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FOUCAULT,
LA SEXUALITÉ,
L’ANTIQUITÉ
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FOUCAULT,
LA SEXUALITÉ,
L’ANTIQUITÉ

SOUS LA DIRECTION DE

SANDRA BOEHRINGER ET DANIELE LORENZINI

Ouvrage publié avec le concours de l’Association pour le


Centre Michel Foucault, le centre de recherches Psychanalyse,
Médecine et Société (CRPMS, EA 3522) de l’Université Paris Diderot
et l’équipe d’accueil « Lettres, Idées, Savoirs » (LIS, EA 4395)
de l’Université Paris-Est Créteil.

ÉDITIONS KIMÉ
2, impasse des Peintres
PARIS IIe
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Couverture :
infographie : Shan Deraze

© Éditions Kimé, Paris, 2016.

ISBN 978-2-84174-739-9

http://www.editionskime.fr
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REFUSER LES UNIVERSAUX


UNE HISTOIRE FOUCALDIENNE DE LA SEXUALITÉ ANTIQUE,
UNE HISTOIRE AU PRÉSENT1

Sandra Boehringer
Université de Strasbourg

« Faire passer l’histoire au fil d’une pensée qui refuse les universaux »2,
tel est l’objectif clairement énoncé par Michel Foucault à la fin des années
1970. La sexualité, montre Foucault dans son Histoire de la sexualité, est
une expérience historique singulière et extrêmement récente. Si l’étude
des cultures antiques est primordiale dans une analyse portant sur les pro-
cessus par lesquels l’individu est amené à se reconnaître comme sujet de
son désir et de sa propre existence, c’est à condition de mener une enquête
qui ne présuppose ni continuité ni invariabilité des notions et des objets.
En France, à l’heure où les débats s’enflamment sur la dimension « natu-
relle » du genre et sur les questions d’une sexualité (hétérosexuelle) « nor-
male » et « première », on n’ose imaginer les réactions que susciterait
aujourd’hui la publication des trois volumes de l’Histoire de la sexualité,
qui démontrent que les « identités » sont le fruit d’une culture qui en a in-
venté les contours et la nécessité, et que l’« ordre naturel » est une fiction
discursive. Replacer dans l’histoire des catégories communément perçues
comme naturelles et étudier à cette fin les cultures grecque et romaine –
celles qui offrent, depuis des siècles, pléthore d’arguments d’autorité
qu’utilisent à l’envi des conservateurs attachés aux (prétendues) origines
de nos « civilisations » occidentales3 – serait probablement perçu comme
une provocation supplémentaire. C’est précisément en raison de l’actualité
de la pensée de Foucault, qui continue aujourd’hui encore à subvertir les
modes et le prêt-à-penser, que des intellectuels appartenant à des
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34 Foucault, la sexualité, l’Antiquité

champs aussi vastes que sont ceux de l’histoire, de la psychanalyse, de


la philosophie ou de l’anthropologie, lisent et relisent Foucault, son His-
toire de la sexualité et, désormais, son cours au Collège de France de 1980-
1981, Subjectivité et vérité. Comment comprendre ce qui a poussé
Foucault, à une époque où les travaux sur l’érotisme antique commen-
çaient à peine à être accessibles, à entreprendre ce qu’il désigne avec hu-
mour comme son « “trip” gréco-latin »4 ? Quels étaient le contexte et l’état
des travaux dans le champ des études anciennes5 ? Et comment expliquer
ce qui, trente ans après, nous permet, encore, d’avancer avec Foucault ?

Le chemin vers l’Antiquité : l’influence d’une sociologie du présent

Au moment où Foucault entame ses recherches pour le projet qui allait


le mener à l’écriture de La Volonté de savoir, la question sexuelle est au
cœur de l’actualité. Durant les années post-1968, de nouvelles voix se font
entendre, celles des féministes et des militants pour la cause homosexuelle,
d’une part, des mouvements antipsychiatriques et de la psychothérapie
institutionnelle, d’autre part : en 1972, Gilles Deleuze et Félix Guattari pu-
blient L’Anti-Œdipe et Guy Hocquenghem Le Désir homosexuel ; c’est
également l’époque à laquelle Lacan commence son séminaire Encore, sur
ce qu’il nomme « la jouissance ». Le Corps lesbien de Monique Wittig pa-
raît en 19736. Dans cette atmosphère d’une dite « révolution sexuelle »,
Foucault entreprend d’infirmer l’idée d’une « libération » et de décrire le
dispositif normatif de la sexualité moderne. Le contexte auquel il s’inté-
resse tout d’abord est celui de l’apparition de nouvelles formes de pouvoir,
à la fin du XVIIIe siècle, ce tournant où « quelque chose a fait qu’on est
entré dans la société de la norme, de la santé, de la médecine, de la nor-
malisation qui est notre mode essentiel de fonctionnement maintenant »7.
L’Antiquité n’est pas à l’ordre du jour. Il s’agit, à cette étape de la dé-
marche du philosophe, d’historiciser une expérience que les sciences, les
techniques et la religion présentent comme universelle et anhistorique,
objet d’un savoir scientifique (scientia sexualis), de montrer la façon dont
ces discours en sont venus à créer les lignes de partage entre le normal et
l’anormal, entre le sain et le pathologique.
Par ailleurs, dès leurs débuts, l’ethnologie puis l’anthropologie ont in-
tégré dans leurs analyses et leurs observations des sociétés humaines la
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Partie 1. Avant la sexualité 35

question des pratiques sexuelles. C’est le cas de Bronislaw Malinowski8


qui, pendant la première guerre mondiale, effectua ses travaux de terrain
dans l’archipel des Îles Trobriand, situé à l’extrémité orientale de l’actuelle
Papouasie Nouvelle-Guinée, ou encore de Margaret Mead, dont les études,
menées des années 1920 aux années 1940, portent sur plusieurs popula-
tions océaniennes9. Cependant, de façon générale, les ethnologues et les
anthropologues rattachent leurs observations à deux grands domaines, qui
restent la marque des études anthropologiques : celui de la parenté (à savoir
l’étude de la filiation, de l’alliance – avec ses règles et ses prescriptions
également en matière sexuelle – et de la résidence) et celui des rites de
passage. La pratique sexuelle n’est pas l’élément central et n’est généra-
lement étudiée qu’en lien avec les problématiques de ces domaines
d’études conceptualisés au cours du XXe siècle. En ce sens, le volume dirigé
par Sherry Ortner et Harriet Whitehead, Sexual Meanings. The Cultural
Construction of Gender and Sexuality, marque un tournant important dans
la discipline par le lien explicite entre genre et sexualité, mais, alors qu’il
paraît en 1981, l’ouvrage ne contient aucune référence au premier tome
de l’Histoire de la sexualité de Foucault : c’est la question des rôles sexuels
et des pratiques, et non la notion de sexualité en tant que dispositif, qui
fait l’objet des réflexions des chercheurs.
Dans les quelques travaux abordant la question de l’amour et de la
sexualité des Grecs et des Romains parus avant les années 1970, le motif
du rite de passage trouve des échos importants (c’est presque exclusive-
ment sous cet angle que l’« homosexualité » des Anciens est abordée).
Ainsi, dans sa vaste étude sur les peuples doriens (1824) qui marqua des
générations d’historiens, Karl Otfried Müller identifie des rituels d’initia-
tion pédérastique à Sparte et en Crète, destinés à renforcer le compagnon-
nage entre guerriers. En 1907, Erich Bethe propose, dans son «  Die
dorische Knabenliebe : ihre Ethik und ihre Idee »10, une comparaison entre
les usages des Doriens et l’initiation chez les Papous. Jan Bremmer, dans
son article « An Enigmatic Indo-European Rite : Paederasty »11, et Harald
Patzer, dans Die griechische Knabenliebe12, reprennent ce paradigme, avec
une lecture différente (une étape d’humiliation pour le premier, un acte
positif mais temporaire pour le second). De façon générale, les antiquisants
voient dans le « rite de passage » des anthropologues le moyen de com-
prendre les relations homoérotiques des Anciens13. Cependant, alors même
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36 Foucault, la sexualité, l’Antiquité

