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3 f
a UlnZalne
littéraire du 1er au 15 déc. 1970

Dylan
horna

John
Cage
SOMMAIRE

3 LE LIVRE DE John Cage Silence par Marcelin Pleynet


LA QUINZAINE
4 Gide au Collège de France
5 Jean Ristat Du coup d'Etat en littérature, suivi par Philippe Sollers
d'exemples tirés de la Bible et des
auteurs anciens
6 ROMANS FRANÇAIS Paul Werrie La souille par Paul Otchakowsky-Laurens
Philippe Wolff La flippeuse par Anne-Marie de Vilaine
Michel Huriet Une fille de Manchester par Cella Minart
Anne Hébert Kamouraska par Anne Fabre-Luce
Jean·Louis Arnaud Chacun sa bière par Claude Bonnefoy
9 Philippe Jaccottet Paysages avec figures absentes par Pierre Chappuis
Leçons
Rilke par lui-même
11 L1TIERATURE Dylan Thomas Œuvres par John Montague
ETRANGERE
12 Entretien avec Iwaszkiewicz Propos recueillis par C. B.
13 Marc Saporta Histoire du roman américain par C. B.
Heather Ross Miller A l'autre bout du monde par Jacques-Pierre Amette
14 TRIBUNE Contre les idéologies de la mauvaise par Dionys Mascolo
conscience
16 SCIENCES Jacques Monod Le hasard et la nécessité par Jean Choay
François Jacob La logique du vivant par Jean-Paul Aron
20 Hélène Michel-Wolfromm Cette chose-là par A.-M. de V.
21 HISTOIRE William L. Shirer La chute de la IIle République par Jean Duvignaud
22 THEATRE Théâtre du Soleil 1789, la Révolution doit s'arrêter par Lucien Attoun
à la perfection du bonheur
Whitkiewicz La Mère
Edward Bond Demain la veille
24 MUSIQUE Boulez au T.N.P. par Anne Rey
25 CINEMA Marin Karmitz Camarades par Louis Seguin
26 EXPOSITIONS Formes et béton par Roger Dadoun
Galeries par Jean-Jacques Lévêque

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2
I.E I.IVRE DE

1. ... QUINZ ... INE


Cage et la modernité
John Cage l'édition anglaise et française de
Silence Silence, John Cage apporte, d'au-

1 Trad. par Monique Fong


Coll. « Les Lettres Nouvelles»
Denoël éd., 184 p.
discours
et
écrits
tre part, une précision tout à fait
éclairante quant aux déterminations
de son travail de compositeur : « Si
je regarde en arrière, je m'aperçois
que le souci de poésie m'accompa-
par
Dans l'histoire de la musi- gne depuis longtemps Il. Et Cage
que moderne d'avant-garde, la ne veut pas seulement dire par là,
situation de John Cage est à qu'entre dix·huit et vingt et un ans
la fois marginale et de pre- il songea à une carrière littéraire,
mier plan. Marginale dans la ou encore qu'il ne cessa en fait ja-
mesure où, systématiquement, mais d'écrire. Les deux tiers de
le musicien refuse d'envisa- l'Avant-propos du livre de ce musi-
ger la discipline qui est la cien, sont délibérément condition-
sienne dans le champ clos des nés, surdéterminés, si je puis dire,
théories musicales plus ou par la poésie : « Quand M.C. Ri-
moins contemporaines; de chards m'a demandé pourquoi je ne
premier plan par l'influence faisais pas un jour une causerie
qu'il a exercé et qu'il exercé instructive classique, ajoutant que
sur toute une génération de la version américaine, et de plus se je ne saurais rien faire qui choque
jeunes musiciens comme par distingue de celle-ci par l'addition davantage, j'ai dit : « le ne fais
exemple S. Bussotti, la Monte de trois courtes déclarations sur pas ces causeries pour surprendre
Young, Metzger, certaines piè- Marcel Duchamp, Jasper Johns et les gens, mais par besoin de poé-
ces de Stockhausen. Miro. Quoiqu'il faille regretter sie. » Finalement, c'est à la poésie
l'absence de textes importants que John Cage fait essentiellement
Mais ces notions elles-mêmes comme par exemple « Composition référence non seulement lorsqu'il
conviennent mal pour définir la as process» (dont ne figure dans entend justifier sa « méthode »,
pratique de Cage dont l'activité l'édition française que la troisième mais encore lorsqu'il entend rendre
consiste précisément à contester partie), le livre publié aujourd'hui compte des divers emprunts cultu-
l'existence musicale d'un centre et n'en reproduit pas moins un nom· rels sur lesquels cette méthode s'ap-
d'une marge : « il s'agit évidem- bre suffisant des essais les plus si- puie : « Selon moi, la poésie n'est
ment de placer les choses qu'on gnificatifs de John Cage pour être pas la· prose purement et sim pIe.
s'était proposé de faire en rapport considéré comme représentatif de ment parce que la poésie est d'une
avec les choses alentour qu'on ne la complexe démarche théorique du manière ou d'une autre formelle.
s'était pas proposées» - « J'en musicien. Elle n'est pas poésie du fait de son
suis venu à penser qu'on pouvait Aussi bien dans les manifesta· contenu ou de son ambiguïté, mais
apprendre beaucoup sur la musi- tions spectaculaires que dans les du fait qu'elle permet à des élé-
que en se consacrant aux champi- écrits de ce compositeur ce qui sur- ments musicaux (temps, son) de
gnons ». (( La flore de l'amateur de prend le plus, et qui est le plus fait s'introduire dans le monde des
musique»). On dira donc plus jus- pour surprendre, c'est le caractère mots. Ainsi, par tradition, l'infor-
tement que c'est parce qu'il se veut joué, enjoué et quasi enfantin des mation si lourde soit-elle (les sûtra
partout et nulle part que John propositions qui les déterminent. et shastra de l'Inde par exemple)
Cage occupe dans l'histoire de la Attitude puérilement avant-gardis. se transmettait en poésie. Il était d'une analyse, que ce n'est pas le
musique d'avant-garde une situa- te, gestes provocateurs qui donnent aisé de saisir cette méthode ». lieu de développer ici.
tion marginale et de premier plan. aux fragments d'une démarche peu, John Cage précise ainsi l'impor- La forme poétique qu'empruntent
De .cette attitude apparemment mal, voire tout à fait, inconnue, un tance qu'il attache et qu'il faut les sûtra indiens se développe en ef-
paradoxale, que tout au long de aspect superficiel et incohérent. attacher à des textes comme « Dis- fet dans une culture dont l'organi-
sa carrière John Cage n'a cessé de Cage sera ainsi connu comme le cours sur rien», « Discours sur sation relève d'une tout autre « lo-
systématiser, le recueil de textes créateur du piano préparé, mais quelque chose », et à l'aide de quel- gique» que la nôtre (1) - qu'on
et essais Silence répond. C'est ce combien sont ceux qui ont entendu le discipline il convient de les abor- voit par exemple au niveau de la
livre que nous devons interroger A mores (créé à New York en der. Quoique insuffisamment déve- mise ~n place de la langue les
maintenant si nous voulons déter- 1953)? Cage sera l'inspirateur du loppée, la définition que donne le sûtra initiaux de la grammaire de
miner dans quelle mesure, comme happening, du pop.art, adepte du compositeur de ce qu'il entend par PânINI : « Les voyelles â, ai, au,
dit Proust : « Les paradoxes d'hier boudhisme zen, dadaïste, mycologue, poésie, n'en est pas moins suffisam- portent le nom de accroissement.
ne sont pas devenus les préjugés tout et rien, n'importe quoi, mais ment claire, pour qu'on puisse la Les voyelles a, e, 0, portent le nom
d'aujourd'hui»; dans quelle me- encore? Silence, pour peu qu'on suivre à l'œuvre dans les textes qui de qualification secondaire... » etc.,
sure cette avant-garde brillante et s'y arrête, permet de revenir sur nous sont présentés aujourd'hui et et on se fera une idée de la
bruyante répond de sa proposition les divers aspects de cette activité dans toute la pratique de Cage. complexité ainsi mise en jeu. Au
d'hier : « Bien entendu c'est une tapageuse, dont on doit retenir une Pour lui la poésie n'est pas réducti- demeurant, Cage n'est certainement
autre école - ce point de départ déclaration d'intention avant-gar. ble au signifié (son contenu), elle pas parti sur cette piste, et pour
zéro ». (texte sur Erik Satie, 1958). diste. Déclaration en somme initiale est poésie « du fait qu'elle permet entendre ce qu'il entend donner
Composé de textes choisis dans désignant plus particulièrement le à des éléments musicaux de s'intro- comme définition de la poésie en
l'édition .de Silence paru en 1961 champ à l'intérieur duquel le duire dans le monde des mots ». Ce citant cet exemple indien, il suffit
au ,. M.1.T. Press de Cambridge, compositeur entend inscrire la som- caractère « musical» du signifiant en somme de souligner le caractère
Massachussetts, le livre qui paraît me des textes aujourd'hui réunis et (le mot pris comme suite de lettres) irrationnel des éléments «musi·
aujourd'hui en français ne repro- leurs références culturelles. rattaché aux sûtra de l'Inde nous caux» que véhicule le signifiant
duit donc pas dans son intégralité Dans l'Avant-propos de 1961, à entraînerait dans la complexité poétique. Mallarmé avait déjà, et
~
La QuinzaIne Uttéralre, du 1er au 15 décembl'e 1970 3
INFORMATIONS

~ John Cage

définitivement marqué ce point : nement, la même réduction SpJ.rl- Gide au Collège de France
« Son sortilège, à lui (l'art littérai- tualiste que celle qu'il opère sur la
re), si ce n'est llhérer, 1wrs d'une matière musicale de la poésie. C'est Un colloque, préparé par 'Georges libération de l'esprit et du corps.
poignée de poussière ou réalité sans la voie mystique qui détermine Blin et présidé par Jean Delay, a réuni Un des ouvrages de Gide qui nous
l'enclore, au livre, mêm.e comme l'emploi d'un livre de signes permu- les 30 et 31 octobre derniers au Col- Intéresse aujourd'hui le plus, Paludes,
texte, la dispersion volatile soit l'es· tables ou mutants (le Yi-king) à lège de France un certain nombre de pamphlet Ironique contre le monde
spécialistes français et étrangers de confiné de la littérature, permit Il
prit, qui n'a que faire de rien outre des fins divinatoires - fins qui ne l'œuvre d'André Gide. De ce colloque M. Georges Albony de montrer toute la
la musicalité de tout» (2). Mais prennent en considération que le s'est dégagée une image de l'homme modernité de cette œuvre de jeunesse
alors que Mallarmé encre cette contenu symbolique de ces signes et de l'écrivain, fidèle en somme à la où • l'écriture prend sa source dans
CI musicalité» dans la matière mê- (leur interprétation). Dès lors le multiplicité gldlenne. l'écriture, vit d'elle-même et ne ren-
Après Mme Marie-Jeanne Durry, voie qu'à elle-même -. Elle établissait
me de son travail (dans les lettres), champ parcouru par le composi- M. Jean Delay retraça le long chemine- en même temps Gide comme écrivain.
Cage pratique l'opération inverse, il teur, dans un système dont la ment qui permit à Gide de parvenir On devait entendre également, à pro-
détache la musiCalité des lettres, qui complète cohérence vient réduire à à la conquête de sol et rappela l'impor- pos de l'esthétique gidlenne, Etiemble,
la produisent, et, si je puis dire, sa norme spiritualiste tout ce qu'il tance du Journal qui souligne la per- Dominique Noguez, François Mouret
pétuelle osmose entre la vie de Gide (Liverpool), tandis que Georges Mou-
l'idéalise : « La musique est-elle - envisage, est complet. Chaque chose et son œuvre. Sur le thème • André nin, pour parler des Nourritures se pla-
le mot, j'entends - est-il un son ? est ce qu'elle est et tout est pour le Gide et autrui -, Robert Mallet montra ça dans la situation du lecteur qui les
Le mot « musique » est-il de la mu- mieux dans le meilleur des mon- comment Gide chercha perpétuelle- découvrit en leur temps. Il en profita
sique? » «( Communication »). Cet- des : « J'ai dit, « La musique m'a ment à s'évader de sol pour, en som-
me, se mieux retrouver, après des en·
pour donner à ce propos une leçon de
structuralisme à l'assistance.
te douhle position, parti pris d'irra- plu, mais je ne suis pas d'accord richissements qui le portaient aux ex- Daniel Moutote, sur le plan de l'éru-
tionnalité poétique, mentalisation avec cette note dans le programme trêmes : • André Gide, c'est l'expé- dition, Jacques Cotnam, sur celui de
de la matière musicale, va conduire qui dit qu'il y a trop de souffrance rience fln ,sol de l'autre, pour soi et l'accueil fait à André Gide au Québec,
Cage à une interprétation entière· dans le monde »" Il m'a dit « Com- pour autrui -. Walter Münch, à propos des influences
ment phénoménologique. Décrite Que Gide ait été attentif à l'image anglaises et allemandes subies par Gi·'
ment? Vous trouvez qu'il n'y' en a publique qu'on avait de lui, c'est ce de, Jean Hytier (qui professe à New
en elle-même et pour elle-même, en pas assez?» J'ai dit, « Je pense que souligna Pierre Lafille tandis qu'à York) s'accordèrent pour évoquer le
dehors de toute construction concep- qu'il y en a juste ce qu'il faut. » la séance suivante, animée par Geor- crédit dont a joui et continue de jouir
tuelle, la musique va se trouver mé· (Silence, p. 50). Il nous suffit, ges Blin, Yvon Belaval se livra à un l'auteur des Nourritures et des Faux
caniquement assimilée à tout ce qui magistral exposé sur ce que • parler Monnayeurs à l'étranger.
quant à nous, pour nous y retrou- veut dire - et montra comment la re- Ceux qui s'attendaient à des contro-
s'entend, et si, dès lors, tout est ver de restituer au Japon ce qui cherche de la vérité se confondait pour verses passionnées à propos d'un homo
musique, c'est que tout vaut n'im- appartient au Japon (le Zen de la Gide avec l'acte d'écrire : • un effort me et d'un écrivain qui ne cessa toute
porte quoi «( on peut apprendre côte ouest), à la Chine ce qui appar- toujours recommencé pour mettre bas
tous les masques -.
sa vie d'être discuté auront été sur-
pris par l'accord entre eux des spécia-
beaucoup sur la musique en se con· tient à la Chine (le Yi-King), à la L'attitude (ou les attitudes successi- listes de Gide. Lui-même n'aurait pas
sacrant aux champignons») et que poésie et à la musique ce qui leur ves) de Gide il l'égard de l'U.R.S.S. manqué de s'en étonner.
de toute façon le hasard seul déter- appartient (les lettres), et enfin à donna lieu à un brillant commentaire D'après des renseignements foumis
mine l'ordre. l'histoire ce qui appartient à l'bis- d'Albert Memmi pour qui Gide avait par Mme Claude Ouémar
toire. fondé son élan sur un malentendu ra- Signalons qu'une Exposition André
Ce qu'il y a de particulièrement dical, d'où devait procéder la décep- Gide se tient actuellement à la Biblio-
important à remarquer chez John Pourtant, qu'on ne s'y trompe tion d'un homme qui avait préconisé la thèque Nationale.
Cage c'est que c'est, d'une certaine pas, Silence, quelles que soient les
façon, la nouveauté et la radicalité réserves, et, fondamentales, qu'il
de sa dé~c~e qui l'entraînent in- faut faire à son propos, est un livre
consciemment sur le terrain même qui marque une date dans l'histoi-
qu'il croit dénoncer. Sa critique du re de la modernité. Moment ultime
symbolique, du psychologique, de du discours d'une certaine avant·
la rationalité, du sujet enfin, faute garde, il en donne à lire tous les
de pouvoir. s'incarner dans une effets progressifs (productivité des Prix
rapports interdisciplinaires, du pa-
Giono
science, a recours à un produit de
radoxe, aussi bien dans son activité Des lecteurs se sont étonnés Il bon Le Grand Prix de la Critique Litté-
remplacement susceptible de répon- raire 1970 a été attribué à Michel
dre de cette position, de l'extérieur. irrationnelle, voire de « rationalité» droit que, dans notre n° 105, un titre:
• Giono après mal 68 - ne correspon- Mohrt pour son recueil d'essais :
D'où le recours métaphysique au autre que l'occidentale) et les limi- de à aucun article sur le romancier "Air du Large. Pascal Pia a obtenu le
Bouddhisme Zen, tel que D.T. Su- tes forcément régressives (la confu- d'Un de Baumugnes. En fait, un entre- prix de l'Edition Critique (à l'unani-
sion idéologique; le manque de tien avec Giono où celui-cI se disait mité) pour son Laforgue, publié dans
zuki, le maître japonais de Cage, le le Livre de poche (voir la Quinzaine
définit : «Une transmission spé- pratique scientifique). Peu de livres indifférent aux événements ne nous
a pas paru donner des garanties d'au- Littéraire n 93 et 97).
Of

ciale en dehors des Ecritures. Au· aujourd'hui font appel à un champ thenticité suffisante. Nous l'avons ôté André Chastel a reçu le prix des
cune dépendance à l'égard de ~ots référentiel ausi vaste que celui dont alors que la page était composée avec Ambassadeurs pour l'ensemble de son
se réclame le livre de Cage. Il mé- son titre, lequel est malheureusement œuvre, à l'occasion de la parution de
et des lettres. Se diriger directement son ouvrage • le Mythe de la Renais-
vers l'âme de l'homme. Contem- rite non seulement qu'on s'y arrête, resté. Nous nous en excusons auprès
de nos lecteurs. sance - (voir la Quinzaine Littéraire
pler sa propre nature... » (3). mais qu'on y revienne. n° 77).
On voit bien comment ces princi- Marcelin Pleynet
le Grand Prix du roman de l'Aca-
pes répondent de la pratique de démie française a été attribué Il
Cage refoulant la réalité du sup- Guyotat Bertrand Poirot-Delpech pour La Folle
portmawrieletirrésistibœmente~
de Lituanie (voir la Quinzaine Il" 104).
\1) Voir Linnart MalI,
Une a}>-
c
A la suite des mesures prises contre
traîné vers ce qu'on pourrait appe- le roman de Pierre Guyotat, Eden, Eden,
ler une sorte d'empirio-mysticisme. proche possible du Sunyavada., Eden, l'Union des Ecrivains s'élève une Saint Louis
Tel Quel n° 32. fois de plus contre la censure de fait
Empirisme sensible notamment avec Dans le cadre des nombreuses ma-
l'emploi mécaniste qu'il fait d'un (2) Mallarmé c La Musique et les visant à interdire la publication ou la nifestations organisées autour du sep-
Lettres •. vente d'un ouvrage ~ittéraire, ou à res- tième centenaire de la mort de Saint
des plus vieux livres de la Chine treindre sa diffusion.
ancienne le Yi-king ou Livre des Louis, une exposition intitulée • La
(3) D.T. Suzuki, c Essais sur le France de Saint Louis - est actuelle-
mutations. Cage opérant à ce ni- Bouddhisme Zen. t. I, éditions Al- La Quinzaine littéraire s'associe Il ment présentée au public dans la Salle
veau 7 et pour cause, le même retour- bin Michel. cette protestation. des gens d'armes du PaI~is de Justice.

4
Rêver I~histoire
par Philippe Sollers

n'ont plus de sens - où l'événe- plus reculée de l'édifice dont nous


ment isolé n'est plus que le sym- est donné, par ailleurs, le « dessin »
bole d'un événement plus grand? » imaginaire à ciel ouvert. Là un
On dirait que son livre - ou plutôt meurtre politique et mythique, fixé
la machination, la machinerie, qu'il comme un spectacle de marionnette
implique - a ·pour fonction déro- sans fin répété, a lieu : celui de
bée d'éclairer de l'intérieur ce phal. Marat par Charlotte Corday. La
lus hiéroglyphique érigé sur la pla- femme au couteau frappe l'homme
ce ruisselante de sang de la révolu- à la plume dans une baignoire. Ou
tion bourgeoise, celle qui castra un encore : la femme-phallus perce
moment si énergiquement - mais l'homme au pénis baigné par le
de façon trop éphémère - les re- vagin maternel. Ou encore : la
présentants du trône et de l'autel. contre-révolution assassine l'ami du
Eclairage d'opéra bouffe, historico- peuple, ce savant coupeur de têtes,
mystique, dont les deux figm'es vengeance de classe et de sexe sur
centrales sont apparemment Marat celui qui avait osé déchirer le plus
et Charlotte Corday. Coup de pro- violemment le voile de l'ancien
jecteur baroque : on entre par des régime et, par avance, le masque,
jardins suspendus (forme poétique montant, du régime triomphant.
« à l'italienne»), on traverse une « C'est pour avoir épousé la cause
Jean Ristat journalistes gâteux et serviles cour d'honneur (déclaration de lec- du peuple que je suis en' butte aux
Du coup d'Etat en littérature, (exemple: l'article - digne du pro- ture), on pénètre enfin, par une sé- traits des méchants qui me persé.
rie de couloirs-promenades (la cutent, que je suis dans les liens

1
suivi d'exemples tirés de la Bible fesseur Claude, de Saint-Anne, dont
et des auteurs anciens André Breton publia la photogra- « promenade» étant ici, comme il d'un décret de prise de corps,
Coll. « Le Chemin » phie dans Nadja afin, je suppose, faut savoir la lire chez Rousseau, comme un malfaiteur. Mais je
Gallimard éd., 125 p. de faire passer à la mémoire histo- une métaphore transparente de la n'éprouve aucun regret; ce que j'ai
rique la trogne même de l'aliéna- masturbation), dans la chambre la fait, je le ferais encore, si j'étais à
tion - de M. Bouret dans les Let-
« La philosophie a préparé, com- tres Françaises). C'est ainsi que la
mencé, favorisé la Révolution, cela répression bourgeoise, aVeC sa poli-
est incontestable; mais les écrits ne
suffisent pas, il faut des actions, or
à quoi devons-nous la liberté qu'aux
ce, ses agents d'information, ses
écrivains soi-disant modernes, mais
virant, en fait, à l'académisme le
français sankin
émeutes populaires ? » plus éculé, espère maintenir par
(Marat)

Voici l'un des livres les plus ori-


tous les moyens son pouvoir de sur-
face ébranlé en mai 1968.
Qu'on ne s'y trompe pas: empri.
LES GENDRES
roman
ginaux puhliés depuis longtemps. sonnement de militants gauchistes,
C'est-à-dire : le moins répétitif, le privés de leurs « droits civiques et Un ton qui rappelle parfois Boris Vian. Jean·FrançolsCornler.COMBAT L'originalité
moins prévisible. Ou encore : celui familiaux»; interdiction de textes et la maÎtrise de François Sonkin qui est un mélange unique de sociologie et
de poète. Etienne Lalou. L'EXPRESS. Un petit livre d'apparence frivole. d'écriture
où les gravures toujours trop vite portant en eux une connaissance du soignée qui en dit long sans en avoir l'air. Matthieu Galey. LE MONDE.
effacées de l'inconscient dans son sexe : ces deux mesures sont pro-
rêve nous parviennent découpées fondément solidaires, elles sont
avec une netteté rapide, vive, ser· l'envers même de la mise en place
rée. des inoffensifs « sex-shops » comme
Collection des Lettres Nouvelles
collection dirigée par Maurice Nadeau
A en croire certains, dont la célé- de la contre-attaque politique du ca-
brité n'est que l'occasion pour l'idéo- pital. Elles préparent une vaste cam·
logie technocratique dominante de pagne, incessante, de délit d'opi-
mettre une fois de plus en scène son nion. Marat : « Les princes ont
refoulement, « l'érotisme» devrait grand soin de gêner la liberté de
être réglé dans un jeu tournant de la presse. Trop timides pour l'at-
stéréotypes empruntés à la commer· taquer d'abord ouvertement, ils La nouvelle pièce de Joseph Breit- Les éditions Galanls (127, boulevard
bach • Camarade Veygond -, vient titre d'. Ecritures -, une collection qui
cialisation sexuelle, se limiter à un attendent que les citoyens en four- d'être présentée pour la première fois Haussmann, Paris-Se) lancent, sous le
feuilletage visuel de magazines nissent un prétexte plausible : et au· Théâtre Municipal de Baden-Baden. a pour ambition de réaliser, dans l'édi-
illustrés. La « nouveauté» serait de dès qu'il s'offre, ils ne manquent Breitbach est un écrivain engagé et tion courante et pour un prix modique,
refuser à la sexualité toute question jamais de le saisir. » depuis la publication, en 1962, du ce qui était jusqu'ici l'apanage de l'édi-
de base. C'est ainsi que Georges Rapport sur Bruno, on sait avec quelle tion de luxe : associer à des œuvres
perspicacité il examine les rapports rares et d'une qualité d'écriture incon-
Bataille sera traité, dédaigneuse- entre la politique et la morale. Dans testée des illustrations de qualité,
ment de « chrétien »; c'est ainsi Camarade Veygond. il traite avec une dues aux meilleurs artistes d'aujour-
que la puhlication de ses Œuvres Un lecteur de Bataille ironie cruelle l'hypocrisie du dogma- d'huI. Premier titre paru : les CLXXXI
Complètes sera finalement entourée tisme, la contradiction entre les actes Proverbes à expérimenter, de Jean
Jean Ristat est un lecteur de Ba· et les paroles des maîtres de l'intolé- Guichard-Meili, illustrés par Lapicque,
du plus lourd silence. Par ailleurs, rance politique. dont l'édition originale, de grand luxe,
le livre de Guyotat - l'un des taille. Est-il parti, pour écrire son Le jeune metteur en scène praguois retenue dans la sélection des • Cin-
grands événements de ces dernières Coup d'Etat en Littérature, de ce Bohdan Denk a dirigé cette représen- quante livres de l'année 1966 -, est
années - se voit dérisoirement texte paru dans Mesures en 1938 tation avec beaucoup de talent. Mais bien connue des bibliophiles.
frappé d'une triple interdiction par et intitulé l'Obélisque? Texte où l'ampleur de la pièce dépassait les A paraître : Sentier d'Hermès, de
possibilités de ce petit théâtre. Le Camille Bourniquel, illustré par Manes-
le ministère de l'Intérieur, et cela « les interprétations faites dans le succès fut pourtant grand, mais Breit- sier; Harpe, de Guillevic. illustré par
avec la complicité active de certains sens de la politique immédiate bach méritait mieux. Ubac.

