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MEMOIRE RECHERCHE EN VUE DE L’OBTENTION DU DIPLOME

DE MASTER EN «ANALYSE ET POLITIQUES ECONOMIQUES»


SPECIALITE : AGRICULTURE, ALIMENTATION ET
DEVELOPPEMENT DURABLE

Préparé par : LAHBIB ABDELOUHAB

Sous le thème :

« Contribution à l’étude des enjeux et défis de l’entrepreneuriat


social dans les pays en développement : cas du Maroc »

Sous la direction de :
Mme Leila TEMRI : Maître de Conférences, SUPAGRO MONTPELLIER

Suffragants:

Mme Hélène ILBERT, Enseignant-chercheur, CIHEAM-IAMM


Mr Louis-Antoine Saisset, Maître de Conférences, SUPAGRO MONTPELLIER

Année universitaire: 2014/2015

1
Remerciement

La réalisation de cette recherche et la rédaction de ce mémoire n'auraient pu


être menées à échéance sans la collaboration de personnes que je désire
remercier.
Tout d'abord j’adresse mes remerciements à ma directrice de mémoire Mme
Leila TEMRI d’avoir accepté d’encadrer ma recherche et de m’avoir guidé et
orienté dans la conduite de ce travail. Je remercie également Mes suffragants
Mme Hélène ILBERT et Mr Louis-Antoine Saisset.
Mes remerciements vont également aux professeurs et corps pédagogique de
l’IAMM et de Supagro Montpellier en général et aux professeurs du Master
A2D2 en particulier.
Je tiens à remercier également Mr Nouredine Azzi, Mr Hassan Belhaj et Mme
Lamiaa Bounahmidi d’avoir accepté de participer à cette recherche.
Je tiens aussi à remercier ma famille et mes proches pour leur soutien et leurs
encouragements tout au long de cette année.

2
Résumé
L’entrepreneuriat social est un phénomène complexe qui suscite un grand débat et attire
l’attention des acteurs issus de tous les milieux : économique, politique, scientifique…
Généralement défini comme l’utilisation d’une approche fondée sur le marché pour résoudre
les problèmes sociaux, il se diffuse partout dans le monde comme une nouvelle stratégie
d’entreprendre, ouvrant des voies pour satisfaire les besoins sociaux abandonnés par l’Etat, et
conjuguant l’efficacité économique et utilité sociale. Cette recherche vise à faire le point sur
les efforts existant pour conceptualiser et contextualiser l’entrepreneuriat social, elle cherche
à explorer le paysage de l’entreprise sociale et contribuer à décrire et comprendre le
phénomène de l’entrepreneuriat social à travers ses différentes caractéristiques notamment
dans un pays en développement, et présenter les défis de l’entrepreneuriat social et les actions
à prendre pour son développement.

Abstract :
Social entrepreneurship is a complex phenomenon that arouses a big debate and attracts the
attention of actors from different backgrounds: economical, political, scientific... Generally
defined as the use of a market-based approach to solve social problems, it is spreading around
the world as a new strategy to undertake, opening new ways to meet social needs abandoned
by the state, combining economic efficiency and social utility. This research aims to clarify
the existing efforts so as to conceptualize and contextualize social entrepreneurship, it seeks
to explore the environment of social enterprise and help to describe and understand the
phenomenon of social entrepreneurship through its various characteristics especially in
developing countries, and present challenges of social entrepreneurship and the actions to take
for its development.

3
Sommaire
Introduction…………………………………………………………………….………5

Partie 1 : Revue de littérature sur l’entrepreneuriat social……………………………10

Chapitre1 : Revue de littérature sur l’entrepreneuriat social……………………10

Chapitre2 : Revue de littérature sur les concepts liés à l’entrepreneuriat social..20

Chapitre3 : Entrepreneuriat social et les concepts voisins……………………...26

Partie2 : lecture théorique de l’entrepreneuriat social dans le contexte des pays en

développement………………………………………………………………………...30

Chapitre1 : Les théories expliquant la création d’entreprises sur un

territoire…………………………………………………………………………30

Chapitre2 : Les caractéristiques de l’entrepreneuriat social dans les pays en

développement…………………………………………………………………..33

Chapitre3 : Le développement de l’entrepreneuriat social…………………….45

Partie 3 : la partie empirique……………………………………………………….....52

Chapitre1 : les éléments du contexte………….......................………………….53

Chapitre2 : Méthodologie de recherche …………………………………..…….55

Chapitre 3 : Analyse du guide d’entretien……………………………………....62

Conclusion générale…………………………………………………………………..67

4
Introduction :
Depuis une vingtaine d’année, on assiste à un développement de nouvelles recherches et de
nouveaux chantiers théoriques, dans de multiples champs disciplinaires comme les sciences
humaines et sociales, les sciences de gestion etc.
Aujourd’hui, nombreux sont les travaux qui révèlent des paradigmes novateurs ou font des
liens récents entre les disciplines, dans le but de faire émerger de grands débats. La notion
d’entrepreneuriat social fait partie de ces grands chantiers, et suscite un débat qui attire
l’attention des acteurs issus de tous les milieux : économique, politique, scientifique, et
médiatique. Par exemple le baromètre de l’entrepreneuriat social, retrace les principales
tendances de l’entrepreneuriat social dans le monde et présente des chiffres actualisés sur le
phénomène, et Convergences 2015, lui consacre annuellement une publication,
L’entrepreneuriat social est considéré comme une réalité ancienne, puisque son amplification
s’est réalisée en parallèle avec celle de l’économie sociale et solidaire dont les racines
remontent au milieu du 19e siècle. Mais, avec le retrait des Etats au niveau de certains
secteurs, la montée du chômage et les crises économiques, l’entrepreneuriat social connait un
renouveau et devenu comme « la solution » à la crise de confiance que connait le capitalisme
aujourd’hui.
En partant des différentes manifestations du phénomène, plusieurs définitions de
l’entrepreneuriat social ont été proposées. Zahra et al. (2009) en identifient 21 entre 1997 à
2007. Mais en général on peut distinguer entre deux grandes approches: une approche
européenne, centrée sur l’entreprise sociale, et la définie comme « une organisation avec un
but explicite de service à la communauté, initiée par un groupe de citoyens et dans laquelle
l’intérêt matériel des investisseurs est sujet à des limites. Les entreprises sociales placent une
grande valeur dans leur autonomie et supportent les risques économiques liés à leurs activités
» (J. Defourny et M. Nyssens, 2006, p. 2). Et une approche anglo-saxonne, généralement
américaine centrée sur le rôle de l’individu, « l’entrepreneur social qui exploite des
opportunités pour servir une mission sociale » (Thompson, 2008, Dees and Anderson, 2006,
Bornstein, 2004).
Le phénomène de l’entrepreneuriat social se diffuse partout et rapidement comme une
nouvelle tactique d’entreprendre, ouvrant des voies pour répondre aux problèmes sociaux et
conjuguant l’efficacité économique et utilité sociale. Ce phénomène, mondial, suscite
dernièrement un véritable enthousiasme tant au niveau de la recherche que de la pratique.

5
Dans les pays en développement, l’entrepreneuriat social prend tout son sens et s’avère
judicieux de mettre en place des stratégies réalistes en matière de développement économique
et social. Il pourrait y incarner une dimension d’innovation sociale au sens de la définition de
l’innovation sociale de Bouchard (1999, p.2).
Au Maroc, des initiatives innovantes à vocation sociale se sont multipliées ces dernières
années, impulsées notamment par l’Initiative Nationale pour le Développement Humain
(INDH). Ainsi que la création de « Moroccan Center for Innovation and Social
Entrepreneurship», qui a comme objectif principal la recherche des solutions innovantes et
entrepreneuriales pour chaque défi social au Maroc. Ces initiatives conduites par des acteurs
dits «entrepreneurs sociaux» se sont focalisées sur l’identification d’opportunités de réponse à
des besoins spécifiques ; sociaux, économiques ou environnementaux et sur la concrétisation
de ces opportunités par la mise en œuvre de solutions entrepreneuriales appropriées.
Malgré ces initiatives, le Maroc, comme la majorité des pays en développement, est aux
premiers stades de développement de l’infrastructure et de l’activité de l’entreprise sociale, en
particulier pour ce qui est de la sensibilisation des acteurs clés et de l’éveil de l’intérêt du
grand public. Il y a toutefois un grand manque de travaux de recherche sur l’entreprise sociale
dans le contexte marocain.
Ce mémoire cherche à explorer le paysage de l’entreprise sociale et contribuer à décrire et
comprendre le phénomène de l’entrepreneuriat social à travers ses différentes manifestations
notamment dans un pays en développement, et présenter les défis de l’entrepreneuriat social
et les actions à prendre pour son développement. Pour ce faire, nous avons choisi d’étudier
les enjeux du phénomène de l’entrepreneuriat social dans un contexte spécifique, celui des
pays en développement qui sont dans le besoin et se trouvent particulièrement concernés par
le développement de l’entrepreneuriat social, et aux différents enjeux auxquels il fait face et
qui sont d’ordre : social, économique et environnemental. Et pour à la fois le rôle et
l’influence des entreprises sociales et le poids qu’elles représentent dans le secteur tiers.
Le sujet de l’entrepreneuriat social dans les pays en développement soulève plusieurs
questions de recherche récentes et rarement traitées par les chercheurs dans le contexte des
pays en développement au continent africain notamment au Maroc. De nombreuses questions
peuvent être posées dans ce contexte alors que les réponses ne peuvent pas être apportées
dans le cadre de notre travail. Par conséquent nous allons limiter notre problématique à
l’étude des caractéristiques locales de l’entrepreneuriat social et les facteurs favorisant son
développement.

6
Pour tenter de répondre à l’essentiel, nous allons traiter la problématique suivante : Comment
favoriser l’entrepreneuriat social dans les pays en développement ? Dans le cadre de cette
problématique, nous tenterons d’apporter des réponses aux trois questions de recherche
suivantes :
1. Quelles sont les caractéristiques locales de l’Entrepreneuriat Social dans le contexte des
pays en développement?
2. Quels sont les facteurs susceptibles de favoriser le développement de l’entrepreneuriat
social ? Et quels sont les défis à surmonter ?
3. Comment et par quels acteurs l’entrepreneuriat social peut se développer dans un tel
contexte?
La problématique de l’entrepreneuriat social et son lien avec un contexte spécifique et
l’impact du contexte sur le phénomène, nécessite un pluralisme théorique dans le champ des
théories institutionnelles, sociologiques et organisationnelles, ce qui exige l’adoption d’une
perspective théorique intégrative et interdisciplinaire. Pour répondre à cet ensemble de
questions nous optons un cheminement incluant des dimensions ontologiques, au niveau
desquelles nous intéresserons aux perceptions que font les auteurs à l’entrepreneuriat social, et
aux définitions proposées dans chaque contexte. Nous mettrons l’accent sur les approches
sociologiques pour comprendre les logiques d’encastrement des entreprises sociales, les
caractéristiques du contexte des pays en développement et les facteurs susceptibles de
développer ce phénomène complexe.
Les intérêts de ce travail :
Au terme de cette étude nous cherchons à comprendre le concept de l’entrepreneuriat social
dans le contexte marocain et concevoir un outil favorisant la réalisation d’une étude
approfondie sur le lien entre l’entrepreneuriat social et le contexte. L’intérêt de notre travail se
situe à trois niveaux :
- L’intérêt empirique : le grand intérêt que les gouvernements, les responsables politiques, les
chefs d’entreprise, les organismes internationaux, les chercheurs et la société civile donnent
à l’entrepreneuriat social. Ainsi que le poids et le rôle des entreprises sociales et leur impact
sur la situation sociale et économique des pays.
- L’intérêt méthodologique : notre recherche a pour ambition de mettre en évidence une
lecture transversale. Nous cherchons à comprendre à partir d’une veste revue de littérature
sur l’entrepreneuriat social, et de quelques travaux traitant sa relation avec un contexte
spécifique, les enjeux et les possibilités de le développer dans les pays pauvres en général et
au Maroc en particulier. Tout en se basant sur une étude qualitative cas multiples.
7
- L’intérêt théorique : nous cherchons à partir de plusieurs lectures, recherches longitudinales
et quelques travaux de recherche à apporter une contribution par l’éclaircissement du
concept de l’entrepreneuriat social et étudier son lien avec le contexte spécifique, chose qui
est rarement traitée dans la littérature.
La méthodologie :
Au niveau théorique peu d’auteurs ce sont intéressé de façon spécifique à l’étude de
l’entrepreneuriat social dans les pays en développement, et encore moins d’auteurs se sont
penché sur l’étude approfondie de la relation et l’impact des différents contextes sur le
développement de l’entrepreneuriat social. Ce manque de littérature sur ce sujet rend
impossible l’identification d’hypothèses à tester sur le terrain. Cela nous conduit à rejeter la
logique hypothético-déductive. Cela suppose le recours à une démarche de recherche
exploratoire, qui s’appuie sur le recueil d’un ensemble de travaux qui ont été fait sur ce sujet,
aussi bien de la littérature existante sur l’entrepreneuriat social mais également d’autres
disciplines. Et en se référant à la citation de Albert Einstein “Not everything that can be
counted counts, and not everything that counts can be counted“ on peut voir l’intérêt porter à
la recherche qualitative, c’est ainsi qu’on a opté pour telle méthodologie qualitative qui se
base sur des entretiens téléphoniques avec des entrepreneurs sociaux marocains.
Figure 1 : la structure globale de la recherche

Introduction générale
• Chapitre1 : Revue de littérature sur l’entrepreneuriat social
• Chapitre2: Revue de littérature sur les concepts liés à
l’entrepreneuriat social
Partie Partie1 • Chapitre3: Entrepreneuriat social et les concepts voisins
théorique • Chapitre1 : Les théories expliquant la création d’entreprises sur un
territoire
• Chapitre2 : Les caractéristiques de l’entrepreneuriat social dans les
pays en développement
Partie2 • Chapitre3 : Le développement inéluctable de l’entrepreneuriat social

Partie • Eléments de contexte


empirique • La méthodologie de recherche
partie3 • Analyse et descussion des résultats

Conclusion générale

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Concernant la collecte des données, elle sera de nature qualitative, auprès de trois organismes
et nous allons opter pour l’utilisation des entretiens semi-directifs avec les dirigeants de ces
entreprises considérés comme entrepreneurs sociaux, car ça sera le moyen le plus convenable
pour extraire les données qui nous seront nécessaires pour élaborer notre travail de recherche.

9
Partie 1 : Revue de littérature sur l’entrepreneuriat social
L’apparition du concept de l’entrepreneuriat social est sa diffusion dans le monde, est
encouragée par le recul des Etats et les vides qu’ils laissent dans la fourniture des services
sociaux. Dans cette première partie, nous allons travailler sur la tâche de compréhension et de
définition de l’entrepreneuriat social. Selon Zahra et al. (2006), « il n’existe pas une
définition claire de l’entrepreneuriat social ». Nous présentons des revues de littérature du
concept et des différents termes qui y sont liés qui visent la clarification du concept. De plus,
nous voulons hiérarchiser et traiter les différents éléments que nous jugeons indispensable
pour bien comprendre la signification de l’entrepreneuriat social. En premier lieu nous allons
aborder le concept de l’entrepreneuriat et en faire ressortir les aspects dominants dans les
définitions données sur celui-ci.

Chapitre1 : Revue de littérature sur l’entrepreneuriat social


1. Qu’est ce que l’entrepreneuriat ?
La liste des différentes définitions de l’entrepreneuriat, que nous allons présenter dans ce
paragraphe, n’est pas exhaustive. Il est impossible de se limiter à une seule définition de
l’entrepreneuriat, tant la notion renvoie à des situations différentes selon les contextes, les
auteurs et les disciplines (psychologie, économie, gestion). Selon Filion (1997) « il y a plus de
1000 publications annuellement sur le sujet de l’entrepreneuriat ». Au lieu de dépasser le
cadre de réflexion de ce travail, et présenter un panorama complet sur le concept de
l’entrepreneuriat, nous décidons de se concentrer sur quelques définitions des auteurs les plus
connus et qui ont marqué le domaine de la recherche sur l’entrepreneuriat. Tâche qui nous
permettra par la suite de tracer l’évolution historique du concept afin d’extraire les termes
pertinents avant de fonder une définition utile du concept d’entrepreneuriat social.
Richard Cantillon (1730) : est le premier introducteur du terme « entrepreneur » dans la
littérature économique. Selon lui « l’entrepreneur est celui qui achète à un prix assuré, mais
qui vend à un prix incertain », Dans cette perspective d’autres auteurs (Praag, 1999;
Spengler, 1949; Herbert & Link, 1982) ajoutent que « l’entrepreneur s’implique en prenant le
risque dans un mode incertain »,
Jean Baptiste Say (1827) : Définie l’entrepreneur comme « celui qui utilise son jugement, ses
connaissances, ses capacités managériales et ses habiletés techniques afin de déplacer des
ressources économiques hors d’un secteur à basse productivité vers un de plus haute
productivité ». D’après cette définition, on peut dire que l’entrepreneuriat consiste donc à

10
rassembler les facteurs de productions pour créer de la valeur. Selon Praag (1999) ces deux
définitions de Jean Baptiste Say et Cantillon définissent « l’entrepreneur, par son action et
non par ses particularités ».
L’économiste américain Knight (1921) : fait la différenciation entre un risque certain
«prévisible» et un risque incertain « ne peut être calculé ». L’entrepreneuriat est donc la
volonté de risquer à la fois son argent et sa réputation dans l’espoir de recevoir un profit
incertain.
Schumpeter (1934) : a été le premier à définir l’entrepreneuriat par l’innovation, qu’il sépara
en cinq catégories : « l’innovation produit, l’innovation procédés par l’introduction de
nouvelles méthodes de production, l’innovation organisationnelle, l’innovation par
l’ouverture d’un nouveau marché et l’innovation par l’utilisation de nouvelles sources de
fournisseurs pour les matières premières » (Schumpeter, 1934). Schumpeter avance que ces
innovations poussent vers le déséquilibre du marché, ce qui conduit vers le progrès dans le
système capitaliste et qui lui permet d’éviter la répétition. Et il rajoute que l’entrepreneuriat
est donc la perception et l’exploitation d’opportunités qui permettent l’implantation
d’innovations.
Dans une perspective plus psychologique, plusieurs auteurs se sont intéressés à la personnalité
et au comportement de l’entrepreneur : besoin d’accomplissement, d’indépendance et de
liberté, goût d’entreprendre et de diriger, prise de risques, sont les principaux traits qui lui
sont associés. Cette approche par les traits semble insuffisante à certains auteurs, à l’image de
Gartner (1989), qui suggère « La recherche sur l’entrepreneur devrait se focaliser sur ce que
fait l’entrepreneur et non ce qu’il est ». Dans cette approche, l’entrepreneuriat renvoie à un
processus de création d’une organisation (c'est-à-dire aux activités qui permettent au créateur
de combiner des ressources pour concrétiser l’opportunité en un projet ou une organisation).
Toutefois, il est intéressant de remarquer que, quelle que soit la définition donnée à
l’entrepreneuriat, la dimension liée à la personnalité de l’entrepreneur est toujours présente.
D’autres auteurs, à l’instar de Bruyat (1993) traitent l’entrepreneuriat à partir de l’acte
d’entreprendre impulsé par l’entrepreneur qui parcourt un processus qui, en cas de succès, lui
permet de créer une entreprise susceptible de prendre peu à peu son autonomie. La conception
de Bruyat s’inscrit dans une «dialogique individu/création de valeur », qui lie fortement
l’entrepreneur caractérisé par un engagement personnel fort et son organisation émergente.
Pour essayer de concilier ces différentes approches, on peut se baser sur les travaux de
Verstraete et Fayolle (2005) qui mettent en valeur quatre paradigmes afin de cerner le
domaine de recherche de l’entrepreneuriat : l’opportunité d’affaires, la création de
11
l’organisation, la création de valeur, et l’innovation. Ces paradigmes, qui peuvent se
combiner, synthétisent les différentes approches de l’entrepreneuriat dans la littérature
internationale.
Finalement, la lecture de toutes ces approches, nous permet déjà de repérer des mots-clés qui
caractérisent l’initiative entrepreneuriale : prise de risque, innovation, opportunité, création
organisationnelle, combinaison de nouvelles ressources, engagement, création de valeur, sont
autant de notions sur lesquelles se fondent la démarche entrepreneuriale.
Cette spécification de l’entrepreneuriat classique va nous apporter un éclairage utile pour
comprendre les dimensions l’entrepreneuriat social que la littérature sur le sujet a mis en
exergue, comme nous allons le voir maintenant. On va pouvoir constater qu’à de nombreux
égards, l’entrepreneur social ressemble à l’entrepreneur classique. Mais une revue de la
littérature sur l’entrepreneuriat social nous permettra également de mieux comprendre en quoi
l’entrepreneuriat social se différencie essentiellement de l’entrepreneuriat classique.
2. Revue de littérature sur l’entrepreneuriat social :
La revue de littératures des principaux concepts utilisés que nous présentons dans notre
recherche, de l’entrepreneuriat social et des différents termes qui y sont liés comme
l’entrepreneur social, l’entreprise sociale et le busines model des entreprises sociales, nous
permet de construire et de présenter un panorama sur le concept clé de l’entrepreneuriat
social. Cette recherche a pour originalité de traiter le concept de l’entrepreneuriat social lié à
un contexte spécifique celui des pays en développement.
1.1.L’importance et le domaine de l’entrepreneuriat social :
Partout dans le monde, les acteurs socialement responsables ont mis en place des modèles
d'affaires innovants pour résoudre les problèmes sociaux négligés par les institutions, les
entreprises, les organisations gouvernementales et non-gouvernementales (ONG). Ces acteurs
ont joué et jouent encore un rôle essentiel dans l'amélioration des conditions sociales
défavorables, en particulier dans les pays sous-développées et les économies émergentes où le
système corrompus, la dictature, la rareté des ressources et d’autres limitent sérieusement
l’intérêt donné aux besoins sociaux. Les entrepreneurs sociaux entant que principaux acteurs
sont devenus des agents du changement hautement visibles dans les économies les plus
développées, où ils ont appliqué des méthodes novatrices et rentables pour répondre à certains
problèmes sociaux (pauvreté, analphabétisme, inégalité entre les sexes, etc.) et qui ont défié
les solutions traditionnelles ( Cox et Healey 1998 ).
Plusieurs gouvernements, ont réduit les dépenses sur les services sociaux tels que l’éducation,
la santé et le développement communautaire, ce qui a provoqué un besoin pour des activités