que ces études sont les rares à aborder la question de la sexualité antique,
elles n’apparaissent pas dans les ouvrages consultés par Foucault pour
L’Usage des plaisirs et Le Souci de soi. De façon générale, les interpréta-
tions des relations pédérastiques en termes de rite de passage – qu’elles
soient produites par des ethnologues faisant des séjours dans des sociétés
éloignées ou qu’elles soient le fruit de réflexions d’éminents hellénistes –
ne sont pas pertinentes pour sa réflexion14. C’est paradoxalement la socio-
logie contemporaine qui a influencé une approche, par Foucault, des so-
ciétés antiques.
En sociologie, en effet, les questions sexuelles, abordées de façon plus
dense à partir des années 1960 aux États-Unis, se formulent dans la pers-
pective générale d’une approche des sociétés que l’on nomme aujourd’hui
« constructionniste »15. Dans le contexte des idées développées par l’École
de Chicago, les chercheurs analysent la construction sociale et culturelle
des rôles sexuels et leur hiérarchisation. La sociologue britannique Mary
McIntosh, formée à l’université de Californie à Berkeley, explore ainsi des
hypothèses proches de celles qu’allait développer Foucault : elle est parmi
les premiers à avoir explicitement historicisé la catégorie « homosexua-
lité », dans son article « Le rôle homosexuel »16, consacré aux époques
moderne et contemporaine. À partir des années 1970 se développent ainsi
des études de terrain dans les divers milieux où s’exprimaient des formes
de sexualité différentes et les enquêtes menées par Gayle Rubin, consa-
crées non pas aux pratiques pour elles-mêmes mais aux formes de socia-
bilité qu’elles produisent, illustrent la richesse de ce champ17.
David Halperin, dans Saint Foucault, fait cette analyse : « Sa fréquen-
tation croissante, à la même époque, des cultures sexuelles, politiques et
sociales, en plein bourgeonnement, des communautés gays et lesbiennes
aux États-Unis, détermine de manière significative sa lecture des textes
anciens et lui offre un cadre d’analyse pour ses investigations de plus en
plus poussées sur l’éthique du “souci de soi” »18. Après 1976, en effet,
Foucault quitte le champ des archives et des discours produits « dans les
institutions religieuses, dans les règlements pédagogiques, dans les pra-
tiques médicales, dans les structures familiales »19 qu’explorait La Volonté
de savoir, pour s’atteler à une nouvelle question, qui dépasse celle de la
sexualité. Il s’appuie désormais sur des textes médicaux, moraux et philo-
sophiques pour comprendre comment, dans la Grèce du début de l’époque
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Partie 1. Avant la sexualité 37

hellénistique, se pense et s’élabore, à travers les techniques de soi, le lien


entre subjectivité, désir et plaisir. Dans le deuxième et le troisième volume
de l’Histoire de la sexualité, le philosophe entame ainsi un virage philo-
sophique20 qui, loin d’être radical, entre en parfaite cohérence avec le pro-
jet de «  refuser les universaux  »  : il ne s’agit pas de chercher «  la
sexualité » des Anciens comme s’il s’agissait d’un ensemble stable ou d’un
dispositif traversant les siècles. Identifier le moment où une exigence de
vérité apparaît, où les discours d’une scientia sexualis naissent – l’objet
de La Volonté de savoir –, c’est postuler des contextes et des époques où
ces configurations et ces processus n’existent pas. Pour que l’enquête
tienne, la catégorie heuristique de la « sexualité » ne doit pas faire écran
mais, au contraire, doit permettre de percevoir les catégories et les dispo-
sitifs propres aux Anciens.
Au moment où, en 1981, Foucault commence son cours au Collège de
France intitulé Subjectivité et vérité, il s’agit pour lui d’« étudier de quelle
manière on a appelé le sujet à se manifester et à se reconnaître lui-même,
dans son propre discours, comme étant en vérité sujet de son propre
désir »21 et, de façon parallèle à ce que Gayle Rubin fit dans les milieux
SM des bars gays de San Francisco, de mener une « histoire des problé-
matisations éthiques faites à partir des pratiques de soi »22. Ainsi, para-
doxalement, ce ne sont pas les travaux des anthropologues sur les pratiques
sexuelles des sociétés éloignées, et peu ceux des spécialistes de l’Antiquité
publiant sur les « mœurs antiques » (selon les euphémismes de l’époque),
qui eurent une réelle influence sur le choix de Foucault de se tourner vers
l’étude des sociétés de l’Antiquité : ce sont ceux des philosophes23, des so-
ciologues et des militants s’intéressant aux processus contemporains de
construction de soi.

Foucault et la sexualité antique… en 1980

Entrer dans le champ des études classiques n’est pas forcément un saut
dans l’étranger lorsque l’on a une formation de philosophe. Pourtant, l’en-
quête que se propose de mener Foucault requiert une connaissance de do-
cuments fort différents du corpus habituel des auteurs étudiés en
philosophie et nécessite l’analyse de textes, parfois peu accessibles, sou-
vent peu commentés, peu ou pas traduits en français. Il est très important
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38 Foucault, la sexualité, l’Antiquité

de replacer la pensée de Foucault dans ce contexte « concret » de la


recherche philologique des années 1970, car le développement des études
dans le champ de l’anthropologie des mondes anciens – fortement impulsé
par les travaux du philosophe – et les progrès accomplis dans la connais-
sance que nous avons aujourd’hui de l’érotisme grec et romain peuvent
nous faire oublier les questions matérielles et politiques d’accès aux
sources, d’une part, et d’autre part, les silences et les blancs du paysage
scientifique à cette époque. De même, l’apport des travaux de la linguistique
pragmatique dans l’interprétation des documents antiques – à savoir, la prise
en compte de la dimension concrète des pratiques discursives des textes grecs
et latins, et de la situation de communication dont ils sont la trace24 – n’était
que très peu perceptible à cette époque dans les travaux des antiquisants.
Ajoutons enfin que le contexte politique et social de la France, où, jusqu’en
1982, l’homosexualité est encore légalement discriminée25, ne favorise pas
la visibilité institutionnelle de certains sujets de recherche, et crée entre les
personnes, chercheurs ou non, les relations de pouvoir que décrit précisément
Foucault dans son analyse des dispositifs normatifs26.
Foucault avait parfaitement conscience de ce que s’engager dans un
champ disciplinaire nouveau signifie, en particulier lorsqu’il s’agit d’un
domaine scientifique relativement traditionnel27. Dans l’introduction de
L’Usage des plaisirs, il fait cette remarque, assez rare dans ce genre d’ou-
vrage : « Je ne suis ni latiniste, ni helléniste. Mais il m’a semblé qu’à la
condition d’y mettre assez de soin, de patience, de modestie et d’attention,
il était possible d’acquérir, avec les textes de l’Antiquité grecque et ro-
maine, une familiarité suffisante »28. Cette familiarité, il l’acquiert égale-
ment avec certains travaux érudits, qui guident ses choix de lecture. Bien
que peu traitée dans le champ des sciences de l’Antiquité, la thématique
de l’érotisme et de la sexualité n’était pas inédite29. En dehors des travaux
mentionnés plus haut portant sur les questions initiatiques et qui n’ont pas
suscité son intérêt, Foucault a pu s’appuyer sur une petite poignée d’ou-
vrages, qu’il mentionne dans la bibliographie de L’Usage des plaisirs et
du Souci de soi30.
Précisons cependant que ces rares ouvrages sur la sexualité antique
sont extrêmement récents (au moment où Foucault les consulte, ils vien-
nent de paraître) et que, jusqu’alors, l’enseignement et la recherche en
études classiques traitaient par le mépris, le silence ou le déni la question
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Partie 1. Avant la sexualité 39

