur do larges bases,
devait êtro munio d'attributions administratives et exercer
un contrôle supérieur et permanent sur toutes les Com-
missions internationales ou organismes do contrôle finan-
cier présents et futurs ; d'Mribu\ion&juridictionnelfes\\o]iT
interpréter les clauses financières et économiques des
traités de paix et pour juger en dernier ressort les litiges
de mémo naluro qui pourraient naître de l'application des
dispositions contractuelles ; d'attributionsfinancières, par
exemple, en facilitant les compensations ontro les Etats qui
so trouvaient respectivement créanciers et débiteurs, en
ayant la faculté do faire aux Etats représentés certaines
avances,

CE QU'IL EN ADVINT,

Lo 26 février, M. Montagu présenta un rapport favorable


au principe qui, deux jours après, fut adopté à l'unanimité,
Restaient à fixer les modalités d'exécution, Finalement,
elles furent déterminées par une résolution prise le 26 mars.
(1) Voir annexe II, p, 197. PROJET D'UNE SECTION FINANCIÈRE DE
IA LIGUE DES NATIONS, 4 février 19Ï9: Conférence de la Paix,
OUERHE ET PAIX $
ISO DR LA GUERRE A LA PAIX
Lo principe do Foxisteuco du la Section financière do la
Société des Nations était proclamé ; la Section était chargée
notamment do donner son avis a la Société des Nations sur
toute question financièro qui lui serait soumise ; dopréparer
la -lécjsion do la Cour judiciaire do la Société des Nations
sur ic questions financièresqui se poseraient par suite d'un
désaccord international ; do nommer touto Commission
financière internationale dont la réunion serait édictéo par
la Société des Nations et d'exercer sur ello tel contrôle que
la Société pourrait ordonner; de convoquer des confé-
rences internationales auxquelles lesKtats non membres do
la Société pourraient prendre part pour la discussion des
questions financières d'un intérêt international. D'autres
attributions plus complètes lui étaient éventuellement
réservées. .
La Conférence do la Paix, dans sa séance plénièro du
28 avril 1919, adopta les conclusions do la Commission
financièro ot décida, sur ma proposition, quo la Société
des Nations, elle-même, serait saisie do la question.
Or, un an après, presquejour pour jour, j'écrivais, en qua-
lité do président do la sous-Commission chnrgéo par la Com-
mission des Finances do la Chnmbro do suivro l'exécution
des traités do paix, au Président du Conseil, ministre des
Affaires étrangères de l'époque, uno leltro relative a la
constitution do la Section financièro do la Société des
Nations et jo recevais de lui uno réponse où il mo disait
qu'il s'empressait d'envoyer uno copio do ma communica-
tion a M. Léon Bourgeois — dont on connaît l'ardeur a
scrvirla causo française — et « qu'il faisait mettre immé-
diatement la question à l'étude par le Service compétent >
de son département.
Lo Traité do Versailles étant on vigueur depuis plu-
sieurs mois, lo Quai d'Orsay avait-il dû atlondro un rop-
LES DETTES INTERALLIÉES 131

pol a l'ordre pour « niettro u l'étude >, uno question do '


celle importance?

DES TAXES INTERNATIONALES?

Quant a la proposition relative ii la liquidation des frais


do guerro quo j'avais déposée lo 12 avril (l), au sujet do
laquello les délégations des Etats-Unis et do l'Empiro
britannique n'avaient formulé quo des réserves, qu'ost-ello
dovenuo ?
Lo projet do convention comportait qu'uno régio géné-
ralo était chargée do la liquidation des frais do guerro
des États alliés, associés et neutres, qui seraient supportés
en commun par l'ensemble des nations où seraient insti-
tuées ;— sous réserve do la souveraineté do chacune
d'elles — des taxes, basées sur des taux uniformes, à la
production, sur les principales matières premières et sur
lesprincipaux produits naturels ;
Sur les communications postales, télégraphiques, télé-
phoniques;
Sur les transports des voyageurs par terre, mer ou air.
Ces taxes devaient être perçues dans les États ex-enne*
mis à un tarif supérieur.
Etaient considérées comme dépenses de guerre, celles
représentées par les soldes et indemnités, l'entretien et
les transports des officiers et hommes do troupo des
arméos do terro et do mer ; la fabrication, l'acquisition et
l'entretien du matériel militairo do toute sorte des armées
do terro et do mer et dos chovaux ; les travaux militaires;
les allocations aux familles des mobilisés.
(1) Voir nnncxo III, p. 203. AVANT PIIOJET DE LIQUIDATION DES
FRAIS DE GUERRE'{Conférence de la Paix, i? août 1919).
ISî DE LA GUERRE A LA PAIX
Ce9 taxes auraient déterminé un sacrifico annuel d'en-*
viron cinquante francs-or en moyonno, par têto d'habi-
tant, jusqu'à la liquidation. Les libres citoyens des États-
Unis, les gentlemen do la Grande-Bretagne, les contri-
buables do M. do Lostoyrio, voiro do tous les Etals sans
oxception, no peuvent-ils pas regretter quo la suggestion
n'ait pas encoro été reprise?
CHAPITRE XV
SUR LES BÉPAltATIONS

Au palais du Louvre, dans le grand salon d'anglo du


Ministère dos Finances, qui donno sur la place du Carrou-
sel; d'où l'on aperçoit lo plus charmant des arcs do
triomphe et la staluo évocatrice do Gambctta — sur lo
soclo de laquello on peut lire les paroles prononcées à
Cherbourg en août 1880: « Les grandes réparations
peuvent sortir du droit. Nous ou nos onfants pouvons les
espérer, car l'avenir n'est interdit a personno > — siègo
uno grande Commission do vingt-sept membres nomméo
par la Conférenco do la Paix pour l'étudo do la réparation
des dommages. Des conseillers techniques et des experts
ont été désignés par les Puissances pour prendre part aux
travaux des sous-Commissions dont lo nombre est fixé a
trois. La première sous-Commission s'occupo do l'évalua-
tion des dommages, la deuxième, delà capacitéfinancière
des Etals ennemis et des moyens de paiement et de répa-
ration, la troisième, des mesures de contrôle et des
garanties.

LES ANGLAIS.

Tandis que la présidence de la Commission a été confiée


au ministre des Finances do la République française, la
m DE LA GUERRE A LA PAIX
présidence'des trois sous-Commissions a été donnée aux
trois représentants do l'Empire britannique, lord Sumnor,
un jurisconsulte remarquable, d'une intelligence souplo,
d'un tempérament droit, lord Cunliflo, alors gouverneur
do la Banque ."d'Angleterre, fort conciliant et aimablo,
M, Hughes, Premier ministro d'Australie, uno des physio-
nomies les plus passiohnantesde la Conférenco elle-même.
Homme d'Une énergie indomptable, tour à tour répétiteur,
Cuisinier, marin, toucheurde boeufs, marchand do jour-
naux, do tabac, avocat, puis leader du parti (rade-unio-
niste d'Australie, M. Hughes avait perdu l'ouïe, un cer-
tain soir qu'il lui fallut coucher en plein air, dans'les
montagnes, par un froid intense, après avoir passé la jour-
née îi griller dans la plaine, poussant devant lui d'im-
menses troupeaux.
Son bon sons, son courage et son éloquence lui don-
nèrent lo pouvoir ; il nous arrivait avec tout son prcs-
tige.
Il fut un do nos rares amis il la Conférenco britannique
do l'Astoria et du Majestic. Seul,-parmi ses compatriotes,
il tint teto a Lloyd Gcorgo en maintes occasions et déclara
quo rien ne valait de faire de la peine à la France et de
risquer une brouille avec elle,
Co diable do grand homme, qui no so déplaçait qu'accom-
pagné d'un appareil porlatif destiné h lui faciliter l'audit
tion, fermait cet appareil avec dédain lorsque son "interlo-
cuteur lui déplaisait ; il vivait alors sur lui-mômo d'une
existenso méditâtivo intense, a l'abri do tout bruit
extérieur.
Il faisait peur vraiment, presque seul entro tous, h Lloyd
George lui-mêmô; mais il n'avait, lui, peur do personno,
pas même du Président Wilson, qui bientôt no voulut plus
siéger à ses côtés.
SUR LES RÉPARATIONS 135

QUELQUE CHOSE A MANGER»

Etait-co parce que dans uno séance,'a l'occasion du


mandai sur uno colonio allemande, lo Premier australien
avait fait uno délicicuso plaisanterie?
M. Hughes, ayant accepté en 'principe lo mandat sur
l'iloen question, Wilson lui demanda s'il serait disposé h
en faciliter l'accès aux missionnaires américains,
Après une pauso et uno feinto d'hésitation, M. Hughes ré-
pondit cordialement: t Maisoui, avec lo plus grand plaisir. »
Wilson, surpris du tou gracieux de M. Hughes, lui adressa
un petit discours aimable, lo remerciant do ses bons senti-
ments et soulignant quo tout serait ainsi pour le mieux dans
l'intérêt même des habitants de l'Ile'.. Quand il eut fini,
M. Hughes ajouta avec unsouriro goguenard : t Yes, poor
poople, >vo must givo them something to eat. » (Oui,
:

pauvres gens, il faut leur donuerquelque choso a manger).


Wilson ignorait les moeurs, db ces cannibales 1,*.

LE COUT DE LA GUERRE,

Cesl ce mémo Hughes qui, dans un mémorandum pré-


senté par la délégation britannique, n'hésita pas U procla-
mer immédiatement notre droit absolu d'exiger le paie-
ment intégral du coût de la guerre.
Son collèguo lord Sunmer, de son côté, affirmo que,
d'aprè3 le droit international, lo vainqueur a le droit d'un*
poser au vaincu lo paiement des frais de guerro.
Les Américains, représentés par MM. Bàruch, Président
du War Industries Iloard,Ma(i Cormick* Président du
War TradeBoard> M. Norman Davis, comraissairo finan-
138 DE LA GUERRE A LA PAIX
cier, déjà nommé, assistés do M. Huiles, un des esprits les
plu3 juridiques et les plus clairs quo j'aie rencontrés, com-
battent celte thèse. Ils so prononcent pour la seulo répara-
tion, mais pour c l'iutégrulité do la réparation des dom-
mages, »

LA THESE FRANÇAISE.

Lo projet do la délégation française, déposé, dès l'ouver-


ture des travaux do la Commission, lo 1" février 1919 (1),
affirme, lui aussi, quo l'Allcinagno doit réparer l'intégra-
lité des dommages qu'ello a causés. Ce document s'oppuio
sur lo droit allemand lui-même — dont so réclame si sou-
vent le Ileich — qui proclame quo celui qui, par sa faulo,
a porlé atteinte «Ma vie, au corps, a la santé, a la liberté,
h la propriété et a tout droit d'un autre » (art. 823 du codo
civil allemand) doit être condamné do co chef à rétablir
l'ordre de choses qui aurait existé, si la circonstance ayant
donné lieu a l'obligation, no fût pas survenue » (art. 219
du même code). Mais, ajouto la Franco, « si tous les créan-
ciers do l'Allemagno sont également dignes d'intérêt et
doivent être placés sur lo môme plan, il n'en est pas do
mémo do toutes les catégories de créances. Certaines ont
droit a un ordre privilégié, Lo privilège d'uno créance,
c'est le droit qu'ello possèdo, on raison do sa qualité et
Indépendamment do la personne du créancier, d'être payée
par préférence à toute outre. >
Et quand, lo 18 février 1919, le Président do la Commis-
sion résume lo débat, il propose la prise en considération
de ce texte :
.

(t) Voir annexe IV,p.2t1.PnrNCiPESDESRÉPARATiONS,pro/cf(Ie


/a délégation française, (Conférence do ta Paix, 3 février 1919),
SUR LES REPARATIONS 137

Le droit des Puissances alliées et associées est intégral.


L'ennemi doit réparer tous les dommages, un rang de
priorité étant réservé à certaines créances.
11 précise, nu surplus, lo 3 mars, on réponse aux asser-
tions de M. Dullos, qu'il n'a jamais soutenu lo principo do
réparations illimitées, mais seulemont lo droit illimité à la
réparation des dommages.
Cependant les rapports des sous-Commissions sont pré-
parés, rédigés et communiqués avec los travaux mêmes do
la Commission au Conseil suprêmo, dit Conseil des Quatro,
composé seulemont des quatre Premiers Ministres des
grandes Puissances.
Commissions et sous-Commissions avaient tenu ci»
moins do trois mois quatre-vingts séances.

AU CONSEIL DES QUATRE.

Lo Conseil des Quatro s'occupa des réparations au cours


do ses réunions vers la fin do mars ; MM. Louchcurct
Klotz y furent entendus. H n'y eut d'abord que des discus-
sions d'ordre général ; c'est au cours d'uno do ces séances
quo M. Lloyd George soutint un moment quo lo coût dos
réparations do la Franco dévastée n'oxcédorait pas trente
milliards do francs 1 On voit qu'il était bien renseigné 1
Mais, lo 28 m'ars, dans la malinéo, la discussion fut
orientée do façon plus précise par lo dépôt quo jo fis d'un
avant-projot de clauses financières à imposer à l'Alle-
magne (1) : c'était uno base concrète sur laquello les négo-
ciations devaient désormais s'engager et so poursuivra sans

(1) Voir annexe V page215.


DISPOSITIONS A IMPOSERA L'ALLE-
MAGNE (CLAUSES FINANCIÈRES),avant projet français (Conférence
de la Paix, 28 mars 1919).
13* DE LA GUERRE A LA PAIX
arrêt. Co document avait été préparé, au Ministèro des
Finances, sous ma direction, au cours de conférences
dont les membres
— Sergent, Luquct, Colier, do Las-
loyrio, Petit, do la Chaume, Jouasset, Cheysson, Jacques
Lyon, une vérilablo élite — ou bien participaient aux
débats do la Commission dos réparations et do ses sous-
Commissions, ou bien se tenaient en rnpport.constont avec
les délégués ou experts français. Do la sorte, tantôt les
conférences s'inspiraient des travaux do la Commission,
tantôt la délégation française s'efforçait d'orienter les dits
travaux dans lo sens jugé opportun par ceux qui élabo-
raient l'avant-projct français.
Lo lendemain soir, M. Lloyd George faisait connaltro
son avis sous la formo d'une note constituant un contre-
projet, Mémoires, tçxtes, répliques, additions, amende-
ments s'entrecroisent chaque jour jusqu'à coque, lo
1" avril, soit constitué un comité d'experts qui, so mettant
h la tache, allait so substituer, auprès du Conseil des quatro
chefs do Gouvernement, h la grande Commission des réna-
rulious laquelle, en fait, cessait d'exister.

LES DELAIS DE PAIEMENT.

Quo do batailles s'y livrèrent cl qui mériteraient d'êlro


décrites Jo no puis résister h la tentation d'en citer uno
1

mémorable.
A p'ejiio vient-on do décider quo les dommages devront
être réparés « quelque dépenso qui en puisse résulter pour
les Etals ennemis », que l'on propose do n'exiger aucun
paiement qui excède les possibilités do paiement do ces
Etats pendant un délai déterminé, fixé a l'avance et do
façon immuable, 11 y a entre les deux dispositions uno
SUR LES RÉPARATIONS 139

contradiction flagranto qui est choquante et même peu


sincèro : c'est un trompe-d'oeil pour le public ; jo no l'ac-
cepte pas. Avec un pareil système, comment veut-on qu'un
pays quelconque, ayant droit aux réparations, puisse faire
des prévisions et établir un budget? Jo demande avec insis-
tance a nos alliés do so rondro compte do la contra-
diction quo je dénonce. Un des représentants do la
Grande-Bretagne, M. Montagu, veut bien rcconnallro la
contradiction; mais un nuire do ses représentants,
M. Koyiies, veille et pose celle question : c Et si les Alle-
mands objectent qu'ils tio peuvent pas payer, que fera-t-
on? »

I.K FORFAIT.

La délégation française se refuse a envisager tout sys-


tème qui aurait pour conséquenco do faire supporter a ses
concitoyens uno fraction quelconque dc3 charges incom-
bant h l'Allemagne : les Américains do proposer qu'on lixo
dans le traité le montant des sommes que l'Allemagne
dovra payer cl en réalité — on va lo voir — de lui faire
remise do celtes qu'ello n'aura pu acquitter ou coins do ia
mémo période I...

LE VERRE TROUÉ.

Lo lendemain, lo combat reprend sur les délais do paie-


ment, sur lo forfait. Jo déclare : « En tant que plénipoten-
tiaire, jo serai appelé h signer lo traité de. paix; ortjcne
pourraiptts signer un acte qui contiendrait les dispositions
qu'on nous soumet. On commence par déclarer que l'Alle-
magne ne peut pas payer ; sur co point, j'ai déjà fait mes
réserves ; puis on dit : l'Allemagne paiera pour la réparu-
140 DE LA GUERRE A LA PAIX
.
lion do tels dommages et on limite ces paiements h la capa-
cité financièro do l'Allemagne durant une période déter-
minée — capacité telle qu'ello so révélera aujourd'hui?
dans deux ans ? dans dix ans ? Quelle politique financière
pourraient établir les pays intéressés avec des perspectives
semblables? En réalité, il faut prévoir uno annuité progres-
sive et lo diro clairement. A quoi servait do discuter plu-
sieurs jours do suite pour savoir si on comprendrait ou non
les pensions militaires dans les dommages h réparer, si
l'on était convaincu quo l'Allemagne no peut pas payer?
Après avoir proclamé lo principo do la réparation des dom-
mages, on reprend par ailleurs co qu'on a semblé accorder
et qui n'était qu'apparence. Lo système est lo mémo pour
la provision : vingt-cinq milliards, qu'on reprend engrando
partie, commo jo l'ai déjïi montré. Autant vaudrait essayer
d'emplir un verre troué : tout fuit I Maintenant, nu moment
où les travaux sont sur lo point d'aboutir, on veut s'orien-
ter vers la solution ta plus contraire aux intérêts français.
Lo chef du Gouvernement français doit être informé ; nul
doulo qu'il noparlago mon opinion. »
Lo débat devient émouvant. M. Montagu veut bien diro
qu'il serait personnellement do mon avis, mais qu'il vient
do recovoir des instructions précises pour la limitation h
Ircnlo ans do la périodo do paiement.
Louchcur, qui appuie fortement dans mon sens, estime
commo moi quo la délégation françaiso doit eu référer
immédiatement a M. Clemenceau.
Jo pose uno dernière question : Si le délai de trento ans
est prescrit, et si la Commission reconnaît quo l'Allemaguo
no peut s'acquitter do sa dclto au cours de co délai, aurait*
ello la possibilité do prolonger lo délai ?
Non, répond sèchement M. Norman Davis, représen-

tant les Etats-Unis.
SUR LES RÉPARATIONS 141

M. Montagu s'étonne, Koynes luî-mèmo ; lord Sumner,


qui représente lo droit, fait entendre un langago quo jo
n'oublieraijamnis : t 11 n'y a pas d'exemple d'une décision
de justice qui, une dette ayant été reconnue payable dans
un délai déterminé, considère celte dette commo remise il
défaut du paiement dans le délai convenu. Aucune doctrine
juridique ne justifie celte manière de voir. En fait, la pro-
position américaine, introduisant le délai do trento ans,
crée uno situation entièrement nouvelle. »
Louchcnr cl moi approuvons ces nobles paroles et
allons trouver Clemenceau.

RESISTANCE FRANÇAISE.

Le soir môme, jo fais cônnaitrea la Conférence, qui tient


sa troisième séance do la journée, lo point de vue adopté
par la délégation française après consultation du Président
du Conseil. « Lo Gouvernemcntïrançais,dis-je, est obligé
do rappeler qu'il a déjà fait beaucoup do concessions en
vue d'aboutir lo plus promplement possiblo h un accord
commun: aujourd'hui, il est nu regret do déclarer qu'il con-
sidèro commo impossible d'abandonner rien do plus : il
no saurait donc quo s'en tenir aux déclarations que ses
représentants ont déjà fait entendre... Le point do vuo
du Gouvernement français est définitif» »
Quelques instants après, Louchcur déclare ti M. Nor-
man Davis qui s'obstine : c H lie faudrait pas oublier quo
les conséquences do la guerre provoquée par l'Allemagne,
quo le poids des actes coin mis par les autorités allemandes,
la Franco et certaines do ses alliées les subiront pendant
beaucoup plus de Ironie ans. Nous n'admettons pas — co
qui résulterait du syslèmo do M. Norman Davis — quo
Uî DE LA GUERRE A LA PAIX .
l'AlIcmngno puisso éluder des charges qui retomberaient
alors sur la Franco. »
Par cet épisode, on peut juger dos efforts qu'il fallut
accomplir pour meltro sur pied lo traité lui-mêmo Aussi
1

bien, sur la liste des dommages h réparer, sur l'attribution


d'intérêts légitimes aux Alliés, sur le paiement en or et
non on papier, dûmes-nous subir do formidables assauts
quo la ténacité do la délégation françaiso et en particu-
lier do Clemenceau fit repousser. Sur tous ces projets,
la question do confiance interalliée fut poséo et nous
aperçûmes a plusieurs reprises la rupture. Elle so serait
certainement produite, si les exigences initiales de certains
do nos alliés avaient été maintenues, exigences qui
ont essayé do s'imposer, sans plus do succès, au len-
demain do la réponse do Brockdorff-ttanlzau aux propo-
sitions do paix, exigences qui so sont réveillées, depuis
lo départ do Clemenceau, pour prendre chaque jour plus
d'acuité, comme par une sorlo de rovancho obstinée
conlro la France elle-même,
ClfANTM XVI
DE DÏIOCKDORFIMUNTZAU A SIR JOHN DRADRURY

OAOES ET GARANTIES.

Pour assurer, l'exécution des clauses relatives aux répa-


rations, quelles garanties lo Traité avait-il données aux
Puissances alliées?
Un privilège de premier rang, établi par l'article 248 sur
tous les biens cl ressources do l'Empiro cl des Etats alle-
mands. Quelle en a donc été la mise en oeuvro au cours dos
rois dernières années ? Un privilège général, c'eslun droit
réel, dont lo tilulairo est armé pour lo faire valoir d'une
action réelle, entraînant un droit do préférence cl un droit
do suite.
"Quello action a-t-on engagée? Quels droits a-t-on fait
valoir?
Un pouvoir pour les Gouvernements alliés do prendre
respectivement des sanctions économiques et financières,
avec la possibilité d'une coercition militairo, déterminé
h l'annexe M do la parlio VIII, paragraphes 17 et 18,
avec encore l'obligation pour l'Allemagne do no pas con-
sidérer ces représailles comme des actes d'hostilité, clauses
qui ont été, en 1923 seulement, réveillées d'un lourd
sommeil, alors pourtant que, lo 24 mars 1921, la Com-
mission des réparations avait, à l'unanimité, ihm un
14» DB LA GUERRE A LA PAIX
document signé a la fois par Louis Dubois et sir John
Bradbury — le même Bradbury qui s'abstient aujourd'hui
— constaté lo fameux manquement de l'Allemagne et
l'avait même « formellement » signalé à chacune des Puis-
sances intéressées, au sujet du paiement du solde de
20 milliards de marks-or dus par l'Allemagne aux termes
do l'article 235.
Une priorité (article 12 do l'annexe II) sur tous les reve-
nus allemands, priorité nettement proclamée et mnintenue
dans laréponso même des Gouvernements alliés, lo 16 juin
1919, à M. do Brockdorflf-Rantzau, réponso préparéo parlo
principal secrétaire mémo de Lloyd George, M, Philip
Kerr. < Les Puissances alliées et associées affirment à nou-
veau leur droit d'obtenir lo paiement des réparations et
autres charges résultant du Traité, par priorité sur lo
règlement do toutes autres délies do l'Empiro ou des Etats
allemands. » Nous n'avons pourtant jamais entendu diro
quo le rentier allemand, qui souscrivit aux emprunts do
guerre do l'Allemagne, ait cessé do conserver, lui, la prio-
rité do son coupon.
Une obligation d'établir un systèmo fiscal aussi lourd
proportionnellement quo celui d'une quelconque des Puis-
sances représentées h la Commission des réparations, tit
ne sait-on pas quo lo Reich s'est même dispensé do réclamer
la taxe h la production sur lo charbon —le kohlenstcuer
— à ses magnats do la Ruhr?
Un gage constitué parles biens, droits et intérêts alle-
mands en pays alliés, avec des droits do contrôlo qu'il eût
été possible, en temps utile, do faire valoir el d'appli-
quer.
L'Allemagne n'avoit-elle pas reconnu sa propre respon-
sabilité par l'organe même du chef de ses plénipotentiaires,
l'orgueilleux Brockdorff-RanU&u, seigneur rempli de
DE DROCKDOUFF.RANTZAU A SIR JOHN BRADBURY 145

morgue et do dédain, dans les remarques de la délégation


allemando du 29 mai 1919? < Une obligation de restaurer
ces territoires, mais ces territoires seuls •— ceux indiqués
dans le message du Président Wilson — était acceptable
pour l'Allemagne, parce qu'elle avait porté en pays étran-
ger les horreurs de la guerre par une action contraire au
droit des gens, à savoir par la violation de la neutralité
belge. » Signalé au servico do la propagande en Allemngno
occupée.
C'est dans lo môme document quo Brockdorff offrait au
nom de son pays 100 milliards do marks-or.
Aux contre-propositions allemandes quo répondirent les
Alliés?

