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RTD Com.

RTD Com. 1992 p.302

Règles de concurrence. Droit des ententes, Système de distribution exclusive des produits de marque,
Restriction des échanges parallèles et clause d'interdiction d'exporter
(Décis. Commission 15 mai 1991 Gosme/Martell-DMP, JOCE L 185, 11 juill. 1991, p. 23 et du 4 juin 1991
Viho/Toshiba Europa GmbH [TEG], JOCE L 287, 17 oct. 1991, p. 39)

Christian Bolze, Professeur de droit privé à l'université de Toulon et du Var ; Chargé d'enseignement
au Centre Européen Universitaire de Nancy

Les fabricants de produits de marque organisent souvent la diffusion de leur production à travers un réseau
d'accords de distribution exclusive conclus, dans chaque Etat-membre, avec un concessionnaire différent. Ce type
de relations verticales peut tomber sous l'interdiction de l'article 85-1, notamment lorsqu'il provoque des
restrictions de concurrence entre distributeurs d'un même produit (restrictions intramarque). L'un des risques
majeur dans ce domaine est que le système mis en place par le producteur contienne des clauses de protection
territoriale absolue qui interdisent aux concessionnaires d'exporter les produits concédés hors de leurs territoires
respectifs (V. arrêt du 13 juill. 1966 [aff. 56 et 58-64 Ets Consten et Grundig c/ Commission] Rec. 1966, p. 429).
En dehors de cette hypothèse, la validité de ces réseaux dépend essentiellement d'une analyse concrète du contexte
économique de ces accords et de leur impact sur le fonctionnement du marché. A cet égard les autorités
communautaires ont estimé - au vu des premières espèces - que les systèmes de concession ouverte pouvaient
bénéficier d'une exemption par catégorie dont le régime résulte désormais du règlement 1983/83 de la Commission
du 22 juin 1983 (JOCE L 173, 30 juin 1983, p. 1) : sont dispensés de notification et exemptés les accords unissant
un fournisseur à un distributeur dans lesquels le premier s'engage à livrer au second et à lui seul certains produits
en vue de leur revente dans un territoire déterminé, à condition que le concessionnaire puisse exporter sur le
territoire des autres distributeurs et réciproquement. Pour que la concession soit ouverte, elle ne doit pas entraver
les échanges ou importations parallèles entre concessionnaires du même produit. Lorsque cette condition n'est pas
satisfaite, la validité des accords de distribution exclusive dépend de l'effet qu'ils sont susceptibles d'avoir sur le
régime de concurrence du marché commun. C'est à l'examen de deux systèmes de concessions exclusives non
exemptés que s'est livrée la Commission dans les décisions commentées

Dans l'affaire du Cognac Martell, l'accord de distribution liant la Société Martell - deuxième producteur de cognac
au monde - à la Société Distribution Martell Piper (DMP), filiale commune de Martell et de Piper-Heidsick,
concède à cette dernière l'exclusivité de la vente du Cognac Martell en France et dans la Principauté de Monaco.
Parallèlement, Martell a conclu des accords du même type avec des concessionnaires implantés dans les autres
Etats-membres et, notamment, en Italie. Or, d'importantes différences de prix existent entre la France et l'Italie, ce
qui explique le développement d'un commerce parallèle en direction de ce pays, commerce parallèle dont Martell a
découvert qu'il provenait pour partie de la Société Gosme, cliente de DMP. En conséquence, DMP a informé
Gosme qu'elle lui retirait le bénéfice des remises conventionnelles accordées aux grossistes, ce qui a conduit cette
dernière à déposer une plainte auprès de la Commission.

Dans l'affaire des photocopieurs Toshiba, la filiale allemande, représentant pour l'Europe du fabricant japonais
d'électronique, a conclu avec sept distributeurs indépendants des accords nationaux de concession exclusive
comportant une clause d'interdiction d'exporter, laquelle a effectivement et à plusieurs occasions, reçu application.
Selon la Commission, de tels accords sont interdits dans la mesure où ils restreignent ou empêchent les échanges
parallèles. Plus particulièrement, elle considère qu'il y a eu concertation entre Martell et DMP pour adopter en
commun les mesures appropriées afin de faire obstacle au commerce parallèle (suppression des remises ;
augmentation des tarifs sur le marché français ; codage des bouteilles). Il est intéressant de noter que cet accord
intervient entre une société-mère et sa filiale commune qui constituent néanmoins en l'espèce « des entreprises
indépendantes au sens de l'article 85-1 » (V. Cons. 30, JOCE L 185, préc., p. 28). Elle incrimine également DMP
pour avoir supprimé, en accord avec Martell et avec la participation de Gosme, les remises et ristournes en cas
d'exportation. Elle condamne enfin la clause d'interdiction d'exportation insérée par TEG dans ses contrats et par
DMP dans ses factures, comme contraire en soi au régime de concurrence non faussée imposé par l'article 3, f,
CEE et mis en oeuvre par les articles 85 et 86 (V. égal. sur ce point : CJCE arrêt du 11 janv. 1990 [aff. C. 227/87,
Sandoz Prodotti Farmaceutici Spa c/ Commission], Rec. 1990. I, p. 45).

La nocivité de ces réseaux vient de ce qu'ils procurent aux concessionnaires une protection territoriale absolue,
faisant ainsi « entrave à l'achèvement d'un objectif fondamental du traité », à savoir « l'intégration du marché
commun » (Décis. TEG, préc., Cons. 28, JOCE L 287, p. 43).

Mots clés :
CONCURRENCE * Entente illicite * Distribution exclusive * Restriction des importations parallèles * Clause
d'interdiction d'exporter * Produit de marque

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