de la « vie privée des Anciens », selon l’euphémisme courant31. Dans les


manuels sur la Grèce et la Rome antiques que lisent les élèves et les étu-
diants dans la France de l’après-guerre, on évite soigneusement certains
passages trop explicites de Platon ou d’Aristophane, on fait silence sur les
amours chantées par Sappho et l’on condamne le dit « vice grec ». Les
dictionnaires de grec et de latin ne traduisent pas certains termes ou les
résument par l’expression « acte contre nature », « débauche » ou « obs-
cénité »32. Dans cette doxa, la description de la structure familiale antique
ressemble étonnamment à celle de la famille bourgeoise du début du XXe
siècle33. Au sein de ce paysage expurgé, aux teintes d’images d’Épi-
nal, seuls les érudits, archéologues et philologues, connaisseurs de
Winckelmann, happy few admis dans les enfers des musées et des biblio-
thèques, se partagent les secrets sur les pratiques « hors normes » des
Grecs, alors que, dans leurs éditions savantes, ils traduisent les passages
latins censurés en grec (et inversement) ou les résument à leur manière34,
créant, certes, un espace de savoir sur les pratiques sexuelles des Anciens,
mais traçant simultanément une ligne de partage entre ce que seul l’homme
instruit peut découvrir (sans être influencé par cette lecture) et le savoir
réservé au grand public. Quelques rares étudiant-e-s résistant aux arides
lois de la grammaire grecque et latine (et portés par une curiosité certai-
nement plus vaste que celle que suscitent le thème et la version) arrivent,
un jour, dans le plus grand isolement, à percer le mystère pour accéder à
cet espace artificiellement délimité par les normes de l’époque. Ironique-
ment, dans les années 1930 et 1940, c’est cet ensemble de références cul-
turelles à la pédérastie grecque, difficilement déchiffrables pour un non
initié, qui fournit codes, images et signes d’appartenance à la communauté
gay et qui permit de déjouer la censure à laquelle toute publication de revue
était soumise35.
Ainsi, c’est bien à une culture élitiste et lettrée que Eros adolescent.
La pédérastie dans la Grèce antique, de Félix Buffière, permet d’accéder
lors de sa parution en 198036. Rare ouvrage de l’époque abordant la ques-
tion de l’homosexualité masculine et fournissant de nombreux et longs
exemples traduits, Eros adolescent eut, en France, une grande influence
dans la perception de la sexualité antique et ce alors même que ce travail
n’était l’œuvre ni d’un historien ni d’un anthropologue spécialiste des
questions sexuelles, mais celle d’un philologue amoureux de la Grèce.
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40 Foucault, la sexualité, l’Antiquité

Foucault s’y réfère à plusieurs reprises37 – ce qui convient d’être souligné


eu égard au peu de renvois qu’il fait en général à la bibliographie secon-
daire – et il a pu trouver dans cet ouvrage un riche corpus rassemblé, tra-
duit et étudié dans son contexte discursif.
La méthode de l’auteur ne correspond pourtant en rien au projet de
Foucault. Buffière, en effet, ouvre son étude par une longue introduction
méthodologique, expliquant la différence à établir entre « l’homosexua-
lité » et « la pédérastie », montrant combien les Grecs valorisaient cette
dernière et considéraient la première comme inférieure38. S’appuyant sur
les travaux des sociologues statisticiens et sur le célèbre Rapport Kinsey,
il évoque les cas d’homosexualité « passagère » de l’adolescent, d’homo-
sexualité « de circonstance » (« chez les nazis hitlériens, par exemple l’ho-
mosexualité peut devenir un “haut rite” »39) et encore l’« inversion » qu’il
convient, dit-il, de ne pas considérer comme un synonyme d’homosexua-
lité. L’exemple des peuples exotiques fournit un parallèle justificateur à
son plaidoyer : il ne faut pas regarder les mœurs grecques comme hors
normes, affirme Buffière, car de nombreux autres peuples font de même.
À partir des travaux des anthropologues des années 1930 et 1940
(Malinowski, Mead, Landtman40), Buffière développe le cas de peuplades
« primitives » (sic) – les pratiques initiatiques des Kerski de Nouvelle Gui-
née, les relations adolescents-adultes chez les Siwans d’Afrique du Nord,
les mariages provisoires des Aranda d’Australie – puis celui des pays de
l’Islam et de l’Asie du Sud, afin de mettre en évidence que, comme en
Grèce, la pédérastie n’engage pas pour la vie « dans un ghetto sexuel »41.
Pour les Doriens, poursuit-il, la spécificité de la pédérastie grecque est de
former de bons soldats et, à Athènes, de « faire éclore dans l’adolescent
l’honnête homme, le kalos kaghatos »42. Pour Buffière, les pratiques pé-
dérastiques sont nobles car elles sont une forme d’initiation ou de passage ;
quant à l’homosexualité, catégorie stable et anhistorique qui désigne ici
les relations entre hommes adultes, elle est rejetée par les Grecs. Il devient
alors possible pour l’auteur d’apporter – enfin – à la connaissance du plus
grand nombre pléthores d’épigrammes amoureuses ou de descriptions éro-
tiques du corps des garçons, que l’autocensure (ou la pudibonderie) des
hellénistes et latinistes des années 1950 à 1970 avaient tenue éloignées du
grand public.
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Partie 1. Avant la sexualité 41

La même année exactement paraît l’ouvrage de John Boswell, Chris-


tianity, Social Tolerance, and Homosexuality43. Sa parution connut un vif
retentissement aux États-Unis. En apportant aux gays studies une première
reconnaissance dans le domaine universitaire, cette publication constitue
en soi une étape importante de l’histoire des travaux sur l’homosexualité
et de la sexualité en général. En recourant au terme d’« homosexuel » dans
son étude de la société chrétienne dès les premiers siècles de notre ère et
en faisant précéder son étude d’un long chapitre méthodologique, Boswell
amorçait le débat qui allait se formuler, dans la décennie à venir, à l’inté-
rieur même du domaine des lesbian and gays studies, en termes schéma-
tiques d’opposition entre le constructionnisme et l’essentialisme44.
Foucault, pourtant, fait cette précision : « Boswell commence par un long
chapitre dans lequel il justifie sa démarche, pourquoi il prend les gays et
la culture gay comme fil directeur de son histoire. Et, en même temps, il
est absolument convaincu que l’homosexualité n’est pas une constante
transhistorique »45. Il était, par ailleurs, prévu que Foucault fît une préface
à la traduction française de l’ouvrage, mais celle-ci parut trop tard, en
1985.
Pourtant, si la réflexion pionnière de Boswell a influencé Foucault (il
le cite dès sa publication en 1981 dans son cours au Collège de France
Subjectivité et vérité46), il n’a pu y puiser, en matière de documentation,
que des sources tardives47 (la partie consacrée à Rome y est très synthé-
tique et la Grèce antique ne fait pas l’objet de l’ouvrage) : la riche étude
incluant l’Antiquité païenne menée par Boswell, Same-Sex Unions in Pre-
modern Europe, ne fut achevée qu’en 1994, bien longtemps après la pu-
blication du Souci de soi48. Dans cet ouvrage, l’optique de Boswell, celle
de rassembler le plus de documents possible pour donner force de preuve
à son propos, se révèle fort différente de celle de Foucault : Boswell ne se
réfère à lui qu’une seule fois, en ces termes : « l’étude générale, superfi-
cielle mais captivante, de Michel Foucault »49.
Il est établi aujourd’hui que le « “trip” gréco-latin » de Foucault a été,
pour partie, facilité (mais non initié, précisons-le) par sa relation amicale
avec Paul Veyne, lui aussi professeur au Collège de France50. Foucault
énonce très clairement, dans son introduction à L’Usage des plaisirs, l’aide
et l’influence importantes qu’eut son ami sur ses travaux51, et en particulier
l’article intitulé « La famille et l’amour sous le Haut Empire romain »
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42 Foucault, la sexualité, l’Antiquité

(1978)52, où, réciproquement, l’on peut déceler l’influence de Foucault


dans la mise en œuvre d’une forme de constructionnisme social (avant la
lettre) pour étudier la société romaine. L’étude de Paul Veyne fit date dans
les travaux sur la sexualité et l’homosexualité à Rome53 : elle propose une
lecture des pratiques sexuelles antiques en termes de domination sociale.
L’historien de Rome, qui, comme Foucault, a pour dessein de « mener
l’analyse des formations historiques et sociales pour mettre au jour leur
étrangeté singulière »54, montre que la transformation de la morale sexuelle
aux deux premiers siècles de notre ère n’est pas due au christianisme,
celui-ci n’ayant « fait que reprendre à [son] compte la nouvelle morale de
la fin du paganisme »55. Cette métamorphose, analyse-t-il, se manifeste
ainsi : on passe d’une « bissexualité [sic] de sabrage à une hétérosexualité
de reproduction » et « d’une société où le mariage n’est nullement une ins-
titution faite pour toute la société, à une société où “il va de soi” que “le”
mariage est une institution fondamentale de toutes les sociétés (croit-on)
et de la société entière »56. Alors que l’historien de Rome se demande, en
1978, comment l’institution du mariage s’est peu à peu imposée à toute la
société, Foucault, trois ans plus tard, au Collège de France, part de ce
constat57 pour analyser ce que ce changement révèle d’une nouvelle forme
de rapport à soi et comment il participe de l’émergence d’une nouvelle fi-
gure, celle de « l’homme de désir »58. De même, alors que Paul Veyne s’at-
tache à décrire les enjeux sociaux dans la relation sexuelle maître-dominé
(femmes, enfants, esclaves) dans les rapports violents d’une « sexualité
de sabrage », Foucault tente de comprendre ce qui, à une certaine période
de l’histoire, a fait l’objet d’une problématisation morale – à savoir les re-
lations entre hommes et jeunes hommes, qui suscitent des discours dont
l’évolution est représentative de la transformation de l’expérience des
aphrodisias en une expérience de soi. C’est là qu’apparaît en particulier le
« problème des garçons », son importance morale et la transformation du
modèle qu’il incarnait lorsque naît la problématisation du « couple conju-
gal  » au Ier siècle avant notre ère. Si l’apport de Paul Veyne, dans le
contexte d’un échange intellectuel et scientifique, est indéniable, la visée
de Foucault est différente de celle de son ami.
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Partie 1. Avant la sexualité 43

