Vous êtes sur la page 1sur 89

Ecole Centrale de Casablanca

INSTABILITES HYDRODYNAMIQUES ET TURBULENCE :

UNE INTRODUCTION

Notes de cours et ´enonc´es des TD

Fabien Anselmet
Ecole Centrale de
Marseille

F´evrier 2020
Chapitre 8
Bibliographie
Pour en savoir plus sur la turbulence et les instabilit´es
Instabilit´es hydrodynamiques :

- Charru, F., Instabilit´es hydrodynamiques, EDP Sciences, 2007.


- Drazin, P. G. et Reid, W. H., Hydrodynamic stability, Cambridge University Press, 2004.
- Guyon, E., Hulin, J.P. et Petit, L., Hydrodynamique physique, EDP Sciences, 2012.
- Manneville, P. Instabilit´es, chaos et turbulence, Presses de l’Ecole Polytechnique, 2004.

Ouvrages g´en´eraux sur la turbulence et sa mod´elisation :

- Abid, M., Anselmet, F. et Kharif, C., Instabilit´es et turbulence, Editions C


´epadu`es, 2017.
- Chassaing, P., Turbulence en m´ecanique des fluides, Editions C´epadu`es, 2000.
- Coantic, M., Anselmet, F. et Tavera, G., La turbulence, Encyclopaedia Universalis
(DVD et Site Web).
- Cousteix, J., Turbulence et couche limite, Editions C´epadu`es, 1989. Contient aussi
beau- coup d’informations sur les instabilit´es de couches limites.
- Lesieur, M., La Turbulence, Collection Grenoble Sciences, Presses Universitaires de Gre-
noble, 1994.
- Pope, S., Turbulent flows, Cambridge University Press, 2000.
- Schiestel R., Les ´ecoulements turbulents, Editions Hermes, 1998.
- Tennekes, H. et Lumley, J.L., A first course in turbulence, M.I.T. Press, 1972.

Ouvrages sp´ecialis´es sur la mise en oeuvre des mod`eles et les aspects math
´ematiques et de programmation :

- Cebeci, T. et Cousteix, J., Modeling and computation of boundary layer flows,


Springer, 1999.
- Launder, B. et Sandham, N., Closure Strategies for Turbulent and Transition Flows,
Cambridge University Press, 2002.
- Orlandi, P., Fluid Flow Phenomena - A Numerical Toolkit, Kluwer Acad. Publ., 1999.
- Sagaut, P., Introduction `a la simulation des grandes ´echelles pour les ´ecoulements de
fluide incompressible, Springer, 1998.

67
Ecole Centrale de Casablanca
Instabilités - Turbulence
Compléments de cours
Fabien Anselmet
Février 2017

Instabilités - Turbulence 1
Fabien Anselmet - Février 2016

Re < Rec : laminaire

Re >> Rec : turbulent

Re ≈ Rec : transition

Instabilités - Turbulence 2
Fabien Anselmet - Février 2016
Sens de l’écoulement

Trace des anneaux


toriques
(instabilités primaires)

Instabilités - Turbulence 3
Ecoulement de jet visualisé par fluorescence
Fabien Anselmet - Février 2016 induite par laser

Rouleaux transversaux (instabilités primaires)

Instabilités - Turbulence 4
Fabien Anselmet - Février 2017
Instabilités - Turbulence 5
Fabien Anselmet - Février 2016

Instabilités - Turbulence Fabien Anselmet - Février 2016 6


Instabilités - Turbulence 7
Fabien Anselmet - Février 2016

Quelques possibilités de contrôle de la turbulence pour un avion de ligne

Instabilités - Turbulence 8
Fabien Anselmet - Février 2017
Instabilités - Turbulence 9
Fabien Anselmet - Février 2017
Equation d’Orr-Sommerfeld

Stabilité linéaire de l’écoulement de couche limite laminaire


Hypothèses: écoulement de base 2D sur une plaque plane, quasi-parallèle, fluide newtonien, incompressible,
y
U ( y) Uu
v'
��
U V =0 u'

W =0 x

On superpose à l ’écoulement de base une petite perturbation 2D, infiniment petite du 1 er ordre, u’, v’, p’
telle que u ’,v ’ <<U


Pour le champ de base 0=0

1 ∂P
(non perturbé) : 0 = − (1)
+ν∆U
 ρ ∂x
1 ∂P
 0 = −
 ρ ∂y
∂u ' ∂v '
 + =0
Pour le champ des ∂x ∂y
∂(U + u ') ∂ (U + u ∂ (U + u 1 ∂(P + p ')
') ')
perturbations u’, v’ et p’:  + (U + u ) +v' =− +ν∆(U + u ') (2)
∂ ∂y ρ
 x
∂t ∂x
∂v'
 + (U + u ∂v + v ∂v ' = − 1 ∂(P + p ') +ν∆v '
') ' '
∂x ∂y
 ∂t
ρ ∂y