12
entrepreneuriales à lever des fonds et intervenir. Ainsi, la vague mondiale de privatisation et
de marchandisation a encore influencé les organismes sans but lucratif et les ONG, et les a
poussé à combler les manques laissées dans la prestation des services sociaux. Bien que le
financement de ces activités de sources traditionnelles a diminué ( Wolverton, 2003 ), et les
coûts de la prestation ont augmenté ( Leadbetter, 1997 ).
Par conséquent, de plus en plus les organismes sans but lucratif assistent à un ensemble
croissant de besoins sociaux, mais comptent sur moins de fonds et de ressources. Cela a incité
certains organismes à établir des nouveaux modèles d'affaires, qui comprennent la formation
des relations de collaboration pour financer et exploiter des programmes qui poursuivent leurs
missions sociales ( Foster et Bradach, 2005; Chell, 2007; Pearce et Doh 2005 ). Ces
changements institutionnels ont également donné lieu à une variété d'entreprises sociales
(Dorado, 2006; Thompson et Doherty, 2006).
Malgré l'intérêt scientifique croissant pour l'entrepreneuriat social (Hemingway, 2005 ), il n'y
a pas de définition claire de son domaine. Cette tache a été compliquée par les nombreuses
manifestations de l'entrepreneuriat social, et la largeur de la gamme des chercheurs qui
étudient le sujet dans différents contextes. En outre, le terme lui-même combine deux mots
ambigus connotant des choses différentes pour des personnes différentes (Mair et Marti,
2004). Les désaccords persistent sur le domaine de l'entrepreneuriat ( Shane et Venkataraman,
2000; Zahra et Dess, 2001 ) Et en ajoutant le mot « social » chargé de valeurs aggrave encore
le débat de définition.
1.2.L’émergence du concept de l’entrepreneuriat social
L’émergence de l’entrepreneuriat social date le début des années 1990 aux États-Unis. Le
lancement, en 1993, par la Harvard Business School, de « Social Enterprise Initiative »
constitue un des événements-clés de cette période. Depuis lors, d'autres grandes universités
(Columbia, Berkeley, Duke, Yale, New York, etc.) et diverses fondations ont mis sur pied des
programmes de formation et de soutien pour les entreprises sociales et les entrepreneurs
sociaux. Il s’est ensuite développé dans plusieurs pays européens sous des formes variées
regroupées sous l’ombrelle «d’entreprises sociales ».1
Le concept d’entrepreneuriat social se développe en parallèle avec ceux de l’économie sociale
et de l’économie solidaire dont les racines remontent au milieu du 19ème siècle.
« L’économie sociale s’attache à réunir des personnes avant de réunir des capitaux, sans

1
Coopérative sociale en Italie (1991); Société à finalité sociale en Belgique (1995); Coopérative sociale à
responsabilité limitée au Portugal (1999); Entreprise sociale d’insertion par le travail en Finlande (2004),
Entreprise d’intérêt communautaire en Grande-Bretagne (2004).
13
chercher en priorité la rémunération du capital »2. Elle rassemble des initiatives privées, ce
qui permet de la distinguer du secteur public. Quant au concept d’économie solidaire, il s’est
développé dans les années 1980 dans un contexte marqué par la crise économique et le
chômage de masse. Orientées vers des activités de niche que ni l’État, ni le secteur privé ne
sont en mesure de satisfaire, l’économie solidaire rassemble diverses activités comme le
commerce équitable, la protection de l’environnement, la finance solidaire, les structures
d’insertion par l’activité économique dont le poids économique ne cesse de croître.
Dans la pratique, et d’après les organisations qui se reconnaissent dans ce concept, nous
remarquons qu’elles sont systématiquement adhérentes au champ de l’économie sociale et
solidaire. Ce fait révèle que l’entrepreneuriat social s’inscrit dans une logique de
complémentarité et non de rupture avec l’économie sociale. Dans sa note de janvier 2007, le
Collectif pour le Développement de l’Entrepreneuriat Social (CODES),3 précise que « la
notion d’entrepreneuriat social ne vient pas remplacer, concurrencer ou menacer celle
d’économie sociale et solidaire » et qu’elle est au contraire « une opportunité de
développement pour le secteur ». Le Codès estime ainsi que l’entrepreneuriat social et
l’économie sociale et solidaire constituent deux niveaux distincts mais complémentaires
d’observation. «L’économie sociale et l’économie solidaire incarnent une vision plus
historique, plus politique, plus institutionnelle ; l’entrepreneuriat social privilégie une lecture
plus empirique, plus pragmatique et plus centrée sur les projets».
L’usage du terme entrepreneuriat au lieu d’économie permet de reconnaître le rôle de
l’entrepreneur qui stimule le projet collectif et s’assure de son développement. Ce concept est
source de crainte de la part des défenseurs de l’économie solidaire et de ses principes
fondamentaux (liberté d’adhésion, gouvernance démocratique, lucrativité limitée, etc.), et
redoutent que l’introduction des outils de management du secteur privé et le développement
de l’esprit entrepreneurial dans le champ du social puissent nuire aux missions sociales et
politiques des structures de l’économie sociale.
Aussi, s’il est vrai que l’entrepreneuriat social vient enrichir le secteur plus large de
l’économie sociale et solidaire, il est nécessaire de s’interroger plus spécifiquement sur les
valeurs, les principes, les caractéristiques qui sont prêtés à l’entrepreneuriat social dans la

2
La Charte de l’économie sociale définit en 1995 l’économie sociale et solidaire selon un certain nombre de
critères: la libre adhésion, la non-lucrativité, la gestion démocratique, l’utilité collective ou l’utilité sociale du
projet et la mixité des ressources.
3
Regroupement né en 2006 d’une vingtaine d’acteurs de l’entrepreneuriat social (entrepreneurs sociaux,
accompagnateurs, institutionnels, ou financeurs…)
14
littérature internationale, en se penchant sur les différentes approches autour des termes
« entrepreneuriat social », «entrepreneur social » et « entreprise sociale ».
1.3.Définition de l’entrepreneuriat social
Dans un premier temps nous avons présenté les principales définitions de l’entrepreneuriat,
qui constitue une porte pour l’étude de l’entrepreneuriat social. Par contre, ce premier concept
ne permet pas de clarifier l’entrepreneuriat social. C’est ce que nous proposons de faire dans
cette section de la revue de littérature. Ayant relevé 12 définitions dans la littérature, nous
avons atteint ce que nous croyons être le point de saturation dans notre recherche des
définitions de l’entrepreneuriat social. Le tableau 1 regroupe les définitions sorties de la
littérature.
Il est intéressant de remarquer que ces définitions adoptent des degrés plus ou moins
important, soit lié à la notion d’entrepreneur social soit celui rattaché à l’entreprise sociale ou
à ses activités. Même si elles diffèrent dans leur formulation ou dans leur attachement
prononcé à certains aspects, il n’en reste pas moins qu’elles se recoupent et se complètent.
Nous allons essayer d’extraire de toutes ces définitions, ce qui fait l’essence de
l’entrepreneuriat social.
La mission fondamentale de l’entrepreneuriat social est de créer de la valeur sociale, alors que
dans le cas de l’entrepreneuriat classique, comme nous avons déjà mentionné, il s’agit plutôt
de créer des entreprises profitables qui ont pour résultat un gain privé. Selon (Austin et al.
2006) « la différence fondamentale entre l’entrepreneuriat social et commercial se manifeste à
différents niveaux administratifs de l’organisation ». Dans l’ensemble, la plupart des
définitions proposées dans le contexte anglo-saxon mettent en avant le rôle de l’entrepreneur
qui exploite des opportunités pour servir une mission sociale (J. Thompson, 2008). La mission
sociale se définit comme l’amélioration du bien-être de la personne dans la société. La valeur
économique créée à travers des activités commerciales développées est considérée comme
une stratégie permettant à l’organisation de dégager des ressources financières nécessaires à la
durabilité de sa mission sociale. Boschee et McClurg (2003) rajoutent que ce sont « les
stratégies de procuration de revenus qui sont directement reliées à la mission et qui visent
l’amélioration d’un problème social spécifique, qui identifient l’entrepreneuriat social ». Pour
Dees (1998), la différence se trouve dans l’engagement total des entrepreneurs sociaux envers
leur mission sociale en exploitant des opportunités de création de valeurs sociales plutôt que
valeurs financières.

15
Tableau1 : définition et description de l’entrepreneuriat social
Auteur Définition4
S. Zahra et L’ES concerne « les activités et processus entrepris pour découvrir, définir et exploiter les
al. (2009) opportunités afin d’accroître la richesse sociale par la création de nouvelles entreprises ou la
gestion des organisations existantes de façon innovante».
Chaire ES de « L’ES renvoie aux initiatives privées au service de l’intérêt général, adoptant une démarche
l’ESSEC innovante, inventant de nouvelles réponses aux problèmes sociaux, de nouvelles manières de
(2009) mobiliser des ressources, adaptant certaines méthodes utilisées dans la sphère capitaliste afin de
servir une mission sociale ».
Brouard, “Les entreprises sociales sont définies comme des organisations créées pour poursuivre des
Hebb et missions sociales ou pour réaliser un profit de la communauté, indépendamment de la propriété
Madill, ou de la structure juridique et avec divers degrés de l'autonomie financière, l'innovation et la
(2008) transformation sociale ».
J. Defourny « Une organisation avec un but explicite de service à la communauté, initiée par un groupe de
et M. citoyens et dans laquelle l’intérêt matériel des investisseurs est sujet à des limites. Les
Nyssens, entreprises sociales placent une grande valeur dans leur autonomie et supportent les risques
(EMES). économiques liés à leurs activités ».
(2008)
OCDE (2007) « Toute activité privée d’intérêt général organisée à partir d’une démarche entrepreneuriale et
n’ayant pas comme raison principale la maximisation des profits mais la satisfaction de certains
objectifs économiques et sociaux, ainsi que la capacité de mettre en place, par la production de
biens et de services, des solutions innovantes aux problèmes d’exclusion et de chômage ».
Sharir and « L’entrepreneur social agit comme agent de changement afin de créer et soutenir de la valeur
Lerner, sociale sans être limité par les ressources qu’il contrôle présentement ».
(2006)
Mair & Marti « L’ES est un processus consistant en l’utilisation innovante et la combinaison de ressources
(2006) pour explorer et exploiter des opportunités qui visent à catalyser un changement social en
pourvoyant aux besoins humains basiques d’une manière durable ».
Schwab « L’entrepreneur social est un visionnaire pragmatique, qui atteint des objectifs larges de
Foundation changement social grâce à une nouvelle invention, une approche différente, un travail rigoureux
(2005) empreint de vision stratégique […]. Il combine les caractéristiques de Richard Branson et de
Mère Teresa».
Drayton « L’ES est un agent de changement majeur, dont les valeurs fondamentales visent à identifier,
(2002) traiter et résoudre des problèmes sociaux ».
Fowler « L’ES consiste à créer des institutions, des structures, des relations, des organisations et des
(2000) pratiques socio-économiques viables afin de créer un bénéfice civique qui est démontré par
l’engagement volontaire des citoyens et de leur support ».
Dees (1998) « L’E social est un agent de changement social qui cherche à créer de valeur sociale en
exploitant de nouvelles opportunités pour soutenir cette mission. Il s’inscrit dans un processus
continu d’innovation […] en faisant preuve d’un sens aigu de l’engagement vis-à-vis de sa
mission et de ses impacts sociaux ».
Leadbetter « L'ES est l’adoption d'un comportement pour des fins sociales plutôt que l'objectif profit, ou
(1997) encore, les profits générés par les activités de marché sont utilisés pour le bénéfice d'un groupe
défavorisé ».

Concernant l’entrepreneuriat classique, la finalité poursuivie est la recherche du profit


financier. L’utilité se rapporte à l’intérêt individuel du client-consommateur, de l’actionnaire
ou du producteur. Pourtant, les entreprises commerciales peuvent s’engager dans des activités
sociales dans le cadre de leur démarche de responsabilité sociale, soit par la prise en charge
directe de la réalisation de certains projets sociaux, soit par les différentes aides apportées aux
structures sociales. Concernant les autres critères mentionnés dans les définitions, nous

4
Traduction de quelques définitions par nous.
16
percevons l’innovation. La majorité des auteurs mentionnent l’innovation comme un critère
important de l’entrepreneuriat social. Ceci n’est pas sans nous rappeler la définition de
l’entrepreneuriat établie plus haut alors que nous avions déterminé que l’innovation était une
composante importante de l’entrepreneuriat. Cette caractéristique ne particularise donc pas
l’entrepreneuriat social, mais elle reste importante pour les auteurs ayant défini le concept.
Dans les entreprises sociales, l’innovation est principalement sociale et consiste à trouver les
nouvelles combinaisons possibles de ressources pour servir un besoin sociétal. Il ne s’agit pas
de l’innovation au sens large, mais bien de satisfaire des nécessités, non couverts par le
marché, ou d’offrir de nouvelles formes d’insertion pour donner aux individus une place et un
rôle dans la production. Les innovations sociales ont le rôle de renforcer le développement
local par la qualité de la vie et des ressources humaines et, plus généralement, par la capacité
d’un territoire d’élargir ses perspectives de développement et de régénération. Les
entrepreneurs sociaux n’ont pas pour objectif de protéger ces nouvelles solutions mais de
faciliter leur dispersion par le biais d’autres groupes de citoyens sur d’autres territoires. À
l’opposé, dans l’entreprise commerciale, l’innovation technologique a pour but la quête d’un
avantage concurrentiel vis-à-vis des concurrents. La protection des innovations, par le biais
des brevets, permet de garantir une rente financière pour les détenteurs de cet actif.
Le troisième critère mentionné dans les définitions est la procuration de ressources. Par
contre, il n’y a pas unanimité dans les définitions quant à la place des ressources dans
l’entreprise. Certains considèrent que l’entrepreneuriat social est un mélange de principes
d’affaires avec des buts sociaux (Fowler 2000), et le considère donc comme « la poursuite
d’un objectif double » tandis que d’autres placent la poursuite de valeur économique comme
le moyen qui permet de répondre à la mission sociale (Mair et Marti, 2006; Dees 1998). Ce
que nous retrouvons ici est en fait deux types d’entreprises, une ayant comme objectif premier
la création de valeurs sociales et l’autre attribuant à celle-ci une importance égale à celle de la
création de valeurs économiques.
Un quatrième critère qu’on touche surtout dans la définition de J. Defourny et M. Nyssens
(2008), est l’initiative prise par un groupe de personne. Ce qui suppose l’existence d’une
action collective pour mener le projet social. Des groupes de citoyens, des usagers, des
professionnels, des entreprises privées s’engagent pour résoudre un problème qui les concerne
ou sur lequel ils estiment devoir intervenir.
Ce qu’on peut conclure de cette analyse est que l’entrepreneuriat social se caractérise par la
primauté explicite de la mission sociale, sa finalité est de répondre aux besoins sociaux,
d’intérêt général qui ne peuvent être satisfaits ni par le secteur privé, ni par le secteur public.
17
Ainsi que le caractère de l’innovation sociale, la procuration de ressources pour assurer la
poursuite de la mission sociale et l’initiative prise par un groupe de personnes. Ces personnes
sont concernées par des besoins émergents, peuvent être à l’origine de la création de
l’entreprise sociale. L’entreprise sociale permet ainsi la co-construction de l’offre à ces
besoins en associant diverses parties prenantes y compris les bénéficiaires de ses actions. Elle
est avant tout un lieu d’expression et de débat démocratique pour faire naître des solutions
répondant aux enjeux de la société moderne.
L’identification des principes de l’entrepreneuriat social nous permet donc de fournir la
définition suivante : « l’entrepreneuriat social est un processus entrepreneurial qui a comme
objectif principal l’exploitation d’une opportunité et la création d’une valeur sociale par
l’innovation et la procuration des ressources qui serviront à soutenir et poursuivre la mission
sociale ».
2. Comparaison de l’entrepreneuriat classique et de l’entrepreneuriat social
Nous avons établi ce tableau comparatif de manière simplifiée et claire pour faire ressortir
l’essence de l’entrepreneuriat social par rapport à l’entrepreneuriat classique en se basant sur
quatre caractéristiques ou dimensions que nous avons détecté en analysant les différentes
définitions des deux concepts, et qui sont :
- La dimension sociale
- La dimension économique
- L’innovation
- Et la dimension organisationnelle et gouvernance

18
Tableau 2 : les principales différences entre les deux formes entrepreneuriales.
Entrepreneuriat classique Entrepreneuriat social
Dimension sociale Primauté du profit sur la mission Primauté de la mission sociale sur le
sociale. Etre socialement profit. La mission sociale de
responsable, ne constitue pas la l’organisation constitue donc la
mission principale de l’entreprise. principale raison d’être.
La RSE5 est à distinguer de
l’entrepreneuriat social.
Dimension Activités économiques pour servir Activités économiques pour servir un
économique des intérêts privés. La création de intérêt collectif et/ou l’intérêt général.
valeur économique est centrale. La recherche de profits n’est qu’un
Dans ce cadre la recherche est pour moyen mis au service de la mission
réaliser des profits, voire souvent à sociale de l’entreprise pour la
les maximiser. financer et/ou assurer une pérennité
en construisant un modèle viable et
financièrement autonome. En aucun
cas le but n’est de maximiser les
profits.
Innovation Principalement des innovations Principalement des innovations
technologiques à conserver pour sociales à essaimer à grande échelle.
maintenir un avantage L’objectif de ces innovations est de
concurrentiel. donner des réponses durables et
profondes à des problèmes majeurs
de la société et non pour gagner un
avantage concurrentiel.
Dimension Modèles standardisés : Modèles diversifiés : Gouvernance
organisation et Gouvernance dépendante de la démocratique et participative.
gouvernance structure et l’objectif du capital. Un pouvoir de décision non basé sur
la détention du capital.

Source : nous même.


Dans ce paragraphe, nous avons pu constater la diversité des définitions et des réalités de
l’entrepreneuriat social. Pour Nicholls (2006) « Une des raisons de ce flou théorique provient
aussi de ce qui rend l’impact de l’entrepreneuriat social hors du commun : sa flexibilité
dynamique ». Néanmoins, nous avons pu identifier quatre grands traits de l’entrepreneuriat
social qui semblent ressortir des différentes définitions et qui pourraient aider à en
comprendre l’essence : finalité sociale supérieure à la finalité économique, l’innovation et
l’adaptation comme facteurs majeurs du changement social, recherche d’une pérennité et
d’une efficacité économique pour poursuivre la mission sociale et une gouvernance
démocratique et participative. Ces quatre grandes caractéristiques prennent en considération,
autant la dimension sociale que la dimension entrepreneuriale de l’entrepreneuriat social.

5
La Responsabilité Sociale des Entreprises « appréhende les enjeux de développement durable en prenant en
compte les différentes dimensions– sociale, écologique, économique et de gouvernance – des organisations ».
Définition donnée par l’IIES (Institut de l’innovation et de l’entrepreneuriat social » créé en 2009 par le pôle
d’expertise de la Chaire Entrepreneuriat social de l’ESSEC.
19
Chapitre2 : Revue de littérature sur les concepts liés à l’entrepreneuriat social
Comme nous avons déjà traité, la littérature souligne l'importance de ceux qui sont impliqués
dans la découverte et la poursuite de l’objectif social malgré le risque (Dees, 1998; Fondation
Schwab, 2005; Mair et Marti, 2006). La poursuite et la réussite de la mission sociale exige
que les entrepreneurs effectuent efficacement une variété d'activités certaines innovantes et
certaines habituelles (par exemple la comptabilité). Ainsi, la définition de l'entrepreneuriat
social nécessite une appréciation des motivations des individus et des groupes qui prennent les
risques associés à la conception, la construction, le lancement et le maintien de nouvelles
organisations et modèles d'affaires. Cela signifie que certains entrepreneurs ayant des valeurs
particulières, des capacités et des compétences seront attirés par l'entrepreneuriat social, afin
de chercher des opportunités, des réponses organisationnelles innovatrices et créer de la
richesse sociale. Il est donc nécessaire de s’interroger plus spécifiquement sur les valeurs et
les type de l’entrepreneur social.
1. Revue de littérature sur l’entrepreneur social
Nous poursuivons la clarification du concept large de l’entrepreneuriat social en discutant
cette fois ci l’entrepreneur social. Ceci permettra de construire une image générale et claire du
concept de l’entrepreneuriat social.
Les différentes définitions proposées de l'entrepreneuriat social soulignent les divers motifs,
les types d'entreprises créées, et les activités de l'organisation (ou stratégies) visant à
améliorer la richesse sociale. Ce qui explique l’existence de différents types d'entrepreneurs
sociaux, qui cherchent à résoudre des problèmes sociaux spécifiques avec leurs propres
moyens et dans leurs propres contextes. En fait, un des grands talents de la majorité des
entrepreneurs sociaux, est leur capacité à inspirer, et mobiliser les efforts des partenaires
commerciaux et non-commerciaux, donateurs, bénévoles et employés dans la poursuite de la
mission sociale. Selon Pearce et Doh (2005) « la construction des relations de collaboration
pour lancer des initiatives sociales est souvent cruciale pour le succès ». D'autres
entrepreneurs sociaux pourraient être plus aptes à créer des organisations qui cherchent à
résoudre les problèmes de la société. Pourtant, certains entrepreneurs se concentrent
davantage sur les questions locales.
Compte tenu de cette variabilité, et ayant besoin d’un cadre d’analyse permettant de classer
les différentes initiatives d’entrepreneuriat social nous avons arrêté notre choix sur la dernière
typologie proposée par Zahra et al. (2009). Ces auteurs fondent cette typologie qui reflète la
diversité des entrepreneurs sociaux sur les théories classiques de l’entrepreneuriat. Les trois
types proposés, ne saisissent pas toutes les variétés potentiellement observables dans
20
l'entrepreneuriat social. Pourtant, cette typologie ouvre la voie à la reconnaissance des
antécédents potentiels, les processus et les conséquences de différents types d'entrepreneuriat
social.
Comme point de départ dans le développement de cette typologie, les auteurs s’appuient sur
les alternatives conceptuelles de l'entrepreneuriat issus de Hayek (1945) , Kirzner (1973) et
Schumpeter (1942). Ce qui permet d'identifier les similitudes et les différences entre le large
éventail de personnes et d'organisations engagées dans l'entrepreneuriat social. Les trois types
d'entrepreneurs sociaux sont: le bricoleur social, le constructioniste social et l’ingénieur
social. Si ces entrepreneurs partagent la même passion et le même objectif celui de la
poursuite de la mission sociale, les grandes différences qui existent entre eux sont dans la
façon avec laquelle ils découvrent les besoins sociaux, poursuivent les opportunités sociales et
impactent sur le système social général. Nous discutons également les types de ressources que
ces entrepreneurs déploient dans la poursuite des opportunités particulières. (Tableau 3)
Selon ces auteurs Zahra et al. (2009), il existe trois types d’entrepreneur social : le premier est
le bricoleur social mentionné dans les travaux de Hayek, le deuxième est le chercheur de
failles de marché ou le constructioniste social selon Kirzner et enfin l’entrepreneur
Schumpeterien ou l’ingénieur social. Les auteurs distinguent entre:
- « L’entrepreneur (le bricoleur social) qui saisit et agit sur les opportunités pour satisfaire
des besoins sociaux locaux», de,
- « L’entrepreneur (le constructioniste ou le chercheur de failles de marché) qui crée des
structures alternatives pour avoir des services et des biens qui satisfaits les besoins sociaux,
que l’Etat, les entreprises et les organisations ne peuvent pas y répondre» de,
- « L’entrepreneur (l’ingénieur social) qui remplace les systèmes sociaux existants et qui
sont mal adaptés, par la création de d’autres systèmes modernes et plus efficaces, pour
assurer la prestation des services sociaux importants».