Une étape avant L’Usage des plaisirs

Le grand événement pour l’étude de la sexualité grecque dans les an-


nées qui précèdent le cours Subjectivité et vérité, c’est le livre de l’hellé-
niste anglais Kenneth Dover. Son ouvrage Greek Homosexuality59 paraît
la même année que l’article de Paul Veyne, en 1978. Foucault, qui s’y ré-
fère dans ses deux volumes de 198460 ainsi que dans son cours de 1980-
1981 au Collège de France61, en fit une recension élogieuse lors de la
traduction française, par Suzanne Saïd, en 198262 : « Dover, en effet, dé-
blaye tout un paysage conceptuel qui nous encombrait. […] Le rapport
entre deux individus du même sexe est une chose. Mais aimer le même
sexe que soi, prendre avec lui un plaisir, c’est autre chose, c’est toute une
expérience, avec ses objets et leurs valeurs, avec la manière d’être du sujet
et la conscience qu’il a de lui-même ». Dover avait choisi une méthode
qui ne pouvait qu’intéresser Foucault, une réflexion générale se précisant
autour d’une analyse de cas, d’un « problème ». Ainsi, Greek Homosexua-
lity s’ouvre sur Timarque, un citoyen athénien du IVe siècle avant notre
ère, pris dans de complexes règlements de comptes politiques entre
Démosthène et Eschine. Lors du procès, en 346, ce dernier, pour se dé-
fendre des accusations du premier, procède à une attaque ad personam de
Timarque, un des soutiens de Démosthène : dans le Contre Timarque, il
l’accuse de s’être prostitué dans sa jeunesse et d’avoir vendu ses charmes
à des hommes citoyens. L’approche de Dover rompt avec les lectures tra-
ditionnelles ; dans cet ouvrage – à l’origine prévu pour être conçu en col-
laboration avec l’ethnopsychiatre Georges Devereux –, il ne cherche pas
à reconstituer une catégorie « homosexualité » qui correspondrait avec la
nôtre, mais propose une « description des manifestations homosexuelles
(que ce soit dans la conduite ou les sentiments) »63. À la suite de Erich
Bethe, auteur, en 1907, d’un article, précédemment évoqué, consacré à
l’amour des garçons en contexte dorien64, il refuse « l’introduction abusive
de jugement de valeur » qui continue à « vicier l’étude de l’homosexualité
grecque »65 et propose une approche des gestes et des mots à partir d’une
étude des documents textuels et iconographiques. Ainsi, il montre que,
dans le procès contre Timarque, ce n’est pas la relation sexuelle entre
hommes qui est moralement critiquée mais le fait qu’un citoyen se soit
fait payer en échange de services sexuels et, selon la lecture de Dover,
Foucault_Mise en page 1 02/01/16 12:13 Page44

44 Foucault, la sexualité, l’Antiquité

qu’il ait tenu un rôle « passif » (terme que Dover utilise comme étant équi-
valent d’« être pénétré »66) dans la pratique elle-même. Dans ce discours,
en effet, Eschine, l’accusateur, fait l’éloge de sa propre expérience des
amours masculines qu’il a vécues de façon convenable67. Là, c’est l’inca-
pacité de Timarque à assumer des charges publiques que sa pratique
sexuelle révèle et non son « homosexualité », et c’est son infraction à la
règle qui interdit à tout prostitué d’assumer des fonctions au service de la
cité qu’Eschine pointe, comme le souligne Foucault lui-même68. Dans son
ouvrage, Dover développe également une étude des scènes érotiques sur
la céramique grecque et une analyse du lexique érotique de la comédie at-
tique. Il montre comment se caractérisent les rôles sociaux d’éraste et
d’éromène (amant et aimé) : une relation « conforme à la norme », c’est-
à-dire dissymétrique, entre deux hommes est respectée et valorisée. L’im-
portance de scènes de cour et de scènes érotiques entre hommes qui
circulent dans les contextes de banquets révèlent l’intérêt des citoyens
grecs pour cette forme de relation et la valorisation de certains codes ; elle
souligne également le plaisir pris à peindre, contempler, parler et chanter
sur ce type de relations aucunement considérées, en tant que telles, comme
hors la loi, contre nature ou signe d’une dégénérescence particulière.
Pourtant, l’importance de Dover, si elle est visible, n’est pas directe.
Ainsi, l’étude du vocabulaire de Platon et d’Aristote, développée par
Dover en « Questions annexes »69, retient l’attention de Foucault pour ses
développements autour de « la problématisation morale des plaisirs », mais
ce qui constitue les éléments d’un moment de la démonstration de l’un
n’est pas considéré selon un même degré d’importance par l’autre. Cela
n’est pas anodin : si l’ouvrage de Dover Greek Homosexuality eut un effet
important sur l’enquête menée par Foucault, ce n’est, en réalité, pas tant
sur le contenu (car Foucault étudie, pour une grande part, un corpus très
différent) que sur la forme et la perspective de la réflexion du philosophe.
L’étape qui permet à Foucault de passer de La Volonté de savoir aux deux
tomes consacrés à l’Antiquité est rendue possible, d’une certaine manière,
par un autre que lui : l’ouvrage de Dover, par la rigueur, la solidité des ana-
lyses de documents et la dimension descriptive du projet, apporte, en par-
tie, l’équivalent du « travail d’archives » que Foucault avait accompli pour
La Volonté de savoir ; il constitue une étape implicite de l’Histoire de la
sexualité et permet cette transition, qui a paru elliptique pour beaucoup,
Foucault_Mise en page 1 02/01/16 12:13 Page45

Partie 1. Avant la sexualité 45

entre la dimension politique d’une analyse de l’époque moderne à la di-


mension éthique d’une analyse de certains discours antiques. Une étape
donc, mais, de loin, pas l’aboutissement.

La « révolution Foucault » dans le champ des études anciennes

Si Dover fait découvrir les pratiques érotiques antiques à partir de do-


cuments nombreux et variés, si Buffière souligne combien l’amour des
garçons était valorisé en Grèce, si Boswell démontre l’importance de l’ho-
moérotisme masculin dans la culture des premiers siècles de notre ère, si
Paul Veyne met au jour une ligne de partage importante en soulignant le
nouveau rôle que joue le couple conjugal à Rome sous le Haut Empire, la
réflexion sur la « sexualité antique » qu’allait développer Foucault allait
s’avérer tout à fait originale.
Dans l’Antiquité, montre-t-il, il n’existe aucun équivalent de la notion
moderne de sexualité – entendue comme « constitutive de ce lien qu’on
oblige les gens à nouer avec leur identité sous la forme de la subjecti-
vité »70 : en Grèce et à Rome, l’individu ne se construit pas personnelle-
ment ni psychiquement – et encore moins « identitairement » – par ses
pratiques sexuelles, son parcours sexuel ou par une orientation sexuelle.
Contrairement à Dover et à Buffière, mais en intégrant à son raisonne-
ment certaines de leurs analyses, Foucault s’appuie sur des textes savants
grecs et latins – des sources dont le philosophe précise, dans l’Histoire de
la sexualité mais également dès son cours au Collège de France en 1981,
qu’elles relevaient d’une morale « réservée à un petit nombre de gens dans
la population  »71 – pour retracer une «  histoire des problématisations
éthiques faites à partir des pratiques de soi »72 dans des sociétés où il met
en évidence que le sexe ne produit pas de discours de vérité et n’est pas
perçu indépendamment des autres pratiques du corps (l’alimentation,
l’exercice physique et intellectuel ou la résistance aux événements
contraires)73. Dans L’Usage des plaisirs, Foucault étudie cette « diété-
tique », la façon dont l’homme citoyen maîtrise et domine ses besoins, ses
désirs et ses plaisirs (parmi lesquels figurent ce qu’il nomme aphrodisia),
une maîtrise qui prend en considération les critères de la quantité, de l’in-
tensité et du caractère opportun, le kairos. L’étude de la « problématisa-
tion » de l’amour pour les garçons dans l’Athènes classique74 s’inscrit dans
Foucault_Mise en page 1 02/01/16 12:13 Page46