LES ANGLAIS OPPOSAS A TOUTE CONCESSION EN 1919.

Du 0 au 9 juin sont réunis, sous ma présidence, les


icprésontanls des grandes Puissances. Que dit le premier
orateur? Il expose que : les demandes des Puissances en co
qui concerne les réparations sont extrêmement modérées,
Elles limitent les catégories de dommages pour lesquelles
elles exigent réparation, do telle sorte qu'elle» couvrent
seulement une fraction de l'obligation totale, les contre-
propositions allemandes sont tout a fait insuffisantes.
Elles offrent do payer au plus tard le 1" mai 1ÙS6 uno
sommo do SO milliards de marks-or, alors que les Alliés
la demandentpour 1919,1920 et les quatro premiers mois
de 1921, et elles énoncent ensuite un montant total maxi-
mum do 100 milliards et un montant annuel maximum
jusqu'en 1930, d'un milliard. Aucune de ces propositions
ne peut être acceptée,,, Les catégories de dommages h
réclamer ayant été strictement limitées, le montant corres-
OUERnF. ET PAIX '10
146 DE LA GUERRE A LA PAIX
pondant h ces catégories doit être payé entièrement et uno
limitation à un maximum total de cent milliards ne pout
être acceptée.
Qui donc tient ce ferme langage? Un Français intran-
sigeant ctcupido? Non ; le représentant même do l'empire
britannique, lo Premier ministro d'Australie, l'émincnt
M. Hughes.
Est-il seul do son avis dans la délégation onglaiso? Non;
l'autre délégué, lord Sumner, n'hésite pas h déclarer qu'il
est < complètement opposé a louto concession. > Un
délégué américain a beau mettre en avant un chiffre global
et définitif do 120 milliards do marks-or, les délégués
maintiennent ferme les stipulations originelles.
Les Puissances toutefois, par esprit do conciliation,
consentent h accorder à l'Allemagne, dans le protocolo
du 28 juin, paragraphe 8, la faculté do présenter dos pro-
positions dans le délai de quatre mois à partir de la signa-
ture du Traité « pour lo règlement dos demandes corres-
pondant a. chacune des catégories do dommages dout
ello est responsable », afin do déterminer lo plus tôtpos-
siblo « Bon exacte responsabilité pécuniairo » et « d'ac-
célérer les décisions ». H importo de constater quo
l'Allemagno n'a fait aucuno diligence pour bénéficier
do cetto disposition.

LE PLAN tmtTANNÎQUE DE 1922.'


»
- -

Et pourtant il était donné a. M. Poîncaré do répondre


lo 4 janvier dernier, avec uno grande autorité, ou docu-
ment britannique présenté par le très loyal Premier
ministro Bonar Law, quo son plan ou plus exactement
celui do la Trésorerie britannique, celui peut-èlro bien
DE BROCKDORFt'.RANTZAU A SlR JOHN BRADBURY 14T

do sir John Bradbury, constituait une < novation » au


Traité de paix et renfermait des clauses < destructives
do clauses correspondantes du Traité de Versailles. »,
Il pouvait prétendre aveo raison que la valeur actuelle
des charges en capital do l'AUomogne, suivant le nouveau
plan britannique, ne serait que de 27 milliards do marks-
or et plus loin, après divers calculs exacts, que la part
do la Franco serait do 44 milliardsl

LE GLISSEMENT,

Comment en sommes-nous arrivés là ? Lo traité entro on


vigueur lo 10 janvier 1920 ; huit jours après, Clemenceau
— au lendemain de l'élection do Deschunel —> nban-»
donno le pouvoir et Lloyd Gcorgo a pu dire : t Au*
jourd'huî, ce sont les Français qui ont brûlé Joanno
d'Arc. » Quatre semaines après, le 13 février, première
violation du traité ; les Alliés renoncent h l'extradition do
Guillaume II et consentent à laisser juger les coupables
par ceux-là mêmes qu'ils nommaient, lo 16 juin 1919, les
t complices do leurs crimes ». Et il s'agissait d'uho
clause h laquelle la Grandc-Rrelagno avait attaché tant
do prix I
11 oh
va do mémo pour les échéances de désarmement,
pour les réparations,
Lloyd Gcorgo peut s'écrier, à Birmingham: «Mais il
faut que lo traité demeure. Un traité qui est bravé, c'est ta
guerte en suspens. » Lo traité n'est pas seulement bravé,
il est on plus saboté ; c'es pire.
Ceux à qui la gardo en est alors cohfiéolo laissent démem-
brer, tout en le considérant comme Insuffisant, en lo
dénigrant et en réclamant son « exécution intégrale ».
14S DE LA GUERRE A LA PAIX
A San-Remo, lo 26 avril 1920, les Gouvernements alliés
déclarent qu'ils ont < unanimement décidé do maintenir
intégralement les clauses du traité de Versailles. »
Et. ce, à la veille mémo de la Conférence do Spa, en juil-
let, qui fausse complètement lo mécanisme des répara-
tions en co qui concerne les livraisons de charbon et
nous obiigo à décaisser de l'argent au lieu d'en recevoir,
Lo traité avait prévu pour 1920, période do criso gravo
pour les industries des Puissances envahies et dévastées, '
des livraisons maxima par mois do 3.400.000 tonnes. La
Commission des réparations demande un minimum do
2.300.000 lonnes. L'Allemagne livre des quantités sensi-
blement inférieures. La Commission, ayant fait appel aux
Puissances elles-mêmes, en juin 1920, la Conférenco do
Spa aboutit aux résultats suivants : 2 millions do tonnes
par mois ; paiement d'une prime de 8 marks-or par
tonnes; avances consenties h l'Allemagne, en vuo do ces
livraisons qui coûtent aux Alliés 400 millions do marks-or,
la part de la Franco étant fixéo à 01 '/«-soit 244 millions
de marks-or ou au moins 680 millions de francs t
En retour de celte concession fantastique, nous n'obte-
nons aucun avantage concernant lo prix/06 (1) qui nous
est facturé pour toutes expéditions do charbon nous pro-
venant par mer et pas seulement, comme nous nous esti-
mons fondés à lo soutenir, pour toutes expéditions faites
par ports allemands.
Do plus, nous acceptons quo la valeur dos navires livrés
par l'Allomagno soit porléo à son crédit et au débit do la,
Puissance destinataire pour leur valeur do réalisation sur
le marché anglais. Mais nous n'obtenons pas, par contre,
quo la mémo règle soit posée, s'agissatil des marchandises
(t) Fob est l'abréviation do franco-boni et signlflo : prix d'uno
marchandise chargée sur bateau dans un port.
DE BROCKDORFF-RANTZAUA SIR JOHN BRADBURY 149

destinées à la France : bétail ou matériel de chemins do


fer déjà livrés, charbon ou livraisons de l'annexe IV desti-
nés aux régions dévastées. Seuls lès navires — on sait à qui
cela profite —• seront débités à leur prix de réalisation sur
lo marché intérieur de la principale Puissance réception-
naire, sans quo nous puissions jamais obtenir que la mémo
règlo soit appliquéo aux marchandises livrées à la Franco 1

Belle besogno Pourquoi l'Angleterre, pourquoi surtout


1

l'Allemagne so gêncrait-clle désormais ?

UNE DÉRISION.

Quo co soit à San-Rcmo, à Hythe, à Boulogne, h Paris,


b. Londres, h chacuuo do ces réunions, les droits do la
Franco sont mutilés jusqu'au jour où ils sont définitivement
réduits do 40 0/0, suivant l'estimation du Président du
Conseil du Reich d'alors, M, Wirth, à la suite des accords
de Londres du 8 mai 1921, dans lesquels, malgré la consta-
tation du manquement de l'Allemagne par la Commission
des réparations au sujet des 20 milliards des marks-or, on
renonce à revendiquer les 12 milliards de marks-or qui,
officiellement, restaient dus sur {^provision fixée au Traité
lui-même.
M. Lloyd Georgo qui, pendant la Conférenco de la Paix,
so plaisait à affirmer qu'on no doit pas faire passer « lo
mortier avant le sang », lorsqu'il contestait la priorité
mémo de nos créances do réparations, s'évertue, en
décembre 1921, à la veille do Cannes — était-ce une nou-
velle doso do morphine? — à diro: < Toute la question est:
qui va payer les dégâts? Les régions dévastées sont là.
Sont-ce tes responsables des dévastations ou Us non-respon-
sables qui vont payer? Telle est toute la question concer-
150 DE LA GUERRE A LA PAIX
nanties réparations ». Son successeur, un an après, apporte
à la France, déjà grevée de 100 milliards pour le compte
do l'Allemagne, sans garanties, avec moratorium, sous
l'autorité de la finance internationale, dénoncée récemment
encore avec tant de vigueur par notre éminent confrère
lord Rolherrnere, dans lo Sunday Piclotial, l'offre dérisoire
de H milliards.
Lo redressement do toute nolro poliliquo s'imposait
prosquo t» extremis. Que n'est-on entré dans la lluhr aux
premiers et graves manquements d'ordre militaire de l'Alle-
magne, lesiO mars et 10 avril 1920, échéances capitalesde
désarmement? Et, au plus tard, en avril 1024?

MOIUUTE.

Do l'Angleterre, Michelct u dit très justement : « L'An-


gleterre est une tlo ; cela expliquo toute son histoire. » Au
surplus, ce grand peuple do marchands était-il forcé do
comprendre mieux nos intérêts que nous-mêmes? Au
bout do trois ans, nous voulons les défendre après les
avoir abandonnés; d'où surprise au premier instant, sur-
prise qui n'exclut pas l'estime, qui, au contraire, peul-êlro
bien, la reslitue.
Mais les marchands ne sont pas que dans l'Empire britan-
nique ; ceux qui vendent ou achètent des devises ont spécu-
lé un peu partout, sans intelligence, sur le mark. Ils ont ainsi
prêté h l'Allemagne au moins une quarantaine do milliards
do marcks-or, sansintérêl. Lo voilàbien, l'emprunt interna-
tional l Quelle sottise, détcrmlnéoparlo seul esprit do lucre 1
Et puis, quo de bénéfices la Finance internationale peut-
elle encore réaliser en so faisant l'honnête courtier, lo
liquidateur do la Congrégation.,, allemande, sons quo
DE BROCKDORFFRANTZAU A SIR JOHN BRADBURY 151

l'Etat français reçoive davantage qu'à l'occasion dcl'aulro


liquidation.
L'Allemagne, elle, qu'a-t-ellc constaté? Des concessions
inattendues, des abandons successifs ; ello nous a consi-
dérés comme incapables do réagira temps avec nos fidèles
omis do Belgique et d'Italie La stupeur doublo sa colère;
on so rappello que Louis Martin, que j'avais chargé do
mellro la main, dès le début do 1910, sur les avoirs alle-
mands et qui avait alors réussi dans sa diftlcilo mission
après deux mois do luttes mémorables, avait pu m'écriro
lo 10 mars de la mémo annéo : « Lo Gouvernement alle-
mand a fini par donner en détail tout co qu'en bloc il
avait refusé. » Ici, nous pouvons dire, au contraire, que
dovant tant do faiblesse, lo Gouvernement allemand a fini
par reprendre en détail tout ce qu'il avait cédé en bloc.
Maintenant, c'en est fait: la lutte, quoique tardive, est
engagée^ 11 faut l'emporter, grâco au sang-froid, à la pa-
tience, îi la ténacité.
Lo plus grand philosophe allemand a dit : « Le droit et
In faculté de contraindre sont une seule et môme chose. »
La conscience française n'a cessé do prolester contro cette
pensée do Katil. Mais il appartient aujourd'hui au Gouver-
nement français do montrer aux Allemands quo-la faculté
do contraindre, si elle n'est pas la mémo chose que le droit,
peut être mise au service du droit.
ANNEXES
ANNEXE l

L'INDUSTRIE FRANÇAISE
DANS
.

LES RÉGIONS ENVAHIES

OUVRAGE
PUKLIIVSOUS IA DIRECTION ET PAR L'ORDRE

-
DU
''..',"
ALLEMAND
QUAND ÊTAT-MAJOR
EN FÉVRIER 1916.

(EXTllAUS.)
EXEMPLAIRE CONFIDENTIEL N° 067

L'INDUSTRIE

EN FRANCE OCCUPEE

RÉDIGÉ PAR ORDRE DU QUARTIER MAÎTRE GÉNÉRAL

IMPRIMERIE B. OLDENBURG, MUNICH, 1916


PRKFACK (I)
AUX
EXTRAITS DE LOUVRAOE
DU GRAND ÉTAT-MAJOR ALLEMAND
SUR -

L'INDUSTRIE EX FRANCE OCCUPEE

La volonté de conquérir par la force des marchés nouveaux a


joué dans l'agression de l'Allemagne un rôle que chaque jour des
documents inédits mettent plut clairement en lumière.
L'union fut toujours étroite entre le haut commandement aile*
mand et les représentants des intérêts économiques de l'Empire.
En 191S, les grandes associations qui contrôlent et dirigent l'in-
dustrie et le commerce allemands remettaient au Chancelier le pro-
gramme détaillé d'une vaste politique d'annexions sur les frontières
occidentale et orientale de VSmpire.
En mars 1918, les associations de propriétaires et directeurs de
hauts fourneaux et de mines s'efforçaient de grouper dans deux
études tout un ensemble d'arguments économiques el historiques
destinés à justifier l'incorporation, dans l'Empire, de la Lorraine
non annexée.
Dans l'intervalle, en février 1916, l'Etat-Ma)or allemand avait
engagé à Verdun la grande partie qu'il estimait devoir à brefdélai
conduire à la victoire. A cette même date, il faisait procéder à une
élude détaillée, approfondie, des industries rançaises des régions
envahies. En deux mois, janvier el février, c 4.031 entreprises

1) Cette préface a été rédigée par le traducteur français, mon


très distingué confrère et ami, M. Jacques Lyon, avocat à la
Cour do Paris.
OUEBBE ET PAIX II
m DE LA GUERRE A LA PAIX
furent examinées par environ SOI) experts > spécialement rappelés
à cet effet de tannée.
A quelle pennée obéissait, en entreprenant et en menant à bien ce
vatle travail, le grand IMt-Mujor allemand?
S'agissait-il de dresser le tableau des ressources qu'en cas de
prolongation de la lutte les approvisionnements et les industries de
la France envahiepouvaient encore fournir à l'armée el aux usines
de guerre ?
La date à laquelle ce travail fut exécuté, ta certitude de victoire
qui animait alors le haut commandement allemand excluent celte
hypothèse.
Au surplus, dans les usines et fabriques soumises à enquête,
approvisionnements el outillage avaient été déjà pour la plus large
part, toit transportés en Allemagne, soit rendus inutilisables, soit
détruits. Il n'était pas besoin de tant de travaux, ni de tant d'en-
quêteurs pour dresser un procès-verbal de carence. Il figure du
reste dans des graphiques annexés au volume el dont un échantillon
est joint à cette brochure.
t
Quel était donc objet poursuivi?
le dessein qui présida à l'entreprise est résumé en deux phrases
de la préface. Les quelques extraits de l'ouvrage même que nous
aeons groupés en celle brochure permettent d'apprécier comment il
a reçu exécution',
« Partant, y est-il dit* «le co principe qu'uno connaissance
approfondio des conditions industrielles cl économiques du
territoire occupé est nécessaire dans los milieux autorisés do
l'Empire, on a essaye, dans co travail, d'en fournir uuo des-
rriplion aussi compléto quo possible, d'après lés relevés effec-
tues sur place.
Ce travail embrasse, au point do vito techniquo commo au
point do vuo économique, les branches industrielles los plus
importantes ; il dépeint les conditions d'existenco dos diversos
industries ; il oxposo leurs rapports avec l'Allemagne et avec lo
marché mondial et donne un aperçu dos répercussions qui
résulteront probablement pour l'Allcmaguo do la destruction
do certaines branches d'industrie.
// est impossible d'être plus catégorique. L'aveu est digne d'être
retenu. Tout l'ouvrage s'explique el s'éclaire, si l'on songe qu'il
doit aboutir à ce résultat ; t Donner un aperçu des répercussions
ANNEXE I 153

qui résulteront probablement pour l'Atiemagn* delà destruction de


certaines branches d'industrie, »
Nous sommes en présence d'un travail minutieux et tarant
d'espionnage induitriel.
Par ta s'explique le choix et le nombre des destinatairesde cet
ouvrage < Confidentiel ».
S'il t'était agi d'une enquête d'ordre excttttioement militaire,
Vépais volume el ses multiples annexes eussent été tirés à un nombre
limité d'exemplaires, adressés aux divers Etats-Majors et à leurs
Directions d'Intendance.
Or, on prit soin de l'expédier t\ toutes los Chambres de Corn merce
tfAllemagne} il n'est pas d'associajion économique à qui un
exemplaire n'en ait été confié.
Ce n'est pas sans dessein qu'il était adressé, en la personne de
leurs représentants les plus autorisés, aux commerçants et aux
industriels d'Allemagne.
Ils en pouvaient tirer une double leçon,
P Telles usines qui approvisionnaient de telle catégorie de pro-
duits des marchés de France, d'Angleterre, d'Allemagne ou d'oulre-
Mer devenaient hors d'étal de produire pendant des périodes dont
(a durée plus ou moins longue était chaque fois spécifiée.
On comptait sur l'énergie, l'activité, l'ingéniosité des industriels
el des commerçants allemands --' l'appel s'étale <\ maintes pages du
volume — pour se substituer à elles au plus grand profil de l'Aile'
magne ;
2' Toutefois, en dépit de multiples difficultés complaisammenl
ênumêrêes, les populations laborieuses du iVord de la France ne te
décourageaientpas} pour recommencer la lutte, elles travailleraient
à reconstituer leurs usines.
Minutieusement informés «^ grâce à, la collaboration du Grand-
Etat-Major —des machines nécessaires, des modèles requis pour
celle oeuvre de réorganisation, les commis-voyageurs allemands
pourraient accourir les poches bourrées de projets, de dessins et
d'offres
Pour fournir au producteur allemand ces deux catégories d'in-
formations, le ptangênêral de l'ouvrage est le suivant :
Un chapitre est consacré à chacune des industries des régions
envahies.
Tous sont divisés en trois parties.
161 DE LA GUERRE A LA PAIX
La première décrit l'industrie envisagée, telle qu'elle se compor-
tait lors de l'invasion.
La seconde, résumant les dommages qu'ellea subit du fait de Vint
vasion, décrit sa situation en février 1916,
La troisième examine quelles répercussions ces dommages exer-
ceront sur la prospérité de f industrie allemande correspondante.
Le lien est étroit et direct entre les deuxième el troisième parties.
JA dommage subi par l'industrie française étiquetée n'intéresse les
rédacteurs du volume qu'autant qu'il peut exercer des rêpercussiont
sur la même branche de l'activitéallemande.
C'est ainsi que le chapiti e consacré à la verrerie conclut :
c La concurrence do l'industrie françaiso de la verrerie
étant do peu d'importance pour lo marché allemand commo
pour le marché d'exportation, des dommages do guerro no
doivent avoir aucune influenco a ce double point do vue sur
l'industrie allemande. »
Quand ces ouvrages sont parvenus entre les mains des intéressés,
lorsqu'ils les ont feuilletés, leurs yeux ont dû se porter, leur atten-
tion s'atréler d'abord sur ce paragraphe des répercussions qui sert
de conclusion et comme de couronnement à tous les chapitres.
Ils y ont cherché el trouvé la réponse à ces deux questions }
Les longues périodes de reconstruction de chômage auxquelles le
travail de l'armée allemande a condamné leurs rivales françaises
permettront-ellet aux industries allemandes de se substituer 4
elles pour fournir (et clients habituels des maisons françaises?
Les ingénieurs allemands revenus à leurs usines pourront-Ut
vendre à gros bénéfices à leurs concurrents français d'avant-guerre
les machines, les courroies de transmission, les pièces détachées
destinées à remplacer celles qu'ils auront, au cours de la guerre,
savamment endommagées ou minutieusement détruites ?
Pour tous ces problèmes d'après- guerre, Vouvrage du Grand
État-Major fournissait à tout le moins des éléments d'appréciation.
L'armée avait détruit pour que l'industrie, ou bien bénéficiât de
la disparition de concurrents, ou bien trouvât son profit à partici-
per à Voeuvre de reconstruction.
C'était un chapitre nouveau des Usages do la guerre qu'il cppa-
tenait à l'Allemagne de tracer sur le sol de la France envahie.
De cet ouvrage massif de 483pages qu'accompagnent des annexes
et des tableaux multiples, nous n'avons extrait que quelques courts
ANNEXE I 1C5

passages, mais qui suffisent à en révéler Ut intentions et à en


apprécier Vobjet.
En ce qui concerne les dommages qui y sont complahamment
étalés, il convient d'observer :
Que la distinction est toujours soigneusement faite entre ceux qui
proviennent directement des opérations de guerre el ceux qui
résultent des actes de l'autorité allemande el que ces derniers sont
toujours et de beaucoup les plut considérables}
Que les dommages dont il est tenu compte dans l'ouvrage du
Grand Étal-Major allemand sont ceux dont la constatation a pu
être faite en février 1916, c'est-à-dire deux ans el huit moit avant
la fin de la guerre et de l'occupation allemande.
Enfin, que les extraits qui sont ici reproduits ne tant que de
courts échantillons dont il ferait aisé d'accroître les dimensions elle
nombre.
INTRODUCTION

