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Chapitre III : Individualisme et collectivisme

L’importance d’organiser le travail en équipe dans le milieu professionnel n’est


plus à démontrer. Travailler en équipe suppose la juxtaposition d’aptitudes et de
compétences individuelles en vue d’atteindre un but commun. Comment s’effectuera
la mise en commun des individualités sachant que chaque membre de l’équipe
possède ses propres valeurs, ses intérêts personnels, sa vision des choses, sa
manière de faire, ses comportements, ses caractères, etc. cette question centrale fait
renaitre d’autres questions subsidiaires portant d’une part, sur les différentes
acceptions que l’on pourrait attribuer au concept d’individualité, et d’autre part,
l’opposition de ce concept à celui de collectivisme.

1.1. L’individualisme et ses différentes acceptions

Le concept d’individualisme a fait l’objet de travaux de plusieurs chercheurs


dans le domaine des sciences sociales, notamment la sociologie, la philosophie, la
psychologie, etc. L’approche philosophique du concept d’individualisme met en avant
les valeurs et les intérêts de l’individu au détriment du collectif ou du groupe, considéré
comme exerçant une sorte de pression sur celui-ci. Cette manière de voir de
l’individualisme tend à concevoir le groupe (famille, clan, corporation…) comme étant
une entité qui restreint les libertés de l’individu. Des philosophes comme Thomas
Hobbes (1651) et Jean Jacques Rousseau (1762) se sont intéressés aux libertés
individuelles et aux obligations de la vie sociale. Ces auteurs opposent, de ce fait,
l’individualisme au collectivisme : l’individualisme perçu comme un révélateur de la
liberté absolue de l’individu et le collectivisme qui le soumet aux règles de la volonté
générale. Cette situation que Charles Hampden-Turner et Fons Trompenaars (2004)
qualifient de dilemme est fondamentale et très prégnante dans toute organisation et
dans tout milieu professionnel. Se pose alors la question de savoir, en travail d’équipe,
comment concilier les intérêts individuels et l’intérêt du groupe. En effet, pour ces deux
auteurs op, cit. (p 61) « On ne peut définir l’individualité sans préciser le groupe ou le
contexte social dont l’individu provient ou se démarque. De même, le groupe est
forcément constitué de ses membres individuels et ne saurait donc exister sans une
multiplicité d’allégeances ».
Les sociologues, quant à eux, opposent le concept d’individualisme à celui d’égoïsme.
Pour eux, l’individualisme ne saurait être conçu comme une sorte d’égoïsme qui tend
à privilégier l’estime et la confiance en soi pour soi, l’autonomie et l’indépendance de
l’individu. L’individualisme va au de-là de la personnalité et reste entièrement
déterminé par le social. En sociologie, la primauté est accordée à la société plutôt qu’à
l’individu. L’individu dépend en grande partie de la société ou du groupe social dans
lequel il vit. Selon Friedrich Hayek (1899-1992), il ne saurait exister d’individus isolés
ou auto-suffisants ayant des attitudes et comportements qui ne soient conditionnés
par le fait qu’ils sont en contact avec d’autres individus dans la société.

L’individualisme est fortement marqué par l’environnement socio-culturel des


individus. En vue de mettre en exergue la dimension culturelle dans les milieux de
travail, Geert Hofstede (1984) a entrepris une étude sur un échantillon de plus de 100
000 employés de la multinationale IBM, répartis dans plus de cinquante pays, sur les
cinq continents. Son étude a permis d’aboutir à la conclusion selon laquelle il est
possible d’attribuer des valeurs propres à l’individu en fonction de ses tendances
culturelles. A ce propos, Katy Deschamps de l’Université de Sherbrooke affirmait, dans
son article intitulé Modèle d'intervention en psychologie des relations humaines, paru
dans la revue « INTERACTIONS » n° 1, Vol.4, printemps 2000, que : « dans tout
groupe, il y a des variances au niveau des tendances individuelles ».