46 Foucault, la sexualité, l’Antiquité

la continuité d’un argument important de La Volonté de savoir : le rapport


à soi antique s’élabore par une technique de soi qui intègre l’ars erotica,
et les discours antiques – quand bien même ils se présentent comme pres-
criptifs – ne relèvent pas d’une scientia sexualis.
Dans Le Souci de soi, l’analyse de l’Interprétation des rêves
d’Artémidore d’Éphèse et celle des comparaisons érotiques (dans les
Erôtes de Lucien et les Amours de Plutarque) viennent éclairer ce point :
dans ces documents d’époque impériale, les pratiques sexuelles sont trai-
tées par les auteurs grecs en lien avec les questions sociales, économiques
et professionnelles des individus75, ou encore en termes de « goût »76, et
ces discours n’ont pas pour but de tracer les lignes de partage entre le nor-
mal et l’anormal, entre le sain et le pathologique. Dans ce même volume,
en analysant l’intérêt croissant accordé à la philia, la virginité et la conti-
nence dans la morale sexuelle de l’époque romaine impériale77, Foucault
poursuit un aspect de la démonstration qui faisait l’objet de son cours au
Collège de France Subjectivité et vérité : il s’agit, dans ces discours pro-
duits dans une société d’« avant » la sexualité, non de créer un dispositif
normatif où la place de chacun serait révélatrice d’une identité particulière
ou d’un comportement à corriger, mais d’élaborer une éthique et une es-
thétique de l’existence.
Dans ce contexte, bien évidemment, les catégorisations de l’amour fon-
dées sur l’identité sexuelle du partenaire n’existent pas78. L’homosexualité
et l’hétérosexualité, produits d’un dispositif de sexualité, n’étaient pas en-
core inventées. C’est certes ce qu’avait mis en évidence Foucault dès 1976,
dans La Volonté de savoir, par l’étude des conditions d’émergence de ces
notions entre la fin du XVIIIe et le XIXe siècle, mais ce sont les deux volumes
de 1984 qui en tirent les conséquences, à la fois théoriques et concrètes,
dans le champ de l’histoire. Les Grecs et les Romains, quelle que soit
l’époque étudiée, n’ont ni élaboré ni pensé une catégorie sexuelle qui en-
globerait indistinctement hommes et femmes de tous milieux sociaux,
ayant pour simple caractéristique commune d’être attirés par des personnes
de sexe différent d’eux (notre « hétérosexualité »79). De même, ils n’ont
ni élaboré ni construit une catégorie « homosexualité », qui engloberait
indistinctement hommes et femmes de tous milieux sociaux, ayant pour
caractéristique commune d’être attirés par des personnes de même sexe80.
La partition binaire actuelle dans les modalités de différenciation et de
Foucault_Mise en page 1 02/01/16 12:13 Page47

Partie 1. Avant la sexualité 47

hiérarchisation des comportements sexuels est anachronique et Foucault,


dans son cours au Collège de France de 1980-1981, formule cette non-bi-
narité avec l’expression de « trilogie femme-garçon-esclaves »81. Ajoutons
que dans ces sociétés esclavagistes, en effet, les distinctions statutaires
entre libres et non libres étaient bien trop fortes pour permettre aux
« femmes » et aux « hommes » de se penser comme des groupes de per-
sonnes ayant des expériences de vie similaires. La démonstration se pour-
suit : si la relation conjugale est considérée comme particulière
(puisqu’objet de normes, avec interdit de l’adultère pour l’épouse et règles
portant sur la gestion de la dot pour l’époux), ce n’est pas la question de
la pratique sexuelle et des plaisirs qui est prise en considération mais les
impératifs sociaux et économiques liés à la transmission du patrimoine et
à la procréation. Les relations d’un citoyen libre avec des amants, des maî-
tresses ou des prostitué-e-s ne sont pas distinguées en fonction du sexe du
partenaire et « l’homme qui préférait les paidika ne faisait pas l’expérience
de lui-même comme “autre” en face de ceux qui poursuivaient les
femmes  »82. Quant aux relations entre femmes (Foucault n’en parle
guère83), le lecteur peut en déduire qu’elles ne sont jamais perçues par les
Anciens comme strictement équivalentes aux relations entre hommes, ce
qui valide définitivement l’argument d’une inexistence de la catégorie
« homosexualité ».
La réception des deux volumes « antiques » de Foucault84 fut particu-
lièrement mitigée dans le champ des études classiques en Europe – signe
probable d’une résistance des « historiens »85 à cette nécessité de définir
des impensés et de traquer des « universaux », signe incontestable, en tout
cas, d’un désintérêt à l’époque d’une grande partie des antiquisants, même
les plus ouverts aux questions anthropologiques, pour le genre et la sexua-
lité86. Certains auraient souhaité que les tomes 2 et 3 fussent précédés
d’une histoire des sensations, d’une histoire de la masturbation, d’une his-
toire du corps, d’une histoire de la médecine ou encore d’une histoire du
roman, pour qu’ils fussent recevables87. Enfin, il n’est pas rare de voir au-
jourd’hui encore reprocher à Foucault des pistes non ouvertes ou des idées
non exploitées, de façon quelque peu anachronique.
L’accueil que firent aux deux ouvrages les chercheurs états-uniens,
même contrasté, fut décisif88. Les débats et les réflexions initiés par
Foucault sur l’Antiquité se trouvèrent développés par de très nombreuses
Foucault_Mise en page 1 02/01/16 12:13 Page48

48 Foucault, la sexualité, l’Antiquité

publications scientifiques, et ce dès la fin des années 1980 et le début des


années 1990. Les ouvrages de David Halperin, Cent ans d’homosexualité
et autres essais sur l’amour grec89, et de John Winkler, Désir et contraintes
en Grèce ancienne90, qui intègrent à l’enquête d’autres types de documents
(l’iconographie, les discours des orateurs, la comédie, la poésie archaïque
ou les papyrus magiques grecs), en sont les plus marquants. Les travaux
des années 1990 creusent, aux États-Unis comme en Europe désormais,
le sillon tracé par le philosophe : une fois remises en question les identités
fondées sur les pratiques sexuelles, il convient désormais d’historiciser les
identités de sexe, « la » différence sexuelle, les rôles (« actif »/« passif »,
objets de tant de lectures anachroniques) et la dite « complémentarité »
des sexes, de réunir et analyser une documentation plus large sur les pra-
tiques sexuelles et leur évaluation morale, de reprendre le dossier des
aphrodisia et, enfin, d’amorcer une rencontre explicite avec les études de
genre91. En plus de la fécondité du champ, la publication de companions,
d’anthologies ou de sourcebooks92 sont le signe d’une reconnaissance (dif-
férente, certes, selon les pays et les champs disciplinaires) de ces théma-
tiques dans le monde universitaire, et le signe que la recherche amorce
désormais un tournant, avec la possibilité d’un regard réflexif sur trois dé-
cennies de travaux, avec l’abandon progressif du terme d’« homosexua-
lité » dans les titres des ouvrages, voire de « sexualité » – un usage qui se
justifiait en tant que catégories heuristiques dans un contexte de lutte pour
une reconnaissance institutionnelle – au profit de termes plus flous (par
exemple, l’érotisme) ou de thématiques plus vaste (par exemple, le corps),
et avec les perspectives intersectionnelles qu’offrent les croisements fré-
quents avec les études de genre et les subaltern studies. Enfin, dans ces
publications, la pratique d’une introduction méthodologique situant le pro-
pos par rapport aux travaux de Foucault (de façon critique ou non) se gé-
néralise93, et l’index des ouvrages fait la part belle au philosophe, autant,
voire davantage, cité que les historiens de l’Antiquité. Par effet de consé-
quence, l’absence d’un tel positionnement n’est plus anodine et fait sens,
également : ne pas parler de Foucault dans le champ de l’histoire de la
sexualité et de l’érotisme antique, c’est aussi un positionnement scienti-
fique et politique.
Foucault_Mise en page 1 02/01/16 12:13 Page49

