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Un spectre hante le monde : le spectre de l’intégrisme islamiste.

Depuis des décennies, l’Islam

est devenu un sujet très épineux et débattu et considéré comme une religion suspecte. Chez

certains, il est conçu comme un amalgame de l’intégrisme, du fanatisme et du fondamentalisme

qui inculque la violence à ses adhérents et menace l’humanité ; mais chez d’autres, il est

toujours une religion pacifiste et libérale et toute la violence perpétrée à son nom, découle de

la mécompréhension de sa véritable idéologie. Aujourd’hui, cette religion, qui était l’une des

pionnières dans le domaine de la science et de la philosophie, qui représentait une des

meilleures civilisations du monde, fait face à la crise la plus grave de son histoire : la crise de

sa véritable identité qui semble avoir été remplacée par des pratiques haineuses. Ses membres

sont devenus à la fois victimes et propagateurs de violence, et une cible facile d’attaque, et de

blâme. Le meilleur exemple de ces tendances, qui peuvent être traduites par l’islamophobie,

est la crise migratoire qui menace de diviser l’Europe à cause des migrants musulmans car leur

intégration dans la société devient au jour le jour plus difficile.

La problématique

Cette situation qui indique d’une part une crise religieuse chez les Musulmans et d’autre part

une énorme confusion chez les adhérents d’autres religions au sujet de l’Islam, nous amène à

poser une série des questions : existe- t-il des motifs à l’intérieur de l’Islam qui incitent ses

adhérents à se servir des moyens de violence ? Est-t-il possible d’être à la fois musulman et

un homme pacifiste et libéral ? Et finalement, quelles sont les mesures qui doivent être prises

afin de se débarrasser de cette confusion autour de l’Islam, raviver son esprit et restaurer la

1
paix parmi ses adhérents en connaissant ses civilisations, ses cultures, et ses traditions sans

détruire le véritable esprit de la religion ?

La Foi et la Raison

Cette problématique nous semble découler d’une autre problématique centrale qui se situe au

cœur de cette confusion : c’est la dichotomie de la Raison et de la Foi.

Depuis l’existence humaine sur la terre, le débat sur la place de la Raison dont uniquement

l’Homme est doté, et sur la place de la révélation qui ne s'adresse encore une fois qu’à lui,

continue au cours des siècles, et se trouve au cœur de plusieurs tendances. Parmi elles, deux

tendances basées sur le postulat de l’existence de la contradiction entre la Foi et la Raison,

peuvent être remarquées facilement : la première suit la Foi aveugle et ne donne aucune place

à la Raison ; la deuxième suit la Raison et ne donne aucune place à la Foi.

Pourtant se trouve une troisième tendance qui ne voit aucune contradiction entre ces deux

identités, présentant la Foi qui n’est basée ni sur la Révélation pure ni sur la Raison pure mais

plutôt elle semble harmoniser la révélation avec la Raison.

Le raisonnement démonstratif est unanimement considéré un des moyens d'atteindre la Vérité.1

Mais pour lancer ce débat, il faudrait aussi accepter le postulat que la Révélation divine qui

s’oppose de façon radicale au raisonnement démonstratif, nous amène également à cette

Vérité2. Ces deux moyens quelques fois semblent se mettre en accord, mais le problème

commence quand il y a une contradiction même apparente entre les deux. Dans cette situation

laquelle préférer ? Faudrait-il choisir la révélation et rejeter la Raison ou vice versa ? Autrement

1
FAIZI Nauman, Averroes on the Relationship between Philosophy and Scripture: A Conditional
Hierarchy, University of Virginia, 2016, page : 5.
2
Ibid. page : 5.

2
dit faudrait-il regarder la Raison au prisme de la Foi ou la Foi au prisme de la Raison ? Les

deux peuvent-ils se fusionner et marcher ensemble ou non ?

Il est primordial de résoudre ce dilemme et faire une recherche à trouver l’équivalence entre la

Foi basée sur la révélation et la Raison car ce dilemme suscite tant de confusions chez les gens.

Il nous semble que la crise actuelle autour de l’’Islam résulte de cette confusion dans la mesure

où les gens, y compris les musulmans qui se trouvent souvent provoqués au nom de la religion,

et les autres qui considèrent toujours le monde musulman comme irrationnel et le monde judéo-

chrétien comme rationnel3, n’arrivent pas à comprendre le véritable esprit de l’Islam et

deviennent proies faciles à propagande de la haine, du fanatisme et de l’extrémisme.

L’hypothèse

Dans cette dissertation, nous allons trancher une série de questions émanant de cette

problématique : Notamment quel est le rapport entre la Foi, particulièrement l’Islam et la

Raison : celui de la contradiction ou de l'harmonie ? Est-t-il possible d’être à la fois un vrai

croyant et un homme rationnel ? Et par la suite, quelle est la place de la laïcité et du

libéralisme dans l’Islam ? Ce sont les questions qui suscitent un débat dans tous les pays où

se trouvent les musulmans, comme en France, en Égypte, en Algérie, en Inde parmi d’autres et

nécessitent de sensibiliser la masse de l’humanité à propos de l’Islam.

Puisque ces questions semblent résulter de la mécompréhension du véritable esprit de l’Islam,

qui doit être défini par la rationalité, la libéralité, et la tolérance, la présente étude tentera d’y

3
DE LIBERA Alain, Averroès, le trouble-fête, Revue Alliage, n° 24-25, 1995.
Voici un extrait de l’article.
« Par-delà les siècles et les évolutions culturelles, chantres et adversaires de l'"Occident" sont d'accord
sur un point : les Arabes n'ont pas leur place dans une histoire de la raison ; et pour le même motif : la
raison est grecque. Tout est ainsi affaire de filiation. La raison occidentale est une et indivisible : elle
ne saurait avoir deux rives. »

3
répondre à la lumière des œuvres d’Averroès telles que nous les présente Youssef Chahine dans

son film intitulé Le destin (1997). A travers cette personnalité emblématique de l’Islam,

Chahine veut prouver que l’Islam est une religion libérale qui est capable de s’adapter aux

mutations du monde et que la raison pour l’avancement de la civilisation islamique était

toujours la rationalité, la connaissance, et la tolérance. Ces valeurs étaient et sont encore au

cœur de l’Islam.

Recherche existante dans le domaine

Après la Nahda ou la Renaissance arabe de 1798, un mouvement réformiste qui vise à abolir

toutes les pratiques conservatrices dans le monde arabo-islamique, plusieurs recherches en

essayant de raviver les études plus rationnelles de l’Islam, ont été menées sur les œuvre des

savants libéraux, comme al-Fârâbî (872-950), Avicenne (980-1037), Ibn Arabi (1165-1240),

Avempace (1085-1138), Ibn Tufayl (1105-1185) et Averroès (1126-1198). Ces études visent à

sensibiliser la nouvelle génération à leurs pensées et à plaider en faveur des mouvements

réformistes selon lesquels l’Islam est essentiellement un courant rationnel, qui n’est pas basé

sur les dogmes4. Ces études se centrent particulièrement sur Averroès, qui par sa capacité de

concilier entre la Foi et la Raison, entre la Révélation et démonstration rationnelle, continue

d’intéresser un grand nombre d’écrivains. Totalement oublié au monde arabo-musulman de

son époque à cause son attachement profond à la philosophie-un domaine suspecté d’éloigner

de la religion à cette époque-là- il est redécouvert pendant la Renaissance arabe. Pour explorer

4
SIDIROPOULOU Chryssi, Qur’anic Interpretation and the Problem of Literalism:Ibn Rushd and the
Enlightenment Project in the Islamic World, Department of Philosophy, Faculty of Arts and Sciences,
Boğaziçi University, Istanbul, Turkey, 2015.

4
les pensées du philosophe, plusieurs auteurs font de lui le sujet des études philosophiques5,

religieuses,6 laïques,7 et marxistes.8

Hormis ces études, Averroès devient aussi le sujet des échanges culturels et des débats

interreligieux entre l'Islam et le christianisme autour du rapport qu'entretient la Foi avec la

Raison. Depuis 1994 les « Rencontres d'Averroès » sont organisées à Marseille qui invitent les

savants de différentes parties du monde autour des tables rondes pour discuter ses pensées9.

Plusieurs sites internet10, ainsi que des émissions radiophoniques11 sont également consacrés à

la promotion les pensées d’Averroès.

Le cinéma

En dehors de ces études, le cinéma est aussi exploité pour la diffusion des histoires liées à

l’Islam. Car le principe fondamental de toute aventure intellectuelle reste non seulement

l’acquisition de la connaissance mais aussi sa diffusion par la voie de la vulgarisation, ce que

5
Parmi ces études, figure la thèse de doctorat en Sciences religieuses de Marc Geoffroy, un spécialiste
arabisant d'Averroès, Sources et origines de la théorie de l'Intellect d'Averroès, École pratique des
hautes études (Paris), 2009.
6
Les études religieuses des réformistes qui, en commentant sur les pensées d’Averroès, veulent montrer
que l'Islam est une religion rationnelle comme ALJABRI Mohamad Aabid, ‫ دراسة‬،‫ سيرة وفكر‬:‫ابن رشد‬
‫ونصوص‬, (Averroès, sa vie et ses pensées: étude et textes), ‫مركز دراسات الوحدة العربية‬, Le Caire, 2017.

7
Les études laïques par des écrivains comme Zaki Naguib Mahmoud, The Rational and the
Irrational in Our Intellectual heritage, ‫مركز دراسات الوحدة العربية‬, 1975.
.
8
Les études marxistes comme celle de Tayyib Tizini, Ibn Rushd and his philosophy, Dar Alfarabi,
Beirut, 1988.

9
Rencontre d’Averroès, Penser la méditerranée des deux rives sur le site national de langue et culture
arabes (ministère de l’Éducation nationale), voici le lien au site internet :
http://www.rencontresaverroes.com/
10
Digital Averroes Research Environment, a digital project at the THOMAS-INSTITUTE of
the University of Cologne, Germany. Voici le lien sur le site internet : http://dare.uni-koeln.de/

11
A titre d’exemple le programme « Averroès in our time » sur la radio BBC. Voici le lien au site
internet : https://www.bbc.co.uk/programmes/p0038x79

5
nous trouvons dans le cinéma, le medium le plus populaire et accessible à la masse de

l’humanité qui touche à la fois instruit et ignorant.

Plusieurs réalisateurs maghrébins et français comme Mehdi Charef12, Abdellatif Kechiche13,

Philippe facon14, font de l’Islam le sujet de leurs films mais parmi eux, Youssef Chahine,

réalisateur égyptien francophone, chrétien de naissance mais humaniste d’idéologie se

distingue du fait qu’il plonge au fond de l’Islam et aborde la question de l’intégrisme Islamiste

dans la quasi-totalité de ses films et présente cette religion comme ensemble de doctrines

diverses. Il croit que l’intégrisme résulte de la mécompréhension et force les gens à revisiter

les aspects fondamentaux de l’Islam et de se débattre sans crainte dans une ambiance

fraternelle.

Youssef Chahine15

Ainsi notre intérêt dans le cinéma de Youssef Chahine qui conjugue à la fois la Raison la Foi

ainsi que sa diffusion parmi le public (les musulmans et les autres) et essaie de résoudre cette

problématique à travers ses œuvres. En quête de tolérance, de coexistence et de paix, Il nous

amène tantôt au Moyen-Âge, tantôt à la préhistoire et même à la période coloniale, touchant le

cœur de la religion qui, selon lui, doit être harmonisée avec la raison.

12
Comme son film La Fille de Keltoum, Gémaci 2001.
13
Comme son film L’esquive, Lola films et Ciné cinémas, 2004.
14
Comme son film Samia, Ognon Pictures et Arte France Cinéma, 2001.
15
Nous nous basons principalement sur un entretien intitule Comment j’ai été formé, réalisé les 18 et
19 avrils 1996 au Caire, par Thierry Jousse, retranscrit par Thérèse Rabiller, Supplément du numéro
506 (Octobre 1996), Les Cahiers du cinéma.

6
Pour mieux saisir l’idée principale valorisée chez le cinéaste, lisons d’abord l’épitaphe figurant

sur son tombeau ;

« Le nom, l’identité, la couleur, et la naissance ne me concernent point, seulement l’être


humain m’est important, même s’il est sans identité»16.
Né en 1926, Chahine passe son enfance en Alexandrie à une époque où plusieurs langues

(l’arabe, l’anglais, la grecque, le français, l’italien) et plusieurs religions (l’Islam, le

christianisme, le judaïsme) ont coexisté. Pourtant la situation change après la décolonisation,

qui cause des grands bouleversements socio-politiques dans le monde arabe, à noter que d’un

côté les leaders arabes comme Kamel Atatürk, Gamel Nasser, parlaient de la modernisation et

de la laïcisation de leurs pays, Mais de l’autre côté, se trouvaient les Islamistes qui prônaient

un retour aux principes fondamentaux de leur religion, le combat qui persiste toujours.

Suite à une formation laïque, Chahine connait déjà à un âge assez jeune les affres d’appartenir

à une communauté minoritaire dans un pays dominé non pas par l’Islam mais une population

dont la plupart sont ignorants des préceptes de leur propre religion.

La nostalgie de ce monde d’enfance où vivaient côte à côte les religions et les peuples divers

et hétérogènes dans une ambiance de la paix incitent Chahine à recréer cette utopie cosmopolite

où les chrétiens, les juifs et les musulmans vivaient ensemble, ce qui devrait servir de modèle

de l’harmonie perdue du Moyen-Orient et à montrer l’esprit de tolérance que prône l’Islam, car

les mêmes valeurs sont en danger aujourd’hui face au fanatisme religieux. Mais très vite il se

trouve contesté par les Islamistes qui prônent un retour aux principes fondamentaux de leur

religion. Plusieurs fois, à cause de son identité chrétienne, il a été blâmé par soit disant « les

intégristes égyptiens » de distordre l’image de la nation et de l’Islam à l’aide de la France.

16
Notre traduction, Voici l’épitaphe originelle qui est écrite en arabe :
.‫ يهمني االنسان ولو ملوش عنوان‬,‫ ال يهمني لونك والميالدك‬,‫ ال يهمني عنوانك‬,‫ال يهمني اسمك‬
https://www.youtube.com/watch?v=3zFOzQWOvaY.

7
Les œuvres17

Pour Youssef Chahine, le cinéma est le meilleur outil d’expression comme il dit au moment de

la sortie du film intitulé Le Chaos (2007) « Par ce moyen, je peux contribuer à la révolution ».

Il est l’une des personnalités emblématiques qui introduisent le cinéma arabe au monde, dès le

début, il laisse un impact gigantesque sur la société arabe en général et particulièrement sur la

société égyptienne en tranchant toutes les questions d’actualité et contribue à sa part au réveil

du peuple arabe. Il dénonce le fanatisme religieux chez les musulmans ainsi que chez les

chrétiens, et critique la politique des leaders arabes envers le peuple ainsi que l’approche des

états occidentaux envers le monde arabe. Il gagne le prix de cannes pour ensemble de ses

œuvres en 1997.