Instabilités - Turbulence 12
Fabien Anselmet - Février 2017

érodynamique). On peut notamment citer les travaux de Tollmien et de Schlichting (1929 à 1935) et ceux de Schubauer et S

x croissant
Instabilités - Turbulence Fabien Anselmet - Février 2017 11
Equation d’Orr-Sommerfeld

En soustrayant (1) de (2), et en ne conservant que les termes dominants (les termes de
second ordre sont négligés), on obtient alors les équations dites linéarisées (3) :

∂u ' ∂v '


 ∂x + ∂y = 0 (a)

∂u ' ∂u ' ∂U 1 ∂p '
 + U+ v '= − +ν∆u '(b)
 ∂t∂x∂yρ ∂x
∂v ' ∂v ' 1 ∂p '
 + U= − +ν∆v ' (c)
 ∂t∂xρ ∂y

On élimine ensuite la pression en calculant (3b)×  − ∂  + (3c)×  ∂  et on obtient :


 ∂y   ∂x 
 
∂2u' ∂2u' ∂U ∂u'∂2U ∂v' ∂U∂2 v' ∂2 v'
+U + + v'+ −−U ∂x2
∂y∂t∂x∂y∂y ∂x ∂y2 ∂y ∂y∂x∂t
(4)
333 ∂3v'
= ν (2 ∂ u'∂ +u'∂
3 −v'
3−
2
)
∂x ∂y∂y∂x∂y ∂x
Instabilités - Turbulence Fabien Anselmet - Février 2017 13

Les perturbations de vitesse sont ensuite exprimées à l’aide de la fonction de courant Ψ telle que
∂ψ ∂ψ
u' = , v' = −
∂y ∂x

On utilise alors le fait que toute perturbation peut être décomposée en série de Fourier et, puisque
le système d’équations précédent est linéaire et homogène en u’ et v’, alors, son comportement peut être
réduit à un seul terme de la série. Cela conduit donc à poser (en considérant une évolution, ou
amplification, spatiale des perturbations, mais un calcul tout à fait semblable peut être mené en considérant
une amplification temporelle):

Ψ = Φ(y)exp(
αix )exp( i( αr x − ωt ))
où ω est la pulsation (égale aussi à 2πf, avec f, la fréquence),
αi est le coefficient d'amplification ou d'amortissement, selon qu'il est < 0 ou > 0,
et αr est le nombre d'onde.
dU dΦ
En reportant l'expression de Ψ dans l'équation (4), on obtient alors (en notant U ' = ,Φ'=
dy dy , ..... ) :
2 4 2
Φ '''' 2α Φ '' + α Φ − i Re(( αU − ω )(Φ '' − α Φ ) −α U '' Φ ) = 0

qui est l’équation d’Orr-Sommerfeld où Re est le nombre de Reynolds, Re =
(avec Ue la vitesse extérieure et δ l’épaisseur de la couche limite)

Instabilités - Turbulence 14
Fabien Anselmet - Février 2017
gramme de stabilité pour l’équation d’Orr-Sommerfeld

calcule alors le diagramme de stabilité de l’écoulement, en fonction du nombre de Reynolds (ici appelé Rδ)

i <0 ⇒ amplification :
écoulement instable

αi =0 ⇒ stabilité neutre

αi >0 ⇒ amortissement : écoulement stable

perturbation donné, αr,La forme du profil de vitesse influe grandement sur


u facteur d’amplification αila courbe de stabilité de l ’écoulement. Un profil avec selon la valeur du nombre de Reynolds.un point d ’inflexion (co
e, pour des nombresde pression positif) est instable pour une gamme
une certaine valeur critique, de Reynolds beaucoup plus importante que dans le cas l’écoulement est toujours stable.où le profil est sans point

Instabilités - Turbulence 15
Fabien Anselmet - Février 2017

En pratique, ces résultats sont obtenus en résolvant l’équation de dispersion des ondes. Cette équation est
obtenue en écrivant que l’on cherche à obtenir une solution à l’équation d’Orr-Sommerfeld autre que la
solution triviale Φ=0 (compte-tenu des conditions aux limites qui sont : u’=v’=0, et donc, Φ=Φ’=0 à la paroi (y=0)
et la même chose lorsque y tend vers l’infini).

