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REPUBLIQUE DU CAMEROUN REPUBLIC OF CAMEROON

Paix-Travail-Patrie Peace-Work-Fatherland
******* *******
MINISTERE DE L’ENSEIGNEMENT MINISTRY OF HIGHER EDUCATION
SUPERIEUR *******
******* UNIVERSITY OF MAROUA
UNIVERSITE DE MAROUA ******
****** FACULTY OF ECONOMICS AND
FACULTE DES SCIENCES MANAGEMENT
ECONOMIQUES ET DE GESTION PO BOX: 46
B.P: 46

ANNEE ACADEMIQUE 2019-2020 (SEMESTRE II)

COURS DE DROIT FISCAL ET DROIT DOUANIER

Licence III en Comptabilité et Finance (CF3)

Responsable de l’Enseignement :

Dr RAOUL TCHATAT NYA

Assistant en Droit des Affaires et Fiscalité

FSEG/UMA

Tel : (00237) 696 10 28 33/694 38 04 47

Courriel : raoultchatat@yahoo.fr
DROIT FISCAL

OBJECTIF DU COURS : Former les étudiants à la connaissance et à l’utilisation des règles


et techniques qui régissent les impôts ou taxes en général et au Cameroun en particulier.

DESCRIPTIF DU COURS : La théorie générale de l’impôt ; les impôts, taxes et


contributions fiscales en vigueur au Cameroun
PLAN DU COURS (Droit fiscal)
PREMIERE PARTIE : THEORIE GENERALE DE L’IMPOT

Chapitre 1 : la notion d’impôt

Section I : définition et classification des impôts

I- La définition de l’impôt
A) La définition positive
1- Les critères classiques de l’impôt
2- La relativisation des critères classiques
B) La définition négative
1- La distinction entre impôts et taxes
2- La distinction entre impôts et redevances
II- La classification des impôts
A) Les classifications administratives économiques
B) Les classifications techniques

Section II : principes d’imposition

I- Les principes à portée constitutionnelle


A) Les principes relatifs à l’établissement de l’impôt
1- Les principes de légalité et d’égalité
2- Le principe d’annualité
B) Les principes relatifs aux procédures fiscales
1- Le principe du respect des de la défense
2- Le principe de liberté
II- Les principes sans portée constitutionnelle
A) Les principes relatifs à l’établissement de l’impôt

1- Le principe de territorialité de la loi fiscale


2- Le principe de non-rétroactivité de la loi fiscale
B) Les principes relatifs aux procédures fiscales
1- Le principe du contradictoire
2- Le principe de la compétence liée de l’administration
Chapitre II : Les techniques de l’impôt

Section I : l’établissement et le recouvrement de l’impôt

I- L’établissement de l’impôt
A) L’assiette de l’impôt
B) La liquidation de l’impôt
II- Le recouvrement
A) Le recouvrement amiable
B) Le recouvrement forcé

Section II : le contrôle de l’impôt

I- La mise en œuvre du contrôle


A) Les pouvoirs de l’administration
B) Les droits et garanties du contribuable
II- Les suites du contrôle
A) Les redressements fiscaux
B) La répression fiscale

DEUXIEME PARTIE : STRUCTURE GENERALE DU SYSTEME FISCAL


CAMEROUNAIS

Chapitre I : les impôts d’Etat

Section I : les impôts sur le revenu

I- L’impôt sur le revenu des personnes physiques


II- L’impôt sur les Sociétés

Section II : les impôts sur la consommation

I- La taxe sur la valeur ajoutée


II- Les droits indirects

Chapitre II : Les impôts locaux

Section I : Les impôts communaux perçus par l’Etat


I- Les impôts directs
A) La taxe foncière et les centimes additionnels communaux
B) Les autres impôts directs
II- Les impôts indirects
A) Les droits de mutation d’immeuble
B) Les droits de timbre automobile

Section II : Les taxes communales instituées par les exécutifs communaux

I- Le pouvoir fiscal des communes en matière de taxes communales


A) L’établissement des taxes communales
B) Le recouvrement des taxes communales

II- Les principales taxes communales


A) Les redevances domaniales
B) Les autres taxes communales
BIBLIOGRAPHIE INDICATIVE

OUVRAGES

- AGRON (Laure), Histoire du vocabulaire fiscal, Paris, LGDJ, 2000, 515 p


- ATANGA FONGUE (Ronald), TOCKE (Adrien), Eléments de la fiscalité des affaires
au Cameroun, Paris, L’Harmattan, 2011, 188 p.
- BOUVIER (Michel), Introduction au droit fiscal et à la théorie générale de l’impôt,
13e éd, Paris LGDJ (coll. Systèmes), 2016, 272 p.
- COLLET (Martin), Droit fiscal, 6e éd, Paris, PUF (coll. Thémis), 2017, 464 p.
- PHILIP (Patrick), Procédures fiscales et garanties des contribuables, Paris,
Economica, 2011, 127 p.
- TROTABAS (Louis), COTTERET (Jean-Marie), Droit fiscal, 8e éd, Paris, Dalloz,
1996, 434 p.

ARTICLES DE DOCTRINE

- COZIAN (Maurice), « Propos désobligeants sur une « tarte à la crème » : l’autonomie


et le réalisme du droit fiscal », Droit fiscal, n° 13,31 mars 1999, 100123
- JEZE, « Essai d’une théorie générale de l’impôt dans les Etats modernes », Revue de
science et de législation financière, 1938, pp. 489-499
- TROTABAS (Louis), « Essai sur le droit fiscal », Revue de science et de législation
financière, pp. 202-236

JURISPRUDENCE

DAVID (Cyrille), FOUQUET (Olivier), PLAGNET (Bernard), Les grands arrêts de la


jurisprudence fiscale, 5e éd, Paris, Dalloz, 2009, 1158 p.

TEXTES

- Code Général des Impôts ; Loi n° 2009/019 du 15 décembre 2009 portant fiscalité
locale.
INTRODUCTION GENERALE

La satisfaction des besoins d’intérêt général de la collectivité appelle la prise en charge par les
collectivités publiques, directement ou indirectement, d’un grand nombre d’activités : qu’il
s’agisse de la construction d’infrastructures (routes hôpitaux, écoles, équipements sportifs,
etc…), ou de la fourniture de services et prestations essentiels (adduction d’eau, électricité,
administration générale,…). Toutes ces opérations ont un coût financier important. Pour y
faire face de manière rationnelle et organisée, l’Etat adopte tout d’abord une logique
d’anticipation et de prévision. Ainsi prévoit-il, chaque année, l’ensemble des dépenses
nécessaires pour la couverture des charges publiques ainsi que le volume de ressources
financières permettant de couvrir lesdites dépenses. Telle est la vocation du budget, instrument
de prévision annuelle des recettes et des dépenses, au cœur du cours de finances publiques en
deuxième année de licence.

Une fois les prévisions autorisées à travers le vote de la loi de finances annuelle par le
parlement, il reste encore à les exécuter. Sur le terrain des recettes, les opérations nécessaires
à la mobilisation des deux catégories de ressources prévues par la loi de finances peuvent alors
être effectuées. L’une, l’emprunt, d’un recours marginal, est hors de propos dans le cadre du
présent enseignement. La seconde par contre, l’impôt, ressource principale des collectivités
publiques, constitue l’objet même du droit fiscal. Qu’est-ce donc que le droit fiscal de manière
précise et quels en sont les caractères ? D’où tire-t-il sa source ? Telles sont les questions
auxquelles vise à répondre ce propos introductif. Il sera, pour ce faire, articulé en deux
paragraphes : le premier consacré à la définition et aux caractères du droit fiscal (I). et le
second aux sources du droit fiscal (II).

I- Définition et caractères du droit fiscal

La définition du droit fiscal est quelque peu problématique (A). Elle porte en effet en elle-
même une part des controverses relatives à certains caractères de la matière, notamment son
autonomie (B).

A) La définition du droit fiscal

L’on peut définir le droit fiscal de deux manières. D’abord, de façon positive en indiquant ce
qu’il inclut, le domaine qu’il recouvre. Ensuite, de façon négative, en précisant ses bornes et
les objets qui, situés au-delà de ces limites, sont exclus du droit fiscal.
1- L’extension du droit fiscal

Le droit fiscal c’est du droit, c’est-à-dire un ensemble de règles juridiques qui, en l’occurrence
et en première approximation, régissent la matière fiscale. L’adjectif « fiscal » découle
étymologiquement du mot latin fiscus qui désignait, sous l’empire romain, le panier destiné à
collecter l’impôt. Le « fiscal » connote donc ce qui a trait à l’impôt ; le fisc, expression
familière découlant de la même source latine, étant l’ensemble des institutions en charge de
l’administration de l’impôt. De la sorte, dans son acception la plus simple, le droit fiscal se
ramène à « l’ensemble des règles de droit relatives aux impôts » (COLLET (Martin), Droit
fiscal, 6e éd. mise à jour, Paris, PUF (coll. Thémis), 2017, p. 1).

Concrètement, il recouvre un ensemble de règles qui permettent de déterminer l’obligation


fiscale du contribuable et d’en assurer l’exécution : règles et procédures d’établissement de
l’impôt, de contrôle, de liquidation et de recouvrement. Celles-ci présentent de nombreuses
caractéristiques propres aux règles de droit public. Elles visent à procurer des ressources aux
collectivités publiques, et répondent ainsi à un objectif d’intérêt général. Leur mise en œuvre
fait nécessairement intervenir des services publics administratifs. Enfin ces derniers disposent,
pour l’accomplissement de leur mission, de pouvoirs particuliers. L’on parlera encore à ce
propos de prérogatives exorbitantes de droit commun. Toutes choses qui conduisent à ranger
ces règles dans l’orbite du droit public. L’on peut donc définir le droit fiscal de façon un peu
plus précise comme l’ensemble des règles juridiques, branche du droit public interne, qui
régissent les modalités d’établissement et de recouvrement des prélèvements fiscaux ou
impôts. La même expression désignant simultanément, comme il est de règle, la discipline des
sciences juridiques ayant pour objet l’étude desdites règles. Sur ces bases, il devient possible
de tracer la frontière entre ce qui relève du droit fiscal à proprement parler et ce qui peut en
être exclu.

2- Les frontières du droit fiscal

Si l’impôt constitue la matière première du droit fiscal, il ne s’y trouve cependant pas enfermé.
L’impôt est un fait politique ; son histoire se confond plus ou moins avec celle de l’évolution
des formes d’organisation politique jusqu’à l’Etat moderne, ainsi qu’en témoigne le principe
du consentement à l’impôt acte fondateur du contrôle parlementaire de l’activité du pouvoir
exécutif. L’impôt est également lié à l’économie et à la finance ; non seulement la masse plus
ou moins considérable des impôts renseigne sur le degré d’intervention de l’Etat dans
l’économie, mais de plus, la charge constituée par les impôts à des incidences sur les flux
financiers alimentant l’économie puisque ceux-ci peuvent être soumis à taxation. Il reste que
l’analyse des interactions de ces facteurs avec les options l législatives en matière fiscale
relèvent de disciplines, finances, économie politique, ou sociologie (politique) de l’impôt, qui
se situent à la lisière du droit. Elles nourrissent la « science fiscale » qui vise à définir les
formes fiscales qui pourront être, en un lieu et un temps donné, appliquées. En d’autres termes,
la science fiscale est une discipline prescriptive visant l’établissement de modèles d’impôt en
s’appuyant largement sur l’analyse économique, et prenant en compte l’état, les besoins et les
aspirations d’une société.

Par contre le droit fiscal surgit, à travers l’œuvre du législateur, dès lors que le modèle d’impôt
choisi doit être traduit en un ensemble d’obligations fiscales concrètes. Le droit fiscal va alors
mettre en forme juridique le modèle d’impôt que l’on entend appliquer, traduire en normes
juridiques, avec ou moins de fidélité, des constructions qui, jusque-là, relevaient d’une
rationalité économique, financière ou comptable. Ainsi, le présent cours de droit fiscal prend
plus particulièrement en compte la dimension formelle de l’impôt ancré dans le droit positif,
à l’exclusion de ses aspects politiques, économiques et financiers qui relèvent davantage de la
science fiscale. Ce présupposé fonde d’ailleurs implicitement les débats classiques autour de
certains caractères du droit fiscal.

B) les caractères du droit fiscal

Selon une présentation classique, le droit fiscal se singularise par deux caractères essentiels.
Le premier, fortement discuté quoique la discussion ait quelque peu perdu de sa vigueur est
l’autonomie. Le second caractère qui, a contrario, emporte une large unanimité est la technicité
de la discipline.

1- L’autonomie du droit fiscal

La question de l’autonomie du droit fiscal a alimenté un débat doctrinal qui, s’il est aujourd’hui
bien moins vigoureux, n’en continue pas moins d’agiter sporadiquement la pensée juridique.
Elle se pose sous deux angles distincts traduisant une évolution progressive de la discussion
d’abord à l’égard du droit privé, et désormais beaucoup plus par rapport au droit administratif.

L’autonomie du droit fiscal par rapport au droit privé a été au principe de débats passionnés
au début du 20° siècle. Le débat portait en substance sur le point de savoir si l’administration
fiscale et le juge sont liés par les définitions et les qualifications de droit privé. Répondant par
la négative, le douyen louis trotabas, véritable géniteur de la thèse de l’autonomie du droit
fiscal, affirmait que « (-----) la loi fiscale est tellement affranchie du droit privé , aujourd’hui
surtout, qu’elle constitue réellement un corps de doctrine indépendant, qui se traduit
fatalement par une autonomie que l’on ne peut restreindre (----) à « une technique proprement
fiscale ». (TROTABAS (louis), « essai sur le droit fiscal », revue de science et de législation
fiscales. 128, p.208) cette idée de l’autonomie du droit fiscal a été vigoureusement combattue
notamment par François Geny. Il admet bien qu’il existe une technique proprement fiscale qui
introduira dans la technique juridique générale quelques éléments nouveaux, qui la
compléteront sans la détruire, qui pourront même, parfois, tenir en échec certains de ses
préceptes. Mais, pour lui, dans le silence des textes, les difficultés du droit fiscal doivent être
résolues d’après les règles du droit fiscal (GENY(François), « le particularisme du droit
fiscal », revue trimestrielle de droit civil, 131, p.797).

La doctrine contemporaine est à peu près unanime sur le caractère artificiel et désuet de cette
controverse. Les auteurs s’accordent pour voir dans l’affirmation de l’autonomie du droit fiscal
vis-à-vis du droit privé une « tarte à la crème » : une idée séduisante, mais sans réelle
consistance. L’autonomie du droit fiscal envisagée sous cet angle ne peut qu’être relative. Le
droit fiscal est droit de superposition ; en d’autres termes, par principe, l’impôt est applicable
à des faits ou situations précisément identifiés et qualifiés par recours aux catégories juridiques
du droit commun : mutation à titre onéreux ou gratuit, opérations sur meubles ou immeubles,
etc.---- il est cependant évident que le droit fiscal peut écarter, de par ses impératif propres,
des notions qui ne rentrent pas dans sa logique ou dans l’atteinte des objectifs financiers qui
en gouvernent l’esprit.

Partant, d’aucuns considèrent alors qu’il serait plus légitime de discuter de l’autonomie du
droit fiscal par rapport au droit administratif. Pour les auteurs classiques à l’instar de Léon
Duguit en effet, le droit financier ou le droit fiscal constitue une branche détachée du droit
administratif. Cette conception s’articule principalement autour du fait que, dans une large
mesure, les prérogatives de l’administration fiscale constituent l’expression achée des
prérogatives de puissance publique caractéristiques du droit administratif. Là également, des
nuances importantes s’imposent. D’abord, le droit fiscal ne se borne pas tout entier à la
détermination des pouvoirs du fisc (objet de la part du code général des impôts constitutive
du « livre des procédures fiscales »). Ensuite, pour autant que cet aspect soit seul considéré, le
fisc utilise assez largement prérogatives que l’on pourrait qualifier de prérogatives de droit
privé. Celle-ci apparaît en effet singulièrement plus efficace que les constructions du droit
public. En outre, il arrive que le fisc soit tenu, pour mettre en œuvre ces prérogatives, de
s’adresser, comme le ferait un créancier, ordinaire, aux juridictions judiciaires. Dans ses
rapports avec le droit administratif, le droit fiscal s’affirme ainsi de même comme une
discipline empreinte d’un particularisme certain. Bien qu’elle emprunte largement aux
procédés d’action du droit administratif, décision exécutoire, privilège du préalable, privilège
d’action d’office, sa technicité lui dessine des contours singuliers.

2- La technicité du droit fiscal

Du point de vue du fond, de son contenu, le droit fiscal se caractérise de prime abord par une
extrême diversité de règles et de procédure. A la multiplicité des types d’impôts existants
correspond ainsi une pluralité de régimes d’imposition. Chacun d’eux étant constitué par des
règles de fond, assorties de multiples des régimes dérogatoires ou optionnels que les nécessités
ou les intérêts du moment justifient. Au surplus, ces régimes fiscaux sont assorties d’une
instabilité chronique traduisant les tensions dont le droit fiscal est le terrain entre la satisfaction
des besoins financiers croissants des personnes publiques et les objectifs variés et pas toujours
cohérents des politiques interventionnistes fondées sur les discriminations fiscales sous formes
de systèmes d’exonération. Sous cet angle, le droit fiscal apparait au premier abord comme un
ensemble fortement technicisé et sans logique d’ensemble.

Toutefois, par une sorte de paradoxe, la démultiplication des règles de droit fiscal s’est
accompagnée de la formation de principes assurant une certaine unité à la matière. En effet,
pour la complicité du droit fiscal ne devienne pas rebutante aux contribuables, le droit fiscal a
su réagir en dégageant plusieurs principes et techniques irriguant toute la matière, et lui
assurant une forme de cohérence. Participe d’ailleurs de cette unité de la matière fiscale par-
delà le foisonnement, le système des sources du droit fiscal.

II- Les sources du droit fiscal

Le système des sources du droit fiscal, les sources formelles spécifiquement visées,
présente un particularisme accentué, au Cameroun tout au moins. Les catégories d’actes
juridiques les plus haut situées dans l’ordonnancement juridique formel n’y occupent
qu’une place marginale en termes d’importance matérielle au détriment des catégories
inferieures d’où le droit fiscal tire l’essentiel de sa substance. Pour résumer, l’on peut
distinguer à ce propos entre les sources marginales (A) et les sources principales du droit
fiscal (B).
A) Les sources marginales

Jouent un rôle des plus marginaux en droit fiscal, les sources situées au plus haut dans la
hiérarchie des normes juridiques. Il s’agit de la constitution d’une part, des traités et
accords internationaux d’autre part.

1- La constitution

La constitution énonce nombre de règles et principes touchant à la matière fiscale. Il en est


ainsi, dans le dispositif de la loi fondamentale, de l’article 26 d) 3. Qui attribue à la
compétence législative « la création des impôts et taxes et la détermination de l’assiette,
du taux et des modalités de recouvrement de ceux-ci ». De même, au seuil du préambule,
nombre de principes et garanties fondamentales posés par le constituant sont applicables
en matière fiscale à l’instar du principe d’égalité ou de non rétroactivités de la loi.

Toutefois, dans le concret, la constitution irrigue bien peu encore le droit fiscal au
Cameroun. Il y’a à cela deux raisons, l’une technique et l’autre sociologique. Sous l’angle
technique, la difficulté nait d’une part de l’inaction du contrôle de constitutionalité des lois
a priori en raison d’un mécanisme de saisine restrictif qui empêche le développement d’un
droit constitutionnel fiscal à l’initiative du conseil constitutionnel à travers le contrôle a
priori de la constitutionalité des lois fiscales. D’autre part, et concomitamment, le refus du
juge administratif et du juge de l’impôt de procéder à un contrôle de constitutionnalité des
lois a posteriori par voie d’exécution (v. CFJ/SCAY ? ARR.68 septembre 16, SGTE
c/E.C. or). La constitutionnalisation du droit fiscal de la source constitutionnelle dans cette
discipline, bute également sur un obstacle que l’on pourrait qualifié de sociologique. Il
s’agit de l’absence du « réflexe constitutionnel » chez les contribuables, c’est-à- dire
l’habitude de rechercher à chaque fois, en cas de conflit avec le fisc les règles et principes
constitutionnels éventuellement applicables. Les traités et accords internationaux sont
affectés de la même marginalité, mais pour des raisons quelques peu différentes.

2- Les traités et accords internationaux

Le droit fiscal est fortement marqué par la souveraineté des Etats. Autrement dit, chaque
Etat détermine librement sur son territoire les lois régissant la structure de son système
fiscal ainsi que le différent régime d’imposition. La matière se prête donc peu aux
restrictions de souveraineté consenties caractéristiques du droit international
conventionnel. Pour cette raison, lors même qu’il a été établi par la jurisprudence « que les
conventions internationales constituent des sources du droit interne ». (v. CFJ/CAY arr.n°
163/A, 8 juin 171, compagnie des chargeurs réunis c/E.C.or) elles n’occupent qu’une
place restreinte dans l’ordre des sources du droit fiscal.

Cela étant, il est un domaine particulier qui connait un fort développement du mouvement
conventionnel en droit fiscal, c’est la lutte contre la double imposition internationale. En
substance « une double imposition internationale est constituée lorsqu’un même
contribuable se trouve atteint, au titre d’une même base imposable (par exemple un
revenu)et d’une même période, par des impôts de nature comparable appliqués par deux
ou plusieurs Etats,, dans des conditions telles que la charge fiscale globale qu’il supporte
s’avère supérieure à celle qui résulterait de l’intervention, dans des conditions de droit
commun, d’un seul pouvoir fiscal ».(CASTAGNEDE (Bernard), précis de fiscalité
internationale, 5eéd, Paris, PUF ? 2015 ?p.8). La principale démarche mise en œuvre par
les Etats pour prévenir ce type de situation est alors la négociation et la conclusion
d’accords internationaux ou conventions fiscales. L’étude de ces instruments relevant
davantage du champ de la fiscalité internationale que du droit fiscal stricto sensu dont les
principales sources sont toutes autres.

