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Face à l'épidémie de Covid-19, les entreprises ainsi que les régulateurs sont confrontés à
des défis importants. La présente alerte synthétise les adaptations en matière de
concentrations et pratiques anticoncurrentielles mises en œuvre par les autorités
européenne et nationales de concurrence afin de continuer leurs activités durant cette
période, ainsi que pour répondre aux interrogations sur la façon dont les entreprises
peuvent faire face à la crise, sans pour autant méconnaître le droit de la concurrence.
Cette alerte est fondée sur les informations disponibles à la date du 16 avril.
L'objectif est de préserver les entreprises et les actifs critiques de l'Union, notamment dans les
domaines tels que la santé, la recherche médicale, la biotechnologie et les infrastructures
essentielles à notre sécurité et à l'ordre public, sans compromettre l'ouverture générale de l'Union aux
investissements étrangers.
La Commission européenne invite les Etats membres qui sont déjà dotés d'un mécanisme de
filtrage à exploiter toutes les possibilités des outils à leur disposition ;
Elle invite en outre les autres Etats membres à mettre en place un mécanisme de filtrage complet
et, dans l'intervalle, à envisager toutes les solutions possibles, dans le respect du droit de l'Union
et des obligations internationales ;
Elle encourage également la coopération entre les Etats membres, dans l'hypothèse des cas de
filtrage d'IDE dans lesquels des investissements étrangers pourraient avoir une incidence sur le
marché unique de l'Union.
Retard des notifications d'opérations de concentrations. La DG Concurrence indique sur son site
internet (accessible ici) qu'elle a mis en place un certain nombre de mesures visant à assurer la
continuité des activités dans le cadre de l'application du Règlement européen sur les
concentrations[1].
Toutefois, en raison des complexités et des perturbations causées par l'épidémie de Covid-19, les
entreprises sont encouragées à retarder, dans la mesure du possible, les notifications de
concentrations initialement prévues, jusqu'à nouvel ordre.
La DG Concurrence indique que son invitation à retarder les notifications s'explique en particulier par
les raisons suivantes :
Acceptation temporaire des soumissions électroniques. La DG Concurrence indique sur son site
internet que les dépôts de notifications d'opérations de concentration dans les locaux de la DG
Concurrence resteront possibles mais pourraient devenir difficiles en raison de la présence réduite
du personnel.
En tout état de cause, il appartient aux cabinets d'avocats ou aux entreprises souhaitant effectuer le
dépôt des notifications d'appeler le "Merger Registry" en amont.
Toutefois, la DG Concurrence indique qu'elle acceptera également, à titre temporaire, toutes les
soumissions électroniques, et encourage les entreprises à privilégier la voie électronique durant la
période de crise liée à l'épidémie de Covid-19 :
La Commission européenne précise que le dépôt des versions papier sera organisé ultérieurement.
Auditions et réunions. Les services de la DG Concurrence en charge des concentrations ont d'ores et
déjà annulé les réunions physiques prévues au profit de vidéoconférences.
Les locaux de l'Autorité de la concurrence sont fermés depuis le 17 mars 2020 à 11h et les services
travaillent à distance depuis cette date.
Cette situation emporte plusieurs conséquences pratiques quant à l'application des procédures de
contrôle des concentrations en raison de l'épidémie de Covid-19[2] :
S'agissant des échanges de documents, les envois/remises de documents sous forme matérielle,
en main propre ou par voie postale, ne sont plus possibles.
Les entreprises sont invitées à communiquer toute notification ou document exclusivement par
voie électronique sur l'adresse du service des concentrations :
mailto:controle.concentrations@autoritedelaconcurrence.fr ou en utilisant la plateforme de
notification dématérialisée.
Le site internet de l'Autorité de la concurrence précise que la réception des originaux papier sera
organisée ultérieurement.
