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Monuments et mémoires de la

Fondation Eugène Piot

Le Septizonium de Cincari et le problème des Septizonia


Monsieur Gilbert Charles-Picard

Citer ce document / Cite this document :

Charles-Picard Gilbert. Le Septizonium de Cincari et le problème des Septizonia. In: Monuments et mémoires de la Fondation
Eugène Piot, tome 52, fascicule 2, 1961. pp. 77-93;

doi : https://doi.org/10.3406/piot.1961.1499

https://www.persee.fr/doc/piot_1148-6023_1961_num_52_2_1499

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(1) G. Lit.li, Roma Auliva, Centro monumentale, p. 519-521 (bibliographie). Th. Dombart, Das
Palalinische Septizonium, Munich. 1922: In., RE, 2e s., II A, c. 1578-1586. s. v. Seplizonium (1923). En
dernier lieu, L. Crema. Archillelura romana, p. 545-548 (1959).
(2) JoRnAN, Forma l'rbis, p. 37-41 et pi. XXXVI, 3.
(3) Un recensement complet de ces documents a été dressé par A. Bartoi.i, Boll, d'arie, 1909, p. 253 sqq.
Cf. pour des documents révélés depuis. E. Pktkrskn, Rom. Mitt., 1910, p. 56 sqq.. et G. Rouknwalt, Arch.
Jahrb., 38-39. 1923-1924, Anz, c. 39-44.
78 MONUMENTS PIOT

ment ce classement des zones célestes (1). L'édifice du Palatin devait ainsi
réunir le « domicile » de chacun des astres auquel il était consacré ; c'est donc
avec raison qu'un glossaire parisien du vme siècle le définit comme do mus
cenaculorum septem (2).
Malheureusement les renseignements que nous possédons sur le monument
ne sont ni détaillés ni faciles à accorder entre eux. En dehors de l'inscription
dédicatoire, connue par une copie de l'anonyme d'Einsiedlen qui contient
les 118 premières lettres (3), ils consistent d'abord dans les textes de l'Histoire
Auguste. Le pseudo Spartien, après avoir cité le Septizodium (sic) parmi les
principales constructions sévériennes, en compagnie des Thermes de Cara-
calla (Sept.-Sév., 19, 5), ajoute un peu plus loin (24, 3) : « Lorsqu'il construisit
le « Septizodium », il n'eut d'autre dessein que de présenter son œuvre aux gens
qui arrivaient d'Afrique ; et, si en son absence le préfet de la ville n'avait placé
au milieu sa statue, on assure qu'il avait l'intention de faire là l'entrée du Palais
du Palatin, c'est-à-dire la porte royale : ce dont Alexandre, qui voulut le faire
après lui, fut dit-on, empêché par les haruspices... » Deux faits importants
ressortent de ce texte : le Septizonium formait un tout avec le Palais, dont il
constituait une fausse entrée ; les on-dit, rapportés d'ailleurs comme tels par
Spartien, sont évidemment absurdes : il suffît de jeter un coup d'œil sur un
plan de la colline impériale pour se rendre compte qu'il était impossible de faire
pénétrer par là les visiteurs, qui se seraient trouvés ensuite dans les thermes (4).
On ne voit guère non plus le préfet de la ville prenant sur lui de bouleverser
les plans de son maître en bouchant par une statue le passage principal. La
construction était donc une fausse entrée, ce qui explique sa ressemblance
avec les scènes de théâtre inspirées comme on sait par la façade des regiae
hellénistiques. D'autre part, la statue de Septime-Sévère se trouvait placée
dans la niche centrale, de sorte qu'elle paraissait obstruer la porte principale.
L'image impériale occupait là exactement la place où s'installait effectivement
Y Auguslus dans Y Aula regia de Domitien, lorsqu'il accueillait ses visiteurs sur
son trône, abrité par l'abside qu'encadraient face à l'entrée, les deux passages
conduisant au grand péristyle. L'idée naïve de Septime-Sévère voulant
impressionner ses compatriotes lorsqu'ils arrivaient à Rome par la Voie Latine, n'est
pas non plus si absurde : nous verrons, en effet, que les septizonia étaient communs
en Afrique.

