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Le réalisme

I- Peinture
II- Introduction
III- Contexte historique
IV- Influences et amorce du mouvement
V- Définition du mouvement
VI- Caractéristiques
VII- Thèmes
Textes
Gustave Courbet, L'enterrement à
Ornans (1849
(1849--1850).
 Ce tableau fait scandale. La critique voit en lui l’exemple de la laideur et
du « réalisme » hideux. Reprenant ce jugement, Gustave Courbet
construira, en 1855, le « Pavillon du Réalisme » (Musée d’Orsay) à la
suite du refus du Jury d’exposer ses œuvres lors de l'Exposition
universelle. La même année, il publiera le Manifeste du Réalisme.
 Le tableau : La scène représentée est située dans le village natale de
Courbet et la population du village participe à l’entreprise : « Ont déjà
posé le maire (…), le curé, le juge de paix, le porte-croix, le notaire,
l'adjoint Marlet, mes amis, mon père, les enfants de chœur, le fossoyeur,
deux vieux de la Révolution de 93 avec leurs habits du temps, un chien,
le mort et ses porteurs, les bedeaux (…), mes sœurs, d'autres femmes,
etc. Seulement je croyais me passer des deux chantres de la paroisse; il
n'y a pas eu moyen; on est venu m'avertir qu'ils étaient vexés » avait
raconté Courbet à Champfleury.
 Le critique Paul Mantz dira de lui dans son compte-rendu
du Salon de 1850-1851 pour le journal L’Evènement : « Nous
touchons ici avec l'Enterrement à Ornans aux frontières
extrêmes de l'art réaliste, et, bien que ma pudeur ne soit
pas aisément effarouchée, j'estime qu'il est temps de
s'arrêter sur cette pente, au bout de laquelle est un
précipice. M. Courbet n'est plus là dans la vérité, il est
dans la laideur, c'est-à-dire dans l'exception, dans
l'accident. (…) L'Enterrement à Ornans sera, dans l'histoire
de l'art moderne, les colonnes d'Hercule du Réalisme..
On n'ira pas au-delà, et ce tableau, leçon durable et
aisément comprise, demeurera désormais pour ceux qui
viendront un avertissement sauveur, comme ces bouées qui,
flottant au-dessus des abîmes, conseillent de loin aux pilotes
perdus de chercher un chemin plus sûr. »
Jean-François Millet, Les Glaneuses
Jean-
(1857)
 Fidèle à l'un de ses sujets favoris, la vie paysanne, Millet
livre dans ce tableau le résultat de dix années de
recherches autour du thème des glaneuses. Ces femmes
incarnent le prolétariat rural. Elles sont autorisées à
passer rapidement, avant le coucher du soleil, dans les
champs moissonnés pour ramasser un à un les épis
négligés. Le peintre en représente trois au premier plan,
dos cassé, regard rivé au sol. Il juxtapose ainsi les trois
phases du mouvement répétitif et éreintant qu'impose
cette âpre besogne : se baisser, ramasser, se relever. Leur
austérité s'oppose à l'abondance de la moisson au loin :
meules, gerbes, charrette et la multitude de
moissonneurs qui s'agitent. Ce foisonnement festif et
lumineux paraît d'autant plus lointain que le changement
d'échelle est abrupt. La lumière rasante du soleil
couchant accentue les volumes du premier plan et
donne aux glaneuses un aspect sculptural. Elle souligne
vivement leurs mains, nuques, épaules et dos et avive les
couleurs de leurs vêtements.
Disponible sur <www.ac-grenoble.fr>
Manet, Le bar des Folies Bergères
(1882)
 Manet y donne une nouvelle fois une
démonstration de son art, brillant par une
interprétation impassible et objective d' une
scène de la société dans laquelle il vit - une
serveuse au regard vide et absent ne
participant que par sa beauté extérieure aux
éclats de ce palais du plaisir -, une
composition en plusieurs plans spatiaux -
résultant du miroir situé derrière la serveuse -,
des qualités de peintre de natures mortes -
le réalisme des bouteilles , des fruits, des
fleurs... -, les tonalités opposant la dure
froideur des éclairages à l'atmosphère enfumée
du bar rendue par des couleurs atténuées.
Disponible sur <www.ac-grenoble.fr>
Introduction
 le Réalisme est une écriture qui a pour but de rendre par les mots
une réalité à travers une observation minutieuse des faits.