B) Les sources principales

Les sources auxquelles puise le droit fiscal à titre principal

Sont diverses. Pour en faire une présentation ordonnée il est loisible de distinguer entre
les sources directes et les sources interprétatives.

1- Les sources directes

Les sources directes désignent ici les catégories d’actes juridiques édictées par des organes
ayant une compétence normative primaire. L’une d’origine externes le droit
communautaire, tandis que les autres, d’origine interne, ne sont autre que la loi et les
ordonnances.

a) Le droit communautaire

La fiscalité est l’un des domaines dans lesquels la construction communautaire a enregistré les
progrès les plus significatifs en zone CEMAC, en conformité avec les dispositions des traités
communautaires. En effet, suivant les énonciations de l’article 12 de la convention régissant
l’Union Economique de l’Afrique centrale (UEAC), « (---) l’union économique harmonise la
législation fiscales qui régissent les activités économiques financière ». sur cette base ont
notamment été adoptées la directive TVA et droit d’accises (directive n°1/99/CEMAC-028-
CM-03du 17décembre 1999), la directive relative à l’impôts sur les société(directive
n°02/01/UEAC-050-CM-06 du03 aout 2001) la directive relative à l’impôt sur le revenu des
personnes physique (directive n°01/04/-UEAC-177du 30 juillet 2004) ou encore l’acte portant
harmonisation des droits d’enregistrement, de timbre et de la curatelle en UDEAC (acte n°
10/88-UDEAC-257 du 7 décembre 1988). Le respect de ces instruments communautaires
s’impose aux Etats. En particulier, s’agissant des directives communautaires, l’article 41 du
traité de la CEMAC prévoir qu’elles « (--) lient tout Etat membre destinataires, quant au
résultant à atteindre tout en laissant aux instances nationales leur compétence en ce qui
concerne la forme et les moyens ». L’autorité nationale étant ici le législateur agissant par voie
d’actes législatifs ou le président de la république agissant par voie d’ordonnances.

b) La loi et les ordonnances

En incluant le régime des impôts et taxes dans de la loi, le constituant a conféré au législateur
une compétence de principe en matière fiscale. Dès lors, les lois constituent les principales
sources du droit fiscal et font l’objet d’une codification d’envergure à travers le code général
des impôts, véritable « éléphant man » juridique. Dans le même temps, la constitution prévoit
en son article 28 que, dans les matières relevant du domaine de la loi, « le parlement peut
autoriser le président de la république pendant un délai limité et su des objets déterminés à
prendre des ordonnances ». Cette disposition confère un important pouvoir fiscal au chef de
l’Etat puisqu’elle fonde l’habilitation de ce dernier à créer des impôts nouveaux ou à modifier
le régime d’impôts existants par voie d’ordonnance sur autorisation du parlement il est vrai.
Les ordonnances doivent de ce fait être comptées au rang des sources du droit fiscal, au même
titre que la loi d’ailleurs puisque les ordonnances ratifiées par les parlementaires acquièrent
force de loi. Comme cette dernière, elles sont cependant soumises à interpréter.

2- Les sources d’interprétation.

Sont qualifiées ici de sources d’interprétation, des sources du droit fiscal résultant de la mise
en œuvre d’un pouvoir créateur secondaire fondé sur l’interprétation des sources primaires.
Sous ce prime, la compréhension de la problématique générale, de l’interprétation en matière
fiscale parait commander l’analyse des formes particulières que revêt l’interprétation de la loi
fiscale.
a) La problématique générale de l’interprétation de la loi fiscale

L’interprétation est une opération intellectuelle consistant à déterminer le sens attaché à un


énoncé en vue de dégager la norme qu’il exprime. C’est sur l’interprétation que repose ainsi
l’application des règles de droit en général, et celle du droit fiscal en particulier. La question
revêt un intérêt pratique considérable, car, il est important de pouvoir prévoir la manière dont
le juge ou l’administration pourrait choisir de se comporter face à un texte dont le sen peut
prêter à discussion. Il en découle un problème essentiel en droit fiscal : celui des techniques
d’interprétation, c'est-à-dire les méthodes utilisées pour préciser le sens des lois d’impôt. A ce
propos, le constat qui parait s’imposer est celui de l’absence de techniques s’imposant
impérativement aux interprètes de la loi. Par contre, la doctrine dégage des tendances dans les
modalités d’interprétions spécifiques au droit fiscal en marge de celles adoptées dans d’autres
branches du droit. Se trouvent alors invoqués sous ce prime, le principe de l’indépendance des
législations et le pouvoir de requalification. Une autre tendance laisse apparaitre le recours à
une interprétation par emprunt aux autres branches du droit sous diverses forme : utilisation
des textes, utilisation des définitions, ou des faits établis dans le cadre d’une procédure
judiciaires et purement et simplement enregistrés par l’administration fiscale ou le juge fiscale,
les deux autorités à l’origine des deux principales formes d’interprétation de la loi fiscale

b) Les formes particulières de l’interprétation de la loi fiscale

Il existe deux formes d’interprétation de la loi fiscale en fonction des organes qui y procèdent.
L’on distingue l’interprétation par le fisc à travers la doctrine administrative, et l’interprétation
par le juge fiscal sous forme de jurisprudence. La doctrine administrative désigne
l’interprétation des lois d’impôt par l’administration fiscale. En tant que telle, elle résulte d’une
nécessité. La complexité des lois fiscales rend en effet impérative l’explication simplifiée de
leur contenu en vue d’en faciliter l’application. Il est de tradition pour le fisc de procéder à ce
travail de clarification de deux manières. Sous une première forme, la doctrine administrative
s’exprime à travers les circulaires, instructions ou notes interprétatives édictées par
l’administration fiscale de son propre chef. Sous une autre forme, la doctrine administrative
peut également s’exprimer à travers le rescrit fiscal qui désigne la réponse apportée par
l’administration à la demande de clarification soumise par un contribuable à propos de la
signification à donner à une disposition d’un texte fiscal. A priori, la doctrine fiscale ne saurait
être créatrice en se bornant à préciser le sens et la portée que, selon l’administration fiscale,
les textes législatifs sont supposés avoir. Mais en pratique, il arrive fréquemment qu’elle ajoute
à ces textes et s’impose alors comme une véritable source du droit fiscal.

A côté de l’administration, au-dessus d’elle plus exactement, le juge fiscal procède également
à l’interprétation de la loi fiscale. Pourtant, dans le contexte camerounais singulièrement, ces
interprétations donnent rarement lieu à la formation de règles jurisprudentielles. Pour dire les
choses autrement, la jurisprudence demeure assez peu développée en droit fiscal. Au-delà, des
facteurs contingents liés à la faiblesse du contentieux en la matière, cette situation trouve sa
raison d’être dans une particularité technique du contentieux fiscal. Dans la majorité des cas,
le litige ne porte pas, en ce domaine, sur une pure question d’interprétation de la règle de droit,
mais sur l’appréciation de circonstances de fait au regard de la condition légale et dont dépend
le champ d’application même de la d’impôt. L’on peut donc considérer que c’est l’importance
du fait en droit fiscal qui donne à la plupart des décisions le caractère de décisions d’espèce,
c’est-à-dire dont la solution et la portée dépendent étroitement des circonstances de fait du cas
tranché par le juge.

Pourtant, malgré ce caractère empirique très marqué le droit fiscal n’est pas dépourvu d’une
logique et d’une cohérence d’ensemble. Il les trouve dans un ensemble de principes essentiels
que l’on peut présenter sous les devant d’une théorie générale de l’impôt (première partie).
Celle-ci constitue un préalable incontournable à l’étude positive des différents impôts qui
structurent le système fiscal camerounais (deuxième partie).
PREMIERE PARTIE : THEORIE GENERALE DE L’IMPOT

La répartition des charges publiques par le moyen de l’impôt s’effectue selon des modalités
variables qui dépendent des règles relatives à chaque impôt. Mais avant d’aborder ces
techniques et procédures propres, il convient de cerner d’abord les principes fondamentaux
sur lesquels elles reposent. Parce qu’ils s’appliquent quel que soit le type d’impôt concerné,
ces principes généraux permettent ainsi de tracer les contours d’une théorie générale de l’impôt
qui confère au droit fiscal son unité par-delà la diversité des impositions particulières. Deux
éléments essentiels doivent alors retenir l’attention dans ce cadre :

- La notion d’impôt (Chapitre I)


- Les techniques de l’impôt (Chapitre II)
CHAPITRE I : LA NOTION D’IMPOT

L’impôt constitue l’objet même du droit fiscal. Il n’est donc guère possible d’entamer l’étude
de cette matière sans une claire compréhension de la notion. Dans un sens large, et à première
vue, l’impôt peut se définir comme un type de prélèvement obligatoire opéré par l’Etat à
l’encontre des citoyens-contribuables. Toutefois, aussitôt posée, cette affirmation appelle
immédiatement quelques nuances. D’une part, l’impôt n’est pas la seule forme de prélèvement
obligatoire. D’autre part, en tant que tel, la diversité des formes d’impôt oblige au recours à
divers classifications en vue de faciliter la compréhension des mécanismes d’imposition qui,
eux-mêmes, reposent sur quelques grands principes. Par conséquent, la clarification de la
notion d’impôt nécessite une clarification de la définition et de la classification des impôts
d’abord (section I), mais aussi un examen des principes d’imposition ensuite (section II).

Section I : Définition et classification des impôts

Les deux problèmes de la définition et de la classification des impôts sont intimement liés.
Pour la clarté du propos, il importe de les envisager successivement : la définition de l’impôt
d’abord (I), la classification des impôts ensuite (II).

I- La définition de l’impôt

Qu’est-ce que l’impôt ? Cette question appelle une réponse en deux temps. Dans un premier
temps, il est question de déterminer positivement ce qu’est un impôt en dégageant les éléments
caractéristiques des prélèvements obligatoires de nature fiscale, c’est-à-dire les prélèvements
ayant le caractère d’impôt à proprement parler (A). Dans un second temps, il s’agit de préciser
négativement ce que n’est pas l’impôt en le distinguant d’autres types de prélèvement
obligatoire n’ayant pas une nature fiscale (B).

A) La définition positive

Positivement, l’on définit le plus souvent l’impôt à partir d’un ensemble de critères désormais
issus d’une formule désormais classique. Quoique ces critères n’aient plus aujourd’hui qu’une
valeur relative.

1- Les critères classiques

En l’absence de définition légalement établie, la recherche de la définition de l’impôt a été et


demeure une préoccupation constante de la doctrine. En la matière, une définition présentée
comme classique et généralement rapportée à Gaston Jèze, malgré les doutes exprimés sur ce
point (v. NEGRIN (Olivier), « Une légende fiscale : la définition de l’impôt de Gaston
Jèze », RDP, n° 2008-1, pp.139s.) conçoit l’impôt comme une prestation requise des
particulières, par voie d’autorité, à titre définitif, et sans contrepartie, en vue de la couverture
des charges publiques. Cette conception traditionnelle a le mérite de rendre compte des quatre
éléments qui, de tous temps, expriment la nature profonde de l’impôt.

L’impôt est un prélèvement pécuniaire : dans ses modalités techniques, l’impôt est bien en
principe un prélèvement qui s’opère sous forme pécuniaire. En d’autres termes, les
contribuables doivent se libérer de leur dette fiscale en argent.

L’impôt est un prélèvement obligatoire effectué par voie d’autorité : quelles que soient ses
modalités de paiement, le prélèvement fiscal a fondamentalement le caractère d’un
prélèvement obligatoire, dès lors qu’il est effectué à travers un acte d’autorité pris par
l’administration sur le fondement des prérogatives de puissance publique qui sont les siennes.
Il en résulte que le contribuable n’a ni le droit de se soustraire à sa dette d’impôt, ni celui de
vouloir fixer librement ou négocier le montant de sa contribution. Son accord ou sa volonté
n’entre nullement en ligne de compte. Et s’il tendait d’échapper au paiement de l’impôt,
l’administration serait en droit de recourir aux procédures d’exécution forcée pour le
contraindre à satisfaire à ses obligations.

L’impôt est un prélèvement effectué à titre définitif : l’impôt est une ressource définitive pour
les collectivités publiques qui en bénéficient, qu’il s’agisse de l’Etat ou des collectivités
territoriales, voire certains établissements publics. Il n’a pas à être restitué, contrairement à
l’emprunt.

L’impôt est un prélèvement sans contrepartie immédiate qui sert à couvrir les charges
publiques : juridiquement, l’impôt ne constitue pas le prix d’un service rendu. Aussi, le
contribuable ne peut-il pour constater sa dette arguer de la mauvaise utilisation des derniers
publics. Il ne peut davantage exiger que l’impôt qu’il paie soit affecté à tel ou tel service public
ou au financement de telle ou telle opération. De même, il ne peut refuser de payer l’impôt au
motif que celui-ci financerait des dépenses contraires à son éthique.

Toutefois, la notion de charges publiques ne peut plus être aujourd’hui entendue de manière
restrictive, c’est-à-dire limitée à des dépenses concernant exclusivement les fonctions
régaliennes de l’Etat. En effet, ce dernier assure désormais des fonctions économiques.
Sociales, culturelles, etc… dont la couverture est bien entendu assurée par les revenus tirés de
la fiscalité. Ce qui suggère clairement que les critères classiques peuvent rencontrer quelques
limites de nos jours.

2- La relativisation des critères classiques

La relativisation des critères classiques de l’impôt résulte d’une manière générale du fait que
les formes ainsi que les fonctions de l’impôt se sont considérablement transformées depuis le
début du XXe siècle. Des notions et conceptions nouvelles sont apparues dont la définition
classique ne tient pas compte. Par exemple la notion de progressivité de l’impôt ou encore
celle de capacité contributive du contribuable qui sont des notions débattues dans le cadre des
réflexions relatives à la réparation des charges budgétaires. De même, d’autres notions ou
conceptions sont particulièrement présentes aujourd’hui comme celle de justice ou d’équité
fiscale, ou encore la conception selon laquelle la fiscalité n’a pas qu’une fonction de
financement budgétaire mais remplit aussi une fonction de politique économique et sociale.

Mais les limites de la définition classique de l’impôt tiennent surtout à ce qu’aujourd’hui la


notion de prélèvement obligatoire englobe d’autres prélèvements que l’impôt. Tandis que le
caractère forcé du prélèvement tient une place centrale dans l’approche classique de l’impôt,
de plus en plus celui-ci n’est plus la seule catégorie de prélèvement obligatoire. Autrement dit,
la notion de prélèvement obligatoire est une notion brouillée qui ne permet pas à elle seule de
caractériser juridiquement le prélèvement en cause. Il faut dégager de manière plus précise les
éléments distinctifs de l’impôt et des autres prélèvements obligatoires non fiscaux, en clair, ce
que l’impôt n’est pas.

B) La définition négative

Les critères de définition de l’impôt permettent de déterminer ce qu’est l’impôt, mais aussi en
contrepoint ce que l’impôt n’est pas. En clair, l’on vise alors la ligne de démarcation entre
l’impôt et d’autres prélèvements obligatoires situés dans son voisinage plus ou moins
immédiat : les taxes et redevances d’une part, et les cotisations sociales d’autre part.

1- La distinction entre impôts, taxes et redevances

La notion de redevance recouvre l’ensemble des sommes d’argent demandées aux usagers
d’un service public, en échange d’une prestation délivrée par ce service ou pour l’utilisation
d’un ouvrage public. Dès lors que ces sommes sont la contrepartie directe du service, et
quelles ont vocation à seulement couvrir les charges causées à l’administration par ledit
service. Les redevances sont parfois qualifiées de « rémunération pour service rendu », ce qui
fait ressortir leur caractéristique principale : celle de constituer la contrepartie d’un service.
Par ailleurs, le montant de la redevance et la valeur du service rendu doivent être
« équivalents ». Enfin, le produit de la redevance doit être affecté au service qui a fourni la
prestation. En substance, contrairement à l’impôt, les redevances s’apparentent à un prix. Si
le premier est prélevé sans contrepartie directe, les secondes par contre constituent on l’a vu
la contrepartie directe d’un service rendu. Ce qui tend à rapprocher la redevance de la taxe.

Strictement en étendue, la taxe est une somme d’argent perçue lors de la fourniture d’un
service : elle constitue une rétribution. En cela, la taxe se différencie substantiellement de
l’impôt qui est perçu sans contrepartie ; il constitue une contribution. Dès lors, les taxes se
rapprochent quelque peu des redevances puisqu’elles ont en commun d’être liées à l’offre
d’une prestation. Elles présentent cependant deux différences notables : d’une part, la taxe
peut être exigée des usagers effectifs mais également des usagers potentiels ; d’autre part
l’équivalence entre service rendu et prix à payer n’a pas à être nécessairement absolue.

L’enjeu de ces critères théoriques d’identification dus à la jurisprudence conjuguée du Conseil


d’Etat et du Conseil constitutionnel en France est d’importance. La qualification d’une recette
publique comme redevance, impôt ou taxe détermine le régime applicable à cette dernière. Or,
le vocabulaire législatif est particulièrement obscur à cet égard. Certains prélèvements portent
le nom de redevance alors qu’ils correspondent aux critères d’une taxe (ex : redevance
audiovisuelle (CRTV)). De même, bon nombre de prélèvements présentant les caractères
d’un impôt portent plutôt la dénomination de taxes (ex : taxe sur la valeur ajoutée (TVA) la
taxe foncière, la taxe de développement local, etc. …).

2- La distinction entre impôts et cotisations sociales

Les salariés et employeurs sont tenus au versement de cotisations à la Caisse Nationale de


Prévoyance Sociale qui est chargée de couvrir certains risques de la vie : accident du travail et
vieillesse notamment. Il s’agit là certes d’un prélèvement obligatoire, qui se rapproche en cela
d’un impôt. Mais au-delà de cette convergence, une différence essentielle sépare les
cotisations sociales des impôts : ces prélèvements comportent une contrepartie, les prestations
sociales, qui représente d’ailleurs dans les faits une charge financière non négligeable pesant
sur les cotisants. Alors que les impôts eux sont perçus sans contrepartie directe. Encore que
leur diversité appelle une nécessaire classification.
II- La classification des impôts

La classification constitue une part importante du travail des juristes de doctrine. Elle en effet
est un outil essentiel de mise en ordre du droit, en particulier dans les disciplines qui, comme
le droit fiscal, sont affectées par une profonde hétérogénéité de forme de leur objet. De fait, la
diversité des impôts et de leurs mécanismes ne fait pas obstacle à leur classification possible.
L’on peut, à cet égard, distinguer deux groupes de classifications possibles : les classifications
administratives et économiques d’un côté (A), les classifications techniques de l’autre (B)

A) Les classifications administratives et économiques

La classification administrative consiste à classer les impôts en fonction de la collectivité


bénéficiaire. On distingue ainsi les impôts revenant à l’Etat ou impôts nationaux (ex. : impôt
sur le revenu ; impôts sur les sociétés ; TVA…), et les impôts dévolus aux collectivités
territoires décentralisées ou impôts locaux (ex. : taxe foncière, taxe de développement local,
centimes additionnels communaux, …).

Dans le cadre des classifications économiques par contre, les impôts sont classés suivant trois
principaux critères possibles : les éléments économiques taxés, les facteurs et acteurs
économiques supportant la taxation ou encore l’objet ou la catégorie socio-économique visés
par la taxation.

Dans la classification en fonction des éléments taxés, on distingue traditionnellement


l’imposition des revenus qui atteint le revenu des personnes physiques (ex. : impôt sur le
revenu des personnes physiques ou IRPP) ou morales (ex. : impôt sur les sociétés ou IS),
l’imposition de la dépense qui taxe les dépenses de consommation (ex. : TVA, droit indirects
à l’instant des droits d’enregistrement), l’imposition du capital ou du patrimoine qui affecte
les biens immobiliers ou mobiliers du contribuable (ex. : taxe foncière, droit de mutation
d’immeuble)

Dans la classification en fonction des facteurs et acteurs économiques, on distingue les


impositions prenant sur les ménages (ex. : IRPP), les impositions à la charge des entreprises
(ex. : IS), les impositions grevant les produits (ex. : TVA).

Enfin, la classification peut également être établie en fonction des secteurs économiques.
Les impôts sont alors regroupés et analysés par rapport au secteur d’activité concerné. On
distinguera ainsi dans ce cas : la fiscalité immobilière, la fiscalité de l’investissement, la
fiscalité minière….
B) Les classifications techniques

La dénomination des classifications dites « techniques » vient du fait qu’elles prennent pour
critères les techniques et modernités administratives de la taxation. Elles correspondent aux
classifications les plus couramment utilisées et les plus signifiantes du point de vue de la
technique fiscale. Elles recouvrent plusieurs typologies non exemptes de discussions et de
polémiques

La classification en impôt directs/impôts indirects. Cette classification est la plus ancienne.


Elle repose sur deux critères distincts : soit l’incidence de l’impôt, soit l’établissement d’un
rôle d’imposition. Concernant le premier critère, l’incidence de l’impôt, il désigne le fait
d’atteindre une personne ou une série de personnes déterminées ; de ce point de vue,
l’incidence vise exclusivement la personne qui paye. En d’autres termes, dans la mise en
œuvre de ce critère, il s’agit de déterminer si l’impôt est bien supporté par celui qui y est
assujettie ou si celui-ci en fait reposer la charge sur les tiers. Dans le premier cas, on parle d’un
impôt direct (ex. : l’IRPP), dans le second cas, d’un impôt indirect (ex. : la TVA) qui, s’il est
bien reversé par l’entreprise, est en fait supporté par le consommateur. S’agissant du second
critère, l’établissement d’un rôle d’imposition, il est apparu au 13e – 14e siècle et désignait un
parchemin que l’on roulait et sur lequel figurait la liste des contribuables ; c’est ce que l’on
nomme dans le système fiscal du Cameroun le fichier des contribuables. En fonction de
l'existence ou non d'un rôle d’imposition, les impôts sont classés dans la catégorie des impôts
directs ou indirects. Ceux recouvrés par voie de rôle (ex : IRPP ; IS ; taxe foncière,....) sont
classés parmi les impôts directs. Par contre, lorsque l'imposition est liée à des actes de
production ou de consommation irréguliers dans le temps, et donc pour lesquels il n'est pas
possible d'établir un rôle, on utilise la qualification d’impôts indirects (TVA, droits
d'enregistrement,....).