21
Le tableau 3: les principales différences entre les trois types d'entrepreneuriat social.6
(Version originale en anglais en annexe2)
Type Le bricoleur social Le constructionists social L’ingénieur social
Inspiration théorique Hayek Kirzner Schumpeter
Qu’est ce qu’il fait ? Agir sur les possibilités pour Construire et exploiter des Création de nouveaux systèmes
répondre à un des besoins structures alternatives pour sociaux plus efficaces, conçus
sociaux locaux, il est motivé et fournir des biens et services qui pour remplacer ceux existants
a l'expertise et les ressources répondent aux besoins sociaux quand ils sont mal adaptés
pour faire face. que les gouvernements, les pour répondre aux besoins
organismes et les entreprises sociaux importants.
ne peuvent pas.
Ampleur, cadre et calendrier À petite échelle, cadre locale, Petit à grande échelle, locale, Très grande échelle d'un cadre
souvent de nature épisodique. nationale ou internationale, national à internationale et qui
conçu pour être vise à construire des structures
institutionnalisée pour durables qui défieront l'ordre
répondre à un besoin social en existant.
cours.
Pourquoi sont-ils nécessaires? Les connaissances sur les Les lois, la réglementation, la Certains besoins sociaux ne se
besoins sociaux et les capacités politique, les inefficacités et / prêtent pas à l'amélioration
pour y faire face sont très ou le manque de volonté dans les structures sociales
dispersés. Beaucoup de besoins peuvent empêcher les existantes. Les titulaires
sociaux sont imperceptibles ou organisations enracinées peuvent contrarier
mal compris, ce qui exige les gouvernementales et les actions pour répondre aux
agents locaux pour les détecter commerciales existantes de besoins sociaux qui
et les traiter. répondre efficacement à de compromettent leurs propres
nombreux besoins sociaux intérêts.
importants.
L’importance sociale Collectivement, leurs actions Ils réparent le tissu social, et Ils cherchent à supprimer les
contribuent à maintenir répondent à des besoins structures sociales existantes et
l'harmonie face aux problèmes sociaux aigus dans les de les remplacer par des
sociaux structures sociales existantes, neuves. Ils représentent une
et aident à maintenir force importante pour le
l'harmonie sociale. changement social.

Effet sur l'équilibre social Les actions atomiques par des Combler les lacunes dans la Fractures l’équilibre social
entrepreneurs sociaux locaux fourniture des B&S sociaux existant et chercher à le
rapprochent à un « équilibre importants crée de nouveaux remplacer par un autre plus
social » théorique. « équilibres sociaux ». efficace socialement
Source d’appréciation Être sur place avec les Ils répondent à des besoins Le soutien populaire dans la
compétences nécessaires pour laissés, non traités et limités. mesure où les structures
résoudre les problèmes locaux Ils peuvent même être bien sociales existantes sont
qui ne sont pas sur les radars accueillis et être considérés incapables de répondre aux
des autres. un cadre locale comme une «release valve" besoins et aux problèmes
signifie, la limité des besoins pour prévenir les publicités sociaux importants.
aux ressources et l'autonomie. négatives sur les problèmes
À petite échelle et sur un cadre sociaux qui peuvent nuire à des
local permet des temps de organisations
réponse rapides. gouvernementales et
commerciales existantes.
Limites d’appréciation Pas grand-chose en dehors des Ont besoin d'acquérir des Vu comme fondamentalement
lois et réglementations locales. ressources financières et illégitime par les partis déjà
Cependant, les ressources humaines nécessaires pour établis qui les considèrent
limitées et l'expertise qu'ils poursuivre la mission et comme une menace, qui tente
possèdent limitent leur capacité l’institutionnaliser en tant d'affaiblir la capacité des
à répondre à d'autres besoins qu'organisation. les bailleurs ingénieurs sociaux à apporter
ou d’étendre de fonds exigent une des changements. L'illégitimité
géographiquement. surveillance. Les bénévoles et perçue va inhiber la capacité
les employés professionnels de mobiliser des ressources
sont nécessaires pour faire financières et humaines
fonctionner l'organisation. provenant de sources
traditionnelles. En
conséquence, ils peuvent
devenir captifs des parties qui
leurs fournissent les ressources
nécessaires.
Source : Zahra S.A., Gedajlovic E., Neubaum D.O., Shulman J.M. (2009). “A typology of social entrepreneurs:
Motives, search processes and ethical challenges”. Journal of Business Venturing. Vol.24 (n°5), pp.519-532.

6
Traduction libre par nous même
22
La classification ici est captivante, car elle établit un champ de travail pour chaque
entrepreneur. Ceci est utile puisque la classification établie permettra de mieux étudier
l’entrepreneuriat social en lui attribuant des caractéristiques qui lui sont propres.
2. Revue de littérature sur l’entreprise sociale :
Le terme d’entreprise sociale est apparu au début des années 1990, à peu près au même
moment en Europe et aux Etats-Unis (Defourny, 2004). Aux Etats-Unis, au début des années
1990, parallèlement au développement des fondations qui consacrent l’innovation sociale telle
Ashoka, mais dans un autre contexte, commence à se développer la notion d’entreprise
sociale. Parmi d’autres repères possibles, on peut particulièrement identifier le lancement de
la « Social Enterprise Initiative » en 1993 par la Harvard Business School. Depuis, diverses
universités et fondations commencent à mettre en place des programmes de soutien et de
formation destinés aux entreprises sociale. L’idée d’entreprise sociale reste néanmoins assez
vague dans l’optique américaine et renvoie à l’intérêt croissant des organisations à but non
lucratif pour la recherche de nouvelles sources de revenus. Le terme désigne donc l’ensemble
des activités économiques marchandes destinées à servir un but social, et reflète l’adoption
d’une nouvelle ruse de financement des organisations «non profit», alternative à la collecte de
dons privés ou à la recherche de subventions auprès de l’Etat ou des fondations.
En Europe, c’est également au début des années 1990 que la notion apparaisse. L’Italie est
pionnière, avec une loi votée en 1991 qui offre un nouveau statut juridique spécifique aux
«coopératives sociales », incitant alors un développement, pour pallier la difficulté des
services publics à garantir une réponse à certains besoins, ces nouvelles initiatives
entrepreneuriales ont été observées dès 1990 par la revue intitulée « Empresa sociale ».
Pareillement, après l’observation d’initiatives analogues dans d’autres pays européens, un
réseau européen de chercheurs s’est constitué en 1996 pour analyser l’émergence des
entreprises sociales en Europe, le Réseau EMES7. Ce réseau a progressivement élaboré une
définition et une approche commune de l’entreprise sociale, qui met l’accent sur le caractère
hybride des ressources des entreprises sociales : « celles-ci combinent des revenus provenant
de ventes ou de cotisations d’usagers avec des subventions publics et des dons privés ».
La définition complète de l’EMES est donnée en Annexe n°1. Pour résumer l’approche de
l’EMES, on peut adopter la définition de Defourny et Nyssens (2006), tous deux membres du
réseau EMES, déjà présentée dans le tableau 1 des définitions. La perspective de l’EMES

7
EMES est l’acronyme du titre français d’un vaste programme de recherche sur « l’émergence des entreprises
sociales en Europe » (1996-1999), commandité par la DG Recherche de la Commission Européenne. Ce nom a
été conservé lorsque le réseau a continué d’autres projets sur les entreprises sociales et l’économie sociale. Il
rassemble aujourd’hui 9 centres de recherches et des chercheurs individuels dans toute l’Europe.
23
insiste sur la dimension collective « une initiative émanant d’un groupe de citoyens »
contrairement à l’approche américaine et à sa figure de l’entrepreneur social.
Nous ajoutons encore, le lancement du gouvernement de Tony Blair en 2002 qui a lancé une
«Coalition for Social Enterprise » ce qui a donné naissance à « Social Enterprise Unit » dans
le but de promouvoir les entreprises sociales dans tout le pays. Dans ce cadre la Secrétaire au
Commerce et à l’industrie P. Hewitt a donné la définition suivante: «l’entreprise sociale est
une activité commerciale avec des objectifs sociaux et dont les surplus sont réinvestis dans
cette activité ou dans la communauté, plutôt que d’être guidés par l’objectif de maximiser les
profits».
Ces différentes approches de l’entreprise sociale ont donc en commun de mettre l’accent sur
l’entreprise elle-même, sur l’aspect organisationnel, de manière beaucoup plus centrale que
l’ont fait les organisations du type d’Ashoka, qui se sont focalisées sur l’entrepreneur social et
ses qualités d’innovateur social. On peut noter que chacune d’elles partagent les
caractéristiques d’engager une activité marchande qui supporte un certain niveau de risque
économique (que cela soit parce qu’il s’agit de l’activité première de l’entreprise ou
seulement d’une activité génératrice de revenus supplémentaires comme dans l’entreprise
sociale américaine), d’accorder de l’importance à l’indépendance ou à l’autonomie des
organisations, et de s’attacher à la non-maximisation du profit.
3. Le Business Model des entreprises sociales :
Le concept de business model a connu un intérêt considérable auprès des chercheurs
académiques depuis les années 1990. Son usage est particulièrement répandu dans les
entreprises de la nouvelle économie. En effet, le développement des technologies
d’information et de communication offre de nouvelles sources de génération de valeur qui
contrastent avec les schémas classiques des entreprises commerciales et industrielles (Zott et
al. 2011).
Le BM est apparue pour répondre aux bouleversements liés à l’internet et aux nouvelles
technologies de l’information. Jouison (2005) souligne la nécessité pour les start-up d’utiliser,
à l’époque, la notion du business model pour convaincre les investisseurs potentiels. Le
traditionnel business plan ne pouvant plus s’appuyer sur l’étude d’un marché et d’une
concurrence encore inexistante en raison du caractère nouveau et innovant de l’offre, les
entreprises sont parvenues à convaincre du bien fondé de leur projet par une « formulation
réfléchie de leur idée, c'est-à-dire une prise de conscience de leurs affaires et du modèle sur
lequel celles-ci se fondaient le business model ». De même, Redis (2007) explique
l’apparition du concept de business model comme « outil d’analyse de la complexification des
24
relations d’affaires en réponse à différents changements issus des mutations technologiques,
économiques et réglementaires : notamment l’émergence de nouveaux métiers, l’apparition de
nouvelles possibilités de générer des revenus et la complexification des relations inter-
firmes ».
En général, le BM répond à la question des sources de création de valeur dans une
organisation, il décrit comment l’organisation crée et capte la valeur. En entrepreneuriat, les
créateurs des Start-up innovantes ont eu recours à ce concept intégrateur permettant
d’expliquer aux investisseurs les sources de génération de revenus, notamment lorsque le
service proposé aux clients est totalement gratuit.
Pourtant, le concept de BM a été étendu à tous les secteurs d’activités, et apparaît comme une
grille de lecture permettant d’étudier et de comprendre les mécanismes de création de valeur.
D’après la revue des différentes définitions de l’entrepreneuriat social, on peut déjà identifier
deux différences fondamentales entre l’entreprise sociale et l’entreprise classique, qui posent
les fondements d’un business model d’un nouveau genre :
- L’entreprise sociale cherche à créer de la valeur sociale en priorité : la création de
valeur économique est un outil au service de la mission sociale,
- Tous les bénéfices de l’entreprise sont réinvestis dans l’entreprise : il n’y a pas de
distribution de dividendes au profit des actionnaires.
On peut ainsi représenter de manière très simplifiée les modèles économiques d’une
entreprise commerciale et d’une entreprise sociale de la manière suivante8:(figure2&3)

Figure 2 : BM simplifié de l’entreprise classique Figure 3 : BM simplifié de l’entreprise sociale

8
Inspiré du schéma de l’ESSEC dans PACHE, A. (2008), Business Plan social, guide méthodologique, ESSEC
Chaire Entrepreneuriat social
25
Chapitre3 : Entrepreneuriat social et les concepts voisins :
Les différentes définitions de l’entrepreneuriat social et les diverses visions parfois
contradictoires est révélatrice de la complexité dans une approche du concept ; par ailleurs,
l’entreprise sociale dans l’économie de l’entrepreneuriat social reste parfois assimilée à des
notions voisines, telles que le social business ou la RSE. Dans ce paragraphe nous continuons
à clarifier le concept de l’entrepreneuriat social, tout en présentant des définitions des
concepts voisins de l’entreprise sociale.
1. Le « social business »:
Proche du concept de l’entrepreneuriat social, le social business est une entreprise qui partage
beaucoup de caractéristiques avec une entreprise classique mais qui s’en distingue par ses
objectifs : « un social business est une entreprise orientée vers une cause davantage que vers
le profit ; elle a de la sorte la possibilité d’agir comme un vecteur de changement» Yunus,
(2009). Fonctionnant avec les principes de gestion d’une entreprise traditionnelle, elle doit
rester rentable, voire dégager des bénéfices dans le but d’étendre son activité constamment.
Tournée vers la création de bénéfices sociaux et non pas vers la maximisation du profit, elle
ne rémunère pas ses actionnaires mais les rembourse du montant de leur investissement au
bout d’un certain laps de temps. Ainsi, le social business, en générant des revenus nécessaires
à sa viabilité voire à son développement, se veut une organisation pérenne et indépendante
financièrement. Il ne connaît pas les problèmes récurrents des ONG ou des gouvernements,
pénalisés par la recherche constante de fonds, la lenteur administrative, la dépendance vis-à-
vis des dons, ou encore le problème de la corruption. La fabrication de produits alimentaires
de grande qualité destinés aux marché des enfants pauvres et sous-alimentés, la
commercialisation de polices d’assurance maladie abordables pour les pauvres, le recyclage
d’ordures, de déchets, d’eaux usées, sont autant d’activités possibles d’un social business,
prises en exemples par Muhammad Yunus. D’autre part, M. Yunus évoque aussi la possibilité
d’un deuxième type de social business (le social business de type 2) qui au contraire du
précédent peut rémunérer ses actionnaires, mais dont la particularité réside dans le fait qu’il
est détenu par des pauvres. Le bénéfice social de ce type de social business vient donc
directement de son mode de détention. L’idée du social business de M. Yunus, nourrie, en
premier lieu, par son désir de voir le monde en développement sortir de la pauvreté, peut aussi
s’appliquer pour trouver des solutions à des problèmes de pays développés. Pour M. Yunus,
les expériences réussies de social business créés au sein du Grameen Group témoignent du
fait que, loin d’être utopique, le social business pourrait devenir le socle d’une nouvelle

26
activité économique complémentaire à l’activité classique et poser les bases d’un système
plus juste.
Notons que M. Yunus précise que si le social business fait partie de la mouvance plus large de
l’entrepreneuriat social, ils ne se confondent pas. Alors que l’entrepreneuriat social peut
désigner « toute initiative innovante destinée à venir en aide à des individus (initiative
économique ou non, à but lucratif ou non), le social business est clairement une entreprise
reposant sur le marché » Yunus (2009). Dans ce sens, le social business est un sous-ensemble
de l’entrepreneuriat social, une nouvelle opportunité pour celui-ci.
On propose ci-après un tableau récapitulatif qui dresse les différences entre l’entreprise
sociale et le Social Business.
Tableau4 : les différences entre ES et le Social Business
Entreprise sociale Social Business de Type I (Yunus)
L’entrepreneuriat social est un concept plus le social business est un sous-ensemble de
large qui désigne toute initiative innovante l’entrepreneuriat social, et une nouvelle
destinée à venir en aide à des individus opportunité pour celui-ci. Le social business
est une entreprise reposant sur le marché.
Les logiques de dynamique collective et de La gestion démocratique et le principe de la
gestion démocratique sur lesquelles insistent collectivité ne sont pas abordés par le Social
plusieurs chercheurs et organismes Business
Bénéficier des aides et subventions Le social Business doit être capable de
publiques/gouvernementales s’autofinancer entièrement.
L’entreprise sociale a un objectif explicite de … alors que pour le Social Business, c’est la
service à la collectivité raison d’être première de l’entreprise, qui
touche les populations les plus pauvres.
L’entreprise sociale peut redistribuer les Le Social Business ne distribue aucun
bénéfices de façon limitée… dividende.
L’entreprise sociale peut bénéficier de dons Le Social Business remboursera
de donateurs privés… intégralement les apports des investisseurs («
prêt à taux zéro »)

2. L’entreprise sociale et la Responsabilité Sociale de l’Entreprise (RSE) :


Une autre confusion fréquente existe entre la RSE et l’entrepreneuriat social (Stokkink et al.
(2012). En effet, la surface des deux concepts semble refléter la même image d’une entité qui
articule objectifs économiques et sociaux, d’après une démarche volontaire, en recourant à un
comportement responsable et au dialogue entre les parties prenantes. Cependant, un examen
plus approfondi révèle des différences fondamentales : si le projet social est la finalité de
l’entreprise sociale, l’entreprise traditionnelle ne s’attachera qu’à adopter une démarche
sociale dans la réalisation de ses activités classiques. L’entreprise traditionnelle conservera sa
finalité lucrative; la RSE pourra alors s’inscrire en tant que composante de sa stratégie. Par

27
ailleurs, la place des parties prenantes dans la mise en place du projet ne sera pas considérée
de la même manière dans les deux types de structures.
Ces différences-clé entre RSE et entreprise sociale sont, selon Sophie Swaton (2011),
constitutives de la capacité des entreprises sociales à combiner les exigences (nécessaires) de
rentabilité avec des missions sociales. Cela répondrait ainsi à l’interrogation qu’elle formule :
« une entreprise peut-elle être sociale dans une économie de marché »? En effet, elle invite à
poser un regard sur la prolifération depuis les années 1990 des termes « social », « éthique »,
« responsable », sans que l’on sache clairement ce à quoi ils se réfèrent ; bousculant les
esprits, la crise (économique, financière, sociale) a opéré une prise de conscience, alimentant
une volonté de changement qui a accentué cette tendance. Dans ce contexte, la RSE s'est
certes développée, mais elle dépend toujours de la seule volonté des entreprises, et n'est pas la
priorité de celles-ci ; de même, on peut se demander si la RSE répond à un souci de bien-
paraître et à une stratégie marketing, ou bien à un réel respect de principes et de valeurs. « Les
entreprises de l'ESS, et au-delà des statuts, les entreprises sociales pour qui l’humain est plus
important que le capital, sont naturellement plus aptes à être socialement responsables »
(Swaton, 2011).
Tableau 5 : comparaison des principes de la RSE et de l’ESS

Source : RSE et économie sociale, Colloque RSE, ESS et entreprises sociales, Marseille, 4
novembre 2011.

28
Dans ce premier chapitre, nous avons pu constater la diversité des définitions et des réalités de
l’entrepreneuriat social. Comme il le mentionne Nicholls (2006) « l’une des raisons de ce flou
théorique provient aussi de ce qui rend l’impact de l’entrepreneuriat social hors du commun :
sa « flexibilité dynamique ». Néanmoins, nous avons pu identifier quatre grands traits qui
semblent ressortir des différentes définitions et qui pourraient aider à en comprendre l’essence
de l’entrepreneuriat social :
- La finalité sociale supérieure à la finalité économique,
- L’innovation et l’adaptation comme facteurs majeurs du changement social,
- La recherche d’une pérennité et d’une efficacité économique pour poursuivre la
mission sociale,
- et une gouvernance démocratique et participative. Ces quatre grandes caractéristiques
prennent en considération, autant la dimension sociale que la dimension
entrepreneuriale de l’entrepreneuriat social.

29
Partie2 : lecture théorique de l’entrepreneuriat social dans le contexte des
pays en développement
L’entrepreneuriat social dans les pays en développement est peu étudié jusqu’ici. Pourtant, il
comprend des comportements spécifiques liés tant aux paradigmes entrepreneuriaux
traditionnels qu’aux intérêts des intervenants sociaux.
Avant de traiter l’ensemble de nos question de recherche, nous allons d’abord résumer les
différentes théories expliquant le processus de création d’entreprises traditionnelles pour en
tirer une approche plus synthétique afin de faire le lien avec la création d’entreprises sociales
dans le contexte spécifique des pays en développement.