 Cette écriture existait auparavant dans certains fabliaux du Moyen-âge,
dans les drames bourgeois du XVIII° siècle, dans les romans historiques
du XIX° siècle,…
 Cette récurrence du souci réaliste s’explique par le fait que la
référence au réel peut prendre plusieurs aspects : une reproduction
scrupuleuse comme chez Flaubert (Madame Bovary), une reproduction
subjective comme dans la Confession d’un enfant du siècle de Musset ou
encore une reproduction allégorique comme dans les fabliaux.
 Comme mouvement artistique, le réalisme apparaît autour de 1850
dans les arts graphiques et littéraires. Le terme sera appliqué,
d’abord péjorativement par un critique pour qualifier la peinture de
Courbet. En littérature, il est revendiqué par Champfleury en 1855.
Contexte historique
 1848-1852 Une période charnière :
◦ La Révolution de 1848 (des ouvriers) va instituer la
Seconde République (Louis-Napoléon Bonaparte
président pour 4 ans, la constitution lui interdisant de se
représenter une seconde fois), un gouvernement
socialiste au pouvoir : abolition de l'esclavage, suppression
de la peine de mort, suffrage universel masculin …
◦ Le coup d’état du 2 décembre 1851 (Louis-Napoléon
Bonaparte est proclamé Empereur une année plus tard):
régime autoritaire.
 1870 Défaite contre la Prusse (IIIe République)
 1871 Commune de Paris (période de 2 mois
d’insurrection qui aboutit à la « semaine sanglante »)
 1871-1889 Le gouvernement adopte une politique
d'« ordre moral »+Période de grande instabilité
Influences et amorce du mouvement
Influences historiques :
 Le réalisme apparaît, d’abord, en réaction contre l’excès de lyrisme, la
prédominance de l’Ego des romantiques.
 Le réalisme sera influencé par les changements sociaux et économiques
amenés par le Second Empire.: le développement de l’industrie amènera la
société de consommation ; l’évolution du système bancaire permettra une
plus grande ascension sociale de la bourgeoisie. Tous ces changements vont
généraliser le matérialisme dans la société.
 L’importance donnée à la science au détriment de la littérature va expliquer
la raison pour laquelle les auteurs vont se présenter en tant qu’hommes de
sciences et non pas de lettres.
 L’échec de la Révolution de 1848 va annoncer le déclin de l’« idéalisme »
romantique. Cette révolution va entraîner aussi l’apparition de la masse du
peuple sur le plan politique en opposition à l’individualisme de la
Restauration.
Influences littéraires :
 Après l’essor du roman historique romantique, les réalistes se proposent
d’être les « historiens du présent ». Ce désir est déjà manifeste chez Balzac
qui publiera, en 1829, les Chouans.
 Deux auteurs vont influencer le mouvement : Stendhal et Balzac
Naissance du mouvement
 Le Réalisme apparaît en premier lieu en France entre 1850 et 1895.
 L’écriture réaliste est une tendance qui fait son apparition autour de
1830. Entre 1830 et 1850, les procédés réalistes semblent être en
cohérence avec le projet romantique (Stendhal et Balzac).
 Le mouvement artistique ne se crée qu’entre 1850 et 1870.
 Au départ, le mot « réalisme » était un terme négatif. Il sera créé
grâce à la Bohême (composée de bourgeois intellectuels pauvres et
de jeunes artistes) de 1848. Le réalisme, devenu un mouvement
d’avant-garde, va marquer le rapprochement entre écrivains et
peintres.
 En 1850, et à la suite du scandale autour de la peinture, le réalisme
va apparaître comme un mouvement artistique anti-conformiste.
 Ce mouvement sera théorisé, en 1855, par Champfleury dans une
lettre adressée à George Sand, puis, en 1856, par Duranty dans sa
revue Le Réalisme.