S'agissant des délais à prévoir pour le traitement des dossiers de concentrations, l'Autorité de la
concurrence indique que les mesures de prévention de l'épidémie liée au Covid-19 vont avoir un
impact sur la capacité des services à traiter les dossiers de concentration avec la diligence
usuelle. En particulier, le recueil d'informations auprès des tiers sera rendu plus difficile.
En conséquence, sont suspendus, à compter du 12 mars 2020, et jusqu'à l'expiration d'un délai
d'un mois après la cessation de l'état d'urgence sanitaire, les délais légaux et réglementaires
d'examen des opérations de concentration.
L'ordonnance ne fait toutefois pas obstacle à l'adoption d'un acte ou la réalisation d'une formalité
dont le terme échoit dans la période visée : elle permet cependant de considérer comme n'étant
pas entaché d'illégalité l'acte réalisé dans le délai supplémentaire imparti[3]. La position de
l'Autorité sur ce point est de faire ses meilleurs efforts pour rendre ses décisions et avis dans les
délais normaux, sans attendre l'expiration des délais supplémentaires conférés par ces
dispositions[4]. Cette position concerne avant tout les cas considérés comme simple, à savoir
ceux qui peuvent être réglés par une décision de Phase I et qui ne nécessitent pas de test de
marché dont le taux de réponse serait compromis par la période d'urgence.
Par ailleurs, les délais de mise en œuvre des engagements sont dès lors suspendus ou reportés
jusqu'à l'expiration d'un délai d'un mois à compter de la cessation de l'état d'urgence sanitaire.
En effet, l'article 8 de l'ordonnance n° 2020-306 dispose que "lorsqu'ils n'ont pas expiré avant le 12
mars 2020, les délais imposés par l'administration, conformément à la loi et au règlement, à toute
personne pour réaliser des contrôles et des travaux ou pour se conformer à des prescriptions de
toute nature sont, à cette date, suspendus jusqu'à la fin de la période".
Ainsi, l'Autorité de la concurrence peut dans le cadre de ses compétences « modifier ou mettre fin
à ces engagements ou, lorsque les intérêts dont elle a la charge le justifie, pour prescrire leur
application ou en ordonner de nouvelles, dans le délai qu'elle détermine. Dans tous les cas, l'autorité
administrative tient compte, dans la détermination des obligations ou des délais à respecter, des
contraintes liées à l'état d'urgence sanitaire. »[5]
.
S'agissant de l'ajournement des projets de concentrations, l'Autorité de la concurrence invite les
entreprises à différer tout projet de concentration économique qui ne serait pas urgent.
Comme indiqué, dans le cadre de la crise actuelle, les entreprises sont invitées à communiquer toute
notification ou document exclusivement par voie électronique, et pour celles qui y sont éligibles par
le biais de la plateforme de notification dématérialisée.
Dans le cadre de ses démarches engagées en faveur de la simplification des procédures de
concentrations, l'Autorité de la concurrence a ouvert cette plateforme de notification dématérialisée
le 18 octobre 2019 dernier (communiqué de presse accessible ici).
Les opérations qui relèvent aujourd'hui du régime simplifié, qui représentent la moitié des dossiers
examinés par l'Autorité de la concurrence, bénéficient de cette procédure dématérialisée.
Cette procédure s'appuie sur le service "demarches-simplifees.fr", qui permet de dématérialiser des
démarches administratives. Ce site est développé, hébergé et maintenu par la Direction
interministérielle du système d'information et de communication de l'Etat (DINSIC).
En pré-notification, même lorsque le formulaire aura été soumis aux services des concentrations,
l'utilisateur pourra continuer à l'alimenter et le modifier ;
En notification, l'envoi du formulaire est définitif : l'utilisateur ne pourra plus modifier ou compléter
le formulaire ;
L'accusé de réception que l'utilisateur reçoit dans chaque cas signifie simplement que le
formulaire a été transmis au service des concentrations : il n'indique pas que le dossier est
considéré comme complet.
