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L’ORGANISATION

JURIDIQUE DES
PROFESSIONS DE SANTÉ

Cours du Professeur Joël Moret-Bailly

Thème 1

Construction – Articulation - Évolution

Documents à lire

Document 1. Définition légale : article L. 4111-1 du code de la santé publique (CSP)

Document 2. Exercice illégal de la médecine : art. L. 4161-1 CSP

Document 3. Arrêté du 6 janvier 1962 fixant la liste des actes médicaux ne pouvant être
pratiqués que par des médecins ou pouvant être pratiqués également par des auxiliaires
médicaux ou par des directeurs de laboratoires d'analyses médicales non médecins

Document 4. Règles liées à l’exercice de la profession d’infirmier : art. L. 4311-1 et R. 4311-


1 et s. CSP

Document 5. Loi n° 2002-303 du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité
du système de santé, art. 75

Document 6. HAUTE AUTORITE DE LA SANTE, Les nouvelles formes de coopération entre


professionnels de santé : les aspects juridiques, Rapport, octobre 2007, synthèse, pp. 77-78.

Document 7. JOËL MORET-BAILLY, « L’ostéopathie, profession de santé ou activité de


soins ? », Rev. dr. sanit. et soc., n° 2, 2009, 290-300.
Document 1. Définition légale : article L. 4111-1 (modifié par LOI n° 2017-86
du 27 janvier 2017 - art. 197)

Nul ne peut exercer la profession de médecin, de chirurgien-dentiste ou de sage-femme s'il


n'est :

1° Titulaire d'un diplôme, certificat ou autre titre mentionné aux articles L. 4131-1, L. 4141-3
ou L. 4151-5 ;

2° De nationalité française, de citoyenneté andorrane ou ressortissant d'un Etat membre de


l'Union européenne ou partie à l'accord sur l'Espace économique européen, du Maroc ou de la
Tunisie, sous réserve de l'application, le cas échéant, soit des règles fixées au présent chapitre,
soit de celles qui découlent d'engagements internationaux autres que ceux mentionnés au
présent chapitre ;

3° Inscrit à un tableau de l'ordre des médecins, à un tableau de l'ordre des chirurgiens-


dentistes ou à un tableau de l'ordre des sages-femmes, sous réserve des dispositions des
articles L. 4112-6 et L. 4112-7.

Les médecins, chirurgiens-dentistes ou sages-femmes titulaires d'un diplôme, certificat ou


autre titre mentionné au 1° de l'article L. 4131-1, aux 1° et 2° de l'article L. 4141-3 ou au 1°
de l'article L. 4151-5 sont dispensés de la condition de nationalité prévue au 2°.

Document 2. Exercice illégal de la médecine : article L. 4161-1 du code de la


santé publique (Modifié par LOI n° 2019-774 du 24 juillet 2019 - art. 32 et
art. 67)

Exerce illégalement la médecine :

1° Toute personne qui prend part habituellement ou par direction suivie, même en présence
d'un médecin, à l'établissement d'un diagnostic ou au traitement de maladies, congénitales ou
acquises, réelles ou supposées, par actes personnels, consultations verbales ou écrites ou par
tous autres procédés quels qu'ils soient, ou pratique l'un des actes professionnels prévus dans
une nomenclature fixée par arrêté du ministre chargé de la santé pris après avis de l'Académie
nationale de médecine, sans être titulaire d'un diplôme, certificat ou autre titre mentionné
à l'article L. 4131-1 et exigé pour l'exercice de la profession de médecin, ou sans être
bénéficiaire des dispositions spéciales mentionnées aux articles L. 4111-2 à L. 4111-4, L.
4111-7, L. 4112-6, L. 4131-2 à L. 4131-5 ;

2° Toute personne qui se livre aux activités définies au 1° ci-dessus sans satisfaire à la
condition posée au 2° de l'article L. 4111-1 compte tenu, le cas échéant, des exceptions
apportées à celle-ci par le présent livre et notamment par les articles L. 4111-7 et L. 4131-4-
1;

2
3° Toute personne qui, munie d'un titre régulier, sort des attributions que la loi lui confère,
notamment en prêtant son concours aux personnes mentionnées aux 1° et 2°, à l'effet de les
soustraire aux prescriptions du présent titre ;

4° Toute personne titulaire d'un diplôme, certificat ou tout autre titre de médecin qui exerce la
médecine sans être inscrite à un tableau de l'ordre des médecins institué conformément au
chapitre II du titre Ier du présent livre ou pendant la durée de la peine d'interdiction
temporaire prévue à l'article L. 4124-6 à l'exception des personnes mentionnées aux articles L.
4112-6 et L. 4112-7 ;

5° Tout médecin mentionné à l'article L. 4112-7 qui exécute des actes professionnels sans
remplir les conditions ou satisfaire aux obligations prévues audit article.

Les dispositions du présent article ne s'appliquent pas aux étudiants en médecine ni aux sages-
femmes ni aux pharmaciens biologistes pour l'exercice des actes de biologie médicale, ni aux
pharmaciens qui prescrivent des vaccins ou effectuent des vaccinations, ni aux physiciens
médicaux, ni aux infirmiers ou gardes-malades qui agissent comme aides d'un médecin ou
que celui-ci place auprès de ses malades, ni aux détenteurs d'une qualification professionnelle
figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de la santé et exerçant, dans la limite
de leur formation, l'activité d'assistant médical, ni aux auxiliaires médicaux exerçant en
pratique avancée en application de l'article L. 4301-1, ni aux personnes qui accomplissent,
dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat pris après avis de l'Académie
nationale de médecine, les actes professionnels dont la liste est établie par ce même décret.

Document 3. Arrêté du 6 janvier 1962 fixant la liste des actes médicaux ne


pouvant être pratiqués que par des médecins ou pouvant être pratiqués
également par des auxiliaires médicaux ou par des directeurs de laboratoires
d'analyses médicales non médecins

Le ministre de la santé publique et de la population,

Vu l'article L. 372 du code de la santé publique ;

Vu l'arrêté du 21 décembre 1960, modifié par l'arrêté du 31 juillet 1961 ;

Vu l'avis de l'académie nationale de médecine ;

Sur proposition du directeur général de la santé publique,

Arrête :

Article 1

Sont abrogés l'arrêté du 21 décembre 1960 et l'arrêté du 31 juillet 1961 le modifiant.

Article 2

3
• Modifié par Arrêté du 13 avril 2007 - art. 1, v. init.

Ne peuvent être pratiqués que par les docteurs en médecine, conformément à l'article L.
372 (1°) du code de la santé publique, les actes médicaux suivants :

1° Toute mobilisation forcée des articulations et toute réduction de déplacement osseux, ainsi
que toutes manipulations vertébrales, et, d'une façon générale, tous les traitements dits
d'ostéopathie, de spondylothérapie (ou vertébrothérapie) et de chiropraxie.

2° Le massage prostatique.

3° Le massage gynécologique.

4° Tout acte de physiothérapie aboutissant à la destruction si limitée, soit-elle des téguments,


et notamment la cryothérapie, l'électrolyse, l'électro-coagulation et la diathermo-coagulation.

5° Tout mode d'épilation, sauf les épilations à la pince ou à la cire.

6° Toute abrasion instrumentale des téguments à l'aide d'un matériel susceptible de provoquer
l'effusion du sang (rabotage, meulage, fraisage).

7° (supprimé)

8° Audiométrie tonale et vocale à l'exclusion des mesures pratiquées pour l'appareillage des
déficients de l'ouïe, en application des dispositions de l'article L. 510-1du code de la santé
publique.

Article 3

• Modifié par Arrêté du 12 mai 1981, art. 1, v. init.

Ne peuvent être exécutés par des auxiliaires médicaux qualifiés que sous la responsabilité et
la surveillance directe d'un médecin, celui-ci pouvant contrôler et intervenir à tout moment,
les actes médicaux suivants, dont la liste est limitative :

1° (supprimé)

2° Les élongations vertébrales par tractions mécaniques (mise en jeu manuelle ou électrique).

3° (supprimé)

4° Les actes d'électrothérapie médicale comportant l'emploi :

Des rayons infrarouges ;

Des rayons ultraviolets produits par les émetteurs "lampes de cabinet" visés à l'annexe du
présent arrêté ;

Des ultra-sons ;

Des courants de haute fréquence (et notamment : diathermie, ondes courtes) ;

4
De l'ionisation ;

Du courant continu (faradique et galvanique).

5° L'emploi des rayons X.

6° (supprimé)

7° (supprimé)

8° (supprimé)

Article 4

• Modifié par Arrêté du 22 février 2000, art. 1, v. init.

Peuvent être exécutés par des auxiliaires médicaux qualifiés et uniquement sur prescription du
médecin, mais en dehors de la présence de celui-ci, les actes médicaux suivants, dont la liste
est limitative :

1° Prise de la tension artérielle.