Au début de sa carrière, Chahine réalise les films pour les fermiers et les hommes ordinaires,

les thèmes majeurs abordés par Youssef Chahine sont la vie de compagne (le fils du Nile,

1951), la tyrannie par les walis (le démon du désert, 1954), l’histoire d’amour (les eaux noires,

1956), la guerre, et ses effets sur les jeunes (Alexandria pourquoi ?1978), l’homosexualité (La

Mémoire, 1982) etc. Le film intitulé Le Retour de l’Enfant prodigue(1976) avait pour but de

réinstaller l’espoir chez les jeunes après la défaite humiliante de 1967.

C’est avec le film intitulé Djamila algérienne(1958) que sa carrière polémique commence où

il refuse de soutenir les objectifs des nationalistes Algériens. En soulignant le rôle des femmes

dans la libération du pays et leur place dans la société, Chahine montre comment la lutte

algérienne, qui était surgie contre la colonisation, s’est transformée dans un mouvement

Islamiste. Il reconnait le fait qu’il y avait l’injustice à l’encontre des Algériens mais, il faut

17
Nous nous basons sur le site personnel de Youssef Chahine :
http://www.youssefchahine.us/index2.html

8
aussi regarder des cotes positives des Français comme la défense de Djamila par un avocat

français, Jacques Vergès, Puis leur mariage qui peut servir d’un exemple de la coexistence

entre l’orient et l’occident basée sur les valeurs humaines.. Mais à la suite des manifestations

de la part des nationalistes, le film est interdit par les autorités. L’hostilité contre le cinéaste

ne s’arrête ici car les français voulaient également interdire le film à cause de la mauvaise

représentation des Français.

Puis vient le film Saladin(1963) basé sur le roman de Najeeb Mahfouz, l’unique lauréat du prix

Nobel du monde arabe, qui sort au moment de la tension croissante entre les Arabes et Israël.

A travers le film, Chahine montre le résultat de la guerre sur Jérusalem, la ville la plus disputée

dans l’histoire humaine, et que siècles et siècles de la guerre n’ont conduit à aucune solution.

Il croit que la guerre n’était pas et ne serait jamais une solution. Les deux camps doivent

atteindre la paix telle qu’elle a été réalisé durant la troisième croisade et c’est seulement la

tolérance qui peut garantir la paix comme il a dit « Saladin n’était pas à la gloire de Nasser,

mais à la gloire de la tolérance ». Selon lui, Saladin n’est pas une valorisation de l’Islam ou un

film de guerre mais une histoire de tolérance voire un film de paix.

Malgré qu’il gagne le prix national pour Saladin, son prochain film intitulé Ces gens du

Nil(1968), par lequel il est reproché de dévaloriser les nations arabes, est interdit par les

autorités égyptiennes et il est forcé de s’exiler. Le film intitulé Le moineau(1972) qui est sorti

après la guerre de six jours, montre son mécontentement avec le gouvernent de Nasser, et

souligne comment les propagandes nationales ont triché le peuple, et bien que la nation ait

perdu la guerre mais Nasser a gagné la gloire.

Ensuite Chahine nous amène à la préhistoire où il s’adresse aux gens qui croient en surnaturel

et attendent toujours des miracles, des messies. Allant contre la perceptive générale à propos

de Joseph, Chahine montre dans le film intitulé L’émigré(1994) que Joseph avait réussi après

9
avoir travaillé dur pas seulement à cause du soutien divin, mais le film est interdit après

l’opposition par les Musulmans ainsi que les Chrétiens.

Le destin

Les controverses autour de tous ses films l’incitent à trancher la question du fanatisme

religieux, en vulgarisant le débat entre « les intégristes et les libéraux », autrement dit, la Foi

et la Raison, la religion et le laïcisme, la clarté et l’obscurantisme. Ce débat se trouve au cœur

même de son cinéma, ce que nous allons étudier à travers son chef d’œuvre le film intitulé le

destin(1997). A travers ce film, nous venons au cinéma de Chahine qui cherche à vulgariser le

débat entre les deux savants phares de l’Islam « Averroès et Al Ghazali ».

Averroès se distingue d’autres savants de son époque, dans la mesure où il se sert de la

démarche rationnelle pour étudier les sources religieuses islamiques. Il essaie de raviver les

études philosophiques en réclamant la cohérence entre la philosophie18 et l’Islam19 contre le

point de vue d’Al-Ghazali, un savant musulman très influent qui a vécu un siècle plus tôt. En

effet, Al-Ghazali, par ses écrits avait cherché à démontrer les dangers de la philosophie pour la

Foi et la religion. Ses écrits laissent un impact profond sur le monde musulman et constituent

un des facteurs décisifs du déclin brutal des études philosophiques chez les musulmans.

18
Il faut noter que la philosophie à cette époque-là englobe la plupart des connaissances qui sont
aujourd’hui considérées « les sciences ».
Osman BAKAR writes: “The limited concern of this essay allows us to deal only with an aspect of the
epistemological crisis. This aspect pertains to his critique of the philosophical sciences, which cover
much of what we understand today as science.”
BAKAR Osman, Commentary: The Importance of al-Ghaza¯lı¯ and Ibn Rushd in the History of
Islamic Discourse on Religion and Science, page: 105, EBSCO Publishing: eBook Collection
(EBSCOhost) - Archbishop of Canterbury, Bahcesehir University, Istanbul, June 16-18, 2009.
19
ALFAKHOURIE Hanna, L’histoire de la philosophie arabe, page : 400.

10
Le débat entre Averroès et Al Ghazali

Al Ghazali voit la Raison à travers le prisme de la foi, et pense que la philosophie n’est pas

compatible avec l’Islam dont l’interprétation ne doit être déterminée par la Raison. Il essaie de

démontrer la contradiction entre la philosophie et l’Islam dans son livre Tahafut al-

Falasifa (Incohérence des philosophes) où il critique les prétentions de la falsafa20 et dénonce

la philosophie en niant sa caractère de substituer ou faciliter la compréhension de la parole

divine. Il accorde la priorité à la foi en cas de son conflit avec la Raison et adhère souvent à

l’interprétation littéraliste de l’Islam. Il s’attache finalement au dogmatisme mystique c’est-à-

dire l’inspiration qu’il considère un moyen d’atteindre la Vérité.

Averroès voit la foi à travers le prisme de la Raison et ne trouve aucune contradiction entre

l’Islam et la philosophie, ni entre la Foi et la Raison qu’apparemment, pour lui, tous les deux

sont les moyens d’atteindre la Vérité. Pour montrer que l’Islam ne contredit pas la philosophie,

Averroès donc décide de briser la trajectoire d’Al Ghazali et d’autres savants littéralistes qui

considèrent l’approche rationnelle une menace pour la Foi des fidèles. En rejetant

l’interprétation littéraliste de l’Islam, il met l’emphase sur l’essence de l’Islam et réponds à Al

Ghazali par son livre Tahafu Tahafut al-Falasifa (Incohérence de l'Incohérence) où il réfute

toutes les réclamations d’Al-Ghazali concernant la philosophie. Il se sert d’autres

connaissances comme la philosophie, la médecine, la mathématique, la chimie pour faciliter

l’interprétation de la parole divine.

Puisque le cinéma chahinien présente un dialogue entre l’histoire et la religion, nous allons

nous servir d’une approche sémiologique, théologique, herméneutique, et dialogique pour

étudier son film. Cette étude exige le recours aux sources historiques et religieuses

20
JUMA Muhammad Lutfi, L’histoire des philosophes Musulmans, page : 202.

11
authentiques, y compris les sources arabes, pour aborder les questions théologiques, historiques

émanant de ses films, celles-ci feront l’objet de notre étude.

Plan

Dans cette dissertation, Nous allons premièrement regarder deux types des images : les images

de la foi basée sur l'interprétation littéraliste du Coran qui sont représentées par les oulémas

comme Al Ghazali21, et Cheikh Riad, et les images de la Foi raisonnable ou harmonisée avec

la Raison, basée sur l’essence de la parole divine, représentée par Averroès. Ensuite Dans le

deuxième chapitre, nous nous concentrons sur le débat historique qui s’est passé réellement

entre ces deux savants phares de l’Islam, en essayant de connecter ces deux types d’images à

leurs pensées réelles. En analysant les points de différences entre eux, nous tenterons de

synthétiser leurs pensées à propos de la Raison et de la Foi. A la fin, nous allons discuter

l’actualité du débat, l’amalgame du film sur la vie personnelle de Youssef Chahine et les

questions suivantes que soulève cette étude.

21
Historiquement par Al Ghazali, et dans le film par le caractère de Cheikh Riad.

12
La Foi aveugle vs La Foi raisonnable

Dans son film, Chahine présente deux types de Foi : le premier est la foi aveugle suivie par les

gens qui voient la Raison au prisme de la Foi, et en cas de conflit entre les deux, ils accordent

la priorité à la Foi. Ce groupe est représenté par le calife et les intégristes de la secte. Ils sont

partisans des savants qui s’opposent à la philosophie comme Cheikh Riad dans le film, et en

réalité, ils suivent Al Ghazali et d’autres savants littéralistes22.

Le deuxième est la Foi raisonnable suivie par les gens qui la voient au prisme de la Raison.

Selon eux, la Foi doit se harmoniser avec la Raison car la contradiction entre les deux n’est

trouvée qu’apparemment. Ce groupe est représenté par Averroès et ses partisans.

Ces deux types de Foi suscitent le débat entre la terre et le ciel, entre la chair et l’âme, entre la

Vérité et le dogme, entre l’émasculation et l’émancipation, entre la connaissance et l’ignorance,

entre le fanatisme et le libéralisme, entre la coexistence et l’hostilité, entre l’hypocrisie et la

fidélité, et finalement entre le sens et l’essence. Dans ce chapitre, nous allons présenter ce débat

en plusieurs points et étudier d’une manière parallèle les images de ces deux types de Foi tirées

du film.

L’ici-bas et l’au-delà

La Foi aveugle suivie par la secte, ne permet pas de jouir de la vie d'ici-bas comme manger

suffisamment, chanter et danser. Selon la secte, un vrai croyant est celui qui est toujours en

train de se préparer pour la vie de l'au-delà et ne s’engage pas aux chansons et à la danse pour

chercher du plaisir. La secte, réclamant l’imitation fidèle de Mohamed, permet de chanter et

danser si ces activités sont conformes à certaines conditions qui étaient disponibles à l’époque

du prophète, comme l’absence de la musique et des femmes, avec un seul instrument de

22
Dans le prochain chapitre, nous allons discuter les approches rationalistes et littéralistes.

13
musique : le tambourin qui était utilisé à l’époque du prophète, sans avoir l’intention de

chercher du plaisir mais surtout pour obtenir le consentement de Dieu. C'est la raison que

Marwan le chanteur célèbre du royaume est attaqué et finalement tué par la secte, car ses

chansons tombent dans la catégorie des chansons interdites selon leur interprétation de

l’Islam23.

Pour la même raison, le calife qui est inspiré de l’idéologie de la secte car selon lui, ce sont

« les hommes de Foi », méprise ses enfants qui se trouvent obsédés par la danse et les

chansons. La secte ne tient pas compte de la différence dans les points de vue d’autres courants

dont l’exégèse puisse permettre ces activités quoique soient leurs formes24.

Lisons ensemble l’unique chanson de secte pour éclaircir leur perspective à propos d’ici-bas.

Voici la traduction de la chanson utilisé par la secte25 :

« O notre Seigneur, nous ne pouvons observer que silence (devant vos commandements),

hélas ! Que nous nous contentons de ce qui nous est donné jusqu'à notre mort, O Supérieur !

La personne hantée ne cherche rien d'autre que le salut, cette vie est maudite dans sa dureté ou

son plaisir, nous ne pouvons qu'obéir à notre émir dans ce qu'il voit juste, nous devons suivre

ses ordres, car son consentement est le consentement de Dieu ».

23
Il y a plusieurs versets du Coran et propos du prophète qu’ils utilisent pour justifier leur point de
vue, par exemple ce verset : « Il y a certains qui se servent du bavardage pour égarer du droit chemin
de Dieu », selon eux, les chansons sont incluses dans le bavardage.
Ainsi le propos du prophète : « Dieu a interdit le flute, le tambour, et la vièle pour mon peuple ». Sahi
Al-Jame, numéro de hadith : 1708. Le hadith en arabe : ‫ ان هللا حرم علي امتي‬:‫قال صلي هللا عليه وسلم‬
‫المزاميروالكوبةوالقنين‬
24
Comme celui d’Averroès, et d’autres savants qui justifient les chansons et la musique par le hadith
de Sahi Al Bokhari où le prophète a permis la chanson et la musique à l’occasion d’Aïd. Numéro de
hadith : 952. Vol : 1. Chapitre : 13.
25
Notre traduction, voici les paroles originales : ‫يا ربنا ليس لنا من امرنا إال السكوت يا ليتنا نرضى بما يعطى لنا‬
‫حتى نموت والمبتلى يا ذا العلى ال يبتغي إال النجاة في عسرها أو يسرها ملعونة تلك الحياة ال نستطيع إال نطيع أميرنا فيما يراه به‬
‫نهتدى ونقتدى ورضاه من رضا اإلله‬

14
La chanson explique leur perspective de la vie d’ici-bas qui est maudite et ce monde est une

salle d’examen pour l’au-delà. Dans ce monde, leur tâche primaire est d’obtenir le

consentement d’émir et de se conformer à sa commande.

La Foi raisonnable, au contraire ne considère pas la vie d’ici-bas comme maudite. Elle permet

à l’Homme de se jouir, s’amuser et se profiter de la vie d’ici-bas. Cet aspect de jouissance est

représenté dans le film par les histoires d’amour entre les jeunes, le goût des aliments

agréables, les plaisanteries, l’intérêt pour la danse et les chansons. Averroès éprouve grand

plaisir dans la danse comme il déclare au Calife.

Regardons ensemble deux chansons de Marwan, qui soulignent l’importance de la vie d’ici-

bas et implique que cette vie est digne d’être vécue et n’est pas maudite.

Regardons maintenant les chansons.

Voici la traduction de la première chanson 26:

« Chantez à haute voix, vous pouvez encore chanter, au long de votre vie

Chantez à haute voix, vous pouvez encore chanter

Chantez à haute voix, vous pouvez encore chanter

Si un jour vous sentez l’effondrement, vous devez vous lever comme un palmier qui s’étend

vers le ciel

26
Notre traduction, La chanson organelle est performée en Arabe. Voici les paroles originales de la
chanson :
‫ فى عمرنا على صوتك على صوتك بالغنا لسة‬، ‫ ياما ياما ياما‬.. ‫ ااااه و لسة ياما‬.. ‫على صوتك على صوتك الغنا لسة األغانى ممكنة‬
‫ الزم تقوم واقف كما النخل باصص‬، ‫ راح تنكسر‬، ‫األغانى ممكنة على صوتك على صوتك بالغنا لسة األغانى ممكنة و لو فى يوم‬
‫ وال حلم نابت فى الخال على صوتك على صوتك بالغنا‬.. ‫ وال انكسار والخوف وال‬.. ‫ وال انكسار وال انهزام‬.. ‫للسما للسما وال انهزام‬
‫ ارقص‬.. ‫ ارقص غصب عنى‬... ‫لسة األغانى ممكنة غنوتك وسط الجموع تهز قلب الليل فرح تداوى جرحى اللى انجرح ترقص‬
‫ وال انكسار وال خوف وال وال حلم‬... ‫ ارقص وال انهزام‬.. ‫ غصب عنى ارقص ينشبك حلمك فى حلمى غصب عنى‬.. ‫غصب عنى‬
.‫ على صوتك بالغنا‬... ‫نابت فى الخال على صوتك‬

15
Ne sentez pas battus et effondrés, n’ayez ni peur ni rêverie

Chantez à haute voix, vous pouvez encore chanter

Vos chansons avec le chœur tremblent mon cœur joyeux et pansent mes blessures

Quand vous dansez, je danse, je suis tenté de danser

Ne sentez pas battus et effondrés, n’ayez ni peur ni rêverie.