Le REC comprend que la situation extraordinaire liée à l'épidémie de Covid-19 peut nécessiter
pour les entreprises de coopérer afin de garantir la production et la distribution équitable de
produits de première nécessité à l'ensemble des consommateurs ;
Dans les circonstances actuelles, le REC n'interviendra pas activement contre les mesures
nécessaires et temporaires mises en place afin d'éviter une pénurie d'approvisionnement de ces
produits ;
Compte tenu des circonstances actuelles, de telles mesures ne devraient en tout état de cause
pas poser de problème au regard du droit de la concurrence, car elles ne constitueraient pas une
restriction de concurrence au sens de l'article 101 TFUE ou seraient susceptibles de générer des
gains d'efficacité qui compenseraient très probablement une telle restriction de concurrence ;
Si les entreprises ont des doutes quant à la compatibilité de ces initiatives de coopération avec le
droit de la concurrence, elles peuvent à tout moment s'adresser à la Commission ou à l'autorité
nationale de concurrence concernée pour obtenir des conseils informels.
Cet assouplissement des règles de l'article 101 TFUE sur les pratiques concertées (échanges
d'informations principalement) a comme pendant le rappel d'une vigilance accrue contre les
entreprises qui tenteraient de s'entendre ou de mettre en place des pratiques abusives pour faire
monter les prix des produits les plus demandés en raison de la crise :
Ainsi, le communiqué indique que les membres du REC n'hésiteront pas à prendre des mesures à
l'encontre des entreprises qui profitent de la situation actuelle en pratiquant des ententes ou en
abusant de leur position dominante s'agissant notamment de produits considérés comme
essentiels pour protéger la santé des consommateurs dans la situation actuelle (par exemple, les
masques faciaux et le gel assainissant) ;
Il convient de relever à cet égard que l'autorité néerlandaise de concurrence a notamment publié le
18 mars 2020 un communiqué (disponible ici) avertissant les entreprises sur la nécessité
d'assurer leur conformité au droit de la concurrence durant la crise, en évitant tout accord de
fixation des prix ou toute pratique abusive visant à imposer des prix excessifs.
Dans le même sens, dès le 5 mars 2020, l'autorité britannique (la "CMA") a mis en garde les acteurs
économiques contre des pratiques de prix excessifs et de déclaration trompeuses, notamment dans
le secteur des équipements de protection et d'hygiène, et averti qu'elle n'hésiterait pas à saisir le
gouvernement en vue d'une éventuelle régulation des prix pendant la pandémie (communiqué de
presse de la CMA du 5 mars 2020 accessible ici).
Le REC rappelle aussi que les règles existantes permettent aux fournisseurs de fixer des prix
maximums pour leurs produits. Ces derniers pourraient s'avérer utiles pour limiter les augmentations
de prix injustifiées au niveau de la distribution.
De la même manière, en droit français, l'alinéa 3 de l'article L. 410-2 du Code de commerce prévoit
que "les dispositions des deux premiers alinéas [relatives à la liberté des prix] ne font pas obstacles à
ce que le Gouvernement arrête, par décret en Conseil d'Etat, contre des hausses ou des baisses
excessives de prix, des mesures temporaires motivées par une situation de crise, des circonstances
exceptionnelles, une calamité publique ou une situation manifestement anormale du marché dans un
secteur déterminé".
Pour répondre à la demande et combattre la forte augmentation des prix de vente des gels ou
solutions hydro-alcooliques depuis l'apparition du coronavirus en France, le Gouvernement a fait
usage de cette faculté rarement appliquée. Il a ainsi publié plusieurs décrets qui réglementent les
tarifs de ces produits et élargissent les autorisations de fabrication afin de lutter contre la pénurie[7].
Le 30 mars 2020, la Commission européenne a créé une page sur son site internet dédiée
(accessible ici) aux conséquences de l'épidémie de Covid-19 sur l'application par la DG Concurrence
du droit des pratiques anticoncurrentielles.