La Direction suprèmo do l'Armôo a fait procédor a dos


enquêtes sur l'industrie on torritoiro français occupé, onquètos
dont les résultais sont consignes dans co travail. Eiïocluées sur
placo, elles ont fourni dos matériaux positifs qui seront pré-
cieux pour les travaux do l'Allumaguo.
Les cuquètos ont été faites par sono d'armées, sous l'uniquo
direction do militaires quo leur profession clvilo qualifiait pour
co travail, A l'aide do cartosdo recensement d'un typo uniforme.
Au total,-1.031 entreprises ont été examinées par environ 200 mi-
litaires, lo travail étant réparti par branches professionnelles,
Los recherches sont limitées a la zone occupéo en janvier
iOlG et les relevés ont été effectués eu février 1016. En consé-
quence, co travail n'embrasso pas la totalité «les dommages
causés par la guerre aux établissements industriels français.
Car, indépendamment îles réquisitions, destructions et saisies
postérieures a la dato Indiquée, il existe, immédiatement a
Parrièro du front français, tonte uno sérlo do villes Indus-
trielles, florissantes avant ta guerre, dont les établissements
Industriels doivent élro considérés commo entièrement détruits.
Qu'il sufllso do signaler Armenltères, Rèlhuno, Reims et Luné-
villo. Pour évaluer lo dommage quo les événements do guerro
directs ont Mt mbW a l'industrie française, les données do co
travail dovront être complétées par des chiffres qu'il no sera
possiblo do llxe.r qu'après la guerro.
Quelques considérations sur les différentes catégories do
dommages do guerro auxquels l'industrie a été exposée par la
guerro nioinlialo trouveront ici leur place. Il faut distinguer v
a. Les dommages do guerro naturels ;
b. Les dommages provoqués par l'isolement do l'Aile-
ANNEXE I «67
,

magne du marché mondial, contrairement au droit des gens;


c. Les dommages pécuniaires cl autres.
Doivent étro considérés commo « dommages do guerre natu-
rels » : ladeslruction totalo ou partiello do fabriques par les pro-
jcclilo* oul'inccndio, ladeslruction d'exploitations industrielles
ou do fabriques situées dans la zono do feu et par suite Inac-
cessibles, dont les machines doivent étro abandonnées a elles-
mêmes et qui, par suito do leur longuo immobilisalion, sont
exposées à une mise hors d'usage complète ; l'enlèvement des
machines hors des bâtiments d'usines transformés en hôpitaux,
eu galles de spectacles, on écuries, etc., cas dans lesquels, en
raison du peu do temps disponible, il n'a pas toujours été pos-
sible do procéder a un démoulage soigneux et ï uno préser-
vation méthodique.
Rentrent dans la catégorlo b : la saislo et l'enlèvement, en
quantité qui, ovec la duréo do la guorre, ont été sans cesse
croissant, do matières premières, do produits semi-fabriques et
fabriqués do machines, lo. tout pouvant servir a des usages do
guerro. Lo blocus presque complet do l'Allemagne et les diffi-
culté» considérables du halle des marchandises, notamment
uvec la Hollande, la Roumanie et la Sulsso,ont rendu nécessaire
lo transport en Allemagne, atlu do satisfaire aux besoins des
Iroupos combattantes et du pays, do toutes les matières qu'elle
Importait en tomps do paix. Dans la mesure où les matières
premières no sufllsaient pas, il fallait naturellement so rabattre
sur des objets fabriqués et mémo sur des pièces do machines
qui, ayant déjà reçu leur affectation, étalent incorporées aux
bâtiments.
Si grave qu'ail été, au moment même, lo préjudico subi par
tes entreprises du fait do .l'enlèvement do inaltérés luxtilct<» do
cuir, do bols, do caoutchouc, do produits chimiques, do mine-
rais do for, do métaux bruis, etc., les régions occupées n'ont
toutefois ressenti lout lo poids du blocus do l'Angleterre quolo
jour où les Installations Industrielles ont dû subir, oulro l'enlè-
vement do machines entières, lo démoulage Intégral do parties
importantes en cuivre, en bronze,, en laiton, etc. {c'est ainsi,
par cxomple,quo les hauts-fourneaux ont été dépouillés do leurs
coquilles, les laminoirs do leurs rouleaux et do leurs coussinets.
.Si la reconstitution des stocks de matières premières et do
168 DE LA GUERRE A LA PAIX
produits somi-fabriquès, ainsi quo l'acquisition do nouvelles
machines, sont avant tout uno question d'indemnité", partant de
crédit, les dommages de guerro de cetto dernière catégorie
auront des répercussions plus durables : ils n'atteignent pas
seulement le crédit de l'entreprise, ils vont jusqu'à mettre
en question la prolongation de son existence après la guerre. Il
en est de mémo do cetto circonstance que la main-d'oeuvre,
soit qu'elle revienne après la guerre, soit qu'ello n'ait pas quitté
la région, se verra contrainte d'émtgrer jusqu'à ce que l'entre-
prise ainsi atteinte soit reconstituée Ces entreprises, en effet,
no disposeront pas de moyens suffisants pour maintenir leur
porsonnel jusqu'à restauration complèto et remise en marcho
des ateliers. La partie du personnel ouvrier qui sera nécessaire
pour la remlsoen état do l'entreprise sera relativement faible. Il
oxislo des localités où Icsémlgranls so compteront par milliers.
Les dommages pécuniaires rangés sous la catégorlo c coin*
prennent les pertes d'intérêts et do bénéfices résultant do l'arrêt
complet do tout trafic commercial et les amortissements excep-
tionnellement élevés qui seront nécessaires après la guorre. Il
en résultera inévitablement une vasto concentration d'aclions,
co qui équivaut à uno perto do capitaux énorme. Il no pourra
non plus être accorde d'indemnité, ni pour lo chômage auquel
des entreprises so verraient condamnées, après la conclusion do
la paix, par suite des destructions ou réquisitions, ni pour la
diminution du chiffre d'affaires et des bénéfices qui en résultera
pendant longtemps encore.
Partant do co principe qu'uno connaissance approfondie des
conditions industrielles et économiques du territoire occupé est
nécessaire dans les milieux autorisés do l'Empire, on a essayé,
dans co travail, d'en fournir uno description en quelque sorte
complèto, d'après les relevés effectués sur place.
Co travail ombrasso, au point do vue tcchnlquo comme au
point de vue économique, les branches Industrielles les plus
importantes il dépeint les conditions d'existenco des diverses
;
industries ; 11 expose leurs rapports avec l'Allemagne et avec lo
marché mondial et donne un aperçu des répercussions qui
résulteront probablement pour l'Allemagno do la destruction
de certaines branches d'industrie.
USINES MÉTALLURGIQUES

DOMMAOES DE GUERRE

Les dommages de guerre examinés Isolément no sont pas


très grands j cependant, considérés dans leur ensemblo, ils
sonttrés Importants. Il s'agit, dans la plupart dés cas, do l'enlè-
vement do matières premières et de machines, notamment do
tours, do plies êleciro-motrices, do courroies do transmission,
do coquilles, do trains do laminoirs, do souffleries, etc.
La situation en janvier 1010 est toujours prise commo bnso ;
mais depuis il est survenu des destructions et des réquisitions
importantes.
La restauration pourra, en moyenne, demander do huit à
seizo mois pour toutes tes entreprises ; il est do grando
importance, pour la question do ta rcprlso do l'exploitation
après la guerre, do savoir si los réquisitions continueront et
notamments'il faudra continuer à enlever des machines ou des
Installations importantes» Après la guerre, il faudra certaine-
ment des années pour so procurer des laminoirs et les usines
atteintes perdront, en attendant, boaucoup do cltonts qui
demandaient des profils spéciaux.
Dans les fondcrtcsd'acier,lcsdommagesdcguerrcconststcnt,
en premier lieu, en réquisitions importantes do machines-
oulils,domoteurs, de câbles etdo matièrespremières. Les fabri-
cants pourront reprendre lo travail trois à cinq mots après la
fin do la guorre, bien quo cette reprisé no putsso être quo
partielle au début.
Dans les fonderies do fer et do métaux, il a été enleva des
170 DE LA GUERRE. A LA PAIX
machines spéciales, difficiles à remplacer, et dont l'acquisition,
l'installation et la remise en marcho demanderont des mois,
peut-être do un à deux ans.
Dans maintes fonderies, tous les modèles on bois eux-
mêmes ont été cmptoyês pour des buts do guerre et ces fon-
deries ne pourront reprendre lo travail qu'au bout do un h trois
ans.
Dans les ateliers do construction des charpentes en fer, le
remplacement des nombreuses machines enlevées, ainsi quo du
fer manquant qu'il faudra so procurer à l'étranger, sera possl-
blo en trois à quatro mois environ.
Dans toutes les branches de l'industrio métallurgique, lo
manquo do main-d'oeuvre, qui s'est déjà fait sentir avant la
guerro, rendra plus difficile encore après la guerro la reprise
do l'exploitation. H est à supposer qu'uno fraction des ouvriers,
notamment ceux établis dans lo territoire occupé, retiendra
après la guerre, mats quo la plus grando parlio d'entre eux,
ceux du moins qui n'étaient pas mobilisés, a trouvé uno occu-
pation rémunératrice dans d'autres régions do la Franco et no
reviendra pas au pays. Tel sera, spécialement, lo cas des ou-
vriers qualifiés, qui r.o trouveront dans les régions envahies,
pendant uno longuo pêriodo après la guerre, aucune occupa-,
tlon dans leur profession.
Par suito du long arrêt do l'exploitation au cours do la
guerro et pendant la période qui suivra, les usines subiront
uno forte diminution do production, partant de recettes. Celte
porto, qui s'accroîtra sensiblement par suite des frais do re-
construction des fabriques, causera à do nombreuses entre-
prises un préjudteo financier tel qu'il leur sora difficile soit do
reprendre leur exploitation, sott do la ramener à son niveau
primitif. Celles-là mémos qui pourront à cet effet so procurer
les ressources nécessaires no pourront, sans do longs délais,
ramener leur production au niveau d'avanUguorro \ un long
temps s'écoulera avant qu'elles retrouvent leurs anciens dé-
bouchés et qu'elles rcdovicnnctit atusi rémunératrices qu'avant
la guorre.
ANNEXE I m

REPERCUSSIONS DES DOMMAGES DE GUERRE


SUR L'ALLEMAGNE

Au point do vue de la répercussion des dommages do guerre


sur l'Allemagne, la question est do savoir si un établissement
a subi des dommages tels qu'il soit mis hors de cause pour uno
longue période ou qu'il no puisse peut-ètro plus être remis en
exploitation. S'il en était ainsi, l'Attcmagiio aurait co double
avantage que la concurrence, on co qui toucho l'acquisition
des minerais de fer et en co qui concorno l'écoulement sur lo
marché mondialise trouverait rèduilo et quo le danger pour
ello du développement rapido de l'industrio métallurgique
française signalé plus haut serait amoindri. Or, aucun des éta-
blissements mèlallurgiquos n'est endommagé à tel point qu'il
soit mis hors do cause d'uno façon porrnauento} mais on peut
diro avee presque certitude quo tous les hauts fourneaux,
toutes les aciéries et tous les laminoirs sont rejetés en arrière
do plusieurs années, que tel est particulièrement le cas pour
les usitics do laminage du Nord.
En co qui concerno les usines pour lo moulage do l'acier,
une répercussion tndireclo sur l'Allemagne est possible en co
sens que, par suilo des détériorations considérables subies par
les fabriques françaises do locomotives et do wagons, les che-
mins do fer français seront peut-èlro contraints d'acheter du
matériel roulant en Allemagne et que les commandes on résul-
tant reviendront aux usines allemandes pour lo moulago do
l'acier, '.;
La proportion dans laqucllo l'Allemagne pourra Inlcrvontf
comme fournisseurdes fers laminés nécessaires dêpendradola
duréo do la période pendant laqucllo, après la guorre, tes
hauts fourneaux du Nord do ta Franco demeureront éliminés du
marché, comme aussi delà question do savoir si l'Angleterre
n'interviendra pas immédiatement et, dans certains cas, né
sera pas également eirtnesuro do fournir des charpentes culte*
rement achevées,
m DE LA GUERRE A LA PAIX

TISSAGES
Y COMPRtS LES ÉTOFFES D'AMEUBLEMENT ET TAPIS

DOMMAGES DE GUERRE

Le dommago causé par la guorre aux tissages dans le dépar-


tement du Nord est Important. Los grands tissagos do toile, do
demt-toito ou d'articles divers situés à Lommo, llaubourdln,
Comlnos, Wervlck, Perenchios, Deulomont et Provln, comp-
tant onsemblo 1.000 mêtlors en chiffres ronds, ont pou souffert ;
mats ils sont cependant endommagés do tello sorto qu'il faudra
uno reconstruction complèto ou uno remlso en état trèsétonduo
des bâtiments et installations. Mémo dans les conditions habi-
tuelles, ces établissements pourront à peino être remis on état
et en plotnomarcho avant un an ou deux. Dix autres établis-
sements comportant 1.400 métiers ont été considérablement
endommagés, en partie par lo bombardement, mais on partio
aussi par l'enlèvement do toutos les pièces utilisables pour la
construction des positions, par l'occupation des troupes, etc.,
do sorto qu'il faudra entreprendre do gros travaux do réfection
qui demanderont ait moins do six à huit mois. Dans la plupart
des tissages il faut s'attendre à do nouveaux dommages, car
les localités dont il s'agit sont exposées au feu onnomt.
Touslos métaux manquants en Allemagne tels que t cuivre,
latton, bronze, etc., ont été saisis et enlevés. Pour les machines
à vapeur, les coussinets, les arbres do transmission, ces réqui-
sitions ont été jusqu'ici moins nombreuses quo pour les ma-
chines à parer et à sécher, auxquelles do nombreux tuyaux,
èvchts et revètemonls en cùtvro ont été ontovès.
On a expédié en Allcmagno des quantités considérables do
matières premières, des marchandises à demi fabriquées et
fabriquées ', on a enlevé également sans exception les machines
et fils terminés sur bobines ainsi quo les chaînes. Les condi-
tions sont ohalogucs dans les autres régions et tissagos du
territoire français occupé.
ANNEXE I 173

Dans la région do Sedan-Rcthel, les dommages do guerre


sont exceptionnellement graves. Sur quinze établissements,
dix tissages do fils peignés ont été complètement anéantis,
c'est-à- diro quo toutes les machines et toutes les installations
ont été enlevées des bâtiments et gisent en plein air comme
de la ferraille ; les bâtiments ont en outre fortement souffert
par suito de l'abatago ou do la perforation des murs, do l'enlè-
vement des planchers, de l'enlèvement partiel des murs, etc.,
de sorto quo si ces maisons veulent reprendre lo travail après
la fin do la guerre, il faudra nécessairement rééquiper les fa-
briques entièrement à neuf. 11 est certain qu'aucun dos dix
établissements énumérés no pourra commencer & fonctionner,
mémo partiellement, ij l'un an au moins après la conclusion do
la paix, à condition quo les fabriques do machines Intéressées
soient en mesure do livrer dans ce délai.
La reprise du travail dans les tissages a donc àjultcr avec
do grosses difficultés. Par suito du manque do matières pre-
mières et d'ouvriers expérimentés, par sulto do la pénurio gé-
nérale, par sulto aussi do la destruclton do tant do fabriques,
H n'est pas vralsomblablo quo les pièces manquantes puissent
être remplacées en peu do temps ou quo les dommages subis
puissent être réparés a bref délai.

REPERCUSSIONS SUR L'ALLEMAONE

L'industrio française du lissago aura perdu pendant la


guerro maints débouchés. Pour tes reconquérir et pour savoir
tirer parti du coup lorrible subi par l'industrio du tissago dans
les régions occupées, il est particulièrement important pour
l'Allemagne de remettre en marche aussi rapidement que pos-
sible, après la guerre, ses tissages intacts, grâce à la protnpto
acquisition do matières premières et do fils.
Si les relations do politique commerciale entre la Franco et
l'Allemagne so présentent sous un jour assez favorablo, un
débouché d'uno Importance énormo, notamment pour les
constructeurs allemands do machines destinées à l'industrio
textile, doit s'ouvrir dans lo Nord de la France.
L'accroissement inévitable des salaires et lo prix des ma*
Itères premières qid demeurera certainement élevé pendant
174 DE LA GUERRE A LA PAIX
uno tonguo période obligeront les industriels do la branche
textilo du territoire occupé, dans la mesure où ces industries
pourront renaître, à acquérir les machines les plus économi-
ques. Los machlnos allemandes ont conservé, malgré la guorre,
cotto réputation dans les réglons envahies.

BLANCHIMENT, TEINTURE,
APPRÊTS ET IMPRESSION DE TISSUS

DOMMAOES DE GUEimB

On a démonté entièrement les pièces on cuivre et les cour-


roies qui ont été envoyées en Allemagno. Il est très douteux
que les réparations puissent être entreprises immédiatement
après ta fin do la guerro ; car la main-d'oeuvre nécessaire fera
probablementdéfaut et ou no pourra so procurer si rapidement
lo cuivre et lo cuir en quantités suffisantes. On peut admettre
quo la remise en activité des teintureries et des établissements
d'apprêt no sdra guère possible en règle générale avant un ou
deux ans, en admettant tes conditions les plus favorables. Los
machines sont toutes abandonnées, démontées ot très attaquées
par la rouille.

RÉPERCUSSIONS SUR L'ALLEMAONH

Les fabriques do machines du torrilolro occupé ayant égale-


ment beaucoup souffert, l'industrio dont il s'agit sora rèdulto à
se procurer des machines allemandes et à recourir aux usines
allemandes pour sa remtso en activité. La teinture, le blanchi-
ment et l'apprêt ont subi do grands dommages du Tait do la guerro
et il faudra plusieurs années pour les ramoner h leur plein essor.
Un débouché important est ouvert aux fabriques ollomandcs
de machines pour la rètnstallatlon dos établissements do tein-
ture, do blanchiment et d'apprêt.
ANNEXE I (75

FILATURES DE LAINE CARDÉE


DE LAINE PEIGNÉE, DE LAINE A TRICOTER
MANUFACTURES DE RETORDAGE

DOMMAOES DE GUERRE

Les dommages do guerre qu'ont subis les filatures do latno


peignéo et do lalno cardée sont très Importants.
Dans les fabriques, on a enlevé presque toutes les pièces en
cuivre des chaudières et partout les courroies en cuir ont èlô
emportées | les canalisations pour l'éclatrago électrique ont été
démontées dans maintes usines ; les petits êlectremotcurs
seront cnlovés d'ici la fin do la guorre.
Dans la région d'Avcsnes et do Sedan, quelques fabriques onl
été vidées, do sorto qu'un certain nombre do machines, qui ont
dû ètroabandonnées aux intempéries, peuvent être considérées
commo do la ferraille.
Los filatures Stmonncl, a Warmcrlvlllo et Rappo, ASolcsnros,
peuvent être estimées entièrement anéanties, ectto dernière par
t'incendie.

RÉPERCUSSIONS SUR L'ALLEMAGNE

Dans qucllo mesure la prolongation, après la paix, do la


guerre êconointquo pcrmctlra-t-cllo ft la Franco do reprendre
l'avantage quo l'Allemagne possède par sulto do co fait qu'ello
n'a pour ainsi diro pas subi do dommages do guerro? C'est un
problème quo devra étudier l'industrio allemande intéressée.
Si, dans lo monde entier, aussitôt après la conclusion dé la
paix, la libre concurrence se rétablit, commo précédemment,
on peut admettre quo l'AHcmagno doit être en situation de re-
prendre sa plcino capacité do production dans lo domaino de
la fabrication des filets do laine, ou moins un à deux ans plus
lût quo la France.
176 DE LA GUERRE A LA PAIX
Co sera un résultat d'autant plus enviable quo les branches
d'industries connexes : tissago et teinture, ainsi quo lo commer-
ce d'exportation bénéficieraient du mémo avantage et quo co
dernier notamment so trouverait en situation non seulement
do reconquérir les débouchés qu'il a perdus, mais d'icquêrir
mémo de nouveaux débouchés, là où la Franco était jusqu'à
prèsenl l'uniquo fournisseur.

INDUSTRIE CÉRAMIQUE

On relèvo des dommages do guorro considérables par sulto


de destruction, do réquisition sur uno vasto échcllo d'instal-
lations et canalisations électriques.
Par suite do la réquisition do métaux et do pièces do
machines, comme aussi de l'enlèvement do machines afin do
gagner do la place, ces dernières ont été, les unes endomma-
gées, les autres mises complètement hors do service.
Il a été procédé à d'importantes réquisitions do produits
fabriqués pour les besoins do l'armée. Il no faut pas s'attendre
à la repriso du travail, dans la plupart des établissements,
avantunan.

REPERCUSSIONS SUR L'ALLEMÀONE

L'industrio allemande do construction do machines doit trou-


ver en co domaine, après la guorre, uno bonne occasion
d'écouler ses produits.
Avec des efforts appropriés, TAIIemagno doit réussir h
s'emparer des quelques marchés extérieurs français, nolnm-
mont la Turquie et les pays balkaniques} lo long chômage des
fabriques françaises et l'impossibilité où elles so trouveront do
fabriquer et d'exporter aussitôt après la guorro pounaient y
contribuer.
ANNEXE I 171

INDUSTRIES CHIMIQUES

DOMMAGES DE GUERRE

Seules quelques fabriques ont été atteintes par les événe-


ments do guorro au point qu'il sera nécessaire do les recons-
truire entièrement. D'autre part, il n'y a guère qu'un polit
nombre do fabriques qui soient domeurèes intactes. La plupart
ont subi do tels dommages, par sulto do destructions ou d'enlè-
vements do cuivre, do l'enlèvement dos chambres do plomb,
du cantonnement des troupes pendant dos mois durant et do
la réquisition do leurs matières premières, quo lour réfoctton
demandera dos mois, peut-être uno année, sinon plus.

RÉPERCUSSIONS SUR L'ALLEMAGNE

La question est ici encore do savoir quel avantagé l'industrio


allomando pourra Urer do la situation. L'Allomàgno a précé-
demment fourni touto une série do machines spéciales qui so
sont très bien comportées. L'industrio françalso devra so pro-
curer après la guerre un plus grand nombre d'entre elles, afin
do remplacer la main-d'oeuvre dont ello a été jusqu'ici très
prodigue, mais qui no sera plus disponible par sulto des perles
do vtos humaines. Pour les mêmes motifs, l'industrioallemande
trouvera également un bon débouché en co qui concorno les
Installations d'extraction; car l'extraction mécanique est cucoto
pou développée dans les fabriques françaises.

