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Etude de la composition et du pouvoir antioxydant des composés phénoliques


de quelques espèces végétales de l'aride tunisien

Article · January 2006

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6 authors, including:

Bekir Jalila Salah Ammar


University of Gabès The Faculty of Science of Gabes
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Ali Mahjoub Mohamed Mars


King Abdullah University of Science and Technology The Faculty of Science of Gabes
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Revue des Régions Arides - Numéro spécial - Actes du séminaire international « les Plantes à SIPAM
Parfum, Aromatiques et Médicinales » 2006

Etude de la composition et du pouvoir antioxydant des composés phénoliques


de quelques espèces végétales de l’aride tunisien

Besma SAADAOUI, Jalila BEKIR, Josiane AKROUT, Salah


AMMAR, Ali MAHJOUB & Mohamed MARS
Faculté des Sciences de Gabès, Campus Universitaire
Cité Erriadh 6072 Zrig Gabès Tunisia
Besma_sadawi@yahoo.fr
Mohamed.Mars@fsg.rnu.tn

RESUME
Cette étude s’est intéressée à huit plantes réputées pour leur usage en médecine traditionnelle
dans le sud tunisien (Punica granatum, Retama raetam, Thymus capitatus, Rosmarinus officinalis,
Ruta chalepensis, Ajuga iva, Lawsonia inermis et Agave americana).
Dans cette étude, nous avons déterminé la teneur en composés phénoliques totaux des extraits
méthanoliques de ces plantes par spectrophotométrie. La composition en polyphénol total est variable
de 1,68 à 11,07 mg/g de matière sèche exprimée en équivalent d'acide gallique (EAG). L’effet
antioxydant de chaque extrait phénolique a été évalué en testant son activité inhibitrice du 1,1-
diphenyl-2- picrylhydrazyl (DPPH), un radical libre. L'activité antioxydante des extraits varie de 5,83
à 94,46%. Elle est la plus marquée dans l'extrait du grenadier (Punica granatum) et la plus faible dans
l’extrait d’agave (Agave americana).
Mots clés: plante médicinale, polyphénol, antioxydant, région aride

SUMMARY
This study was interested in eight plants considered for their use in traditional medicine in the
arid land of Tunisia (Punica granatum, Retama raetam, Thymus capitatus, Rosmarinus officinalis,
Ruta chalepensis, Ajuga iva, Lawsonia inermis and Agave Americana).
In this study, we determined the content of total phenolic compounds of the methanolic extracts
of these plants by spectrophotometry. The composition of total polyphenol is variable from 1.68 to
11. 07 mg/g of dry matter expressed in gallic acid equivalent (GAE).
The antioxidant activity of each methanolic extract was evaluated by testing its inhibitor activity on
the 1,1- diphenyl-2- picrylhydrazyl (DPPH), a free radical.
The values obtained of the antioxidant activity of the extracts vary between 5,83 and 94,46%. The
most significant antioxidant activity was detected with the methanolic extract of pomegranate (Punica
granatum).
Key words : medicinal plant, polyphenol, antioxidant, arid land

1- INTRODUCTION
Tous les êtres vivants ont un métabolisme primaire qui fournit les molécules de base (acides
nucléiques, lipides, protéines, acides aminés et glucides). Les plantes produisent, en plus, un grand
nombre de composés qui ne sont pas issus directement lors de la photosynthèse, mais résultent de
réactions chimiques ultérieures. Ces composés sont appelés métabolites secondaires.
Ils comportent les composés phénoliques et les composés azotés formés essentiellement des
alcaloïdes et des glycosides. Ces métabolites jouent souvent un rôle de défense de la plante qui les
fabrique.
En plus de leurs activités antioxydantes et antimicrobiennes, les polyphénols possèdent plusieurs
autres effets bénéfiques pour la santé humaine [1].
Face aux limites thérapeutiques des médicaments chimiques, le développement de la recherche sur
les plantes médicinales a été orienté vers l'obtention de phytomédicaments. Ce développement

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constitue une étape indispensable pour l'essor de tout un secteur lié aux besoins non seulement de la
thérapie, mais aussi de l'industrie agroalimentaire, de la cosmétique et de la parfumerie.
De nombreuses études ethnobotaniques ont été réalisées sur des plantes médicinales de la Tunisie.
Cependant, les principes actifs et les biomolécules produites par ces plantes sont peu étudiés. C’est
dans ce contexte que se situe le présent travail.

