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Fasc. 82-20 : DROIT PÉNAL.

– Responsabilités
JurisClasseur Travail Traité

Fasc. 82-20 : DROIT PÉNAL. – Responsabilités

Date du fascicule : 1er Janvier 2015

Date de la dernière mise à jour : 1er Janvier 2015

Jean-François Cesaro - Professeur à l'Université Panthéon-Assas (Paris II)


Points-clés
1. – Si les salariés peuvent être concernés par le droit pénal du travail, la répression vise essentiellement le
chef d'entreprise pour les infractions commises dans ses établissements (V. n° 1 à 6 ).
2. – La qualité de chef d'entreprise au sens du droit pénal du travail revient à la personne physique qui détient
en fait ou en droit, la plénitude des pouvoirs de direction sur le personnel (V. n° 7 à 29 ).
3. – Lorsque plusieurs entreprises travaillent ensemble, la responsabilité peut reposer, par l'effet de la loi,
d'un contrat ou des faits sur un des dirigeants ; plusieurs dirigeants peuvent être condamnés spécialement
en cas d'accident (V. n° 30 à 53 ).
4. – La responsabilité du chef d'entreprise doit être fondée sur une faute personnelle parfois largement
conçue (V. n° 54 à 67 ).
5. – Le chef d'entreprise dont les pouvoirs sont transférés peut échapper à sa responsabilité : par l'effet de la
loi en cas de procédure collective (responsabilité de l'administrateur judiciaire), par l'effet du contrat en cas
de délégation de pouvoirs (V. n° 68 à 129 ).
6. – Toutes les personnes morales , à l'exception de l'État, sont désormais responsables pénalement qu'elles
soient de droit public ou de droit privé, à but lucratif ou non lucratif, françaises ou étrangères (V. n° 130 à
134 ).
7. – La responsabilité des personnes morales n'écarte pas en principe celle des personnes physiques auteurs
ou complices des mêmes faits (V. n° 135 à 140 )
8. – La responsabilité de la personne morale ne doit plus être spécialement prévue pour l'infraction
considérée. Cette infraction doit avoir été commise par un organe ou un représentant de cette
personne morale et pour son compte (V. n° 141 à 155 ).
9. – Des dispositions spécifiques de procédure pénale sont consacrées à la poursuite, à l'instruction et au
jugement des infractions commises par les personnes morales (V. n° 156 à 161).

I. - Responsabilité des personnes physiques

1. – Responsabilité du salarié – Bien que le droit pénal contemporain soit plus sévère pour les décideurs que
pour les salariés, ces derniers sont néanmoins susceptibles, en certains cas, de commettre des infractions en lien
avec leur activité professionnelle. Ces cas de responsabilité visent soit à la protection des intérêts économiques de
l'entreprise soit à la préservation de la communauté humaine de travail que forme l'entreprise (Y. Pagnerre, La
responsabilité pénale des salariés en quête d'équilibre, Livre du Bicentenaire du Code pénal et du Code
d'instruction criminelle : Dalloz 2010, p. 729).

2. – Violations de secrets – Conséquence d'obligations déontologiques ou économiques, le salarié peut être tenu
de respecter certains secrets liés à son activité professionnelle. Le secret professionnel, dont la violation est
sanctionnée par l'article 226-13 du Code pénal, prohibe la révélation d'une information à caractère secret par une
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personne qui en est dépositaire soit par état ou par profession, soit en raison d'une fonction ou d'une mission
temporaire [...] ». Le secret ne s'impose pas à tous les salariés, mais à ceux qui, « dans un intérêt général ou
d'ordre public », ont la qualité de « confident nécessaire » (Cass. crim., 19 nov. 1985 : Bull. crim. n° 364), tels
l'avocat, le médecin, le banquier... (V. Cass. crim., 28 juin 2012, n° 11-14.486. – Cass. 1re civ., 5 févr. 2009, n° 07-
17.525 : Bull. civ. I, n° 22. – Cass. crim., 28 oct. 2008, n° 08-81.432 : Bull. crim. 2008, n° 215. – Cass. crim., 4 déc.
2007). C'est ensuite au nom de la préservation des intérêts de l'entreprise que l'article L. 1227-1 du Code du travail
réprime « le fait pour un directeur ou un salarié de révéler ou de tenter de révéler un secret de fabrication ». Est
ainsi prohibée la révélation d'un savoir-faire ayant une valeur économique, détenu même de manière non exclusive
par l'entreprise (Cass. crim., 3 juill. 1903 : S. 1904, 1, 105, note Roux), à un tiers qui ne le connaissait pas (Cass.
crim., 20 juin 1973 : Bull. crim. 1973, n° 289).

3. – Liberté du travail – Bien que considéré comme n'ayant pour fonction que de protéger la liberté du travailleur
(V. Cass. crim., 15 mai 1987 : Bull. crim., n° 198. – Cass. crim., 23 avr. 2003, n° 02-84.375 : Bull. crim. 2003,
n° 84), l'article 431-1 du Code pénal devrait être compris, dans une lecture égalitaire, comme poursuivant la
préservation des intérêts économiques à la fois de l'entreprise et des salariés. En effet, il punit le fait d'entraver,
d'une manière concertée et à l'aide de « menaces » ou « de coups, violences, voies de fait, destructions ou
dégradations » « l'exercice de la liberté [...] du travail » (C. pén., art. 431-1).

4. – Atteintes aux personnes – De nombreuses infractions concernent les atteintes dont les salariés ou leurs
représentants peuvent se rendre coupables à l'encontre de leurs dirigeants, personnes physiques ou morales, qu'il
s'agisse de violences, de séquestrations, d'injures ou de dénonciations calomnieuses (V. Y. Pagnerre, op. cit.,
p. 732). Des actes similaires peuvent exister dans les relations entre salariés qui relèvent du droit pénal commun.
Le délit de harcèlement, bien que général, peut spécialement se rattacher au droit pénal du travail car la relation de
travail est hélas propice à sa caractérisation.

5. – Atteintes aux institutions – Le droit social se caractérise par l'établissement, en marge des contrats de
travail, de relations institutionnelles : des salariés sont élus ou désignés pour représenter la collectivité des salariés
ou des syndicats. Ces derniers peuvent être auteurs d'infractions, notamment lorsque ne respectant pas les
finalités de leurs missions ils se rendent coupables d'escroquerie ou d'abus de confiance. Ils peuvent aussi être
victimes d'infractions, de la part de toute personne, y compris des salariés, entravant l'accomplissement de leur
mission.

6. – Responsabilité du dirigeant – Le dirigeant bien que sa responsabilité soit en premier lieu recherchée peut
échapper à celle-ci en transférant à un tiers ses pouvoirs.

A. - Responsabilité pénale de principe des dirigeants

7. – Identification du responsable – De nombreuses incriminations du Code du travail ne comportent pas


d'imputation particulière : elles frappent « le fait » d'adopter tel comportement ou de violer tel principe (V.
notamment, C. trav., art. L. 1238-1) ou « toute personne » (C. trav., art. L. 4741-9). En pratique, ce sera néanmoins
fréquemment l'employeur ou son représentant légal qui sera destinataire de la sanction lorsqu'il s'agit d'une règle
qu'il doit personnellement respecter ou faire appliquer dans son entreprise.Procédant de manière plus directe,
l'incrimination peut parfois viser l'employeur. En ce cas (C. trav., art. L. 5429-2), la responsabilité repose sur le chef
d'entreprise, personne physique, qui est principalement concerné et non sur la personne morale alors même qu'elle
aurait, au sens du droit du travail, la qualité d'employeur (V. A. Cœuret, Le droit pénal du travail depuis la
recodification du Code du travail : Semaine sociale Lamy 2010, n° 1472 suppl., p. 75 et s ; A. Cœuret et B. de
Moucheron, Le responsable en droit pénal : JCP S 2013, 1223).Une hésitation pouvait surgir lorsque les textes
visaient « les chefs d'établissement, directeurs ou gérants » comme pénalement responsables (C. trav., anc.
art. L. 263-2 et L. 481-3). L'autonomie prise en droit du travail par la notion d'établissement par rapport à celle
d'entreprise, conduisait à se demander si la législation n'entendait pas désigner, comme personne condamnable, le
responsable situé à ce niveau. La règle prévue à l'ancien article L. 260-1-7 du Code du travail selon laquelle les

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employeurs sont civilement responsables des condamnations prononcées contre leurs directeurs, gérants et
préposés, paraissait militer en faveur d'une telle solution (V. en ce sens, N. Catala, De la responsabilité pénale des
chefs d'entreprise en matière d'hygiène et de sécurité du travail : JCP CI 1976, II, 12010, n° 23).La nouvelle
rédaction retenue pour certains de ces textes paraît exclure cette interprétation dès lors qu'il est désormais prévu
auxdits articles que la responsabilité s'applique à « l'employeur ou son délégataire » (C. trav., art. L. 4741-1. – V.
cependant pour l'article L. 2146-2 qui remplace l'article L. 481-3 et ne vise que « l'employeur »). Seul l'article
L. 4741-7 du Code du travail permettant d'envisager la responsabilité de « directeurs » ou de « gérants » paraît
encore permettre d'envisager la responsabilité de principe de certains salariés.

8. – Présomption d'autorité – La chambre criminelle de la Cour de cassation, même sous l'empire des
dispositions antérieures, a toujours adopté une position différente. Par une jurisprudence constante, elle assimilait
le chef d'établissement au chef d'entreprise, refusant de faire peser, en principe, la responsabilité pénale des
infractions au Code du travail sur un dirigeant secondaire (V. notamment, Cass. crim., 23 nov. 1950 : Bull. crim.
1950, n° 267. – Cass. crim., 23 avr. 1966 : Bull. crim. 1966, n° 125. – Cass. crim., 16 juin 1971 : Bull. crim. 1971,
n° 192. – Cass. crim., 22 mai 1973 : Bull. crim. 1973, n° 230. – Cass. crim., 23 janv. 1975 : Bull. crim. 1975, n° 30.
– V. également l'argumentation développée par J.-M. Robert, Les personnes physiques pénalement responsables
des infractions commises à l'occasion du fonctionnement des entreprises : JCP CI, 1975, II, 11716). Ces solutions
font apparaître le fondement de la responsabilité pénale des personnes physiques dans l'entreprise, qui repose sur
une présomption d'autorité, le pouvoir institutionnel étant initialement attribué à la personne placée au sommet de
l'organisation que constitue l'entreprise.Cette présomption n'est pas irréfragable. Les chefs d'établissement peuvent
être investis d'un pouvoir qui aura pour conséquence d'attirer sur eux la répression. Ainsi, la Cour de cassation a pu
retenir la responsabilité d'un chef d'établissement en soulignant qu'il était expressément désigné par la disposition
répressive (plus précisément par l'article L. 263-2 du Code du travail) et "avait nécessairement les pouvoirs et le
devoir de faire respecter les obligations" violées (Cass. crim., 5 janv. 1993 : Bull. crim. 1993, n° 6).

9. – Gérants – Bien que la loi distingue le chef d'entreprise des gérants (C. trav., art. L. 4741-7), il y a lieu de faire
exception à cette règle pour certains d'entre eux qui, tout en étant des salariés, n'en sont pas moins dotés d'une
indépendance et de larges pouvoirs de direction sur le personnel qu'ils emploient et doivent, à ce titre, être
considérés comme des chefs d'établissement (C. trav., art. L. 7321-1 et s. – V. Fasc. 4-5).

10. – Exclusions – La responsabilité pénale résultant des manquements à la législation du travail ne saurait peser
sur des personnes qui ne sont pas visées par les textes d'incrimination. Ainsi, le président d'une société propriétaire
de l'immeuble dans lequel est installée une entreprise ne peut se voir imputer l'infraction aux règles de sécurité
dont un salarié de son locataire a été victime au seul motif que l'entretien du monte-charge défectueux qui fut à
l'origine de l'accident, lui incombait contractuellement. En revanche, la chambre criminelle approuve la cour d'appel
de l'avoir condamné en même temps que le chef d'entreprise pour blessures par imprudence, l'inexécution de son
obligation contractuelle ayant contribué à provoquer le dommage (Cass. crim., 3 juin 1966 : JCP G 1967, II, 14947,
note J. Combaldieu).La même solution a prévalu dans une espèce où la personne mise en cause, propriétaire du
terrain sur lequel s'effectuaient les travaux, était liée, cette fois par un contrat de louage d'ouvrage, à l'employeur
responsable de la violation des dispositions du Code du travail. Mais des mesures de sécurité particulières ayant
été prescrites par arrêté municipal, l'arrêt précise en outre que le propriétaire du terrain ne pouvait être condamné
en vertu de l'article R. 26, 15° du Code pénal (ancien) sans qu'il soit vérifié au préalable que les entrepreneurs
étaient ses préposés (Cass. crim., 22 févr. 1966 : Bull. crim. 1966, n° 32).

11. – Concomitance de la qualité et de la responsabilité – Le dirigeant responsable sera celui en fonction au


moment où l'infraction est commise. En conséquence, il n'est pas possible de reprocher à un dirigeant des
manquements commis dans l'entreprise à un moment où il n'en avait pas encore pris la direction (Cass. crim.,
3 avr. 2013, n° 12-82.551. – Dr. soc. 2013, p. 652, Chron. R. Salomon), ni de lui reprocher des infractions
commises après la cessation de ses fonctions.

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12. – Plan – La responsabilité des dirigeants soulève la question de l'identification de ce responsable ou ces
responsables (1) et de la mesure de l'étendue de sa responsabilité (2).

1° Identification du responsable

a) Responsabilité d'un chef d'entreprise

13. – Méthode d'identification – Pour attribuer la qualité de chef d'entreprise, la chambre criminelle de la Cour de
cassation conjugue deux critères :
• un critère formel consistant à attribuer la qualité de chef d'entreprise à celui qui au regard de la structure
juridique adoptée, est censé en assumer la direction ;
• un critère réel qui, indépendamment de la structure juridique adoptée, désignera la personne qui assume
effectivement la direction et l'organisation de l'entreprise.

L'existence de ce second critère pourrait faire douter de l'utilité du premier. Néanmoins, le critère formel conserve
un rôle préventif important car il désigne clairement les débiteurs de principe des obligations qui sont pénalement
sanctionnées. De surcroît, ce critère est particulièrement efficace lorsqu'il est appliqué à des structures juridiques
que le législateur a modelées et où, en conséquence, sauf cas marginal, les prérogatives de chacun sont
déterminées par la structure juridique adoptée.

1) Critère formel

14. – Pouvoir de principe – La responsabilité repose en principe sur celui qui dispose des pouvoirs les plus
étendus, dans l'ordre interne, pour faire respecter la législation sociale.Dans l'entreprise individuelle, le propriétaire
ou gérant, qui assure la direction effective de l'entreprise assume aussi la responsabilité pénale.Dans les sociétés
régies par le Code de commerce, la désignation d'un responsable dépend de la structure juridique adoptée.

15. – SARL – Dans les SARL, la responsabilité repose sur le gérant qui, selon l'article L. 223-18 du Code de
commerce, est une personne physique assurant la gestion de la société. En présence de plusieurs gérants, la
jurisprudence retient en principe une responsabilité collective, chaque gérant étant considéré comme coauteur de
l'infraction (Cass. crim., 29 janv. 1985 : JCP E 1985, II, 14531, note O. Godard. – Cass. crim., 30 sept. 2003, n° 02-
83.183). Une solution différente peut être retenue si les juges constatent une répartition des pouvoirs entre les
différents gérants (Cass. crim., 19 janv. 1993, n° 92-801.57. – Cass. crim., 25 sept. 1991, n° 89-86.910).

16. – SA à conseil d'administration – La responsabilité repose en principe sur le président-directeur-général de la


société. Cependant, il est possible de distinguer les fonctions de président du conseil d'administration et de
directeur général. Cette solution peut être à l'origine d'une hésitation quant à l'imputation de la responsabilité
pénale à l'un ou l'autre de ces dirigeants.Le président du conseil d'administration a en principe pour mission, selon
l'article L. 225-51 du Code de commerce d'organiser et de diriger les travaux du conseil d'administration, de veiller
au bon fonctionnement des organes de la société et de s'assurer que les administrateurs sont en mesure de remplir
leur mission.La direction générale de la société est distinguée de cette fonction. Selon l'article L. 225-51-1 du Code
de commerce, la responsabilité de la direction générale de la société incombe soit au président du conseil
d'administration soit à une autre personne physique nommée par le conseil d'administration et portant le titre de
directeur général.C'est au conseil d'administration de choisir celui qui exercera le pouvoir dans l'entreprise. La
personne ainsi désignée sera considérée comme responsable de principe au sein de l'entreprise (C. com.,
art. L. 225-51-1. – V. Cass. crim., 27 avr. 2004, n° 03-86.668, où la responsabilité est imputée à un prévenu ayant
reconnu « assurer les fonctions de directeur général de la société et à ce titre assumer pleinement toutes les
responsabilités de la marche de l'entreprise »).En conséquence, le juge saisi ne saurait retenir cumulativement la
responsabilité du président et du directeur général d'une société « en omettant de vérifier dans les statuts de la
société l'éventuelle répartition des pouvoirs entre les dirigeants et, de rechercher, pour justifier leur condamnation

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conjointe, la part personnelle exacte qu'aurait prise chacun d'eux dans la commission de l'infraction » (Cass. crim.,
23 nov. 2010, n° 10-82.057).Le texte impose la désignation d'un responsable pour la direction, mais en pratique
des cas peuvent encore se présenter où les pouvoirs sont également répartis entre un président et un directeur. En
ce cas, le juge a pu retenir une responsabilité conjointe (Cass. crim., 13 nov. 2002, n° 01-86.677).

17. – Directeur général – La désignation d'un responsable peut devenir plus délicate lorsque les statuts
n'organisent pas la répartition des pouvoirs entre le président du conseil d'administration et le directeur général.
Depuis la loi n° 2001-420 du 15 mai 2001(JO 16 mai 2001, p. 7776), la désignation d'un directeur général, puisqu'il
assume le pouvoir exécutif de l'entreprise suffit à faire reposer sur lui la responsabilité pénale (V. A. Couret, La loi
sur les nouvelles régulations économiques. La régulation du pouvoir dans l'entreprise : JCP G 2001, I, 339,
spécialement n° 40 pour qui le directeur général "engage sa responsabilité pénale [...] en sa qualité de chef
d'entreprise"). C'est une rupture importante par rapport à la jurisprudence antérieure qui faisait reposer la
responsabilité de principe sur le président du conseil d'administration (Cass. crim., 17 oct. 2000 : Bull. crim. 2000,
n° 300 ; JCP E 2001, II, p. 904, note J.-H. Robert. – Cass. crim., 23 juill. 1996 : JCP E 1997, n° 909, note J.-H.
Robert. – Adde Cass. crim., 30 mars 1999, n° 98-81.433, où les juges retiennent la responsabilité du directeur
général qui était spécifiquement chargé du respect des règles de sécurité dans l'entreprise). La solution était
justifiée car la mission du directeur général ne consistait en principe, avant la réforme de 2001, qu'à assister le
président. Certains arrêts avaient néanmoins retenu la responsabilité du directeur général en se fondant de
manière contestable sur son pouvoir de représentation de l'entreprise à l'égard des tiers (Cass. crim., 6 mai 1998 :
RJDA 1998, n° 1169).Il est cependant toujours envisageable, bien qu'à notre sens peu probable, de faire reposer la
responsabilité sur le président du conseil d'administration. Cela suppose que les juges considèrent que
l'organisation et le suivi des travaux du conseil participent de la direction générale de l'entreprise.

18. – SA à directoire et conseil de surveillance – Lorsqu'il s'agit d'une société anonyme composée d'un
directoire et d'un conseil de surveillance, la responsabilité devrait reposer sur le directoire pris dans son ensemble
puisqu'il dispose, aux termes de l'article L. 225-64 du Code de commerce"des pouvoirs les plus étendus pour agir
en toutes circonstances au nom de la société" (adde C. com., art. L. 225-58 : "la société anonyme est dirigée par
un directoire...". – V. également en ce sens N. Catala, L'entreprise. Traité du droit du travail : Dalloz, 1980, p. 438. –
J.-H. Robert, Les personnes physiques pénalement responsables des infractions commises à l'occasion du
fonctionnement des entreprises : JCP CI 1975, II, 11716). Le président du directoire ne dispose pas, dans l'ordre
interne, d'une prééminence particulière. La direction de l'entreprise est, par nature collégiale, le président n'est
qu'un primus inter pares. Il ne devrait pas, à suivre les textes, être désigné comme chef d'entreprise pénalement
responsable.Une solution différente peut néanmoins être retenue lorsque la société composée dispose d'un capital
inférieur à 150 000 euros. En ce cas, les fonctions dévolues au directoire peuvent être exercées par une seule
personne (C. com., art. L. 225-58, al. 2) qui répondra en principe des infractions pénales commises dans
l'entreprise.La responsabilité du conseil de surveillance ne peut être retenue que si ses membres ont agi comme
complices, parfois comme coauteur, de l'infraction qu'ils auraient couverte ou autorisée.La Cour de cassation ne
retient pas cette interprétation du Code de commerce et se refuse à retenir la responsabilité collective des
membres du directoire. Elle assimile son président au chef d'entreprise pénalement responsable (Cass. crim.,
9 oct. 1984 : JCP E 1985, II, 14495, note G. Vachet. – Adde. impl. Cass. crim., 14 oct. 2003 : Bull. crim. 2003,
n° 190) : "le président du directoire est responsable pénalement en tant que chef d'entreprise, auquel il appartient
de veiller au respect de la législation" (Cass. crim., 21 juin 2000 : JCP G 2001, I, 326, n° 7, obs. J.-J. Caussain et A.
Viandier ; JCP G 2001, I, 289, n° 8, obs. J.-H. Robert).Toutefois, ici encore, il pourrait en aller autrement, s'il existait
une spécialisation des fonctions au sein du directoire, attribuant la gestion sociale de l'entreprise à l'un de ses
membres (en ce sens, A. Cœuret, Pouvoir et responsabilité en droit pénal social : Dr. soc. 1975, p. 396). On peut
également se demander si la Cour de cassation ne devrait pas retenir une solution différente dans l'hypothèse où,
en application de l'article L. 225-66 alinéa 2 du Code de commerce, les statuts ont habilité plusieurs directeurs
généraux pour représenter la société.

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19. – Sociétés par actions simplifiées. – Ces sociétés se caractérisent par une liberté dans l'organisation de leur
gestion interne, puisque l'article L. 227-5 du Code de commerce dispose que « les statuts fixent les conditions dans
lesquelles la société est dirigée » qui tranche avec les règles de représentations externes où la loi impose une
représentation de principe par le président, sauf stipulation statutaire au profit de directeurs généraux ou directeurs
généraux délégués (C. com., art. L. 227-6 : « La société est représentée à l'égard des tiers par un président
désigné dans les conditions prévues par les statuts. Le président est investi des pouvoirs les plus étendus pour agir
en toutes circonstances au nom de la société dans la limite de l'objet social »). Il est théoriquement concevable que
le président n'ait pas un pouvoir de direction particulier sinon celui de représenter par principe la société vis-à-vis
des tiers. Il paraît donc nécessaire, pour décider de l'imputation de principe de la responsabilité pénale, de
s'assurer de l'organisation statutaire des pouvoirs. Bien qu'un tel raisonnement soit fréquemment adopté (V. supra
n° 16 ). cette responsabilité ne devrait pas viser le président au seul motif qu'il est légalement désigné pour
représenter la société vis-à-vis des tiers.En cas d'imprécision des statuts s'agissant des pouvoirs, la responsabilité
du président de la SAS risque fort d'être retenue. En effet, l'article L. 227-1 al. 3 du Code de commerce prévoit que
l'exercice des attributions de direction de l'entreprise revient au président en l'absence de disposition spécifique.
Par ailleurs, il est concevable de tirer argument de l'article L. 227-8 du Code de commerce pour attirer à lui une
telle responsabilité. Ce texte prévoit en effet que « les règles fixant la responsabilité des membres du conseil
d'administration et du directoire des sociétés anonymes sont applicables au président et aux dirigeants de la
société par actions simplifiée » – ce qui pourrait conduire à appliquer dans la société par actions simplifiée les
solutions appliquées aux présidents des sociétés anonymes. Une partie de la doctrine paraît en ce sens (JCl.
Commercial, Fasc. 1534, § .40, par H. Azarian ; H. Aubry, La responsabilité des dirigeants dans la société par
actions simplifiée : Rev. Société, 2005, p. 793).La Cour de cassation statuant sur la répartition des responsabilités
a pu retenir celle d'un directeur général en constatant que la direction « était en réalité assurée par » lui (Cass.
crim., 11 juin 2013, n° 12-84.499).La situation est différente, et a priori plus simple, lorsque la société ne comporte
qu'un associé unique. Ce dernier cas est prévu par l'article L. 227-1 du Code de commerce qui dispose que
« l'associé unique exerce les pouvoirs dévolus aux associés lorsque le présent chapitre prévoit une prise de
décision collective »..L'article L. 227-7 du Code de commerce prévoit spécifiquement l'hypothèse où une personne
morale est nommée « président ou gérant » de la société par actions simplifiée. En ce cas, les responsabilités
« civiles et pénales » incombent aux « dirigeants de ladite personne morale » comme « s'ils étaient président ou
dirigeant en leur nom propre, sans préjudice de la responsabilité solidaire de la personne morale qu'ils dirigent ».

20. – Sociétés en commandite par actions – Dans les sociétés en commandite par actions, la responsabilité
repose sur le gérant ou les gérants qui dirigent la société au quotidien et disposent "des pouvoirs les plus étendus
pour agir en toutes circonstances au nom de la société" (C. com., art. L. 226-7). Un problème peut néanmoins
surgir lorsque cette gérance est assurée par une personne morale. En ce cas, il est possible de rechercher
cumulativement ou alternativement la responsabilité du dirigeant ou celle de la société elle-même, en tant que
personne morale.

21. – Sociétés en nom collectif – Dans les sociétés en nom collectif, la responsabilité repose sur le ou les
gérant(s) désignés conformément aux statuts (leurs pouvoirs, C. com., art. L. 221-4). Cependant il est possible que
les statuts n'aient pas prévu la nomination de gérant, dans ces conditions c'est l'ensemble des associés qui ont la
qualité de gérant (en principe tous les associés sont gérants sauf stipulation contraire des statuts – C. com.,
art. L. 221-3). La responsabilité pénale suit cette qualité.

22. – Sociétés en commandite simple – La responsabilité est imputée, dans les sociétés en commandite simple
de la même manière que dans les sociétés en nom collectif : les commandités y jouent un rôle identique à celui des
associés.

23. – Groupement d'intérêt économique – Dans les groupements d'intérêt économique, l'article L. 251-11 du
Code de commerce impose la désignation d'un ou de plusieurs administrateurs qui peuvent être des personnes
physiques ou des personnes morales. Il dispose que " le ou les administrateurs du groupement, et le représentant

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permanent de la personne morale nommée administrateur sont responsables individuellement ou solidairement,


selon le cas, envers le groupement ou envers les tiers, des infractions aux dispositions législatives et
réglementaires applicables aux groupements, de la violation des statuts du groupement ainsi que de leurs fautes de
gestion". En pratique, les pouvoirs réels des administrateurs dépendent du contrat de groupement : c'est donc en
fonction de ce contrat que leur responsabilité éventuelle pourra être recherchée. Les parties sont libres d'organiser
la direction du groupement, ils peuvent ainsi désigner un président en qualité d'organe exécutif, ce qui aura pour
conséquence d'attirer sur ce dernier la responsabilité pénale (V. Cass. crim., 27 janv. 1986 : Rev. sociétés 1986,
p. 273, note B. Bouloc ; RTD com. 1987, p. 541, obs. E. Alfandari et M. Jeantin).