OLËIIHK KT l'AIX \i
178 DE LA GUERRE A LA PAIX

INDUSTRIE SUCniÈRE

DOMMAGES DE GUERRE

Les fabriques, n quelques rares exceptions près, ont énor-


mément souffert do la guerre. Il n'en est aucune qui ait échappé
aux réquisitions ; partout, les stocks do sucre et do mélasse,
les approvisionnements do charbon, do coko cl do pêlrolo, lo
caoutchouc et Icscourroics, l'inventaire mort et vif, con$l$tantcii
chevaux, boeufs, animaux do Irait, voilures, harnais, outillage,
voles Decauvilte, wagonnets à bascule, canalisations électri-
ques, etc., onl été enlevés ; et, dans quelques établissements
seulement, quatre ou six, qui travaillent pour l'armée alle-
mande, on n'a laissé que lo plus indispensable.
Mais les dommages causés aux fabriques elles-mêmes et a
leurs installations sont plus, graves encore.
Lo jnanqqp do surveillance, l'occupation par les troupes,
('enlèvement des objets précllês ont déjà causé do grands
dommages ; mais tes fabriques ont souffert bien davantago du
(jêmoulago des pièces en cuivre, en laiton et en bronze.
Les faits do guerro ont ù tel point endommagé touto uno
6êrto do fabriques qu'il faudra renoncer à les reconstruire.
Celles-là mémo qui ont tant bien quo mal subsisté stibjront
longtemps encore lo contre-coup de la guerre. A supposer
qu'il soit posslblo do les dédommager peu après In guerre poup
l'enlèvement do leurs approvisionnements, dp leurs machines,
do leurs métaux, etc., ces établissements auront h prendre en
charge beaucoup do dettes anciennes pour fourniture do bette-
raves, do matières premières et d'autres articles, opération
qui Influenceradéfavorablement les rapports entre fournisseurs
et fabriques.
Dans les établissements où les chaufferies, le» appareils, les
coussinets de machines, les armatures, les valves, les robinets
et les pièces moulées epéclales, etc., ont été démontées, leur
ANNEXE I 178

remplacement, qui devra so faire par des pièces également en


cuivre ou en laiton, demandera un long délai, par suito do la
pênurio do matières premières et do main-d'oeuvreexpérimen-
tée et exigora des frais considérables, étant donnéo l'impor-
tance du travail.
Sur les 230 fabriques do sucro françaises, la moitié environ
so trouvo en territoire occupé, dont (es ifi" dans la zono atleinto
par la guerro et bon nombre dans la zono do feu. Quinzo à
vingt fabriques sont entièrement inutilisables. Pour d'autres
motifs, un nombre au moins égal osl hors d'état do reprendre
la fabrication. Un certain nombre d'entre elles so consacreront
à la fabrication do l'alcool ; lo reste aura fort & faire pour sur-
monter tes dommages do guerre.

RÉPERCUSSIONS SUR L'ALLEMAONE

L'industrio sucrièro française doit disparaître commo eoncur-


rentosur lo marché mondial (Angleterre) dans les deux ou trois
prochaines années. Ello sera, nu début, à poîno en mesure do
subvenir aux besoins du pays et do rcconslitucr les stocks

épuisés. •
En dépit do sentiments quelque peu hostiles, les relations
commerciales avec l'Allemagne demeureront assurées ; car
l'industrio sucrièro française no pourra so passer «les semences
do betteraves allemandes sans so nuire à elle-même. 11 lui
faudra, en outre, acheter en Allemagne do In terre d'infusoircs
et du charbon, co dernier vraisemblablement en grandes quan-
tités, les houillères françaises ayant également beaucoup souf-
fert. Ello aura peut-être même, dans uno cerlalno mesure,
recours aux fabriques allemandes spéciales en vuo do sa
rccouilllutlon 5 car les ateliers do conslmêlions mécaniques
français, situés pour la plupart dans lo Nord cl affaiblis par la
guerre, uo pourront suffire à la lâche.
180 DE LA GUERRE A LA PAIX

INDUSTRIE DE L'ALCOOL

DOMMAGES DE GUERRE

Touto uno sêrio do distilleries situêos dans le volslnago


immédiat de la ligno do combat est complètement détruite.
Dans les autres distilleries, lés tuyaux, appareils et machines,
nécessaires pour la distillation, on tant qu'ils étaient ou métal,
ont été enlevés. Commo les appareils les plus Importants dans les
distilleries son) eu cuivre ou en laiton, les dommages do
guorre sont exceptionnellement élevés. Ces établissements,
avec les faibles ressources financières dont les propriétaires
disposerontaprès la guorre, no reprendrontjamais leur impor-
tance primitive. Il faudra so bornor à reconstruire le plus indis-
pensable. Il faudra des années pour quo l'industrio do l'alcool
so relève do la guerro.

RÉPERCUSSIONS SUR I/ALLEMAONB

La livraison do machines et d'appareils allemands no


devrait pas être impossible, bien qu'il soit à supposer quo les
fabriques françaises do machines, qui fournissaient jusqu'à
présent ectto industrie, chercheront à conserver leur oueienuo
clientèle.

INDUSTRIE DU CUIR

DOMMAGES DE GUERRE

La concurrence française no pourra so manifester sur te


marché mondial avant dix-huit mois.
ANNEXE 1 181

Si la Franco n'est pas en mesure, après la guerre, do sub-


ventionner largement l'industrie du cuir dans lo Nord et, tout
au moins, do l'indemniser rapidement pour les réquisitions
effectuées par l'administration militairo allemande, il lui fau-
dra des dizaines d'années pour reprendre sa prospérité d'au-
trefois.
•;
'
RÉPERCUSSIONS SUR L'ALLEMAONE

Étant donnée cette situation, l'industrie allemande du cuir


pour scmolles et pour courroies, en agissant avec circonspec-
tion, pourrait se créer dans lo Nord do la Franco un débouché
important pour plusieurs années. Il faut toutefois compter quo
la Franco cherchera à couvrir en Amérique ses besoins en cuir
pour semelles et pour courroies, co qui no saurait présenter
aucune difficulté. Cependant II doit être aisé h l'industrio allo-
inando du cuir do s'assurer pour l'avenir les débouchés Impor-
tants quo possédaient précédemment les produits français en
Asio Mineure et en turquio d'Europe.

MINES DE HOUILLE

DOMMAOES DE GUERRE

La guerre a fortement éprouvé lo bassin houlllcr tin Nord»


Les détériorations devenues nécessaires dans les installations
destinées à l'exploitation des mines commencent au bassin do
Dourges et augmentent au fureta mesure qu'on so rapproche
du front do bataille. Tout lo cuivre, le laiton, lo métal compo-
sition ainsi qtfo tout le bronzo ont été enlevés des machines,
des canalisations électriques, etc., à l'une des fosses du bassin
de Dourges, à toutes les fosses do Drocourl ainsi qu'à la fosso
H do Courrlères. Dans lo petit bassin de Canin, toutes les
par-
tics métalliques des machines ont été enlevées. Le démontage
do ces pièces n'ayant pas toujours été exécuté par des mains
expérimentées, il en est naturellement résulté de graves dom-
182 DE LA GUERRE A LA PAIX

mages aux machines et installations électriques et leur remise


en état no sera pas Seulement coûteuse, mais aussi difficile et
trèslongue,
H va do soi que. l'administration, de'l'armée, ainsi que les
troupes, ont enlevé dés fosses tous les matériaux qui pourraient
être affectés à des emplois militaires, tels quo : bois do mines,
rails et tout matériel en fer, coke, essence, huile, etc.
Lo travail do destruction n'a pu. être laissé au Seul fou do
l'ennemi. Certains motifs stratégiquesnous ont amenés à abattre
'tes bâtiments d'extraction. La communication souterraine, si
dangereuso pour nos ttoupcS entre les bassins située do part et
d'autre des positions de combat, a été ihlerrompuobh Inondant
les travaux dd mïnoS. A cet effet, oh a détruit lo cUvelago aux
endroits où des couches d'eau permettaient do provoquer Urio
forte inondation à l'intérieur des galeries. Par suite do lotîtes
ces circonstances, les bassins sont immobilisés pottr des années.
Pour nlcsurei" dans toute leur éléhdUo tes dommages do
guorro subis par l'cnsomblodU bassin minier du -Nord,' il faut
so rappeler quo lo bassin do BéthUne, stluô enllèrcntent do
l'autre cété do nos lignes, so trouve hors d'étal d'être exploité
pendant plusieurs années.
On peut évaluer la diminution do la production do houille
pendant la première année do paix, pour i'ensemblo do là
région, à 13 ou 15 millions do tonnes cl celte diminution no
sera guère inférieure à 10 millions do lonnos pondant la
secondo annéo do paix. Il est certain quo les fosses do Lcns et
do Lié vin, peut-être aussi celtes doMourchin, demeurent hors
do compto pour des années, avec leur production qui atteint
on chiffres ronds 8 millions 1/ï do tonnes.
L'excèdent do malu-d'oeuvro qui so manifestera après la
guerro donnera lieu à des émigrations qui pourront, par la
sulto, créer des diflcultès quand il y atna lieu do eombiorica
vides.. ';'".

RÉPERCUSSIONS SUR L'ALLEMAGNE.~


REMPLACEMENT DES MACHINES

Les mines de houille du Nord do la Franco ont, par sulto do


,
la guerre, perdu tant do machines que, si elles vculcut se
ANNEXE 1 183

remettre rapidement au travail, elles seront forcées do s'adres-


ser à l'étranger. Quelles quo soient les modalités du rétablisse-
ment des rapports politiques entre la Franco et l'Allemagne,
l'industrie mécanique allcmando profitera en toutes circons-
tances de sa bouno réputation, l'Angleterre et l'Amérique
n'étant pour ainsi dire pas introduites dans la région.
L'industrio française du coke entre enjeu commo concur-
rente do l'Allemagne, sur lo marché français, on tant qu'ello
cherche à diminuer l'écoulement consldérablo du coko alle-
mand sur co marché (en 1912-13, plus do 2 millions 1/2 do
tonnes annuellement).
Il est peu vraisemblable quo les mines qui fournissent lo
charbon à coko soient eu mesure dolo livrer en quantités suffi-
santes pour subvenir entièrement aux besoins des fours, do
sorte quo tes usines à coko devront avoir recours, dans uno
largo mesure, aux charbons étrangers, notamment au charbon
gras allemand, La concurrence anglaise n'entrera guère en
jeu, après la guerre, pour cetto catégorlo d'acheteurs voisins
do l'Allemagne, en raisons des frets maritimes élevés.
Quand ils auront été remis en état, les fours à coko do la
Compagnie do Lcus seront, pendant des années, obligés do se
fournir do charbons à coko étrangers ; car lo charbon gras des
mines do la Compagnie do Lons leur fera défaut par sulto do
la destruction dos travaux cl do l'inondation du bassin minier.
On a peine à supposer qùo Lens reprendra la fabrication du
coke avant l'exploitation do ses propres charbons. Los établis*
sèment* ainsi atteints comprennent B5Î fours avec fabrication
do produits dérivés et uno production anhùollo dd 620.000
tonnes de coke.
Mémo si les riches gisements do fer et de charbon dit terri-
toire français occupé par les troupes allemandes devaient ros-
ier à là France, tj est à prévoir pour l'Allemagne i|il 'ello aura
à livrer un |>oureenlago plus élevé quo par lo passé du déficit
laissé par ld production franchise.
181 DE LA GUERRE A LA PAIX

PEIGNAOE DE LA LAINE

DOMMAOES DE GUERRE

Il est à peu près impossiblo d'évaluer en leur totalité les


dommages do guerre. Les pièces en cuivre des peignages ont
été enlevées! les installations des chaudières et les machines
à laver avec leur corps en cuivre perforé ont été également
atteintes par cetto réquisition.
Il s'agit do pièces qu'il est impossiblo do remplacer rapide-
ment. En outre, tos courroies ont été enlevées presquo sans
exception.
A moins qu'on no romplaeo provisoirement de nombreuses
pièces en cuivre par des pièces en fer, il faudra au moins un an
pour remettre les peignages en marche, co qui doit avoir sa
répercussion sur louto l'industrio do la filature do la lalno ; cat
celle-ci no pourra recommencer à travailler avant do disposer
do traib en quantités suffisantes.

RÉPERCUSSIONS SUR L'ALLEMAGNE

La première répercussion sur l'Allemagne se manifestera


par la misé à contribution plus Intense quo précédemment des
filatures allemandes. Si elles disposent do matières premières
en quantités suffisantes, elles auront vraisemblablement à Ira-
vatller nutt et jour à plein rendement.
Quant à savoir s'il sera posslblo do faire disparaître après la
guorro la supériorité do la Franco dans lo domatno do la
fabrication des laines peignées, c'est un problèmo dont la solu-
tion dépond do l'activité des peignages allemands et do la
mobilité du marché allemand do la laine.
La situation défavorable des peignages français après la con-
clusion de la paix assure aux poignages allemands un avantagé
qu'ils doivent mettre à profit en établissant des prix modérés.
ANNEXE I ISS

INDUSTRIE ÉLECTRO-TECHNIQUE
ET USINES D'ÉLECTRICITÉ

DOMMAGES DE GUERRE

Étant donnéo l'importanco relativement minimo do l'indus-


trio électro-technique dans lo territoire occupé par les troupes
allemandes, les dommages do guerro n'ont pas infligé do dégâts
sérieux à l'cnscmblo do cctlo brancho industrielle. Si grave-
ment qu'aient été ondommagècs les diverses entreprises situées
surlo territoire on question par suito do la réquisition des
machines et des matières premières, notamment du cuivre, Il
faut admettre qu'après la conclusion do la paix un délai d'un
an environ sera suffisant pour rendre aux établissements dont
il s'agit leur entière capacité do production, après acquisition
des machtnos nécessaires. Toutefois l'industrio françatso
éprouvera do grandes difficultés,après la fin do la guerre, pour
so procurer des ingénieurs et desouvriors en nombre suffisant.

RÉPERCUSSIONS SUR L'ALLEMAONll

Lo démoulage d'un grand nombre d'installations électriques


dans les entreprises industrielles du territoire occupé, ainsi quo
la réquisition des canalisations en cuivre, créeront des besoins
extrêmement èlovés en matériel électrique do touto nature.
Il n'est pas douteux qu'après lo rétablissement des conditions
du temps do paix, l'industrio françatso no sera plus en état do
satisfaire aux besoins en machines électriques, en transfor-
mateurs et en appareillage qui so manifesteront, d'autant qu'il
s'agira alors do romcltro en plotno exploitation, dans lo plus
bref délai possible, touto l'industrio frauçaiso du territoire
occupé. L'industrie allomando pourra-t-clle, en dépitde la pro-
fonde aversion des industriels, reconquérir sa position sur lo
marché français du matériel élcctro-tochniquo et contribue!
188 DE LA GUERRE A LA PAIX
dans uno proportion imporlanto à faire face à uno domando
considérable ? La réponso à ectto question dépend en grande
partio du règîomcnt définitif do nos rapports avec la Franco.

ATELIERS DE CONSTRUCTION MÉCANIQUE

DOMMAGES DE OUERRB

Les dommages do guerro directs no sont pas très Importants,


car un pMit nombre soulomont d'usines situées dans lo terri-
toire ocjupô ont été détruites. Toutefois 10 à 12 usiuos ont
été complètement anéanties.

UÉPErtCUSSiOtf ëllH L'ALLEMAGNE*

Il est difficile de détoi-minbrquollosoràld répercussion sur


l'Àltomdgne. Un grand nombre d'ohlhi les machinés réquisi-
tionnées doit déjà avoir été commandé on ÀthèHqdd et sora
dtspohlblo aussitôt après là conclltslbn dd la paix. 11 serait à
désirer quo l'industrie mécanique allcmando participât à la
reconstruction do l'industrio mécanique du territoire occupé,
d'autant quo collo dernière sera certainement développée.

DRASSEIUES ET MALTERIES

DOMMAGES DE OUERRB

Lesfâtti do guorro n'ont occasionné tjùd do légers dom-


mages aux bAtlriiènU des brasseries, cxccpliori frtlio hàlureilb-
fiicnt pour celles", àssci nombreuses, qui so trouvent dans lazulib
ANNEXE I «7
Les brasseries ont subi do lourds dommages par suito do
l'enlèvement des pièces en cuivre.
Seules ont été préservées celles qui ont brassé pour les
troupes ou qui ont été exploitées directement par l'armêo
commo brasseries .militaires. Leur nombre n'est pas élové.
L'industrio brassicolo du territoire occupé peut être consi-
dérée en majeure partie commo anéantie. Certains propriétaires
do brasseries, les mieux placés au point de vuo pécuniaire,
auront besoin d'un délai dé deux ans au moins pour lo réta-
blissement do leur exploitation, fe'ils remplacent en .pnrtio le
cuivre par lofer.

iUÎPERCÙBSlONS SUlVi/ÀLLEMÂGNE

Uno bonno partie des commandes reviendrait à l'industrie


mécanique allemande, si ello pouvait assurer des délais do
livraison plus courts quo Ses concurrents anglais et auièûc'ins.'

MOULINS A HUILES

DOMMAGES DE OUERRE

Les dommages aux bâtiments ont été occasionnés en partie


par l'incendie, lofeu do ParliUcrio et tes bombes d'aviateurs,
en partie par l'enlèvement do pièces do bois par les troupes.
Les dommages aux machines ont été provoqués moins par les
bombardements quo par l'enlèvement do machines entières ou
do pièces do machines ot par la rouille. En outre* des dom-
mages matériels ont été occasionnés par les réquisitions do
cuivre, do courroies, do sacs, do fûts, etc, ainsi quo par la dé-
molition do bâtiments transformés en cantonnements, écuries,
magasins, exploitations techniques pour l'armée.
Mémo dans les fabriques les moins éprouvées, Il faudra plu-
sieurs mois do travail pour remettre les machines et les bâti-
ments en étal. Lo remplacement des pièces do machines pré-
188 DB LA GUBRRE A LA PAIX
scntcra uno difficulté spéciale Ces pièces no pourront être
obtenues qu'avec beaucoup do peine.

RÉPERCUSSIONS SUR L'ALLEMAGNE

A supposer qu'il so trouvo des chefs d'entrepriso et des capi-


taux pour entreprendre la reprisé do l'exploitation, il faudra
souvent renoncer à la remise en état aussi coùteUso quo com-
pliquée des machines endommagées et recourir à l'achat do
nouvelles machines, afin do s'assurer du mémo coup les avan-
tages d'une installation modorno. En raison do leurs qualités
et do lour réputation, les machines allemandes viendront ici
en première ligno en concurrence avec les machines anglaises.

INDUSTRIE DU PAPIER

DOMMAGES DE GUERRE

Les dommages occasionnés par la guorro aux machines et aux


bâtiments do l'industrio du papier sont assez considérables, car
il s'agit principalement do l'enlèvement des conduits impor-
tants en cuivre, do formes et de cylindres on laiton, dont le rem-
placement sera difficile après la guerre.
Par exemple, dans les seules fabriques do papier do Bous-
bocque, il a été démonté environ 00 tonnes do cuivre ouvré.

RÉPERÇUSSIONS SUR I/ALLEMAONB

L'industrio mècaniquo allemando qui, avant Iaguorra,a trouvé


dans lindustrlodupapier un débouché si important pour ses ma-
chines, devrait s'efforcer do contribuer à la remise en état des fa-
briques, afin d'éliminer ainsi la concurrence qui no manquera
pas do surgir, notamment de la part do l'Amérique. Les machi-
nes américaines pourraient autrement s'implanter facilement
dans cclto Industrie,d'oùII soraitensuito difficile de les expulser.
ANNEXE I 180

INDUSTRIE DU VÊTEMENT

DOMMAOES DE GUERRE

*•
Les dommages occasionnés par la guorro à l'industrio du
vètemonl sont très grands. Lo nombro des fabriques entière-
ment anéanties, colles dont lo chiffre d'affaires annuel est
d'environ 10 millions do francs, est toutefois minime. Il est
doutoux quo cos fabriques soient reconstruites après la guorre.
On no peut prévoir silo remplacement des machines à cou-
dre réquisitionnées offrira des difficultés ; do nombreuses
ouvrières n'auront pas les moyens d'acheter uno nouvello
machine ; en co qui concerno los ateliers, il s'agit do 1,163
machines enlevées ou endommagées. L'acquisition des étoffes
nécessaires demandera également un délai considérable, car
il s'agit do quantités importantes et toutes les étoffes ont été
transportées en Allomagno ou utilisées directement pour l'ha-
biltomont des troupes.

INDUSTRIE DU COTON

DOMMAOES DE OUEURB

Les dommages de guorro qu'a subis l'industrio do la filature


cl du retordage du coton no sont pas trop considérables. Les
bombardements, et surtout l'explosion do Ltllo du 10 févrior
1016, ont eu pour conséquence un déchet total d'environ
100.000 broches cno.000 broches à retordre.
Afin d'abriter la troupe ot los chevaux, los machines ont été
démontées dans 6 exploitations comptant environ 100.000 bro-
ches à retordre el sont, par sulto, dovenuos Inutilisables pour
la plus grando partie ; dans plusieurs cas, toutes les machines,
100 DE LA GUERRE A LA PAIX
ainsi quo les machines à préparer, ont été exposées à la pluie,
do sorte qu'il est douteux qu'on puisso les utilisor do nouveau.

REPERCUSSIONS SUR L'ALLEMAGNE

.11est impossible de fixer, mémo d'une façon approximative, !o


délai qui sera nécessaire après la conclusion do la paix pou''
pouvoir reprendre l'exploitation, acquérir ips matières premiè-
res réquisitionnées alnsj que les courroies, remplacer les nom-
breuses cardes détériorées et exécuter les réparations néces-
saires aux machines ; trop de facteurs inconnus entrent ici pn
jeu.
pans lo tprrjtoirp opeupè, |à grqndo masso (jes broches et
des brochps à retordre np pourra fqnctjonnor qijp six à huit
mois après quo rindnsli lo plioniando correspondante aura
repris son exploitation.

INDUSTRIE DU JUTE

DOMMAGES DE GUERRE
Los dommages dp guerre apparents peuvcnl étro considérés
commo insignifiants.

RÉPERCUSStONS SUR L'ALLEMAGNE

Après la guerre, l'exportation françatso do fils do jute subira


certainement un recul par suito do l'augmentation des besoins
intérieurs. L'Allemagne doit donc compter sur uno diminution
des Importations pour les premières années do paix ; dès lors,
l'installation en Allemagno de tissages pour lo juto fin dovra
étro rémunératrice.
ANNEXE I 101

FABRIQUES I}E FICELLES ET CABLEipS

DOMMAOES DE GUERRE

Lés dommages do guerre subis par les filatures de chanvre


et los càbtortos no sont pas négligeables.
Six exploitations so trouvent dans un état toi quo leur remise
en activité, après la conclusion do la paix, parait extrêmement
douteuse.
Dans ces exploitations, il faudra remplacer entièrement l'ou-
lillago ; dans les autres càbtcrics, on a enlevé do nombreuses
pièces en cuivre et courroies, do sorto quo, ici encore, un temps
très long sora nécessaire pour leur remlso on activité.

POSSIBILITÉS
DE DÉBOUCHÉS POUR LES MACHINES ALLEMANDES

Les fabriques do machines do ChcmulU et do Barmeu dot-


vent essayer d'obtenir les commandes pour la reconstruction
do càblerlcs dans la zono do guerro ; tes machines allemandes
sont spécialement vantées par les c 'Mromaltrcs cl leur supé-
riorité sur les machines anglaises est franchement reconnue.

INDUSTRIES TEXTILES
LIN, CHANVRE ET RAM1B

DOMMAGES DE OUERRE

Les dommages dp guprrp occasionnés aux bâtiments pi aux


machines par suite do bombardements, d'incendies et d'occu-
pation par les troupes no sont pas importants, si l'on considère
191 DE LA GUERRE A LA PAIX ;

lo nombre total des filatures, quoiquo certaines filatures aient


été très fortoment attoinlos.
Il no faut pas sous-estimer toutefois les.dommages qui ont
été occasionnés par sulto do l'enlèvement de courroies, de
pièces en cuivre, d'ôloctres-raoteurs, etc. ; car la possibilité du
remplacement do ces moteurs et de ces pièces dépendra, après
la guerre, des circonstances les plus divorses. Cclto remise en
activité dépondra aussi du recrutement d'Uno quantité suffi-
sante do main-d'oeuvre, do la substitution, qui sera Bans doute
nécessaire sur uno grande échclto, à la main-d'oeuvre mascu-
line do femmes et de jeunes gens, du remplacement raptdo des
matières premières enlevées, do la possibilité d'exécution
immèdlato dos travaux do réparation, enfin do ta consolida-
tion de la situation financièro des divers établissements.

