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Titre 1 – L’enquête policière

Chapitre 1 – Les organes de la police judiciaire

L’enquête policière est, selon l’article 18 C.P.P., menée par la police judiciaire. Elle a
pour mission de constater les infractions, de rassembler les preuves et de rechercher les auteurs de ces
infractions.
La police judiciaire, qui intervient très tôt dans le processus pénal, a un rôle très
important dans la constitution matérielle et juridique du dossier.
La police judiciaire, c’est la police nationale et la gendarmerie. Elles exercent deux
types de mission :
 Des missions dites de police administrative ;
 et des missions dites de police judiciaire.
Alors la mission de police administrative ça consiste à quoi ? Ça consiste à s’assurer, à
veiller au maintien de l’ordre public, ou à le rétablir. Pour la police judiciaire il a un but : rechercher et
constater une infraction déjà commise ou qu’elle va l’être.
La mission de la police administrative est de préserver davantage l’ordre public.
Imaginons, et c’est un exemple donné en doctrine, une ronde menée par la police dans tel ou tel
quartier, si la police mène cette ronde pour s’assurer qu’il n’y pas de bruit, on est dans une mission de
police administrative. Mais si la police mène cette même ronde après avoir été alertée par un riverain
par exemple que il y avait du bruit, qu’un individu rodait de près autour de tel ou tel véhicule faisant
de bruit, là on est devant une mission de police judiciaire parce qu’on s’intéresse à quelque chose de
beaucoup plus précis que le simple fait de surveiller ou de veiller sur la protection de l’ordre public.
Mais ce sont les mêmes organes qui mènent ces deux types de missions : police
administrative et police judiciaire.

Enquête de police judiciaire, ce sont les investigations menées par les officiers de
police judiciaire avec l’assistance des agents de police judiciaire, pour constater les infractions à la loi
pénale, rassembler les preuves et rechercher les auteurs.

La police judiciaire comprend les officiers supérieurs de police judiciaire (section 1),
les officiers de police judiciaire (section 2), les agents de police judiciaire (section 3), et certains
fonctionnaires que la loi leur attribue la qualité de police judiciaire (section 4).

Section 1 - Les officiers supérieurs de police judiciaire

Les officiers supérieurs de la police judiciaire peuvent, outre les fonctions d’officiers
de police judiciaire, donner des ordres aux simples officiers de police judiciaire.

§. 1 - Les catégories

Les officiers supérieurs de police judiciaire comprennent :

• le procureur général du Roi et ses substituts ;

• le procureur du Roi et ses substituts ;


• les juges d’instruction.

§. 2 - Les pouvoirs

Le ministère public est représenté auprès de la Cour d’appel par le procureur général
du Roi en personne sous le contrôle de la chambre correctionnelle de la Cour d’appel de sa
circonscription.

Il a dans l’exercice de ses fonctions le droit de requérir directement la force publique.

Le procureur général du Roi procède en personne ou fait procéder à tous les actes
nécessaires à la recherche des crimes, en appréhender les auteurs et les présenter aux fins de poursuite.

Quant au procureur du Roi, il a le droit selon l’article 40 § 2, code procédure pénale de


procéder ou faire procéder à tous les actes nécessaires à la recherche des auteurs des infractions à la loi
pénale. Il ordonne qu’ils soient appréhendés et présentés aux fins de poursuite.

Il a aussi le droit de décerner des mandats d’arrêt internationaux de recherche et


d’arrêt aux fins d’extradition.

Le procureur du Roi dirige, dans le ressort de son tribunal, l’activité des officiers de
police judiciaire et procède à leur notation à la fin de chaque année.

De même, le procureur du Roi veille sur le respect des mesures de garde à vue, ses
délais et son déroulement dans les locaux aménagés à cet effet dans le ressort de sa circonscription.
Pour cela, il procède à une visite des locaux de garde à vue, au moins deux fois par mois. Il établit un
rapport à l’occasion de chaque visite.

Le juge d’instruction est un officier supérieur de la police judiciaire. Le législateur lui


attribue des pouvoirs importants, car il procède à l’instruction des infractions commises dans le ressort
de sa circonscription.

Le juge d’instruction est le plus souvent saisi par un réquisitoire afin d’informer du
procureur du Roi.

Il peut aussi être saisi par une plainte de la victime accompagnée de constitution de
partie civile.

Dans la situation de la flagrance, le transport du juge d’instruction sur les lieux de


l’infraction lui attribue la priorité pour procéder à toute opération et à tous actes justifiés par l’urgence,
et cela en dépit de la présence du procureur général du Roi ou du procureur du Roi sur le lieu de
l’infraction. Il peut ainsi procéder à des constatations d’indices matériels, à des perquisitions et saisies
(…).

Il a le droit, dans l’exercice de ses fonctions, de requérir directement la force publique.

Le juge d’instruction peut aussi décerner des mandats et décider de contrôle judiciaire,
ou la détention préventive.
Section 2 - Les officiers de police judiciaire

Selon l’article 20, code procédure pénale1, ont qualité d’officiers de police judiciaire :

• le directeur général de la sûreté nationale, les préfets de police, les contrôleurs


généraux de police, les commissaires de police, les officiers de police ;

• les officiers et gradés de la Gendarmerie Royale ainsi que les gendarmes


commandant une brigade ou un poste de Gendarmerie Royale, pendant la durée de ce
commandement ;

• les pachas et caïds ;

• le directeur général de la direction de la surveillance du territoire, les préfets


de police, les contrôleurs généraux de police, les commissaires de police, les officiers de
police de cette direction concernant les infractions visées à l’article 108 de ce code.

(…) ».

Cette qualité peut être octroyée aux inspecteurs de la sûreté nationale ayant une
ancienneté d’au moins trois ans de service mais il faut un arrêté conjoint des ministres de la justice et
de l’intérieur ; aux gendarmes ayant effectué le même temps de service avec un arrêt du ministre de la
justice.

Leur compétence d’attribution s’étend à la constatation des infractions, le


rassemblement des preuves et des indices et la recherche des délinquants. Ils reçoivent également les
plaintes et les dénonciations, effectuent les enquêtes préliminaires.

En cas de flagrant délit, ils peuvent effectuer les actes nécessaires au bon déroulement
de l’enquête et informer, sans délai, le procureur.

§. 1 - Le directeur général de la sûreté nationale, les préfets de police, les contrôleurs


généraux de police, les commissaires de police, les officiers de police

Les contrôleurs généraux de police et les commissaires et officiers de police exercent,


souvent, les fonctions de police judiciaire avec la coordination du ministère public. Le directeur
général de la sûreté nationale et les préfets de police prennent seulement, en tant que haute autorité
administrative, la direction et le contrôle de ces organes.

§. 2 - Les officiers de police judiciaire chargés des mineurs

Selon l’article 460 du C.P.P., un officier de police judiciaire est en charge des
mineurs. Il s’agit d’une police spécialisée en la matière conformément aux dispositions de l’article
40.3 de la C.I.D.E.

Cette police judiciaire est tenue d’un certain nombre d’obligations.


Il s’agit de garder le mineur auquel est imputée l’infraction dans un endroit spécialement aménagé à
cet effet pour une durée ne dépassant pas celle de la garde à vue.

Modifié et complété par l’article 2 de la loi n° 35-11 promulguée par le Dahir n° 1.11.169 du 17/10/2011.
1
§. 3 - Les pachas et caïds

Les pachas et caïds à la tête d’une circonscription ont la qualité d’officiers de police
judiciaire pour les délits mineurs.

En ce qui concerne le wali ou le gouverneur, ils ont la qualité d’officiers de police


judiciaire, mais il faut la réunion de trois conditions :

1) en cas d’urgence ;

2) dans le cas des infractions contre la sûreté intérieure ou extérieure de l’Etat ;

3) Cette autorité de l’Etat n’a pas connaissance que l’autorité judiciaire soit déjà saisie.

Ils peuvent donc faire personnellement tous actes nécessaires à l’effet de constater les
infractions ou requérir par écrit à cet effet les officiers de police judiciaire compétents.

Le wali ou le gouverneur est tenu, s’il fait usage de ce droit, d’en aviser
immédiatement le représentant du ministère public de la juridiction compétente, de se dessaisir de
l’affaire à son profit dans les vingt-quatre heures de l’ouverture des opérations en lui transmettant les
pièces et en lui présentant toutes les personnes appréhendées.