La Qulnza1ne Uttérafre, du 1er au 15 décembre 1970 5


• Ristat Fuites
Paul Werrie désordre suscite elle-même les im-
I
commencer. Hommes vils, qUl ne et promeneur éveillé, induit par son
connaissez dans la vie que l'or, ne désir à retrouver sexuellement le La Souille pulsions qui sans cesse la réacti-
Mercure de France éd., 293 p. vent.
me <'demandez pas quel intérêt me signifiant convulsif de ce passé, se Ainsi n'y a-t-il pas dans « la Souil-
pressait; j'ai vengé l'humanité, je fait l'acteur interne de tous les le » de véritable progression drama-
laisserai un nom, et le vôtre est fait rôles, comme si l'histoire « idéale » Un vallon. Cul-de-sac humide bor- tique, tout juste un démesuré et
pour périr. » passait par le viol meurtrier d'une dé de forêts où rôdent braconniers constamment relancé tournoiement
et francs-tireurs. Entonnoir que li- dont le narrateur, centre et circon-
femme « pure » en réaction contre mite un mur étrange et symbolique, férence à la fois, s'offre le suprême
C'est ce qu'il comporte d'incons-
le mâle « impur », ouvrant, de fa- négation de tout chemin. Quelques luxe de n'être plus le maître. Toute
cient qui fait du livre de Ristat un châlets, dans l'un d'eux Yves. Yves, réalité n'est-elle pas viciée par la
çon violente, la réalité sociale. Nos
symptôme du plus grand intérêt. livres d'histoire sont formels sur ce le collaborateur que protège à cau- mon s t rue use dissimulation?
Notre hypothèse est que, par tout se du service autrefois rendu un mé- L'amour, surtout, n'est plus que
contre-investissement psychique : decin énigmatique, malin aux deux gestes parodiques jamais conduits
un jeu de relais complexe, « l'au-
c'est bien un cri de soulagement pieds-bots, résistant de surcroît. En à leur terme.
teur» s'est fait ici le porte-parole, (un orgasme non dissimulé) qu'ils bas on fusille les amis qui n'ont pu C'est dans la mort que réside la
le révélateur, d'un refoulé propre expriment entre les lignes devant le échapper, mais ici il ne s'agit même seule solution. Déjà Yves le pres-
à la domination idéaliste bourgeoise. « juste» crime de Charlotte Cor-
plus de proximité, comme à la ville. sent qui se délecte à l'agonie des
A la fois fascinée par ses origines Yves est au cœur du ·danger, voisin bêtes, à leurs ultimes convulsions.
day. Dirai-je toute la vérité? Dirai- du « Commandant» qui dirige un Mais quelle (s) mort (s) ? La sienne,
meurtrières, mais traînant avec elle réseau, victime des sarcasmes choi- fictive et grotesque, puisque con-
je que Charlotte était une vulgaire
une culpabilité déformée ; à la fois sis et des silences calculés du « Doc- damné par contumace, il sera exé-
putain conventine payée par les Gi-
fière d'avoir ·su trancher sur le vif teur» qui lui fait garder ses porcs : cuté en effigie, ne change rien, il
rondins, autrement dit par les « cen- dans la souille, une justification en faut une autre. Pour se procu-
des sujets qui s'opposaient à sa pri- tristes» d'alors? Qu'elle reste, au
se de pouvoir, mais craignant que pour celui qui n'en a plus... rer un sauf-conduit, Yves assassi-
fond, le symbole de la bonne cons- « Fuyard immobile! Un de ces nera Alice la résistante un moment
le prolétariat ne suive trop bien, à fuyards qui dansent sur place com- convoitée. Alors par le crime (par
cience de ceux qui fracassèrènt à
son égard, son propre exemple. La bout portant - et recommencent me les Impalas à l'approche des le livre) la condamnation, et le
machine mythologique montée en carnassiers...·" Et Yves se vautre condamné, se trouvent a posteriori
sans fin - la mâchoire de Robes- dans cette nouvelle manière de fui- justifiés, alors est consommée l'ex-
détails par Ristat pour animer cette
pierre, hantise cachée de notre ré- te, fuite suspendue qui maintenant piation d'un fuyard réconcilié avec
«scène primitive» est l'exposition publique soi-disant calmée? Il est le disperse entre gestes et paroles, lui-même, avec sa fuite qui peut en-
d'un conflit, d'une contradiction. Ce attitudes et silences : toujours il fin déboucher, hors du vallon, sur
significatif qu'Eisenstein, lorsqu'il
qui nous permet de comprendre faut aller plus vite que les autres le salut, sur l'honneur, un honneur
voulut condenser massivement, dans car ceux·là certainement guettent tout neuf, une vraie naissance.
« théâtralement» que l'histoire Octobre, l'échec de la révolution de la faille, la fistule suintante par où Héros haïssable pour un livre qui
réelle passe par une « équation » 1905, ait choisi le plan d'une bour- vous retourner comme un gant; à ne l'est pas moins? Sans doute,
sexo-politique dont chaque classe tout moment risquer d'en avoir trop mais l'auteur justement provoque
geoise assommant à coup de para-
doit élaborer et imposer dans le lan- fait et en faire effectivement trop, sciemment dégoût et répulsion pour
pluie un soldat bolchevik. Mais là, emporté que l'on est par les verti- ensuite les intégrer dans son déve-
gage la reproduction légendaire. plus d'un siècle a passé, et la noue ges convergents de l'expiation et loppement. Nous autres lecteurs,
Marat, comme un sexe nu, veni- de la peur, du reniement et de la comme les habitants du vallon,
velle Corday n'a plus le relief som·
meux, attire et repousse la conscien- bre de la criminelle hystérique honte. « Le seul moyen de n'être nous sommes constamment bernés
ce bourgeoise : elle s'y reconnaît traître à rien, c'est d'être traître à mais à leur différence le savons.
d'une classe montante : ce n'est tout, non?» Et cette fuite (ce dis- Ce n'est pas le moindre mérite de
avec terreur, elle ne peut que dési- plus qu'une demi-mondaine sordi- cours violemment, exagérément sub- la Souille que de ne jamais re-
rer, sans fin, le retuer magiquement de, excitée. jectif), cette débandade tout à la noncer à cette exigence expiatoire
sous forme d'un crime « sacré» fois lucide et hallucinée mais tou- qui l'anime.
commis par une vierge, presque une L'assassinat de Marat est un des jours déraisonnable, par son propre Paul Otchakovsky-Laurens
déesse. Comme la vierge foule le noyaux symboliques où l'accumula-
serpent, la bourgeoise Corday frap- tion inconsciente des mythes de tou-
pe le « crapaud» Marat. Ristat, te une époque passe à fond perdu
dans de belles séquences lyriques, se dans l'histoire, un « épanchement
fait porteur de la jouissance divisée du songe dans la vie réelle », don·
nant sa « profondeur» à l'événe-
1
ainsi dégagée. « On danse dans les Philippe Wolff parle pas encore, elle écoute, pour
ment. Artaud l'a senti : dans le La Flippeuse se distraire, Europe 1, R.T.L., Ménie
églises. La roue désaxée du soleil Denoël éd., 250 p. Grégoire, Michel Polnareff, les Rol-
frotte sur le carreau du firmament Napoléon d'Abel Gance, il a voulu
ling Stone et le soir, elle regarde la
au milieu des flammes des tonner- être le « crapaud » Marat, prendre télé en mangeant du faux caviar
res ». Autour de ce choc rassemblé sur lui l'énigme d'une question à Dans son appartement. de la rési- avec son mari. Elle envie les sacs
peine entamée que le livre de Ristat, dence des Tilleuls, Porte d'Orléans, Vuitton et l'ensemble Saint Laurent
en une seul image mortelle (le diri· avec vide-ordures et chauffage par de son amie Claude. Quand elle se
geant populaire nu, écrivant; la dans son ambivalence « poétique»
le sol, elle a mis des lithos de Prisu- sent nerveuse, (<< on ne dira jamais
bourgeoise parée et frappant), il repose, tout en l'entraînant dans nic, une chaine stéréo qui vient de assez le désarroi de la jeune femme
convoque Isis, Osiris, Jésus, Œdipe, sa dérivation sublimée. Car enfin, à la F.NA.C. et un fauteuil de chez seule au foyer devant sa tranche de
travers le meurtre et le mythe, quel- Bobois et Roche. Pour sa fille Valé- jambon de Paris»), elle prend du
etc. selon la flottante mise en scène rie, elle ne tolère que les couches valium, mais « elle ne se trouve pas
de l'époque, de type occultiste, qui le force agit? Laissons le dernier
Lotus (avec une épaisseur supplé- assez con pour travailler». Elle a
formait, en fait, le « retour» obligé mot au grand refoulé de la place mentaire de mousse de cellulose et beau assassiner en imagination un
et mystifié de ce que le christia- de la « Concorde », à ce mort trop aussi une feuille de Polyéthylène) et mannequin, un chanteur Pop, une
peu connu dont le corps prématuré la Blédine dernier cri parfumée au productrice de la télé, une vieille
nisme avait réprimé après l'avoir miel. dame abusive, guérir sa dépression
intégré. est mort par procuration: « Tout Elle a 26 ans, elle est ravissante, (la dépression des grands ensem-
est perdu quand le peuple devient elle ne manque jamais les soldes bles, elle l'a lue dans la presse) en
La guillotine rejoint alors la fa- de sang-froid, et que, sans s'inquié- de Gudule et s'habille volontiers partant aux Canaries avec son mari
talité qui tranche à la fois les cous ter de la conservation de ses droits, chez Dorothée Bis, encore qu'elle et un copain (<< elle sait aussi, grâce
et les fils des Parques. Charlotte il ne prend plus de part aux affai. aime donner à ses robes un genre à la presse que «la femme moder-
indien, style Jean Bouquin. Quand ne a droit à deux hommes,,), elle ne
Corday et Marat sont transférés res : au lieu qu'on voit la liberté son mari, directeur artistique d'une tournera jamais rond. C'est toujours
dans un drame cosmique « éter- sortir sans cesse des feux de la agence de publicité, rentre du bu- elle qui parle, et cela ressemble à
nel ». On connaît les coulisses idéo- sédition. » reau, elle lui prépare des rognons une chanson pop échevelée, obsé-
logiquement «égyptiennes» de la sauce madère comme on lui a con- dante, trépidante comme la vie, la
seillé dans cElle» ou dans c Mille vie à Paris.
révolution de 1789. Ristat, rêveur Philippe SoUers recettes >t. Comme sa fille Valérie ne Anne-Marie de Vilaine

6
Entre hURlour et aRlertuRle
minelle, connue seulement de la

1
Michel Huriet Hans-Draps, les Nathan-Picard-Vê·
Une fille de Manchester divinité ». Amère leçon! Et qui ne tements de Travail, les Delassieux-
Gallimard éd., 240 p. nécessitait même pas qu'Ann fût Linge de Table et leurs escortes de
absolument anglaise, tant il paraît notables, d'importants, de faiseurs
évident que les Vagney-Tissages au- de pluie et de beau temps que
Un an après la Fête de la Dédi- raient pareillement croqué une Pari- l'on découvre avec un émerveille·
cace, Michel Huriet publie Une sienne, une Marseillaise ou une ment d'ethnographe. Ainsi, ils sont
Fille de Manchester, qui est en réa- Tonkinoise. encore tous là, pleins de vigueur,
lité antérieur au précédent et qui de bonne santé, plus que jamais dis-
doit probablement au succès rem- Chronique maritale? posés à durer et à proliférer ? Est-
porté par celui-ci le fait de se voir ce possible -! Cela l'est tellement,
publié à son tour. Même si ce Chronique maritale? Sociologi- qu'il y a tout lieu de croire que
deuxième roman paraît moins subtil que ? Moins ambitieux, peut-être, le c'est dans un étonnement semblable
et moins accompli que le premier, projet de Michel Huriet n'en est pas que Michel Huriet a puisé la ma-
il eût été dommage de ne pas le moins digne d'intérêt qui réussit tière du livre, lui qui ne revient que
connaître. Il y a, en effet, chez à trouver dans cette aventure banale rarement en France et qui y décou-
Michel Huriet, un si réel bonheur matière à une fable touchante, pré- vre toujours un même spectacle,
de narration, que ce petit livre se cisément, parce qu'elle ne vise pas fascinant à force d'immobilité :
rend immédiatement attachant et ce un seul instant à changer en quoi comme un jeu d'échecs, demeuré
d'autant mieux qu'il est servi par que ce soit le cours du monde. C'est là d'un voyage à l'autre et dont per-
une écriture aisée et rapide qui, ainsi, semble-t-il dire, et voyez com· sonne, entre temps, n'aurait bougé
tout en restant fidèle aux modes me on dépose aisément les armes les pions. Et voilà pourquoi son
d'expressions traditionnels, ne lorsque l'on entre dans l'engrenage roman est fait d'un constant balan-
craint pas de prendre le large en épouse-mère et comme on se résigne cement entre humour et amertume
trouvant d'elle-même sa propre libé- Michel Huriet facilement à ramener le bonheur à et pourquoi aussi on ne sait pas, à
ration : collages composés avec des une affaire que l'on exhibe devant le-lire, s'il faut rire ou pleurer.
articles de journaux, des petits poè- les voisins !
mes naïfs, des comptines même, Restent les Vagney-Tissages, les Cella Minart
ajoutent une dimension nouvelle à
un texte qui, sans cela, risquait irréversible qui ont fait d'une Bri·
peut-être de tomber dans les demi- tannique saine et sportive, cette
teintes monotones de la mélancolie. bonne épouse française, soumise à sa
belle-mère, supportant un mari in-
Une Anglaise fantile et poltron, astreignant son
dans les Vosges corps à des grossesses rapprochées
et que l'on voit se plier sans rechi-
Aussi prend-ton beaucoup de plai- gner aux convenances de sa provin-
sir à lire l'histoire de cette jeune ce d'adoption. La chose paraît telle-
Anglaise amenée de Manchester ment énorme que, scandalisé, le lec-
dans une petite ville des Vosges teur est prêt à bondir pour en
par un fils de la bonne bourgeoisie avertir l'Ambassade de sa Gracieuse
locale, qui dépose sa femme sur Majesté, Scotland Yard, le Times,
l'autel familial avec une fierté légi. peut-être même Jack l'Eventreur.
time mais fortement mêlée d'inquié- Mais non, il n'y a pas de quoi s'af-
tude : comment cette greffe sera-t- foler ! Car si elle se laisse si facile-
elle acceptée du côté Vagney-Tissa- ment dissoudre par les Vagney-
ges? Or, c'est par Ann que les cho- Tissages; c'est sans doute qu'Ann
ses seront vues et commentées; le voulait bien, satisfaite - pour-
non pas au moyen d'un banal « je », quoi pas? - d'avoir acquis une
mais par le bil\is de ce « vous » qui raison sociale, une fonction sociale,
fit couler tant d'encre autour de une adresse sociale, une mission so-
Michel Butor et dont il diffère, sans ciale : « Vous faisiez définitivement
toutefois être un tutoiement à l'an- partie de ces quelques mülions
glaise. Le « vous» de Michel Hu- d'humains qui disposent non seule-
riet est plutôt celui du conteur ara- ment du nécessaire mais aussi du
be, du sage, et peut-être même plus-que-nécessaire, d'une ration
aussi celui de l'écrivain-miroir : satisfaisante de luxe et de superflu
« Car oui, Ann vous vous êtes déci- sur la pente, Ann, sur celle que seuls
dée à acheter des pantoufles! Vous! de mauvais esprits qualifient de
S'il est une chose au monde que - qui jamais ne les satisfait...
vous vous étiez juré n'acheter ja- Mais vous étiez irrémédiablement
mais, c'est bien celle-là. A quelle dangereuse : vous commenciez à
extrémité vous a donc pas réduite penser que les gens moins chanceux
ce lent pourrissement, cet exü !... » que vous étaient au fond punis pour
Cependant, et aussi vilainement quelque chose, que leur infortune,
chaussés soient-ils, les pieds d'Ann leur crasse, leurs ventres vides ne
n'expriment que dans une faible pouvaient que représenter le châti~
mesure les étapes de ce changement ment mérité de quelque action cri-

La Quinzaine Utta"alre, du 1er au 15 décembre 1970 7


Rouge et blanc Les bruits du monde

1
Jean-LouiS Arnaud
I
Anne Hébert l'enfant de son amour en le faisant il arrive que son langage irrite.
Kamouraska prendre pour le .fruit d'une brève Chacun sa bière C'est qu'il importe d'en saisir la
Pierre Horay, 320 p. cadence, ou plutôt les cadences, cha-
Le Seuil éd., 250 p. soumission au mari détesté, tout cun des protagonistes ayant son
cela pour aboutir à un remariage rythme, mais aussi ses images, ses
de sauvetage et donner le change Ça parle, ça grouille, ça bouge. tics de vocabulaire.
« Le cœur souterrain, l'envers de pendant dix-huit ans à la société Plus 98 grouille, plus ça parle. Plus
la douceur, sa doublure violente », canadienne, au bras d'un nouvel
.ça bouge, plus les mots fusent, drus,
s'entrechoquent, dérapent, se rat-
telle est la matière secrète sur la- époux méprisé. Ainsi se présente le trapent, passent à côté (des réali-
quelle s'acharne Elizabeth d'Aulniè- triste bilan d'une vie, d'un tempé- tés), ouvrent des horizons (inquié- Images et paro.les
res, l'héroïne de Kamouraska. Mais rament amoureux de la transgres- tants, fabuleux), explosent et brus-
cette dernière parturition se fait sion et de la libération des valeurs quement retombent (sur terre, dans
le mille). Dans Chacun sa bière, Si tout le récit est en dialogue,
pour elle sous le signe de la mort : établies. Jean-Louis Arnaud organise un pourtant nous ne sommes pas au
celle de son mari qui agonise quel- concert de voix, nous fait entendre, théâtre. ·Le cinéma, lui, n'est pas
que part dans la maison, celle d'un à l'état brut, mais à l'intérieur d'un loin. Les dialogues sont mouve·
montage subtil et riche en contre- ments, les commentaires qui sépa-
amour arrêté en plein vol par le points, tout ce que disent quelques rent les répliques ne visent pas à
meurtre et la fuite, et enfin celle Cette grande colère personnages bien choisis - pour expliquer mais à montrer des lieux,
d'un monde ou bientôt la force des leurs différences d'âge, de situation des comportements, des gestes. Tout
valeurs traditionnelles ne parvien. sociale, de tempérament, mais aus- est images et paroles : Jean-Louis
Quand le récit commence, Eliza- si pour toutes les chances qu'ils Arnaud suit ses personnages, filme
dra plus à étouffer la force des beth va enfin être libre, mais ce sera peuvent avoir de se rencontrer - leurs déplacements, leurs rencon-
passions qui brûlent sous la glace pour rien, et surtout trop tard puis- par une belle journée de printemps tres, enregistre leur propos, demeu·
des conduites victoriennes. rant toujours à une certaine distan-
que l'amant criminel a fui depuis qui pourrait bien être le premier ce, témoin, cameraman invisible.
jour de mai 1968.
longtemps hors des frontières. Il ne Jean-Louis Arnaud ne cherche pas Comme au cinéma, encore, le mon-
survit que dans la rage impuissante à recréer l'histoire de cette jour- tage joue un rôle important. A
qui saisit cette femme, cette grande née, à inscrire son récit, ses dialo- chaque heure du jour, l'auteur nous
montre ce que chacun fait, ce qui
colère qui traverse les mots. Ce gues dans une succession d'événe- se passe dans quatre, cinq, dix en-
ments situés, datés, dont les pro·
texte a la force d'un cri, d'une im- tagonistes sont connus. Les dra- droits, la rue, des bars, un taxi, un
puissance longuement modulée par peaux rouges ou noirs qui apparais- studio de photographie, une exposi-
celle « qui habite la fièvre et la dé- sent dans la rue, sur les chantiers, tion d'urbanisme, etc., comment les
personnages, qui tous, à un moment
mence» et qui voulait être pour l'effervescence qui anime la ville, où à l'autre se croiseront, se parle-
les mots d'ordre de grève qui cou-
l'autre « la vie et la mort inextrica- rent d'entreprise en entreprise, les ront, se comprendront, s'oppose-
blement mêlées ». La quête d'abso- cars de policiers qui bloquent les ront, parlent, chantent, bougent,
lu qu'elle poursuivait, réalisée briè- carrefours, les grenades qui écla- agissent, s'intègrent au rythme de
la ville.
vement par le crime, retombe à ja- tent, la première barricade qui
brûle, le calme, le retour à l'ordre
mais dans le remédiable (Elizabeth qui succède à l'affrontement, tout
a été acquittée), dans l'agonie lente cela, en apparence, n'est qu'une
de la honne conscience. toile de fond. Henri, Frédéric, Mi-
Et « la chienne qui se couche chel, Véra, Léna, Just, Moto, les La ville et
adultes arrivés et les jeunes gens ses rumeurs
pour hurler à la mort» ne parvient disponibles vivent l'événement,
pas à réveiller le disparu. Elle est réagissent à l'atmosphère, sont en-
condamnée à suhir dans sa vie sa trainés dans un mouvement dont Ce que décrit Jean-Louis Arnaud,
propre mort, tandis que s'épuise ils ne perçoivent ni l'origine ni le dans ce fort brillant premier roman,
sens. En même temps, cette jour- c'est la ville et ses rumeurs. Certes,
peu à peu le souffle de son mari née a un pouvoir révélateur. Elle les voix qu'il nous fait entendre
auprès d'elle. détraque les horaires, dérange les sont des voix privilégiées, celles
Le livre d'Anne Hébert est à la L'auteur a su adroitement conju- habitudes, oblige chacun à jeter le d'Henri, de Frédéric, de Just, ·mais
fois une douloureuse confession en guer les temporalités différentes masque. Ainsi les intellectuels em- elles sont porteuses de ces rumeurs
qu'elles ne cessent de déformer et
même temps qu'il se veut une auto- dans cette « vision crépusculaire» bourgeoisés qui d'abord sont amu-
sés, prêts à entrer dans le jeu, exci- de transformer. Surtout, ce qu'il
accusation impitoyable en face de qui épouse de nombreux parcours. tés comme par un feu de joie de- essaye de saisir, par un savant jeu
la lâcheté intérieure qui permet aux On y voit la complaisance, la luci- vant les premières planches qui de montage, c'est, en un même ins-
valeurs traditionnelles de l'emporter dité, la vérité et le mensonge mêler flambent sur la chaussée prennent tant la multiplicité des événements
et la variété des interprétations d'un
sur la force de la passion. L'amour leurs courants dans cette âme colé- peur dès qu'ils pensent à leur voi-
ture. Michel, le publicitaire d'avant- même événement. Par des moyens
fou d'Elizabeth qui a pu mener le reuse et désenchantée. garde s'affole parce que son fils est et avec un style très différents de
Dr Nelson jusqu'au meurtre de son Entre le rouge du sang versé et gardé à vue, Henri l'éditeur prend ceux de Michel Butor, il illustre
mari, échoue en fait devant des ré- la blancheur secrète de la neige la fuite dans le rêve comme Mitri comme lui l'héritage d'Apollinaire
sistances plus profondes : celle de la immense qui finit par recouvrir et le photographe dans l'alcool. Fré- et de la théorie simultanéiste, héri·
déric le romancier se fait entauler tage qui le conduit naturellement à
toute-puissante bienséance, celle neutraliser la présence des séismes par Ime petite putain. Seuls les souligner le sens de ses montages
d'un visage à sauver à tout prix du les plus profonds, une voix sans jeunes gens trouvent le ton juste par une disposition typographique
jugement social, alors que le corps avenir, mais avide, et possédée par et traversent la journée avec bon- spéciale.
épuise ses fureurs dans le cauche- la vision de la mort s'élève : elle heur. Bref, même s'ils sont souvent très
présents, les personnages l'intéres-
L'essentiel ici est la manière dont
mar de rêves impossibles. Il s'agit hésite tragiquement entre le droit le thème est traité, dont les voix sent moins que les bruits du mon-
là d'une mauvaise foi exemplaire, à la vie et la prudente reconduction s'enchaînent, se chev'auchent ou se de, ou plutôt ne l'intéressent que
d'un magistral échec devant sa de ses fougues intérieures. Elle répondent. Jean-Louis Arnaud a par rapport à ces bruits. Peu impor-
propre vérité. Ce qui est essentielle- effraie et inquiète tout comme ces adopté un style singulier, ramassé, te qui parle. Ce qui compte, c'est
étonnamment rapide où tout, même ce qui est dit, c'est, dans un même
ment pitoyable chez cette femme, petits cyclones blancs qui tourbil- les descriptions, les indications de lieu, dans une même ville, à partir
c'est qu'elle peut aller jusqu'au cri- lonnent sans fin dans les grands mouvements, d'actions, toujours d'une même réalité, Ia diversité de
me par amour, y entraîner une ser- espaces neigeux où la vie est deve- brèves du reste, rappellent le langa- ce qui est dit. Car si tout le monde
vante fascinée par les deux amants, nue une impossible conquête. ge parlé. Langage non point relâ- puise au même tonneau, chacun
ché, mais au contraire aiguisé, inci- boit sa bière, chacun vit sa vie.
au point de la charger du meurtre sif, avec parfois un étrange pou-
(en vain d'ailleurs), puis porter Anne Fabre-Luce voir poétiq~e. Au commencement Claude Bonnefoy