RÉPERCUSSIONS SUn L'ALLEMAONB

Après la guerre, uno forlo demando do fils dp lins so mani-


festera certainement sur le marché français, demando à
laquelle les filatures françaises parviendront difficilement à
faire faco, tout nu moins pendant les premières années. En
aucun cas, la France no pourra, pondant cclto période,
oxporlcr do (Ils do lin on Allemagne. Les filatures do lin alle-
mandes devront donc s'organiser pour augmenter leur fabri-
cation do ce produit.

PRODUITS
DÉRIVÉS DE L'INDUSTRIE DU COKE
ET DE LA DISTILLATION DU GOUDRON

DOMMAOES DE GUERRE

Avec la destruction des principales Installations, telles quo


eello do la Société do Lotis, cfclto induslrio a reçu un coup très
rudo.
ANNEXE I 193

REPERCUSSIONS SUR L'ALLEMAGNE

Il faut donc prévoir, après la guerre, un accroissement des


exportations en Franco des produits do l'industrio allomando
du charbon et du goudron.
Les consommateurs français do ces produits dovront, pen-
oant les premières années qui suivront la guerre, recourir,
plus que par lo passé, aux importations allemandes, anglaises
ou belges,

RETORDAGE

DOMMAGES DE GUERRE

Les dommages do guorro subis dans les fabriques de retor-


dage sont tels quo, pour quatre exploitations, il faut compter
environ un an après la conclusion do la paix pour la rcmtso on
activité *,la fabrtquo Itâsscbrouck Frères. t> Connues, doit être
considèréo commo complètement auéai.a
.

OL'ERHB fit PAIX 13


ANNEXE II

PROJET D'UNE SECTION FINANCIÈRE


DE U LIGUE DES NATIONS
PitÉSEXTÊ PAR M. L. L. KLOTZ
LE 1 FÉVRIER lylo
ANNEXE 11

COMMISSION DES RÉPARATIONS (SOUS-COMMISSION)


Séance du 4 féorier 1919,

PROJET
O'CNE'. •-'

c SECTION
FINANCIÈRE DE LA LIGUE DES NATIONS »
PRÉSENTÉ PAB M. L. L. KLOTZ

La Ligue des Nations comprend uno Section financière :

L — COMPOSITION DE LA SECTION FINANCIÈRE

4° La Section financière aura son siège à...


2* Elle sera composé© de... membres. La Franco y sera
représentée.
3» Le Président, désigné par la Section, sera choisi pour un
an, à tour de rôle, parmi les représentants de certaines Puis-
sances, dont la France.
4* Seront admis à étro représentés à la Section et à exercer
immédiatement après (ou concurremment avec) les Etats alliés
et associés un privilège pour lo recouvrement de leurs créances
sur l'Allemagne, FAulriche-Hongrie, la Turquie, la Bulgarie
ou leurs ressortissants, les Etats neutres qui se seront engagés
à prendre toutes mesures utiles pour :
108 DH LA GUERRE A LA PAIX
«) Assurer sur leur territoire l'application des clauses finan-
cières du traité do paix, notamment la saisie des avoirs alle-
mands, autrichiens, hongrois, turcs et bulgares, la perception
des taxes prévues au traité, les exemptions fiscales et autres
facilités pcrmellnnt les échanges do titres consécutifs aux
règlements do dettes ;
b) Empêcher l'évasion fisealo par uno entento internationale;
c) Protéger d'uno manière efficaco les porteurs do titres
dépossédés par faits do guerre, réprimer les vols et recels do
litres ;
No pourront être admis à In Liguo des Nations, les Etats qui
auraient révoqué les engagements ri'gu'ièrcmcnt pris par eux à
l'égard des porteurs do leur detto actuellement en circulation.
b° Les frais généraux do |a Section financière sont couverts
par un prélèvement sur les annuités perçues. Lo montant do co
prélèvement sera fixé et pourra étro modifié par la Section.

IL - ATTRIBUTIONS DE LA SECTION FINANCIÈRE

§ 1. — ATTRIBUTIONS AtiMlXISTOATlVES.

La Section financièro exercera un contrôle supérieur et per-


manent sur toules les Commissions internationales ou orga-
nismes do contrôle financier présents ou futurs, plus particuliè-
rement EUr ceux qui seront institués par le Traité do paix, dans
les territoires do l'Allemagne, do l'Autiiche-Hongrie, do la
Turquie cl do la Bulgarie, à l'effet do percevoir des revenus suf-
fisants pour garantir lo paiement des annuités ducs aux Etats
alliés et associés et à leurs ressortissants.

§ H. — ATTRIBUTIONS JURIDICTIONNELLES.

4' Elle aura pour mission d'interpréter les clauses financières


et économiques du Traité do paix et de veiller à leur application.
2° Elle jugera en dernier ressort tous les litiges d'ordre finan-
cier et économique qui pourraient naître do l'application des
dispositions inscrites dans lo traité de paix, soit entre les Etats,
ANNEXE II tW
eoit entre les Commissions internationales, soit entre les
Commissions internationale:) et les Etats dont elles perçoivent
les revenus.
3* Ello prononcera sur les conflits d'attribution qui pour-
raient s'élever entre les Commissions internationales.
4° Ello aura lo pouvoir d'accorder, avec ou sans intérêt el
sous résorvo des droits acquis, des termes et délais aux États
débiteurs, si les circonstances lo justifient.
S" fillo pourra provoquer do la part des Etats alliés et asso-
ciés toutes mesures complémentaires do coercition nécessaires
pour contraindre les Etats débiteursà remplir leurs obligations
(occupation militaire, saisio d'avoirs à l'étranger,prises d'hypo-
thèques nouvelles sur biens et concessions et autres sanctions
pouvant aller jusqu'à l'exclusion do la Liguo des Nations).
6' Seront exclus de la Liguo des Nations, les Etats qui com-
mettraient des actes qui auraient été"do nature a entraîner leur
non-admission, particulièrement ceux qui répudieraient leurs
dettes ou en suspendraient le service sans conclure un arrange-
ment avec leurs créanciers dans les délais fixés par la Section
financière.

§111. FINANCIÈRES.
— ATTRIBUTIONS

1" La Section centralisera, avant leur mise en application, les


états do répartition et d'affectation d'avoirs et annuités établis
par les Commissionsfinancières internationales.
Ello facilitera, avec l'agrément des intéressés, les compensa-
tions entre les Etats qui so trouveront respectivement créan-
ciers et débiteurs ; elle donnera effet aux délégations qu'ils
auraient consenties, le tout sous résorve do priorités et affecta-
tions spéciales établies par lo Traité de paix ou par d'autres
contrats. La compensation ci-dessus prèvuo sera do droit, lors-
qu'il s'agira d'Etats qui n'auront pas rempli les obligations
financières à eux imposées par lo Traité de paix.
2" Au cas où un Etat voudrait affecter à la garantie d'un em-
prunt particulier tout ou partie des annuités qui lui sont réser-
vées, la Section financière pourra se charger do la conserva-
tion du gage ou de son emploi conformément aux stipulations
du contrat d'émission do l'emprunt.
ÎOO DE LA GUERRE A LA PAIX
3* Ello pourra également faire aux Etats représentés A la
Soclion des avances portant intérêts, dont lo montant no pourra
dépasser doux des annuités vorsécs a l'Etat emprunteur.
Ces avances sorônt faites au moyen do bons, dont l'échéance
no devra pas oxcédor deux ans et qui auront, entre les Etats
contractants, la mémo force libératoire quo l'or dans los
échanges entre les Etats contractants. Ces bons jouiront do la
garantio solidaire des Puissancesqui participeront a la Section.
4* La Section financière concentrera, sur la demande des
intéressés, les opérations do chango relatives aux effets com-
merciaux qui auront pu être remis aux divers Etats en règlomont
do leurs créances sur l'indomnitô.

<j IV. — ATTRIBUTIONS DIVERSES.

La Section financièro pourra être appeléo ultérieurement à


procéder au règlement des dettes contractées par des Etats qui
manqueraient & leurs engagements et a déterminer les gagos
qu'ils seraient tenus d'affecter à lours créanciers.
Ello pourra provoquer la réunion do conférences internatio-
nales pour l'unification des législations en vigueur, en co qui
concerne la protection des porteurs do titres dépossédés par
d«s faits non connexes a l'état do guerre, les lettres do chango,
les contrats maritimes, les contrats do transports et d'assu-
ranco, ctj.
ANNEXE W

AVANT-PROJET
DE LIQUIDATION DES FRAIS DE GUERRE
PRÉSENT*: TAR M. L. L. KLOTZ
LE iî AVRIL 1013
ANNEXE lll

COMMISSION DKS RÉPARATIONS (SOUS-COMMISSIONJ


Séance du 12 avril t'JI'J,

AVANT-PROJET

DE LIQUIDATION DES FRAIS DE GUERRE (1)


PRÉSENTÉ par M. L. L. KLOTZ
PROJET DE CONVENTION

ARTICLE TROIEH. — Les frais de guerro des Etats alliés, asso-


ciés, neutres sont supportés en commun par l'eusemblo des
Nations.

ART. 2. — Une Régie générale est chargèo do la liquidation


de ces frais do guerre.
ART. 3. — Pendant touto la duréo do cette liquidation, la
Régie gènéralo reçoit le versement du produit do taxes spéciales
instituées dans toutes les Nations sur la base de taux uniformes.
Ces taxes seront établies :
a) A la production, sur les principales matières premières et
sur les principaux produits naturels;

(1) A proposer au cas où lo suprêmo Conseil do guerre in-


terallié déciderait que le remboursement des frais de guerro no
serait pas exigé de l'ennemi. Commission llnaucicro "(4* S. C.
l\ V.,n°4}.
804 DE LA GUERRE A LA PAIX
b) Snr les communications postales, télégraphiques, télépho-
niques;
c) Sur les transports des voyageurs par terre, mer ou air.
Ces taxes seront perçues sur chacun des Etats sur son torri-
toiro, et leur v- luit sera remis tous les trois mois à la Règio
générale.
Ces taxes seront également perçues dans los Etats allemands,
austro-hongrois, bulgare et ottoman avec un tarif triple du tarif
général. Leur produit sera remis aux Commissions financières
interalliées des Dettes allemande, austro-hongroiso, bulgare
et oltomano, dont la création et le fonctionnement seront prévus
par les traités do Paix, sous les conditions stipulées pour los
laxes, impôts, rovcuus affectés spécialement au paiement des
annuités ducs ù l'cnscmblo des Gouvernements alliés et associés
par l'Allemagne, l'Autriche-Hongric, la Bulgario et la Turquie.
L'annoxo 1 indique à titre d'exemple la liste do ces taxes, leur
tarif et les modalités de perception.
Touto modification dans l'assiette ou lo tarif do ces taxes est
décidéo par la Régie générale, après acceptation do chacun des
Gouvernements.
ART. 4. .— Chacun des Etats alliés, associés, neutres fait
connaître h la Régie générale lo montant total do ses frais do
guerre, établi commo il est indiqué à l'annoxo 2.
La section financièro do la Ligue des Nations vérifie et arrête
contradictoircment les états do frais.
ART. S. — La Régie générale répartit entre les Etats alliés,
associés, neutres,au prorata du montant do leurs frais de guerre,
les versements qu'ello recevra dans les conditions prévues à
l'article 3.
ART. 6. — En cas d'inexécution ou de retard par un des
Etats contractants, de la perception ou du versement des taxes
visées à l'article 3, et si cetto inexécution ou co retard persiste
pendant plus do 6 mois, la Régie général*} suspendra tout verse-
ment à l'Etat intéressé.
ART. 7. — La Régie générale porto devant la Liguo des
Nations toutes difficultés qu'elle no peut résoudre à l'amiable
avec les Etats contractants.
ANNEXE III Î05

(Annexe I)

LIQUIDATIOiN DES IRAIS DK GUERRE

En exécution des principes posés a l'article 3, il est établi


dans toutes les Nations alliées "«sodées, neutres, des taxes
ad valorem.

DÉSIGNATIONS
"lui3 "I^lï 3=^3^
^-if-s -S
g
fci«<3 5.-5 °
S.* a

fo cllr Perçue à
Bêtes do somme et bétail, t p. 100 3 p. 100 u<>n
Poisson fraisetpolsson salé, t 3

... — — —

.......
Blé et autres céréales
Pommes do terro.

........
Riz •."
Fruits frais
. . 1
'1
i
1




3
3
3
3



—...——

Vin
Bière...........
.....t— t — 3 — —

....
.
3
1

3— — —

........
Alcools —

.......
.
Alcool dénaturé 1 3
— — —
Sucre. 1
— 3 — —
Café.
..... 1—
1
— 3 — —
Tabac en feuilles. .
t — 3 — ' —
Peaux brutes . . 3 — —.
Lainoenmasseouenpeaux. 1 — 3 — —
Soio 1
— 3 — —
Graînesetfruitsoléagineux. 1
— 3 —. —
Bois bruts et sciés 0.50 — 1.50 —
Coton
....
......
Lin et chanvre.
. . .

Jute et autres filamenteux.


1
1


3—
3
3



....
1 —
— —
Camphre.
Opium .......
Caoutchouc brut

.....
Marbres, pierres, terres. . 0.50—
Diamant brut t —
1
1
1



3
3
3
1.50—
3





—.



.SOC DE LA GUERRE A LA PAIX

S f «.= I S> -S 'C

1>ESIGN.\T10SS
l»*jj* 3 =î|«=. .2
:IM il « §

Perçue à
la produc.
Chaux, ciment, plâtre- . .
0.50 p. 100 1.50 p. 100 tioa
Nltrsto et phosphates . 0.50 — 1.50— —
Bitumes'et asphaltes. •

..... 0.50—
. .
t.50 — —
Houille
Klectricito . O.50 — 1.50— —..'..
Huiles minérales. . 0.50 — 1.50 —
Soufro . ,

Minerais de
...
^...
| Ver
l Cuivro
.

.
;
.

.
;
1
0.50 —
I
\


~
3

\ -~
3

1.50 —

"




=
[ Zinc 3

...•
1
\ Arpent — — —
. 1
— 3 —
Antres minerais . t 3
Soudo .
...
Potasse. ..• ".. .. . .
2° Communications:
. O.50
.

0.50—


1.50


1.50—


.'—

Postales, télégraphiques et •

radiotélégraphiques, télé-
phoniques .....
phoniques et radiotélé-

3° Les recettes voyageurs


I — 3 —

cation). ...'...
a) Sur terre (chemins do fer,
voitures publiques do lo-

..... 3__
.......
1

b) Sur mer. 1
.
— 3 —
c) Par air 1
— 3 —

Ces laxes sont perçues par chacune des Nations contractantes


dans les conditions réglées par les différentes législatio: s
internes.
Touto nation intéressée pourra contracter avec la Régie géné-
rale des abonnements pour une ou pour plusieurs des taxes.
Ces abonnements devront être renouvelés chaque année. Ils
ANNEXE III 207

seront établis sur la production pendant l'aunén antérieure A la


demande do la matière première pour laquelle l'abonnement
«•st demandé. Lo montant do cette production devra étro justifié
par des pièces officielles, statistiques, déclarations, etc.
Les taxes font perçues en Allemagne, en Autriche-Hongrie, en
Bulgarie et en Turquio dans les conditions prévues par les trai-
tés do Paix pour la perception des laves, impôts, revenus spé-
ciaux servant à gager lo paiement des annuités dues aux Etats
alliés et associés par l'Allemagne, l'Autnche-liongrie, la Bul-
garie et la Turquie.
Les versements .Ma Régie générale parles différentes Nations
contractantes cl parles Commissions financières interalliées des
Délies allemandes, austro-hongroise, bulgare et otloniano ont
lieu tous les trois mois.

(Annexe 2)

LIQUIDATION DES FRAIS DE GUERRE

Sont comprises dans les'dépenses de guerre, les dépenses


représentées par :
Les soldes et indemnités afférentes, l'entretien i-t lo trans-
port des officiers et hommes do Ir'oupo des armées do terro et
do mer ;
La fabrication,' l'acquisition et l'entretien du matériel mili-
taire do touto sorte des armées do terro et do mer et des che-
vaux;
Les travaux militaires ;
Les allocations aux familles des mobilisés
(Sous réserve de toutes modifications .et additions ulté-
rieures).
ANNEXE IV

PRINCIPES DES RÉPARATIONS


(PROJET DE LA DELEGATION FRANÇAISE)
3 FÉVRIER 1019

OL'EURK ET PAIX tl
ANNEXE IV

V SEANCE DE LA COMMISSION DES RÉPARATIONS


3 février 4919.

PRINCIPES DES RÉPABATIGNS


(PROJET DE LA DÉLÉGATION FRANÇAISE).

1* Toutes los jurisprudences et tous les droits modernes


(allemand, américain, anglais, français, etc.) professent ou
appliquent des principes identiques en matière dp réparations
et dédommages.
Tous proclament, presque dans los mêmes termes, quo celui
qui, par sa faute, a porté atteinte < à la vie, au corps, à la
santé, à la liberté, a la propriété et & tout droit d'un autre »
(art. 823 du Code civil allomand) doit être condamné, de ce
chef, à € rétablir l'ordre dechoscs qui aurait oxistô,si la circons-
tance ayant donné lieu à l'obligation ne fût pas surycmtQ >
(art. 249 du mémo Code).
Du fait dol'Allemagno:
Des hommes, combattants ou non, des femmes, des enfants,
des vieillards ont été tués, mutilés, blessés, atteints par los
maladies nées de la guerro dans les sources mémo do leur via :
« Atteintes à la vie, au corps, à la sanlô ', t
Des hommes, des femmes, des enfants ont été réduits on
esclavage, contraints au travail forcé sous lo joug do l'envahis-
seur: « atteintes à la liberté ; »
Des populations entières, actives et vaillantes, ont vu, sous
leurs yeux, en quelques semaines, parfois mémo en quelques
îlî DE LA GUERRE A LA PAIX
heures, anéantir le produit du labeur accumulé par des géné-
rations :« Atteintes a la propriété. »
L'Allemagne doit réparer l'intégralité des dommages qu'ello
a causés. C'est lo seul moyen do rétablir, comme son droit l'or»
donno, c l'ordre de choses qui aurait existé », si la guerre « no
fût pas survenue » do son fait et par sa fauto.
Commo sanction pour le passé, commo excmplo pour l'avenir,
elle doit s'acquitter do la totalité de sa dette.
2* Mais si tous ses créanciers, à savoir les Puissances alliées
et associées, sont tous également dignes d'inlêrèt et doivent
être placés sur le mémo plan, il n'en est pas do mémo do toutes
les catégories do créances. Certaines ont droit a un ordre privi-
légié.
Lo privilège d'une créance, c'est lo droit qu'ello possède, en
raison do sa qualité et indépendamment do la personne du
créancier, d'èlro payée par préférence à touto autre.
3' Indépendamment et au-dessus des créances privilégiées,
dont il appartiendra à la Commission do dresser la liste et
d'établir l'ordre, il faut retenir l'action en revendication.
Si un débiteur a appréhendéles biens d'autrui, il en doit res-
titution avant que ses créanciers lui puissent réclamer aucun
remboursement. Leur propriétaire a le droit de les reprendre
avant tout partage des biens du débiteur par ses créanciers.
Les biens d'un débiteur no sont, en effet, lo gago commun do
ses créanciers qu'autant qu'ils lui appartiennent légitimement.
Lo propriétaire conserve son droit privilégié do restitution,
alors mémo que les objets appréhendés, ayant été anéantis ou
rendus inutilisables par lo débiteur, ne so retrouvent plus en
nature dans son patrimoine.
S'il en était autrement, il appartiendrait au débiteur, en
détruisant par malice ou en consommant par intérêt les objets
appréhendés, do priver la victimo dépouillée d'exercer son droit
do propriété. Elle réduirait lo propriétaire de biens apprèhcn-
dès au rang des créanciers ordinaires qui so partagent égale-
,
ment les biens du débiteur.
ANNKXE V

AVANT-PROJET
"'--."., .' ' ' DES '

CLAUSES FINANCIÈRES A IMPOSER A Ï/AUEMAGNE

L. L. KLOTZ
PRÉSENTÉ PAR M.

AU CONSEIL SUPRÊME
28 MARS 1919
ANNEXE V

DISPOSITIONS A IMPOSER A L'ALLEMAGNE


CLAUSES HNANClfeRES (I).
i8 mars 1919

AVANT-PROJET
PHÉSENTÉ PAH M. L. L. KLOTZ AU CONSEIL strnÈME.

SECTION 1
RÉPARATION DES DOMMAOES

Anrtctfi pnEMiEB. — L'AIlcmagno s'oblige, dans les conditions


qui sont définies à l'annexe I, a réparer tous dommages do
guerro causés :
1" Aux biens appartenant aux Etats alliés et associés (2) et A
leurs ressortissants (2).
2° Aux personnes ressortissantes (2) aux Etals alliés et
associés.
AnT. 2. — En conséquence t
.!• L'Allemagne doit restituer à chacun des Gouvernements
alliés et associés intéressés:
(D Lo remboursementdes frais de guerre ne figure pas actuel-
lement au nombre des réparations à demandera l'Allemagne par
lo présent Avant-Projet.
L* question re»tc en suspens, tant que le Conseil suprême do
guerre interallié n'aura pas répondu a la question qui lui a été
soumise par la Commission des Réparations des Dommages dans
sn séance du 10 février 1919.
(2) Voir notejointo n° I.
216 DE LA GUERRE A LA PAIX
a) Dans le délai do six mois & dater do la miso en vigueur do
la présente Convention :
Tous objets mobiliers appartenant a des ressortissants alliés
et associés qui peuvent être retrouvés en nature sur les terri-
toires allemands (t), tels quo les meubles meublants, oeuvres
d'arl, titres, valeurs, espèces, ainsi quo les machines, lo maté-
riel, le cheptel, les navires do commerce et do pèche....
b) Dans lo délai d'un an : les objets fonglblcs équivalents a
des objets de mémo nature détruits ou consommés ;
2* L'Allemagne doit remplacer dans le délai d'un an a dater
do la miso en vigueur do la présente Convention : lorsquo les
Gouvernementsalliés et associés le demandent, les objets mobi-
liers détériorés ou enlevés ainsi quo les machines, lo matériel,
lo cheptel, les navires do commorco et do pèche.. par des
objets de même nature prélevés sur les biens existants sur les
territoires allemands (1) cl n'appartenant pas aux ressortissants
alliés et associés.
Les conditions dans lesquelles s'effectueront ces restitutions
à l'idcnliquo ou à l'équivalent et ces prélèvements sont fixées
à l'annexe 2.
AIIT. 3. 1* Toutes les obligations mises à la chargo do l'Alle-
magne par l'art. i",cn dehors do celles qui auront été remplies
au moyen do restitutions ou remplacements en nature prévus
a l'articlo précédent, donnent lioù a uno compensation dont
le montant est fixé en espèces dans les conditions déterminées
al'annexo3;
2* Lo montant des compensations en espèces à réclamer a
1'AHcmagno en vertu du paragraphe précédent est arrêté par
dos Commissions régionales d'expertise, composées do repré-
sentants des Etals alliés et associés. Une Commission ccnlralo
interalliée arbitre tous différends qui pourraient surgir ;
3' Au fur et a mesure des décisions dos Commissions d'exper-
tise, des titres do reconnaissance de dotto sont remis par le
Gouvernementallemand au Gouvernement intéressé. Ces titres
sont négociables. Ils sont restitués ou Gouvernement allemand
contre tout paiement correspondant en espèces ou en nature.
ART* 4. Sans préjudice de toutes réparations dues pour

(I) Tels qu'ils auront été délimités parla présento Convention,


ANNEXE V 217

dommages subis dans leurs intérêts ou leurs personnes, l'Alle-


magne doit rétablir, conformément aux dispositions de l'annexe
4, les Etats alliés et associés et leurs ressortissants :
1* Dans la pleine joutssanco dos biens et intérêts leur appar-
tenant en territoires allemands (1) ou autrefois occupés par les
armées allemandes ;
2* Dans l'intégralité des droits de créance résultant envers
l'Allemagne et ses ressortissants de conventions légalement
formées avant 1P 11 novembre 1918.
Les biens et Intérêts des ressortissants des Etats alliés et
associés sur les territoires allemands (l) no pourront être frap-
pés par aucune chargo fiscale, par aucuno disposition légalo ou
réglementaire, presento ou future, qui les soumettrait & un
traitement moins favprablo quo celui dos ressortissants do
l'Empire Allemand.
En outre, les ressortissants des Etals alliés cl associés ne
pourront être frappés dans leurs biens et intérêts par aucuno
taxe ou impôt, présent ou futur, établi en Allemagne pour faire
face aux dépensos do tous ordres nées do la guorre.