La Commission européenne indique que pour les initiatives de dimension européenne, qui doivent
être mises en place rapidement afin de lutter efficacement contre la pandémie de Covid-19, et
lorsqu'il subsiste une incertitude quant à la compatibilité de ces initiatives avec le droit européen de
la concurrence, la DG Concurrence est prête à guider les entreprises, les associations
professionnelles et leurs conseils juridiques. Il peut notamment s'agir de coopérer afin de garantir la
fourniture et la distribution équitable de produits et services essentiels aux consommateurs.
A cette fin, la DG Concurrence a mis en place le 30 mars dernier une adresse électronique dédiée,
mailto:COMP-COVID-ANTITRUST@ec.europe.eu, qui peut être utilisée pour demander des conseils
informels sur des initiatives spécifiques. Les informations fournies seront traitées avec la plus
grande confidentialité.
Afin de faciliter un suivi rapide, les entreprises sont invitées à fournir d'emblée autant de détails que
possible sur l'initiative, notamment :
Afin de guider les entreprises, la Commission européenne a publié le 8 avril 2020 une communication
temporaire pour l’évaluation des questions de concurrence posées par la coopération entre
entreprises liées à la pandémie.
La Commission a ainsi donné des lignes directrices selon lesquelles les accords de coopération
entre concurrents ne feront pas l’objet de poursuites dès lorsqu’ils sont :
Par ailleurs, la Commission propose d'accorder aux entreprises doutant de la compatibilité de leurs
initiatives au droit de la concurrence une lettre administrative de compatibilité de leurs projets de
coopération visant à lutter contre la pandémie. Elle a ainsi délivré sa première lettre de compatibilité
à « Medicines for Europe » concernant le projet de coopération de producteurs pharmaceutiques
visant à lutter contre la pénurie de médicaments nécessaires au traitement des patients atteints du
coronavirus (communiqué de presse de la Commission européenne accessible ici). La Commission
européenne ajoute que pour les questions de coopération locale ou nationale, il est recommandé
aux entreprises, aux associations professionnelles et à leurs conseillers juridiques, de contacter
directement l'autorité nationale de concurrence compétente.
De même, l'autorité de concurrence espagnole a mis en place une adresse électronique spécifique :
mailto:covid.competencia@cnmc.es pour les plaintes et demandes de conseils informels qui
s'inscrivent dans le contexte de l'épidémie de Covid-19 (communiqué de presse de la CNMC
accessible ici).
De son côté, l’autorité britannique a publié le 25 mars des lignes directrices afin de guider les
entreprises dans l'analyse de la compatibilité de leurs accords de coopération ou de rationnement
des produits aux règles de concurrence. Sont ainsi exemptés les accords de coopération visant à
assurer la fourniture et la distribution équitable de produits et/ou services affectés par la crise
contribuant au bien-être du consommateur[8].Toutefois, cette coopération doit porter uniquement sur
les problématiques survenues à l’occasion de la pandémie et avoir un caractère temporaire. Enfin,
elle ne doit pas donner aux entreprises la possibilité d'éliminer la concurrence pour une partie
substantielle des produits ou services en cause.
Prorogation des délais de production des observations et des mémoires en réponse à une
notification des griefs ou à un rapport : le Rapporteur Général a décidé que le délai de deux mois
dont disposent les entreprises pour présenter, en application de l'article L. 463-2 du Code de
commerce, leurs observations en réponse à une notification des griefs ou à un rapport est
suspendu à compter du 17 mars 2020. Ce délai reprendra à compter du lendemain de la
publication du décret qui lèvera les restrictions de déplacement instituées initialement par le
décret n° 2020-260 du 16 mars 2020.