(1) Cf. les textes de Vettius Valens, I, 10, et du papyrus de Leyde, Pap. Graec. Mus. Lugduni Balav.,
II (1885), p. 83 sqq., cités par Th. Dombart, RE, c. 1580-1582.
(2) Corp. gloss. M., II, p. xm ; cf. Th. Dombart, RE, c. 1580.
(3) CIL, VI, 1032 et 31229.
(4) Cf. A. Domaszewski, Berichle Akad. Heidelberg, 1916, 7, et 1920, 13.
LE SEPTIZONIUM DE CINCARI 79

On n'en doit pas en tout cas conclure de Spartien, comme l'a fait par
exemple Dombart, que la statue de Septime-Sévère était la seule à trôner dans
les niches. La place centrale revenait au soleil dans l'ordonnance heptazonienne ;
on a donc admis généralement, avec raison, que l'empereur était paré des
attributs de l'astre du jour ; cette assimilation est d'autant plus
vraisemblable que Sévère se faisait ordinairement représenter, comme l'a démontré
H. -P. L'Orange (1), sous les traits de Sérapis, qui lui-même est généralement
considéré à cette époque comme un dieu héliaque. Mais il ressort de tout cela
que les dieux planétaires devaient être rangés de chaque côté de la statue
impériale.
On a attaché, d'autre part, beaucoup d'importance à un passage d'Ammien
Marcellin (XV, vu, 3) : Cum septizodium convenisset, celebrerà locum, ubi operis
ambitiosi nymphaeum Marcus condidit imperalor... Le Septizonium, attribué
à Marc-Aurèle par suite d'une lecture erronée de la partie de la dédicace
concernant Garacalla, aurait donc été un nymphée. Nous discuterons plus
loin cette interprétation, à la lumière des nouveaux renseignements qu'apporte
la fouille de Cincari (Tunisie).
On a remarqué que Spartien et Ammien écrivent Septizodium. Selon
E. Maas (2), ce serait la forme originale du nom. Il semble s'agir plutôt d'une
altération. Une autre variante, septidonium, sera étudiée plus loin.
De nombreuses restitutions architecturales ont été proposées. Nous pouvons
négliger les plus anciennes : celle de L. Canina (3), qui attribuait sept étages
superposés à l'édifice ; celle de Lubke qui, en 1875, l'imaginait comme une sorte de
ziggourat ; celle de Riegel (4) qui, en 1898, le croyait formé de sept enceintes
concentriques. Aucune n'est compatible avec les documents aujourd'hui connus.
On admet, en général, la reconstruction de Th. Dombart (5).
Elle place dans la niche centrale la grande statue de Septime-Sévère ; les
deux niches latérales contiennent chacune une fontaine, dont les eaux s'écoulent
dans un grand bassin précédant l'édifice. Les images des divinités planétaires
sont reléguées au troisième étage ; elles auraient consisté seulement en trois

(1) Apotheosis in ancient portraiture, p. 73 sqq.


(2) Tagesgôtter, p. 130.
(3) Edifizi di Roma Antica, IV (1856), pi. 266 sqq.
(4) Das Haus der sieben Zonen, Beitràge zur Kunstgeschichte Italiens, Dresde, 1898, p. 1 sqq.
(5) Celle de J. Durm, Baukunst, fig. 472, est à peu près semblable pour le rez-de-chaussée. A l'étage
médian, J . Durm restitue un second ordre de colonnes à l'intérieur des niches, alors que Th. Dombart fait naître
les niches en cul-de-four immédiatement au-dessus du premier ordre. Le troisième étage de J. Durm ne
présente de saillies qu'aux extrémités. L'attique, moins haut que celui de Th. Dombart, porte les statues des
astres, celle du Soleil au milieu dans un quadrige, et en outre deux trophées aux extrémités ; d'autres statues
sont restituées sur l'entablement du second étage. Il est à peine besoin d'indiquer combien la restitution des
superstructures est nécessairement conjecturale.
80 MONUMENTS PIOT

Fio. 1. — Plan provisoire de l'édifice découvert à C.incari (Septizoiiium).