§. 4 - Les officiers et gradés de la Gendarmerie Royale ainsi que les gendarmes


commandant une brigade ou un poste de Gendarmerie Royale, pendant la durée de ce
commandement

Cette catégorie de la police judiciaire concerne les officiers de la Gendarmerie Royale


et les gendarmes dont le grade est supérieur au grade de lieutenant, car ce dernier n’a pas la qualité
d’officier de police judiciaire, à moins qu’il commande une brigade ou un poste de Gendarmerie
Royale.

Les gendarmes comptant au moins 3 ans de service dans la Gendarmerie Royale,


nominativement désignés par arrêté conjoint du ministre de la justice et de l’autorité gouvernementale
chargée de la défense nationale pourra être confiée la qualité de l’officier de police judiciaire.

Il est à noter que les simples gendarmes peuvent être officiers de police judiciaire à
condition de compter 3 ans de services dans la Gendarmerie et d’être nominativement désignés par
arrêté des ministres de la justice et de l’intérieur.

§. 5 - Les agents de la police judiciaire

A) Catégories

Ils sont visés à l’article 25 C.P.P. ce sont :

• Les fonctionnaires des services actifs de police ;


• Les gendarmes qui n’ont pas la qualité d’OPJ ;
• Les Khalifas de pachas et les Khalifas de Caïds.
B) Fonctions

Leurs fonctions consistent à assister les officiers de police judiciaire et à les informer
des infractions parvenues à leur connaissance outre la constatation de celles-ci et la recherche de leurs
auteurs sous le contrôle des officiers de police judiciaire.

Ces agents dressent des procès-verbaux pour constater les infractions. Ils reçoivent par
procès-verbal les déclarations faites par toutes personnes susceptibles de leur fournir des indices. Mais
ils ne peuvent pas décider du placement en garde à vue, ni exécuter des commissions rogatoires.

Les procès-verbaux doivent être datés, signés, et indiquer la qualité de leur auteur.

Ils ne devraient avoir la valeur que de simples renseignements, et le tribunal devrait


pouvoir écarter les faits qui y sont constatés s’il a acquis une conviction différente.

§. 6 – Les fonctionnaires chargés de fonction de police judiciaire

Certaines lois spéciales attribuent à certains fonctionnaires ou agents de l’Etat des


pouvoirs de police pour constater les infractions qui sont relatives à leur administration. En effet,
certains fonctionnaires par la nature de leurs fonctions, peuvent être en contact avec des infractions à
la loi pénale.

1) Dahir du 10 octobre 1917 portant sur les agents supérieurs des eaux et forêts

Les ingénieurs et agents des eaux et forêts recherchent et constatent par procès-verbal
les délits et contraventions qui portent atteinte aux propriétés forestières et rurales. Ils peuvent requérir
l’appui de la force publique.

Ces agents peuvent conduire devant un officier de police judiciaire tout individu
surpris en flagrant délit, et saisir les objets enlevés des propriétés dont ils ont la garde. Mais ils ne
peuvent pas effectuer seuls une perquisition, pénétrer dans les maisons, placé quelqu’un en garde à
vue. Il leur faut la présence d’un officier de police judiciaire, qui ne peut pas se refuser à les
accompagner et qui signe le procès-verbal de l’opération à laquelle il a assisté.

2) Dahir du 28 avril 1961 relatif à la conservation, la sûreté, la police et


l'exploitation des chemins de fer

Les procès-verbaux de constatation des délits et crimes sont rédigés par l’officier de
police judiciaire, les agents de police judiciaire, les ingénieurs des travaux publics, les inspecteurs de
contrôle et les agents de surveillance nommés par le ministre des travaux publics.

3) Code des douanes et impôts indirects du 9 octobre 1977

L’article 233 du Code prévoit que : « Les infractions douanières sont constatées par
les agents de l’administration ayant prêté serment dans les conditions fixées à l’article 33-2° du
présent code, par les officiers de police judiciaire ainsi que par tout agent verbalisateur de la force
publique ».

4) Dahir du 23 novembre 1973 formant règlement sur la pêche maritime

L’article 43 énonce que : « La recherche et la constatation des infractions sont


effectuées par les administrateurs de la marine marchande, les officiers commandant les navires de
guerre, les officiers commandant les bâtiments de l'Etat, les commandants des bâtiments spécialement
affectés à la police de la pêche et à la police de la navigation, les gardes maritimes, les commandants
et officiers de port, les officiers de police judiciaire, les agents de l'administration des douanes et tous
autres fonctionnaires de l'Etat habilités à cet effet par décret. »
L’article 44 précise que : « pour la recherche et la constatation des infractions, les
agents visés à l'article précédent sont habilités à arraisonner les bateaux de pêche de toute
nationalité, à monter à leur bord et à procéder à toutes perquisitions, contrôles, fouilles qu'ils
jugeront utiles. »
Chapitre 2 – Les opérations de police judiciaire

L’enquête de police précède l’instruction. Quand elle a lieu après l’ouverture d’une
information judiciaire, elle prend le nom de commission rogatoire. A ce stade du déroulement du
processus, l’action publique n’est pas encore mise en mouvement.

L’enquête ne sera pas conduite toujours de la même manière. Il existe :


• une enquête de flagrance (section 1) ;
• une enquête préliminaire (section 2) ;
• une enquête sur commission rogatoire (section 3).

Toutes ces investigations obéissent à des règles précises. Si les deux situations sont le
plus souvent régies par des dispositions similaires, elles sont également couvertes par des règles
spécifiques, destinées à donner plus de garanties aux droits de l’individu qui fait l’objet de l’enquête
préliminaire.
Le principe de la présomption d’innocence joue pleinement dans le cadre de l’enquête
préliminaire, à la différence de l’enquête de flagrance où la présomption d’innocence continue certes à
protéger l’accusé ou le suspect, mais se voit largement atténuée sous l’effet des circonstances qui
entourent le crime ou le délit flagrant2.

Section 1 – l’enquête en cas d’infraction flagrante

L’infraction flagrante confère à l’officier de police judiciaire des prérogatives


très importantes :

- il faut traiter les conditions de flagrance ;


- Au regard des principales opérations menées dans ce cadre : transport sur les
lieux, perquisitions et saisies.

§. 1 – Conditions de l’enquête de flagrance

A côté de l’enquête préliminaire, il existe un autre type d’enquête, qui relève du code
de l’exception, parce qu’elle n’est pas une enquête de droit commun, l’enquête dite de flagrance.

L’article 56 C.P.P. ne définit pas ce qui est la flagrance, mais il énumère quatre cas de
flagrance. Cela n’empêche pas de dire que l’enquête de flagrance a pour fondement l’urgence, qu’il y
a à recueillir les preuves indispensables à la manifestation de la vérité d’une infraction dont la
commission est récente. Dans ce sens, TREIHARD, REAL, FAURE, conseillers d’Etat, affirment que
« c’est à l’instant que la police judiciaire peut et doit se montrer, il n’y a pas un moment à perdre, le
moindre retard ferait disparaître le coupable et les traces du crime »3.

Il faut ajouter à ce critère deux conditions : l’actualité et la gravité, car le législateur


marocain a limité l’enquête de flagrance aux infractions les plus graves : les crimes et uniquement les

2
Commentaire du C.P.P., publication de « l’association de l’information légale et judiciaire ». 2ème éd., n° 2,
2004, p. 139 et 140. Cité par la fondation Mohammed-Jallal ESSAID, op. cit. P. 63.

3
Jean Louis DEL BAYLE, la police : approche socio politique, éd. Montcherstien, 1992, p. 111.
délits passibles d’une peine d’emprisonnement. Pour s’en convaincre, l’article 70 C.P.P. écarte les
contraventions et les délits punis d’une simple peine d’amende.