On peut obtenir un résultat équivalent en raisonnant sur le système d’équations linéarisées (3) pour
les perturbations u’, v’ et p’ :

∂u ' ∂v '

 + =0 (a)
 ∂x ∂y
∂u ' 1 ∂p '
 ∂u '
U + ∂U + v ' =− +ν∆u ' (b)

 ∂t ∂x ∂y ρ ∂x
∂v ' ∂v ' 1 ∂p '
 + =− +ν∆v ' (c)
U
 ∂t ∂x ρ   
∂y   
 u' u( y )
v'   i( kxx+kz z −ωt )
qui prend la forme suivante en faisant intervenir les expressions 
 =  v( y ) .e :
 p' p( y )
ik u + Dv =0 (a)   

x
   
ρ
 1
i(k U − ω)u + vDU = −iα p + (D2 − (k 2 + k 2 ))u (b)
x z
 x
 Re 2 2 2

 1
= − Dp + (D − (kx + kz ))v (c)
i(k
 U− Re
ω )v x
(avec D=∂/∂y de sorte que, par exemple, DU=∂U/∂y, D2U=∂2U/∂y2, …). c=ω/kx est la vitesse de phase de la
perturbation selon x. Ce système de perturbations bidimensionnelles n’admet de solution non nulle que
Instabilités - Turbulence 16
si le déterminant des coefficients est égal à 0, ce qui donne la relation de dispersion,
Fabien Anselmet - Février 2017
D(k,ω,Re)=0 où k2= kx2+ ky2.
Production (injection) : P
aux grandes échelles

Transfert (cascade) : ε
à travers les échelles
inertielles
Nombre de Reynolds croissant Turbulence en équilibre :

P=ε

Dissipation (destruction) : ε
aux petites échelles

Distribution spectrale de l’énergie cinétique de la turbulence :



Loi de Kolmogorov pour la zone E( k ) = C ε
2 / 3 k −5 / 3
inertielle 17
Instabilités - Turbulence
Fabien Anselmet - Février 2017
Dérivation de l’équation de bilan pour k

Soit les deux équations de base (en supposant que � = cste) :

* Equation dite de
continuité
�Ui (1)
0
�xi

* Equation de Navier-Stokes � 2
1 �p � U
�Ui U Ui � � i�
� j �
�t �x � �x (2)
�x �x
j i j j

1) Equation de continuité moyennée.

En appliquant la décomposition de Reynolds, Ui Ui � ui , à (1), puis en prenant la moyenne, on


�Ui
obtient aisément que � 0 , que l’ on appelle l’ équation (3). En retranchant (3) à (1), on obtient
�xi
�u'
alors que i
0 , que l’ on appelle l’ équation (4). Ainsi, la partie fluctuante du champ de vitesse est
�x
i
également à divergence nulle, résultat que l’ on utilisera dans les étapes qui suivent.

2) Equation de Navier-Stokes moyennée.

En appliquant la décomposition de Reynolds à (2), on obtient


�(U � u ' �(U � 1 �(p � � 2 � u' )
)i ui' ) i p ') (U
i
� (U j � u j ) �� � �  i i ,
�t � �x j�x j

�x j �xi
'
qui devient, lorsque l’ on en prend la moyenne (et en omettant les termes nuls du type j ou p ' mais

aussi � car l’ écoulement est supposé stationnaire en moyenne) :


Ui

t
�U i ' �u'i 1 �p �2 U
Uj �uj �� � �i .
� j �x j � �xi �x j�x j
� �(u u ' ) �u'
Le terme u' i j � se réécrit alors comme

1
�x morceau est nul en
ij
� u' �x j
, dont le deuxième
j j j

vertu de ce que l’ on a vu au point 1)-équation (4). On obtient alors :


�U i 1 �(ui j' u' ) �2 U
�p �� i ,
U � ��
j
�x � �x � �x j�x j
j i
xj
avec, en effet, la mise en évidence des tensions de Reynolds u'.
ij

2
3) Equation de bilan de l’énergie cinétique de la turbulence (k) exacte.

Soit l’ équation de Navier-Stokes instantanée :


�(U � u ) ' �(U � u ) 1 �(p � p ') �2 (U � u ' )
'  

� �� ��
� i i (Uj i i i i
u j)
�t � �x j�x j

�x j �xi
et sa version moyennée que l’ on vient d’ obtenir :
�Ui 1 �p� � � 2i U �u' i u' j
U j ��  �
�x j � �x �x j
�xi j�x j

En retranchant la seconde de la première, on obtient : 2


� ' �u 'i u 'j � � 1
u' i �p'
� u'
� �i
i �U i u' i
� � u 'j � U j � u 'j ��
t � �x j �x j � � � �x j�x j
xj xj �xi

En multipliant cette équation par u’i (ce qui implique, de façon implicite, une sommation sur
toutes les valeurs de i), on obtient alors :
�u 'i 2
ui' � 'i � u �u 'i u �
�Ui
u 'i u ' j u 'i U j u '
i j�
�u 'i� 1
u ' �p � u' .
� i �� i
'j � �u' ' u 'i
'i t �x j �x j �x j �x j �x �x
� i j�x j