Chapitre 1 : Les théories expliquant la création d’entreprises :

Au niveau de la littérature, et selon J. Audet et P. A. Julien (2006), on trouve au moins trois


grandes théories expliquant la création d’entreprises sur un territoire, soit la théorie
économique, la théorie socio-psychologique et la théorie environnementale.
1. La théorie économique : la théorie des économistes traditionnels, est la plus vieille
théorie qui stipule que l’existence d’une demande suffit pour que des entrepreneurs potentiels
passent à l’acte et créent une entreprise capable d’y répondre (Leff, 1989 ; Reynolds, Storey et
Westhead, 1994). Exemple des entreprises dites banales9 de service comme un salon de
coiffure, garage ou épicerie. Ces entreprises surgirent dès que le besoin apparait soit par la
croissance de la population ou par l’augmentation de la distance pour que la population puisse
éliminer son besoin facilement. Cependant, et compte tenu les nouvelles contingences
(technologie, infrastructures, moyens de télécommunication) qui ont facilité la
communication, l’expédition et le déplacement, cette théorie ne s’applique plus
nécessairement puisque des grandes entreprises créent des filiales pour desservir des
populations lointaines. De plus, par un processus d’innovation pure, il arrive que des
entrepreneurs créent non seulement un nouveau produit, et même sa demande, comme le
rappellent Spinosa, Flores et Dreyfus (1997)10.
2. La théorie socio-psychologique : cette seconde théorie se base sur les traits
caractérisant l’entrepreneur et sa volonté de créer son propre emploi tout en s’affirmant dans

9
En relation avec le vieux terme de banalité ou de servitude du temps des seigneuries, tel le moulin banal
absolument nécessaire à la communauté pour moudre le grain.
10
Ces derniers donnent l’exemple des Beatles qui ont créé non seulement une nouvelle musique mais en même
temps un public pour les suivre. Il en serait de même des Leclerc, Brassens ou Brel, mais aussi du Cirque du
Soleil ou autres « inventeurs » d’une approche complètement nouvelle d’un service ou d’un produit nouveau.
30
la société par la création d’une entreprise. Au sein de cette théorie, on distingue trois
approches :
- L’école des traits, les chercheurs dans cette approche cherchent à comprendre
pourquoi, dans des circonstances similaires, certains personnes décidaient de se lancer en
affaires alors que d’autres préféraient s’engager pour un patron. La conclusion est que les
entrepreneurs possèdent certains traits particuliers comme le besoin très fort de réussir,
l’attitude positive face aux échecs, la grande confiance en leurs moyens, la grande capacité de
travail et de tolérance au stress, le sens de la créativité et la facilité d’adaptation aux situations
nouvelles (Hornaday et Aboud, 1971 ; Begley et Boyd, 1987). La logique de cette approche
nous permet de dire que le comportement d’un individu (création d’une entreprise) peut se
justifier par l’existence chez lui d’un ensemble de traits de personnalité.
Cette école de pensée a fait l’objet de nombreuses critiques (Gartner, William B., 1988).
Parmi les critiques levées on trouve que les traits des individus évoluent dans le temps et avec
l’expérience, ainsi que nombreux ceux qui ont des traits similaires à ceux de l’entrepreneur-
type sans pour autant avoir choisi une carrière entrepreneuriale.
- L’école béhavioriste : l’intérêt des chercheurs dans cette école de pensée s’est
concentré sur l’identification des habiletés et compétences qu’un individu doit posséder s’il
veut un jour créer sa propre entreprise (Gartner, 1988 ; Carter, Gartner et Reynolds, 1995).
Pourtant, l’identification des comportements nécessaires à la création d’une entreprise est de
peu d’utilité pour prédire l’identité de l’acteur et l’occurrence du phénomène.
- L’approche des intentions entrepreneuriales : Les bases théoriques des chercheurs de
cette approche, qui s’est développée en parallèle avec la précédente, ont été empruntées à la
psychologie sociale, plus précisément à la théorie des comportements planifiés (theory of
planned behavior) d’Ajzen (1991). Au niveau de cette approche, tout comportement qui
nécessite une certaine planification, peut être prédit par l’intention d’avoir ce comportement.
Ainsi, c’est en analysant les intentions de partir ou pas en affaires qu’il serait possible de
prédire si l’individu créera effectivement une entreprise. L’intention serait fonction de l’attrait
que représente ce choix pour l’individu et de sa perception de la faisabilité du projet (Shapero
et Sokol, 1982). Bien que le lien entre les perceptions de désirabilité et de faisabilité et la
formation de l’intention de partir en affaires ait été confirmé, celui entre les intentions et le
passage à l’acte (la création d’entreprises) reste à établir (Krueger, Norris F., Michael D.
Reilly et Alan L. CARSRUD, 2000).
3. La théorie environnementale : comme nous avons déjà signalé, l’approche par les
traits et l’approche béhavioriste négligent le rôle que, le contexte ou le milieu dans lequel
31
évoluent les individus (entrepreneurs), peut jouer dans la création d’entreprises. Et puisque les
individus vivent en société et pas en vase clos, le milieu dans lequel une personne grandit et
évolue peut influencer son cheminement de carrière et ses décision. On peut ainsi réfléchir à
l’influence de modèles d’affaires venant de personnes proches ou simplement le fait d’avoir
acquis une expérience de travail pertinente (Cooper et Dunkelberg, 1981 ; Verstraete, 2000).
Comme on peut voir aussi l’impact du milieu social valorisant la carrière entrepreneuriale, et
offrant toutes sortes de ressources convenables, dont la réputation, pour mieux faire des
affaires (Lin, Nick, 1999). La présence de réseaux informationnels riches pour faciliter
l’innovation et la compétitivité des entreprises sur un territoire stimulerait aussi
l’entrepreneuriat (Johannisson, 2000 ; Julien, 2005). Néanmoins, cette approche
environnementale n’explique pas pour autant pourquoi des individus vivant dans le même
contexte, œuvrant dans des circonstances similaires et faisant face à des situations semblables
répondront différemment, l’un réagie en fondant une entreprise et l’autre pas. C’est pourquoi
il faut aller plus loin en intégrant les éléments valables de ces trois théories.
4. Une nouvelle approche pour l’entreprise sociale:
Selon Gasse, Yvon et A. D’amours, (2000) « La décision de créer une entreprise est influencée par
les antécédents de l’entrepreneur (famille, environnement, culture), ses prédispositions
(motivations, attitudes, intérêts et aptitudes), ses comportements et la présence d’un élément
déclencheur ». Dans la même perspective, Naffziger, Hornsby et Kuratko (1994) proposent un
modèle dans lequel la décision d’entreprendre est fonction de cinq variables, soit : les
caractéristiques personnelles de l’individu, son environnement, ses buts personnels, le
contexte d’affaires et l’idée qu’il souhaite exploiter.
Un autre modèle au sein duquel interagissent trois forces directrices, est celui proposé par
Timmons (1999), qui sont : l’opportunité d’affaires, la qualité de l’équipe entrepreneuriale et
les ressources disponibles. Selon lui l’équipe entrepreneuriale est dirigée par un individu qui
posséderait certaines qualités entrepreneuriales. Son rôle serait de rassembler autour de lui
une équipe compétente et de s’approprier les diverses ressources nécessaires pour concrétiser
le projet d’entreprise. Le succès du processus reposerait sur l’équilibre et l’adéquation entre
chacune des forces directrices.
Pour l’approche de création de l’entreprise sociale, elle reste trop complexe et mal définie, vu
ses caractéristiques particulières, les traits de l’entrepreneur social et le contexte d’affaire.

32
Chapitre2 : Les caractéristiques de l’entrepreneuriat social dans les pays en développement
Au cours des deux dernières décennies, le concept d'entreprise sociale a augmenté de façon
spectaculaire dans de nombreuses régions du monde. Communément définie comme
l'utilisation d’une activité entrepreneuriale, pour résoudre les problèmes sociaux, l'entreprise
sociale fournit souvent un ''Business'' qui constitue une source de revenus pour de nombreux
types d'organisations à vocation sociale. Dans de nombreux cas, ce revenu contribue à
l'autosuffisance et à la viabilité à long terme des organisations impliquées dans des activités
de bienfaisance (Nicholls, Mair et al. 2006). Cependant, au sein de ces paramètres généraux, on
identifie les différents concepts du mouvement de l’entrepreneuriat social dans chaque
contexte (kerlin 2006 ).
Largement défaut de la littérature de l'entreprise sociale pour présenter des explications de ces
différences régionales et comment le contexte socio-économique peut jouer un rôle dans ces
variations. En se basant sur la théorie des origines sociales Salamon et al. (2000), la recherche
comparative de Kerlin (2009), et les travaux de recherche de (Mair 2010) nous essayerons
d’examiner la question de comment les facteurs spécifique d’une région peuvent donner une
forme différente de la conceptualisation de l’entrepreneuriat social et des activités de
l’entreprise sociale. Dans la plupart des régions du monde, l'idée de génération de revenus au
service des activités de bienfaisance n’est pas un nouveau concept. Cependant, l'application
contemporaine de '' l'entreprise sociale '' à ce phénomène est nouvelle (Janelle A. Kerlin 2010).
Avec l’arrivée de ce terme, une attention accrue est donnée à cette ''nouvelle découverte ''
proposant des revenus pour un avantage social. Comme ce «nouveau» concept '' est répandu,
le discours à ce sujet semble être de plus en plus associé à un certain ensemble d'organisations
et d'activités, anciennes et nouvelles, qui sont liés et parfois spécifique au contexte régional.
En Effet, puisque le concept a gagné de la popularité, les acteurs et les institutions impliqués
dans la promotion et le développement de l'entreprise sociale semblent refléter son
environnement socio-économique régional en termes d'importance de l'entreprise sociale, la
structure et les ressources. En outre, certains types d'activités et d’organisations incluent dans
le discours de l'entreprise sociale dans certains pays peuvent ne pas être incluent dans le
discours dans d'autres pays, même si ces mêmes activités et organisations peuvent exister.11
L’objectif donc est de montrer que les différences dans la conceptualisation de l'entreprise
sociale trouvée dans diverses régions du monde sont les reflets des contextes socio-
économiques régionaux dans lesquels le terme est venu s’encastrer.

11
Par exemple, les coopératives existent à la fois aux États-Unis et en Europe occidentale, mais c’est seulement
en Europe occidentale que ses coopératives sociales sont incluses dans le discours de l'entreprise sociale.
33
Les travaux de recherche de Kerlin (2009) répondent, en partie, à la question en présentant
une comparaison mondiale de sept régions dans le monde. Ils montrent comment des facteurs
spécifiques à la région peuvent impacter la conceptualisation de l'entreprise sociale, y compris
ses activités, les formes organisationnelles, les structures juridiques et l'environnement
favorable.

Dans notre travail, nous cherchons à discuter l'entreprise sociale comme un phénomène mais
dans un contexte spécifique celui des pays en développement. En fait, la plupart des
littératures sur l'entrepreneuriat social se concentrent sur un seul pays ou des analyses
régionales et / ou études de cas (Nyssens 2006; Borzaga and Defourny 2001; Dacanay 2004;
Young 2003; Les and Jeliazkova 2005; Mulgan 2006). Le discours sur l'entrepreneuriat social,
qui se concentre généralement sur les réalisations individuelles en matière d’innovation
sociale dans les différentes régions du monde, a sans doute été plus diffusé (Bornstein 2004 ;
Nicholls 2006), et se concentre souvent sur l'innovation peu importe si elle implique une
activité de marché ou non. Cependant, nous accordons notre dans attention sur le contexte de
l'entreprise sociale et comment ce contexte façonne le genre du besoin, la raison, l'activité, la
forme d'organisation, la structure juridique et le processus de sa création et réalisation. Nous
commençons à aborder ces lacunes en examinant comment les différents contextes régionaux
peuvent contribuer à façonner les différentes conceptions de la vie sociale l'entreprise dans le
monde entier.

1. L’entrepreneuriat social comme un contexte spécifique :


L’évaluation des activités de l’entrepreneuriat social dans le monde, par exemple, en
examinant le travail des organisations comme Ashoka ou Schwab fellows, dévoile que le lieu
où opèrent les entrepreneurs sociaux affecte ce qu'ils font et comment ils le font. Dans de
nombreux endroits, les institutions économiques, sociales et politiques (tels que les marchés,
les entreprises, les organismes de bienfaisance et les bureaucraties) qui sont conçus pour
répondre aux besoins de base et les droits des individus dans la société ne parviennent pas à
servir les larges segments de la population. Le résultat est que des millions de personnes
restent marginalisés, enfermées dans un système informel qui ne garantie pas le droit d’un bon
paiement, d'être traités équitablement ou d’accéder aux services humains comme l'éducation
et la santé, ce qui conduit souvent à des situations graves de pauvreté. Même dans les pays
dits «développés», plusieurs personnes restent marginalisées.
D'autre part, de nouveaux problèmes sont continuellement créés à la suite de ces mêmes
institutions, organisations et individus cherchant à satisfaire d'autres besoins perçus dans la
34
société. En termes économiques ceux-ci sont généralement appelés externalités et ont
paradoxalement conduit à la résurgence d'une toute nouvelle série de besoins humains
fondamentaux non satisfaits. Par exemple, la pollution causée par les entreprises dans leur
course compétitive pour réaliser de la croissance et avancer technologiquement, conduit à de
nouveaux besoins de base pour l'air pur et l'eau. La croissance économique rapide et la
transformation radicale du social, économique et de la vie culturelle, conduisent à une
augmentation des inégalités à la fois au sein et entre les pays à travers le monde.
Armartya Sen (1999) soutient que les besoins fondamentaux de l'individu sont aussi, en fait,
des droits humains fondamentaux. Sen se réfère à eux comme des «libertés instrumentales »
qui permettent le développement en favorisant les capacités individuelles. Si on prend les
besoins de la société selon l’approche fondée sur les droits, la société ne peut pas assurer tous
les besoins fondamentaux à tous ses membres. Fort de ce principe, l'entrepreneuriat social
peut intervenir et aborder les espaces d'opportunité créée par les échecs des institutions
étatiques. Il peut remplir le rôle de la fourniture de produits, de services ou institutions que les
organisations existantes dans le secteur public, privé ou associatif ne fournissent pas. Comme
il peut répondre aux besoins nouvellement créés soit par des activités légitimes (par exemple
externalités de marché créées par la pollution ou le changement climatique), ou par des
actions illégitimes (comme le travail des enfants). Aussi, les besoins peuvent être créés par le
changement social autant que les changements économique ou politique.
Contrairement à ce qui est largement répandue dans les croyances populaires, les besoins
fondamentaux non satisfaits ne sont pas seulement présents dans les pays pauvres ou en voie
de développement. Un certain nombre d'indices publiés par les organisations nationales et
internationales, ainsi que les baromètres, tels que l'indice du développement humain et le PIB,
nous informe régulièrement sur les conditions économiques, sociales et politiques dans un
pays. Pourtant, ces rapports ne s’intéressent qu’aux performances moyennes et les résultats
des pays, et constituent par contre des mauvais indicateurs pour la situation actuelle d’un pays
et les réalités au niveau local.
Donc, l'entrepreneuriat social renvoie à un processus de restauration des structures et des
besoins de bases existants sur l’échelle locale, et qui ne sont pas abordés par les organisations
traditionnelles ou l’Etat. En fonction de la nécessité et des besoins, le processus de
l’entrepreneuriat social implique généralement la fourniture de biens ou de services et / ou la
création des institutions manquantes ou la suppression de ceux inadéquates. Cependant,
l'objectif principal est de changer ou de modifier les arrangements sociaux et / ou
économiques qui créent la situation de l'échec pour satisfaire les besoins de base dans une
35
société donnée. Alors que la viabilité financière grâce au revenu gagné représente un pilier
important de l'entrepreneuriat social. En fait, dans certaines situations de la capacité financière
constitue un obstacle important sur la durabilité, et les organisations sociales entrepreneuriales
peuvent également accéder à des ressources par le biais mécènes.
Le but de la définition de l'entrepreneuriat social, quel que soit le modèle financier adopté, est
d'effectuer un changement social en modifiant les réalités sociales, économiques et politiques
au niveau local. On peut dire donc, que c’est le contexte local qui façonne les opportunités
pour l'entrepreneuriat social et détermine les stratégies et les tactiques employées. Ces
stratégies et tactiques reflètent une approche d’action entrepreneuriale caractérisée par, la
débrouillardise (sans nécessairement avoir les ressources à la main); en second lieu, par la
capacité à recombiner les ressources («bricolage» de matériel, institutionnel et des ressources
culturelles); et enfin par la créativité et l’innovation, (les nouvelles façons de faire les choses).
Une des innovations socio-entrepreneuriales plus largement célèbres est la micro finance. Le
principe de la micro-finance suggère de donner aux pauvres l'accès à des produits financiers
ce qui constituera par la suite une recette pour le développement social et économique. Cela
peut être trompeur, car la micro finance seule, n’arrivera jamais à changer la structure sociale
qui rend si difficile le développement économique en premier lieu. Très souvent, ce sont les
activités non-bancaires des organisations offrant l'accès au crédit (telles que la formation et
l'éducation) qui, lorsqu'ils sont couplées avec les activités bancaires, créer de la valeur sociale
et fournit un levier pour le changement social.
2. Comment l'entrepreneuriat social varie selon les contextes économique et culturel ?
Si l'espace d'opportunité pour l'entrepreneuriat social est défini par la situation sociale,
économique et politique locale, il n’est pas étonnant qu’il se manifeste différemment selon les
contextes. En conséquence, pour bien le comprendre, les chercheurs, les décideurs politiques
et les entreprises doivent situer le phénomène (ou l'acteur social d'entreprise) dans un contexte
spécifique. Les vastes recherches menées par Jackson et Deeg, (2008), sur les «variétés du
capitalisme » présentent un panorama pour comprendre l'esprit d'entreprise dans tous les
contextes économiques et culturels. Suite à cette recherche, la classification des contextes où
l'entrepreneuriat social se place est conforme à ces trois types principaux:
1. L'économie libérale, dans laquelle le mécanisme du marché est considéré comme la
meilleure façon de former et maintenir la justice économique et sociale (États-Unis comme
exemple);

36
2. L'économie coopérative, dans laquelle l'Etat joue un rôle important dans la
redistribution de la richesse, et les marchés sont conditionnés par les interventions
régulatrices (par exemple la plupart des économies européennes), et
3. L'économie informelle, dans laquelle ni l’Etat ni le marché ne peuvent créer de la
richesse ou de maintenir la justice sociale, mais plutôt c’est l'affiliation des groupes sociaux
qui détermine la création locale et la distribution de la richesse et de la justice (un bon
exemple est l'Inde, les pays de l’Amérique latine, la plupart de pays d’Afrique et en Asie
également conformes à ce type).
En appliquant cette typologie pour comprendre l'entrepreneuriat en général, les principales
variables considérées sont : le rôle et le pouvoir du gouvernement par rapport au rôle et au
pouvoir des marchés. La question qui se pose à ce stade est, cette typologie est-elle utile pour
«faire sens» de l'entrepreneuriat social dans tous les contextes?
Cette typologie nous permet d'identifier les macro-tendances et faire des déclarations
générales sur les choses; tels que la probabilité de l'entrepreneuriat social dans un contexte
particulier ainsi que l’origine et / ou le type de besoins auxquels il répond. Différencier entre
ces trois contextes ouvre les portes pour développer la théorie et obtenir des preuves sur la
présence de l'entrepreneuriat social. Par exemple, une proposition testable comparant
l'entrepreneuriat social dans ces trois contextes peut être dérivée ; la probabilité de
l'entrepreneuriat social est plus élevée dans les économies libérales que dans les économies de
coopération.
Des arguments simples pour soutenir cette proposition sont les suivants. Dans les économies
libérales de nombreux besoins sociaux ne sont pas pris en charge par l'État ou le secteur
public et donc le volume des besoins non pris en charge est plus élevé. Les économies
libérales sont traditionnellement caractérisé par un esprit d'entreprise actif, donc l’approche
entrepreneuriale représente une façon «naturelle» pour résoudre le problème ou de satisfaire
le besoin.
Le deuxième domaine important sur les variétés du capitalisme, et qui pourrait être bénéfique
pour la compréhension de l'entrepreneuriat social, est dans l’explication de la variance.
Autrement dit, comment les initiatives entrepreneuriales pour satisfaire des besoins
spécifiques varient selon les différents contextes? La proposition qui peut en découler est
comme suite : l'entrepreneuriat social dans les économies libérales se caractérise plus par les
mécanismes du marché par rapport à l'entrepreneuriat social dans les économies coopératives
ou les économies informelles.

37
Par exemple l'entrepreneuriat social en Inde, au Bangladesh et au Pakistan est très façonné par
les problèmes politiques dans ces pays depuis l’indépendance. En Inde, par exemple, de
nombreux entrepreneurs sociaux abordent l'énorme fossé qui existe entre la législation
formelle (qui ne reconnaît aucune discrimination entre couches sociales) et la réalité sociale
(la prévalence du système des castes). Au Bangladesh, les organisations entrepreneuriales
sociales telles que BRAC ou Grameen ont assumé le rôle et les activités du gouvernement
considéré absent et inefficace. En outre, l'espace d'opportunité et les activités des
entrepreneurs sociaux dans cette région sont façonnés de manière significative par les
catastrophes naturelles qui se produisent régulièrement, (Inondations et cyclones au
Bangladesh et la partie occidentale de l'Inde, ainsi que les tremblements de terre au Pakistan).
Les entrepreneurs sociaux ont créé des organisations qui se complètent et se substituent au
manquant d'action des activités nationales et internationales de secours.
Un autre exemple est celui des pays de l'Amérique latine, où l'héritage politique des
gouvernements faibles et corrompus, a encouragé l’adoption de solutions entrepreneuriales
aux problèmes sociaux. Un autre facteur supplémentaire et important pour comprendre
l'activité entrepreneuriale dans cette partie du monde est le rôle de la religion et la forte
influence de l'Eglise. Traditionnellement, les églises ont encouragé l'esprit d'entreprise ou le
commerce informel par des approches liées aux questions sociales. Plus récemment, l'esprit
d'entreprise développé sous ces régimes a chuté. Similairement, en Asie du Sud, c’est le
contexte politique et socioculturel qui a façonné l'entrepreneuriat social.
Dans les économies libérales traditionnelles comme les États-Unis, les aspects sociaux et
culturels locaux ont affecté l'entrepreneuriat social. Des groupes cibles spécifiques, tels que
les Amérindiens ou les villes pauvres qui ont été ignoré par les systèmes sociaux publics sont
actuellement au centre des activités entrepreneuriales sociales. Un autre espace d'opportunité
important pour les entrepreneurs sociaux dans les pays libéraux est la faible exécution des
responsabilités publiques. Par exemple le système d'éducation public est défaillant à un
certain nombre d'aspects et l'un des plus grand critiques, est qu'il favorise l'inégalité scolaire.
Les entrepreneurs sociaux tels que Wendy Kopp, qui a mis en place le programme Teach for
America pour remédier cette insuffisance, ont mis au point des moyens novateurs pour
résoudre ce problème spécifique et de faire en sorte que «un jour, tous les enfants de cette
nation auront la possibilité d'atteindre une excellente éducation » (Teach for America,
2009)12.

