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Bilan

 du  langage  écrit  le  20/08/2012  :  

Pierre,  né  le  17-­‐05-­‐2002  


Pierre, 10 ans 3 mois, consulte avec sa mère, à l'issue du CM1 pour des difficultés en dictée et en
copie. Il a déjà effectué, pour la même raison, en fin de CE1, un bilan orthophonique, qui n'avait pas
montré de trouble spécifique ; il lui avait été alors conseillé d’effectuer un nouveau bilan à 1 an.
Pierre a globalement de bons résultats scolaires et la maman a préféré attendre davantage, d’autant
qu’il avait progressé dans la tenue de ses cahiers, en graphisme, et semblait bien intégrer les règles
d’orthographe.
La maman, elle-même enseignante en CP, est surtout interpellée par les difficultés de copie et se
demande s’il s’agit d’inattention ou de difficultés plus spécifiques. Pendant l’été, Pierre s’est entraîné
à la copie et a semblé progresser. Elle n’a pas noté de difficultés de lecture.

Anamnèse
- Né à terme, accouchement difficile. Bébé qui a présenté beaucoup de difficultés
d'endormissement, améliorés après ostéopathie ;
- A noter sur le plan médical : rhume de hanche à l'âge de trois ans sans séquelles ultérieures ;
- Alimentation, sommeil, développement psychomoteur : RAS. enfant habile au niveau manuel
et pratique. La maman signale que Pierre a besoin de bouger beaucoup, mais ne présente
pas de difficultés de concentration ;
- Développement du langage : pas de difficultés particulières, apparition normale des premiers
mots avec évolution rapide et satisfaisante ;
- Scolarité : beaucoup de difficultés d'adaptation à l'école maternelle, adaptation beaucoup plus
facile en CP : pas de difficultés d'apprentissage de la lecture. Lecture fluide en fin de CP
d’après la maman. Difficultés de copie apparues en CE1 ;
- Situation familiale : un frère de 7 ans ½ qui ne présente aucun trouble du langage oral ou
écrit (la maman signale qu’il commence à mieux se débrouiller que Pierre en orthographe) ;
- Antécédents familiaux : le papa ferait beaucoup d'erreurs d'orthographe et a présenté un
bégaiement sévère à l'adolescence. Pas d'épisode de bégaiement chez les 2 garçons, un
cousin côté paternel encore suivi en orthophonie pour bégaiement ;
- Enfant anxieux et peu confiant en ses capacités d’après sa mère, mais très à l’aise à l’oral.

Coopération – ressenti : Pierre a bien coopéré lors du bilan avec parfois de petites attitudes de
prestance qui n'ont pas nui à la réalisation des tâches. Il dit savoir qu’il fait des erreurs d'orthographe
mais n'est pas conscient de réelles difficultés.

Examen réalisé avec la batterie Exalang 8-11 (étalonnage CM1)


Compte tenu de l'aisance verbale manifeste, nous n'avons pas effectué d’examen complet du langage
oral. Ceci reste éventuellement approfondir par la suite.

Attention-mémoire, phonologie :
- La mémoire immédiate est d'un niveau moyen-faible (empan auditif endroit = 4 soit : -1,2
écarts-type)
- La mémoire de travail testée par l'empan auditif envers est insuffisamment efficiente : empan
limité à 2, ce qui le situe -3 écarts type.
- Le déficit de la boucle phonologique et de la mémoire auditivo-verbale peut être relié aux
performances médiocres dans l’épreuve de métaphonologie phonémique, étonnantes par
rapport à l’aisance verbale apparente (5/11, -1,6 écarts-type). La répétition de logatomes est
par ailleurs dans la moyenne, avec une erreur de répétition.
- L'empan visuel est lui aussi médiocre mais reste dans la moyenne (-0,9 E-T).

Langage oral et lexique:


- Une épreuve de jugement morpho-syntaxique a été proposée à Pierre, après une épreuve du
même type à l’écrit (correction de phrases) afin de comparer les deux modalités. Pierre repère
parfaitement les incongruités morpho-syntaxiques à l’oral et les corrige très facilement, ce qui
n'est pas le cas en modalité écrite ;
- Au niveau lexical, Pierre réussit bien l’épreuve de relations sémantiques, dont le traitement se
fait entièrement à l’oral. Il est en revanche en échec dans l’épreuve de décision lexico-
morphologique où le choix d’un terme adéquat parmi des mots morphologiquement proches
s’effectue en présentation écrite : le temps de traitement rapide (+0,7 E-T) nuit à la précision
des réponses avec une désignation approximative (- 4 E-T), que l’on peut mettre en relation
avec son échec à l’épreuve de jugement lexical orthographique (cf. infra).