2° à 14° (alinéas supprimés)

15° Aérosols (à la condition que la solution administrée soit prescrite par le médecin sur
ordonnance sur laquelle doivent figurer et la dose d'aérosols à utiliser chaque fois et la durée
des séances et leur nombre).

16° (alinéa supprimé)

17° (alinéa supprimé)

18° Actes d'électrothérapie médicale comportant l'emploi :

Des rayons ultraviolets, par dérogation aux dispositions de l'article 3 du présent arrêté, pour
les émetteurs dits "lampes de prescription" visés à l'annexe du présent arrêté ;

Des rayons infrarouges à ondes longues ou émis par résistance visible ou lampe, le malade
exposé pouvant s'éloigner à volonté, par dérogation aux dispositions de l'article 3 du présent
arrêté ;

Des courants de moyenne et basse fréquence.

19° Massages simples, massages avec application de rayons infra-rouges dans les conditions
du présent article.

20° Mobilisation manuelle des segments de membres (à l'exclusion des manœuvres de force).

21° Mécanothérapie.

22° Gymnastique médicale, postures.

5
23° Rééducation fonctionnelle.

24° Rééducation orthoptique.

25° (alinéa supprimé)

26° Le maniement des appareils servant à enregistrer le pouls.

Article 4 bis

• Créé par Arrêté du 21 octobre 1975, art. 1, v. init.

Peuvent être exécutés par les directeurs et directeurs adjoints de laboratoires d'analyses
médicales, non médecins, sur prescription du médecin mais en dehors de la présence de celui-
ci, et exclusivement en vue des analyses qui leur sont confiées, les actes médicaux ci-après :
Tubage gastrique et duodénal ;
Sondage vésical chez la femme ;
Prélèvements effectués au niveau des téguments, des phanères et des muqueuses accessibles
sans traumatismes.
Les directeurs et directeurs adjoints de laboratoires d'analyses médicales susvisés doivent
justifier de la possession d'un certificat de capacité pour chaque catégorie d'actes mentionnés
ci-dessus délivré dans les conditions fixées par arrêté du ministre de la santé.
Pendant un délai de deux ans à compter de la publication du présent arrêté, le certificat de
capacité est délivré par le directeur départemental de l'action sanitaire et sociale aux directeurs
et directeurs adjoints de laboratoires d'analyses médicales, sur production d'attestations
établies par des chefs de services d'établissements hospitaliers publics où sont effectués
habituellement ces actes,
Ces attestations ne pourront être délivrées aux intéressés que si ces derniers ont exécuté de
façon satisfaisante, cinq fois, sous le contrôle direct du chef de service signataire, chacune des
catégories d'actes pour la pratique desquels ils sollicitent un certificat de capacité.

Article 5

• Modifié par Arrêté du 27 décembre 1972, art. 4, v. init.

Peuvent être exécutés par les directeurs et directeurs adjoints de laboratoires d'analyses
médicales qui sont titulaires du diplôme d'Etat de pharmacien ou de vétérinaire, ou qui sont
bénéficiaires de l'autorisation prévue à l'article L. 757 du code de la santé publique,
uniquement sur prescription qualitative et quantitative du médecin, mais en dehors de la
présence de celui-ci, et exclusivement en vue des analyses qui leur sont confiées, les actes
médicaux suivants, dont la liste est limitative :

Prélèvement de sang veineux au lobule de l'oreille ;

Prélèvement de sang veineux à la pulpe des doigts ;

Prélèvement de sang veineux au pli du coude.

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Les directeurs de laboratoires d'analyses médicales visés à l'alinéa précédent doivent justifier
de la possession d'un certificat de capacité délivré dans les conditions fixées par arrêté du
ministre de la santé publique et de la population.

Article 5 bis (abrogé)

• Créé par Arrêté du 1 juin 1965, art. 1, v. init.

• Abrogé par Arrêté du 23 novembre 1983, art. 1, v. init.

Article 5 ter

• Créé par Arrêté du 1 juin 1965, art. 1, v. init.

Les étudiants en médecine munis de trois inscriptions annuelles validées, ainsi que les
externes des hôpitaux publics nommés par voie de concours, peuvent exécuter sur
prescription qualitative et quantitative d'un médecin tout prélèvement de sang veineux.

Article 6

Le directeur général de la santé publique est chargé de l'exécution du présent arrêté.

Annexe

En application, de l'arrêté concernant les actes médicaux, les émetteurs de rayons ultra-violets
sont classés en trois catégories :
Les émetteurs de forte puissance, dits "lampes de cabinet", consommant plus de 250 watts et
visés à l'article 3 ;
Les émetteurs de moyenne puissance, dits "lampes de prescription", consommant moins de
250 watts et visés à l'article 4 ;
Les émetteurs de faible puissance, dits "lampes domestiques", qui peuvent être :
Soit des lampes sans filtre arrêtant les ultra-violets du groupe C, de longueur d'onde inférieure
à 2.800 A, consommant au plus 100 watts (le spectre doit comporter une énergie en ultra-
violets du groupe B supérieure ou au moins égale à l'énergie en ultra-violets du groupe C) ;
Soit des lampes avec filtre non amovible arrêtant les ultra-violets du groupe C de longueur
d'onde inférieure à 2.800 A, consommant au plus 125 watts.
Ces lampes ne sont pas visées par l'arrête susmentionné, leur usage restant libre, sous réserve
qu'en aucun cas elles ne seront appliquées à une distance inférieure à 0,50 mètre et que les
yeux devront être protégés de face et latéralement par des lunettes dont les verres sont
opaques aux rayons ultra-violets. Ces indications doivent figurer de façon indélébile sur
l'émetteur ou son support.

Fait à Paris, le 6 janvier 1962.

JOSEPH FONTANET.

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Document 4. Règles liées à l’exercice de la profession d’infirmier

Ø article L. 4311-1 CSP (Modifié par LOI n° 2019-774 du 24 juillet


2019 - art. 25)

Est considérée comme exerçant la profession d'infirmière ou d'infirmier toute personne qui
donne habituellement des soins infirmiers sur prescription ou conseil médical, ou en
application du rôle propre qui lui est dévolu.

L'infirmière ou l'infirmier participe à différentes actions, notamment en matière de prévention,


d'éducation de la santé et de formation ou d'encadrement.

L'infirmière ou l'infirmier peut effectuer certaines vaccinations, sans prescription médicale,


dont la liste, les modalités et les conditions de réalisation sont fixées par décret en Conseil
d'Etat, pris après avis de la Haute Autorité de santé.

L'infirmière ou l'infirmier est autorisé à renouveler les prescriptions, datant de moins d'un an,
de médicaments contraceptifs oraux, sauf s'ils figurent sur une liste fixée par arrêté du
ministre chargé de la santé, sur proposition de l'Agence nationale de sécurité du médicament
et des produits de santé, pour une durée maximale de six mois, non renouvelable. Cette
disposition est également applicable aux infirmières et infirmiers exerçant dans les
établissements mentionnés au troisième alinéa du I de l'article L. 5134-1 et dans les services
mentionnés au premier alinéa de l'article L. 2112-1 et à l'article L. 2311-4.

Dans un protocole inscrit dans le cadre d'un exercice coordonné tel que prévu aux articles L.
1411-11-1, L. 1434-12, L. 6323-1 et L. 6323-3, et dans des conditions prévues par décret,
l'infirmier ou l'infirmière est autorisé à adapter la posologie de certains traitements pour une
pathologie donnée. La liste de ces pathologies et de ces traitements est fixée par arrêté du
ministre chargé de la santé pris après avis de la Haute Autorité de santé. Cette adaptation ne
peut avoir lieu que sur la base des résultats d'analyses de biologie médicale, sauf en cas
d'indication contraire du médecin, et sous réserve d'une information du médecin traitant
désigné par le patient.

Un arrêté des ministres chargés de la santé et de la sécurité sociale fixe la liste des dispositifs
médicaux que les infirmiers, lorsqu'ils agissent sur prescription médicale, peuvent prescrire à
leurs patients sauf en cas d'indication contraire du médecin et sous réserve, pour les dispositifs
médicaux pour lesquels l'arrêté le précise, d'une information du médecin traitant désigné par
leur patient.

L'infirmier ou l'infirmière peut prescrire des substituts nicotiniques, des solutions et produits
antiseptiques ainsi que du sérum physiologique à prescription médicale facultative.

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Ø article R. 4311-1 CSP

L'exercice de la profession d'infirmier ou d'infirmière comporte l'analyse, l'organisation, la


réalisation de soins infirmiers et leur évaluation, la contribution au recueil de données
cliniques et épidémiologiques et la participation à des actions de prévention, de dépistage, de
formation et d'éducation à la santé.

Dans l'ensemble de ces activités, les infirmiers et infirmières sont soumis au respect des règles
professionnelles et notamment du secret professionnel.

