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Takaful : La loi «à moitié» en vigueur en

attendant le décret
Publié par Mohamed Badrane
Date :septembre 03, 2019
dans:Actualité, Une
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C’est un premier pas vers la mise en œuvre effective de l’assurance Takaful. La loi
N°87.18 modifiant et complétant la loi N°17.99 relative au code des assurances et
introduisant le Takaful vient d’entrer en vigueur suite à sa publication au Bulletin officiel
(B.O).
Pour rappel, le texte avait été adopté par le Parlement en juillet dernier. Cela dit, il va
falloir encore patienter pour une mise en œuvre pleine et complète de ce système ayant
pour objectif d’accompagner les banques participatives. En effet, l’application de cette
assurance sera en quelque sorte suspendue à la publication d’un décret d’application de la
part de la commission de la finance participative au niveau du Conseil supérieur des
ouléma. Difficile, cependant, d’avancer une date concernant la publication de ce décret
qui pourrait prendre entre quelques semaines et plusieurs mois même si certains
responsables semblent déterminer à accélérer la machine pour la mise en œuvre de
Takaful. Et pour cause. Très attendue, cette assurance doit permettre aux établissements
de finance participative ainsi qu’à leur clientèle de souscrire des opérations de couverture
mais également à faciliter l’ouverture du marché de l’épargne participative à travers le
«Bancatakaful». Il est question en outre d’introduire l’investissement Takaful dans le cadre
des opérations d’assurance. Il faut que la loi N°87.18 modifiant et complétant la loi
N°17.99 relative au code des assurances a prévu de nombreuses nouveautés. Celles-ci
sont destinées à baliser pour la commercialisation des solutions d’assurances spéciales
pour la finance participative. Ces banques avaient démarré leurs activités auprès du grand
public voilà plusieurs années mais l’absence d’un système de couverture et de solutions
d’assurance exposait ces banques ainsi que leurs clients à certains risques puisque les
crédits octroyés dans le cadre de la finance participative sont «incompatibles», selon la loi
en vigueur, avec les assurances conventionnelles. Résultat: pratiquement tous les prêts
octroyés par les banques participatives qui se chiffrent déjà à plusieurs milliards de
dirhams, n’étaient pas assurés.

La mise en place de Takaful doit mettre un terme à cette situation. Dans les détails, le
texte publié au B.O avait subi quelques modifications au Parlement. Les députés avaient
notamment amendé l’article 164, l’article 1-248 et l’article 304.
Les changements ont notamment porté sur le seuil de placements et des investissements
à l’étranger tout comme les dépôts en valeurs étrangères, autorisés pour les compagnies
d’assurance Takaful. Ce seuil est fixé à 5%. Le texte entré en vigueur stipule, par ailleurs,
que les banques participatives ont l’exclusivité de présenter des opérations d’assurance
Takaful famille ainsi que les assurances Takaful relatives à l’assistance et au crédit. Les
compagnies d’assurance ou de réassurance Takaful ne peuvent procéder à des opérations
de fusion, de scission ou d’absorption sauf si leur règlement de gestion le prévoit.
Les modalités de ces opérations sont fixées par circulaire de l’Autorité de contrôle des
assurances et de la prévoyance sociale (ACAPS), après avis conforme du Conseil supérieur
des ouléma.
Les nouveautés phares introduites par le ministère des finances concernent notamment le
Fonds Takaful, qui sera doté d’une personnalité morale distincte de l’EART (Entreprises
d’assurance et de réassurance Takaful) ainsi que de l’autonomie financière.
Le texte a également déterminé les prérogatives et missions de l’entreprise d’assurance et
de réassurance Takaful en tant que mandataire rémunéré. Il était également question
d’instituer une obligation d’établir un règlement de gestion pour le Fonds par les
entreprises sans oublier la signature du règlement de gestion du Fonds d’assurances par
les adhérents au système Takaful.
Il faut préciser enfin que les compagnies d’assurances Takaful et les fonds Takaful seront
sous l’autorité de l’ACAPS.