Chantez à haute voix, vous pouvez encore chanter. »

Voici la traduction de la deuxième chanson 27:

« O amants de la vie, la lune d’amour dans le cœur est préférable

Si une lune disparait, million de lunes apparaissent

Une voie est toujours ouverte dans les situations impraticables

O Notre aube, O notre nectar, chaque fois que tu disparais, tu reviens

Un sourire du fond du cœur est encore possible

Tous les endroits sont notre possession, nous danserons où nous aimerons

Nous dansons lorsque nous avons des rêves dans le cœur

27
Notre traduction, Voici les paroles originales de la chanson :
‫ قمر الهوي جوه القلب طالع‬, ‫يا عشاق الحياة‬
‫ يفتح سبيل في المستحيل‬, ‫لو غاب قمر مليون قمر طالع‬
‫ يا ضحكة من نن العيون متمكنة‬, ‫يا فجرنا يا سلسبيل مهما تغيب راجع‬
‫ نرقص مكان ما كان ما نحب‬, ‫كل المطارح ملكنا‬
‫ نتحدي يو منا بالغنا‬, ‫ونرقص االحالم في حضن القلب‬
‫ والرجل دي دبه‬, ‫ والحس ده حبة‬, ‫م القلب ده دقه‬
‫ وما لوش بديل‬, ‫مدوا الخطاوي مشوارنا لسه طويل‬
‫ وازاي نميل‬, ‫وكل خطوة ع الطريق قنديل‬
‫ يستا هل المشوار‬, ‫ده بكرة جايب نهار‬
‫ يبقي المصير في اليد‬, ‫وحلمنا لو ينضرب هنصد و نرد كده‬

16
Nous lançons le défi à notre époque par les chansons

Un battement du cœur, un peu de ce sentiment, et une agitation de cette jambe

Dépêchons-nous, notre chemin est très long, il n’y a pas d’alternatif

Chaque pas sur le chemin est une lampe vers laquelle nous nous penchons

La lumière va arriver, notre chemin est digne d’être poursuivi

Si notre rêve est brisé, nous allons réagir et combattre, car notre destin sera à nos mains. »

Les chansons éclaircissent leur perspective de la vie d’ici-bas qui met l’accent sur les efforts

de l’Homme, l’invite à faire face à toutes les difficultés sans être effondré et terrifié. L’Homme

est fortement attaché à ce monde où il naît et meurt. Il possède un esprit doté de la raison, par

lequel, il peut différencier entre le mal et le bien. Il peut sentir la jouissance et souffrance, avec

tant de sentiments et tant d’aspirations dans son cœur mis par Dieu lui-même. Sa véritable

nature implique qu’il ne soit pas un esclave aveugle, mais un étant réfléchissant qui puisse

choisir ce qu’il veut, apaiser ses besoins, et atteindre ses buts.

Emancipation et émasculation

La foi aveugle, en utilisant toutes sortes d’autorités soutient l’émasculation lorsque La foi

raisonnable soutient l’émancipation. Au sein de la foi aveugle, nous trouvons la première figure

de l’autorité, celle du Calife qui n’est pas sujet à l’erreur, si orgueilleux, qu’il n’admet jamais

sa faute. Il ne teint compte des conseils des autres comme dans une scène, nous pouvons

remarquer que le calife se moque de son fils Abdallah, et néglige également ses conseils. Le

Calife veut seulement la conformité tout le monde et ne veut pas entendre la voix dissidentes.

La dixième personnalité vénérable est l’émir de la secte, qui demande la soumission totale et

absolue à ses commandements. Ses partisans doivent obéir à ses opinions, se conformer à ses

17
volontés, soient-elles justifiables ou non. En ce qui concerne les femmes, la foi aveugle ne tient

compte de leur participation.

Mais la Foi raisonnable comme celle d’Averroès, en rejetant l’émasculation, permet aux

femmes de participer activement à la vie sociale, de s’interagir avec les hommes. Elles peuvent

s’amuser, danser, chanter, sortir sans voile, et assister aux repas avec les hommes comme la

fille d’Averroès qui est amoureuse du fils du calife Nasser. Elles n’ont pas seulement le droit

de contester les opinions de leurs pères et de leurs maris comme explique Averroès, mais elles

peuvent également donner des conseils aux hommes.

C’est pourquoi Averroès soutient l’émancipation des enfants ainsi que des femmes, comme il

explique au calife lorsque tous les deux jouent aux échecs. Averroès réitère leur droit de

contester l’autorité parentèle et leur choix de déterminer leur destin. Selon lui, tout le monde

est sujet à l’erreur, y compris le Calife, l’émir, et l’imam. Les décisions d’une personne ne

peuvent pas imposées aux autres.

La haine et l’amour

La foi aveugle professe la haine au nom de la religion. Analysons maintenant comment elle

inculque la haine à ses adhérents. C’est le rôle d’Abdallâh, le fils cadet du Calife à travers

lequel, Chahine veut mettre en lumière les méthodes employées par les intégristes pour séduire

les jeunes et par la suite les provoquer à la violence. Initialement Abdallâh est un jeune garçon

qui s’engage dans les activités mondaines, il danse, chante, s’intéresse aux aliments agréables,

et aime une fille qui s’appelle Sarah.

Cependant, il est poursuivi par les adhérents de la secte qui le séduisent par les flatteries à

joindre le programme organisé pour former les jeunes à devenir les soldats de Dieu. Au fur et

à mesure il est convaincu de quitter ses anciennes pratiques, « interdites » selon la Foi de la

secte et de participer seulement aux activités « préférables » chez Dieu. En suivant le


18
programme, il essaie, par mortification, de se débarrasser de tous ses pêchés en vue de purifier

son âme comme l’interminable marche aux pieds nus dans la désert en plein soleil. Ces activités

visent à éliminer la propre volonté des jeunes pour qu’ils puissent se soumettre totalement à la

volonté de l’émir qui est suivi aveuglement. Puisqu’elles deviennent parfois insupportables

pour les jeunes, la grande séduction est mise en place pour les calmer, comme les bénéfices

liées au monde de l’au-delà, le paradis où tous les rêves seront réalisées, toutes les ambitions

atteintes.

Ayant passé deux mois avec les gens de la secte afin de recevoir la formation religieuse et

militaire, autrement dit la formation interne ainsi qu’externe, Abdallah se tourne totalement

extrémiste. Ensuite, il visite la famille de Marwan, le chanteur, et l’ordonne d’offrir la prière

en dépit du fait que ce dernier n’est pas même capable de marcher à cause de ses blessures.

Il montre également la haine pour Sarah son amante et enceinte de son enfant, et malgré le fait

que cette grossesse peut entrainer la honte à la jeune fille, il n’est pas prêt de la protéger, car

tous les gens, qui étaient ses proches auparavant, sont maintenant à ses yeux les âmes égarées,

y compris son père le calife qu’il veut tuer après avoir reçu la formation. Puisque cette famille

s’est immergés dans les péchés, Il la quitte jusqu’elle se retourne à l’Islam et rejoint la secte.

Son frère Nasser le prince héritier du trône le rencontre mais ce dernier considère maintenant

sa famille, y compris Nasser, blasphématoire dont l’abri est l’enfer. Il applique le verset du

coran28 sur sa famille : « Ils subiront la honte dans le monde et le châtiment dans l’après mort,

Ceux qui ont désobéi Allah et nié ses symboles, vont aller en enfer ».

28
sura: Ar-room, Aya : 18. Le verset original en arabe: ‫الذين كفروا وكذبوا باياتنا اولئك اصحاب الجحيم لهم خزئ‬
‫في الدنيا ولهم في االخرة عذاب اليم‬

19
Abdullah ainsi refuse de manger chez la famille de Marwan parce que la nourriture de la

famille des incroyants est impure, de plus il est inspiré de son émir qui se satisfait d’une dette

par jour pour apaiser sa faim. Il récite les versets du coran29 pour justifier son acte « savoir

supporter une sentence divine est une vertu en Islam, et la patience pour l’ordre de Dieu est

une vertu adorable ». La famille de Marwan essaie de le remettre en état normal par les

chansons joyeuses mais il refuse de revenir en disant que celui qui chante, est un infidèle, dont

l’abri serait en enfer.

Nous pouvons remarquer comment les intégristes, justifiant leurs comportements par les

versets du coran, inculquent le fanatisme et la haine aux jeunes, et les encourager à sacrifier

leurs vies pour la Foi qui les éloigne même de l’humanité, ce qui est surement contre la volonté

de Dieu. Tout est justifié par la prédication du paradis ou l’effarouchement de l’enfer dans la

vie de l’au-delà. Mais dans ce processus, ils détruisent le paradis du monde et créent l’enfer sur

la terre. Pour eux, certains sont infidèles, d’autres sont impures, quelques personnes sont

intouchables, et certains sont hérétiques, à la fin, tout le monde se tourne l’ennemi pour eux.

Venons maintenant chez les adhérents de la Foi raisonnables, qui traite Abdallah par l’amour

malgré son refus de manger chez la famille infidèle de Marwan.

Par ses scènes, Chahine veut poser une question : Quel verset du Coran ou quel propos du

prophète justifie l’impureté de la nourriture même chez les adhérents d’autres religions30, le

prophète lui-même n’a hésité à manger avec eux. Quel prophète est suivi par l’émir qui réclame

de manger seulement une dette par jour, ce sont seulement les anges qui peuvent rester sans

29
Sura: Luqman, Aya: 17. Le verset original : ‫واصبر لحكم ربك ان ذلك من عزم االمور‬

30
Le Compagnon Anas a rapporté que le Prophète a accepté l'invitation d'un juif et que ce dernier lui
a servi un pain d'orge avec du condiment. Numéro de hadith : 4456, Musnad Ahmed.

20
nourriture comme son émir, mais pour l’Homme, y compris le prophète, la nourriture est

nécessaire31.

Chahine davantage montre le résultat de la haine : le meurtre de Marwan par les gens de secte.

Cet incident ouvre les yeux d’Abdallah qui arrive à comprendre la conséquence de la haine. Il

retourne vers la Raison et demande pardon à ses proches auxquels il s’était tourné hostile. Tout

le monde pardonne le prince, démontrant la manière juste de traiter les jeunes manipulés.

Chahine montre dans ces scènes que la réponse à la haine doit être toujours par l’amour.

Prenons comme exemple une autre scène du film qui explique la source de la haine. Quand les

trois jeunes, coupables d’attentat sur Marwan sont arrêtés, d’abord Averroès qui est chargé de

décider leur sentence, les aide à être guéris, puis il leur demande de révéler la manière de

formation des jeunes par la secte. Pendant cette enquête, ils dévoilent les méthodes

qu’entreprend la secte. Elle utilise des ruses, de la flatterie et de la grande séduction du paradis,

et promet de les faire comme l’émir qui voit tous comme transparence, le passé, le présent et

l’avenir. Puis elle brise toute la volonté chez les jeunes par les travaux difficiles comme

l’interminable marche dans le désert en plein soleil, la mortification puisqu’ils deviennent

conformistes à la volonté d’émir voire des esclavages. Celui qui est désigné le vrai ennemi de

Dieu par l’émir est condamnable comme l’état actuel est impie, il faut donc le renverser, le

Calife est une personne impie, il faut donc le tuer, et pour cette mission, Abdallah est choisi

par Dieu comme les autres jeunes en formation sont également choisis pour des différentes

missions, et ils doivent être prêts pour sacrifier leurs vies dans le chemin du Dieu qui les

accordera la délivrance et les enverra au paradis où ils vont obtenir tout ce qu’ils veulent.

31
Le verset du Coran: « Tous les prophètes que nous avons envoyé avant toi, mangeaient la nourriture
et visitaient les marchés. » Sourah : Furqaan, Aayat : 20. Le verset original : ‫وما أرسلنا قبلك من المرسلين اال‬
.‫انهم لياكلون الطعام و يمشون في االسواق‬

21
Par ses scènes, Chahine montre comment les intégristes justifient la haine au prétexte de sauver

la Foi, qui, selon eux, se trouve en danger face aux activités opposantes. Pour supprimer les

voix opposantes, les jeunes sont encouragés à exécuter les attentats. Chahine d’une part

demande aux intégristes d’arrêter de propager la haine au nom de la religion, et d’autre part, il

veut indiquer la façon juste qui doit être entretenue pour corriger les esprits égarés. Ces jeunes

décervelés doivent être traités par l’amour et par la vulgarisation du véritable esprit de la

religion.

La coexistence et l’hostilité

Selon la foi raisonnable, la haine au nom de la religion n’est pas justifiable. Elle professe la

coexistence entre les gens des différentes identités. La coexistence sera réalisée grâce à

l’échange de la connaissance. Chahine montre que la connaissance peut rapprocher les gens de

différentes communautés tandis que l’ignorance peut créer l’hostilité entre les adhérents de la

même religion. Pour montrer la conséquence de l’ignorance sur laquelle est basée le Foi

aveugle, Chahine met en lumière la persécution des savants chrétiens rationalistes en Occident,

et souligne que le débat entre les valeurs libérales et les valeurs intégristes ne se limite pas au

monde musulman.

Prenons la première scène qui se déroule en Languedoc, une région en France de 12em siècle.

C’est l’époque où l’Église détient toujours son pouvoir. Pour la Sainte église de Languedoc,

les averroïstes comme Gérard Brielle, le traducteur des œuvres d’Averroès, et père de Joseph

sont hérétiques, dont le sort est l’immolation sur le bûcheur, qui doit se passer devant tout le

monde pour qu’elle serve tourment exemplaire pour les gens qui se révoltent contre la Foi.

Choquée par l’immolation de son mari, l’épouse meurt, tandis que la réaction de la société est

passive. Certains sont voyeuristes alors que certains sont terrifiés. Le jeune Joseph témoigne la

22
persécution de son père puis celle de son maitre Averroès en Andalousie à cause de leur

attachement aux valeurs libérales.

En analysant le rôle de joseph, nous dégageons deux visages d’Occident : un visage rationaliste

basé sur la Foi raisonnable qui est représenté par Joseph. Le deuxième est hostile basé sur la

Foi aveugle représenté par la sainte église de Languedoc.

Ensuite Chahine met en scène l’exemple de la coexistence que représente Joseph. Malgré la

persécution de son père dans son pays propre qui est une fatalité insupportable pour le jeune

garçon, il ne s’empêche pas de faire un long voyage et de poursuivre sa quête de connaissance.

Il arrive en Andalousie chez Averroès où il est traité comme un fils, il mange et reste avec la

famille, tout le monde a une certaine affection pour lui, il est comme un fils pour Averroès et

sa femme, un ami pour la fille d’Averroès, un camarade fidèle pour Nasser dont le départ rend

la famille triste. Il essaie de passer des copies des œuvres d’Averroès en France, et de partager

tout ce qu’il a appris avec son pays. Dans une lettre adressée à Averroès après son départ, il

fait louange à son maitre qui selon lui, travaille pour l’humanité. Il considère l’Andalousie

come un pays de savoir, d’humanisme et d’amour où la vertu la plus respectées est la fidélité.