Ils exercent leur activité en relation avec les autres professionnels du secteur de la santé, du
secteur social et médico-social et du secteur éducatif.

Ø article R. 4311-2 CSP

Les soins infirmiers, préventifs, curatifs ou palliatifs, intègrent qualité technique et qualité des
relations avec le malade. Ils sont réalisés en tenant compte de l'évolution des sciences et des
techniques. Ils ont pour objet, dans le respect des droits de la personne, dans le souci de son
éducation à la santé et en tenant compte de la personnalité de celle-ci dans ses composantes
physiologique, psychologique, économique, sociale et culturelle :

1° De protéger, maintenir, restaurer et promouvoir la santé physique et mentale des personnes


ou l'autonomie de leurs fonctions vitales physiques et psychiques en vue de favoriser leur
maintien, leur insertion ou leur réinsertion dans leur cadre de vie familial ou social ;

2° De concourir à la mise en place de méthodes et au recueil des informations utiles aux


autres professionnels, et notamment aux médecins pour poser leur diagnostic et évaluer l'effet
de leurs prescriptions ;

3° De participer à l'évaluation du degré de dépendance des personnes ;

4° De contribuer à la mise en oeuvre des traitements en participant à la surveillance clinique


et à l'application des prescriptions médicales contenues, le cas échéant, dans des protocoles
établis à l'initiative du ou des médecins prescripteurs ;

5° De participer à la prévention, à l'évaluation et au soulagement de la douleur et de la


détresse physique et psychique des personnes, particulièrement en fin de vie au moyen des
soins palliatifs, et d'accompagner, en tant que de besoin, leur entourage.

Ø R. 4311-3 CSP

Relèvent du rôle propre de l'infirmier ou de l'infirmière les soins liés aux fonctions d'entretien
et de continuité de la vie et visant à compenser partiellement ou totalement un manque ou une
diminution d'autonomie d'une personne ou d'un groupe de personnes.

Dans ce cadre, l'infirmier ou l'infirmière a compétence pour prendre les initiatives et


accomplir les soins qu'il juge nécessaires conformément aux dispositions des articles R. 4311-
5 et R. 4311-6. Il identifie les besoins de la personne, pose un diagnostic infirmier, formule
des objectifs de soins, met en œuvre les actions appropriées et les évalue. Il peut élaborer,

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avec la participation des membres de l'équipe soignante, des protocoles de soins infirmiers
relevant de son initiative. Il est chargé de la conception, de l'utilisation et de la gestion du
dossier de soins infirmiers.

Document 5. Loi n° 2002-303 du 4 mars 2002 relative aux droits des malades
et à la qualité du système de santé, art. 75 (Modifié par LOI n° 2015-1541 du
27 novembre 2015 - art. 20)

L'usage professionnel du titre d'ostéopathe ou de chiropracteur est réservé aux personnes


titulaires d'un diplôme sanctionnant une formation spécifique à l'ostéopathie ou à la
chiropraxie délivrée par un établissement de formation agréé par le ministre chargé de la santé
dans des conditions fixées par décret. Le programme et la durée des études préparatoires et
des épreuves après lesquelles peut être délivré ce diplôme sont fixés par voie réglementaire.

S'il s'agit d'un diplôme délivré à l'étranger, il doit conférer à son titulaire une qualification
reconnue analogue, selon des modalités fixées par décret.

Les praticiens en exercice, à la date d'application de la présente loi, peuvent se voir


reconnaître le titre d'ostéopathe ou de chiropracteur s'ils satisfont à des conditions de
formation ou d'expérience professionnelle analogues à celles des titulaires du diplôme
mentionné au premier alinéa. Ces conditions sont déterminées par décret.

Dans des conditions précisées par décret, peuvent également bénéficier d'une reconnaissance
du titre d'ostéopathe ou de chiropracteur, si la condition de formation précitée est satisfaite,
les personnes qui, dans l'année de la date de publication du décret, soit ont obtenu un diplôme
sanctionnant une formation en ostéopathie ou en chiropraxie dispensée par un établissement
non agréé, soit se sont inscrites en dernière année d'études dans un établissement non agréé
dispensant une formation en ostéopathie ou en chiropraxie et ont obtenu leur diplôme, soit
celles qui ne sont pas en exercice à la date de publication du décret mais qui ont obtenu un
titre de formation en ostéopathie ou en chiropraxie au cours de l'une des cinq dernières années
précédant cette date.

Toute personne faisant un usage professionnel du titre d'ostéopathe ou de chiropracteur est


soumise à une obligation de formation continue, dans des conditions définies par décret. La
Haute Autorité de santé est chargée d'élaborer et de valider des recommandations de bonnes
pratiques. Elle établit une liste de ces bonnes pratiques à enseigner dans les établissements de
formation délivrant le diplôme mentionné au premier alinéa.

Un décret établit la liste des actes que les praticiens justifiant du titre d'ostéopathe ou de
chiropracteur sont autorisés à effectuer, ainsi que les conditions dans lesquelles il sont appelés
à les accomplir.

Ces praticiens ne peuvent exercer leur profession que s'ils sont inscrits sur une liste dressée
par le directeur général de l'agence régionale de santé de leur résidence professionnelle, qui
enregistre leurs diplômes, certificats, titres ou autorisations.

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Les professionnels de santé qui ne remplissent pas les conditions prévues au présent article et
qui accompagnent des délégations sportives étrangères ne peuvent exécuter d'actes
d'ostéopathie et de chiropraxie sur le territoire français qu'à l'égard des membres de ces
délégations. Ils ne peuvent exercer ces actes au sein des établissements et services de santé
mentionnés à la sixième partie du code de la santé publique.

Document 6. Haute autorité de la Santé, Les nouvelles formes de coopération


entre professionnels de santé : les aspects juridiques, Rapport, octobre 2007,
synthèse, pp. 77-78.

SYNTHÈSE DES ORIENTATIONS

Rappelons que, selon la mission confiée au groupe par la Haute Autorité de Santé, celui-ci
devait analyser, notamment, « la question de « l'opportunité des décrets d'actes », des
perspectives impliquées par une réflexion sur les « nouvelles formes » de coopération, ainsi
que des objectifs sous-jacents de « revalorisation » des professions d’auxiliaires médicaux,
l’ensemble de ces objectifs impliquant une réflexion quant aux vocables utilisés »158.

Dans cette perspective, les développements qui précèdent nous amènent à synthétiser les
orientations retenues dans les propositions suivantes.

I. VOCABULAIRE

• Ne pas confondre compétence et qualification

o La qualification correspond à une aptitude juridique résultant de la


possession d’un diplôme ou d’un titre équivalent
o La compétence renvoie à une combinaison de « savoir, savoir-faire
et savoir- être » en situation

• Eviter les vocables de délégation et de transfert des tâches et/ou actes


professionnels

• Utiliser l’expression « nouvelles formes de coopération entre professions de


santé »

II. ORGANISATION DES PROFESSIONS

• Sensibiliser les professionnels au fait que l’acceptation d’un « transfert » ou


d’une « délégation » de compétence non organisé par la loi constitue un
exercice illégal de la profession à laquelle appartient le « délégant »

• Faire évoluer les modes de définition des professions

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o Redéfinir des professions d’auxiliaires médicaux principalement en
référence à un double critère : leurs missions et les limites de ces
dernières

o Sortir, corrélativement, du système actuel de définition des


professions d’auxiliaires médicaux dans les « décrets d’actes »,
dans lequel la référence aux actes est la condition exclusive de
l'intervention des auxiliaires médicaux sur le corps des patients

o Ne pas exclure, par principe, la référence aux actes professionnels,


en tant qu'ils permettent de préciser les missions et limites
définissant les professions

o Retenir, en résumé, un système de définition «hybride» des


professions

• Admettre les chevauchements de compétences, qui permettent l’entrée dans le


système de soins par différentes professions

• Supprimer l’arrêté du 6 janvier 1962, et la référence à ce dernier dans la


définition de l’exercice illégal de la médecine (article L. 4161-1 CSP)

o Supprimer du premier alinéa la formule : «ou pratique l'un des actes


professionnels prévus dans une nomenclature fixée par arrêté du
ministre chargé de la santé pris après avis de l'Académie nationale
de médecine »
o Modifier le second alinéa en remplaçant la formule « dans les
conditions prévues par décret en Conseil d'Etat pris après avis de
l'Académie nationale de médecine, les actes professionnels dont la
liste est établie par ce même décret », par la formule « leurs
missions professionnelles dans les conditions définies par la loi »1
• Sensibiliser les professionnels au fait qu’ils seront susceptibles, en raison
des propositions effectuées, de voir leur responsabilité engagée s’ils
outrepassent leurs missions

III. SUIVI

• Organiser un « comité de suivi » relatif aux « nouvelles formes de coopération entre les
professions de santé ».