24. – Associations – La détermination du responsable de principe concerne également les associations qui,
lorsqu'elles emploient un personnel salarié, sont à considérer comme des entreprises au regard du droit du travail.
Leur caractère laïque, religieux, coopératif, d'enseignement professionnel ou de bienfaisance importe peu (Cass.
crim., 14 janv. 2003, n° 01-87.300 : JurisData n° 2003-017561 ; Bull. crim. 2003, n° 8). Quelle que soit l'étendue
des pouvoirs qui lui ont été confiés par le conseil d'administration de l'association, c'est le président de celle-ci qui
assume la responsabilité des infractions à la législation sociale (Cass. crim., 5 déc. 1989 : Bull. crim. 1989, n° 467.
– Cass. crim., 18 janv. 1967 : Bull. crim. 1967, n° 29. – V. également, CA Paris, 11e ch. corr., 8 oct. 1990 :
JurisData n° 1990-025760).

25. – Syndicats – Dans les syndicats, il s'agira des directeurs ou des administrateurs chargés de la gestion interne
du groupement.

2) Critère réel

26. – Coordination avec le critère formel – Le critère réel est utilisé lorsque le critère formel est soit inutilisable
parce que fait défaut la structure juridique qui est son support, soit inadapté, parce que, si la structure juridique
existe, elle ne désigne pas le véritable responsable.

27. – Aménagement des pouvoirs – Dans les sociétés où la responsabilité pénale est susceptible de reposer sur
plusieurs personnes (les gérants de SARL, des sociétés en commandite par actions, des sociétés en nom
collectif...) les juges doivent tenir compte de la répartition des attributions que ces dirigeants ont pu opérer entre
eux. Celui qui, au terme de cet aménagement conventionnel, avait en charge l'activité qui a généré l'infraction
concentrera sur lui la responsabilité pénale (Cass. crim., 19 janv. 1993, n° 92.80-157).

28. – Dirigeant de fait – En droit pénal, l'impuissant n'est pas condamnable. Il serait particulièrement injuste
qu'une personne soit condamnée pour une décision (ou une absence de décision) qu'elle n'a pas le pouvoir de
prendre. La Cour de cassation approuve les juges ayant condamné un dirigeant de SARL qui s'il n'était pas le
dirigeant de droit n'en était pas moins le dirigeant de fait de la société (Cass. crim., 11 janv. 1972 : Bull. crim. 1972,
n° 14).La responsabilité frappe celui qui, au sein de l'entreprise, assume les prérogatives d'un chef d'entreprise, ce
qui comprend la gestion de celle-ci, mais aussi l'exercice vis-à-vis des salariés de prérogatives appartenant à
l'employeur notamment la direction, la surveillance de l'accomplissement du travail (Cass. crim., 11 juin 1994 : RJS
1994, n° 1029. – Cass. crim., 13 juin 2006, n° 05-83.261 – Cass. crim., 12 mai 2009, n° 08-85.047. – Cass. crim.,
10 nov. 2009, n° 09-820368 ; Bull. crim. 2009, n° 189, où le dirigeant a admis sa qualité. – Cass. crim., 11 déc.
2012, n° 11-88.643) et l'embauche des salariés (Cass. crim., 12 sept. 2000 : Bull. crim. 2000, n° 268 ; RJS 2000,
n° 554. – Cass. crim., 1er juill. 1997 : Bull. crim. 1997, n° 262). Un salarié de l'entreprise peut parfaitement être
désigné comme dirigeant de fait lorsque les juges constatent que les gérants de droit n'avaient qu'une fonction
administrative et qu'il dirigeait l'accomplissement du travail (Cass. crim., 23 nov. 2004 : JurisData n° 2004-026043 ;
JCP G 2005, IV, 1122 ; RJS 2005, n° 459. – V. aussi Cass. crim., 10 mars 1998 : Bull. crim. 1998, n° 94).Il est
possible de rapprocher la situation du dirigeant de fait de celle du chef d'entreprise ayant perdu, par l'effet du droit,
ses pouvoirs. Ainsi, l'employeur dont l'entreprise est en redressement judiciaire et qui est dessaisi de ses fonctions
peut voir sa responsabilité engagée lorsqu'il continue, en fait et sans l'autorisation de l'administrateur judiciaire
normalement compétent, à diriger un chantier (Cass. crim., 12 juin 1996, n° 94-85.598 : JurisData n° 1996-003444 ;

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RJS 1997, n° 551).La responsabilité du dirigeant de fait se cumule parfois avec celle du dirigeant de droit (Cass.
crim., 12 mai 2009, n° 08-87.418 : JurisData n° 2009-048280).

29. – Société créée de fait – Le critère formel est inefficace lorsque n'existe pas de structure juridique apparente
où il pourrait trouver à s'appliquer. Tel est le cas lorsque le juge doit déterminer les responsabilités au sein d'une
société créée de fait. En effet, la société créée de fait est une société qui s'ignore, les personnes en présence s'y
comportent comme de véritables associés, même s'ils n'en ont pas pleinement conscience. Les juges imputent la
responsabilité sur celui qui, sans en avoir le titre, exerce le pouvoir de direction.Cette inconscience mène parfois
des dirigeants qui s'ignorent à des prises de conscience douloureuses. Dans une affaire où trois frères menaient
une activité de forage, deux d'entre eux s'électrocutent (l'engin de forage heurtant des câbles à haute tension). La
Cour de cassation approuve les juges d'avoir engagé : "la responsabilité du “chef de fait de l'entreprise”... dès lors
que travaillant avec la victime et son frère dans une société de fait où il assurait la direction technique des
opérations (il avait lors d'une visite préalable déterminé la position du forage) et paraissait en être le gérant... c'est à
lui qu'eut appartenu alors de prendre toutes les précautions et de donner toutes les instructions nécessaires pour
éviter l'accident, et en particulier de respecter.... (le) décret du 8 janvier 1965" (Cass. crim., 16 mars 1971 : Bull.
crim. 1971, n° 88 ; Rev. sc. crim. 1971, p. 944, obs. Levasseur).Cette dernière décision est à rapprocher d'un arrêt
approuvant une cour d'appel d'avoir déclaré établie à la charge d'un chef d'entreprise la prévention d'infraction aux
règles relatives à la sécurité du travail, après avoir requalifié en contrat de travail les prétendues conventions de
sous-traitance qui le liait à des ouvriers et aux termes desquelles ils étaient responsables de leur propre sécurité
(Cass. crim., 29 oct. 1985 : Bull. crim. 1985, n° 335).Parfois les juges sont amenés à attribuer la qualité de chef
d'entreprise à des personnes que leur statut ne désignait pas a priori comme telles. La chambre criminelle a jugé
bien fondée la condamnation prononcée contre un abbé qui avait employé dans des conditions contraires aux
prescriptions de sécurité trois personnes qui se trouvaient à son égard dans un état de dépendance économique et
de subordination juridique caractérisant l'existence de contrats de travail et, partant, sa qualité de chef d'entreprise
(Cass. crim., 27 sept. 1989 : Bull. crim. 1989, n° 322 ; Gaz. Pal. 1990, 1, p. 102, note J.-P.D. ; Rev. sc. crim. 1990,
p. 362, obs. A. Lyon-Caen. – Cass. crim., 14 janv. 2003 : Bull. crim. 2003, n° 8. – Pour une solution inverse à partir
de circonstances de fait assez proches mais dans lesquelles la victime était régulièrement inscrite au registre des
métiers et ne relevait donc pas des dispositions du Code du travail, V. Cass. crim., 14 nov. 1989, n° 87-81.621).

b) Responsabilités de plusieurs chefs d'entreprise

30. – Répartition ou cumul de responsabilités – C'est à l'occasion d'activités qui rapprochent plusieurs décideurs
et qui sont porteuses d'une forte charge répressive que se pose la question de la responsabilité des décideurs et
non de celle du décideur. Bien souvent, tout en annonçant le principe d'une responsabilité concentrée sur l'un
d'eux, la jurisprudence a, en fait, tendance à retenir la culpabilité de l'ensemble des décideurs ayant participé à
l'activité ayant donné lieu à l'infraction.

1) Travail en commun

31. – Principes généraux. – Identification d'un responsable – Lorsque plusieurs entreprises se trouvent liées
par une activité menée en commun, la jurisprudence considère que « la responsabilité repose sur le chef
d'entreprise dont le personnel a été victime de l'infraction » (Cass. crim., 2 févr. 1966 : Bull. crim. 1966, n° 32. –
Cass. crim., 7 déc. 2010, n° 10-80.361), ce dernier étant responsable, à leur égard, de la bonne application de la
législation.Par son extrême généralité, cette formule ne rend pas parfaitement compte de la jurisprudence. Le
responsable est l'employeur auquel incombait le respect de la ou des prescriptions violées ; cette charge pouvant
reposer sur un texte, une disposition contractuelle, ou résulter des faits.La loi peut mettre à la charge de l'un des
intervenants une obligation dont l'inexécution peut engager sa responsabilité pénale.

32. – Entreprise contractuellement chargée de la sécurité – Parfois, une entreprise prend contractuellement à
sa charge la sécurité. C'est à elle qu'incombent, dans la limite des termes du contrat, l'obligation et la responsabilité
afférente en matière de sécurité. Le cas se présente dans le domaine des travaux publics où l'entreprise de gros

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œuvre titulaire du lot le plus important prend en charge l'obligation d'assurer la sécurité commune des intervenants
sur le chantier (Cass. crim., 28 oct. 1969 : Bull. crim. 1969, n° 269. – Cass. crim., 13 mars 1990 : JCP E 1990, II,
130, note O. Godard. – Cass. crim., 5 oct. 1993 : RJS 1994, n° 156). Ce transfert de responsabilité pénale est
subordonné à l'existence de stipulations contractuelles précises. Ne satisfait pas cette condition le cahier des
prescriptions générales concernant le chantier en cause aux termes duquel une autre entreprise, chargée du gros
œuvre, devait installer tous les dispositifs de protection nécessaires et veiller à leur conservation, alors que
l'employeur de la victime demeurait tenu de son côté de veiller à la mise en place des dispositifs de sécurité
réglementaire avant l'intervention de ses propres salariés et qu'au surplus il avait constaté lui-même l'absence des
protections requises, préalablement à l'accident (Cass. crim., 17 nov. 1987 : Bull. crim. 1987, n° 416).

33. – Direction de fait – L'obligation est susceptible de reposer sur celui qui, dans les faits, assume la direction
effective du travail en assurant, notamment, la surveillance du personnel (Cass. crim., 18 janv. 1973 : Bull. crim.
1973, n° 25), ou en fournissant le matériel de sécurité non conforme (Cass. crim., 16 sept. 1997, n° 96-82.618 :
RJS 1998, n° 47). Tel peut être le cas d'une entreprise principale qui assure la surveillance de l'ensemble du
personnel d'un sous-traitant (Cass. crim., 7 sept. 1999, n° 98-86.051 : Dr. ouvrier 2000, p. 312). De même,
lorsqu'un prétendu contrat de sous-traitance est en réalité une opération illicite de prêt de main-d'œuvre à but
lucratif, c'est l'entreprise utilisatrice qui est responsable des infractions dont sont victimes les salariés placés sous
son autorité (Cass. crim., 14 févr. 1989 : Bull. crim. 1989, n° 75 ; Rev. sc. crim. 1989, p. 364).

34. – Identification de plusieurs responsables – Si la jurisprudence décide que la responsabilité pour les
infractions aux règles d'hygiène et de sécurité peut valablement reposer sur une personne autre que l'employeur de
la victime, elle est difficilement prête à le faire lorsqu'un accident, lié ou non à l'infraction précédente, a blessé ou
tué un salarié. La responsabilité pénale pour homicide ou blessures involontaire sera encourue par toute personne
ayant commis une faute liée au dommage.Par exemple, un chef de chantier de l'entreprise à laquelle appartenait la
victime a pu être déclaré responsable de la chute d'un ouvrier dans une cage d'ascenseur due à une absence
d'éclairage et de protection alors même qu'il alléguait, que d'après le cahier des charges l'obligation de surveillance
générale de la sécurité pendant toute la durée des travaux, y compris ceux des corps de métiers autres que le gros
œuvre, incombait à la société chargée de l'entreprise générale. Sa responsabilité est néanmoins retenue au motif
qu'il aurait dû prendre la précaution de vérifier attentivement l'état du dispositif de sécurité que l'autre entreprise
était chargée de mettre en place (Cass. crim., 27 janv. 1971 : Rev. sc. crim. 1971, p. 942, note Levasseur).

35. – Conditions – Alors même que contractuellement l'employeur n'est pas chargé du respect des règles de
sécurité, il est jurisprudentiellement tenu de vérifier que les dispositifs ont été effectivement mis en place pour ses
salariés. La jurisprudence réitère régulièrement cette position (Cass. crim., 13 mars 1990 : JCP E 1991, II, 130,
obs. O. Godard. – Cass. crim., 13 juin 1991 : Dr. ouvrier 1991, p. 472, note Alvarez-Pujana). Dans ces cas, c'est la
responsabilité des décideurs d'entreprises secondaires qui est adjointe à celle des dirigeants de l'entreprise
principale. Le cas de figure inverse se produit également. Ainsi, le chef d'une entreprise principale doit être déclaré
responsable pour homicide ou blessures involontaires du fait de ses propres négligences, alors même qu'en
l'espèce, l'obligation de veiller au respect des prescriptions en matière d'hygiène et de sécurité incombait au sous-
entrepreneur (Cass. crim., 31 mai 1976 : Bull. crim. 1976, n° 191). Il sera encore responsable s'il s'est immiscé
dans la direction des activités d'un sous-entrepreneur sans s'être assuré de la réunion de toutes les conditions de
sécurité (Cass. crim., 24 janv. 1989 : RJS 1989, p. 114, note D. Guirimand).La mise à disposition d'un salarié au
service d'une autre société ne suffit pas à décharger son employeur "de l'obligation de veiller personnellement à sa
sécurité" (Cass. crim., 16 sept. 1997 : Bull. crim. 1997, n° 299).

36. – Dispositions particulières – Partage de l'obligation de sécurité – En raison de leur particularisme,


certaines hypothèses de travail en commun nécessitent un partage a priori de l'obligation d'assurer la sécurité des
salariés entre les chefs des différentes entreprises concernées.

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37. – Intervention d'une entreprise extérieure – Lorsqu'une entreprise intervient dans les locaux d'une autre, il
en résulte un cumul de leurs risques respectifs. Afin d'y parer, le législateur a édicté des règles, visant à instaurer
une collaboration des entrepreneurs (C. trav., art. R. 4511-1 et s. ; anc. art. R. 237-1 à R. 237-4). Le non-respect de
ces prescriptions est susceptible d'entraîner la responsabilité pénale d'un des chefs d'entreprise ou des deux, selon
les cas, lorsqu'un accident, à l'origine de blessures ou d'un décès, s'est produit (Cass. crim., 25 juin 1985, deux
arrêts : JCP G 1985, IV, p. 309 ; Bull. crim. 1985, n° 249. – Cass. crim., 21 janv. et 7 oct. 1986 : Bull. crim. 1986,
n° 273 ; JCP E 1987, II, 14869, note O. Godard. – Cass. crim., 27 mai 1991 : JurisData n° 1991-002438. – Cass.
crim., 24 nov. 1992 : JurisData n° 1992-003276. – Cass. crim., 28 oct. 2003 : JurisData n° 2003-021188. – Cass.
crim., 18 janv. 2005, n° 04-81.514. – Cass. crim., 12 avr. 2005, n° 04-82717 : JurisData n° 2005-028309. – V.
Travail Traité, Fasc. 20-16).

38. – Conditions – La Cour de cassation décide que les dispositions spéciales ne trouvent à s'appliquer que
lorsque les activités des entreprises interfèrent (Cass. crim., 7 oct. 1986 : JCP E 1987, II, 14869, note O. Godard). Il
faut, aux termes de l'article R. 4511-4 du Code du travail, que les entreprises concourent "à un même
objectif".L'ampleur des travaux est un des critères pris en compte. Le dispositif des articles R. 4511-1 et suivant
du Code du travail, issu du décret n° 92-158 du 20 février 1992 est inapplicable à des opérations exécutées par des
entreprises extérieures, mais ne dépassant pas le niveau de simples travaux périodiques d'entretien (Cass. crim.,
25 juin 1985 : Bull. crim. 1985, n° 249, 2e esp. – D. Guirimand, Le chef d'entreprise et l'obligation de sécurité : RJS
1989, p. 115).Un critère temporel peut également être retenu : une interférence des activités suppose
généralement, mais pas nécessairement, des horaires de travail identiques.L'organisation spatiale des activités
est, enfin, prise en compte. L'interférence peut être écartée lorsque les lieux de travail sont séparés pendant la
durée de l'intervention de l'entreprise extérieure. L'article R. 4511-3 du Code du travail prévoit que les dispositions
spéciales de coordination ne s'appliquent pas aux interventions ayant lieu dans les « chantiers clos et
indépendants » (Cass. crim., 18 mai 2004, n° 03-85.882, où les juges relèvent l'absence de chantier clos et
indépendant). Selon la circulaire DRT 93-14, « il s'agit de chantiers ne comportant pas de risques liés à
l'interférence entre les activités, installations, matériels des différentes entreprises concernées et de l'entreprise
utilisatrice.Il s'agira le plus souvent de chantiers dans l'enceinte de l'entreprise utilisatrice matériellement isolés de
celle-ci qui pourront être considérés comme des chantiers indépendants par exemple en l'absence de tous risques
liés à l'interférence entre la circulation des salariés de l'entreprise utilisatrice et celle des salariés du chantier, de
toute interférence pouvant résulter de risques d'origine chimique, et de toutes interférences d'installations et
matériels (par exemple : installations électriques, fluides) » (circ. p. 3).

39. – Obligations de l'entreprise utilisatrice – Le Code du travail prévoit que l'entreprise utilisatrice assure la
coordination générale des mesures de prévention qu'il prend et de celles que prennent l'ensemble des chefs des
entreprises extérieures intervenant dans son établissement (C. trav., art. R. 4511-5). Il est à ce titre notamment
tenu d'informer les intervenants sur les risques graves concernant les travailleurs de cette entreprise, même s'il
estime que la cause du danger est exclusivement le fait de cette entreprise, afin que les mesures de prévention
nécessaires puissent être prises par l'employeur intéressé.Il est tenu de les informer de la présence éventuelle
d'amiante dans les locaux (C. trav., art. R. 4511-8) et de communiquer aux dirigeants des entreprises
intervenantes, avant le début des opérations, ses consignes de sécurité (C. trav., art. R. 4512-4).Lors de la visite
d'inspection préalable au début de l'activité, il devra délimiter le secteur de l'intervention des entreprises
extérieures, matérialiser les zones de ce secteur qui peuvent présenter des dangers pour les travailleurs, indiquer
les voies de circulation que pourront emprunter ces travailleurs ainsi que les véhicules et engins de toute nature
appartenant aux entreprises extérieures et définir les voies d'accès de ces travailleurs aux locaux et installations à
l'usage des entreprises extérieures (C. trav., art. R. 4512-3).

40. – Obligations des entreprises intervenantes – Il appartient à chaque chef d'entreprise intervenant d'assurer
l'application des mesures de prévention nécessaires à la protection des travailleurs qu'il emploie (C. trav.,
art. R.4511-6). Il pourra donc être déclaré responsable d'un accident, peu important que le chef de l'entreprise
utilisatrice ait manqué à son obligation d'établir un plan de prévention des risques (Cass. crim., 6 déc. 2011, n° 10-

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87.686).De surcroît, le chef de l'entreprise extérieure est spécialement tenu d'informer l'entreprise utilisatrice (C.
trav., art. R. 4511-10) :
1° de la date de leur arrivée et la durée prévisible de l'intervention ;
2° du nombre prévisible de travailleurs affectés ;
3° du nom et de la qualification de la personne chargée de diriger l'intervention ;
4° des noms et références des sous-traitants, le plus tôt possible et en tout état de cause avant le début
des travaux dévolus à ceux-ci ;
5° des travaux qui sont sous-traités.

Lorsque de nouveaux travailleurs sont affectés à l'exécution des travaux en cours d'opération, le chef de
l'entreprise extérieure en informe le chef de l'entreprise utilisatrice (C. trav., art. R. 4513-6).Il devra également
informer les salariés qu'il détache dans l'entreprise utilisatrice des dangers spécifiques auxquels ils sont exposés et
des mesures de prévention prises en précisant les zones dangereuses, la manière d'employer les dispositifs de
protection, les voies de circulation (C. trav., art. R. 4512-15).Le chef de l'entreprise utilisatrice sera encore tenu de
s'assurer que ses salariés éventuellement isolés dans l'entreprise d'accueil puissent, en cas d'accident, être
secourus à bref délai (C. trav., art. R. 4512-13).

41. – Obligations de toutes les entreprises – Au titre des obligations communes, susceptibles d'êtres reprochées
aux différentes entreprises utilisatrices et intervenantes, se trouve :
• l'obligation de procéder, préalablement à l'exécution de l'opération, à une inspection commune des lieux de
travail, des installations qui s'y trouvent et des matériels éventuellement mis à disposition des entreprises
extérieures (C. trav., art. R. 4512-2) ;
• l'obligation de se communiquer toutes les informations nécessaires à la prévention des risques (C. trav.,
art. R. 4512-5) ;
• l'obligation d'établir (C. trav., art. R. 4512-6 et s.) et d'appliquer (C. trav., art. R. 4513-1) un plan de
prévention des risques pouvant résulter de l'interférence des activités (Cass. crim., 27 mars 2012, n° 11-
84.078. – Cass. crim., 20 juill. 2011, n° 10-86.705) ;
• l'obligation de participer aux inspections et réunions périodiques décidées par l'entreprise utilisatrice (C.
trav., art. R. 4513-3).

42. – Bâtiment et travaux publics – Des dispositions spécifiques sont prévues pour les opérations de bâtiment et
de génie civil. Pour ces activités génératrices d'accidents du travail, le législateur a prévu des dispositions
conduisant à répartir les responsabilités de certaines obligations entre les diverses entreprises intervenantes, le
maître d'ouvrage et le coordinateur des travaux. Ces obligations, énumérées à l'article L. 4531-1 et suivants du
Code du travail sont, pour certaines d'entre elles pénalement sanctionnées aux articles L. 4744-2 et suivants du
Code du travail.Ainsi, le maître de l'ouvrage est pénalement responsable de la déclaration préalable du chantier
(C. trav., art. L. 4532-1. – C. trav., art. L. 4744-2), de la nomination et des moyens du coordinateur (C. trav.,
art. L. 4532-4 et L. 4532-5 – sanction formulée à l'article L. 4744-4).Il doit veiller à désigner un coordinateur
répondant, selon une formule manquant de précision, « à des conditions définies par décret » (C. trav., art. L. 4744-
4, 2°. – V. C. trav., art. L. 4532-18). Renvoi est ainsi probablement fait aux exigences tenant aux niveaux de
compétences prévues par les articles R. 4532-23 et suivants du Code du travail.Il est également responsable de
l'établissement d'un plan général de coordination (C. trav., art. L. 4532-8. – C. trav., art. L. 4744-4, 3°), de
l'établissement d'un dossier rassemblant les données de nature à faciliter la prévention des risques professionnels
lors d'interventions ultérieures (C. trav., art. L. 4532-16. – C. trav., art. L. 4744-4, 4°).Les obligations relatives aux
installations sanitaires et de voirie (C. trav., art. L. 4532-18 ; C. trav., art. R. 4533-1 et s), qui pèsent également sur
lui, sont plus lourdement sanctionnées que les autres (C. trav., art. L. 4744-3 : 22 500 euros).L'article R. 4533-1

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alinéa 2 du Code du travail, prescrit au seul maître de l'ouvrage (Cass. crim., 8 août 1994 : RJS 1994, n° 1274) la
réalisation d'installations sanitaires (évacuation d'eau, eau potable, électricité...) avant l'ouverture des travaux pour
les opérations représentant un coût supérieur à 760 000 euros. Pour le calcul de ce montant, un maître d'ouvrage
avait cru pouvoir échapper à son obligation en déclarant que les travaux se réalisaient par tranches. La Cour de
cassation précise que pour le calcul de cette somme, c'est le coût total de l'opération (toutes les tranches) qui doit
être pris en compte (Cass. crim., 4 janv. 1994 : Bull. crim. 1994, n° 3). L'obligation s'impose à tout type de travaux
« nécessaires à la réalisation de l'opération de construction », ce qui peut comprendre la phase de destruction d'un
immeuble (Cass. crim., 15 nov. 1994 : Bull. crim. 1994, n° 363, n° 93-81.316).Chacun des entrepreneurs doit
adresser, sauf à s'exposer à sanction, avant le début des travaux, le plan particulier de sécurité et de protection au
coordinateur et au maître d'ouvrage (C. trav., art. L. 4532-9 ; C. trav., art. L. 4744-5, sanction de 9 000 euros portée
à 15000 euros en cas de récidive – la peine complémentaire d'affichage et de publication peut en outre être
prononcée dans les conditions prévues par l'article L. 4741-5 du Code du travail).Des dispositions spéciales
s'imposent également aux travailleurs indépendants et employeurs lorsqu'ils exercent eux-mêmes une activité
sur un chantier de bâtiment ou de génie civil, ils encourent une peine d'amende de 4 500 euros (C. trav.,
art. L. 4744-6) en cas de violation des obligations définies par les articles L. 4311-1 à L. 4311-3, L. 4321-1, L. 4321-
2, L. 4411-1 à L. 4411-6, du 8° de l'article L. 4532-18, l'article L. 4535-1 ainsi que celles résultant des décrets pris
en applications des principes généraux énoncés par l'article L. 4111-6 du Code du travail.

43. – Délégation – Si le maître d'ouvrage, chef d'une entreprise importante peut, en matière d'hygiène et de
sécurité, déléguer ses pouvoirs à un préposé de cette entreprise, il ne saurait en tant que prévenu d'une infraction
aux dispositions des articles L. 4532-1 et L. 4532-18 du Code du travail, faire état du contrat passé avec des
sociétés extérieures en vue de s'exonérer de la responsabilité pénale mise personnellement à sa charge (Cass.
crim., 12 déc. 1989 : Bull. crim., n° 477. – Pour la responsabilité du prestataire de services intervenant sur un
chantier de génie civil en cas de méconnaissance de la règle prévue à l'article L. 4532-2 du Code du travail, V.
Cass. crim., 22 oct. 1986 : Bull. crim. 1986, n° 303).

44. – Coordonnateur – Il appartient au maître d'ouvrage de désigner un coordonnateur dès lors qu'au moins
deux entreprises sont amenées à intervenir sur un chantier (C. trav., art. L. 4532-2).Certaines des conditions
de désignation pourraient laisser penser qu'il est assimilable à un délégataire. En vérité, même si le coordonnateur
apparaît comme le personnage central de la politique de sécurité dans le type de situation visée, sa fonction se
différencie de celle d'un délégataire telle qu'elle ressort de la jurisprudence criminelle en ce qu'il a pour mission non
de faire respecter la réglementation dans un domaine précis, mais de façon beaucoup plus générale, d'arrêter les
mesures adaptées pour harmoniser sur le chantier l'action de toutes les entreprises dans le domaine de la sécurité.
Le Code du travail prévoit expressément que l'intervention du coordonnateur ne modifie pas l'étendue des
responsabilités des autres intervenants (C. trav., art. L. 4532-6). Il convient cependant de réserver l'hypothèse dans
laquelle le coordonnateur serait, par ses agissements, exclusivement à l'origine de l'infraction.

2) Travail temporaire

45. – Répartition des responsabilités – En cette matière, le Code du travail (C. trav., art. L. 1254-1 et s.) opère
une répartition des obligations entre d'une part, l'entrepreneur de travail temporaire et d'autre part, l'utilisateur. Leur
inobservation est sanctionnée par une amende de 3 750 euros (portée à 7 500 euros en cas de récidive) et une
peine de prison de six mois, ou l'une de ces deux peines seulement.