L'Autorité défend une approche pragmatique. Pour les entreprises qui ont d'ores et déjà bénéficié
d'un délai supplémentaire, en application du 4ème alinéa de l'article L. 463-2 du Code de
commerce, cette prorogation des délais continuera à s'appliquer si elle est plus favorable que la
suspension des délais. Dans le cas contraire, un nouveau délai supplémentaire pourra en tout état
de cause être demandé après la levée des restrictions de déplacement, si de nouvelles
circonstances exceptionnelles le justifient.
Pendant la durée des restrictions de déplacement, toute demande relative aux délais est adressée
aux services d'instruction et au service de la procédure par courrier électronique, à l'exclusion de
tout autre mode de transmission.
Demandes de clémence : jusqu'à la levée des restrictions de déplacement, et par dérogation à
l'article R. 464-5 du Code de commerce, les demandes de clémence sont déposées par voie
électronique, à l'exclusion de tout autre mode de transmission, en envoyant le formulaire
accessible sur le site internet de l'Autorité de la concurrence (formulaire accessible ici) dûment
rempli à l'adresse suivante : mailto:clemence@autoritedelaconcurrence.fr.
Les délais d'ores et déjà accordés dans le cadre du marqueur de clémence sont suspendus à
compter du 17 mars 2020, et reprendront à la levée des restrictions de déplacement.
Modalités de transmission des actes de procédure : compte tenu des circonstances
exceptionnelles, pendant toute la durée des restrictions de déplacement, et par dérogation aux
articles R. 463-1, R. 463-11, R. 463-13, R. 463-15 et R. 464-30 du Code de commerce, les saisines,
observations à une notification de griefs, mémoires en réponse à un rapport, demandes de secret
d'affaires ou de levée du secret des affaires sont transmises par voie électronique à l'Autorité de la
concurrence, qui en accusera réception, à l'adresse suivante : mailto:L-
PROCEDURE@autoritedelaconcurrence.fr.
Ces transmissions ou notifications électroniques pourront s'opérer par tout moyen : messagerie
informatique, plateforme d'échanges de documents, application de transferts de fichiers…
La notification d'une décision de l'Autorité faisant courir les délais de recours n'interviendra,
comme à l'habitude, qu'à compter de sa notification par courrier recommandé avec accusé de
réception et non de l'envoi de ladite décision par voie électronique. Au vu de la pratique actuelle,
l'Autorité indique que ses envois par courrier recommandé ne reprendront qu'à partir du lendemain
du décret qui lèvera les mesures de restriction de déplacement.
Les actes transmis à l'Autorité de la concurrence par lettre recommandée pendant la période
d'urgence sanitaire doivent être à nouveau envoyés par voie électronique, à l'adresse indiquée ci-
dessus.
Délais de prescription et délais de recours : les actes ou décisions mentionnés à l'article L. 462-7
qui auraient dû intervenir dans la période courant du 12 mars 2020 jusqu'à l'expiration d'un délai
d'un mois à compter de la cessation de l'état d'urgence sanitaire, afin d'éviter la prescription
d'action de l'Autorité de la concurrence, pourront être accomplis dans un délai de deux mois à
compter de la fin de cette période, sans être sanctionnés pour un motif de par leur tardiveté.
De même, les recours contre les décisions de l'Autorité de la concurrence, qui auraient dû être
formés dans la période courant du 12 mars jusqu'à l'expiration d'un délai d'un mois à compter de
la cessation de l'état d'urgence sanitaire, conformément aux délais prévus aux articles L. 464-7, L.
464-8 et L. 464-8-1 du Code de commerce, pourront être accomplis dans un délai de deux mois à
compter de la fin de cette période, sans être sanctionnés pour un motif de tardiveté.
Délais d'exécution des engagements et des injonctions : les délais de mise en œuvre des
engagements, injonctions ou mesures conservatoires sont suspendus ou reportés jusqu'à
l'expiration d'un délai d'un mois à compter de la cessation de l'état d'urgence sanitaire. Toutefois,
l'Autorité de la concurrence a la possibilité de « modifier ces obligations ou y mettre fin, ou, lorsque
les intérêts dont elle a la charge le justifie, pour prescrire leur application ou en ordonner de
nouvelles, dans le délai qu'elle détermine. Dans tous les cas, [l'Autorité] tient compte, dans la
détermination des obligations ou des délais à respecter, des contraintes liées à l'état d'urgence
sanitaire. »[9] .