1 Les alinéas 1 et 2 de l'article L. 4161-1 seraient donc rédigés comme suit : alinéa 1 : « Exerce
illégalement la médecine : 1o Toute personne qui prend part habituellement ou par direction suivie, même en
présence d'un médecin, à l'établissement d'un diagnostic ou au traitement de maladies, congénitales ou acquises,
réelles ou supposées, par actes personnels, consultations verbales ou écrites ou par tous autres procédés quels
qu'ils soient, sans être titulaire d'un diplôme, certificat ou autre titre mentionné à l'article L. 4131-1 et exigé pour
l'exercice de la profession de médecin (...) » alinéa 2 : « Les dispositions du présent article ne s'appliquent pas
aux étudiants en médecine ni aux sages- femmes, ni aux infirmiers ou gardes-malades qui agissent comme aides
d'un médecin ou que celui-ci place auprès de ses malades, ni aux personnes qui accomplissent leurs missions
professionnelles dans les conditions déterminées par la loi »

12
Document 7. Joël Moret-Bailly, « L’ostéopathie, profession de santé ou activité
de soins ? », Rev. dr. sanit. et soc., n° 2, 2009, 290-300.

L’ostéopathie, profession de santé


ou activité de soins ?

Ostéopathie * professions de santé * auxiliaires médicaux * démographie * responsabilité *


aléa thérapeutique * actes professionnels *

L’ostéopathie, organisée en marge du code de la santé publique, ne constitue pas une


profession de santé. Cette situation particulière implique une absence de régulation
démographique, ainsi que l’application seulement partielle du régime de responsabilité issu
de la loi du 4 mars 2002, notamment en ce qui concerne l’aléa thérapeutique. L’ostéopathie
constitue néanmoins une activité de soins, son organisation rendant même ses praticiens
largement autonomes.

L’ostéopathie, fondée par un médecin américain, Andrew Taylor Still dans les années 1870,
se définit communément comme la « Pratique thérapeutique faisant appel à des manipulations
sur les os »2. Celle-ci peut plus précisément être caractérisée, du point de vue des techniques
utilisées, comme une méthode thérapeutique strictement manuelle, excluant toute utilisation
instrumentale et prescription médicamenteuse, et ayant pour objectif de remédier à toute
perturbation de la mobilité des tissus du corps humain, de telles perturbations étant
considérées comme vectrices de pathologies fonctionnelles, localement ou à distance 3 .
L’ostéopathie, se présente également volontiers comme « systémique », c’est-à-dire
comprenant le corps humain comme une globalité d’interactions réciproques, censée
s’opposer, de ce point de vue, à la médecine allopathique, considérée comme une approche
plus parcellaire du patient4. Le décret n°2007-435 du 25 mars 2007 relatif aux actes et aux
conditions d’exercice de l’ostéopathie 5 renvoie, quant à lui, à deux techniques, les
« manipulations » et les « mobilisations » : « manipulations ayant pour seul but de prévenir ou
de remédier à des troubles fonctionnels du corps humain (…) musculo-squelettiques et myo-

2 Terme traduit de l’anglais osteopathy dans les années 1950, Dictionnaire Robert de la langue
française, édition électronique, 2009.
3 Ces pratiques, et notamment les manipulations, sont cependant potentiellement traumatisantes :
v. infra, seconde partie, l’analyse relative à la définition des manipulations. Le Dictionnaire illustré des termes
de médecine (M. Garnier et V. Delamare), Maloine, 29ème édition, 2006, se concentrant non sur l’activité mais
sur le sens clinique du terme ostéopathie, définit cette dernière comme une « manifestation morbide,
généralement bénigne et réversible, qui semble due à une simple perturbation de l’activité d’un organe sans qu’il
y ait de lésion actuellement décelable de celui-ci ».
4 S. Delcenserie, Les médecines non conventionnelles en France : de l’ombre au clair-obscur, Rev.
dr. sanit. et soc., 2008, 73-85, ici, 83.
5 Ce dernier a fait l’objet d’un recours pour excès de pouvoir jugé par CE, 1/6 SSR, 23 janvier
2008, n°304478, inédit.

13
fasciales, exclusivement manuelles et externes » et « mobilisations non instrumentales,
directes et indirectes, non forcées »6.

La reconnaissance de l’ostéopathie par le droit français est cependant récente, résultat de


l’article 75 de la loi n° 2002-303 du 4 mars 2002, relative aux droits des malades et à la
qualité du système de santé. En effet, si l’ostéopathie est pratiquée sur le territoire national
depuis les années 1950, cette pratique par un non médecin constituait, jusqu’à son
organisation spécifique, l’infraction d’exercice illégal de la médecine. La qualification de
l’infraction était même particulièrement aisée puisque l’article 2 1° de l’arrêté du 6 janvier
1962 modifié, fixant la liste des actes médicaux ne pouvant être pratiqués que par des
médecins ou pouvant être pratiqués également par des auxiliaires médicaux ou par des
directeurs de laboratoire d’analyses médicales non médecins, qui précise les actes faisant
partie du monopole médical, décidait : « ne peuvent être pratiqués que par les docteurs en
médecine, (…) les actes médicaux suivants : 1° Toute mobilisation forcée des articulations et
toute réduction de déplacement osseux, ainsi que toutes manipulations vertébrales, et, d’une
façon générale, tous les traitements dits d’ostéopathie, de spondylothérapie (ou
vertébrothérapie) et de chiropraxie »7.

Depuis l’adoption de l’article 75 de la loi du 4 mars 2002, le législateur a cependant prévu que
« l’usage professionnel du titre d’ostéopathe (…) est réservé aux personnes titulaires d’un
diplôme (…) » ainsi qu’ « aux titulaires d’une autorisation d'exercice de l’ostéopathie ou
d’user du titre d’ostéopathe délivrée par l'autorité administrative »8. On peut en déduire, d’une
part que l’exercice de l’ostéopathie ne constitue plus un exercice illégal de la médecine en ce
qui concerne les personnes qui sont titulaires de ces diplômes ou autorisations ; d’autre part
qu’il existe un titre d’ostéopathe, dont l’usage est réservé, comme tout « titre attaché à une
profession réglementée par l’autorité publique », et sous peine de sanctions pénales, aux
titulaires desdits diplômes ou autorisations9 ; enfin, que même les médecins, qui peuvent
pratiquer l’ostéopathie en vertu de l’arrêté du 6 janvier 1962 ne peuvent, en revanche, faire
usage du titre d’ostéopathe qu’à la condition d’être titulaires des mêmes diplômes ou
autorisations.

Il n’en reste pas moins que l’organisation de l’activité des ostéopathes pose difficulté
relativement à l’architecture du système de droit. Cette organisation est, en effet,

6 Pour une analyse plus précise de ces formules règlementaires, v. infra, seconde partie.
7 C’est notamment sur le fondement de ce texte que la chambre criminelle décidait le 12 mars
1992 (Bull. crim. 1992, n° 113 ; JCP G 1992, IV, n° 2333, et autres arrêts inédits à la même date, n°91-82.573,
574, 575, 578 et 579) que « selon l’art. 2.1° de l’arrêté du 6 janvier 1962 pris en vertu de ce texte
[l’incrimination d’exercice illégal de la médecine] par le ministre de la Santé publique après avis de l’Académie
nationale de médecine (…) les traitements dits d’ostéopathie ne peuvent être pratiqués que par les docteurs en
médecine », d’où il s’ensuivait la condamnation du prévenu pour exercice illégal de la médecine. Adde, les arrêts
recensés par J. Penneau, Médecine - Accès à la profession de médecin. Exercice de la profession de médecin.
Exercice illégal de la médecine, Jurisclasseur Lois pénales spéciales, Fasc. 40, n°104 ; v., également, I.
Robard., Les médecines non conventionnelles et le droit, Litec, 2008, 49 et s.
8 Décret 2007-435, préc., art. 4.
9 Infraction d’usurpation de titre, art. 433-17 c. pén.. Pour une comparaison avec les
problématiques parallèles des psychologues, psychothérapeutes et psychanalystes, v. Y. Dumarque, La
légalisation du titre de psychothérapeute, une avancée en « trompe-l’œil », Rev. dr. sanit. et soc. 2005, 442 ; M.
Couturier, La psychanalyse face au droit, Rev. dr. sanit. et soc. 2008, 673-689, ici 680-684.

14
essentiellement inédite à au moins deux points de vue. D’une part, l’activité d’ostéopathe peut
être l’apanage de membres de quatre professions de santé explicitement désignés par le décret
n°2007-435 du 25 mars 2007, relatif aux actes et aux conditions d’exercice de l’ostéopathie,
les médecins, les sages-femmes, les infirmiers et infirmières et les masseurs kinésithérapeutes,
mais également de personnes n’appartenant à aucune de ces professions mais titulaires de
diplômes permettant de reconnaître leurs compétences dans ce domaine, les ostéopathes dits «
à titre exclusif »10. D’autre part, et conséquemment, l’activité des ostéopathes est définie
indépendamment des professions en cause, organisation novatrice eu égard aux modalités
habituelles d’organisation des professions de santé, selon lesquelles les professionnels (sauf
les médecins), et notamment les auxiliaires médicaux, se voient reconnaître des compétences
largement exclusives les unes des autres et faisant l’objet de monopoles11.