SECTION II
CLAUSES DIVERSES

ART-. 8. Tous contrats légalement formés avant lo II novembre


1918 entre les Etats alliés et associés et leurs ressortissants,
d'une pari, l'Allemagne et ses >essortissants d'autre part, sont
nuls et non avenus pour toute la partie qui n'avait pas reçu
exécution antérieurement a l'oxistenco dp l'état do guerre énlro
l'Allemagne et chacun des Etats intéressés, sous réservo des
exceptions et règles spéciales à certaines catégories do con-
trais, telles qu'elles seront fixées dans une convention ulté-
rieure.
Sont exceptés do l'annulation les contrats dont un des
Gouvernements alliés et associés aura, pour un intérêt national,
demandé l'exécution dans un délai do six mois à partir do la
miso en vigueur do la présente convention.
(t) Tels qu'ils auront été délimités par la présente Convention.
218 DE LA GUERRE A LA PAIX
ART. 6. L'AIlcmagno conflrmo sa renonciation, prévuo {>ar
l'article 15 do la Convention d'armistice du 11 novembre 1918,
au bénéfice do toutes les stipulations insérées dans les Traités
de Bucarest et do Brest-Litowsk et traités complémentaires.
Ello renonco également au bénéfice do toutes les stipulations
insérées dans les traités conclus après lo l,r août 1914 avec
d'antres Etals ou Nations notamment dans les i.-ailês conclus
avec la Finlande, la Pologno et les Etats Baltique*.
Elle s'ciigngo A restituer conformément aux indications des
Gouvernementsalliés et associés toutes espèces d'instruments
monétaires, valeurs ou produits qu'elle a reçus en exécution
desdites stipulations.
ART. 7. L'AIlcmagno renonce à toute représentation et par-
ticipation quo des traités, conventions ou accords quelconques
lui assuraient dans les commissions, agences et en général
dans toutes tes organisations administratives, financières ou
économiques internationales de contrôle ou do gestion, fonc-
tionnant dans l'un quelconque des Etats alliés et associés ou en
Autriche-Hongrie, .en Bulgarie ou eu Turquie, on dans les pos-
sessions et dépendances des Etats susdits, ainsi quo dans l'an»
cien Empire russe.
Ladite renonciation s'applique également a touto représenta-
tion ou participation analogue quo l'Allemagne pouvait avoir
en pays neutres, lorsque les Gouvernements do ces pays ont fait
connaître leur accord.
A.tiT. 8. L'AHcmapno exécutera tous les engagements d'ordre
financier ou économique qu'ello avait pris antérieurement au
3 novembre 1918, vis-à-vis des anciens Etals Austro-Hongrois,
Turcs cl Bulgares cl de leurs ressortissants (avances, ouver-
tures do crédit, conventions douanières, monétaires, etc.).
Elle effectuera, conformément aux indications des Gouverne-
ments alliés et associés, la restitution des sommes, titres et
valeurs appartenant a ces Etats ou collectivités.
Tous les versements en numéraire seront faits dans la mon-
naie prévuo par lo contrat.
ART. 9. L'AIlcmagno s'engage h faciliter par tous les moyens
eh son pouvoir, dans les conditions fixées a l'annexe 6, la trans-
mission, au profit des Gouvernements alliés et associés, des con»
ANNEXE V îta
cessions, avoirs, propriétés, créances et provisions possédés en
Allemagne par les anciens Etats austro-hongrois, bulgare et
ottoman el par leurs ressortissants.
AnT, 10. L'entretien des troupes d'occupation reste à In

charge de l'Allemagne, dans les conditions prévues à l'article 9
do la Convention d'armislico du 11 novembre 1918.
ART. IL —
L'Allemagne s'engago à rembourser aux Etals
alliés et associés :
1* Toutes les dépenses effectuées par eut du fait des prison-
niers de guerro allemands sans réciprocité ;
2' Lo montant des frais d'assistance aux prisonniers do guerre
supportés par les Elals ou collectivités.
Aivr. 12. — Les dispositions qui précèdent sonl applicables ê
l'ancien territoire d'empire d'Alsacc-Lorraine, dans les condi-
tions prévues au chapitre t" do l'annoxo 7.
Les règlements financiers entre la France et l'Allemagne du
fait du rattachement à la France do co territoire, ont lieu con-
formément aux dispositions fixées a l'atticlo 17 cl au chapitre 2
do la même annexe
ART. 13.— L'Allemagne reconnaît lo droit pour les Etals
compris dans l'ancien Empire russe, tel qu'il existait avant la
guerre, do prétendre a réparation des dommages do guorro
causés aux biens et aux personnes.
Nonobstant, les Gouvernements alliés et associés so réservent
expressément lo droit do comprendre dans leurs demandes do
réparation, les dommages, tels qu'ils sont définis a l'article 1",
causés aux biens et intérêts do leurs ressortissants bilués sur lo
territoire de l'ancien Empire russe.

SECTION lit
MOYENS DE PAIEMENT

IART. 14. — L'Allemagne effectuera directement a chacun des


Gouvernements intéressés les restitutions on nature, h l'iden-
tique ou à l'équivalent, prévues à l'article2»
ÏÎO DE LA GUERRE A LA PAIX
ART. 18. — L'AIlcmagno s'acquittera envers l'ensemble des
Etats alliés et associés des sommes dont ello sera reconnuo
débitrice en exécution des clauses do la présente Convention,
soit en espèces ou valeurs, soit en nature, soit par des cessions
d'actifs do tous ordres.
Lu montant do ces sommes, après avoir été évalué et arrêté
dans tes diverses devises nationales, sera converti en dollars-or
des Etats-Unis, au cours moyen du change pendant le mois
do décembre 1918.
Lo règlement desdites sommes sera effectué au moyen du
versement par l'Allemagne:'
a) D'uno provision d'une valeur do 0 milliards do dollars-or,
dont 4 milliards devront être remis dans lo délai do trois mois
après la miso en vigueur do la présenta Convention, cl 2 mil-
liards au cours do l'annèo qui suivra, dans les conditions pré-
vues à l'annexo 8.
b) D'annuités, dont le montant est fixé A 2 milliards do dol-
lars-or pour la 2* année qui suivra la miso en vigueur de la
présento Convention A 2 milliards 40 millions do dollars pour
la 3' année, a 2 milliards 80 millions 800.000 dollars pour la
4* annéo et ainsi do suite, chaquo annuité étant égalo à la pré-
cédente augmenlèo do 2 •/« do son montant (1).
Lo nombre des annuités sera déterminé dès que les Commis-
sions d'oxpertiso prévuos a l'arliclo 3 auront achevé leurs
travaux (2).
L'annoxo N* 8 prévoit les conditions dans lesquelles seront
versées les annuités. Celles-ci figureront au budget de l'Etat
allemand dans uno section spéciale, A laqucllo seront affcctèos
les ressources indiquées à l'annexo 8.
ART. 16. L'AIlcmagno s'obligo pour lo paiement do ses dettes
A reconnaître un privilège sur tous les biens et revenus de
l'Empire et des Etats allemands (3) et do leurs ressortissants,
au profit : ,
»
(I) Voir tableau L
(?) Si le Conseil suprême interallié décide quo lo remboursc-
mcntdes
, frais do guerro doit être exigé do l'Allemagne, lo nombre
des annuités sera élevé i\ duo concurrence. "
(3) Tels qu'il» auront été délimités par la présente Convention.
ANNEXE V 221

En premier rang : des créances résultant du droit à réparation


cl de toutes autres stipulations insérées dans la présente Conven-
tion et dans d'autres traités subséquents ou dans la Convention
d'armistice du 11 novembre 1918 et dans ses extensions (L'ordre
des créances visées dans le présent § sera fixé dans uno conven-
tion annexe passée entre les Etats alliés et associés.)
En deuxième rang : des créances des ressortissants des
Etals alliés et associés, porteurs antérieurement A l'oxislenco do
l'état do guerre cnlre l'Allemagne et chacun des Elats intéres-
sés, do tilrcs d'Emprunts do l'Empire on des Etats allemands,
sans préjudice des avantages spéciaux accordés aux porteurs
alsaciens et lorrains (personnes physiques ou morales) par les
dispositions prévues à l'annexo 7;
Ces privilèges s'exerceronl h rencontre do tous autres droits
ou hypothèques antérieurement établis sur l'actif el los revenus
do l'Empire et des Etals allemands et do leurs ressortissants,
sauf en ce qui concerne ;
1" Les gages et hypothèques régulièrement constitués par
l'Allemagne ou ses ressortissants sur les biens et revenus leur
appartenant antérieurement A l'existence do l'état do guerre
entre l'Allemagne et chacun des Elats alliés et associés intéres-
sés, au profit do ces Etats ou do leurs ressortissants; étant
entendu que, si la réalisation du gago venait A produire uno
somme supérieure an montant do la dette gagée, le surplus sera
grevé des droits do priorité mentionnés ci-dessus dans l'ordre
indiqué;
2* Les biens cl intérêts allemands so trouvant sous la juridic-
tion des Gouvernements alliés et associés au moment do la miso
en vigueur do la présente Convention dans la mesure prévuo V
l'annexe 3, chapitre II et h l'annexe 8, chapitre II.

ART. 17. — Les Elats alliés et associés, cessionnaircs do terri-


toires allemands, en Europe prennent à leur chargo :
1* L'no partie do la Dello d'Empire, telle quello était consti-
tuée lo 1" août 1911, calculèp d'après lo rapport entre lo pro-
duit des Impôts du territoire cédé et lo produit des impôts do
la totalité do l'Empire, en prenant pour base la moyen no des
trots années financières i 1911,1912,1913.
2» Une part do la Dette, tello qu'elle existait au l" août 1914,
m ' DE LA GUERRE A LA PAIX

do l'Etat allemand auquel appartenait lotorritolro cédé, détor-


miné suivant les mêmes principes que ci-dessus.
En considération, toutefois, de ce quo l'Allomagno a refusé
en 1871 de prendre à sa chargo aucuno portion, do la dotto

ci-dessus. .-''"'"
française, la Franco est oxcmptéo, on co qui concorno l'Alsaco-
Lorraino, do tout paioment résultant dos paragraphes i« et 2*

3* Les Etats concessionnaires dotorritoirosallomandsentrent


on possession do tous biens et propriétés do l'Empire ou des
Etals allemands situés dans les territoires cédés, sans avoir
aucun paiement a faire a l'Allomagno,
ART. 18. Jusqu'à co que l'Allomagno ait rempli tontes les
obligations mises a sa chargo par la présente Convention, par
la Convention d'Arroislico du 1! novembre 1918 et parles pro-
tocoles annoxes, les Gouvernements alliés et associés maintien-
dront :
1» L'occupation do territoires et de points stratégiques alle-
mands, désignés dans uno convention spéciaio ;
î* Lo contrôlo des exportations et des importations dos mar-
chandises do touto nature en Allemagne.
En cas do retard ou d'inexécution par l'Allomagno des paie-
ments stipulés à l'article 15, des garanties et gages spéciaux
pourront être pris, par les Gouvernements alliés et associés,
dans les conditions indiquées a l'annoxo 8,

(Annexe t)

DOMMAGES
CHAPITRE PREMIER

Les dommages do guerre, conséquences des hostilités sur


l'un des fronts do combat, sont réparés par l'Allemagne et ses
Alliés au.prorata de l'effort militaire fourni par chacun d'eux
sur co front.
Du fait des hostilités t
ANNHXB V m
Sur lo front français, l'Allomagno répare les dos dom-
mages do guerro.
Sur lo front russo, l'Allomagno répare les des dom-
.
mages do guorro.
.' Sur lo front italien, l'Allomagno répare los dès dom«
mages do guorro.
Sur lo front do Saloniquo et des Dardancllos, l'Allemagne
répara, les dos dommages do guorro.
Sur lo front sorbo (torritoire do l'ancionno Serbie, 17 octobre
1912), l'Allomagno répare les des dommages do guerre.
Sur la front roumain, l'Allomagno répare les des dom-
mages do guerre,
Sur lo front japonais, l'Allomagno répare les des
dommages de guerro,
Sur los fronts do mer, l'Allomagno répare les des dom-
mages do guorre.

CHAPITRE 11

Les dommages causés aux biens comprennent :


1' La destruction, détérioration ou dépréciation sur torro ou
mor do la propriété publiquo ou privée, mobilière ou Immobi-
lière, à l'oxeeption dos ouvrages et matériels militaires, causéo
soit par les forces armées des groupes belligérants, soit par
l}
toutacto ordonné ou commis par l'autorité ou la population
aitomandos;
2' Les dommages causés en territoires allemands (1) ou
autrefois occupés par los armées allemandes à la propriété
mobilière ou immobilière par l'application des lois régissant
les saisies, los réquisitions, les séquestres et la liquidation dos
bien* séquestrés ;
3° Les enlèvements do tous biens publics ou privés ;
4* Le6 taxes, impôts, contributions et amendes do guerre, les
prélèvements en espèces ou valeurs do touto sorte, y compris
les soldos do comptes transférés et les avoirs transformés en
bons, titres d'emprunts ou autres, les dépenses imposées par
les autorités ennemies aux particuliers ou aux collectivités ;

(I) Tels qu'ils auront été délimités par la présento Convention.


m DU LA GUERRE A LA PAIX

B* La privation totale ou partiollo du libre oxercico et do la


libre jouissance de tout droit do propriété dans les territoires
allemands (1) ou autrefois occupés par los armées allemandes,
ou dans, la zone de combat,
6* Lo préjudice causé a la propriété lndus»trlollo et commer-
ciale du fait do la connaissance par l'ennemi des procédés
spéciaux do fabrication, des brevets, des modèles, des livres
do commerce, correspondances,archives publiques ou privées ;
7* L'émission, dans los pays autrefois occupés par les armées
allemandes, par des collectivités locales et pour dos besoins
autres que les besoins justifiés desdites collectivités, do billets
de banque, de bons ou instruments monétaires do toute sorto,
ainsi que la miso en circulation de bons ou billots falsifiés
des pays envahis, i, V)lo soit ou non lo fait dos autorités
allemandes;
8* Lo préjudice résultant do la nécessité pour les Etats alliés
et associés de racheter les valeurs et généraleni3nt tous avoirs
exprimés en monnaio ennomio existant aux mains des habitants
(personnes physiques ou morales) des territoires ayant été, do
droit ou do fait, au pouvoir do l'Allemagne, ou existant aux
mains des prisonniers do guerro et internés civils.

CHAPITRE III

Les dommages causés aux personnes comprennent :


1* Les dommages subis par les Nations alliées et associées
dans leur productivité, par suite do la mort et de toute atteinte
portée a la santé ou à l'aptitude physiquo do leurs ressortis-
sants, résultant d'opérations do guerre ;
2" Tous dommages causés à la population civile, du fait dos
difficultés do ravitaillement, évacuations, sévices, violences,
travaux forcés, mauvais traitomonts, actos attentatoires A la
santé ou à l'honneur, commis ou ordonnés par l'autorité ou la
population allemandes s
3* Le préjudice causé a toute personne civile, qui, avant le
2 août 19{4, exerçait un travail ou une profession en territoires

fi) Tels qu'ils auront été délimités par là présente Convention.


ANNBXE V 2JJ
allemands (1) ou autrefois occupés par les armées allemandes,
ou dans la zono de combat (2), et qui a été privéo tolalemont ou
partiellement do la possibilité do travailler ou d'oblcuir uno
juste rémunéiatiou do sou travail et do ea profession.

(Annexe 3)

RESTITUTIONS

En exécution do l'article 2 :
1* Les restitutions a l'identiquo, stipulées à l'article 2, § 1* a,
devront être effectuées dans lo délai do six mois, a dater do la
miso en vigueur de la présonto convention.
2* Les restitutions à l'équivalent et les prélèvements, prévus
au mémo articlog 1* b et §2*, dovront étro effectuées dans lo
délai d'un au à partir do la mémo date.
Leur valeur sera fixée parla Commission financière intoral-
liêo prévue a l'annexo 8 (chap. 111) et imputée dans les condi-
tions indiquées dans ectto mémo annoxo, sur la provision a
versor par l'Allomagno ;
3° Passés ces délais, la réparation de tous dommages aux
biens appartenant aux EtaCs alliés et associé et à leurs ressor-
tissants donnera obligatoirement Heu à la compensation pré-
vuo à l'article 3.
4° Les restitutions A l'identiquo visent tous objets mobiliers
(y compris titres, objets d'arts, documents, navires, chep-
tel, etc.) qui ont été soustraits à leurs légitimes propriétaires au
cours delà guerre, en quelquo liou que co soit ;
5* Sont compris dans les dites restitutions conditions
— aux
prévues & l'article 4 et à l'annexo 4 de la présente conven-
tion — tous biens et intérêts appartenant & dos Etats alliés et
associé et leurs ressortissants, en territoires allemands (1)
ou autrefois occupés par lès armées allemandes et ayant fait
(i) Tels qu'ils auront été délimités par la présente Convention.
(2) Voir note Jointe, n» 2.

GUERRE ET PAIX 15
220 DE LA GUERRE A LA PAIX
l'objet do mesures d'administration ou dp disposition accom-
plies en exécution do la législation do guorro allomando.
6* Lo possesseur, mémo de bonno fol, des objets revendiqués
(y compris lo numéraire et les titres an porteur) ne pourra
invoquer, en aucun cas et quelles quo soient los conditions
d'acquisition, aucuno prescription ni présomption do propriété
a ('encontre du légitimo propriétaire, ni lui rèclamor lo rem-
boursement d'aucuns prix ou frais supportés par lui, ni aucuno
indomnité.
1* Toutes contestationsrelatives A l'identité do l'objet mobi-
lier revendiqué seront soumises a un tribunal mixte spécial,
8" Lorsque l'objet mobilier retrouvé en nature a subi dos
dètôrion lions, il appartient au propriétaire soit d'en refuser la
restitution, soit do ne l'accoptor quo comme acompto sur les
réparations qui lui sont dues, en rêsorvant son droit do créanco
pour touto !-•« diminution do valeur quo ledit objet a subio ;
.
9* Mémo après l'oxpiration du délai do six mois ci-dessus
prévu, les propriétaires d'objets mobiliers présentant un
caractère artistique ou historiquo pourront on réclamer la
restitution on tout tomps sur lo territoire dos Etats alliés et
associés et sur los territoires allomands (1), sans qu'aucuno
exception ni prescription puisso leur étro opposée.
Les possesseurs no pourront so prévaloir, au regard des pro-
priétaires revendiquants, du fait quo ces derniers ont été
indemnisés, en oxéculion do la présento convention, par l'attri-
bution do valeurs ou do biens dovant constituer l'équivalent
dosdits objets.
Ces valeurs et biens seront remis par les propriétaires reven-
diquants a l'Etat auquol ils rossortissont pour être affectés,
commo il lo jugera bon, a la réparation d'autres dommages et
être imputés sur la detto conlractôo par l'Allemagne en oxécu-
lion do la présento Convonlion.
Dans tous les cas où les possesseurs rassortiraient à dos
Etats alliés et associé ou neutfos, los propriétaires revendi-
quants no pourront obtenir restitution dosdits objets qu'on
remboursant aux possesseurs lo prix pour lequel ils los auraient
acquis.

(l)Tels qu'ils auront été délimités par la présente Convention.


',:"'-. ANNEXE V W
10' Sont considérés commo < objets foogibles » au sons du
paragraphe 1' b do l'article 8 : toutes choses mobilières que
e l'on détermine à l'ordinaire au nombre, A la mesure et au
poids (1). »
11» Le Gouvornomontallomand s'engago, euvuo de l'applica-
tion du § l' b do l'articlo 2, A transmettre dans lo plus bref
délai aux Gouvornomonts intéressés los duplicata do tous bons
do réquisitions délivrés par les autorités militaires alle-
mandes;
12» Sont considérés commo < objets mobiliers > au sens du
§ %' dol'artiçlo 2 tops objets considérés par lo Code civil fran-
çais (art. 522, S24, 525) commo i immeubles par destination »
tols que « los animaux attachés a la culture... les ustensiles
aratoires... les ustensiles nécessaires à l'exploitation des usines.»
13* Les biens mobiliers détériorés ou manquants présentant
un caractère bistoriquo ou artistique rentrent dans la caté-
gorie de ceux dont lo remplacement est prévu au paragraphe 2
do l'articlo 2.
Lcsdits biens soront remplacés suivant des règles fixées dans
uno Convention ultérieure.
14" Lo Gouvornomont allemand s'engago à promulguer, dans
lo mois qui suivra la signature do la présenta Convention, une
loi imposant à ses nationaux (2) la déclaration dans lo délai
d'un mois dp tous objets mobiliers provenant des pays autrefois
occupés par les armées allemandes, y compris l'Alsace-Lor
raine, qui so trouvent actuellement entre les mains dosdits
nationaux, et les punissant des peines du recel eh cas do non-
déclaration,
15* tous frais nécessités par le transport et la remis© on
place des objets restitués incombent au Gouvernement alle-
mand qui pourra être tenu do faire procéder a cette remise
en place par des équipés d'ouvriers allemands.
16' Lo Gouvernement allemand fera parvenir dans lo délai
do trois mois, à la Commission financière interalliée, prévue à
l'annexe 8 chapitre 111, toutes déclarations, toutes comptabi-
lités, toutes correspondances, tous documents de touto nature

(t) Art. 91 du Code civil allemand.