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L’assurance Takaful verra le jour très prochainement. La date de son
lancement n’a pas encore été communiquée. Toutefois, le produit
Takaful a été approuvé à l’unanimité par la Chambre des conseillers, le 9
juillet, à travers le vote de la loi n° 87.18 modifiant et complétant la loi n°
17.99 relative au code des assurances.

Hespress Fr a présenté dans la première partie sur l’assurance Takaful, une définition
globale de ce qu’est Takaful, sa définition sa particularité mais aussi les principes et
les fondements charaïques de l’assurance Takaful.

Dans cette deuxième partie, il sera question du cadre légal de l’assurance Takaful, les
principales recommandations du Conseil supérieur des Oulémas (CSO), les
principales formes de contrats de gestion Takaful ainsi qu’une comparaison entre
Takaful et assurance conventionnelle.

Cadre légal de l’assurance Takaful

La loi 59-13, modifiant et complétant la loi n°17-99 portant code des assurances, a
mis en place un cadre propice pour l’exercice de ‘assurance Takaful. En effet, certains
principes de base concernant ce type d’assurance ont été introduits et portent sur le
fonctionnement de l’opération d’assurance Takaful conformément aux avis
conformes du CSO.

A ce titre, il est à préciser que dans le modèle marocain, il n’y a pas de comité de
supervision charaïque au sein de l’entreprise qui est habilité à émettre un avis sur la
conformité des opérations et de l’activité par rapport aux normes charaïques, indique
les responsables de l’ACAPS soulignant que seul le CSO est habilité à exercer cette
mission.

Il y a aussi la gestion de l’assurance Takaful par l’entreprise d’assurance et de


réassurance moyennant une rémunération, la couverture du risque par la collectivité
des participants à hauteur de leurs contributions dans le compte d’assurance Takaful.
La gestion séparée des comptes d’assurance ou de réassurance Takaful des propres
comptes de l’entreprise d’assurance Takaful. Excédents techniques et financiers du
compte répartis entièrement entre les participants après déduction, le cas échéant,
des avances Takaful.

Comblement des déficits du compte par des avances Takaful accordées par l’EART en
cas d’insuffisance de l’actif représentatif des provisions techniques, récupérées sur les
excédents futurs. Et l’exclusivité d’agrément de l’assurance et réassurance Takaful
(interdiction de l’exercice de Takaful à travers les Windows).

Principales recommandations du CSO

Le Conseil Supérieur des Oulémas, lors des discussions portant sur les textes
d’application de la loi 59-13 modifiant et complétant la loi n°17-99 portant code des
assurances, a émis des recommandations de fond sur le schéma présenté en 2016.

Les recommandations du CSO, indique les responsables de l’ACAPS, portent sur la


substitution des comptes d’assurances Takaful de l’EART par des fonds d’assurances
et de réassurance Takaful dotés de la personnalité morale et de l’autonomie
financière, la séparation totale entre les fonds Takaful et l’EART et au final les
participants sont les propriétaires des fonds d’assurance Takaful.

Une autre recommandation du CSO porte sur l’adoption du principe du mandat


« Wakala » en tant que base charaique et juridique pour la gestion des opérations
d’assurance et de réassurance Takaful et pour la tenue des comptes des fonds Takaful
ainsi que la distinction entre l’adhésion au système d’assurance Takaful et la
souscription d’un contrat d’assurance Takaful.

Il y a aussi à titre exclusif dans les valeurs conformes à la Charia et l’approbation du


principe de la sépération des comptes d’assurance Takaful pour la couverture des
risques de ceux liés aux contrats d’assurances « investissement Takaful ».

Quels sont les formes de contrats de gestion Takaful ?