12
Teach for America (2009), voir le site web: http://www.teachforamerica.org
38
Enfin, en Europe, de nouvelles tendances sociodémographiques comme l'augmentation de
l'immigration en provenance de l’Afrique et de l’Europe de l'Est et le nombre énorme de
réfugier en provenance de l’Asie de l’Ouest (Syrie et Iraq) posent des défis importants pour
le portefeuille des services sociaux offerts par le secteur public des pays réceptionnistes.
De nouveaux besoins apparaissent également comme le conflit entre les moyens traditionnels
de faire les choses, les pratiques et les attentes modernes. (en Allemagne, par exemple, la
conviction traditionnelle partagée est que les femmes avec des enfants de moins de quatre ans
doivent rester à la maison pour prendre soin d'eux affronte les nouveaux modèles de carrière
pour les femmes). Ainsi, le manque d'infrastructures sociales pour prendre soin des bébés et
des jeunes enfants pendant les heures de travail fournit ainsi un espace d'opportunité pour les
entrepreneurs sociaux.
Ces exemples illustrent le rôle important de l’entrepreneuriat social dans les différents
contextes. Les entrepreneurs sociaux et leurs modèles fournissent une preuve de concept.
Beaucoup de besoins et lacunes persistent parce que les entreprises existantes ou les
organismes publics ne parviennent pas à leur répondre ou ils leur répondent d’une façon
inadéquate. Remplir un tel écart est fait par exemple par l'entrepreneur social David Green,
qui en collaboration avec les hôpitaux Aravind Eye en Inde, a été en mesure de produire des
lentilles intraoculaires à un coût bas tout en réalisant un bénéfice. Les entreprises évitent
souvent de s'adresser à des besoins de base car ils ne voient pas le potentiel de faire des
profits. De même, les gouvernements évitent souvent de se livrer à de nouvelles façons pour
résoudre les problèmes sociaux, tout simplement parce que leurs règles du jeu sont
déterminées par une durée de quatre à cinq ans à la réélection.
3. La théorie des origines sociales :
La théorie des origines sociales fournit un point d'entrée pour comprendre la formation des
nouvelles institutions dans différents contextes nationaux. À son niveau élémentaire, la
théorie explique comment les institutions et les structures sociales existantes limitent les
options disponibles pour le développement de nouvelles institutions, dans ce cas, le
développement des secteurs à but non lucratif dans les différents pays du monde (Salamon,
L., Sokolowski, S. W., & Anheier, H. K., 2000). Cette théorie fournit une explication de la
variation internationale remarquée dans le développement des secteurs sans but lucratif.
L'approche développée par Salamon et al. (2000), est basée sur la recherche par le Projet
Johns Hopkins pour la comparaison des secteurs sans but lucratif menée dans 22 pays durant
les années 1990. Sa principale prémisse est que les variations des secteurs à but non lucratif, à
travers les différentes régions, peuvent être largement expliquées par leurs contextes sociaux,
39
économiques et politiques différents. Ajoutons que la grande majorité des entreprises sociales
ont des organisations de la société civile comme base, donc, la théorie des origines sociales
est utilisée ici comme un point de départ relativement proche pour développer une approche
qui permet de comprendre la formation, le développement et la variation de l'entreprise
sociale.
Les analyses de Salamon et al. (2000) se concentrent sur la taille de deux variables:
- La taille du secteur sans but lucratif (petite-grande)
- Les dépenses du gouvernement au niveau des services sociaux.
L’utilisation des différentes combinaisons de ces caractéristiques, a créée quatre modèles de
régimes du tiers secteur: libérale, statist (étatique), corporatiste, et démocratiques sociale. Ils
ont testé les modèles en utilisant des données sur le travail dans le secteur à but non lucratif
(comme un proxy pour la taille du secteur sans but lucratif) et les dépenses du gouvernement
sur le service social dans les 22 pays. La constatation est que les pays entrent dans les quatre
différents régimes de manière prévisible.
Puis les chercheurs ont analysé la formation de ces régimes, en termes des forces historiques
qui façonnent à la fois la taille du secteur sans but lucratif et les dépenses pour le bien-être
social, afin de comprendre les facteurs derrière la taille des secteurs sans but lucratif, ils ont
exploité l’étude de Barrington Moore (1966), sur les origines sociales des différents régimes
gouvernementaux pour pouvoir expliquer comment les différentes forces, à savoir, les
interrelations entre les différentes classes, créent les conditions qui résultent dans les grandes
ou petites les sociétés civiles. Ils ont également tournés vers Esping-Anderson (1990), et son
étude sur les origines de l'État-providence moderne pour examiner les forces qui créent les
différents niveaux des dépenses sociales du gouvernement.

Les principales conclusions tirées sont : certaines circonstances sont plus agréable à
l'épanouissement des institutions sans but lucratif que d’autres, ainsi que la forme et le
caractère du secteur à but non lucratif qui en résulte est affecté par la particulière union des
forces sociales qui lui donne naissance '' (Salamon et al. 2000 ,P. 21).

L’approche des origines sociales fournit un point de départ pour l'examen des facteurs
associés au développement de l'entrepreneuriat social dans le monde entier. En adition à la
société civile et la qualité du gouvernement qui caractérisent les secteurs à but non lucratif,
d’autres chercheurs dans le domaine de l’entrepreneuriat social ont mis en avant deux facteurs
supplémentaires dans la caractérisation de l'entreprise sociale qui sont: le marché et l'aide
internationale. En particulier, Nyssens ( 2006 ) et Nicholls ( 2006 ) qui traitent le concept du
40
marché dans leur discussions, expliquent que les différentes positions de l’entrepreneuriat
social dans les sociétés sont liées principalement à la société civile, le gouvernement et le
marché. Kerlin (2009) a identifié dans ses recherches l'aide internationale comme un
quatrième facteur influent. L'hypothèse sous-jacente dans ce cadre est que l'entrepreneuriat
social dans une société donnée est plus ou moins associé à ces quatre éléments :
1) La société civile,
2) la capacité et les dépenses de l'Etat,
3) Le fonctionnement du marché,
4) L'aide internationale, en fonction de leur force ou faiblesse dans l’environnement.
Bien qu'il existe peu de statistiques directes sur l'entreprise sociale et sa connexion à un
contexte dans les pays en développement, Salamon et al. (2004 ) donnent une discussion sur
l'entreprise sociale dans les organisations à but non lucratif. Leur recherche suggère que le
contexte de l'entreprise sociale et la taille de la société civile peuvent influencer son
apparition. Ainsi, Salamon et al. (2004 ) ont constaté que les revenus des organisations sans
but lucratif, dans les pays en développement, sont composés principalement des recettes
commerciales.
3.1. Exemples de contextes historiques pour le développement de l'entreprise sociale

Étant donné le manque de données sur les organisations d'entreprises sociales, nous continuer
notre analyse en se basant dans ce paragraphe sur les recherches de nature qualitatives
trouvées dans Kerlin (2009). Nous allons essayer de montrer l'importance des circonstances
régionales spécifiques dans le travail et le développement initial de l'entreprise sociale. Nous
présentons donc un bref examen des contextes historiques et des conditions socio-
économiques qui ont influencé l'émergence de l'entreprise sociale dans les pays en
développement. Ces brefs comptes montrent l’importance des quatre éléments, à savoir la
société civile, l'État, le marché et l'aide internationale déjà mentionnés au niveau de la partie
de la théorie des origines sociales.
Selon Kerlin (2010) le thème général qui sous-tend l'émergence de l'entreprise sociale dans
l'ensemble des pays et régions du monde est la faiblesse des programmes sociaux de l'État ou
le financement, dues ou au mauvais fonctionnement de l’Etat.
Les États-Unis, l'Europe centrale, ainsi que l'Amérique du Sud ont tous connu, à des degrés
divers, un retrait du soutien de l'État dans les années 1980-1990. C’est pour cela, la majorité
des chercheurs attribuent le début du mouvement de l'entreprise sociale contemporaine aux
coupures gouvernementales dans les fonds de soutien au secteur sans but lucratif. Ces coupes

41
ont touché un large éventail d'organismes sans but lucratif, et pas seulement ceux qui sont
impliqués dans les services à la personne.
En Europe de l’Est, l'entreprise sociale a également été stimulée par le retrait de l'État, bien
que dans ce cas, la cause fut la chute du communisme. Ici, le retrait de l'État était beaucoup
plus dramatique et a été aggravée par une société civile déjà affaiblie par le régime
communiste. En outre, la transition vers une économie de marché à causé du chômage. La
communauté internationale a réagi à ces crises avec des quantités considérables d’aide et de
recommandations politiques. Un nombre restreint mais croissant de réformateurs sociaux ont
compris que l'entreprise sociale (modèle de l'Europe occidentale) est une solution viable et ont
reçu du soutien pour la développer. Bien qu’elle soit toujours largement encadrée par le
chômage et le service social aux personnes, la notion d'entreprise sociale en Europe de l’Est a
commencé à refléter les réalités actuelles (Les & Kolin, 2009).
D'autre part, l'Argentine a connu un retrait de l'Etat en raison des « programmes d'ajustement
structurel » institués dans le cadre de la réforme du marché. Ces réformes ont rétréci les
prestations sociales et elles ont causé des retournements spectaculaires de l'économie et une
hausse du chômage. Or, « les entreprises sociales en Argentine traitent les problèmes liés à la
pauvreté, les inégalités de revenus et les conditions de production qui ne sont plus prises en
compte par la sphère économique et le secteur public » (Roitter & Vivas, 2009). En effet,
l'entreprise sociale en Argentine est devenue fortement associé à la société civile et comprend
un large éventail de coopératives et mutuelles pour lutter contre le chômage et l'exclusion
sociale.
En revanche, les histoires de Zimbabwe et la Zambie sont marquées par un manque persistant
de soutien de l'Etat et des économies pauvres. Cette situation a été aggravée par les
programmes d'ajustement structurel semblables à ceux de l'Argentine. Ici, les travaux axés sur
les entreprises sociales ont émergé après les programmes d'ajustement structurel qui ont
entraîné des taux de chômage atteignant 60-80%. De grands programmes d'aide internationale
sont offerts aux acteurs non étatiques puisque la capacité des institutions étatiques à gérer
l'économie est entrée en doute (Masendeke et Mugova 2009). « L’orientation des aides
internationales sur les acteurs non étatiques a été le facteur le plus important menant au
développement de l'entreprise sociale » (Chabal & Daloz, 1999). A part les coopératives, les aides
internationales sont axées sur le microcrédit pour les petites entreprises, même avec le
manque de réformes de l'Etat qui limite leur succès.
L’Asie du Sud a également été associée à des taux élevés de pauvreté et de chômage
insuffisamment abordés par les programmes gouvernementaux. Ces problèmes ont été
42
aggravés par la crise financière asiatique de la fin des années 1990. Récemment, certaines
économies de la région ont commencé à montrer un intérêt croissant pour l'entreprise sociale.
En effet, le terme ''entreprise sociale'' commence tout juste à être associé aux activités
génératrices de revenus pour le développement social et le développement durable. « Les
entreprises sociales dans cette région, que ce soit à but lucratif ou non-lucratif, sont de petite
taille et abordent simultanément le chômage, la fourniture des services nécessaires, et la
protection de l'environnement » (Santos, 2009).

3.2. Les caractéristiques de l’entreprise sociale dans les pays en développement


Les travaux de Kerlin (2009) sur les caractéristiques régionales de l’entreprise sociale, ne
décrient seulement pas les circonstances qui ont poussé l’entreprise à apparaitre, mais ils
révèlent aussi des détails importants sur les caractéristiques régionales de l’entreprise sociale.
Dans ce paragraphe nous nous concentrerons notre analyse sur les pays en développement.
Kerlin(2009) a proposé six variables qui peuvent caractériser les entreprises sociales dans un
contexte qui sont : l’objectif immédiat de l’activité, l’objectif des programmes associés à
l’entreprise sociale, le type de la forme organisationnelle, le cadre juridique, secteur social, et
la base stratégique de développement.
Tableau 6 : les caractéristiques de l’entreprise sociale

variables Caractéristiques
L’objectif de l’activité Le bien être social et le développement économique, la durabilité, l’auto
durabilité, le Développement Durable.
L’objectif des programmes Développer les services humains, réduire les taux de chômage.
associés à l’ES
Les formes des organisations Associations, coopératives, mutuelles, institutions de micro crédit, très
petites entreprises.
Le cadre juridique Les entreprises sociales n’ont pas encore une forme ou un cadre juridique.
Secteur sociétal Surtout économie sociale
Les bases de développement et Les ONG, les aides internationales, la société civile et des fois un mixage de
de financement ses bases pour le développement de l’entrepreneuriat social.

La variable secteur sociétal, désigne le secteur associé à l'entreprise sociale dans une région
ou un pays. Ici, l'accent est mis sur l'environnement immédiat et direct dans lequel l'entreprise
sociale exploite ses activités. On distingue entre les milieux où les entreprises sont également
impliquées dans le concept d'entreprise sociale, où l'économie et les avantages sociaux sont en
surbrillance, l'économie de marché est le domaine le plus pertinent. Et les milieux où

43
l'entreprise sociale joue un rôle de base pour satisfaire les besoins des citoyens, on parle ici
d'une économie sociale.
Concernant la dernière variable, elle met l’accent sur les sources d’initiatives et de
financement pour le développement de l’entreprise sociale dans une région. En général, dans
les pays où l’entrepreneuriat social est très développé, la base se constitue par le monde de
l’entreprise, les fondations, les associations et les coopératives ainsi qu’une participation
limitée du gouvernement. En revanche, cette base dans les pays en développement se
compose principalement des programmes d’aide internationale mis en œuvre par des
organisations et des gouvernements étrangers.
L'entrepreneuriat social peut fournir une force positive non seulement pour stimuler le
développement économique, mais aussi, pour fournir un terrain fertile pour réaliser de la
croissance et assurer sa pérennité. Les entrepreneurs sociaux contribuent à corriger les
inégalités entre les différentes dimensions (sociale, économique et politique) qui peuvent être
une source de progrès déséquilibré et rendent le développement social et économique fragiles.
Le point de vue sur le contexte et de l'entreprenariat social mis en avant dans notre analyse
résonne avec la théorie des origines sociales de Salamon sur l'émergence d'organisations du
secteur social. En conséquence, l'entrepreneuriat social ne peut pas être considérer, comme un
phénomène isolé mais une partie intégrante d'un système social. Ainsi, le rôle, la nature et
l'ampleur de l’entrepreneuriat social ne peut pas être discutée sans prendre en considération
l'ensemble complexe des facteurs institutionnels, sociaux, économiques et politiques qui
composent ce contexte. Pour la recherche, l'entrepreneuriat social représente une occasion
excitante pour décompresser les mécanismes qui aident à améliorer le bien être social et
réaliser le développement économique. A ce stade du cycle de vie de la recherche de
l'entrepreneuriat social on peut être sceptique sur les efforts visant à générer des grandes
théories de l’entrepreneuriat social (Hirsch & Levin, 1999). Au contraire, nous devrions voir
un énorme potentiel dans les efforts théoriques et empiriques qui visent à construire des
théories et de trier les mécanismes sociaux constituant le phénomène (Hedstrom et Swedberg,
1998; Davis et Marquis, 2005). Enfin, nous mettons l'accent sur le potentiel de recherche et
d’effort pour développer les pratiques et le transfert des principes et des expériences réussis
de l’entreprise social, surtout dans le contexte des pays en développement qui constituent des
zones de besoins pour le développement social et économiques.

44
Chapitre3 : Le développement de l’entrepreneuriat social
Aujourd’hui, plusieurs milliardaires, tels que Les fondateurs de Microsoft (Bill Gates, 55 ans),
de Kingdom Holding Company (Alwalid ben Talal, 59ans), de Google (Larry Page et Sergey
Brin, 37 ans chacun), de EBay (Pierre Omidyar, 44 ans), se lancent dans des projets sociaux,
et constituent des sources d’inspiration pour les jeunes entrepreneurs, ils participent
volontairement au mouvement de l’entrepreneuriat social, en mettant leur temps, leur énergie,
leurs compétences entrepreneuriales, leur ressources financières, et leur popularité au service
des autres.
Comme ces « philanthrocapitalistes » (Brouard, Larivet & Sakka, 2012), d’autres jeunes
entrepreneurs pauvres et très moins connu, chacun dans un contexte ou une situation
spécifique, s’efforcent en appliquant les principes de l’entrepreneuriat social, eux aussi de
changer la situation des plus démunis. Comme le concept même de l’entrepreneuriat social,
leurs pratiques, sont différentes et éloignées de celles des plus aisés, et commencent de plus
en plus à être étudiées et médiatisées. Ainsi qu’un moyen nombre de chercheurs y sont
consacrés surtout dans les pays en développement.
Selon une recherche sur Google pour l’expression « social entrepreneurship », les résultats
sont de 33 % du nombre de résultats trouvés pour « entrepreneurship »13, ce qui est colossal.
L’entrepreneuriat social n’est pas la solution capable à répondre à tous les besoins sociaux,
car il présente aussi certains risques tels que la vision à court terme et le manque de solidarité
bénévole (Edwards, 2008). Mais, il présente quand même une voie de recherche attirante à
développer, afin que tous les acteurs économique participent davantage à l’intérêt collectif de
la communauté, améliorent leur utilité sociale, voire contribuent à plus de démocratie.
Notre objectif dans ce paragraphe est d’identifier les facteurs susceptibles de favoriser le
développement de l’entrepreneuriat social et de cerner les défis à surmonter afin d’identifier
les actions concrètes à implanter par différents groupes d’acteurs.
1. Les facteurs susceptibles de favoriser le développement de l’entrepreneuriat social
Après avoir identifier les caractéristiques locales de l’entrepreneuriat social dans les pays en
développement, le concept reste peu connu. Plusieurs facteurs donc, sont susceptibles et
capable de favoriser le développement de l’entrepreneuriat social, au-delà des exemples très
médiatisés des organismes, fondations et grandes comme : Avise (Ingénierie et services pour
entreprendre autrement), Ashoka (Réseau d'entrepreneurs sociaux), Mouves (Mouvement des
entrepreneurs sociaux)…

13
Recherche effectuée en langue anglaise le 19 mai 2011. En français, la proportion est similaire.
45
- Le premier facteur réside dans le manque de financement des entreprises sociales pour
accomplir leurs missions. Le financement par des fonds externes (dons), peut subir des
fluctuations importantes surtout en période de crise. Donc, les organisations à vocation
sociale sont dans l’obligation de développer leurs ressources propres, par exemple par des
activités commerciales.
- Le deuxième facteur est l’existence de besoins sociaux grandissants. En effet, avec le
désengagement de l’État dans de nombreux secteurs, les organisations à mission sociale
doivent répondre intelligemment à des besoins de plus en plus nombreux et diversifiés. Les
changements démographiques, l’immigration, les guerres civiles, les maladies, les
catastrophes naturelles posent des défis sociaux à long terme au niveau des services.
- Le troisième facteur découle des deux premiers. Dans des contextes spécifiques la
prolifération et la multiplication des organisations à vocation sociale, pour répondre aux
besoins sociaux, non financés par les aides, dons et subventions, est susceptible d’amener à
une compétition accrue et donc à la recherche de solutions innovantes pour survivre en tant
qu’organisation.
- Selon Dees (1998) un autre facteur peut être l’acceptation de plus en plus grande du marché
comme mécanisme capable de combler les besoins sociaux en faisant appel au pouvoir de la
compétition. Ce qui se justifie aujourd’hui par l’apparition d’une nouvelle génération
d’entrepreneurs sociaux appellent à «réconcilier performance économique et progrès social»
ce qui permet de dire, quoi qu’il en soit, contraint ou souhaité, l’entrepreneuriat social
semble avoir de beaux jours devant lui.
- Le cinquième facteur est l’appel à l’utilisation des fonds dans la sphère sociale et solidaire
d’une manière efficace et plus responsable. l’UNICEF au Kenya a donnée l’exemple par sa
mauvaise gestion ou par ses affaires délictueuses. Le grand public et les bailleurs de fonds
sont devenus très exigeants par rapport à l’utilisation des fonds publics et privés (J. Cutt et
V.Murray, 2000). Et cette pression pour une plus grande efficience peut conduire à
l’adoption de modes de gouvernance proches de ceux des entreprises privées (E. Queinec,
2007).
2) Les défis à surmonter
L’intérêt principal de ce mémoire est de s’intéresser au développement de l’entrepreneuriat
social dans le contexte des pays en développement qui sont confrontés à plusieurs défis. Leur
poids respectif diffère selon les contextes, mais le constat est universel. Il est possible de
catégoriser ces défis en un nombre assez restreint d’items, que nous avons extrait à partir de
l’analyse des caractéristiques de l’entrepreneuriat social et des entreprises sociales dans ces
46
zones, à savoir le contexte légal, les infrastructures d’accompagnement, le soutien à
l’innovation sociale, le financement, la formation, la promotion, et l’évaluation de
l’entrepreneuriat social (Jolin, 2007).
a. Le contexte légal
Le contexte légal représente un défi car les formes juridiques des organisations existantes sont
rarement adaptées à l’entrepreneuriat social. En général, les formes juridiques utilisées dans le
contexte d’un pays en développement sont soit des formes du type associations, mutuelles ou
coopératives, organisations sans but lucratif, soit la forme classique d’une petite entreprise
privée mais sans but lucratif et/ou au mode de gouvernance participatif. Chacune de ces
formes présente des avantages et des inconvénients en termes de simplicité de gouvernance et
de possibilités économiques. Alors, la recherche de la bonne forme juridique dans un système
étatique moins développé, assurant la poursuite à la fois des objectifs économiques et sociaux,
est donc une question trop complexe. Par exemple, et notamment en Europe, de nouveaux
statuts spécifiques ont apparu, notamment en Europe, avec par exemple les coopératives
sociales (Italie), les SCIC (Sociétés Coopératives d’Intérêt Collectif) (France), ou les
entreprises à finalité sociale (Belgique). Le contexte légal participe au succès des entreprises
sociales en proposant des politiques fiscales adaptées et avantageuses aux nouvelles réalités
pour ce type d’organisation.
b. Le financement :
Comme il représente un défi pour les autres entreprises classique, le financement du
démarrage et de la croissance représente un défi pour les entreprises sociales. En fait,
plusieurs sources de financement peuvent exister pour une entreprise sociale. Les subventions,
les dons, les contributions charitables, les crédits, les investissements reliés à un programme
spécifique n’en sont que quelques exemples. Cependant, le type de financement qu’une
entreprise sociale est susceptible d’obtenir dépend souvent de plusieurs facteurs dont le degré
de sa maturité, sa réputation, sa structure légale et la disponibilité d’un marché de capitaux à
but non lucratif. En général, le développement et la croissance des entreprises sociales est
habituellement freiné par le manque de fonds ou par un accès difficile aux financeurs de
l’économie « classique ». Cette situation inquiète les acteurs de l’entrepreneuriat social,
d’autant plus qu’ils sont en concurrence avec des entreprises à but lucratif qui, elles, ont accès
à ces capitaux.
c. Le soutien à l’innovation sociale
L’innovation technologique est reconnue à la fois par le monde économique et les pouvoirs
publics. Au-delà des prix et concours, l’innovation sociale a besoin de reconnaissance
47
«concrète», c’est-à-dire d’appui et de soutien. Les entrepreneurs sociaux eux-mêmes
demandent des collaborations internationales, pour encourager les transferts de connaissances
et de compétences, à l’instar des transferts de technologie bien connus, et ils recommandent
l’ouverture des dispositifs de soutien à l’innovation aux entreprises sociales qui innovent
autrement. Ainsi, Ils désirent une mise en place d’une veille sur « les thèmes émergents » de
l’entrepreneuriat social (pratiques, acteurs, législation…). Il est souhaitable que des dispositifs
collectifs de veille voient le jour, à l’instar de ce qui se fait pour les PME « classiques » au
travers des syndicats professionnels ou d’institutions territoriales.
d. Les infrastructures d’accompagnement
L’entrepreneuriat social est un secteur relativement jeune, qui manque de structures de soutien
(S. Johnson, 2000), même si des initiatives de plusieurs organisations comme, existent
Ashoka comme exemple. L’appui et l’accompagnement des porteurs de projets sociaux
surtout dans les pays en développement restent insuffisants. Il y a peu d’infrastructures
organisées permettant une coordination des actions concrètes sur le terrain. Le maillage du
territoire est insuffisant. Les programmes d’aide existent parfois, mais sans nécessairement
une approche concertée et globale (Wolk, 2007).
e. La formation et l’encadrement
En plus du capital financier, le capital humain doit être en mesure de répondre aux attentes
parfois énormes de l’entrepreneuriat social : les entrepreneurs sociaux nécessitent des
compétences techniques des managers de l’économie à but lucratif et, conjointement, la
maîtrise des problématiques sociales.
Avec le grand manque d’encadrement de la culture la entrepreneuriale et de formation
spécifique aux entreprises sociales dans la plupart des pays, on peut appréhender des lacunes
dans les compétences managériales des gestionnaires de ces organisations. Une des
principales difficultés est d’armer les entrepreneurs sociaux pour passer du stade de la
création à celui de la pérennisation de leur projet (S. Johnson, 2000). L’attractivité des
entreprises sociales pour les jeunes entrepreneurs n’est pas évidente, même s’il existe une
demande croissante de formation à l’entrepreneuriat social en Afrique et en en Asie. Il faut
créer des réserves de compétences qui enrichiront l’entrepreneuriat social, et aider à la
mobilité entre le secteur lucratif et le secteur à lucrativité limitée.
f. La promotion
L’entrepreneuriat social reste un concept méconnu. Les initiatives sont nombreuses mais
isolées (K. Fulton et A. Blau, 2005), et la capitalisation des savoirs dans l’entrepreneuriat
social reste médiocre. Promouvoir les actions et les recherches en entrepreneuriat social est
48
indispensable pour diffuser les connaissances et rejoint la problématique évoquée en haut.
L’entrepreneuriat classique et l’entrepreneuriat social sont des mondes aux cultures parfois
radicalement différentes. Le premier va parfois jusqu’à accuser le second de concurrence
déloyale (Brouard, Larivet & Sakka, 2012). Faire connaître l’entrepreneuriat social, son
vocabulaire, ses cadres de référence et ses pratiques pourrait contribuer à une meilleure
collaboration entre les deux univers (S. Johnson, 2000). Cela est d’autant plus important que
le développement de l’entrepreneuriat social ne se fera pas sans la participation des acteurs de
l’économie classique (K. Fulton et A. Blau, 2005). C’est aussi un moyen d’attirer les
ressources humaines dont l’entrepreneuriat social a besoin dans les différents contextes.
Même au sein du secteur de l’économie sociale et solidaire, l’entrepreneuriat social est parfois
considéré comme un entrant. Le marché y est traditionnellement considéré comme le
problème, et les organisations à but non lucratif comme la solution. Or, l’entrepreneuriat
social considère que le marché fait partie de la solution, mais pas nécessairement pour tous.
Un immense travail de sensibilisation et de promotion reste donc à accomplir.
g. L’évaluation
Il est intéressant de créer et d’exploiter des entreprises sociales, mais il faut aussi savoir leurs
influences et impacts sur la société (performance sociale) et le prix (efficience, éthique). On
retrouve ici « la problématique de l’accountability qui préoccupe depuis longtemps les
organisations à but non lucratif » (Cutt et Murray, 2000). L’impact des activités des
entrepreneurs sociaux se voit par des vies rendues heureux ou les besoins sociaux comblés.
Chose qui n’est pas toujours facile et clair à démontrer à des investisseurs potentiels ou
existants. De plus, « le développement d’une certaine forme, très spectaculaire,
d’entrepreneuriat social (le philanthrocapitalisme) a récemment suscité des interrogations
critiques sur le véritable apport social de certaines initiatives ». Disposer d’outils d’évaluation
opératoires des retombées de l’entrepreneuriat social, à l’image du « Social Return On
Investment » (SROI), est l’un des défis majeurs de demain.
Conclusion de la partie théorique :
Malgré le mouvement moderne que connait l'entreprise sociale et qui évolue simultanément
dans de nombreux endroits à travers le monde, afin de clarifier le concept et le mieux cerné. Il
existe des différences régionales importantes dans ce que signifie le terme, et comment il est
soutenu et développé. Comme l’analyse montre, les différences dans les régions semblent être
expliquées au moins en partie par la variation dans les contextes socio-économiques
régionaux. Il est important de noter que l'entreprise sociale s’établit sur les facteurs socio-
économiques dominants qui offrent le plus de force dans une région ou un pays donné. Ces
49
résultats suggèrent que le développement de l'entreprise sociale suit le long des lignes
similaires à celles pour le développement des secteurs à but non lucratif décrites par
l’approche des origines sociales de Salamon et al. (2000). En effet, il apparaît que les
structures et les institutions sociales existantes forment et dictent les options disponibles pour
le développement de l'entreprise sociale, conduisant à différents modèles d'organisation dans
différents contexte.