' ' '


' �ui 1 � ui ui �k
En prenant ensuite la moyenne de cette relation (et avec à nouveau ui � � � 0 du
t 2 �t �t
fait de la stationnarité de l’ écoulement, avec k = 1/ 2 u'i u'i ), on obtient :
�U � 1/ 2 u' � 1/ 2 u'i u'i u' 1 �p' � 2u'
u' u'
u' u' i
�U i i
j
� �i � � u' . i

i j
�x j
j
j �x j �
i
�xj �x
j

�xi
�x

Le terme 1 a disparu de par le principe que u'i = 0, les termes 2 et 3 ne posent aucune difficulté de

calcul, le terme 4 se transforme et se simplifie compte-tenu du fait que �u' j = 0 et il en est de même
�x j
pour le terme 5 (celui qui contient la pression). La transformation du terme 6 est un peu plus
compliquée à cause de la dérivée seconde :
� 2u
i
� � �u ' � �u ' � �1/ 2 u ' u ' �u '
u
�u ' 
i
�x �x u 'i �x ( �xi ) �x[u 'i ( i
)] ��x
( i )2 ��x �x
i i
�(�xi ) ,
��x 2
j j j j j j j j j j
ce qui donne ensuite
� 2u

u ' �u ' � �1/ 2 u ' �u ' 2
u 'i i �
u 'i ( i ) � i i  ( i) ,
�xj �xj �x j �x j �x j �xj
�xj
d’ où :

�k � 1�p' ui' 1 � u ' u iij' u ' �� k � u 'i u ' j �Ui � ( �u 'i )2



U j �xj �� � � � � �
��xi2�xj �x �jjx �xj �xj
� �

Advection Diffusions turbulente et moléculaireProduction Dissipation (�)


4) Equation de bilan de l’énergie cinétique du mouvement moyen (K) exacte.

On repart de l’ équation de Navier-Stokes moyennée :


�Ui 1 �p� � � 2i U �u'i u' j
U j ��  � ,
�x j � �x �x j
�xi j�x j

et on la multiplie par U .On obtient alors :


i
�1/ 2(U .U ) 1) �(p.U �2 � 'i u 'j
 i
U i
Uj i i
� �  � �Ui � Ui ,
� j � �x j� �xj
�xi xj
qui se réécrit comme (avec K=1/2 Ui . Ui ) :
Le rôle des contributions turbulentes apparaît donc dans les deux derniers termes de cette équation.
�K � 1 �(p.U ) �2K �(Ui .u 'i u ' j ) �� u ' u ' �Ui �U
U j � ��
On verra en particulier endétail
i�� �
en cours pourquoi, en général,
�  �( i ) 2.
� j � ��xi �x j�x j �xj i
' j �x
sont de�x
signej opposé :
� j
DestructionDissipation
Advection Diffusion �U
u et i
i j
�xj
ceci implique donc que leur produit, qui apparaît dans l’ équation pour K, est effectivement, en
général, négatif, alors que son opposé, que l’ on a appelé terme de production de l’ énergie cinétique
de la turbulence en 3), est effectivement, en général, positif. Ce terme transfère donc bien de
l’ énergie vers le mouvement turbulent au détriment du mouvement moyen.

5) Equations de bilan pour k et � modélisées.

L’ équation exacte pour � est très compliquée. On ne l’ utilise jamais. On utilise donc, dans les
modèles de turbulence, comme c’ est expliqué en détail dans le poly, uniquement les versions
modélisées des équations pour k (ce qui permet de ramener les inconnues d’ ordre supérieur qui
sont dans les termes de diffusion turbulente de k à une expression qui contient des termes connus)
et pour � :

�k ��
Uj (� � k  u ' u ' �Ui
� � � � t )� i j � �
�x j �x j �x j �x j
� �
2 3/2
k k
Soit, avec � t � C� k (� l avec l � )
� �
�k � � 2
k �k �Ui
Uj �
�x � C� �(� ) � � u 'i u ' j � �
j �j x� � � x j� �j x
�� � � 2
k � �Ui � �
2
� ��
Uj �x �(� C� ) �  C�1 u 'i u ' j  C�2
�j j� � � x j �j xk k

Avec les valeurs usuelles des constantes : �u ' v' 2 et C�2
C� � 0.09 (� ( k ) ) , C�1 � 1.44
� 1.92
C’ est ce que l’ on appelle couramment le modèle k-� (voir poly). Il faut noter que le rapport
k
représente un temps caractéristique pour la turbulence, de même que k3 / est une
2

échelle de longueur (qui est caractéristique des plus grands tourbillons).