Joseph déduit que la connaissance acquise dans un autre pays peut être patrie parce qu’elle

appartient à tout le monde et l’ignorance peut être un exil dans son propre pays qui est l’ennemi

de toute l’humanité. Même s’il ne réussit pas de remporter les livres et revient chez Averroès,

ses efforts soulignent les sacrifices faits par les savants pour la diffusion de la connaissance.

A travers ces scènes, Chahine met en lumière la coexistence basée sur la connaissance et

l’hostilité que cause l’ignorance. L’hostilité que la Foi aveugle inculque ne se limite pas aux

adhérents d’autres religions mais affecte les relations entre les gens d’une même communauté.

Les gens de deux communautés se rapprochent grâce à la connaissance, mais les adhérents

d’une même religion s’éloignent à cause de l’ignorance.

23
L’interprétation de la parole divine

D’où vient le fanatisme ? Chahine veut mettre en lumière sa source, c’est l’interprétation

littéraliste de la parole divine employée par les fanatiques comme Cheikh Riad, le chef de la

secte. Regardons un exemple de leur interprétation littéraliste : quand les agresseurs qui

exécutent l’attentat sur Marwan sont arrêtés, le Cheikh en ignorant de comprendre le motif, le

contexte et les circonstances, demande que selon la loi islamique, la peine capitale doit être

désignée pour les agresseurs, car la loi divine implique que celui qui a tué, serait tué, le texte

du coran est claire à l’égard du châtiment d’un meurtrier, il n'y a pas d'ambiguïté 32. Selon lui,

trouver la mort à travers le châtiment divin serait repentance de leurs péchés, qui ensuite

facilitera leur accès au paradis.

Chahine pense que la Foi islamique ne peut être si aveugle qu’il justifie cette peine sévère aux

jeunes qui peuvent être manipulés. De plus, l’application de ce verset aux agresseurs n’est pas

approprié, car ils n’ont pas encore tué quelqu’un, ils ont seulement blessé Marwan. Cet

utilisation est donc n’est pas justifiable, c’est ce qu’Averroès fait en rendant verdict contre les

jeunes.

En regardant le contexte, il comprend qu’ils sont manipulés par la secte jusqu’à la limite qu’ils

semblent forcés à réaliser cet acte de violence, et dans telles circonstances, l’Islam qui est une

religion modérée, refuse de les condamner à la mort, en plus Marwan qui était la victime les a

pardonnés. Il les condamne à cinq ans de peine et considère que tous les trois, n’ayant pas de

32
Le verset du coran à propos du châtiment d’un meurtrier. Sura: 2, Aya: 178. La traduction : Ô les
croyants ! On vous a prescrit le talion au sujet des tués: homme libre pour homme libre, esclave pour
esclave, femme pour femme. Mais celui à qui son frère aura pardonné en quelque façon doit faire face
à une requête convenable et doit payer des dommages de bonne grâce. Ceci est un allègement de la part
de votre Seigneur, et une miséricorde. Donc, quiconque après cela transgresse, aura un châtiment
douloureux. Le verset original en arabe:{ ‫اص فِي ْالقَتْلَى ْال ُح ُّر بِ ْال ُح ِ ِّر َو ْالعَ ْبدُ بِ ْالعَ ْب ِد‬ ُ ‫ص‬ َ ‫علَ ْي ُك ُم ْال ِق‬ َ ‫يَا أَيُّ َها الَّذِينَ آ َمنُوا ُكت‬
َ ‫ِب‬
ُ ‫ِيف مِ ْن َر ِِّب ُك ْم َو َرحْ َمةٌ فَ َم ِن ا ْعتَدَى بَ ْعدَ ذَلِكَ فَلَه‬
ٌ ‫ان ذَلِكَ ت َْخف‬
ٍ ‫س‬َ ْ‫ع ِب ْال َم ْع ُروفِ َوأَدَا ٌء ِإلَ ْي ِه ِبإِح‬
ٌ ‫ش ْي ٌء فَاتِِّبَا‬َ ‫ِي لَهُ مِ ْن أَخِ ي ِه‬ ُ ‫َواأل ُ ْنثَى ِباأل ُ ْنثَى فَ َم ْن‬
َ ‫عف‬
‫عذَابٌ أَلِي ٌم‬
َ }
24
travail, et à cause de la pauvreté se font entrés dans la secte. Ils sont, donc, les âmes innocentes

qui ne connaissent pas distinguer le bien du mal.

Selon Averroès, la loi divine qui conjugue la révélation et la Raison, ne réagit pas aveuglement

et ne doit être pas se confondue avec l’ignorance, elle est guidée par la révélation ainsi que par

la Raison. Elle tend de savoir la cause, le motif et l’objective des versets du Coran, et se focalise

pas seulement sur l’esprit du texte. Selon lui, le conflit entre la raison et la religion est une

invention malintentionnée.

Pourquoi les jeunes tombent proies à leurs propagandes de haine ? Car la parole divine

interprétée par les intégristes les justifie, c’est ce que pensent les jeunes comme Abdallah.

Averroès demande si elle vraiment justifie la haine comme disent les fanatiques ? Selon

Averroès, ils n’ont pas la compétence nécessaire de l’interpréter, ils ont seulement appris les

versets du coran par cœur. Qui a donc droit de l’interpréter ? Celui qui a appris seulement les

lettres ou celui qui a une énorme connaissance33 ? Selon Averroès, pour interpréter la parole

divine, Il faut avoir une connaissance énorme de la médicine, de la mathématique, de la chimie,

de la philosophie, de l’astronomie, de la justice. La réponse à la parole divine nécessite pour

un homme la lecture des sources religieuses avant de prétendre d’y répondre. La parole divine

ne justifie pas la haine, au contraire, elle considère le meurtre d’une personne innocente comme

le meurtre de toute l’humanité.34

La connaissance et l’ignorance

Selon Chahine, la Foi est toujours pacifiste, mais pour comprendre cet aspect, la connaissance

est nécessaire. Chahine présente la valeur de la connaissance par quelques images comme le

33
“Il faut informer que ceux qui ont de la connaissance ne peuvent être égaux aux ignorants,
seulement les raisonnables peuvent comprendre.” Sura : Az-zumar, Aya : 9. Le verset original : ‫قل هل‬
‫ انما يتذكر اولوااللباب‬,‫يستوي الذين يعلمون والذين اليعلمون‬
34
C’est le verset du Coran rendu en français par nous. Sura: Al-Maaida, Aya: 32.

25
Calife est aussi initialement se présente comme une personne éprise pour les livres précieux

importé d’autres parties du monde. La mosquée est un centre d’étude où non seulement les

prières sont offertes mais s’organise aussi les cours d’Averroès discutant l’interprétation du

Coran, la philosophie, la science et la médicine parmi d’autres. Averroès est montré si épris de

connaissance que dans une scène, il est même prêt à se brûler afin de sauver ses livres.

L’ignorance au contraire cause des interprétations de la parole divine contradictoires, qui

résultent du sectarisme. Pour bien saisir l’importance de la connaissance dans l’interprétation

de la parole divine, Chahine fait parler Averroès sur le sujet.

Lors de son cours, Averroès souligne l’importance de la connaissance pour un savant religieux.

Selon lui, celui qui a appris seulement par cœur les versets du Coran ne reste qu’ignorant et il

n’a pas le droit d’interpréter la parole divine, tel homme ignorant peut égarer les autres du droit

chemin de Dieu, car il n’arrive pas à comprendre l’essence de l’Islam et s’en sert comme le

commerce35. Pour l’interprétation de la parole divine, selon lui, une étude approfondie du

Coran, une énorme connaissance, et la réflexion personnelle avec des années et des années

d’expériences sont également requises. Mais malgré cette compétence, nul n’a droit de

prétendre de détendre la Vérité ici, même le calife est sujet à l’erreur. Cette perspective peut

être justifiée d’abord par les propos de l’Imam Malique36 qui disait que « tout le monde peut

être interrogé et rejeté ici sauf le prophète », puis par les propos d’Imam Chafie37 qui disait

que « son opinion juste a la possibilité d’avoir tort et l’opinion d’autrui qui est considéré faux,

peut être juste, nous choisirons celui qui donnera le sens le plus exacte. »Pourtant chaque essai

35
Averroès mentionne ces oulémas sous l’exégèse d’un verset du coran qu’il récite avant de
commencer son discours. Nous avons présente notre traduction dans le texte. Le verset originel : ‫و‬
‫من الناس من يشتري لهو الحديث ليضل عن سبيل هللا بغيرعلم ويتخذها هزوا‬
36
Ce sont en réalité les propos d’Ibn Abbas, un compagnon de Mohamed, qui sont racontés dans
Sahîh d'Al-Bukhârî (en arabe : ‫ )صحيح البخاري‬l'authentique de l'imam Al-Bukhari, page : 213, 1er vol.
Les propos originaux sont : ‫ليس أحد بعد النبي االيؤخذ من قوله ويتر ك‬:‫قال ابن عباس ومجاهد‬
37
Ces propos d’Imam sont très connus dans le monde scholastique de l’Islam, les propos originels
sont : .‫ ومن جاءنا بأفضل منه قبلناه‬.‫ ورأي غيري خطأ يحتمل الصواب‬،‫رأيي صواب يحتمل الخطأ‬

26
d’interpréter la parole divine mérite la récompense, soit valide ou non, alors la porte

d’interprétation doit être ouverte, celui qui a plus de connaissance, il peut tirer plus de sens.

Averroès ne différencie pas entre plusieurs types de connaissances, pour lui toute connaissance

est sacrée et nécessaire pour interpréter la parole divine. Mais pour ce point de vue, il fait face

à l’opposition de la part des intégristes qui qui pensent que le texte ne s’interprète pas, il est

auto-suffisant. Selon eux, une seule interprétation du Coran est correcte, d’autres

interprétations sont fausses.

Ici, en utilisant la figure d’Averroès, Chahin veut au fond de l’Islam, et réclame que l’Islam

interprété par les intégristes d’une manière littéraliste, n’est pas la seule version de l’Islam, il

y existe d’autres interprétations basées sur son essence, et il faut savoir les tolérer.

L’hypocrisie et la fidélité

Puisque la foi aveugle professe la haine, ne supporte pas la coexistence, et ne tolère qu’une

version de l’Islam, en considérant les adhérents d’autres courants comme infidèles, elle ne peut

pas poursuivre ses objectifs ouvertement comme font les intégristes du film. Regardons la

scène quand le calife retourne victorieux dans la bataille de Las Navas de Tolosa, (en

arabe : ‫)معركة العقاب‬, les hypocrites intégristes scandent des slogans pour le flatter pour qu’il

leur fasse confiance et devienne vaniteux voire une proie facile à leurs conspirations. En réalité

ils le considèrent comme infidèle et son gouvernement comme l’état impie et se préparent un

coup contre son gouvernement, et se conspirent son meurtre et celui de son fils Nasser

également.

Chahine leur reproche de leur hypocrisie, qui indique des mauvais objectifs à leur part, cela

signifie que leur foi n’est pas justifiable, c’est pourquoi ils sont forcés de cacher leur véritable

visage. S’il y existe des différences dans le point de vue, il faut débattre d’une bonne façon

27
comme Coran dit38. Mais au lieu de se débattre amicalement, les intégristes essaient de brûler

les livres d’Averroès afin d’éradiquer ses pensées. En vue de supprimer toutes les voix contre

eux, ils blessent Marwan, puis ils le tuent. Ils essaient de saper l’amitié entre le calife et

Averroès en faisant émettre une fatwa contre ce dernier par et la suite obtenir le pouvoir du

grand juge. Le destin leur donne cette opportunité, quand Joseph, le disciple chrétien

d’Averroès, qui est chargé d’importer ses livres en France, les perd dans une rivière. Ensuite

ces œuvres s’écoulent avec l’eau et se livrent au roi chrétien, avec qui le juge, un disciple de

Cheikh Riad fait une conspiration pour gagner le Cordoue sans bataille, tandis que Cheikh

veut le meurtre du calife mais pour éviter de la charge de trahison, il soutient le calife

apparemment. Ces livres sont utilisés pour prouver qu’Averroès est en coalition avec les

chrétiens et trahit le royaume.

Chahine réclament que les activités des intégristes toujours posent la menace interne au pays.

Il demande si le coran permet cette hypocrisie et cette trahison ? Les versets du coran sont très

clairs à propos du châtiment des hypocrites qui seront placés dans la section la plus baisse

d’enfer39.

La foi et la politique

A la fin, nous allons discuter la conclusion de Chahine à l’égard de la Foi aveugle. Ayant étudié

leurs méthodes, il comprend que ce sont les fanatiques qui séduisent les jeunes à joindre le

mouvement et par la suite, ils sèment la haine dans les cœurs des innocents et les préparent à

éradiquer les gouvernements impies. Mais une question se pose ici ? Après tout cela, pourquoi

le gouvernement ne prend pas les mesures nécessaires contre eux ? Chahine donne la réponse.

38
Le Coran dit « tu dois te débattre avec eux d’une bonne manière », Sora : An-Nahl, Aya : 125.
39
Le verset du Coran, Sora : An-Nisaa, Aya : 145.

28
C’est en fait le jeu de la politique auquel jouent le gouvernement et les marchands de la Foi.

La Foi est utilisée par le pouvoir politique et vice versa.

Regardons un exemple de la Foi utilisée pour le pouvoir. Dans une scène, les gens de la secte

se voient en attendant l’émir qui n’ouvre son visage qu’une fois par an, et qui est si vénéré

que pour obtenir sa bénédiction, les gens baisent sa main. L’émir ne montre pas son visage, il

ne rencontre pas les adhérents, il est le dieu sur la terre. Il est clair qu’il a une sorte de

l’hégémonie sur la Foi mais il en fait quoi ? Il l’utilise pour ses intérêts personnels, pour évincer

le gouvernement, pour acquérir le pouvoir.

Regardons maintenant l’exemple du pouvoir politique qui utilise la foi. En dépit du fait que les

fanatiques posent une menace intérieure pour le royaume comme les attentats sur les citoyens,

les conspirations avec les chrétiens, Le calife ne prend pas de mesure contre eux.

Averroès visite le Calife plusieurs fois pour porter plainte contre la secte, il lui explique que

les gens de secte sont des fanatiques qui forment un mouvement organisé et manipulent les

jeunes. Pour cette mission, ils se servent de la religion pour motiver les gens à la violence, ils

ont occupé toutes les mosquées et posent une véritable menace pour le royaume et la culture

andalouse. Ils mal utilisent les versets du Coran, et perpètrent la violence au nom de la religion.

Il demande de prendre des mesures nécessaires contre eux mais le calife encore refuse de

prendre l’action au prétexte des circonstances qui, selon lui, ne permettent pas de les punir.

Averroès blâme au calife de procéder selon sa volonté pas selon la loi et de se focaliser

seulement sur la menace extérieure et de négliger la menace intérieure qui est la plus grave,

capable de diviser le royaume.

