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Le Québec et Camus

Author(s): Vincent Grégoire


Source: The French Review, Vol. 84, No. 6, Quebec (May 2011), pp. 1214-1229
Published by: American Association of Teachers of French
Stable URL: http://www.jstor.org/stable/41151706
Accessed: 03-01-2018 15:01 UTC

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The French Review, Vol. 84, No. 6, May 2011 Printed in U.S.A.

Le Québec et Camus

par Vincent Grégoire

A Didier qui ne pourra pas lire ce texte1.

Albert Camus, lors de sa tournée en Amérique du nord, début 1946,


est plus connu comme journaliste et rédacteur en chef du journal
résistant Combat que comme écrivain. Invité à faire une conférence sur le
thème de "La Crise de l'Homme", le 28 mai 1946, cette conférence est
annulée par son organisateur, l'éditeur canadien Lucien Parizeau, du fait
de menaces reçues et par peur d'un "chahut" mémorable. Camus est très
déçu, lui qui explique: "J'aime la bagarre"2. En résultat, Herbert Lottman
écrit que Camus "ne garda pas un bon souvenir de son expérience
canadienne" (405). Et pourtant Camus explique qu'il a bien aimé un
certain Québec qui lui rappelait son pays d'origine:

Le prodigieux paysage de Québec. A la pointe du cap Diamond


devant l'immense trouée du Saint-Laurent, air, lumière et eaux se
confondent dans des proportions infinies. Pour la première fois dans
ce continent [j'ai] l'impression réelle de la beauté et de la vraie
grandeur. Il me semble que j'aurais quelque chose à dire sur Québec
et sur ce passé d'hommes venus lutter dans la solitude poussés par
une force qui les dépassait. (Œuvres complètes 2: 1061)

Cet extrait, par son ton, ressemble clairement à certains passages du


Premier Homme: même immensité colonisée malgré les dangers rencontrés
(les rigueurs du climat, la solitude, les distances) par des colons en quête
d'aventures ou d'une vie meilleure; et même absence de passé de ces
petites gens apparemment "sans histoire".
Nous allons, dans cette étude, analyser en un premier temps les
raisons (déjà évoquées, mais trop succinctement, par une grande spécia-
liste de Camus, Fernande Bartfeld) qui ont empêché le jeune intellectuel
de s'exprimer en public, ce 28 mai 1946 (ce qui ne fut pas le cas pour
Sartre ou Vercors qui vinrent quelques mois plus tôt et furent accueillis
avec enthousiasme), une annulation visant plus le journaliste et rédacteur
en chef antipétainiste que l'écrivain de l'absurde. Nous nous pencherons

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Québec et Camus 1215

en un deuxième temps
serverons dans quelle m
français, autant dans la g
que dans la psychologie e
L'éditeur québécois Lu
rature contemporaine d
son invité, d'après la de
"promouvoir une littér
propose de nouvelles va
Camus et Parizeau adhère
qui, dans le cas du secon
par l'autorité cléricale. L
parce que Parizeau déc
qu'Emmanuel Todd n'en a
Lottman a mentionné l'é
"II avait tenté de chang
Canadiens lui avaient fai
mais qu'on ne peut guère
l'a montré Bartfeld, est d
sa venue à Montréal, no
(dont Sartre avait fait l'é
mais comme le rédacteu
D'une certaine manière,
Le rédacteur en chef de
publiés dans son journal.
l'avantage qu'ont certain
de Vichy, de se faire pub
alors que le manque de p
rature française contemp
217)3. C'est une critique d
canadiennes (comme Vari
qui n'ont pas cherché à r
réalité, ce premier problè
a résumé en un mot: V
nationalistes et catholiqu
resté bien vu parce qu'il
antirévolutionnaire et
République laïque issue
fortement désorienté l
des lois antijuives et l'a
l'Occupant, fin 1940. Mai
révolution celle-là, aux a
et incarnée par Philipp
que l'orientation maréch

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un slogan dans lequel un


reconnaître à l'époque5.
Le gouvernement de Vi
nationaliste et conservatr
les alliés des "Français lib
de Gaulle, une figure p
française, à la différenc
Bretagne, l'ennemi hist
rebelle. Elisabeth de Mirib
début de la guerre, rappor