L’article 56 C.P.P. énumère quatre cas de flagrance :

1èr cas : quand l’infraction se commet actuellement, ou quand l’infraction vient de


se commettre ;
2èmecas : quand la personne soupçonnée est poursuivie par la clameur publique :
c’est lui qui a volé mon sac ;
3ème cas : quand, dans un temps très voisin de l'action, la personne soupçonnée est
retrouvée en possession d'objets ou qu’elle présente des traces et indices laissant penser
qu’elle a participé à l’infraction ;
4èmecas : assimilé flagrant, le crime ou le délit qui a été commis dans une maison
dont le chef requiert le procureur du Roi ou un officier de police judiciaire de le constater.
Il y a deux composantes dans cette liste de cas de flagrance :
 une composante temporelle quand l’infraction se commet actuellement ou
vient de se commettre, dans un temps très voisin de l’action ;
 et une composante matérielle, c’est-à-dire que l’infraction flagrante, c’est
celle qui est évidente, frappe l’essence même de l’O.P.J. ou de l’A.P.J.
Il faut que ces deux composantes soient réunies pour qu’on soit dans une enquête de
flagrance et non dans une enquête préliminaire.
L’article 77 du Code de procédure pénale énonce qu’en cas de découverte d'un cadavre, qu'il
s'agisse ou non d'une mort violente, mais si la cause en est inconnue ou suspecte, l'officier de police
judiciaire qui en est avisé informe immédiatement le procureur du Roi, se transporte sans délai sur les
lieux et procède aux premières constatations.
L’intérêt dans l’enquête de flagrance puisqu’on agit à chaud, la police va avoir plus de
facilités pour mener son enquête et à accomplir les actes nécessaires.
Alors que pour l’enquête préliminaire, la règle c’est que pour mener des actes, il faut
recueillir l’assentiment de la personne, les policiers auront beaucoup plus facilement écarté cet
assentiment dans le cadre d’une enquête de flagrance. Des pouvoirs beaucoup plus importants, parce
qu’on agit à chaud, on est très prêt de la commission de l’infraction.

Ces hypothèses peuvent être regroupées dans trois cas :


 crime ou délit concrètement flagrant ;
 crime ou délit réputé flagrant ;
 infraction assimilée à la l’infraction flagrante.

1) Crime ou délit concrètement flagrant

Celui qui se commet actuellement (même au stade de la simple tentative) ou qui vient
de se commettre.
L’actualité du crime ou délit dont parle le texte signifie que l’auteur est pris sur le fait,
en train d’exécuter son projet (qu’il soit déterminé ou indéterminé) : le coupable est surpris. La
solution retenue par la jurisprudence dominante exige que l’infraction se révèle par des indices
extérieurs indiscutables. L’infraction qui se commet actuellement : « suffisamment parlants », exemple
l’incendie. Au facteur temps doit s’ajouter l’élément de publicité 4.

Il est à noter que l’actualité n’est pas toujours évidente selon qu’on a affaire à un
crime ou un délit. Selon une étude intéressante de Miloudi Hamdouchi sur une période de 10 ans
(1982-1992), l’actualité du crime ne se rencontre qu’une fois sur 1000 ; le crime étant presque toujours
pensé, calculé, même dans les hypothèses où les victimes étant presque toujours indéterminées. Le

4
André Vitu et Roger Merle, traité de droit criminel : procédure pénale, CUJAS, Paris, 1979, p. 286.
criminel prépare son plan de retrait avant la commission du crime, même indéfini, de façon à dérouter
les enquêteurs5.
L’actualité n’est en fait réelle qu’en matière de délit parce que, généralement, le délit
est indéterminé et peut se constituer sans plan préétabli, sauf lorsqu’il s’agit d’infractions économiques
ou de mœurs. Les gens ne sortent pas dans les lieux publics avec l’intention de se battre. Mais tout
endroit de concentration favorise le développement d’une forme de criminalité, notamment
l’escroquerie, le trafic d’influence, l’émission de chèques sans provision, le vol à la tire, le racolage,
etc.6

1) Crime ou délit réputé flagrant

Dans un temps très voisin de l’action, il n’est pas en effet nécessaire que l’acte se
manifeste encore publiquement ; la simple proximité de temps suffit. Ainsi :

- la personne est poursuivie par la clameur publique ;


- ou la personne est en possession d’objets, ou présente des traces ou indices
faisant présumer qu’elle a participé à l’infraction.

L’expression « dans un temps très voisin de l’action » est suffisamment restrictive


pour limiter la durée à quelques heures. Mais, certains juristes marocains ont estimé que la notion de
flagrance peut se prolonger pendant des mois, voire pendant quelques années.
Or le code de procédure pénale français est très précis que le texte marocain car il a
limité dans son article 53 la durée de l’enquête de flagrance à 8 jours.
Selon la formule jurisprudentielle, il faut des « indices apparents d’un comportement
délictueux ».7Ex. arme visible dans la boîte à gants disloquée d’un véhicule accidenté ; sortie
précipitée d’un salarié employé clandestinement dans l’établissement. La chambre criminelle française
a estimé que les indices devaient révéler l’existence d’une infraction, ce qui est restrictif : la sortie
précipitée n’est pas une infraction en soi, aussi le fait de s’enfuir à la vue des policiers, et le fait de
placer des documents dans un sac.

De même, n’est pas un indice apparent un coup de téléphone dénonçant l’usage de


drogue, sauf si la dénonciation est confortée par des vérifications.

On constate une tendance à admettre plus largement l’existence de la flagrance : ex.


avis donné par une victime, ou un coauteur, ou par un tiers, révélation anonyme corroborée par
d’autres indices.

2) Infraction assimilée à l’infraction flagrante

Le dernier alinéa de l’art. 56 C.P.P. fait état d’une situation qui peut se révéler très
différente de l’infraction concrètement flagrante. Ce texte vise l’hypothèse où une infraction se
commet à l’intérieur d’un domicile dont le chef requiert le procureur du Roi ou un O.P.J. pour la
constater. Ce cas diffère de l’appel au secours qui implique l’exigence d’assister une personne en péril.

Le problème du délai devient inconcevable car le crime peut avoir lieu au cours d’une
absence plus ou moins longue du chef de maison.

5
Miloudi Hamdouchi, le régime juridique de l’enquête policière, Coll. Manuels et travaux universitaires, 1 ère éd.
1999, p. 83.
6
Op. cit.

Crim. 30 mai 1980 : Bull. crim., n° 165.


7
Est régulière la procédure dans laquelle deux A.P.J., alertés par la personne indiquant
que la porte d’une maison voisine est ouverte dans tout l’après-midi, sans manifestation de présence
humaine, pénètrent sur les lieux pour une mission d’assistance, constatent la présence de haschich,
informent un O.P.J. qui, agissant en enquête de flagrance perquisitionne ; il suffit de la connaissance
par l’O.P.J. d’indices apparents d’un comportement délictueux.

§. 2) Les principales opérations : transport sur les lieux, perquisitions et saisies, audition

A) Transport sur les lieux et saisies

Pour répondre à la situation d’urgence imposée par la flagrance, la police judiciaire


dispose de larges pouvoirs : transport sur les lieux pour procéder à toutes les constatations utiles,
conservation des indices, saisie des armes et instrument du crime, ainsi que le produit de l’infraction.
L’article 57 C.P.P. impose à l’officier de police judiciaire une seule obligation avant
de déclencher les opérations : il doit informer immédiatement le procureur du Roi.
Il s’agit d’instituer dès le départ, le contrôle du magistrat du parquet sur l’enquête de
flagrance, pour lui permettre de diriger lui-même les opérations. La question qui se pose est celle de
savoir si l’inobservation de cette formalité peut entraîner la nullité de la procédure.
La Cour suprême, dans son arrêt du 26 janvier 1978 a décidé que l’inobservation de
cette règle ne doit pas conduire à l’annulation du P.V. de la police judiciaire, ce qui paraît pour le
moins surprenant8.
Il est à noter qu’en cas de crime ou de délit flagrant, l’arrivée du procureur du Roi sur
les lieux dessaisit l’O.P.J. Le représentant du parquet a le choix : accomplir lui-même tous les actes de
police judiciaire ou prescrire à l’O.P.J. de poursuivre les opérations.
Le contrôle devient purement judiciaire si le juge d’instruction est présent sur les lieux
de l’infraction flagrante. Selon l’article 75 C.P.P., les magistrats du ministère public et les O.P.J. sont
de plein droit dessaisis à son profit. Il peut accomplir lui-même les actes de police judiciaire, comme il
peut prescrire à l’O.P.J. de poursuivre les opérations.
Par ailleurs, l’article 57 C.P.P. fait obligation à l’O.P.J. de veiller à la conservation des
indices susceptibles de disparaître et de tout ce qui peut servir à la manifestation de la vérité. Il
procède également à la saisie des armes et instruments qui ont servi à commettre l’infraction, ainsi que
tout ce qui paraît avoir été le produit du crime. A cet égard, toute modification des lieux, destruction
des traces et prélèvement exposent leurs auteurs à des peines d’emprisonnement ou d’amende.