2- MATERIELS ET METHODES
2.1- Matériel Végétal
Cette étude a concerné huit plantes prélevées des régions de Matmata, Oued Sidr, Mdou et
Ghemaga (Gouvernerat de Gabès) et Beni khédache et Djerba (Gouvernerat de Medenine). Les
plantes considérées sont : le thym : Thymus capitatus, le romarin : Rosmarinus officinalis, la rue : Ruta
chalepensis, le retam : Retama raetam, l’agave : Agave americana, la bugle : Ajuga iva, le grenadier :
Punica granatum L. et le henné : Lawsonia inermis.
2.2- Séchage et préparation du matériel végétal
Le matériel végétal est séché dans les conditions appropriées puis broyé et conservé pour
utilisation ultérieure.
2.3- Extraction des composés phénoliques
L’extraction des composés phénoliques est réalisée selon la méthode de Djeridane et al., (2006)
[2] avec quelques modifications.
2.4- Dosage des composés phénoliques
Le dosage des composés phénoliques a été réalisé par la méthode de Folin-Ciocalteu décrite par
Singleton et al., (1999) [3].
2.5- Activité antioxydante
L’activité antioxydante est déterminée par la méthode utilisant le 2,2-Diphenyl-1-picryhydrazyl
[DPPH], un radical libre, coloré, stable, facile à doser et capable d’arracher les atomes Hydrogène
labiles des groupements OH les plus réactifs. Une solution du DPPH de 0,1 mM est ajoutée à la
solution phénolique. Après avoir laissé la réaction d'inhibition du DPPH se produire à l'obscurité
pendant une heure, on lit l'absorbance à 517 nm.

3-RESULTATS ET DISCUSSION
3.1- Dosage des composés phénoliques
La teneur des composés phénoliques totaux des extraits méthanoliques des différentes plantes
testées a été déterminée par le réactif de Folin-Ciocalteu.
Cette teneur a été déterminée à l’aide d’une courbe d’étalonnage exprimant l’absorbance à 765 nm
en fonction de la concentration d’acide gallique mg/ml) (figure 1).
La teneur en composés phénoliques totaux des différentes plantes testées s’est montrée variable
selon la plante (tableau 1).
0,9
0,8
Absorbance à 765 nm

0,7
0,6
0,5
0,4
0,3
0,2
0,1
0
0 5 10 15 20
concentration d'acide gallique (mg/ml)

Figure 1 : Courbe d’étalonnage : Absorbance à 765 nm = f


(Concentration d’acide gallique mg/ml).

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L’absorbance de cinq étalons contenant respectivement : 3, 6, 9,12 et 15µg d'acide gallique/ml est lue
à 765 nm.

Tableau 1: Teneur en phénols totaux chez les différentes plantes testées


Le résultat est exprimé en équivalent d’acide gallique (EAG)
Plante Partie utilisée de Composés phénoliques totaux
(à l’origine de l’extrait) la plante (mg EAG/g de matière sèche)
Lawsonia inermis Feuille 11,07

Rosmarinus officinalis Feuille 10,31

Ajuga iva 3 Feuille 7,81


Ajuga iva 1 Feuille 6,69
Retama raetam 1 Feuille 5,96

Retama raetam 2 Feuille 6,32

Retama raetam 2 Fleur 6,21


Punica granatum Ecorce 5,83
Ruta chalepensis Feuille 4,65
Thymus capitatus 1 Feuille 4,38
Thymus capitatus 2 Feuille 4,32
Ajuga iva 2 Feuille 3,92
Agave americana Feuille 1,68