Le sentiment des Canadien


n'aiment pas l'Angleterre
L'aspect conservateur et r
est de nature à les séduir
à Londres éveille des sou
fluence des Anglais. De pet
naires de l'Angleterre'! [...]
vénèrent le maréchal Pét
jusqu'aux dernières trace

řublique.
..] A leurs yeux,
Sentimentalement, le gouvernement
Québec de Vichy
reste foncièrement està Vichy.
attaché seul légitime.
En partie du fait de l'esprit de caste de personnalités dirigeantes, en
partie sous l'influence d'un clergé réactionnaire ou simplement par
ignorance de l'état réel de la France. Les Canadiens ont une admira-
tion sans bornes pour le maréchal Pétain, malgré son entourage,
malgré ses erreurs. (49-51)6

La montée en faveur aux yeux des Alliés du général Henri Giraud en


1943, qui est perçu comme un continuateur potentiel de la Révolution na-
tionale dans une future France libérée, ne peut que renforcer cette opinion.
Marc Ferro, pour décrire le comportement des Québécois pendant les
premières années de la guerre, utilise l'expression de "pétainisme sans
l'occupation" (687). Cette formule, sans être fausse, est cependant quelque
peu réductrice.
Tout d'abord, comme l'explique bien Eric Amyot, les Canadiens fran-
çais se divisent, à l'époque, en libéraux progressistes dans une certaine
mesure interventionnistes et en conservateurs nationalistes fortement
anglophobes. La frange radicale des libéraux, certes peu nombreuse en
1940, dans la mesure où le gouvernement de Vichy est officiellement
reconnu par le Canada jusqu'en 1942 et que le Québec est encore, à
l'époque, une culture religieuse fortement portée sur les traditions, croit
que le général de Gaulle et une France nouvelle vont l'emporter à long
terme sur Pétain et sa Révolution nationale. Non que les Québécois
perdent foi dans le Maréchal après 1943, mais ils vont le croire manipulé
par les Allemands et par le président du Conseil, Pierre Laval, imposé à
la tête du gouvernement par Hitler. Dès lors, les Canadiens français,

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déçus par le régime de V


tique de collaboration, de
le vieux Maréchal dépas
pression de Ferro, et d
propos d'ajouter: "à pét
boration" (328)7.
Le problème est que Cam
vont être très critiques d
du procès de ce dernier
débouche sur sa condam
Gaulle en détention à p
même ralliés à de Gaull
traître est Laval et non P
Révolution nationale, u
l'écroulement de la Franc
une assise fortement an
parti de l'Allemagne" et
lui, en 1944-45, met Lav
accablante culpabilité po
gouvernement de Vichy.
du journaliste-écrivain,
Pétain, alors qu'il est à O
moins bonne que lors de
en chef a, lui, le tort d'a
après la fin du procès,
les éléments les plus ho
condamnation du Maréch
Camus, le responsable d
qui concerne l'épuration
justice sous sa plume, qu
Mauriac qui en dénonçait
Mauriac au Figaro, d'octo
choisi d'assumer la just
soucieux seulement de
maintenue" (Œuvres com
dans un editorial en date
moins qu'il faut tout fai
coupables doivent payer.
chef ne fait aucun doute

En 1940 a commencé un
mettre. Il fallait lutter ou
qu'on lutterait à genoux
têtes françaises sont tom
être ne l'imaginait-il pas e
conséquences d'actes qui

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politique réaliste, ces astu


vieillard, cette diplomatie,
un peu puérile et vaniteus
frances pendant ces quatr
chose que du nom de trah