Partie 1. Avant la sexualité 49

L’Usage des plaisirs, Le Souci de soi et désormais Subjectivité et vérité


ne représentent pas une poursuite et un approfondissement des réflexions
antérieures menées par des historiens et des philologues dans le champ de
l’histoire ancienne : ce que Foucault accomplit est un geste épistémolo-
gique fondamental. Le constat de la non-existence, dans les sociétés an-
ciennes, d’une «  sexualité  » comme ensemble de pratiques humaines
participant à la construction personnelle et psychologique a des consé-
quences importantes pour l’étude de l’Antiquité en général : il contraint
les historiens de la Grèce et de Rome à remettre sur le métier leurs analyses
des normes morales et législatives des sociétés anciennes et, de ce fait, de
reprendre un corpus important de textes longtemps considérés comme
condamnant « les amours hors normes », les « attitudes passives », le
« vice grec » et promouvant, par la négative, une sexualité « normale ».
Dans la logique de ses travaux antérieurs, Foucault met au jour un proces-
sus de subjectivation propre au monde antique : le « sujet » n’est pas trans-
cendant, il a une histoire. Les implications de cette analyse sont sans appel :
les spécialistes des sociétés anciennes ne peuvent s’affranchir désormais
d’une historicisation du « sujet » qu’ils étudient, au risque de commettre
au vu et au su de tous la pire des erreurs de l’historien, l’anachronisme.
En deux volumes, le « non spécialiste » de l’Antiquité qu’était Foucault
allait proposer de nouveaux epistemai aux spécialistes pour aborder les
sociétés antiques : suivant le « fil d’une pensée qui refuse les universaux »,
dans une constante volonté de « dé-disciplinarisation »94, il fournit un nou-
veau cadre pour penser l’érotisme et intégrer notre (occidentale) sexualité
à une histoire plus large, non téléologique, celle du processus par lequel
l’individu est amené à se reconnaître comme sujet de son désir et de sa
propre existence. « Au cours de leur histoire, écrit Foucault95, les hommes
n’ont jamais cessé de se construire eux-mêmes, c’est-à-dire de déplacer
continuellement leur subjectivité, de se constituer dans une série infinie
et multiple de subjectivités différentes et qui n’auront jamais de fin et ne
nous placeront jamais face à quelque chose qui serait l’homme ». Il fut
long et difficile, dans le champ des études classiques, de renoncer à cette
certitude, mais il y a désormais, et c’est une évidence, un avant et un après
Foucault.
Foucault_Mise en page 1 02/01/16 12:13 Page50

50 Foucault, la sexualité, l’Antiquité

NOTES
1
Le sous-titre de cet article est un clin d’œil amical à Damien Boquet, Blaise Dufal et Pauline
Labey, qui ont dirigé le récent ouvrage Les Historiens et Michel Foucault. Une histoire au pré-
sent (BOQUET ET ALII 2013).
2
Note du 7 janvier 1979 : « Non pas passer les universaux à la râpe de l’histoire mais faire
passer l’histoire au fil d’une pensée qui refuse les universaux. Quelle histoire alors ? »
(FOUCAULT [1979] 1994, p. 56).
3
Pour une critique de la notion de « civilisation » et pour une démarche visant à activer le
questionnement sur le présent à partir de l’étude de l’Antiquité, voir DUPONT 2013 et les Actes
à paraître de la journée d’étude « L’Antiquité gréco-romaine et la “civilisation”. Pour en finir
avec les inventions » (7 novembre 2015), dans le cadre du séminaire intitulé « Antiquité, ter-
ritoire des écarts. Ce que l’Antiquité fait à la modernité », dirigé à l’EHESS par Sandra
Boehringer, Carole Boidin, Claude Calame, Florence Dupont et Pierre Vesperini depuis 2013.
4
FOUCAULT [1984] 2009, p. 3.
5
L’enquête se concentrera ici sur le contexte du milieu scientifique des études classiques, et
plus particulièrement sur le domaine des chercheurs travaillant sur l’Antiquité gréco-romaine
dite païenne. En effet, contrairement aux philosophes ou aux chercheurs travaillant sur le pre-
mier christianisme et la patristique, le milieu des antiquisants français fut particulièrement lent
à accueillir et discuter les travaux de Foucault, dont l’influence actuelle, en France, est due
pour une grande part aux travaux des chercheurs états-uniens.
6
Cette présentation du contexte politique et social ne prétend bien évidemment pas à l’exhaus-
tivité : il s’agit de mettre en perspective, de façon synthétique, la pensée de Foucault dans cette
actualité.
7
FOUCAULT [1977b] 1994, p. 373.
8
L’ouvrage porte le titre suivant : La Vie sexuelle des sauvages du nord-ouest de la Mélanésie.
Description ethnographique des démarches amoureuses, du mariage et de la vie de famille
des indigènes des Îles Trobriand (Nouvelle-Guinée) (MALINOWSKI [1930] 1970).
9
MEAD [1928/1935] 1969.
10
BETHE 1907.
11
BREMMER 1980.
12
PATZER 1982.
13
Pour un panorama de l’usage, chez les spécialistes de la Grèce, du rite de passage en lien
avec l’homoérotisme antique, voir BOEHRINGER 2014. Pour une analyse critique des arguments
de Harald Patzer, voir HALPERIN [1990] 2000, p. 82-93.
14
Le rare ouvrage anthropologique que cite Foucault est celui de Van Gulick, qui porte sur la
Chine ancienne (1971), mais il s’y réfère non dans le contexte d’un développement sur les re-
lations sexuelles entre hommes, mais dans celui d’une réflexion sur la peur de la perte de l’éner-
gie dans la relation sexuelle en général (FOUCAULT 1984a, p. 154).
15
Sur les prémices du « tournant constructionniste », voir BROQUA 2011.
16
MCINTOSH [1968] 2011.
17
RUBIN [1975-2002] 2010.
18
HALPERIN [1995] 2000, p. 81.
19
FOUCAULT [1977a] 1994, p. 137.
20
Je m’appuie ici sur l’analyse de David Halperin, qui fut l’auteur d’un des premiers comptes
rendus positifs produits par les spécialistes de l’Antiquité aux États-Unis et qui marqua la
Foucault_Mise en page 1 02/01/16 12:13 Page51

Partie 1. Avant la sexualité 51

réception de l’œuvre de Foucault (HALPERIN [1986] 2000, p. 94-103).


21 FOUCAULT [1981] 2014, p. 17.

22
FOUCAULT 1984a, p. 19.
23
Parmi ceux-ci figure le spécialiste de l’Antiquité Pierre Hadot (auquel Foucault ne se réfère
qu’à une seule reprise dans L’Usage des plaisirs) et ses Exercices spirituels (HADOT 1981),
mais son influence sur la pensée de Foucault excède largement le champ de l’Antiquité et de
la sexualité. Voir LORENZINI 2015.
24 Sur l’apport de la linguistique et de la pragmatique pour l’étude de l’Antiquité, voir l’ouvrage

collectif développant les méthodes de l’ethnopoétique CALAME ET ALII 2010, ainsi que l’article
de Claude Calame dans cet ouvrage.
25 L’homosexualité est dépénalisée (à savoir que sont également dépénalisées les relations in-

cluant un mineur de plus de 15 ans) le 4 août 1982.


26 Sur les conséquences épistémologiques et les inhibitions à penser dans un contexte d’inter-

dictions légales ou morales, je renvoie à la communication de Laurie Laufer, « Quel est le


genre de la psychanalyse ? », prononcée le 12 novembre 2015 à l’Université Paris 8 lors de la
journée d’étude « Autour et avec Judith Butler. Le genre en traduction », à paraître.
27 Voir VEYNE 2008.