LE
SEPTIZONIUM D'ENCHIZ TOUNGA (ANC. CINCARI, TUNISIE) : ÉTAT ACTUEL.
LE SEPTIZONIUM DE CINCARI 81

panneaux de mosaïque, celui du milieu, au-dessus de la niche centrale,


représentant le Soleil, et ceux des côtés, au-dessus de chacune des niches latérales
représentant chacun trois planètes. Guidé par une idée assez singulière, le
savant allemand a pensé que l'édifice représentait, sous une forme monumentale,
l'équivalent des calendriers à plaques que l'on trouve couramment en Gaule ;
ces instruments sont constitués par une plaque ornée des images des diverses
divinités du temps, avec des trous dans lesquels on pouvait introduire des
fiches indiquant le jour. Il y aurait donc eu une sorte de signal qu'on aurait
associé, tour à tour, à l'image d'une des divinités hebdomadaires.
Cette restitution nous semble se heurter à de très graves objections. Tout
d'abord la place faite aux astres est sans rapport avec l'importance que le
nom de l'édifice invite à attribuer au rôle qu'ils y joueraient. L'idée des panneaux
de mosaïque est toute gratuite, et c'eût été vraiment se montrer bien mesquin
que d'obliger trois planètes à s'en partager un seul. Il n'existe nul rapport entre
la répartition des images et l'articulation du monument, bien que celui-ci
compte sept éléments verticaux entre les deux retours qui l'encadrent (les
trois exèdres et les éperons ou ailes qui les séparent). Tandis que les astres sont
réduits à la portion congrue, la place faite aux fontaines apparaît au contraire
trop grande, à moins qu'on ne les enrichisse d'un décor statuaire dont le goût
du temps ne permet guère d'ailleurs de les imaginer dépourvues.
Ces problèmes seraient plus aisés à résoudre si nous avions conservé d'autres
Seplizonia, car celui du Palatin n'est ni le seul, ni le premier de cette singulière
famille de monuments. A Rome même, Suétone en mentionne un dans la Vie
de Titus, qui remontait par conséquent au Ier siècle, peut-être au règne de
Néron (1). Surtout ce type de monument était fort répandu en Afrique.
A. Audollent a inféré de VAppendix Probi qu'il en existait un à Carthage (2).
Celui d'Avitta Bibba (Henchir Bedd dans la région du Fahs en Tunisie) est
mentionné sous la forme Septizodiiim dans une dédicace à un édile (3). Le mieux
connu de tous était jusqu'à présent celui de Lambèse ; une inscription (4) nous
apprend que le légat de Numidie Cominius Cassianus, Septizonium marmoribus
musavo et omni cnllii... veliislale delapsum... restituii. Un texte de 226 (5) parle

(1) Suétone {TH., I, 2) s'en sert pour situer prope seplizonium, la maison natale de Titus qui vint
au monde en 41. A prendre le passage à la lettre, le premier Septizonium remonterait donc au moins
au règne de l'un des trois premiers empereurs, mais il est possible aussi que le biographe, voulant situer
la maison pour ses contemporains, se soit servi comme repère d'un monument qui existait de son temps
sans se préoccuper de savoir s'il était déjà bâti lors de l'événement.
(2) Carlhage romaine, p. 316 sqq. La forme Seplidonium, que nous donne l'inscription de Cincari,
est indiquée là comme vicieuse.
(3) CIL, VIII, 14372.
(4) CIL, VIII, 2657. La légation de Cominius Cassianus était placée autrefois sous le règne de
Septime-Sévère ; E. Birley. JRS. XL, 1950, p. 60-62, a montré qu'elle datait en fait de 247-248.
(5) CIL, VIII, 2658. Pour l'interprétation de ce texte et les thèses de G. Spano, cf. infra.
TOME LU 11
82 MONUMENTS PIOT

d'un Nymphée, qui serait, soit identique au Septizonium, soit l'une de ses annexes.
Le monument fut fouillé au milieu du siècle dernier — malheureusement, peut-on
dire, car il fut ensuite aussi complètement détruit que celui de Rome, sans
même qu'on en eût cette fois levé un plan. On sait seulement qu'il se composait
d'une grande abside avec deux colonnes accouplées au fond, et une colonne isolée
de chaque côté de l'ouverture, toutes portant des entablements. Cette abside
était flanquée de deux ailes, précédées chacune de quatre colonnes qui soutenaient
un entablement. Des niches s'ouvraient dans l'abside et dans les ailes, abritant
des statues ; deux d'entre elles auraient été retrouvées, mais on ignore ce
qu'elles sont devenues et ce qu'elles représentaient (1).
Ajoutons que M. Laur Belart a voulu reconnaître un Septizonium dans
un curieux édifice à double façade et niches multiples qui existe à Grienmatt,
près de Bâle (2). Mais en l'absence de confirmation épigraphique de cette
interprétation, il vaut mieux laisser de côté ce monument, qui peut être un Nymphée
ordinaire.
La question étant à ce point, M. J. Cintas fit, en 1955, à Henchir Tounga,
l'antique Cincari, en Tunisie septentrionale, près de Tebourba, une découverte
qui apporte une donnée nouvelle d'importance exceptionnelle. Elle survint au
cours de la fouille, demeurée inachevée, d'un édifice thermal (fig. 1 ). Autant qu'on
puisse en juger, la disposition de celui-ci est analogue à celle des thermes du Sud
à Timgad (3). On entre par un couloir pavé d'une mosaïque à rosaces quadri-
foliées, qui sépare du corps principal une grande exèdre, flanquée d'une pièce
rectangulaire. En face de celle-ci se trouve la cella maxima du frigidarium (fig. 1
et plan), bâtie sur plan basilical, avec une travée centrale plus large, encadrée
par deux files de colonnes et deux bas-côtés ; la couverture devait être une
charpente, soutenue par des arcs. Mais le bas-côté Sud n'est pas fermé par
un mur ; des passages aménagés entre six piliers en forme de T conduisaient
probablement à la grande natatio. A l'Ouest, on arrive au tepidarium, pièce à
abside dirigée vers le Levant, en traversant deux passages en sifflet.
Ce monument fut complètement remanié à plusieurs reprises. La première
transformation consista en la construction du Septizonium, sur laquelle nous
allons revenir. Plus tard, on couvrit le sol d'une mosaïque de style linéaire (4)
représentant des scènes de chasse (fig. 2 A et B). En dernier lieu enfin, la cella
fut transformée en église. On éleva alors un chœur surélevé à l'extrémité Ouest,
contre le mur du tepidarium. Une nouvelle mosaïque recouvrit la plate-forme ;

(1) S. CxSell, Mon. Ani. de V Algérie, I, p. 241-243.