Nasser son fils, le prince héritier, porte plainte en demandant l’action immédiate contre la secte

qui a formé Abdallah d’être extrémiste et brulé les livres d’Averroès, il refuse de réagir contre

la secte, car son chef Cheikh est l’homme de foi qui le soutient toujours. Ignorant la menace

29
intérieure que pose la secte, il est occupé de bâtir la flotte la plus puissante de toute

l’histoire pour confronter la menace extérieure que posent les chrétiens. Au lieu de réagir contre

la secte, il reproche à Nasser de s’amuser avec les chanteurs et danseurs et de négliger le

véritable ennemi, qui est les croisées. Quant à perversion d’Abdallâh par la secte, pour le calife

c’est de faire d’Abdallâh un homme de foi.

Pourquoi le calife n’est pas prêt de prendre des mesures contre Cheikh ? Parce que la foi

aveugle, que professe le Cheikh, sera utilisée comme un outil pour servir aux intérêts propres

du pouvoir politique. La foi aveugle émettra au Calife le certificat du représentât de Dieu dans

le monde, dont les mots viennent de Dieu, qui n’est pas sujet à l’erreur, et ne fait rien d’inutile.

Cheikh Riad l’aide également à mobiliser le peuple pour le jihad contre les chrétiens, sa

politique donc ne permet pas de prendre l’action contre la secte. Cheikh fait un discours dans

la mosquée dans lequel il mobilise le peuple pour le djihad, en utilisant le nom de l’Islam. Il

évoque aussi le sujet de Jérusalem en disant que depuis sa libération par Saladin à l’aide de

toutes les nations arabes, les chrétiens veulent leur vengeance, s’ils réussissent, le royaume se

plongera dans la misère et l’ignorance, Ils vont faire couler le sang, détruire les maisons, reculer

l’Islam. Cheik Riad convainc le peuple de suivre le calife sans hésitation car il est le

représentant du Dieu, et pour accéder au paradis, tous les vrais croyants doivent participer à la

guerre.

Revenons à la Foi raisonnable qui ne semble pas être prête de lever le Calife à la même dégrée.

C’est pourquoi Le calife est mécontent avec Averroès, l’adhérant principal de la Foi

raisonnable. Pour le Calife, il existe des raisons qui exigent de prendre l’action contre le

philosophe, qui est coupable de briser les fondamentaux de la Foi aveugle, comme sa riposte

« incohérence d’incohérence » à Al Ghazali. Selon le calife, Al Ghazali est le philosophe le

plus respecté du monde arabe qui a tout à fait raison et c’est Averroès qui se trompe. Le calife

n’est pas également content du verdict d’Averroès qui montre la pitié pour les jeunes coupables

30
d’attentats, lorsque Cheikh Riad soutient la peine capitale. Cheikh est, selon lui, l’homme de

la foi, et Averroès en suivant la Raison dans les versets du Coran s’oppose aux oulémas ainsi

qu’à la politique.

Un autre facteur qui provoque le mépris du calife est l’absence de son fils au moment de la

confrontation avec les croisées car Nasser est en train de voyager pour exporter les livres

d’Averroès en Égypte. Selon lui, c’est Averroès qui, a trahit le royaume au profit des chrétiens

car à ce moment où l’ennemi est à la porte, il présente sa démission, ses livres sont trouvé chez

les chrétiens, et il a envoyé Nasser le fils du calife en voyage, c’est donc lui qui pose la menace

pour son royaume.

A cause de ces circonstances combinées avec les propagandes des intégristes, Le calife entend

de persécuter Averroès. Maintenant convaincu de la loyauté de Cheikh et la trahison

d’Averroès, il fait émettre une fatwa contre ce dernier en lui interdisant d’enseigner dans la

mosquée et ordonnant l’autodafé de ses livres ainsi que son exil.

Selon Chahine, la foi raisonnable ne peut servir aux intérêts politiques, au contraire elle exige

que la marche à suivre soit déterminée par la vérité et non par les mensonges.

Chahine essayer de montrer que l’autodafé des œuvres peut effacer les mots écrits dans les

livres mais elle ne peut pas éradiquer les pensées comme dans le film le frère du Calife dit qu’il

est impossible d’éliminer ses pensées car les pensées ont des ailes, personne ne peut arrêter

leur envol, elle appartient à l’humanité comme les élèves d’Averroès ont fait des copies de ses

œuvres Après avoir anticipé l’émission d’une fatwa contre leur maitre pour les passer au-delà

des frontières, il ne peut pas donc arrêter leur envol.

A la fin, Chahine se moque des hommes de foi et leur lance un défi. Si ces gens sont si fidèles,

pourquoi ils ne participent pas eux-mêmes à la guerre, pourquoi ils ne veulent pas les soldats

de Dieu ?

31
Prenons la dernière scène, quand le calife après avoir su la trahison de Cheikh Riad contre le

royaume, l’ordonne d’être en premier ligne avec la secte et de se servir de ses prodiges et ses

miracles pour confronter les croisées, ou de sacrifier leurs vies pour la gloire de l’islam. Le

Cheikh qui est maintenant terrifié, essaie de s’enfuir au prétexte de sa vieillesse, qui révèle son

hypocrisie.

Maintenant il est facile de comprendre que selon Chahine, la Foi aveugle est composée de

l’ignorance, de la haine, et de l’hostilité, et dérivée de mécompréhension des sources

religieuses, elle est le synonyme d’émasculation que les marchands de religion utilisent pour

leurs intérêts personnels. La foi raisonnable au contraire est composée de la connaissance, de

l’amour et de la coexistence, et basée sur l’interprétation rationnelle des sources religieuses,

elle professe l’émancipation et refuse de servir aux intérêts personnels des gens.

Par la figure d’Averroès, Chahine également critique le sectarisme et ses effets néfastes sur une

communauté. La différence dans le point de vue n’est pas un problème mais considérer que

seulement une secte particulière est authentique, pose des problèmes. Selon lui, dans le

contexte d’Andalousie, une chose a divisé la nation : l’interprétation littéraliste objective de la

loi divine, la seule exégèse, qui est censée être uniquement détentrice de la vérité comme celle

de sect. Il est possible d’avoir plusieurs interprétations de la parole divine mais il ne faut pas

considérer une interprétation uniquement comme détentrice de vérité et d’autres comme

fausses mais il faut tolérer la diversité. La tolérance est donc le message universel de Youssef

Chahine.

32
Pour mieux saisir le débat filmique, il nous semble nécessaire de savoir le débat historique que

montre le film, cela en revanche facilitera la compréhension du message universel que souhaite

livrer le réalisateur Youssef Chahine. Alors dans ce chapitre, nous allons d’abord présenter une

brève introduction d’Al Ghazali, que les intégristes du film réclament de suivre, comme le

Calife l’explique à son fils Nasser, cela exige la besoin de savoir son idéologie. Ensuite, nous

allons consacrer quelques pages à la personnalité d’Averroès qui se trouve contesté par les

intégristes. Finalement nous viendrons au débat historique réel qui se passe entre ces deux

savants et affecte le destin de l’Islam.

33
Al-Ghazali

Abû Hamid Al-Ghazali (1058-1111) est un théologien de rite chaféite40, et soufi

d'origine persane. L’époque de naissance d’Al Ghazali est marquée par les turbulences

politiques et religieuses où la prévalence du sectarisme affaiblit le monde musulman. Plusieurs

courants exercent leur influence sur l’Islam comme Batiniyyat41, la philosophie, le Kalam et le

sufisme, causant des ruptures considérables42. Pour unifier idéologiquement le monde

Musulman et affaiblir les effets d’autres courants, le sultan Seldjoukide Malik Shah établit des

séminaires sunnites. La charge d’un de ces séminaires Al-Madrasas An-Nidhâmiyyah de

Bagdad,43 qui est fondé pour défendre le sunnisme contre les autres courants44 est assignée à

Al Ghazali.

Al Ghazali commence à y enseigner, et c’est cette époque où il étudie la philosophie qui

entraine des bouleversements dans sa vie spirituelle quand il remarque que cette discipline qui

semble basée sur la démonstration rationnelle45est quelques fois conforme aux principes de

l'Islam et d’autres fois elle est en pleine contradiction avec ses principes. Il souffert donc d’une

crise spirituelle qui peut se traduire par la confusion entre la Raison et la Foi, ce qui le fait

douter toutes les principes religieux semblablement irraisonnables qu’il avait appris

auparavant46.

40
Il y a quatre rites célèbres chez les Musulmans Sunnites : Chaféite, Hanéfite, Hanbalite, et
Malékite.
41
Une secte chiite qui distingue deux sens dans les écritures islamiques, le sens exotérique évident
pour tous et le sens ésotérique que peut dégager seulement l’émir de la secte.
42
AlFAKHOURI Hanna, L’histoire de la philosophie arabe, page : 249-250.
43
ZAYYAT Ahmad Hasan, L’histoire de la littérature arabe, (‫)تا ريخ االدب العربي‬, page: 389.
44
AlFAKHOURI Hanna, L’histoire de la philosophie arabe, page : 255.
45
BAKAR Osman, Commentary: The Importance of al-Ghaza¯lı¯ and Ibn Rushd in the History of
Islamic Discourse on Religion and Science, page : 105, EBSCO Publishing: eBook Collection
(EBSCOhost) - Archbishop of Canterbury, Bahcesehir University, Istanbul, June 16-18, 2009
46
JUMA Muhammad Lutfi, L’histoire des philosophes Musulmans, page : 85.

34
La philosophie

Al-Ghazali alors épuise les études philosophiques disponibles à son époque par le biais de

traductions en arabe, ainsi que les premiers écrits philosophiques Islamiques d’une manière

critique, particulièrement ceux d’Avicenne et d’Al-Fârâbî47. Ensuite, il déduit qu’elle ne peut

pas se concilier avec l’Islam.

Al-Ghazali donc entend de défendre l’Islam contre la philosophie et écrit premièrement un

ouvrage, Maqâsid al-Falsifia (Les intentions des philosophes), pour éclaircir les fondamentaux

de la philosophie connus à son époque, laissant l’Islam à coté pour que le livre donne les

contenus unanimes48. Puis il lance une compagne vigoureuse contre les philosophes et rédige

son œuvre principal Tahâfut al-Falsifia (L'Incohérence des philosophes) pour montrer la

contradiction entre l’Islam et la philosophie. Il utilise des arguments raisonnables pour

conforter les croyances islamiques et pour réfuter les prétentions des philosophes. À cette fin,

Il se tourne vers le kalam49, dérivé des mêmes procédés du raisonnement qu’utilise la

philosophie, pour démontrer que les pensées des philosophes elles-mêmes étaient

contradictoires (d'où le titre d'« incohérence des philosophes »), et que les philosophes

aboutissent aux erreurs qui contredisant la Révélation.

Al-Ghazali s’oppose aux philosophes et pense que l'univers et ses composantes, et les actes des

hommes, tous sont soumis à l’intervention directe de Dieu. Il n'est pas régi par des lois

47
BAKAR Osman, Commentary: The Importance of al-Ghaza¯lı¯ and Ibn Rushd in the History of
Islamic Discourse on Religion and Science, EBSCO Publishing: eBook Collection (EBSCOhost) -
Archbishop of Canterbury, Bahcesehir University, Istanbul, June 16-18, 2009.
48
JUMA Muhammad Lutfi, L’histoire des philosophes Musulmans, page : 86.
49
Une doctrine qui permet l’usage de la logique pour prouver les choses divines, inventé par les
savants musulmans pour faire face aux philosophes.

35
scientifiques naturelles, mais par la volonté absolue de Dieu qui est la cause de tous les

événements qui se passent dans le monde.

Les commandes de Dieu peuvent paraitre irraisonnables, mais l’Homme devrait maintenir le

silence car la Raison dont peut se servir l’Homme, n’est pas uniquement suffisante pour

comprendre tous les phénomènes de deux mondes, l’ici-bas et l’au-delà50. Les cinq sens, et

l’esprit doté de la Raison ne sont pas toujours capable d’atteindre la Vérité car l’état

métaphysique des choses peut être diffèrent de ce que conçoit l’esprit51.

Selon Al Ghazali, les philosophes seulement prétendent de croire en Dieu, car ils n’acceptent

pas la conséquence de cette croyance, qui implique que sa présence apporterait des

changements dans l’univers, mais au contraire ils pensent que le monde est né et régi sans

aucune force. Il les accuse d’utiliser les livres religieux pour justifier leurs opinions, et s’en

servir comme un camouflage pour leurs pensées, détournant les lecteurs qui pensent que leur

opinion s’accorde avec le Coran par exemple.

Le soufisme

C’est pourquoi Al Ghazali se détache de la philosophie et pour apaiser sa quête d’atteindre la

Vérité, il prend l’asile dans le soufisme fondé sur le dévoilement, l'inspiration et le

témoignage.52 Les principes de base du soufisme sont notamment le renoncement aux attaches

d'ici-bas, la réforme intérieure et la recherche de la proximité de Dieu, la purification d’âme, la

vie solitaire consacrée à l'adoration de Dieu53. Selon ce courant, l’Homme n’est pas fait pour

le monde d'ici-bas, mais pour l'au-delà, auquel il doit aspirer. Le vertueux est donc celui qui se

50
JUMA Muhammad Lutfi, L’histoire des philosophes Musulmans, page : 93.
51
La même source, page: 85.
52
BAKAR Osman, Commentary: The Importance of al-Ghaza¯lı¯ and Ibn Rushd in the History of
Islamic Discourse on Religion and Science, page: 105, EBSCO Publishing: eBook Collection
(EBSCOhost) - Archbishop of Canterbury, Bahcesehir University, Istanbul, June 16-18, 2009.
53
JUMA Muhammad Lutfi, L’histoire des philosophes Musulmans, page : 94.

36
consacre pour au l'au-delà, qui préfère la solitude à l’ensemblitude, le dénuement à la richesse,

la patience à l'agressivité et la faim à la satiété, c'est ce qu’il appelle l'abandon à Dieu 54.

Postérité

Les œuvres d’Al Ghazali ont eu un impact considérable et constituent un des facteurs du déclin

brutal de la pensée philosophique et de l’affaiblissement des études scientifiques dans le monde

islamique en dépit des défenses de la philosophie exprimées par Averroès et d'autres

philosophes, mais la campagne d'Al-Ghazali est couronnée du succès55. Pour ses efforts de

purifier l’Islam sunnite de la philosophie, il est unanimement considéré « le défenseur de

l’Islam »56 et quelques fois nommé « la preuve de l’Islam57 ». Ses écrits sont considérés si

valeureuses que certains disent « Si tous les livres de l’’Islam périssent, et seul son livre

Ihyauddin (la revivification de la foi) reste, ça sera suffisant »58.

54
La même source, page: 95.
55
La même source, page: 87.
56
ALFAKHOURIE Hanna, L’histoire de la philosophie arabe, page : 253.
57
ZAYYAT Ahmad Hasan, L’histoire de la littérature arabe, (‫)تا ريخ االدب العربي‬, page: 389.
58
La même source, page: 87. Page : 390.

37
Averroès

Ibn Rochd, ou avec son nom latinisé d'Averroès, est un médecin, juriste, théologien, et

philosophe musulman de 12em siècle de l’Andalousie. Né en 1126 à Cordoue en Andalousie,

il témoigne une période troublée, marquée par les conflits fréquents entre les Almoravides et

les Almohades, deux groupes Musulmans qui résultent de la défaite des Almoravides et de la

prise de pouvoir par Almohades59. Mais le royaume d’Andalousie est toujours menacé par les

chrétiens, qui sont les ennemis extérieurs. De plus, se trouvent aussi des intégristes, les ennemis

intérieures, qui proclament de suivre la véritable religion et considèrent le gouvernement actuel

comme l’état impie.