46. – Responsabilité de l'entrepreneur de travail temporaire (C. trav. L. 1254-2) – L'entrepreneur de travail
temporaire est notamment responsable de la conclusion par écrit d'un contrat de travail (contrat de mission) au plus
tard dans les deux jours suivant la mise à disposition (C. trav., art. L. 1251-17).L'omission de certaines mentions
dans ce contrat est pénalement sanctionnée ; est ainsi frappée d'une amende de 3 750 euros l'omission :
• de certaines informations contenues dans le contrat de mise à disposition (mentions indiquées à l'article
L. 1251-43 du Code du travail) ;

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• des modalités de rémunération y compris l'indemnité de précarité.

Une contravention de 3e classe frappera le fait d'omettre, dans ce même contrat, de préciser :
• la qualification professionnelle du salarié ;
• la durée de l'essai éventuellement prévu ;
• le rapatriement du salarié s'il accomplit sa mission hors du territoire métropolitain.

L'entrepreneur de travail temporaire est également responsable s'il méconnaît l'obligation de verser au travailleur
temporaire une rémunération équivalente à celle que percevrait un salarié de l'entreprise utilisatrice à qualification
équivalente pour le même poste de travail (C. trav., art. L. 1251-18 ; C. trav., art. L. 1251-43, 6°).Enfin,
l'entrepreneur de travail temporaire qui a exposé un salarié à des rayonnements ionisants dépassant la valeur
limite annuelle rapportée à la durée du contrat doit, même si cela entraîne un dépassement de la durée maximale
des contrats de mission, proposer un ou plusieurs autres contrats pour une durée telle que l'exposition constatée à
l'expiration de ces nouveaux contrats soit au plus égale à la valeur limite annuelle rapportée à la durée totale des
contrats (C. trav., art. L. 1251-34).

47. – Responsabilité de l'entreprise utilisatrice – Les responsabilités pénales de l'entreprise utilisatrice sont
détaillées aux articles L. 1254-3 et suivants du Code du travail.Elle sera responsable (amende de 3 750 euros, en
cas de récidive le contrevenant risque six mois d'emprisonnement et 7 500 euros d'amende) :
• si le recours au travail temporaire permet de pourvoir durablement un emploi lié à l'activité normale et
permanente de l'entreprise (C. trav., art. L. 1254-3. – Cass. crim., 2 mars 1999, n° 98-80.862, où
l'entreprise de 70 personnes a conclu, en moins d'un an, près de 930 contrats de travail temporaire) ;
• s'il fait appel à des travailleurs temporaires en dehors des cas mentionnés par la loi (C. trav., art. L. 1251-
6), s'il n'indique pas le terme de la mission ou que les durées maximales du contrat sont dépassées (C.
trav., art. L. 1254-4) ;
• si le contrat est conclu pour remplacer un salarié gréviste, placer un salarié sur un poste particulièrement
dangereux ou pour remplacer un médecin du travail (C. trav., art. L. 1251-10 ; C. trav., art. L. 1254-5) ;
• s'il ne respecte pas l'interdiction de faire appel à des travailleurs temporaires pour le motif d'accroissement
temporaire d'activité pendant les six mois qui suivent un licenciement économique (C. trav., art. L. 124-2-7.
– Cass. crim., 27 nov. 2001, n° 00-86.777). Cette interdiction ne s'applique qu'aux postes concernés par le
licenciement. Il est possible de recourir au travail temporaire pour des contrats d'une durée inférieure à
trois mois (renouvellement compris) ou pour une commande exceptionnelle à l'exportation (C. trav.,
art. L. 1251-9 ; C. trav., art. L. 1254-5) ;
• si elle ne respecte pas son obligation de fixer un terme précis au contrat dès la conclusion du contrat de
mise à disposition (C. trav., art. L. 1251-11 ; C. trav., art. L. 1254-6) ou viole les dispositions relatives à la
durée maximale du contrat (C. trav., art. L. 1251-12 ; C. trav., art. L. 1254-7) ou relatives au
renouvellement du contrat (C. trav., art. L. 1251-13 ; C. trav., art. L. 1254-8) ;
• si elle ne respecte pas le délai de carence qui s'impose entre deux contrats conclus pour un même poste
(C. trav., art. L. 1251-36 ; C. trav., art. L. 1254-9) ;
• si elle ne précise pas le montant de la rémunération afférent au poste occupé par le travailleur temporaire
(C. trav., art. L. 1251-43, 6 ; C. trav., art. L. 1254-10, 2°).

L'entreprise utilisatrice est en charge des conditions de travail du salarié. Elle est donc responsable, aux termes de
l'article L. 1251-21 du Code du travail, « pendant la durée de la mission, [...] des conditions d'exécution du travail »
tant du point de vue légal que conventionnel. La notion de « conditions de travail » recouvre exclusivement, aux
termes de cet article, les règles relatives, à la durée du travail, au travail de nuit, au repos hebdomadaire et aux

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jours fériés, à la santé et la sécurité au travail et au travail des femmes, des enfants et des jeunes travailleurs.Il est
également concevable, en cas de complicité, de retenir la responsabilité de l'entrepreneur à l'occasion d'infractions
dont le texte ne vise que l'utilisateur (Cass. crim., 14 déc. 1934 : D. 1935, I, p. 96. – J. Pradel, Travail temporaire et
droit pénal : Dr. soc. 1984, p. 521).

48. – Responsabilité spéciale de l'organisateur de transport collectif – L'article R. 1254-2 du Code du travail
organise une responsabilité spéciale visant « la personne responsable de la gestion des installations ou des
moyens de transports collectifs dans l'entreprise utilisatrice » et la frappant d'une contravention de cinquième
classe si elle empêche un salarié temporaire d'avoir accès, dans les mêmes conditions que les salariés de cette
entreprise, à ces équipements collectifs.

49. – Responsabilité commune légale – L'entrepreneur de travail temporaire et l'entreprise utilisatrice sont
responsables de la rédaction par écrit d'un contrat de mise à disposition dans les deux jours ouvrables suivant la
mise à disposition du salarié (C. trav., art. L. 1251-42 ; C. trav., art. L. 1254-2, 4 ; C. trav., art. 1254-10, 1°).La Cour
de cassation a cependant pu retenir la responsabilité de la seule entreprise utilisatrice ayant fourni des informations
volontairement inexactes lors de la conclusion du contrat de mise à disposition. En l'espèce, une entreprise avait,
par glissement interne, remplacé un salarié autre que celui effectivement absent. En ce cas, le contrat doit préciser
« les modalités de ce remplacement et mentionner le nom et la qualification du salarié absent » ; le fait d'indiquer
un autre nom constitue une violation de l'article L. 1251-43, 1° du Code du travail(Cass. crim., 9 oct. 1995 : JCP E
1996, I, 549, obs. O. Godard ; Bull. crim. 1995, n° 298). Cette solution prête à discussion, car la seule obligation
pénalement sanctionnée est le défaut total d'établissement du contrat dans le délai de deux jours. Par ailleurs, le
législateur le précise expressément lorsqu'il entend sanctionner pénalement certaines clauses du contrat (pour le
contrat de mise à disposition, il est spécialement prévu la répression du défaut d'indication du salaire normalement
afférent dans l'entreprise utilisatrice au poste occupé par le travailleur, cf. C. trav., art. L. 1254-10, 2°).

50. – Responsabilité commune jurisprudentielle – La chambre criminelle a pu retenir la responsabilité du


prêteur de main-d'œuvre et de l'utilisateur de celle-ci en cas de prêt conduisant à pourvoir un emploi lié à l'activité
normale et permanente de l'entreprise.En ce cas, normalement spécifiquement sanctionné par l'article L. 1254-3 du
Code de commerce, la chambre criminelle a pu considérer que les entreprises pouvaient être sanctionnées au titre
des qualifications de marchandage et de prêt de main-d'œuvre illicite (Cass. crim., 13 nov. 2012, n° 10-80.862 :
JurisData n° 2012-028221 ; Dr. soc. 2013, p. 142, chron. R. Salomon et A. Martinel). Cette solution s'explique par
le contexte particulier dans laquelle elle a été rendue : en effet, le dirigeant de l'entreprise de travail temporaire était
par ailleurs directeur des ressources humaines de l'entreprise utilisatrice. Les juges ont donc considéré qu'il y avait
une fraude à la loi qui, normalement, autorise les entreprises de travail temporaire à procéder à du prêt de main-
d'œuvre à but lucratif.

3) Constructeur et utilisateur d'outillage

51. – Responsabilité du fabricant – L'article L. 4311-1 du Code du travail dispose que "les équipements de
travail... doivent être conçus et construits de façon que leur mise en place, leur utilisation, leur réglage,
leur maintenance, dans des conditions conformes à leur destination, n'exposent pas les personnes, à un risque
d'atteinte à leur sécurité ou leur santé [...]". Ce texte permet de rechercher la responsabilité du constructeur (voire
du vendeur ou de l'importateur, C. trav., art. L. 4311-3. – Cass. crim., 11 févr. 1992, n° 90-80.652 ; RJS 1992,
n° 876. – Cass. crim., 20 mars 2007, n° 06-84.230. – rappr. Cass. crim., 6 sept. 2011, n° 10-84.958, absence de
notice fournie par le vendeur) en cas d'accident survenant alors que la machine, utilisée normalement, est à
l'origine d'un accident (Cass. crim., 9 mai 1977, n° 76-92.599 ; Bull. crim., n° 164. – Cass. crim., 22 sept. 1998,
n° 97-82.318). La responsabilité du fournisseur peut en revanche être écartée lorsque le produit a fait l'objet d'un
usage non prévu (Cass. crim., 26 janv. 1982, inédit).

52. – Responsabilité de l'utilisateur – L'employeur utilisateur sera seul responsable lorsque, achetant une
machine à l'étranger, il ne s'assure pas que la machine qu'il emploie est conforme à la législation française (Cass.

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crim., 25 févr. 1997, n° 96-80.569).Sa responsabilité peut également être recherchée alors même qu'il aura obtenu
du vendeur un certificat de conformité s'il ne s'assure pas, en tant qu'utilisateur, que les machines qu'il emploie sont
conformes à la réglementation en matière d'hygiène et de sécurité (Cass. crim., 17 sept. 1996 : RJS 1997, n° 156.
– Cass. crim., 6 juin 1990, n° 08-86.002 ; JCP E 1991, II, 130, obs. O. Godard. – Cass. crim., 11 juin 1992 : RJS
1992, n° 876) ou s'il procède à une modification de celles-ci à l'origine de l'accident (Cass. crim., 23 sept. 2009,
n° 09-80.254).

53. – Responsabilité cumulative – La Cour de cassation peut retenir une responsabilité cumulative du fabricant et
de l'utilisateur : "la faute commise par le constructeur de la machine, qui a délivré au prévenu un certificat erroné de
conformité à la réglementation du travail, n'est pas de nature à exonérer le chef d'entreprise de son obligation
personnelle de veiller à ce que le matériel utilisé soit muni de tous les dispositifs de protection utiles à la sécurité
des travailleurs ; ..." (Cass. crim., 23 juin 1993, n° 88-82.938 : RJS 1993, n° 992. – Cass. crim., 11 févr. 1992,
n° 90-80.652 ; RJS 1992, n° 876). Ce principe peut se révéler excessivement rigoureux lorsque l'entreprise
utilisatrice n'a pas les compétences techniques pour identifier un défaut de sécurité susceptible de causer un
accident. En pratique, les juges condamnent les employeurs qui ont pu avoir connaissance du défaut présenté par
la machine ou qui par leur faute ont contribué à la réalisation du risque résultant du défaut.

2° Étendue de la responsabilité

54. – Fait matériel des subordonnés, responsabilité de l'employeur – Pour un nombre très élevé d'infractions,
le chef d'entreprise répond non seulement des infractions qu'il a matériellement commises, mais également de
celles qui sont imputables à ses subordonnés.

a) Manifestations

55. – Hygiène et sécurité – La responsabilité pénale du chef d'entreprise pour les infractions matériellement
révélées par le comportement de ses salariés s'est développée essentiellement à l'occasion des manquements aux
règles relatives à l'hygiène et à la sécurité des travailleurs.La violation d'une norme de sécurité par un salarié peut
être reprochée à l'employeur qui sera responsable de l'infraction si un employé ne respecte pas les règles de
sécurité. La jurisprudence statue en ce sens depuis fort longtemps : "l'exécution de ces règlements étant une des
conditions de leur exercice, leur inexécution est toujours imputable au maître fut-elle le fait du préposé, qui,
agissant pour le compte du maître est présumé agir d'après ses ordres" (Cass. crim., 27 sept. 1839 : Bull. crim.
1839, n° 313 ; S. 1839, 1, 87. – adde Cass. crim., 24 janv. 1902 : Bull. crim. 1902, n° 37. – Cass. crim., 28 juin
1902 : Bull. crim. 1902, n° 429. – Cass. crim., 21 janv. 1911 : Bull. crim. 1911, n° 54. – Cass. crim., 18 déc. 1936 :
DH 1937, p. 102). Cette décision pouvait passer pour une responsabilité pénale du fait d'autrui : "Attendu que, s'il
est de principe que nul n'est passible de peines qu'à raison de son fait personnel, il en est autrement dans certains
cas exceptionnels où des prescriptions légales engendrent l'obligation d'exercer une action directe sur le fait
d'autrui" (Cass. crim., 30 déc. 1892 : S. 1894, 1, 201, note Villey).La jurisprudence a considérablement accentué la
pression pénale pesant sur les entreprises, décidant que : "les dispositions édictées par le Code du travail ou les
règlements pris pour son application... dans le but d'assurer la protection des ouvriers sont obligatoires, et il
appartient au chef d'entreprise... de veiller personnellement et à tous moments à la stricte et constante application
des dispositions réglementaires destinées à assurer la sécurité de son personnel" (Cass. crim., 19 déc. 1956 : Bull.
crim. 1956, n° 59. – Cass. crim., 4 juin 1957 : Bull. crim. 1957, n° 486. – Cass. crim., 18 déc. 1963 : Bull. crim.
1963, n° 368. – Cass. crim., 4 nov. 1964 : Gaz. Pal. 1965, 1, p. 80. – Cass. crim., 15 déc. 1976 : Bull. crim. 1976,
n° 369 ; JCP G 1977, IV, p. 35. – Cass. crim., 2 oct. 1979 : Bull. crim. 1979, n° 267. – Cass. crim., 29 janv. 1985 :
JCP E 1985, II, 14531, note O. Godard. – Cass. crim., 12 juill. 1988 : Bull. crim. 1988, n° 302. – Cass. crim.,
16 janv. 1990 : JCP G 1990, IV, p. 143. – Cass. crim., 27 nov. 2001, n° 00-86.968 : JurisData n° 2001-012573. –
Cass. crim., 5 mars 2002, n° 01-86.053 : JurisData n° 2002-013973. – Cass. crim., 5 mars 2013, n° 12-82.820 :
JurisData n° 2013-005500).

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56. – Infractions par imprudence – Il convient d'ailleurs de remarquer que ce raisonnement s'applique non
seulement aux infractions à la réglementation relative à l'hygiène et à la sécurité du travail, mais également aux
infractions par imprudence prévues par le Code pénal lorsqu'un accident corporel a pour origine l'inobservation de
ladite réglementation (Cass. crim., 15 nov. 1955 : D. 1956, jurispr. p. 25. – Cass. crim., 6 mars 1968 : Bull. crim.
1968, n° 76. – Cass. crim., 11 juill. 1968 : Bull. crim. 1968, n° 222. – Cass. crim., 13 nov. 1968 : Bull. crim. 1968,
n° 297. – Cass. crim., 28 juin 1972 : Bull. crim. 1972, n° 224. – Cass. crim., 28 janv. 1975 : Bull. crim. 1975, n° 32. –
Cass. crim., 20 févr. 1975 : Bull. crim. 1975, n° 64. – Cass. crim., 20 janv. 2004, n° 03-83.151). Dans cette dernière
hypothèse, les tribunaux insistent parfois sur la gravité de la faute personnelle du chef d'entreprise. Ainsi, la haute
juridiction a énoncé que le directeur d'une entreprise est coupable d'infraction à la sécurité et de délit de blessures
involontaires en raison de l'installation d'une grue à proximité d'une ligne à haute tension dès lors qu'il a manqué
volontairement aux règles de sécurité, qu'il a déterminé personnellement le lieu d'installation de la grue et que son
attention avait été attirée par EDF sur la distance non réglementaire de celle-ci (Cass. crim., 6 nov. 1991 :
JurisData n° 1991-004109. – V. également CA Paris, 17 sept. 1993 : JurisData n° 1993-022747, pratique habituelle
révélant une absence de surveillance et une carence dans la formation. – Cass. crim., 27 févr. 1973 : Bull. crim.
1973, n° 97 – Sur les infractions par imprudence, V. Travail Traité, Fasc. 82-10). Ils sont parfois plus sévères. Ainsi,
dans un arrêt où les juges du fond avaient cru pouvoir relaxer un chef d'entreprise parce qu'il n'avait pas eu de rôle
actif et ne pouvait avoir conscience du danger (appareils en bon état, aucun incident antérieur, risque dont il n'avait
pas été informé), la Cour de cassation censure en leur reprochant de ne pas avoir recherché si "en s'abstenant de
donner des consignes suffisamment précises à la victime et de veiller personnellement à la stricte et constante
application de la réglementation [...] le prévenu n'avait pas commis une faute caractérisée" (Cass. crim., 5 mars
2002, n° 01-86.053, préc.).

57. – Infractions non intentionnelles – En raison de la suppression des délits matériels par le Code pénal, il
convient désormais de réserver cette qualification aux seules contraventions. Pour les anciens délits matériels en
revanche, une faute de négligence est requise et c'est, semble-t-il, en ce sens qu'il convient d'interpréter l'exigence
d'une faute personnelle dans l'article L. 4741-1 du Code du travail. Dans la mesure où cette solution ne sera pas
démentie par la jurisprudence à venir, l'analyse précédemment développée à propos de l'étendue de la
responsabilité du chef d'entreprise conserve toute sa validité à l'égard de telles infractions.

58. – Infractions intentionnelles – En revanche, on ne saurait considérer que la responsabilité remonte au chef
d'entreprise pour les infractions prévues par le Code du travail qui comportent un élément intentionnel. Imputer ces
infractions au chef d'entreprise simplement parce qu'il n'a pu empêcher ses préposés de les commettre, reviendrait
en effet à punir un délit de commission par omission (Legal : obs. Rev. sc. crim. 1968, p. 325. – Levasseur, Rapport
sur l'imputabilité pénale et l'entreprise économique. Séminaire de Liège sur le droit et la vie des affaires : RD pén.
crim. 1968-1969, p. 405).Il en va ainsi notamment en matière de délit d'entrave aux institutions représentatives du
personnel dans l'entreprise, lequel en l'absence de toute participation personnelle matérialisée par un fait positif ou
plus rarement par une omission, ne saurait être reproché au chef d'entreprise. En cette matière, l'employeur ne
peut donc être tenu pour pénalement responsable d'agissements fautifs de ses préposés auxquels il n'aurait lui-
même pris aucune part (Cass. crim., 23 mai 1978 : Dr. ouvrier 1978, p. 346, note N. Alvarez. – S'agissant de
poursuites exercées contre un délégataire, V. infra n° 62 ).Cependant, bien que seul un préposé soit intervenu
dans la procédure de licenciement jugée irrégulière d'un délégué du personnel, les juges du fond peuvent déduire
des circonstances de la cause que le chef d'entreprise n'en est pas moins coupable du délit d'entrave, après avoir
relevé que ce dernier se trouve personnellement à l'origine de la mesure prise à l'égard du représentant élu et que
c'est sur ses instructions précises et en son nom que la demande de licenciement a été présentée à l'inspecteur du
travail (Cass. crim., 12 déc. 1978 : Bull. crim. 1978, n° 353). Les principes ci-dessus rappelés ne font nullement
obstacle en effet à l'application de la théorie de la complicité ou à celle de la coaction conformément au droit
commun (V. notamment, Cass. crim., 4 nov. 1980 : Jurispr. soc. UIMM 1981, p. 54. – Cass. crim., 15 avr. 1982 : D.
1983, inf. rap. p. 357, obs. Ph. Langlois). Les principes ci-dessus rappelés sont également applicables au délit de
discrimination syndicale des articles L. 412-2 et L. 481-3 anciens du Code du travail.

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59. – Industries réglementées – Les raisonnements adoptés en matière d'hygiène et de sécurité sont appliqués
par la jurisprudence toutes les fois qu'il s'agit de sanctionner une réglementation de police spéciale relative au
fonctionnement de l'entreprise. Un arrêt rendu par la chambre criminelle est très net à cet égard puisqu'il décide
"que s'il est de principe que nul n'est passible de peines qu'à raison de son fait personnel, il en est autrement dans
certains cas où des prescriptions légales engendrent l'obligation d'exercer une action directe sur le fait d'autrui ; en
matière d'industries réglementées, il y a nécessité de faire remonter la responsabilité pénale aux chefs d'entreprise
parce que les conditions et le mode d'exercice de ces industries leur sont personnellement imposés et qu'ils sont
tenus d'assurer l'exécution des règlements" (Cass. crim., 6 janv. 1938 : DH 1938, p. 151 ; Gaz. Pal. 1938, 1, p. 813
– V. aussi Cass. crim., 23 avr. 1992 : Bull. crim. 1992, n° 179. – sur l'ampleur de la notion "d'industries
réglementées", V. Légal, La responsabilité du fait d'autrui dans son application au chef d'entreprise : Mélanges
Brèthe de la Gressaye, p. 477).La règle précédemment énoncée concerne aussi bien les entreprises agricoles que
les établissements industriels (Cass. crim., 22 févr. 1948 : S. 1948, 1, p. 28. – Pour son application aux entreprises
publiques, V. Dauvergne, La responsabilité pénale des dirigeants des entreprises publiques : Rev. sc. crim. 1973,
p. 614).

b) Fondement

1) Textes particuliers

60. – Transports routiers et Code de la route – En dehors du Code du travail, certains textes particuliers,
susceptibles d'intéresser les relations de travail, prévoient la responsabilité du chef d'entreprise. Ainsi, dans le
domaine des infractions aux conditions de travail en matière de transports routiers, l'article L. 1252-7 du Code des
transports prévoit la responsabilité de « toute personne qui, chargée à un titre quelconque de la direction ou de
l'administration de toute entreprise ou établissement, a, soit, par un acte personnel, commis l'une des infractions
énumérées à l'article L. 1252-5, soit, en tant que commettant, laissé toute personne relevant de son autorité ou de
son contrôle commettre l'une d'elles, en ne prenant pas les dispositions de nature à en assurer le respect » (Cass.
crim., 1er févr. 2005, n° 04-84.377. – Cass. crim., 7 mars 1995 : JurisData n° 1995-002177 ; Dr. pén. 1995, comm.
200, note J.-H. Robert. – Cass. crim., 18 juill. 1995, 2 arrêts : Bull. crim. 1995, n° 257 ; JCP E 1995, pan. 1277 ;
JurisData n° 1995-002405 et n° 1995-002407, où la responsabilité de l'employeur et de l'utilisateur d'un véhicule
avec chauffeur est retenue. – Cass. crim., 10 sept. 2002, n° 02-80.350. – Cass. crim., 8 oct. 1985 : Bull. crim. 1985,
n° 300). L'alinéa second de l'article L. 1252-7 du Code des transports précise que le préposé est passible des
mêmes peines lorsque l'infraction résulte de son fait personnel (Cass. crim., 16 sept. 2003, n° 02-87.245).En
principe, le conducteur d'un véhicule est responsable des infractions qu'il commet. Le Code de la route prévoit
toutefois que « lorsque le conducteur a agi en qualité de préposé, le tribunal pourra, compte tenu des circonstances
de fait et des conditions de travail de l'intéressé, décider que le paiement des amendes de police prononcées en
vertu du présent code sera, en totalité ou en partie, à la charge du commettant si celui-ci a été cité à l'audience »
(C. route, art. L. 121-1, al. 2).Ce transfert de la charge de la responsabilité est souverainement décidé par les juges
du fond (Cass. crim., 11 juill. 1978 : Bull. crim., n° 231) et, comme toute règle d'ordre public, ne saurait faire l'objet
de clauses contractuelles permettant à l'employeur de s'y soustraire (Cass. soc., 11 janv. 2006 : D. 2006, J,
p. 2013, note J. Mouly).Dans l'hypothèse où le conducteur n'est pas identifié, la responsabilité s'agissant des
infractions à la réglementation sur le stationnement des véhicules, sur l'acquittement des péages pour lesquelles
seule une peine d'amende est encourue, repose sur le titulaire de la carte grise (lorsqu'il s'agit d'une personne
morale, la responsabilité repose sur le représentant de celle-ci) à moins qu'il ne fournisse des renseignements
permettant d'identifier l'auteur véritable de l'infraction (C. route, art. L. 121-2, al. 1).La même solution s'applique aux
amendes encourues pour des contraventions à la réglementation sur les vitesses maximales autorisées, sur le
respect des distances de sécurité entre les véhicules, sur l'usage de voies et chaussées réservées à certaines
catégories de véhicules et sur les signalisations imposant l'arrêt des véhicules, à moins qu'il n'établisse l'existence
d'un vol ou de tout autre événement de force majeure ou qu'il n'apporte tous éléments permettant d'établir qu'il
n'est pas l'auteur véritable de l'infraction (C. route, art. L. 121-3, al. 1).Lorsque le certificat d'immatriculation du
véhicule est établi au nom d'une personne morale, la responsabilité pécuniaire incombe au représentant légal de

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celle-ci. Il échappe à cette responsabilité s'il établit l'existence d'un événement de force majeure ou s'il fournit des
renseignements permettant d'identifier l'auteur véritable de l'infraction. Le dirigeant peut désigner le salarié auteur,
selon lui, de l'infraction. Cette désignation ne lie pas le juge, il appartient au chef d'entreprise d'établir que ledit
salarié a effectivement commis les infractions (Cass. crim., 17 avr. 2013, n° 12-87.490 : JurisData n° 2013-008767 ;
Dr. pén. 2013, comm. 107, note J.-H. Robert).

2) Fondement général

61. – Responsabilité du fait d'autrui ? – La condamnation de l'employeur en raison du fait matériel de l'employé a
pu passer pour une forme nouvelle de responsabilité du fait d'autrui. Elle semble se heurter à la règle souvent
rappelée par la Cour de cassation elle-même, selon laquelle "la responsabilité pénale ne peut résulter que d'un fait
personnel" (elle ne doit pas être confondue avec le principe de la personnalité des peines qui n'intervient qu'au
stade de la sanction, V. Fasc. 82-25).