Et l'éditorialiste de Combat de conclure ainsi sa réflexion: la France "n'est


pas décidée [à] oublier que les responsables sont les responsables et
qu'un homme qui gouverne doit accepter de rendre les comptes de son
gouvernement" (2: 561).
Dix mois plus tard, le 2 août 1945, lors du procès du Maréchal, il réité-
rera son point de vue: les gouvernants doivent assumer la responsabilité
des décisions qu'ils ont prises ("la responsabilité de Pétain nous paraît [...]
immense", Camus à Combat 563); mais il demande que le vieux politicien
ne soit pas condamné à mort. Nous voyons, là, le journaliste et l'auteur
de U Etranger coïncider, ne faire plus qu'un pour dénoncer la peine de
mort: "Nous ne nous laisserons pas entraîner aux cris de la haine. [...]
Toute condamnation à mort répugne à la morale" (563). Une autre raison
motivant la magnanimité de Camus est qu'il ne veut pas que Pétain
acquière une réputation de martyr. Camus préfère la justice humaine,
même imparfaite, à condition qu'elle ne débouche pas sur une exécution,
à la justice divine défendue par Mauriac, qui favorise la magnanimité, la
vraie justice allant, pour ce dernier, venir plus tard, dans l'Autre Monde.
Et pourtant, très rapidement, Camus a des doutes, des doutes sur l'esprit
de l'épuration pratiquée dès la fin 1944, qui deviennent une certitude en
1945. Il écrit ainsi dans l'éditorial de Combat du 30 août 1945, soit deux
semaines après la fin du procès Pétain: "l'épuration en France est non
seulement manquee, mais est encore déconsidérée. Le mot d'épuration
était déjà pénible en lui-même. La chose est devenue odieuse" (594).
Certains Montréalais appartenant à l'élite intellectuelle ne semblent pas
devoir se rappeler cet editorial de Camus mais se souvenir d'autres articles
de lui critiquant sévèrement le Maréchal. Par conséquent, Parizeau, après
avoir reçu des menaces de la part d'étudiants pro-pétainistes, annule la
conférence annoncée depuis une dizaine de jours dans différents journaux
canadiens.
Si les adversaires nationalistes et pro-maréchalistes de Camus savaient
à quel point ce dernier a rapidement évolué dans sa réflexion sur la
culpabilité et l'innocence, et précisément sur le cas du maréchal Pétain!
L'écrivain écrit, le 21 janvier 1948, à son ancien professeur et mentor Jean
Grenier, cette pensée révélatrice:

[J]e crois de moins en moins que l'homme soit innocent. Simple-


ment, j'ai toujours la réaction élémentaire qui me dresse contre le
châtiment. Après la libération, je suis allé voir un procès d'épuration.
L'accusé était coupable à mes yeux. J'ai quitté pourtant le procès
avant la fin parce que j'étais avec lui [mis en italiques par Camus] et

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ne suis jamais plus ret


coupable, il y a une par
toute condamnation abso

II ne peut pas y avoir d


mort, une peine de mort
tine une dizaine d'année
assisté au procès Pétain,
référence dans le passa
doute une grande pudeu
nom du célèbre accusé à
Le problème de Camu
philosophiques très nua
en chef de Combat, qui l
éditoriaux, ce qui est nor
organe de presse. Cette
d'assumer pour les actio
chef Camus la fait sienn
ces contributions journal
vue. Diriger un journal o
Le jeune écrivain ne
Montréal, dont il écrit d'
presque dix ans après s
(Todd 410). De là à affirm
garda pas un bon souven
Tout d'abord, comme le r
et ne lui en a pas voulu p
plus, après Montréal, i
positifs le paysage, sous
termes baudelairiens: "devant l'immense trouée du Saint-Laurent, air
lumière et eaux se confondent" (Œuvres complètes 2: 1061)12. Cette fasci-
nation pour la nature québécoise débouche immédiatement sur une
réflexion tout en profondeur sur les gens qui sont venus s'installer dans
cette partie du monde, l'ancienne Nouvelle-France, des gens entraînés
par une force supérieure: "II me semble que j'aurais quelque chose à dire
sur Québec et sur ce passé d'hommes venus lutter dans la solitude, poussés
par une force qui les dépassait" (2: 1061). Québec a donc marqué Camus,
aussi bien pour une raison esthétique, la beauté du lieu tout empreint de
grandeur, que pour une raison sentimentale, l'intérêt de l'écrivain pour
les colons français partis en quête d'une vie meilleure. Mais, en fait,
derrière le Québec s'esquisse l'Algérie. Et l'attention portée par l'écrivain
pour le Canada français découle de son amour pour sa terre d'origine.
En effet, dans la majesté du paysage aux environs du Cap Diamant et
dans la détermination des gens venus peupler cette région, Camus,
comme par effet de miroir, voit se profiler son pays natal et l'histoire de