Outre l’éducation traditionnelle Islamique,60 Averroès également étudie la philosophie surtout

les livres d’Aristote61, si profondément que certains disent que l’âme d’Aristote s’est infiltrée

en lui, pour expliquer tous les concepts philosophiques62. Ensuite, à la demande du calife Abu

Yaqub Youssef, il écrit les commentaires sur les livres d’Averroès pour lesquels il est aussi

appelé « commentateur d’Aristote »63. Impressionné par ses compétences, le calife le prend

comme son médecin privé et par la suite le nomme le grand cadi (juge suprême)

de Séville. Quand son fils AlMansoor prend le pouvoir, il montre le même respect pour le

philosophe, augmente sa statue et le nomme également le grand cadi de Cordoue.

59
ZAYYAT Ahmad Hasan, L’histoire de la littérature arabe, (‫)تا ريخ االدب العربي‬, page : 390.
60
Elle contient l’apprentissage par cœur du Coran, les hadiths et la jurisprudence islamique.
61
ZAYYAT Ahmad Hasan, L’histoire de la littérature arabe, (‫)تا ريخ االدب العربي‬, page : 389.
62
La même source, page: 390.
63
JUMA Muhammad Lutfi, L’histoire des philosophes Musulmans, page : 143.

38
Pour raviver les études philosophiques dans le monde islamique, il se concentre sur le livre

d’Al Ghazali Incohérence des philosophes qui avait auparavant désigné la philosophie comme

une discipline suspectée d'éloigner de la loi religieuse et servi comme un facteur détracteur des

études philosophiques dans le monde musulman. Il rédige le livre, incohérence de

l’incohérence pour réfuter toutes les réclamations d’Al Ghazali à l’égard de la philosophie 64.

Il réclame la cohérence entre la philosophie et la religion, mais dans ce processus, il est accusé

de contredire les principes fondamentaux de l’Islam. Les autres savants musulmans lui font des

reproches de justifier la philosophie au profit de l’Islam, certaines de ses pratiques sont jugées

contraires à la religion établie, il est donc déclaré un hérétique65.

C’est la période où les Almohades sont à la reprise de la guerre contre les royaumes chrétiens,

et ils ont besoin des oulémas pour mobiliser le peuple à la guerre66. Alors pour prouver sa

fidélité, le Calife interdit les études philosophiques considérées comme une menace pour la

foi, et proscrit également la vente du vin ainsi que les métiers de chanteur et de musicien67.

Les pressions politiques sont exercées par les oulémas sur le Calife, afin qu’il abandonne la

protection d’Averroès qui se trouve au centre des études philosophiques68. Influencé par leurs

propagandes, le Calife fait émettre une fatwa contre lui, ordonnant son exil et l’autodafé de

toutes ses œuvres69. Averroès est donc forcé de vivre en exil à partir de1197. Bien qu’après un

an et demi, le Calife reconnaissant sa faute, et lui demande de retourner, mais le philosophe

trouve mort en exil à Marrakech en 1198.70

64
BAKAR Osman, Commentary: The Importance of al-Ghaza¯lı¯ and Ibn Rushd in the History of
Islamic Discourse on Religion and Science, page : 106, EBSCO Publishing: eBook Collection
(EBSCOhost) - Archbishop of Canterbury, Bahcesehir University, Istanbul, June 16-18, 2009
65
JUMA Muhammad Lutfi, L’histoire des philosophes Musulmans, page : 152.
66
ALFAKHOURIE Hanna, L’histoire de la philosophie arabe, page : 387.
67
ALRAFAYI Mustafa Sadique, L’histoire des littératures des Arabes, vol : 3, page 228.
68
JUMA Muhammad Lutfi, L’histoire des philosophes Musulmans, page : 136.
69
ALFAKHOURIE Hanna, L’histoire de la philosophie arabe, page : 389.
70
ZAYYAT Ahmad Hasan, L’histoire de la littérature arabe, (‫)تا ريخ االدب العربي‬, page : 390.

39
La philosophie et la rationalité

Très influencé par la philosophie grecque, il la voit comme une discipline basée sur la

rationalité, avec laquelle l’Islam doit concilier, d’où ses tentatives d’interpréter les sources

religieuses en suivant une démarche rationnelle. Quand il trouve une contradiction apparente

entre la philosophie et la religion, il tente d’interpréter l’une selon l’autre, pour que cette

contradiction disparaisse.71 Le point de départ qu’il reçoit des philosophes grecs n’est pas des

croyances mais l’application de la démarche rationnelle pour comprendre les phénomènes

naturels, y compris la parole divine.

Averroès constate que la religion ne propage pas l’ignorance qui cause l’éloignement de

Dieu72, mais pour le reconnaitre, elle recommande la réflexion sur la nature créée par lui.73

Cette réflexion implique la nécessité d'étudier les phénomènes naturels et de pratiquer

les sciences, notamment la philosophie, la logique et la physique, en plus de la médecine. Alors

pour se rapprocher de Dieu, l’Homme devrait étudier la nature, et ses phénomènes.

En ce qui concerne l’interprétation de la parole divine, l’approche d’Averroès réclame de se

concentrer sur l’esprit du texte. Il considère que la philosophie et la révélation, toutes les deux

sont des moyens d’atteindre la Vérité, toutes les deux donc doivent se concilier. La loi divine

elle-même autorise l’étude de la philosophie dans la mesure où les versets du Coran se servent

du discours rationnel, invitent l’Homme à étudier la nature, et appliquer la démonstration

rationnelle. La révélation donc doit s’interpréter par une démarche rationnelle74.

71
La même source, page : 391.
72
BONAN Ronald, CHANSEL Dominique, CHAUVIN Clotilde, ESNAULT Pierre-Dominique, Les
figures d’Averroès, Page, 25, CRDP de l'académie d'Aix-Marseille, 2009.
73
Prenons par exemple ce verset : Sora : Al-Ghachiya, Aya : 17, 18, 19, 20. ‫ْف‬ َ ‫اإل ِب ِل َكي‬ِ ْ ‫ظ ُرونَ ِإلَى‬ ُ ‫أَفَ َال َي ْن‬
ْ‫ْف سُطِ َحت‬ َ
َ ‫األرض كي‬
ِ ‫صبَ وإلى‬ ْ‫ت‬ ُ
ِ ‫ْف ن‬ َ ْ َ
َ ‫*وإِلى ال ِجبَا ِل كي‬ ْ‫ت‬
َ َ‫ْف ُرفِع‬ َ
َ ‫س َماءِ كي‬ َ
َّ ‫*وإِلى ال‬ ْ‫َت‬ ُ
َ ‫ خ ِلق‬Ma traduction : Ne regardent-ils pas
les chameaux, comment ils ont été créés? Et vers les cieux comment se sont-ils élevés ? Et aux
montagnes comment sont-elles mises en place et à la terre comment est-elle barbouillé ?
74
Il y a plusieurs versets qui invitent a la réflexion comme celui-ci :Sora : Al-Jasiya, Aya : 5. ِ‫اخت َِالف‬ ْ ‫َو‬
﴾ َ‫اح آيَاتٌ ِلقَ ْو ٍم يَ ْع ِقلُون‬
ِ ِ ‫ي‬
َ ‫الر‬
ِّ ِ‫يف‬ ‫ر‬
ِ ‫ص‬
ْ َ ‫ت‬‫و‬ ‫ا‬‫ه‬
َ َ َ‫ت‬
ِ ‫و‬
ْ ‫م‬ َ ‫د‬‫ع‬ْ ‫ب‬
َ ‫ض‬َ ‫ر‬
ْ َ ْ
‫األ‬ ‫ه‬
ِ ‫ب‬
ِ ‫ا‬‫ي‬
َ ْ‫ح‬ َ ‫أ‬َ ‫ف‬ ‫ق‬ ْ
‫ز‬
ٍ ِ ‫ر‬ ْ
‫ن‬ ِ‫م‬ ِ‫اء‬‫م‬َ ‫س‬
َّ ‫ال‬ َ‫ن‬ ِ‫م‬ ُ َّ
‫اَّلل‬ ‫ل‬
َ َ‫ز‬ ْ
‫ن‬ َ ‫أ‬ ‫ا‬‫م‬َ َ ِ َ َ ‫اللَّ ْي‬
‫و‬ ‫ار‬ ‫ه‬َّ ‫ن‬‫ال‬‫و‬ ‫ل‬
ِ
Ma traduction : Et dans la différence de la nuit et du jour, et dans la pluie que Dieu a fait descendre

40
Postérité

Malgré le fait qu’il est considéré l’un des grands philosophes aristotéliciens médiévaux de

la civilisation islamique, qui a suivi le chemin libre dans les pensées75, il n'a pas eu de postérité

immédiate dans le monde musulman, à cause de son intérêt profond à la philosophie. Il est

redécouvert dans le monde arabo-musulman après la Nahda au XIXe siècle, la Renaissance

arabe, durant laquelle il inspire les courants rationalistes, réformateurs.

Bien que la philosophie arabe est interdite en 1231 par Grégoire IX’ pape de l’Eglise (1145 –

1241)76, et quelques partisans de la philosophie d’Averroès ont été brulés vivants77, elle se

trouve constamment traduites en latin, particulièrement celle d’Averroès, qui par sa capacité à

concilier la philosophie et la Foi, est considéré comme l'un des grands penseurs du monde

Islamique et suivi par les philosophes latins qui s’appelaient « Averroïstes »78. Ses

commentaires de l'œuvre d'Aristote, traduits en latin vers 1230 (Michael Scot), ont par ailleurs

eu une influence majeure sur les penseurs du monde chrétien médiéval79. Ses commentaires

sur les livres d’Aristote ont été inclus dans l’éducation philosophique de la France en 1473 par

un décret de Louis XI80.

des nuages, puis il a ravivé la terre après sa mort, et dans l’écoulement des vents, sont des signes
pour les sages.
76
ALRAFAYI Mustafa Sadique, L’histoire des littératures des Arabes, vol : 3, page 242.
77
JUMA Muhammad Lutfi, L’histoire des philosophes Musulmans, page : 207.
78
DE Libera Alain, Averroès, le trouble-fête, Revue Alliage, n° 24-25, 1995.
79
La même source.
80
ALRAFAYI Mustafa Sadique, L’histoire des littératures des Arabes, vol : 3, page 242.

41
Les œuvres d'Averroès ont eu une certaine influence sur les philosophes juifs comme Moïse

Maïmonide et Isaac Albalag81, qui ont traduit ses œuvres en hébreu82. Tout comme Averroès,

ils se servent de la philosophie pour expliciter le contenu religieux de la Torah.

Averroès ainsi influence fortement les humanistes italiens, surtout Pic de la Mirandole et

Moise de Narbonne83 pendant la renaissance italienne, qui met en valeur la reconstruction des

philosophies de l'Antiquité en rupture avec la scolastique.

81
DE LIBERA Alain, Averroès, le trouble-fête, Revue Alliage, n° 24-25, 1995.
82
JUMA Muhammad Lutfi, L’histoire des philosophes Musulmans, page : 135.
83
DE LIBERA Alain, Averroès, le trouble-fête, Revue Alliage, n° 24-25, 1995.

42
Le débat

Avant d’entrer dans le débat historique, il est souhaitable de regarder où se situent les

différentes sectes musulmanes en ce qui concerne la place de la Raison dans la religion.

Commençons par le Mutazilisme, une secte islamiste dont les adhérents accordent toute la

validité à la Raison. Viennent ensuite les Acharites et Maturidits qui, en utilisant le kalam,

suivent la démarche rationnelle pour prouver les croyances religieuses et réfuter les postulats

philosophiques. Selon eux, la Raison est valide dans la mesure où elle justifie la Foi et elle est

invalide dans la mesure où elle n’est pas conforme à la Foi. A la fin, se trouvent les savants

purement littéralistes comme les Khawaridjs et les adhérents d’Hanbalisme, qui rejettent

absolument la Raison et déclarent infidèles tous les courants qui se servent de la philosophie et

de la Raison en matière de la Foi, y compris le Mutazilisme et l’Acharisme.

Cette polémique autour de la philosophie continue jusqu’à l’arrivée d’Al-Ghazali qui, en

adoptant la démarche des Acharites, écrit les livres décisifs sur le sujet, et démontre dans son

livre Tahafut al-Falasifa (Incohérence des philosophes) les dangers de la philosophie pour la

Foi. À l'influence de la position d'Al Ghazali, les études philosophiques voient un déclin brutal

dans le monde islamique.

À l’époque où Averroès vit, la philosophie est considérée comme une discipline condamnable

qui est contre la religion. Averroès essaie de raviver les études philosophiques en réclamant la

cohérence entre la philosophie et l’Islam84 contre le point de vue d’Al-Ghazali, dont les livres

84
ALFAKHOURIE Hanna, L’histoire de la philosophie arabe, page : 400.

43
restent une référence majeure pour les intégristes, qui sont abondamment utilisés pour critiquer

les prétentions de la philosophie85.

Un débat sur la quête de la Vérité

En ce qui concerne le débat entre Averroès et Al Ghazali, premièrement, il semble que c’est le

débat sur la quête d’atteindre la Vérité à propos d’univers, tous les deux croient en Islam et

acceptent la Raison comme un des moyens d’atteindre la Vérité mais leurs approches sont

différentes. Le débat entre eux touche plusieurs points mais notre travail, se concentra

essentiellement sur les points qui se trouvent au cœur de ce débat, c’est-à-dire la causalité, les

moyens d’atteindre la Vérité et l’interprétation de la parole divine.

La causalité

C’est une approche épistémologique que les philosophes adoptent en vue d’atteindre la Vérité.

Ils cherchent quatre causes pour un effet naturel, l’efficiente86 (celui qui réalise l’effet), le

matériel (dont l’effet est composé ou issu), la formel (la forme d’effet), et la cause final (le

but). Maintenant la question : qui est la cause efficiente pour les effets naturels : Dieu ou la

nature ? Selon les philosophes, c’est la nature.

Mais Al Ghazali considère cette approche comme diminuante du rôle de Dieu dans l’univers.

Il réclame de se baser sur la connaissance théologique de Dieu, de l’homme et du monde

dérivée des sources religieuses87. Pour défendre la Foi, il doit réfuter cette approche qui, selon

lui, résulte de la négation de l’intervention directe de Dieu dans le monde.88 Il pense que la

85
JUMA Muhammad Lutfi, L’histoire des philosophes Musulmans, page : 202.
86
BAKAR Osman, Commentary: The Importance of al-Ghaza¯lı¯ and Ibn Rushd in the History of
Islamic Discourse on Religion and Science, page : 106, EBSCO Publishing: eBook Collection
(EBSCOhost) - Archbishop of Canterbury, Bahcesehir University, Istanbul, June 16-18, 2009
87
ALFAKHOURIE Hanna, L’histoire de la philosophie arabe, page : 275.
88
Selon l’interprétation habituelle des sources religieuses.