Cette distinction est au cœur d'une importante discussion. Les impôts indirects frappent les
produits de consommation de manière aveugle, sans considération de la capacité contributive
des contribuables. Ils peuvent ainsi apparaître relativement injuste dès lors qu'à revenu inégal,
la charge fiscale est la même. Dès lors, ces impôts indirects ont été traditionnellement opposés
aux impôts directs prenant en considération la situation de chaque contribuable, leur capacité
contributive.

-La classification en Impôts réels et impôts personnels. Cette distinction fait elle aussi
partie de l'histoire de l'impôt et des polémiques qu'il alimente. Les impôts réels sont ceux qui
frappent les biens d'un contribuable sans considération de sa situation personnelle. Il en est
ainsi par exemple de la taxe foncière ainsi que des droits d'enregistrement portant sur les
mutations d'immeubles. Les impôts personnels, au sens le plus strict, frappent la personne sans
prendre en compte ses facultés contributives. Toutefois, de nos jours, par impôt personnel l'on
entend davantage un impôt qui tient compte de la situation familiale ou de fortune du
contribuable pour taxer un revenu, un produit ou un capital. De ce point de vue, l’IRPP
constitue le type même de l'impôt personnel dans le système fiscal camerounais.

Si elle a été fortement critiquée, la personnalisation de l'impôt est désormais bien acceptée
dans son principe. Les difficultés et discussions portent actuellement sur les aménagements
techniques de la progressivité de l'impôt modalité de sa personnalisation.

-La classification en Impôts proportionnels et impôts progressifs. L'impôt


proportionnel consiste à la base imposable (ex : le revenu de la personne, le bénéfice de
l'entreprise, le montant global du contrat) un taux d'imposition fixe quel que soit le montant
de la base imposable. Tel est le cas par exemple de la TVA ou encore de l'IS. Au contraire,
dans le cas de l'impôt progressif, le taux d'imposition n'est pas fixe. Il croît en fonction de la
progression de la base d'imposition (ainsi dans le cas de l'IRPP par exemple, le taux
d'imposition s'accroît au fur et à mesure que s'accroît le volume de revenu du contribuable).

Au départ, au 18e siècle en Europe, la proportionnalité de l'impôt rendue possible par le


mécanisme de la progressivité a d'abord été perçue comme une manière juste de déterminer le
montant de la dette fiscale. Avec l'impôt progressif, celui qui gagne le plus paye le plus
d'impôt. Chacun paye donc en proportion de son revenu. Par la suite, l'idée s'est affirmé qu'il
convenait de tenir compte de la capacité contributive du contribuable. Il est ainsi apparu à
certains théoriciens économistes du courant dit marginaliste qu'il était en réalité plus juste de
moins imposer la partie des revenus servant à satisfaire les premiers besoins, puis l'utilité des
parties suivantes allant en décroissant, d'affecter à ces parties des taux d'imposition de plus en
plus élevés. L'hypothèse est ainsi faite que le sacrifice fiscal sera moins durement ressenti une
fois les premiers besoins satisfait et qu'il est donc plus approprié de faire reposer la charge de
l'impôt de manière plus conséquente sur les parties du revenu les moins utiles. Cette approche
conduit à conduit à taxer progressivement les revenus (ou le capital) et à alourdir le poids de
l'impôt pour les contribuables les plus fortunés. Aussi, des voix s'élèvent aujourd'hui qui
mettent en avant l'idée que les contribuables risquent d'être découragés de travailler de par une
progressivité trop lourde. Au final, les débats se ramènent souvent à la question de savoir s'il
faut "plus ou moins" d'impôts, une question qui relève très certainement plus d'un choix de
société que d'une science économique ou fiscale.

-La classification en impôts spécifiques et impôts ad valorem. Les impôts dits


spécifiques sont calculés en multipliant un poids, un volume, une surface de matière
impossible par une somme donnée. Tel est le système utilisé en particulier en ce qui concerne
les redevances domaniales qui s’établissent à raison de x francs CFA/m2 (ou hectares). Les
impôts ad valorem sont calculés par application d’un tarif à la base impossible. Ce procédé est
le plus communément utilisé.

-La classification en impôts analytiques et impôts synthétiques. L’impôt analytique est


un impôt assis sur les éléments d’un patrimoine ou sur une opération isolée, ou encore sur une
catégorie unique du revenu. Par contre, l’impôt synthétique consiste à appréhender un
ensemble d’opération ou de revenus et à taxer l’ensemble en une seule fois. L’exemple type
du revenu synthétique est l’IRPP qui frappe le revenu global d’une personne physique.

-La classification en impôts de répartition et impôts de quotité. L’impôt de répartition


est celui dont le produit total attendu est fixé à l’avance puis réparti ensuite entre les
contribuables. Ici, c’est la somme totale à recevoir (le « contingent ») qui est déterminée a
priori et non pas le taux d’imposition qui ne se dégage qu’après répartition. Ce mode ancien
de détermination de la dette fiscale est aujourd’hui désuet. L’impôt de quotité procède de
manière inverse. Il consiste à définir initialement un taux d’imposition qui sera ensuite
appliqué à la matière imposable. Cette technique est celle consacrée dans les systèmes linéaires
modernes dont l’articulation repose le plus souvent sur quelques principes fondamentaux.

Section II : Les principes d’imposition

Si l’impôt est l’objet même du droit fiscal, dans son extension la plus large, la matière recouvre
l’ensemble des principes et des règles relatifs à l’imposition, au droit pour la puissance
publique de lever l’impôt. Les principes en question sont des plus divers. Pour en faire une
présentation ordonnée, il est loisible de les classer en principes à portée constitutionnelle (I),
et principes sans portée constitutionnelle (II).

I- Les principes à portée constitutionnelle

La constitution camerounaise établit des principes qui, virtuellement ou actuellement,


s’appliquent en droit fiscal. Les uns concernent l’établissement de l’impôt (A) tandis que les
autres portent sur les procédures fiscales (B).
A) Les principes relatifs à l’établissement de l’impôt

En matière d’établissement des impôts et taxes, la constitution pose trois principes essentiels :
la légalité et l’égalité fiscale d’une part, le principe de l’annualité des impôts d’autre part.

1- Les principes de légalité et d’égalité

En matière fiscale, le principe de légalité signifie que le Constitution impose que les règles
essentielles qui forment le droit fiscal soient posées par la loi. Ce principe découle
historiquement du principe du consentement du peuple à l’impôt. Il se trouve inscrit à l’article
26 (2) d) 3. d’après lequel, relèvent du domaine de la loi, « La création des impôts et taxes et
la détermination de l’assiette, du taux et des modalités de recouvrement de ceux-ci ».

Le principe de légalité ainsi formulé est complété par le principe d’égalité. A ce propos, le
préambule de la loi fondamentale énonce sans équivoque que « Chacun doit participer, en
proportion de ses capacités, aux charges publiques ». Le constituant fait ainsi de l’obligation
fiscale une charge pesant sur chaque citoyen. L’on pourrait ainsi dire qu’il y’a là en quelque
manière la consécration d’un principe d’égalité devant l’impôt. Toutefois, cette égalité
apparait d’emblée empreinte d’une nuance au seuil de la loi fondamentale, en ce qu’elle
s’opère avec la prise en compte des facultés contributives des citoyens. Il y’a là une claire
inclination du constituant en faveur d’un système d’imposition proportionnel accordant une
place à la considération de la situation personnelle des contribuables.

2- Le principe d’annualité de l’impôt

Le principe d’annualité de l’impôt découle du principe de l’annualité budgétaire expressément


prévu par la constitution. Son article 16 (2) b) prévoit à cet effet qu’ « Au cours de l’une des
sessions, l’Assemblée Nationale vote le budget de l’Etat ». Il en découle alors que, d’après
cette disposition, et telle est la signification du principe de l’annualité en matière fiscale, la
perception des impôts doit être autorisée pour une année par la loi de finances.

A ce propos, il importe d’éviter une confusion. Le principe d’annualité de l’impôt concerne


seulement l’autorisation annuelle du Parlement pour la perception de l’impôt. Il ne concerne
nullement la validité des dispositions des lois fiscales qui restent en vigueur tant qu’elles n’ont
pas été abrogées par le législateur. Au surplus, le principe de l’annualité n’interdit pas le
recouvrement de l’impôt au-delà de l’année pour laquelle il a été voté si la perception a été
autorisée préalablement par la loi de finances de l’année. Enfin, le principe de l’annualité ne
fait pas obstacle à la réparation d’insuffisances, d’erreurs ou omissions commises soit lors de
l’établissement de l’impôt soit lors de la production des déclarations par les contribuables.
Pour ce faire, le fisc dispose d’un droit de répétition ou de reprise lui permettant de rectifier a
posteriori les bases d’imposition. L’on touche alors là aux procédures fiscales qui sont
également soumises à des principes à portée constitutionnelle.

B) Les principes relatifs aux procédures fiscales

Les procédures fiscales, qui recouvrent l’ensemble des procédures mises en œuvre par le fisc
en matière de détermination et de recouvrement de la dette fiscale du contribuable, obéissent
à deux principes essentiels de portée constitutionnelle. Le principe du respect des droits de la
défense et le principe de liberté.

1- Le principe du respect des droits de la défense

Le principe du respect des droits de la défense veut qu’une sanction ne puisse être infligée
sans que préalablement la personne en cause n’ait été en mesure de prendre connaissance des
éléments et faits qui lui sont reprochés et de présenter ses observations. D’autre part, la
sanction doit être motivée et elle doit être susceptible de recours juridictionnel. L’application
de ce principe est traditionnelle en contentieux administratif où il a été rappelé à plusieurs
reprises. Si la juge fiscal n’en a pas encore fait mention, il n’en reste pas moins que le principe
se déduit clairement de la consécration constitutionnelle du principe du respect des droits de
la défense. Un raisonnement similaire peut être conduit en ce qui concerne le principe de
liberté.

2- Le principe de liberté

Si l’impôt est couramment perçu comme un instrument de limitation de la liberté, il reste que
paradoxalement les procédures d’imposition sont imprégnées de cette idée de liberté. En
doctrine, l’on considère généralement que le principe de liberté a une double dimension en
matière fiscale : il recouvre la liberté individuelle, mais également la liberté de commerce et
d’industrie. Mais encore faut-il, pour que l’impôt ne soit point tout à fait liberticide, que la
pression fiscale demeure supportable et que les droits individuels soient effectivement garantis
contre les risques d’empiètements éventuels de l’administration ou du législateur.

II- Les principes sans portée constitutionnelle


En deçà de la constitution, des principes de source législative ou jurisprudentielle irriguent
également le droit fiscal. Tout comme les principes à valeur constitutionnelle, ceux-ci touchent
à la fois à l’établissement de l’impôt et aux procédures fiscales.

A) Les principes relatifs à l’établissement de l’impôt

Peuvent se voir attribuer une portée infra-constitutionnelle, deux principes en particulier en


matière d’établissement des impôts et taxes. Il s’agit du principe de territorialité de l’impôt et
du principe de non-rétroactivité de la loi fiscale.

1- Le principe de territorialité de l’impôt

Le principe de territorialité de l’impôt définit le champ d’application de la loi fiscale dans


l’espace. En générale l’espace fiscal et la sphère de compétence dévolue aux organes
politiques, c’est-à-dire le territoire national, sont les mêmes et constituent l’espace de
souveraineté fiscale. Cependant, le pouvoir fiscal peut, dans certains cas, s’étendre au-delà des
frontières nationales ou, inversement, ne pas couvrir l’ensemble du territoire national ou
encore être limité par un droit fiscal supranational. C’est le cas lorsqu’en vertu de conventions
fiscales internationales, la souveraineté peut être affectée par des normes supérieures à la loi
nationale parce que dévoulant d’un traité ratifié ou approuvé par le Parlement.

2- Le principe de non-rétroactivité de la loi fiscale

Le principe de non-rétroactivité de la loi, qui est de portée générale, découle de l’article 2 du


Code civil. Il peut se rattacher également au préambule de la constitution qui consacre
expressément le principe de non-rétroactivité des lois pénales. Ce principe est fondamental
pour la garantie de la sécurité juridique des sujets de droits. Il fait cependant l’objet d’une
application nuancée en droit fiscal.

La première raison de cette application partielle tient aux relations entre le droit fiscal et le
droit budgétaire. Ainsi, la loi fiscale est nécessairement rétroactive en ce qui concerne les
impôts directs dans la mesure où c’est la loi de finances initiale qui fixe les tarifs ou taux
d’imposition applicables à des revenus au cours de l’année qui vient de s’écouler. En d’autres
termes, la technique de l’impôt de quotité, le principe de l’annualité de l’impôt et l’application
de la règle du fait générateur rendent ainsi quasiment inévitable la rétroactivité de la loi en
matière d’impositions directes. A côté de cette rétroactivité en quelque sorte « passive », l’on
a également le cas des lois fiscales volontairement rétroactives.
B) Les principes relatifs aux procédures fiscales

S’agissant de la procédure fiscale, deux principes sans portée constitutionnelle méritent d’être
évoqués.

Le premier est le principe du contradictoire qui constitue une « branche » du principe des
droits de la défense. Le caractère contradictoire des procédures juridictionnelles s’applique en
matière fiscale comme dans les autres branches du droit. Mais il a ici une portée beaucoup
plus étendue. On le retrouve en effet tout au long de la procédure administrative de contrôle
fiscal. Il constitue, dans ce cadre, le contribuable dont les déclarations sont contrôlées doit
avoir à tout moment la possibilité de se défendre, de répondre aux éventuelles notifications
que l’administration se propose de lui adresser, ainsi que de dialoguer avec l’agent chargé du
contrôle, en étant éventuellement assisté s’il le souhaite d’un conseil de son choix.

Le second principe est celui de la compétence liée. Il signifie que l’administration doit et ne
peut agir que dans le cadre des dispositions législatives et réglementaires qui définissent ses
missions et attributions. Découlant du principe de légalité, la règle selon laquelle
l’administration à une compétence liée n’exclut cependant qu’elle puisse avoir des
compétences décisionnelles étendues, notamment en raison des pouvoirs discrétionnaires qui
sont les siens en nombre d’aspects du régime d’imposition.
CHAPITRE II : LES TECHNIQUES DE L’IMPOT

La répartition des charges publiques par le moyen de l’impôt s’effectue selon des procédés
variables, qui dépendent des modalités de chaque impôt. Toutefois, malgré la diversité des
impôts existant dans le système fiscal camerounais, toute opération de prélèvement des impôts
passe par plusieurs phases essentielles, qui sont les mêmes quel soit le type d’impôt
spécifiquement considéré. Ce que l’on désigne ici comme le régime de l’imposition ce sont
alors ses mécanismes généraux auxquels obéit la mise en œuvre des prélèvements fiscaux.
Ainsi, appréhendé d’une manière extensive ou large, le régime de l’imposition englobe les
règles relatives à l’établissement et au recouvrement de l’impôt d’une part (Section I),
auxquelles l’on ajoutera les mécanismes relatifs au contrôle de l’impôt d’autre part (Section
II)

Section I : L’établissement et le recouvrement de l’impôt

Quel que soit le type de prélèvement fiscal l’opération d’imposition, c’est-à-dire


l’assujettissement des contribuables à l’impôt, se ramène à quelques opérations essentielles.
Les unes visent à établir l’impôt (I) et les autres concernent le recouvrement de l’impôt (II).

I- L’établissement de l’impôt

L’établissement de l’impôt, le mécanisme conduisant le fisc à mettre à la charge du


contribuable une dette fiscale, une obligation de payer un certain montant au titre de l’impôt,
recouvre deux opérations essentielles. La première opération est l’assiette de l’impôt (A), et la
seconde la liquidation de l’impôt (B).

A) L’assiette de l’impôt

Asseoir l’impôt c’est, pour le fisc et par application des règles légales, constater et évaluer la
matière impossible d’une part, identifier le fait générateur de l’imposition et la personne
imposable d’autre part.
1- Le constat et l’évaluation de la matière imposable

La détermination de la matière imposable relève de la compétence du législateur. Toutefois, il


revient à l’administration fiscale de déterminer ensuite pour chaque contribuable l’assiette de
son imposition ou encore, dans un sens rigoureusement identique, la base d’imposition. La
matière imposable n’est autre que le « ce-sur-quoi » porte le prélèvement fiscal ; ce que l’on
appelle encore l’assiette de l’impôt au sens strict ou la base imposable. Ainsi, par exemple,
l’assiette ou la base imposable en matière d’IS est constituée par « l’ensemble des bénéfices
ou revenus réalisés par les sociétés et autres personnes morales » (art. 2 CGI).

La phase de constat et d’évaluation de la matière imposable implique que le fisc procède à une
double opération. Tout d’abord, il doit qualifier les éléments susceptibles d’entrer dans le
champ d’application de la base d’imposition. Ensuite, il doit procéder à leur évaluation. Celle-
ci s’effectue en principe à partir des indications fournies par le contribuable dans les
déclarations qu’il est tenu de souscrire, et ce sous réserve de contrôles ultérieurs. Cependant,
l’administration peut aussi arrêter le montant de la base imposable à partir d’une évaluation
unilatérale, indépendamment des éléments indiqués ou non par le contribuable. Il en est ainsi
en matière de Taxe sur la Propriété Foncière (TPF) où le fisc a le pouvoir de fixer la valeur
d’un immeuble en fonction des valeurs enregistrées sur le marché de l’immobilier.

2- L’identification du fait générateur et de la personne imposable

Le fait générateur d’un impôt est l’évènement, l’acte juridique ou encore la situation
économique qui fait naitre l’obligation fiscale. Par exemple, s’agissant de l’IS, le fait
générateur est la date du 15 du mois suivant celui au cours duquel le chiffre d’affaires
imposable a été réalisé (événement). En matière de droits de mutation applicables lors d’une
vente immobilière, le fait générateur intervient lors de la présentation de l’acte de vente (acte
juridique) de l’immeuble à la formalité de l’enregistrement. S’agissant de la TVA, c’est
généralement la livraison du bien ou du service (situation économique) qui fait office de fait
générateur. La détermination du fait générateur a une importance pratique considérable. Non
seulement elle détermine la naissance de la créance du fisc, mais en plus elle détermine aussi
le champ d’application de la loi fiscale en vigueur dans l’espace et surtout dans le temps. En
effet, seules les règles en vigueur au moment du fait générateur ont vocation à s’appliquer à
l’opération en cause.

Enfin, parallèlement au fait générateur, le fisc procède à l’identification de la personne


imposable ou redevable ou assujetti. Le redevable de l’impôt est désigné par la loi. C’est la
personne qui est légalement redevable de l’impôt : il peut s’agir d’une personne physique ou
d’une personne morale. Dans certains cas, le redevable désigné par la loi n’est pas
nécessairement celui qui supporte effectivement l’impôt. Il convient alors de distinguer à ce
niveau entre la notion de redevable et celle d’incidence de l’impôt.

L’incidence de l’impôt est un phénomène par lequel la personne à qui le fisc réclame le
montant de l’impôt la déverse sur un tiers, de sorte que le contribuable légalement désigné se
borne à faire l’avance de l’impôt et s’en rembourse sur d’autres personnes ignorées du fisc qui
le supportent définitivement. Tel est le cas en matière de TVA par exemple : celui que le droit
désigne comme l’assujetti n’est pas celui qui, du point de vue de la réalité économique,
acquitte l’impôt. Ici, c’est le consommateur final du bien qui subit effectivement le poids du
prélèvement fiscal et pas l’entreprise qui se contente de répercuter sur son prix de vente le
montant de l’impôt dont elle sera juridiquement redevable.

B) La liquidation de l’impôt

Une fois les bases de l’imposition déterminées, il convient de calculer le montant de l’impôt.
Tel est l’objet de l’opération de liquidation. La liquidation consiste au calcul du montant exact
dû par le contribuable. Elle consiste à appliquer le taux légal de l’impôt, encore appelé tarif, à
la base imposable telle qu’elle a été préalablement déterminée. Ce, en prenant en compte les
éventuels abattements, majorations ou déductions prévus par le législateur. L’opération de
liquidation est effectuée par l’administration (par exemple dans le cas de l’IR retenu à la source
sur le salaire des fonctionnaires), soit par le contribuable lui-même (par exemple pour la TVA).

Ce n’est qu’à l’issue de cette opération de calcul que l’impôt peut alors être mis en
recouvrement.

II- Le recouvrement de l’impôt

Recouvrer l’impôt c’est le percevoir, procéder à son encaissement. En la matière, le principe


est que le contribuable doit s’acquitter spontanément de sa dette fiscale. L’on peut parler à ce
propos d’un recouvrement amiable (A). Mais il peut aussi y avoir résistance de la part de ce
dernier. En pareil cas, la loi autorise le fisc à recouvrir à des moyens de contrainte. L’on pourra
alors parler cette fois d’un recouvrement forcé de la créance fiscale (B).

A) Le recouvrement amiable

Contrairement aux idées reçues, le recouvrement de l’impôt repose moins sur la contrainte que
sur le mouvement spontané des contribuables appelés à s’exonérer librement de leur dette
fiscale. A ce propos, les diverses procédures de recouvrement existantes permettent de
distinguer deux systèmes applicables en la matière.