Deux possibilités de qualification de l’ostéopathie sont alors possibles : soit l’ostéopathie


constitue une profession de santé au sens du code de la santé publique (alors même que son
organisation ne lui est pas intégrée), qui s’ajoute aux professions d’ores et déjà existantes
mais en ne bénéficiant pas d’un monopole aussi rigide que ses devancières (statut en quelque
sorte inférieur aux professions de santé dans le sens où il protégerait moins les intérêts,
notamment économiques, de ses membres) ; soit l’ostéopathie ne constitue pas une profession
de santé (I), mais une activité de soins (II) dont l’organisation est largement inédite. Nous
nous inscrivons ici dans la seconde perspective.

I) L’ostéopathie n’est pas une profession de santé

L’ostéopathie étant exclue des cadres habituels d’organisation des professions de santé,
certaines conséquences doivent en être tirées.

A) Organisation des professions de santé et organisation de


l’ostéopathie

Les « professions de santé » sont organisées, dans la quatrième partie, homonyme, du code de
la santé publique, selon l’opposition entre les « professions médicales », qui font l’objet du
livre Ier, et les « auxiliaires médicaux », qui font l’objet du livre troisième 12 . Les «
professions médicales » regroupent les médecins, les chirurgiens-dentistes et les sages-
femmes ; les « auxiliaires médicaux » réunissent les professions d’infirmier ou d’infirmière
(titre 1), de masseur-kinésithérapeute et de pédicure-podologue (titre 2), d’ergothérapeute et
de psychomotricien (titre 3), d’orthophoniste et d’orthoptiste (titre 4), de manipulateur

10 Décret n° 2007-435, préc., art. 4.


11 V. J. Penneau, Médecine - Auxiliaires médicaux, Jurisclasseur Lois pénales spéciales,
Fascicule n°80, notamment n° 30 à 33.
12 Les « professions de la pharmacie » (pharmaciens et préparateurs en pharmacie) font, quant à
elle, l’objet du livre deuxième de cette même partie.

15
d’électroradiologie médicale (titre 5), d’audioprothésiste, d’opticien-lunetier, de prothésiste et
d’orthésiste pour l’appareillage des personnes handicapées (titre 6), et de la profession de
diététicien (titre 7)13.

Les professions médicales et les auxiliaires médicaux s’opposent tant en ce qui concerne leurs
modalités d’intervention auprès du patient, qu’en ce qui concerne la manière dont les actes
qu’ils peuvent effectuer sont autorisés ou prohibés. Ainsi, si les professions médicales
peuvent intervenir auprès du patient « en première intention », c’est-à-dire sans intervention
préalable d’un autre professionnel, les auxiliaires médicaux ne peuvent le faire que sur
prescription médicale, quantitative et qualitative14, dans le but de décharger le médecin d’un
certain nombre d’actes15. C’est alors que l’on peut comprendre l’article L. 4161-1 alinéa 2 du
code de la santé publique selon lequel : « Les dispositions [relatives à l’exercice illégal de la
médecine] ne s’appliquent pas (…) aux personnes qui accomplissent, dans les conditions
prévues par décret en Conseil d’État pris après avis de l’Académie nationale de médecine, les
actes professionnels dont la liste est établie par ce même décret ». Rappelons que ces décrets,
les « décrets d’actes » doivent, en outre, se contenter de reprendre les actes visés par un arrêté
du 6 janvier 1962, qui précise, sur renvoi de l’article L. 4161-1, incriminant l’exercice illégal
de la médecine, les actes réservés aux médecins (article 2), ceux qui peuvent être effectués par
d’autres que des médecins, mais uniquement sur prescription quantitative et qualitative, datée
et signée de ces derniers (article 3), ou dans les mêmes conditions, mais un médecin pouvant
intervenir à tout instant (article 4) 16 . On comprend alors parfaitement l’expression
d’ « auxiliaires médicaux », ces derniers ne pouvant intervenir que sur prescription
médicale17.

Dans ce contexte, le code de la santé publique ne contient aucune référence à l’ostéopathie,


qui ne constitue donc ni une profession médicale, ni une profession d’auxiliaire médical. Une
telle différence se conçoit cependant aisément, si l’on considère l’ostéopathie comme une
technique, qui peut être utilisée par différents types de professionnels, que ceux-ci
appartiennent ou non à des professions médicales ou d’auxiliaires médicaux. On comprend
alors également que l’opposition entre les professions médicales et les auxiliaires médicaux
13 Ajoutons qu’une dernière profession a été organisée par l’ordonnance nº2000-916 du 19
septembre 2000 : le conseiller en génétique. La partie réglementaire du Code contient, enfin, depuis le 20 juillet
2005, dans le chapitre 3 de ce dernier titre, des règles relatives à quatre professions : aides-soignants, auxiliaires
de puériculture, ambulanciers et techniciens en analyses biomédicales. V. J. Penneau, Médecine - Auxiliaires
médicaux, préc., n°1 à 4.
14 J. Penneau, Médecine - Auxiliaires médicaux, préc., n°3.
15 J. Penneau, Médecine - Auxiliaires médicaux, préc., n°2. L’organisation des différentes
professions de santé s’est, en effet, historiquement construite autour de la profession médicale (de laquelle ont
été rapprochées les professions de chirurgiens-dentistes de sage-femme), les compétences des autres professions
étant construite comme des dérogations à son monopole (lui-même protégé par l’infraction d’exercice illégal de
la médecine) ; mais un médecin peut toujours intervenir dans le champ d’intervention d’une autre profession.
16 Sur cette technique, v. J. Penneau, Médecine - Auxiliaires médicaux, préc., n°3-4 ; J. Moret-
Bailly, Les modes de définition des professions de santé, présent et avenir, Rev. dr. sanit. et soc., 2008, 508-519,
ici 512.
17 On pourrait voir dans le « rôle propre » infirmier une exception à ce modèle. Mais il n’en est
rien dans la mesure selon l’art. R. 4311-3, « Relèvent du rôle propre de l’infirmier ou de l’infirmière les soins
liés aux fonctions d’entretien et de continuité de la vie et visant à compenser partiellement ou totalement un
manque ou une diminution d’autonomie d’une personne ou d’un groupe de personnes », formule impliquant une
action conservatrice, mais non thérapeutique.

16
obligeait le législateur, qui voulait organiser la pratique de l’ostéopathie sans considération
d’origine professionnelle, mais en fonction de conditions de compétence18, à intervenir en
dépassant ladite opposition19. Le système du Code de la santé publique n’autorise, en effet, la
dispensation de soins par des auxiliaires médicaux, qu’en ce qui concerne des actes
déterminés, choisis dans la liste de l’arrêté du 6 janvier 1962. Or, son article 2 1e réserve
(encore aujourd’hui) les actes d’ostéopathie aux seuls médecins. Si l’ostéopathie avait dû être
organisée dans le cadre de ce système, il aurait donc fallu modifier, dans un premier temps,
l’arrêté du 6 janvier 1962, pour faire « glisser » les actes d’ostéopathie de la catégorie des
actes réservés aux médecins à celle des actes pouvant être effectués par d’autres personnes
que des médecins, hors la présence de ces derniers (article 4)20. Il aurait fallu, ensuite, faire
référence aux actes d’ostéopathie dans les décrets d’actes des différentes professions. Encore
cette construction n’aurait-elle pas permis la reconnaissance de l’activité des ostéopathes « à
titre exclusif », alors que l’un des objectifs du législateur était bien celui-ci. La seule solution
technique adéquate pour permettre à la fois à des auxiliaires médicaux et aux ostéopathes à
titre exclusif de pratiquer des actes d’ostéopathie résidait donc dans l’organisation de
l’ostéopathie en dehors des catégories du code de la santé publique.

Cette nécessité, pour organiser l’activité d’ostéopathe, de contourner l’organisation


traditionnelle des professions de santé amène en outre à formuler deux remarques. La
première réside dans l’affirmation des limites du système actuel, puisque celui-ci ne permet
plus de regrouper l’ensemble des activités de soins autour d’un modèle unique - et
corrélativement de mettre en lumière la possibilité de penser la dispensation des soins au delà
de ce système ; la seconde dans le constat de la permission accordée par le législateur à des
auxiliaires médicaux de pratiquer des actes en dehors des décrets d’actes, piste d’évolution du
droit des professions de santé évoquée, depuis quelques années, à propos des « nouvelles
formes de coopération entre les professions de santé »21.