Concernant en particulier le secteur de la grande distribution, les opérateurs concernés ont attiré
l'attention de la Commission européenne sur la nécessité d'échanger certaines informations. Leur
association européenne, Eurocommerce[10] a d'ailleurs affirmé que les professionnels du commerce
de détail s'étaient échangés des informations en matière d'approvisionnement et d'organisation de
livraisons à domicile. A cette occasion, EuroCommerce a salué le fait que certaines autorités de
concurrence envisageraient de permettre de tels échanges, par dérogation aux règles de
concurrence de droit commun, dans ces circonstances très particulières.
A la suite de ces déclarations, la Commission européenne a demandé à l'association de lui fournir
des informations supplémentaires sur la nature des informations échangées entre les détaillants, sur
l’identité des autorités de concurrence qui auraient envisagé de ne pas appliquer les règles de
concurrence et sur le type de lignes directrices qui s'avèreraient nécessaires pour l'application des
règles de concurrence dans ce secteur (accessible ici pour les abonnés MLex).
Une mesure concrète a par exemple été prise en ce sens par le gouvernement britannique qui a
annoncé le 19 mars 2020 un assouplissement des règles nationales au bénéfice des supermarchés.
Les supermarchés seront désormais autorisés à échanger des informations relatives à leurs stocks
ainsi que celles relatives à leurs horaires d'ouverture afin d'assurer un service suffisant pour les
consommateurs. Ces entreprises seront également autorisées à mettre en commun leurs employés
pour satisfaire la demande (information disponible ici).
Le gouvernement allemand et l'autorité allemande de concurrence ont indiqué être prêts à adapter
temporairement certaines restrictions de concurrence pour éviter d'éventuelles pénuries alimentaires
(accessible ici pour les abonnées MLex). Le Ministre allemand de l'économie a ainsi indiqué : "si
l'industrie alimentaire et les détaillants coopèrent pour éviter toute pénurie pour les citoyens pendant la
crise, alors nous aborderons les questions d'antitrust avec les autorités de concurrence et nous
trouverons une solution".
Le Ministre a par la suite précisé qu' "il ne s'agit pas de modifier les réglementations existantes : les
autorités de la concurrence dans les Etats membres et au niveau de l'UE peuvent tenir compte de
circonstances particulières lors de l'application des règles de concurrence" (nous soulignons).
Enfin, il convient de relever que les agences américaines en charge de la concurrence ont annoncé
le 24 mars 2020, dans une déclaration commune (disponible ici) la manière dont elles envisageront
les efforts de coopération entre les prestataires de soins de santé concurrents et les entreprises
d'autres secteurs qui travaillent ensemble pour répondre aux préoccupations de santé publique et de
sécurité liées à l'épidémie de Covid-19 :
La vigilance est donc de mise s'agissant des "cartels de crise" ou toute imposition de prix excessifs
par une entreprise dominante.
Une demande d'informations a ainsi été envoyée aux principales plateformes de vente en ligne,
notamment Amazon et eBay, ainsi qu'à d'autres sites de vente concernant la commercialisation de
ces produits.
Cette enquête italienne fait suite à de nombreuses plaintes déposées par des consommateurs et
associations concernant d'une part, des allégations relatives à la prétendue efficacité de ces produits
en termes de protection et/ou lutte contre le Covid-19, et, d'autre part, l'augmentation injustifiée et
importante des prix de ces produits enregistrée ces derniers jours.
L'autorité polonaise de concurrence enquête sur les pratiques de deux grossistes de masque de
protection, qui auraient rompu des contrats existants afin de favoriser l'adoption de nouveaux
contrats à des prix plus élevés (communiqué de presse accessible ici).