D’une part, plusieurs impôts (droits d’enregistrement et de timbre, TVA et autres impôts
indirects) sont directement acquittés par le contribuable, auprès de l’administration fiscale,
sans que celle-ci ait à édicter le moindre acte administratif. Ce n’est qu’en défaut de paiement
que sera émis un « avis de mise en recouvrement » (AMR). C’est le système dit des droits au
comptant. Ici, la recherche de la matière imposable et le payement de l’impôt par le
contribuable s’effectuent de matières simultanées.

D’autre part, certains impôts et taxes sont recouvrés en vertu d’un rôle d’imposition ou fichier
des contribuables. Il s’agit principalement de l’IS et des impôts directs locaux à l’instar de la
TPF ou de la patente. Cette fois, c’est à l’administration qu’il revient de liquider puis de
recouvrer l’impôt, sur la base de titres exécutoires (les Avis de Mise en Recouvrement ou
AMR) établis par les services chargés de l’assiette. C’est le système dit des droits constatés.
Là également, l’impôt doit en principe être acquitté spontanément par le contribuable selon
les formes précisées dans l’AMR. Toutefois, si le contribuable résiste, le fisc peut procéder à
un recouvrement forcé de sa créance.

B) Le recouvrement forcé

En cas de non payement de la dette d’impôt par le contribuable, le fisc dispose du pouvoir de
mettre en œuvre des procédures de recouvrement forcé. Celles-ci, qualifiées de mesures de
poursuites par le CGI se répartissent en deux catégories : les poursuites de droit commun d’un
côté, et les mesures particulières de poursuite de l’autre.

1- Les poursuites de droit commun

Les poursuites de droit commun régies par les articles L55 et suivants du CGI comportent trois
degrés : la mise en demeure valant commandement de payer, la saisie et la vente.

La mise en demeure valant commandement de payer est notifiée au contribuable par le


receveur des impôts territorialement compétent en cas de défaut de paiement dans les délais
des sommes mentionnées sur l’AMR. Elle constitue une prérogative exorbitante du fisc qui a
le pouvoir d’édicter lui-même des actes exécutoires pour obliger ses débiteurs à acquitter de
leurs obligations là où le créancier doit normalement saisir les tribunaux judiciaires pour
obtenir un tel titre dans le cadre de la procédure d’injonction de payer. La mise en demeure
valant commandement de payer emporter obligation de paiement de la dette fiscale dans un
délai de 08 jours, faute de quoi le fisc peut procéder à la saisie des biens du contribuable
défaillant (art. L58 et L59 CGI).

De fait, en cas d’inaction du contribuable au terme d’un délai de 08 jours suivant notification
de la mise en demeure valant commandement de payer, l’administration procède à la saisie
puis à la vente des biens du contribuable défaillant. En la matière s’appliquent les règles de
l’Acte Uniforme Ohada sur les procédures simplifiées de recouvrement et les voies
d’exécution (AUPSRVE). Le contentieux afférent à la mise en œuvre de ces mesures de
poursuites de droit commun relève de procédure qui leur sont propres. Il en va autrement pour
ce qui est des mesures particulières de poursuite.

2- Les mesures particulières de poursuite

La catégorie de ce que le législateur fiscal qualifie de mesures particulières de poursuite aux


articles L71 et suivants du CGI recouvre en fait des prérogatives exorbitantes de droit commun
susceptibles d’être mises en œuvre par l’administration fiscale. Les mesures particulières de
poursuite se distinguent ainsi des poursuites de droit commun qui correspondent aux voies
d’exécution traditionnelles à la disposition des créanciers de droit privé. En recourant aux
mesures particulières, le fisc agit donc sous un régime de droit public et le contentieux afférent
à ces procédures est réglé devant la juridiction administrative. Ce d’autant plus que les mesures
particulières de poursuite sont qualifiées d’actes administratifs par le législateur.

A ce propos, le CGI distingue 06 techniques auxquelles le fisc peut faire recours au titre des
mesures particulières de poursuite :

- L’avis à titre détenteur (ATD) : qui engage les dépositaires, détenteurs ou débiteurs de
sommes appartenant ou devant revenir aux redevables d’impôts, de pénalités et de frais
accessoires dont le recouvrement est garanti par le privilège du Trésor, sur demande qui leur
en est faite sous forme d’avis à tiers détenteur, notifié par le Receveur des impôts, de verser
en lieu et place des redevables, les fonds qu’ils détiennent ou qu’ils doivent, à concurrence des
impositions dues par ces redevables ;
- La contrainte extérieure : elle est établie par le Receveur des Impôts assignataire à
l’adresse d’un comptable du Trésor Public ou d’un autre Receveur des Impôts pour le
recouvrement des impôts et taxes, y compris ceux retenus à la source et non reversés. Elle est
exercée lorsque les redevables, notamment les collectivités territoriales décentralisées ou les
établissements publics administratifs disposent de créances ou de subventions domiciliées
chez lesdits comptables ou en cas de changement de domicile des redevables concernés. Elle
est également exercée à l’adresse de l’organisme chargé de la centralisation et de la
péréquation des impôts locaux, en cas de non-reversement par les collectivités territoriales
décentralisées des impôts et taxes retenus à la source, le FEICOM en l’occurrence ;
- Le blocage des comptes bancaires ;
- La fermeture de l’établissement ;
- L’exclusion des marchés publics.

Ces différentes mesures peuvent d’ailleurs faire suite à un contrôle opéré par l’administration
sur les déclarations du contribuable.

Section II : Le contrôle de l’impôt

Si les déclarations des contribuables jouent un rôle central dans l’imposition, il n’en résulte
nullement que la réparation de la charge fiscale repose intégralement sur les informations
fournies par ces derniers. Le fisc dispose en effet d’importantes prérogatives lui permettant de
vérifier la sincérité des informations fournies par le redevable pour la détermination de ses
bases d’imposition et le calcul de sa dette fiscale. L’on est plus exactement dans un système
de déclaration contrôlée qui appelle la mise en œuvre du contrôle fiscal. Ainsi présenté, la
justification du contrôle fiscal mérite d’être précisée (I), avant l’analyse de ses modalités de
déploiement (II).

I- La justification du contrôle fiscal

Il est à peine besoin de s’interroger sur la justification, la raison d’être du contrôle fiscal. Celui-
ci vise en effet à donner les moyens au fisc de faire face au risque majeur que comporte le
système déclaratif en matière d’impôts : la fraude fiscale (A). Subséquemment, à travers le
contrôle, l’administration dispose également d’une première ligne de défense face au
phénomène de plus en plus préoccupant de l’évasion fiscale (B).

A) La fraude fiscale

Dès lors que la détermination des bases imposables repose sur les déclarations des
contribuables, la tentation peut être grande chez ces derniers de recouvrir à la fraude afin
d’échapper totalement ou partiellement au payement des impôts, normalement dus. Cette
notion de fraude fiscale n’est pas inconnue du droit camerounais. On retrouve une allusion au
phénomène à l’article L114 du CGI. Cependant, le législateur n’en a pas élaboré une définition
formelle. Il faut alors par induction à partir de l'article L107 du CGI.
Il en découle que, d’une manière synthétique, la fraude fiscale est une infraction comportant,
comme tout comportement pénalement réprimé, un élément matériel et un élément moral.
Concernant l’élément matériel, la fraude fiscale est caractérisée par le comportement du
contribuable qui se soustrait à l’établissement, au paiement, au reversement total ou partiel des
impôts, droits et taxes visés dans le CGI.

Concernant ensuite l’élément moral, il est constitué par l’existence d’une intention coupable,
c’est-à-dire la volonté de se soustraire à l’impôt. L’article 107 du CGI y fait une allusion
voilée. Il réprime toute personne qui se soustrait ou tente de se soustraire « frauduleusement »
à l’impôt, l’on dira encore avec l’intention de commettre une fraude. L’omission de faire sa
déclaration ou la dissimulation d’une partie des sommes sujettes à l’impôt doivent ainsi être
volontaires pour pouvoir faire l’objet de sanction au titre de la fraude fiscale. Dès lors, la
fraude fiscale présente une forte ressemblance avec un autre phénomène de fuite devant
l’impôt justifiant le contrôle fiscal : l’évasion fiscale

B) L’évasion fiscale

La frontière qui sépare la fraude de l’évasion fiscale est difficile à tracer. On aimerait pourtant
opposer clairement ce qui serait considéré comme illégale et punissable d’une peine d’amende
ou d’emprisonnement, de ce qui est légal. D’un côté la fraude, contraire à la législation fiscale
en vigueur, de l’autre l’évasion fiscale qui correspond encore aux stratégies dites
d’ « optimisation » fiscale, symbole d’une utilisation habile des textes. De fait, l’évasion
fiscale peut être définie comme une façon d’éviter, de réduire ou d’ajourner l’impôt par
d’autres moyens que la fraude, en toute légalité ; en profitant des failles et faiblesses de la
législation existante. De ce point de vue, l’on pourrait dire que si la fraude fiscale est prohibée
et réprimée, le recours à l’habileté fiscale caractéristique des techniques d’évasion fiscale est
permis.

Mais, toute liberté comprenant des limites, l’évasion trouve son butoir dans une utilisation
abusive du savoir-faire fiscal. C’est l’abus de droit. Il est caractérisé à l’article L33 du CGI
comme une « opération conclue sous la forme d’un contrat ou d’un acte juridique quelconque
dissimulant une réalisation ou un transfert de bénéficies ou revenus effectués directement ou
par personnes interposées ». Pareille opération n’est pas opposable à l’administration qui a le
droit de restituer à l’opération son véritable caractère et de déterminer en conséquence les
bases de l’imposition. Tout le problème de la notion d’évasion fiscale est alors de déterminer
à partir de quel moment l’on passe du légal à l’abus. Tel est l’un des enjeux déploiement du
contrôle fiscal.

II- Le déploiement du contrôle

Le contrôle fiscal est nécessaire et légitime. Pour autant sa mise en œuvre fait l’objet d’un
encadrement juridique détaillé (A) au regard de l’importance des suites et conséquences qui
peuvent en découler (B).

A) La mise en œuvre du contrôle

Les règles gouvernant la mise en œuvre du contrôle fiscal portent la marque d’un rapport
dialectique entre l’autorité incarnée par le fisc et la liberté reconnue aux citoyens. Pour que le
contrôle fiscal soit efficace, il importe que l’administration dispose de prérogatives suffisantes
lui permettant de vérifier a posteriori la véracité des informations fournies. Dans le même
temps, le contrôle fiscal ne saurait fournir l’occasion au fisc d’accroître abusivement la
pression de l’impôt subi par le contribuable. Ce qui justifie les droits et garanties consacrées
en faveur de ce dernier dans le cadre des procédures de contrôle.

1- Les prérogatives de l’administration

En matière de contrôle de l’impôt, le fisc bénéficie de trois prérogatives distinctes lui


permettent de vérifier au plus près la sincérité des déclarations du contribuable.

La première prérogative c’est le droit de contrôle précisément. Exercé par des agents
assermentés du fisc ayant au moins le grade d’inspecteur des impôts, le contrôle fiscal porte
sur l’assiette de tous les impôts et taxes des contribuables vérifiés. Le droit de contrôle
s’effectue selon deux modalités : la vérification sur place et le contrôle sur pièces. Dans le
premier cas, les agents compétents de l’administration vérifient sur place la comptabilité des
contribuables astreints à cette occasion à présenter leurs documents comptables. A l’occasion
de cette vérification au siège ou dans les locaux professionnels du contribuable vérifié,
l’administration fiscale contrôle la cohérence entre les revenus déclarés par le contribuable au
titre de l’impôt sur le Revenu, et la situation de sa trésorerie, de son patrimoine et des éléments
de son train de vie. Dans le cas d’une vérification sur pièces, l’administration contrôle les
déclarations souscrites par les contribuables depuis ses propos locaux. Ces contrôles se
limitent à l’examen des déclarations, des actes utilisés pour l’établissement des impôts et taxes
ainsi que des documents déposés en vue d’obtenir des déductions, des restitutions ou des
remboursements. Dans tous les cas, le contrôle sur pièce est un contrôle de cohérence des
déclarations du contribuable et non pas un contrôle général de comptabilité.

La deuxième prérogative du fisc dans le cadre du contrôle de l’impôt est le droit de


communication. Dans ce cadre, l’administration peut, sur simple demande écrite, solliciter la
communication d’informations détenues par certains opérateurs. Selon l’énumération opérée
à l’article L43 di CGI, sont ainsi soumis au droit de communication du fisc, toutes les
personnes physiques ou morales versant des salaires, des honoraires, des droits d’auteur,
encaissant, gérant, distribuant des fonds pour le compte de leurs adhérents, toutes les
administrations publiques, y compris la police et la gendarmerie, les entreprises et les
établissements publics ou les organismes contrôlés par l’autorité administrative, les
organismes de sécurité sociale, les tribunaux, toutes les personnes ayant la qualité de
commerçant, d’industriel, d’artisan, d’agriculteur, ou exerçant une profession libérale, les
personnes effectuant des opérations d’assurance, les banques, les intermédiaires
professionnels de bourse de valeurs, les dépositaires de documents publics et les sociétés
astreintes, notamment à la tenue de registres de transferts d’actions ou d’obligations, de
feuilles de présence aux assemblées générales, de procès-verbaux des Conseils
d’administration et des rapports des commissaires aux comptes. Toute personne qui s’abstient
de communiquer dans ce cadre fait l’objet d’une mise en demeure valant commandement de
communiquer sous peine de sanctions en cas d’inaction dans un délai de 08 jours à compter
de la notification de la demande d’informations.

Enfin, l’administration dispose également, en matière fiscale, d’un droit d’enquête et de


vérification des stocks. Le droit d’enquête est mis en œuvre par des agents du fisc ayant au
moins le grade de contrôleur des impôts. Il consiste, pour ces derniers, à se faire présenter et
prendre copie des factures, de la comptabilité-matière, tous documents douaniers justifiant de
la perception de la TVA à l’importation, la réalité d’une exportation l’application d’un régime
suspensif. De même, les agents des impôts peuvent-ils procéder, de manière inopinée, à la
constatation physique des stocks portant sur un ou plusieurs produits au titre de la période non
prescrite. Les sanctions en matière de constatation des stocks sont les mêmes que celles
applicables en matière d’enquête telles que fixées à l’article L104 du CGI. Ladite disposition
prévoit qu’ « une amende forfaitaire pouvant aller jusqu’à cinq millions (5 000 000) de francs
sera appliquée à toute personne ayant communiqué de fausses informations ou ayant tenté de
se soustraire ou de s’opposer au droit de communication ou à l’avis à tiers détenteur. Une
astreinte de cent mille (100 000) francs par jour de retard, au-delà des délais indiqués sur la
demande, est applicable à toute tentatives de différer l’exécution du droit de communication ».
En contrepartie de ces prérogatives du fisc, le contribuable bénéficie d’un certain nombre de
droits et garanties.

2- Les droits et garanties du contribuable

La législation fiscale accorde au contribuable contrôlé divers droits et garanties de nature à


limiter les pouvoirs de l’administration et à favoriser la loyauté des relations entre celle-ci et
le contribuable en phase de contrôle de l’impôt.

Au rang des droits, l’on peut citer à titre principal, le principe des droits de la défense. Il se
décline à travers divers mécanismes liés à la procédure de contrôle fiscal. Premièrement, le
droit à l’information. Par principe, en matière de contrôle, et sauf l’hypothèse restrictive d’un
contrôle inopiné, l’administration doit informer le contribuable vérifié au moins 15 jours avant
la date prévue pour la première intervention par la notification avec décharge d’un avis de
vérification de comptabilité ou de vérification de situation fiscale d’ensemble. Le contribuable
doit également être informé de l’étendue du contrôle effectué, qu’il s’agisse des impôts et taxes
concernées ou de la période visée par le contrôle. Un exemplaire de la Charte du contribuable
doit également être mis à sa disposition sous peine de nullité de l'avis de vérification ou de
l'avis de passage

Deuxièmement, le principe des droits de la défense emporte également respect du principe du


contradictoire. Ainsi, le contribuable a le droit de se faire assister par un conseil de son choix
tout au long des opérations de contrôle. Mention doit d'ailleurs en être faite dans l'avis de
vérification sous peine de nullité. Par ailleurs, le fisc a l'obligation de notifier au contribuable,
à l'issue du contrôle, le procès-verbal récapitulatif des vérifications effectuées ainsi que les
conclusions à fins de redressement ou de non redressement suite aux vérifications effectuées.
Le contribuable a ainsi la possibilité de présenter ses observations le cas échéant.

Au-delà des droits qui lui sont reconnus, le contribuable bénéficie également de diverses
garanties fixées par la législation fiscale. Rentre dans ce cadre, la limitation dans le temps des
opérations de contrôle fiscal. A titre illustratif la vérification de comptabilité et le contrôle sur
place ne peuvent excéder une durée de 03 mois sauf circonstances exceptionnelles dûment
motivées. De même, constitue une importante garantie pour le contribuable vérifié, la
limitation du droit de reprise de l'administration. En effet, le droit de reprise ouvre la possibilité
pour le fisc de réparer les omissions totales ou partielles constatées dans l'assiette de l'impôt,
les insuffisances et inexactitudes, ou les erreurs d'impression en procédant à une imposition
complémentaire partant sur des exercices passés. Toutefois, cette prérogatives ne peut être
mise en œuvre que jusqu'à la fin de la quatrième année suivant celle au titre de laquelle l'impôt
ou la taxe est exigible. Il s'agit donc d'un mécanisme de prescription quadriennale du droit de
reprise. Ce point conduit à la lisière des questions relatives aux suites du contrôle de l’impôt.

B) Les suites du contrôle

Le contrôle exercé par l'administration sur les déclarations du contribuable n'est pas sans
conséquence pour ce dernier. Au cas où les vérifications effectuées révèlent des irrégularités,
le fisc peut procéder à un redressement d'impôts, même décidé des sanctions visant à réprimer
les manquements du contribuable ou de titre (L95).

1- Les redressements fiscaux

A l'issue du contrôle de l'administration peut constater une insuffisance, une inexactitude, ou


une omission dans les éléments servant de base au calcul des impôts, droits et taxes ou sommes
quelconques dues par le contribuable. En pareil cas, elle procède à un redressement fiscal, c'est
à dire un rétablissement de l’exactitude du calcul de l’impôt dû par ce dernière. Toutefois, il
importe de noter que ce redressement s'opère dans le respect du principe du contradictoire, le
contribuable étant obligatoirement appelé à présenter ses observations sur l'avis de
redressement motivé et chiffré notifié par l'administration. De même, lorsque le contribuable
s'obtient d'effectuer les déclarations prévues par la loi ou de fournir, lors de la vérification, les
données comptables auxquels il est tenu, voire même s'oppose à un contrôle fiscal,
l'administration peut procéder à une taxation d'office de ce dernier. Ce, sans préjudice des
sanctions qui pourraient être prise à l'encontre dudit contribuable défaillant.

2- Les sanctions

Au-delà, des redressements, le contrôle peut également aboutir à des sanctions à l'encontre du
contribuable. Celles-ci ont été classées par le législateur en deux catégories : les sanctions
fiscales et les sanctions pénales. Les sanctions fiscales prennent la forme d'intérêt ou pénalités.
Elles sanctionnent aussi bien des carences dans le cadre de la détermination de l'assiette de
l'impôt (insuffisance ou absence de déclaration, absence de numéro d'identification unique sur
une facture, absence ou falsification de factures) qu'en phase de recouvrement de l'impôt
(défaut ou retard de paiement). Quant aux sanctions pénales, elles prennent la forme de peines
privatives de liberté et d'amendes. Elles peuvent s'accompagner de peines complémentaires à
l'instar de d'échéance ou d'interdiction temporaire d'exercice. Les sanctions pénales répriment
les cas de fraude fiscale ou d'abus de droit. Elles sont prononcées par le juge répressif sur
plainte de l'administration.
DEUXIEME PARTIE : LE SYSTEME FISCAL
CAMEROUNAIS
CHAPITRE 1 : LES IMPOTS D’ETAT

Les impôts d’Etat sont les impôts dont le produit est destiné à couvrir les charges de l’Etat. Ils
constituent la part la plus significative du système fiscal et des recettes de l’Etat au titre des
impositions de toute nature. En schématisant quelque peu la présentation. Les impôts d’Etat
peuvent être classes en deux grands groupes.

- Les impôts sur les revenus (section I)


- Les impôts à la consommation (section II)

Section I : les impôts sur le revenu

L’essentiel des ressources financières de l’Etat provient des prélèvements fiscaux opérés sur
les revenus réalisés sur son territoire par les agents économiques. Il s’agit tout aussi bien, en
l’occurrence, des personnes physiques que personnes morales. Les premières sont ainsi
soumises à l’impôt sur le revenu des personnes physiques (IRPP) (I), tandis que le revenu des
secondes est grevé par l’impôt sur les sociétés (IS) (II)

i- L’impôt sur le revenu des personnes physiques (IRPP)

Comme sa dénomination le suggère à suffisance, L’IRPP est un impôt établi à destination des
personnes physiques. S’il présente un ensemble de caractéristiques générales importantes à
rappeler (A), il reste que son trait de complexité le plus saillant tient à l’identification des
revenus qui en constituent l’assiette (B)

A) Les caractéristiques générales de l’IRPP

L’IRPP est un impôt établit sur le revenu net global réalisé par les personnes physiques. Il est
dû, sous réserve de l’application des conventions internationales, par toute personne ayant son
domicile fiscal au Cameroun excepté les membres du corps diplomatique et personnels à statut
assimilé des organisations internationales. Sous cette réserve, sont considérées comme ayant
leur domicile fiscal au Cameroun, les personnes qui ont au Cameroun leur foyer ou le lieu de
leur séjour principal ; celles qui exercent au Cameroun une activité professionnelle.
Salariée ou non : celles qui ont au Cameroun le centre de leurs intérêts économiques. S’y
ajoutent aussi à titre principal, les fonctionnaires ou agents de l’Etat exerçant leurs fonctions
dans un pays étranger et qui ne sont pas soumis à l’impôt dans ce pays.