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sa famille, soit la montag


établissement de ses "ancêt
Dans "Retour à Tipasa",
décrit le massif du Chenoua dominant la mer et les ruines romaines du
site de Tipasa. Dans la lumière vibrante du matin:

Une matinée liquide se leva, éblouissante, sur la mer pure. [...] La


terre, au matin du monde, a dû surgir dans une lumière semblable.
[...] Je désirais revoir le Chenoua, cette lourde et solide montagne,
découpée dans un seul bloc, qui longe la baie de Tipasa à l'ouest,
avant de descendre elle-même dans la mer. {Œuvres complètes 3: 611)

II poursuit par une description assez semblable à celle du Cap Diamant à


Québec, mais plus développée:

On l'aperçoit de loin, [...] vapeur bleue et légère qui se confond encore


avec le ciel. Mais elle se condense peu à peu, à mesure qu'on avance
vers elle, jusqu'à prendre la couleur des eaux qui l'entourent, grande
vague immobile dont le prodigieux élan aurait été brutalement figé
au-dessus de la mer. (3: 611)

Mêmes thèmes de la fusion des différents éléments, de l'importance de


l'eau, de la lumière et de la prééminence rocheuse, mais aussi même
vocabulaire: "se confondre", "prodigieux", "eaux", "lumière", et même
célébration de la beauté, de la grandeur du spectacle qu'offre la nature. Il
n'y pas de doute que l'inspiration et l'expression sont les mêmes à sept
ans d'intervalle. Camus, au Cap Diamant, se sent en terrain connu, sinon
presque chez lui. L'atmosphère de Montréal, la "ville ennuyeuse", est
désormais bien loin quand le poète qu'il est à ses heures se réfugie dans
l'accueillante solitude de la majestueuse nature.
Le thème de la solitude revient régulièrement sous la plume de
l'écrivain, de ses premières œuvres aux dernières, telle une condition
humaine inévitable; et il l'exprime dans son journal de voyage par le
biais d'une confidence ou plus précisément d'une confession, après la
description du Cap Diamant baigné dans l'eau et la lumière. Le paysage
du Chenoua engendre, lui aussi, un même sentiment de solitude, comme
l'explique John K. West: "The physical attributes of Camus's Chenoua land-
scape help to strengthen the sense of internal focalization and solitude
conveyed by the narrator" (837).
Cette solitude, dans l'esprit de Camus, fait référence à celle des colons
des temps passés qui viennent occuper l'espace pour le faire leur. Dès
1946, l'écrivain rassemble, sans en être conscient, les matériaux pour Le
Premier Homme, l'ouvrage qui va relater l'histoire de ses ancêtres venus
s'installer en Algérie. Il est clair qu'à ses yeux les deux colonisations
du Canada français et de l'Algérie ont plus de points communs que de
différences. Mais nous pourrions défendre la thèse inverse et avancer les

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Québec et Camus 1221

arguments suivants: le r
catholique au Québec, par
la Nouvelle-France, mais
nombre d'émigrants très
plus important à destinati
les colons à s'implanter (u
autochtones) et l'organisat
à grande échelle par la F
dans le cadre du Canada fr
Cependant, pour Camus,
que la réalité13. Dans la dr
la réalité et privilégie l'u
reprendre la phrase de Vi
parle de vous" (Préface au
parle de mes ancêtres émi
problème majeur, dans la
par l'auteur de la mémoi
coloniale, comme l'expliq

Le Premier Homme invokes


ing, sacrifice and poverty
interpreted as ground fo
solidarity and fraternity. A
the violence of colonial o
privilege, profit. ("Negotia