62. – Présomption de responsabilité – La doctrine a tenté, sans toujours y parvenir de manière parfaitement
convaincante, de démontrer l'absence de contradiction entre ce principe et les solutions jurisprudentielles.Selon
une première explication, le chef d'entreprise serait tenu d'une obligation légale de surveillance sur son
personnel. Le non-respect de la réglementation par l'un de ses subordonnés ne ferait alors que révéler sa propre
carence et justifierait sa condamnation pénale (Villey, note ss Cass. crim., 30 déc. 1892 et 12 mai 1893 : J. Pol.
1894, 1, p. 201 et 202. – Roux, notes : S. 1910, 1, p. 49 et p. 593 ; 1920, 1, p. 329. – Henry, note : DP 1924, 1,
p. 17. – Légal, op. cit., p. 417 s.).Selon une seconde explication, fort voisine de la précédente, le chef d'entreprise
devrait être considéré comme l'auteur moral de l'infraction. La coaction serait simplement dans ce cas plus
délicate à identifier qu'à l'ordinaire car au lieu de prendre corps dans le comportement directement incriminé par la
loi pénale, elle résiderait dans une abstention antérieure à la commission des faits délictueux, mais néanmoins en
relation causale avec eux (Costes, De quelques considérations sur la responsabilité pénale du fait d'autrui : Rev.
sc. crim. 1939, p. 628. – Dauvergne, La responsabilité pénale des dirigeants des entreprises publiques : Rev. sc.
crim. 1973, p. 614. – Sur ces différentes théories et les limites auxquelles elles se heurtent V. A. Cœuret, Pouvoir et
responsabilité en droit pénal social : Dr. soc. 1975, p. 396).Avant la loi du 6 décembre 1976 relative au
développement de la prévention des accidents du travail, ces différentes analyses rendaient difficilement compte de
la jurisprudence car le chef d'entreprise voyait sa culpabilité présumée de façon irréfragable (V. J. Savatier : D.
1976, jurispr. p. 378, note sous Cass. crim., 23 janv. et 21 oct. 1975). En cette matière, la chambre criminelle de la
Cour de cassation se montrait d'une grande sévérité puisqu'en pratique elle s'opposait non seulement à ce que le
responsable désigné invoque son absence de faute, mais également à ce qu'il s'exonère en faisant la preuve d'un
cas de force majeure (V. notamment, Cass. crim., 4 nov. 1964 : Bull. crim. 1964, n° 278 ; Gaz. Pal. 1965, 1, p. 80 ;
Rev. sc. crim. 1965, p. 650, obs. Légal), les juges du fond ayant parfois adopté une position plus souple (CA Paris,
13 sept. 1961 : Gaz. Pal. 1961, 2, p. 329. – CA Lyon, 29 mars 1963 : D. 1964, jurispr. p. 72. – CA Paris, 20 mai
1970 : Gaz. Pal. 1970, 2, p. 40).Aussi bien certains avaient pu se demander si la jurisprudence ne consacrait pas
une véritable responsabilité pénale pour le fait d'autrui, non fondée sur la faute (JCP G 1956, II, 909, note V. de
Lestang).

63. – Résurgence formelle de la faute personnelle – La loi du 6 décembre 1976 a modifié, pour l'hygiène et la
sécurité, l'alinéa 1er de l'article L. 263-2 du Code du travail (devenu l'article L. 4741-1 du Code du travail), selon
lequel, les chefs d'établissement, directeurs, gérants ou préposés ne sont punissables que s'ils ont enfreint par leur
"faute personnelle" les dispositions visées par ce texte, ce qui confère à leur responsabilité un fondement
nécessairement subjectif.À l'origine d'une importante controverse relative à sa portée (N. Catala et J.-Cl. Soyer, La
loi du 6 décembre 1976 relative au développement de la prévention des accidents du travail : JCP G 1977, I, 2868,
n° 39 ; CI 1977, II, 12468. – N. Catala, L'entreprise, Traité du droit du travail publié sous la direction de G.H.
Camerlynck, t. IV : Dalloz 1980, p. 435 s. – B. Boubli, La délégation de pouvoirs depuis la loi du 6 décembre 1976 :
Dr. soc., n° spécial mars 1977, p. 82 s. – Y. Saint-Jours, Prévention et responsabilité en matière d'accidents du
travail : D. 1977, chron. p. 185. – B. Téhoval : RPDS 1977, p. 81 s. – Y. Monnet, Aspects pénaux de la loi du

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6 décembre 1976 : Dr. soc., n° spécial mars 1977, p. 79 s. – Pour une opinion voisine, Levasseur, obs. : Rev. sc.
crim. 1977, p. 100), ce texte a conduit la jurisprudence à faire apparaître dans ses motifs, au moins formellement,
l'existence d'une faute personnelle de l'employeur.

64. – Renforcement de l'exigence légale – Le législateur est encore intervenu à deux reprises pour renforcer les
conditions de la responsabilité en cas d'accident corporel.En premier lieu, l'article L. 121-3, alinéa 3 du Code pénal
dispose qu'"il y a également délit lorsque la loi le prévoit, en cas de faute d'imprudence, de négligence ou de
manquement à une obligation de prudence ou de sécurité prévue par la loi ou le règlement, s'il est établi que
l'auteur des faits n'a pas accompli les diligences normales compte tenu, le cas échéant, de la nature de ses
missions ou de ses fonctions de ses compétences ainsi que du pouvoir et des moyens dont il disposait". Ce
premier texte en rappelant qu'il était nécessaire de caractériser une règle et l'absence de diligences du décideur n'a
pas contribué à alléger en pratique leur responsabilité (Cass. crim., 19 nov. 1996 : Bull. crim. 1996, n° 413. – Cass.
crim., 17 juin 1997 : Bull. crim. 1997, n° 237. – Cass. crim., 8 juin 1999 : Dr. ouvrier 1999, p. 471).Le législateur est
de nouveau intervenu pour tenter d'infléchir la rigueur de ces solutions. Depuis la loi n° 2000-647 du 10 juillet 2000,
l'article L. 121-3 du Code pénal a été enrichi d'un quatrième alinéa qui prévoit, en cas de faute non intentionnelle,
que "les personnes physiques qui n'ont pas causé directement le dommage, mais qui ont créé ou contribué à créer
la situation qui a permis la réalisation du dommage ou qui n'ont pas pris les mesures permettant de l'éviter, sont
responsables pénalement s'il est établi qu'elles ont, soit violé de façon manifestement délibérée une obligation
particulière de prudence ou de sécurité prévue par la loi ou le règlement, soit commis une faute caractérisée et qui
exposait autrui à un risque d'une particulière gravité qu'elles ne pouvaient ignorer". Encore une fois l'incidence
pratique de cette nouvelle règle, d'abord destinée à alléger la responsabilité des décideurs publics, n'est pas
parfaitement assurée (V. P. Morvan, Responsabilité pénale et droit social, avant et après la loi du 10 juillet 2000 :
RJS 2001, p. 284).

65. – Stabilité des solutions jurisprudentielles – Les solutions antérieures à ces réformes paraissent persister.
Les juges peuvent toujours reprocher le défaut de formation (Cass. crim., 30 mars 2005, n° 04-85.720 – V. déjà
avant la réforme, Cass. crim., 2 mai 1989 : Bull. crim. 1989, n° 175), la mauvaise surveillance ou organisation de
l'activité (Cass. crim., 11 janv. 2005, n° 04-84.196. – Cass. crim., 7 déc. 2004, n° 03-87.015 – V. déjà avant la
réforme Cass. crim., 3 juill. 1980, Coignon. – Cass. crim., 10 juin 1980 : Bull. crim. 1980, n° 184. – Cass. crim.,
8 nov. 1994 : JurisData n° 1994-002541. – Cass. crim., 11 juin 1996 : Dr. ouvrier 1996, p. 503 ; JurisData n° 1996-
003421).La Cour de cassation ne paraît pas avoir élevé son exigence s'agissant de la faute caractérisée. Ainsi,
dans une affaire où un salarié a été victime d'une décharge électrique en tentant de récupérer une pièce coincée
dans un monnayeur, la Cour de cassation approuve la cour d'appel d'avoir considéré que le prévenu ne pouvait
s'exonérer de sa responsabilité en invoquant la vérification annuelle des installations électriques, « dès lors que
cette mesure ne dispense pas l'employeur d'assurer une surveillance constante de ces installations » (Cass. soc.,
1er mars 2005, n° 04-83.863).Enfin, certaines décisions contournent l'application de l'article 121-3 alinéa 4 du Code
pénal, qui vise les auteurs indirects du dommage, en les traitant comme des auteurs directs de celui-ci (Cass. crim.,
1er mars 2011, n° 10-83.573 : Dr. pén. 2011, chron. 9, n° 4, obs. M. Ségonds).

66. – Responsabilité fondée sur l'autorité – Pour expliquer ces solutions et y trouver une réelle faute
personnelle, la doctrine a recours à une explication institutionnelle. Le véritable fondement de la responsabilité
pénale se trouverait dans le pouvoir de diriger l'entreprise et de sanctionner par la voie disciplinaire les
comportements contraires aux impératifs de la sécurité. C'est parce que la faute du décideur est commise dans le
cadre d'une relation d'autorité "qu'elle attire à elle la totalité de l'élément matériel de l'infraction. Le chef d'entreprise
qui n'a pas su obtenir de son personnel le respect de la réglementation est d'une certaine manière, coupable de la
violation de celle-ci, puisqu'il dispose du pouvoir d'organiser son établissement conformément aux exigences de la
prévention des infractions et qu'il peut corrélativement infliger des sanctions disciplinaires à ceux de ses salariés
qui n'obéiraient pas à ses ordres" (A. Cœuret, La nouvelle donne en matière de responsabilité : Dr. soc. 1994,
spécialement p. 628. – J. Savatier : D. 1976, p. 376. – pour une liaison très explicite entre la désignation du
débiteur de l'obligation de sécurité et la détention du pouvoir de direction, Cass. crim., 14 janv. 1981, Bejanin. – V.

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également Cass. crim., 8 févr. 1983 : Juri-social 1983, F52, qui approuve les juges du fond lorsqu'ils fondent la
condamnation pénale d'un chef d'entreprise, poursuivi pour une infraction à la réglementation de l'emploi, sur les
pouvoirs qu'il exerce en cette matière et dont sa responsabilité constitue la contrepartie. – V. encore Cass. crim.,
28 mai 1990, Garaud, où la faute personnelle du chef d'entreprise est successivement qualifiée de faute dans
"l'organisation, l'information, la surveillance et le suivi en matière de sécurité". – Pour plus de détails sur cette
notion de faute dans l'exercice du pouvoir, V. A. Cœuret, article préc.).Fortement critiquée par une partie de la
doctrine (P. Morvan, Entreprise et responsabilité pénale : LGDJ, 1994, coll. trav. et recherches de l'Université
Panthéon-Assas, p. 128 s.) l'explication ne nous paraît pas totalement satisfaisante.Si elle permet d'expliquer la
raison pour laquelle l'employeur est poursuivi dans l'entreprise, en l'absence de délégation de pouvoir ou de faute
exclusive de la victime, voire d'un tiers (V. Sur ces causes d'exonérations, Travail Traité, Fasc. 82-10), elle ne
fonde pas juridiquement cette solution. Plus précisément, elle ne caractérise pas l'existence d'une responsabilité
pour faute personnelle, mais désigne au contraire une responsabilité du fait d'autrui. En effet les arguments
évoqués sont exactement ceux employés lors des travaux préparatoires du Code civil pour justifier le futur article
1384 du Code civil, soit un principe de responsabilité du fait d'autrui : "Les [employeurs] sont investis d'une autorité
suffisante pour contenir leurs subordonnés dans les limites du devoir et du respect dû aux propriétés d'autrui. Si les
subordonnés les franchissent, ces écarts sont attribués avec raison au relâchement de la discipline domestique qui
est dans la main du père, de la mère, du maître, du commettant, de l'instituteur et de l'artisan. Ce relâchement est
une faute : il forme une cause du dommage indirecte, mais suffisante pour faire retomber sur eux la charge de la
réparation" (P. A. Fenet, Recueil complet des travaux préparatoires du Code civil, 1827 : T. 13, p. 488).

67. – Responsabilité fondée sur l'opportunité ? – La résistance des juges aux formules légales imposant le
constat d'une "faute caractérisée" ou "violation manifestement délibérée d'une obligation particulière de sécurité"
résulte de la volonté prétorienne d'imposer à l'employeur une obligation de quasi-résultat en matière de sécurité. La
protection du corps de la personne dans l'accomplissement du travail est un objectif moralement soustrait à la
discussion. Les juges souhaitent y contribuer en accentuant la menace pénale pesant sur les employeurs. Le débat
ne relève pas de la stricte technique juridique, mais se déplace sur celui de l'efficacité préventive de la répression.
Il conduit à se demander la responsabilité pénale ainsi conçue permet une amélioration réelle de la sécurité des
salariés.

B. - Responsabilité d'un dirigeant substitué

68. – Transfert de pouvoirs – D'autres personnes peuvent encourir une sanction pénale au lieu et place de
l'employeur. Cette responsabilité pénale est la conséquence d'un transfert préalable de pouvoirs fait à leur profit.
Transfert que la loi ou le contrat peuvent organiser.

1° Substitué par la loi : administrateur judiciaire

69. – Infractions au droit de la faillite – L'administrateur judiciaire répond, y compris pénalement, des obligations
que la loi lui impose dans le cadre du droit de la faillite. L'administrateur peut ainsi être poursuivi pour délit d'entrave
s'il omet de consulter le comité d'entreprise (ou les délégués du personnel) des propositions pour le règlement de
dettes. Il en va de même s'il ne les informe et ne les consulte pas sur le rapport qu'il établit (Cass. crim., 30 janv.
1996 : Bull. crim. 1996, n° 53 ; JCP E 1996, I, 517, n° 20 ; RJS 1997, n° 557 et 572. – C. Ruellan, La responsabilité
pénale des administrateurs provisoires et judiciaires du fait de leur administration : Dr. pén. 2000, chron. 25). Bien
entendu, l'employeur ne peut être poursuivi lorsque l'administrateur ne satisfait pas à ses obligations et ce d'autant
plus qu'il est lui-même, comme les institutions représentatives du personnel, créancier des obligations
d'information.

70. – Responsabilité en cas de transfert de pouvoirs – Il est encore responsable lorsque, lors de la faillite, les
pouvoirs du chef d'entreprise lui sont totalement ou partiellement transférés (V. C. com., art. L. 631-12). Ainsi, la
Cour de cassation censure un arrêt ayant retenu la responsabilité en matière d'hygiène et de sécurité d'un
président de directoire, "alors qu'à la date de l'accident, l'administrateur était seul investi des obligations incombant

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au chef d'entreprise" (Cass. crim., 3 mars 1998 : RJS 1998, n° 744). La responsabilité de l'administrateur dépend
des prérogatives qui lui sont effectivement transférées.

71. – Impossibilité de déléguer ses pouvoirs au chef d'entreprise – L'administrateur judiciaire d'une société en
redressement judiciaire peut-il déléguer au dirigeant de l'entreprise certaines de ses fonctions ? La réponse de la
Cour de cassation est négative (Cass. crim., 30 janv. 1996, préc.). Il n'est pas possible que l'administrateur puisse
redéfinir lui-même la mission qui lui a été confiée par le juge. Rien n'interdit au tribunal d'opérer, « à tout moment »
une nouvelle répartition de pouvoirs entre le chef d'entreprise et l'administrateur, en application de L. 631-12 alinéa
4 du Code de commerce, sur demande de l'administrateur, du représentant des créanciers, du procureur de la
République ou d'office.

2° Substitué par contrat : délégation de pouvoirs

72. – Définition – Œuvre prétorienne, la délégation de pouvoir permet au chef d'entreprise de confier à un de ses
subordonnés des fonctions dont il était titulaire. Ce délégataire s'il dispose des pouvoirs lui permettant de remplir la
mission ainsi confiée, voit sa responsabilité substituée à celle du dirigeant en cas d'infraction. La jurisprudence
consacre et encourage depuis fort longtemps (Cass. crim., 8 mai 1897 : S. 1898, 1, 199) et de manière constante
(Cass. crim., 16 sept. 2003, n° 02-86.661 : Bull. crim. 2003, n° 164) cette décentralisation du pouvoir.

73. – Objet – Cette technique permet de confier aux plus compétents la réalisation de tâches parfois difficiles,
souvent essentielles pour la collectivité. Son admission par la jurisprudence traduit le souci d'adapter la répression
à l'accroissement de la taille des entreprises ainsi qu'à la complexité de leurs structures et de leurs activités. Le
soin de veiller au respect de la réglementation sociale dépasse souvent les capacités d'un homme seul, fut-il doté
de tous les pouvoirs, et il paraît souhaitable, dans la perspective d'une meilleure prévention des infractions, que le
chef d'entreprise s'entoure de collaborateurs qui prolongent son action là où il ne peut exercer un contrôle
personnel (F. Marmoz, La délégation de pouvoirs : Litec, Bibl. Du droit de l'entreprise, 2000. – M. Giacopeli-Mori,
La délégation des pouvoirs en matière de responsabilité pénale du chef d'entreprise : Rev. sc. crim. 2000, p. 525).

74. – Nature de la délégation – La nature de la délégation de pouvoir est discutée.Elle est parfois qualifiée de
mandat, la mission du délégataire consistant, dans un domaine précisément délimité à assurer le respect de la
législation. L'objet de cet acte porte sur le respect de la règle et ne saurait porter sur la responsabilité pénale, ce
qui serait illicite. Par ailleurs, le mandant reste responsable des infractions qu'il a causé ainsi que de celles
n'entrant pas dans le champ du contrat.Cependant le mandat suppose en principe l'accomplissement d'actes
juridiques alors que les délégations dont il est question en matière pénale portent fréquemment de manière
principale sur des actes matériels. Certains soutiennent donc qu'il s'agit d'une obligation sui generis portant
obligation d'accomplir des actes matériels et/ou juridiques, incombant normalement à l'employeur ou à son
représentant légal, afin d'assurer le respect des normes légales.Il est certain, en jurisprudence, qu'il s'agit d'un
avenant au contrat de travail. Pourtant, en pratique, le dirigeant bénéficiaire du transfert de responsabilité n'est pas
nécessairement l'employeur du délégataire dans les groupes de sociétés ou en cas de travail en commun. De
surcroît, elle ne correspond pas aux obligations caractéristiques d'un tel contrat puisque, dans l'exercice de sa
mission de délégataire, le salarié doit être indépendant alors que l'exécution du contrat de travail suppose
l'existence d'un lien de subordination.

75. – Sources – La validité et le régime de la délégation de pouvoir ne sont pas directement régis par le législateur.
Jusqu'à la loi n° 2005-157 du 23 février 2005, aucun texte du Code du travail ne faisait référence à cette technique.
Pour autant, la législation par son silence bienveillant, ne permettait pas d'en prononcer l'illégalité. Au contraire,
certains indices suggéraient sa validité de principe. Ainsi, l'ancien l'article L. 263-2 du Code du travail qui imputait la
responsabilité de certaines infractions aux "chefs d'établissement, directeurs, gérants ou préposés", pouvait être
interprété comme une possibilité de transférer la responsabilité à d'autres qu'au chef d'entreprise.Désormais,
l'article L. 1253-15 du Code du travail(L. n° 2005-157, 23 févr. 2005 (JO 24 févr. 2005, p. 3073)) prévoit
explicitement, dans une hypothèse particulière (groupement d'employeurs), la délégation de pouvoir, confirmant

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ainsi sa validité de principe.De même, l'article L. 4741-1 du Code du travail, dans sa rédaction issue de la loi
n° 2011-525 du 17 mai 2011, prévoit la responsabilité en matière d'hygiène et de sécurité de « l'employeur ou son
délégataire ».

a) Conditions

76. – Les conditions de la délégation de pouvoir peuvent tenir au domaine, au délégant ou au délégataire

1) Conditions tenant au domaine

77. – Validité de principe et limites légales – Il est possible, de manière générale à un employeur de déléguer
n'importe lequel de ses pouvoirs sans qu'il y ait lieu d'exclure de son champ d'application ceux qui ne visent que le
chef d'établissement ou l'employeur (Cass. crim., 11 janv. 1993, n° 92-80.773 ; Bull. crim. 1993, n° 112 ; Gaz. Pal.
1993, 2, doctr. p. 923, note D. Bayet ; Bull. Joly 1993, p. 666, note M.-E. Cartier ; JCP E 1994, II, 571, note J.-H.
Robert, qui formule expressément ce principe).En présence d'imputations légales exclusives, la délégation de
pouvoirs a ainsi été admise, notamment :
• à propos de l'embauchage irrégulier d'un travailleur étranger dès lors que les conclusions du chef
d'entreprise faisaient valoir que la contravention pour laquelle il était poursuivi avait été commise dans un
service dont il avait confié la direction à un directeur régional (Cass. crim., 10 janv. 1963 : Bull. crim. 1963,
n° 19. – V. aussi CA Paris, 28 oct. 1986 : JurisData n° 1986-028595) ;
• à l'infraction de délivrance de bulletins de paie réguliers (Cass. crim., 8 juin 1971 : Bull. crim. 1971,
n° 183) ;
• à l'infraction prévue aux articles R. 1227-1 et R. 1227-2 du Code du travail(anc. C. trav., art. 362-1) relatifs
à la tenue de documents destinés aux opérations de contrôle de l'inspection du travail (Cass. crim., 8 févr.
1983, Lesne et Sté Fougerolle) ;
• à propos du défaut de contrôle médical à l'embauche (Cass. crim., 16 nov. 1982, Perny) ;
• à propos du défaut d'installation d'un contrôlographe et du défaut de copie de l'horaire de travail (Cass.
crim., 19 janv. 1988 : JCP G 1988, IV, p. 114).

On ajoutera à cette liste l'infraction de marchandage (Cass. crim., 22 oct. 1991, n° 89-86.330), le travail dissimulé
(Cass. crim., 5 mars 2002, n° 01-85.242) et l'infraction aux dispositions prescrivant la fermeture hebdomadaire de
l'entreprise (Cass. crim., 11 mars 2003, n° 02-82.578).Le chef d'entreprise sera en revanche déclaré responsable,
sans possibilité de délégation dans les cas où une disposition législative conduit à une imputation exclusive (V.
R. Salomon, A. Martinel, Droit pénal social, Economica, 2013, n° 1088).

78. – Limites en matière d'entrave ? – L'existence d'une limite en matière d'entrave pourrait être déduite d'un
certain nombre de condamnations de chefs d'entreprise ayant invoqué une délégation de pouvoir sans que cela
leur permette d'échapper à la sanction. Il semble donc que certains pouvoirs, dont le mauvais exercice serait
susceptible de conduire au délit d'entrave, ne puissent être délégués. La majeure partie des arrêts porte sur le
défaut d'information ou de consultation des institutions représentatives du personnel. Plus précisément, il s'agit de
cas où la présidence du comité d'entreprise ou du CHSCT n'est pas assurée par le chef d'entreprise. En ce cas,
certains arrêts font état d'une « délégation de pouvoirs inopérante » (Cass. crim., 14 oct. 2003 : Bull. crim. 2003,
n° 190 ; JCP G 2003, IV, 2918 ; JurisData n° 2003-020658 ; RJS 2004, n° 64. – Cass. crim., 20 mai 2003 : Bull.
crim. 2003, n° 101 ; JCP G 2003, IV, 2318 ; JurisData n° 2003-019361. – Cass. crim., 11 juin 2002 : JurisData
n° 2002-01958 ; JCP G 2002, IV, 2358. – Cass. crim., 3 mars 1998 : Bull. crim. 1998, n° 81).Dans des arrêts plus
récents, la Cour décide que « le président de la société, même s'il a confié à un représentant le soin de présider les
institutions représentatives du personnel, a engagé sa responsabilité personnelle, s'agissant de mesures relevant
de son pouvoir propre de direction, sans pouvoir opposer l'argumentation prise d'une délégation de pouvoirs »

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(Cass. crim., 6 nov. 2007, n° 06-86.027 : JurisData n° 2007-041606 –. V encore. Cass. crim., 15 mai 2007, n° 06-
84.318 : JurisData n° 2007-037198 ; Bull. crim., n° 126 ; JCP S 2007, 1723, note J.-Y. Kerbourc'h ; Dr. soc. 2008,
p. 448 note F. Duquesne ; Rev. sc. crim., 2008, p. 349, note A. Cerf-Hollender).La portée de ces solutions doit être
soigneusement mesurée. Une lecture attentive de chacune d'elles conduit à considérer qu'elles ne prohibent par
principe une délégation de pouvoir s'agissant des prérogatives des employeurs vis-à-vis des institutions
représentatives du personnel. Les pouvoirs peuvent parfaitement être transférés et le délit d'entrave constitué par
le comportement d'un délégataire lors, par exemple, de la présidence d'un comité d'entreprise (V. Cass. crim.,
16 sept. 2003, n° 02-86.661 : JurisData n° 2003-020537 ; Bull. crim. 2003, n° 164. – V. aussi, impl. Cass. crim.,
12 avr. 2005 : JurisData n° 2005-028276).Les arrêts qui prononcent la condamnation relèvent soit le caractère
imparfait de la délégation, soit la faute personnelle de l'employeur (notamment lorsqu'il prend une mesure devant
faire l'objet d'une information ou d'une consultation), soit la conjonction des deux précédents vices (Cass. crim.,
14 oct. 2003 : Bull. crim. 2003, n° 190 ; JCP G 2003, IV, n° 2918 ; JurisData n° 2003-020658. – Cass. crim., 20 mai
2003 : Bull. crim. 2003, n° 101 ; JCP G, 2003, IV, 2318 ; JurisData n° 2003-019361. – Cass. crim., 16 oct. 2001,
n° 01-80.152. – Cass. crim., 15 mars 1994 : D. 1995, jurispr. p. 30, note Y. Reinhard – Cass. crim. 15 mai 2007 :
préc., où les juges du fond constatent : « qu'il n'est pas établi que [le prétendu délégataire], qui n'était que directeur
adjoint des affaires sociales, disposait de la compétence, de l'autorité et des moyens nécessaires dans le cadre de
la délégation de fait qu'elle invoque ; qu'il apparaît, à la lecture des procès-verbaux des réunions, qu'il n'était pas
toujours en mesure de donner les informations nécessaires et que d'autres personnes de la direction, dont
Laurence X..., y ont participé ». – Cass. crim., 6 nov. 2007, n° 06-86.027 où les juges constatent que la délégation
de pouvoir est postérieure à l'infraction et que le dirigeant a été informé par l'inspection du travail de la persistance
de celle-ci).Les juges sont particulièrement attentifs à la transmission des informations nécessaires au délégataire
lorsque le dirigeant prend personnellement une décision devant faire l'objet d'une consultation des représentants du
personnel (V. Cass. crim., 3 mars 1998 : Bull. crim. 1998, n° 81). En effet, en ce cas, le chef d'entreprise doit mettre
en mesure son délégataire de procéder à la consultation. Lorsqu'une décision est prise par le chef d'entreprise, on
ne peut reprocher au délégataire qui y est resté étranger de ne pas avoir préalablement consulté les représentants
du personnel. L'entrave ne peut être constituée à son égard s'il a été mis en mesure de consulter les représentants.
La situation est différente lorsqu'il dispose du pouvoir de prendre la décision et du pouvoir de procéder à la
consultation : en ce cas, la continuité du pouvoir exécutif et consultatif conduit, sauf immixtion particulière de
l'employeur, à lui faire supporter la responsabilité.En pratique cependant, il faut convenir que les termes très
généraux employés par la Cour de cassation donnent le sentiment d'une limitation du domaine de la délégation de
pouvoir en cas de pouvoir propre de l'employeur. Ce n'est qu'au terme d'une lecture des faits que l'on peut relever
que la solution pouvait également résulter d'autres vices de la délégation.Il est donc tout à fait concevable que,
pour le juge, la théorie des pouvoirs propres suffise à rendre inefficace une délégation de pouvoir. Une telle solution
serait de nature à créer une regrettable insécurité juridique : le justiciable découvrant après avoir été condamné, le
sens de la règle qu'il aurait dû respecter. Il en résulterait probablement une fragilisation de la délégation de pouvoir.
Une telle conception ne paraît pas conforme à l'esprit de l'institution qui consiste à confier à celui qui est le plus
compétent le soin d'assurer le respect de la règle. Or, le chef d'entreprise n'est pas nécessairement le mieux à
même de mettre en œuvre ce que le juge aura qualifié de « pouvoir propre ». En pratique, il lui sera parfois difficile,
spécialement si l'entreprise est de vaste dimension, d'assumer personnellement toutes les prérogatives que le juge
pourrait considérer comme étant insusceptibles de transferts.On observe que dans sa jurisprudence récente, un
arrêt a pu, pour confirmer la condamnation d'un dirigeant, écarter une délégation de pouvoir non en se fondant sur
la théorie des « pouvoirs propres » du dirigeant, pourtant avancée par les juges du fond, mais sur les défauts de la
délégation de pouvoir (absence d'autonomie des prétendus délégataires : Cass. crim., 3 déc. 2013, n° 12-87.266 :
JurisData n° 2013-027881).S'il peut se départir de n'importe lequel de ses pouvoirs, le chef d'entreprise ne peut en
revanche transférer, de manière globale, l'ensemble de ses pouvoirs. Une telle délégation lui ferait perdre la qualité
de chef d'entreprise au bénéfice du délégataire.