8
Ces lieux., ces moments ...
1
Philippe J accottet surveillance pour empêcher la dé-
Paysages avec figures abentes rive des images, la « singerie» :
Gallimard éd., 176 p. « Ces lieux, ces moments, quelque-
fois j'ai tenté de les laisser rayon-

1 Leçons
Payot, Lausanne, éd., 38 p.
ner dans leur puissance immédiate,
plus souvent j'ai cru devoir m'en-
foncer en eux pour les comprendre;
Rilke par lui-même et il me semblait descendre en mê-

1 Coll. Ecrivains de toujours


Seuil éd., 190 p.
me temps en moi». Réalité inté-
rieure et extérieure, dans la quête
de l'essentiel, se rejoignent. De fait,
le travail de Ph. Jaccottet est une
Abandon à l'imagination et ré- intériorisation du signe, un dépouil-
flexion, mais librement déroulées, lement progressif de tout ornement
telles sont les proses de Paysages par une suite d'essais, de repentirs,
avec figures absentes, autant de pro- de négations.
menades, de rêveries où l'auteur, Ses proses apparaissent donc
aussi bien que sur les lieux auxquels comme une sorte de vagabondage (se
il revient et toujours relativement resserrant en réalité autour du cen-
à eux, s'interroge sur la poésie, sur tre), comme une approche du poè-
le réel, sur la présence, l'être au me par la négative. Elles sont élan
monde. Ainsi la haute Provence où vers le poème, elles en communi-
Philippe Jaccottet réside depuis de quent le besoin, elles soulignent un
nombreuses années n'est pas un manque. D'où la crainte constante Philippe Jacottet Rilke
refuge (la première page du livre le d'en dire trop, de n'avoir pas trouvé
précise), et l'expérience poétique, le mot, dénis non seulement scru-
poursuivie avec ferveur et patience, puleux, mais inhérents au propos.
n'a de valeur que parce qu'elle Semblable démarche se distingue de
constitue, plus largement, une expé- celle de Ponge en même temps
rience de vivre. qu'elle s'y apparente, car, si Ponge
« Il semble qu'il faudrait dormir livre notes, variantes, remarques,
pour que les mots vinssent tout recherches de dictionnaire, etc.
seuls. Il faudrait qu'ils fussent dé- comme le seul texte réellement écrit,
jà venus, avant même d'y avoir le seul texte possible restitué dans
songé. » Ecrite comme sous dictée, son devenir, Ph. J accottet, même
une parole immédiate répondant à pareillement attentif aux choses et
un contact immédiat avec le réel se- soucieux d'exactitude, ne donne des
rait seule juste. L'objet de la poésie, travaux (Travaux au lieu dit
c'est le plus commun, le simple, le l'Etang) que comme un pis-aller,
vrai. Ou plutôt : l'entièrement vrai, dans l'attente ou l'espoir du mo-
c'est (ce serait) l'entièrement sim- ment où le jaillissement poétique
ple, que l'image n'a pas caché, que devienne possible, la méfiance à
la trouvaille n'a pas trahi. (La dé- l'endroit du langage étant enfin
nonciation du souci esthétique est trompée ou endormie.
sous-jacente aussi à tout le Rilke Jusqu'à ces « bonds de côté », le
par lui-même, notamment à propos lecteur était, si je puis dire, en
du rapprochement entre la recher- différé (ce sentiment, chez Ponge,
che de la poésie et la recherche du viendrait au contraire du poème
divin, mais également à propos de achevé), soit qu'on lui ait fait un
l'idée, réaffirmée par Rilke, que le récit au passé ou qu'on ait introduit
créateur n'a pas le droit de choisir, comme un écho le souvenir, ou en-
de rien refuser, même de laid, core (sans parler de l'écran que
d'odieux). Cette parole naïve, cet constitue la ré-flexion morale) que
« énoncé direct» auquel Holderlin l'accent ait été mis sur le sujet, per-
- mais après avoir subi quels as- sonnel ou impersonnel, par lequel
sauts? - a pu accéder (1) n'est pas passer obligatoirement : « On est
ce qui nous vient d'abord parce que entré dans un cercle de collines...
l'originel - ou premier - est le On ne s'en assure qu'en s'engageant
plus enfoui et ne cesse de se déro- dans les fourrés de roseaux plus
ber : « On laisse venir, on laisse hauts que vous... » La phrase elle-
aller les images. Les premières qui même, me semble-t-il, concourt à
se présentent à l'esprit ne sont pas donner cette impression par son or-
nécessairement les plus simples, les donnance mesurée (j'y reviendrai),
plus naturelles, ni les plus justes; car il arrive, généralement à la fin
au contraire... » Si donc il est bon du texte - et nous voici en direct
de se laisser guider d'abord par le - qu'elle se précipite soudain, vo-
désir, il n'est pas moins nécessaire lontiers tronquée ou exclamative,
de lui résister, d'exercer ensuite une dans un mouvement rappelant les
~
La QuInzaIne Uttéraire," du 1er au 15 décembre 1970 9
.. Philippe Jaccottet

courtes flammes d'Airs, comme parlé, les proses de Philippe Jaccot- du manque, de l'ombre - le gouf- Sacré » et, bien entendu, à Holder-
dans ces deux images se rapportant tet, rarement longues, sont non pas fre, la mort, mais domestiqués. lin. Mais faire la même place aux
aux cris d'Oiseaux invisibles: « Il d'une seule coulée, mais articulées; dieux et aux nuages, aux arbres et
y a une constellation, en plein jour, elles se présentent comme un assem· aux nymphes, c'est poser, à l'instar
dans l'ouïe! Il y a de l'eau qui blage. Ph. Jaccottet lui-même cons- de Rilke, « l'unité du ciel et de la
sourd là, et là, et là ! » tate que, pour ses réflexions, il doit L'agonie d'un terre ». Les dieux, les nymphes ne
s'en tenir à des notes, que le « dis- être cher sont que des figures : « pour être
cours continu» lui est interdit Tel est notre lieu, et si la joie est tout à fait exact, je devrais, après
(p. 159). Quant à la phrase, elle possible, si la plupart des textes de avoir évoqué, l'image de la Grèce,
Notre vie profonde est d'un dessin toujours simple. Paysages avec figures absentes par- l'effacer, et ne plus laisser présents
C'est que l'attachement ici n'est pas lent de plaisir, de fête, si, métapho- que l'Origine, le Fond: puis écar-
Ce ne sont là que de brèves échap- tant à l'Un qu'à l'Harmonieux. Tou- riquement, apparaissent dryades, ter aussi ces mots; et enfin, reve-
pées grâce auxquelles retrouver, non te distance, toute rupture n'est pas, nymphes, jeunes filles surprises à nir à l'herbe, aux pierres, à une fu-
au-delà mais au cœur du réel, « no- comme pour Michel Leiris, intoléra- leur toilette, corps surpris dans leur mée qui tourne aujourd'hui dans
tre vie profonde». Qu'elles soient ble ; elle nécessite l'accord entre les sommeil - images du Désir le plus l'air, et demain aura disparu ». Ain-
pour nous comme un salut n'empê- parties séparées, elle est la condition profond - si ailleurs sont faites, si des paysages de Cézanne « avec
che pas de regretter leur sporadicité. de la naissance autant que de la dans le même sens, des références figures absentes», par opposition
y correspond - éclat, bribe, météo- mort : « Déchirure sur déchirure. à l'enfance (transport, émerveille- à ceux de Poussin; ainsi des der-
rite, éjection d'un morceau de vécu Comme d'une infime graine tombée ment, indistinction entre le dedans niers poèmes de Holderlin d'où les
hors du temps - le poème bref en terre sort une tige, et de celle-ci et le dehors), ce. n'est pas sans la dieux se sont effacés sans que leur
vers lequel Ph. Jaccottet s'est senti des branches, et de chaque branche conscience de nêtre plus dans le absence soit néant.
tiré malgré lui' depuis une dizaine des feuilles, de la première énorme Jardin (qui n'a jamais existé) et
d'années. Mais, et c'est là le point, .distance naissaient mille distances d'avoir à le recréer. Leçons retrace
de tels instantanés ne sont que des de plus en plus courtes et subtiles, l'agonie d'un être cher, rongé, rui·
lancers; ils ne peuvent pas nous chaque pôle se formant aux extré- Culture et nature
né, devenu totalement étranger
satisfaire parce qu'ils ne s'inscri- mités de chaque intervalle comme avant d'être anéanti (peu de textes,
vent pas (et ne nous inscrivent pas) un fruit. » La culture, on le voit, ne contre-
dans notre poésie, sont aussi dé-
dans une durée comme le pourrait, dit pas le contact immédiat avec les
pouillés). Mais, en dépit de l'arra·
un des textes le constate, la prose. choses. Elle ne s'oppose pas à la
chement, de la misère, de l'horreur,
Aussi voit-on que, par une sorte nature mais elle y conduit pourvu
de l'ordure indicible, « Ordure non
de va-et-vient, le mouvement du Une transparence qu'on veuille, ayant fait détour par
à dire ni à voir: à dévorer », en
poète est autant d'être projeté de la elle, se dépouiller du savoir et se
voilée dépit de l'innommable qu'il n'est
mettre en état d'ignorance. Je ne
prose vers le poème (ou l'image, qui pas permis d'éluder (rappelons-nous
est saut) que d'être rejeté du second vais pas, une fois encore, mettre en
Comme la prose rassemble des la leçon de Rilke), la vie exige de
vers la première (vers « l'énoncé question cette communication en
images que la poésie risquerait de nous plus qu'une -acceptation passi-
direct », qui est phrase ininterrom- quelque sorte absolue où toute figu-
perdre en les maintenant dans leur ve : une remontée sereine, un acte
pue). D'où l'alternance de livres de re, tout langage trouverait son ori-
isolement ou comme, sur un autre de créance, une salutation à laquelle
poèmes et de livres de proses (2). gine et sa justification. Plutôt citer
plan, l'écriture fait tenir ensemble accède la fin du poème :
N'est-on pas proche de Michel l'admirable livre de Roger Munier
des notes sans vraiment les fondre
Leiris, oscillant aussi entre la poé- dans lequel le visible est défini
dans un tout (des blancs séparent Je ne vois presque plus rien
sie et le discours? (Je m'y réfère, comme la seule présence, comme la
souvent les paragraphes), de même, que la lumière,
lui ayant pris déjà le terme de lan~ seule possibilité, pour le Seul (3) -
thématiquement, l'accent porte sur les cris d'oiseaux lointains
cers, comIile à un auteur cher, Ph. Jaccottet dirait l'Inconnu, l'In-
ce qui sauve le particulier de l'épar- en sont les nœuds,
assurément, peut-être autant que saisissable - de se manifester en
pillement en le comprenant, mais toute la montagne du jour
Ponge, à Jaccottet lui-même). Mais, y disparaissant :
sans l'y faire s'évanouir, dans le est allumée, « Il n'est au fond de monde que
par la forme et la qualité de l'écri· général. Ainsi, l'heure de l'éternité elle ne me surplombe plus,
ture, apparaît une différence essen- ce monde présent, qui naît et meurt
qui bat « dans toute l'étendue », ou elle m'enflamme.
tielle. avec moi, s'égale à mon passage.
la tourterelle turque voyageant
Dans sa pérennité, indéfiniment,
dans l'espace comme dans sa patrie Voilà le centre vers lequel nous
innombrablement discontinu et
(sans se dépayser ou s'égarer), ou sommes attirés. La vie ne peut être
mortel. »
encore, dans le pré de mai, les her- que ce mouvement (non agité), cet
Déchirure sur bes et les fleurs aperçues « au mi- élan, cette marche vers le point Pierre Chappuis
déchirure lieu d'un plus vaste et vague en- « où tout s'apaise et s'arrête ». Lors-
semble ». qu'il semble être atteint, toujours
La prose extraordinairement sou- Ces exemples suffisent à rappeler fugitivement, en des pages où la (1) Les deux derniers textes sur-
ple et développée de Leiris s'enrou- l'importance, dans l'œuvre de phrase elle-même en prenant de la tout sont consacrés à Holderlin et
le, se love sur elle-même; elle s'in- Ph. Jaccottet, de tout ce qui ména- hauteur se fait admirablement lé- à Rilke. Faut-il rappeler que Ph. Jac-
terrompt rarement (peu de coupu- ge une transition, assure un passa- gère et ténue, ce n'est jamais l'im· cottet, traducteur de HOlderlin, a
préfacé le volume de ses œuvres
res, qu'il s'agisse des phrases, des ge, filtre, écluse, barrière, « buis- mobilité totale (qui équivaudrait au publié dans la Pléiade? La traduc-
paragraphes, de la division en cha- sons comme autant de peignes pour silence de la mort), mais un déli- tion de poèmes de Rilke, pour l'édi-
pitres), elle contribue, autant que la l'air », etc. On sait aussi de quelle cieux suspens qui est attention et tion du Seuil, est encore inédite.
résurgence des thèmes, à créer ce délicatesse, de quelle approche timi- attente, mesure, équilibre fragile. (2) Paysages avec figures absen-
tes fait ainsi suite à La Promenade
tout, cette unité mythique qui de- de s'accompagne l'équilibre des Rien d'étonnant que se retrouve sous les arbres (1957, Mermod, Lau-
vrait remédier, sur le plan de « contraires fondamentaux ». Notre la métaphore de la demeure - ou- sanne), Eléments d'un songe (1961,
l'écrit, à la discontinuité de l'exis- lot n'est ni la clarté ni l'obscurité verte, lumineuse - ni que se réaf· Gallimard), La Semaison (1963,
tence. absolues, mais la pénombre ou la . firme l'attachement à « la voix mé- Payot, Lausanne).
(3) Roger Munier : Le Seul, pré.·
Au contraire, et conformément à transparence voilée, ce n'est pas la diterranéenne » (à Grignan même), facé par René Char (Tchou éd., coll.
la démarche tâtonnante dont j'ai plénitude, mais la place reconnue aux dieux grecs, à « la maîtrise du le Prix des mots).

10
LITTERATURE

ETRANGERE
Dylan Thomas
par John Montague
forme de losange chère au pasteur-

1
Dylan Thomas
Œuvres. 2 tomes poète du XVIIe siècle, Georges Her-
Le Seuil éd. bert, Gallois lui aussi.
Quoi qu'il en soit, le Londres des
lettres, dominé par le vers intellec-
Il ne doit pas y avoir beau- tuel d'Eliot et d'Auden, se trouva
coup de gens qu'intéresse la soudain confronté au plus pur génie
littérature et qui connaissent lyrique depuis Keats. Ce qui était
un peu d'anglais, à n'avoir pas extraordinaire, chez le jeune Tho-
entendu un disque de Dylan mas, c'est que sa vision était déjà
Thomas. Et au ~on de cette entière. Du début de son premier
voix « comme un gong ardent recueil, Dix Huit Poèmes : « Je
sur un océan de mélasse» vois les enfants de l'été dans leur
pour reprendre sa propre ex- ruine... », jusqu'à la fin de l'un de
pression, même les plus ra- ses derniers textes: « Le temps me
tionnels ressentent jusqu'à la tenait, vert et mourant... », le' pro-
moelle la présence du génie, cessus poétique est celui de la cla·
les purs accents du Barde qui, rification et non pas d'une modifi-
selon Blake: cc Voit le Présent, cation. Malgré sa vie difficile, Tho-
le Passé et l'Avenir/Dont les mas parvint graduellement à accep-
oreilles ont entendu/le Saint ter et même à chanter le pouvoir
Verbe/Marchant sous les destructeur du temps, ce mariage
feuillages antiques. » incessant de la vie et de la mort Faulkner, c'est le mélange de psy· en gaélique occupe presque autant
qui l'obsédait: chologie et de folklore et les riches de place (et le fait qu'il existe déjà
Le temps me tenait, cadences de la Bible de King James une traduction par Queneau du
Dès l'adolescence, Dylan Thomas vert et mourant, qui exhalent ce rare fumet de chair texte anglais en rend le choix enco-
a fait montre d'un implacable sens Mais je chantais dans mes brûlée : re plus absurde).
du destin. Il réussit à rater ses chaînes comme la mer... Et le bébé prit feu. Les flammes On pourrait se dire que Vingt
compositions dans toutes les matiè- Maintenant que la trajectoire est s'enroulèrent autour de sa bouche Ans de Jeunesse est un galop d'es-
res, sauf en anglais, où ses notes accomplie et bien documentée, on et attaquèrent les gencives qui se sai pour le chef-d'œuvre dramati.
étaient excellentes. Son père, qui se serait attendu à ce qu'une édi- contractèrent. que de Thomas, Au Bois lacté. Mais
aurait voulu être poète lui-même, tion aussi élaborée que celle du Autour de son cordon rouge, les ceci serait attribuer aux rédacteurs
était son maître et c'est là sans dou- Seuil essaie de distinguer le poète de flammes léchèrent son petit ventre de cette édition un souci du génie
te qu'il faut chercher la raison sa légende. Comme Vernon Wat- jusqu'à ce que la chair saignante de Thomas qu'ils n'ont manifeste·
d'une précocité si unilatérale. Des kins l'explique dans la préface à s'affaissât parmi la bruyère. ment pas, puisque cette édition en
années plus tard, dans son Mani- l'édition anglaise des Aventures Une flamme toucha sa langue. deux volumes ne contient guère que
feste Poétique, Dylan Thomas de- dans le commerce des peaux, Tho- Hüiii! cria le bébé qui brûlait et la moitié de ses poèmes. On se
vait reconnaître sa dette : « C'est mas avait des priorités très claires. la colline illuminée répercuta son trouve ainsi dans la situation para-
quand j'étais très jeune, tout juste Ce qui comptait, il le savait, c'était en. doxale de voir dans l'essai introduc-
entré à l'école que, dans le bureau la poésie; après cela, il était prêt Le Portrait de l'Artiste comme tif de Karl Shapiro (poète avec qui,
de mon père, avant mes devoirs, à exploiter d'autres talents, comme un jeune chien montre Thomas au au reste, Thomas a fort peu en
que je ne faisais jamais, j'ai ap- son don du dialogue et du récit pi- mieux de sa forme d'amuseur. La commun) donner une liste des poè-
pris à distinguer un style de l'au- caresque, pour distraire le puhlic. parodie de Joyce dans le titre donne mes les plus certains de durer et
tre... Ma première et plus grande Car malheureusement, il faut bien le ton et rares sont les recueils de dont la plupart ne sont pas inclus
liberté était celle de pouvoir lire vivre et il n'existe guère, pour le nouvelles aussi vivants que ces vi· dans l'édition elle·même !
tout ce que je voulais. Je lisais poète romantique, de moyen hon- gnettes de la vie à Swansea. Ou aussi L'excuse présentée - « que leur
n'importe quoi, les yeux pendants... nête de gagner son pain. Le poète pleins d'imagination verbale : sûr densité avait de quoi effrayer le
Autre raison pour l'irruption de contemporain le plus semblable à de son talent, Thomas y inclut un puhlic français » - a de quoi sur-
Dylan Thomas sur la scène littérai- Thomas, George Barker, aimait à autoportrait, sous les traits du petit prendre de la part de Denis Roche.
re, c'est que le pays de Galles répéter là-dessus la phrase de Rilke : « Rimbaud de Cwmdonkin Drive », En outre, comme je l'ai dit, l'œu-
n'avait pas encore trouvé sa voix « Un emploi, c'est la mort, sans la obsédé sexuel et fou de mots. vre de Thomas devenait plus claire
en anglais, comme l'Irlande l'avait dignité. » Après cela, il y a peu de prose et de nombreux documents ont été
fait avec Yeats et Joyce, l'Ecosse Au début, cependant pour Tho· de qualité. Si bien qu'il est triste de publiés, comme ses lettres à Pamela
avec Mac Diarmid (une élégie de mas, la ligne de partage entre le voir la copieuse édition du Seuil Hapsford Johnson et à son ami et
ce dernier établit le parallèle). Dy- travail sérieux et l'autre n'était pas faire la part si belle aux textes de compatriote Vernon Watkins, qui
lan Thomas avait beau rejeter vio- si nette. Ses premières nouvelles radio de Thomas, ou pire, à ses scé- expliquent les poèmes, souvent en
lemment son patrimoine, « la terre sont plutôt des poèmes en prose et narios. On trouve certes la char- grand détail. Denis Roche cite ces
de mes pères, ils peuvent la gar- j'aurais préféré que les éditeurs de mante fantaisie, Moi et mon vélo, pièces et les précoces Carnets dans
der... », il coulait dans ses veines. ces œuvres les aient groupées avec mais pourquoi le public français un essai qui est finalement la seule
Autant que les pentes de Swansea, les poèmes, afin de souligner l'ex· qu'on imagine impatient d'en con- tentative d'analyse de l'œuvre de
il célébrait la campagne galloise travagante imagination du jeune naître devantage sur un grand poè. Thomas dans l'ensemble des deux
où, enfant, il avait passé ses vacan· écrivain. On les a dites surréalistes, te, devrait·il lire l'adaptation d'une volumes. Quand un poète s'est fait
ces, et où il retournait avec sa fem- mais à part le geste d'offrir des tas· nouvelle de Stevenson, auteur sur une légende, c'est pour lui édifier
me et ses enfants. Et quand il s'est ses de ficelle bouillie aux passants, lequel Thomas n'aurait jamais tra- un monument qu'il faudrait s'en
livré à des expériences techniques, à l'Exposition Surréaliste de Lon- vaillé s'il n'avait été payé pour le servir et non pas pour l'enterrer à
ou bien elles résonnent des asson- dres en 1935, Thomas avait peu de faire? La traduction d'une adapta- nouveau sous le fatras qui l'a humi·
nances complexes de la métrique liens avec la littérature française tion par Thomas de la version an- lié et épuisé.
galloise, ou bien elles affectent la de l'époque. Chez lui, comme chez glaise d'une autobiographie écrite John Montague