Il existe plusieurs formes de contrat qui gouvernent la relation entre les participants
(assurés) et l’opérateur Takaful. Selon les experts de l’ACAPS, les contrats les plus
utilisés sont le contrat « mudaraba » (participation aux résultats) et le contrat
« wakala » (mandat).

Alors, pour le modèle « mudaraba », l’opérateur Takaful agit en tant que mudarib
(entrepreneur) et les participants comme « Rab ul mal »(apporteurs de capitaux). Le
contrat précise comment les gains générés par le placement et/ou les excédents de
l’opération Takaful seront repartis entre l’opérateur Takaful et les participants.

Les pertes sont à la charge des seuls participants en tant qu’apporteurs de capitaux,
sous réserve que l’opérateur n’ait pas commis de faute professionnelle ou de
négligence, et dans ce cas le « mudarib » n’est pas rémunéré de ses efforts, expliquent
les responsables de l’ACAPS.
Pour le modèle « Wakala », la relation mandant-mandataire est utilisée pour la
souscription et pour le placement. Dans la souscription, l’opérateur Takaful agit
comme mandataire des participants pour gérer le fonds Takaful.

Tous les risques sont supportés par le fonds et tout excédent d’exploitation appartient
aux participants. L’opérateur Takaful ne participe pas directement au risque supporté
par le fonds ni à aucun excédent / déficit du fonds.

En revanche, poursuivent ces experts, l’opérateur reçoit une commission fixe dire
« Wakala », qui rémunère sa gestion de l’opération pour le compte des participants,
et représente généralement un pourcentage des cotisations payées.

La rémunération de l’opérateur peut aussi inclure une commission de performance,


déduite de l’excédent éventuel, comme incitation à une gestion efficace du fonds
Takaful.

Une autre combinaison existe, indiquent les responsables de l’ACAPS. Il s’agit de la


combinaison de contrat « Wakala » et « Mudaraba ».

Dans ce modèle, le contrat « Wakala » est adopté pour la souscription, et le contrat


« Mudaraba » est utilisé pour les placements du fonds Takaful. Cette approche
semble être favorisée par certaines organisations internationales, indique les
responsables de l’ACAPS, et elle est en pratique largement adoptée par les sociétés
Takaful.
Tenue de la 14ème Réunion de la
Commission de régulation de
l’ACAPS, le 26 février 2020

La commission de régulation de l’Autorité de Contrôle des


Assurances et de la Prévoyance Sociale (ACAPS) a tenu, le 26
février 2020, sa 14ème réunion qui a porté sur l’examen de
différents projets de textes réglementaires relatifs au secteur des
assurances.

La commission de régulation a ainsi donné des avis favorables sur


les projets ci-dessous :

 Projet d’arrêté du Ministre chargé des finances portant


application de certaines dispositions du Code des assurances
relatives à l’assurance Takaful ;
 Projet d’arrêté du Ministre chargé des finances fixant les
conditions générales-type du contrat d’assurance Takaful
« décès/invalidité ;
 Projet d’arrêté du Ministre chargé des finances fixant les
conditions générales-type du contrat « investissement
Takaful » ;
 Projet d’arrêté du Ministre chargé des finances fixant les
conditions générales-type du contrat d’assurance Takaful
« multirisque habitation » ;
 Projet de la circulaire portant application de certaines
dispositions du Code des assurances relatives à l’assurance
Takaful ;
 Projet d’amendement de la circulaire prise pour l’application
de certaines dispositions du Code des assurances, portant
sur le volet « reporting des entreprises d’assurances et de
réassurance » :
Il est à rappeler que la commission de régulation est une instance
chargée de donner au président de l’Autorité un avis consultatif
sur, notamment, les projets de textes législatifs ou réglementaires
ainsi que sur les projets de circulaires ou encore sur l’octroi
d’agrément aux entreprises d’assurances et l’approbation des
statuts des sociétés mutuelles de retraite et des sociétés
mutualistes.