(2) R. Laur Belart, Ftihrer durch Augusta Eaurica, p. 90 sqq.
(3). S. Gsell, op. /., p. 224, fig. 70.
(4) Cette mosaïque est donc, au plus tard, du début du ive siècle.
LE SEPTIZONIUM DE CINCARI 83

Fie 2 A. — Mosaïque : scène de chasse (Cincari).

outre un curieux décor de coquilles juxtaposées et encadrées de guirlandes, elle


incorpore la tombe d'un certain Martinianus, dont l'inscription ceinte d'une
couronne est entourée de fleurs et d'oiseaux (fig. 3). Ce sépulcre se rattache à
un type que M. N. Duval attribue à la fin du ive siècle (1). Une autre tombe à

(1) Karlhago, IX, 1958, p. 181 sqq., et Bull. Soc. Ani. de Fr., 1959, p. 55-62. La tombe de Martinianus
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Fie. 2 B. — Mosaïque : scène de chasse.

Fig. 3. — Tombe de Martinianus.


LE SEPTIZONIUM DE CINCARI 85

épitaphe, dépourvue d'ornement en son état actuel, paraît avoir été insérée
postérieurement ; le nom de son possesseur commence par Cresci.
L'étude du monument et de son évolution doit être reprise par MM. J. Cintas
et Cl. Poinssot, et l'on voudra bien considérer tout ce qui est dit ici à cet égard
comme susceptible de rectification. Il paraît pourtant certain qu'on puisse
distinguer quatre époques, s'échelonnant entre le milieu du ne siècle au plus
tôt pour la construction et le milieu du ive siècle, pour la transformation en
église. C'est à la seconde de ces phases que nous allons maintenant consacrer
notre attention. Architecturalement, elle consista en la construction de sept
niches reliant les piliers qui limitent vers le Sud le bas-côté de la cella. Elles
étaient destinées évidemment à abriter des statues, dont quelques-unes ont
été retrouvées dans une canalisation et sont aujourd'hui conservées au Musée
d'Utique.
C'est d'abord un torse de jeune homme, nu sous une chlamyde retombant
en arrière (fig. 4). Il ne lui manque que la jambe, le bras droit et l'avant-bras
gauche. La sculpture est de bonne qualité ; la musculature n'est pas détaillée,
mais le bourrelet inguinal saille très fortement. La chevelure est une masse
creusée au trépan de petits sillons discontinus qui séparent des mèches si drues
qu'elles ressemblent à des flammes. Le procédé rappelle le flammenhaarstil des
sarcophages de la période sévérienne tardive (1), mais plus encore le traitement
des parties pileuses dans des statues africaines contemporaines de Septime-
Sévère, telles que le Saturne de Dougga (2) et le portrait de l'empereur lui-même
découvert à Guelma (3). Le dieu n'a pas d'attributs particuliers. Mais son type,
comme le R. P. Festugière a bien voulu nous le faire remarquer, convient
évidemment à Hélios ; il reproduit exactement celui d'une statue de Berlin,
œuvre hellénistique trouvée à Alexandrie (4).
La tête de Saturne (fig. 5) reproduit le type de Kronos, adopté depuis le
milieu du ne siècle pour le roi des dieux africains (5) : le voile qui recouvre
la chevelure assure l'identification. Le style apparaît nettement classicisant :
les traits sont réguliers, l'expression sereine, la barbe et la chevelure bien
peignées, en boucles régulièrement ordonnées, l'épiderme lisse. Le front haut

se rattache évidemment au type I, ce qui est remarquable, ce type étant rare en Afrique. Pour la datation,
cf. KarthagiK pp. 235-243 seconde moitié du ive siècle. Nous abandonnons les objections que nous avions
d'abord présentées à la chronologie de M. N. Duval (cf. Bull. Ani. de Fr., p. 62^.
:

