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30/10/2017 <em>Femmes d’Alger dans leur appartement</em> de Delacroix | L'histoire par l'image

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TITRE : Femmes d’Alger dans leur appartement


AUTEUR : Eugène DELACROIX (1798 - 1863)
DATE DE CRÉATION : 1834
DATE REPRÉSENTÉE :
DIMENSIONS : Hauteur 180 - Largeur 229
TECHNIQUE ET AUTRES INDICATIONS : Huile sur toile.
LIEU DE CONSERVATION : Musée du Louvre site web
CONTACT COPYRIGHT : © Photo RMN-Grand Palais - Droits réservés
RÉFÉRENCE DE L'IMAGE : 93-001767-02 / INV3824

FEMMES D’ALGER DANS LEUR APPARTEMENT


Eugène DELACROIX (1798 - 1863)
© Photo RMN-Grand Palais - Droits réservés

FEMMES D’ALGER DANS LEUR APPARTEMENT DE DELACROIX


Date de publication : Janvier 2007
Auteur : Alain GALOIN

CONTEXTE HISTORIQUE

En 1832, Eugène Delacroix fait un unique voyage au Maroc et en Algérie. Il y accompagne le comte de Mornay, envoyé spécial de Louis-Philippe auprès du sultan Moulay
Abd el-Rahman. Il en rapporte des livrets de croquis et d’aquarelles qu’il exploite longtemps. À Alger, il est autorisé à visiter le harem d’un corsaire turc, une révélation qui lui
inspire Femmes d’Alger dans leur appartement, chef-d’œuvre qu’il expose au Salon de 1834.

Avec son voyage en Afrique du Nord, le répertoire esthétique d’Eugène Delacroix s’enrichit de motifs nouveaux qui deviennent récurrents dans son œuvre au cours des
années suivantes. Il préfère désormais l’exploitation des sources orientales aux sujets tirés de la mythologie et de l’érudition. La toile Femmes d’Alger dans leur appartement
inaugure admirablement cette veine qui se prolongera pendant trente ans, jusqu’à la mort de l’artiste.

Dans les immenses salles mornes du Salon annuel, le tableau de Delacroix brille d’une lumière nouvelle, que tous ne savent pas voir. Ce n’est pas seulement la qualité
expressive de la couleur qui suscite les polémiques, ce ne sont ni la nouveauté, l’anticonformisme du sujet traité, ni l’audace de la représentation qui déchaînent les critiques.
C’est la révélation authentique d’une âme et de ses émotions. Toute la peinture de Delacroix se situe dans ce rapport difficile entre l’imaginaire et le réel, entre l’observation du
vrai et l’impulsion visionnaire.

ANALYSE DES IMAGES

Dans l’espace clos et confiné d’un harem algérois, trois femmes sont assises sur de luxueux tapis orientaux. Elles portent de riches tuniques de vaporeuse soie brodée, par-
dessus des pantalons bouffants, des sarouels, qui laissent voir leurs mollets nus. Elles sont parées d’une abondance de précieux bijoux. La femme de gauche s’appuie
négligemment sur des coussins empilés, tandis que ses deux compagnes semblent engagées dans une conversation douce et feutrée. À droite, une servante noire sort du
champ en tournant la tête vers ses maîtresses. Les murs sont revêtus de carreaux de faïence ornés de délicats motifs. Dans la niche qui surplombe un placard aux portes
entrouvertes apparaît de la vaisselle précieuse. À gauche de cette niche est accroché un miroir richement encadré. Sur le sol gisent trois babouches abandonnées. La femme
aux longs cheveux assise à droite tient dans la main gauche le long tuyau d’un narguilé. La pièce est dépourvue de meubles mais il en émane une impression de luxe et
d’exotisme.

Charles Baudelaire décrit ce tableau comme « un petit poème d’intérieur, plein de repos et de silence, encombré de riches étoffes et de brimborions de toilette ». Plus tard,
Cézanne écrira que « ces roses pâles et ces coussins brodés, cette babouche, toute cette limpidité […] vous entrent dans l’œil comme un verre de vin dans le gosier, et on en
est tout de suite ivre ». Quant à Renoir, il estimera qu’ « il n’y a pas de plus beau tableau au monde ». Pour lui, cette œuvre « sent la pastille du sérail ».

En effet, Eugène Delacroix dépeint un univers à la fois étrange et fascinant, dont l’exotisme a une tonalité explicitement érotique. La sensualité de ces femmes, leurs attitudes
abandonnées, suggèrent une lascivité impossible à concevoir en Occident. Le corset des bonnes mœurs de la société européenne s’en trouve débridé, et le public du Salon
est amené à une véritable révolution du regard qui bouscule conventions et conformisme bourgeois.