2) Conditions relatives au délégant

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79. – Qualité pour déléguer – Disposant du pouvoir de direction, seul le dirigeant est en principe habilité à le
déléguer. Le titulaire de la délégation est donc généralement investi par le chef d'entreprise en personne. La
délégation de pouvoir constitue alors un aspect du contrat individuel de travail liant le délégataire au chef
d'entreprise. Mais cette figure n'est pas exclusive de situations contractuelles différentes, notamment au sein des
groupes de sociétés.

80. – Subdélégation – Le préposé auquel l'employeur aurait ainsi confié une parcelle de pouvoirs peut-il lui-même
en transférer une partie à un subdélégataire ?Après avoir hésité, la jurisprudence a considéré que la subdélégation
était possible lorsque l'employeur avait autorisé son préposé à subdéléguer : "rien n'interdit au chef d'entreprise qui
délègue ses pouvoirs au chef d'entreprise (...) de lui permettre de subdéléguer lesdits pouvoirs à un délégué"
(Cass. crim., 8 févr. 1983 : D. 1983, jurispr. p. 639, note H. Seillan. – Cass. crim., 25 juin 1991, n° 90-83-846. – C.
Puigelier, La délégation en matière d'accident du travail : JCP E 1993, I, 283, spécialement n° 16 et 17). Cette
solution, de nature à éviter des délégations en cascade conduisant à une dilution des responsabilités reposait sur
l'idée que transférer des pouvoirs était, en soi, un pouvoir qui devait être confié au délégataire pour pouvoir être
exercé.La Cour de cassation a sensiblement allégé son exigence en admettant des subdélégations sans
autorisation du délégataire initial. Elle estime désormais que la subdélégation est possible dès lors que le
subdélégataire dispose de la compétence, de l'autorité et des moyens lui permettant d'accomplir sa mission (Cass.
crim., 14 févr. 1991 : Dr. ouvrier 1991, p. 470, obs. Alvarez-Pujana. – Cass. crim., 30 oct. 1996 : JurisData n° 1996-
004697 ; JCP E 1997, pan. 102 ; JCP G 1997, IV, p. 37 – V. aussi, impl. Cass. crim., 30 sept. 2003, n° 02-82.034 :
JurisData n° 2003-020925). Une subdélégation en matière de sécurité peut être privée d'effet s'il est établi que son
titulaire ne dispose d'aucune formation en la matière (Cass. crim., 29 juin 1999, n° 98-84.993).

81. – Nécessité de la décision – La délégation de pouvoir ne peut-elle être consentie que lorsque le dirigeant ne
peut assurer personnellement le respect de la législation, en raison, notamment, des dimensions ou de la
complexité de l'activité déployée dans l'entreprise ? En ce sens, le ministre du Travail déclarait que « la
délégation de pouvoirs ne se justifie que dans le cas d'entreprises relativement importantes. Elle ne saurait se
justifier dans les petites entreprises, notamment celles ayant un caractère artisanal » (Rép. min., Briane : JOAN
29 juill. 1985, p. 3588. – V. aussi, Cass. crim., 18 déc. 1936 : DH 1937, p. 102).On trouve écho à cette position
dans certains arrêts relevant que le délégant n'avait pas la possibilité d'assumer personnellement les pouvoirs
transférés (Cass. crim., 23 janv. 1975 : D. 1976, jurispr. p. 375, note J. Savatier, "Est à bon droit relaxé des chefs
d'homicide involontaire et d'inobservation des prescriptions du décret du 8 janvier 1965 le PDG d'une société,
poursuivi à la suite d'un accident mortel survenu à un ouvrier sur un chantier situé à Lyon, alors que le prévenu
résidait dans la région parisienne où se trouve le siège social de l'entreprise et que le directeur de l'agence
lyonnaise, dont la compétence est certaine avait reçu délégation de tout pouvoir, y compris celui de licenciement,
pour ce qui concernait les chantiers ouverts dans la zone de son agence...").Pour autant, subordonner la délégation
de pouvoir à une telle impossibilité paraît excessif. En effet, la délégation de pouvoir a pour objet de confier au plus
compétent le soin de mettre en œuvre la réglementation. Or, le dirigeant n'est pas nécessairement celui qui peut,
de la meilleure manière, le faire.

82. – Conséquences de la disparition de l'employeur (fusion-absorption / transfert) – Une question peut se


présenter si l'entreprise qui a consenti la délégation de pouvoir disparaît après une fusion-absorption. La délégation
de pouvoir survit-elle à cette disparition du délégant ?Dans un arrêt rendu le 20 juillet 2011, la chambre criminelle a
tranché cette difficulté en laissant subsister une certaine incertitude.Dans cette affaire, une infraction de prêt illicite
de main-d'œuvre est poursuivie contre le salarié investi d'une délégation de pouvoir par le dirigeant d'une société
qui a été absorbée. Les juges du fond ont considéré que le transfert légal des contrats de travail de la société
absorbée vers la société absorbante avait opéré un transfert de la délégation de pouvoirs. Cette dernière était
donc, à suivre ce raisonnement, toujours valable même après la restructuration. Les juges du fond ont par ailleurs
constaté que la position hiérarchique de l'intéressé n'avait pas changé.Ils sont censurés car ils auraient dû
rechercher « si la fusion-absorption invoquée, qui avait donné lieu à la création d'une société distincte de la
précédente et à un changement de dirigeant social, n'avait pas eu pour effet d'entraîner la caducité de la délégation

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de pouvoirs accordée pour la durée de la responsabilité de M. S. au sein de la société absorbée » (Cass. crim.,
20 juill. 2011, n° 10-87.348 : JurisData n° 2011-014798). Cette décision ne signifie pas que la délégation de
pouvoirs soit, dans tous les cas, remise en cause par une opération de restructuration. Elle signifie simplement que
le juge n'est pas lié par les qualifications civiles ou travaillistes. « Si le droit pénal peut prendre en considération des
stipulations contractuelles, telles qu'une délégation inscrite dans un contrat de travail, les tribunaux répressifs ne
sont pas liés par elles comme le sont les parties qui les ont signées : les conventions de droit privé sont, pour le
juge, des éléments de fait qu'il qualifie de conditions préalables ou d'éléments constitutifs des infractions. C'est de
cette manière qu'il prend en considération la délégation, en appréciant sa réalité, son contenu et sa
permanence, mais sans être lié par des règles de pur droit privé, seraient-elles d'ordre public, comme celle de
l'article L. 1224-1 du Code du travail » (J.-H. Robert, Dr. pén. 2011, comm. 124). Il convient donc de s'assurer de la
persistance des conditions de validité de la délégation de pouvoirs.Certaines juridictions du fond (CA Paris, 10 déc.
2009, M. Germain : Bull. Joly, 2010, n° 4, p. 338 ; V. également CA Paris, 10 déc. 2009, n° 09/04775 : JurisData
n° 2009-016988), se fondant sur des dispositions du Code de commerce avaient subordonné la validité de la
délégation de pouvoirs au sein d'une SAS à l'exigence d'une mention dans les statuts et d'une publication au RCS.
Ces décisions concernaient la validité de licenciements prononcés par des salariés investis d'une délégation de
pouvoirs. On pouvait se demander si ces solutions ne pouvaient pas avoir des conséquences sur les délégations
de pouvoirs en droit pénal.La Cour de cassation par deux arrêts rendus en chambre mixte a mis fin à cette
incertitude. Il y a été décidé au visa de l'article L. 227-6 du Code de commerce et de l'article L. 1232-6 du Code du
travail « que si, selon le premier de ces textes, la société par actions simplifiée est représentée à l'égard des tiers
par son président et, si ses statuts le prévoient, par un directeur général ou un directeur général délégué dont la
nomination est soumise à publicité, cette règle n'exclut pas la possibilité, pour ces représentants légaux, de
déléguer le pouvoir d'effectuer des actes déterminés tels que celui d'engager ou de licencier les salariés de
l'entreprise » (Cass. Ch. Mixte, 19 nov. 2010, n° 10-10.095 et 10-30.215 : Bull. Ch. mixte, n° 1 et 2 – jurisprudence
constante : Cass. soc., 8 févr. 2012, n° 10-27.174 : JurisData n° 2012-001716). La solution devrait s'imposer
également au contentieux pénal.

3) Conditions relatives au délégataire

83. – Réalité du transfert de pouvoirs – La crainte a été formulée par les syndicats que la délégation ne devienne
un moyen pour les employeurs de faire reposer la responsabilité pénale sur un salarié qui ne pourrait la refuser et
ne disposerait pas des moyens pour faire respecter les dispositions légales et réglementaires. En liant de façon
indissoluble pouvoir et responsabilité, la jurisprudence a dissipé ces craintes. La responsabilité du délégataire ne
constitue pas l'objet de la délégation de pouvoir, mais une conséquence du transfert effectif de pouvoirs. "C'est par
un abus de langage qu'on affirme parfois que l'objet de la délégation est de transférer la responsabilité pénale au
délégué. Si la délégation produit ce résultat, celui-ci n'est que la conséquence des pouvoirs dont le substitut du
chef d'entreprise est désormais investi" (B. Boubli, La délégation de pouvoirs depuis la loi du 6 décembre 1976 : Dr.
soc. 1977, spécialement p. 82). Une délégation purement formelle, non accompagnée d'un transfert réel de
pouvoir, est nécessairement dépourvue d'efficacité (Cass. crim., 6 oct. 1955 : JCP G 1956, II, 9098, note de
Lestang ; Bull. crim. 1955, n° 388). La jurisprudence s'assure de la réalité des prérogatives transférées avant de
procéder à l'imputation de l'infraction. La qualité du délégataire, son autorité, sa compétence et ses moyens sont
pris en compte pour donner effet à la délégation.

84. – Qualité du délégataire – L'évolution des solutions jurisprudentielles traduit une volonté d'élargir le champ
d'application de la délégation. Durant une première période, le jeu de l'institution semblait devoir être limité à un
petit nombre de personnes concentrées au sommet de la hiérarchie de l'entreprise – essentiellement celles visées
par les principales incriminations, à savoir les directeurs et les gérants salariés.

85. – Préposé – La chambre criminelle a rompu avec cette interprétation, en donnant de la qualité de préposé une
définition beaucoup plus large qui autorise désormais le chef d'entreprise à déléguer ses pouvoirs à des
subordonnés occupant une position hiérarchique plus modeste (Cass. crim., 22 avr. 1966 : Bull. crim., n° 125).

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86. – Appartenance à la hiérarchie – La Cour de cassation n'exige pas formellement que le délégataire
appartienne à la hiérarchie de l'entreprise. Il est en effet concevable de confier d'importants pouvoirs au délégataire
sans pour autant lui attribuer un niveau hiérarchique particulier. Une telle disjonction entre ses pouvoirs dans la
fonction de délégataire et son niveau hiérarchique peut, le cas échéant, le conduire, dans l'accomplissement de sa
mission, à s'opposer, voire à commander à un supérieur hiérarchique. Théoriquement possible, cette disjonction
sera rarement admise. Il faudra faire la preuve de la réalité des pouvoirs d'un délégataire ne participant pas à la
chaîne de commandement de l'entreprise. Ainsi, sans nécessairement rejeter une délégation de pouvoirs confiée à
« un simple ouvrier » qualifié, la Cour de cassation a néanmoins censuré des juges n'ayant pas vérifié si « il pouvait
être considéré comme délégué » (Cass. crim., 18 oct. 1978 : Bull. crim., n° 305). Un devoir de motivation renforcée
s'impose donc lorsque le délégataire n'appartient pas à la hiérarchie de l'entreprise.Certaines conventions
collectives prévoient expressément en fonction de la classification les personnes pouvant être investies d'une
délégation de pouvoirs (et en quels domaines). (V. notamment : Accord du 12 octobre 2006, relatif aux
classifications, Brochure JO 3241, Commerce de détail de l'habillement). On peut se demander cependant si la
violation de ces stipulations conventionnelles suffirait à priver d'effet, dans le contentieux pénal une délégation de
pouvoir par ailleurs respectueuse de toutes les autres exigences jurisprudentielles ? Une réponse négative devrait,
à notre sens, être retenue.

87. – Appartenance à l'entreprise – La délégation de pouvoir est généralement considérée comme faisant partie
de la relation contractuelle unissant le chef d'entreprise à un salarié. Il est classique d'en déduire que la qualité de
salarié est nécessaire pour pouvoir être délégataire. La qualité de tiers étranger à l'entreprise ne permet pas d'être
investi d'une délégation de pouvoirs (Cass. crim., 12 déc. 1989, n° 89-81.074 : JurisData n° 1989-704484).Cette
position, qui correspond à la très grande majorité des cas, doit néanmoins être réévaluée lorsque la délégation de
pouvoir est mise en place au sein d'un groupe de sociétés ou d'activités communes.

88. – Délégation dans un groupe de sociétés – La jurisprudence a admis, progressivement, l'efficacité de


délégations mises en place au sein de groupe de sociétés. Dans un premier temps, cette solution a été admise
s'agissant d'une délégation, pour l'ensemble d'un groupe, confiée au dirigeant d'une filiale en matière de sécurité.
La Cour de cassation a décidé que "rien n'interdisait au chef d'un groupe, qui est en outre le chef de l'entreprise
exécutant les travaux, de déléguer ses pouvoirs en matière d'hygiène et de sécurité au dirigeant d'une autre société
du groupe, sur lequel il exerce son autorité hiérarchique" (Cass. crim., 26 mai 1994 : Bull. crim., n° 208 ; Dr. soc.
1995, p. 344, note A. Cœuret ; D. 1995, jurispr. p. 110, note Y. Reinhart).Valable au bénéfice du chef d'un groupe
disposant d'un pouvoir hiérarchique sur le délégataire, une telle délégation pouvait-elle également bénéficier au
dirigeant d'une filiale ? Une réponse positive semble résulter d'un arrêt de la chambre criminelle. Celle-ci admet en
effet qu'un dirigeant de filiale peut se prévaloir d'une délégation que le président de la société dominante a confiée
à un salarié appartenant à une société du groupe (Cass. crim., 7 févr. 1995 : RJS 1995, n° 657). Il semble, bien
qu'en raison de motifs hypothétiques des juges du fond cette solution ne soit pas assurée, que la délégation soit
efficace alors même que le délégataire n'était pas un préposé du délégant.

89. – Travail en commun – La possibilité, pour un chef d'entreprise, de se prévaloir d'une délégation de pouvoir
qui ne serait pas confiée à un de ses préposés apparaît également dans l'hypothèse où plusieurs sociétés sont
amenées à travailler en commun. Il paraît concevable de soutenir que l'investiture par chaque entreprise du
délégataire suffit à créer un lien de préposition. Une telle proposition est toutefois sujette à discussion. Il paraît en
effet difficile de considérer qu'une investiture, ayant consisté à donner pouvoir et autorité au délégataire,
caractérise un lien de subordination. Il faut, ici aussi, admettre qu'une délégation de pouvoir peut avoir des effets à
l'égard d'un délégant qui n'est pas l'employeur du délégataire.À cet égard, un arrêt rendu par la Chambre criminelle
(Cass. crim., 14 déc. 1999 : RJS 2000, n° 350 ; Dr. pén. 2000, comm. 56, note Véron) envisagé sous le seul aspect
de la désignation du délégataire mérite une particulière attention. En l'espèce, plusieurs entreprises chargées du
gros œuvre d'un chantier, ayant créé une société en participation en vue de la construction de ce chantier, avaient
décidé de déléguer au directeur des travaux de l'une d'entre elles, les pouvoirs nécessaires pour veiller à l'hygiène
et à la sécurité de l'ensemble du personnel occupé sur le site. Un accident du travail ayant eu lieu, les juges du

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fond, saisis de poursuites pour blessures involontaires par inobservation des articles L. 233-5-1 (devenu les articles
L. 4321-1 et s.) et R. 233-1 (devenu les articles R. 4321-1 et s. du Code du travail), retinrent la responsabilité de ce
directeur salarié en estimant qu'il était investi d'une délégation régulière bien qu'il ne fût pas membre de l'entreprise
à laquelle la victime appartenait. En effet, il est à noter que le représentant légal de chaque entreprise, dont celle
qui avait qualité d'employeur de la victime, avait investi ce préposé de l'autorité, de la compétence et des moyens
nécessaires à la délégation de pouvoirs.La possibilité de confier au salarié d'une des entreprises intervenantes sur
le chantier une délégation de pouvoir est désormais admise de manière constante (Cass. crim., 13 oct. 2009,
n° 09-80.857 : JurisData n° 2009-049884 ; Dr. pén. 2009, comm. 154, M. Véron ; JCP G 2010, 152, note J.-H.
Robert).

90. – Groupements d'employeurs – Depuis la loi n° 2005-157 du 23 février 2005, l'article L. 1253-15 du Code du
travail dispose qu'un salarié mis à disposition par un groupement d'employeurs peut bénéficier d'une délégation de
pouvoir du chef d'entreprise de l'entreprise utilisatrice dans les mêmes conditions qu'un salarié de cette entreprise.
Il n'est donc pas nécessaire d'être salarié de l'entreprise pour être titulaire d'une délégation de pouvoirs.
Néanmoins, il est peu contestable qu'un lien de préposition existe en l'espèce : le chef de l'entreprise utilisatrice
ayant un pouvoir de commandement sur le salarié du groupement.

91. – Stabilité de la qualité de délégataire – S'il n'est pas nécessairement salarié du délégant, le délégataire doit
être investi sur une durée suffisante pour accomplir sa mission. La mission de prévention confiée au délégataire
serait, en effet, illusoire si elle ne pouvait s'exercer pendant une période suffisamment longue ou si elle devait être
ponctuée d'interruptions trop fréquentes. La Cour de cassation a fait application de cette règle à propos d'une
infraction à la réglementation des transports routiers, en refusant de considérer comme responsable le chef d'un
service d'entretien des véhicules, au motif que la délégation dont il était censé bénéficier ne possédait pas une
permanence suffisante (Cass. crim., 21 nov. 1973 : Bull. crim. 1973, n° 431).

92. – Autorité du délégataire sur autrui. Pouvoir de commandement – Le délégataire doit être investi des
pouvoirs suffisants pour faire respecter aux membres de l'entreprise les normes dont la charge lui a été transmise
(Cass. crim., 21 janv. 1911 : Bull. crim. 1911, n° 54). Ceux auprès desquels le délégué doit intervenir doivent être
informés de leur obligation d'obéissance. Une simple mission de surveillance confiée à un chef de chantier ne
constitue pas une délégation de pouvoir exonérant le chef d'entreprise (Cass. crim., 21 févr. 1968 : Bull. crim. 1968,
n° 57).

93. – Pouvoir d'organisation du travail – Ce pouvoir de commandement doit notamment lorsque la sécurité
l'exige, permettre au délégataire de modifier l'organisation du travail. L'exercice de cette prérogative, de nature à
éviter la réalisation du risque, apparaît nécessaire s'agissant des délégations de pouvoir portant sur la sécurité
dans l'entreprise (Cass. crim., 7 déc. 2004, n° 03-87.015).

94. – Pouvoir disciplinaire – La délégation de pouvoir suppose que soit justifié des moyens dont dispose le
délégataire pour faire respecter les consignes qu'il doit éventuellement donner (Cass. crim., 21 août 1995, n° 94-
80.915). Faut-il, pour autant lui reconnaître un pouvoir disciplinaire propre ?L'existence d'un tel pouvoir n'est pas
une condition nécessaire pour exercer une autorité sur autrui. Un délégataire peut parfaitement faire respecter ses
consignes s'il dispose d'un appui sans équivoque de sa hiérarchie. Sans disposer directement d'un pouvoir
disciplinaire, il exercera une influence certaine, s'il peut efficacement exiger d'un supérieur que les désobéissances
auxquelles il se heurte soient sanctionnées. Pourtant, selon la majeure partie de la doctrine, un pouvoir indirect ne
semble pas suffisant pour assurer une délégation efficace (V. en ce sens, C. Puigelier, La délégation en matière
d'accident du travail : JCP E 1993, I, 283. – B. Boubli, La délégation de pouvoirs depuis la loi du 6 décembre 1976 :
Dr. soc. 1977, spécialement p. 82).Néanmoins, la jurisprudence analyse l'absence de pouvoir disciplinaire comme
un indice important pour caractériser l'absence de délégation (Cass. crim., 31 janv. 1989, n° 88-82.066, la Cour de
cassation approuve les juges d'avoir rejeté une délégation lorsqu'il "n'est pas démontré [que le prétendu
délégataire] bénéficiait du pouvoir de prendre des sanctions disciplinaires pour infractions aux consignes de

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sécurité à l'encontre des personnes travaillant sous sa direction ; ni “qu'il ait eu les moyens matériels et financiers”
lui permettant de prendre les mesures de sécurité qu'il pouvait juger utiles". – Cass. crim., 8 mars 1988, n° 87-
83.882. – Cass. crim., 8 mars 1988, n° 87-83.883. – Cass. crim., 29 oct. 1985 : Bull. crim. 1985, n° 335. – Cass.
crim., 31 janv. 2012, n° 11-84.198). Réciproquement, la possibilité d'infliger des sanctions est également un
élément retenu par les juges pour reconnaître une délégation de pouvoirs (Cass. crim., 24 nov. 1998, n° 96-
86.684).Le pouvoir disciplinaire doit être proportionné aux fonctions assignées au délégué. Il ne semble donc pas
nécessaire qu'il dispose dans tous les cas du pouvoir de licencier (V. C. Puigelier, préc. – B. Boubli, préc.).

95. – Indépendance – L'existence d'une délégation valable suppose que, dans l'exercice des prérogatives
transférées, le délégataire ne soit pas étroitement soumis à un contrôle hiérarchique. Ne dispose pas d'une
indépendance suffisante celui qui demeure dans un état de subordination étroit et exclusif envers son employeur
(Cass. crim., 2 mars 1977 : Bull. crim. 1977, n° 85). De même, un chef de chantier ne saurait être considéré comme
délégué lorsque sa mission consiste uniquement à assurer la transmission de directives provenant d'un supérieur
hiérarchique (Cass. crim., 21 févr. 1968 : JCP G 1963, II, 13259, note Guérin). De même, aucune faute ne peut être
reprochée au titulaire d'une délégation de pouvoirs, dès lors qu'il ne dispose d'aucune autonomie d'initiative et que
le chef d'entreprise ou l'un de ses supérieurs hiérarchiques s'immisce dans le déroulement des tâches qui lui
étaient confiées (Cass. soc., 21 nov. 2000 : JurisData n° 2000-006954 ; TPS 2001, comm. 6).

96. – Exclusivité – Ce pouvoir de commandement doit être exclusif, plusieurs délégations consenties pour un
même secteur ne caractérisent pas une délégation valable. "En effet, si le chef de chantier a la faculté de déléguer
la direction d'un chantier à un préposé investi par lui et pourvu de la compétence, de l'autorité et des moyens
nécessaires pour veiller efficacement à l'observation des dispositions en vigueur, il ne peut en revanche déléguer
ses pouvoirs à plusieurs personnes pour l'exécution d'un même travail, un tel cumul étant de nature à restreindre
l'autorité et entraver les initiatives de chacun des prétendus délégataires" (Cass. crim., 6 juin 1989 : Dr. ouvrier
1990, p. 458, obs. Alvarez-Pujana ; Bull. crim. 1989, n° 243. – Cass. crim., 23 nov. 2004, n° 04-81.601 : Bull. crim.,
n° 295 ; RJS 2005, n° 330).

97. – Moyens humains – Il est parfois nécessaire pour l'exercice d'une mission que le délégataire dispose de
moyens humains et matériels spécifiques pour l'accomplir. Le pouvoir de faire respecter ses directives par des
salariés ne relevant pas de lui n'est donc pas nécessairement suffisant, il faut parfois en plus qu'il ait des salariés
relevant directement de lui dont il aura éventuellement décidé du recrutement. La Chambre criminelle de la Cour de
cassation a approuvé les juges du fond d'avoir décidé, en appréciant souverainement les éléments de la cause,
qu'un prétendu délégataire, chef de dépôt, ne disposait pas d'une délégation certaine et sans ambiguïté des
pouvoirs de l'employeur en matière de sécurité dans la mesure où s'il passait commande des matériels et travaux
d'entretien, il ne réglait pas les factures, n'avait dans l'embauche de ses collègues qu'un mandat de présélection,
n'avait de délégation expresse que pour signer les courriers recommandés et percevait un salaire modeste (Cass.
crim., 25 janv. 2000 : RJS 2000, n° 542. – Cass. crim., 7 nov. 2000, n° 99-87.706. – Cass. crim., 7 nov. 2000,
n° 99-87.707).

98. – Moyens matériels – La présence de moyens matériels est également un élément important pour que la
délégation soit utilement invoquée. Ne peut être condamné le prétendu délégataire "qui ne disposait pas des
moyens matériels pour s'acquitter de sa tâche de surveillance" (Cass. crim., 7 déc. 2004, n° 03-87.015. – Cass.
crim., 8 mars 1988, n° 87-83.882. – Cass. crim., 8 mars 1988, n° 87-83.882). Il en va de même lorsque le juge
constate que non seulement le délégataire ne peut engager financièrement la société, mais que, de surcroît, il
n'existe pas de budget pour la sécurité dans l'entreprise (Cass. crim., 12 mai 2009, n° 08-82.187 : JurisData
n° 2009-048449).Il n'est pas nécessaire que le délégataire dispose dans tous les cas d'un pouvoir propre pour
commander et obtenir les matériaux nécessaires à l'accomplissement de sa mission. L'acquisition des matériels
peut être le fait du dirigeant de l'entreprise ou d'un autre cadre. Cela ne compromet pas la délégation de pouvoirs
dès lors que le délégataire dispose des moyens nécessaires à l'accomplissement de sa mission (En ce sens, B.
Boubli, article préc. : Dr. soc. 1977, spécialement p. 82). On observe cependant qu'en pratique, certains arrêts

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considèrent que lorsqu'il ne dispose pas d'un budget propre, le délégataire n'a pas une indépendance suffisante
(Cass. crim., 17 janv. 2006, n° 05-81.254) « la subdélégation donnée à Antoine A... n'était pas pleine et entière et
ne répondait pas aux conditions d'une véritable délégation, puisque celui-ci ne disposait pas des moyens financiers
pour assurer le respect des règles de sécurité et qu'il devait en référer à Michel X... pour l'obtention de moyens
supplémentaires lorsque la nécessité s'en faisait sentir »).Ces solutions nous paraissent excessives. Une
distinction mériterait d'être opérée selon que le délégataire dispose ou non d'un pouvoir budgétaire propre et
autonome.S'il dispose d'un budget, la délégation sera efficace si le montant du budget lui permet d'assumer les
coûts réels de sa mission. Elle n'aura pas d'effet translatif de responsabilité dans le cas contraire.S'il ne dispose
pas d'un budget propre, le juge devra vérifier s'il est en mesure d'obtenir de manière efficace les outils et matériaux
nécessaires à la réalisation de sa mission. Cependant, la délégation de pouvoirs sera inefficace pendant toute la
période séparant la demande et la délivrance de ceux-ci au délégataire. Il nous semble en revanche que c'est au
délégataire d'assumer la responsabilité s'il ne demande pas (alors qu'il le pourrait) les moyens qui lui auraient
permis d'assurer sa mission.

99. – Compétence – L'objectif de la délégation de pouvoir étant notamment d'assurer une meilleure application des
dispositions légales, il est important que le délégataire soit parfaitement qualifié pour la mission qui lui a été
impartie.La Cour de cassation relève, parfois de façon fort détaillée, cette adéquation entre les connaissances du
délégué et celles requises par sa mission (Cass. crim., 14 févr. 1991 : Dr. ouvrier 1991, p. 470, obs. Alvarez-
Pujana).