44
cause efficiente est toujours Dieu directement ou indirectement par le biais des anges, c’est

Dieu qui a créé le feu, pas la force naturelle. La coexistence de plusieurs choses pour créer un

effet n’indique pas nécessairement la causalité, c’est la volonté de Dieu 89 qui effectue la

conséquence de toutes les actions, naturelles ou artificielles. Le feu se réalise parce que Dieu

l’ordonne de se réaliser, l’action elle-même n’a aucun pouvoir de réaliser une conséquence.

Toutes les affaires du monde sont soumises à l’intervention directe de Dieu. Al-Ghazali donc

nie « la causalité nécessaire »90 dans la nature, pour sauver l'idée de miracle, qui se réalise

contre la nature apparente selon la volonté divine.

Averroès considère toutes les objections d’Al Ghazali contre les philosophes basées sur la

mécompréhension de leurs écrits.91 En acceptant la causalité nécessaire qui implique que

l’intervention de Dieu soit indirecte, il considère que la création est une force essentielle dans

la nature mise par Dieu lui-même. C’est donc la nature qui est la cause efficiente voire le motif

déterminant pour les actions, les mouvements, les changements qui se passent dans le monde.

Tout est régi par la nature, ses lois, et ses règles. Mais puisque la divinité avait créé initialement

cette force, elle est une cause indirecte. L’Homme devra se concentre sur les études de ces

causes naturelles, s’il souhaite se conduire au Dieu92.

Averroès reproche à Al Ghazali de nier tout ordre intelligible de la nature car la dénégation de

la nature en tant que cause efficiente signifie l’inutilité des efforts de l’Homme qui doit s’arrêter

d’étudier les phénomènes naturels, d’y appliquer la logique et d’en faire les recherches, car il

est présupposé que c’est Dieu qui les a créés, et que l’Homme n’a rien à découvrir. Cette

89
JUMA Muhammad Lutfi, L’histoire des philosophes Musulmans, page : 87.
90
BAKAR Osman, Commentary: The Importance of al-Ghaza¯lı¯ and Ibn Rushd in the History of
Islamic Discourse on Religion and Science, page : 105, EBSCO Publishing: eBook Collection
(EBSCOhost) - Archbishop of Canterbury, Bahcesehir University, Istanbul, June 16-18, 2009
91
ALFAKHOURIE Hanna, L’histoire de la philosophie arabe, page : 398.
92
ZAYYAT Ahmad Hasan, L’histoire de la littérature arabe, (‫)تا ريخ االدب العربي‬, page: 390.

45
démarche va ruiner en conséquence toute connaissance scientifique de la nature et causer

l’ignorance dans le monde.

En effet, Averroès contrairement à Al Ghazali, cherche à élaborer une connaissance rationnelle

de Dieu, de l’Homme et du monde. Pour prouver l’existence de Dieu, il s'appuie sur l'étude de

la nature, qui est la création de Dieu. L’Homme peut connaître Dieu et son acte de création par

analogie avec l'étude du processus de fabrication artisanale. De même que l'analyse des objets

fabriqués peut nous donner une connaissance de l'artisan qui les a faits, l'étude de la nature

créée peut nous donner la connaissance de Dieu. C'est pour cette raison qu'Averroès fait l'éloge

de la physique, la science et de la médicine et de la philosophie.93

C’est donc le débat sur le rôle de Dieu et celui de l’Homme dans l’univers dans lequel les

Averroïstes augmente le rôle de l’Homme dans l’univers, donnent plus de place à lui et

encourage ses efforts d’atteindre la Vérité par la recherche, la découverte, et la connaissance

tandis que les Ghazaliens diminuerait son rôle, confient toutes les affaires à Dieu et essaient

d’atteindre la Vérité par la révélation ou le dévoilement94.

Les moyens d’atteindre la Vérité

Selon Al Ghazali, L'Homme possède deux sources d’atteindre la Vérité :95 la première est la

source humaine que constituent la perception et la Raison, la deuxième est la source divine que

constituent la révélation et l'inspiration. Pourtant ces deux sources ne sont pas de même dégrée

dans la mesure où la source divine est un moyen sûr et authentique d’atteindre la Vérité tandis

que la source humaine ne l’est pas. Quand il y aurait la contradiction, la priorité serait accordée

à la source divine.

93
MARIETTI Angèle Kremer, La pensée libre d'Averroès, publié sur www.dogma.lu, 2011.
94
ALFAKHOURIE Hanna, L’histoire de la philosophie arabe, page : 398.
95
La même source, page : 318.

46
Puisque la révélation est réservée aux prophètes, le vrai savoir ne peut venir à l’Homme que

du dévoilement. Quand l'âme est réformée et purifiée par l'éducation de l'esprit et du corps, elle

se rapproche de Dieu, reçoit des instructions divines, et connaît la volonté de Dieu.

Selon lui, la révélation après le départ du prophète, se concentre dans quatre sources : le Coran,

les hadiths, le consensus des savants musulmans et le raisonnement personnel dérivée de ces

trois sources, auquel un savant musulman aurait recours, s’il ne trouve pas une chose dans les

trois sources primaires. Pour atteindre la Vérité, il faudrait avoir recours aux sources

religieuses, puis à l’inspiration et à la fin au raisonnement « conditionnel » subordonné à la

révélation, telle est la place de la Raison chez Al Ghazali.

Puisque beaucoup de concepts religieux semblent irraisonnables, il questionne la validité de la

Raison, qu’il ne voit pas uniquement suffisante pour comprendre tous les phénomènes de deux

mondes, l’ici-bas et l’au-delà96. Il met en cause la manière épistémologique dont peut se servir

l’Homme, parce que le fait qu’il conçoit vrai, semble vrai à cause des conditions spécifiques

qu’il dispose pour le moment, mais quand ces conditions disparaissent, la Vérité peut

changer97. La perception et Raison ne sont pas toujours capable d’atteindre la Vérité car l’état

métaphysique des choses peut être diffèrent de ce que conçoit l’esprit.

Averroès aussi accepte ces sources98, mais considère le raisonnement comme une source

autonome qui s’applique avec tout99. Le sufisme qui est propagé par Al Ghazali n’est pas

acceptable chez Averroès, parce qu’il n’est basé ni sur la révélation ni sur la Raison, au

96
JUMA Muhammad Lutfi, L’histoire des philosophes Musulmans, page : 93.
97
La même source, page : 85.
98
BONAN Ronald, CHANSEL Dominique, CHAUVIN Clotilde, ESNAULT Pierre-Dominique, Les
figures d’Averroès, Page : 31, CRDP de l'académie d'Aix-Marseille, 2009.
99
ALFAKHOURIE Hanna, L’histoire de la philosophie arabe, page : 408.

47
contraire il peut être contre toutes les deux. Il ne se sert ni des textes qui sont censés être les

sources de la religion, ni du raisonnement, il ne peut pas donc satisfaire les esprits éclairés100.

Dans le Kitab fasl al-maqal (Livre du discours décisif), Averroès élabore les sources

d’atteindre la Vérité en expliquant la connexion existante entre la Révélation et la

philosophie101. Il constate que le Coran s'adresse à tous les Musulmans : aussi bien des illettrés

que des esprits éclairés. Le caractère universel de la Révélation exige qu’elle s'adresse à eux

selon leur niveau de culture. Il y a le sens premier, simple pour le commun, puis le deuxième

sens plus profond que peuvent dégager les savants qui se servent de la philosophie et de la

Rison102. C’est le sens premier simple où apparait la contradiction entre la révélation et la

Raison, mais les savants, par le raisonnement, peuvent déceler le sens profond, caché du texte

qui se conciliera toujours avec la Raison103. Il est donc nécessaire d’éclairer le texte par une

réflexion rationnelle sinon ça résulterait des interprétations contradictoires, qui pour

conséquent causerait le scepticisme, ou le sectarisme.

Pour Averroès le Coran tout entier est un appel à la réflexion104, une invitation au

raisonnement105, et c’est la philosophie qui donne la réflexion profonde et le raisonnement, et

facilite l'interprétation complète de la parole divine, qui met fin à la fois au scepticisme et au

sectarisme.

100
JUMA Muhammad Lutfi, L’histoire des philosophes Musulmans, page : 181.
101
MARIETTI Angèle Kremer, La pensée libre d'Averroès, publié sur www.dogma.lu, 2011.
102
ALFAKHOURIE Hanna, L’histoire de la philosophie arabe, page : 407.
103
En fait Averroès différencie entre un savant et la foule, pour le premier, le moyen d’atteindre la vérité
est le raisonnement et pour la foule, ce moyen est la révélation. Catholic encyclopedia- Averroes :
http://www.newadvent.org/cathen/02150c.htm

104
ALFAKHOURIE Hanna, L’histoire de la philosophie arabe, page : 405.
Il y a beaucoup de versets qui invitent à la réflexion comme: ‫اختِالفِ اللَّ ْي ِل‬ ْ ‫ض َو‬ ِ ‫ت َواأل َ ْر‬ِ ‫س َم َاوا‬َّ ‫ق ال‬ِ ‫إِ َّن فِي خ َْل‬
105

َ‫ض َربَّنَا َما َخلَ ْقتَ َهذا‬ َ


ِ ‫ت َواأل ْر‬ ِ ‫س َم َاوا‬ ْ َّ
ِ ‫ى ُجنُوبِ ِه ْم َويَتَفَك ُرونَ فِي خَل‬
َّ ‫ق ال‬ َ ُ ُ ْ َّ
َّ َ‫ب * الذِينَ يَذك ُرون‬ ْ َ ُ ِّ ٍ ‫ار ََليَا‬
ِ ‫َوالنَّ َه‬
َ ‫عل‬َ ‫اَّللَ قِيَا ًما َوقعُودًا َو‬ ِ ‫ت ِألولِي األلبَا‬
‫ار‬ َ َ‫عذ‬
ِ َّ‫اب الن‬ َ ‫س ْب َحانَكَ فَ ِقنَا‬ ً
ُ ‫[ بَاطِ ال‬191 ،190 :‫]آل عمران‬. Traduction : Certes, Dans la création des cieux et de la
terre, et la différence de la nuit et du jour, sont les signes de ceux qui sont les premiers des cœurs * Qui
se souviennent de Dieu debout, assis, et allongés, et contemplant la création des cieux et de la terre,
Notre Seigneur, vous n'avez pas créé cela en vain, Gloire à vous, Sauvez nous du tourment du feu.

48
Pour mieux saisir la place de la Raison chez Averroès, il faut savoir qu’il accepte deux modes

parallèles de connaissance :106 l’un est celui des prophètes qui connaissent la Vérité

directement de la part de Dieu, l’autre est celui des savants qui peuvent atteindre la même

Vérité indirectement au moyen du raisonnement à partir de l'expérience de la nature107.

Pour justifier son postulat, Averroès prend le sens profond du hadith, et affirme que les savants

(qui incluent aussi les scientifiques et les philosophes pas seulement les théologiens) sont les

héritiers des prophètes108, ce veut dire les héritiers dans l’atteinte de la Vérité, le premier atteint

la vérité par la révélation et le dernier par la démonstration rationnelle. C’est pourquoi il

démontre par son plus célèbre fatwa (consultation juridique) dans son livre Discours décisif le

caractère obligatoire de la pratique de la philosophie pour la classe des savants109.

Interprétation de la parole divine : Islam entre le sens et L’essence

En ce qui concerne l’application de la Raison dans l’interprétation de la parole divine, il y a

plusieurs approches qui varient de plus littéraliste à plus rationnelle. Les Hanabilah et d’autres

courants rationalistes rejettent toutes les approches rationnelles à l’Islam. Ils refusent

d'interpréter la parole divine à l'aide des outils logiques surtout la philosophie qui est qualifiée

d'impie. Pour eux la parole révélée est auto-suffisante et n'a pas besoin de réflexion extérieure.

Bien que les Ascharites, y compris Al Ghazali, se servent du raisonnement (le kalam), ils nient

la capacité de la raison humaine d'atteindre à elle seule la Vérité, surtout en matière

théologique. Pour eux, la parole de Dieu est suffisante, et la Raison interviendrait quand il n’y

106
JUMA Muhammad, L’histoire des philosophes Musulmans, page : 188.
107
ALFAKHOURIE Hanna, L’histoire de la philosophie arabe, page : 416.
108
Ibn-e-Maja, Numéro de hadith : 134. Le hadith en Arabe: ‫روى أبو داود والترمذي وابن ماجه وابن حبان‬
‫ إنَّما‬،‫دينارا وال دره ًما‬
ً ‫يورثوا‬
ِّ ِ ‫في صحيحه وغيرهم أن النبي صلى هللا عليه وسلم قال إن العلماء ورثة األنبياء وإن األنبياء لم‬
ِّ ٍ ‫ فمن أخذَه أخذ‬،‫ورثوا العلم‬
.‫بحظ وافر‬ َّ

109
MARIETTI Angèle Kremer, La pensée libre d'Averroès, publié sur www.dogma.lu. JUMA
Muhammad Lutfi, L’histoire des philosophes Musulmans, page : 189.

49
a pas de discours explicite sur le sujet de la part de Dieu. Ils reprochent aux philosophes

musulmans de substituer la Raison à la révélation et l'étude de la nature à l'étude des sciences

religieuses. Malgré le fait qu’Al Ghazali se sert de plusieurs sources, y compris des propos

dérivés de la bible et de la thora, du Kalam, et de la philosophie, les sources authentiques pour

lui restent le coran et la sunna et leur exégèse selon les oulémas, 110 par lesquelles il essaie de

montrer que la religion ne peut être déterminée par la Raison et que le façonnement de l’exégèse

des versets du Coran selon la Raison n’est pas acceptable.

Pour Averroès, la Raison occupe une place plus importante qui s’applique également à la parole

divine. Il pense que les savants doivent interpréter la parole divine par la démonstration

rationnelle. Il s'en prend surtout aux littéralistes d'une part, aux théologiens du

courant ascharite d'autre part, très opposés au rationalisme de la philosophie. Selon lui,

l’interprétation littéraliste de la parole révélée amène aux contradictions, qui causent le

sectarisme. Averroès montre que l'usage de la philosophie et du raisonnement démonstratif est

recommandé par le Coran même, de plus pour prouver l’existence de Dieu, les Ascharites aussi

utilisent la Raison. L’énoncé du texte révélé, qui semble de contredire le résultat de

démonstration rationnelle est doit être interprété dans un sens qui confirme le sens rationnel111,

tout comme dans les Mutashabihats, les versets équivoques, qui exigent une interprétation dans

un sens rationnel pas dans le sens apparent112.

La politique et la société 113

Al Ghazali divise la société en trois sections : les oulémas qui aborderont les questions de la

religion, les dirigeants qui gèreront les affaires de ce monde, le peuple qui doit se conformer à

110
La même source, page : 257
111
BONAN Ronald, CHANSEL Dominique, CHAUVIN Clotilde, ESNAULT Pierre-Dominique, Les
figures d’Averroès, Page, 27, CRDP de l'académie d'Aix-Marseille, 2009.
112
JUMA Muhammad Lutfi, L’histoire des philosophes Musulmans, page : 193.
113
JUMA Muhammad Lutfi, L’histoire des philosophes Musulmans, page : 183.

50
tous les deux. En fait il suit la démarche habituelle pratique dans le monde islamique, qui ne

une considérable au peuple, y compris les femmes.