En ce qui concerne son recouvrement, ou les contribuables soumis à l’IRPP uniquement au


titre de leurs salaires, pension, et rentes viagère, l’impôt est privé à la source ce qui dispense
les assujettis de toute obligation déclarative. Par contre, pour les autres contribuables,
obligation est faite de souscrire au plus tard le 15 mars de chaque année une déclaration de
revenus réalisés au titre de l’année fiscale écoulée.

B) L’assiette de l’IRPP et le calcul de l’impôt

L’assiette de l’IRPP est déterminée pour chaque type de revenus nets catégoriels dont dispose
le contribuable au titre d’une année d’imposition. A ce propos, l’article 24 (2) CGI identifie
06 catégories de revenus pris en compte dans la détermination de l’assiette de l’IRPP :

- Le traitement, salaire, pension, et rentes viagère ;


- Les revenus fonciers ; les revenus de capitaux mobiliers ;
- Les bénéfices des activités artisanales, industrielles et commerciales ;
- Les bénéfices des exploitations agricoles ;
- Les bénéfices des professions non commerciales et assimilées.

Pour chaque catégorie, le revenu net s’obtient par application à la base imposable des
différents abattements et exonérations consacrés par la foi fiscales. Il est en outre prévu un
mode d’évaluation de la base imposable d’après les signes extérieurs de richesses. Ainsi,
conforment à l’article66 CGI, « est taxé d’office à l’impôt sur le revenu des personnes
physiques d’après les signes extérieurs des richesses, tout contribuable dont le dépenses
personnelles ostensibles et notoires sont supérieures aux revenus qu’il déclare ou tout
contribuable, qui, dans les même conditions, n’a pas souscrit de déclaration ». En pareil cas,
le revenu global imposable est déterminé en appliquant à certains éléments de train de vie (par
exemple la possession d’un véhicule à moteur, d’un yacht, d’une piscine, etc.…). Un barème
fixé par le législateur (ex. : d’après le barème fixé par la loi, une résidence avec piscine

Constitue un signe extérieur de richesse correspondant à un barème de revenu de l’ordre de


500.000FCFA)

Le calcul de l’IRPP s’opère de manière variable en fonction du type de revenu catégoriel


concerné. Pour ce qui est spécifiquement de l’IRPP appliqué au revenu net des salaires,
pensions et rentes viagères le taux de l’impôt, progressif par tranches de revenus est fixé
comme suit :

- Revenus de 0à 2000.000-----------------------10%
- Revenus de 2000.0010à 3000.000-------15%
- Revenus de 3000.001 à 5000.000--------------25%
- Revenus de plus de 500.000-----------35%

Par contre, pour les contribuables qui réalises des bénéfices industriels et commerciaux, des
bénéfices non commerciaux, des bénéfices agricoles ou des revenus fonciers, l’impôt est
calculé par application du taux de 30% prévu à l’article 17 CGI. Enfin, pour les revenus des
capitaux mobiliers, il est appliqué un taux de 15% sur le revenu imposable.

Dans tous les cas qui précédent, l’impôt est majoré de 10% au titre des centimes additionnels
communaux.

II- l’impôt sur les sociétés (IS)

L’IS constitue l’une des principales de sources de recettes de l’Etat. Il est assis sur l’ensemble
des bénéfices ou revenus réalisés par les sociétés et autres personnes morales. De fait, l’IS ne
s’applique pas seulement aux sociétés commerciales quelle que soit leur forme, il frappe
également les personnes morales de droit public (Etablissements publics) ainsi que les sociétés
civiles pour leurs activités à caractère lucratif. Le régime de l’IS comporte un élément de
complexité important en ce qui concerne la détermination du bénéfice imposable, (A) et
s’accompagne d’un ensemble d’obligations déclaratives particulièrement contraignantes à
l’ensemble des contribuables.

A) La détermination du bénéfice imposable et le calcul de l’import

D’une manière générale, la détermination du bénéfice imposable en matière d’IS est basée au
Cameroun sur le principe de territorialité. Ainsi, les bénéfices passibles de l’impôt sur les
sociétés sont en tenant compte uniquement des bénéfices obtenus dans les entreprises
exploitées ou sur les opérations réalisées au Cameroun, sous réserve des dispositions des
conventions internationales. A ce propos. Sont réputées exploitées au Cameroun : les
entreprises dont le siège social ou le lieu de direction effective est situé au Cameroun ; les
entreprises qui ont au Cameroun un établissement permanent ; ainsi que les entreprises qui
disposent au Cameroun d’un représentant dépendant.
L’IS est assis sur le bénéfice net. Il est déterminé d’âpres les résultats d’ensemble des
opérations de toute nature effectuées par les entreprises au cours de la période servant de base
à l’impôt. En outre, il est établi sous déduction de toutes charges nécessitées directement par
l’exercice de l’activité imposable au Cameroun. Sont ainsi admis en déduction du bénéfice au
titre de la détermination de l’assiette de l’IS : les frais généraux (rémunération et prestations
diverses, dépenses locatives, impôts, taxes et amendes, primes d’assurance, libéralités, dons
et subventions), les charges financières (notamment les intérêts servis aux associés), les pertes,
les amortissements, le petit matériel outillage.

S’agissant du calcul de l’IS, il est assis sur les bénéfices obtenus sur une période de 12 mois
correspondant à l’exercice budgétaire. Son taux est de 30% du bénéfice net imposable.

B les obligations des contribuables.

Pour la fixation de l’assiette de l’IS, les contribuables sont tenus de souscrire une déclaration
des résultats obtenus dans leur exploitation au cours de la période servant de base à l’impôt au
plus tard le 15 mars de l’année suivante. Ils doivent, en outre, fournir obligatoirement les
documents justificatifs établis conforment au plan comptable OHADA.

Par principe, l’impôt sur les sociétés est acquitté spontanément par le contribuable au plus tard
le 15 du mois suivant la réalisation d’un bénéfice déclaré. Il s’agit d’un compte (une avance)
sur le montant dû en fin d’exercice au titre de l’impôt sur les bénéfices réalisés durant tout
l’exercice fiscal. Le montant de cet acompte varie de 2% à 5% du chiffre d’affaires mensuel
en fonction du régime d’imposition du contribuable.

Section II : Les impôts à la consommation

Les impôts à la consommation consiste à texte un bien ou un service lors de son acquisition.
Pour l’essentiel, il s’agit d’impôts indirects. Le principal est la taxe sur la valeur ajoutée (TVA)
(I) qui se démarque en pratique des autres impôts ou droits indirects (II) en raison de
l’important volume de recette qu’elle génère.

1- La taxe sur la valeur ajoutée (TVA)

Pour le compte de l’exercice fiscal 2017, la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) a rapporté à l’Etat
plus de 1000milliards de FCFA de recettes, soit environ 45% des recettes fiscales totales
enregistrées au cours de l’exercice. Cet impôt constitue ainsi, et de loin, la première source de
revenus de l’Etat.
La TVA frappe à un taux proportionnel fixe les prix des produits et services. Ce taux est de
1.25%. D’un point de vue technique, le mécanisme de la TVA fonctionne à chaque étape de
la production ou de la distribution selon une application en quelque sorte en cascade. Ainsi, à
chaque étape de l’opération économique, le redevable légal de la taxe, c'est-à-dire le
commerçant, l’industriel ou le prestataire de service doit calculer la TVA et facturer à son
client une TVA qui vient s’ajouter au prix de vente. Il doit ensuite reverser au trésor la
différence entre la TVA qu’il a encaissée dite encore TVA collectée) et la TVA qu’il a lui-
même payée lors de l’acquisition auprès de ses fournisseurs de biens ou de services (TVA
déductible).

Cette différence encore appelée TVA nette est versée véridiquement à la recette des impôts,
en principe tous les mois, au moment de sa déclaration mensuelle par le redevable. Ainsi, la
TVA est- elle supportée en bout de course par le consommateur final qui ne peut quant à lui
exercer de droit de déduction. Le mécanisme assure toutefois au contraire une neutralité de la
taxation pour les entreprises assujetties.

II- les droits indirects

La catégorie des droits indirects recouvre une masse hétéroclite d’impôts comprenant
notamment les droits indirects d’accises, les droits de timbre, les droits d’enregistrement, la
taxe spéciale sur les produits pétroliers (TSPP), etc…

Dans cet ensemble pour le moins composite, les droits d’accises représentent sans doute
l’élément le plus important au plan économique, tant par leur rendement que par le nombre
des contribuables atteints. En effet, les droits d’accises ne sont autres que des impôts indirects
qui frappent la consommation de certains produits spécifiques à l’instar du tabac et des alcools.
En 2017, ces droits ont représenté pour l’Etat des revenus de plus de 335 milliards de FCFA,
les revenus du secteur pétrolier ne représentant à titre comparatif qu’environ 400 milliards de
FCFA.
CHAPITRE II : LES IMPÔTS LOCAUX

Les impôts locaux regroupent l’ensemble des prélèvements fiscaux affectés à la couverture
des charges des collectivités territoriales décentralisées. Ils forment la fiscalité locale qui
s’applique aux communes, aux communautés urbaines, aux communes d’arrondissement, aux
régions et à tout autre type de collectivité territoriale crée par la loi.

Les impôts locaux sont au cœur d’importants débats liés à la question de l’autonomie des
collectivités locales au Cameroun. Si la loi fondamentale consacre en son article 52 (2) le
principe de l’autonomie des collectivités locales, il va de soi en l’effectivité de celle-ci dépend
de l’importance des ressources financières dont disposent lesdites entités pour assumer les
compétences transférées par l’Etat central. Or de l’avis unanime de la doctrine, la structure du
système fiscal camerounais laisse apparaître un important déséquilibre entre les impôts d’Etat,
les plus productifs, et les impôts locaux constitués de prélèvements à faible rendement. Au
demeurant, au-delà de cette réalité économique, le pouvoir fiscal des collectivités locales, les
communes spécialement visées par le propos, demeure de toutes façons limité sur le terrain
strictement juridique :

- Les impôts locaux sont, pour une grande part, perçus par l’Etat (section I)
- Seule une partie des impôts locaux sont administrés par les collectivités territoriales
décentralisées elles-mêmes (section II)

Section I les impôts locaux perçus par l’Etat

D’après l’article 6(2) de la loi n°2009/019 du 15 décembre 2009 portant fiscalité locale, « les
services financiers de l’Etat impliqués dans la gestion des collectivités territoriales sont tenus
d’assurer, avec la même efficacité que pour les impôts de l’Etat, le recouvrement des impôts
locaux dont ils ont la charge ». À cette fin, ils s’assurent que le rendement annuel des impôts
correspond à un taux proportionnel établi en rapport avec le niveau de ressources fiscales de
la commune. Ces impôts sont, sauf, cas d’exception, émis et recouvrés dans les mêmes
conditions que ceux de l’Etat. Toutefois, il est prévu qu’en contrepartie des frais d’assiette et
de recouvrement des recettes fiscales effectuées au profit des collectivités territoriales et des
organismes publics, l’administration fiscale retient 10% sur les recettes perçues pour le compte
de ces collectivités territoriales et organismes.
Cela dit, concrètement, les produits des impôts communaux perçus par l’Etat proviennent de
deux types de prélèvement fiscaux : des impôts directs d’une part (I), des impôts indirects
d’autre part (II)

I- Les impôts directs

La fiscalité locale, pour la partie gérée par l’Etat, est composée essentiellement d’impôts
directs. Tous n’ont pas une égale importance en termes de rendement. Ce qui permet de
distinguer les principaux impôts directs locaux (A) des autres impôts directs locaux de moindre
importance financière (B)

A) Les principaux impôts directs locaux

Au rang des impôts directs locaux pris en charge par les services fiscaux étatiques, l’on en
compte quatre dont le produit consiste l’essentiel des recettes fiscales courante des
collectivités locales : les centimes additionnels communaux (CAC), l’impôt libératoire, la
contribution des parentes et la contribution des licences.

Les (CAC) sont une sorte de surtaxe instituée sur certains impôts d’Etat au profit des
communes. Précisément, sont ainsi affectés d’une majoration au titre des CAC, L’IRPP, L’IS,
la TVA, mais aussi les droits d’enregistrement. Le taux des centimes additionnels est fixé à
10% du principal de l’impôt concerné (par exemple l’entreprise assujettie à L’IS dont le taux
légal est de 30% payera un montant de : 30% +10% de 30% au titre CAC = 33%m).

L’impôt libération quant à lui est un impôt synthétique. Y sont assujettis les contribuables
exerçant une activité commerciale, industrielle, artisanale, ou agro-pastorale mais dont le
faible niveau de revenu les rend inéligible aux différents régimes d’imposition établis par la
loi par catégorie de revenus (régime du réel, régime simplifié, régime de base). Ils sont répartis
en quatre catégories A, B, C, et D. On y retrouve notamment les vendeurs ambulants, les
revendeurs fixes de produits vivriers (bayam-sellam), les vendeurs de soya, les salons de
coiffures, les exploitants de cafétéria ; les vendeurs de vin de palme ou de raphia, les
exploitants de secrétariat, les exploitants de téléboutique réalisant un chiffre d’affaires annuel
compris entre 5 et 10 millions de FCFA, etc…

Pour ce qui est de la contribution les patentes elle s’applique, sous réserve des exonérations et
des exemptions prévues par la loi à toute personne physique ou morale de nationalité
camerounaise ou étrangères qui exerce dans une commune une activité économique,
commerciale ou industrielle. La contribution du résulte de l’application d’un taux dégressif
sur le chiffre d’affaires réalisé par le contribuable au cours de la pénultième année. Ce taux est
arrêté par les collectivités territoriales bénéficiaires du produit de la patente, à l’intérieur d’une
fourchette légalement fixée par tranches de chiffre d’affaires. Ainsi à titre indicatif,

- Pour un chiffre d’affaires compris entre 5 millions et 15 millions de FCFA, le taux de


la patente s’inscrit dans la fourchette 0,283% à 0,400% ;
- Pour un chiffre d’affaires compris 15 millions et 100 millions de FCFA, le taux de la
patente s’inscrit dans la fourchette 0,158% à 0 ,16% ;
- Pour un chiffre d’affaires compris entre 100 million ET 300 millions de FCFA, le taux
de la patente s’inscrit dans la fourchette 0,133% à 0,150% ; etc …

Enfin, s’agissant de la contribution des licences, elle est due par toute personne physique ou
morale autorisée à se livrer à la vente en gros ou au détail à un titre quelconque ou à la
fabrication des boissons alcoolisées ou non alcoolisées. Le tarif de la contribution des licences
est de 02 fois le montant de la contribution des patentes pour les boissons non alcoolisées, et
de 04 fois le montant de la contribution des patentes pour les boissons alcoolisées. Le cumul
de la vente des boissons avec un autre commerce emporte le paiement de la contribution des
licences et de la contribution des patentes ou de l’impôt libératoire applicable au second
commerce.

B) Les autres impôts directs locaux

Outre les impôts qui viennent d’être examinés, il existe d’autres impôts directs locaux de
moindre importance du point de vue du volume de recettes qu’ils génèrent à l’échelle de
l’ensemble des communes. Il s’agit de la taxe foncière sur la propriété immobilière (TFP), de
la taxe de développement local, de la taxe sur les jeux de hasard et de la redevance forestière.

La taxe sur la propriété foncière est due annuellement sur les propriétés immobilières, bâties
ou non, situées au Cameroun, dans les chefs-lieux d’unités administratives. Dès lors, est ainsi
redevable de la taxe sur la propriété foncière, toute personne physique ou morale propriétaire
d’immeuble (S) bâti (S) ou non bâti (S), y compris tout propriétaire de fait, à l’exécution des
personnes exonérées (par exemple l’Etat, les collectivités territoriales décentralisées, les
établissements publics n’ayant pas un caractère industriel ou commercial, etc …). La taxe sur
la propriété foncière est assise sur la valeur des terrains et des constructions telle que déclarée
par le propriétaire et en fonction des barèmes établis par le fisc en cas de défaut de déclaration
ou de minoration de cette valeur par le contribuable. Le taux de la taxe est fixé à 0,1% de la
valeur de l’immeuble. Elle est exigible le 1er janvier de l’année d’imposition. Elle doit être
acquittée spontanément au plus tard le 15 mars, sur déclaration du redevable ou de son
représentant

La taxe de développement local quant à elle est perçue en contrepartie des services de base et
des prestations rendus aux populations, notamment l’éclairage public, l’assainissement,
l’enlèvement des ordures ménagères, le fonctionnement des ambulances, l’adduction d’eau,
l’électrification. En principe, d’après la loi tout au moins, le produit de la taxe de
développement local est consacré en priorité au financement des infrastructures nécessaires à
la fourniture des services qui viennent d’être décrits. La taxe du développement local est
perçue en même temps que l’impôt sur le revenu des personnes physiques, l’impôt libératoire
et la pente. Pour les employés du secteur public et du secteur privé, son taux maxima varie de
3000FCFA / an pour les personnes dont le salaire de base mensuel est compris entre
62.000FCFAet 75.000FCFA à 30.000FCFA/an pour les personnes dont le salaire de base
mensuel est supérieur à 500.000FCFA.

S’agissant de la taxe sur les jeux de hasard et divertissement, y sont soumis les jeux organisés
par les entreprises spécialisées et dument agréées à cet effet de même que les jeux et paris
proposés par les entreprises de téléphonie mobile via les services de communication SMS,
internet ou les services à valeur ajoutée. L’assiette de cette taxe est constituée par le chiffre
d’affaires réalisé sur les jeux et paris proposés par les opérateurs concernés. Son taux est de
15% majoré de 10% au titre des centimes additionnels communaux. Conforment à l’article 50
de la loi de 2009 portant fiscalité locale, le produit de la taxe sur les jeux de hasard et de
divertissement est affecté en totalité à la commune du lieu de situation de l’établissement
assujetti.

Enfin, pour ce qui est de la redevance forestière, il s’agit d’un prélèvement fiscal opéré sur les
entreprises titulaires de permis d’exploitation forestière fait l’objet d’une répartition entre
l’Etat (50%), et les communes (50%, dont :- 10% des 50% soit 5% prélevé par l’Etat comme
frais d’appui au recouvrement, 36% des 50% soit 18% prélevé par le FLICOM ; 54% des 50%
soit 27% du total véritablement destiné à la commune du lieu de localisation du titre
d’exploitation forestière)

Au produit de ces impôts directs, s’ajoute celui généré par les impôts indirects prélevés par le
fisc au profit des collectivités locales.
II- Les impôts indirects

En sus des impôts directs, les ressources fiscales des collectivités locales proviennent
également d’impôts indirects recouvrés par l’Etat. Il s’agit des droits de mutation d’immeubles
et des droits de timbre automobile.

Les droits d’enregistrement sont des frais perçu par le fisc pour l’enregistrement de différents
types d’actes (contrats, brevets, décisions de justice, etc.---) incluant les actes translatifs de
propriété portant sur des immeubles. Le délai d’enregistrement des actes de mutations
d’immeubles est de 01 à 03 mois à compter de la date de validité de l’acte. Pour les ventes ou
toutes transmissions à titre onéreux de propriété ou d’usufruit de biens meubles ou immeubles,
la valeur servant d’assiette à l’impôt est déterminée par le prix exprimé dans l’acte, augmenté
des charges et indemnités, au profit du cédant, ou par l’estimation des parties si la valeur réelle
est supérieure en cas de besoin, ou par voie d’expertise dans les cas autorisés par le présent
acte. Suivant la loi portant fiscalité locale, le produit des droits de mutation d’immeubles est
lui aussi affecté en totalité à la commune du lieu de situation de l’immeuble.

Le droit de timbre s’applique sur les véhicules automobiles et sur les engins à moteur à deux
ou trois roues en circulation sur le territoire camerounais. Il est annuel et la période
d’imposition s’étend du premier janvier de chaque année au 31 décembre de l’année suivante.
Les taux du droit de timbre sur les véhicules automobiles varient de 2000FCFA/an pour les
motocyclettes à 100.000FCFA/pour les véhicules de plus de 20CV de puissance.

Section II. Les impôts locaux administrés par les communes.

Au-delà des impôts locaux gérés par l’Etat, et plus en cohérence avec le principe d’autonomie
des collectivités locales ; la loi fiscale consacre un ensemble de prélèvements fiscaux
administrés par les communes. Ceci revient à dire que ces dernières disposent d’un pouvoir
fiscal (i). Il convient d’en prendre une vue préalable, avant de procéder à l’identification
concrète des impositions placées sous ce régime

I- Le pouvoir fiscal des communes en matière de taxes communales

L’autonomie financière des collectivités locales consacrée par la constitution trouve une
traduction, fût-elle résiduelle, en matière fiscale. La loi de 2009 sur la fiscalité locale prise
ensemble avec le CGI confère des prérogatives, globalement limitées il est vrai, aux
communes en matière de gestion de certains impôts locaux.
Concrètement, les communes n’ont pas le pouvoir de créer des impôts et taxes. Cette
compétence appartient à l’Etat à travers le législateur. La loi fondamentale est claire sur ce
point en identifiant, en son article 26(1) d)3), comme relevant du domaine de la loi, « la
création des impôts et taxes et la détermination de l’assiette, du taux et des modalités de
recouvrement de ceux-ci ». En conséquence de ce qui précède, ainsi qu’il résulte de l’article 3
(1) de la loi n°2009/019 du 15 décembre 2009 portant fiscalité locale, « une collectivité
territoriale ne peut percevoir un impôt, une taxe ou une redevance que s’il (elle) est créé(e)(e)
par la loi, voté(e) par l’organe délibérant et approuvé(e)par l’autorité compétente ». De cette
disposition, il résulte un certain nombre de conséquences tant du de vue substantiel que du
point de vue formel.