La Q"'nu'ne Uttéra1re, du 1er au 15 décembre 1970 11


Entretien avec Une histoire
Iwaszkiewicz du roman amerlcaln
,. .
Président de l'Union des Ecrivains Marc Saporta re, Le roman de l'Ouest, Le roman
Polonais, Directeur de la revue Tworc-
zose (Création), romancier, essayiste,
poète, également traducteur de nom-
breux auteurs français, de Marivaux
1 Histoire du roman américain
Seghers éd., 392 p.
du Sud, le roman de la Côte Est,
etc.), il s'attache surtout à montrer
ce qui fait la spécificité du roman
américain. Aussi bien, à travers la
à Rimbaud, Claudel, Valéry, Gide et Voici une precIeuse Histoire du diversité des genres et des écoles,
Giraudoux, Jaroslaw Iwaszkiewicz, dont roman américain. .précieuse, d'abord des influences régionales ou ethni-
les éditions Stock viennent de publier parce qu'elle manquait, précieuse ques, ce qu'il montre, c'est la per-
• Les Amants de Marone., est sur- aussi par la réunion de deux quali· sistance plus ou moins marquée de
tout connu en France comme l'auteur tés qu'on trouve rarement ensem· certains thèmes qui ont leurs raci-
de Mère Jeanne-des-Anges que Kawa- ble dans les histoires littéraires, sa nes profondes dans l'Amérique des
lerowlcz a remarquablement adapté au précision et son ouverture. Au dé· colons et la guerre d'Indépendance.
cinéma. Mais s'il est peu et pas assez part, en effet, Marc Saporta savait L'écrivain américain, de Fenimore
traduit, il l'est depuis longtemps. que son lecteur français attendait Cooper à Faulkner, de Melville à
de lui deux choses : un bon instru· Hemingway, de Thoreau à Nor-
J. 1. - En 1926, grâce à la mère ment de référence dont on puisse man Mailer, retrouverait toujours
d'un de mes amis qui était française, se servir à tout moment et sans soit le goût de ces aventures vécues
un de mes romans, dit-il, a été tr. difficulté, un guide permettant de qu'inaugurèrent sur le sol du nou-
duit et publié chez Rieder. En 1938, un mieux comprendre l'évolution et la veau monde pionniers et traceurs
de mes livres de nouvelles a paru au spécificité du roman américain. de pistes, soit le souvenir effrayé
Sagittaire dans une traduction de C. Aussi aurait·il pu céder à la ten· ·ou la nostalgie du puritanisme de
zln, presque trop belle, d'une beauté tation soit de rédiger un diction· la Nouvelle Angleterre, soit enfin
f1aubertlenne. naire des romanciers, soit d'écrire ce sens de la rébellion et de l'in·
un essai brillant où il aurait fait surrection qui anima les fondateurs
De ces premiers textes aux Amants la part belle à ses auteurs de pré· des Etats·Unis.
de Marone, existe-t-il une certaine con· dilection. Mais se gardant de ces Cette dernière tradition, celle des
tlnulté? Ou bien ce roman occupe-t-il facilités, il a réussi à nous donner « Insurgents », Saporta dans sa
une place à part dans votre. œuvre ? un livre utile sans néanmoins re· conclusion, et après des analyses
qui fait peu naturel. noncer à ses qualités d'écrivain. nombreuses et pertinentes, n'hésite
J. 1. - Ce n'est pas celui de mes D'entrée de jeu, il est évident que pas à affirmer qu'« elle est omni·
textes que je préfère. Je ne l'estime :L'imagination vous parait donc être cette histoire est extrêmement ma- présente. Et particulièrement dans
pas parfaitement réussi. Cependant il la première qualité du romancier? niable. Qui a besoin d'un renseigne- le fait que tout romancier améri-
est très caractéristique de ce genre de ment le trouve à l'instant. Les pages cain est en même temps un rebelle,
la longue nouvelle ou du court roman, J. 1. - Qui n'est pas réaliste? Dans annexes ne comportent pas seule· dressé contre ce qui subsiste d'in-
comme vous voudrez, que j'affection. tout ce qu'on écrit, Il y a une part de ment un index, ce qui va de soi et justice dans la société américaine.
ne. Comment se rattache-t·i1 à mes au· nous-mêmes. On introduit fatalement une table de concordance entre les Il est rare qu'il accuse, comme ail·
tres textes? Ce n'est pas à moi de des éléments autobiographiques. Mais événements historiques et littéraires leurs, la condition humaine. Le mal
Juger. Mais Rynard Prybylski a intitulé au cours de l'élaboration, de l'écriture ce qui est classique, mais un réper· qu'il dénonce, s'il le découvre, il ne
un essai sur mes premiers récits : du roman, ils doivent se disposer les toire biographique des écrivains de le situe pas dans le monde en géné·
Eros et Thanatos. Les amants de Ma- uns par rapport aux autres comme les quelque importance - ou de quel· raI, mais s'applique à le localiser
rone se placent sous le même signe. cailloux dans une mosaique. Ce qui que renom. Mais ce répertoire est chez lui dans le cadre le plus fami-
L'amour, la mort, ce sont les choses compte, ce n'est pas les cailloux, mais aussi un répertoire critique. Sapor· lier, comme s'il n'existait pas en
qui composent la vie. Peut·être pour· la mosaique. ta ne se borne pas ici à donner les dehors des Etats·Unis ».
ralt-on ajouter l'ambition, la carrière, principaux titres des œuvres. En Ainsi tout le livre tend à dégager
mals je ne veux pas faire concur· Vous dirigez la revue Création. Quel qudques formules ramassées et ce qu'il y a de spécifique dans le
rence à Balzac. est son rôle dans les lettres polonai· dont certaines sont de petits chefs· roman américain. Mais l'exposé,
ses? d'œuvre d'ironie ou de justesse loin d'être systématique, témoigne
Sur qui vous avez écrit une pièce, (Elinor Wylie « poétesse et beauté d'une grande souplesse, indiquant
«le Mariage de Balzac". J. 1. - C'est d'abord une revue de fatale", William Goyen « un sudis- aussi bien les parentés avec la lit-
textes où s'expriment les poètes, les me innocent"), il fait le point sur téra ture européenne que les aspects
J. 1. - Vous savez que Balzac vieil· prosateurs, les essayistes; dans la· la vie, les œuvres, le public et- la multiples d'une œuvre donnée. Le
lissant (il devait mourir peu après son quelle on accueille volontiers les meil· qualité d'un écrivain. fait que Truman Capote, par exem·
retour) a fait en Pologne un long sé· leurs des jeunes écrivains. Ce qui me Ce répertoire, ce petit dictionnai· pIe, figure dans deux chapitres, l'un
jour chez Madame Hanska, <<l'étran· frappe actuellement, en Pologne, c'est re de poche est le reflet du livre. consacré au roman de l'opulence,
gère., au cours duquel il l'a épousée. l'apparition d'écrivains venus de la Ici comme là, on retrouve la préci- l'autre à la littérature de recherche
Mais Balzac malgré sa grande connais- campagne, de souche paysanne, et sion, la rapidité, la sûreté du trait. permet à Saporta de jeter des ponts,
sance du cœur humain était souvent qui pour la plupart traitent le thème En trois cents pages, en effet, Sapor- de montrer les interactions constan·
dérouté par les habitudes du pays, de la migration vers les villes et des ta dit l'essentiel sur la littérature tes entre différents thèmes. Il ap-
ce qui entraînait de petits conflits. Le difficultés d'adaptation à la vie indus- américaine. On peut n'être pas d'ac- paraît alors, à un lecteur attentif
thème de la pièce, c'est donc • un trielle et urbaine. D'autre part, avec la cord avec lui sur certains juge· que son découpage regroupant sous
étranger en Pologne". Je connais bien publication régulière d'une « revue des ments, estimer qu'il passe trop vite une même rubrique des écrivains
la maison de Mme Hanska. J'ai même revues., de l'Ouest comme de l'Est, sur certains auteurs, mais il faut d'une même inspiration (poétique,
rencontré dans ma jeunesse, en 1910, Création fait régulièrement le point reconnaître qu'il n'esquive aucun politique, religieuse, régionale,
un vieil homme, du nom de Moise qui . sur les problèmes littéraires et phi· problème ni ne néglige aucun genre, ethnique, etc.), n'a rien de systéma·
y avait été employé comme domesti· . losophiques de notre temps, le nou- y compris ceux qu'oublient généra· tique. Ou plutôt qu'aucun chapitre
que. C'était lui qui entretenait les poê· veau roman, le structuralisme ou Mar· lement les historiens de la littéra- n'est clos sur lui·même. Comme
les du pavillon où habitait Balzac, cuse. Pour cette raison, la revue est ture. Non seulement le roman poli· dans ses romans, Saporta a procédé
mais il se souvenait surtout de lui très lue par la jeunesse. cier et le roman de science·fiction ici à un jeu de collage ou de mon-
avoir préparé d'énormes quantités de ont leur place ici, mais la bande tage, chacun des éléments séparés
café. Toutes vos activités, à la revue, à dessinée, le roman populaire, la lit· ne cessant de renvoyer aux autres
l'Union des Ecrivains ne freinent·elles térature de colportage qui au siècle et ne prenant sens que par les
Pourquoi Les amants de Marone Ile pas votre travail personnel? dernier contait les légendes de autres.
sont-ils pas un de vos textes préfé- l'Ouest sont sinon étudiés en profon· Même s'il étudie séparément des
rés? J. 1. - De temps en temps, j'écris. deur du moins signalés et leurs rap· auteurs importants - et il y a dans
J'ai écrit des nouvelles à Rome, au ports avec la littérature propre· son essai de fort belles pages sur
J. 1. - Ce roman me touche de trop printemps. A Rome, je n'ai que ça à ment dite comme leur rôle dans Melville, sur Faulkner « intrus
près. Ce qui me gêne, c'est qu'il est faire. J'habite bien à trente-clnq kilo- la culture et la civilisation améri· dans sa propre maison, dans son
trop authentique. Le décor, l'atmos- mètres de Varsovie, mais c'est devenu caines sont clairement analysés. domaine» - c'est toujours en les
phère, le sanatorium au bord du lac, la banlieue, j'ai tout le temps des En fait, le parti pris adopté par situant dans le devenir de la civili-
certains personnages même ont exis. visites... Ah, J'oubliais. J'écris toujours Saporta l'obligeait à interroger sation et du roman américains. C'est
té. Si la situation de la jeune fille est des poèmes. A mon âge, ce n'est pas aussi ces littératures marginales. Si pourquoi son bel essai n'est pas
complètement changée, l'histoire des sérieux. Ce sont les jeunes gens qui son essai suit moins la chronologie seulement l'histt>ire du roman amé·
deux amis est vraie. J'ai même gardé écrivent des vers. Même libres, mes que l'histoire des différents cou· ricain mais aussi le roman de
Je nom de l'un d'eux, Aristarque, mais vers, ce sont des poèmes... rants littéraires dont certains sont l'Amérique.
c'est Justement ce détail authentique Claude Bonnefoy nettement localisés (Sur la frontiè· C.B.
collection ft PAVILLONS"

Heather Ross Miller


A l'autre bout du monde
Trad. par Michel Gresset
Gallimard éd., 244 p.

Heather Ross Miller


A l'autre bout du monde
Trad. par Michel Gresset
Gallimard éd., 244 p.

Née en Caroline du nord, Heather


Ross Miller est connue en France
par. un très beau récit, l'Orée du
bois. La critique avait remarqué
chez cette jeune femme un alliage
réussi de tradition faulknérienne,
évidemment, avec une fermeté sty-
listique et une sensualité des plus
étranges, faisant bruisser les mots
comme une forêt, levant des nuées
d'images soigneusement enchâssées
dans un terreau riche, très fort,
étourdiSsant. La souplesse de
LE
ses phrases donnait un charme
complexe, subtil à l'ensemble. Son
PREMIER
livre avait une odeur entêtante.
On retrouve dans A l'autre bout
et la nuit suivante la fièvre des ma-
rais se déclare. C'est un même mou-
vement, une même force. La forêt,
CERCLE
du monde cette richesse de résine
comme la mer, reprend tout.
et d'écorce, ce langage qui est sève,
Il n 'y a pas de leçon à tirer.
passage, métamorphose. La phrase
a sa pulsation, d'ordre végétal. Mais
Tscharner n'en tire pas. Il prépare
ses herbes, prend son cheval, soigne
VOYAGES
la galopade d'un homme à pèlerine
noire jette comme une note glacée
au creux du livre. Ce cavalier soli-
ses malades. Il n'a aucune illusion.
La nature n'est ni protectrice ni AVEC MA
taire sorti tout droit d'une gravure
romantique dérange les lieux dès le
malfaisante : elle est. Si l'humus et
la feuille pourrie sont si doux, c'est
qu'ils sont faits de la décomposi-
TANTE
premier paragraphe.
tion de nos morts.
C'est le docteur Tscharner. Il a
L'écriture volontairement sèche,
quitté l'Europe avec sa jeune épou-
se. Il s'installe en Caroline. Nous
abrupte, exprime bien ce mouve-
ment de célébration réprimé qui
LA
sommes à la fin du siècle dernier.
Les chevauchées de ce médecin taci-
turne et actif couvrent de son ombre
vient éclairer les meilleurs passages
du roman. La dureté et la beauté GARDE
les autres personnages. On meurt
autour de lui, les saisons changent:
vont de pair. Dans ce livre la femme
joue le rôle d'intercesseur entre
l'homme et son milieu. Elle appar-
BLANCHE
pas lui. L'épouse disparaît, la se-
tient aux deux : d'où sa fragilité.
conde femme perd ses couleurs. Ne
On voit bien que le livre tend à se
parlons pas des enfants. Tout peut
s'écrouler. Tscharner continuera à situer au niveau mythologique.
Vieille mythologie païenne qu'on
JOURNAL DE
traverser la forêt pour donner des
pilules de camphre, saigner un ma-
lade au scalpel, écraser des plantes,
retrouverait sous la trace visible de
l'écriture, quelque chose d'oublié et
LA GUERRE
préparer des remèdes. La forêt
blanchit, verdit, s'irise à l'autom-
de mystérieux. Cette touffeur de la
vision donne le dessein du livre.
AU COCHON
Jacques-Pierre Amette
ne, et la vie passe ainsi au fil des
chapitres, avec quelque chose de
morne que rend bien la monotonie
de la syntaxe. Alphonse Boudard dédicacera: LE
Le roman, tel quel, déconcerte.
Toute vie est subordonnée à l'équi-
La Méthode à Mimile
(l'argot sans peine)
BOURREAU
libre biologique. Le choix d'un doc-
teur pour personnage principal est
significatif. Significatif aussi cette
Editions de la Jeune parque
et tous ses livres à la librairie
"Au Dauphin -, 36, rue de Bour-
gogne. Paris .,..
AFFABLE
scène où Cassandra connaît l'éphé-
mère joie sensuelle d'un bain au le jeudi 3 décembre de 18
soleil. Elle étend sa robe, se jette heures à 20 heures. (Consultez le Catalogue chez votre Libraire)
à l'eau. Les moustiques la piquent,

La Quhmdne UttftoaJre, dU 1er au 15 décembre 1970 13


TRIBUNE

Contre les idéologies


·par Dionys Mascolo .

Sous le titre. Faut-il réédu- accepte un avenir où cet intellectuel sienne propre ne la fonde; et que fiant à une exigence infinie, il vit
quer l'intellectuel? -, Bernard continuerait « d'aimer son rôle». c'est d'elle seule que l'organisation, le dénuement, le manque de sens,
Pingaud a récemment pris po- La question, pour nous, n'est pas là. et le projet révolutionnaire lui·mê· dans une abstraction égale à celle
sition à propos de déclarations Elle est en ceci que cette descrip- me, reçoivent toute existence et du prolétariat, et dans une pareille
de J.-P. Sartre sur le rôle des tion a toute la généralité mais aussi tout sens. rupture avec l'intériorité. Loin de
intellectuels, ici et mainte- toutes les limites des descriptions vivre la « vie des idées» telle
tenant. (La Quinzaine. n° 104). sociologiques. L'analyse sartrienne qu'elle est reçue, voire honorée dans
Dionys Mascolo donne ci· est donc limitée à ce que l'on nom- le monde (vie culturelle), l'intellec-
dessous son sentiment sur les me les intellectuels « de gauche», L'intellectuel tuel révolutionnaire vit avec l'idée
positions de Sartre et de Pin- masse indéfinie de personnes dispo- « non classique » non apprivoisée, privée de garantie,
gaud. sant à divers titres d'une « audien· d'attaches, idée « juive », et telle
ce », n'ayant en commun que le va- En serait-il différemment que la qu'elle ne peut être reconnue au-de-
gue commun aux divers humanis- question se poserait de savoir com· hors avant que ne soit instituée pour
Sartre et Pingaud, l'un repre- mes auxquels les idéologies diverses ment Lénine et Trotsky, Ho Chi le moins l'égalité absolue. Vie ca-
nant l'autre, ont récemment avancé, donnent lieu (athées, socialistes, Minh et Mao Tsé-Toung, qui ne chée, à demi-clandestine, seulement
sur le rôle de l'intellectuel dans ses chrétiens libéraux, capitalistes éclai· sont pas des travailleurs, ont cessé partagée dans l'amitié, non exemp-
rapports avec le projet révolution- rés, progressistes...) et aucun prin- un jour d'être des intellectuels pe- te certes d'une juste et nécessaire
naire avant et depuis Mai, un cer- cipe, créateurs ou manipulateurs de tits-bourgeois - et Marx, dont l'ap- schizophrénie, dont il n'est bien
tain nombre de propositions qui ne « valeurs» dont ils sont dupes, pla- parition deviendrait un mystère entendu pas question de guérir d'au-
me semblent pas à la hauteur de la cés en effet sous le signe de la théologique. Pour n'avoir été ni tre façon que par la révolution. Il
nouveauté que nous vivons. Dans mauvaise conscience, voués d'ail- dirigeants ni hommes d'organisa- n 'y a évidemment plus de place ici
ce qu'elles ont d'incomplet surtout, leurs à fournir de réguliers contin- tion, et avoir apparemment parlé pour la mauvaise conscience. Ni
elles mettent en œuvre (et même en gents de « compagnons de route» d'autre chose; Artaud, Breton, Ba- même pour une conscience malheu-
valeur) des équivoques qui ont cons· aux organisations, dans l'attente où taille ne furent pas davantage cela. reuse. La vie objectivement malheu-
tamment, depuis un demi-siècle, fait ils sont toujours de recevoir de l'ex- Il faut donc admettre que l'intel- reuse de l'idée, le malheur de l'idée,
office de freins (depuis peut-être térieur leurs attributs proprement ligentsia n'est pas composée seule- l'idée prolétaire - comment cela
l'acte de décision de Lénine fon- politiques. Ce dernier point est es- ment d'intellectuels « classiques », conduirait-il à une mauvaise cons-
dant un pouvoir révolutionnaire sentiel. A s'en tenir. à cette défini- ou « de gauche », qu'une pensée li- cience ? ou, sauf accident mélanco-
contre toutes les règles ?) et qui ris- tion, il y aurait seulement une ac- bre existe déjà (un jeu de l'intelli· lique, à intérioriser le malheur?
quent aujourd'hui encore de dé- tion révolutionnaire, mais pas de gence en quoi il n'est rien qui puis- cela conduit à chercher une libéra-
tourner l'intellectuel de ce qu'il pensée révolutionnaire, a fortiori se servir les privilèges), pensée post- tion. La mauvaise conscience est le
peut réellement. pas d'intellectuels révolutionnaires révolutionnaire, libérée donc de tou- complément malheureux des pen-
(le seul « intellectuel révolutionnai· te naïveté idéaliste comme de toute sées triomphantes, heureuses, qui
re » dont l'existence soit implicite- superstition de mauvaise conscien- se nomment elles-mêmes « créatri-
ment reconnue serait en dernière ce. C'est celle qui s'identifie à l'exi- ces », et vivent la contradiction.
L'intellectuel analyse défini par l'âge: c'est l'étu- gence communiste. C'est d'elle que Mais pas plus que la condition ou-
ccclassique » diant, celui qui n'a pas de passé, l'on est en droit d'attendre aujour- vrière, le malheur de la pensée n'est
donc pas « d'intérêt idéologique» d'hui que la pensée participe de une contradiction.
L'un pour le déclarer penmé, ou - ceci est une paraphrase - plein droit, et en tant que telle, au
l'autre pour affirmer qu'il a encore celui qui n'a pas encore eu le temps travail révolutionnaire.
de beaux jours devant lui, Sartre de faire œuvre). On voit la simpli. Ne nous en remettons pas ici à un
et Pingaud s'entendent sur une dé- fication, encore assombrie d'un jeu de mots. Celui dont la pensée Rôle de l'intellectuel
finition de l'intellectuel: c'est l'in- « trop tard» fataliste. Mais voici Ùdentitie à l'exigence communiste
tellectuel « classique ». Il se carac- le plus grave. Une telle définition, s'est déjà, en un sens, supprimé par Un phénomène original de révo-
térise par les traits suivants fermant toutes les voies, suggère là comme intellectuel. Nullement lution culturelle, rendu manifeste
1) Comme tous les « techniciens du (sous-entend?) qu'il dépendrait parce qu'il aurait fait effort pour par mai, est en cours dans nos so·
savoir pratique », il travaille en fait d'une instance extérieure que la se « rééduTIer », s'étant mis par ciétés. Ce profond mouvement qui
pour les privilégiés; l'universalité pensée théorique - puisque c'est exemple à écrire avec des ouvriers bouscule toutes les habitudes men-
du savoir se trouve réduite en lui à d'elle qu'il s'agit ici de rappeler dans un journal de masses, mais tales a déjà fait perdre à la classe
servir le particulier. 2) Qu'il s'avise l'existence - reçoive la détermina- au contraire parce qu'il n'aura dominante une grande part de son
de cela, c'est alors qu'il devient à tion qui ferait d'elle une pensée ré- pas renoncé au travail théorique pouvoir idéologique : les idées do-
proprement parler un intellectuel et volutionnaire. Cette instance exté- (critique toujours, destructeur), et minantes de l'époque ne sont plus
il ne peut plus vivre que dans la rieure, ce sont les masses, oui, en qu'il aura maintenu dans ce les siennes, mais les nôtres. En ce
mauvaise conscience, laquelle le principe ; et à défaut (comme il ar· travail la vue selon laquelle, la sens nous vivons déjà sous un an-
conduit à chercher une bonne cons- rive), ce sera l'organisation qui dit révolution sociale ne faisant qu'un cien régime, dont la législation est
cience en dénonçant la société qui qu'elle parle au nom de masses. A avec la recherche du vrai (des- toujours en place, mais dont l'appa-
garantit ses privilèges : c'est sa l'encontre d'une telle démarche, truction du non-vrai), « il ne suf- rence de légalité même a disparu.
contradiction. 3) Il a, enfin, un véritable idéologie d'intimidation fit pas que la pensée recherche la Il est clair que le plus urgent (sauf
« capital idéologique » : le poids de secrétée par l'intellectuel classique réalité, il faut aussi que la réalité imprévu) est de précipiter la défaite
ses œuvres le tire en arrière. lui-même dans son ardeur autocri- recherche la pensée ». Par opposi- idéologique de la bourgeoisie. Elle
Que l'intellectuel ainsi décrit doi- tique, et qui lui retire à l'avance tion à l'intellectuel classique, créa- n'en sera pas vaincue pour autant,
ve se supprimer en tant que tel toute' perspective autre que celle de teur de biens culturels, « ingénieur mais réduite au moins à se défendre
(sans trop de pathétique: c'est sup- devenir le sujet, l'esclave ou le fi- des âmes », porteur de l'idée satis- à découvert. Mieux armés qu'aucu-
. primer l'insupportable contradic- dèle de l'Organisation, il faut affir- faisante, féconde, l'homme de l'exi- ne autre couche de la société pour
tion qu'il est) et qu'en Mai la néces- mer qu'une telle instance extérieu- gence communiste est l'homme por- le faire, c'est aux intellectuels que
sité en soit apparue clairement, on re n'existe pas; que la pensée révo- teur de l'idée dépossédante, qUi n'est revient la tâche d'abattre le décor,
ne peut qu'en tomber d'accord avec lutionnaire est sa propre instance ; grosse que de refus, de négation, de en sorte que place nette soit faite
Sartre, et s'étonner que Pingaud qu'aucune autre autorité que la dés-illusion, de dé-ception. S'identi- au véritable facteur historique : la
de la mauvaise conscience
lutte de classes. C'est là l'œuvre Mai aujourd'hui (leur redonner vigueur de besoins, tement conduire les désirs latents
de la pensée théorique. Son sens est de désirs ...). Cette aggravation his- de tous s'ils viennent à se mallÜes-
de préparer intellectuellement à la Venons-en à mai 1968. Pour Sar- torique des idées, heureusement ter - au refus de toute autorité, de
guerre civile si la résistance de la tre il n'y avait rien avant mai. Les constante, est ce qui tire du déses- tout ordre moral, de toute hiérar-
classe qui opprime oblige à la intellectuels qui ont participé au poir philosophique. Il en est ainsi : chie, de toute délégation de pouvoir
guerre civile. mouvement n'ont vu - vainement l'histoire fournit des moments où et de toute organisation en effet -
Pour être en mesure de jouer ce - en mai qu'une occasion de réali- s'abolit cette patience qui faisait bref. combien la fleur libertaire qui
rôle, l'intellectuel n'a pas à se cher- ser des idées qu'ils avaient prendre le mal en patience (ce n'est se prépare au cœur de l'idée com-
cher d'abord quelque justification « avant D. Pour Pingaud, mai ne pas que le mal n'était pas pensé muniste était plus près de montrer
extérieure ou morale que ce soit. fut qu'un moment avant et après comme mal avant cela). Quant à ses couleurs que nous ne l'imagi-
Il Servir le peuple D, il y a encore lequel les mêmes problèmes exacte- « l'échec » de mai qui serait dû à nions.
dans cet engagement dont la no- ment se posent, et la fidélité à mai son radicalisme, à son refus de l'or- Dans la lumière qui s'est faite
blesse est certaine un mouvement est impossible. ganisation (cf. Pingaud), il faut re- alors s'est dissoute la puissance d'in-
qui place à part du peuple. Il lui Il est vrai que nous ne sommes dire ceci : en raison même de ce timidation que l'Organisation pré-
suffit de ne pas se nier l'oppression pas nés en mai (sont nés en mai radicalisme, un futur éloigné, ce tendument dépositaire de l'idée ré-
qu'il subit, et qui, littéralement, ceux qui étaient en âge ou en état qu'il ne sera question de « réaliser » volutionnaire (et qui continue d'im-
ne ferait-il que parler, lui dérobe de naître, et c'est sans importance: à l'échelle de toute la société, que mobiliser les plus grandes masses)
sa parole. TI s'agit alors pour lui de ce qui donne sa jeunesse à la jeu- beaucoup plus tard, a été là préfi- faisait peser sur les esprits. C'est dé-
se libérer, lui : la pensée à laquel- nesse même, c'est la mise en doute guré, en un moment post-révolu- jà beaucoup. Il serait trop triste de
le il s'identifie. En ce sens la révo- de tout ce qui se présente comme tionnaire qui transforma l'idée en voir les intellectuels pressés par les
lution est l'affaire des intellectuels vrai, dans tous les ordres, et il ne quelque chose de vécu, l'événement fantasmes de la mauvaise conscien-
autant et plus que celle des travail- nous est pas donné d'en finir avec prenant valeur d'exacte prophétie. ce perdre à nouveau de vue que la
leurs. TI y a même dans l'exigence cette manière d'être). En mai, di- Non pas souvenir donc - et l'im- pensée théorique révolutionnaire
théorique quelque chose d'irréduc- sons-le en pensant à demain, non à mense plaisir que ce fut (nous avons est l'instance suprême et qu'ils en
tible qui n'appartient pas naturel- hier, nous sommes devenus des mi· été réalistes, avons demandé l'im- ont la charge, et réintégrer complai-
lement à la condition prolétarienne litants et avons tenté alors, avec possible et l'avons obtenu) compte samment les idéologies d'intimida·
(voir Prague à ses débuts) : d'où beaucoup d'autres, et selon nos pour peu de chose auprès de ce qui tion où ils ont été longtemps séques-
vient qu'une défaillance théorique moyens, de favoriser l'apparition de en fut l'inappréciable importance trés, laissant la théorie faire sans
est trahison, ce que ne peut être formes insurrectionnelles dans le actuelle. Mieux que n'eût pu faire eux son chemin de taupe aveugle
l'inertie des masses, l'absence du mouvement; il s'agissait de pousser aucune réflexion optimiste, mai dans le monde.
peuple. Tout ouvriérisme, tout po- les choses le plus loin possible dans nous a appris à quoi peuvent direc- Dionys Mascolo
pulisme sont encore des erreurs nées le sens de l'exemplarité. Quant à y
des fermentations de la mauvaise voir l'occasion de « réaliser nos
conscience. Et soit dit contre toute idées D, s'il n'en fut rien, c'est
confusion: il n'y a pas d'ouvriéris- d'abord que nous avons presque tou-
me dans notre volonté d'instituer jours été conscients que le mouve-
un pouvoir ouvrier. Le communis- ment n'en serait pas capable. Mais
me passant par l'abolition de la
division bourgeoise du travail, et
surtout, il ne s'agissait vraiment pas
de cela. (Et il ne s'agira sans doute 0.1. GOUtIAD
quelque minoritaire que soit appe-
lée à devenir la classe ouvrière" tant
jamais de cela. Dans aucune hypo-
thèse, peut-être, ces idées ne sont
Begel
qu'il existera un travailleur manuel, de celles que l'on « réalise D, mais OU la phIlosopbie de la erlse
c'est la classe ouvrière, c'est ce tra- bien plutôt de celles que l'on peut tZ,80r
vailleur qui décidera de toute l'or- seulement mettre en branle : un
ganisation de la société. C'est en
ce sens et uniquement en ce sens
commencement... Mais cela relève
d'une autre réflexion.) Dr D.W. \VIDIoon
(qui est aussi tout le sens du maté-
rialisme révolutionnaire) que nous
La fidélité à mai ne s'en impose
pas moins, pour la simple raison
BnmODDement et pr018SSB
avons Il besoin des masses D. Non que le travail de métamorphose de matuatlon ohell'eDlot
pour Il apprendre », mais pour nous alors amorcé se poursuit. Elle est 1O,70r
libérer, pour que soit admis ce que donc moins fidélité que présence.
nous savons déjà, ce que nous vi-
vons en pensée.
« Rien n'est comme avant D et
« tout est comme avant» sont deux
B08BBT.1I011i
Pour conclure : l'intellectuel clas-
. sique doit certes se supprimer com-
illusions. On peut bien dire que, phi-
losophiquement, mai n'a rien ap-
Les problèmes monétalres
me tel. Mais il ne peut éviter de le porté de nouveau. Aucune idée, au- internationaux
faire vainement, mystiquement ou cun concept politique inédit n'en au tournant des années 1970
servilement, et par suite révocable- sont sortis, notre outillage concep- al,80r
ment, qu'en agissant à l'inverse de tuel n'a pas changé, nos « idées »
ce. que lui indique la mauvaise
conscience : en affirmant l'autorité
sont les mêmes. Sartre a donc tort.
Mais Pingaud, qui lui donne tort, BBBTBUD BUIIBLL
intellectuelle de l'exigence révolu-
tionnaire, autorité sans pouvoir, exi-
infiniment plus. Car, historique-
ment, la nouveauté de mai est iné-
introduction
gence anonyme qui fait de celui qui puisable. Ces « idées» (c'est-à-dire à la pbilosopbie mathématique
l'a conçue l'égal du dernier des des rêves, des désirs, des besoins Zl,aor
hommes, sans qu'un fi: renonce- conceptualisés), l'événement est ve-
ment D intellectuel y soit néces- nu leur redonner une actualité, les catalogue sur deDWlde. au BdltlODS Pa,ot,
saire. remettre en vigueur comme jamais sentee QL 108. Boulevard IaiDt-8erma1D ParIs 1·