B) La perquisition

La perquisition d’un domicile est la deuxième mesure accordée par la loi à la police judiciaire
en matière de flagrance.

La notion de domicile à retenir doit correspondre au concept le plus large qui se


dégage de l’art. 511 C.P. ainsi rédigé : « est réputée maison habitée, tout bâtiment, logement, loge,
tente, cabine même mobile, qui, même sans être actuellement habité, est destiné à l’habitation et tout
ce qui en dépend comme cours, basses-cours, granges, écuries, édifices qui s’ y sont enfermés, quel
qu’en soit l’usage et quand même ils auraient une clôture particulière dans la clôture ou enceinte
générale. »

8
Il faut remarquer que l’article 57 C.P.P., qui fait obligation à l’O.P.J. d’informer le procureur du Roi, ne fait pas
partie des dispositions qui, selon l’article 63 C.P.P., sont prescrites à peine de nullité. Mohammed-Jalllal
ESSAID, précité, p. 66.
Après avoir posé le principe de l’inviolabilité du domicile, l’article 24 de la
constitution de 2011 prévoit que « les perquisitions ne peuvent intervenir que dans les conditions et
les formes prévues par la loi ».

Aussi, on en trouve trace dans le code de procédure pénale, qui précise les contours de
cette mesure. Ainsi, dans son article 59 C.P.P. vise les situations où l’infraction peut être prouvée par
des papiers, documents, pièces ou objets qui appartiennent à des personnes suspectes.

L’article 60 C.P.P. apporte une certaine limite au pouvoir de l’officier de police


judiciaire qui agit dans le cadre d’une enquête de flagrance. En effet, si ce dernier peut se passer du
consentement du suspect, il doit, en revanche, procéder à cette perquisition en sa présence ou de son
représentant. Et en cas d’impossibilité, l’officier de police judiciaire doit requérir deux témoins pour y
assister.

Pour protéger le repos nocturne, l’article 62 C.P.P. trace les limites suivantes : les
perquisitions et les visites domiciliaires ne peuvent être commencées avant six heures et après vingt et
une heures.

Des exceptions sont prévues : la demande du chef de maison, réclamation venant de


l’intérieur, lieux pratiquant habituellement une activité nocturne. De plus, le texte précise que « les
opérations commencées à une heure légale peuvent se poursuivre sans désemparer ».

Des textes spéciaux peuvent autoriser les O.P.J. à procéder à des perquisitions en
dehors des heures fixées par la loi. Ainsi, l’article 4 du code de justice militaire du 26 juillet 1971,
l’article 4 du Dahir du 21 mai 1974 sur la répression du trafic de drogue, et l’article 62, alinéa 3
C.P.P., relatif à l’infraction terroriste, les perquisitions peuvent avoir lieu avant six heures du matin et
après neuf heures du soir, mais il faut une autorisation écrite du ministère public.

Mais la législation marocaine comporte aussi des dispositions favorables aux droits de
la défense, inspirées des instruments internationaux des droits de l’homme ratifiés par le Maroc.

Ainsi, les perquisitions opérées dans les locaux professionnels d’une personne liée par
le secret professionnel ne sont autorisées qu’à certaines conditions. L’O.P.J. doit aviser le procureur du
Roi et prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir le respect du secret professionnel.

Lorsque la perquisition doit être opérée dans un cabinet d’avocat, l’art. 59, alinéa 4
C.P.P. prévoit une double garantie : elle ne peut être effectuée que par un magistrat du ministère
public, en présence du bâtonnier de l’ordre des avocats ou de son représentant.

L’art. 60, al. 2 C.P.P. prévoit une situation découlant à la fois de la tradition
musulmane et du droit international. Il s’agit de la fouille corporelle des personnes de sexe féminin, ne
peut être effectuée que par une femme désignée par l’O.P.J.

C) Audition

L’article 60, al. 3, C.P.P. confère à l’O.P.J. des pouvoirs importants. En effet, ce
dernier peut appeler et entendre toutes les personnes susceptibles de fournir des renseignements sur les
faits ou sur les documents saisis. En cas de refus, il dispose désormais d’un pouvoir redoutable : il peut
les contraindre à comparaître après autorisation du ministère public.

§. 3 - La garde à vue
Depuis la création du code de procédure pénale le 10 février 1959, la garde à vue était
réglementée par des textes épars qui ne protégeaient guère les libertés et les droits des personnes
gardées à vue.
Après de vives critiques de la doctrine et les recommandations du conseil consultatif
des droits de l’homme du 24 décembre 1990 qui étaient approuvées par le Roi défunt Hassan II, le
code de procédure pénale a connu la première réforme législative en vue de renforcer les droits de la
personne poursuivie. Il s’agit du dahir du 30 décembre 1991 portant promulgation de la loi n° 67.90
relative à la procédure pénale.
En réalité, il ne changeait que superficiellement le dispositif juridique antérieur, ce qui
rendait inévitable d’autres réformes afin de concilier d’une part, l’efficacité des investigations
judiciaires et d’autre part, la protection des droits et libertés individuelles, c’est-à-dire de concilier
deux notions difficile à mettre en œuvre, à savoir le droit à la sûreté et le droit à la sécurité.
Cette réforme s’est concrétisée par le Dahir du 3 octobre 2002 portant promulgation
de la loi n° 22.01 relative à la procédure pénale. Mais il s’agit d’une « réforme en trompe l’œil », car
elle n’atteint que partiellement son but. En effet, la loi régissant la garde à vue souffre de certaines
faiblesses susceptibles de porter atteinte aux libertés individuelles et au principe de la présomption
d’innocence. Mais l'avant-projet du Code de procédure pénale a réussi de combler les lacunes de la loi
22.01.
Il importe de définir la mesure de la garde à vue, de voir les personnes visées par cette
mesure, et les conditions de celle-ci.

A) Définition

Le code de procédure pénale ne définit pas la garde à vue. Il ne précise pas aussi les
fondements de cette mesure (indices, raisons plausibles…). Cet état de lieu est critiquable, surtout que
la mesure de la garde à vue porte une atteinte grave aux libertés individuelles. Elle concerne aussi bien
les crimes et délits flagrants que les situations ordinaires.

En l’absence du texte de loi, la garde à vue peut être définie comme « l’appréhension
d’une personne et sa rétention à la disposition et à la vue de l'officier de police judiciaire à son lieu
de travail pour une durée fixée par la loi »9.

C’est la même position de la Cour de cassation qui, en affirmant que « la garde-à-vue
est le temps passé par l'accusé en retenue administrative sous la surveillance et le contrôle de
l'officier chargé de l'enquête »,10 précise deux éléments : la privation de liberté et la mise à la
disposition de l'officier de police judiciaire.

Le législateur français est intervenu le 14 avril 2011 11, il définit la garde à


vue comme« une mesure de contrainte décidée par un O.P.J. sous le contrôle de l’autorité judiciaire
par laquelle une personne à l’encontre de laquelle il existe une ou plusieurs raisons plausibles de
soupçonner qu’il a commis ou tenté de commettre un crime ou un délit puni d’une peine
d’emprisonnement et maintenu à la disposition des enquêteurs ».

Le professeur Khamlichi assure que les règles qui commandent cette mesure « sont
impératives, imposées directement par la loi afin de garantir le bon déroulement de la procédure, loin
de toute marge de choix ou de recours à un quelconque pouvoir discrétionnaire »12.
9
Ministère de la justice, Traité de procédure pénale (en arabe), Editions de l'association de publication de
l'information juridique et judicaire, 2ème éd., T.I. Rabat, 2004, p. 122.
10
C. cass. arr. n° 475, 25/01/2001.
11
Loi n° 2011-392.
12
Khamlich Ahmed, traité de procédure pénale (en arabe), t. I imprimerie Almaârif Aljadija, Rabat, 1999, p. 295.
L’efficacité des enquêtes suppose donc en général, le maintien à disposition de toute
personne entre les mains des enquêteurs. Il semble que c’est la solution adéquate, mais dangereuse
pour les libertés individuelles, afin d’éviter la disparition des preuves, et aussi la fuite des auteurs
soupçonnés d’avoir commis une infraction. Mais il faut éviter la garde à vue de « confort », c’est-à-
dire que l’O.P.J. recourt à cette mesure juste pour avoir l’intéressé sous ses mains s’il a besoin de
l’interroger, elle doit donc être justifiée.