(1) Le Flammenhaarslil a été défini par G. Rodenwalt, JDAI, 51, 1936, p. 95 sqq. Cf. en dernier lieu,
F. Matz, Ein Rômisches Meisterwerk, das Iahreszeitensarkophag Badminton-New York (JDAI, 19 1er
Erg-anzungshefti. p. 144-145.
(2) C. Poinssot, Karlhago, VI, 1955, pi. I.
(3) L. Leschi, Algérie antique, pi. à la p. 26 (travail de la barbe).
(4) Arch. Zeilung, 19, pi. 145. Reproduit dans Roschkr, Lex. Myth., I, 2, col. 2021-2022.
(5) C. Poinssot, l. L, p. 36-47.
LE SEPTIZONIUM DE CTNCARI 87

est rétréci en ogive par les boucles. L'œuvre sort certainement d'un des ateliers
classicisants dont l'activité est attestée par de nombreux sarcophages, entre 220
et 240 environ (1). Un de ces tombeaux, qui fut découvert à Port-Gueydon en
Algérie, orné de la légende de Bellérophon, est de marbre africain (2). Il y avait
donc des officines de cette tendance dans la province ; c'est là qu'il faut chercher
l'origine de notre Saturne ; il ne reproduit sans doute ni le type « numide »
du « Senex » au visage large et plat, orné d'une barbe fluviale, dont un buste
de Mactar est peut-être l'exemple le plus caractéristique (3), ni la variante
baroque à laquelle se rattache la tête de Dougga ; mais le même type « jupi-
térien » est représenté aussi à Bulla Reggia (4), avec son front « ogival » encadré
d'une chevelure ondulée ; la tête de Cincari se distingue cependant de celle de
Bulla par plusieurs traits notables : le regard levé au ciel, caractéristique comme
on sait des portraits impériaux de ce temps (5), la chevelure plus courte
dépourvue de boucles en tire-bouchon sur les côtés, la barbe plus longue séparée
par un profond sillon qui en dessine exactement l'axe. Ces traits, qu'on
retrouverait dans d'autres sculptures africaines d'époque sévérienne (6), permettront
de distinguer aisément le classicisme du nie siècle de celui du ne siècle et
confirment l'attribution à un atelier local.
La tête casquée de Mars (fig. 6) frappe au contraire par la sévérité colérique,
presque méchante, inscrite dans les sourcils froncés, les plis au bas des joues, la
bouche épaisse tombante sous la grosse moustache. C'est celle de portraits bien
connus de Caracalla — ceux de Berlin et de Naples notamment — d'un
empereur qui, précisément, s'est fait assimiler au dieu de la guerre. Ce visage
farouche distingue le Gradivus légionnaire de l'Arès grec (7). La différence
d'expression ne doit pas faire négliger cependant les ressemblances
fondamentales qui rapprochent cette sculpture des deux précédentes ; c'est d'abord
une très remarquable dolichocéphalie ; ensuite, des similitudes techniques, pour
le traitement du sillon buccal surtout, dont l'étroitesse contraste avec la massivité
des lèvres et pour la barbe, traitée en mèches courtes, floconneuses, que séparent
de profonds trous de trépan.

(1) Sur cette réaction, cf. en dernier lieu, F. Matz, /. /. La stèle aux quatre dieux de Strasbourg
(J.-J. Hatt, Cahiers d'archéologie el d'histoire de V Alsace, 1954, p. 57-70) témoignerait de l'activité d'ateliers
classicisants en Gaule dès les premières années du ine siècle.
(2) J. Aymard, MEFR, LU, 1934, p. 143 sqq. Pour la date et le style, F. Matz, /. /.
(3) C. Poinssot, /. /., p. 38, n° 9 et fig. 12.
(4) A. Merlin, Le temple d'Apollon à Bulla Regia, p. 12, pi. IV, 1. Ce type témoigne sans doute d'un
syncrétisme entre Saturne et Jupiter qu'atteste aussi l'épigraphie ; cf. nos Religions de l'Afrique antique,
p. 124.
(5) H. -P. L'Orange, Apotheosis in Ancient portraiture, l. l.
(6) Cf. surtout le Jupiter de Sétif, L. Leschi, Algérie antique, p. 13. La symétrie de la barbe autour du
sillon médian se retrouve sur le Saturne de Dougga (daté de 195) et de nombreux portraits de Septime-
Sévère (J. Mazard et M. Leglav, Portraits antiques au Musée Stéphane Gsell, fig. 34, 35, 36).
(7) Pour des types plus anciens de ce « Gradivus », cf. notre Civitas Mactaritana, pi. XLII a et b.
MONUMENTS PIOT
LE SEPTIZONIUM DE CINCARI 89