Le droit des professions de santé était organisé, jusqu’à la loi du 4 mars 2002, autour de la
seule opposition entre les professions médicales et les professions d’auxiliaires médicaux. La
construction de l’ostéopathie en dehors de ce modèle ne peut qu’emporter certaines
conséquences pour cette dernière.

18 Attestées par un diplôme ou une autorisation administrative d’exercice, v. supra, introduction.


19 V., notamment les débats du 30 janvier 2002 (Assemblée Nationale), et les interventions du
ministre de la santé de l’époque, ainsi que ceux du 5 février (Sénat), et les interventions du rapporteur G. Dériot,
et enfin ceux du 12 février, en Commission mixte paritaire.
20 Hypothèse sans doute difficile à réaliser compte tenu du fait que la modification de l’arrêté de
1962 nécessite l’avis (certes non-conforme) de l’Académie nationale de médecine ; ladite Académie et le
Conseil national de l’ordre des médecins ont en effet adopté une position opposée à l’organisation de
l’ostéopathie telle qu’elle résulte de la loi de 2002 et du décret de 2007 organisant l’ostéopathie (Communiqué
du 8 janvier 2007, site internet du Conseil national de l’ordre des médecins).
21 V. la recommandation intitulée Délégation, transfert, nouveaux métiers… Conditions des
nouvelles formes de coopération entre professionnels de santé, de la Haute Autorité de Santé (HAS), en
collaboration avec l’Observatoire national de la Démographie des Professionnels de Santé (ONDPS), avril 2008,
8-10.

17
B) Les conséquences d’une organisation parallèle

Deux implications fondamentales pour les professions de santé sont liées au fait d’appartenir
à l’une des professions du code de la santé publique : la possibilité d’une régulation
démographique et l’application d’un régime spécial de responsabilité.

La démographie des professions de santé fait l’objet, depuis une quarantaine d’années d’un
contrôle étatique selon deux techniques, les numerus clausus et les quotas. L’expression
numerus clausus (non utilisée par les textes) désigne le mécanisme de l’article L. 631-1 du
code de l’éducation selon lequel « Le nombre des étudiants admis ainsi que les modalités de
leur admission, à la fin de la première année du premier cycle, à poursuivre des études
médicales, odontologiques, de sage-femme ou pharmaceutiques sont fixés, chaque année (…),
par le ministre chargé de la santé et le ministre chargé de l’enseignement supérieur ». Le
système est donc étroitement lié à l’organisation des premiers cycles universitaires. Tel n’est
pas le cas, en revanche, du système des quotas, lié, non à l’organisation des examens
universitaires, mais aux écoles professionnelles d’auxiliaires médicaux. Le Code de la santé
publique prévoit ainsi, dans son article L. 4383-2, que « Pour chacune [de ces] professions
(…), le nombre des étudiants ou élèves admis à entreprendre des études en vue de la
délivrance des diplômes, certificats ou titres exigés pour l’exercice de la profession
considérée peut être fixé de manière annuelle ou pluriannuelle. Ce nombre est fixé (…) par les
ministres chargés de la santé et de l’enseignement supérieur (…) ».

On peut ainsi constater que le système des quotas diffère de celui du numerus clausus sur
deux points : il instaure, d’une part, une sélection avant l’intégration à l’établissement de
formation, alors que le numerus clausus intervient à la fin de la première année de formation ;
il concerne, d’autre part, des formations dispensées hors de l’université22. Ainsi, et dans la
mesure où l’ostéopathie ne fait pas l’objet d’un enseignement universitaire en premier cycle,
si une régulation démographique de la profession d’ostéopathe devait intervenir, elle
renverrait au système des quotas plutôt qu’à celui du numerus clausus. Celui-ci ne leur est
cependant pas applicable puisque selon l’article L. 4383-2 du code de la santé publique, il ne
concerne que les auxiliaires médicaux. Des dispositions existent, en revanche, en ce qui
concerne la durée minimale ainsi que les contenus, théoriques et pratiques, de l’enseignement
conduisant à l’obtention d’un diplôme permettant l’usage du titre d’ostéopathe, les écoles
habilitées à délivrer ces formations faisant, en outre, l’objet d’un agrément ministériel23. Cette
situation diffère néanmoins sensiblement de celle des professions de santé24. Il suffirait

22 Le principe, en ce qui concerne l’université, réside dans la liberté d’inscription, qui empêche de
sélectionner les étudiants avant leur intégration.
23 Arrêté du 25 mars 2007 relatif à la formation en ostéopathie, à la commission d’agrément des
établissements de formation et aux mesures dérogatoires, art. 1 à 5 en ce qui concerne l’encadrement des
enseignements, art. 6 à 9 en ce qui concerne les modalités d’agrément des écoles.
24 À moins que le nombre des écoles habilitées permette, indirectement, et selon des modalités
inédites, la régulation de la démographie professionnelle ? On peut cependant en douter. En effet, les ostéopathes
« à titre exclusif » sont au nombre de 9 000. Plus de quarante établissements de formation en ostéopathie sont
aujourd’hui agréés. Leur capacité de formation est évaluée à 2 500 diplômés annuels.

18
cependant, pour instaurer un système de quotas en ce qui concerne l’ostéopathie, d’ajouter
une référence à cette dernière dans l’article L. 4383-225.

Une seconde conséquence de l’organisation de l’ostéopathie en dehors du cadre des


professions de santé réside dans le régime de responsabilité qui lui est applicable. En effet,
l’article L. 1142-1, I du code de la santé publique, qui fixe, depuis la loi du 4 mars 2002, les
règles en la matière, fait référence, pour déterminer son champ d’application, aux «
professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code ». Or, les
ostéopathes n’appartenant pas à cette catégorie, ces règles ne leur sont pas applicables. Encore
faut-il distinguer les ostéopathes « à titre exclusif » des membres des professions de santé qui
pratiquent des actes d’ostéopathie dans le cadre de leur profession. L’article L. 1142-1 est en
effet applicable à ces derniers du fait, d’une part, de leur appartenance professionnelle, d’autre
part, lorsque les faits en cause constituent « des actes individuels de prévention, de diagnostic
ou de soins » 26 . Mais on conçoit alors que les conséquences d’un acte d’ostéopathie
préjudiciable seront évaluées sur le fondement de règles différentes selon l’appartenance ou
non du praticien à une profession de santé, alors que l’un des buts de la loi du 4 mars 2002
résidait dans l’unification des règles de responsabilité applicables à l’occasion des actes
considérés. Cette incohérence laisse encore plus d’étonner si l’on songe que c’est la même loi
qui organise les deux dispositifs. Ajoutons, cependant, que les résultats d’une action en
responsabilité dans l’une ou l’autre situation seraient sans doute essentiellement comparables,
les règles de responsabilité intégrées au Code de la santé publique par la loi du 4 mars 2002
ne constituant que la reprise des règles jurisprudentielles antérieures27. Il paraît dès lors
probable qu’un juge saisi de l’activité d’un ostéopathe à titre exclusif appliquerait ces
dernières, qui se trouvent équivalentes à celles de l’article L. 1142-1 I, puisqu’elles les ont
inspirées.

Le critère d’application des règles de cet article, référé aux professions de santé, pose
cependant une difficulté supplémentaire en ce qui concerne la question de l’indemnisation de
l’ « aléa thérapeutique ». En effet, l’article L. 1142-1 II renvoie bien, pour « la réparation des
préjudices du patient (…) au titre de la solidarité nationale », au cas dans lequel « la
responsabilité d’un professionnel, d’un établissement, service ou organisme mentionné au I
ou d’un producteur de produits n’est pas engagée ». Autrement dit, le champ d’application de
l’article L. 1142-1 II est identique à celui du I. Le patient dont les préjudices, pour reprendre
les termes mêmes de la loi, sont « directement imputables à des actes de prévention, de
diagnostic ou de soins et [qui] ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de
son état de santé comme de l’évolution prévisible de celui-ci » pourra donc bénéficier de la
solidarité nationale si l’ostéopathe à l’origine des préjudices appartient à une profession de

25 Ajoutons toutefois qu’une régulation démographique de l’ostéopathie ne peut être que


partielle dans la mesure où cette dernière peut être pratiquée par des professionnels de différentes origines ; une
telle régulation ne pourrait donc que concerner les ostéopathes « à titre exclusif » dont la formation d’origine
réside dans l’ostéopathie. L’argument doit cependant être relativisé dans la mesure où, tant en ce qui concerne
les professions médicales que d’auxiliaires médicaux, la liberté européenne de circulation des travailleurs ne
permet plus que de réguler partiellement la population professionnelle.
26 Rappelons qu’ils font partie de la liste des actes médicaux de l’arrêté du 6 janvier 1962.
27 Y. Lambert-Faivre et S. Porchy-Simon, Droit du dommage corporel, Systèmes d’indemnisation,
ème
6 éd., Dalloz, 2009, n°580.