Lecture :
- Niveau processuel :
o L'épreuve de lecture de mots isolés montre une certaine lenteur pour la tâche
d'identification des mots, avec des stratégies d'identification peu efficientes : Pierre
lit 94 mots en 3’ (ce qui le situe à -2,3 E-T pour le score et -1,45 E-T pour le temps)
dont 8 mots erronés (-1,5 E-T) : les erreurs consistent surtout en erreurs globales
(paralexies formelles), telles que « asseoir » lu « accessoire », « hier » lu « hiver »,
« fendu » lu « fondu », « compteur » lu « compter » et 2 erreurs de régularisation.
Ceci peut évoquer un problème de gestion de la fenêtre visuo-attentionnelle, Pierre
ne prenant en compte qu'une partie du mot ou ne retenant qu'un indice global sur la
forme visuelle du mot sans vérifier ensuite si la forme produite correspond à la forme
écrite.
o Épreuve de lecture de non-mots : Les difficultés de Pierre sont flagrantes (- 6,2 E-T
pour le score, -2,65 E-T pour le temps), il tente de lexicaliser les pseudo-mots
( mallot  maillot, manoteur moteur, camot canoter ) et se trouve en grande
difficulté pour les logatomes, fortement altérés et émis laborieusement : le déficit de
la voie phonologique est ici net, sans pour autant éliminer l’hypothèse d’une
réduction de la fenêtre visuo-attentionnelle (suppression de syllabes, inversions,
conduites d’approche).
o Les difficultés sont confirmées dans l’épreuve de leximétrie (lecture orale d'un texte
en temps limité) : le temps de traitement se situe dans une moyenne faible pour la
tranche d'âge (-0,75 E-T, Percentile 25) et le score de précision de réponses (mots
lus correctement) est très insuffisant (-1,65 E-T, percentile 10). Là encore, on
retrouve beaucoup d’erreurs globales ou d’approximations morphologiques
(exemples : « entraîne  entraînement, intéresse  intéressait ») et des conduites
d’approche.
- Analyse fonctionnelle : dans l’épreuve de compréhension de texte en lecture silencieuse,
Pierre prend des indices suffisants pour assurer une compréhension globale du texte mais se
trompe sur quelques détails : les résultats obtenus le situent néanmoins dans la moyenne
faible de sa tranche d'âge (-0,9 E-T). On note là encore une tendance à une certaine
approximation et une lecture silencieuse peut-être un peu rapide pour prendre en compte tous
les détails. Pierre n'utilise pas la fonction qui lui permet de retourner au texte pendant le
questionnaire.

Orthographe
- Dans l’épreuve de jugement lexical orthographique (Q.C.M), les résultats de Pierre sont très
faibles, à -2,33 E-T. Pierre ne semble pas posséder de représentation orthographique stable
associée au signifié. Il hésite longuement et signale même qu’il ne voit pas la différence
entre certaines étiquettes-mots qui lui sont proposées. La prise d’indices apparait là encore
très globale et approximative.
- Dans l'épreuve de complétion de phrases, on note des difficultés d'ordre grammatical dans
l'utilisation des formes verbales que ce soit au niveau du genre, du nombre ou du temps alors
que la mère avait signalé qu'il n'y avait aucune difficulté de ce côté-là. Les difficultés ne sont
pas majeures mais le situent néanmoins à -1,5 E-T de la moyenne.
- Dans l'épreuve de dictée sous forme de closure de texte, les difficultés ne sont pas majeures
mais le situent à environ -1 E-T dans les trois aspects, phonologique, lexical et grammatical.
On retrouve là encore l'absence de représentations lexicales stables avec de nombreuses
hésitations et conduites d’approche au cours de la dictée. Les erreurs phonologiques sont peu
typiques (exemple : « rayure  rigure ») hormis des confusions sur la paire C/G.
- Dans l’ensemble des productions écrites, on observe de nouveau des erreurs globales,
attentionnelles avec la substitution d’un mot par un autre mot ou des omissions de parties de
mots : (exemples : « moins  moi, parc par, s’affrontent  saffront, match math »)
- Dans l'épreuve de correction de phrases où il s'agit de porter un jugement sur la rectitude
orthographique puis d'effectuer une correction, Pierre peut repérer la plupart des erreurs mais
se montre incapable de les corriger (score repérage -0,7 E-T, score correction -2,33 E-T).
- Une copie de 3 lignes a été proposée à l’enfant et n’a montré aucune erreur, mais il a
visiblement fait particulièrement attention. La copie est cependant lente et de type servile avec
retour fréquent au modèle.
Conclusions diagnostiques et projet thérapeutique
La plainte de la maman portait essentiellement sur la copie, Pierre étant, lui, conscient de difficultés
d’orthographe.
Les épreuves de lecture réalisées mettent cependant d’abord en évidence un trouble spécifique des
stratégies de lecture, de l’ordre d’une dyslexie mixte, plus ou moins compensée jusqu’à présent par
de bons appuis sémantiques et linguistiques : la voie phonologique est fortement altérée et peu
employée par Pierre, la voie lexicale est utilisée de façon prépondérante mais avec un faible rétro-
contrôle, qui entraîne la multiplication d’erreurs globales de lecture. L’hypothèse d’une mauvaise
gestion de la fenêtre visuo-attentionnelle peut également être retenue.
On note par suite une dysorthographie associée, modérée actuellement mais qui risque de
s’aggraver, compte tenu de l’instabilité des représentations lexicales.
En parallèle, on note une faiblesse de la mémoire de travail et des compétences métaphonologiques.

Une prise en charge orthophonique est souhaitable dont les premiers axes de travail pourront être :
- La stimulation de la mémoire de travail et de l’attention visuelle ;
- La précision et la rapidité de l’identification des mots, en développant l’attention portée à la
morphologie (différenciation des mots) ;
- Le développement du recours à une stratégie d’assemblage, quand celle-ci est utile (peu
utilisée par Pierre, actuellement) ;
- La mise en place de stratégies de vérification et de relecture, dans la transcription écrite.