(2) Tels qu'ils auront été définis par la présente Convention.
228 DB LA GUERRE A LA PAIX
relatifs aux objets restituables a l'identique, a leur enlèvomont
ot a leur revonte.
17* Des commissions mixtos, fonctionnant BOUS lo contrôle do
la Commissiou financière intoralllôo, procéderont sur los terri-
toire allomands (1) A toutes recherches, enquêtes, vérifications
leur permettant de découvrir 6oit los objets dérobés dans les
territoires autrefois occupés par les armêos allemandes, soit
ceux qui peuvent être prélevés en remplacement a l'équivalent.
Le Gouvernement allomand accréditera ces Commissions
auprès do toutes autorités allemandes compétentes et facilitera
par tous moyens l'exécution do leur mission.
18° Les résultats des recherches do ces Commissions seront
transmis à la Commission financière interalliée.
Celle-ci notifiera au Gouvernement allomand :
a) La liste des objets qui devront être restitués à l'identique
A chacun des Gouvornomentsintéressés ;
b) La listo des objets qui dovront être fournis à l'équivalent a
l'ensemblo des Gouvernements alliés et associés, dans les con-
ditions fixées poUr les livraisons on nature prévues A l'an-
nexe 8, chapitre IL

(Annexe 3)

MODALITÉ DES RÉPARATIONS

.1» Lo montant de la compensation prévuo à l'articlo 3 est fixé:


a) En ce qui concerne les biens immobiliers et mobiliers dis-
parus, détruits ou endommagés :
& la valeur de reconstitution ou de remplacement ;
b) En ce qui concerne les sommes en argent Yersées aux auto-
rités allemandes ou appréhendées par elles dans les conditions
prévues à l'annexe 1 (chapitre II, § 2», §3» et § 4») et celles repré-
sentant les dépenses engagées par les Gouvernements et los
collectivités des Etats alliés et associés au bênéfico des popula-

(1) Tels qu'ils auront été délimités parlaprésento Convention,


ANNEXE V 229

lions dos territoires autrefois occupés par los armées allemande!


ou des internés civils (annexo 1, chapitre III, § 2),
dins la monnalo des Etats créanciers, au taux do conver-
sion du mark correspondant au cours moyen pratiqué sur cette
monnalo pendant le mois do juin 1914;
c) en co qui concorno les titres ou valeurs appréhendés ou
détruits,
a leur valeur moypnno pondant lo 1" semestre do 1914 sur le
marché où ils sont habiluollomont cotés, ou à leur prix d'émis-
sion pour les titres émis postérieurement au l"juilllet 1914,
sous réservo que celto valeur ne pourra être inférieure au
cours moyen pratiqué pendant lo premier trimestre 1919.
d) En co qui concerne les dommages subis par les Nations
alliées et associéo dans leur productivité (Annexe 1
chap. III § 1), à une sommo do 30.000 francs pour la mort do
tout ressortissant, conséquence d'opérations do guerre, ladite
sommo dovant être réduilo dans des proportions à fixer par
uno convention annexe, pour toute diminution do santé ou
d'aptitudo physique provenant des mêmes causes ;
e) En co qui concorno la privation totalo pu partielle du libre
exercice ou do la libre jouissanco do tout droit de propriété
dont il est question a l'annexe 1, chap. II, §5 :
!• s'il s'agit de valeurs ou do titres, aux revenus produits
par ces titres pondant tout lo temps do la privation du droit
do propriété ;
2* s'il s'agit do biens mobîliors ou immobiliers, d'après les
recottos ou revenus moyens desdits bions pendant les trois
années antérieures à la guorre, étant spécifié que ladite com-
pensation no pourra être inférieure A la sommo nécessaire pour
assurer, pendant tout lo temps qu'aura duré la privation totale
ou partiollo du libre exercice ou do la libre jouissanco du
droit de propriété, lo servico dos intérêts à Q •/, et l'amortisse-
ment des capitaux investis dans les entreprises ou représentatifs
do la valeur des bicqs dont les ressortissants des Etats alliés
et associés auront été privés ;
f)En ce qui concerne l'impossibilité do travailler ou d'obte-
nir une justo rémunération du travail ou de la profession
(annexe 1, chap. III, § 3),
d'après los traitements ot salaires moyens des intéressés
«30 PB LA GUERRE A LA PAIX
durant les trois années antérieures A la privation do travail;
g) on co qui concerne les dommages causés A la propriété
industrielle du fait de la connaissance par l'ennemi des procé-
dés spéciaux do fabrication (annexe 1, chap, II, §6).
En ce qui concerne les dom mages causés à la population civllo
du fait d'actes attentatoires A la 6antô et à l'honneur (annexo 1,
chap. III, §2),
d'après les conditions qui seront fixéos dans des conventions
spéciales;
h) En cô qui concerne les monnaies (marks, moyens de paie-
ment émis sous lo contrôle de l'Allomagno, bons falsifiés
(annexo 1, chap. H, §7 et 6),
eut leur valeur nominale.
S* Tontes 6ommes dues par l'Allemagne en exécution dos
divers chapitres ci-dossus énumêrés seront productives d'inté-
^
rêts à 6 à dater du 11 novembre 1918.

(Annexe 4)

En consêquenco des principes posés A l'articlo 4;.


CHAPITRE I«
SÉQUESTRES.
— SAISIES. — LIQUIDATIONS DE BIENS APPARTENANT
A DES RESSORTISSANTS ALLIÉS ET ASSOCIÉS EN ALLEMAGNE.

V Sont valables et opposables aux intéressés — sous Ips


réserves cl-dessoùs prévues — tous actes d'administration
accomplis en" exécution de la législation dé guerre allomando
et concernant les biens et intérêts appartenant en territoires
allemands (1) ou autrefois occupés par les armées allemandes
a des Etats alliés et associés et à leurs ressortissants.
2* En consèque-?;j, les intéressés seront remis en possession
do leurs biens et intérêts tels qu'ils existaient avant la guerre,

f IJ Tels qu'ils auront été délimités par la présento Convention.


ANNEXE V tît
ainsi quo dp tous les revenus produits par losdits tiens au cours
do la guorro, dans les conditions prévues A l'annexe 3 (§ 1%
a,b,c,e,),
3' Sont nuls et non avenus — sous los rôsorves ci-dessous
prévues — tous actes do disposition concernant los mémos
biens et intérêts, accomplis en exécution dos mémos lois.
4* Toutefois, les Intéressés pourront raliflor, dans, dos condi-
tions et dans des délais a fixer ultérieurement, tous actes do,
disposition ci-dessus visés, sous réserve d'en conleslor les con-
séquences pécuniaires, devant un tribunal mixto spécial, dont
la composition et les droits seront ultérieurement réglés.
5' Indépendamment des obligations qui lui sont imposées
par l'article 1" do la présento convention, l'Allemagno est res-
ponsablo:
a) Depuis la miso en vigueur de la présento convention jus-
qu'au moment où la restitution eu pourra être effecluéo, dans
des conditions a prévoir dans uno convention annexe, do la
conservation des biens et intérêts appartenant on territoires
allemands (1) ou autrefois occupés par les armées allemandes,
aux Etats alliés et associés et a leurs ressortissants ;
b) Pendant la durêo do deux ans k partir do la dalo do cclto
restitution, de tous dommages causés aux biens et intérêts
appartenant aux Etats alliés et associés et .Meurs ressortissants,
par suito d'actes do gestion des administrateurs et séquestres
allemands. Toutes réclamations relatives A la fixation du mon-
tant do ces dommages seront soumises an tribunal mixto spé-
cial précédemment prévu.
Pourront être sanctionnés par ledit tribunal, des accords par-
ticuliers aux termes desquels tes Etats alliés et associés et
tours ressortissants soraient indemnisés du préjudico ci-dessus,
ainsi quo do tous préjudices résultant de privations de jouis-
sance, par l'attribution d'avantages économiques spéciaux,
tels que prolongation de concessions.
6° Toutes les fois que, par l'intervention du Gouvernement
allemand, do ses représentants ou mandataires, les biens
appartenant aux Etats alliés et associés et A leurs ressortis-
sants auront été employés & souscrire ou à acheter des titres

(I) Tels qu'ils auront été délimités parla présento Convention,


.
«î DE LA GUERRE A LA PAIX
d'Emprunt de guorre allemands, lo Gouvornomont allomand
devra effectuer lo rachat des titres desdits emprunts A leur prix
de souscription ou d'achat,
7* Afin d'assurer l'exécution des dispositions prévues aux
paragraphes ci-dessus, le Gouvornomont allemand s'en-
gage :
a) A communiquer aux Gouvernements intêiessès, dans lo
délai de trois mois & partir de la ratification dos Préliminaires
do la Paix, tous documents relatifs aux opérations de saisie,
do séquestre, de liquidation et a toutes autres mesures
exceptionnelles dont les biens et intérêts de leurs ressortis-
sants auraient été l'objet sur les territoires allemands (1) ou
autrefois occupés par les armées allemandes ;
b) A faciliter par.tous, moyens l'examen sur place do tous biens
saisis, séquestrés ou liquidés, ainsi que des comptabilités et
documents relatifs aux opérations de saisio de séquestre et do
liquidation.

CHAPITRE II
CRÉANCES ET DETTES D'AVANT-GUERRE.'
OFFICES DE COMPENSATION.

1° Les crêancos et tes dettes nées do conventions légalement


formées avant lo 11 novembre 1918 entre les Etats alliés cl
associé et leurs ressortissants d'une part, l'Allomagno et ses
ressortissants d'autre part, et dont le règlomont a été suspendu
par la déclaration do guorro do l'Allomagno, doviennont exi-
gibles, sous réservo dos stipulations do l'article 5.
2' Dans chacun des Etats intéressés, y compris l'Allemagne,
un Offtco national do vérification ot do compensation est chargo
— d'une part, do recouvrer les dettes susviséos — d'autro part,
do désintéresser les créanciers.
Le solde débiteur ou créditeur qui ressort do ces opérations
do compensation donne Hou à règlomont ontro les Offices cor-
respondants,
Si ce règlement fait apparaître un solde au profit de l'Aile-

(1) Tels qu'ils auront été délimités par la présente Convention,


ANNEXE V 233

magno, il en est tenu compte par imputation eurla dette con-


tractée par l'Allomagno on exécution do la prêsonto convention.
Si co réglcmont fait apparaître un soldo au débit do l'Allo-
magno, celle-ci en est responsable vis-à-vis dos Etats alliés
et associés et dovra y faire face A l'aido dos moyens do paie-
ment prévus a l'Annoxo 8, Lo montant pourra en être immé-
diatement prélové par chacun des Gouvornoments alliés et
associé sur lo produit de la liquidation des biens et intérêts
allemands, situés sur son territoire ou sur celui do ses posses-
sions et dépendances (!) (Annoxo 8, chap. Il § c).
3' Chacun dos Offices do compensation alliés et associés est
compétent en co qui concerna les créances et dettes do tous
ressortissants des Etats alliés et associé domiciliés sur lo ter-
ritoire do l'Etat dont relève cet office et des ressortissants
dudit Etat domiciliés sur les territoires des Etats ennemis (2)
do l'ancien Empire russo et des Etats ueutres. '
4° Chacun des Etals alliés et associé déclare nuls et non
avenus tous paiements, acceptations do paiements et générale-
ment toutes négociations et transactions concernant lo règle-
ment desdites créances et dctles qui seront effectuées directe-
ment entre les parties, sans passer par l'intermédiaire do
l'Offlco do compensation.
Toutefois il appartiendra aux Gouvornoments dont rolèvo
chacun des Offices d'accorder exceptionnellement des déroga-
tions A ladito règle
S* Est compris dans les opérations des Offices do compensa-
tion, pour leur montant fixé commo il a été prévu a l'an-
nexo 3 (§ i* b), lo règlement des créances résultant pour les
Etats alliés et associé et pour leurs ressortissants dos actes de
disposition concernant lours biens et intérêts en territoires
allemands (3) ou autrefois occupés parles armées allemandes,
lorsque les intéressés auront ratifié lesdits actes de disposition
(Cha.i"§4«).
6' No sont pas compris dans les règlements prévus aux §§ ci-
dessus les biens et avoirs appartenant, en territoires aile-

(1) Voir note Jointe n» L


(2) Tels qu'ils auront été délimités par lo traité de paix.
(3) Tels qu'ils auront été délimités par la présente Convention.
?J| PB LA PAIX Â LA GUERRE
manda (1) ou autrefois occupés par 1** armées allemandes, aux
Etats alliés ot associé et A leurs ressortissants et qui seront
restitués en nature A l'identipio et A l'équivalent, en exécution
do l'article 4, ainsi que toutes sommes provenant do l'Adminis-
tration de ces biens.
7° Il ne peut être opposé aux Etats alliés et associé et A
leurs ressortissants aucune prescription, forclusion ou dé-
chéance A raison du non-accomplissoment pondant la guerro
et l'annéo qui suivra la mise en vigueur do 1» présente Conven-
tion, d'uno obligation, d'un paiement exigiblo ou d'uno
formalité contractuelle, administrative ou légale.

CHAPITRE III

1* Lo montant dos sommos dues aux ressortissants dos Etals


alliés et associés en exécution des dispositions do la présente
annexo et de l'annoxe 3 (§ I* b) ost fixé dans la monnalo des
Etala créanciers an taux do conversion du mark, correspondant
au cours moyen pratiqué sur cetto monnaie pendant lo mois
dojuin 1914.
2* Toutes les créances comprises dans les opérations des
Offices do compensation sont, du jour do leur échéance et
sauf stipulation contraire résultant soit d'un contrat, soit d'uno
clauso do ta présento convention, productives d'un intérêt
annuel do G «>/<>•

(Annexe S)

CONTRATS D'AVANT-GUERRE

En consôquenco du principo posé A l'articlo b :


4* L'effet de tous lès contrats visés au présent article, excep-
tion faite do ceux spécifiés dans la Convention spéciale prévuo
A l'articlo 5 doit être considéré commo provisoirement sus-
pendu pendant un délai maximum do six mois ;
(lj Tels qu'ils auront été délimités dans la présento Convention.
ANNEXE V 235

2* Il ne peut être opposé aux Etats alliés et associés et à leurs


ressortissants aucune prescription, forclusion, déchéance a
raison du non-accomplissementpendant la guorro et l'annéo qui
suivra la miso en vigueur do la présenta Convention d'uno obli-
gation, d'un paioment oxigiblo ou d'uno formalité contractuollo,
administrative ou légale. Il en est do mémo do toutes ventes,
cessions, baux et do tous actes do disposition consentis on vio-
lation do droits acquis ou éventuels résultants desdits contrats;
3" Sont déclarées nulles, toutes dispositions législatives,
administratives ou judiciaires allemandes, prises pendant la
guerro et ayant pour effet la résiliation tolalo ou partiollo
desdits contrais.

(Annexe 6)

En exécution do la clauso insérée A l'articlo 9 :


i' Lo Gouvernement allomand s'engago a fournir uno liste
des concessions, avoirs, propriétés, créances, et provisions pos-
sédés en Allemagno par les anciens Etals austro-hongrois, bul-
gare et ottoman et par leurs ressortissants;
2' Le Gouvernomeut allemand s'engago a prendre des mesures,
pour interdire, pendant uno période d'un an après la signature
do la présento convention, touto romiso à l'étranger do fonds et
valours existant en Allemagne et appartenant aux anciens Etats
austro-hongrois, bulgare et ottoman, et A leurs ressortissants ;
3° Dans lo cas où les anciens Etals sustro-hongrois, bulgare
et ottoman et leurs ressortissants auraient passé depuis lo
il novembre 1918, soit avec les Etats allemands, neutres ou
Tonnés sur lo territoire do l'ancien Empire russe ou avec leurs
ressortissants, soit avec des ressortissants alliés et associés, des
contrais ayant pour objet do céder, sous quelquo formo quo ce
soit, dés concessions, avoirs, propriétés, créances, provisions,
possédés par eux en Allemagne, lo Gouvernement allemand
s'engago à reconnaîtra los mesures quo les Gouvernements
alliés et associé seraient amenés a prendre po"c obtenir l'annu-
lation ou la revision desdits contrats.
23« DE LA GUERRE A LA PAIX

(Annexe 7)

ANCIENNE TERRE D'EMPIRE D'ALSACE-LORRAÏNE

CHAPITRE I"
L'anclenno lerro d'Alsacc-Lorrnlno est assslmtlêo au terri-
toire français en co qui concorno !
a) La réparation do tous dommages causés aux personnes
et aux biens ;
b) La nullité do toutes opérations do liquidation, do séquestre
et do saisio accomplis pendant la guerre, en exécution do déci-
sions prises par les autorités allemandes, dans les conditions
où cette nullité a été prévuo A l'articlo 4 et A l'annexo 4 ;
c) Le fonctionnement,pour assurer la liquidation dos créances
cl des dettes nées d'obligations contractées avant lo 7 décembre
1918 chlro l'anclenno terre d'Empire d'Alsacc-Lorralne, les
municipalités et collectivités d'Alsacc-Lorrotae, les Alsaciens-
Lorrains (personnes physiques et morales) (1), les ressortissants
des Etats alliés et associés établis cri Alsacc-Lorralno d'uno
part, l'Allemand et ses ressortissants d'autre part, d'un Office
do compensation spécial a l'Alsacc-Lorralno ;

CHAPITRE 11

1» Le Gouvernement allemand remboursera au Gouvernement


français toutes sommes quo celui-ci a été ou sera amené a
débourser du fait des opérations suivantes t
a) Radiât des avoirs exprimés en monnalo allemande
appartenant a dos Alsaciens et des Lorrains (personnes phy-
siques ou morales (1), ou a des ressortissants des Etals alliés
et associés et des Etats neutres ;
b) Rachal, au prix moyen du titre pendant lo premier
semestre do 1914, sur le marché où co titre est lo plus habltuel-

|l) Voir note Jointe n9 3.


ANNEXE V 237

loment coté, ou au prix d'émission pour tous titres émis


postérieurement au 1" juillet 1914 (sous résorvo quà co prix
no pourra être inférieur au cours moyen pratiqué pondant lo
premier trimestre 1919) :
Dos valeurs allemandes d'Empire, d'Etats confédérés, do
villes, do sociétés, et do toutes créances hypothécaires sur
l'Allomagno alsaciennes et lorrainca non com-
— valeurs
prises — figurant a l'actif des établissements publics, d'utilité
publique, dos organismes ou collectivités soumis A l'autorisa-
tion ou A la surveillance des autorités allemandes (lois que :
Calsso des Dépôts et Consignations, Caisses d'Epargne, institu-
tions d'assurances sociales, Etablissements do prêts A l'agricul-
ture et au petit commerce, Coopératives do production et do
consommation, Etablissements charitables), ainsi quo du
Crédit foncier d'Alsacc-Lorratno et des instituts hypothé-
caires ;
Do toutes valeurs do mémo nature achetées pour lo complo
do mineurs et interdits, ou dont lo dépôt aura été effectué
par des municipalités et collectivités d'Alsacc-Lorratno, des
Alsaciens-Lorrains (personnes physiques ou morales (1)^ A titro
do titro, do cautionnements, consignations ou a un tout autre
titre, on applications do lois ou règlements altomands.
c) Rachat, à leur prix de souscription ou d'achat dos valeurs
émises pondant la guerre par l'Empire et les Etals confédérés,
Bouscritos ou achetées, sur lo territoire allemand par los Alsa-
sions-Lorrains (porsonuos physiques ou morales) (1) et quo
ccu.v-cl détiendraient tors do la signature de la présento Con-
vention.
Co remboursement s'cITcctuo en francs, au pair do 1 fr. 88
pour un mark.
2' Uno Convention ultérieure déterminera les dépenses do
guorro avancées par i'Alsaco-Lorraino et dont lo paiement
incombe A l'Empire allemand, telles quo : allocations aux
familles do mobilisés, réquisition, logements do troupes,
secours aux évacués, etc.
3" Uno Convention ultérieure réglera les charges qui
incombent à l'Etat allemand du fait du foncliouuoniout des

(I) Voir note jointe n» 3.


238 DE LA GUERRE À LA PAIX >

assurances sociales en Alsace-Lorraine antérieurement A la


mise on vigueur do la présento convention et du fait du spr-
vico dos pensions civiles de fonctionnaires d'Empire et dos
Pensions militaires, on cours d'acquisition, acquises ou liqui-
dées en Alsace-Lorraiuo antérieurement A la même date.
4* Le Gouvernement allomand assurera en francs, au pair
do 1 fr. 23 pour un mark, et pondant la duréo dos emprunts
ci-dessous visés, le sorvico (intérêts et amortissements) des
titres ellomands à revenu fixe : emprunts d'Etat (Empire ou
Etals confédérés) a long ou A court lornio, emprunts do villes,
lettres do gago qui n'auraient pas été rachetés en vertu du para-
graphe 1* ci-dessus et qui seraient en la possession d'Alsacîons-
Lorrains (personnes physiques ou morales) (1) lors do la signa-
ture do la présento convention.
Co Bcrvico sera assuré par lo Gouvernement allomand on
dehors du paiement do l'annuité prévuo a l'article 18.
En cas do retard ou d'inexécution par l'Allomagno des paie-
ments stipulée au présent paragraphe, les Etats alliés et asso-
ciés so réservent lo droit do prendre les garanties et les gugos
prévus a l'article 18 pour lo eus do non paiement do l'annuité.

CHAPITRE III

4» n) en exécution do l'articlo 17 do la prosonlo 'convention,


tous les bleus du domaino public ou privé et tous les droits
appartenant à l'ancienne terre d'Empire d'Alsaco-Lorralno sont
transférés A l'Etal français sans quo celui-ci ail a faire aucun
polo m eut a l'Allomagno do cochof.
Il en est de mémo do tous les biens du domaino public ou
privé et do tous les droits appartenant, sur lo torritoiro do l'an-
cienne Torro d'Empire, A l'Empire, aux Etats allemands ou aux
anciens souverains allemands.
b) Lo Gouvernement français se résorvo lo droit do confir-
mer ou d'annuler toutes concession» consenties sur lo terri-
toire d'AIsacc-Lorratno par l'Empire allemand ou par les auto-
rités qualifiées do rnnclcnno terro d'Empire.

(I) Voir note jointe nO.


ANNEXE V ' 239

2» Tous les biens et intérêts .privés, à l'exception do ceux qui


"but'été visés au paragraphe !• ci-dessus, situés sur lo territoire
d'Aliacc-Lorralno et appartenant A des ressortissants alle-
mands, seront liquidés et repris parle Gouvernement français.
L'Allemagne indemnisera directement ses ressortissants
dépossédés par la liquidation prévuo au paragraphe ci-dessus.
Il sera tenu compto à l'Allomagno du montant desdits biens
pour lo règU-rnent des créances publiques ou privées nées a
l'cncontro do l'Etat allemand et do ses ressortissants, au profit
do l'anclenno lerro d'Empire d'Alsace-Lorraluo, des munlcipa-"
lités et collectivités d'Alsacc-Lorrahieet des Alsaciens-Lorrains
(personnes physiques ou moralos) (1) ou nées sur lo territoire
d'Alsaco-Lorralno, M'encontro des mémos débiteurs au profit
des Etats alliés et associés et do leurs ressortissants. Le solde,
s'il y a lieu, viendra en déduction des autres sommos ducs par
l'Allomagno du chef do la présouto Convention.
3*-Lo Gouvernement allomand s'êtant refusé, en 1872, A
prendre A sa charge aucuno portion do la dclto française, lo
Gouvornomont français est déchargé do touto participation au
service des dettes do l'empire allemand et do la terro d'Empire
d'Alsaco-Lorralno, qui pourrait lui incomber du fait du retou.-
do l'ÀIsacc-Lorraino à la Franco.

(.limcjtf 8)

MOYENS DE PAIEMENT

CHAPITRE I»

Lo Gouvernement allemand fera connaître oux Gouvernc-


meuts alliés et associé, dans un délai de trois mois, les ren-
seignements suivants établis A la date do la signature de la pré-
sento Convention !
1° Lo montant do l'encaisse or et argent do la Itetciisbank,

(I) Voir uulu jointe u« S.