1.2. Le collectivisme

Le collectivisme dans le milieu professionnel peut être matérialisé par le travail


d’équipe qui consiste à s’unir les forces entre équipiers en vue d’atteindre des objectifs
communs. Le collectivisme suppose la mise en veille des intérêts individuels au profit
des intérêts collectifs. Dans les sociétés où il existe le collectivisme et dans une sphère
beaucoup plus petite comme par exemple au sein d’une famille ou d’une entreprise,
l’intérêt du groupe prime toujours sur l’intérêt individuel. D’après Deschamps K. (2000,
p 141) « les sociétés à tendance collectiviste se caractérisent par le fait que les
personnes qui y naissent sont intégrées dans des groupes forts et soudés qui
continuent de les protéger tout au long de leur vie, en échange d’une loyauté
indéfectible ». À l’inverse, selon l’auteur, dans les sociétés occidentales l’accent est
davantage porté sur l’autonomie de l’individu et sa réalisation personnelle. Dans ces
sociétés, poursuit-il, les liens entre les personnes sont plutôt relâchés et chacun doit
se prendre en charge.
1.3. Individualisme vs collectivisme

L’individualisme s’oppose au collectivisme à l’image de l’opposition que l’on


peut établir entre les intérêts individuels et les intérêts collectifs. Katy Deschamps,
quant à lui propose d’opposer le pronom personnel « je » au pronom personnel
« nous ». La majeure partie des habitants de la planète vit dans des sociétés dites
traditionnelles, nous fait savoir Katy Deschamps (2000). Dans ces sociétés, des
valeurs telles que « l’esprit collectif », « la solidarité », « le bien commun », etc. sont
fortement cultivées et inculquées à l’individu depuis son bas âge et fait partie intégrante
de ses pratiques quotidiennes. Il n’est pas impossible pour nous de dire que font
parties de ces sociétés, la plupart des sociétés africaines. Cependant, force est de
constater que de plus en plus, l’égoïsme, la recherche effrénée du profit, le
matérialisme, etc. ont tendance à instaurer l’individualisme dans les sociétés jadis
traditionnelles.

Entre individualisme et collectivisme, le quel des deux concepts est-il


souhaitable de mettre en avant dans le cadre d’un travail d’équipe ? est-il possible
dans le cadre d’un travail d’équipe, de séparer l’apport individuel de l’apport collectif ?
De prime à bord, il est intéressant de ne pas considérer un travail collectif comme étant
la somme des travaux individuels des membres d’une équipe. Aussi, travailler avec
d’autres personnes permet un partage de connaissances, d’expériences, de
compétences et d’aptitudes que l’on n’aurait pas eu en travaillant seul. Le guide
« apprendre en collaboration avec d’autres : travail d’équipe » de l’Université Laval
(1996) nous invite, dès l’introduction du document, à cette réflexion profonde : « On
accomplit bien à plusieurs que ce qu'on sait ne pas pouvoir réaliser seul-e! »

En définissant les frontières qui puissent exister entre individualisme et


collectivisme et d’en permettre une meilleure appréhension de ces deux concepts,
Hampden-Turner, Ch. et Trompenaars, F. (2004, pp 61-62) proposent quelques pistes
que nous avons compilées à travers le tableau suivant :
Individualisme Collectivisme
Concurrence Coopération
Indépendance Lien social
Intérêt personnel Altruisme
Progrès et épanouissement personnels Service public et héritage social

Deux exemples, à notre sens, permet de montrer l’intérêt ou non de travailler


en équipe ou pas :

- Lorsqu’il s’agit de primer ou de donner des distinctions honorifiques. Faut-il


identifier individuellement les travailleurs qui ont fait montre de prouesses et
d’ardeurs ou faut-il s’adresser à toute l’équipe qui a contribué à l’atteinte des
résultats en créant des conditions propices ?

- Lorsqu’il s’agit de porter des sanctions. Faut-il sanctionner le travailleur pris


individuellement lors d’une faute commise dans l’exercice du travail d’équipe ou
alors sanctionner l’ensemble de l’équipe qui d’une manière ou d’une autre en
est également responsable ?