Le mythe auquel s'inté


mémoire du colonisé. Et p
est clairement avérée, il n
matter how difficult and
Camus's French Algerians
ing, fleeing destitution
colonisateur et colonisé, à
victimes de la colonisation.
Comme l'évoque l'auteur du Premier Homme, les candidats à l'émi-
gration en 1848-49 "rêvaient de la Terre promise" (Œuvres complètes 4:
854)16. Ce thème de la "Terre promise" est populaire au Canada français,
non vraiment au dix-septième siècle où l'Eglise rêve pourtant d'une
Nouvelle-France entièrement catholique qui serait terre de renouveau
religieux, une Nouvelle-France qui serait "meilleure" que l'ancienne trop
longtemps divisée et déchirée par les querelles confessionnelles, mais au
dix-neuvième siècle, lorsqu'un certain nombre de Canadiens français
décident de se lancer en direction du Nord québécois (voir Morissonneau
72). La description faite par l'abbé Proulx du père Labelle qui escalade la
montagne La Repousse est, à cet égard, exemplaire de l'esprit de quête et
de conquête qui domine à l'époque:

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Quelles émotions dût ép


d'octobre 1872, après une
hauteurs pour la première
campagnes sans limites. C
regards et aux aspirations

II est ironique que Camus u


rêve d'ouvriers quarante-h
ment issu de la révolution, d
Le profil du colon canad
est celui d'un individu qu
un grand rêve et comme
aussi utilisée pour décrire
l'adversité représentée par
menace autochtone à l'occa
bruit". Ce colon à l'âme d
Camus, à un cultivateur, u
bois, pas à un habitant d
évoque s'est battu seul co
seul, s'est forgé seul une
empreinte19. L'écrivain est
emporté sur l'adversité a
cherche à le tirer de l'oubli.

Comme dans Le Premier Homme, le grand adversaire des petites gens


qui, après avoir émigré en quête d'une vie meilleure, ont travaillé dur
avant de disparaître en silence est, selon Camus, l'oubli, un thème sur
lequel il revient très régulièrement (Œuvres complètes 4: 860-61, 930, 935,
937). En note à son dernier ouvrage inachevé, il rédige cette phrase qui
résume bien son projet d'exhumer le passé de sa famille, soit d'exhumer
le passé de toute famille de colons sans ressources, des colons qui, après
avoir donné le meilleur d'eux-mêmes, ont été balayés par le vent de
l'Histoire: "Arracher cette famille pauvre au destin des pauvres qui est
de disparaître de l'histoire sans laisser de traces. Les Muets. Ils étaient et
ils sont plus grands que moi" (4: 930). Un commentaire tiré des Appendices
du Premier Homme est à cet égard révélateur de l'état d'esprit de Camus qui
se bat contre cet oubli: "Vieux cimetière des colons, [l'immense oubli
encerclé et biffé]" (4: 935). Dans cette dernière expression écrite puis raturée,
l'écrivain semble lutter contre lui-même pour ne plus faire allusion à
l'oubli hors duquel il a tiré ces gens20.
Il est probable que, lors de son passage au Québec, Camus a pensé
à Maria Chapdelaine de Louis Hémon, perçu à l'époque non comme un
pastiche de la littérature régionaliste mais comme un "roman de la terre"
renvoyant une image assez juste d'ancêtres cherchant à s'établir dans une
nature hostile. A bien des égards, le contexte de Maria Chapdelaine et celui

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Québec et Camus 1223

du Premier Homme pou


siècle se ressemblent. E
d'Hémon trouvent un é
dure dans un pays aust
[des cultivateurs] restait
cessions, d'innombrables
"Vous faire geler les mem
l'été, vivre dans une tent
vent passe" (46-47); "du
mangé par les mouches e
de soleil" (72); "pays b
mouraient sans secours,
ment, tandis qu'on s'en a
terminables chemins [...]. P
(233-34). C'est cette simil
qui a sans doute séduit C
Tandis que le père Chap
sa passion à lui: une pas
que pour la culture. Cinq
cession [...] et cinq fois il
plus loin vers le nord" (3
impénitent, "de la même
Morissonneau, que le pèr

Travailler dans les chant


de temps en temps à s
sauvages, ça, c'est mon
morceau de terre, d'année
faire ça tout mon "règne"
animal à un pieu. (46)