100. – Connaissances techniques – Cette condition qui, comme les autres, est appréciée souverainement par les
juges du fond, vise l'état des connaissances techniques du délégataire. Il est, en effet, difficilement concevable
qu'un salarié reçoive une mission de direction ou de surveillance susceptible d'engager en cas d'infraction sa
responsabilité pénale, sans disposer d'une compétence correspondante. Celle-ci peut d'ailleurs ne pas découler
automatiquement de sa qualification professionnelle et nécessiter une formation spécifique en fonction de la nature
des prescriptions applicables (en ce sens Circ. garde des Sceaux, 2 mai 1977 : Dr. soc. 1977, p. 490. – V. écartant
le jeu de la délégation pour absence de cette condition, Cass. crim., 10 janv. 1963 : Bull. crim., n° 19. – Cass. crim.,
17 nov. 1970 : Bull. crim., n° 299. – Cass. crim., 22 mai 1973 : Dr. ouvrier 1974, p. 325. – Cass. crim., 17 oct.
1979 : D. 1980, inf. rap. p. 296. – Cass. crim., 25 juill. 1991 : JurisData n° 1991-004078. – Cass. crim., 2 févr.
1993 : JurisData n° 1993-004783. – V. au contraire admettant le jeu d'une subdélégation après avoir constaté qu'il
avait bénéficié "d'un enseignement particulièrement poussé des mesures de sécurité", Cass. crim., 14 févr. 1991 :
Bull. crim., n° 79).

101. – Connaissances juridiques – La compétence du délégataire s'entend également comme l'état de ses
connaissances juridiques relativement aux textes qu'il convient de faire observer (Cass. crim., 26 mars 2002, n° 01-
82.280. – Cass. crim., 5 janv. 1982, Hero). Spécialement, ne remplit pas cette condition un chef d'équipe dont les
auditions, lors du procès, montrent qu'il apprécie les travaux dangereux et les mesures de sécurité à prendre selon
sa propre expérience, et non par référence à la lettre ou à l'esprit des dispositions inobservées (Cass. crim., 8 févr.
1983, Malingue).

102. – Obligation d'information – Le chef d'entreprise ne saurait se décharger valablement de son obligation de
sécurité sur un subordonné sans lui avoir indiqué au préalable la nature et les conséquences de la mission qu'il
entend lui confier ainsi que le contenu de la réglementation qu'il s'agit de faire appliquer (Cass. crim., 4 juin 1957 :
Bull. crim., n° 486. – Cass. crim., 27 févr. 1957 : Bull. crim., n° 208). Il paraît également logique que soit requise
son acceptation dès lors que la mission ainsi confiée modifie les termes de son contrat (Cass. crim., 25 mai 2004,
n° 03-82.765. – Cass. crim., 24 sept. 2002, n° 01-86.288). L'acceptation de la mission dès lors qu'elle est éclairée
emporte acceptation des conséquences pénales de celle-ci. En acceptant la mission de prévention et les pouvoirs
qu'elle implique, le préposé ne peut faire autrement que d'accepter les responsabilités qui peuvent en résulter,
toute autre solution aboutirait à subordonner l'application de la loi répressive au bon vouloir de son sujet (en ce
sens, N. Catala, op. cit., n° 47).Cette acceptation pourra être implicite lorsque le délégataire occupe, au sein de

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l'entreprise des fonctions hiérarchiques élevées (rappr. Cass. crim., 17 mars 2009, n° 08-84.518, salarié qui avait la
qualité de « directeur opérationnel », mais ressemblant fort à un dirigeant de fait). Elle devrait appeler un contrôle
plus étroit dans les autres cas (Cass. crim., 2 oct. 1979, n° 78-93.334 : Bull. crim., n° 267).

103. – Refus de la délégation – En revanche, il est à l'évidence exclu d'envisager tout transfert de responsabilité
sur le préposé lorsqu'avant l'infraction celui-ci a opposé un refus formel de la délégation qui lui était proposée (CA
Bordeaux, 28 mai 1991 : JurisData n° 1991-046415). Ce refus paraît légitime dans la mesure où la délégation
s'analyse comme une modification du contrat de travail et pas seulement comme un changement dans les
conditions de travail.

104. – Degré de détermination de la mission – L'acceptation éclairée de la délégation et l'accomplissement


efficace de celle-ci par son titulaire supposent que celle-ci soit, dès son acceptation, clairement définie. Tel n'est
pas le cas d'un chargé d'affaires dont la qualification serait demeurée incertaine (Cass. crim., 25 juill. 1991, n° 90-
83.562). Un document dont les termes seraient trop généraux ne peut "constituer une délégation de pouvoirs
certaine et dépourvue d'ambiguïté" (Cass. crim., 2 juin 1993 : RJS 1993, n° 1107). De même, des documents
décrivant de manière très vague la mission du prétendu délégataire permettent d'établir l'absence de précision de
sa mission (Cass. crim., 29 janv. 1985 : JCP E 1985, II, 14531, note O. Godard).Cette exigence de précision
s'oppose également à l'établissement de délégation dont le domaine serait général (ce qui est difficilement
concevable car il faudrait alors conférer au délégué le pouvoir correspondant, c'est-à-dire en faire le chef
d'entreprise...), ou simplement, trop étendu. La jurisprudence analyse parfois ce défaut sur le terrain de l'absence
de moyens : le délégataire n'a pas la possibilité d'exercer efficacement sa mission s'il est dépassé par l'ampleur
des tâches à accomplir (Cass. crim., 20 oct. 1987, n° 87-80.320).

b) Mise en œuvre

1) Invocation

105. – Charge de l'allégation et moment de l'invocation – S'agissant d'un moyen de défense mis en place par le
chef d'entreprise, c'est à lui qu'incombe la charge d'en alléguer l'existence pour échapper à la condamnation. Le
juge peut d'office procéder à cette recherche, mais il n'est pas tenu de le faire (Cass. crim., 24 janv. 1995, n° 94-
81.646, où le juge ordonne un complément d'information conduisant à la poursuite du délégataire). Une fois la
condamnation prononcée, il n'est donc pas possible de lui reprocher de n'avoir pas procédé à la recherche d'une
éventuelle délégation de pouvoir (Cass. crim., 23 nov. 1950 : Bull. crim., n° 268).L'existence de la délégation doit
être invoquée le plus tôt possible. La jurisprudence a longtemps estimé qu'une délégation ne pouvait utilement être
invoquée en appel (Cass. crim., 26 juin 1952 : Dr. soc. 1952, p. 602. – Cass. crim., 13 juin 1991, n° 90-81.544).
Cette solution traduisait la défiance de juges à l'égard de délégation dont il était supposé qu'elles avaient été
constituées a posteriori par des prévenus souhaitant uniquement échapper à une sanction pénale.L'invocation
d'une délégation de pouvoir constituant un moyen de défense au fond et non une exception de procédure touchant
à sa régularité ou à la saisine du juge, il était tout à fait illégal d'exiger qu'il soit soulevé devant les premiers juges.
Après quelques décisions l'annonçant de manière ambiguë (Cass. crim., 30 mars 1989 : RJS 1989, n° 507), la
Cour de cassation a clairement procédé à un net revirement : "S'agissant d'un moyen de défense, il appartient aux
juges du fond d'apprécier la valeur d'une délégation de pouvoirs invoquée en cour d'appel" (Cass. crim., 5 juin
1993 : RJS 1993, n° 407).Le risque de voir admettre des délégations a posteriori est réduit dans la mesure où les
juges, dans l'exercice de leur pouvoir souverain d'appréciation, considèrent avec sévérité la preuve de ces
délégations tardives (Cass. crim., 9 nov. 1993 : Dr. ouvrier 1994, p. 171, note Alvarez-Pujana. – Cass. crim., 29 juin
1999 : Dr. ouvrier 1999, p. 383). L'intérêt d'invoquer rapidement une délégation demeure donc, même s'il n'est plus
sanctionné sur le terrain de la procédure, mais sur celui de la preuve.Possible jusque devant le juge d'appel,
l'invocation d'une délégation de pouvoir pour la première fois devant la Cour de cassation est un moyen nouveau
qui ne peut qu'être écarté (Cass. crim., 26 sept. 2000, n° 00-80.034. – Cass. crim., 23 févr. 2003, n° 02-81.722. –
Cass. crim., 8 juin 2004, n° 03-86.331).

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2) Preuve

106. – Charge de la preuve – Le nombre important de condamnations d'employeurs et la méthode consistant à


rechercher leur responsabilité en raison de leur pouvoir de direction peuvent incliner à penser qu'une présomption
de responsabilité pèse sur eux. Cette formule apparaît dans des arrêts aussi anciens que contestables. Le
dirigeant, comme tout citoyen, doit bénéficier de la présomption d'innocence et ne devrait pas supporter la preuve
d'un acte qui, s'il était prouvé, lui permettrait d'échapper à une condamnation pénale. C'est au ministère public et
éventuellement à la partie civile qu'incombe cette charge de prouver l'absence de délégation.Un facteur de
complexité résulte du fait qu'en certains cas, le chef d'entreprise et le prétendu délégataire sont poursuivis
cumulativement. Tous deux bénéficient de la présomption d'innocence, l'un plaidant la présence d'une délégation,
l'autre son absence. Il appartient donc au juge, en ce cas, d'avoir une conviction, il ne devrait pas pouvoir
prononcer une condamnation sur des faits incertains.Il faut constater et regretter l'ambiguïté de certaines formules
jurisprudentielles où l'on ne sait pas exactement si l'employeur est condamné parce qu'il n'a pas prouvé l'existence
de la délégation ou, au contraire, parce que l'absence de délégation est établie (Cass. crim., 29 janv. 1985 : JCP E
1985, II, 14531, note O. Godard. – Cass. crim., 20 juin 2000, n° 99-82.083).Néanmoins, il semble résulter d'une
salve d'arrêts convergents que la Cour de cassation ne considère pas que l'employeur supporte une présomption
de responsabilité conduisant à lui imputer la charge de la preuve. Pour rejeter des pourvois fondés sur la
présomption d'innocence et invoquant l'inversion de la charge de la preuve, la Cour de cassation a répondu que,
dans l'exercice de leur pouvoir souverain, les juges avaient déduit des faits l'absence d'une délégation de pouvoirs
(Cass. crim., 8 oct. 2002, n° 02-82.754, 02-82755, 02-82.756, 02-82.758,02-82759, 02-82760, 02-82771. – Rappr.
Cass. crim., 15 nov. 2004, n° 94-80.393). Un tel motif eut été inutile si une présomption avait existé : la Cour de
cassation se serait contentée de décider, en raison de la présomption, que la charge de la preuve n'avait pas été
inversée. Le fait qu'elle se place sur le terrain de l'appréciation souveraine, donc de la conviction des juges, incline
à penser que la partie poursuivie ne supporte pas la charge de la preuve de la délégation.

107. – Preuve littérale – L'écrit qui n'est pas une condition de validité de la délégation de pouvoir (Cass. crim.,
27 févr. 1979 : Bull. crim. 1979, n° 88. – Cass. crim., 16 mars 1999 : JurisData n° 1999-001702), n'est pas
davantage requis lorsqu'il s'agit d'en faire la preuve. La Cour de cassation rappelle en effet que "la preuve de
l'existence d'une délégation de pouvoirs en matière de sécurité, qui ne saurait être juridiquement assimilée à une
convention autonome, mais doit être interprétée comme une modalité de l'exécution du contrat de travail liant le
chef d'entreprise à l'un de ses préposés, n'est pas soumise aux règles du droit civil" (Cass. crim., 21 déc. 1982,
Stracchi. – Cass. crim., 15 nov. 2004, n° 94-80.393).Inversement, l'existence d'un écrit ne suffit pas
nécessairement pour établir l'existence d'une délégation de pouvoirs (Cass. crim., 12 déc. 1989 : RJS 1990,
n° 123).Cependant, il est recommandé de prévoir un écrit (mention dans le contrat ou sur l'organigramme de
l'entreprise) car celui-ci, dans la mesure où ses stipulations trouvent un prolongement dans la réalité, présente
l'intérêt d'être précis (Cass. crim., 19 déc. 1995 : JurisData n° 1995-004251). Les juges exigent en effet que la
preuve qui leur est fournie permette de déterminer avec exactitude la position hiérarchique, les missions et les
prérogatives du prétendu délégué.

108. – Indices – Plus le prétendu délégué occupe au sein de l'entreprise une position hiérarchique élevée, plus la
délégation sera aisée à établir à son égard. L'acquiescement d'un simple préposé ne saurait, en revanche lier le
juge, car étant subordonné il n'est pas certain que ses propos soit libres et sincères : "... que la reconnaissance de
cette délégation faite par le préposé au cours de l'enquête, n'est pas déterminante comme émanant d'un salarié
soumis à un lien de subordination" (Cass. crim., 2 févr. 1993 : RJS 1993, n° 1107). La situation est tout à fait
différente lorsque l'ancien chef d'entreprise reconnaît être titulaire d'une délégation de pouvoirs, son efficacité
s'impose, quand bien même elle serait tacite (Cass. crim., 30 mars 1981, n° 79-93.112). La preuve est également
facilement admise lorsque la délégation désigne un chef d'établissement (Rappr. Cass. crim., 5 janv. 1993 : Rev.
sc. crim. 1994, p. 101, note B. Bouloc).

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109. – Identité du délégataire – Enfin même si cela constitue un cas limite, il convient de noter que la délégation
de pouvoirs invoquée par le chef d'entreprise n'a pas nécessairement à être nominative, du moment qu'elle est par
ailleurs exempte d'ambiguïté. Spécialement, les juges du fond peuvent trouver la confirmation de l'identité du
délégataire dans une délibération du comité d'hygiène et de sécurité faisant état de ce qu'une délégation pour les
problèmes ayant trait à la sécurité et à l'hygiène avait été donnée au chef de l'unité du travail dans laquelle
l'accident s'était produit (Cass. crim., 2 mars 1988, n° 87-81.528).

110. – Pouvoirs du juge – L'appréciation des différentes preuves fournies par le chef d'entreprise relève du
pouvoir souverain des juges du fond qui doivent cependant suffisamment motiver leur décision de façon à
permettre à la Cour de cassation d'exercer son contrôle sur la qualification des faits.Ne permet pas l'exercice de ce
contrôle et encourt, par là même, la cassation :
• la décision qui se contente de relaxer le chef d'entreprise en omettant de vérifier si la délégation de
pouvoirs qu'il invoquait était conforme aux conditions exigées (Cass. crim., 18 déc. 1963 : D. 1963, jurispr.
p. 169. – Cass. crim., 21 janv. 1968 : Bull. crim., n° 68. – Cass. crim., 13 nov. 1968 : Bull. crim., n° 297) ;
• l'arrêt qui écarte la responsabilité pénale d'un chef d'entreprise pour ne retenir que celle du chef du
chantier sur lequel s'est produit l'accident, sans préciser si les infractions à la réglementation du travail
génératrices de l'homicide involontaire pour lequel ils étaient l'un et l'autre poursuivis ont bien été
commises après le début des travaux, à un moment où la surveillance du chantier avait déjà été déléguée,
et sont de ce fait imputables au seul préposé (Cass. crim., 29 janv. 1976 : Dr. ouvr. 1977, p. 32) ;
• l'arrêt qui pour condamner un employeur se borne à énoncer qu'en l'absence de date certaine, les
délégations invoquées ne suffisent pas à transférer la responsabilité pénale alors qu'il appartenait aux
juges d'apprécier la valeur et l'étendue de la délégation de pouvoirs (Cass. crim., 15 nov. 1994, n° 94-
80.393).

c) Effets

1) Transfert de responsabilité

111. – Responsabilité du délégataire – Le délégataire devient, en raison des pouvoirs dont il dispose,
pénalement responsable. Des poursuites pourront être exercées contre lui non seulement pour les infractions qu'il
aura pu commettre en personne dans l'exercice de ses attributions, mais également pour celles matériellement
commises par d'autres que lui-même dans la partie de l'entreprise dont il assure la surveillance. Le responsable
substitué répond donc lui aussi du fait matériel d'autrui et sa culpabilité est appréciée de la même façon que celle
du responsable de principe.Les juges du fond doivent, en conséquence, caractériser la faute personnelle du
délégataire en fonction des circonstances de chaque espèce. La recherche de la faute personnelle du délégataire
ou du subdélégataire s'inscrit dans le cadre de la nouvelle définition de la faute d'imprudence figurant à l'article
121-3 du Code pénal tel que modifié par les lois du 13 mai 1996 et du 10 juillet 2000 (V. Cass. crim., 17 juin 1997 :
Bull. crim., n° 237. – Cass. crim., 14 oct. 1997 : Dr. ouvrier 1999, p. 38. – Cass. crim., 30 juin 1998 : RJS 1999,
n° 53 ; JCP E 1999, p. 964, note Y. Chevallier. – Cass. crim., 29 juin 1999 : Dr. ouvrier 1999, p. 383).L'identité des
raisonnements apparaît clairement dans un arrêt condamnant, en suivant un même raisonnement, un dirigeant et
deux délégataires, appartenant à trois entreprises distinctes (Cass. crim., 17 déc. 2002, n° 01-81.229). Commet
une faute personnelle le directeur salarié délégataire des pouvoirs de l'employeur sur le chantier où des
manquements au système réglementaire de protection sur les échafaudages ont été constatés. L'argument selon
lequel les ouvriers placés sous ses ordres auraient de leur propre initiative retiré les garde-corps initialement mis en
place, demeure sans portée dès lors que le responsable désigné par les textes n'est pas seulement tenu de fournir
les éléments de protection prévus par la réglementation, mais aussi de tenir la main à leur utilisation effective
(Cass. crim., 9 févr. 1982, Mareschal et a. – Dans le même sens, Cass. crim., 3 mai 1978 : Juri-soc. 1978, F75. –
Cass. crim., 5 oct. 1982 : Juri-soc. 1983, SJ 0. – Cass. crim., 3 janv. 1986 : Juri-soc. 1986, SJ 63. – Cass. crim.,
9 janv. 1996 : JurisData n° 1996-001661. – CA Paris, 31 janv. 1994 : JurisData n° 1994-021632). Un arrêt rendu

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par la Cour de cassation, illustre parfaitement le parallélisme du raisonnement des juges avec celui tenu à propos
du chef d'entreprise en ce qu'il déclare que la faute du prévenu, chef de production, résidait dans l'insuffisance de
l'organisation matérielle et administrative de ses services en matière d'hygiène et de sécurité et de l'absence de
directive ou injonctions précises. Ainsi qu'il adéjà été relevé, l'arrêt ajoute que le prévenu n'a pas établi l'existence
d'une subdélégation de pouvoirs à l'égard de l'un de ses collaborateurs (Cass. crim., 28 févr. 1995, n° 94-82.577 :
JurisData n° 1995-001628).En revanche, est à bon droit relaxé de la prévention d'infraction aux règles relatives à la
sécurité des travailleurs le conducteur de travaux, titulaire d'une délégation de pouvoirs en matière de sécurité, qui,
n'ayant pu prévoir ni empêcher un comportement dangereux de la part d'un ouvrier doté d'une grande expérience
professionnelle (de plus de vingt ans), n'a commis aucune faute personnelle de nature à engager sa responsabilité
au sens de l'article L. 263-2 du Code du travail(Cass. crim., 14 oct. 1986 : Bull. crim. 1986, n° 288).

112. – Incriminations visées – La délégation de pouvoirs portant sur le respect des règles de sécurité opère
également un transfert de responsabilité pénale à l'égard de certaines incriminations du droit commun. Ainsi,
lorsqu'un accident corporel résultant de l'inobservation des règlements est imputable au délégataire, c'est ce
dernier qui fait l'objet de poursuites pour homicide ou blessures par imprudence (Cass. crim., 27 janv. 1968 : Bull.
crim. 1968, n° 28. – Cass. crim., 29 oct. 1968 : Bull. crim., n° 274. – Cass. crim., 4 déc. 1968 : Gaz. Pal. 1969, 1,
p. 121. – Cass. crim., 12 janv. 1971 : Bull. crim. 1971, n° 7. – Cass. crim., 27 janv. 1971 : Bull. crim., n° 28. – Cass.
crim., 14 juin 1983, préc. – Cass. crim., 9 janv. 1996, préc.).

113. – Exonération de l'employeur – Le transfert de responsabilité résultant de la délégation a pour seconde


conséquence d'exonérer le chef d'entreprise de la responsabilité encourue pour l'infraction imputable à son
substitut, en mettant fin aux poursuites initialement dirigées contre lui. Cette exonération est de droit. Statuant en
matière d'infraction aux règles sur l'hygiène et la sécurité des travailleurs, la chambre criminelle de la Cour de
cassation a en effet posé le principe que la même infraction ne pouvait être retenue à la fois contre le chef
d'entreprise et contre le préposé délégué par lui (Cass. crim., 23 janv. 1975 : JCP G 1976, II, 18333, note J.-H.
Robert ; D. 1976, jurispr. p. 375, note J. Savatier ; Bull. crim. 1975, n° 30. – Cass. crim., 10 févr. 1976 : Bull. crim.
1976, n° 52. – Cass. crim., 28 mars 1979 : Bull. crim. 1979, n° 127. – Cass. crim., 14 oct. 1997 : RJS 1998,
n° 48).Méconnaît ce principe et encourt de ce fait la cassation l'arrêt qui déclare le gérant d'une société et le
directeur technique de celle-ci tous deux coupables d'une part, d'infraction au Code minier et au décret du 23 mars
1955 pris pour son application et d'autre part, du délit d'homicide involontaire causé par la seule inobservation des
règlements (Cass. crim., 12 janv. 1988 : Bull. crim. 1988, n° 15).

2) Limite du transfert

114. – Limite des pouvoirs transférés – Bien que parfaitement valable, une délégation n'entraîne un transfert de
responsabilité que dans la limite des pouvoirs transférés par l'employeur au délégataire. Ainsi, la délégation de
pouvoir concédée pour la présidence d'un CHSCT ne peut valoir pour les autres (Cass. crim., 12 avr. 2005 :
JurisData n° 2005-028276). De même, un chef d'entreprise ne peut se prévaloir d'une délégation portant sur la
sécurité et non sur l'embauche pour s'exonérer de poursuite pour marchandage (Cass. crim., 9 mars 1993, n° 92-
84.293). Une infraction s'inscrivant dans une stratégie générale de l'entreprise ne peut être reprochée au chef de
rayon d'un magasin investi d'une délégation de pouvoirs (Cass. crim., 23 sept. 2003 : JurisData n° 2003-020921).
Dans le même sens, la responsabilité pénale du délégataire ne saurait être engagée lorsque l'infraction réalisée
dans la partie de l'entreprise dont il assure la surveillance résulte d'un fonctionnement général défectueux de
l'établissement dans son ensemble (V. en ce sens Cass. crim., 6 oct. 1955 : Bull. crim. 1955, n° 388).La
jurisprudence retient une interprétation stricte du domaine d'efficacité de la délégation de pouvoir. Le transfert de
responsabilité ne porte que sur les prérogatives expressément et précisément attribuées au délégataire. Ainsi,
lorsque la délégation consentie au directeur d'une succursale ne porte que sur l'entretien, le nettoyage et
l'utilisation des locaux et que des carences ont été constatées dans l'installation et l'aménagement de ceux-ci, les
infractions correspondantes restent imputables au seul chef d'entreprise, maître de l'ouvrage (Cass. crim., 26 nov.
1985, Avril. – Rappr. Cass. crim., 21 janv. 1911, préc. n° 42. – Cass. crim., 22 oct. 1985 : Dr. ouvrier 1987, p. 34).

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115. – Intervention du délégant – Alors même que l'infraction tomberait dans le domaine de délégation du
préposé, l'employeur reste responsable des fautes qu'il a commises et qui ont contribué à la réalisation de
l'infraction (Cass. crim., 18 oct. 1977 : D. 1978, jurispr. p. 472, note Benoît. – Cass. crim., 15 mars 1994 : RJS
1994, n° 708), notamment en s'immisçant dans l'exercice des pouvoirs du délégué (Cass. crim., 9 nov. 2010, n° 10-
81.074 ; Dr. pén. 2011, comm. 39, note J.-H. Robert). La délégation cesse d'être efficace lorsque le délégant a pris
personnellement la décision à la source de l'infraction. C'est à bon droit qu'est condamné pour défaut de
consultation d'un CHSCT un employeur qui a délégué au chef des relations sociales le pouvoir de présider cet
organe lorsque les juges constatent qu'il avait pris la décision sans s'assurer que la consultation avait été opérée.
La Cour de cassation rappelle que "même lorsqu'il confie à un représentant le soin de présider le comité
d'entreprise, le chef d'entreprise doit, lorsqu'il prend une mesure entrant dans les prévisions de l'article L. 432-1 du
Code du travail, s'assurer de la consultation dudit comité sans pouvoir opposer l'argument pris d'une délégation de
pouvoirs" (Cass. crim., 3 mars 1998 : RJS 1998, n° 749). L'employeur peut encore être déclaré responsable s'il est
prouvé qu'il a eu connaissance d'agissements illicites et qu'il n'est pas intervenu (Cass. crim., 15 oct. 1970 : D.
1970, jurispr. p. 733, note J.-P. Costa).

116. – Infraction au Code de la route – S'agissant de certaines infractions au Code de la route, il est prévu que
« lorsque le certificat d'immatriculation d'un véhicule verbalisé pour excès de vitesse est établi au nom d'une
personne morale, seul le représentant légal de celle-ci peut être déclaré redevable pécuniairement de l'amende
encourue », la délégation de pouvoir étant alors inefficace (Cass. crim., 13 oct. 2010, n° 10-81.575 : Dr. pén. 2011,
comm. 7, note J.-H. Robert).

117. – Responsabilité civile – La Cour de cassation décide que le salarié, pénalement responsable en raison
d'une délégation de pouvoir n'est pas, en revanche, civilement responsable à l'égard des tiers s'il a agi dans les
limites de sa mission (Cass. crim., 23 janv. 2001 : RJS 2001, n° 988). La Cour de cassation limite donc, par
principe, le transfert de responsabilité résultant d'une délégation de pouvoir aux seules conséquences pénales.

C. - Condamnation de l'entreprise à un plan de sécurité

1° Conditions

118. – Gravité des infractions – L'article L. 4741-11 du Code du travail prévoit la possibilité de condamner
l'entreprise à exécuter un plan de sécurité lorsque des manquements aux règles de sécurité ont été caractérisés en
son sein. Selon cette disposition, quatre conditions doivent être réunies.

119. – Survenance d'un accident du travail – Il est nécessaire qu'un accident du travail ait eu lieu. Les infractions
à la législation du travail qui n'ont pas entraîné d'accident ne peuvent être prises en considération. Il en va ainsi tout
spécialement des délits réprimés par l'article L. 4741-1 du Code du travail à l'occasion desquels les salariés sont
seulement exposés à un risque qui ne s'est pas encore réalisé. Par analogie, on déduira que la simple exposition
au risque dans les termes de l'article 223-1 du Code pénal, cette exposition serait-elle particulièrement grave, est
inapte à satisfaire cette première condition légale.

120. – Déclenchement de poursuites – L'application de l'article L. 4741-11 du Code du travail suppose des
poursuites ayant pour fondement les articles 221-6, « 221-19 » (en fait probablement l'article L. 222-19) et « 221-
20 » (en fait probablement l'article L. 222-20) du Code pénal. Dès lors qu'il s'agit d'un manquement de l'employeur
en matière d'hygiène et de sécurité, il n'est guère exigé que soit spécifiquement visée une autre disposition
spéciale du Code du travail.

121. – Existence de manquements graves ou répétés aux règles d'hygiène et de sécurité du travail – La
condamnation à un plan de sécurité suppose des manquements graves et répétés aux règles de santé de sécurité
dans l'entreprise. Il n'est pas nécessaire que ceux-ci soient ceux ayant conduit au litige : il s'agira de manquements
antérieurs, dont on suppose qu'ils ne sont pas couverts par les règles de prescription.Le texte visant l'entreprise

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sans autre précision, il y a lieu de tenir compte des manquements relevés dans tous les établissements composant
celle-ci et pas seulement dans celui où est survenu l'accident.