19
santé, mais non si l’ostéopathe exerce à titre exclusif28. Une intervention législative étendant
le régime de l’aléa thérapeutique à l’activité des ostéopathes à titre exclusif nous semble donc
ici s’imposer, dans la mesure où l’objectif de la loi réside bien dans l’organisation d’une
solidarité vis-à-vis des patients, peu important les professionnels qui les prennent en charge,
le critère principal d’application de la loi résidant dans les « actes individuels de prévention,
de diagnostic ou de soins »29.

En conclusion de cette partie, on retiendra que l’ostéopathie ne constitue pas une profession
de santé au sens du code de la santé publique, et que cette situation emporte des conséquences
tant en ce qui concerne la régulation ou - l’absence de régulation - de la démographie de la
profession, qu’eu égard au régime de la responsabilité des ostéopathes « à titre exclusif ».

Nous allons à présent montrer que si l’ostéopathie n’est pas une profession de santé, elle
constitue une activité de soins.

II) L’ostéopathie est une activité de soins

La qualification de l’ostéopathie comme une activité de soins résulte directement


de l’analyse des règles relatives à l’encadrement de son activité, que nous allons préciser,
pour également montrer que celles-ci rendent les ostéopathes largement « autonomes » (au
sens de dotés d’une capacité d’initiative hors du contrôle de tiers30), notamment dans leurs
rapports avec les médecins.

A’) L’encadrement des soins d’ostéopathie

Selon le cinquième alinéa de l’article 75 de la loi du 4 mars 2002 « un décret établit la liste
des actes que les praticiens justifiant du titre d’ostéopathe (…) sont autorisés à effectuer, ainsi

28 A moins que les juridictions n’étendent le bénéfice des règles relatives à l’aléa thérapeutique au
delà des cas limitativement prévus par la loi ? On sait, en effet, qu’antérieurement à la loi du 4 mars 2002, le
Conseil d’État avait admis l’indemnisation de l’aléa thérapeutique (CE. 9 avril 1993, Bianchi, et 3 novembre
1997, Hôpital Joseph Imbert d’Arles), alors que la Cour de cassation l’avait rejetée (Civ. 1, Tourneur, 8
novembre 2000), v. Y. Lambert-Faivre et S. Porchy-Simon, Droit du dommage corporel, Systèmes
d’indemnisation, n°596-597, et les références citées.
29 Ajoutons, qu’en ce qui concerne les ostéopathes exerçant à titre exclusif, la procédure de
règlement amiable devant les commissions régionales de conciliation et d’indemnisation des accidents médicaux
n’est pas applicable, puisque l’art. L. 1142-5 fait référence, pour déterminer la compétence de cette commission
aux « professionnels de santé, établissements de santé, services de santé ou organismes ou producteurs de
produits de santé mentionnés aux art. L. 1142-1 et L. 1142-2 ».
30 Nous reprenons ici le concept proposé par le sociologue E. Freidson. Dans son étude classique
(La profession médicale, Payot, 1984), celui-ci analyse des rapports entre la profession médicale et la profession
d’infirmières de la manière suivante : « (...) la "profession" du médecin occupe dans la division du travail une
position qui diffère objectivement de la "profession" de l’infirmière. L’une est autonome, l’autre ne l’est pas ; la
première donne des ordres à tout le monde mais n’en reçoit de personne, l’autre donne de ordres à quelques-uns
mais en reçoit également. Une telle différence est d’une portée analytique suffisante pour garantir que les deux
sortes de métiers sont séparés » (p. 79). Et le sociologue d’ajouter, « Le terme "paramédical" s’applique aux
métiers relatifs à l’administration de soins qui tombent finalement sous le contrôle du médecin » (idem, 58),
affirmation largement pertinente, en droit positif français, en ce qui concerne le système des décrets d’actes et de
l’obligation, pour l’exécution de ces derniers, d’une « prescription [médicale] écrite, datée et signée, qualitative
et quantitative » (v. supra).

20
que les conditions dans lesquelles ils sont appelés à les accomplir ». Dans ce cadre, le décret
d’application du 25 mars 2007, relatif aux actes et aux conditions d’exercice de l’ostéopathie,
décide, dans son article 1er, que « Les praticiens justifiant d’un titre d’ostéopathe sont
autorisés à pratiquer des manipulations ayant pour seul but de prévenir ou de remédier à des
troubles fonctionnels du corps humain », « manipulations musculo-squelettiques et myo-
fasciales, exclusivement manuelles et externes ». Cette autorisation est cependant assortie de
limites : « l’exclusion » de son champ « des pathologies organiques qui nécessitent une
intervention thérapeutique, médicale, chirurgicale, médicamenteuse ou par agents
physiques ». Les ostéopathes « ne peuvent », en outre « agir lorsqu’il existe des symptômes
justifiant des examens paracliniques ». L’article 3 du décret prévoit, au surplus, que « I. − Le
praticien justifiant d’un titre d’ostéopathe ne peut effectuer les actes suivants : 1°
Manipulations gynéco-obstétricales ; 2° Touchers pelviens. II. − Après un diagnostic établi
par un médecin attestant l’absence de contre-indication médicale à l’ostéopathie, le praticien
justifiant d’un titre d’ostéopathe est habilité à effectuer les actes suivants : 1° Manipulations
du crâne, de la face et du rachis chez le nourrisson de moins de six mois ; 2° Manipulations
du rachis cervical ».

Une première conclusion peut en être tirée : les ostéopathes produisent, à l’évidence, des
soins, « manipulations ayant pour seul but de prévenir ou de remédier à des troubles
fonctionnels du corps humain » ; mais on peut, à leur propos, parler d’activité plutôt que
d’actes de soins, dans la mesure où c’est bien celle-ci, et non un ensemble d’actes, qui est
définie, la référence aux actes servant, non à l’autoriser, mais à la borner. On pourrait alors
objecter que les manipulations de l’article 1er ne constituent que des actes professionnels et
que, partant, le mode de construction des possibilités d’intervention de l’ostéopathie serait
comparable à celui des auxiliaires médicaux. Mais en réalité, les règles en cause sont
construites sur un modèle opposé à celui des auxiliaires médicaux : autorisation avec limites
dans le cas de l’ostéopathie, exceptions à une prohibition générale, dans le cas des auxiliaires
médicaux31.

Ces dispositifs n’en posent cependant pas moins des difficultés interprétatives qui doivent être
levées dans la mesure où, si un ostéopathe dépasse les limites posées par les textes, il commet
l’infraction d’exercice illégal de la médecine32. Les deux alinéas de l’article 1er du décret de
2007 peuvent ainsi paraître délicats à concilier : le premier définit en effet l’ostéopathie
comme la « pratique des manipulations ayant pour seul but de prévenir ou de remédier à des
troubles fonctionnels » ; le second comme la « prise en charge ces troubles fonctionnels » en
« effectu[ant] des actes de manipulations et mobilisations non instrumentales, directes et
indirectes, non forcées, dans le respect des recommandations de bonnes pratiques établies par
la Haute Autorité de santé ». On peut alors se demander si les termes « manipulation » et
« mobilisation » sont équivalents, ou s’il y a lieu de les distinguer. L’enjeu de cette question
est le suivant : l’article 2 II du décret, subordonne « l’habilit[ation] à effectu[er] » deux actes à
« un diagnostic établi par un médecin attestant l’absence de contre-indication médicale à

31 V. supra.
32 Des questions similaires se posent sur un plan indemnitaire, puisque l’art. L. 113-1 al. 2 du
Code des assurances prévoit que « l’assureur ne répond pas des pertes et dommages provenant d’une faute
intentionnelle ou dolosive de l’assuré ».

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l’ostéopathie : (…) 1° Manipulations du crâne, de la face et du rachis chez le nourrisson de
moins de six mois ; 2° Manipulations du rachis cervical ». Dans cette perspective, si les
manipulations et les mobilisations sont distinguées, l’ostéopathe peut effectuer des
mobilisations sans autorisation médicale. Si elles ne le sont pas, toute intervention sur les
crâne, face et rachis chez le nourrisson de moins de six mois, et sur le rachis cervical en ce qui
concerne l’ensemble des patients, nécessite une autorisation médicale.