Il ya plusieurs implications pratiques importantes qui découlent de la comparaison globale de


la notion d'entreprise sociale et de son contexte. En plus de faciliter la compréhension entre
les acteurs de l'entreprise sociale de différentes régions, la comparaison fournit une base pour
l'échange d'idées novatrices. Celles-ci pourraient inclure des activités de l'entreprise sociale
ainsi que des politiques pour leur soutien.

Cependant, étant donné l'importance démontrée du contexte de l'entreprise sociale, l es


recherches suggèrent qu'une idée transplantée doit être associé à un contexte qui ressemble
étroitement à son milieu d'origine. Par exemple, une activité de l'entreprise sociale influence
positivement la société civile et le marché dans sa région d'origine peut être le mieux adapté
pour les régions qui ont des forces socio-économiques similaires (Kerlin, 2010). Et ce
transfert d’initiative sociale à un nouvel environnement peut conduire à l’efficacité et la
durabilité des entreprises sociales.

En effet, plusieurs expériences régionales et nationales montrent que le concept d'entreprise


sociale telle qu'elle est compris dans une partie du monde peut être transféré à d'autres régions
et utilisé à la fois pour développer et d'identifier les organisations existantes qui cadrent le
concept. Ainsi le concept peut s'ajuster à la culture et à l'environnement immédiat, conduisant
à des modèles uniques.

Pour synthétiser notre analyse de la relation entre l’entrepreneuriat social et le contexte, nous
proposant le schéma suivant, qui résume l’ensemble des facteurs influençant l’encastrement
des entreprises sociales dans un contexte spécifique, et qui créent les principales différences
dans la conceptualisation et la pratique de l’entrepreneuriat social au niveau des : activités,
forme organisationnelle, structure juridique et environnement d’affaire.

50
Figure 3: contexte général de l’entrepreneuriat social

Les travaux de recherche sur la conceptualisation de l’entrepreneuriat social et son lien avec
le contexte, ne décrient pas seulement les circonstances qui ont encouragé le phénomène à
apparaitre, mais ils révèlent aussi des détails importants sur les caractéristiques régionales de
l’entreprise sociale. Et ces variables qui peuvent caractériser les entreprises sociales dans un
contexte spécifique sont : l’objectif immédiat de l’activité, l’objectif des programmes associés
à l’entreprise sociale, le type de la forme organisationnelle, le cadre juridique, secteur social,
et la base stratégique de développement.

Le pari de l’entrepreneuriat social n’est pas encore gagné. Et la liste des défis, que nous
avons présenté dans ce travail n’est pas exhaustive, dans chaque contexte on trouve des
obstacles. La question qui se pose à ce niveau est comment et par quels acteurs le
développement de l’entrepreneuriat social peut être favorisé?

51
Partie3 : Partie empirique
Dans cette partie, nous présenterons dans un premier chapitre quelques éléments du contexte
relatif à l’entrepreneuriat social au Maroc ainsi que la présentation des entreprises qui font
l’objet de notre étude. Le deuxième chapitre sera consacré au cadre méthodologique de notre
travail : Positionnement épistémologique, La méthodologie de recherche et le mode de recueil
des données. Le troisième et dernier chapitre sera consacré à l’analyse de l’entrepreneuriat
social dans le contexte marocain, les principales caractéristiques des entreprises sociales,
contraintes et obstacles rencontrés et facteurs de développement et enfin une synthèse de la
partie empirique.

52
Chapitre1 : les éléments du contexte
Le concept de l’entrepreneuriat social dans le contexte marocain ne constitue pas un vrai objet
de recherche. Jusqu’au maintenant, et en comparaison avec les pays développés et quelques
un des pays en voie de développement dans le continent asiatique comme Bangladesh,
l’Indonésie, l’Inde… rares sont les recherches académiques, publications ou données
statistiques sur le phénomène de l’entrepreneuriat social et/ou l’entreprise social. Mais avec la
création du Centre Marocain de l'Innovation et de l'Entrepreneuriat Social (MCISE), et avec
l’intérêt et l’engagement de plusieurs chercheurs, l’entrepreneuriat social commence à avoir
un nouvel essor. Par conséquent, dans notre modeste travail les données sur lesquelles nous
nous s’appuyons sont liées à l’entrepreneuriat classique et dans certains cas ceux des
associations marocaines et leurs champs d’activité.
1. L’apparition de l’entrepreneuriat social au Maroc
Depuis l’indépendance, l’entrepreneuriat au Maroc a connu une évolution lente et peu
marquante, ceci est lié principalement aux conditions politiques et économiques du pays.
Après l’indépendance les hommes politiques et la monarchie se concentraient sur les
problèmes des frontières, sécurité nationale et de stabilité politique plus qu’aux problèmes
économiques et sociaux. Dans cette période, une classe d’hommes d’affaire musulmans et
juifs a émergé. Ces entrepreneurs ont investi principalement dans les domaines producteurs de
richesse tels que les travaux publics, l’agro-alimentation et le textile. Cependant, ces secteurs
ne constituent pas les vrais fondements d’une économie moderne susceptible d’engager un
développement économique et social, créer la richesse et améliorer le bien être du peuple.
Cette situation est attachée à la mentalité profonde et dominante du commerçant marocain,
prudent et frileux et privilégiant une économie de rente sans prise de risque.
En 1983, en réponse à plusieurs manifestations dans plusieurs régions le gouvernement a
instauré un programme d’ajustement structurel, qui a provoqué l’émergence d’une nouvelle
catégorie porteuse de dynamiques économiques et sociales innovantes d’entrepreneurs. Ce
groupe d’entrepreneur on vu des nouvelles opportunités économiques et sociales à exploiter.
En 1990, la situation de l’entrepreneuriat au Maroc commence à prendre un nouvel élan,
surtout avec l’instauration de grandes réformes structurelles dans plusieurs secteurs tels que
l’agriculture, l’industrie et le secteur des services, et le lancement de la privatisation de
plusieurs entreprises publiques. Ces réforme seront à l’origine de la croissance qu’à connu le
Maroc jusqu’aux nos jours, et ont conduit à des transformations radicales qui ont animés la
dynamique entrepreneuriale. Ce qui a favorisé par la suite le développement d’un certain

53
nombre de mutations au niveau des nouvelles générations d’entreprises ainsi que l’apparition
de nouveaux profils d’entrepreneurs.
A partir de 2005, plusieurs initiatives innovantes à vocation sociale se sont multipliées,
impulsées notamment par l’Initiative Nationale pour le Développement Humain (INDH). Ces
initiatives pilotées par des entrepreneurs sociaux se sont focalisées sur l’identification
d’opportunités de réponse à des besoins sociaux, économiques et environnementaux et sur la
concrétisation de ces opportunités par la mise en œuvre de solutions entrepreneuriales
appropriées. Aussi, la création du « Moroccan Center for Innovation and Social
Entrepreneurship » illustre une action engagée sur le terrain et un désir de répondre aux
aspirations des générations présentes et futures.
Aujourd’hui, l’état commence à donner de l’importance aux entreprises sociales en soutenant
davantage des projets d’innovation au sens institutionnel et administratif afin de promouvoir
et de développer la culture entrepreneuriale dans le social. En effet, la nouvelle constitution
prévoit la liberté d’entreprendre et la réserve à tous les citoyens. Cependant, la situation reste
chargée par de multiples défis, comme le système corrompus, la lourdeur des procédures
administratives, le manque de financement… ce qui exige une intervention institutionnelle qui
peut favoriser et améliorer la situation.
2. Les aspects de l’entrepreneuriat et l’entrepreneuriat social au Maroc
Dans le cotexte des pays en développement en général et au Maroc en particulier, parler de
L’entreprenariat s’est d’abord accepter la cohabitation de deux catégories, une formelle on
parle ici de l’entrepreneuriat d’opportunité et l’autre informelle c'est-à-dire entrepreneuriat de
nécessité.

L’entrepreneuriat d’opportunité apparait avec une intention stratégique des quelques profils
qui ont déjà de l’expérience ou qui sont influencés par leur entourage. Et parce qu’ils ont
détecté une opportunité de marché, décident de créer leur propre affaire. Généralement, ce
sont des personnes dotées d’expériences, influencés par leurs proches et d’un capital
relationnel très développé, ce qui est parfois aussi important que le capital financier.

Par contre, l’entrepreneuriat de nécessité, apparait comme une forme d’auto-emploi ou


« entrepreneuriat de survie». La personne concernée n’a pas d’autre choix que de créer son
propre emploi généralement à domicile et avec des concis moyens.

Concernant l’entrepreneuriat social, il n’est pas un concept étranger au Maroc. Même si le


terme lui-même est très complexe, le concept et les caractéristiques de l’entreprise sociale
sont familiers. Plus encore, certaines activités se déroulant déjà au Maroc s’associent à de

54
l’entreprise sociale surtout au niveau de l’aspect de la finalité sociale. Depuis l’indépendance,
et malgré la situation économique du pays, le système marocain essaye de se focaliser sur
l’amélioration de la vie économique et sociale des citoyens. Les moyens du gouvernement et
celles des institutions ne peuvent pas répondre à tous les besoins de la société en matière
d’éducation, santé et emploi. Une principale raison qui a conduit l’Etat marocain à suivre le
chemin des pays développés en favorisant la création des associations, des coopératives et des
entreprises à but non lucratif. C’est dans ce contexte de besoin que l’entrepreneuriat social
prend tout son sens, où il s’avère judicieux de mettre en place des stratégies réalistes en
matière de développement économique et social. Dernièrement, le Maroc connaît l’émergence
d’une nouvelle génération d’entrepreneurs sociaux qu’on peut appelée « génération d’élite »
et d’entreprises sociales, dotées à la fois d’une perception précise des défis que doit affronter
le Maroc, et d’une vision concrète de ce que devraient être les stratégies publiques lui
permettant une meilleur préparation de l’avenir.

3. Présentation des entreprises qui font l’objet de notre étude


Dans le cadre de notre étude qualitative, nous avons effectué des entretiens semi directif avec
trois personnes : deux fondateurs de leurs propres affaires sociales et un cadre dirigeant d’une
coopérative agricole. Le tableau7 : présente un détail des entreprises objets de l’étude.
Coopérative agricole Association Aljisr, Couscous de Looly,
laitière Imlil, Tinghir Marrakech Sidi Kacem
Noms du responsable Mr Nourdine Azzi Mr Hassan Belhaj M. Lamia Bounahmidi
Qualité du Directeur de la Fondateur et directeur Fondatrice et directrice
responsable coopérative de l’association de l’entreprise
Niveau d’étude Master Licence Master
Date de fondation 1984 2001 2012
Forme juridique Coopérative Association Entreprise (start-up)
Activité principale Production du lait et Orientation, assistance Préparation et
dérivés (Leben, beure, et Suivi des étudiants exportation du
Mouniich) bacheliers couscous fait main vers
les Etats-Unis et le
Royaume-Uni
Bénéficiaires Eleveurs adhérents et Les nouveaux Femmes victimes de
clients de la région bacheliers violence familiale
Nombre d’employés 13 salariés 4 salariés et 2 9 salariés
bénévoles
Objectif de création Aider les éleveurs à Remplir le manque Offrir un travail aux
vendre les quantités du d’orientation et de femmes encourant un
lait dans toute la suivi que les risque de violence
région. institutions nationales familiale.
n’assurent pas au
nouveau bachelier

55
Chapitre 2 : Méthodologie de recherche
Dans les chapitres précédents, le cadre conceptuel et le contexte de notre recherche ont été
présenté. Ces deux éléments nous permettent de préciser les dimensions qui seront abordés, ce
qui a influencé notre stratégie pour mener cette recherche. En effet, le but de ce chapitre est
d’énoncer la démarche adoptée pour atteindre les objectifs et répondre à la problématique.
Dans ce chapitre, nous présentons d'abord le positionnement épistémologique, le type de
recherche (exploratoire), Ainsi que l'approche (qualitative) et la stratégie d’étude de cas
multiple. Après, nous présentons la méthode de collectes de données et la méthode d'analyse
durant ce processus afin de garantir la validité et la fiabi1ité.
1. Positionnement épistémologique :
1.1. Choix d’une posture paradigmatique interprétativiste:
A l'extrémité du positivisme, on trouve l’interprétativisme. Dans cette posture, les
interprétativistes croient que la réalité est construite par les acteurs sociaux et les perceptions
des gens sur elle. Ils reconnaissent que les individus avec leurs propres horizons variés, les
hypothèses et les expériences contribuent à la construction de la réalité existante dans leur
contexte social plus large à travers l'interaction sociale. Parce ce que ces points de vue et
expériences humaines sont subjectifs, la réalité sociale peut changer et peut avoir plusieurs
points de vue (Hennink, Hutter et Bailey 2011). Par conséquent, les interprétativistes rejettent
l'objectivisme et la seule vérité telle qu’elle est proposée dans le paradigme positiviste. Dans
l’interprétativisme, les chercheurs favorisent le fait d'interagir et d'avoir un dialogue avec les
participants étudiés, pour comprendre le monde social à partir des expériences et des
significations subjectives que les gens attachent à elle. Ils préfèrent également travailler avec
des données qualitatives qui fournissent des descriptions riches de constructions sociales.
Par opposition à la généralisation adoptée par les positivistes, les interprétativistes utilisent
une forme narrative d'analyse pour décrire des détails et des comptes d'une réalité sociale
particulière à l'étude, qui est appelée l'approche idéographique (Neuman 2011). Par
conséquent, le paramètre pour tester les connaissances dans le paradigme positiviste et
interprétativiste est distinct. Les chercheurs positivistes croient en la puissance de la recherche
de réplication. Alors que les chercheurs interprétativistes optent pour une étude qui se révèle à
l'intérieur des perspectives ou des significations réelles des phénomènes sociaux de ses
participants à l'étude comme une bonne connaissance sociale. En termes d’axiologie, les
chercheurs interprétativistes prennent la position de la perspective émique ou initiée, ce qui
signifie étudier la réalité sociale du point de vue des gens eux-mêmes. Ici, les expériences et

56
les valeurs des participants à la recherche et les chercheurs influencent sensiblement la
collecte des données et leur analyse.
Au niveau du paradigme interprétativiste, l’objectif du chercheur n’est pas de découvrir la
réalité et les lois qui la régissent, mais de développer une compréhension de cette réalité
sociale, le développement de telle connaissance passe notamment par la compréhension des
intentions et des motivations des individus participant à la création de la réalité sociale et du
contexte de cette construction.
La définition de l’objet de recherche suppose dès lors une immersion dans le phénomène
étudié (l’entrepreneuriat social par exemple) et son observation plus ou moins participante.
Guba et Lincoln (1994) soulignent que dans une étude interprétativiste, le chercheur n'est pas
indépendant de l'objet de l'étude, mais il est un «participant passionné» qui interagit avec les
répondants pour construire le résultat. En conséquence, le résultat de l'enquête est construit
grâce aux efforts conjugués du chercheur et les répondants au cours du processus. L’objet
émane de l’intérêt du chercheur pour un phénomène et se précise à mesure que sa
compréhension, par l’empathie et une adaptation constante au terrain se développe. Ce n’est
finalement que lorsque le chercheur aura développé une interprétation du phénomène étudié
qu’il pourra véritablement définir les termes de son objet.
2.2. Type de recherche: exploratoire
a. les fondements théoriques
La recherche exploratoire est parmi les types de recherche les plus connus à savoir: descriptif,
exploratoire et causal. L’objectif de chaque type de recherche dépend du degré de précision de
la question de recherche et de la finalité de la recherche (description, compréhension,
explication). L’exploration vise à construire des connaissances à travers une recherche
donnée. Il existe deux principales démarches: le test et l'exploration. La démarche des
recherches causales se base sur le test, par contre l’objectif de l’exploration n’est pas le test
d’hypothèses, mais la génération d’hypothèses qui vont être utiles pour les recherches futures
(Cooper et Schindler, 2003); Selon Charreire et Durieux (1999) « l'exploration est un
processus qui permet d'approfondir la compréhension d'un objet de recherche ou de fournir
une explication, en proposant des résultats théoriques innovateurs -nouveaux concepts,
modèles, ou hypothèses ». Ainsi, le type de recherche exploratoire se distingue par les
méthodes semi structurées et la flexibilité par rapport aux autres types de recherches
(descriptives et causales). Cependant, le type de recherche exploratoire est plus approprié
pour l’étude des concepts peu développés ou difficiles à opérationnaliser ou dans les
situations où le sujet de recherche est peu étudié (Cooper et Schindler, 2003).
57
2.2.Pratique :
Dans notre travail nous adoptons la recherche exploratoire, en raison du manque de recherche
sur le sujet de l’entrepreneuriat social dans les pays en développement qui est l’objet principal
de notre recherche. Premièrement, l'exploration va nous permettre d'approfondir la
compréhension du phénomène de l’entrepreneuriat social dans le contexte marocain et étudier
les facteurs susceptibles de favoriser son développement en tenant compte ses caractéristiques
locales. Dans un deuxième temps, l’exploration va nous permettre de découvrir les liens entre
le phénomène de l’entrepreneuriat social et le contexte d’encastrement qui sont peu traités
dans la littérature. Comme on l'a constaté dans la littérature, le concept de l’entrepreneuriat
social est un phénomène complexe que sa définition varie selon le contexte et les personnes.
Ainsi, ce concept a beaucoup évolué partout dans le monde: d'une vision axée uniquement sur
l’amélioration du bien être social des pauvres, vers une vision plus stratégique et durable qui
met en principe les questions politiques, économiques, sociales, culturelles et
environnementales en tant que déterminants de la réussite de et de développement de la
société. Dans ce sens, l'exploration serait très utile pour détecter les liens entre la situation du
contexte marocain et la réussite du phénomène de l’entrepreneuriat social. Ainsi, la flexibilité
que permet ce type de recherche, en est un facteur très sérieux, dans la mesure où elle ne
favorise pas la rigidité du design de la recherche au détriment d'une information plus riche qui
pourra être porteuse de nouvelles compréhensions. Bien que la littérature soit rare à notre
sujet dans le contexte marocain, le concept de l’entrepreneuriat social demeure toujours très
complexe et difficile à opérationnaliser; d'autant plus que peu d'études empiriques ont été
réalisées. Dans ce sens, une exploration hybride permettra à la fois d'appréhender ce concept
sur le terrain et de mettre à l'épreuve le cadre conceptuel et les théories.