L'autorité britannique de concurrence a mis en place une task force dédiée à l'épidémie de Covid-19
(communiqué de presse accessible ici), ainsi qu'un formulaire (disponible ici) afin que les
consommateurs et les entreprises puissent faire état d'éventuelles pratiques commerciales
déloyales durant l'épidémie. La CMA a d'ailleurs indiqué avoir déjà contacté des commerçants et des
plateformes comme Amazon et eBay concernant la fixation de prix excessifs pour certains produits
tels que les désinfectants pour les mains (information disponible ici pour les abonnés MLex).
L'autorité espagnole de concurrence a annoncé le 12 mars 2020 qu'elle surveillait les abus potentiels
qui pourraient entraver l'approvisionnement ou augmenter les prix des produits nécessaires à la
protection des citoyens dans le cadre de la crise actuelle (communiqué de presse accessible ici).
L'autorité néerlandaise de concurrence a publié une déclaration le 18 mars 2020 (disponible ici)
selon laquelle elle surveille si les entreprises dominantes augmentent leurs prix de manière
excessive durant la crise .
__________
[1] Règlement (CE) n° 139/2004 du Conseil du 20 janvier 2004 relatif au contrôle des concentrations
entre entreprises.
[2] Communiqué de presse, 17 mars 2020, "Adaptation des procédures de contrôle des
concentrations en raison du Coronavirus COVID-19", accessible à l'adresse suivante :
https://www.autoritedelaconcurrence.fr/fr/article/adaptation-des-procedures-de-controle-des-
concentrations-en-raison-du-coronavirus-covid-19
[3] Circulaire d'interprétation du 26 mars (rectifiée le 30 mars) du titre I de l'ordonnance n° 2020-306
du 25 mars 2020 : "L’ordonnance ne prévoit ni une suspension générale ni une interruption
générale des délais arrivés à terme pendant la période juridiquement protégée définie à
l’article 1er, ni une suppression de l’obligation de réaliser tous les actes ou formalités dont le terme
échoit dans la période visée. L’effet de l’article 2 de l’ordonnance est d’interdire que l’acte intervenu
dans le nouveau délai imparti puisse être regardé comme tardif".
[4] Communiqué de presse, 27 mars 2020, "Adaptation des délais et procédures de l'Autorité de la
concurrence pendant la période d'urgence sanitaire", accessible à l'adresse suivante :
https://www.autoritedelaconcurrence.fr/fr/communiques-de-presse/adaptation-des-delais-et-
procedures-de-lautorite-de-la-concurrence-pendant-la
[5] Ordonnance n°2020-427 du 15 avril 2020 portant diverses dispositions en matière de délais pour
faire face à l'épidémie de covid-19, article 6.
[6] Une traduction de cette déclaration est disponible sur le site de l'Autorité de la concurrence, au
lien suivant : https://www.autoritedelaconcurrence.fr/fr/article/message-du-reseau-europeen-de-
concurrence-lattention-des-entreprises-concernant-lepidemie
[7] Décret n° 2020-197 du 5 mars 2020 relatif aux prix de vente des gels hydro-alcooliques.
[8] Communiqué de presse de la CMA du 25 mars 2020, "CMA approach to business cooperation in
response to Covid-19", accessible à l'adresse suivante :
https://www.gov.uk/government/publications/cma-approach-to-business-cooperation-in-response-
to-covid-19/cma-approach-to-business-cooperation-in-response-to-covid-19
[9] Ordonnance n°2020-427 du 15 avril 2020 portant diverses dispositions en matière de délais pour
faire face à l'épidémie de covid-19, article 6.
[10] Communiqué de presse d'EuroCommerce du 16 mars 2020, "Coronoavirus-Statement",
accessible à l'adresse suivante :
https://www.eurocommerce.eu/media/174759/Cornavirus%20statement%202020%2003%2016.pdf
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