Dans ce contexte, si l’on écarte l’idée d’une incohérence manifeste entre les alinéas de
l’article 1er du décret, on peut comprendre l’opposition entre les deux formules en considérant
que le premier alinéa pose une définition générique de l’ostéopathie, alors que le second
utilise des termes relatifs aux techniques utilisées pour préciser la définition. Dans cette
optique, la littérature médicale enseigne que « la manipulation est un mouvement forcé,
appliqué directement ou indirectement sur une articulation ou sur un ensemble d’articulations
qui porte brusquement les éléments articulaires au-delà de leur jeu physiologique habituel,
sans dépasser la limite qu’impose à leur mouvement l’anatomie. C’est une impulsion brève,
sèche, unique, qui doit être exécutée à partir de la fin du jeu passif normal. Ce mouvement
s’accompagne en général d’un bruit de craquement »33. La « mobilisation » est, en revanche,
« un mouvement passif généralement répété qui ne comporte aucune impulsion terminale »34.
Les manipulations impliquent donc des mouvements plus poussés que les seules
mobilisations. Une telle interprétation permet d’éclairer la formule passablement confuse de
l’article 1 alinéa 2 du décret selon laquelle « l’ostéopathe effectue des actes de manipulations
et mobilisations non instrumentales, directes et indirectes, non forcées, dans le respect des
recommandations de bonnes pratiques établies par la Haute Autorité de santé », qui ne permet
pas a priori de comprendre si les dernières formules se rapportent aux seules mobilisations ou
à la fois aux « manipulations et mobilisations ». La formule de l’article 1, second alinéa du
décret doit, à la lumière du sens technique des vocables, être comprise de la manière
suivante : l’expression « non instrumentales, directes et indirectes, non forcées » se rapporte
aux seules « mobilisations », les manipulations étant, par définition, « forcées ». Il faut alors
également comprendre que les « recommandations de bonnes pratiques établies par la Haute
Autorité de santé » (HAS) concernent à la fois les manipulations et les mobilisations. Les
mobilisations constituent, en effet, des interventions moins traumatisantes que les
manipulations, et l’on ne comprendrait pas que les recommandations de la HAS se limitent
aux actes les moins graves. Mais on peut regretter, in fine, la piètre rédaction du texte, qui
aurait sans doute dû être rédigé de la manière suivante : « Pour la prise en charge de ces
troubles fonctionnels, l’ostéopathe effectue, dans le respect des recommandations de bonnes

33 Selon R. Maigne, Douleurs d’origine vertébrale. Comprendre, diagnostiquer et traiter,


Elsevier-Masson, 2006, 454 pages, ici 130-134.
34 Dans la mobilisation, « l’opérateur revient à son point de départ et recommence plusieurs fois la
même manœuvre d’une manière rythmée et élastique ». Et le médecin de préciser l’opposition entre les deux
techniques dans la littérature internationale, de la manière suivante : « Le mot « manipulation » couvre, dans la
littérature anglo-saxonne l’ensemble des techniques manuelles (excepté les massages) que nous différencions ici
en « manipulations » (« thrust techniques » ou « low amplitude high velocity technique ») et en « mobilisations »
(« articulatory technique ») », idem, 133.

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pratiques établies par la Haute Autorité de santé, des actes de mobilisation non
instrumentales, directes et indirectes, non forcées, ainsi que des actes de manipulation »35.

Pour en revenir, enfin, à la question de la portée de l’article 2 II, on doit admettre que
l’ostéopathe est autorisé à pratiquer des mobilisations « du crâne, de la face et du rachis chez
le nourrisson de moins de six mois » ainsi que des mobilisations « du rachis cervical », mais
que les manipulations portant sur les mêmes patients nécessitent un « diagnostic établi par un
médecin attestant l’absence de contre-indication médicale à l’ostéopathie ».

Le constat de la capacité de l’ostéopathe à intervenir, pour une partie de son activité, hors
d’une habilitation médicale pose, en outre, la question de son autonomie.

B’) L’autonomie de l’ostéopathe

Nous allons montrer que les ostéopathes sont, dans leur pratique professionnelle, largement
autonomes, dans le sens où les contrôles relatifs à leur exercice professionnel sont tout à fait
réduits. Cette situation les rapproche en fait grandement de celle de l’une des professions
médicales : la profession de sage-femme.

Les sages-femmes sont, en effet, habilitées à « pratique[r] les actes nécessaires au diagnostic,
à la surveillance de la grossesse et à la préparation psychoprophylactique à l’accouchement,
ainsi qu’à la surveillance et à la pratique de l’accouchement et des soins postnataux en ce qui
concerne la mère et l’enfant (...) / L’examen postnatal peut être pratiqué par une sage-femme
si la grossesse a été normale et si l’accouchement a été eutocique (…) »36. La définition légale
de la profession prévoit cependant des limites à son intervention. Ainsi, « en cas de pathologie
maternelle, fœtale ou néonatale pendant la grossesse, l’accouchement ou les suites de
couches, et en cas d’accouchement dystocique, la sage-femme doit faire appel à un médecin
» 37 . L’élément fondamental réside ici dans le parallélisme des constructions entre
l’habilitation légale de la profession de sage-femme et la définition de l’activité de
l’ostéopathe. La comparaison peut ainsi être précisée à propos du rapport avec le médecin :
dans les deux cas, la gravité de la situation du patient oblige le praticien à faire appel à un
médecin : en cas d’accouchement dystocique en ce qui concerne la sage-femme ; si « les
symptômes nécessitent un diagnostic ou un traitement médical, lorsqu’il est constaté une
persistance ou une aggravation de ces symptômes ou que les troubles présentés excèdent [le]
champ de compétences » du praticien, ou en cas de « pathologies organiques qui nécessitent
une intervention thérapeutique, médicale, chirurgicale, médicamenteuse ou par agents
physiques » en ce qui concerne l’ostéopathe. Soulignons, cependant, que la nécessité de

35 Passons, en outre, sur la curieuse orthographe qui, dans le texte de ce second alinéa, conduit à
associer le pluriel aux termes manipulation et mobilisation alors qu’il s’agit de types d’actes, et non d’actes
considérés isolément.
36 Art. L. 4151-1 c. san. pub..
37 Art. L. 4151-3 c. san. pub.. Un accouchement dystocique est « laborieux, pénible »
(Dictionnaire Robert de la langue française, préc), contrairement à un accouchement eutocique.

23
l’intervention du médecin est évaluée, dans l’un et l’autre cas, par le professionnel lui-
même38.

Un autre élément de rapprochement réside dans le fait que les ostéopathes peuvent recevoir
les patients « en première intention », c’est-à-dire en dehors de toute prescription médicale.
Or, les seules professions de santé à pouvoir agir de la sorte sont, à l’heure actuelle, les
professions médicales. Et cette possibilité est déterminante en ce qui concerne l’appréciation
de l’autonomie du praticien. En effet, cette dernière réside dans la possibilité de déterminer
soi-même son activité, en dehors de l’intervention d’autrui39. Dans cette perspective, les
ostéopathes peuvent recevoir des patients en dehors d’une prescription médicale et ils peuvent
alors, si le cas ne dépasse pas leur compétence (appréciée par eux), remédier aux troubles
fonctionnels qu’ils constatent 40 , en utilisant des techniques qu’ils déterminent. Exprimé
différemment, l’ostéopathe, dans la quasi totalité de son activité professionnelle « ne reçoit
d’ordres de personne »41. L’ostéopathie constitue donc une activité de soins essentiellement
autonome42.

On peut, pour conclure, estimer que l’organisation de l’ostéopathie place, de jure, ces
praticiens dans une situation proche de celle de l’une des professions médicales, la profession
de sage-femme, mais sans pour autant en faire une profession de santé au sens du code de la
santé publique. Elle les rend, en tous cas, beaucoup plus autonomes que les auxiliaires
médicaux, et rend les auxiliaires médicaux pratiquant l’ostéopathie beaucoup plus autonomes
dans le cadre de cette activité que dans l’exercice de leur profession d’origine.

38 Cette évaluation est souvent nommée, dans la littérature professionnelle “diagnostic négatif”,
mais sans que les règles en cause utilisent ce vocable.
39 Pour reprendre le critère d’E. Friedson (v. supra, note 30).
40 Nous n’insisterons pas sur l’utilisation, par le décret de 2007, du terme « remédier » alors que
l’intervention à vocation thérapeutique est au cœur de l’infraction d’exercice illégal de la médecine, ainsi que de
la césure entre les professions médicales et d’auxiliaires médicaux, cf. M. Penneau, Médecine - Accès à la
profession de médecin. Exercice de la profession de médecin. Exercice illégal de la médecine, préc, n° 70).
41 Idem.
42 Une limite pourrait être opposée à cette analyse : l’ostéopathe ne dispose pas, contrairement aux
membres des professions médicales, de la possibilité de prescrire des médicaments ou des dispositifs médicaux.
Encore doit-on remarquer que si cette possibilité est ancienne en ce qui concerne les médecins ainsi que les
chirurgiens-dentistes, elle reste étroitement contrôlée en ce qui concerne les sages-femmes (art. L. 4151-4 c. san.
pub.). Soulignons, en outre, que les techniques ostéopathiques se donnent explicitement pour (et sont
règlementairement) « exclusivement manuelles et externes », et que nulle revendication de possibilités de
prescription ne semble émaner des ostéopathes.

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