Averroès en acceptant l’importance des oulémas et l’autorité des dirigeants, essaie de donner

plus de place au peuple. Prenons par exemple son point de vue sur les femmes qu’il traite dans

le résumé du livre de Platon La République114 où Il soutient l'égalité entre les sexes, la nécessité

de ne pas cantonner les femmes aux rôles de la procréation, de l'allaitement. Il pense que les

femmes ont la capacité à gouverner et à exercer les tâches habituelles des hommes.

Ahmed Abdelhalim Atiyya, un écrivain égyptien, explique dans son article sur Le statut de la

femme dans la pensée d’Ibn Roshd, Traduit en français par Zouheir Mednini (Tunisie) :

« Éventuellement, ce qui étonne le plus, c’est son admission de l’idée d’égalité entre les

femmes et les hommes. Il reconnait qu’elle n’est pas seulement apte à exercer les fonctions que

la société lui accorde, mais la nature de la femme lui permet d’être juge, penseur, présidente et

philosophe.»115

En ce qui concerne la politique, Averroès ne soutient pas le suivi aveugle des dirigeants. En

suivant l'anacyclose décrite par Platon116, il essaie de développer une analyse critique du

gouvernement. Il pense que les régimes qui sont fondés sur l’amour de l’argent et le goût de

luxe, et se servent de la violence ne peuvent pas survivre. Cette tendance cause leur dégradation

et par la suite leur chute. Les régimes doivent être gouvernés selon les lois « islamiques

révélées ». C’est pourquoi le royaume corrompu des Almoravides en Andalousie a vu le déclin.

Il est finit donc par être remplacé par les Almohades.117

ALFAKHOURIE Hanna Alfakhourie, L’histoire de la philosophie arabe, page : 393.


114

ATIYYA Ahmed Abdelhalim, Le statut de la femme dans la pensée d’Ibn Roshd, www.dogma.lu,
115

2011.
116
JUMA Muhammad Lutfi, L’histoire des philosophes Musulmans, page : 183.
117
MAKRAM Abbès, Averroès. Philosophie politique. (Troisième partie : les conditions de la
politique parfaite), Date de réalisation : 26 juin 2009, publié dans « Les cahiers de l’Islam, revue
d’étude sur l’Islam et le monde musulman », le dimanche 24 aout 2014.

51
La Foi d’Averroès est donc flexible et ouverte à des nouvelles interprétations, elle encourage

les études scientifiques de la nature, accorde la même statue aux femmes vis-à-vis les hommes,

et favorise la gestion du gouvernement par les lois établies pas par le consentement du calife.

52
L’optimisme de Chahine

Le débat historique peut éclaircir l’idée centrale à laquelle se réfère Chahine. Le film montre

l’optimisme du réalisateur qui, contre le résultat du débat historique, imagine la victoire de

l’approche rationnelle d’Averroès et souhaite préserver la postérité du philosophe rationnel.

Le cinéaste suggère que pour mettre fin à toutes les controverses autour d’Islam, il faudrait

raviver une étude rationnelle de l’Islam comme celle d’Averroès, une telle étude qui tienne

compte de son essence et s’appuie sur l’interprétation rationnelle du Coran en analysant les

circonstances, le contexte, et le motif voire le but final de la parole divine. Selon lui,

l’interprétation rationnelle des sources religieuses, dont se servaient les savants comme

Averroès, rendra facile de comprendre l’essence de l’Islam, qui se définit par la tolérance,

l’amour et la coexistence.

Youssef Chahine demande aux adhérents de l’Islam d’avoir une réflexion approfondie à l’instar

d’Averroès dans les versets du Coran pour dégager le message universel. Il est faux de

considérer l’Islam comme une religion prescrite, limitée à une certaine période, si inflexible

qu’il ne peut s’adapter aux mutations du monde. Pour comprendre son message universel, il

faudra avoir autant de connaissance que possible sans en différencier la religieuse, mondaine

et occidentale. L’ignorance seulement donnera naissance à la foi aveugle basée sur les

dogmes, qui résulte de la haine, de l’extrémisme, et de la guerre. Elle sera suivie par les

intégristes comme ceux de Boko Haram, un mouvement terroriste de Nigeria, qui s’oppose à

l’éducation dite « occidentale ». Ce comportement est tout à fait contre l’esprit de l’Islam qui

attache une énorme importance à la connaissance quoique soit sa source et son domaine comme

le prophète a dit : « la recherche de la connaissance est mandataire pour un musulman»118. Pour

118
Ibn Maja, numéro du hadith : 220. Notre traduction. Le hadith en arabe : .‫طلب العلم فريضه علي كل مسلم‬

53
se débarrasser de la Foi aveugle, il propose la Foi raisonnable basée sur la connaissance, qui

professe le libéralisme, la tolérance, l’amour, et la coexistence.

Chahine ainsi remporte ce film au festival de cannes en France pour sensibiliser les masses

européennes à propos du véritable esprit de l’Islam, pour que l’harmonie se réalise à deux

rives de la méditerranée, et le rêve de la coexistence s’avère dans le monde.

L’histoire personnelle de Chahine

Puisque chaque réalisateur laisse ses empreintes sur son film, Le destin est aussi profondément

marqué par le sceau personnel de Chahine et peut être une anagramme sur sa vie réelle. Le

cinéaste raconte son voyage personnel vivant comme un arabe chrétien dans la période

postcoloniale marquée par les turbulences politiques et religieuses. Il y a eu toujours la censure

sur ses œuvres comme sur celles d’Averroès, et il est forcé de vivre en exil pour une certaine

période tout comme le philosophe andalou. Il est « l’Averroès » d’aujourd’hui et les intégristes

actuels d’Égypte sont « les intégristes du destin ».

Ses parents voulaient qu’il devienne ingénieur mais il refuse, et malgré leur mépris, il devient

cinéaste. Il montre cet aspect à travers la confrontation entre le calife et ses fils. Le calife,

représentant un exemple parfait de l’autorité totale, ignorent l’orientation de ses fils et les

force à joindre l’armée alors qu’ils aiment la vie civile et se trouvent intéressés par les chansons,

la poésie, la danse et l’amour. Ce débat qui se passe dans presque toutes les familles vise à

dénoncer l’autorité du père imposée aux enfants. C’est une histoire calquée sur la vie

personnelle de Youssef Chahine.

En soulignant les fautes du royaume andalou, Chahine critique le gouvernement actuel qui

devient aveugle en face des menaces intérieures et ne fait pas attention aux fanatiques

chauvins d’aujourd’hui qui sèment la haine dans les cœurs des jeunes par les mêmes ruses

desquelles se servaient auparavant les intégristes de l’Andalousie. Les jeunes tombent proies à

54
leurs propagandes et leurs mensonges au nom de la religion à cause du manque de la

connaissance.

Le film aussi souligne l’hypocrisie des intégristes actuels de l’Egypte qui soutiennent toujours

la guerre contre les infidèles, et en même temps, ils considèrent le gouvernement impie. Selon

Chahine, les intégristes égyptiens (les frères musulmans) sont actuels descendants des

intégristes de l’époque d’Averroès, auxquels vise sa critique.

De même, Chahine souligne la raison pour laquelle les mesures sévères contre eux ne sont pas

prises par le gouvernement. Selon lui, le gouvernement s’en sert pour des gains politiques. La

foi aveugle est un jeu au quel joue les pouvoirs politiques pour leurs intérêts personnels comme

le Calife dans le film, qui ne prend aucune action contre Cheikh Riad, car le cheikh est celui

qui encourage le peuple à combattre les chrétiens au nom de l’Islam, et à cette fin, il évoque

la dispute interminable sur le Jérusalem. Par cette scène, Chaine, afin d’affaiblir la

radicalisation religieuse au prétexte du Jérusalem, demande de résoudre la dispute sur cette

ville sacrée qui reste toujours un motif à la guerre, dont la seule solution est la paix comme il

démontre dans le film intitulé Saladin(1963).

Chaine veut montrer deux visages de l’occident, le premier représenté par les gens comme

Joseph qui lient deux civilisations et croient en coexistence et promeut l’échange de la

connaissance. C’est le visage que doit présenter l’occident pour l’orient. Le deuxième est

conservateur, représenté par la sainte église de Languedoc, qui tout comme les intégristes

islamistes persécutent les savants, et les adhérents de la connaissance, tantôt il les force de

vivre en exil, tantôt il les condamne à la prison ou à l’immolation.

Les croisées dans le film semblent représenter les pouvoir politiques occidentaux qui ont

l’hostilité envers les pays arabes. Il dénonce la politique des pouvoirs extérieurs comme celle

des états unis et de l’Europe envers les pays arabes, qui interviennent dans les affaires

55
intérieurs du pays. Il croit que les intégristes sont utilisés par eux pour protéger leurs intérêts.

Ce sont eux qui sont également responsables pour la propagation de l’extrémisme. Ils ne

supportent pas la démocratie dans le monde musulman, qui est contre leur intérêt.

Il est maintenant évident que Chahine en tant que représentant du peuple arabe, critique la

politique, soit l’occidentale ou l’orientale ainsi que le fanatisme religieux. C’est ce qu’il

s’efforce de réaliser pendant toute sa vie, et se rend une cible des critiques de toutes parts, tantôt

accusé d’avoir des préjugés contre la religion, tantôt contre les pouvoirs politiques.

Finalement, c’est le destin de Chahine dont le rôle est joué par Averroès, le destin de son pays

Égypte qui est représentée par l’Andalousie de 12em siècle, et le destin de l’Islam actuel

présenté par l’Islam de 12em siècle qui implique que l’Islam doit être libéral et non pas

intégriste.

Les questions suivantes

Il faut apprécier la façon que Chahine a employée pour aborder le problème de l’intégrisme et

pour présenter une version libérale de l’Islam. En suivant cette démarche, il est possible de

trancher tant des questions actuelles qui troublent le monde entier. Chahine croit que la société

peut être changée par la connaissance qui mettra fin au fanatisme religieux, et éteindra les

flammes de haine, brulantes dans les cœurs des adhérents de violence dont la plupart sont

manipulés. Il soutient l’humanisme mais ne rejette pas la religion, il veut plutôt chercher les

valeurs humanistes au sein de religion, car il croit que la véritable nature de toutes les religions

est la coexistence et l’amour de l’humanité.

Pourtant l’humanisme que trouve Chahine au sein d’Averroès, semble être influencé de ses

études personnelles du philosophe andalou. Mais il y a des questions théologique et historique

qui se soulèvent autour de son film.

56
Averroès est-il vraiment un savant si libéral qu’à son nom, les pratiques, qui sont montrées

dans le film mais généralement considérées interdites chez les musulmans d’’après

l’interprétation fameuse des versets du Coran et des propos du prophète : comme la permission

des chansons avec danse où entremêlent les femmes et les hommes, peuvent être justifiées ?

C’est pourquoi certains oulémas considèrent les films de Chahine comme des tentatives de

détordre l’image de l’Islam par un chrétien. Nous pouvons poser cette question : Est-ce que

ces tentatives de présenter une version libérale de l’Islam par le biais des savants comme

Averroès sont valides ou une distorsion de leurs images et une mécompréhension de leurs

écrits ?

En ce qui concerne le choix d’Averroès comme un savant raisonnable par Chahine, il faut

n’oublier pas le fait que le philosophe semble une personnalité ambivalente autour de laquelle

diffèrent les écrivains arabes ainsi que les écrivains occidentaux. Ahmad Hasan Zayyat par

exemple pense que ses écrits lui valent d’être déclaré comme hérétique119, mais Hannah

Alfakhoori120 pense qu’il était un vrai croyant, et partisan de la théocratie, c’était ses ennemis

qui ont ajouté les phrases hérédités dans ses écrits.

En ce qui concerne les écrivains occidentaux, Certains pensent que ses écrits posent la véritable

menace pour toutes les religions tandis que d’autres chercheurs en font un grand philosophe

qui a contribué à l’éveil du peuple européen. En France Alain de Libera crédite Averroès

d'influencer les écrivains de la renaissance européenne. Dans son article intitulé « Pour

Averroès », il le reconnait comme un défenseur de la philosophie,121 comme un philosophe

arabe qui prône l’usage de la Raison pour expliquer les croyances religieuses122. Jean de Jandun

119
ZAYYAT Ahmad Hasan, L’histoire de la littérature arabe, (‫)تا ريخ االدب العربي‬, page: 391.
120
ALFAKHOURIE Hanna, L’histoire de la philosophie arabe, page : 381.
121
DE LIBERA Alain, Averroès, le trouble-fête, Revue Alliage, n° 24-25, 1995.
122
DE LIBERA Alain, Averroès, le trouble-fête, Revue Alliage, n° 24-25, 1995.

57
considère Averroès comme son maître qui est pour lui l’ami et défenseur parfait de la vérité

philosophique123.

Mais Ernest Renan au contraire s’attaque à la perception d’Averroès en Occident et fait une

conférence sur l’islamisme et la science et prononce cette phrase « Faire l’honneur à l’islam

d’Averroès c’est comme si on faisait honneur au catholicisme, de Galilée » (1887) 124. Le

même Ernest Renan dans son étude intitulée Averroès et l'averroïsme nie l'apport d'Averroès à

la renaissance européenne, et affirme que la philosophie d’Averroès est insignifiante125.

Il faut aussi remarquer le fait que depuis quelques années, il y a une tentative de présenter d’une

manière banale l’Islam comme une religion pacifiste qui n’a aucun lien avec la violence et la

haine, sans faire référence à ses sources principales et pour soutenir cette thèse, ses adhérents

font les efforts acharnés pour réinterpréter les sources religieuses afin d’harmoniser la Foi avec

la Raison. Lisons Maintenant cette citation qui peut éclaircir cette tendance polémique surtout

autour de la personnalité d’Averroès. Dans son article Averroès et l’Occident : un mensonge

persistant126 Anne-Marie Delcambre127 écrit :

« Cette méconnaissance de celui que les Arabes continuent d’appeler « Ibn Rushd » est à

l’origine d’une histoire mensongère d’Averroès. Les nouveaux penseurs de l’islam l’utilisent

comme arme pour rabaisser l’Occident chrétien et faire l’éloge du rationalisme musulman ».

C’est cette désinformation qu’il est urgent de dénoncer. »

Elle aussi met en cause la tentative de Youssef Chahine :

123
DELCHAMBRE Anne-Marie, Averroès et l’Occident : un mensonge persistant. Publié le 6 juin
2010 par L-Philosophie.
124
Ibid.
125
DE LIBERA Alain, Averroès, le trouble-fête, Revue Alliage, n° 24-25, 1995.
126
Publié le 6 juin 2010 par L-Philosophie
127
Docteur d'Etat en droit, docteur en civilisation islamique Islamologue et professeur d'arabe,
au lycée Louis-le-Grand.

58
« Youssef Chahine (le réalisateur égyptien), dans son film-le Destin- en fait la figure idéale de

l’islam éclairé. C’est le bel islam, l’islam philosophique, capable de concurrencer et même

d’écraser les autres religions, l’islam religion de raison, d’amour, de tolérance et de paix !!!! »

Les points de vue sur Averroès comme nous avons remarqué sont très différents qui soulèvent

beaucoup de questions à propos de choix du Chahine. Pour trancher toutes ces questions, nous

devront avoir recours à sources authentiques historiques et religieuses, qui nous peuvent faire

capable de vérifier la validité de ceux, y compris Youssef Chahine, essaient de représenter une

version libérale de l’Islam par le biais du philosophe Averroès.

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