Pour les deux, c'est la l


"éternel recommencem
fascinait la colonisation d
blables générations de dé
est révélateur de noter q
(Œuvres complètes 4: 924)
Hémon, dans son carnet
titre Itinéraire, fait le ta
rappeler aux lecteurs f
glorieux de cette minorit
mieux qu'une curiosité ex

peu à peu l'on oublie les


l'on songe: à la race qui es

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y a si longtemps, et qu
françaises, campée ici la
autres races, elle a dû su
l'éloignement, des condi
celles qu'elle avait connues

A nouveau, nous croirio


quérants" venus colonise
même fascination, même
saisis d'une insatiable soif de liberté.
"Le Labrador": le mot est familier à Camus, surtout à l'époque où il
rédige Le Premier Homme. En effet "Le Labrador", nom de la région conti-
nentale de la province Terre-Neuve-et-Labrador, au nord-est de Québec,
est aussi le nom du bateau qu'a pris la première vague d'émigrants de la
Révolution de 1848 pour venir s'installer en Algérie. Nombre de navires
vont effectuer le transport de passagers au milieu du dix-neuvième siècle
et après: L'Orénoque, Le Montezuma, Le Titan, Le Nil, L'Alexandre,
L'Indus... Mais c'est le Labrador qui transporte ce groupe de "con-
quérants", comme les appelle Camus:

"Le Labrador, disait le vieux docteur, c'était son nom, vous imaginez
cela, Le Labrador pour aller vers les moustiques et le soleil", Le
Labrador s'activait en tout cas de toutes ses pales, brassant l'eau
glacée que le mistral soulevait en tempête, ses ponts balayés pendant
cinq jours et cinq nuits par un vent polaire, et les conquérants au
fond de ses cales, malades à crever, vomissant les uns sur les autres
et désirant mourir, jusqu'à l'entrée dans le port de Bone, avec toute la
population sur les quais pour accueillir en musique les aventuriers
verdâtres, venus de si loin, ayant quitté la capitale de l'Europe avec
femmes, enfants et meubles pour atterrir en chancelant [...] sur cette
terre aux lointains bleuâtres, dont ils trouvaient avec inquiétude
l'odeur étrange. (Œuvres complètes 4: 855)

L'expérience des colons français, que ce soit pour franchir la Méditerranée


à destination de Bone au dix-neuvième siècle, ou l'Atlantique à desti-
nation de Québec aux dix-septième et dix-huitième siècles, est quasiment
identique. C'est une expérience commune qui unit tous ces emigrants qui
traversent si courageusement les mers. De même en est-il de leur
expérience du défrichage des terres dans un même contexte d'adversité
permanent. Camus concluait ainsi, en termes apparemment contradictoires,
le paragraphe sur son expérience canadienne:

II me semble que j'aurais quelque chose à dire sur Québec [...]. Mais
à quoi bon? Il y a maintenant des quantités de choses dont je sais
que je les réussirais [mis en italiques par l'écrivain] artistiquement
parlant. Mais ce mot n'a plus de sens pour moi. La seule chose que je
voudrais dire j'en ai été incapable jusqu'ici et je ne la dirai sans
doute jamais. (Œuvres complètes 2: 1061)

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Québec et Camus 1225

Lorsqu'il rédige Le Premie


réussit en fait à évoquer
et tout à la fois celle du
réussit à "faire d'une pie
il parle de l'autre. Comm
vie qui soit à lui" (Préfac
blement souscrit à cette
pas fait: celui de rendre
est pourtant un ouvrage
"conquérants"23.

Berry College (GA)