Les quantités les plus élevées en composés phénoliques ont été détectées chez Lawsonia inermis et
Rosmarinus officinalis respectivement de 11,07 et 10,31 mg (EAG) (équivalent d'acide gallique) /g de
matière sèche; tandis que la quantité la plus faible a été trouvée chez Agave americana.
On remarque que la quantité des composés phénoliques chez Ajuga iva varie d’une façon
remarquable d'une région à l'autre. En effet, les teneurs en composés phénoliques en équivalent d'acide
gallique chez "Ajuga iva" de Beni khdech, de la région de 30 Km avant Elhamma et de Matmata sont
respectivement de 7,81; 6,69 et 3,92 mg (EAG)/g de MS.
Il convient de signaler que la teneur en phénols dans les feuilles de Retama raetam 1 récolté en
Octobre (5,96 mg (EAG)/g de MS) et Retama raetam 2 récolté en Février (6,32 mg (EAG)/g de MS)
de la région Oued Sidr est presque la même. Donc le phénomène de dormance connu chez Retama ne
semble pas influencer la composition globale en polyphénol.
D'autre part, il est à remarquer que le niveau des composés phénoliques dans les feuilles de
Retama raetam 2 est similaire à celui dans les fleurs de cette même plante, ce qui suggère une
distribution similaire des composés phénoliques entre les divers tissus de la plante.
Bien qu’il n'appartient ni à la famille des labiées ni à la famille des légumineuses, on a remarqué
que l'écorce du grenadier a une teneur moyenne de composés phénoliques proche à celle détectée chez
les plantes de retam et du thym. Il a été trouvé que l'extrait éthanolique des fleurs du grenadier contient
321 ± 8 mg/g de matière sèche de composés phénoliques totaux en équivalent d'acide gallique [4].
Cette différence de teneur en phénol peut être due, en faite à l’organe végétal utilisé qui est la fleur et
non l’écorce.
Chez la rue (Ruta chalepensis) la teneur en polyphénols est de 4,65 mg (EAG)/ g de MS. Il a été
trouvé que (Ruta montano) récolté en Algérie (Laghouat) présente 3,13 ± 0,30 mg (EAG)/ g de MS
[2]. Cette composition montre une légère différence avec la rue locale, ce qui peut s’expliquer par des
conditions du milieu et climatiques proches.

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3.2- Activité antioxydante en pourcentage d’inhibition du DPPH


Le radical (DPPH) est utilisé pour déterminer la capacité antioxydante. En présence d'un
antioxydant, le (DPPH) est réduit en DPPH-H et son absorbance spectrophotométrique diminue.
L'activité antioxydante est exprimée en pourcentage d'inhibition du radical (DPPH) après 60
minutes d'incubation (figure 2).
AA= (absorbance initiale- absorbance de l'extrait/ absorbance initiale) x 100.

40

35
Pourcentage d'inhibition du DPPH

30

25

20

15

10

0
0 1 2 3 4 5 6
Concentration du Trolox (mg/ml)

Figure 2 : Courbe d’étalonnage : Pourcentage d’inhibition du DPPH= f (concentration du Trolox en mg/ml)


Tous les extraits testés à 1,66 mg de matériel végétal/ml sont capables de réagir avec le (DPPH)
(figure 3). Parmi les 13 extraits testés, le "Punica granatum" présente la plus grande capacité
antiradicalaire. En effet, en 60 min, l'extrait méthanolique d'écorce du grenadier présente une activité
antioxydante de 94,46% ; cette inhibition est 16 fois plus grande que celle détectée chez l'extrait
méthanolique des feuilles d'"Agave americana".
Dans ce même contexte, il a été démontré que l'extrait méthanolique de l’écorce du grenadier de
concentration de 50 ppm a une activité inhibitrice du (DPPH) de 86,33% [5]
L'extrait méthanolique de la moelle et de la membrane capillaire du grenadier possède une
excellente activité inhibitrice du (DPPH) (93.2%) [6].
Il est à noter d'après la figure 3 qu'à part l'extrait du "Punica granatum", il existe une
corrélation positive entre la quantité des composés phénoliques et le pouvoir antioxydant. On observe
une corrélation positive très nette surtout chez "Lawsonia inermis", "Ajuga iva 3" et "Agave
americana".
D'après ces observations, on peut suggérer que le pouvoir antioxydant dépend de la qualité des
composés phénoliques pour le cas de l'extrait du "Punica granatum" et de la quantité des composés
pour le reste des extraits.
Dans ce même contexte, il a été démontré que la capacité antioxydante de quelques espèces
d'olive dépend de la qualité ainsi que de la quantité des composés phénoliques [7].
Les extraits méthanoliques du "Rosmarinus officinalis" et du "Lawsonia inermis"
présentent le même pouvoir antiradicalaire. De même les activités antioxydantes des extraits
du "Thymus 1" et "Thymus2" ne présentent pas de différence significative, cela suggère que
chez cette plante, le facteur régional n'a pas d'effet sur l'activité antioxydante donc
probablement sur la nature des composés phénoliques. Ceci ne semble pas être le cas pour
"Ajuga iva" dont le pouvoir antioxydant est variable en fonction de la région.
D'après nos résultats, on remarque que les feuilles de la plante de "Retama" récoltées en deux
périodes différentes gardent la même capacité antiradicalaire. Par ailleurs, on constate que les feuilles
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et les fleurs de cette même plante ("Retama") ont la même activité contre le (DPPH) (10,38% et 10,5
respectivement).