B) Les personnes visées par la mesure de la garde à vue

Il s’agit des personnes suspectées d’avoir un lien avec l’infraction. Le législateur


marocain autorise la garde à vue pour les nécessités de l’enquête. La phrase manque de précision, car
quelles sont les personnes concernées par cette mesure ? Cela risque de menacer les liberté
individuelles et de porter une atteinte au principe de la présomption d’innocence. Est-il concevable
qu’un simple témoin qui n’a aucun rapport avec l’infraction pourrait être arrêté et placé en garde à vue
pour les nécessités de l’enquête ?

En France, depuis la réforme de 1993, seules les personnes à l’encontre desquelles


existe un ou plusieurs indices faisant présumer qu’elles ont commis ou tenté de commettre une
infraction seraient susceptibles d’être placées en garde-à-vue.

La loi du 15 juin 2000 relative au renforcement de présomption d’innocence et la


protection des droits des victimes, a modifié le code de procédure pénale français en intégrant la
formule suivante : « une ou plusieurs raisons plausibles de soupçonner » que la personne que l’on
veut placer en garde à vue ait commis ou tenté de commettre une infraction. Ainsi, les témoins et toute
autre personne ne peuvent être placés en garde à vue. Un témoin ne peut être retenu que le temps
strictement nécessaire à son audition.

Le législateur marocain doit donc modifier l’article 66 C.P.P. pour préciser la situation dans
laquelle la personne peut être placée en garde à vue. Cette mesure ne doit concerner que les suspects,
c’est-à-dire les personnes contre lesquelles existent des raisons plausibles laissant penser qu’ils ont
commises ou tenté de commettre une infraction sanctionnée d’une peine d’emprisonnement.

C) Les conditions de validité

  Les articles 66 et 80 C.P.P. mentionnent quatre conditions pour la validité de la garde


à vue. Le recours à la garde à vue, qui requiert en certains cas une autorisation préalable du parquet et
qui doit toujours être justifié par une nécessité, n’est pas admis pour toutes les infractions. De plus, sa
période est-elle limitée.

1°) L’autorisation préalable du parquet


 
L’article 80 C.P.P., relatif à l’enquête préliminaire, conditionne le placement en garde
à vue à l’autorisation préalable du parquet. Or l’article 66 C.P.P., se rapportant à l’enquête de
flagrance, se contente seulement d’obliger l’officier de la police judiciaire à aviser le parquet de la
mesure de garde à vue.
L’intervention du parquet est donc toujours exigée pour la mesure de garde à vue, et
elle prend une forme différente selon le type de l’enquête : préliminaire ou de flagrance.

2°) La nécessité de la garde à vue 


Comme il est dit précédemment, les textes régissant la garde à vue manquent de
précision quant aux personnes concernées par cette mesure. Dans l’attente d’une réforme du
législateur, le bon sens nous amène à dire que l’O.P.J. ne doit avoir droit à placer un individu en garde
à vue que lorsque il y a des indices ou des raisons plausibles de soupçonner cet individu. Si cela fait
défaut, cette mesure risque d’être dénuée de fondement, c’est-à-dire arbitraire réprimée au titre de
l’art. 225 du code pénal. Elle risque aussi de porter atteinte à la présomption d’innocence. La règle est
d’une importance capitale car elle est prévue au titre de l’article 21 de la constitution qui dispose que
« Nul ne peut être arrêté, détenu, poursuivi ou condamné en dehors des cas et des formes prévus par
la loi.
La détention arbitraire ou secrète et la disparition forcée sont des crimes de la plus grande
gravité et exposent leurs auteurs aux punitions les plus sévères (…)
La présomption d’innocence et le droit à un procès équitable sont garantis. Toute personne
détenue jouit de droits fondamentaux et de conditions de détention humaines (…) ».

Cette protection est aussi garantie au sein de l’art. 9 de la déclaration universelle des
droits de l’homme de 1948 qui stipule que « Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ni exilé. »
Aussi, au sein de l’article 5 de la C.E.S.D.H. qui prévoit dans son paragraphe premier que « toute
personne a droit à la liberté et à la sûreté. Nul ne peut être privé de sa liberté », avant d’énumérer les
cas de privation de liberté. De même au sein de l’article 9 du pacte international de 1966 relatif aux
droits civils et politiques disposant dans son paragraphe premier que «   1. Tout individu a droit à la
liberté et à la sécurité de sa personne. Nul ne peut faire l'objet d'une arrestation ou d'une détention
arbitraire. Nul ne peut être privé de sa liberté, si ce n'est pour des motifs, et conformément à la
procédure prévus par la loi. »

La question est de savoir quels sont ces indices ou ces raisons plausibles permettant de
mettre une personne en garde à vue. Deux hypothèses peuvent constituer le fondement de cette
mesure.
 
D’un côté, la garde à vue ne peut concerner que l’individu ayant un rapport avec
l’infraction. Le bon déroulement de l’enquête exige la mise en garde à vue de la personne, à savoir la
recherche des moyens de preuves, et l’identification des auteurs de l’infraction. Ainsi, tout individu
ayant la moindre relation avec l’infraction, pouvant apporter une contribution quelconque aux
recherches, ou tout simplement tout suspect, peut être placé en garde à vue.

De l’autre côté, pour protéger les libertés individuelles, la garde à vue ne peut être
décidée que lorsque la personne ne présente pas de garanties suffisantes pour rester à la disposition de
l’O.P.J. qui mène une enquête, mais cela ne peut se concevoir que dans le cas des délits, car il serait
plus difficile de laisser en liberté une personne soupçonnée d’un homicide volontaire.
Cependant, dans l’état actuel du texte, les libertés individuelles semblent être
menacées par la mesure de la garde à vue. La condition de nécessité prévue par les articles 66 et 80
C.P.P. est ambigüe, car c’est l’O.P.J. qui apprécie au final si la garde à vue est nécessaire ou non, mais
selon quels critères ? Certes, le contrôle opéré par le procureur du Roi ou le procureur général du Roi
et la chambre correctionnelle de la Cour d’appel semble être une garantie. Mais dans la pratique la
seule protection du droit à la sûreté semble être la conscience de ces officiers quant à la gravité de la
mesure de la garde à vue et quant au respect des instruments internationaux des droits de l’homme.

3°) Départ et délais de la garde-à-vue

Le législateur marocain a choisi de traiter différemment l’ensemble des infractions


dites de droit commun et un certain nombre d’infractions jugées différentes en raison de leur gravité
ou de la complexité des investigations qu’elles impliquent.
Le délai d’une garde-à-vue est de 48 heures à compter à partir du moment de
l’appréhension de la personne concernée (art. 66 C.P.P.).

En matière de flagrance, l’O.P.J. informe le ministère public de la mesure qu’il a


décidée (art. 66, al. 1er C.P.P.). En revanche, au cours d’une enquête préliminaire une telle mesure ne
peut être ordonnée que sur autorisation préalable de cette autorité (art. 80, al. 1 er C.P.P.).

En toutes matières, préliminaire ou de flagrance, une prolongation de la garde-à-vue


pour une durée de 24 heures est possible selon des formalités différentes.

En matière de flagrance, il suffit d’une autorisation écrite du ministère public.

En matière préliminaire, la prolongation nécessite que la personne gardée à vue soit


présentée avant la fin du délai initial au procureur du Roi qui l’autorise si nécessaire, après l’avoir
entendue, en vertu d’un acte écrit (art. 80, al. 2 C.P.P.). Par exception à cette règle, le ministère public
peut autoriser la prolongation sans entendre la personne en vertu d’une décision motivée (art. 80, al. 5
C.P.P.).

Des dispositions différentes sont prévues lorsque l’O.P.J. voudrait procéder à une
garde à vue relative à une infraction contre la sécurité intérieure ou extérieure de l’Etat ainsi qu’en
matière de terrorisme.

Au cours d’une enquête de flagrance, l’art. 66 C.P.P. dispose que « lorsqu’il s’agit
d’atteinte à la sécurité intérieure ou extérieure de l’Etat, le délai de la garde à vue est de 96 heures
renouvelable une seule fois sur autorisation du ministère public » (al. 3).