122. – Détermination – L'alinéa 1er de l'article L. 4741-11 précise qu'il doit s'agir de manquements graves ou
répétés, ce qui laisse place à deux hypothèses. Soit les violations des règlements précédemment constatées n'ont
pas un caractère de suffisante gravité, et ce n'est qu'à partir d'un certain nombre d'entre elles que la condamnation
de l'entreprise est possible, soit au contraire il s'agit de violations graves et, bien que peu nombreuses, elles
autorisent l'application du texte.Enfin, il convient de remarquer qu'il s'agit des manquements "relevés" dans
l'entreprise et non exclusivement de ceux qui ont été sanctionnés. Ce terme vise par conséquent aussi bien les
inobservations constatées antérieurement à l'accident par procès-verbaux, même s'ils sont restés sans suite
judiciaire, que les manquements constatés au cours de l'instruction.

123. – Impossibilité pour la juridiction saisie, de retenir dans les liens de la prévention, la ou les personnes
physiques visées par les poursuites – Cette dernière condition marque le caractère résiduel de la responsabilité
de l'entreprise. Dans l'esprit du législateur, elle pouvait apparaître notamment lorsque le nombre des personnes
susceptibles d'être mises en cause en vertu des articles 221-6, 222-19 et 222-20 du Code pénal est tel qu'il est
impossible en toute équité de sanctionner une personne physique déterminée (Rapp. n° 333, Comm. aff. soc.
Sénat, 1975-76, p. 61). Une telle hypothèse sera, en pratique, fort rare. Lorsque le préjudice corporel résulte,
comme cela est fréquent, de l'inobservation d'un règlement, l'infraction est alors imputable, soit au chef
d'entreprise, soit à son délégataire.Lors de la recodification, ces dispositions ont été intégrées dans une section
intitulée « dispositions particulières aux personnes morales ». Pour autant il nous semble que réserver ce dispositif
aux seules entreprises dotées de la personnalité juridique pourrait être discuté.

2° Contenu

124. – Rétablissement des conditions normales d'hygiène et de sécurité – À supposer que les conditions
énumérées soient satisfaites, l'entreprise sera condamnée à réaliser un plan destiné à rétablir en son sein des
conditions normales d'hygiène et de sécurité du travail.

125. – Juridiction compétente – La juridiction compétente, pour prononcer cette mesure d'injonction, est
normalement le tribunal correctionnel et non la juridiction d'instruction (Cass. crim., 24 févr. 1981, 2 arrêts : D.
1981, jurispr. p. 469, note Malaval ; JCP G 1981, II, 19689, note Jeandidier ; Bull. crim. 1981, n° 73). À noter que le
tribunal qui prononce la relaxe des prévenus alors que les autres conditions d'application de l'article L. 4741-11 du
Code du travail sont réunies, est tenu de condamner l'entreprise, sans pouvoir – semble-t-il – apprécier
l'opportunité d'une telle condamnation.Selon la circulaire du 2 mai 1977(Dr. soc. 1977, p. 490. – V. T. corr. Nevers,
24 janv. 1978 : Dr. soc. 1979, p. 49, note Y. Saint-Jours) : le caractère obligatoire de cette mesure doit conduire,
dans le but de ne pas en retarder le prononcé, à veiller, dès le début de la procédure, à ce que l'entreprise soit
mise en cause en la personne de son propriétaire ou de son représentant légal s'il s'agit d'une personne morale, de
telle sorte que l'injonction prévue à l'alinéa 2 de l'article L. 4741-11 du Code du travail ne puisse être prononcée
que contradictoirement à l'égard de l'entreprise.

126. – Modalités de réalisation – La juridiction enjoint à l'entreprise de présenter, dans le délai qu'elle fixe, un plan
de réalisation des mesures de sécurité nécessaires :
• ce plan doit être accompagné d'un avis motivé du comité d'entreprise et du comité d'hygiène et de sécurité
ou, à défaut, des délégués du personnel (art. L. 4741-11, al. 2) ;
• il est soumis à la juridiction en cause qui peut, après avis du directeur régional des entreprises, de la
concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi, soit l'adopter, soit le refuser (art. L. 4741-11,
al. 3).

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Selon la circulaire du 2 mai 1977, un intérêt certain s'attache à ce que cette mesure, pour atteindre le but de
prévention qui est le sien, intervienne dans un délai aussi court que possible après l'accident. Dans cet objectif, il
conviendra également de veiller à ce que l'affaire soit à nouveau évoquée par la juridiction saisie, dès l'expiration
du délai fixé par elle pour la présentation du plan de réalisation des mesures nécessaires à rétablir des conditions
normales d'hygiène et de sécurité du travail.

127. – Sanctions – Lorsqu'aucun plan n'a été présenté par l'entreprise ou en cas de refus du plan proposé par elle,
la juridiction saisie la condamne à exécuter un plan dont elle détermine le contenu.Dans ce cas, le plan imposé par
le juge rencontre deux limites :
• l'un tenant à sa durée qui ne peut excéder cinq ans (art. L. 4741-11, al. 3) ;
• l'autre tenant à son coût : les dépenses mises à la charge de l'entreprise ne peuvent annuellement
dépasser le montant annuel moyen des cotisations d'accident du travail prélevé au cours des cinq années
antérieures à celle du jugement, dans le ou les établissements où ont été relevés les manquements aux
règles d'hygiène et de sécurité (art. L. 4741-11, al. 4).

Les mesures susceptibles d'être incluses dans le plan n'ont pas été définies par la loi. Selon le rapporteur de la
Commission des affaires culturelles, familiales et sociales de l'Assemblée nationale, il ne s'agit pas là d'un
oubli, mais plutôt d'une indétermination nécessaire à l'efficacité de l'institution. Le contenu du plan peut prendre
toutes les formes ; dépenses d'investissement : achat de nouvelles machines, aménagement des locaux ;
dépenses de fonctionnement : mise en place d'un service de sécurité, organisation d'une formation du personnel à
la sécurité, etc. (rapp. n° 2266 : Doc. AN 1976-77, p. 113).

3° Exécution

128. – Contrôle – Le contrôle de l'exécution du plan est confié dans tous les cas à l'inspecteur du travail qui peut
saisir le juge des référés afin que soit ordonnée la fermeture totale ou partielle de l'établissement pendant le temps
nécessaire à la réalisation des mesures prévues (art. L. 4741-11, al. 5. – V. Fasc. 82-10). Cette mission n'engendre
pas de pouvoirs nouveaux au profit de l'inspecteur, qui n'a pas à contrôler le déroulement financier du plan, mais
simplement à vérifier si les mesures "physiques" prévues en fonction d'un financement déjà arrêté sont bien
réalisées dans les délais fixés (Rapp. préc. p. 115).

129. – Sanctions – Le chef d'entreprise qui, dans les délais prévus, n'a pas présenté le plan visé à l'alinéa 2 de
l'article L. 4741-11 ou qui n'a pas pris les mesures nécessaires à la réalisation du plan arrêté par le juge est puni
d'une amende de 18 000 euros ainsi que des peines prévues à l'article L. 4741-14 du Code du travail(art. L. 4741-
11, al. 6. – V. Fasc. 82-25).

II. - Responsabilité de la personne morale

130. – Principe – Désormais, societas delinquere potest. Selon l'article 121-2 du Code pénal, les personnes
morales peuvent être pénalement responsables. On ne reviendra pas sur le débat relatif à l'admission du principe
de cette responsabilité qui traduit un étrange retour vers une responsabilité des groupements propre au moyen-âge
et on prendra acte de la volonté du législateur d'appréhender des comportements collectifs qui naguère restaient
hors de portée de toute répression pénale.

A. - Personnes responsables

1° Identification

131. – Champ d'application – Aux termes de l'article 121-2 du Code pénal, toutes les personnes morales sont
susceptibles d'encourir une responsabilité pénale, qu'elles soient de droit public ou de droit privé, à but lucratif ou

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non lucratif, françaises ou étrangères.S'agissant plus particulièrement des personnes morales de droit privé, sont
concernés :
• les sociétés civiles ou commerciales régies par le droit commun ou ayant adopté le statut coopératif ;
• les associations, dès lors qu'elles sont déclarées ;
• les groupements d'intérêt économique ;
• les syndicats professionnels et autres ;
• les fondations classiques et les fondations d'entreprises ;
• les institutions représentatives des salariés dans l'entreprise dès lors qu'elles se sont vues reconnaître la
personnalité civile.

132. – Limites temporelles de la personnalité morale – Il faut, en premier lieu que la personne morale soit
constituée pour que sa responsabilité puisse être envisagée. Il paraît donc difficile de poursuivre une personne
morale pendant le temps de sa formation. On peut se demander, si les agissements fautifs commis pendant la
période de constitution et repris par la personne morale, une fois celle-ci constituée, pourraient lui être reprochés
(V. R. Salomon et A. Martinel, Droit pénal social, Economica, n° 1144, p. 580 – cf. C. civ., art. 1843 ; C. com,
art. L. 210-6).Il ne paraît guère possible de poursuivre une personne morale dissoute (V. Cass. crim., 15 nov. 2005,
n° 04-85.441). Ainsi, en cas de liquidation judiciaire, la personnalité morale disparaît (C. civ., art. 1844) et avec elle
la possibilité de prononcer une condamnation pénale pour des faits postérieurs (TGI Paris, 4 mai 1998 : D. 1999,
jurispr. p. 15, note Poisson-Drocourt). Cependant, tant que les opérations de liquidation sont en cours, il est
toujours possible de poursuivre l'exécution d'une décision prononcée (V. R. Salomon et A. Martinel, Droit pénal
social, Economica, n° 1144, p. 581).Un raisonnement similaire doit s'appliquer, en cas de fusion absorption, à la
société absorbée et à la société absorbante (Cass. crim., 20 juin 2000 : Bull. crim. 2000, n° 237 ; RJS 2001, n° 145.
– Cass. crim., 14 oct. 2003 : Bull. crim. 2003, n° 189 ; RJS 2004, n° 278) : « dans le cas où une société, poursuivie
pour blessures involontaires, fait l'objet d'une fusion-absorption, que la société absorbante ne peut être déclarée
coupable, l'absorption ayant fait perdre son existence juridique à la société absorbée ».Néanmoins, dans ces cas il
existe un risque de fraude : procéder à une opération de fusion pour se soustraire à sa responsabilité. Il est
concevable d'interdire à une personne morale mise en examen de prendre part à une fusion ou à une scission. La
suggestion peut cependant paraître trop radicale : n'est-il pas plus opportun de laisser au juge le soin de décider s'il
y a ou non une fraude ? Au juge de déterminer si l'opération visait à éviter la sanction judiciaire, ce qui caractérise
une fraude ou si elle poursuit un autre but, qui interdit alors de sanctionner la personne morale ayant disparu.

133. – Groupements dépourvus de la personnalité morale – Faute de personnalité morale, certains


groupements ne devraient encourir aucune responsabilité pénale : sociétés en participation (C. civ., art. 1871) et
sociétés créées de fait (C. civ., art. 1873). En revanche, les sociétés de fait sont pénalement responsables.

134. – État et collectivités territoriales – L'État ne peut être déclaré pénalement responsable. Par ailleurs, la
responsabilité pénale des collectivités territoriales ou de leurs groupements est limitée aux infractions commises
dans l'exercice d'activités susceptibles de faire l'objet de convention de délégation de service public. La
détermination de ce qui peut faire l'objet d'une délégation ne relève pas des juridictions administratives, mais du
juge judiciaire. Selon l'article L. 1411-1 du Code des collectivités territoriales, « une délégation de service public est
un contrat par lequel une personne morale de droit public confie la gestion d'un service public dont elle a la
responsabilité à un délégataire public ou privé, dont la rémunération est substantiellement liée aux résultats de
l'exploitation du service ». La chambre criminelle a décidé, dans un arrêt de principe, que : "sont susceptibles de
faire l'objet de telles conventions les activités ayant pour objet la gestion d'un service public lorsque, au regard de la
nature de celui-ci et en l'absence de dispositions légales ou réglementaires contraires, elles peuvent être confiées,
par la collectivité territoriale, à un délégataire public ou privé rémunéré, pour une part substantielle, en fonction des
résultats de l'exploitation" (Cass. crim., 6 avr. 2004 : Bull. crim. 2004, n° 89). En l'espèce, la Cour de cassation a

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estimé que si l'exploitation d'un service de transports scolaires est susceptible de faire l'objet d'une convention de
délégation de service public, il n'en va pas de même de son organisation qui, en vertu de dispositions légales
expresses, est confiée au département. Dans le même sens, elle a estimé que l'obligation incombant à la région de
mettre les machines affectées à l'enseignement en conformité avec les prescriptions légales et réglementaires
relatives à la sécurité des équipements de travail participe du service de l'enseignement public et n'est pas, dès
lors, en raison de sa nature même, susceptible de faire l'objet de conventions de délégation de service public
(Cass. crim., 11 déc. 2001 : Bull. crim. 2001, n° 265 ; Dr. pén. 2002, comm. 40, obs. Véron). Ne peuvent davantage
faire l'objet d'une délégation de service public, en raison de leur nature, "l'animation des classes de découverte
pendant le temps scolaire" (Cass. crim., 12 déc. 2000 : Bull. crim. 2000, n° 37).Ont pu, en revanche, faire l'objet
d'une délégation, l'exploitation d'un théâtre (Cass. crim., 3 avr. 2002 : Bull. crim. 2002, n° 77 ; Dr. pénal 2002,
comm. 95, obs. Véron ; Rev. sc. crim. 2002, p. 810, obs. Bouloc ; RJS 2002, n° 920) ou d'un domaine skiable
(Cass. crim., 14 mars 2000 : Bull. crim. 2000, n° 114), d'un abattoir (Cass. crim., 14 déc. 2010, n° 10-80.591 : Dr.
pén. 2011, comm. 32, obs M. Véron).La chambre criminelle a pu retenir, s'agissant de la gestion d'un parc public
dont l'accès était gratuit, « que nonobstant le choix actuel de la ville de laisser le parc [...] libre d'accès et d'assurer
elle-même sa gestion et son entretien, aucun obstacle de droit ou de fait ne permet d'exclure que le dit parc puisse
à l'avenir faire l'objet d'un accès payant ou faire l'objet d'un mode de financement, de gestion ou d'exploitation
permettant de générer des recettes pour un éventuel délégataire » (Cass. crim., 7 sept. 2010, n° 10-82.119 :
JurisData n° 2010-017690 ; Dr. pén. 2011, comm. 34, obs. M. Véron).

2° Répartition

a) Entre personnes morales et personnes physiques

135. – Cumul des responsabilités – Ainsi que l'indique le troisième alinéa de l'article 121-2 du Code pénal, la
responsabilité pénale des personnes morales n'exclut pas celle des personnes physiques auteurs ou complices
des mêmes faits. Le législateur a donc autorisé le cumul des responsabilités dans le but d'éviter : "que la
responsabilité pénale des groupements constitue un écran utilisé pour masquer les responsabilités personnelles"
(avant projet définitif du Code pénal : doc. fr. 1978, p. 42). Selon la circulaire du 14 mai 1993(Circ. CRIM 93-9),
« on peut cependant penser que cette nouvelle forme de responsabilité viendra limiter en pratique le champ de la
responsabilité pénale personnelle des dirigeants sociaux ». Plus spécialement, « cette atténuation de la rigueur des
règles actuelles devrait se manifester tout particulièrement dans le domaine des infractions de négligence, des
infractions d'omission et enfin des infractions matérielles ».

1) Infractions non intentionnelles

136. – Ambiguïté du cumul de responsabilités – La possibilité de cumuler les responsabilités ressort clairement
du texte de l'article 121-2 du Code pénal. Le souci d'imposer aux employeurs un comportement exemplaire,
particulièrement en matière d'hygiène et de sécurité, pourrait conduire la jurisprudence à rechercher
systématiquement la responsabilité pénale de la personne physique.Néanmoins, la volonté du législateur était de
limiter leur responsabilité, jugée trop automatique. L'innovation consistant à retenir la responsabilité des personnes
morales présenterait peu d'intérêt si son seul objet n'était que d'ajouter un coupable supplémentaire. C'est dans le
champ des infractions non intentionnelles que l'exonération de responsabilité devrait trouver le plus d'applications.
En ce sens, une partie de la doctrine soutient qu'il est possible de poursuivre exclusivement la personne physique
lorsque la faute ne résulte pas d'un acte unique d'une gravité particulière, mais d'une succession de
comportements ou d'abstentions révélant un manque involontaire d'organisation de l'entité.La modification de
l'article 121-2 du Code pénal par la loi n° 2000-647 du 10 juillet 2000 accentue encore la possibilité d'une
conception alternative de la responsabilité de la personne morale et de la personne physique. Ce texte pose en
principe le cumul des responsabilités « sous réserve des dispositions du quatrième alinéa de l'article 121-3 » du
Code pénal. Or ce dernier texte impose le constat d'un manquement particulièrement caractérisé à la charge de la

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personne physique. Il est logique d'en déduire qu'une faute ne pouvant être reprochée à une personne physique
pourrait l'être à une personne morale.

137. – Responsabilité de la personne morale seule – La Chambre criminelle de la Cour de cassation a jugé
(Cass. crim., 24 oct. 2000 : JCP G 2001, II, 10535 ; RJS 2001, n° 386. – V. aussi, Cass. crim., 14 sept. 2004, n° 03-
86.159 – Cass. crim., 2 oct. 2012, n° 11-85.032 : JurisData n° 2012-024383 ; JCP S 2012, 1546, note A. Cœuret. –
Cass. crim., 8 janv. 2013, n° 12-81.102 : JurisData n° 2013-002101 ; Dr. pén. 2013, comm. 55, note M. Véron) que
la relaxe prononcée au bénéfice des personnes physiques pour absence de faute caractérisée n'interdit pas de
rechercher la responsabilité de la personne morale. Une responsabilité exclusive peut notamment être recherchée
lorsque l'infraction résulte du défaut d'organisation (CA Montpellier, 3e ch. corr., 20 juill. 2004 : JurisData n° 2004-
255438).En ce sens, selon la circulaire du 13 février 2006(Crim-06-3/E8, BO Min. Justice n° 101), « en cas
d'infraction non intentionnelle, mais également en cas d'infractions de nature technique pour laquelle l'intention
coupable peut résulter, conformément à la jurisprudence traditionnelle de la Cour de cassation de la simple
inobservation, en connaissance de cause, d'une réglementation particulière, les poursuites contre la seule
personne morale devront être privilégiées, et la mise en cause de la personne physique ne devra intervenir que si
une faute personnelle est suffisamment établie à son encontre pour justifier une condamnation pénale » (p. 3).

138. – Responsabilité de la personne physique – Si une atténuation de la responsabilité peut être attendue en
matière d'infraction non intentionnelle, il n'en résulte nullement que l'employeur soit en principe exonéré de sa
responsabilité par la condamnation d'une personne morale. Le juge peut en effet condamner cumulativement
l'employeur et son entreprise (Cass. crim., 7 juill. 1998 : RJS 1998, n° 1389). Il peut également ne retenir que la
responsabilité du dirigeant après avoir relaxé la personne morale (Cass. crim., 26 oct. 2004 : Bull. crim. 2004,
n° 254).

2) Infractions intentionnelles

139. – Principe de cumul – Si une atténuation de la responsabilité des personnes physiques peut être constatée
pour les infractions non intentionnelles, il n'est qu'exceptionnellement admis pour les infractions
intentionnelles.Selon la circulaire du 13 février 2006, « en cas d'infraction intentionnelle, la règle devra en principe
consister dans l'engagement de poursuites à la fois contre la personne physique auteur ou complice des faits, et
contre la personne morale, dès lors que les faits ont été commis pour son compte par un de ses organes ou
représentants ».Le cumul des responsabilités a pour résultat que personne physique et personne morale seront
réputées coauteurs ou complices de l'infraction. Le premier alinéa de l'article 121-2 du Code pénal prévoit en effet
expressément qu'une personne morale peut être pénalement responsable en tant que complice au sens de l'article
121-7 du même code qui définit la notion de complicité. La personne morale sera poursuivie en tant qu'auteur
principal lorsque l'infraction aura été commise par son représentant lui-même. Elle sera poursuivie en qualité de
complice chaque fois que ses organes ou représentants se seront eux-mêmes rendus complices d'un tiers,
notamment en lui donnant des instructions (notion d'instigateur) pour qu'il commette une infraction au profit de la
personne morale.

b) Entre personnes morales

140. – Activités communes, délégataire unique – La collaboration de plusieurs entreprises à une même
opération engage leur responsabilité dans des termes similaires à celle des personnes physiques. En
conséquence, lorsque la responsabilité d'un des dirigeants (ou de plusieurs) peut être engagée, celle de la
personne morale pour le compte de laquelle il agit également.L'éventuelle mise en place d'une délégation de
pouvoir commune produira dans ce contexte un effet original. Alors qu'elle permet d'écarter la responsabilité des
dirigeants personnes physiques ayant transmis leurs pouvoirs elle est, au contraire, pour les personnes morales à
l'origine de l'engagement de leur responsabilité. Reste à déterminer si toutes les personnes morales peuvent voir
leur responsabilité engagée ou seulement l'une d'elle, et en ce dernier cas, laquelle ? Répondant à ces
interrogations, la Cour de cassation décide « qu'en cas d'accident du travail, les manquements en matière

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d'hygiène et de sécurité des travailleurs commis par le délégataire de pouvoirs désigné par chacune des sociétés
constituant un groupement d'entreprises à l'occasion de l'attribution d'un marché, engagent la responsabilité pénale
de la personne morale, membre du groupement, qui est l'employeur de la victime, ou, en cas de recours à
une main-d'œuvre intérimaire, de la personne morale ayant la qualité d'entreprise utilisatrice au sens des
dispositions du code du travail relatives au travail temporaire » (Cass. crim., 23 nov. 2010, n° 09-85.115 : Bull.
crim., n° 210 – V. déjà, Cass. crim., 13 oct. 2009, n° 09-80.857 ; Bull. crim. 2009, n° 169 ; JCP E 2010, p. 19, note
J.-H. Robert ; Dr. soc. 2010, p. 144, note F. Duquesne ; Rev. Sc. crim., 2009, p. 834, note Y. Mayaud ; Dr. soc.
2013, p. 626, obs. R. Salomon). Le juge de cassation refuse donc que, par principe, toutes les sociétés ayant
donné délégation soient, pour ce motif, susceptibles d'être déclarées responsables.

3° Imputabilité

a) Infractions imputables

141. – Fin du principe de spécialité depuis le 31 décembre 2005 – Selon l'article 121-2 du Code pénal, la
responsabilité d'une personne morale ne pouvait être recherchée que « dans les cas prévus par la loi ou le
règlement ». La loi Perben II du 9 mars 2004 portant adaptation de la justice aux évolutions de la criminalité a fait
disparaître ce principe de spécialité. Toutes les infractions susceptibles d'être reprochées à une personne physique
peuvent également l'être à une personne morale depuis le 31 décembre 2005.

142. – Portée de la généralisation de responsabilité – La question s'est posée de savoir si certaines infractions,
visant spécifiquement le dirigeant ou un délégataire étaient susceptibles d'être imputées à la personne morale.
Ainsi, il a pu être soutenu qu'en visant spécifiquement « les chefs d'établissements, directeurs, gérants ou
préposés » l'ancien article L. 263-2 du Code du travail (devenu l'article L. 4741-1 qui vise désormais « l'employeur
ou son délégataire ») posait une liste limitative de responsables possibles (En ce sens : J.-Cl. Plancke, Faute de
loi... se contentera-t-on de la circulaire. A propos, de la généralisation de la responsabilité pénale des personnes
morales : D. 2006, p. 1836). Cette thèse, pouvant se prévaloir du principe de légalité, n'a cependant pas convaincu
la chambre criminelle qui retient la responsabilité pénale de la personne morale (Cass. crim., 28 avr. 2009, n° 08-
83.843 : JCP S, 2009, 1413, note Th. Tauran. – Cass. crim., 1er sept. 2010, n° 09-87331 : Dr. pén. 2010, chron. 9,
n° 1, obs. M. Ségonds).

143. – Application de la loi dans le temps – En principe, la loi pénale ne saurait s'appliquer à des faits commis
avant son entrée en vigueur que dans l'hypothèse où elle est moins sévère. Tel n'est pas le cas d'une loi qui étend
le champ d'application de la répression. En conséquence, en l'absence de dispositions spéciales prévoyant la
responsabilité pénale de la personne morale, aucune poursuite ne peut être intentée contre elle pour des faits
antérieurs au 31 décembre 2005.

b) Origine des manquements imputables

1) Intervention d'un organe ou d'un représentant

144. – Principe – La responsabilité d'une personne morale suppose qu'un acte puisse lui être imputé. Composé de
pure technique juridique, la personne morale n'agit jamais directement, mais seulement par l'entremise de
personnes physiques. La loi exige donc, pour qu'elle puisse être poursuivie, qu'un acte ait été accompli par un
organe ou un représentant.

145. – Organe et représentants – La notion d'organe visée à l'article 121-2 du Code pénal correspond au
fonctionnement normal du groupement et renvoie à la structure de gestion dont il est doté en vertu de ses statuts
ou de par la loi. Elle désigne une ou plusieurs personnes physiques investies légalement ou statutairement d'un
pouvoir de direction, d'administration ou de représentation de la personne morale.Pour les personnes morales
dotées d'une structure plus élaborée comme les sociétés de capitaux, s'y rattachent non seulement les organes de

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gestion (Président, conseil d'administration, directoire, gérant...), mais également les organes de contrôle (conseil
de surveillance, assemblées générales d'actionnaires ou de porteurs de parts). Si tous peuvent engager la
responsabilité pénale de la personne morale, les premiers, de par les pouvoirs qui leur sont reconnus, paraissent a
priori plus exposés que les seconds à matérialiser l'infraction. Néanmoins, il peut en aller autrement lorsque par
leur gravité ou leur durée les faits reprochés ne pouvaient être ignorés des organes de contrôle (T. corr.
Strasbourg, 9 févr. 1996 : Bull. Joly 1996, p. 297, note J.-F. Barbiéri ; LPA 1996, n° 38, p. 19, note Th.
Dalmasso).L'article 121-2 du Code pénal cite également les représentants de la personne morale. La Cour de
cassation a précisé qu'ont « la qualité de représentants, au sens de ce texte, les personnes pourvues de la
compétence, de l'autorité et des moyens nécessaires, ayant reçu une délégation de pouvoirs de la part des
organes de la personne morale ou une subdélégation des pouvoirs d'une personne ainsi déléguée » (Cass. crim.,
26 juin. 2001 : Bull. crim. 2001, n° 161 ; JCP E 2002, II, 371, note D. Ohl).Cette notion ne fait pas double emploi
avec la première, même s'il est admis que les organes de gestion sont aussi des organes de représentation qui,
s'agissant des sociétés, engagent le groupement même lorsqu'ils agissent en dehors de l'objet social. En effet,
outre le cas particulier de l'entreprise gérée par un administrateur provisoire, on peut envisager les cas dans
lesquels la personne morale aura donné mandat à une personne physique ou à une autre personne morale d'agir à
sa place dans la vie juridique. Dans de telles situations de "représentation spéciale" le mandataire peut avoir
l'occasion de commettre l'infraction imputable à la personne morale.