A ces statues, il faut ajouter un cippe à base moulurée sculpté en haut sur
trois faces (fig. 7) ; la principale porte un buste de jeune fille, nu, incomplet sous
les seins ; sur les côtés se détachaient en fort relief deux têtes d'animaux
aujourd'hui très mutilées ; celle de droite semble appartenir à un chien, celle
de gauche peut-être à un bélier. La face postérieure porte enfin un bucrâne très
schématique.
Toutes ces sculptures proviennent très vraisemblablement d'un même
atelier travaillant en Afrique, sous le règne de Caracalla et de ses successeurs ;
la tendance classicisante, que nous avons notée surtout dans la tête de Saturne,
se retrouve notamment dans les statues des Thermes d'Hippone, construits
sous Caracalla (1). Elle résulte de la « Renaissance » des années 220, maintenant
décelée dans diverses régions de l'Europe, aussi bien dans le décor des
sarcophages que dans le portrait.
Malgré leur intérêt et leur qualité assez exceptionnelle, les statues ne
suffiraient pas à nous éclairer sur la signification de l'édifice. Heureusement
un élément épigraphe a été découvert avec elles, et, par une bonne fortune tout
à fait rare, s'il ne conserve qu'un mot de la dédicace dont il faisait partie, ce
mot est précisément le nom du monument.
Il s'agit d'un fragment d'entablement, comprenant frise et architrave
(fig. 8) ; la partie droite du bloc est en saillie et se trouvait donc au-dessus d'une
colonne détachée en avant d'une paroi. On lit en capitales allongées, très
régulières et bien gravées, SEPTIDO NIVM. Nous avons donc là, sous la forme
africaine dont Probus condamnait l'irrégularité provinciale (2), le nom de la
catégorie monumentale dont nous nous occupons.
Il ne peut exister de doute sur l'identification du Septizonium avec la série
de sept niches. Aucun doute non plus sur l'appartenance au monument des
images de Saturne, Mars et Sol, tous trois divinités astrales et hebdomadaires :
on remarquera qu'ils représentent trois des quatre premiers dieux de la série,
Jupiter seul faisant défaut. Le cippe demeure plus mystérieux : faut-il y
reconnaître l'image d'une des déesses qui serait alors Luna plutôt que Vénus ?
Mais on conçoit mal qu'on se soit contenté, pour la représenter, d'un cippe
plutôt que d'une statue. Il pourrait s'agir plutôt d'un autel, consacré à la divinité
en plus de la statue.
Du point de vue chronologique, la paléographie ne fait pas obstacle à

(1) E. Marec, Hippone-la-Royale, 1954, pp. 96-97, fig. 9, 6 (Athéna), 7 (Aphrodite), 8 (Dionysos),
45 (Héraclès). E. Maree considère ces statues comme importées de Grèce. Mais l'Athéna porte la signature
de M. Plotius Clemens, sculpteur évidemment occidental et probablement africain. Le travail, assez sec de
la tête de Dionysos, s'apparente à celui du Saturne de Cincari.
(2) Cf. supra, n. 2, p. 81.
TOME LU 12
ì)J MONUMENTS PIOT

la date que nous avons cru pouvoir assigner aux statues : première moitié
du me siècle (1). Le Septizonium fut donc construit et décoré sous les Sévères,
par transformation d'un édifice thermal qui pourrait remonter à la seconde
moitié du siècle précédent, comme celui de Timgad auquel il s'apparente
directement.

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Fio. 8. — Fragment d'inscription monumentale nommant l'édifice (Seplidonium).

Nous pouvons rechercher maintenant les éléments que la découverte de


Cincari apporte à la solution du problème général des S^plizonia. A première
vue, il n'y a pas grand chose de commun entre la modeste série de niches alignées
dans le frigidarium des Thermes d'une petite cité africaine et la somptueuse
façade théâtrale dressée par Septime-Sévère au Palatin ; le monument de
Lambèse semble, lui aussi, très différent, et de l'un et de l'autre.
Les trois monuments se rattachent pourtant à une même famille
architecturale, celle de la frons scaenae, qui a servi non seulement dans les théâtres,
mais à l'ornement de toutes sortes d'édifices, maisons particulières, thermes,

(1) Elle n'autorise, à vrai dire, aucune conclusion chronologique précise : cette belle capitale allongée,
où pleins et déliés sont nettement distincts, ayant été employée du ier au me siècle. Cf. pour un exemple
africain d'époque sévérienne, J. Reynolds et J. B. Ward Perkins. Insc. of Roman Tripolitania, pi. XI, 2.
LE SEPTIZONIUM DE CINCARI 91