Notes

Wous tenons à remercier Camille Hardy qui a bien voulu relire cette étude.
2//Entretien avec Lucien Parizeau" réalisé par Yvan Cloutier (cité par Bartfeld, 227).
3Ainsi en est-il à Genève de la tres française et vichyssoise maison d edition A
l'enseigne du cheval ailé" pendant et après la guerre, une maison dont Assouline écrit que
"90% de la production du Cheval ailé y étant écoulé [en France] avec plus ou moins de
bonheur, la maison cessera [finalement] cette activité peu avant 1950, quand la France
fermera ses frontières à cette exportation indésirable" (263). Après 1945, le directeur littéraire
officieux de cette publication est Jean Jardin, l'ancien chef de cabinet de Pierre Laval. "A
Paris, il y a ceux qui y voient une concurrence déloyale, à une époque de pénurie de papier.
Surtout, il y a ceux qui sont passablement agacés par le fait qu'une littérature en principe
proscrite puisse, en fin de compte, voir le jour et être distribuée en France, parfois sous le
manteau, parfois publiquement" (Assouline 263).
4Même après la guerre, rapporte Boily, les plus célèbres intellectuels nationalistes
québécois, dont l'historien Lionel Groulx, défendent avec un certain succès la doctrine du
pétainisme. Boily explique ce relatif succès par le fait de la prédominance de l'Eglise
catholique au Canada français.
5Amyot écrit au sujet de la réception de la Révolution nationale au Québec: "La
puissance idéologique de l'Eglise catholique au Canada avait préparé le terrain à la
Révolution nationale. Pour plus d'un Canadien français, la France de Vichy représentait le
triomphe de la vraie France, la France catholique qui allait redonner à Гех-mère patrie sa
splendeur passée que plus de cent cinquante ans de républicanisme et de laïcisme avaient
lourdement entachée. La Révolution nationale [...] semblait tout indiquée pour purifier la
société française des doctrines cosmopolites et individualistes" (329). Camus a, lui, depuis le
début de la guerre, été critique de cette prétendue Révolution nationale régénératrice. Il en
dénonce l'aspect réactionnaire dans ses Carnets en 1942: "L'intelligence moderne est en plein
désarroi. La connaissance s'est distendue à ce point que le monde et l'esprit ont perdu tout
point d'appui [...]. Mais le plus admirable sont les prêches sur les 'retours'. Retour au Moyen
Age, à la mentalité primitive, à la terre, à la religion, à l'arsenal des vieilles solutions" (Œuvres
complètes 2: 948). Siegfried (736), pour définir au mieux l'esprit de la Révolution nationale,
évoque une réaction contre la IIIe République et contre un siècle d'acquis reposant sur les
principes de 1789. Pour un tableau de l'idéologie vichyste, voir Rousso (284-86).
6Thompson commente ainsi cette attitude: "[les Canadiens français] pensaient que
cette guerre était celle de l'Angleterre et ils admiraient le maréchal Pétain parce qu'ils le
croyaient Vieille France', très catholique et anti-britannique" (42-43).
T^a difficulté des Québécois à bien comprendre l'état d'esprit des Français qui vivent sous
le joug allemand et le régime autoritaire de Vichy découle de la grande distance entre le

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Quebec et la France. N'étant pas


français propétainistes tendent
qu'ils ne vivent pas au quotidien.
8Lavertu rapporte que le 9 sep
laire canadien, regrette les paro
[...] établit une distinction entr
loin les sentiments collaboration
'Encore Camus ne va-t-il jamai
condamné, même si ce condam
Brasillach ou Rebatet.