2. Les approches de recherche :


2.1. Approche de recherche: Qualitative
a. Les bases théoriques
Au niveau de la littérature, il existe plusieurs définitions de la recherche qualitative. Certaines
mettent l’accent sur les méthodes, procédure et techniques d’analyse qui n'utilisent pas de
moyens de quantification (statistiques) (Strauss et Corbin, 2004), d’autres sur la nature
qualitative des données produites et d’autre sur la nature de l'objet de recherche qui est l'étude
de phénomènes sociaux (Myers, 1997). En général et à partir de plusieurs définitions on peut
conclure que la recherche qualitative permet de:
- Comprendre et expliquer les phénomènes sociaux (DesJaurier, 1991; Myers, 1997);

58
- Capter des données approfondies et des informations difficiles à obtenir par d'autres
approches, sur un phénomène complexe (Miles et Huberman, 2003; Strauss et Corbin,
2004);
- Etudier des cas restreints (Deslauriers, 1991);
- Etudier un phénomène dans son milieu habituel, chose qui permet d'échapper à la fausse
représentation de la réalité;
- Etudier un phénomène complexe par l’avantage de l’instrumentation flexible (Deslauriers,
1991; Miles et Huberman, 2003);
- Explorer le développement de nouvelles compréhensions dans un contexte donné (Miles et
Huberman, 2003; Strauss et Corbin, 2004).
- Eviter les désavantages de la représentation quantifiée d’un phénomène social, qui n’est
pas toujours bénéfique car elle prive le sens, la compréhension et l’explication du
phénomène (Deslauriers, 1991; Myers, 1997).
b. Pratique :
Pour justifier l’adoption de l’approche qualitative, nous nous basons sur la nature exploratoire
de notre recherche. Par cette approche on aura la possibilité de capter la perception des
entrepreneurs de l’entrepreneuriat social, ainsi que ses caractéristiques liées au contexte
marocain et les facteurs qui entravent leur développement et sur lesquels il faut agir.
Un autre argument repose sur les caractéristiques de l’approche qualitative (citées dans la
partie des principes théoriques), qui dévoilent ses avantages et sa force afin de cerner le
phénomène de l’entrepreneuriat social.
2.2.Choix d’une approche par étude de cas multiple :
L’utilisation de cas multiple s’inscrit dans une logique de réplication qui sous-tend le
processus d’échantillonnage théorique (Yin 2003), Donc c’est dans le but d’approfondir les
connaissances existantes sur l’entrepreneuriat social au Maroc, que nous avons choisi les trois
cas sélectionnés qui sont une entreprise, une association et une coopérative. Selon Gobo
(2004) l’échantillonnage théorique repose principalement sur les concepts qui présentent une
importance au regard des connaissances existantes ». La construction théorique est donc au
cœur de cette démarche de sélection et du principe de réplication. Dans cette perspective, on
distingue entre deux types de réplication qui sont : la réplication théorique et la réplication
littérale (Ayerbe, 2009). La première vise le renforcement, la vérification : des résultats
similaires sont attendus. Par contre au niveau de la réplication littérale et selon la théorie, les
cas sont sélectionnés devraient conduire à des résultats différents.

59
Ces deux types de réplications exigent un point fondamental qui est la construction d’un cadre
théorique riche. Le nombre de cas de réplication littérale dépend de l’ampleur des différences
constatées et du degré de certitude souhaitée. Selon Yin (2003), deux ou trois cas de
réplication littérale sont suffisant. Donc, pour assurer un minimum de validité externe et pour
convaincre le lecteur du phénomène général de notre étude nous avons jugé bien qu’une étude
qualitative auprès de trois entreprises marocaines pourrait nous conduire à une bonne réponse
pour notre problématique.
Avec des entretiens semi-directifs avec les fondateurs ou les responsables des deux sociétés,
en utilisant un guide structuré pour aborder l’ensemble des questions préalablement définis, et
ces guides sont à compléter en cours d’entretien.

3. Le mode de recueil de données :


3.1. Choix de l’entretien semi-directif comme mode de collecte de données:
Le choix du guide d’entretien semi-directif, comme mode de collecte de données se motive
par la nature qualitative de notre recherche. La collecte des données est un élément essentiel
pour mener des recherches, c’est une tâche complexe et difficile. O'Leary (2004, p. 150)
signale que «La collecte de données fiables est une tâche difficile, et il est utile de rappeler
qu’une méthode de collecte de données n'est pas intrinsèquement meilleure que l'autre ».
Ainsi que la méthode à utiliser dépendrait de l’objectif de recherche, les avantages et les
inconvénients de chaque méthode. Dans notre étude on a opté pour des entretiens semi-
directifs avec des entrepreneurs sociaux, vu la nature méthodologique, les objectifs de notre
travail, la flexibilité de ce moyen de collecte de données ainsi qu’ils sont fréquemment utilisés
dans l'analyse qualitative. Patton (2002, p. 343) recommande «... d'explorer, la sonde, et poser
des questions qui permettront d'élucider et d'éclairer un sujet particulier ... pour construire une
conversation dans un domaine particulier, dont la façon de questionner est spontanée, et
d'établir un style de conversation, mais en mettant l'accent sur un sujet particulier dont le but a
été prédéterminé ».
Les inconvénients de ce type d’entretien c’est que les enquêteurs inexpérimentés peuvent ne
pas être en mesure de poser des questions rapides. Si c'est le cas, certaines données
pertinentes ne peuvent pas être collectées.

3.2. La conception du guide d’entretien:


A travers l’élaboration de notre guide d’entretien, nous avions comme enjeu, l’extraction des
données qui nous seront nécessaires, durant l’analyse de notre recherche, c’est ainsi que le

60
guide semi-directif est élaboré selon le protocole de la démarche qualitative, et se compose de
trois parties principales :
- La première partie concerne la présentation de l’entreprise cas de notre étude, afin
d’accumuler les informations qui concerne ses spécifiés, sa politique et sa culture, ainsi que
les grandes lignes de sa stratégie et ses objectifs. Ainsi que les caractéristiques et les
motivations de l’entrepreneur social.
- Quant à la deuxième partie, elle concerne les principales caractéristiques de l’entreprise
sociale, telles que la forme juridique, les moyens de financement, la gouvernance…
- La troisième partie sera consacrée à l’analyse des contraintes et obstacles rencontrés par ces
entrepreneurs sociaux en matière de la réalisation de leur mission sociale. A travers cette
partie du guide d’entretien nous allons essayer d’explorer les facteurs à prendre en
considération pour assurer le développement des entreprises sociales dans le contexte
marocain.
Synthèse:
Le tableau suivant synthétise les différents éléments qui définissent le design de cette
recherche :
Tableau 8 : Design de la recherche
Problématique (objet de la recherche) Comment favoriser l’entrepreneuriat social dans les
pays en développement ?
Théories et cadres conceptuels La théorie des origines sociales
Les théories de création d’entreprise
Type de recherche Exploratoire
Approche de recherche Qualitative
Stratégie de recherche qualitative Etude de cas
Moyen de collecte de données Entretiens semi directifs
Méthode d’analyse Approche interprétative
Résultats attendus et apport de la Les caractéristiques locales de l’entrepreneuriat
recherche social peuvent constituées des obstacles pour le
développement de ce phénomène.

61
Chapitre 3 : Analyse du guide d’entretien
Après avoir présenté quelques éléments du contexte de l’entrepreneuriat social au Maroc, la
méthodologie et la présentation des entreprises: les activités, le nombre d’employés, l’objectif
de création… Dans cette section, nous procéderons à l’examen des entretiens qu’on a déjà
mené avec les trois responsables de ces entreprises. Selon la conception de notre guide
d’entretien nous traitons dans un premier point le contexte de ces entreprises sociales, l’étude
des caractéristiques de ses entreprises sociales marocaines, et enfin les contraintes et obstacles
rencontrés.
1. Analyse des entretiens :
Thématique1 : L’entreprise sociale dans le contexte marocain
- Quel est l’objectif principal de la création de votre organisation?
Lors de nos entretiens, les interviewés ont tous avancé que leur engament dans un tel busines
est principalement pour répondre à un besoin social qu’ils ont détecté dans leur régions, à ce
propos le fondateur le l’association Aljisr explique que la création de son association est lié
principalement aux mauvaises conditions d’orientation des nouveaux étudiants bacheliers au
niveau des institutions nationales. Pour Lamiaa l’objectif de création de son entreprise est de
réaliser un changement social en offrant à des femmes victimes de violence familiale par leurs
maris chômeurs, un emploi et en les payant 20% de plus que le salaire moyen du marché.
- Est-ce que vous vous considérez comme entrepreneur social? Et pourquoi ?
Nous avons demandé à nos répondants qu'ils se considéraient comme entrepreneur social et, si
oui, pourquoi ? Nos répondants ont tous déclaré qu’ils sont des entrepreneurs sociaux. Mr
Azzi annonce qu’il était cadre dans une grande multinationale d’assurance dans une grande
ville, avant qu’il démissionne volontairement et se dirige vers la région du sud est du Maroc
pour travailler dans une coopérative avec la moitié de son premier salaire. En général, nos
interviewés se considèrent come entrepreneur social pour les raisons et les motivations
suivantes : répondre et satisfaire des besoins sociaux, améliorer la qualité de vie des personnes
marginalisées et fournir des services aux personnes qui sont dans le besoin.
- Qu’ils sont les référentiels qui vous ont aidé à créer votre organisation?
Au niveau de cette question, nous cherchons à savoir si ses entrepreneurs sociaux ont trouvé
dans le contexte marocain des référentiels clairs et simples, ou des organismes qui
s’intéressent au développement des entreprises sociales, mais tous nos répondants ont déclaré
qu’il n’y a aucune personne ou administration qui l’ont aidé à monter leurs affaires.
Thématique 2 : Les principales caractéristiques de l’entreprises sociales marocaines

62
1- Quels son les moyens et les sources de financement ?
Les trois répondants interrogés ont indiqué que la principale source de financement de leurs
organisations est leur effort de commercialisation des produits. Mme Lamiaa annonce que
« appart la bourse de 10000 Dirhams qu’elle a reçu en 2013 entant que meilleur startup au
Maroc, elle se concentre fortement sur les activités d’export et de commercialisation des ses
produits au Royaume-Uni et aux Etats-Unis ». Concernant les moyens de financement de
l’association Aljisr, Mr Hassan annonce « l’association se base principalement pour le
financement de ses activité sur les frais d’adhésion annuelle et sur l’ensemble des activités
proposées sur le site de l’association ». Pour la coopérative d’Imlil, Mr Azzi annonce que « le
financement de la coopérative se fait à travers les adhérents et leurs apports de lait, rien que ce
financement on a pas ». Les interviewés déclare l’absence totale de soutien ou financement
étatique, ou d’autre organismes, qui peut les aider à assurer leur propre survie et satisfaire les
exigences en matière de responsabilisation financière placé sur eux.
2- Quelle est la forme juridique de votre organisation?
Les formes juridiques des entreprises, comme c’est déjà mentionné dans le tableau de
présentation sont : Coopérative, association et SARL. Et en évoquant cette question Mme
Lamiaa estime que « le manque d’options juridiques viables interdit, dès le départ, le
développement de l’entreprise sociale au Maroc ».
3- Comment votre organisation est gérée ?
Selon Mr Azzi le directeur de la coopérative Imlil, « Après la crise de 2012 qui a touché
l’organisation, 60% des adhérents ont abandonné, la coopérative a perdue sa réputation à
cause de la mauvaise gérance. Dès mon arrivée, j’étais obligé de changer la gouvernance de la
coopérative en adoptant un modèle collectif, qui nous a permis de regagner la confiance des
adhérents ». Concernant l’association Aljisr, le fondateur annonce que « vu la taille de
l’association et le nombre des employés 4, l’association est gérée collectivement ». Pour
l’entreprise Looly’s la gouvernance est classique comme toute entreprise commerciale.
4- Décrivez-moi comment vous distribuez les profits?
Les répondants affirment que les profits sont réinvestis de différentes manières, dans
l’organisation. Pour la coopérative Imlil : « les bénéfices sont réinvestis dans l’achat des
matériaux afin d’améliorer la qualité du lait et ses dérivés, vu la concurrence croissante de la
part des autres grandes entreprises commerciales comme Danone et Central Laitière, ainsi que
pour la collecte du lait qui se fait jusqu’à maintenant dans des bidons de plastique ». Pour
l’association, le fondateur déclare que « si on réalise des profits, ils seront réinvestis dans

63
l’achat du matériel du bureau ». Pour l’entreprise Looly’s les bénéfices seront
automatiquement réinvestis pour améliorer la stratégie d’externalisation de l’entreprise, et la
recherche des autres marchés ». Ceci n’est pas surprenant car le réinvestissement par les
startups de leurs profits dans leur entreprise, est une pratique courante pour assurer sa
pérennité.
Les répondants n’ont pas une vision divisée. Ils réinvestissent les profits réalisés dans
l’entreprise d’une manière ou une autre.
Thématique 3: Contraintes et obstacles rencontrés
1- Est-ce que vous recevez des soutiens?
Deux répondants qui sont la coopérative et l’association, déclarent qu’ils n’ont jamais reçu du
soutien. Par contre Looly’s couscous a reçu un certain appui et assistance au niveau de son
lancement pour l’aider à s’externaliser.
2- Avez-vous besoin d’autres soutiens supplémentaires?
Concernant les soutiens supplémentaires, les répondants déclarent qu’ils ont besoin et dans le
premier rang d’un soutien financier. Et en général ces entreprises sociales ont besoin selon les
interviews d’un soutien en formation pour bien gérer l’organisation, d’un soutien de formation
pour leurs équipes et d’un soutien pour accéder aux marchés.
3- Quels sont les obstacles qui bloquent la croissance de vos activités sociales ?
Nous pouvons généraliser les obstacles de ses entreprises sociales dans les points suivants : le
manque de financement, le manque de soutien en formation de gestion d’entreprise, le
manque d’assistance positive, l’absence d’une culture permettant de développer l’esprit
entrepreneurial social, création de partenariats ou une information sur l’aide au financement.
Ainsi que les limites dans le cadre juridique pour les entreprises sociales qui bloque leur
croissance.
2. Discussions :
D’après ces trois entretiens, on peut conclure que le contexte marocain actuel, ne constitue
pas un terrain favorable pour le développement des entreprises sociales qui peuvent combler
les besoins sociaux des citoyens dans les différentes régions du royaume. Nos interviewés
étaient des hommes de terrain, qui jugent que l’assistance et le suivi disponible pour se
développer et pour répondre à leurs besoins sont négatives.
Comme on peut s’y attendre avec un secteur naissant, et surtout dans un pays en
développement, les obstacles pour devenir un secteur bien établi et structuré sont souvent
grands. Pour les entreprises sociales, les obstacles sont grands et trop complexes. Parce que

64
l’objectif de ces entreprises social est de faire des affaires, qui peuvent par la suite répondre à
des besoins sociaux. Mais ces entreprises qui sont en général des coopératives, association ou
des petites entreprises doivent rivaliser sur le marché des grandes entreprises de manière
durable. Et en parallèle, elles doivent assurer la pérennité de l’organisation et atteindre les
objectifs sociaux ou environnementaux qui sont les principales raisons de création.
Ces formations d’obstacles ou de barrières identifiés sont très reconnues mais rarement
mentionnés indépendamment. Intégralement, on peut distinguer deux niveaux de barrières: les
obstacles «opérationnels» et les obstacles « systémiques ».
Les obstacles opérationnels sont des obstacles qui influencent le fonctionnement et le
développement des entreprises sociales. Ils sont liés principalement à l’environnement et le
contexte marocain dans lequel ces entreprises opèrent. Au niveau opérationnel on identifie
trois catégories d’obstacles qui sont :
- Le manque de financement : l’accès au financement est un défi commun à toutes ces
organisation est particulièrement pour la start-up qui adopte une stratégie d’externalisation
et cherche d’autre marché pour y s’implanter. Le type de besoins en financement le plus cité
par les interviewés est le financement initial et celui de l’assistance technique en vue d’être
durable. En général, le paysage du financement au Maroc est limité dans sa portée et sa
finalité.
- Le manque de soutien et de suivi : Il s’agit ici en plus de la nécessité d’une assistance
technique de base sur la façon de diriger l’organisation, que ce soit via une meilleure
formation en gestion d’entreprise, la création de partenariats ou un renforcement des
compétences en collecte de financement, ces organisations se voient comme manquant des
compétences nécessaires pour être financièrement et opérationnellement viables.
- Le cadre juridique limité: au Maroc les options juridiques disponibles sont limitées pour les
entreprises sociales. Dans ce contexte le modèle coopératif et les associations sont les plus
répandues, et constituent les seules structures viables pour les entreprises sociales. Et
comme il l’indique le directeur de la coopérative Imlil « la coopérative est exonérée des
impôts sur la société puisque notre chiffre d’affaire n’atteigne jamais cinq million de
dirhams ». Donc, on estime qu’il faut créer une structure juridique spécialement conçue pour
les entreprises sociales est nécessaire pour que le concept soit accepté et reconnu de plein
droit, ni comme entreprise traditionnelle, ni une organisation à but non lucratif. Et cette
structure juridique à développer devrait être adaptée au contexte de l’entreprise sociale au
Maroc.

65
Concernant les obstacles systémiques de l’entrepreneuriat social dans le contexte marocain, et
qui sont les obstacles qui ont un impact indirect qui entrave le fonctionnement et le
développement des entreprises sociales, et qui sont souvent liés à l’environnement le plus
large dans lequel elles opèrent. On trouve, l’absence d’une culture entrepreneuriale, Comme il
le mentionne de directeur de l’association Aljisr qu’il faut promouvoir une culture permettant
de développer l’entreprise sociale, il rajoute « il est très difficile de trouver des personnes
compétents et motivés qui peuvent nous aider à réaliser notre but social ». Donc, la nécessité
de promouvoir une culture permettant de développer l’entrepreneuriat social au Maroc est
parmi les grands obstacles systémiques qui bloquent le développement de l’entreprise sociale.
Cet obstacle est lié à la culture, ou l’absence d’une culture d’esprit d’entreprise au Maroc. Il
peut provenir d’un système d’éducation considéré comme non favorable à l’encouragement de
l’esprit d’entreprise. Parce que sans un environnement favorable, stimulant à l’innovation et à
la créativité, les gens ont peur de prendre les risques et les mesures pour transformer leurs
idées en réalité. Un autre obstacle quand peut trouver dans le contexte marocain est les
nombreuses langues couramment parlées au Maroc (Tamazighte, Tassoussite, Tarifite,
Tachlhite), les dialectes locaux à l’arabe, et les publications sur le phénomène au Maroc sont
en anglais ou en français complexifient la propagation des idées et leur enracinement dans la
société marocaine.
Pour faire le lien avec la partie théorique et détecter les caractéristiques du contexte de
l’entrepreneuriat social au Maroc. A partir des interviews et des données sur l’entrepreneuriat
social au Maroc, on peut conclure que : le cotexte marocain de l’entrepreneuriat social est très
fragile. Déjà le Maroc se position dans le contexte des économies informelles, les dépenses de
l’Etat pour développer les entreprises sociales sont très faibles, les aides internationales
destinées aux organisations à but non lucratif sont rares et nécessitent des longues procédures
et du suivi, les entreprises sociales marocaines jouent un rôle de base pour satisfaire les
besoins des citoyens tels que l’emploi et l’éducation, c'est-à-dire que le marché des entreprises
social au Maroc est plutôt social. En arrivant à ce stade et en se projetant dans l’avenir, on est
invité à s’interroger sur comment et jusqu’à quel point il est nécessaire de soutenir les
entreprises sociales, pour qu’elles puissent grandir et se développer dans un tel contexte.

66
Conclusion générale :
Dans ce mémoire, nous avons présenté une revue de littérature sur le concept de
l’entrepreneuriat social, ce qui nous a permis d’identifier quatre grands traits qui pourraient
aider à en comprendre l’essence et qui sont : finalité sociale supérieure à la finalité
économique, innovation et adaptation comme facteurs majeurs du changement social,
recherche d’une pérennité et d’une efficacité économique pour poursuivre la mission sociale
et une gouvernance démocratique et participative. Ainsi que la présentation des différentes
revues de littérature sur les concepts liés à l’entrepreneuriat social. A travers ces revues nous
avons identifié trois principaux types d’entrepreneur qui sont, l’entrepreneur bricoleur,
l’entrepreneur constructioniste et l’ingénieur social. Aussi, nous avons traité le concept de
l’entreprise sociale et celui du business model qui sont en liaison avec le concept vague de
l’entrepreneuriat social. Dans un autre point, nous avons traité les concepts voisins de
l’entrepreneuriat social tels que le social business et la Responsabilité Sociale de l’Entreprise,
afin de faire une distinction entre ces termes et celui de l’entrepreneuriat social. Dans une
deuxième partie, et en se référent à la théorie des origines sociales de Salamon (2008), les
travaux de Nyssens & Nicholls (2006), les travaux de Kerlin (2009) qui traitent les facteurs
spécifiques à un contexte et qui influencent la conceptualisation de l’entrepreneuriat social qui
sont : les activités des entreprises sociales, les formes organisationnelles, les structures
juridiques et l’environnement favorable. Ainsi que les travaux de Jackson & Deeg (2008) qui
font une distinction entre les différents contextes d’encastrement de l’entrepreneuriat social, à
savoir l’économie libérale, l’économie coopérative et l’économie informelle. Notre objectif
dans cette partie était de mettre en évidence le caractère unique de l'entrepreneuriat social et
décrire comment les facteurs liés au contexte d’encastrement ont un impact sur le
développement de l’entrepreneuriat social.
Dans un dernier point, et d’après les caractéristiques locales du contexte des pays en
développement, nous avons présenté un certains nombre de facteurs susceptibles de favoriser
le développement de l’entrepreneuriat social dans ce contexte, ainsi que les défis à surmonter.
A travers notre analyse de l’ensemble des revues de littérature, on conclue que
l’entrepreneuriat social est un phénomène complexe qui suscite un grand débat dans le monde
entier. Cependant, ce phénomène ne doit pas être traité comme un cas isolé, mais une partie
intégrante d'un système social. Ainsi, le rôle et la nature des entreprises sociale dans un
contexte ne peuvent pas être discutés sans prendre en considération l'ensemble complexe des
facteurs institutionnels, sociaux, économiques et politiques qui composent ce contexte.