28 FOUCAULT 1984a, p. 13, n. 1.

29 Sur les prémices des travaux sur la sexualité antique (des ouvrages auxquels ne se réfère pas

Foucault), voir l’historiographie faite par Halperin, Winkler et Zeitlin dans l’introduction à
l’ouvrage pionnier Before Sexuality. The Construction of Erotic Experience in the Ancient
Greek World (HALPERIN, WINKLER et ZEITLIN 1990). Sur le monde romain, voir la longue note
de Boswell qui recense les travaux existants sur l’homosexualité à Rome et leurs limites : « Au-
cune ne peut être recommandée sans de strictes réserves concernant les jugements portés sur
la condition des homosexuels » (BOSWELL [1980] 1985, p. 92, n. 3).
30 Dans la bibliographie de cet article, je signale par un astérisque les ouvrages portant sur

l’Antiquité que Foucault a fait figurer dans la bibliographie de L’Usage des plaisirs et du Souci
de soi, ou qu’il cite dans son cours de 1981, Subjectivité et vérité.
31 Je développe ici une analyse que je n’ai pu qu’esquisser dans BOEHRINGER 2013.

32 BOSWELL [1980] 1985, p. 92, n. 3, pour les dictionnaires anglophones. En français, voir par

exemple le dictionnaire grec-français d’Anatole Bailly, revu par L. Séchan et P. Chantraine


(un ouvrage de référence pour les étudiants hellénistes, dont la première édition date de 1895,
et la récente mise à jour de 2000), qui donne les traductions suivantes : katapugôn : « infâme,
débauché » ; kinaidos : « infâme, débauché » ; tribas : « tribade. Femme de mœurs infâmes,
débauchée ».
33 Peu de manuels généraux d’histoire ancienne, aujourd’hui encore, se démarquent de cette

description. L’étude de certains aspects de la culture grecque reste généralement réservée aux
rares étudiants choisissant de faire un master de sciences de l’Antiquité.
34 Ainsi, le latiniste H.J. Izaac, traducteur français des Épigrammes de Martial aux éditions Les

Belles Lettres en 1930 (une édition toujours en usage), a une compréhension assez particulière
d’un terme qui décrit les pratiques de la tribade Philaenis, qui, selon Martial, « besogne onze
jeunes filles en un seul jour » et qui « non fellat ». Izaac choisit de traduire avec l’aide de des
crochets : « Elle [ne s’adresse pas à l’homme] », trahissant par là une étrange conception des
relations entre les sexes.
35 Ce fut le cas, par exemple, pour la revue de l’association homosexuelle suisse, Der Kreis,

fondée en 1931.
Foucault_Mise en page 1 02/01/16 12:13 Page52

52 Foucault, la sexualité, l’Antiquité

36 BUFFIÈRE 1980 ; l’ouvrage est à nouveau accessible dans une réédition « de luxe » aux édi-

tions Les Belles Lettres (2009).


37
FOUCAULT 1984a, p. 211, 214, 218, 242 (dans les passages consacrés à la question de l’âge
des partenaires, et sur l’humour d’Aristophane dans les Cavaliers) ; FOUCAULT 1984b, p. 243
(au sujet de la comparaison érotique chez Lucien).
38 BUFFIÈRE [1980] 2009, p. 37-40.

39 Ibid., p. 17.

40 MEAD [1928/1935] 1969 ; MALINOWSKI [1930] 1970 ; LANDTMAN 1927.

41 BUFFIÈRE [1980] 2009, p. 40.

42 Ibid., p. 44.

43 BOSWELL [1980] 1985.

44 Sur Boswell et son influence, voir, entre autres, ERIBON 2003. Sur l’opposition « construc-

tionnisme/essentialisme », voir la synthèse de MENDÈS-LEITE 2003. Sur l’historicisme comme


dépassement de cette opposition, cf. HALPERIN 2002, p. 4-23.
45 FOUCAULT [1982a] 1994, p. 291-292.

46 FOUCAULT [1981] 2014, p. 256-257. Peu de temps après sa sortie, Foucault souligne « l’ori-

ginalité » de la méthode de Boswell et « l’introduction du concept de gay » dans sa démarche


(FOUCAULT [1982c] 1994, p. 320).
47 C’est également le cas pour ROUSSELLE 1983, que Foucault cite en bibliographie, et qui porte

sur les IIe-IVe siècles de notre ère.


48 BOSWELL [1994] 1996.

49 Ibid., p. 397, n. 1.

50 Sur la méthode de Foucault et sa proximité théorique avec celle de Paul Veyne, voir VEYNE

2001.
51 FOUCAULT 1984a, p. 14. Voir aussi FOUCAULT [1978] 1994, p. 559, où le philosophe développe

l’apport de Paul Veyne pour sa compréhension de la société romaine et de son évolution à


l’époque chrétienne.
52 VEYNE 1978 et [1981] 1991.

53 En France, très peu de travaux ont approfondi ou renouvelé l’approche de Paul Veyne. Pour

une approche critique de l’interprétation littérale par Paul Veyne des rôles « actif »/« passif »
en termes de pénétration, et pour une « anthropologie des corps érotisés » à Rome, voir DUPONT
et ÉLOI 2001.
54 VEYNE 2001, p. 22 ; voir également p. 24.

55 VEYNE 1978, p. 35.

56 Ibid., p. 39.

57 FOUCAULT [1981] 2014, p. 206-207, 214 et n. 8.

58 Sur l’importance de la notion de désir chez Foucault, voir l’article de Daniele Lorenzini dans

cet ouvrage.
59 DOVER [1978] 1982.

60 Foucault fait onze références aux travaux de Kenneth Dover (DOVER 1973, 1974 et [1978]

1982) – nombre particulièrement élevé eu égard à son usage rare de la note.


61 FOUCAULT [1981] 2014, p. 91 et la note à la p. 98.

62 FOUCAULT [1982b] 1994, p. 315-317.

63 DOVER [1978] 1982, p. 7.

64 BETHE 1907.

65 DOVER [1978] 1982, p. 7.


Foucault_Mise en page 1 02/01/16 12:13 Page53

Partie 1. Avant la sexualité 53

66 Sur l’importance de ne pas considérer comme évidente ou allant de soi l’équivalence entre

actif/passif, dominant/dominé, pénétrant/pénétré, voir l’article d’Olivier Renaut dans cet ou-
vrage, et son étude de la paiderastia chez Platon (RENAUT 2015).
67
Eschine, Contre Timarque, 135-137.
68
FOUCAULT 1984a, p. 240, n. 2.
69 DOVER [1978] 1982, p. 189-208. De même, sur Éros, Foucault mentionne l’article de Luc

Brisson, qui offre un long développement sur Hésiode et Platon, dans le Dictionnaire des my-
thologies dirigé par Yves Bonnefoy (BRISSON 1981).
70 FOUCAULT [1978] 1994, p. 570.

71 FOUCAULT 1984a, p. 384. Il ajoute : « Il ne s’agissait pas de fournir un modèle de comporte-

ment à tout le monde. C’était un choix personnel qui concernait une petite élite. »
72 Ibid., p. 19.

73 Ibid., p. 55 sq.

74 Ibid., p. 207-248.

75 Voir par exemple l’importance des métiers ou de la fortune personnelle chez Artémidore

(FOUCAULT 1984b, p. 16-50), et de la gestion de l’oikos chez Xénophon (ibid., p. 169-183).


76 Ibid., p. 210. Sur le « penchant » (selon la métaphore de la balance de Lucien, trutanê, dans

les Erôtes, IV, 10), voir HALPERIN [1992] 1994, p. 31 sq. (taste) et BOEHRINGER 2007b.
77 C’est cet aspect de la réflexion de Foucault qui a le plus suscité l’intérêt des historiens et des

philosophes de l’Antiquité : les quelques rares recensions ou remarques positives en France de


l’ouvrage ont été faites par des historiens de l’époque tardive ou du christianisme, ou des phi-
losophes. Voir par exemple PIÉRART 1986.
78 FOUCAULT 1984a, p. 207 : « La notion d’homosexualité est bien peu adéquate pour recouvrir

une expérience, des formes de valorisation et un système de découpage si différents du nôtre. »


79 Pour une histoire de cette catégorisation, qui se trouve désigner, lors de l’apparition du terme

en 1892, une « passion sexuelle morbide pour le sexe opposé » (p. 25), voir KATZ [1995] 2001.
80 Voir BOEHRINGER et BRISSON 2003.