mausolées. L'élément fondamental est l'exèdre encadrée entre deux ailes recti-
lignes, que nous trouvons isolée à Lambèse et dont la triple répétition engendre
le Seplizonium romain. Celui de Cincari représente un type qui a été
particulièrement en vogue au ive siècle. J.-P. Cèbe a restitué et étudié, de manière
approfondie, une fontaine monumentale de Sbeitla (1) ; à Ostie, la maison
dite d'Amour et Psyché et la Casa del Ninfeo possèdent des nymphées fort
analogues (2). Il s'agit dans tous les cas de niches, rectangulaires ou semi-
circulaires, alignées le long d'un mur qu'encadrent deux retours à angle droit.
Selon J.-P. Cèbe, ce schème dérive directement, malgré sa pauvreté
architecturale, de la scène théâtrale. Nous préférons considérer la frons scaenae et le
nymphée rectangulaire comme deux variantes d'une formule architecturale
utilisée encore à d'autres fins ; les décors intérieurs de temples constitués par
des niches abritant des statues et insérées dans le cadre d'une colonnade
appartiennent évidemment à la même famille. Ils apparaissent à Rome dans le
temple de Vénus Genitrix (3) et celui de Mars Ultor (4), très peu donc après la
frons scaenae (5). On les retrouve ensuite à Ba'albeck et ailleurs (6). Dans les
thermes de Faustine à Milet, le même parti a été appliqué dans une grande aula
à plan basilical (7) ; le « nymphée dorique » d'Albano (8), qui remonte au milieu
du Ier siècle av. J.-C, et le « temple de Diane » à Nîmes (9), sont construits selon
le même principe. L'aula regia de la domus Flavia au Palatin en présente un
autre exemple (10). Il est certain enfin que ce thème a servi aussi à orner des
façades extérieures de monuments ; l'ordonnance des arcs de triomphe dont les
pilastres sont creusés de niches en dérive, ainsi que celle de maints mausolées (11).
On le retrouve à la bibliothèque d'Éphèse (12) et sur deux monuments de l'Heb-

(1) MEFR, LXIX, 1957, p. 163-206.


(2) G. Becatti, Case Osliensi del tardo Impero, p. 6 sqq. et 10 sqq.
(3) O. Grossi, MAAR, XIII, 1936, p. 313 sqq. Il est difficile aujourd'hui de distinguer dans le temple
les éléments césariens de la reconstruction trajanienne. Il paraît cependant probable que le sanctuaire césa-
rien était déjà de plan « basilical » avec les longs côtés garnis de niches entre les colonnes. Cf. A. Van Buren,
Aiti IV Congr. Naz. di Studi Rom., I, 1930, II, p. 134 sqq. et en dernier lieu L. Crema, op. L, p. 175-176.
(4) G. Lugli, Centro Monumentale, p. 266-269.
(5) Sur l'apparition de la frons scaenae, A. Nappi Modona, Edifici theatrali greci e romani,
p. 175 sqq.
(6) Notamment à l'Hadrianeum, V. Pasarelli, Atti III Conv. Naz. di Storia d'Arch., 1938, p. 123. sqq.
L. Crema, op. /., p. 381-382, fig. 451-452.
(7) Fr. Krischen et A. von Gerkan, Milet, I, 9, Thermen und Palàslren, p. 50 sqq., fig. 80.
(8) L. Crema, op. L, p. 124 et fig. 255.
(9) R. Naumann, Der Quellbezirk von Nimes, 1937, p. 22-29. L. Crema, op. /., p. 466, date le
monument de l'époque de Trajan. Sur cette question, cf. en dernier lieu : Th. Kraus, Die Ranken der Ara
Pacis, p. 48, et J. Balty, Études sur la Maison Carrée, p. 99-100 : le nymphée serait antérieur au temple
dédié par Agrippa avant 12 av. J.-C. au plus tard.
(10) G. Lugli, op. /., p. 488-489; J. Buhlmann, Zeilschr f. gesch. des Architect., I, 1907-1908,
p. 118 sqq.
(11) Particulièrement ceux de Petra (en dernier lieu, L. Crema, op. /., p. 433-434, fig. 543-545).
(12) W. Wilberg, Forschungen in Ephesos, V, 1.
92 MONUMENTS PIOT