146. – Délégation et subdélégation de pouvoirs – La qualité de salarié du délégataire par ailleurs reconnu apte à
assumer la responsabilité des infractions à la place du chef d'entreprise ne s'oppose pas à ce qu'il puisse être
considéré comme le représentant de la personne morale susceptible comme tel d'engager sa responsabilité pénale
(Cass. crim., 1er déc. 1998 : RJS 1999, n° 216. – Cass. crim., 14 déc. 1999 : Bull. crim., n° 306. – Cass. crim.,
30 mai 2000 : Dr. soc. 2000, p. 1148, obs. P. Morvan. – V. A. Cœuret : Dr. soc. 1994, p. 627 – Cass. crim., 15 mai
2007, n° 05-87260 : JCP S 2007, 1954, note J.-F. Cesaro. – Rapp. Cass. crim., 11 déc. 2012, n° 11-87.421 :
JurisData n° 2012-031677 ; Bull. crim., n° 274 ; Dr. pén. 2013, comm. 55, note M. Véron. – Cass. crim., 25 mars
2014, n° 13-80.376 : JurisData n° 2014-005997).Ainsi, la Chambre criminelle de la Cour de cassation a décidé que
l'infraction d'homicide involontaire constatée à la suite d'un accident du travail pouvait être imputée à la personne
morale dont le président ou son délégataire n'avait pas accompli toutes les diligences normales pour faire respecter
les prescriptions qui s'imposaient à l'entreprise en ce domaine (Cass. crim., 1er déc. 1998 : Bull. crim., n° 325). Le
subdélégué peut également engager la responsabilité de la personne morale (Cass. crim., 26 juin. 2001 : Bull. crim.
2001, n° 161 – Cass. crim., 22 janv. 2013, n° 12-80022 ; AJP 2013, p. 273, note J. Lasserre Capdeville ; Dr. pén.
2013, comm. 55. – Cass. crim., 25 mars 2014 : JCP S 2014, 1217, note A. Cœuret et F. Duquesne. – JCP G 2014,
716, note J.-H. Robert).Ce mécanisme suppose que la preuve de l'existence d'une authentique délégation de
pouvoirs soit apportée (Cass. crim., 11 oct. 2011, n° 10-87.212 : JurisData n° 2011-021620 ; JCP S 2011, n° 1543,
note J.-F. Cesaro). Les juges du fond disposant d'un pouvoir souverain d'appréciation (Cass. crim., 9 nov. 2010,
n° 10-81.074 ; JCP S 2011, 1076, note A. Martinon).En cas de délégation de pouvoirs donnée par plusieurs
entreprises travaillant en commun, la responsabilité ne pèse pas sur l'ensemble des sociétés du groupe, mais
uniquement sur celle dont les salariés ont été victimes de l'infraction (Cass. crim., 23 nov. 2010, n° 09-85.115 ; Bull.
crim., n° 210 – V. déjà, Cass. crim., 13 oct. 2009, n° 09-80-857 ; Bull. crim., n° 169 ; JCP E 2010, p. 19, note J.-H.
Robert ; Dr. soc. 2010, p. 144, note F. Duquesne ; Rev. sc. crim., 2009, p. 834, note Y. Mayaud).

147. – Simple salarié – La qualité de représentant doit être refusée au salarié agissant de sa propre initiative.
La circulaire du 14 mai 1993 précitée précise en ce sens qu'il ne peut engager la personne morale quand bien
même son comportement aurait finalement bénéficié à l'entreprise. Elle précise que "la personne morale ne sera
pas pénalement responsable des infractions commises, dans l'exercice ou a l'occasion de l'exercice de ses
fonctions, par l'un de ses employés, dès lors que celui-ci a agi de sa propre initiative et même si la personne
morale a pu bénéficier de l'infraction".Cette solution est retenue par la Cour de cassation (Cass. crim., 29 janv.
2008, n° 07-80.564 : JurisData n° 2008-042903) hormis lorsque le salarié participe du pouvoir de direction (rapp.
Cass. crim., n° 07-85.109, 23 juin 2009 : JurisData n° 2009-049414 ; Dr. pén. 2009, comm. 121, note M. Véron),
cette dernière expression suggérant un cas de délégation de pouvoirs.

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148. – Identification nécessaire d'un organe ou d'un représentant – L'identification de la personne physique à
l'origine de l'infraction est une condition nécessaire pour engager la responsabilité de la personne morale.Le
mécanisme d'imputation de la responsabilité au dirigeant rend relativement aisé la satisfaction de cette condition :
la responsabilité de principe du dirigeant entraîne celle de la personne morale. Une personne morale a ainsi pu être
condamnée car "le président de la société, [...] ou son délégataire en matière de sécurité n'a pas accompli toutes
les diligences normales pour faire respecter les prescriptions qui s'imposaient à elle" (Cass. crim., 9 nov. 2004,
n° 03-87.677 – Comp. cependant, Cass. soc., 18 janv. 2000, n° 99-80.318 : JurisData n° 2000-000995 ; JCP E
2001, II, p. 278, note F. Marmoz).Cependant, il appartient au juge de procéder à l'identification de ce responsable.
En effet, il est notamment concevable que l'infraction soit le fait exclusif d'un tiers ou de la victime et ne puisse être
reprochée à l'actuel dirigeant de l'entreprise. Pourtant, de manière contestable au regard notamment de l'article 593
du Code de procédure pénale et 121-2 du Code pénal, la jurisprudence a, un temps, admis que le fait d'ignorer
l'identité exacte de l'auteur des faits n'empêchait pas de poursuivre la personne morale si les agissements en
cause ont nécessairement été accomplis par un représentant ou par un organe (Cass. crim., 21 mars 2000 : JCP E
2001, n° 3, p. 133, obs. J.-H. Robert. – Cass. crim., 20 juin 2006, n° 05-85.255 : Bull. crim., n° 188 ; Rev. sc. crim.,
2006, p. 825, obs. Y. Mayaud ; JCP G 2006, II, 10199, note E. Dreyer).Elle semble être revenue sur cette position
en exigeant des juges du fond qu'ils s'assurent effectivement que « les manquements relevés résultaient de
l'abstention d'un des organes ou représentants des sociétés prévenues » (Cass. crim., 23 févr. 2010, n° 09-81.819
– Cass. crim., 11 avr. 2012, n° 10-86.974 : JurisData n° 2012-007035 ; JCP S 2012, 1269, note S. Brissy ; JCP G
2012, note 740, J.-H. Robert ; Dr. sociétés 2012, comm. 153, note R. Salomon ; Procédures 2012, comm. 191, note
A.-S. Chavent-Leclère ; D. 2012, p. 1381, note J.-C. Saint-Pau et p. 1968, note C. Mascala ; Rev. pénit. 2012,
p. 405, note B. de Lamy ; LPA 13 juin 2012, p. 15, note J. Lasserre Capdeville ; Bull. Joly sociétés 2012, p. 601,
éditorial J.-F. Barbieri et p. 655, note D. Chilstein ; Rev. Lamy dr. aff. 2012/73, n° 4110, note B. Bouloc. – M.
Segonds, Un an de droit pénal du travail : Dr. pén. 2012, chron. 9, n° 2 – Cass. crim., 2 oct. 2012, n° 11-84.415 :
JurisData n° 2012-023373 ; Bull. crim., n° 205 ; JCP E 2012, 1707, note F. Duquesne ; JCP S 2013, 1053 note S.
Brissy ; Rev. sc. crim. 2013, p. 73, note Y. Mayaud – Cass. crim., 25 mars 2014, n° 13-80,376 : JurisData n° 2014-
005997 ; JCP G 2014, 716, note J.-H. Robert. – Cass. crim., 1er avr. 2014, n° 12-86.501 : JurisData n° 2014-
006503. – Cass. crim., 6 mai 2014, n° 13-81.406 : JurisData n° 2014-009174 ; JCP S 2014, 1380, note F.
Duquesne ; Cass. crim., 6 mai 2014, n° 13-82.677 : JurisData n° 2014-009171 ; Cass. crim., 2 sept. 2014, n° 13-
83.956 : JurisData n° 2014-019712 ; Dr. sociétés 2014, comm. 196, note R. Salomon) bien que certains arrêts aient
pu susciter des hésitations (Cass. crim., 15 mai 2012, n° 11-83.301. – Cass. crim., 12 juin 2012, n° 11-83.657 :
JurisData n° 2012-023375. – Cass. crim., 26 juin 2012, n° 11-86.267 : JurisData n° 2012-016227 ; JCP E 2012,
1697, note J.-H. Robert).

149. – Dirigeant de fait – La question s'est posée de savoir si un dirigeant de fait pouvait engager la responsabilité
de la personne morale. Certains y sont hostiles au motif que la personne morale "fait plutôt figure de victime que de
coupable" (Merle et Vitu, Traité de droit criminel : Cujas, 1988, t. 1, n° 605). À cet argument, il est possible
d'objecter que la responsabilité de la personne morale ne peut être engagée que si un acte a été commis pour son
compte (M. Delmas-Marty, Les conditions de fond de la mise en jeu de la responsabilité pénale : Rev. sociétés
1992, p. 305). De surcroît, une telle interprétation "risquerait de nuire à l'efficacité de la répression et pourrait inciter
certains à organiser par ce biais l'immunité pénale de la personne morale" (A. Cœuret, La responsabilité en droit
pénal du travail : continuité et rupture : Rev. sc. crim. 1992, p. 49). Le garde des Sceaux a, dans une réponse
écrite, estimé que les agissements du dirigeant de fait engageaient la responsabilité pénale de la personne morale
(JOAN 22 nov. 1993, p. 4170).La jurisprudence a tranché ce débat en retenant la responsabilité de principe de la
personne morale en raison des fautes commises par un dirigeant de fait (Cass. crim., 17 déc. 2003, n° 02-87.872. –
Cass. crim., 13 avr. 2010, n° 09-86.429 : JurisData n° 2010-006671).

150. – Faute de l'organe ou du dirigeant – Il est nécessaire pour que la personne morale puisse être condamnée,
que tous les éléments de l'infraction soient caractérisés à l'égard de la personne physique ayant la qualité d'organe
ou de représentant. Cela vaut tant pour l'élément matériel que pour l'élément moral (Cass. crim., 2 déc. 1997 : Bull.
crim. 1997, n° 408 ; JCP G 1998, IV, 1820 ; JCP G 1998, II, 10023, rapp. F. Desportes ; JCP E 1998, p. 948, note

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P. Salvage ; Rev. sc. crim. 1998, p. 536, note B. Bouloc).Ce principe rencontre une limite s'agissant des infractions
non-intentionnelles. En effet, la personne physique n'est condamnable que si une faute caractérisée ou délibérée
peut être établie à son encontre (C. pén., art. 121-3). Qu'en est-il en ce cas de la personne morale ?La Cour de
cassation décide que la responsabilité des personnes morales peut, en ce cas, être recherchée : « qu'il résulte des
articles 121-2, 121-3 et 222-19 du Code pénal, tant dans leur rédaction antérieure à la loi du 10 juillet 2000 que
dans celle issue de cette loi, que les personnes morales sont responsables pénalement de toute faute non
intentionnelle de leurs organes ou représentants ayant entraîné une atteinte à l'intégrité physique constitutive du
délit de blessures involontaires, alors même qu'en l'absence de faute délibérée ou caractérisée au sens de l'article
121-3, alinéa 4, nouveau, la responsabilité pénale des personnes physiques, ne pourrait être recherchée » (Cass.
crim., 24 oct. 2000, n° 00-80.378 : Bull. crim. 2000, n° 308 ; D. 2002, p. 514, note J.-Ch. Planque ; JCP G 2001, II,
10535, note M. Daury-Fauveau. – Cass. crim., 14 sept. 2004, n° 03-86.159 : Dr. pén. 2005, comm. 11, obs.
M. Véron. – Cass. crim., 9 nov. 2004, n° 03-87.677 : JurisData n° 2004-026028. – Cass. crim., 28 avr. 2009, n° 08-
83.843 : JurisData n° 2009-048213 ; Bull. crim., n° 80 ; JCP S 2009, 1413, note Th. Tauran).

2) Infraction commise pour le compte de la personne morale

151. – « Pour le compte de » – Seules engagent les personnes morales les infractions qui sont commises pour
leur compte. Ainsi qu'on l'a écrit, il y a là une formule : "qui paraît plus explicite par ce qu'elle exclut que par ce
qu'elle inclut" (M. Delmas-Marty, article préc., p. 302). En ce sens, la circulaire du 14 mai 1993 indique que la
personne morale : "ne sera pas pénalement responsable des infractions commises par un dirigeant dans l'exercice
ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, si ce dirigeant agit pour son propre compte et dans son seul intérêt
personnel" (parfois même au préjudice de la personne morale elle-même). De même, l'entreprise ne peut pas être
responsable des faits commis dans l'intérêt d'une personne morale tierce.

152. – Faute profitable – L'existence d'un intérêt économique peut constituer un critère afin de déterminer si l'acte
a été commis pour le compte de la personne morale. Il y a "faute lucrative", imputable à la personne morale,
lorsque la commission de l'infraction a permis au groupement – sans que pour autant il y ait toujours une volonté
délibérée de sa part – de réaliser un profit ou à défaut une économie.Ce n'est pas toujours l'infraction en elle-même
qui procure un intérêt économique à l'employeur. Un employeur peut avoir intérêt à accomplir un acte non
illicite, mais en employant des moyens qui le sont. Tel est le cas lorsqu'un employeur fait procéder à la vérification
d'un toit présentant des fuites sans respecter les règles de sécurité. Les juges relèvent, pour retenir la
responsabilité de la personne morale "que le chef d'équipe est intervenu à la demande d'un client de la société,
pour une tâche entrant dans l'activité de celle-ci et dans son intérêt puisqu'il s'agissait de rechercher la cause
d'infiltrations dans une toiture construite par elle un an plus tôt" (Cass. crim., 3 févr. 2004, n° 03-81.193 : JurisData
n° 2004-023039).

153. – Critère politique – Le critère objectif n'est pas toujours adapté. Certaines infractions, comme la
discrimination, ne présentent aucun avantage économique pour la personne morale. Une autre interprétation de la
formule agir "pour le compte de", complémentaire de la première, peut être proposée.La personne morale est
engagée par celui qui non seulement a institutionnellement la qualité de représentant, mais encore qui, au moment
des actes, était porteur de la volonté de la personne morale. De ce critère, il ne saurait être question de faire une
application stricte. Agir "pour le compte de" ne concerne pas les seules décisions expresses, réalisées selon les
prescriptions légales (vote, quorum...), effectivement et directement imputables à l'entreprise. En effet, il suffirait de
ne pas respecter ces prescriptions pour échapper à toute responsabilité pénale.Il convient de considérer que toutes
les décisions, tous les comportements, s'inscrivant dans la politique (au sens large) ou le fonctionnement de
l'entreprise devraient, si elles constituent des infractions, déclencher la sanction pénale. En ce sens, on trouve
parmi les premières décisions relatives à la responsabilité des personnes morales un jugement ayant retenu la
responsabilité d'une personne morale "pour des faits de marchandage qui ont été commis pour le compte de la
personne morale, comme relevant d'une stratégie d'entreprise dans le but d'éviter de perdre des marchés et de
tenir les délais" (T. corr. Versailles, 18 déc. 1995 : JCP 1996, II, 22640, note J.-H. Robert).

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154. – Excès de pouvoirs – Mais dans ces conditions, une personne morale peut-elle être tenue pour responsable
d'actes qui ont tourné à son profit, mais qui ont été faits hors de cette politique, par un organe ayant outrepassé ses
pouvoirs ?Il peut paraître normal que les actionnaires "participent à des pertes éventuelles résultant de
condamnations, puisqu'ils peuvent bénéficier des infractions commises" (C. Mouloungui, L'élément moral dans la
responsabilité pénale des personnes morales : RTD com. 1994, p. 401). De surcroît, sanctionner pénalement
l'entreprise qui a laissé, sauf force majeure ou nécessité contraignante, un de ses représentants outrepasser ses
pouvoirs c'est inciter les entreprises à améliorer le contrôle de la prise de décision. Il pourrait paraître surprenant
d'accorder une impunité aux entreprises qui contrôlent mal l'action de leurs organes. La possibilité de poursuivre la
personne morale peut encore être déduite de l'article 131-19 du nouveau Code pénal qui prévoit la possibilité d'une
dissolution de la personne morale lorsque celle-ci a été "détournée de son objet" (F. Desportes & F. Le Gunehec,
Droit pénal général : Economica, coll. Corpus Droit privé, 11e éd., 2005, n° 609).

155. – Pour le compte et faute distincte ? – En exigeant qu'une faute ait été commise pour le compte de la
personne morale, le législateur paraît avoir posé une condition spécifique d'imputabilité morale de l'infraction.
Autrement dit, le juge devrait s'assurer que le fait litigieux révèle un vice d'organisation ou une organisation
déviante de l'être moral avant d'entrer en condamnation. Il ne paraît guère judicieux en effet de condamner un être
moral en raison de manquements uniquement imputables au comportement individuellement défaillant d'une
personne physique. Il serait bien préférable de conférer à la faute de la personne morale une autonomie par rapport
à celle de la personne physique.En pratique, le juge répressif ne paraît pas admettre une telle distinction. La
chambre criminelle décide en effet classiquement que « la faute pénale de l'organe ou du représentant suffit,
lorsqu'elle est commise pour le compte de la personne morale, à engager la responsabilité pénale de celle-ci, sans
que doive être établie une faute distincte à la charge de la personne morale » (Cass. crim., 23 févr. 2010, n° 09-
81.819 : JurisData n° 2010-002022).La constitutionnalité de ce raisonnement, au regard notamment du caractère
personnel de la responsabilité pénale, a justifié plusieurs questions prioritaires de constitutionnalité, qui toutes ont
été rejetées par la chambre criminelle (Cass. crim., 29 mars 2011, n° 11-90.007 : Bull. crim., n° 64).

B. - Procédure

156. – Dispositions spécifiques – L'article 706-41 prévoit que les dispositions du Code de procédure pénale sont
applicables aux personnes morales sous réserve des dispositions spécifiques prévues aux articles 706-42 à 706-
46.

157. – Compétences – S'agissant tout d'abord de la compétence territoriale, l'article 706-42 du Code de procédure
pénale prévoit que lorsqu'une personne morale est soupçonnée ou poursuivie, sont compétents soit le procureur de
la République et les juridictions du lieu de l'infraction, soit le procureur de la République et les juridictions du lieu où
la personne morale a son siège.Ces localisations s'appliquent, « sans préjudice des règles de compétence
applicables lorsqu'une personne physique est également soupçonnée ou poursuivie (C. proc. pén., art. 706-42).
Cette disposition permet de poursuivre des personnes morales devant les juridictions compétentes à l'égard des
personnes physiques également poursuivies (V. C. proc. pén., art. 43). Il en découle que la personne morale pourra
être poursuivie par exemple au lieu de résidence de ces dernières.Selon une partie de la doctrine, « il semble
évident que si la poursuite est diligentée contre la personne morale par le procureur de la République du lieu du
siège de celle-ci, elle peut viser aussi une personne physique même si aucun des critères prévus par l'article 43 du
Code de procédure pénale ne rattache cette dernière au ressort du procureur » (J.-Y. Maréchal, JCl. Proc. pén.,
art. 706-41 à 706-46, § 15). Une telle interprétation pourrait cependant être discutée car elle conduit à donner à la
règle de compétence applicable aux personnes morale un effet qui préjudicie aux règles de compétences
applicables aux personnes physiques.L'article 706-42 du Code de procédure pénale réserve enfin la compétence
spéciale applicable à certaines infractions applicables économiques et financières et aux actes de terrorisme visés
par les articles les articles 704-1, 705 et 706-17 du code procédure pénale.

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158. – Représentant légal – La question de la représentation de la personne morale au cours de la procédure est
régie par l'article 706-43 du Code de procédure pénale. Ce texte prévoit que l'action publique est exercée à
l'encontre de la personne morale prise en la personne de son représentant légal à l'époque des poursuites. Celui-ci
représente la personne morale à tous les actes de la procédure. En cas de changement de représentant légal au
cours de la procédure, le nouveau représentant doit faire connaître son identité à la juridiction saisie. La même
formalité s'impose dans l'hypothèse où la personne morale est représentée par "toute personne bénéficiant,
conformément à la loi ou à ses statuts, d'une délégation de pouvoir à cet effet" (C. proc. pén., art. 706-43, al. 2). En
ce cas, la personne chargée de représenter la personne morale doit faire connaître son identité à la juridiction
saisie, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception (C. proc. pén., art. 706-43, al. 3).. Il en va de
même en cas de changement du représentant en cours de procédure.Il est à souligner que la loi ne fait aucune
restriction quant au choix du délégataire.

159. – Représentation par un mandataire de justice – L'article 706-43 prévoit dans deux hypothèses la
représentation de la personne morale par un mandataire de justice désigné par le président du tribunal de grande
instance :
• lorsque des poursuites pour les mêmes faits ou pour des faits connexes sont engagées à l'encontre du
représentant légal de la personne morale à titre personnel ;
• en l'absence de toute personne habilitée à représenter la personne morale.

Dans la première hypothèse mentionnée ci-dessus, contrairement à ce que la Chambre criminelle de la Cour de
cassation avait décidé (Cass. crim., 9 déc. 1997 : D. 1998, jurispr. p. 296, note critique B. Bouloc. – Cass. crim.,
12 janv. 2000 : Bull. crim. 2000, n° 23), la loi n° 2000-647 du 10 juillet 2000 a rendu facultative la désignation d'un
mandataire de justice pour éviter le risque de conflit d'intérêts entre la défense de la personne morale et celle de
son représentant légal. Ce dernier peut saisir le président du Tribunal de grande instance aux fins de désignation
d'un tel mandataire. Après l'intervention de cette désignation, le représentant légal n'a plus qualité pour représenter
la personne morale dans la procédure. Dès lors, la déclaration de pourvoi faite au nom de la société représentée
par le président du conseil d'administration est irrecevable (Cass. crim., 5 janv. 2000 : Bull. crim. 2000, n° 4).En cas
de liquidation judiciaire, faute de qualité du liquidateur devant le juge répressif, un mandataire doit être désigné sur
le fondement de l'article 706-43 du Code de procédure pénale.

160. – Information des représentants du personnel – Les représentants du personnel doivent être avisés de la
date d'audience en vertu de l'article 131-49 du Code pénal, selon les modalités d'information fixées par l'article
R. 131-36 du même code. Aucune nullité n'étant expressément prévue en cas de méconnaissance de ces
dispositions, on a pu s'interroger sur l'incidence de leur non-respect (D. Guirimand, La responsabilité des
personnes morales : mise en œuvre du nouveau dispositif : Dr. soc. 1994, p. 647). On relèvera que dans le
commentaire qu'elle consacre à cette formalité, la circulaire du 14 mai 1993 ne reprend pas exactement les termes
de l'article R. 131-36 précité et évoque une audition des représentants du personnel par le tribunal. Dans la mesure
où par ailleurs le Code pénal ne contient aucune disposition de nature à protéger les salariés contre les
conséquences sur l'emploi ou le salaire d'une condamnation de la personne morale employeuse, ce qui a été
critiqué (J. Mouly, étude préc. : LPA 1993, n° 120, 1er cah., p. 33), il paraît en effet opportun que les représentants
du personnel, s'ils existent, réagissent en amont du prononcé du jugement et attirent l'attention du juge sur les
éventuels risques sociaux d'une sanction lourde (Sur ces risques et les réponses qu'ils appellent, V. A. Cœuret : Dr.
soc. 1994, p. 627).

161. – Actes de procédure – En ce qui concerne les mesures de contrainte en cours de procédure, il ressort de
l'article 706-44 du Code de procédure pénale que le représentant de la personne morale poursuivie ne peut, en
cette qualité, faire l'objet d'aucune mesure de contrainte autre que celle applicable au témoin. Cette immunité du
représentant sera cependant écartée s'il est lui-même mis en cause à titre personnel dans la procédure.Quant à
l'article 706-45 du Code de procédure pénale, il prévoit la possibilité de placer la personne morale sous contrôle

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judiciaire. À cette fin, le juge d'instruction peut la soumettre à une ou plusieurs des obligations suivantes : 1° le
dépôt d'un cautionnement dont le montant et les délais de versement, en une ou plusieurs fois, sont fixés par le
juge d'instruction. La somme prévue doit avoir pour objet, conformément à l'article 142 du Code de procédure
pénale : (1/) de garantir la représentation de la personne poursuivie à tous les actes de procédure, à l'exécution
des autres obligations qui lui ont éventuellement été imposées et (2/)au paiement, dans l'ordre, des dommages
causés par l'infraction (ainsi que des éventuelles restitutions) et des amendes. Le juge doit préciser la somme
allouée au titre de ces deux parties du cautionnement. Un versement par provision à la victime de la somme placée
en cautionnement peut être décidé par le juge d'instruction ou le juge des libertés et de la détention, avec le
consentement de la personne mise en examen. Ce consentement n'est pas requis lorsqu'une décision de justice
exécutoire a accordé à la victime ou au créancier une provision à l'occasion des faits qui sont l'objet des poursuites
(C. proc. pén., art. 142-1). Ces sommes ont vocation a être restituées si les garanties qu'elles apportent perdent
leur objet (C. proc. pén., art. 142-2 et 142-3).2° la constitution, dans un délai, pour une période et un montant
déterminés par le juge d'instruction, des sûretés personnelles ou réelles destinées à garantir les droits de la
victime ; 3° l'interdiction d'émettre des chèques autres que ceux qui permettent le retrait de fonds par le tireur
auprès du tiré ou ceux qui sont certifiés ou d'utiliser des cartes de paiement ; 4° l'interdiction d'exercer certaines
activités professionnelles ou sociales lorsque l'infraction a été commise dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice
de ces activités et lorsqu'il est à redouter qu'une nouvelle infraction soit commise ; Ces deux interdictions ne
peuvent être ordonnées par le juge d'instruction que dans la mesure où elles sont encourues à titre de peine par la
personne morale poursuivie.5° le placement sous contrôle d'un mandataire de justice désigné par le juge
d'instruction pour une durée de six mois renouvelable, en ce qui concerne l'activité dans l'exercice ou à l'occasion
de laquelle l'infraction a été commise. Ce contrôle ne peut être prononcé que si la personne morale encoure une
peine de placement sous surveillance judiciaire pour une durée de cinq ans au plus prévue par l'article 131-39, 3°
du Code pénal.Enfin, s'agissant de la signification des actes de procédure aux personnes morales, les articles 550
à 566 du Code de procédure pénale aménagent les règles prévues pour les citations et significations aux
personnes physiques.La Cour a pu préciser que la citation délivrée, en violation de l'article 555 du Code de
procédure pénale, à une personne n'ayant pas reçu de délégation à cet effet tel qu'exigé par l'article 706-43, alinéa
2, n'entraînait pas sa nullité dès lors que la personne morale qui a été représentée devant les juges du fond par un
avocat et s'est défendue au fond, ne justifie d'aucune atteinte à ses intérêts (Cass. crim., 20 oct. 2009, n° 09-
81.721 ; Bull. crim., n° 172).

Bibliographie

Manuels

E. Fortis et A. Cœuret

Droit pénal du travail : Infractions, responsabilités, procédure pénale en droit du travail et de la sécurité sociale : éd.
LexisNexis, 5e éd., 2012

X.

Droit pénal social : Droit pénal du travail et de la sécurité sociale : Economica, 2014

Articles et chroniques

A. Cœuret

Responsabilité pénale des personnes morales et groupe de sociétés : Dr. sociétés 2013, étude 21

Le responsable en droit pénal du travail : JCP S 2013, 1223

F. Douchez , B. De Lamy et M. Segonds

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La délégation de pouvoirs du chef d'entreprise : principes et actualité : Dr. pén. 2010, dossier 6

J.-H. Robert

Lenteurs du retour à l'orthodoxie des conditions de la responsabilité pénale des personnes morales : JCP E 2012,
1697

R. Salomon

Conditions d'engagement de la responsabilité pénale de la personne morale : Dr. sociétés 2014, comm. 196

Droit pénal de l'entreprise : JCP E 2014, 1410

Chronique de droit pénal social : Dr. soc. 2013, p. 626

M. Ségonds

Un an de droit pénal du travail (Septembre 2013 – Septembre 2014) : Dr. pén. 2014, chron. 10

Un an de droit pénal du travail (septembre 2012 – septembre 2013) : Dr. pén. 2013, chron. 10

Un an de droit pénal du travail (septembre 2011 – septembre 2012) : Dr. pén. 2012, chron. 9

Un an de droit pénal du travail : Dr. pén. 2011, chron. 9

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