81 FOUCAULT [1981] 2014, p. 88-89. Ce fil, cependant, ne sera pas tiré davantage dans les deux

derniers volumes de l’Histoire de la sexualité.


82 FOUCAULT 1984a, p. 210.

83 Foucault laisse en effet de côté la question de l’homosexualité féminine : il ne fait qu’une

seule mention de Sappho dans son cours de 1980-1981 (FOUCAULT [1981] 2014, p. 197) et ne
consacre que quelques lignes (assez sommaires) au commentaire de l’Interprétation des rêves
d’Artémidore (I, 80) qui évoque un songe où deux femmes ont une relation sexuelle (ibid.,
p. 37-38). À une question portant sur les femmes, lors d’un entretien en 1982 (FOUCAULT
[1982a] 1994, p. 291-292), il répond qu’il reste des choses à découvrir dans ce champ, mais
les volumes de 1984 ne poussent pas l’enquête plus avant. Sur l’importance d’intégrer les re-
lations érotiques entre femmes pour mener une enquête sur les aphrodisia antiques et la gé-
néalogie du « sujet de désir », voir l’argumentaire de HALPERIN [1997] 1998 et la recherche de
BOEHRINGER 2007a. L’ouvrage consulté par Foucault, sur la question des femmes en général,
est celui de POMEROY 1975.
84 Sur la réception de L’Usage des plaisirs et du Souci de soi, en particulier dans le milieu des

antiquisants, voir l’introduction collective dans PALTRINIERI 2014, p. 24-35 et les comptes ren-
dus réunis et traduits dans ce volume.
85 Les guillemets renvoient à une forme d’autodéfinition que produit le groupe d’historiens

que rencontre Foucault, lors d’une table ronde autour de Surveiller et punir. Lors de cet
Foucault_Mise en page 1 02/01/16 12:13 Page54

54 Foucault, la sexualité, l’Antiquité

échange, Foucault donne l’exemple de la sexualité comme moyen de faire « l’histoire de l’ob-
jectivation de ces éléments que les historiens considèrent comme donnés objectivement » et
répète l’objet de sa démarche, que certains historiens critiquent en se référant aux méthodes
historiques : il s’agit, explique-t-il, de faire « l’objectivation des objectivités […]. C’est cette
sorte de cercle que je voudrais parcourir. Une “embrouille” en somme dont il n’est pas com-
mode de sortir : voilà sans doute ce qui gêne et irrite » (FOUCAULT [1980b] 1994, p. 34). Je re-
mercie Daniele Lorenzini de m’avoir signalé ces débats.
86 Ainsi, ces deux ouvrages ne suscitèrent aucune réaction ni réflexion particulière chez Jean-

Pierre Vernant, lui qui pourtant développa, en son temps, une approche nouvelle de la Grèce
antique et de l’individu.
87 Les ouvrages de 1984 n’ont fait l’objet que de très rares comptes rendus dans le champ des

études classiques en France (cf. S. Boehringer et alii, dans PALTRINIERI 2014, p. 24 sq.). Signa-
lons celui de MATHIEU 1986, assez confidentiel, et celui de ROUSSELLE 1987, dans les Annales,
mais ni le premier – qui relève les inexactitudes –, ni la seconde – qui rappelle combien ce tra-
vail, intéressant certes, n’est pas un travail d’historien – n’identifient véritablement l’impor-
tance du projet théorique de Foucault et ses potentiels effets sur l’histoire ancienne. Enfin la
très active – à cette époque – Revue des études grecques n’en fait jamais ni mention ni recen-
sion, et si un court développement, très positif, consacré au travail de Foucault apparaît dans
la revue française Métis. Anthropologie des mondes grecs anciens, fondée en 1986 par des
membres du Centre Louis Gernet, c’est dans le cadre d’un article général écrit par une états-
unienne (ARTHUR-KATZ 1989, p. 155-179). Sur le climat homophobe encore assez présent dans
le champ des études classiques (et contre Foucault en particulier), voir BOEHRINGER 2013,
p. 29, n. 36 : la réception de Foucault est, elle aussi, une histoire au présent.
88 Voir la critique au vitriol de Martha Nussbaum (NUSSBAUM 1985) suivie de la réponse argu-

mentée à Nussbaum par l’helléniste David Konstan (KONSTAN 1985) ; voir le compte rendu à
la fois critique et enthousiaste de l’historien des sciences et helléniste G.E.R. Lloyd (LLOYD
1986) ; voir surtout celui, décisif, de HALPERIN [1986] 2000. Pour certains aspects de cette ré-
ception (dont la critique féministe), voir l’analyse et la bibliographie de ORMAND 2014.
89 HALPERIN [1990] 2000.

90 WINKLER [1990] 2005.

91 Il n’est pas possible ici de mentionner les publications nombreuses et importantes qui virent

le jour autour de ces thématiques dans les années 1990, tant dans le champ de l’histoire de la
Grèce que dans celui de l’histoire de Rome. Pour une réflexion sur l’état des lieux actuel de la
recherche en histoire de la sexualité et du genre dans l’Antiquité (avec une comparaison trans-
nationale des recherches sur la sexualité), voir BOEHRINGER 2012 ; MASTERSON, RABINOWITZ
et ROBSON 2015, p. 1-12 ; BOEHRINGER et SEBILLOTTE 2015 ; BLONDELL et ORMAND 2015, p. 1-
22.
92 Voir, de façon non exhaustive, les ouvrages de synthèse : SKINNER 2005, YOUNGER 2005,

ORMAND 2009, GOLDEN et TOOHEY 2011 ; les anthologies et recueils republiant les articles de
référence sur la question : MCCLURE 2002, HUBBARD 2003, GOLDEN et TOOHEY 2003, LEAR et
CANTARELLA 2008 (ouvrage de réflexion mais également précieux catalogue d’images),
JOHNSON et RYAN 2005, BOEHRINGER et TIN 2010 et le très dense Companion dirigé par
HUBBARD 2014.
93 Voir, entre autres, pour les années 2000, R ABINOWITZ et A UANGER 2002, N USSBAUM et

SIHVOLA 2002, BOEHRINGER 2007a, ORMAND 2009, LEAR 2014, BLONDELL et ORMAND 2015.
94 FOUCAULT [1980a] 1994, p. 19, lors d’une table ronde en 1978, en référence à la critique
Foucault_Mise en page 1 02/01/16 12:13 Page55

Partie 1. Avant la sexualité 55

faite par J. Léonard de Surveiller et punir, intitulée « L’historien et le philosophe ».


95 FOUCAULT [1976] 1994, p. 147.
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Foucault_Mise en page 1 02/01/16 12:14 Page195

TABLE DES MATIÈRES

INTRODUCTION
UNE HISTOIRE DE L’HISTOIRE DE LA SEXUALITÉ

Sandra BOEHRINGER et Daniele LORENZINI


« Foucault, la sexualité et l’Antiquité : trente ans après » 9
Frédéric GROS
« L’Usage des plaisirs et Le Souci de soi :
généalogie d’un texte » 19

PARTIE 1
AVANT LA SEXUALITÉ

Sandra BOEHRINGER
« Refuser les universaux. Une histoire foucaldienne de la
sexualité antique, une histoire au présent » 33
Kirk ORMAND
« Peut-on parler de perversion dans l’Antiquité ?
Foucault et l’invention du raisonnement psychiatrique » 63

PARTIE 2
C’EST À QUEL SUJET ?

Jean ALLOUCH
« La scène sexuelle est à un seul personnage » 89
Claude CALAME
« Sujet de désir et sujet de discours foucaldiens.
La sexualité face aux relations érotiques de Grecques et Grecs » 99
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196 Foucault, la sexualité, l’Antiquité

PARTIE 3
QUESTION(S) DE DÉSIR

Olivier RENAUT
« Sexualité antique et principe d’activité.
Les paradoxes foucaldiens sur la pédérastie » 121
Daniele LORENZINI
« Le désir comme “transcendantal historique”
de l’histoire de la sexualité » 137

PARTIE 4
REPENSER LES CORPS ET LES NORMES

Arianna SFORZINI
« Corps de plaisir, corps de désir. La théorie augustinienne
du mariage relue par Michel Foucault » 153
Thamy AYOUCH
« De l’herméneutique au stratégique.
Sexuations, sexualités, normes et psychanalyse » 167

LES AUTEURS 187


INDEX DES NOMS 191
TABLE DES MATIÈRES 195