La Quinzaine UttâaIre, du 1er au 15 décembre 1970 15


SCIENCES

Jacques Monod:
par Jean Choay

Jacques Monod des séquences nucléotidiques aux sé- toujours fortuite car imprévisible, cerveau humain, n'échappe pas à
Le hasard et la nécessité quences peptidiques a nécessité la et parfaitement nécessaire car elle ce mécanisme. Sa performance ma-

1 Essai sur la philosophie


naturelle de la biologie moderne
Le Seuil éd., 224 p.
création d'un nombre important de
notions relatives soit à la structure
même du materiel génétique (gène
régulateur, segment opérateur, seg-
ment promoteur, opéron, codon)
est la conséquence du second prin-
cipe de la thermodynamique. La
nécessité physico-chimique est donc
la grande loi du règne vivant que
des coups de dés en nombre infini
jeure est la simulation, c'est-à·dire
le déploiement rationnel de l'imagi-
naire. Sa dimension propre est l'ex-
périence langagière dont les travaux
actuels des linguistes ont également
Le hasard et la nécessité, essai sur soit à la régulation de la transmis- créent de façon continue. montré le caractère fortuit. Le lan-
la philosophie naturelle de la biolo- sion (répresseur), soit à la traduc- gage a créé le monde humain en
gie moderne, est, en fait, l'histoire tion elle-même (messager, code gé- permettant une autre évolution,
de deux révolutions : l'une aiguë nétique). Cette machinerie se re- idéelle cette fois. Jacques Monod
et décisive, dans le domaine de la trouve, monotone, dans toutes les Une réponse suggère d'ailleurs l'intérêt qu'aurait
biologie, l'autre plus indécise, au cellules de tous les vivants et l'on affirmative l'application de règles de sélection
« Royaume» des idées. peut constater l'identité de leur à l'histoire des idées.
La première révolution dont J ac- type de molécules informationnelles, Le système de la biologie molécu- L'apparition des concepts et des
ques Monod fut l'un des principaux l'universalité. du code génétique laire a été construit à partir de énoncés de la biologie moléculaire
artisans, et dont il décrit superbe- comme ]a siniilitude de leurs gran- l'étude de la structure et du fonc- était déjà d'un grand intérêt. Leur
ment les conquêtes, les principes et des voies métaboliques. tionnement des organismes, parti- insertion dans une théorie générale
les objectifs, a transformé la biolo- Ces résultats n'ont pas manqué culièrement des plus simples d'entre darwinienne moléculaire est un
gie en une science constituée, déjà de soulever de profondes dificultés eux, les virus et les bactéries. Ces événement épistémologique de pre-
en partie théorique, à laquelle la d'interprétation; pour les lever concepts, articulations et règles sont- mière grandeur. La fin de la biolo-
qualification de moléculaire peut Jacques Monod, ainsi que d'autres ils extensibles à l'ensemble des phé- gie se doit d'engendrer de profondes
légitimement être attribuée. Mais biologistes moléculaires proposent nomènes de la biosphère, l'évolution hypothèses. François Jacob a dé-
cette qualification montre aussi à deux principes fondamentaux, véri- des espèces et l'émergence du cer- montré avec une extrême précision
quel point l'autonomi~, peut-être tables règles du système, on peut les veau humain en particulier? J ac- les mécanismes de recherche qui
même l'existence de la biologie est énoncer de la façon suivante : les ques Monod répond de façon absolu- ont abouti à un tel événement. La
menacée par les sciences de la molé- phénomènes biologiques sont réduc- ment affirmative à cette question : lecture de l'histoire de la biologie
cule, la physique et la chimie. tibles aux lois de la physico-chimie, l'évolution est causée par des modi- par Jacques Monod met en éviden-
donc régis par leur nécessité, ils ne fications chimiques du génome, ces ce trois grandes coupures : Mendel
sont cependant pas déductibles de modifications sont fortuites et elles découvre le véritable invariant bio-
ces lois car seul le hasard les a sont la conséquence de l'instabilité logique, l'hérédité; Darwin, le véri-
L'événement initial créés. Ainsi l'apparition des vivants thermodynamique moléculaire. table fondement de l'évolution, la
dans l'univers, loin d'être nécessai- Pour parvenir à une théorie de sélection naturelle ; Avery, Watson
L'événement initial fut la décou- re, est fortuite, fortuite également l'évolution, il doit introduire une et Crick donnent à la biologie molé-
verte, par Mendel, de la nature de leur constitution chimique et leurs nouvelle règle : c'est la sélection culaire son essor décisif.
l'invariant biologique, le matériel propriétés. On peut penser que naturelle qui choisit parmi les
génétique. Le système de la biologie d'autres molécules informationnel- structures apparues. En effet les
moléculaire s'est formé en analy- les, d'autres systèmes énergétiques modifications du matériel généti- D'un très grand
sant le fonctionnement cellulaire à ou d'autres - codes génétiques au- que provoquent des changements de
partir des caractéristiques physico- raient pu exister. On peut imaginer performance ou de téléonomie ; sont intérêt
chimiques de cet invariant. des « vies» à nombre de molécules seules retenues les performances
Rappelons-les brièvement. Chimi- essentielles plus bas ou plus élevé. les plus efficaces face au monde La théorie proposée par Jacques
quement, il est composé d'une ma- Mais l'imagination ne doit pas se physique et biologique. Jacques Mo- Monod est d'un très grand intérêt
cromolécule, l'acide désoxyribonu- débrider car tout système créé par nod réalise la fusion de la biologie car sa force de synthèse et sa vio-
cléique, constitué par une séquence le hasard ne peut fonctionner que moléculaire et de la théorie darwi- lence polémique sont telles qu'elle
de nucléotides dont les résidus de s'il en est physico-chimiquement nienne ; on assiste à la naissance de ne peut qu'être génératrice d'expé-
base sont de quatre types. Physique- capable. La nécessité reprend ses la théorie darwinienne moléculaire riences destinées à l'infirmer ou à
ment, deux de ces séquences com- droits imprescriptibles. de l'évolution. la confirmer, en particulier dans un
plémentaires sont associées en un Dans cette théorie toute téléono- domaine où le savoir biochimique
complexe bi-hélicoïdal non covalent; mie préétablie est exclue ; on cons- est encore insuffisamment avancé,
souvent dénommé double hélice. La propriété tate naturellement au cours de l'évo- la connaissance même du matériel
Biochimiquement cette double sé- lution une amélioration des perfor- génétique. Si paradoxal que ce puis-
quence est hautement signifiante, la plus spectaculaire mances et l'apparition de formes de se être la structure de ses enchaîne-
puisque l'ordre de succession des ré- plus en plus complexes et autono- ments nucléotidiques est peu élu-
sidus nucléotidiques est le support La propriété la plus spectaculaire mes, toutefois ce « progrès» n'est cidée, faute de méthode appropriée.
de l'information génétique. Elle est des organismes vivants, leur fina- qu'une conséquence de mutations La cartographie comparée des en-
capable; lors de la division cellulai- lité, nommée par Jacques Monod fortuites sélectionnées. L'émergence chaînements peptidiques d'espèces
re . de se reproduire, identique à téléonomie afin d'échapper à la des structures est toujours préala- voisines est loin d'être suffisante.
elle-même: c'est le phénomène dé- connotation liée à cette notion, ne ble à leur téléonomie. Ainsi l'évolu- Par ailleurs des enzymes aux cu-
nommé réolication. Par ailleurs elle constitue bien entendu pas une ex- tion des espèces, loin de constituer rieuses propriétés, capables de re-
programme l'ensemble des réactions ception à cette règle, on en trouve une exception au principe de Clau- monter l'information génétique
chimiques de la cellule; elle est déjà la trace au niveau moléculaire. sius en devient une manifestation d'un acide ribonucléique à un acide
donc capable de transmettre, sous La téléonomie de l'organisme est la puisque l'instabilité de l'invariant désoxyribonucléique semblent avoir
forme d'ordres, certaines des infor- résultante de tous les systèmes parti- est à l'origine des organismes que été détectées. Peut-être permettront-
mations qu'elle détient : c'est le culiers qui le constituent, comme leurs performances destinent à la ils d'éclairer le mécanisme de cer-
phénomène dénoIIimé traduction. eux elle est la fille du hasard et de sélection. tains changements de génome. Tout
L'étude de cette traduction, en réa- la nécessité. L'instable stabilité du L'apparition de la structure la un univers de fusion, de fragmenta-
lité transmission, de l'information matériel génétique est ~galement plus complexe de la biosphère, le tion, de délétion, s'ouvre, et cette

16
n'est qu'un accident
il n'est plus inséré dans un réseau tulat d'objectivité, cette éthique per-
de déterminations qui rendait sa mettant seule l'accès au «Royau-
présence déductible ; non seulement me » des idées.
il est inutile, mais plus grave enco- Son «Essai» provoquera main-
re il n'est qu'un accident. De plus tes polémiques, certaines inutiles :
cet accident n'est pas contraire aux les chrétiens ont toujours un « quia
lois de la physique et de la chimie. absurdum » possible. Les marxistes
Cette révolution suppose l'éradi· ont la possibilité de « lire » Jacques
cation d'une illusion fondamentale, Monod et d'y découvrir un matéria-
que nous appellerions volontiers an- lisme qui, pour être mécaniste, n'en
thropotélique, et qui consiste à fai- est pas moins rigoureux. Ils pour-

Jacques Monod nous rappelle que l'homme est enfoui


dans deux systèmes d'information, le matériel génétique
et le langage. Cette présence du langage empêche de
ressentir l'effroi de la solitude.

re de l'homme et de son esprit la fin ront ensuite dénoncer une nouvelle


de l'univers. Elle témoigne d'une philosophie non dialectique.
incapacité à assumer la disparition Au-delà de ces propos il faut ad-
du géocentrisme. Depuis le XIX· mirer sans réServe cette réussite
siècle cette illusion accapare la no- particulière de Jacques Monod; sa
tion d'évolution pour tenter de re- philosophie naturelle, aussi darwi·
trouver la quiétude de l'état pré- nienne soit-elle, ne l'a pas conduit
copernicien. à la nécessité d'un discours opéra-
toire, voire performant, il nous rap-
pelle très justement que l'homme
est enfoui dans deux systèmes d'in-
Une proie facile formation, le matériel génétique et
le langage.
Les religions sont bien entendu
une proie facile pour la « nouvelle
critique» de J. Monod. Les croyants
devront se convaincre qu'il est inu-
tile et vain de chercher la trace de Présence du
Dieu dans les brins de la double langage
hélice.
Les systèmes post-hégéliens de
Marx et de Engels ne sont pas da· Toutefois cette présence du lan-
théorie oblige les chercheurs à s'y la diffuse notion de « vie » la biolo- vantage épargnés. Leur projet gage et au langage empêche certai·
précipiter. Divers niveaux expéri- gie moléculaire a transformé la bio- n'était pourtant pas de lier l'hom- nement de ressentir l'effroi de la
mentaux sont envisageables : com· logie en une science comme les me à de vieux rites ou d'anciennes solitude. Les hommes sont dans le
prendre la chimie de l'évolution, la autres. paroles. Il visait au contraire à le discours et cherchent le vrai dis-
reconstruire par simulation, enfin Mais le coût de cette transforma- libérer, des contraintes qui ont re- cours. Penser avec Jacques Monod
si cela est concevable la réaliser tion est élevé car, la biologie concer- jeté une partie de l'humanité hors que cette.recherche doit partir d'un
artificiellement. Les travaux à venir ne tous les vivants, donc également du monde humain. Mais ce projet, postulat n'est-ce pas, au mieux ré-
parviendront peut-être à déterminer l'homme lui-même. De plus nombre par la médiation de la dialectique de tablir le point fixe que durant tout
la probabilité de l'improbable. de nos idées politiques, religieuses, la nature, n'a pas résisté à faire de un beau livre il a essayé d'écarter,
Mais que l'on ne s'y trompe pas, philosophiques, sont pénétrées d'élé- l'homme la finalité de l'univers. Les au minimum rétablir une tonalité
tout retour en arrière est désor- ments mal contrôlés provenant conséquences de ce glissement sont opératoire qu'il avait paru éviter. La
mais impossible. Ce nouveau systè- d'idées vitalistes pré-scientifiques. lourdes, et le refus par Lyssenko science pour la science qu'il nous
me a exorcisé les ombres qui pla- L'avènement d'une nouvelle bio- de l'invariant génétique est riche de présente est-elle déductible ou in-
naient séculairement sur la théorie logie, évanescente et pure, a pOur connotations galiléennes. Nous ajou- ductible d'une philosophie natu-
biologique. En effet, les notions de J. Monod, un corollaire nécessaire, terions que le renouveau d'intérêt relie? L'auteur laisse cette interro-
force vitale, entéléchie, orthogénèse, l'avènement d'une philosophie natu- pour le Engels de la dialectique de gation sans réponse. Ce n'est pas
dépassement, venues de tous les sec- relle, origine d'une véritable révolu- la nature est significatif. par hasard, mais par nécessité que
teurs idéologiques, religieux ou pro- tion intellectuelle. En effet le temps Pour assumer cette nouvelle le titre de son livre est tiré des pré-
gressistes, ont toujours supposé une est venu de mettre radicalement en conception, philosophique et natu- socratiques, c'est-à-dire du monde
organisation latente préalable à question la place de l'hoDllJle dans relle, de l'homme dans l'univers, des commencements.
l'émergence des structures. En les l'univers. L'homme non seulement Jacques Monod propose une éthique
éliIillnant et en mettant en question n'est plus le centre du monde, mais de la connaissance basée sur le pos- Jean C/way

La Quinzaine littéraire, du 1er: au 15 décembre 1970 17


F. Jacob et la "logique.,.,
par Jean-Paul Aron

1
François Jacob Auerbach avaient, les années pré- sible, au XVI~ siècle enchevêtrée et de la première femme ? Quel est
La logique du vivant cédentes, décrit des faits très pro- avec le monde inanimé, avec la na- le véhicule de cette filiation fabu-
Bibl" des sc. humaines ches sans en percevoir le sens. Tou- ture et les chimères, en un système leuse? L'œuf? La semence du
Gallimard éd., 354 p. tefois l'œuvre d'Hertwig n'est ren- qui enveloppe innocemment le fan- mâle ? Il y a des ovistes et des ani-
due possible que par son temps, seul tasme et le réel : « Le médecin, dit malculistes, il y a ceux qui croient
que les germes sont disséminés pri-
C'est une leçon d'histoire, et pas mitivement dans l'univers et ceux
.seulement des sciences, que nous qui tranchent pour leur emboîte--
donne François Jacob dans la plus L'apparition d'organisations supérieures intègre dans ment à l'intérieur des corps vi-
éclatante et la plus érudite vue d'en- vants. Mais ces disputes ne concer-
semble jamais prise sur l'évolution la nature vivante des composantes que la génétique des nent que l'accessoire. Le principe
de la biologie. D'emblée, la moder- bactéries n'explique pas: avec le sexe, avec la naissance est irrécusable; il répond à l'exigen-
nité de sa méthode s'affirme: à la et la mort, la vie a fait des bonds dont aucune fl logique ft ce fondamentale du système : le dé-
vieille glose idéaliste des progrès de cryptage de la vie. Or voici qu'au
la conscience, il substitue la repré- n'est parvenue jusqu'ici à rendre compte. Avec l'homme milieu du XVIIIe siècle, quand on
sentation des étapes du savoir, des et son histoire, il s'agit d'une autre affaire encore. n'a pas fini encore de s'invectiver
accents qui marquent pour chaque sur l'origine des germes, des om-
époque sa problématique originale, bres se glissent sous cette belle
des vérités comme des erreurs qui ordonnance. Des questions filtrent
cernent son profil épistémologique. armé pour prendre en charge des Paracelse, doit savoir ce qui est qui bientôt se transforment en pro-
Il n'est pas question de parcourir à données qui s'étaient déployées sans utile et nuisible aux créatures in- blème et modifient l'espace de la
rebours le cheminement de la rai- horizon autour de Prévost et Du- sensibles, aux monstres marins et connaissance : on va lui conférer
son vers son triomphe ultime. Il mas. C'est que le temps d'Hertwig aux poissons, ce qu'aiment et ce une épaisseur et découvrir derrière
s'agit de s'installer dans une longue est aussi celui de Flemming, de que détestent les animaux privés de le visible les processus de la vie.
durée, d'y voir converger des Boveri, de Van Beneden qui, de raison, ce qui leur est sain et maL- C'est la seconde figure : l'organi-
concepts apparemment hétérogènes, 1879 à 1887, expliquèrent la divi- sain. V oici sa culture concernant la sation.
de définir le système de leurs inter- sion chromatique, dans les cellules nature. Et encore? Les pouvoirs
Le savoir à présent procède d'une
actions. Surtout, il importe de met- somatiques et dans les cellules ger- des formules magiques, leur origine
double impatience: d'atteindre les
tre en évidence la discontinuité de minales ; c'est qu'il succède à peine et leur source, leur nature : qui est
structures fines des corps vivants :
ces conjonctures, de montrer l'émer- à celui de Claude Bernard par qui Mélusine, qui est Sirène... » L'âge
le tissu, puis la cellule ; de trouver
gence de nouveaux systèmes où l'expérimentation s'est imposée en classique commence à mettre de
d'autres rapports se nouent entre biologie non pas telle une technique,
à cette unité morcelée un principe
l'ordre dans ce visible, débarrassant
d'unité. Le vitalisme, souligne Ja-
les secteurs particuliers de la scien- au demeurant connue de longue les vivants de leur chape d'analo-
cob, se pose de ce fait contre l'ani-
-ce globale. date, mais comme une modalité de gies et de similitudes afin de les ré-
misme. Celui-ci venait relayer le
la recherche, une démarche inhé- soudre dans leurs lignes et leurs sur-
mécanisme en lui empruntant ses
rente à son objet et indissoluble des faces apparentes. D'où plusieurs
sous-entendus ; celui-là marque l'ir-
concepts. avenues de la science de la vie, par-
Structures d'accueil fois opposées et cependant conver-
réductibilité du vivant à la matière.
Il vient par conséquent appuyer
gentes dans la constitution du sys-
l'analyse qui accède aux profon-
La découverte en biologie est, Poupées russes tème : au XVIIe siècle, le mécanis-
deurs de l'organisation, non pour
telle quelle, toujours précaire. Spal- me, la machinerie des poulies, des
l'identifier à la nature inorganique
lanzani, dès 1785, révèle le rôle de Suivons à présent dans StiS leviers, des essieus qui composent
mais pour lui arracher ses secrets
la liqueur séminale du mâle dans la rythmes h<lurtés l'aventure de l'hé- l'économie vitale; au XVIIIe, l'ani-
fécondation de l'œuf de grenouille. rédité. De la Renaissance à nos misme, son contraire, l'activité mlel- spécifiques.
En 1824, Prévost et Dumas affinent jours, on la voit changer de dimen- ligente et bienveillante, impalpable Dès avant 1830, l'organisation,
l'expérience de Spallanzani et dé- sion, de formes, de perspective. A et inssaisissable, ne se révélant à unité du multiple, éclate dans sa
montrent une fois pour toutes la chaque tranche historique corres- l'œil nu que par ses productions définition statique. L'espace ne sau-
fonction des « animalcules », des pond une figure du savoir : un espa- merveilleuses : la ruche des abeilles, rait plus suffire à en exprimer l'au-
« zoospermes» de la fécondation. ce qui, de proche en proche, se creu- la géométrie de ses alvéoles... thentique complexité. Celle-ci, indi-
Il faut pourtant attendre 1875 pour se, s'approfondit, du visible au Ce système se donne les maté- que Lamarck, se réalise à travers le
que celle-ci soit, par Richard Hert- moins visible, jusqu'aux régions riaux de sa cohérence : une classi- temps. La géologie du XIXe siècle
wig, analysée dans sa contexture d'abord construites par la pensée, fication, des espèces aux \raits ·bien apporte à la biologie une contribu-
proprement scientifique. Ce n'est faute d'apparaître" aussitôt à l'expé- saillants permettant d'inventorier tion décisive : la terre a ses âges
pas seulement l'usage inédit d'un rience sensible. Si bien que l'histoi- la vie sans rien laisser au hasard ou propres recoupant ceux de la vie. A
matériel commode (l'œuf d'oursin) re de la biologie ressemble à un jeu à l'ignorance; une « embryologie D Darwin il appartenait, souveraine-
ou l'élucidation de phénomènes in- de poupées russes emboîtées les unes qui va chercher dans l'infiniment ment, de débrider le temps biolo-
connus (la fusion des deux noyaux dans les autres. Derrière chaque petit, dans l'invisible absolu la cer- gique, de le livrer à son impulsion
parentaux) qui constituent i'apport organisation s'en dissimule une au- titude d'une visibilité future : c'est irrésistible, d'abolir toute limite à
d'Hertwig à la biologie cellulaire, tre : « Au-delà de chaque structure la préformation, la théorie du ger- son pouvoir de transformation.
mais sa relation spécifique à- une accessible à l'analyse finit par se me, miniaturisation de la forme ac- Cette mutation de paramètre était
pensée ambiante, à un réseau révéler une nouvelle structure, d'or- complie, portant en soi les germes nécessaire à l'instauration de la
d'écoutes et d'échos. Sans doute la dre supérieur qui intègre la premiè- de sa descendance. Miniatures de troisième figure du savoir : le gène,
part du créateur, pour autant, n'est- re et lui confère ses propriétés. » miniatures, quelle taille avaient ambigu, facteur de la stabilité héré-
elle pas négligeable : Bütshli et Première figure, la structure vi- donc les germes du premier homme ditaire et de la variation. La pensée