10Joseph Kessel partagera, pour des raisons un peu différentes, le sentiment que Camus
lorsqu'il assistera lui aussi au procès Pétain: "Jamais l'Histoire n'a agencé une pareille
tragédie... Les jeunes gens, quand le temps sera venu, laisseront leur imagination poursuivre
longuement les images, les visages, les symboles. Je les envie. Ils n'auront pas assisté au
procès Pétain" (cité par Courtière 623).
""Personne ne devrait être châtié absolument, s'il est estimé coupable [...]. La peine de
mort [prétend] punir une culpabilité toujours relative par un châtiment définitif et irrépara-
ble", écrit Camus dans Réflexions sur la guillotine (Œuvres complètes 4: 151). Et il poursuit:
"qui juge absolument se condamne absolument" (4: 159). Blondeau commente ainsi le
propos de Camus à Grenier: "Si aucune culpabilité ne justifie la mort, c'est peut-être que
tout être jouit d'une innocence fondamentale" (202).
12Cette phrase fait penser au vers du poème "Correspondances": "Les parfums, les
couleurs et les sons se répondent". Il n'y a pas de doute que Camus a été influencé pour
plusieurs des thèmes qu'il a développés et, à certains moments dans son expression même,
par Baudelaire (voir Grégoire et Poussin).
13Sur le prétendu réalisme camusien, qui est en fait un réalisme en trompe-l'œil ("II n'y
a pas d'art réaliste", explique Camus; cité par Guérin 69), et le rôle des mythes dans l'œuvre
de cet auteur, voir Grégoire (2003 197-99). Sur le thème du mythe, consulter aussi l'ouvrage
intéressant mais non exhaustif (car publié bien avant la publication du Premier Homme) de
Crochet. Concrètement, les colons de 1848 que Camus nous présente comme des révolu-
tionnaires sont en réalité moins des adeptes du socialisme qui veulent réformer la société
que des individualistes. Comme l'explique Wood, "If the novel's depiction of the misfor-
tunes of the Labrador's passengers [bateau évoqué par Camus dans Le Premier Homme]
seems to conform to a certain historical actuality, [...] both the motives and the revolution-
ary sensibility attributed [by Camus] to this first wave of pioneers have been described in
more recent historiographical literature as a 'tenacious myth' " (185).
14Dans une autre étude, Dunwoodie écrivait: "By choosing to depict at length, in the
chapter 'Mondovi: la colonisation et le père', the rigours of the colonie de peuplement - hard
labour, epidemics, uprisings, mortality rates etc. among settlers - Camus adopts a strategy
of bracketing the original (and continuing) violence of the French occupation" (1998 38).
15Finkielkraut partage le même point de vue: "Evidemment, on peut trouver tendan-
cieuse ou partiale cette vision de la colonisation, mais c'est la colonisation vue par en bas,
du côté des pauvres gens" (71) et insiste sur la bonne foi de Camus. Ce dernier, en avant-
propos aux Chroniques algériennes, répond ainsi à l'attaque selon laquelle les Français
d'Algérie étaient des exploiteurs: "Je résume ici l'histoire des hommes de ma famille qui, de
surcroît, étant pauvres et sans haine, n'ont jamais exploité ni opprimé personne. Mais les
trois quarts des Français d'Algérie leur ressemblent [...]. Il y a eu sans doute des exploiteurs
en Algérie, mais plutôt moins qu'en métropole et le premier bénéficiaire du système colonial
est la nation française tout entière" (302). Hughes explique que l'écrivain a essentiellement
utilisé deux ouvrages (Baudicour et Rasteil) comme sources d'information et d'inspiration.
16Wood écrit qu'en septembre 1848, "five million credits were voted to establish 42 agri-
cultural settlements in Algeria. Settlers were to receive 2-12 hectares of land, a dwelling,
livestock, tools, seeds, and food rations. Out of an outstanding 100,000 applications, 14,000

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Québec et Camus 1227
were accepted for emigration by
voir: Meyer, Tarrade, et Rey-Gol
17"Les colons [en Algérie dans l
Ton note en divers endroits qu'i
semble que la messe soit fréquen
une cérémonie sociale" (Rey 176).
18 Au sujet des difficultés renc
neuvième siècle, voir Pilleul.
19Camus, dans Le Premier Hom
chacun était le premier homme
double de Camus, comme à ses
force, en puissance, trouver seul
comme tous les hommes nés dan
sans racines et sans foi et qui tou
des seules traces sacrées de leur p
La Gazette de Lausanne, lors d'u
'un premier homme' qui part à z
religion. Ce serait, si vous voulez
^11 est intéressant de remarque
Catherine Camus, si elle expliqu
(303) par l'auteur, ne mentionne
en finir une bonne fois avec l'évoc
21Pour les petits colons d'Alg
synonyme de déménagement, d
misère qui les accable et aliène le
colons que les obstacles rencontr
aussi dans le bled de tout petits c
montrer misérables. La plupart d
une baraque en planches. Il leur
Mais souvent, entre-temps, la te
il faut donc abandonner. Le pre
poursuivre son œuvre dans de m
иЕп effet, comme l'écrit Chovr
sur la ville de Québec [et les Québ
^11 est intéressant de noter que
dans Le Terroir et traitant de M
quérants du sol" (cité par Descham

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