Sous l’angle substantiel, l’on note premièrement que si les collectivités locales ne peuvent
créer de taxes ou d’impôts locaux, elles ont cependant une liberté de choix concernant la
décision d’instituer ou non sur leur territoire, l’un ou l’autre des impôts crées par la loi et
relevant de leur compétence. Deuxièmement, si le législateur détermine à l’avance l’assiette
des impôts locaux administrés par les communes, il en fixe généralement le taux dans le cadre
d’une fourchette comprenant un taux minima et taux maxima. De la sorte, il revient alors aux
communes d’établir elles-mêmes le taux de l’impôt à l’intérieur de la fourchette définie par la
loi. Enfin, pour ce qui est des impôts qu’elles administrent, les communes en assurent
directement le recouvrement conformément aux règles et procédures définies par la loi fiscale.

En particulier, elles ne peuvent déléguer à une personne privée la gestion des opérations de
recouvrement des impôts locaux puisque, conformément aux énonciations de l’article 11 de la
loi 2009/019 « les opérations d’émission et de recouvrement des taxes communales ne peuvent
faire l’objet de concession, sous peine de nullité ».

Sous l’angle formel, l’article 3(1) précité apporte deux précisions importantes s’agissant des
modalités d’exerce par les communes de leurs compétence fiscales. D’abord, le conseil
municipal en tant qu’organe délibérant est l’instance compétente pour instituer toute nouvelle
taxe communale. C’est également à cette instance qu’il revient de fixer, par une délibération,
le taux des impôts locaux institués au niveau de la commune. Ensuite, les délibérations en
matière d’institution d’impôts locaux et celles fixant leur taux doivent recevoir l’approbation
de l’autorité de tutelle. L’on pourrait ainsi dire qu’en matière fiscale, les collectivités jouissent
d’une liberté étroitement surveillée qui, d’ailleurs, ne s’exerce que pour un nombre
prédéterminé d’impositions.
II- L’identification des impôts locaux administrés par les communes

La liste des impôts et taxes communales susceptibles d’être votés par le conseil municipal est
déclinée à l’article 62 de la loi N°2009/019 du 15 décembre 2009 portant fiscalités locale et
développée dans les dispositions suivantes. Il s’agit des prélèvements ci-après : la taxe
d’abattage du bétail, art. 65(1) ; la taxe sur le bétail, art. 68(1) ; la taxe sur les armes à feu,
art.73 ; la taxe d’hygiène et de salubrité, art. 77 (1) ; les droits de fourrière, art.79 (2) ; les
droits de place sur les marchés, art. 80 (1) ; les droits sur le permis de bâtir ou d’implanter, art.
87s. ; les droits d’occupation temporaire de la voie publique, art .91 (1) ; la taxe de
stationnement, art. 94 (1) ; les droits d’occupation des parcs de stationnement, art. 97 ; le ticket
de quai, art. 99 ; la taxe sur les spectacles, art. 100 ; les droits de stade, art. 102 ; la taxe sur la
publicité, art. 103 le droit de timbre communal, art.104 ; la redevance pour la dégradation de
la chaussée, art. 105 ; la taxe communal de transit ou de transhumance, art. 107 ; la taxe sur le
transport des produits de carrière, art. 108 ; les droits d’occupation des parkings, art. 111 ; la
taxe sur les produits de récupération, art. 113.

Il tombe sous le sens que ces différentes taxes ne présentent pas le même intérêt pour toutes
les communes qui les instituent alors en fonction de la structure des activités sur leur territoire
(par exemple la taxe sur le bétail n’aurait aucun rendement pour une commune non située dans
une zone d’élevage intensif). Au surplus, une analyse fine de ces différentes taxes laisse
apparaître une prédominance des redevances domaniales : c'est-à-dire des prélèvements
fiscaux pour occupation ou utilisation du domaine communal, qualifiées improprement de
taxes (par exemple : les droits d’occupation des parcs de stationnement, les droits de place sur
les marchés, etc…). Ce qui implique donc que le rendement des impôts locaux est fonction de
la capacité de la commune à se doter d’infrastructures publiques susceptibles de générer des
recettes fiscales perçues auprès des utilisateurs desdites infrastructures.

Si le pouvoir fiscal communal est limité, il n’est donc pas nul et dépend aussi de la capacité
des exécutifs communaux à utiliser de manière optimale les possibilités offertes par les textes.
DROIT DOUANIER

OBJECTIF DU COURS : Former les étudiants à la connaissance et à l’utilisation des règles


et techniques qui régissent la douane en général et au Cameroun en particulier.

DESCRIPTIF DU COURS : Généralités sur le droit douanier, les services douaniers, les
régimes douaniers, le dédouanement, le contentieux douanier.
PLAN DU COURS (Droit douanier)
CHAPITRE I : GENERALITES SUR LE DROIT DOUANIER

Section 1 : Histoire et évolution de la douane

A- Histoire de la douane : les origines étrangères


B- Evolution de la douane : la réforme fiscalo-douanière et l’avènement de la CEMAC
Section 2 : Définition et caractère de la douane

A- Définition du droit de douane


1-A l’importation

2-A l’exportation

B- Les caractères du droit de douane


1- La portabilité
2- L’uniformité
3- La fixité
4- La généralité
Section 3 : Sources du droit douanier et territoire douanier

A- Les sources du droit douanier


B- Le territoire douanier
CHAPITRE II LES SERVICES DOUANIERS

Section 1 : L’architecture des services douaniers

A- Le service de lerigade
B- Le service de bureau
Section 2 : Les pouvoirs des services douaniers

A- Les droits d’enquête


1- Les visites domiciliaires
2- Le droit d’obtenir des communications
3- Le contrôle douanier des envois par la poste
B- Les droits de saisie
1- La saisie des documents
2- La saisie des marchandises
CHAPITRE III : LES REGIMES DOUANIERS

Section 1 : Les régimes d’importation

A- Régime général : mise à la consommation


B- Régimes particuliers
1- Les régimes suspensifs
2- Les régimes économiques
3- Le transbordement
Section 2 : Les régimes d’exportation

A- Le régime général : exportation en simple sortie


B- Régimes particuliers
1- Le régime de la réexportation en suite des régimes douaniers économiques
2- Le régime de l’exportation temporaire
3- Le dépôt
CHAPITRE IV : LA PROCEDURE DE DEDOUANEMENT

Section 1 : La préparation de dédouanement

I- CONDUITE ET MISE EN DOUANE DES MARCHANDISES EN


IMPORTATION DIRECTE
A- Conduite des marchandises en importation directe
1- Le transport par mer
2- Le transport par voie aérienne
3- Le transport par voie terrestre
B- Mise en douane des marchandises en importation directe
1- La déclaration sommaire
2- Déchargement et prise en charge des marchandises
II- CONDUITE ET MISE EN DEMEURE A L’EXPORTATION
Section 2 : La déclaration en détail

A- Les éléments internes de la déclaration


1- Le contenu de la déclaration
2- La forme de la déclaration
B- Les éléments externes de la déclaration
1- Lieu de dépôt de la déclaration en détail
2- Les personnes habilitées à déclarer les marchandises en détail : les commissionnaires
en douanes
3- Délais de dépôts de la déclaration en détail
Section 3 : Le paiement des droits et taxes douanières

A- Liquidation des droits et taxes


B- Le paiement au comptant
CHAPITRE V : LE CONTENTIEUX DOUANIER

Section 1 : L’infraction douanière

A- Classement des infractions douanières et peines principales


1- Contravention douanières
2- Délits douanières
B- Peines complémentaires
1- Confiscation
2- Astreinte
3- Peines privatives de droits
Section 2 : La compétence des tribunaux en matière douanière

A- La détermination de la compétence des tribunaux


1- Compétence matérielle
2- Compétence territoriale
B- Procédure devant les tribunaux
1- Procédure devant les tribunaux de police et d’instance
2- Procédure devant les juridictions correctionnelles
BIBLIOGRAPHIE INDICATIVE

1. Ouvrages étrangers

- BERR (C.J), Introduction au droit douanier, Economica, 2008


- LUCAS (R), Douanes, échanges internationaux, SupFoucher 2018 ;
- DESCOURS (B) et DI FELICE (P), La douane : les fondamentaux, Le Génie
éditeur, 2017 ;
- EVRAD (S) et al., Les aspects transfrontaliers de la contrefaçon, l’Harmattan
2017 ;
- BOUGA BOUKARI (D), Concepts et pratiques professionnelles en douane –
Origines, procédures, régimes et valeur, l’Harmattan 2017 ;
- SOULARD (C), Guide pratique du contentieux douanier, Lexis
Nexis/Litec, 2015 ;
- ALBERT (J.L), Douane et droit douanier, PUF, 2012 ;
- JAME (L), Dictionnaire de douane : customs &Excise Dictionary, Janus Editions,
2001.

2. Ouvrages régionaux (CEMAC) et nationaux

- AVESSA (A), Eléments de droit douanier, des procédures et des techniques


douanières dans les Etats membres de la CEMAC, Editions Connaissance et
Savoirs, 2011 ;
- NZAKOU (A), Droit fiscal et douanier appliqué, Imprimerie Saint Paul
(Yaoundé), 2011 ;
- DJEUWO (M), Le contentieux douanier dans les pays CEMAC, l’Harmattan
Cameroun, 2015 ; - Code des douanes CEMAC.
INTRODUCTION

Le droit des douanes peut être défini comme une discipline scientifique qui s’intéresse à
l’étude des règles juridiques régissant les services, les régimes, les procédures douaniers et le
contentieux y relatif.
L’importance d’un tel Enseignement s’impose avec évidence. La douane représente en effet
un part considérable des recettes des Etats. Les administrations douanières financent entre 10
et 60 % des budgets nationaux par la perception des recettes fiscales selon le niveau de
développement économique des Etats (en 2017 par exemple la douane camerounaise a
rapporté 721 milliards de recettes). Elles assurent par ailleurs le contrôle des opérations
commerciales tout en veillant à la fluidité des échanges commerciaux (v°M. Djeuwo, p.11-
12).
Les importateurs et les exportateurs sont souvent gênés par l'impossibilité de pouvoir
rechercher facilement les formalités à satisfaire pour l'accomplissement de leurs opérations de
dédouanement de même que les professionnels ont aussi grand intérêt à retrouver dans un
Cours exposé de façon succincte et synthétique, une réglementation complexe et mouvante.
Le besoin d’étudier le droit douanier s’est encore plus ressentir depuis la création de la
Communauté Economique et Monétaire de l'Afrique Centrale (CEMAC).
Le Cours comportera des références aux textes législatifs ou réglementaires de la CEMAC,
susceptibles d'éviter des recherches aux apprenants. Il s’accompagne d’ailleurs du Code des
douanes (mis à la disposition des apprenants).
Le Cours de droit de douane s’articulera en (5) cinq Chapitres :

- Chapitre I. Généralités sur le droit douanier


- Chapitre II. Les services douaniers
- Chapitre III. Les Régimes douaniers
- Chapitre IV. La procédure de dédouanement
- Chapitre V. Le contentieux douanier
CHAPITRE I. GENERALITES SUR LE DROIT DOUANIER
Il convient à l’entame du présent Enseignement d’éclairer un certain nombre d’aspects qui
permettront de faciliter la compréhension de la matière (la douane) qui en est l’objet.
Ceci passe par un détour historique pour marquer les grands traits de l’évolution. MICHELET
disait en effet que « celui qui veut s’en tenir au présent, à l’actuel ne comprendra pas l’actuel
» (Section 1) ; il faut ensuite camper la notion de douane dans ses différentes coutures, à travers
sa définition et ses caractères (Section 2) ; il faut enfin repérer les sources du droit douanier,
autrement dit les principaux textes applicables, et délimiter son périmètre d’application, c'est-
à-dire le territoire douanier (Section 3).
Section 1. Histoire et évolution de la douane

La présente section est repartie en deux point : le premier nous permettra d’évoquer les
origines estrangères de la douane (A) ; le second s’intéresse à l’évolution de la douane marqué
dans notre contexte par la grande réforme fiscalo-douanière.
A. Histoire de la douane : les origines étrangères

Il ne s’agit pas refaire toute l’histoire de la douane, mais de souligner les grands traits de sa
naissance et son évolution.
Deux points méritent d’être soulignés dans cette évolution : l’évolution de la fonction assignée
à la douane (1) et la naissance du Fisc (2).
1) L’évolution de la fonction assignée à la douane
Notons que la douane est née avec les Etats pour répondre à deux besoins :

- Contrôler les frontières pour éviter des invasions étrangères ;


- Garantir les ressources pour financer les différentes dépenses de l’Etat.

A la haute antiquité, les Territoires ont taxé des marchandises à l’importation pour
approvisionner les caisses de l’Etat et à l’exportation pour assurer l’approvisionnement en
denrées du marché intérieur.
Après la chute de l’Empire romain, le pouvoir fiscal sera morcelé et repartit entre féodalités.
Au 15 et 16ème siècle, la douane remplira une autre fonction : soutenir le commerce et de
protéger les manufactures nationales.

2) La naissance du Fisc

La Ferme générale (ancêtre du Fisc) apparaitra à la veille de la révolution française, ainsi les
droits de traite et autres droits indirects seront affermés par bail de 6 ans à une compagnie de
financiers que l’on appellera la Ferme générale constituée de 42 directions en province et 25
000 agents.
A la révolution française, la Ferme générale sera remplacée par la Régie des douanes
nationales.
Avec l’expansion coloniale durant le 19ème et 20ème siècle, la douane s’installera en Algérie,
au Maroc, en Afrique noire (Cameroun notamment).

B. Evolution de la douane : la reforme fiscalo-douanière et l’avènement de la


CEMAC

La reforme fiscalo-douaniere tire son origine d’une Décision de Bangui du n21 juin 1993 ayant
pour objet de corriger efficacement le système fisacalo-douanier mis en place depuis 1964 qui
est passé à côté de ses buts qui furent :

- L’amélioration des performances des Entreprises de l’Union douanière ;


- La libre circulation des personnes et des hommes ;
- L’intégration économique des Etats de l’Union ;

- La prospérité générale des populations.

Au lieu de ces finalités, l’on avait plutôt observé :

- La dégradation de l’efficacité des Entreprises ;


- Le protectionnisme des Etats de l’UDEAC ;
- Le niveau d’échanges faible entre les Etats de l’UDEAC ;

- L’appauvrissement des populations.

La reforme fiscalo-douanière échoua à son tour pour plusieurs raisons :

- L’absence d’harmonisation entre Entreprises relevant du Code d’investissements


et celles sous conventions avec l’Etat ;
- L’obstruction des frontières ;
- Le peu d’effet de l’abaissement des taux de douane ;
- Les gains fournis par la reformes furent affectés au remboursement des emprunts
plutôt qu’au financement de la production.

C’est dans ce contexte qu’interviendra la CEMAC qui instaura une politique douanière
commune dans laquelle chaque Etat s’abstient soit de créer de nouvelles taxes ; soit de les
augmenter ; soit d’introduire des exonérations pour certaines Entreprises.
Section 2. Définition et caractères de la douane

Il convient tout d’abord de définir le droit de douane (impôt) qu’il faut distinguer du droit des
douanes (discipline scientifique) (A) ; ensuite il faut souligner les différents caractères de la
douane (B).
A. Définition du droit de douane

Les droits de douane sont des impôts prélevés des marchandises importées lors de leur passage
à la frontière, ces droits peuvent être forfaitaires ou représenter un pourcentage du prix (droits
ad valorem).
La notion de « droit de douane » ne droit pas être confondue avec celle de « droit des douanes
» qui renvoie à la discipline scientifique, objet du présent Enseignement, telle qu’elle a été
définie dans notre propos introductif.

La douane est un droit qui peut être perçu à l’importation et à l’exportation.


1) A l’importation

Les marchandises qui entrent dans le territoire douanier sont passibles :

- des droits d’importation inscrits au Tarif des Douanes de la CEMAC (art. 3 C.D.). Le
tarif Extérieur Commun (TEC) indique pour chaque marchandise les droits à percevoir et les
bases de cette perception.

- La Taxe Communautaire d’Intégration (T.C.I). Le Code des Douane de la CEMAC


prévoit en effet à l’importation un tarif extérieur commun qui comprend le Droit de Douane
(D.D) et la Taxe Communautaire d’Intégration (T.C.I).

- En sus du droit et de la taxe précités, il est perçu des droits fiscaux (Taxe sur la Valeur
Ajoutée) et éventuellement des Droits d’Accises.
2) A l’exportation

Les marchandises qui sortent du territoire douanier sont, suivant leur origine, soumises au
tarif de sortie fixé par l’Etat membre d’exportation (art. 14 C.D.).
B. Les caractères du droit de douane
La portabilité.
Le droit de douane est un impôt portable. Sauf dérogations accordées par décision du
Directeur des Douanes, toutes les marchandises importées ou exportées doivent être conduites
dans un bureau de Douane pour y être déclarées, vérifiées et taxées, s'il y a lieu.
L’uniformité.
Le droit de douane à l’importation est perçu uniformément dans tout le territoire douanier.
La fixité.
Le droit de douane est fixe. En d'autres termes, il doit être perçu au taux indiqué par le tarif
d'entrée sous peine des sanctions prévues à l'égard des concussionnaires.
La généralité.
Le droit de douane est d’application générale : il s’applique à toute personne sans égard à sa
qualité. Les Etats eux-mêmes y sont soumis pour toutes les marchandises qu’ils importent
directement ou qui sont importées pour leur compte (art. 3 C.D.).
Quelques exceptions sont cependant prévues, notamment en faveur de certaines œuvres de
caractère national, telle que la Croix-Rouge, ou encore, en vertu du principe d’exterritorialité,
en faveur des services diplomatiques installés dans la CEMAC ou des membres étrangers de
certains organismes internationaux officiels siégeant dans les Etats membres (art. 276 C.D.).
Section 3. Sources du droit douanier et territoire douanier

Les sources du droit douanier sont les différents textes applicables à la douane
(A) ; elles ont un périmètre qui s’étend au Territoire douanier. Il reste à la délimiter (B).
A. Les sources du droit des douanes
Les sources de la réglementation douanière sont :

- le Code des Douanes de la CEMAC ;

- le Tarif Extérieur Commun (TEC) de la Communauté ;

- les Règlements du Conseil des Ministres de l'Union Economique de l'Afrique Centrale


(UEAC) ;

- les accords internationaux.

B. Le territoire douanier

Les règles de la législation douanière s'appliquent au territoire douanier de la Communauté


Economique et Monétaire de l'Afrique Centrale qui comprend abstractions faites des frontières
communes des Etats lorsqu’ils sont limitrophes, les territoires de :

- la République du Cameroun,
- la République Centrafricaine,
- la République du Congo,
- la République Gabonaise,
- la République de Guinée Equatoriale ;

- la République du Tchad.

Le territoire douanier est donc celui de la CEMAC, cela ne signifie pas que les règles
nationales n’ont aucun rôle à jouer, mais tout simplement que le cadre est celui de la CEMAC.
CHAPITRE II. LES SERVICES DOUANIERS
Le décret n°2005/119 du 15 avril 2005 portant organisation du Ministère de l’Economie et des
Finances fait de la direction Générale des Douanes (DGD) une des huit directions du MINEFI
devenu aujourd’hui le MINFI.
La présente leçon comporte deux articulations : la première est consacrée à la présentation de
l’architecture des services douaniers (Section 1) ; la seconde aborde la question des pouvoirs
reconnus à ces services (Section 2).
Section 1. L’architecture des services douaniers

Les services des douanes peuvent être envisagés suivant deux critères ; le critère administratif
qui permet de distinguer entre les Services centraux et les Services extérieurs ; le critère le
plus pertinent est toutefois le critère opérationnel qui permet de distinguer entre les Services
de Bureau (A) et les Services de Brigade (B).
A. LE SERVICE DE BRIGADE

Encore appelé « service actif », il est généralement localisé au niveau des postes de frontières
et veille à la surveillance dans le rayon des douanes (distance de 60 km à vol d'oiseau de la
frontière où, une contrôle douanier peut encore avoir lieu) dans les ports ainsi que les
aéroports. D’une manière générale, il veille à la conduite en douane des marchandises et des
personnes. Depuis la mise en route du système informatique SYDONIA++, le service de
brigade n’est plus localisé dans les magasins et aires et dédouanement. Dans ces services, les
grades peuvent se décliner comme suit :

- Les Préposés de douane (un V en argent) ;


- Les Brigadiers des douanes (deux V en argent) ;
- Les Adjudants des douanes (Une barre en or) ;
- Les Adjudants Principaux des douanes (Une barre en or et une barre en argent) ;
- Les Lieutenants des douanes (deux barres en or) ;
- Les Capitaines des douanes (Trois barres en or et une étoile en or) ;
- Les commandants des douanes (Trois barres en or, une étoile en or et une autre barre
en or).

B. LE SERVICE DE BUREAU

Encore appelée « service sédentaire », son rôle est de vérifier et de liquider les droits et taxes
de douane dus à l’importation ou à l’exportation. Il est garant de l’interprétation des textes
législatifs et réglementaires ainsi que du règlement des affaires contentieuses. Dans ces
services, les grades peuvent se décliner comme suit :

- Les commis des douanes ;


- Les Contrôleurs adjoints des douanes ;
- Les Contrôleurs des douanes ;
- Les Contrôleurs Principaux des douanes ;
- Les Inspecteurs des Douanes ;
- Les Inspecteurs Principaux des douanes ;
- Ces personnels en général ne portent pas de tenue de travail et exercent à l’intérieur ou
à proximité des bureaux.