 Champfleury, Du Réalisme, Lettres à madame Sand, 1855
« A l'heure qu'il est, madame, on voit à deux pas de l'Exposition de
peinture, dans l'avenue Montaigne, un écriteau portant en toutes lettres:
DU REALISME. G. Courbet. Exposition de quarante tableaux de son
œuvre. C'est une exhibition à la manière anglaise. Un peintre, dont le
nom a fait explosion depuis la révolution de février, a choisi, dans son
œuvre, les toiles les plus significatives, et il a fait bâtir un atelier. C'est
une audace incroyable, c'est le renversement de toutes institutions par
la voie du jury, c'est l'appel direct au public, c'est la liberté, disent les
uns. C'est un scandale, c'est l'anarchie, c'est l'art traîné dans la boue, ce
sont les tréteaux de la foire, disent les autres. [...] Courbet est un
factieux pour avoir représenté de bonne foi des bourgeois, des paysans,
des femmes de village de grandeur naturelle. Ç'a été là le premier point.
On ne veut pas admettre qu'un casseur de pierre vaut un prince: la
noblesse se gendarme de ce qu'il est accordé tant de mètres de toile à
des gens du peuple; seuls les souverains ont le droit d'être peints en
pied, avec leurs décorations, leurs broderies et leurs physionomies
officielles. Comment ? Un homme d'Ornans, un paysan enfermé dans
son cercueil, se permet de rassembler à son enterrement une foule
considérable: des fermiers, des gens de bas étage… »
Définition du mouvement
 « La reproduction de la nature par l’homme
ne sera jamais une reproduction ni une
imitation, ce sera toujours une
interprétation, [car] l’homme, quoi qu’il
fasse pour se rendre l’esclave de la nature,
est toujours emporté par son tempérament
particulier qui le tient depuis les ongles
jusqu’aux cheveux et qui le pousse à rendre
la nature suivant l’impression qu’il en
reçoit. »
Champfleury, Le Réalisme, 1857
 Le réalisme est une manière d’envisager le réel, de se
cantonner dans l’étude de la nature humaine (toutes
classes confondues).
 Sujets contemporains tirés du quotidien.
 Les auteurs réalistes refusent la subjectivité et l’émotion
et étudient la nature d’une façon objective.
 Toutefois l’artiste ne peut que montrer sa vision
personnelle du réel étant limité par:
◦ le choix de son sujet;
◦ son angle d’approche;
◦ la technique de représentation qu’il emploie.
 La source principale de leur inspiration est le réel, le
présent (intrigue de leur roman, caractéristiques du
milieu social, les traits de caractère de leurs
personnages).
 Stendhal disait que « le roman est un miroir que l’on
promène le long de la route ».
 Le positivisme et le progrès des études scientifiques entraînent
une observation de plus en plus minutieuse.
 Utilisation de la documentation, de vastes enquêtes pour resituer
la réalité dans toute son exactitude, ex. la description de
l’empoisonnement d’Emma dans Madame Bovary , la
reconstitution des journées révolutionnaires de février 1848
dans l’Éducation sentimentale de Flaubert) ou l’explication de la
façon dont sont embauchés les commis des grands magasins dans
Au bonheur des dames.
 Les auteurs se servent de la fiction pour convaincre le lecteur de
la justesse de leur étude morale ou sociale.
« Le romancier ne juge pas, ne condamne pas,
n’absout pas. Il expose des faits », affirme Champfleury
dans Le Figaro (août 1856)
 Définition:
Le réalisme est un mouvement littéraire dont la source
d’inspiration est le réel, le présent y est montré de façon
objective. Il connait son apogée dans la seconde moitié du XIXe
siècle et a une influence considérable non seulement sur la
littérature, mais sur l’art et la société en général.
Caractéristiques:
La littérature réaliste vise à produire un «effet de réel ». Pour le produire,
l’écrivain adopte une esthétique dont les caractéristiques sont:
 Mise en scène de personnage, de lieu ou d’évènement ayant déjà existé.
D’où la nécessité de la documentation afin de faire vivre le réel au lecteur.
 Le roman réaliste a pour but de retranscrire la société contemporaine pour
mieux en dégager le sens.
 Grande importance donnée à la description du quotidien, à la peinture
sociale de l’époque.
 Recours au narrateur dieu (omniscient et omniprésent). Ce choix narratif
permet d’offrir une observation objective et impersonnelle de la réalité.
 Les sujets sont empruntés à l’histoire contemporaine.
 La description des lieux est primordiale. Elle est détaillée afin de révéler les
mœurs et d’expliquer la nature des personnages. Le lieu n’est plus un décor,
il devient un actant.
 Afin de donner l’illusion de réalité aux personnages, ils sont identifiés et
caractérisés avec précision (jusqu’à la caricature). Leurs descriptions font
d’eux des individus uniques qui incarnent souvent des types sociaux.