67
Dans notre partie empirique, nous avons choisi le contexte marocain comme terrain d’étude.
Et d’après les interviews et les données qu’on a sur l’entrepreneuriat social au Maroc, et les
caractéristiques soulevées dans la partie théorique, et qui déterminent l’entrepreneuriat social
dans un contexte Nous avons conclu que le contexte marocain possède ses particularités et
ses caractéristiques locales qu’on peut résumer comme suite : déjà le Maroc fait parti des
économies informelles, les dépenses étatiques sur le secteur social sont très faible, le
fonctionnement du marché et plutôt social, car on trouve que la majorité des entreprises
sociales dans le territoire marocain essayent d’assurer la prestation des services de bases que
l’Etat marocain ne parvient pas à fournir à ces citoyens, tels que l’éducation, l’emploi et la
santé. Au niveau des aides internationales pour le secteur social au Maroc on trouve que ses
aides sont destinées principalement aux grandes organisations qui ont une bonne réputation, et
possèdent les compétences nécessaires pour entrer en compétition avec d’autres organisations
internationales qui cherchent aussi de l’aide pour financer leurs activités. Nous donnons à titre
d’exemple l’association (AMH) Amicale des Handicapés Marocaine, Association Al Jisr
fondée par Mohammed Abbad Andaloussi gagnant du prix de Schwab pour le meilleur
entrepreneur social de l’année 2010 ; membre des réseaux internationaux d'entrepreneurs
sociaux Ashoka, Fondation Schwab et celui de Synergos, L’association Aicha Ech- Chenna-
Solidarité Féminine, la fondatrice a été décorée du prestigieux prix «Elisabeth Norgall 2005»
de l'International Women's Club of Frankfurt et d’autres titres... Concernant le caractère de la
taille du secteur social au Maroc, c'est-à-dire le nombre des personnes ou d’entreprises
sociales qui y opèrent, on peu dire que le secteur est petit, malgré l’absence de données
officielles ou statistiques qui peuvent nous aider, par comparaison avec d’autres pays, à savoir
la taille du secteur.

Face à ces obstacles et défis locaux de l’entrepreneuriat social, il est indispensable de prendre
en considération des actions concrètes qui peuvent aider au développement de
l’entrepreneuriat social et des entreprises sociales dans le contexte marocain. Et ces actions
puissent engager plusieurs acteurs à savoir le gouvernement, les entreprises sociales et le
secteur privé et le milieu universitaire.
- Le gouvernement : vu la nouveauté de l’entrepreneuriat social, les décideurs institutionnels
ne prends pas le soutien des entrepreneurs sociaux dans leurs programmes. Il faut donc,
donner plus d’intérêts aux besoins des entrepreneurs sociaux et des entreprises sociales, en
offrant une attention particulière à la spécificité de ce secteur. Au niveau de la
réglementation, autant légal que fiscal, elle doit faire l’objet d’une modification et révision

68
importante. Ce qui va contribuer à la promotion des entreprises sociales, en donnant de la
légitimité à la forme par l’adoption de nouvelles lois qui tiennent compte les parties
prenantes impliquées comme les employés, les bénéficiaires… ainsi que la réglementation
de la distribution des bénéfices. Et en fournissant des avantages et incitations pour la
création. Ces incitations peuvent être monétaires par la contribution directe de l’Etat dans le
capital de ces entreprises ou par la proposition d’avantages fiscaux. Ou par des incitations
non monétaires consistant par exemple à une exonération ou réduction des coûts
administratifs liés à l’enregistrement et la création de ce type d’entreprise. Aussi, l’Etat peut
intervenir par la mise en place d’institutions ou d’infrastructures d’accompagnement,
d’orientation et d’appui qui peuvent aider les entreprises sociales surtout dans la phase de
lancement. Un autre domaine d’intervention est celui de financement, qui est un des défis
majeur pour assurer la pérennité des entreprises sociales. A ce niveau l’Etat peut intervenir
par l’intégration dans le système financier des banques ou des fonds destinés spécialement à
l’entrepreneuriat social.
- Les entreprises sociales et le secteur privé : les entreprises sociales marocaines elles mêmes,
doivent réagir face à la situation actuelle, en faisant connaitre les enjeux, les pratiques et les
obstacles pour gagner davantage d’attractivité. Ainsi que les entreprises du secteur privé
doivent intervenir en faisant des partenariats et alliances avec les entreprises sociales.
- Le milieu universitaire : la formation est nécessaire pour développer la culture
entrepreneuriale et améliorer le capital humain. Il est nécessaire de former et d’informer les
différents acteurs, que ce soit les responsables politiques, les étudiants, les entrepreneurs, les
éducateurs, la société civile en général. Dans ce cadre, les universités et les grandes écoles
peuvent jouer un rôle primordial afin que la majorité d’étudiants de la prochaine génération
y soit intéressé. Ainsi, la création de centres de recherche va permettre de regrouper les
efforts et de communiquer les résultats obtenus. Donc le milieu universitaire devrait être
dans le centre de ce développement et de transmission des connaissances.
Sans doute, l’entrepreneuriat social a besoin de plus d’efforts concrets pour lui assurer un
avenir meilleur. Il s’agit d’un concept prometteur dans l’atteinte du développement
économique local et d’objectifs sociaux. Cela est particulièrement vrai dans une société qui
voit les besoins sociaux grandir tout en étant limitée par rapport aux ressources pour les
combler. Pour la recherche, l'entrepreneuriat social représente une occasion excitante pour
favoriser le développement économique. A ce stade du cycle de vie de la recherche en
entrepreneuriat social on peut être sceptique sur les efforts visant à générer des grandes
théories sur le phénomène de l’entrepreneuriat social. Au contraire, tous les acteurs doivent
69
consacrer un énorme potentiel dans les efforts théoriques et empiriques qui visent à construire
des théories et d’éclaircir les mécanismes sociaux constituant le phénomène.
Les apports de la recherche :
Ils se situent à trois niveaux: les apports théoriques, les apports méthodologiques et les
apports managériaux.
L’apport théorique : la revue de littérature sur le concept de l’entrepreneuriat social, a montré
que les travaux qui lui sont consacrés dans le contexte des pays en développement restent
globaux. Dans notre mémoire, nous avons exploré la relation entre l’entrepreneuriat social et
le contexte de son encastrement. Par ailleurs, la revue de littérature mobilisée dans notre
travail, a mis en évidence qu’au niveau de la théorie peu d’auteurs se sont intéressé à
l’entrepreneuriat social dans le contexte des pays pauvres, et encore moins à l’étude
approfondie des facteurs locales de développement de l’entrepreneuriat social. En réponse aux
limites constatées, notre travail nous a permis de proposer une liste de défis à prendre en
considération dans le contexte marocain, et qui peuvent faire de l’entrepreneuriat social une
source de développement économique et social. A travers ce travail, nous participons à la
réflexion du courant qui s’intéresse à la manière dont l’entrepreneuriat social ne peut pas être
traité isolé mais comme composante d’un système social pour que le développement se
réalise. Cette recherche a apporté une contribution par l’éclaircissement du concept de
l’entrepreneuriat social et ses caractéristiques locales dans le contexte marocain.
L’apport méthodologique : nous pouvons distinguer deux apports méthodologiques : une
démarche méthodologique qui s’appuie sur une revue de littérature diversifiée et une étude
qualitative de cas multiple de trois entreprises sociales.
L’apport managérial : d’un point de vue managérial, nous retenons un apport pour les
dirigeants des entreprises sociales marocaines ainsi que pour les responsables politiques.
L’objectifs de notre étude est de déterminer les facteurs susceptibles de favoriser
l’entrepreneuriat social dans le contexte marocain, ce qui permettra aux responsables de
constater qu’il faut s’intéresser aux besoins des entreprises sociales afin qu’ils en tirer profits
en comblant le recul de l’Etat, et faire de l’entrepreneuriat social une source de
développement économique et social.
Les limites de la recherche :
Les limites de notre recherche peuvent se résumer comme suit :
- Notre travail présente quelques limites méthodologiques qu’on peut trouver au niveau de
toute étude qualitative, ce qui peut impacté la validité externe de la recherche.

70
- Vu l’émergence de ce thème de recherche surtout dans le Sud, on a trouvé des difficultés
d’accès à une littérature récente sur l’entrepreneuriat social, sans oublier de signaler le
manque des travaux qui y s’intéressent.
- La faible représentativité des guides d’entretiens réalisés qui sont en total de 3.
- La quatrième limite qui a caractérisée notre travail, c’est celle liée à la contrainte du temps
alloué à la recherche, puisque on n’a pas bénéficié d’un budget temps suffisant à la réalisation
de cette étude.

71
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Webographie:

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- www.weforum.org
- www.socioeco.org
- www.worldbank.org
- www.enactus-morocco.org
- www.mcise.org
- www.sroi-europe.org.

75
Liste des figures
- Figure 1 : la structure globale de la recherche
- Figure 2 : BM simplifié de l’entreprise classique
- Figure 3: BM simplifié de l’entreprise sociale
- Figure 3: contexte général de l’entrepreneuriat social

Liste des tableaux


- Tableau1 : définition et description de l’entrepreneuriat social
- Tableau 2 : les principales différences entre les deux formes entrepreneuriales.
- Tableau 3: les principales différences entre les trois types d'entrepreneuriat social
- Tableau 5 : comparaison des principes de la RSE et de l’ESS
- Tableau 6 : les caractéristiques de l’entreprise sociale
- Le tableau7 : présentation des entreprises de l’étude
- Tableau 8 : Design de la recherche

76
Annexes :

77
Annexe 2 :

78
MEMOIRE RECHERCHE EN VUE DE L’OBTENTION DU
DIPLOME DE MASTER EN «ANALYSE ET POLITIQUES
ECONOMIQUES»

Objet : Guide d’entretien


MEMOIRE RECHERCHE SOUS LE THEME :
« Contribution à l’étude des enjeux et défis de l’entrepreneuriat
social dans les pays en développement : cas du Maroc »

Bonjour Mme/Mr, dans le cadre de la préparation de mon projet de fin d’étude


intitulé «Contribution à l’étude des enjeux et défis de l’entrepreneuriat social
dans les pays en développement : cas du Maroc ».
Nous vous remercions d’avoir accepté de participer à cette recherche.

Réalisé par : Encadré par :

LAHBIB Abdelouhab Pr : Mme LEILA TEMRI

Email : abdel.lahbib@gmail.com

Guide d’entretien :

Date d’interview:
Entreprise:
Nom et position de la personne interrogée:

Année universitaire : 2014/2015

79
Présentation de l’entreprise :
Pour mieux connaitre le contexte, pouvez-vous me dresser un bref portrait du profil de
votre entreprise.
- Date de fondation, histoire et origine et sa structure.
- Quelle est son activité?
- Quel est le nombre d’employés?
- Quels sont les différents sites? Quelle est sa politique générale? Quels sont ses
objectifs à long terme?
Thématique1 : L’entreprise sociale dans le contexte marocain
1- Quel est l’objectif principal de la création de votre organisation?
- ………………………………………………………………………………………
2- Quelle est la mission sociale de votre organisation?
- ………………………………………………………………………………………
3- Est-ce que vous vous considérez comme entrepreneur social?
………………………………………………………………………………………
4- Quels sont vos motivations et celles des autres personnes travaillant avec vous ?
- ………………………………………………………………………………………
5- Qu’ils sont les référentiels qui vous ont aidé à créer votre organisation?
- ………………………………………………………………………………………
Thématique 2 : Les principales caractéristiques de l’entreprises sociales marocaines
1. Quels son les moyens et les sources de financement ?
……………………………………………………………………………………
3. Quelle est la forme juridique de votre organisation?
……………………………………………………………………………………
4. Comment votre organisation est gérée ?
……………………………………………………………………………………
5. Décrivez-moi comment vous distribuez les profits?
……………………………………………………………………………………
6. Selon quels critères évaluez-vous la performance de l’organisation ?
……………………………………………………………………………………
Thématique 3: Contraintes et obstacles rencontrés
1. Est-ce que vous recevez des soutiens?
- ………………………………………………………………………………
2. Avez-vous besoin d’autres soutiens supplémentaires?
………………………………………………………………………………
3. Quelle est la nature des autres soutiens dont vous avez besoin?
………………………………………………………………………………
4. Quels sont les obstacles qui bloquent la croissance de vos activités sociales ?
……………………………………………………………………………………

80
Annexe 4 : Etat de l’art
Auteurs Objectif / Variables analysées Echantillon et méthode Secteur, pays

Gabteni H., Bami A. - Le but de la recherche est - Utilisation de face-à-face des entrevues Secteur de la
and Shiri G. (2013) d'analyser dans quelle mesure la micro- en profondeur, micro-finance
« Microfinance as finance pourrait être considéré comme une - Etude de trois cas (2F+1H) dans
social entrepreneurship forme de l'entrepreneuriat social ? et lesquels la micro-finance a été fournie Maroc
l'impact de la micro-finance sur les par la Fondation El Karama.
in Southern Morocco »
situations économiques et sociales des
bénéficiaires ?
Jean-Marc Fontan - Comment les qualitatifs « social » - La recherche repose essentiellement sur Publications
(2011) et « collectif » transforment l’idée la réalisation d’une revue de littérature
« Entreprenariat social d’entreprendre en un projet plus intégré où de textes clés produits en langue Amérique du
et entreprenariat les objectifs sociaux, politiques et française et anglaise. Nord et en
économiques sont « harmonieusement » Europe.
collectif : synthèse et
agencés.
constats ».
Davister, C., - L’objectif principal de cette - Cet article exploite des données Secteurs des
Defourny, J. & recherche est de mesurer la performance collectées dans le cadre du projet travaux manuels,
Grégoire, O. (2004). socio-économique des entreprises sociales PERSE (2001-2004) mené par divers le tri et le
« Les entreprises d’insertion par le travail en étudiant en membres de l’EMES European Research recyclage,
profondeur plus de 150 ESI. Network. l’entretien
sociales d’insertion
d'espaces vertes…
dans l’Union 11 pays de
Européenne : un l'Union Européen
aperçu général ».
Defourny, J., & - L’objectif du document est - Analyse bibliographique des concepts et Littérature
Nyssens, M. (2010). d'approfondir et de comparer l'état du leurs évolutions dans chaque contexte.
“Conceptions of Social débat entre les Etats-Unis et en Europe sur
Enterprise and Social l’ES social et de mieux prendre en compte Europe
les trois drapeaux terminologiques de et Etats-Unis
Entrepreneurship in
l'entreprise sociale, l'entrepreneuriat social
Europe and the United et entrepreneur social.
States: Convergences
and Divergences”.
David Gras, Elaine - Identifier les orientations futures - Analyse du contenu de tous les articles - Publications sur
Mosakowski, G.T. de la recherche afin de générer un tableau publiés sur l'entrepreneuriat social, Les bases de
Lumpkin (2011), d'ensemble des sujets de recherche en - Analyse de 248 documents (1991-2010) données :
“Gaining Insights from entrepreneuriat social. de l'entrepreneuriat social et généré 327 EBSCO, Web
- Présenter, résumer et analyser les sujets pour la recherche future. of Knowledge,
Future Research
futures possibilités de recherche de ce - 1) la collecte des documents de ABI/INFORM,
Topics in Social corps complet de la recherche publiée. recherche, 2) collecte de futurs thèmes et Science
Entrepreneurship: A - Analyser des documents de recherche de recherche 3) application des critères Direct
Content-Analytic d'entrepreneuriat social publiés à propos d'exclusion, 4) le nettoyage des données,
Approach” de ce que les auteurs considèrent comme et 5) l'analyse des données. - International
orientations futures importantes.
Maïa Souviron (2014). - Apporter un éclairage sur le cas - Revue de littérature Secteur des
« Entreprises sociales britannique afin de permettre de - Exploitation des données d’une étude entreprises
et entrepreneuriat questionner le concept-réalité d’entreprise publiée par la Coalition des entreprises sociales
social en Grande- sociale et de fournir un élément de sociales (2009) et les données d’une
réflexion pour le débat en France. étude faite pour l’Unité pour l’entreprise Grande-Bretagne
Bretagne ».
sociale en 2005.
Zahra S.A., - Définir l'entrepreneuriat social - Construction de l’analyse sur les travaux Travaux de
Gedajlovic, Neubaum, - Identifier les trois grands types de Hayek (1945) , Kirzner (1973) et recherche
Shulman (2009). “A d'entrepreneuriat social Schumpeter (1934) antérieurs
typology of SE: - Discuter des questions éthiques - Utilisation de la typologie proposée des
qui se posent à la pratique de entrepreneurs sociaux à explorer les International
Motives, search
l'entrepreneuriat social divers problèmes éthiques rencontrés
processes and ethical - Identifier les orientations pour dans la pratique.
challenges”. l'avenir recherche.

81
Yohanan Stryjan & - Présentation de l'entrepreneuriat - Revue de littérature Divers secteurs
Södertörns högskola social basé sur une vue de Schumpeter de - Présentation de quelques cas.
(2006), “The Practice l'entrepreneuriat comme la création d'une Suède
of Social nouvelle combinaison de ressources…
- Discussion du capital social et sa
Entrepreneurship:
relation avec l’ES
Theory and the
Swedish Experience”.
Janelle A. Kerlin - Comparer le concept, pratique, et - La recherche se fonde sur les discussions Europe de l'Ouest,
(2010). “A le contexte émergent de l’entreprise qualitatives de l'entreprise sociale Europe centrale et
Comparative Analysis sociale, trouvées dans Kerlin (2009 ). orientale,
of the Global - Examiner les différents facteurs le Japon,
qui façonnent l'émergence mondiale de les États-Unis,
Emergence of Social
l'entreprise sociale dans sept régions et Zimbabwe et la
Enterprise”. pays dans le monde. Zambie,
- Discuter l'entreprise sociale l'Argentine, et en
comme un phénomène mondiale dans une Asie du Sud-est.
perspective comparative.
Gbenga Sesan - Examiner le rôle de l’Entreprise - Présentation de mini-cas : Divers secteurs
(2006),”Social Social en Afrique comme une tendance - La Fondation FATE
Enterprise in Africa: émergente dans un continent émergent, - Ashoka Nigeria Nigeria
An Emerging Concept - Présenter une meilleure - Le Lagos Village numérique
compréhension du paysage de l’entreprise (LDV) Afrique
in an Emerging
socials dans en Afrique.
Economy”.
Lee A. Swanson, - Décrie l’ES comme un domaine - La partie quantitative de l’étude : Divers secteurs
David D. de recherche, présenter une partie de la enquête téléphonique de 44 questions
Zhang,(2012), Social littérature la plus influente sur le sujet, et (27 questions fermées). Echelle de Ouest Canada
Entrepreneurship présenter les résultats d'une étude sur les Likert à 4 points..
intentions de ES : comment les - Echantillon de 282 (propriétaires et
changements des intentions influencent les cadres dirigeants des organisations)
missions de l’ES et le positionnement sur - Analyse qualitative de 26 interviews
la carte des formes organisationnelles choisis en fonction de leurs réponses à
résultant l'enquête.

82
Table des matières:
Remerciement………………………………..……………………………………………..… 2
Résumé…………………………………………………………………………………...…….3
Sommaire………………………………………………………………………………………4
Introduction……………………………………………………………………………….……5
Partie 1 : …………………………………………………………………………………..….10
Chapitre1 : Revue de littérature sur l’entrepreneuriat social………………………...……….10
1. Qu’est ce que l’entrepreneuriat?.................................................................................10
2. Revue de littérature sur l’entrepreneuriat social……………………………….……12
2.1. L’importance et le domaine de l’entrepreneuriat social………………………12
2.2. L’émergence du concept de l’entrepreneuriat social…………………………13
2.3. Définition de l’entrepreneuriat social…………………………………...…….15
3. Comparaison de l’entrepreneuriat classique et de l’entrepreneuriat social………...…18
Chapitre2 : Revue de littérature sur les concepts liés à l’ES ....…………………………..…..20
1. Revue de littérature sur l’entrepreneur social……………………………...…………20
2. Revue de littérature sur l’entreprise sociale……………………….………………….23
3. Le business model des entreprises sociales……………………………………...……24
Chapitre3 : Entrepreneuriat social et les concepts voisins……………………………..……..26
1. Le « social business »…………………………………………………………..……..26
2. L’entreprise sociale et la Responsabilité Sociale de l’Entreprise (RSE)……………..27
Partie2 : lecture théorique de l’ES dans le contexte des pays en développement…………....30
Chapitre1 : Les théories expliquant la création d’entreprises sur un territoire……………….30
1. La théorie économique…………………………………………………….….30
2. La théorie socio-psychologique……………………………………...………30
3. La théorie environnementale………………………………………………….31
4. Une nouvelle approche complexe……………………………………….……32
Chapitre2 : Les caractéristiques de l’ES dans les pays en développement……………...……33
1. L’entrepreneuriat social comme un contexte spécifique…………………..….34
2. Comment l’ES varie selon les contextes économique et culturel ?...................36
3. La théorie des origines sociales…………………………………………...…..39
a. Exemples de contextes historiques pour le développement de l'ES…..…..41
b. Les caractéristiques de l’ES dans les pays en développement…….......….43
Chapitre3 : Le développement de l’entrepreneuriat social………………………………...…45
1. Les facteurs susceptibles de favoriser le développement de l’ES…………….45
2. Les défis à surmonter…………………………………………………...……..46
Partie 3 : la partie empirique…………………………………………………………..……..52
Chapitre1 : les éléments du contexte………………………………………………………….53
1. L’apparition de l’entrepreneuriat social au Maroc…………………………....53
2. Les aspects de l’entrepreneuriat et l’entrepreneuriat social au Maroc………..54
3. Présentation des entreprises qui font l’objet de notre étude………………..…55
Chapitre2 : Méthodologie de recherche …………………………………………………..….55
1. Positionnement épistémologique………………………………...…...……….56
1.1.Choix de la posture interprétativiste……….................................……56

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1.2.Type de recherche exploratoire……………………………………….57
2. Les approches de recherche…………………………………………………...….58
2.1. L’approche de recherche qualitative…………………………….……58
2.2. Choix d’une approche par étude de cas multiple……………………..59
3. Le mode de recueil des données……………………………………………….…60
3.1. Choix de l’entretien semi-directif comme mode de collecte de
données………………………………………………………………..60
3.2. La conception du guide d’entretien………………………………..….61
Chapitre 3 : Analyse du guide d’entretien……………………………………………………62
1. Analyse des entretiens :…………………………………………………………….…62
2. Discussions ………………………………………………………………….………..64
Conclusion générale ………………………………………………………………….………67
Bibliographie……………………………………………………………………….…………71
Liste des figures et tableaux……………………………………………………………..……76
Annexes……………………………………………………………………………...………..77

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