Section 2. Les pouvoirs des services douaniers

Les pouvoirs reconnus aux Services douaniers sont à l’image de ce qu’il attendu chaque année
d’eux en termes de recettes. On distingue entre les pouvoirs d’enquête qui leur permettent de
rechercher des infractions (A) ; et les pouvoirs de saisie qui leur permettent d’entrer en
possession de l’objet de l’infraction (B).
A. LES DROITS D’ENQUETE

Les droits d’enquête concernent : les visités domiciliaires (1), le droit d’obtenir des
communications de la part de certaines Administration ou entreprises privées (2), et le contrôle
des envois postaux (3).

1) Les visites domiciliaires


Pour la recherche des marchandises détenues frauduleusement dans le rayon des douanes ainsi
que pour la recherche en tous lieux des marchandises irrégulières prévues à l'article 291 du
CD, les agents des douanes peuvent procéder à des visites domiciliaires en se faisant
accompagner soit d'un officier municipal du lieu, soit d'un officier de police judiciaire, soit
d'un représentant de l'autorité régionale ou locale. En aucun cas, ces visites ne peuvent être
faites pendant la nuit. Quelques exceptions sont prévues par l’article 75 du CD.
S'il y a refus d'ouverture des portes, les agents des douanes peuvent les faire ouvrir en présence
d'un officier municipal du lieu, d'un officier de police judiciaire ou d'un représentant de
l'autorité régionale ou locale dans.

2) Le droit d’obtenir des communications


Les chefs de bureaux et receveurs des douanes, les agents des douanes ayant le grade
d'inspecteur, de contrôleur ou d'officier des douanes peuvent exiger la communication des
papiers et documents de toute nature relatifs aux opérations intéressant leur service dans les
gares de chemin de fer (lettres de voiture, factures, feuilles de chargement, livres, registres,
etc.) ;

- dans les locaux des compagnies de navigation aérienne (bulletins d'expédition, notes et
bordereaux de livraison, registres de magasins, etc.) ;

- dans les locaux des entreprises de transport par route ;


- dans les locaux des agences ;
- dans les établissements bancaires ;

- et, en général, chez toutes les personnes physiques ou morales directement ou indirectement
intéressées à des opérations régulières ou irrégulières relevant de la compétence de
l'administration des douanes.

Les divers documents visés ci-dessus doivent être conservés par les intéressés pendant un délai
de trois ans à compter de la date d'envoi des colis, pour les expéditeurs, et à compter de date
de leur réception, pour les destinataires.
3) Le contrôle douanier des envois par la poste

Les fonctionnaires des douanes ont accès aux bureaux de poste sédentaires ou ambulants, y
compris les salles de tri, en correspondance directe avec l'extérieur, pour y rechercher, en
présence des agents des postes, les envois clos ou non, d'origine intérieure ou extérieure, à
l'exception des envois en transit, renfermant ou paraissant renfermer des objets de la nature de
ceux visés au présent article.
L'administration des postes est également tenue de soumettre au contrôle les envois frappés
de prohibitions à l'exportation, passibles de droits ou taxes perçus par l'administration des
douanes ou soumis à des restrictions ou formalités à la sortie.
Il ne peut en aucun cas être porté atteinte au secret des correspondances.
B. LES DROITS DE SAISIE

Les droits de saisine des agents de douane concernent aussi bien les documents (1) que les
marchandises (2).

1) La saisie des documents


Au cours des contrôles et des enquêtes opérés chez les personnes ou sociétés, les agents des
douanes désignés par ce même paragraphe peuvent procéder à la saisie des documents de toute
nature (comptabilité, factures, copies de lettres, carnets de chèques, traites, comptes de banque,
etc.) propres à faciliter l'accomplissement de leur mission.

2) La saisie des marchandises

- Saisies portant sur le faux et sur l'altération des expéditions


Si le motif de la saisie porte sur le faux ou l'altération des expéditions, le procèsverbal énonce
le genre de faux, les altérations ou surcharges. Lesdites expéditions, signées et paraphées ne
varietur par les saisissants, sont annexées au procès-verbal qui contient la sommation faite au
prévenu de les signer et sa réponse. - Saisies à domicile
En cas de saisie à domicile, les marchandises non prohibées ne sont pas déplacées sous réserve
que le prévenu donne caution solvable de leur valeur. Si le prévenu ne fournit pas caution, ou
s'il s'agit d'objets prohibés, les marchandises sont transportées au plus proche bureau ou
confiées à un tiers gardien constitué soit sur les lieux de la saisie, soit dans une autre localité.

- Saisies portant sur le faux et sur l'altération des expéditions


Si le motif de la saisie porte sur le faux ou l'altération des expéditions, le procèsverbal énonce
le genre de faux, les altérations ou surcharges. Lesdites expéditions, signées et paraphées ne
varietur par les saisissants, sont annexées au procès-verbal qui contient la sommation faite au
prévenu de les signer et sa réponse. - Saisies à domicile
En cas de saisie à domicile, les marchandises non prohibées ne sont pas déplacées sous réserve
que le prévenu donne caution solvable de leur valeur. Si le prévenu ne fournit pas caution, ou
s'il s'agit d'objets prohibés, les marchandises sont transportées au plus proche bureau ou
confiées à un tiers gardien constitué soit sur les lieux de la saisie, soit dans une autre localité.

- Saisies sur les navires et bateaux pontés


A l'égard des saisies faites sur les navires et bateaux pontés, lorsque le déchargement ne peut
avoir lieu tout de suite, les saisissants apposent les scellés sur les panneaux et écoutilles d-3s
bâtiments.
Le procès-verbal, qui est dressé au fur et à mesure du déchargement, fait mention du nombre,
des marques et des numéros des ballots, caisses et tonneaux. La description en détail n'est faite
qu'au bureau, en présence du prévenu ou après sommation d'y assister ; il lui est donné copie
à chaque vacation. - Saisies en dehors du rayon
En dehors du rayon, les dispositions des articles précédents sont applicables aux infractions
relevées dans les bureaux, entrepôts et autres lieux soumis à la surveillance du service des
douanes.
Les procès-verbaux constatant les délits de douane sont remis au Procureur de la République
ou au magistrat qui en remplit les fonctions et les prévenus capturés sont traduits devant ce
magistrat. A cet effet, les autorités civiles et militaires sont tenues de prêter main forte aux
agents des douanes à la première réquisition.
L'administration des douanes peut faire procéder à la destruction des marchandises sans valeur
vénale et des denrées impropres à la consommation, des produits nuisibles à la santé publique
et des objets susceptibles de porter atteinte aux bonnes mœurs ou à l'ordre public. Les
destructions doivent être constatées par des procès-verbaux.
CHAPITRE III. LES REGIMES DOUANIERS
Le régime douanier le statut juridique donné à une marchandise à l’issue de son dédouanement.
Les divers régimes douaniers susceptibles d'être assignés aux marchandises présentées dans
les bureaux de Douane ont repartis en régimes d’importation (Section 1) et régimes
d’exportation (Section 2).
Section 1. Les régimes d’importation

A - Régime général : mise à la consommation

Le régime douanier général ou de droit commun est le statut donné à une marchandise après
dédouanement qui aboutit au paiement des droits et taxes de douane.
Les marchandises présentées pour la consommation intérieure sont soumises aux droits de
Douane et autres taxes applicables. Celles qui sont prohibées à l'entrée ne peuvent être mises
à la consommation, sauf dérogation prévue par les règlements.
B. Régimes particuliers

Le régime particulier est le statut donné à une marchandise, pour permettre de la gérer en
attendant qu’une destination définitive lui soit donnée.
La législation douanière prévoit un certain nombre de régimes qui ont pour objet soit d'éviter
l'application des droits de douane et des autres taxes aux marchandises qui seront réexportées
par la suite ; soit de différer cette application jusqu'au moment de la mise à la consommation
des marchandises importées.
Ces régimes permettent également de suspendre l'application des mesures de prohibition, étant
entendu que les marchandises doivent être obligatoirement réexportées s'il ne peut pas être
dérogé à la prohibition qui les frappe dans les conditions prévues par les règlements. Ces
régimes particuliers sont les suivants :

1) Les régimes suspensifs

Le régime suspensif est le statut donné à une marchandise après dédouanement, qui lui permet
de circuler, d’être stockée, sans que les droits et taxes de douane n’ait été acquittés au
préalable. Les différents régimes suspensifs sont :

- Le transit, qui permet de transporter des marchandises sous douane en suspension des
droits, taxes ou prohibitions, soit à destination soit au départ d'un point déterminé du territoire
douanier, sous réserve des conditions fixées par la
Douane et que la garantie exigée ait été constituée ;
- L'entrepôt, qui permet de placer dans un local, soumis au contrôle de la Douane, des
marchandises en suspension de tous droits, taxes et prohibitions en vue de leur réexportation
ou de leur mise à la consommation ultérieure ;

- L'admission temporaire, qui permet de recevoir dans le territoire douanier, en


suspension totale ou partielle des droits et taxes à l'importation, certaines marchandises
importées dans un but défini et destinées à être réexportées dans le délai fixé, soit en l'état, soit
après avoir subi une réparation ou une ouvraison déterminée.

2) Les régimes économiques

Le régime économique est le statut donné à une marchandise après dédouanement. Les
différents régimes économiques sont :

- Le perfectionnement actif est le régime douanier qui permet de recevoir dans un


territoire douanier, en suspension des droits et taxes à l'importation, certaines marchandises
destinées à subir une transformation, une ouvraison ou une réparation et à être ultérieurement
exportées ;

- Le perfectionnement passif est le régime douanier qui permet d'exporter


temporairement des marchandises qui se trouvent en libre circulation dans le territoire
douanier, en vue de leur faire subir à l'étranger une transformation, une ouvraison ou une
réparation et de les réimporter ensuite en exonération totale ou partielle des droits et taxes à
l'importation ;

- Le drawback est le régime douanier qui permet, lors de l'exportation de marchandises,


d'obtenir le remboursement (total ou partiel) des droits et taxes à l'importation qui ont frappé,
soit ces marchandises, soit les produits contenus dans les marchandises exportées ou
consommées au cours de leur production ;

- La transformation des marchandises destinées à la mise à la consommation, est le


régime douanier en application duquel les marchandises importées peuvent subir, sous le
contrôle de la Douane, avant la mise à la consommation, une transformation ou une ouvraison
ayant pour effet que le montant des droits et taxes à l'importation applicables aux produits
obtenus est inférieur à celui qui serait applicable aux marchandises importées ;

3) Le transbordement
Le transbordement est le régime douanier en application duquel s'opère, sous le contrôle de la
Douane, le transfert de marchandises qui sont enlevées du moyen de transport utilisé à
l'importation et chargées sur celui utilisé à l'exportation ; ce transfert étant effectué dans le
ressort d'un bureau de douane qui constitue, à la fois, le bureau d'entrée et le bureau de sortie.
Section 2. Les régimes d’exportation

A. Le Régime général : exportation en simple sortie


Les marchandises en libre circulation, prises sur le marché intérieur, sont soumises aux droits
et taxes dont elles sont passibles à l'exportation lorsqu'elles quittent le territoire douanier.
Les marchandises prohibées à l'exportation ne peuvent sortir du territoire douanier sauf
dérogation prévue par les règlements. B. Régimes particuliers

La législation douanière prévoit, à l'exportation, plusieurs régimes particuliers.

1) Le régime de la réexportation en suite des régimes douaniers économiques (ou


suspensifs)

Ce régime consacre l'exonération définitive des droits de douane et des autres taxes pour les
marchandises importées, réexpédiées en dehors du territoire douanier.

2) Le régime de l'exportation temporaire


Ce régime permet aux marchandises exportées de bénéficier de l'exonération totale ou partielle
des droits de douane d'importation lors de leur retour dans le territoire douanier en l'état ou
après ouvraison, ainsi que de l'exonération totale des droits et taxes de sortie.

3) Le dépôt
Les marchandises qui restent en douane au-delà des délais durant lesquels elles auraient dû
être dédouanées ou pour tout autre motif sont placées en dépôt de douane.
CHAPITRE IV. LA PROCEDURE DE DEDOUANEMENT
La procédure de dédouanement comporte un certain nombre d’opérations : il y’a d’abord ce
que l’on pourrait appeler la préparation du dédouanement (Section 1) suivi de la déclaration
en détail (Section 2) et du paiement des droits des douanes (Section 3).
Section 1. La préparation de dédouanement
Paragraphe 1. Conduite et mise en douane des marchandises en importation directe

A. Conduite des marchandises en importation directe


La conduite des marchandises en douane fait l’objet du Titre III du Code des Douanes (art.
79 à 105 C.D.). Les formalités de mise en douane sont reprises aux articles 106 à 109 C.D.
Tout importateur a l’obligation de conduire et de présenter ses marchandises à un bureau
de Douane, obligation qui donne lieu à un ensemble de formalités très strictes et qui constituent
la conduite des marchandises en douane. Cette conduite des marchandises en douane doit être
suivie, immédiatement après, d’une « prise en charge » par le Service des Douanes qui ne peut
s’opérer que par le dépôt préalable d’une « déclaration sommaire ».
Les formalités douanières ne peuvent, en principe, être accomplies que dans les bureaux de
Douane sauf dérogation accordée par décision du Directeur des Douanes (art. 57 du Code des
Douanes). Toutefois, par suite des conditions particulières de dédouanement des marchandises
suivant la nature de leur transport, il y a lieu de distinguer trois catégories de transport.
1) Le transport par Mer
Les obligations imposées aux capitaines à l’importation concernent aussi bien les capitaines
des navires marchands que les commandants des navires des marines militaires (art. 85 C.D.).
- Conduite en douane des marchandises

Le manifeste. Toutes les marchandises composant la cargaison du navire, à l’exception des


petites quantités appartenant aux équipages (pacotille), doivent être inscrites sur le manifeste
ou état général du chargement du navire (art. 79 C.D.).
Ces manifestes qui doivent être signés par le capitaine reprennent l’espèce et le nombre de
colis, leurs marques et numéros, la nature des marchandises et les lieux de chargement. La
rédaction ne doit comporter ni ratures, ni surcharges non approuvées, ni mots en interligne, ni
plusieurs articles sur une même ligne.
Les bagages des passagers ainsi que le courrier postal et les colis postaux ne doivent pas
être repris sur le manifeste. Le manifeste qui doit être établi avant l’entrée du navire dans la
zone maritime du rayon (art. 80 C.D.), est présenté à toute réquisition des agents des Douanes
qui se rendent à bord et soumis à leur visa « ne varietur ». Un exemplaire de celui-ci leur sera
remis.
Il est interdit de présenter comme unité dans un manifeste plusieurs colis réunis de quelque
manière que ce soit ; les marchandises prohibées par la loi tarifaire ou à titre absolu doivent
figurer sous leur véritable dénomination, par nature et espèce.

- Mise en douane des marchandises


 Obligations du capitaine à l’arrivée au port. Sauf cas de force majeure dûment justifiée,
les navires ne peuvent accoster que dans les ports pourvus d’un bureau de Douane (art.
81 C.D.).
 La déclaration sommaire. Dès l’arrivée au port, le capitaine est tenu de présenter le
journal de bord au visa des agents des Douanes. De plus, dans le délai de vingt-quatre
heures qui ne court pas les dimanches et jours fériés, le capitaine devra déposer au
bureau des Douanes :

1. à titre de déclaration sommaire : - le manifeste de la cargaison ; - les manifestes


spéciaux des provisions de bord et des marchandises de pacotille appartenant aux
membres de l’équipage.

2. les chartes parties ou connaissements, acte de nationalité et tous autres


documents qui pourront être exigés par l’Administration des Douanes en vue de
l’application des mesures douanières.

 Le déchargement des marchandises. Le déchargement des marchandises ou leur


chargement ne peut avoir lieu que dans l’enceinte des ports où les bureaux de Douane
sont établis. Les opérations de chargement et de déchargement sont soumises à
l’autorisation écrite et préalable des agents des Douanes et effectuées en leur présence.
Elles doivent avoir lieu pendant les heures d’ouverture des bureaux sauf dérogations
exceptionnelles (art. 84 C.D.).
 Reconnaissance et prise en charge des marchandises et apurement du manifeste. Le
dénombrement et la reconnaissance des colis débarqués (écor) sont assurés par les
agents des brigades par pointage du manifeste. La déclaration sommaire est annotée
au fur et à mesure de l’enregistrement des déclarations en détail.

- Dispositions communes aux importations et exportations par mer S’il existe à bord
des navires des provisions qui ont été affranchies des droits et taxes comme devant être
consommées en mer, elles doivent, jusqu’au départ du navire, être représentées à toute
réquisition du Service des Douanes.

Lorsqu’un navire arrête ses opérations de débarquement ou d’embarquement, les agents


des Douanes peuvent fermer les écoutilles et y apposer les plombs ou cachets qui ne doivent
être enlevés que par eux-mêmes.
Les pirogues et autres embarcations de moins de dix tonneaux de jauge brute sont tenues
de présenter leur chargement au bureau de Douane le plus voisin du lieu de provenance ou de
destination, soit pour y acquitter les droits et en recevoir le récépissé, soit pour se munir de
titres ou expéditions réglementaires.
Les pirogues et autres embarcations de moins de dix tonneaux de jauge brute ne peuvent
sortir des ports sans un permis de douane quel que soit le point de la côte vers lequel elles
doivent se diriger.
Les dispositions qui précèdent ne sont pas applicables à la navigation dans les fleuves et
rivières limitrophes des Etats qui, par convention, ont reconnu la liberté de navigation et la
neutralité des eaux (art. 95 à 99 C.D.).
2) Transport par voie aérienne
Les commandants de bord des aéronefs militaires sont soumis aux mêmes obligations et
formalités que les commandants de bord des aéronefs civils.
Les commandants de bord peuvent se faire suppléer, dans l’accomplissement de ces tâches par
une personne qualifiée, autorisée par l’exploitant qu’elle représente, à remplir toutes les
formalités d’admission et de congé de ses aéronefs.
- Conduite et mise en douane des marchandises

Route aérienne. Les aéronefs qui effectuent un parcours international doivent, pour franchir
la frontière, suivre la route aérienne qui leur est imposée et ils ne peuvent se poser que sur les
aérodromes douaniers. Ceux-ci sont désignés par le
Gouvernement de l’Etat où ils sont installés et toutes les dispositions nécessaires peuvent être
prises afin que les aéronefs n’échappent pas aux formalités douanières.
Déclaration sommaire. Par application de la Convention de Chicago, le dépôt de la déclaration
générale de chargement n’est que facultatif. Lorsque ce document n’est pas produit, le
commandant de bord doit présenter, à titre de déclaration sommaire, la copie conforme du
manifeste des marchandises en trois exemplaires. Ce manifeste vaut déclaration sommaire
pour le bureau de Douane de l’aéroport. Les bagages des passagers sont dispensés de
l’inscription au manifeste s’ils sont accompagnés ; les bagages non accompagnés doivent y
figurer.
- Déchargement des marchandises
Sont interdits tous déchargements et jets de marchandises en cours de route sauf cas prévus à
l’article 92, § 2 C.D. Les déchargements et transbordements des aéronefs doivent être
effectués pendant les heures et sous les conditions fixées par décision du Directeur des
Douanes et avec l’autorisation écrite des agents des Douanes et en leur présence. Cette
autorisation constitue le permis de décharger ou de transborder.
Les opérations ne peuvent se faire ni le dimanche, ni les jours fériés, si ce n’est pour les
voyageurs et leurs bagages et pour les marchandises sujettes à dépérissement qui risqueraient
d’être avariées.
Sur la demande des intéressés, et à leurs frais, des autorisations exceptionnelles de
déchargement et de transbordements en dehors des lieux, heures et jours déterminés par les
directeurs des douanes peuvent être accordées (art. 84-3 C.D.).
3) Transport par voies terrestres
- Conduite en douane des marchandises

Route légale. Toutes les marchandises importées par les frontières terrestres doivent être
aussitôt conduites au plus prochain bureau de Douane par la route la plus directe dite légale
désignée par le Gouvernement de l’Etat dont dépend ce bureau et acheminées directement,
après contrôle de la Douane, du bureau vers leur destination.
Les marchandises ne peuvent être introduites dans les maisons ou autres bâtiments avant
d’avoir été conduites au bureau ; elles ne peuvent dépasser celui-ci sans permis (art. 86 C.D.).
Les agents des Douanes ont le droit d’exiger la présentation des titres de transport
(feuille de route, autorisation de transport ou autres documents) sous le couvert desquels les
marchandises circulent sur la route légale entre la frontière et le premier bureau de Douane.