INTERPRÉTATION

Objet de curiosité et de fantasmes aux XVIIe et XVIIIe siècles, l’Orient devient, « pour les intelligences autant que pour les imaginations, une sorte de préoccupation
générale » (Victor Hugo, préface des Orientales, 1829) au siècle suivant. Son luxe, son mystère, l’exotisme dont il est auréolé, alimentent le rêve du Levant qui inspire les
écrivains et les artistes.

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30/10/2017 <em>Femmes d’Alger dans leur appartement</em> de Delacroix | L'histoire par l'image

« Le voyage d’Alger devient pour les peintres aussi indispensable que le pèlerinage en Italie : ils vont apprendre le soleil, étudier la lumière, chercher des types originaux, des
mœurs et des attitudes primitives et bibliques », constate Théophile Gautier. Écrivains et artistes se muent en explorateurs, profitent des charges consulaires ou commerciales
qui leur sont confiées pour voyager, se documenter, étudier les cultures, les mœurs et l’univers familier de cet Orient mythique. Ils suivent les missions scientifiques des
universitaires orientalistes. Leurs enquêtes les mènent à Alger, au Caire ou à Constantinople. Cependant, nombre de peintres ne foulent jamais la terre d’Orient et ne
voyagent qu’autour de leur chevalet en s’inspirant de récits de voyages faits par d’autres. C’est le cas, entre autres, d’Antoine Jean Gros (1771-1835), de Jean Auguste
Dominique Ingres (1780-1867), de Francisco Hayez (1791-1882) ou de John Martin (1789-1854), qui sacrifient néanmoins à la mode orientaliste.

Scènes de harem présentant des femmes alanguies et lascives, scènes viriles de chasse ou de combat, descriptions de paysages typiques – déserts, oasis ou villes
orientales –, scènes de rue, tels sont les principaux sujets abordés par les peintres, qui mettent l’accent sur certains détails : les costumes, les particularités de l’architecture,
les objets de la vie quotidienne et l’habitat. Autour de 1880, certains thèmes – celui du harem, par exemple – tombent en désuétude au profit d’une étude ethnographique
réaliste qui laisse peu de place à l’exotisme et au fantasme.

Au début du XXe siècle, l’Orient cessa peu à peu d’inspirer la peinture française malgré l’ouverture à Alger, en 1907, de la villa Abd el-Tif, équivalent algérien de la villa
Médicis. L’indépendance de l’Algérie en 1962 et la fermeture de cette institution sonneront le glas du courant orientaliste.

Algérie exotisme orientalisme

Bibliographie

ANONYME, Delacroix et l’orientalisme de son temps. L’Atelier du Maître, Paris, Société des Amis d’Eugène Delacroix, 1951.

Jean CASSOU, Delacroix, Paris, Éditions du Dimanche, 1947.

Pierre COURTHION, La Vie de Delacroix, Paris, NRF, coll. « Vies des hommes illustres », no 12, 1927.

Henri GOURDIN, Eugène Delacroix. Biographie, Paris, Les Éditions de Paris, 1998.

A. MARTINI, Eugène Delacroix, Paris, Hachette, coll. « Chefs-d’œuvre de l’art, Grands Peintres », no 51, 1967.

Régis POULET, L’Orient : généalogie d’une illusion, Paris, Presses universitaires du Septentrion, 2002.

Edward W. SAÏD, L’Orientalisme. L’Orient créé par l’Occident, Paris, Le Seuil, 1997.

Lynne THORNTON, Les Orientalistes / Peintres voyageurs, Paris, ACR Éditions, 1983 (rééd. 2001).

Eugène Delacroix (1798-1863), catalogue de l’exposition du Centenaire à Paris, ministère des Affaires culturelles, 1963.

Couleurs du Maroc, Delacroix et les arts décoratifs marocains, catalogue de l’exposition du musée des Arts décoratifs de Bordeaux, 2002.

Pour citer cet article

Alain GALOIN, « Femmes d’Alger dans leur appartement de Delacroix », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 30 Octobre 2017. URL : http://www.histoire-
image.org/etudes/femmes-alger-leur-appartement-delacroix

Liens

Le commentaire de l’œuvre sur le site du musée du Louvre


http://www.louvre.fr/oeuvre-notices/femmes-dalger-dans-leur-appartement

Une fiche consacrée à Delacroix et l’orientalisme sur le site internet du musée Fabre (Montpellier)
http://museefabre.montpellier3m.fr/pdf.php/?filePath=var/storage/original/application/0ecc376ceb2b9d77424141c8bb9d1fb3.pdf

Un dossier sur les carnets de voyage de Delacroix sur le site de l’Institut du monde arabe
http://www.imarabe.org/sites/default/files/delacroix.pdf

Un dossier consacré à Delacroix sur le site education.francetv.fr


http://education.francetv.fr/matiere/arts-visuels/dossier/delacroix

Le portrait de Delacroix par Nadar sur le site Panorama de l’art


http://panoramadelart.com/portrait-de-delacroix-par-nadar

https://www.histoire-image.org/etudes/femmes-alger-leur-appartement-delacroix 2/2