18
.
du vivant ~

fait ici un saut périlleux : le rap- Constellations


port n'est plus du caché au visible,
car ce qui est caché n'est que pro- épistémologiques
visoirement ou artificiellement dé-
robé à l'observation directe. La L'originalité de l'entreprise de
structure génétique, de Mendel à Jacob consiste dans la mise en place,
Morgan, est hétérogène à tout sys- face à chaque figure, de véritables
tème apparent. Certes, on peut, sur constellations épistémologiques où
les chromosomes du noyau, repé- se rencontrent des problèmes, des re-
rer des éléments correspondants au cherches, souvent fort éloignés à
gène. Néanmoins, celui-ci, plus l'intérieur de la biologie, mais aus-
qu'une organisation spatialement si d'autres sciences, d'autres techni-
définie, est une unité de fonctionne- ques qui ont, directement ou indi-
ment. Réelle, à travers ses effets. rectement, influé sur ses développe-
ments. Sans doute ces ensembles
Au cœur même de la structure s'enrichissent-ils au XIX' siècle,
du gène se construit depuis deux après que la biologie se fut consti-
décennies la biologie moléculaire : tuée en science autonome. Mais
quatrième figure. En investissant déjà, à l'âge classique, les référen-
l'espace de la configuration généti- ces à la géométrie cartésienne, à la
que, elle éclaire son fonctionne- mécanique newtonienne situent la
ment. Et l'intégration de cette phy- biologie dans une configuration qui
siologie et de cette cytologie s'effec- la déborde de tous côtés. Vers le
tue par l'intermédiaire de la physi- milieu du XIX' siècle, cette syn-
que et de la chimie. Le gène est un thèse interdisciplinaire occupe une
long polymère d'acide désoxyribo- part imposante de l'ouvrage : les
nucléique (A.D.N.) formé de deux passages consacrés à la géologie de
chaînes enroulées en hélice, comme Lyell, à la chimie de Liebig, à l'ana-
l'a montré Watson, l'une autour de lyse statistique de Boltzmann et de
l'autre. Cette molécule géante Gibbs, et au XX, siècle, à la cyber-
contient le programme de l'hérédi- nétique, à l'informatique, à la chi- à laquelle F. Jacob attache une d'intégrations en intégrations, jus-
té : elle le transmet par des messa- mie ou à la physique des polymères signification privilégiée au· début qu'à la biologie moléculai~e, prolo-
gers chimiques à des unités protéi- font éclater toutes les frontières et du XIX' siècle, de la création du gue à d'autres intégrations. Ici on
ques logées dans le cytoplasme : rompent définitivement l'isolement Museum d'histoire naturelle? La ne peut se défendre d'une légère
20 acides aminés qui vont consti- de la biologie. biologie, à l'instar des sciences hu- suspicion: Jacob n'introduit-il pas
tuer les agents (protéines-enzymes) maines, est inséparable des institu- subrepticement une finalité de la
de toutes les réactions biologiques Une question se pose alors: où tions peut-être parce qu'il y a entre raison, ne lui prête-t-il pas une·nou-
requises par le programme généti- fixer les limites d'une telle constel- ces divers visages de l'organisation velle fonction transcendantale : la
que. Pour instruire ces unités, la lation? Il s'agissait évidemment un peu plus qu'une identité lexico- régulation d'une complexité qu'elle
structure nucléique utilise un véri- pour Jacob d'utiliser ceux des logique. s'est efforcée, dans son évolution, à
table code. Chacune des séquences concepts « étrangers» qui étaient contrôler et à systématiser peu à
d'A.D.N. se compose de sous-élé- intel'Yenus plus ou moins explicite- peu?
ments, les nucléotides qui ne peu- ment dans la problématique des Ordre et savoir
vent être que de quatre sortes dif- êtres vivants. Cependant, au XIX' Le sexe et la mort
férentes. Ils s'organisent trois par siècle, les liens de la biologie avec Dans l'introduction, puis à la fin
trois en triplets (ou codons) d'infor- l'économie, la sociologie, la démo- du livre, Jacob éclaire le sens pro- Pourtant, l'omniprésence dans
mation. Les messagers sont de trois graphie sont évidents et opératoires. fond du titre : La logique du vi- l'univers de systèmes codifiables ne
espèces : un messager transcrip- Faut·il rappeler, d'autre part, que vant. C'est une combinatoire, la co- préjuge pas de leur contenu spéci-
teur, portant les informations de l'endocrinologie sexuelle qui tint, hérence des éléments dans un sys- fique. L'apparition d'organisations
l'unité nucléique aux granules cyto- pendant plus de cinquante ans, une tème dont ia grammaire génétique supérieures intègre dans la nature
plasmiques à partir desquels sont place capitale dans la physiologie est actuellement le modèle le plus vivante des composantes que la gé-
fabriqués les protéines-enzymes. De générale n'institua son domaine accompli. Mais c'est toute forme nétique des bactéries n'explique
ce texte transcrit, un messager tra- qu'après que Freud eut publié ses d'agencements déchiffrables, quand pas : avec le sexe, avec la naissan-
ducteur, chargé à la fois de l'alpha- premiers travaux sur l'instinct Jacob écrit que « toute une série ce et la mort, la vie a fait des bonds
bet de l'A.D.N. et de celui des pro- sexuel ? Enfin, à l'ère de la sémio- de structures biologiques, les poly- dont aucuné « logique» n'est par-
téines, va collecter les acides ami- logie, et lors même qu'on n'hésite mères, les membranes, les organites venue jusqu'ici à rendre compte.
nés : il y a un messager traducteur plus à formuler en termes de lin- répartis dans la cellule ont aussi Avec l'homme et son histoire, il
pour chaque acide aminé. Enfin un guistique la structure du code géné- leur. logique interne» (p. 325). s'agit d'une autre affaire encore.
messager fabricateur qui adresse tique, doit-on se taire sur cette rela- C'est sans doute le principe de tout Jacob n'exclut pas que les systèmes
aux granules cytoplasmiques le plan tion privilégiée ? Il est à souhaiter système, comme « celui qui régit ainsi échafaudés ne soient déchif-
de synthèse des protéines. La cellu- que dans le sillage de Jacob le des programmes complexes, le dé· frables en d'autres langues mais la
le est une usine de montage où s'é- champ de l'histoire des sciences veloppement d'un mammifère par lecture biologique en est impossible
difient, de la bactérie à l'homme, s'ouvre toujours plus largement et exemple», et qu'on ignore encore car le texte du code n'est pas, en
l'ensemble des appareillages produi- qu'elle renonce du même coup à (p. 334). C'est donc à l'instauration l'homme, réductible aux textes déjà
sant, contrôlant et ajustant, à quel- ses dernières pudeurs, au sentiment de telles logiques que tend la vie, décryptés. C'est sur cette constata-
que degré de complexité que ce soit, d'une indiscrétion de l'histoire so- et à la reconstitution de leur avène- tion, et j'avoue m'en réjouir, que
les régulations des organismes vi- ciale ou culturelle à son égard. Com- ment que s'essaie à son tour l'his- se ferme ce livre majeur.
vants. ment disjoindre l'œuvre de Cuvier, toire de la biologie qui s'est élevée, lean-Paul Aron

La Qghmdne UtUnlre, du 1er au 15 décembre 1970 19


Hélène WoIfromm et
l·a sexualité féminine
1
Hélène Michel W olfromm elle tapait un chapitre de son livre comment la mère de Béatrice, lui a
Cette chose-là à la machine, puis on jouait au tout expliqué lorsqu'elle eut douze
Grasset éd., 392 p. portrait chinois, à la charade, ou on ans :
se baignait dans l'eau glacée de « Tu as dans le ventre une oran-
l'Eure. C'était un personnage fié- ge creuse qui contiendra un jour un
Parce qu'elle était genereuse de vreux, jamais détendu, à moteur. enfant. C'est l'utérus. Il est attaché
son temps, débordante de vie, et s'in· Elle avait une énergie incroyable, aux deux ovaires par deux canaux,
téressait passionnément aux gens, un courage énorme... » Elle fumait deux espèces de macaronis terminés
le Docteur Hélène Michel-Wol- beaucoup, buvait beaucoup, parlait par une main. Ce sont les trompes.
fromm ne s'est pas contentée de beaucoup. Elle donnait beaucoup L'ovaire est une amande qui chaque
soigner ses clientes, elle a voulu les aux autres et leur prenait beaucoup. mois pond une perle. Quand la fem-
comprendre, ce qui lui a permis C'était un personnage excessif. me embrasse un homme de très
souvent de les guérir... Morte à cin- Pourtant, elle savait écouter ses près, la perle rencontre un petit
quante-cinq ans en avril 1969, d'un malades pendant des heures, même têtard et ça fait un enfant. »
cancer du poumon, Hélène W 01· si elle ne résistait pas, ensuite, à Plus qu'une véritable éducation
fromm laisse un des meilleurs livres l'envie de leur parler d'elle. « C'é- sexuelle, Hélène W olfromm propo-
qui ait été écrit en France sur la tait une psychothérapie efficace en se aux parents de créer un climat
sexualité féminine. fin de compte. Elle avait l'air de favorisant la sexualité : « Entourer
Elle a créé en médecine une nou- dire : « finalement on est toutes les enfants d'une tendresse sensuel-
velle spécialité : la gynécologie psy- contre la psychanalyse. Elle a pris pareilles. » Les femmes qu'elle soi- le, leur inspirer le goût des baisers,
chosomatique, qu'elle a enseignée à un chemin très novateur. Les mi- gnait ne voulaient pas aller voir un des caresses, du contact de .la peau,
de nombreux élèves. Elle a été, avec lieux officiels lui étaient hostiles psychanalyste. Elles avaient besoin me paraît la seule pédagogie effi·
le Dr Lagroua WeiH-Hallé, une des ou bien ne la prenaient pas au sé- d'une explication et d'un modèle... cace » écrit-elle.
pionnières du planning familial. Ses neux. » Elle savait écouter et d'autre part Bien qu'elle se soit insurgée très
malades l'adoraient, et son bureau Amie et collaboratrice d'Hélène se proposer. Sur le plan de la psy- tôt contre la loi de 1920 « qui
était tapissé de photos de bébés que Wolfromm depuis 1955, le Dr Gil- chothérapie médicale quotidienne, confond avortement et contracep-
lui envoyaient les femmes qu'elle berte Steg, qui assistait à toutes ses elle apportait quelque chose de posi- tion », et qu'elle ait aidé ses mala-
avait guéries de leur stérilité. Ses consultations à l'hôpital Broca, ra- tif. Le fait d'être trop excitée, trop des à prendre des mesures contra-
nombreux amis, écrivains, méde- conte : « Elle disait qu'elle servait bavarde, de s'exposer trop avait ceptives, dix ans avant la fondation
cins, psychanalystes gardent d'elle de « poubelle ». Les médecins lui quelque chose d'utile, son agitation du Planning familial, Hélène W 01-
le souvenir d'une personnalité ex- envoyaient toutes les femmes qui ne rassurait beaucoup de gens » dit le fromm pense qu'il faudra plusieurs
ceptionnelle. guérissaient pas ou ne voulaient Docteur Serge Lebovici, psychana- générations pour que les femmes
Très douée pour les études, tra- pas guérir. Elle les examinait très lyste. acceptent d'être libérées par la
vailleuse, Hélène passa facilement sérieusement, son temps n'était pas Ayant constaté que les deux tiers contraception.
l'externat et fut interne à vingt- limité. Elle les laissait parler jus- de ses patientes venaient consulter « L'espacement des naissances
trois ans. Elle aurait pu faire une qu'à ce que leur problème apparût. pour frigidité, Hélène W olfromm n'est qu'une mesure d'hygiène.
carrière officielle. A cette époque Elle les revoyait plusieurs fois. s'étonne de « l'inaptitude au plaisir Trop rationnelle, elle ressemble à
elle rencontra François Michel, Elle était toujours disponible. Elle de notre civilisation », et tente de la diététique : la contraception est
beaucoup plus âgé qu'elle, banquier, s'est intéressée tout de suite à la définir dans son livre, ce « nouveau à l'amour ce que le régime est à
riche, intelligent, plein d'esprit. personnalité totale des malades. Elle mal du siècle» en se basant sur l'art culinaire. La contraceptio11l est
Rompant avec sa famille et son édu- a démontré que les gens qui ve- l'observation de 1 656 cas. une politique à trop long terme. Elle
cation puritaine, Hélène épousa naient consulter pour une maladie, Selon elle, les femmes frigides ap- aggrave les troubles sexuels autant
François Michel qui fut, jusqu'à la venaient pour autre chose. La mala- partiennent le plus souvent à la pe. qu'elle les améliore. Exercer une
fin de sa vie, son grand amour... die n'était qu'un prétexte, un appel tite bourgeoisie. Une sur quatre bonne contraception n'est pas signe
Son mari ne voulait pas d'une au secours. Elle faisait du Balint travaille dans :un bureau. Elles re- d'équilibre psychique comme je le
femme dévorée par son métier, elle avant l'heure. Elle a d'ailleurs noncent à leur métier plus souvent croyais autrefois. D'affreuses obsé-
ne se présenta pas à l'oral du connu Balint par la suite et ils se que' les autres. La plupart ont une dées apportent des courbes de tem·
concours d'assistanat des hôpitaux. sont beaucoup appréciés... » légère tendance à l'homosexualité et pérature impeccables, n'oublient ja-
François Michel, Israélite, dut se ré- « Hélène Wolfromm avait une semblent plus attachées à leur mère mais diaphragmes ni pilules. De
fugier en zone libre en 1940 et vitalité et une puissance de travail qu'à leur père. Leurs partenaires charmantes filles, brillantes de fan-
gagna l'Algérie. Hélène le suivit à considérables, et elle savait aussi sont en majorité des techniciens. taisie, commettent hélas! quelques
Alger où elle s'engagea comme mé- jouir de l'existence et de tout ce Elles ont eu une éducation sexuelle négligences. Mais le contrôle des
decin sous-lieutenant de l'Armée de qu'elle pouvait apporter », dit d'elle désastreuse ou nulle. naissances permet aux femmes une
l'Air et des Forces combattantes. son amie Marianne Basch, gyné- Ignorantes de leur anatomie, ha- prise de conscience de leur réel dé-
Après la guerre, elle revint à Paris, cologue. bitées par la peur et l'angoisse, sir de maternité », écrit-elle.
et commença à exercer. François-Régis Bastide qui la « neuf femmes frigides sur dix ont Contraception, éducation sexuel·
Est-ce sa rencontre avec Jacques connaissait bien la décrit amsi : reçu une éducation sexuelle déplo- le, plaisir, amour, mariage. Tous
Lacan pendant les années 50, ou cet « C'est une Sagittaire, fantastique- rable » affirme Hélène W olfromm. ces mots recouvrent une réalité
élan chaleureux qui toujours l'avait ment passionnée, ardente, détestant Il y a les pères qui imposent des complexe. Le grand mérite du livre
portée vers autrui? Très vite Hélè- les demi-mesures et l'éau tiède. Elle interdits très stricts, mais susurrent d'Hélène Michel-Wolfromm est de
ne Michel·W olfromm choisit de ne passait pas une seconde à rêver, à leurs filles des conseils libertins nous révéler comment ces notions
pratiquer 'une médecine que l'on et travaillait tout le temps. Dans son très détaillés ; il y a les parents exhi- maniées si souvent de façon abstrai-
appelle maintenant psychosoma- moulin à Tachainville, près de bitionnistes qui se promènent nus te par les législateurs, les moralistes,
tique. Chartres, où elle passait tous ses devant leurs enfants; il Y a les les médecins et les « spécialistes »,
« Mais à cette époque », explique week-ends avec son mari et des mères bien intentionnées qui croient sont vécues de l'intérieur par les
"son frère, René Wolfromm, Profes- amis, elle entraînait tout le monde tout résoudre en faisant à leur fille femmes.
seur à la Faculté de Médecine, « la dans d'incessantes activités. Le ma- un petit cours de sexologie poéti-
médecine française classique était tin, elle jouait au tennis, ensuite que... Hélène W olfromm raconte Anne-Marie de Vilaine

20
HISTOIRE

Mort de la me
1
William L. Shirer révolutionnaires était ici limités vertie, que les généraux et les tech- ver des animaux enfermés danS un
La chute de la Ille République dans le temps, gangrène ou pustule niciens militaires, mis à part des zoo, prisonniers de barreaux symbo-
Stock éd., 1 047 p. sur l'histoire de l'Allemagne; l'ef- exceptions détestées et connues liques qui sont autant d'institutions,
fondrement français remonte plus (plus connues ensuite d'ailleurs!) de croyances figées, de peur. L'op-
avant et il met en cause la vie so- s'étaient enfermés dans un créti- position entre la France et l'Alle-
«- V oyons, mes enfants, il y ciale de ce pays depuis le Second nisme bureaucratique, mortel pour magne en 1940 n'est pas seulement'
a des canons, du matériel, reprenez Empire. On serait tenté de dire que l'existence du pays, que nombre de celle de deux régimes : elle est celle
la lutte! ce régime ne s'est jamais relevé de politiciens cédaient aux tentations d'un pays où l'industrialisation en·
- Mon colonel, on veut rentrer l'écrasement de la Commune, qu'il de l'ennemi, pour ne pas dire plus.. traîne la violence et une paranoïa
chez nous pour reprendre notre pe- paie en 40 les crimes de M. Thiers, Son analyse ou sa relation consti- rationnelle de la puissance, et d'un
tit boulot. Ce n'est pas la peine que sa vie apparemment ordonnée tue donc un réquisitoire et apporte autre qui ne parvient pas à entrer
d'essayer: il n'y a rien à faire! On n'a été qu'une succession de compro- nombre de pièces au procès déjà en- dans la vie moderne. S'agit-il de
est perdu! On est trahi! »... mis. La vie de la République relève tendq. dans la plupart des esprits : chances perdues ? On dirait plutôt
Quand le « brave colonel Costal » ici davantage de la sociologie que le petit soldat qui à Sedan assurait que l'Europe s'effondre dans l'op-
reçoit cette réponse de ses « en- de l'histoire. que l'Armée était trahie ne se trom· position de deux nations qui affron·
fants », non loin de Sedan, le 14 La première partie de son .livre pait pas. Il se trompait seulement tent le XXe siècle à reculons !
mai 1940, les blindés nazis fran- est la moins fmte : on y évoque l'af- en pensant qu'il allait retrouver La description de Shïrer, après
chissent la Meuse sans rencontrer faire Dreyfus, le scandale de Pana- son « petit boulot » - et la France d'autres mais avec une lucidité et
de résistance. On attendait l'ennemi ma, les contractions d'énergie de 14 « des coteaux modérés ») ... une documentation supérieures, re·
à l'Ouest (comme en 1914), mais mais ce sont des événements, des Le passé est fait de chances per- late un effondrement, une rupture
Guderian lance ses chars vers la anecdotes : la réalité est ailleurs, dues, on le sait. Il faut en prendre dans l'écoulement historique: avec
Manche par les Ardennes : il re- dans les profondeurs non analysées son parti. Après coup, ce qui a été l'armée les structures sociales s'ef·
doute une contre-attaque. La plus de la société d'un pays qui a man· nous apparaît sous la couleur de ce fondrent en 1940, dans la dérision
forte armée du monde s'effondre qué déjà une révolution et s'est qui aurait dû être : si le général et la trilhison. La destruction des
comme un château de cartes. enlisée dans le confort et l'oubli du Hunziger avait contre-attaqué dans régimes (régime tzariste, régime
Quand une armée s'effondre de temps. les Ardennes au lieu de faire dé- Tchang Kai-chek en Chine) ne se
cette sorte, c'est qu'un régime poli- Les historiens professionnels (pas manteler les fortifications et de ter· fait pas autrement.
tique et social se disloque avec lui. tous, il est vrai !) n'aiment pas les giverser bassement, si Gamelin Le problème est moins historique
Clausewitz l'a dit voici bien des journalistes qui écrivent l'histoire avait su prendre une décision au que social : comment se fait-il que
années. William Shirer entreprend récente. Ils préfèrent, pour leur lieu de s'enfermer dans une schizo- le régime de Pétain, celui de la IVe
donc en-deçà de l'histoire de la dé- part, reconstruire un passé avec le- phrénie autoritaire et endormie, si République et celui de la Ve aient
faite de 1940 l'analyse de la Ille Ré- quel nous n'avons plus d'attaches. Blanchard avait pu contre-attaquer prolongé une société apparemment
publique. Shirer n'échappe pas à cette hargne. de Belgique... Avant ces « si ) tar- détruite? Comment se fait-il que
Shirer est un journaliste améri· N'a-t-il pas le front d'utiliser les difs, d'autres « si») apparaissent : la société française ait secrété les
cain venu très jeune en France, documents dont l'effet de choc n'a l'intervention dans la Ruhr réoc- bacilles d'une survie ou d'un pro-
comme ces autres intellectuels amé- pas diminué sur nos contempo- cupée, la défense de l'Autriche, de longement?
ricains qui s'appelaient Hernin- rains? la Tchécoslovaquie, l'acceptation On comprend mieux la crainte
gay, Miller, ses aînés. Le pays le Cette histoire directe et vécue des conditions soviétiques avant le toujours renouvelée des spécialistes
touche, il y reste vingt ans. Peu de porte un accent puissant : elle dé- pacte, tout cela aurait pu freiner du maintien de l'ordre en France :
temps avant la guerre, il part com· borde le cadre de l'histoire, apporte l'invasion nazie. Shïrer le sait bien ils pressentent que le plancher de
me correspondant, pour Berlin. De à l'analyse sociale et plus générale- qui a décrit dans son précédent li- la barque .n'est pas sûr et que l'en·
près il suivra l'évolution du Reich ment humaine un accent et une vre les hésitations et les angoisses semble de l'édifice repose depuis
hitlérien, accèdera aux archives force insoupçonnée. S'ordonnent de Hitler et de ses généraux. 1940 sur du vide.
après la défaite et tirera de son ex- alors les souvenirs, les angoisses, les Examinant le comportement des Jean Duvignaud
périence un livre devenu classique égarements. En ce sens, Trotsky di- hommes politiques et des techni·
(du moins pour quelques années) : sait, en parlant de la Révolution ciens militaires, Shïrer paraît obser· (1) Stock, éd.
l'Ascension et la chute du Ille soviétique, qu'il est impossible
Reich (1). d'échapper aux « affirmations im-
Retenons ces titres : Chute du plicitement normatives ». Qui, d'ail-
Ille Reich, Chute de la Ille Répu- leurs y échappe, sauf à sortir de
blique. Optique profondément enra- notre « culture » ?
cinée depuis la guerre dans le « nou- Le récit que fait Shïrer de la