« Lorsqu’il s’agit d’une infraction en matière de terrorisme, le délai de la garde à vue est de
96 heures renouvelable deux fois, pour une durée de 96 chaque fois, sur autorisation écrite du
ministère public » (al. 4).

Pour l'enquête préliminaire, l’art. 80 C.P.P. prévoit des dispositions presque


identiques. L’al. 5 de cet article prévoit qu’ « il est exceptionnellement possible que l’autorisation
citée soit délivrée en vertu d’une décision motivée, sans que la personne ne soit présentée au ministère
public ».

4°) Les droits de la personne gardée à vue

a) L’information du suspect des faits reprochés et son droit au silence

L’article 66 C.P.P. impose à l’officier de police judiciaire une obligation, celle


d’informer la personne gardée à vue, dans une langue comprise, des motifs de son arrestation et de ses
droits, y compris son droit au silence. Cette obligation est d’une importance capitale car elle est
consacrée par l’article 23 de la constitution qui prévoit que : « Toute personne détenue doit être
informée immédiatement, d’une façon qui lui soit compréhensible, des motifs de sa détention et de ses
droits, dont celui de garder le silence. » On trouve aussi ce droit au sein de l’article 5 § 2 de la
C.E.S.D.H. stipulant que « toute personne arrêtée doit être informée, dans le plus court délai et dans
une langue qu'elle comprend, des raisons de son arrestation et de toute accusation portée contre
elle. » De même, au titre de l’article 9-2 du pacte international relatif aux droits civils et politiques qui
prévoit que : « tout individu arrêté sera informé, au moment de son arrestation, des raisons de cette
arrestation et recevra notification, dans le plus court délai, de toute accusation portée contre lui ».

Il s’agit là du premier acte de défense, le suspect doit savoir ce qu’on lui reproche.
Mais le code de procédure pénale ne précise pas si les policiers et les gendarmes doivent notifier les
faits dès le placement effectif de la personne en garde à vue.
Cependant, connaître les motifs de son arrestation est la condition sine qua non d’une
véritable « égalité des armes ». En effet, pour pouvoir se défendre et se prévaloir ensuite des garanties
d’un procès équitable, il faut d’abord, comprendre les raisons de l’arrestation. Ainsi, le code de
procédure pénale autorise l’intervention d’un interprète pour le gardé à vue qui parle une langue
étrangère afin de lui faciliter la compréhension des faits donnant lieu à l’ouverture de l’enquête
policière et de ses droits.

En outre, l’intéressé est informé de son droit au silence. Les enquêteurs peuvent,
néanmoins, lui poser toutes les questions utiles à l’enquête. Le procès-verbal mentionne après chacune
d’elles, que l’intéressé ne souhaite pas répondre.

b) Information de la famille

La famille de la personne gardée à vue doit être informée par tout moyen et mention
de cet acte doit figurer sur le P-V.

c) L’assistance d’un avocat

Avant la loi du 22-01 de 2002, ce droit n’était pas reconnu au gardé à vue. La réforme
a permis donc l’intervention d’un avocat lors d’une mesure de garde à vue.

Quel est son rôle ? A-t-il des prérogatives équivalentes à celles dont il bénéficie au
cours de l’instruction : présences aux auditions, interrogatoires, connaissance du dossier ?

L’art. 66 C.P.P. fait du contact d’un avocat un droit de l’individu gardé à vue qui en
bénéficie quelle que soit la nature de l’infraction en cause, « cette assistance permet d’étendre,
timidement, les bases du procès équitable dès l’enquête de flagrance »13mais il a limité ce droit quant
au moment de son exercice. Cet article énonce que : « la personne placée en garde à vue peut, en cas
de prolongation de celle-ci, demander à l’O.P.J. à s’entretenir avec un avocat … », et
ajoute : « l’avocat désigné peut également communiquer avec la personne placée en garde-à-vue ».

Cependant, deux exceptions sont apportées à ce régime général, la première relative


aux mineurs pour qui la lecture de l’article 460 C.P.P. permet de déduire qu’aucun moment de
l’intervention n’a été fixé, ce qui signifie que les mineurs ont le droit de s’entretenir avec un avocat
dès le début de la rétention.

La deuxième exception consistait à décaler le moment de l’intervention lorsque


l’enquête porte sur les infractions terroristes et certaines infractions énumérées par l’article 108 C.P.P.
Dans ces cas, l’intervention ne doit pas dépasser 48 heures à partir de la première prolongation qui est
d’une durée de 96 heures.

La question qui se pose est dès lors de savoir la nature de l’intervention de l’avocat au
cours de la garde à vue.

Les pouvoirs de l’avocat à ce stade sont limités. En premier lieu, ils sont limités dans
le temps, puisque le client ne peut s’entretenir avec son avocat que dès la première heure de la
prolongation de la garde-à-vue pour une durée qui ne dépasse pas 30 minutes, sous le contrôle de
l’O.P.J. et dans des conditions qui garantissent la confidentialité de cet entretien (art. 66, al. 5 C.P.P.).
13
Mohammed-Jallal ESSAID, op. cit. P. 70.
En second lieu, l’avocat n’a le droit ni d’avoir accès au dossier de la personne gardée à
vue, ni informé de la date présumée de l’infraction reprochée ni de sa nature, ni d’assister aux
interrogatoires, ni d’être informé des résultats de l’enquête qui a été réalisée. A cet effet, sa mission se
résume à vérifier les conditions dans lesquelles se déroulent la garde à vue, et il se base uniquement
sur les dires de la personne mise en cause.

De ce fait, il est difficile de parler d’une véritable défense comme celle qui existe
pendant l’instruction où l’avocat est appelé à assister à l’interrogatoire de l’accusé et a le droit à un
accès direct au dossier de celui-ci.

C’est dire que cette assistance se limite à un dialogue entre le conseil et son client,
l’avocat ne pouvant participer aux différentes opérations effectuées par la police judiciaire, en
particulier aux interrogatoires et aux confrontations.

Il n’en demeure pas moins que les attributions reconnues à l’avocat sont moins
négligeables :

 dès le départ, il peut produire des documents ou des observations écrites à la


police judiciaire ou au ministère public en vue de les joindre au procès-verbal ;
 progressivement, les prérogatives reconnues à l’avocat vont s’élargir au
moment de l’interrogatoire mené par le ministère public. Le conseil désigné ou choisi peut
assister à cet interrogatoire et demander que son client soit soumis à un examen médical ;
 l’avocat peut même demander au ministère public la mise en liberté du
suspect, en contrepartie d’une caution pécuniaire ou personnelle (art. 73, al. 2 C.P.P.) ;
 l’O.P.J. est tenu d’informer, par tous les moyens, la famille de la personne
gardée à vue, dès qu’il décide de placer cette dernière en garde à vue et de le signaler dans le
procès-verbal (art. 67, al. 4) ;
 enfin, l’intervention directe ou indirecte du parquet, vise à protéger la liberté
individuelle, contre les abus éventuels de la police judiciaire. Ce contrôle se poursuivra au
niveau de l’exécution de la garde à vue. En effet, le registre des déclarations doit être mis à la
disposition du ministère public (art. 68 C.P.P.). Il suffit d’énumérer quelques énonciations de
ce registre pour se rendre compte qu’il s’agit d’assurer le respect de la présomption
d’innocence et des pactes internationaux : point de départ de la garde à vue, durée des
interrogatoires, temps de repos, état de santé ;
 l’efficacité de ces dispositions dépendra de l’observation d’une obligation
mise à la charge du procureur du Roi (art. 45 C.P.P.). Il doit en effet visiter les locaux
ménagés pour l’exécution de la garde à vue au moins deux fois par mois.

Cette présentation permet de se poser la question sur les conséquences de


l’inobservation des règles qui entourent la garde à vue.

Le code de procédure pénale ne dit mot sur la question, et la jurisprudence est


hésitante. Mais un arrêt de la Cour suprême donne un peu d’éclairage à ce brouillard. En effet, dans
son arrêt du 14 juin 1972, la haute juridiction a estimé que les dispositions sur la garde à vue ne
seraient pas prescrites à peine de nullité, à une exception près, si l’inobservation d’une règle avait
entaché la manifestation de la vérité d’un vice de fond 14.

