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I. Le Franquisme (1939-1975).

Problématique :
Quelles sont les principales caractéristiques de la dictature franquiste ?
Comment a-t-elle évolué ?

1. L’établissement de la dictature (1939-1959).

1.1. Les fondements et l’évolution politiques de la dictature.

1.1.1. Les caractéristiques du régime franquiste.

 Un Etat totalitaire :

 un modèle : les fascismes allemand et italien ;


 la suspension des garanties démocratiques : constitution de 1931,
fermeture des Cortés, interdiction des partis et syndicats (parti et
syndicats uniques) ;
 le contrôle des esprits : censure des médias, propagande et culte de la
personnalité.

 Le caudillisme :

 principale source de légitimité de Franco : sa victoire lors de la Guerre


civile ;
 titre de Caudillo lui permettant de cumuler tous les honneurs, pouvoirs et
responsabilités :
 Chef de l’Etat et, pendant longtemps, Chef du gouvernement ;
 Généralissime de toutes les armées ;
 Chef national du parti unique : FET-JONS.

 La centralisation :

 tous les statuts d’autonomie sont supprimés ;


 une politique d’hispanisation est conduite avec fermeté dans tous les
territoires à forte identité régionale : Catalogne, Pays Basque et Galice ;
Ex. en Catalogne, politique de répression culturelle et de centralisation
visant à former une Catalogne espagnole et à éradiquer le catalanisme :
 le 5/04/1936, décret abolissant le Statut et achevant la période
d’autogouvernement ;
 politique visant à imposer le castillan comme unique langue
officielle et de culture :
- destruction des symboles identitaires de la Catalogne,
changement de dénomination des rues, fermeture ou
reconversion des principales institutions culturelles ;
Ex. : la Bibliothèque de Catalogne devient Bibliothèque
Centrale.
- interdiction de l’usage public et officiel du catalan, de l’édition
de livres, journaux et revues, de représentations théâtrales et de
messes en catalan.
 cette politique va se heurter à une forte résistance venue de
certaines couches de la société catalane et échouer sur le long
terme.

 La répression :

 répression planifiée et constante visant à écraser toute opposition,


empêcher sa reconstitution et assurer l’unité autour du régime ;
 ennemis du régime : républicains, socialistes, communistes, anarchistes,
francs-maçons, régionalistes ;
 instruments de la répression :
 mesures légales :
- Loi de Responsabilités Politiques (1938) : visant les personnes
ayant participé au régime républicain ;
- Loi de répression du communisme et de la
maçonnerie (1940) : contre ceux qui sont accusés de « défendre
des idées contraires à la religion, la patrie et ses institutions
fondamentales » ;
 bras exécutant, jusqu’à la création du Tribunal d’Ordre Public
(TOP en 1963) = l’Armée via les Conseils de guerre ;
 prisons, camps de concentration et travaux forcés (bataillons de
travailleurs), dans des conditions d’hygiène et d’alimentation
terribles provoquant une surmortalité ;
Ex. : prison Modelo de Barcelone, d’une capacité de 1 000
détenus, passant à 13 000 en 1939.
 but de l’ensemble des mesures : instaurer un climat de terreur et
de dépolitisation, frapper les esprits par des décisions se voulant
exemplaires ;
 bilan de la répression :
 en général :
- 150 000 exécutions, dont 50 000 environ durant l’après-guerre ;
- 280 000 détenus en 1940, dont 23 300 femmes ;
 en Catalogne :
- 40 000 comparutions devant les Conseils de guerre entre 1939
et 1945 ;
- 4 000 personnes exécutées ;
Ex. : Lluís Companys, livré à Franco depuis la France en 1940,
jugé en Conseil de guerre et exécuté le 15/10/1940 à Montjuïc.

1.1.2. Les soutiens du régime.

 Les trois piliers institutionnels :

 l’armée : rôle essentiel dans la victoire et dans la participation au


pouvoir politique et à l’administration ;
 le parti unique, FET-JONS et le Mouvement National (officiel à partir
de la Loi sur les Principes du Mouvement National de 1958) :
 rôle de soutien idéologique au régime, de contrôle des médias et
de l’accès aux carrières publiques ;
 création d’organisations de masse pour assurer une base sociale
au pouvoir :
- de jeunesse : le Front des Jeunesses ;
- de femmes : la Section Féminine ;
- d’universitaires : le Syndicat Espagnol Universitaire ;
- de travailleurs : la Centrale Nationale Syndicaliste
(syndicalisme vertical) ;
 l’Eglise catholique :
 rôle essentiel dans la légitimation et le développement d’une
dictature se présentant comme un Etat confessionnel ;
Ex. : caractère de croisade accordé durant la Guerre civile au
combat du camp nationaliste, en réponse aux persécutions
religieuses venues du camp républicain ;
 contrepartie : financement public généreux, contrôle sur
l’enseignement, rétablissement de la morale et des valeurs
catholiques dans la société.
 Les appuis sociaux :

 soutien de la part d’une majorité des élites économiques et sociales et


des petits et moyens propriétaires terriens du nord et du centre de
l’Espagne ;
 refuge de la plupart des classes moyennes dans la passivité et
l’apolitisme :
 pas ou peu d’affinités idéologiques avec le franquisme ;
 traumatisme de l’expérience de révolution sociale pendant le
Front Populaire et la Guerre civile ;
 même attitude d’une large partie des classes populaires, considérées et
se considérant souvent comme vaincues de la Guerre civile et terrorisées
par la répression ;
 en Catalogne :
 soutien de la part des industriels, propriétaires terriens, grands
industriels et financiers ;
 personnel politique et administratif formé :
- au niveau subalterne et local (mairies et députations) : par des
militants entrés dans la Phalange souvent par opportunisme, des
anciens militants d’extrême-droite, quelques membres de l’ex-
Parti Radical ou de la Lliga Catalana ;
- postes principaux (Capitaine Général, Gouverneur Civil) : la
plupart du temps confiés à des non-catalans.

 Les différents courants du franquisme :

 toutes les familles idéologiques soutenant le franquisme sont


représentées au sein des gouvernements successifs, mais à des degrés
variables, et avec une constante présence militaire ;
 premiers soutiens du franquisme depuis 1936 : monarchistes
alphonsins, carlistes et phalangistes (dominent la première phase du
régime, d’inspiration fasciste) ;
 avec la défaite de l’Axe en 1945, évolution interne :
 influence croissante de groupes d’inspiration catholique,
comme l’Association Catholique Nationale de Propagandistes
(ACNDP) prétendant fonder une « démocratie organique »
(inspiration national-catholique) ;
 au milieu des années 1950 et au début des années 1960 : emprise
croissante des membres de l’Opus Dei avec des prétentions
modernisatrices.