D
veau monde 1) : les grands empires guerre de 1940 est saisissant. C'est
s'effondrent (ajoutons-y le Japon) ]a meilleure partie du livre. Il
et les U.S.A. prennent en charge le connaît la réalité française non seu-
destin moral de l'humanité. lement par sa présence à Paris, de
Shïrer n'est pas un moraliste. Il temps à autre, mais surtout, de l'au-
dédaigne l'impérialisme. Il constate tre côté de ]a barricade, par les té-
simplement - et tente de compren· moignages allemands et les attitudes
dre comment la Ille République qui ou croyances de l'ennemi. Et ce
a pu gagner la guerre de 1914 glisse qu'il sait ne passe pas toujours di-
lentement vers la désagrégation de rectement. Il lui faut, par courtoisie
1940. sans doute, sinon ruser, du moins
Son analyse n'a pas toujours la biaiser.
vigueur qu'on trouvait dans son étu· Ainsi, il lui faut faire entendre
de sur le Reich hitlérien. L'appari- que la presse française d'avant 1940
tion de Hitler, l'effondrement des
(lIasses «libérales» et des partis
dans sa presque totalité était une
presse corrompue ou du moins pero
EF FLAMMARION
La Qufimalne Uttéralre, du les: au 15 décembre 1970 21
THilATRE

"1789~~, "la Mère~~


1789, la Révolution perfection du Bonheur ». a pris la Bastille.• Mais; disent 1er au cœur et à l'esprit, à conci-
doit s'arrêter Pourquoi, en sous-titre, cette les comédiens, c'était une façon lier divertissement et réflexion

1à la perfection du bonheur
Piccolo Teatro, Milan.
(Théâtre du Soleil)
citation de Saint-Just? Parce
que le 17 jui Il et 1791, avec la
fusillade du Champ de Mars,
• la Révolution est finie D, mal-
gré une dernière tentative in-
de raconter l'Histoire. Nous en
avons choisi une autre. D Toute-
fois, dans 1789, l'Histoire n'est
qu'un prétexte parce qu'elle est
la matière dans laquelle l'hom-
sans que jamais l'un ne gêne le
plaisir de l'autre?
Hélas! vous ne verrez peut-
être pas 1789 : après Milan, la
difficulté de trouver un lieu adé-

I
Witkiewicz
La Mère consciente de jouer à jouer par me essaie de s'inventer son che- quat, tout sauf un Théâtre, et
Théâtre Récamier • l'aristocratie des riches qui a min. Et l'homme, qui suit aussi aussi la peur du risque de quel-
remplacé l'aristocratie des no- vite qu'il le peut le cheminement ques directeurs, habituellement
Edward Bond bles D. Le jeu théâtral est ter- de l'Histoire en marche, ne peut « concernés par ce genre de

1
lO

Demain la veille miné: déjà Marat annonce l'iné- tout au plus que s'arrêter de spectacles, fait que pour l'ins-
T.N.P. vitable guerre civile, déjà Ba· temps à autre. pour se confron- tant le Théâtre du Soleil n'est
beuf en appelle à la révolution ter à son passé. Une révolution assuré que de six contrats en
du peuple pour le peuple. Et les qui réussit est une révolution France! Eh quoi, la Cuisine, le
Un praticable rectangulaire lumières s'éteignent à moitié au manquée : elle frustrera un Songe d'une Nuit d'Eté, les
ouvert à deux angles opposés, Palais des Sports de Milan, où, grand nombre d'espérances con- Clowns, qui ont constitué les
cinq aires de jeu principales si- à l'invitation de Paolo Grassi, fusément entretenues dans un étapes nécessaires à l'élabora-
gnalées par des toiles de fond directeur du Piccolo Teatro, le difficile mais nécessaire et tion et à la réussite de 1789,
amovibles, deux fausses coulis- Théâtre du Soleil vient de créer permanent dépassement. seraient déjà oubliés? Specta-
ses apparentes avec leurs patè- triomphalement, devant un pu- Le Théâtre du Soleil, par une teurs, avec 1789, vous pourriez
res et tréteaux supportant une blic jeune et étonnamment atten- série d'actions présentées se- de nouveau avoir la parole. Pro-
centaine de costumes, des ma- tif, 1789. C'est, dans la perspec- lon des formes, des esthétiques fitez-en ! Sinon vous manqueriez,
rionnettes et des accessoires tive historique choisie par les et des techniques différentes, et ça serait dommage pour vous,
divers, l'ensemble délimitant un comédiens de la Compagnie, qui qui vont de la parodie débridée un très grand spectacle!
parterre dans lequel les specta- ont conçu cette création collec- à la stylisation efficace, raconte
teurs sont invités à se déplacer tive à partir de citations inté- la Révolution de 1789 depuis la
librement au gré de leur envie grées à leur dialogue, le com- convocation des Etats Généraux, cc La Mère))
et des péripéties d'une action mencement de la fin d'un vieux avec une fidélité réelle mais en
jouée, durant deux heures tren- monde qui vient de tisser son ne manquant jamais de donner, C'est une vue autrement pes-
te, par vingt-sept comédiens et linceul. Et c'est aussi pour les en contre-point, la position de simiste de l'Histoire que nous
musiciens, tandis que ceux qui « sans-culottes manipulés par
lO, la Compagnie face à l'événement propose Witkiewicz avec la
souhaitent plus de confort peu- des révolutionnaires en perru- brut, ce qui permet aux specta- Mère, première pièce jouée en
vent s'asseoir sur les gradins ques, le commencement de la teurs de rejoindre l'Histoire d'au- France de cet auteur polonais
aménagés à l'extérieur du lieu prise de conscience, le réveil jourd'hui. La participation active qui s'est suicidé en 1939 pour
scénique, c'est d'abord une faus- d'un long sommeil, qui est le et saine des spectateurs, qui protester contre l'invasion alle-
se représentation théâtrale, au- pain de toute révolution, et qui n'est rien d'autre qu'un regard mande (1). Comme avec son
trement dit, un vrai jeu théâ- le mènera, à travers leurs héri- lucide et attentif, constitue la compatriote Gombrowicz, autre
tral, avec ce que cela comporte tiers spirituels, à 1848 et à la condition première de la réus- poète de l'âme exilée, découvert
de naïf, de démesuré, de tendre, Commune de Paris. site de 1789 admirablement mis lui aussi tardivement, il y a chez
de simple, de poétique et de vio- Dans un raccourci idyllique, en scène par Ariane Mnouchki- ce Slave impénitent l'obsession
lent à la fois, c'est 1789, cc la chacun l'a appris à l'école, en ne. Si les comédiens du Théâtre de l'Histoire dérisoire qui écra-
Révolution doit s'arrêter à la 1789 le peuple s'est révolté et du Soleil, tous remarquables, se sous son monument immen-
qui imaginent des bateleurs de se l'homme, fragile insecte à la
foire, des acteurs populaires mémoire d'éléphant. Et comme
jouant à chaud la Révolution, dans le théâtre de Gombrowicz,
avec toutes les ficelles du mé- la trame de la Mère sembe as-
tier, pour un public supposé sez simple. Un fils de vingt-sept
Il. concerné par l'Histoire qu'il vit ans qui n'en finit pas de mal
Ael..- au jour le jour, ne parvenaient grandir, et dont l'ambition pre-
Vill. pas à établir le dialogue avec mière est de donner au monde
Da.. leurs spectateurs, nous retom- une nouvelle théorie humaniste,
berions dans la représentation ne parvient pas à se détacher
-eluscrit un abona_at théâtrale avec tout ce qu'elle de sa mère qui lui voue un
o d'un an 58 F 1 Etranger 70 F peut avoir de figé pour une telle amour passionné et destructeur.
o de six mois 34 F 1 Etranger 40 F forme de spectacle. Et les spec- Entre sa mère qui tricote pour
tateurs, éblouis par tant de vie, lui jusqu'à l'aveuglement et sa
règlement joint par
d'humour, de dérision insolente, femme, dont il fait une prosti-
o mandat postal 0 chèque postal happés par un rythme rapide, tuée consentante, il ne perçoit
o chèque bancaire conçu autour d'un montage ci- qu'une issue tragique.
Ren voyeE celle carte i nématographique nerveux, où les Mais Witkiewicz tout en pro-
séquences courtes succèdent jetant ses fantasmes et son dra-
La Quinzaine à de plus longues dédoublées me personnel dépasse l'anecdo-
U"....I " sur plusieurs aires de jeu, sont te pour rejoindre "universel. Il
43 rue du ·fempl.,', ParÙl 4. contraints de participer 1ibre- apparaît aujourd'hui non pas
C.c.P. 15.SH.53 Pari! ment ou de quitter les lieux. comme un précurseur mais com-
Mais comment partir quand le me un novateur génial. "a Mère
Théâtre du Soleil réussit à par- a été écrite, il faut le souligner,

22
"Demain la veille~~
en 1924, elle annonce à la fois
le fameux cc l'enfer, c'est les au·
tres ", de Sartre, et le théâtre
dit de l'absurde. Et précisément,
Claude Régy a composé une mi-
se en scène subtile qui déroute-
ra quelques-uns. Tout en restant
fidèle à un théâtre de chuchote-
ment, entrecoupé de silences
martelés à pas feutrés, il a vou-
lu se renouveler et s'éprouver.
Par un éclatement incontrôlé,
le spectacle se déroulant par-
tout dans la salle et jusqu'au
foyer même du Théâtre Réca-
mier, il reconstitue, avec la cam-
pi icité du décorateur Jacques
Le Marquet, la cérémonie rituel-
le pour la remettre en miettes :
Claude Régy nous rappelle
constamment que nous sommes
au Théâtre. Par les maquillages
crayeux, les costumes noirs et
les taches blanches, par le jeu
des acteurs, fait de ruptures
brusques, il nous donne à voir
une manière de rétrospective du
théâtre expressionniste des an-
Une scène de « 1789 »
nées 25 et de l'un de ses en-
fants naturels, le théâtre du tra- nais, la passivité de ceux qui disent, par des voies différentes,
gique des années 50. En met-
cc Early Morning»
laissent faire, soit parce qU'ils la même chose : à chacun de
tant en scène Witkiewicz, Clau- veulent ménager leur place, soit bien choisir son rôle dans un
de Régy ne pouvait oublier Sa- parce qu'exclus, ils se sentent monde que nous construisons.
muel Beckett. Tous les acteurs jà présentée sous un autre titre, « petits» et gouvernés. Comme on le voit, la tâche de
sont excellents même quand ils Early Morning, au dernier Festi· Contrairement. à Witkiewicz, Georges Wilson n'était pas ai-
n'ont qu'un petit rôle. Mais il val d'Avignon. Cette fois, je Bond, s'il démolit lui aussi avec sée : la pièce de Bond est trop
faut bien détacher trois d'entre crois que la pièce d'Edward Bond bonne humeur les statues en foisonnante. Mais depuis Avi-
eux, Juliette Brac, dans un rôle apparaîtra dans toute sa nou- place - imagine-t-on, en France, gnon, les choses ont bien chan-
de femme-prostituée, d'une vul- veauté et témoignera du talent Jeanne d'Arc peinte sous les gé. Sur l'immense plateau du
garité naïve, évite tous les piè- d'un auteur, connu déjà à l'étran- traits repoussants d'une femme Palais de Chaillot, habilement
ges, et dessine, par fines tou- ger, mais qui a quelque diffi- cupide, dévoreuse d'hommes et resserré par un praticable dis-
ches, une femme évanescente culté à s'imposer en France. Les homosexuelle, comme l'est de- cret, le rythme accéléré, et né-
'et délicate. Michel Lonsdale, le références à la vie anglaise y venue sous la plume de Bond la cessaire au déroulement du
fils dénaturé, est un Hamlet mo- sont plus universelles que, par puritaine Victoria? - a néan- spectacle, s'est imposé, à tel
derne, dont le physique et la exemple, dans la Route étroite moins quelque tendresse pour point qu'on pourrait imaginer,
voix complètent un jeu où le si- vers le grand Nord, montée par le peuple, versatile, par ce mais la surface à couvrir est
lence alterne avec le cri, le tout Guy Lauzun à Nice. qu'ignorant. Ce peuple sent encore trop grande pour les ac-
constituant un mélange fort et Ici, c'est la reine Victoria, confusément qu'il peut « faire teurs, une accélération plus for-
inquiétant. Il apporte un contre- plongée de temps à autre, par un bout de chemin. avec le te. Early Morning doit s'avaler
point indispensable, et inverse- des anachronismes savoureux, prince Arthur, qui, rejeté par le comme un antidote amer, mais
ment du reste, à la performan- dans notre époque, qui, entre pouvoir, le rejette à son tour. bénéfique, qu'avec leur talent
ce de Maleine Renaud. Ceux qui son mari, le prince Albert, ses Mais l'entreprise échoue : Ar- Georges Wilson et ses comé-
l'ont vue récemment dans Oh, fils siamois, George et Arthur, thur n'est qu'un révolté indivi- diens font passer agréablement.
les Beaux Jours, l'Amante an· symbole peut-être facile, mais dualiste et n'a pour le peuple Puisse le public du T.N.P. ne pas
glaise, la trouveront méconnais- aux vertus comiques certaines, qu'une sympathie octroyée, com- s'y méprendre!
sable. Et c'est vrai: elle est tou- des contradictions que tout pou- me Goetz, dans le Diable et le
jours aussi admirable; mais cet- voir porte en lui, et « son. peu- Bon Dieu. Dès lors, tandis que
te fois, elle est autre. Jusqu'où Lucien Attoun
ple, tente de 'naviguer comme dans un paradis de folle opé-
peut-elle encore aller dans son elle peut : l'important est de rette, notre terre qui n'est pas
renouvellement? Un spectacle durer.. Early Morning est une au ciel, les uns et les autres se (1) La traduction de Koukou Chan-
à ne pas manquer. grande fr~sque historique amu- mangent entre eux, il n'y a ska et François Marié est publiée aux
Décidément, l'Histoire sem- sée, sans queue ni tête, vue de- d'autre issue, dans un hypothé- Editions Gallimard (collection Théâtre
ble, cette quinzaine, la grande puis la cuisine de la politique, du Monde Entier) alors que. Marguerite
tique dialogue avec l'éternité
Duras a apporté sa collaboration à la
affaire des gens de théâtre : mais où domine un esprit caus- faite homme, que celle que cha· version jouee. Dans la même collec-
après Mnouchkine, Régy, Geor- tique impitoyable qui dénonce cun porte au fond de lui-même. tion, Demain la veille (ou Early Mor·
ges Wilson nous propose au tout à la fois le pouvoir, tou- En définitive, Ariane Mnouch- ning) d'Edward Bond, dans l'adaptatiol'!
T.N.P., Demain la veille (1), dé- jours ambitieux, égoïste et sour- kine, Witkiewicz et Bond nous française d'Eric Kahane.

La QuInzaIne Uttéralre, du 1er au 15 décembre 1970 23


MUSIQUE

Boulez au T.N.P.
du T.N.P., de la Musique pour ce et prises dans une durée très
cordes, percussion et célesta de lente, de fines particules sono-
Bartok et des Pièces op. 6 de res s'organisent peu à peu au-
Berg. tour d'un noyau plus dense et
Grâce à la précision coloriste, semblent tournoyer rapidement
à la plasticité et aux réserves autour de ce centre en fusion.
sonores d'un orchestre aussi Puis, sur de longues pédales,
subtil que le B.B.C. Symphony tout se pétrifie par étapes, dans
Orchestra (dont Boulez est le une conclusion plus contempla-
chef permanent), le chef-d'œu- tive, où l'on retrouve le monde
vre de Bartok y prit un carac- glacé du début.
tère épuré, au-delà de la vio- A la tête de l'ensemble Musi·
lence (3 e mouvement), de l'an- que Vivante, Boulez dirigeait le
goisse (mouvement lent n° 2) lendemain la première audition
et du lyrisme (final), prolon- française de ses Domaines, œu-
geant, dans la prédominance vre autant à voir qu'à entendre
des articulations et des contras- et dans laquelle la disposition
tes rythmiques, l'esprit même scénique traditionnelle de la Sal-
de la fugue initiale. Ie Gémier ne nous permettait
• Dans les Pièces opus 6 de guère d'entrer physiquement,
Berg - nous dit Boulez, .. la den- comme il le faudrait.
sité sonore arrive au point de Disposées, en effet, autour du
saturation par l'accumulation et chef, six petites formations de
la superposition de toutes les un à quatre musiciens reçoivent
catégories de timbres. On n'a tour à tour (selon un ordre éta-
plus affaire, dans ce cas, à une bli avant chaque exécution) la
densité illusoire, due à de sim-
• visite - d'un clarinettiste qui,
ples redoublements, mais à une s'approchant d'eux, vient intro-
accumulation de parties réelles, dUire et comme susciter par un
ce qui ne va pas quelquefois court solo la séquence qui leur
sans une mécompréhension des est confiée. Après qu'en a été
divers dessins attribués à des exploré de cette façon le sixiè-
groupes instrumentaux diffé- me • domaine., la musique
rents D. Conjurant le risque semble pivoter sur son axe et le
d' • opacité. sonore, dû à l'énor- clarinettiste refait alors le mê-
mité de l'orchestre, à cette écri- me parcours inversé, répondant
la venue de Boulez au T.N.P. des ruptures officielles, ce • pe- ture par masses grouillantes et cette fois aux petits groupes
est un phénomène de basse fré- tit homme chauve et napoléo- à la complexité d'un climat ex- d'instrumentistes dont les par-
quence (mai 69 - novembre 70) nien - (comme le caractérise un pressif où s'imbriquent fusées ties sont, par rapport à leurs sy-
qui, un peu après et longtemps journal anglais), ce chef aux lyriques et marches militaires, métriques, écrites en • miroir -.
avant son apparition, accélère le mains nues, épandues comme Boulez parvient à démultiplier
pouls du public parisien. Afin des ailes, incisives ou tranchan- notre écoute de chaque pièce Comment cette œuvre, malgré
d' • en être - au moins une fois, tes, avec qui l'écoute musicale et à en ordonner les couches son déterminisme proprement
l'on s'arrachait cette année, pour devient une passion d'apprendre successives. numérique, parvient-elle à re-
vingt-sept francs, les dernières et un besoin de découvrir. Cette technique de • sériali- créer l'atmosphère d'une séan-
places libres dans la grande salle Premier expérimentateur, en sation. des plans orchestraux ce de musique de chambre im-
du Palais de Chaillot et seul un quelque sorte, d'une • nouvelle doit évidemment beaucoup aux provisée entre amis? Comment
miracle pouvait, le lendemain, critique - musicale, Bou 1e z recherches du Boulez composi- la vie circule-t-elle dans des for·
vous ouvrir les portes de la rompt en effet, avec la tradition teur dont on découvrait au mê- mes aussi manifestement éta·
petite Salle Gémier, affichant sensualiste de l'interprétation: me concert une amplification blies ? Il y a là une sorte d'illu-
complet de longue date et plei- Sur les quelques auteurs qu'é- d'Eclat pour grand ensemble sionnisme dont Boulez a le se·
ne, en effet, comme un œuf (ce pargnent tant son obédience sé- instrumental, créé en 1965 et cret et auquel participaient lar-
qui faisait paraître dérisoire un rielle que ses principes icono- intitulé dans sa plus récente ver- gement, ce soir-là, l'espèce d'hu-
prix des places relativement clastes (Debussy, Strawinski, sion Eclat-Multiples. mour à froid du clarinettiste Mi-
abordable). Ainsi transformé, Bartok et les trois Viennois), il Pour l'instant • en devenir. chel Portal, la verve truculente
par la force des choses, en ma- pose, comme un filtre ou com- comme le fut longtemps Pli se-· et inspirée avec laquelle il sem-
nifestation • underground., ce me un projecteur, sa propre Ion Pli (entre autres), Eclat-Mul- blait improviser sa partie. Ainsi
second concert montrait trop appréhension théorique des phé- tiples 1970 frappe tout autant se trouve illustré le projet de
les limites, en France, d'une nomènes musicaux en vue d'une par la cohérence de son plan Boulez qui est de Il concilier ce
consommation musicale dite • analyse structurale -, par ail- d'ensemble en trois parties que qui est proclamé inconciliable
• de masse - et rappelait (com- leurs consciente de la dimen- par le caractère apparemment par tant de gens superficiels : la
me· l'a fort bien dit Boulez lui- sion historique de chaque œu- hétérogène des timbres qui s'y netteté et la logique des formes
même) qu' • une hirondelle ne vre. le résultat: ses exécutions entrechoquent et dont 1 e s et des structures avec l'essor
fait pas le printemps -. profondément renouvelées et dé- • éclats - seuls s'allient (cé- de l'imagination, de la fantaisie,
l'essentiel reste, cependant, jà célèbres de Jeux et de Pelléas lesta, harpe et cymbalum, gui- de l'improvisation. Car il y a à
l'extraordinaire courant d'émo- (dont l'enregistrement vient de tare, mandoline, flûte, deux pia- l'intérieur de toute écriture un
tion et de sympathie que suscite paraître), du Sacre, de Wozzeck nos dont l'un • préparé -, etc.). libre jeu.•
chez • so.n - public, et en dépit et, l'autre soir, à la grande salle D'abord dispersées dans l'espa- Anne Rey

24
CIN'IIA

" Camarades! "


Marin Karmitz d'analyse, de discussion et de ju-

i Camarades
Luxembourg 1
Studio Médicis
Studio République
gement. Le premier est un em-
ploi très brechtien de la chanson.
Le second est l'insertion d'une
longue séquence de l'Heure· des
Brasiers de Fernando Solanas.
Le troisième est la citation de
Devant un film tel que le Ca- quelques phrases de Lénine, ex-
marades, de Marin Karmitz, le traites des Thèses de principe
véritable, sinon le seul, problè- contre la guerre, d'après l'an-
me critique est la question, que thologie des Editions du Peuple
soulevait brièvement Paul-Louis reprise par la Librairie Gît-Le-
Thirard, dans le numéro 119 de Cœur, à l'orientation marxiste-lé-
Positif, de savoir s'il toucherait niniste, donc, parfaitement défi-
un public, quel public et de quel- nie, et aussi de trois paragra-
le manière. Karmitz n'est pas le phes du Manifeste dont le der-
seul à avoir voulu faire de la nier, qui sert de conclusion au
classe ouvrière l'héroïne de son film. La valeur de ces enrichisse-
récit. Même si l'on met de côté ments et leur possibilité de ré-
le cinéma des pays socialistes, flexion sont inégales. Autant les
assez pauvres d'ailleurs en la chansons permettent l'accès
matière, on trouve en France d'une ironie fertile, autant l'ex-
des exemples aussi classiques, trait de Sotanas facilite l'intelli-
voire rabâchés, Que la Belle politique réactionnaire et la for- qu'au désir de maintenir l'atten- gence de l'internationalisme, au-
Equipe et le Point· de Jour ou, me politique des œuvres »), se tion et de donner au sujet les tant les réflexions écrites pa-
dans l'Allemagne des années bornant, pour le premier, à marques extérieures d'un cer- raissent plus discutables, trop
vingt, les admirables et mécon- condamner les excès du sché- tain respect. A partir de là, trois abondantes et, la dernière ex-
nus Unser Taglisches Brot et matisme (.. contre la tendance procédés veulent permettre un ceptée, assez gratuites. Elles
Mutter Krause de Phil Jutzi; à produire des œuvres au • style premier recul et, en conséquen- relèvent d'une superstition à la-
mais Camarades est vraisembla- de slogan et d'affiche - qui ex- ce, une première possibilité ~
blement le premier à se vouloir priment des vues politiques jus-
délibérément politique, à aban- tes mais sont dépourvues de
donner le mélodrame populiste force d'expression sur le plan
pour mieux insister, précis et di- artistique ..). Cette lecture, par
dactique, sur le sens de l'histoi-

IAvecAIR
sa différence même, est caracté-
re qu'il trace. Une telle préten- ristique du désir de rompre
tion ne doit se justifier, ou non, commun au jeune cinéma gau-
que dans une pratique et, plus
que jamais, la critique écrite ne
chiste qui assimile, peut-être un
peu hâtivement, l'académisme,
ALGÉRIEI
peut y être qu'un relais. Elle per- voire la tradition, avec un style
met seulement un défrichement de la classe au pouvoir, alors ALGER à 2 Heures de PARIS
_ _ _ _- - - - - - J1
des approximations, jouant le qu'ils sont moins et davantage,
rôle intermédiaire, et provisoire, et bien qu'ils ne se recoupent
de l'hypothèse. pas exactement. Dans Camara-
Le premier souci est un souci des, fort heureusement, le pro-
de clarté. Tandis que beaucoup duit dépasse le propos et, visant
de ses confrères ne peuvent à la simplicité des moyens et
concevoir la portée révolution- de la langue, rejoint Venan par
naire du fond sans une subver- un autre chemin. Karmitz, en
sion préalable de la forme, l'am- fait, lutte contre la quantité par
bition de Karmitz est plus modé-
rée si elle n'est pas fondamenta-
la qualité et, soucieux avant tout
d'être lisible, veut • apprendre
13 DÉPARTS PAR SEMAINE
lement différente. Il veut se re- consciemment le langage des du 10< Novembre 1970 au 31 Mars 1971
porter aux Interventions dE: Ve- masses -.
nan et se plaît à les résumer, en Camarades trace le récit très QUOTIDIEN Vol AH 1421 - 19 h. 00
les interprétant de façon signifi- linéaire d'une prise de conscien- Mercredi
cative. Il déclare, dans Les Let- ce. Un jeune chômeur monte de Samedi
Vol AH 1417 - 12 h.30

tres Françaises : .. un contenu Saint-Nazaire à Paris pour y Samedi Vol AH 1419 - 15 h. 45


juste sur une forme académique trouver un emploi de bureau. Il
a aussi peu d'efficacité qu'une finit par travailler en usine et Dimanche Vol AH 1425 - 12 h. 30

forme brillante et nouvelle sur assiste à l'éclosion de sa pensée Lundi


Vol AH 1415 - 20 h. 15
Vendredi
un contenu erroné., cependant politique. La chronologie et la
que Mao insistait surtout sur le mise en scène obéissent à une· Rena.âFementa/R'••rvationa votre agant de voyag.. ou AIR IIl.eIlR••
second point (CI mie trait com- même rectitude. La qualité mê- 19, Av. da l'Op".' Y'1. 288-33-79 • Agence. 20, rue de. PyrMnid•••
T6I. 742·74·28.28 . R'••rvatlons, T'1. 288-05-30 Paria
mun à la littérature et à l'art me de la photographie - il faut
de toutes les classes exploiteu- souligner le très beau travail
ses sur leur déclin, c'est la de Pierre-William Glenn - cède
contradiction entre le contenu moins à la tentation de séduire