100

90
Pourcentage d'inhibition

80

70
du DPPH

60

50
40
30

20
10

0
a b c d e f g h i j k l m
Les extraits méthanoliques

Figure 3: Activité d'inhibition du DPPH par 13 extraits méthanoliques de différentes plantes


a,"Lawsonia inermis" ; b,"Punica granatum" ; c,"Agave americana" ; d,"Ruta chalepensis" ; e,
"Retama raetam 1(feuille)" ; f,"Ajuga iva 1" ; g, "Thymus capitatus 1" ; h, "Rosmarinus
officinalis" ; i, "Ajuga iva 2" ; j, "Ajuga iva 3" ; k, "Retama raetam 2 (fleur)" ; l, "Retama raetam
2 (feuille)" et m,"Thymus capitatus 2".

3.3- Capacité antioxydante en équivalent du Trolox (CAET) (but témoin)


Les valeurs de la capacité antioxydante en équivalent du Trolox sont groupées de 1830 à 13 mM/
g de MS (Figure 2). "Punica granatum" a la plus grande valeur (1830 mM/ g de MS).
La comparaison de la CAET du "Punica granatum" avec celles des extraits des autres plantes
montre une différence significative. Il est à noter qu'à part "Rosmarinus officinalis" et le "Lawsonia
inermis" l'ordre des valeurs de (CAET) est le même que ceux du pourcentage d'inhibition du DPPH. Il
n'y a pas de différence entre les valeurs de la (CAET) du "Thymus 1" et "Thymus 2" et entre celles du
"Retama 1" et "Retama 2", ce qui n'est pas le cas pour l'"Ajuga iva", ce qui semble suggérer que le
facteur région peut influencer la capacité antioxydante de cette plante.

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2000
1800
1600
Trolox (mM/gMS)
Equivalent du

1400
1200
1000
800
600
400
200
0
a b c d e f g h i j k l m

Les extraits méthanoliques

Figure 4: Capacité d'inhibition du DPPH par les 13 extraits méthanoliques des plantes en équivalent du
Trolox (mM/g de matière sèche).
a : "Lawsonia inermis" ; b : "Punica granatum" ; c : "Agave americana" ; d : "Ruta chalepensis" ; e :
"Retama raetam 1" (feuille); f : "Ajuga iva 1" ; g : "Thymus capitatus 1" ; h : "Rosmarinus
officinalis" ; i : "Ajuga iva 2" ; j : "Ajuga iva 3" ; k : "Retama raetam 2" (fleur)" ; l : "Retama raetam
2" (feuille) et m : "Thymus capitatus 2".

4-CONCLUSION
Ces résultats ont permis une évaluation de la composition polyphénolique de certaines plantes
de l’aride tunisien et de leur pouvoir antioxydant. Ils méritent d’être développés notamment dans le
cas du grenadier "Punica granatum" en vue de l’identification du type de composés à haut pouvoir
antioxydant et d’évaluer également l’effet antibactérien de ces composés phénoliques.

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES
[1] L. Bravo, Nutrition Reviews (1998) 56.
[2] A. Djeridane, M. Yousfi, B. Nadjemi, D. Boutassouma, P. Stocker, N Vidal, Food chemistry
(2006) 97.
[3] V L. Singleton, R. Orthofer & R M. Lamuela-Raventos, Methods in Enzymology (1999) 299.
[4] G. Kaur, Z. Jabbar, M. Athar, M. Sarwar Alam, Food and Chemical Toxicology (2006) 44.
[5] P S. Negi, G K. Jayaprakasha, Food science (2003) 68.
[6] A P. Kulkarni, S M. Aradhya, S. Divakar, Food chemistry (2004) 87.
[7] G. Boskou, F N. Salta, S. Chrysostomou, A. Mylona, A. Chiou, N K. Andrikopoulos, Food
chemistry (2006) 94.

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