Les thèmes réalistes
 Élaboration de types sociaux souvent
caricaturaux
 Étude des rapports de classes ( l’argent,
l’impossibilité de changer de classe sociale,
l’arrivisme, la déchéance… )
 Étude des mœurs (la perte des valeurs
morales, l’hypocrisie, les tares sociales)
 Désacralisation de l’amour
Le réaliste, s'il est un artiste, cherchera, non pas à nous montrer la photographie banale de
la vie, mais à nous en donner la vision plus complète, plus saisissante, plus probante que la
réalité même.
Maupassant, Préface de Pierre et Jean, 1888

Raconter tout serait impossible, car il faudrait alors un volume au moins par journée, pour
énumérer les multitudes d'incidents insignifiants qui emplissent notre existence.
Un choix s'impose donc, ce qui est une première atteinte à la théorie de toute la vérité.
La vie, en outre, est composée des choses les plus différentes, les plus imprévues, les plus
contraires, les plus disparates ; elle est brutale, sans suite, sans chaîne, pleine de
catastrophes inexplicables, illogiques et contradictoires qui doivent être classées au
chapitre faits divers.
Voilà pourquoi l'artiste, ayant choisi son thème, ne prendra dans cette vie encombrée de
hasards et de futilités que les détails caractéristiques utiles à son sujet, et il rejettera tout le
reste, tout l'à-côté.
Un exemple entre mille :
Le nombre des gens qui meurent chaque jour par accident est considérable sur la terre.
Mais pouvons-nous faire tomber une tuile sur la tête d'un personnage principal, ou le jeter
sous les roues d'une voiture, au milieu d'un récit, sous prétexte qu'il faut faire la part de
l'accident ?
La vie encore laisse tout au même plan, précipite les faits ou les traîne indéfiniment. L'art,
au contraire, consiste à user de précautions et de préparations, à ménager des transitions
savantes et dissimulées, à mettre en pleine lumière, par la seule adresse de la composition,
les événements essentiels et à donner à tous les autres le degré de relief qui leur convient,
suivant leur importance, pour produire la sensation profonde de la vérité spéciale qu'on
veut montrer.
Faire vrai consiste donc à donner l'illusion complète du vrai, suivant la logique ordinaire
des faits, et non à les transcrire servilement dans le pêle-mêle de leur succession.
Emile Zola, extrait de la préface de L’Assommoir, 1877.
J'ai voulu peindre la déchéance fatale d'une famille ouvrière, dans le milieu empesté de nos
faubourgs. Au bout de l'ivrognerie et de la fainéantise, il y a le relâchement des liens de la
famille, les ordures de la promiscuité, l'oubli progressif des sentiments honnêtes, puis
comme dénouement, la honte et la mort. [...] C'est une œuvre de vérité, le premier
roman sur le peuple, qui ne mente pas et qui ait l'odeur du peuple. Et il ne faut point
conclure que le peuple tout entier est mauvais, car mes personnages ne sont pas mauvais,
ils ne sont qu'ignorants et gâtés par le milieu de rude besogne et de misère où ils vivent.
Gustave Flaubert, Extrait de la correspondance ou Préface à la vie d'écrivain, Le Seuil, 1963.
Extrait 1
A la princesse Mathilde.
Croisset, mercredi (4 octobre 1876).
[...] J’ai lu par hasard un fragment de l’Assommoir, paru dans la République des lettres et
je suis tout à fait de votre avis. Je trouve cela ignoble, absolument. Faire vrai ne me paraît
pas être la première condition de l’art. Viser au beau est le principal, et l’atteindre si l’on
peut.
Extrait 2
Croisset, samedi 8 décembre 1877.
[...]Il ne s’agit pas seulement de voir, il faut arranger et fondre ce que l’on a vu. La Réalité,
selon moi, ne doit être qu’un tremplin. Nos amis sont persuadés qu’à elle seule elle
constitue tout l’État ! Ce matérialisme m’indigne, et, presque tous les lundis, j’ai un accès
d’irritation en lisant les feuilletons de ce brave Zola. Après les Réalistes, nous avons les
Naturalistes et les Impressionnistes. Quel progrès ! Tas de farceurs, qui veulent se faire
accroire et nous faire accroire qu’ils ont découvert la Méditerranée. »