B. Mise en douane des marchandises en importation directe


1) La déclaration sommaire

Dès son arrivée au bureau, le conducteur des marchandises doit remettre au service à titre de
déclaration sommaire une feuille de route indiquant les objets qu’il transporte (art. 88 C.D.).
Les marchandises qui arrivent après la fermeture du bureau sont déposées sans frais dans les
dépendances du bureau jusqu’au moment de son ouverture ; dès cette ouverture, la déclaration
sommaire doit être remise au service.
La déclaration sommaire doit être signée par le déposant. Celui-ci peut être le conducteur des
marchandises, l’entrepreneur de transports ou son mandataire, si le conducteur est l’employé
d’une entreprise de transports.
Elle doit permettre l’identification des marchandises et, à cet effet, mentionner leur nature,
ainsi que le nombre, la nature, les marques et les numéros des colis.
Elle doit préciser la nature et l’espèce des marchandises prohibées (art. 88 C.D.).
2) Déchargement et prise en charge des marchandises

Les déchargements de marchandises ont lieu sous la surveillance des agents dans les bureaux
ou dans les endroits désignés à cet effet par le service.
A l’encontre de ce qui a été exposé précédemment pour les opérations réalisées par les voies
maritimes et aériennes, aucune disposition du Code des Douanes n’impose la formalité d’un
permis préalable pour procéder au déchargement des marchandises importées par les voies
terrestres.
Il est procédé au dénombrement et à la reconnaissance des colis ainsi qu’à l’enregistrement
des déclarations sommaires et à leur apurement dans les mêmes conditions que pour les
arrivages par mer.
Paragraphe 2. Conduite et mise en douane à l’exportation

Aux termes de l’article 94 du Code des Douanes, toutes les marchandises destinées à être
exportées doivent être conduites à un bureau de Douane ou dans les lieux désignés par le
Service des Douanes.
Sur les frontières terrestres, il est interdit aux transporteurs de prendre tout chemin tendant à
contourner ou à éviter les bureaux de Douane.
Les formalités prévues en matière d’importation sont également applicables à l’exportation en
ce qui concerne la conduite en douane des marchandises qui doivent être, dans les ports et
aéroports, stockées dans les magasins dits d’exportation.
Les marchandises destinées à l’exportation doivent être placées en principe dans des magasins
différents de ceux affectés au magasin de dédouanement à l’importation ou, à tout le moins,
dans des sections nettement différenciées et cloisonnées..
En sont exclues : - les marchandises prohibées à titre absolu à l’entrée ou à la sortie du territoire
douanier ; - les marchandises susceptibles de constituer un danger pour les personnes ou les
autres marchandises.
La sortie donne lieu à l’accomplissement des formalités afférentes au régime douanier assigné
à la marchandise, la déclaration définitive déposée permettant l’apurement de la déclaration
sommaire. La conduite à l’étranger doit être immédiate. Toutefois, les marchandises peuvent
être constituées en magasin ou en aire d’exportation dans les conditions prévues en matière
d’importation.
Section 2. La déclaration en détail

Les droits et taxes de douane sont perçus et les autres mesures douanières appliquées selon le
principe de la déclaration contrôlée.
Toutes les marchandises importées ou exportées doivent faire l’objet d’une déclaration en
détail. L’exemption des droits et taxes ne dispense pas de cette obligation (art. 110 C.D.) Des
règles particulières peuvent toutefois être appliquées dans certains cas (importation par la
poste ou par colis postaux, par exemple).
Le régime de la déclaration en détail comporte les éléments internes à la déclaration (A) et les
éléments externes (B). A. Les éléments internes à la déclaration

Deux éléments sont internes à la déclaration en détail. Il s’agit de son contenu (1) et sa forme
(2).
1) Le contenu de la déclaration

La déclaration en détail est l’acte juridique par lequel le déclarant :

- désigne le régime douanier qui sera assigné aux marchandises ;

- s’engage sous les peines de droit à accomplir les obligations découlant du régime douanier
déclaré ;

- fournit toutes les indications nécessaires pour permettre l’identification des marchandises en
cause et l’application à ces marchandises des mesures dont le Service des Douanes assure
l’exécution ;

La forme et le contenu des déclarations en détail dépendent du régime douanier.


2) La forme de la déclaration

Les déclarations en détail doivent être faites par écrit et doivent être signées par le déclarant.
Le Secrétaire Exécutif de la CEMAC détermine la forme des déclarations, les énonciations
qu’elles doivent contenir et les documents qui doivent y être annexés. Il peut autoriser, dans
certains cas, le remplacement de la déclaration écrite par une déclaration verbale (art. 120
C.D.).
Des spécimens des modèles de déclarations en douane sont déposés au siège des chambres de
commerce, dans les Directions Nationales et les bureaux de Douane. Ils indiquent les
caractéristiques du papier à utiliser (qualité, type, poids au mètre carré, couleur). La fourniture
des imprimés incombe aux redevables.

B. Les éléments externes à la déclaration en détail


Il s’agit du lieu de dépôt de la déclaration en détail (1) et de l’autorité habilité à recevoir
ladite déclaration (2) et des délais y afférents (3).

1) Lieu de dépôt de la déclaration en détail


La liste des bureaux de Douane a fait l’objet de l’acte n° 2/68- UDEAC du 11 décembre 1968.
Elle est fixée comme suit :

- République du Cameroun : Ngaoundéré gare, Banyo, Yaoundé- Nsimalen, Yaoundé-Poste,


Bertoua, Kentzou, Gouroua-Boulaï, Kousseri ; Maroua, Limani, Douala-Colis postaux,
Douala-Port I, II, III, IV, V, VI et VII, Youpwe, Garoua, Gaschiga, Figuil, Bamenda,
Bafoussam, Kribi, Bota, Cap Limboh, Lobe.
- République Centrafricaine : Bangui, Bouar, Berbérati.

- République du Congo : Pointe-Noire, Brazzaville, Dolisie,Ouesso, Pokola, Impfondo,


Enyelle.

- République Gabonaise : Libreville, Port Gentil.

- République de Guinée Equatoriale : Malabo – Bata

- République du Tchad : N’Djaména, Moundou, Sarh, Abéché.

La déclaration en détail doit être déposée dans un bureau de Douane ouvert à l’opération
douanière envisagée (art. 111 C.D.). En principe, tous les bureaux de Douane de plein exercice
sont ouverts aux importations de toute nature. Toutefois, ce principe comporte des exceptions
prévues par le CD.
2) Les personnes habilitées à déclarer les marchandises en détail : les
commissionnaires en douane

Les marchandises importées ou exportées doivent être déclarées en détail par leurs
propriétaires ou par les personnes physiques ou morales ayant obtenu l’agrément de
commissionnaires en Douane ou l’autorisation de dédouanement dans les conditions prévues
par les articles 113 et suivants du Code des Douanes.
Nul ne peut faire profession d’accomplir pour autrui les formalités de douane concernant la
déclaration en détail des marchandises s’il n’a été agréé comme commissionnaire en Douane.
L’Acte n° 31/81-CD-1220 du 14 décembre 1981 a fixé le Statut des Commissionnaires en
Douane agréés. Il a précisé notamment les conditions dans lesquelles les demandes d’agrément
doivent être introduites tant pour les personnes physiques que morales, les formalités à remplir
pour obtenir l’extension d’agrément ou un agrément personnel en cas de changement des
personnes habilitées à représenter une société.
Ce texte précise également la portée de l’agrément, les cas de renonciation et leur effet ; il
prévoit en outre la tenue d’un registre ouvert à la Direction des Douanes ainsi qu’au siège de
la Communauté où sont inscrites les personnes physiques ou morales titulaires de l’agrément.
3) Délais de dépôt de la déclaration en détail
La déclaration en détail doit être déposée :

- dans un délai de (3) trois jours francs après l’arrivée des marchandises au bureau (non
compris les dimanches et jours fériés, ni la durée du séjour réglementaire des marchandises en
magasin ou sur une aire de dédouanement) et pendant les heures d’ouverture du bureau ;

- à l’exportation au plus tard, dès l’arrivée des marchandises au bureau, ou dans les lieux
désignés par le service, ou, si les marchandises sont arrivées avant l’ouverture du bureau, dès
cette ouverture.

Les marchandises qui n’ont pas été déclarées en détail dans le délai légal sont constituées
d’office en dépôt par le Service des Douanes dans les conditions et délais fixés par les articles
269 à 272 C.D. (voir ci-dessous n° 236 à 241).
Les déclarations en détail régulièrement établies et déposées sont enregistrées par le Service
des Douanes après qu’elles aient été reconnues recevables. Après enregistrement, le Service
des Douanes procède à la vérification s’il le juge utile.
Si les conditions requises pour l’admission au régime douanier pour lequel elles ont été
déclarées se trouvent remplies, le Service des Douanes procède également aux autres
opérations nécessaires pour l’application des droits, taxes ou mesures correspondant à ce
régime.
Section 3. Le paiement des droits et taxes douanières

Le recouvrement des droits et taxes ainsi que leur prise en charge sont effectués conformément
aux règles figurant dans l'Acte n° 16/65-UDEAC-17 du 14 Décembre 1965 du Conseil des
Chefs d'État de I'UDEAC et aux règles de la comptabilité publique en vigueur dans chaque
État, pour autant que celles-ci ne sont pas contraires à celles-là,
En toute hypothèse, les chefs de bureaux des douanes sont chargés des perceptions de minime
importance concernant les paquets et colis postaux, les bagages des voyageurs et, en général,
les opérations effectuées sans le dépôt préalable d'une déclaration écrite.
Les modalités d'application du recouvrement sont déterminées par voie réglementaire.
Intéressons nous à la liquidation de ces droits et taxes (A) et au paiement qui doit en principe
se faire au comptant (B).

A. Liquidation des droits et taxes


Sauf application des dispositions transitoires prévues par l'article 18, les droits et taxes à
percevoir à l'importation et à l'exportation sont ceux en vigueur à la date d'enregistrement de
la déclaration en détail.
Les droits et taxes exigibles pour chaque article d'une même déclaration sont arrondis au franc
inférieur.

B. Le paiement au comptant

Les droits et taxes liquidés par l'administration des douanes sont payables au comptant. Les
agents chargés de la perception des droits et taxes sont tenus d'en donner quittance.
Les registres de liquidation et de paiement des droits et taxes peuvent être constitués par des
feuillets établis par des procédés mécanographiques ou informatiques et ensuite reliés.
Les droits et taxes ne sont pas dus sur les marchandises dont l'administration des douanes
accepte l'abandon à son profit. Les marchandises dont l'abandon est accepté par
l'administration des douanes sont vendues dans les mêmes conditions que les marchandises
abandonnées par transaction.
CHAPITRE V. LE CONTENTIEUX DOUANIER
Le contentieux douanier est défini par la réglementation douanière, comme un ensemble de
contestations susceptibles de donner lieu à un débat contradictoire devant les tribunaux à
l’occasion du fonctionnement du service des douanes.
Plusieurs auteurs (BILE (A), BERR (C.J) et TREMEAU (H), SOULARD (C)) ont proposé
d’autres définitions. Ils convergent à dire que le contentieux douanier désigne l’ensemble des
règles relatives à la naissance, le déroulement et la résolution des litiges ou l’interprétation de
la législation douanière.
Section 1. L’infraction douanière

A. Classification des infractions douanières et peines principales


Il existe cinq classes de contraventions douanières et trois classes de délits douaniers. Toute
tentative de délit douanier est considérée comme le délit même

1) Contraventions douanières

- Première classe. Est passible d'une amende de 50.000 à 200.000 Francs CFA toute
infraction aux dispositions des lois et règlements que l'administration des douanes est chargée
d'appliquer lorsque cette irrégularité n'est pas plus sévèrement réprimée par le Code. Ex :
Toute omission d'inscription aux répertoires.

- Deuxième classe. Est passible d'une amende de 500.000 à 2.000.000 Francs CFA tous
refus de communication de pièces ou d’opérations. Ex : toute inexactitude ou omission dans
les énonciations des éléments de la déclaration sur la valeur.

- Troisième classe. Est passible d'une amende égale au triple des droits et taxes éludés
ou compromis, sans préjudice du paiement des droits et taxes exigibles, toute infraction aux
dispositions des lois et règlements que l'administration des douanes est chargée d'appliquer
lorsque cette irrégularité a pour but ou pour résultat d'éluder ou de compromettre le
recouvrement d'un droit ou d'une taxe quelconque et qu'elle n'est pas spécialement réprimée
par le présent Code.

Ex : les déficits sur la quantité des marchandises placées sous un régime suspensif ; la non-
représentation des marchandises placées en entrepôt privé ou en entrepôt spécial.

- Quatrième classe. Est passible d'une amende égale à la valeur des marchandises tout
fait de contrebande ainsi que tout fait d'importation ou d'exportation sans déclaration, lorsque
l'infraction porte sur des marchandises de la catégorie de celles qui ne sont ni prohibées ou
fortement taxées à l'entrée, ni soumises à des taxes de consommation, ni prohibées ou taxées
à la sortie ; ainsi que toutes les fausses déclarations. Ex : toute fausse déclaration dans l'espèce,
la valeur ou l'origine des marchandises importées, exportées ou placées sous un régime
suspensif lorsqu'un droit de douane ou une taxe quelconque se trouve éludé ou compromis par
cette fausse déclaration.
- Cinquième classe. Est passible d'une amende égale au triple de la valeur des
marchandises, toute infraction aux dispositions des lois et règlements que le service des
douanes est chargé d'appliquer lorsque cette irrégularité se rapporte à des marchandises de la
catégorie de celles qui sont prohibées à l'entrée ou à la

2) Délits douaniers

- Première classe. Sont passibles de la confiscation de l'objet de fraude, de la


confiscation des moyens de transport, de la confiscation des objets servant à masquer la fraude
et d'une amende égale au double de la valeur de l'objet de fraude et d'un emprisonnement
pouvant s'élever à un mois, tout fait de contrebande ainsi que d'importation ou d'exportation
sans déclaration lorsque ces infractions se rapportent à des marchandises de la catégorie de
celles qui sont prohibées ou fortement taxées à l'entrée, ou soumises à des taxes de
consommation, ou prohibées ou taxées à la sortie.

- Deuxième classe. Sont passibles des sanctions fiscales et d'un emprisonnement de trois
mois à un an, les délits de contrebande commis par une réunion de trois individus et plus
jusqu'à six inclusivement, que tous portent ou non des marchandises de fraude.

- Troisième classe. Sont passibles de la confiscation de l'objet de fraude, de la


confiscation des moyens de transport, de la confiscation des objets servant à masquer la fraude,
d'une amende égale au quadruple de la valeur des objets confisqués et d'un emprisonnement
de six mois à trois ans. Ex : les délits de contrebande commis soit par plus de six individus,
soit par trois individus ou plus à dos d'animal ou à vélocipède, que tous portent ou non des
marchandises de fraude ; la contrefaçon.

La contrebande s'entend des importations ou exportations en dehors des bureaux ainsi que de
toute violation des dispositions légales ou réglementaires relatives à la détention et au transport
des marchandises à l'intérieur du territoire douanier.

B. Peines complémentaires
1) Confiscation
Indépendamment des autres sanctions prévues par le présent Code, sont confisqués les
marchandises qui ont été ou devaient être substituées dans les cas prévus aux articles 400
paragraphe 2a, 406 paragraphe 2c et 409 paragraphe 2° ; les marchandises présentées au
départ dans le cas prévu par l'article 410 paragraphe 1 ° ; les moyens de transport dans le cas
prévu par l'article 71 paragraphe du CD.

2) Astreinte

L'astreinte est une pénalité spéciale infligée au débiteur d'une obligation pour refus de
s'exécuter. Indépendamment de l'amende encourue pour refus de communication dans les
conditions prévues aux articles 76 et 117, les contrevenants doivent être condamnés à
représenter les livres, pièces ou documents non communiqués sous une astreinte de 100.000
Francs au minimum par chaque jour de retard.

3) Peines privatives de droits


Ceux qui sont jugés coupables d'avoir participé comme intéressés d'une manière quelconque
à un délit de contrebande ou à un délit d'importation ou d'exportation sans déclaration sont
déclarés incapables d'être électeurs ou élus aux chambres de commerce et aux tribunaux de
commerce, tant et aussi longtemps qu'ils n'auront pas été relevés de cette incapacité. A cet
effet, le Procureur Général envoie au Directeur national des douanes des extraits des jugements
correctionnels devenus définitifs ou des arrêts de la Cour relatifs à ces individus et assure leur
publicité par affichage dans les auditoires, bourses et places de commerce et insertion dans les
journaux, conformément aux dispositions du code de commerce.
Tout fait tombant sous le coup de dispositions répressives distinctes édictées par le présent
code doit être envisagé sous la plus haute acception pénale dont il est susceptible. En cas de
pluralité de contraventions ou de délits douaniers, les condamnations pécuniaires sont
prononcées pour chacune des infractions dûment établies.
Section 2. La compétence des tribunaux en matière douanière

Les personnes poursuivies pour infraction douanière peuvent être admises à transiger (article
327 du CD). La transaction peut intervenir avant ou après jugement définitif. Dans le second
cas, la transaction laisse subsister les peines corporelles. Toutefois la compétence de principe
est celle des juridictions.
A. La détermination de la compétence des tribunaux
La détermination de la compétence des Tribunaux en matière de contentieux douanier revient
à préciser leurs compétences matérielles et territoriales.

- Compétence « Ratione Materiae »

Les tribunaux de police connaissent des contraventions douanières et de toutes les questions
douanières soulevées par voie d'exception.
Les tribunaux correctionnels connaissent de tous les délits de douane et de toutes les questions
douanières soulevées par voie d'exception. Ils connaissent pareillement des contraventions de
douane connexes, accessoires ou se rattachant à un délit de douane ou de droit commun.
Les tribunaux d'instance connaissent des contestations concernant le paiement ou le
remboursement des droits, des oppositions à contrainte et des autres affaires de douane
n'entrant pas dans la compétence des juridictions répressives.

- Compétence « Ratione Loci »

Les instances résultant d'infractions douanières constatées par procès verbal de saisie sont
portées devant le tribunal dans le ressort duquel est situé le bureau de douane le plus proche
du lieu de constatation de l'infraction.
Les oppositions à contrainte sont formées devant le tribunal d'instance dans le ressort duquel
est situé le bureau de douane où la contrainte a été décernée.
Les règles ordinaires de compétence en vigueur dans chaque Etat membre sont applicables
aux autres instances.
B. Procédure devant les Tribunaux
Il convient de distinguer entre la procédure devant les Tribunaux de police et d’instance (1) et
celle se déroulant devant les tribunaux correctionnels (2).
1) Procédure devant les Tribunaux de police et d’instance

Citation à comparaître. Dans les instances résultant des contraventions aux lois et règlements
douaniers, la citation à comparaître devant le tribunal peut être donnée par le procès verbal qui
constate une contravention ; pour les autres instances, la citation est donnée conformément
aux dispositions du code de procédure civile.
Jugement. Au jour indiqué pour la comparution, le juge entend la partie si elle est présente et
est tenu de rendre de suite son jugement. Lorsqu'un jugement a été rendu par défaut, la partie
défaillante peut y faire opposition dans les trois jours de la signification qui lui a
Appel des jugements rendus par les juges d'instance. Tous jugements rendus par les juges
d'instance en matière douanière sont susceptibles, quelle que soit l'importance du litige, d'appel
devant la cour d'appel. L'appel doit être notifié dans les huit jours qui suivent la signification
du jugement, sans citation préalable.
2) Procédure devant les juridictions correctionnelles
Les dispositions de droit commun sur l'instruction des flagrants délits devant les tribunaux
correctionnels sont applicables dans le cas prévu par l'article 307. La mise en liberté provisoire
des prévenus résidant à l'étranger et arrêtés pour délit de contrebande doit être subordonnée à
l'obligation de fournir un cautionnement garantissant le paiement des condamnations
pécuniaires.
Les règles de procédure à suivre en matière de citations, jugements, oppositions, appels et
significations sont celles en vigueur dans l'État où a été constatée l'infraction. Les règles en
vigueur dans chaque État membre concernant les pourvois en cassation en matière civile et en
matière criminelle sont applicables aux affaires de Douane.
C. L’exécution des décisions
Deux points méritent d’être précisés : les suretés garantissant l’exécution (1) et les voies
d’exécution (2).

1) Suretés garantissant l’exécution


Droit de rétention. Dans tous les cas de constatation d'infraction douanière flagrante, les
moyens de transport et les marchandises litigieuses non passibles de confiscation peuvent,
pour sûreté des pénalités encourues, être retenus jusqu'à ce qu'il soit fourni caution ou versé
consignation du montant desdites pénalités.
Privilèges et hypothèques. L'Administration des douanes a, pour les droits, taxes, confiscation,
amende et restitution, privilège et préférence à tous les créanciers sur les meubles et effets
mobiliers des redevables, à l'exception des frais de justice et autres frais privilégiés, de ce qui
est dû pour six mois de loyer seulement, et sauf aussi la revendication dûment formée par les
propriétaires des marchandises en nature qui sont encore emballées.
Les commissionnaires en douane agréés ont également un droit de subrogation (article 359).

2) Les voies d’exécution


L'exécution des jugements et arrêts rendus en matière de douane peut avoir lieu par toutes
voies de droit. Les jugements et arrêts portant condamnation pour infraction aux lois de douane
sont, en outre, exécutés par corps.
Le droit de rétention. L'administration des douanes est autorisée à ne faire aucun paiement en
vertu des jugements attaqués par les voies d'opposition, d'appel ou de cassation, à moins qu'au
préalable ceux au profit desquels lesdits jugements ont été rendus n'aient donné bonne et
suffisante caution pour sûreté des sommes à eux adjugées.
Le cautionnement. Lorsque la mainlevée des objets saisis pour infraction aux lois, dont
l'exécution est confiée à l'administration des douanes, est frappée de recours par jugements
contre lesquels une voie de recours est introduite, la remise n'en est faite à ceux au profit
desquels lesdits jugements ont été rendus que sous une bonne et suffisante caution de leur
valeur. La mainlevée ne peut jamais être accordée pour les marchandises dont l'entrée est
prohibée.
La saisie-conservatoire. Dans les cas qui requerront célérité, le juge d'instance pourra, à la
requête de l'administration des douanes, autoriser la saisie, à titre conservatoire, des effets
mobiliers des prévenus soit en vertu d'un jugement de condamnation, soit même avant
jugement. L'ordonnance du juge sera exécutoire nonobstant opposition ou appel. Il pourra être
donné mainlevée de la saisie si le saisi fournit une caution jugée suffisante. Les demandes en
validité ou en mainlevée de la saisie sont de la compétence du juge d'instance.
Exercice anticipé de la contrainte par corps. Tout individu condamné pour contrebande est,
nonobstant appel ou pourvoi en cassation, maintenu en détention jusqu'à ce qu'il ait acquitté
le montant des condamnations pécuniaires prononcées contre lui ; cependant, la durée de la
détention ne peut excéder celle fixée par la législation relative à la contrainte par corps.
Aliénations des marchandises saisies. Elles concernent : les aliénations des marchandises
saisies pour infraction aux lois de douane ; les ventes avant jugement des marchandises
périssables et des moyens de transport ; l’aliénation des marchandises confisquées ou
abandonnées par transaction ; l’aliénation des objets confisqués ou abandonnés.
Les règles d’adjudications sont prévues par le CD.