Cette solution est, à notre sens, insuffisante pour protéger les droits de l’individu placé en
garde à vue et pour donner corps à ces règles garantissant ces droits. En effet, il faut envisager un
mécanisme qui oblige l’O.P.J. d’observer les mentions prescrites par la loi, et qui consiste
essentiellement dans la nullité de la procédure et les procès-verbaux. Cette protection demeure vide de
sens, si elle ne revêt pas un caractère obligatoire, et cela ne peut se concevoir sans sanction.

Cour suprême, 14 juin 1972, dossier n° 39047 – Cour suprême 25 mars 1986, Rev. Jurisp. Et Droit, n° 138, p.
14

279.
Cette opinion est partagée par le professeur Mohammed-Jallal ESSAID pour qui : « la
propriété individuelle est mieux protégée contre les abus éventuels de la police judiciaire que la
liberté des personnes poursuivies »15. En effet, les dispositions qui réglementent les perquisitions et les
visites domiciliaires sont prescrites, selon l’article 63 C.P.P., à peine de nullité.

d) L’absence de l’intervention du médecin au cours de la garde à vue

Le législateur marocain ne connaît le droit du suspect à un examen médical qu’en cas


de présentation de la personne devant le Procureur du Roi. Or cette solution n’est pas forcément la
meilleure.

Pour remédier à cela, le gardé à vue devra bénéficier du droit de demander un examen
médical à tout moment au cours des premières quarante-huit heures. C’est le policier qui devra choisir
le médecin et en attendant sa venue, la garde à vue se poursuivra normalement. En cas de
prolongation, un nouvel examen devra avoir lieu. Le certificat médical devra être versé au dossier. Il
joue un rôle préventif pour le gardé à vue (pas de violences) et pour le policier (pas de fausses
accusations de violences). Si le médecin estime que l’état de santé de la personne n’est pas compatible
avec la garde à vue, l’O.P.J. il devra informer le procureur du Roi.

5°) Quelques perspectives d’évolution

La législation marocaine sur la garde-à-vue souffre de certaines faiblesses qui


demandent une refonte. Ainsi, des solutions peuvent être proposées.

D’abord, la garde à vue ne doit concerner que la personne à l’encontre de laquelle


existent une ou plusieurs raisons plausibles de soupçonner qu’il a commis ou tenté de commettre un
crime ou un délit puni d’une peine d’emprisonnement.

Ensuite, la garde à vue doit être l’unique moyen à l’accomplissement de certains


objectifs :

- exécution d’investigations ;
- présentation au procureur ;
- éviter que des preuves ne soient effacées ;
- éviter des pressions sur les témoins.

Il faut donc justifier cette garde-à-vue

- assistance de l’avocat dès le début de la garde-à-vue. Il doit assister aux


interrogatoires.

La Cour européenne des droits de l’homme dans deux décisions : SALDUZ c./
Turquie du 25 novembre 2008, et DYANAN c./Turquie du 13 octobre 2009, a fondé sa décision
notamment sur la violation de l’article 6 C.E.S.H. Elle affirme que le prévenu doit bénéficier de
l’assistance d’un avocat dès les premiers stades des interrogatoires de police. Il doit bénéficier d’une
assistance effective d’un avocat.

Dans l’arrêt DYANAN, la Cour européenne des droits de l’homme détaille ce droit à
un avocat. Il comporte :

- la discussion de l’affaire ;
15
Op. cit. p. 74.
- l’organisation de la défense ;
- la recherche des preuves favorables à l’accusé ;
- la préparation des interrogatoires ;
- le soutien psychologique à l’accusé ;
- le contrôle de la détention.

La Cour européenne des droits de l’homme, FIDANCI c./Turquie 16, affirme que
« l’absence d’avocat lors d’une garde à vue au cours de laquelle le suspect a tenu des déclarations
sur lesquelles s’est notamment fondée sa décision de condamnation viole l’article 6 de la Convention
européenne des droits de l’homme. »
La présentation de ces arrêts est importante, car ils peuvent constituer un modèle
d'évolution des dispositions du code de la procédure pénale marocaine, spécifiquement celles se
rapportant à la mesure de la garde à vue.

6°) Le contrôle de la garde-à-vue

Le législateur impose que soit établi l’ensemble des actes accomplis par l’O.P.J.
pendant le placement d’une personne en garde-à-vue par deux moyens essentiels : le registre et le P-V.
L’a. 66, al. 11 C.P.P. dispose qu’ : « un registre, côté et paraphé par le Procureur du Roi, doit être
tenu dans tous les locaux susceptibles d’accueillir des personnes placées en garde-à-vue ». Il y sera
fait mention de l’identité de la personne retenue, des motifs de sa garde-à-vue, l’heure du départ et de
la fin de celle-ci, le temps des interrogatoires, les moments de repos, l’état physique et de santé de la
personne et la nourriture qui lui a été offerte (al. 13).

7°) Fin de la garde à vue

La règle est qu’il est mis fin à la garde à vue soit par la fin du délai légal, soit par une
décision de l’O.P.J. ou du ministère public avant l’écoulement total du délai légal en raison de la
disparition du besoin qui la justifiait.

En principe, la présentation d’une personne au ministère public doit mettre fin à sa


garde à vue. Lorsque le procureur du Roi procède à l’interrogatoire d’un suspect, il ne possède à
l’issue de celui-ci que deux options : libérer la personne ou faire en sorte qu’elle reste retenue à la
disposition de la justice, en présentant un réquisitoire aux fins d’information assorti d’une requête de
mise en détention préventive ou en ordonnant un dépôt jusqu’à ce qu’il soit déféré devant le tribunal
(art. 47, et 74 C.P.P.).

Section 2 - L’enquête préliminaire

L’enquête préliminaire ou de droit commun, est une procédure moins rigoureuse que
l’enquête de flagrant délit, mais elle ne procure à son auteur que des pouvoirs limités.
Ce type d’enquête tient une place importante dans l’exercice des fonctions de la police
judiciaire. Elle est de pratique quotidienne et constitue le moyen d’information le plus courant de
celle-ci.

16
CEDH, 2e sect., 17 janv. 2012, Fidanci c. Turquie, n° 17730/07.
Bien que restreintes, les possibilités offertes par cette procédure sont suffisantes pour
faire aboutir les investigations dans de nombreuses affaires.

§. 1 – Les acteurs

L’enquête préliminaire peut être diligentée par :


• les officiers de la police judiciaire compétents territorialement ;
• ou, sous le contrôle de ceux-ci, les agents de police judiciaire désignés;
• et, exceptionnellement, par le procureur du Roi ou le procureur général du
Roi.
Ils procèdent à des enquêtes préliminaires, soit sur les instructions du ministère public,
soit d’office, ou sur plainte ou dénonciation de la victime (art. 78, C.P.P.).
Il est à noter que dans le cadre de l’enquête préliminaire, les officiers de police
judiciaire peuvent sur réquisitions du procureur du Roi ou de procureur général du Roi :
• opérer sur l’étendue du territoire national (art. 22, al. 2, C.P.P.) ;
• procéder à des auditions sur le territoire d’un état étranger avec son accord.

§. 2 - Le déclenchement de l’enquête préliminaire

A) Les hypothèses de déclenchement de l’enquête préliminaire

La police judiciaire est informée de la commission d’une infraction de deux manières.


Tout d’abord, les plaintes et dénonciations : la victime qui veut porter plainte, et un
tiers dénonce des faits parce qu’il n’est pas victime, il a juste vu certains faits, ou entendu certains
éléments susceptibles de revêtir une qualification pénale. Dans 85% des cas, c’est de cette manière-là
que la police judiciaire a connaissance de l’existence d’une infraction, ce qu’on appelle une saisine
dite « réactive ».
Parfois, la police a connaissance d’une infraction par ses propres investigations, on est
alors dans une saisine dite « proactive » dans 15% des cas.
La police judiciaire qui mène l’enquête avant le déclenchement des poursuites pour
permettre au procureur du Roi de décider sur l’opportunité des poursuites.
Il est à préciser que la police judiciaire mène son enquête sous la direction du
procureur du Roi qui est à la tête de cette police contrôlé par le procureur général du Roi encore au-
dessus.
Il est à noter que les hypothèses donnant lieu à ce type d’enquête sont :
• les contraventions ;
• les délits passibles seulement d’une peine d'amende ;
• les délits non flagrants, passibles d’une peine d'emprisonnement ;
• les crimes non flagrants.