240 DE LA GUERRE A LA PAIX -
2* Qu'ils so trouvent on Allemagne (1) ou hors d'Allemagne:
a) Les valeurs mobilières étrangères et fonds d'Etat étran-
gers détonus par l'Allomagno et ses ressortissants,
b) Los billets do banquo étrangers détonus par l'Allemagne
et ses ressortissants,
c) Los devises étrangères délonucs par l'Allomagno et ses
ressortissants;
3» Los biens cl intérêts do tout ordre oppartonant A l'Allc-
magnoct a ses ressortissants, et situés on territoire étranger,
tels quoi
a) Propriétés immobilières,
b) Objets moblllors do touto nature,
c) Avoirs en marchandises,
d) Avoirs en espèces autres quo ceux visés au § 2 alinéa b ci-
dessus.
e) Créances de touto nature autres quo celles visées au § 2* ait»
nèas o, é, c, cl-dcssus.
f) Options, marchés do travaux ou do fournitures, commandes
non encore exécutées ou en cours d'oxècution relatives A des
produits, marchandises, outillages et objets do touto nature.
g) Concessions do touto sorte.
4* Lo montant do la production, pondant l'année 1918 et pen-
dant les trois années qui ont précédé la guorro, en charbon,
potasse, bots, pato à papier, sucre, verre A vitre, matériel
électrique, etc., gros outillage do touto nature, matériels do
transport, ainsi quo la situation dos stocks existants (sous
rèsorvo d'additions ultérieures).
5* Tous renseignements relatifs aux objets restituables A
l'indcnUquo, commo il a été prévu A l'annexe 2 S14\

CHAPITRE II
PllOVIstON.

A titre do provision, l'Allemagne


mettra a la disposition dos
Gouvernements alliés et associé, A concurrencé do la valeur do
4 milliards de dollars-or des Etats-Unis, dans lo délai do trois

(t) Telle qu'ello aura été délimitée par la présento Convention,


. ANNEXE V '.'.'"' 241

mois après la signature do la présento convention, et do 2 mil-


liards do dollars-or au cours do l'annéo qui suivra :.'•'
a) do l'or
Do
,
l'argent.
,
, ,
. • .
'
. . . •
. .
• . >

liji
... ...
.
Des valeurs mobilières étrangères et fonds d'Elals
étrangers. • . • . •
Des billets do banque des Etals alliés, associés
>
Sl|6.
et neutres . . . . • , •
>
Des devises étrangères actuellement existantes
cnlro les mains du Gouvernement allomand et do §
ses ressortissants, ou provenant d'un droit do sor- c s .s
tlo do 20 •/• ad valorem, quo l'Allemagne s'engago a
établir immédiatement sur tous les produits expor- .8
* * t'
monnairo du pays destinataire
b) Les quantités ci-dessous fixées do :
......
tés do provenance allemande et qui sera payé en
g es m JS

Houille, 80 millions do tonnes.


Coko métallurgique, 12 millions do tonno
,
Potasse, 4 millions do tonnes.
Dois en grumo et bois scié, 18 millions do tonnes, <.
Zinc, 200.000 tonnes.
Sucre, 2 millions do tonnes.
Ambre, 40 tonnes.
Argllo A grès et feldspaths, 200 tonnes.
Matières colorantes, pour uno valeur do 428 millions de francs*
Verre à vitre, 20.000 tonnes.
Meubles meublants
. . . . . . . .
•8 Si.
Cheptel, chevaux, animaux pour repeuplement » «a g*.
dos chasses, matériel Agricole, semences, plants, 'S -1
,111-
engrais, etc.
. . . . . . . . . . •
Matériel électrique (cables, etc.)
. . . . .
Matériel de navigation maritlmo et fluviale (na-
vires, flotto du Ehlu, bateaux-citernes, ctc).
. .
il*
Matériel do transport (wagons, locomotives, ca-1 •
niions automobiles, etc.)
. . . , . . . .
Outillages do touto espèce,
. . . , . . .
(Sous rêscrvo d'additions ultérieures).
lt>
iftERRB KT PAIX
242 DB LA GUERRE A LA PAIX

' En outre, seront remis par l'Allemagne tous objets mobiliers,


cheptel, navires....,, demandés par les Gouvernements alliés et
associé commo restitutions à l'équivalent, dans les conditions
indiquées a l'article 2 et A l'annexo 2 § 18, pour autant qu'ils
n'ont pas été compris dans les quantités ci-dessus fixées.
L'évaluation des espèces, valeurs et marchandises livrées eu
exécution des § a el b ci-dossus, sera faite par la Commission
financière interalliée, dont la création est prévuo ou chapitre III
cl-dessous; lo moulant en sera imputé sur la provision do
0 milliards do dollars-or, duo par l'Allemagne aux Etats alliés
et associé;
c) Tous les biens clintérêts privés appartenant A dos ressor-
tissants do l'Allomagno et situés sur les territoires desdits
Gouvernements, do leurs possessions et dépendances (1).
Lo montant des biens et intérêts repris est affecté par préfé-
rence au règlement des créances et dettes nées d'obligations
légalement contractées avant lo H novembre 1018 entre les
Etats alliés et associé et leurs ressortissants d'uno part, l'Aile-,
magno et ses ressortissants d'autre part, et dont le règlement
a élô suspendu par la déclaration do guerre do l'Allemagne
(Annexe 4, chap. Il) et 11 no vient quo pour lo soldo en déduc*
lion do la provision do 0 milliards do dollars-or.
d} Ceux des biens et intérêts do tout ordre appartenant a
l'Allemagno et a ses ressortissants, Htuês sur les territoires
neutres el do l'ancien Empire russe, ainsi quo sur les territoires
des Etals alliés do l'Allemagno (2) qui lut seront désignés pnr
la Commission interalliée prévuo au chapitre 111 cl-dcssous,
tels quoi
1* Propriétés immobilières;
2» Objets mobiliers do touto nature i
3» Avoirs en espèces;
4» Avoirs en marchandises;
fi* Créances do toute nature, réelles ou personnelles, antres
qUO celles visées au § ri ci-dessus ;
6* Options, marchés do travaux ou de fournitures, com-
mandes lion encore exécutées ou en cours d'exécution, rcla-

(1) Voir note Jointe n» t.


(2) Tels qu'ils auront été délimités par los traités de paix,
• ANNEXE V 243
i.
tlvos A des produits, marchandises, outillagos et objets do
toute nature, etc.;
7' Concessions do touto sorto, après quo l'autorité concé-
dante aura fait connaître son accord, s'il s'agit d'un Etat
neutre ou d'un do ses ressortissants.
La valeur des biens et droits cédés est fixéo par la Commis-
sion intorallièo prévuo au chapitre lit ci-dessous ; le montant
en est tmpulô sur la provision de 6 milliards do dollars-or.
L'Allemagno déclara d'ores et déjà, en son nom et au nom
do ses ressortissants, so désintéressor dos chomins do fer on
Chine et dans l'Empire Ottoman dans lesquels 11 oxislo des In-
térêts allemands, et spécialement du chemin do for do Bagdad,
Eilo renonce, tant pour ello que pour sos ressortissants, Aso
prévaloir vls-a-vls des Gouvornoments alliés et associé et do
leurs ressortissants, do tous accords relatifs àecs chemins do fer.
e) La différence entre lo moulant total do la provision do 6
milliards do dollars-or cl lo montant des paiements prévus aux
§ a, b, c, d, ci-dessus, est acquillèo au moyen do la réalisation
do tous actifs a l'étranger restant disponibles après los prélè-
vements demandés par les Etats alliés et associé dans les
conditions ludlquêcs aux §§ ci-dessus.
Toutefois les mesures do réalisation dovront être soumlsos
A laCommisson intorallièo prévuo au chapitre Ht et seront
subordonnées a son assentiment.
Au cas où l'cnsomblo dos paiements prévus cl-dcssus
11'nllcimlrail pas G milliards do dollars-or, l'Allomagno reste-
rait débitrice du solde. Les inoyons de règlement seraient
déterminés par la Commission Inlerallièo qui pourrait augmen-
ter les livraisons stipulées ou recourir A tout aulre procédé qui
lui paraîtrait approprié.

CHAPITRE 111

COMMISSION mANcifcnu iSTEHAttiÈK bis LA r-ETTR ALI.WANDB.

1' Les Gouvernements alliés et associé sont représentés, pour


l'exécution tics stipulations insérées aux chapitres l'et It do la
présento annexe, par uno Commission financière intoralllêe do
ia delto allemande!
244 DE LA GUERRE A LA PAIX
3* Cette Commission est chargée do percevoir les versements
à effectuer par l'Allemagno en exécution dos clauses do la
présento convention et d'en répartir le montant entre les Etats
alliés et associé, suivant les principes fixés dans uno conven-
tion spéciale passèo entre ces Etats t
a) La Commission dècido et notiflo les spécifications, les
quantités et la destination des produits a livrer en nature.
b) Commo il est prévu au chapitre II § d cl c, la Commission
fait connaître au Gouvornomontallemand ceux des biens et inté-
rêts allemands A l'élrangor dont les Gouvernements alliés ot
associé exigent la cession et ello approuve, lo cas échéant, les
aliénations proposée» par lo Gouvernement allemand.
e) Après s'être assurée do l'exécution des instructions qu'ello
A données, ello fixe la valeur en dollars do toutes les prestations
fournies, dont l'Allemagno est créditée commo il est Indiqué au
chapitre II, § b ci-dessus ;
d] La Commission lo conlrolo des exportations des litres,
a
espèces, valeurs do touto nature et du commorco des dpvtsos,
dans tes conditions prévues par l'articlo 1" du prolocolo finan-
cier de Trêves du 13 décembre 1918.
Elloolocontrôlo do toutes les importations et exportations do
marchandises en Allemagne et oHo est chargée do faire observer
les clauses économiques et financières insérées dans los conven-
tions spéciales relatives au ravitaillement do l'Allemagne.
Ces deux contrôles prendront fin dès quo l'Allemagno aura :
1' Parfait lo paiement complet do la provision do 0 milliard!
do dollars-or stipulée au chapitre H do la présente annexe.
2° Contliluô en gogo A la Commission les impôts, valeurs ou
biens Immobiliers prévus au chapitre IV ci-dessous.

CHAPITRE IV
ANNt'ITfts.

Dès que des Commissions d'expertise auront fixé lo mon-



tant des compensations en espèces ducs pour la réparation des
dommages (!) commo il est indiqué A l'article 3 et a l'annexo 3,
(I) Si le Conseil suprême interallié décide que lo rembourse»
meut dos frais do guorre doit être exigé do l'Allemagne, lo
.uombro des annuités sera élevé à duo concurrence.
:^;^':;;;rANNËXE.\* .> :.;\-;,: 245;';;;

les Gouvernements alliés et associé feront connaître au Gou-


vernement allemand le nombre des annuités que celui-ci doit
verser à l'ensemble dos Gouvernements alliés et associé, A par-
tir de la 2' annéo qui suivra la signature do la présento Con-
vention.
Lo tableau n° 1 iudlquo lo montant des diverses annuités.
2'L'annuité sora acquittée !
o) Par des livraisons on nature, dont los spécifications, les
quantités, les prix et la destination seront déterminés chaque
année, 3 mois avant l'ourcrlu.ro" do l'exercice financier allemand,
parla Commission financièro Interalliée qui communiqué ses
décisions A cet égard au Gouvernement allemand ;
b) Dans la mesure fixée chaque annéo par la Commission
Interalliée, au moyen de devises étrangères acceptées par celle-
ci et dont lo taux do change sera fixé par ello ;
c) Aumoycndorcssourccsp.\rtlcullèrcsaiïcclêesspèclaloment
par lo Gouvernement allemand au paiement do l'annuité et
dont lo contrôlo sera assuré par la Commission financièro inte-
ralliée, à savoirs
!• Produits do cCrlains impôts, taxes ou redevances oclucl*
lemont existants ou A créer, après assentiment do la Commis-
sion, tels que s
Taxes sur l'alcool, la bière, lo sucre, lo sol, le tabac, les
dépenses somplualrcs (spectacles, achat d'objets d'art, bijoux,
pierres et métaux précieux, ele,) les pétroles, les charbons, tes
phosphates etc.. sous formo do monopoles ou autrement*
Taxes douanières, postales et télégraphiques, droits sur les
ports, canaux, chemins do fer.
Taxes et impôts directs tels qu'impôts sur lo capital, les suc-
cessions, etc.
L'Alloinagiio devra notamment maintenir lo droit do sortto
do 20*/e sur les produits exportés, d'origine ou do provenance
allemande, dont il a été question au chapitre II, § a. Co droit
sera payablo on monnaie du Pays destinataire.
2° Produttsd'exploilaltonsdoinatiialcsdotoutotiaUire,mines,
forèls, chemins do fer, êleclrlclté, etc.
3* Revenus et produits do valeurs ntobiliètca allemandes et
do biens immobiliers do tout ordre, désignés par la Commis-
sion financière et qui seront donnés en gages ou nantissement
246 DE LA GUERRE A LA PAIX
par le Gouvernement allomand aux Gouvornoments alliés cl
associé..;.":'.. ,-,
'
-.'...
La Commission converlit en dollars-or les recettes on marks
provenant des ressources susdites.
«0 Dans lo cas où les divers versements mentionnés aux
paragraphes o, b,c, no produiraient pas un montant suffisant
pour lo paiement & leurs échéances des annuités stipulées, ou
dans lo cas où lo montant total dos compensations en nature
no serait pas livré aux échéances convenues, la Commission
financièro aura la faculté soit do donner termes et délais avec
ou sans Intérêts moratoires, soit d'exiger du Gouvernement
allemand la livraison d'uno sommo en marks, correspondant
au déficit constaté.
Les voies et moyens par lesquels le Gouvernement allemand
so procurera ces marks devront être approuvés par la
Commission financière.
SI Tinsufflsanco dont il s'agit so maintient pendant doux
années consécutives, la Commission pourra réclamer l'affec-
tation do nouvelles taxes, existantes ou A créer, donl lo rende-
ment prévu devra être au moins égal A l'insuffisance mînima
constatée au cours do l'uno dos doux années.
Los marks versés eh exécution du prêsout article (alinéas
c et d) et dont l'emploi restera A l'entière disposition dos
Gouvernements alités et associé pourront servir notamment :
soit à la couverture do tirages sur l'Etat allemand, vendus par
ta Commission financière, soit a l'achat en Allemagne et au
paiement du transport jusqu'A sa frontière des marchandises
choisies par la Commission, soit A l'achat des valeurs mobi-
lières ollcmandes et do biens immobiliers do tout ordre.
34 Dans lo cas où les divers versements mentionnés au para-
graphe 2 excéderaient lo montant nécessaire pour io paiement
A leurs échéances des annuités stipulées, et après la constitu-
tion d'uno provision correspondant au servtco des annuités
pour les doux années sulvanlns, lo surplus des roccltos effec-
tuées par la Commission ecra versé au Gouvernement allemand.
4* SI l'Allemagno no so conformo pas aux obligations Indi-
quées cl-dossus, la Commission financière proposoA la Liguo
des Nattons, par l'intermédiaire do la Section financière do
celle-ci, los mesures coereitivos suivantes:
ANNEXE V 247

o) Occupation territoriale permettant a la Commission tinan-


cièro do disposer dos revenus fiscaux ou industriels nécessaires
A l'acquittement do la dello do l'Allemagne envers les Etats
alliés et associé;
b) Blocus total ou partiel, financier et économique ;
c) Occupation de points stratégiques, aulrcs que ceux dont
l'occupation a a été prévue a l'articlo 18.
NOTE N* 1

Lo termo < Etals alliés et associé », employé dans la pic-


sente Convention, comprendtous les Etats signataires do la pré-
sento convention.
.
o) Lo terme « ressortissant des Etats alliés et associé >,
employé dans la présento convention, comprend tes personnes
physiques et morales possédant la nationalité des Etats alliés
et associé toile qu'ello sera fixèo par la présente Convention et
généralement toutes personnes physiques et morales qui ont
été soumises aux mesurés spéciales de guerro appliquées aux
nationaux alliés et associés. Il comprend également les Socié-
tés financières, Industrielles et commerciales de nationalité alle-
mande, dans lesquelles les groupes alliés et associé posséde-
raient la majorité, soit du capital actions, soit du capital obli-
gations.
Lo terme « territoires des Gouvernements alliés et associé »,
employé dans la présento Convention, comprend les territoires
des Gouvernements alliés et associé tels qu'ils so comporteront
après la miso en vigueur do la présento Convention.

KOTEN»2

Doit être eonsidêrèo commo « tono de combat i au sens des


paragraphes 8 du chapitre H et 3 du chapitre 111 do i'anuoxe 4
une bande dé terrain do kilomètres située A l'arrière des
fronts tenus par les armées alliées et associée, étant spécifié
que chaque intéressé n'aura droit a compensation que pour
toute la période pendant laquelle ses biens ou moyens do Ira-
NOTE 249
vail s'étant trouvés dans ladite zone, il a été effectivement pri-
vé, soit du libre exercico ou do la libre jouissanco do ses
droits do propriété, soi.t do la possibilité d'obtenir uno justo
rémunération do son travail.

NOTE N'3
Les termes <t collectivités d'Alsacc-Lorraîno cl Alsaetons-
Lorratns (personnes physiques et morales) >, employés dans la
présento Convention, s'appliquent aux collectivités cl personnes
d'Alsaco-Lorralno qui ont recouvré la nationalité françalso par
l'effet do la présento Convention.
TABLEAU J

APEtlÇU SOMMAIRE DES ANNUITÉS A VERSER FAR L'AUEMAGNE


EN EXÉCUTION
8 lV
DES CLAUSES INSÉRÉES A L'ANNEXE CIIATV

Militons --.
de «lollnrs-or
,
La 2«nnn<5oapifc3la sign.desprélim.de paix { 1" ann.). 2.000
La 3« - - - '..:..( 2« ,'-.).. 2.010

-La. 6» — -- — I 5» -).). 2.IG5


Lan»
LalG*
-,
—.' .;
_ <10»
(J5.

_).
2,390
2,639
_ _.
Ln2l« — -- (?0" ~). 2.914
La2G«

La36'
-
La3i« -
.-'.
.'.-.
"-
--
.,.. —

~
(?ô«
(30«
(35«
-)•
— ).
_-).).
3.217
3.552
3.921
Lall".
La46« -

-
- —
(45«—).
(40« 4.329
4,780
La51« —
'„: „ ,.'*'»'- - —
(j Kn35ans
(50«(1)-).
, .99.989, ,
5.378
Sommes effectivement versées En „
50 flUS w>48, .-,
# t t

Valeur actuello au taux do 5 % des S5 annuités . , . 40.471


'

~


_-
de la
50
35'

— . , ,
48.588
67T
.'.,
'—'.:' —.''. de la 50» — , , , 426

i\) SI le Consetl suprême Interallié décide, que le remboursement


des (rais de guerre doit être exigé do l'Allemagne, le nombre des an-
.:-.' ^/
nuités seriv élevé à due concurrence.
Si toutefois le nombre des annuités dépasse ctnquintey4f"r^9n<{5nts
de chacune d'entre elles no pourra excéder celui delà dwpxiùllèw,;
^ ;
TABLE DES MATIERES

l'ItliFACE ...... » ,
CHAPITRE PREMIER
« > » • . • > » *

La Mobilisation.
La Mobilisation parlemenlairo Maurico Rarres voulait
;
s'engager ; Anatolo Franco et Edmond Rostand ;
et Uartliou . . . . . ....
où Messimy songo à Tyrtée ; démarches chez Briand

CHAPITRE II
• • • » • •
°

Sages et utiles précautions du Trésor


Avant la guerro;les coupures étaient prêtes; des milliards
mis M'abri; une eachetto ignorée ; quatre mots d'ordre ;
uno iioudro dangoreuso; les fonds en dépôt; lo chèque
Aupetit; au Ministères des Finances. , , , • •
10

CHAPITRE III
La Censur-e,
Inconvénients du service ; naissanco do la censure poli-
tique j les mains coupées . . , . . y • • , » 29

CHAPITRE IV
Le» Journées dé la Marne.
Au Quartier général ; la jalouste do Bordeaux} la victoire 30

CHAPITRE V
Les besoins de l'Armée.

la vralo cause de la vlo chero. . ...


Lés fusils ; lo contrôle parlementairo ; l'action sur placoj
. •.;._. .
42
''V:,-'v::;::' "CHAPITRE VLV\,;---V'y/"o'-:./'.;'
L'Action au front et l'Action & l'arrière*
<

Dcnys Cochin ot Vaillant; lo 115-1». Filltoux; l'action au


front ; noblo langago do Pétain ; celui do Roques ;
et celui do Franchet d'Espèrey. ,
, . . t» .
CHAPITRE VU
La Commission du Budget,
Réduction des dépenses; lo père des bons de la défense
l'espionnage s le soùs-prôfet do Lunévillo.

CHAPITRE VIII
....
nationale ; lo régime des restrictions ; la lutte contre
59

Constitution des Ministères Palnlevô et Clemenceau.


Un ministère de la reconstitution nationale; le chapelet

.,,,,,.,,
d'Albert Thomas; on débarque M. Ribot ; Clemenceau
apparaît ; M. Fallières et l'Union Sacrée; Un cabinet
Clemenceau-Déroulèdo , , G?

CHAPITRE IX
Politique fluanoière interalliée de Quorro.
Lo premier Comité interallié des finances ; la dette russe 5
l'importance du change ; une opération de guerre 5
les précautions à Paris. . 75
. . . , f , . , '.-,
CHAPITRE X
Vers la Victoire.
L'huile do ricin et la Grande-Bretagne ; Winston Churchill
pense déjà, en 1909, à ses électeurs ; un concours excep-
tionnel do ia trésorerie américaine ; l'Indépendance pay
en 1918; le 14 juillet symbolique; Clemenceau au front;
oane trouve pas mieux dans Plutarque, * » . *-,; 84

CHAPITRE XI •".;"''.
L'Armistice,
Les réparations ; l'addition de Clemenceau ; l'Armistice
faussé t les clauses financières ; huit milliards restitués
immédiatement!l'embargo de Trêves ; la Mission Martin;
la première étape ; Brockdorff-Rantiau s'émeut ; le « sa-
disme « de Louis Martini ; résistance d'un délégué
américain ; do la volonté
. .
H
CHAPITRE XII
Premiers Choos Interalliés.
Lo dossier Martin ; lo ravitaillement do l'Allemagne ; pre-
mières escarmouches ; la mauvaiso foi allemande ; le
bétail volé ; un assaut anglo-saxon;lo spectrobokhcvisto, 104

CHAPITRE XIII
Finance Interalliée.
La coopération ; rupture des accords do change ; crédits
coupés ; la courso aux dollars; Koynos le germanophile;
la livre a 50 francs ; l'abandon ; la responsabilité . • 115

CHAPITRE XIV
Les bettes Interalliées.
La position française ; une proposition italienno ; l'attitude

..........
des Etats-Unis ; un canon au prix de l'acier ; uno section
financière de la Société des Nations; ce.qu'il en advint;
destaxes internationales. 124

CHAPITRE XV
Sur les Réparations.
Les Anglais ; quelque chose à manger ; le coût de la guerre ;
là thèse française ; au Conseil des Quatre ; les délais de
paiement ; lo forfait ; lo Ycrro troué ; résistance française. 133

CHAPITRE XVI
De Brookdorff-Rantzau à Sir John Bradbury.
Gages et garanties ; les Anglais opposés & toute concession
en 1919 ; le plan britannique de 1922 ; le glissement ;
une dérision ; moralité 143
254 TABI.K DES MVrliUES

ANNEXES
ANNEXE I
L'Industrie Française dans les Réglons Envahies,
Préfaco aux oxtiaits do l'ouvrage du grand Etat-Major
allemand sur l'industrio en Franco occupéo . . . , 155

CONFÉRENCE DE LA PAIX
ANNEXE II

Nations ..........
Projet français d'une seotlon financière de la Ligue des

ANNEXE III
.".'. . .,;. .
190

Avant-projet français de liquidation des frais de guerre, 201

ANNEXE IV
Prinolpes des Réparations.
Projet français. . . ...
ANNEXE V
. . . . . . '. . .
209

Clauses financières à imposer à l'Allemagne


Avant-projet fraudais. . . . . . .. . . . . , •
213

Vannes. — Imprimerie LAFOI/VK Krôrcs et Cu,