domon, faubourg de Gonstantinople, figurés par un dessin du Louvre qui


reproduirait une partie de la colonne de Théodose (1).
L'histoire de ce décor peut être esquissée de la façon suivante : dès
le ive siècle av. J.-C, des monuments — dont le sarcophage des pleureuses à Sidon
nous donne l'image réduite —, étaient décorés à l'extérieur de statues abritées
dans les entrecolonnements d'un portique. Au temps de Sylla, l'architecte du
Tabiilarium imagine d'insérer des arcades entre les colonnes d'un portique à
entablement droit. Lorsque ces arcades sommaient des niches fermées au lieu
de fenêtres, on devait tout naturellement être amené à y placer des statues
ou des fontaines. Dans les théâtres, on donna plus d'ampleur aux exèdres qui
entouraient les portes de la scène, tout en maintenant entre elles et sur le
pulpilum des niches à statues ou à fontaines.
Ces constatations autorisent les conclusions suivantes : les ensembles
formés de niches juxtaposées, comme celui de Cincari, ne dérivent pas par
simplification, de la frons scaenae ; ils représentent au contraire la forme primitive
du décor dont celle-ci est un développement. D'autre part, les niches n'étaient
pas destinées essentiellement à contenir des fontaines. Leur but était à l'origine
d'abriter des statues ; on a continué à les employer à cette fin pendant toute
l'Antiquité, même dans des monuments comme les thermes de Milet, où il
aurait été facile de réaliser des adductions d'eau.
Le Scplizonium de Cincari reproduit donc la forme la plus ancienne et la
plus simple du décor, dont l'origine remonte au Ier siècle av. J.-C. Il n'y a jamais
eu de fontaines dans ses niches ; leur ampleur est insuffisante pour les recevoir
à côté des statues ; on ne voit d'ailleurs ni trace d'adduction d'eau ni écoulement ;
la cella du frigidarium est bien traversée par un égout qui part devant la
cinquième niche, se dirige ensuite vers le Nord, puis retourne vers l'Est en suivant
l'axe de la salle ; dans la voûte de cette conduite étaient insérées trois dalles à
regards : l'une devant la cinquième niche, la troisième au coude, la dernière devant
le seuil de la porte de sortie. Mais on ne peut conclure qu'une fontaine aurait
jailli dans la niche 5 ; les regards étaient destinés au curage aux trois « points
critiques » du parcours. L'égout vient certainement de la grande piscine, qui
devait se trouver au Sud, dans la partie non fouillée de l'édifice.
Les Cincariens ont donc voulu, au début du nie siècle, embellir leurs thermes
en les dotant d'un ensemble statuaire placé dans des niches, comme on en
trouvait par exemple à Milet. Ce qui est remarquable, c'est que ces statues
représentent les astres et que leur ensemble forme un Septizonium.

(1) G. Becatti, La colonna coclide istoriata, p. 121 sqq. (rejette l'opinion de R. Demangel, Contribution
à la topographie de V Hebdomon, p. 12 sqq.).
LE SEPTIZONIUM DE CINCARI 93

Le caractère commun entre ce modeste monument et le septizonium du


Palatin n'est donc pas leur utilisation hydraulique. Le Septizonium de Cincari
n'était certainement pas un nymphée. On ne peut affirmer non plus, croyons-
nous, que celui de Rome ait contenu des fontaines.
Ammien Marcellin nous apporte la seule raison de le penser. Pourtant,
outre que l'erreur qu'il commet quant à la personnalité du constructeur n'engage
pas à donner beaucoup de valeur à son information, il a peut-être employé le
terme Xymphaeum à défaut d'un autre mieux adapté, pour définir un édifice
apparenté architecturalement aux nymphées, mais de destination différente.
A propos d'un passage de Malalas qui parle des « nymphées du proscaenium »
dans le théâtre d'Antioche, L. Crema remarque justement que le mot n'est
peut-être pas employé ici dans son sens propre de fontaine monumentale, et
sert seulement à désigner le retrait semi-circulaire de la scène, pour lequel les
Grecs n'avaient pas de nom exact (1). Ajoutons que le sens premier de Xymphaeum
est « grotte consacrée aux Nymphes » et non fontaine monumentale.
Ce n'est donc pas sans motif que Maas avait nié qu'il y eût des jeux d'eau
dans le Seplizoniiim du Palatin. G. Spano est revenu récemment sur la question
pour soutenir le contraire (2), mais il s'appuie surtout sur le Seplizoniiim de
Lambèse. Or les descriptions qu'on possède de ce monument ne mentionnent
pas d'aménagements hydrauliques. On n'est pas certain que l'inscription CIL,
VIII, 2658, qui parle d'un nymphaeum, désigne le même édifice que le Septizonium
de 2657. Dans ce problème obscur, le seul témoignage précis est celui du
monument de Cincari : il est comme on a vu négatif.
Au contraire, la découverte de J. Cintas prouve qu'un Septizonium se
composait essentiellement des statues des sept astres, placées chacune dans sa
« maison » ; le simple bon sens aurait peut-être permis de parvenir à cette
conclusion, qui suffit à écarter les restitutions de J. Diirm et de Th. Dombart ; on a
plus de mal, certes, à en imaginer une qui réponde à toutes les données du
problème. Il paraît seulement certain que les statues astrales se trouvaient au rez-de-
chaussée de l'édifice, qu'elles étaient alignées tout le long de la façade, et que le
monument était partagé verticalement en sept secteurs correspondant à chacune
d'entre elles. Nous ne croyons pas possible que la documentation existante
permette de risquer des conjectures plus précises.
G.-Ch. Picard.
(1) Op. /., p. 428.
(2) Mem. Ace. Line., 1950, p. 173 sqq. ; Rend. Ace. Line, S. Vili, VII, 1952, p. 158 sqq.