B) Les objectifs de l’enquête préliminaire


L’enquête préliminaire, dite de droit commun, son but est d’éclairer le ministère
public sur les suites à donner à la procédure. Le ministère public détient l’opportunité des poursuites,
c’est lui qui détermine si oui ou non, il est judicieux de poursuivre, et de présenter notamment la
personne devant la juridiction de jugement.
L’enquête policière permet donc de porter des éléments qui vont éclairer la décision
du ministère public sur l’opportunité de poursuivre, c’est l’enquête de droit commun.
Cette enquête peut être menée par la police elle-même sans se référer au procureur du
Roi, mais, à ce moment-là, il doit, sans délai, l’informer, ou c’est le procureur du Roi peut demander
devant certains éléments, une situation de trouble, on se dit peut être il y a infraction ou alors il y a
bien infraction effectivement mais quels sont les auteurs, l’affaire est un peu complexe, c’est bien le
procureur du Roi peut demander à ce que la police judiciaire mène une enquête préliminaire en vue de
savoir si oui ou non il y a infraction, si oui ou non on peut trouver les coupables, savoir quelles suites
donner à l’affaire : poursuivre ou classer sans suite.
L’objectif est donc :
• De recueillir des renseignements nécessaires à l’autorité judiciaire
(Recherches, auditions de personnes,… etc.)
• D’établir, éventuellement, l’absence d'une infraction pénale (suicide, incendie
accidentel,… etc.)

C) Les actes effectués dans le cadre de l’enquête préliminaire

Toutes les opérations, effectuées dans le cadre de cette enquête, sont dirigée par le
procureur du Roi ou le procureur général du Roi chacun en ce qui le concerne.
Il s’agit principalement des cas où l’O.P.J. ou l’A.P.J. :
• transport sur les lieux ;
• procède aux constatations ;
• effectue des perquisitions et saisies ;
• procède à l’audition des témoins et des personnes paraissant avoir participé à
l’infraction et avise le procureur du Roi dès qu’une personne est identifiée suite à des indices
tangibles ;
• conduit devant le procureur du Roi toute personne contre laquelle existent des
indices graves et concordants de nature à motiver sa mise en examen.

1) Information du procureur du Roi

Dès qu’il a connaissance d’un crime, d’un délit ou d’une contravention, l’O.P.J.
informe sans délai le procureur du Roi du lieu de commission des faits.
Dès la clôture des opérations, l’O.P.J ou l’A.P.J., doit faire parvenir au procureur du
Roi l’original et une copie de tous actes, documents et procès-verbal relatifs à l’enquête et mettre à sa
disposition les saisies réalisées.

2) Transport sur les lieux


L’enquêteur se transporte en tout lieu où il pense pouvoir trouver des éléments de
preuve. Il procède aux mêmes opérations que dans l’enquête de flagrant délit, mais il ne peut user
d’aucune mesure coercitive, hormis la garde-à-vue qui ne peut être décidée que par un O.P.J.
Dans le cadre de la même administration, un supérieur hiérarchique est en droit de
prendre à son compte l’enquête préliminaire ouverte par l’un de ses subordonnés.

3) Constatations

Il doit s’agir de constatations ou d’examens nécessaires au déroulement de l’enquête.


L’enquêteur opère comme dans l’enquête de flagrant délit. Il procède à des
constatations ou à des examens techniques ou scientifiques qui ne peuvent pas être différés. Le
procureur du Roi ou, sur autorisation de celui-ci, l’O.P.J. a recours à toutes personnes qualifiées.
Les personnes ainsi requises prêtent serment par écrit, d'apporter leur concours à la
justice, sauf, les experts figurant sur une liste nationale ou de Cour d'appel puisqu’ils ont déjà prêté
serment.
Les personnes requises ont l’obligation :
• de déférer à la réquisition ;
• exécuter dans les meilleurs délais la mission fixée par réquisition ;
• procéder aux constatations ou examens demandés ;
• produire un avis sous forme de rapport écrit ;
• respecter le secret de l’enquête.
Il est à noter que l’O.P.J., sur autorisation du procureur du Roi, peut requérir les
personnes, les établissements ou organismes privés ou publics, les administrations publiques, pour la
fourniture ou la remise d’informations ou de documents intéressants à l’enquête, y compris ceux issus
d’un système informatique ou de traitement de données nominatives. Ceux-ci sont tenus de lui
remettre ces documents, sans que puisse lui être opposé, sans motif légitime, l’obligation au secret
professionnel17.
Seul le procureur du Roi, peut rendre publics certains éléments objectifs dans le but de
mettre fin à la circulation d’informations erronées ou pour faire cesser un trouble à l’ordre public.
Par ailleurs, l’O.P.J. ou l’A.P.J. peuvent requérir dans certaines conditions d’autres
catégories de personnes pour l’exécution d’un travail matériel ou d’une action exigeant technicité ou
compétences particulières (terrassiers, plombiers, serruriers). Ces personnes compétentes ne prêtent
pas serment et ne fournissent pas de rapport.
Enfin, l’O.P.J. ou l’A.P.J. peuvent requérir un médecin, en vue d’effectuer un
prélèvement sanguin sur la personne :
• D’un conducteur dans un accident de la circulation ;
• De l’auteur ou de la victime d’un accident de la circulation;
• d’un crime ou d’un délit.

4) Perquisitions et saisies

17
Sauf celles protégées par un secret prévu par la loi.
L’O.P.J. et l’A.P.J., ne disposent d’aucun moyen de coercition. Les perquisitions et
saisies ne peuvent être exécutées que dans le strict respect des modalités prévues par la loi et dans le
seul cas où l’enquêteur obtient l’assentiment exprès de la personne dans le domicile de laquelle
l’opération a lieu. Si l’intéressé ne sait pas écrire, il convient de mentionner cette circonstance et de
demander à deux personnes, des voisins si possibles, d’attester par écrit de l’acquiescement verbal
donné en connaissance de cause par l’intéressé.
Il est à noter que si la personne ne donne pas son assentiment, aucune perquisition et
saisie ne peut être exécutée. Il convient alors d’informer le ministère public et d’en faire mention sur le
procès-verbal.
Cependant, en matière de terrorisme, si la personne chez laquelle l’opération doit avoir
lieu s’est abstenue de donner son accord, ou lorsqu’il n’est pas possible d’obtenir cet accord, les
perquisitions et saisies peuvent avoir lieu sur autorisation écrite du ministère public en présence de la
personne concernée (art. 79, al. 4, C.P.P.).

5) Auditions

L’enquêteur, O.P.J. ou A.P.J., peut entendre toute personne susceptible de fournir des
renseignements sur les faits ou les objets et documents saisis.
Le témoin (ou la personne soupçonnée convoquée par un O.P.J.) est tenue de
comparaître, à défaut, il peut y être contraint par le procureur du Roi.
Si le témoin ou la personne soupçonnée fait sa déclaration et répond aux questions de
l’enquêteur, il doit lire lui-même sa déclaration et la signer, après avoir fait consigner, s’il y a lieu, ses
observations.
Les heures de début et de fin de chaque audition doivent être mentionnées au procès-
verbal. Les personnes, à l’encontre desquelles il n’existe pas d’indices faisant penser qu’elles ont
commis ou tenté de commettre une infraction, ne peuvent pas être retenues au-delà du temps
strictement nécessaire à leur audition.

Section 3 – Enquête sur commission rogatoire

Cette enquête est toujours menée par un O.P.J. Mais à la différence des deux enquêtes
précédentes : préliminaire et de flagrance, l’enquête sur commission rogatoire, une instruction
préparatoire est ouverte par un juge d’instruction qui ne peut tout faire lui-même parce que parfois, il
est éloigné de l’infraction, donc il va par commission rogatoire ordonner à un O.P.J. ou un autre juge
d’instruction, qui est plus prêt de l’action d’effectuer telle ou telle démarche pour recueillir tel ou tel
élément de preuve.
Il ne s’agit pas d’une délégation générale, le juge d’instruction ne peut déléguer, d’une
manière générale, tout son enquête, il reste à la tête de celle-ci, mais il peut demander à la police
d’accomplir certains actes parce qu’il est trop éloigné géographiquement, parce qu’il n’a pas le temps,
il a d’autres investigations à mener de son côté.
Il est à noter que l’enquête sur commission rogatoire n’est pas contrôlé par le
procureur du Roi, mais par le juge d’instruction puisqu’une information est ouverte.