La Quinzaine UttéraJre, du 1f!r au 15 décembre 1970 25


EXPOSITIONS

~ Camarades !

quelle nul «gauchiste» (et je main, voire, lors d'une scène de plus fécond de présenter les co- Après avoir montré comment des
«rythmes et animations modulaires
plaide coupable, même pour l'a- visite médicale qui est l'un des mités de base sous un jour en plâtre. pouvaient donner du mou-
venir) n'échappe tout à fait. points forts du film, dans le sor- moins arbitraire, mais l'on bute vement, de la profondeur, de la grâce,
Elles restent, bien entendu, dide, se voit dépouillé de toute ici sur une limite de Camarades, aux murs, aux plafonds, à n'importe
« justes» mais prennent aussi auréole traditionnelle comme de dont les auteurs, Karmitz aussi quelle surface (1), le Centre d'Art et
trop facilement la relève d'une de Recherche Plastique Architecturale,
toute poésie populiste. Seule de- bien que les travailleurs auprès en présentant aujourd'hui les recher-
analyse, d'une description ou de meure la réal ité brutale de l'ex- desquels il a mené toute une en· ches de quatre sculpteurs - Paul Che-
conclusions plus concrètes et, ploitation. La haine du chef, l'iso- quête préliminaire, sont parfai- riau, Michel Gérard, Danièle Obled,
partant, plus profitables. lement systématique des travail- tement conscients. Cette limite Pierre Szekely - groupées sous la ru-
L'histoire elle-même est, en brique «Formes et Béton» (2), pose
leurs, l'accélération des caden- est la barrière des moyens, l'im- en termes originaux non seulement le
bonne dialectique, la relation ces et la mécanique répressive possibilité de tourner en usine traditionnel problème de la relation
d'un parcours circulaire. Elle est des licenciements sont décou- plus de quelques plans, grâce à architecture-sculpture, mais encore et
construite autour d'un héros, verts avec une naïveté qui leur des subterfuges que trop d'insis- surtout celui de l'intervention de l'ar-
Yan (et le comédien, et co-scé- donne un poids tout nouveau, tance aurait vite éventés, et qui tiste à la source même de la construc-
tion et de la fabrication industrielle.
nariste, s'identifie, ancien ou- une âpreté point encore polie ont en dé.finitive imposé jusqu'à Michel Gérard en est vivement
vrier de Citroën, dans une cer- par les frottements de l'habitu- la forme du récit, qui tourne et conscient. «J'ai réalisé, précise-t-il,
taine mesure avec le personna- de. De même pour la pratique médite autour de l'aventure plus plusieurs programmes de sculpture
ge), et va d'une première expé- de la lutte. Les journalistes offi- qu'il ne la décrit. intégrée à l'architecture, en employant
le béton ou le plastique - matériaux
rience ouvrière, aux chantiers ciels du P.C.F. et les critiques Le cinéma politique, aujour- choisis pour leur prix de revient peu
de l'Atlantique, à l'entrée défini- qui, aujourd'hui, font assaut de d'hui, est à créer mais les expé- élevé et leur très grande souplesse
tive, à Paris, dans une usine d'au- bonne volonté pour bien se pla- riences ne manquent pas, ni les de mise en forme." (II s'agit, en parti-
tomobiles. Elle se partage en cer dans la ligne de M. Mar- erreurs. Ayant reproché quel- culier, de vastes reliefs en béton don·
nant une vie insolite à des murs de
deux parts de durées presque chais, reprochent à Karmitz ques replis derrière la citation, banque, et d'un jardin-sculpture de
égales. Dans la première le d'avoir complètement négligé la il va de soi que j'ose à peine 200 m2 pour le patio des laboratoires
jeune homme, fils de p.etits voie habituelle de la stratégie évoquer ce que disaient, préci- Beytout à Saint-Mandé, avec partie en
commerçants à demi-ruinés, se ouvrière, autrement dit de n'a- sément, de l'erreur, Engels ou polyester de 20 m2 destinée à éclairel
le hall inférieur.) Programmes réalisés
trouve comme englué dans les voir soufflé mot des syndicats. Rosa Luxembourg. Mieux vaut grâce à une étroite collaboration - une
pièges de sa classe, entre une L'accusation est certes d'une noter que depuis quelques an- véritable symbiose - avec une équipe
famille qui lui fait bien sentir sa mauvaise foi tout à fait natu- nées, des efforts importants ont d'architectes (Rémy. de Sèze, Jacques
dépendance, une petite amie relle, car le réformisme syndi- été menés pour assurer cette Dulieu, Michel Maure!) avides eux-
mêmes de poursuivre de telles expé·
vendeuse, des copains enchaî- cal est dénoncé avec précision création, en Amérique Latine, en riences.
nés par la fiction des loisirs. Il va et insistance en trois endroits Italie, à Cuba voire au Japon.
d'un travail sans issue, de ma- au moins de Camarades, mais il Nous connaissons en France, de-
nœuvre à qui est refusée toute est évident que le chemin suivi puis 1968 et le travail malheu- D'audacieuses
formation professionnelle, à une par Yan ne suit pas la direction reusement hasardeux et frag-
vague occupation d'enquêteur normale de la C.G.T. ou de la mentaire des Etats Généraux perspectives
qui permet un tableau sommaire C.F.D.T. et le conduit directe- (mais pouvait-il, dans le contex-
mais habile de quelques fétichis- ment au mode d'action pratiqué te politique, en être autre- Les recherches actuelles de Gérard
constituent une nouvelle étape : .. Il
mes marchands. Lorsqu'il vient par les Comités de Base. L'expé- ment ?), un effort, également, ne s'agit pas de trouver des solutions
à Paris, à l'invitation d'un ami, il rience de Yan est caractéristi- dans ce sens. De ce point de vue décoratives de revêtement, il est né-
poursuit la même existence mar- que d'une attitude nouvelle, le travail de Karmitz, ne serait- cessaire de passer maintenant dans la
ginale, divaguant d'une embau- commune à une large partie de ce que parce qu'il se cherche construction et, en travaillant dès le
départ en équipe avec le maître d'œu-
che à l'autre, apprenant, à l'occa- la jeunesse ouvrière. Bien enten- un public prolétarien et parce vre, de modifier l'aspect de "œuvre
sion la psychologie de l'acheteur du il eût été plus probant, et qu'il veut lui proposer un dis- bâtie... D'où l'expérience entreprise
vu par le placier (<< tous des sans doute plus efficace, d'insis- cours directement politique, et chez un préfabricant industriel, et me-
cons»), jusqu'au jour où il se ter davantage et de décrire au'" non plus intégré et édulcoré née selon trois directions : traces,
signes, empreintes sur sable de fonde-
voit forcé au travail en usine, trement que par le dialogue les comme dans les films de Costa rie, imprimés tels quels en béton; tra-
obligé de vendre sa force de tra- conditions et les limites du ré- Gravas, est exemplaire. vail manuel avec un matériau indus-
vail de la façon la plus directe. formisme, de même qu'il eût été Louis Seguin triel, polystirène expansé en fond de
A partir de là il passe par trois moule travaillé avec chalumeau, etc.;
et moules en plastique calés dans le
étapes, révolte contre la maîtri- fond de sable. S'il n'est pas certain
se, information générale du Co- LES NOUVEAUX CAHIERS que la mise en œuvre de ces procé-
mité d'Action et lutte au Comité CHARLES PEGUY ET BLANCHE RAPHAEL: Rabi dés aboutisse encore à un «style~,
de Base. au moins une problématique claire est-
LA BARRICADE ISRAELIENNE: Claude Ranel elle proposée.
Camarades ne vise pas à l'ori- IMAGES OU STEREOTYPES? : André Elbaz Les perspectives ainsi ouvertes sont
ginalité ni à une nouveauté de STRUCTURE DE LA METAMORPHOSE: E. Assor-Elmaleh audacieuses, car il ne s'agit de rien
système mais, partant d'un pos- moins que d'opérer une transformation
LE QUATRIEME MYTHE: David Jassine radicale du milieu urbain, de ce « cadre
tulat individualiste et très au fait AVOUEZ! : Joseph Berger de vie. - murs, espace, chambres,
de ses propres limites, à une LES ARABES HUMILIES?: Gérard Israël objets ... - auquel enfin une centrale
proposition simple. Le fait L'INTEGRATION DES JUIFS NORD-AFRICAINSDoris Bensimon- syndicale, la C.F.D.T., consent à s'inté·
qu'ainsi le héros n'appartienne resser. Ces projets et ces recherches,
EN FRANCE: Donath si elles témoignent d'un climat nou-
pas, au départ, de par sesorigi- CES JUIFS DU SUD-EST ASIATIQUE: Eve Dessarre veau, se heurtent toujours à ce qu'on
nes familiales, à la classe ou- peut appeler ici, sans jeu de mots, le
vrière apporte à son aventure, Des textes de Théo Dreyfus, Joël Arkenazi, Sylvie Korcaz, «mur d'argent. : la sainte trinité de
et au récit, une certaine inno- Colette Sirat, E. Spatz la construction composée des politi-
ciens de l'. enrichissez-vous!., d'ar-
cence qui n'est pas sans effica- chitectes-mandarins exploitant dans
Ce N° 22 - Automne 1970 est en vente dans les grandes librairies et dans
cité. Le travail d'usine; présenté les drugstores ou au siège de la revue: 45, rue la Bruyère - (6 F). leurs agences cent à deux cents • nè-
comme une chute dans l'inhu- gres., et des promoteurs-<:onstruc-

26
Formes et béton
Goldstein
Rythmes élancés, enveloppements
sensuels, la sculpture de Peggy GALERIE
Goldstein (Galerie Lambert) n'est pas VILLAND ET GALANIS
encore arrêtée à une formulation, dé- 127, bd Haussmann
finie à l'intérieur d'un vocabulaire. Elle
a la richesse de la quête, le foisonne- Tél. : 225-59-91
ment de l'inquiétude, mais la chaleur Pierre CHARBONNIER
humaine d'une grande générosité.
peintures récentes
Jean-Jacques Lévêque
17 novembre-20 décembre

ART PILOTE LE SOLEIL


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VOUS DANS LA TETE
10, rue de Vaugirard
des lithographies Tél. : 033-80-91
GARCIA MULET
originales 26 novembre-19· décembre
Relief de Michel Gérard
teurs-industriels dictant leur loi du Le Corbusier n'avait pas droit de cité, à tirage strictement limité,
profit maximum, fait, plus que jamais, est le pays du tourniquet de Saint- signées par l'artiste
main basse sur la ville. Les brillantes Laurent-du-Pont. et payables, si vous le désirez
initiatives de quelques artistes, les Roger Dadoun ORLEANS. - La Maison de la Culture
en 3 ou 10 mensualités
percées opérées par quelques cellules (à partir de 19,40 F par mois). expose, en décembre, les photogra-
d'architectes, ne doivent pas cachet (1) Cf. la revue Recherche et Architecture,
no 4. 1970. Vous pourrez ainsi, phies de Lucien CLERGUE.
l'essentiel : que la France de la cons- (2) Centre ARPA, 24, rue du Pont Louis- tout en embellissant
truction, après avoir été le pays où un Philippe, Paris. Josette HERARD-MARLIN présentait
le cadre de votre existence
par .des œuvres d'art en novembre, au Centre Culturel

Dans les Maleries force ramassée qui donne à l'image


dues aux plus grands
maîtres' contemporains,
constituer une collection
de PORT - VILA (Nouvelles-Hébrides)
ses œuvres récentes.

Dessins La galerie Athanor, place du Marché


l'impact direct du signe. appelée à prendre au Vésinet montre la symphonie végé-
Ils sont trois, qui n'ont, de com- Moins qu'un style, l'Ecole de Paris une très grande valeur. tale et les dessins de THERON -
mun, ici, que la technique utilisée. impose une certaine élégance du dis- Adressez-nous sans tarder Grand Prix des Beaux-Arts de la Ville
Encore que Titus-Carmel situe le des- cours plastique qui. constitue d'ail- le bon ci-dessous
de Paris.
sin comme une démonstration visuelle leurs, aux yeux de certains, une fai- afin de recevoir
d'un énoncé verbal. Segui, lui, en use blesse de plus en plus inadmissible sans engagement de votre part C'est Jean F,RELAUT qui succède à
avec une maîtrise diabolique, pour pla- devant l'urgence du • dire -. Cette élé-
gance-là ne gommant jamais les spé-
la plaquèue illustrée J.-J. RIGAL aux cimaises de la galerie
quer des scènes qui sont perçues avec de la nouvelle sélection
l'œil d'un photographe. Gian Franco cificités respectives de ceux qui com- des Peintres-Graveurs Boulevard du
Ferroni y cherche un cadre logique posent le groupement le plus fluc- ART PILOTE Montparnasse.
tuant, le plus r·elatif. Zao Wou Ki, comportant la reproduction
pour l'intensité de ce qu'il a à dire.
C'est ce dernier qu'il faudra retenir Chinois de 1"Ecole de Paris, a une dou- de 16 lithographies Jean-Luc GODARD était le dimanche
(les deux autres étant mieux connus ble raison d'illustrer cette qualité par des ~rands représentants 15 novembre l'hôte de la Maison de
du public français). Voici une œuvre quoi l'art, souvent, acquiert sa dimen- des figuratifs et non figuratifs. la Culture d'Orléans (dir. Olivier
touffue, désordonnée, d'une acuité ex- sion d'éternité. Au raffinement pari- Katian) où il présentait son film
ceptionnelle, et d'une intensité rare. sien, il ajoute celui de son pays, qui • Lutte en Ital ie -.
On sent, sous le trait, battre le pouls réside dans la rapidité de la touche,
de la vie, sourdre le cri (Galerie du sa légèreté, la promptitude des ryth- BON à adresser à ART PILOTE Les minéraux, proposés par Raymond
Dragon) . mes, la science des mises en page. Ses 22 rue de Grenelle PARIS 7e Favre (naturels ou polis) sont à la
tableaux récents (Galerie de France) ! galerie Cambacérès Irue ta Boétie.
allient toutes ces qualités. La force Veuillez m'envoyer gratuitement •
n'est point exclue dans les trouées su- et sans engagement de ma part, La galerie M. Bénézit (93, bd Hauss-
Raynaud bites sur le vide, les chutes de la lu- la documentation en couleurs. mann) expose les peintures récentes
mière dans les suggestions végétales, d'ADLEN jusqu'au 5 décembre.
Au risque de passer pour rétrograde certains frissons, justement retenus là,
il faut dénoncer l'absurdité de l'inser- Nom ..
dans l'ampleur de l'aube et le silence Pierre RISCH a obtenu cet été le'
tion d'une œuvre qui ne se justifie que des étendues de nulle part. Adresse .
par sa charge révolutionnaire chez 1er prix de la Jeune Peinture au
lolas, dans le contexte le plus mon- Grand Prix International de Genève
dain, le plus rassurant, le plus • in -.
Maryan I~ · · · · · .. (en permanence galerie Vallombreuse
Une œuvre qui a cette retenue dans ~ QU2.1 à Biarritz). .
le cri, cette pudeur dans la douleur, Plus de nature ici, ni d'espace; d'ail-
cette densité dans les moyens - leurs, dans quel lieu se situent ces GALERIE SAINT·PLACIDE La 'librairie lardanchet expose les
cette densité dans les moyens mis en monstres? Maryan qui, dans sa pein- gravures de ·Dunoyer de Segonzac
œuvre, au point de passer pour limitée,ture, • mettait en scène -, a renoncé
41, rue Saint-Placide
Tél.: 548-59-58 jusqu'au 20 décembre.
demande d'autres lieux et, certaine- dans ses aquarelles (Galerie Claude
ment, un autre public que celui qui Bernard) à toute localisation. De ces C'est LEFEVRE-DELESTANG qui suc-
vient aussi bien voir des Léonor Fini méandres inquiets, surgissent, parfoi.s,
ANDRE EVEN
cède à B.Y. à la galerie Bruno Bassano,
et des Max Ernst. des silhouettes, au cœur des ces Lao- du 3 au 26 décembre 1970 avec de belles aquarelles.
coon bigarrés, des figures de proue
s'élèvent, se distinguent, éructent, GALERIE Pierre G. LANGLOIS qui fut lauréat
Livrets postillonnent. Plus proche du geste,
SUZANNE DE CONINCK du Prix Emile Bernard présente Galerie
l'aquarelle conserve les sursaûts de la
Aux • CLXXXI Proverbes à expéri- main, son inquiétude épidermique, les 3, rue de Beaune - Vile Vendôme, rue de la Paix, en décembre,
menter -, que nous propose Jean Gui- pulsations du sang. C'est une radio- ses œuvres récentes.
TSARAS .~
chard-Melli, Lapicque offre le contre- graphie assez terrible d'un mal inté-
point de 9 dessins, au pinceau, d'une rieur. du 10 au 31 décembre 1970 (Communiqué)

La QuInzaIne Uttéralre, du 1er au 15 décembre 1970 27


e Pierre Herbart Quinzaine) • gouvernante italienne -. Au lendemain de la
Histoires confidentielles ROMANS Gisela Elsner Leo Perutz Révolution, les réactions,
ROMANS Grasset, 232 p., 15 F. La génération montante ,Le Marquis de des paysans sibériens
FRANÇAIS Recueil de nouve'lIes ETRANGERS Trad. de l'allemand Boliber devant les problèmes de
poétiques, par l'auteur par Lily Jumel Trad. de l'allemand la collectivisation.
d' & Alcyon - et de Gallimard, 200 p., 18 F par O.N. Château Patrick White
& Souvenirs Anatoli Un procès sans pitié, A. Michel, 320 p.,
Jean Basile Le mystérieux
Grasset, 236 p., 18 F imaginaires -. Babi lar plein de verve et de 16,50 F Mandala
L'acide Trad. du russe par démesure, des relations Réédition de ce roman Trad. de l'anglais
La chronique d'une M. Menant dites & humaines -. fantastique publié en par Andrée R. Picard
jeunesse aux prises Julliard, 608 p., 31,30 F France avant la guerre Gallimard, 368 p., 27,50 F
Rafael Pividal L'histoire de
,avec la drogue. Plus de quartier Un nouveau roman
l'occupation de l'Ukraine eSlawomir Mrozek Susan Sontag du grand romancier
pour Paris par les Hitlériens, vue Une souris dans
Seuil, 192 p., 18 F Derniers recours australien, sur le
Jean-Louis Baudry par un enfant. l'armoire problème du & Double -
Par l'auteur d' & Une Trad. de l'américain
La • Création • Trad. du polonais par A. Minkowski et de la recherche
Premier état : l'année paix bien intéressante- par Thérèse Douchy
(Prix Hermès 1964) et Miguel Angel Asturias Seuil, 336 p., 30 F de l'identité.
Coll. • Tel Quel - A. Michel, 224 p., 19 F. Par l'auteur de
de & Tentative de visite Trad. de l'espagnol
Seuil, 224 p., 25 F. Le larron qui ne croyait Six nouvelles où l'on « L'œuvre parle.
Un livre d'une facture à une base étrangère - retrçlUve l'Jronie, le
(voir le n° 85 de la pas au ciel un livre dont POESIE
très nouvelle sur par Claude Couffon comique poussé jusqu'à le héros, confronté à sa
l'origine cyclique de la Quinzaine) . l'absurde, de l'auteur
Un ,nouveau roman du propre mort, épuise
signification et de la de • Tango. jusqu'à leurs limites Gaston Bonheur
Prix Nobel de Littérature
linguistique. 1967 (voir les nO' 4, 9 et (voirie n° 23 de la extrêmes les ambiguïtés Chemin privé
Boris Vian Quinzaine) • de 'la condition humaine. Poèmes et chansons
43 de la Quinzaine).
Le loup-garou réunis par H. Parisot
G.E. Clancler Ch. Bourgois, Flammarion, 160 p., 12 F
Les Incertains 240 p., 20,90 F Laurence Durrell Iris Murdoch S. Zalyguine L'ensemble des poèmes
R. laffont, 312 p., 18 F. Treize nouvelles Nunquam Les demi-justes Au bord de de Jeunesse et des
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modifiée, d'un roman dénominateur commun par Roger Giroux par Lola Tranec Trad. du russe par marge d'une carrière,
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Presses de la Cité, Modernes -. Le cheminement des Valmy, la démocratie 1939-1969
300 p., 22 F Delorme, Jef Last et en armes Seuil, 400 p., 30 F
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Tome 1 (1799-1829): R. Laffont, 384 p., 30 F
1934-1939 trilogie consacrée à Une contribution
Aliénations et prises Une biographie à la .tols
Payot, 272 p., 32,70 F l'étude des mass-media originale à l'étude de
(Voir le n° 66 de la de conscience G. Boulanger- très rigoureuse et d'une
Tome 2 (1830-1833) : Balleyguier et de leur genèse. cette période de notre
Quinzaine) • grande qualité littéraire. histoire, due à deux
Une expérience de La recherche en
l'absurde: de la prise sciences humaines universitaires
de conscience à Ed. Universitaires, Michel de Certeau américains.
SCIENCES La possession de
CRITIQUE l'expression 158 p., 25,90 F
Gallimard, 816 et Les grandes étapes par Loudun
mSTOIRE Coll. • Archives - Ferdinand Lot
LITTERAIRE 1176 p., 55 F et 75 F lesquelles doit passer Naissance de la
Une thèse la recherche dans le François Biraud Julliard, 350 p., 20 F
Jean-Claude Ribes L'affaire Urbain France
admirablement domaine des sciences ·Edltion revue et mise
documentée et qui humaines. Le dossier des Grandier et, à travers
Burroughs, Ginsberg civilisations extra- elle, la radioscopie à jour
utilise avec beaucoup par J. Boussard
les lettres du Yage de doigté et terrestres d'une société malade
Trad. de l'anglais Dr Brussel Fayard, 256 p., 24 F d'elle-même. Fayard, 728 p., 50 F.
d'originalité les Psychanalyse
par Mary Beach méthodes de pointe des Les manifestations
Adaptation de du crime de caractère
sciences humaines. Dr Bensoussan Jacques Chastenet • Nestor Makhno
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l'homme. Gallimard/Le Manteau Livre de Poche. l'Université. - Rennes, les Nourritures terrestres. - Royan, Magellan, -
d'Arlequin Strasbourg-Esplanade, les 1Id6es et les arts. - Vichy, Royale.
Le texte de la pièce
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Livre de Poche. La philosophie Classiques du XX· La renaissance du )(Xe siècle Flammarion
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C.V. Gheorghiu Seuil/Points. La portée· funéraires
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Kyralessa André Breton· l'œuvre
Livre de Poche. Jacques Prévert Imaginaires . Skira
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Victor Hugo Gallimard/Idées Jean Rlstat Du coup d'Etat en littérature Gallimard
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Livre de Poche. Le règne de mystique ESSAIS
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Le jardin des supplices de Sainte Thérèse Erich Fromm Espoir et révolution Stock
Livre de Poche. d'Avila et leur
Allen Dulles Jacques Georgel Le franquisme Seuil
Les secrets d'une signification pour les
Alan Paton chrétiens d'aujourd'hui. François Jacob La logique du vivant Gallimard
reddition Karl Liebknecht Militarisme, guerre, révolution Maspero
Quant l'oiseau cI1sparut Livre de Poche.
Livre de Poche. Claude Mauriac Une amitié contrariée Grasset
M.-e.
Roman Jakobson Ropars-WuiUeumier Michel Random ~ Le Grand Jeu (2 voL) Denoël
Louis Pergaud Essais de linguistique De la littérature au Jean-François Revel NI Marx ni Jésus Laffont
De GoupIl à Margot générale cinéma : genèse d'une Marc Saporta Histoire du roman américain Seghers
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