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BffiLIOTHÈQUE

aB

BEAUCHESNE

RELIGIONS SOCIÉTÉ POUTIQUE

18

ÉGLISE

ET
HISTOIRE DE L'ÉGLISE

EN AFRIQUE

ACTES DU COLLOQUE DE BOLOGNE

22-25 OCTOBRE 1988

ÉDITÉS PAR

GIUSEPPE RUGGIERI

BEAUCHESNE
PARIS

"

TABLE DES MATIÈRES

Giuseppe Battelli

I
DANIEL COMBONI
ET SON « IMAGE » DE L'AFRIQUE

Liste" des collaborateurs V

A vant-propos VII

Giuseppe Alberigo I - QUBLQUBS ANNOTATIONS INTRODUCTIVES


Chrétienté et cultures dans l'his­

toire de l'Eglise IX

Daciel Comboni découvrit et vécut le choix missionnaire


vers l'Afrique aux alentours de la moitié du XIXe siècle,
DES QUESTIONS A PARTIR DU PASSÉ dans le contexte d'un itinéraire biographique eompris
entre 1831 et 1881 1 • Par rapport à son histoire, il n'y adone
çharles Pietri Un judéo-christianisme latin et pas de difficultés de périodisation et d'insertion dans l'une
l'Afrique chrétienne ou l'autre époque de l'activité missionnaire catholique.
André Vauchez L'évolution de l'idée de mission et Combaci appartient d'une manlère certame, outre les dis-
de la pratique missionnaire en Oc­
cident à l'époque médiévale 13 I. Pour une fiche bibliogmphique synthétique, cf. A. GILLI, Comboni
Daniele, dans D;'{ionario degli istituti di /J8rfe'{itJfle, II, Roma, 1915, col. 1241­
François de Medeiros Une structure de domination. La 1%#. Le mé!me auteu.r a publié une chronologie particulièrement efficace et
mentalité sous-jacente à la traite articulée in Quadro schematico generale della vita e delle opere del Servo di
négrière et le propos de l'évangé­ Dio mons. Daniele Comboni, clans ArrhilJÌo rombonitmo, :I.I (198;), n. z, 18-164.
lisation au XVIe siède Pont la bibliogmphie« de» et « sur» Comboni, voir L. FRANCESCHINI, Mom.
29 Dlllliele Comboni {r 8JI-r 88r}. Bibliografia, Ron'ia, 1984. Les manuscrits de
Comboni jusqu'aujourd'hui retrouvés sont rassemblés en originai et copie
dans les archives génémles des comboniens à Rome. Récemment il a été pré­
L'IDÉOLOGlp ET LA PRATIQUE MISSIONNAIRE paré une tmnscription, pont maintenant d'usage interne (D. COMBONI, Srritti,
sous la direction de « Studium Combonianum », Roma, 198;). Pour une ana­
lyse de documi:nts d'intérét plu8 général, voir A. GILLI, P. CHIOCCH1ITTA,
Jacques Ga,dille

I
L' « idéologie » des missions catho­ Dllllie/e Comboni : rarte per l'wanglU'{'{tr.(jone ÒlI/'Afrita, Bologna, 1918. En
liques en Mrique francophone 43 dehors des initiatives de recherche effectuées par des membres de la méme
&mille re1igieuse combonienne, il faut noter le colloque qui a eu Iieu à Rome
Giuseppe Battelli Daniel Comboni et son « image » en novembre 1981, publìé clans le volume L'Afrka ai tempi di Daniele Comboni.
de l'Mrique Atli ÒlI fongreJ1() inllr1tl1'{/onale di 11«4; afritoni, sous la direction de M. CARA­
63 VAGLI0S, Roma, 1981; et l'édition d'un catalogue des archives comboniennes
Georg Kretschmar c::onduit soWlla direction de A. M. GENTILI et S. BONO: Fonti f()mbo"iane per
Sur l'idéologie cles missionnaires «(
lo 110m tkl/' Afrito wrd-orimtale Fonti e studi per la storia dell'Mrica », I)
occiclentaux en Mrique 89 sous la direction de S. LUCIANI et 1. TADDIA, Bologna, 1986.
64 Giuteppe Battelli Vidé%gU et la pratique 11Jiuionnai,e 6S
continuités parfois déterminées pat les événements ou les
caractère substantiellement marginaI, minoritaire, de la contri­
phases de t01lt!la.nt dans l 'histoire des missions, à ce que
bution italienne au développement des missions catholiques
Latourette indiquait déjà au début des années 40 comme
du xrx9 en Mrique8• Une contribution qui ne peut évidem­
« the Great Century »2, et que Pirotte a nommé plus récem­
ment pas etre coofondue ou évaluée coextensif avec les
ment « le renouveau missionnaire de l'époque romantique
et coloniale »3. initiatives promues ou favorisées par la Congrégation romaine
de « Propaganda fide ». D'un autre coté, je crois qu'elles
Dans les manuels européens plus récents sur l'histoire de reflètent au moins en partie une particularité historiogra­
l'Eglise catholique, Combani est cité sur un mode indubi­
phique : la matrice linguistique qui, au-delà de la validité
tablement synthétique; mais parmi les missionnaires italiens
de la position historiographique générale de ces manuels,
engagés en Afrique au cours du xrxe il demeure avec évi­
en signe de manière parfois évidente l'approche privilégiée
dence le plus mentionné'. On trouve, en effet, dans ces
à des thématiques, des figures et des expériences ecclésiales
manuels seulement de rapides allusions au cardinal Massaja
qui appartiennent à une aire géographique ou linguistique
et à De Jacobis6; tandis que Ludovico da Casoria6 et Nicola
particulière, ou qui - comme dans le cas de Comboni ­
Mazza lui-m~me, qui eut un role décisif dans le choix « afri­
cain » de Comboni7, sont ignorés. finiront par croiser ces figures et expériences à cause de la
perspective extra-italienne de ses initiatives.
Les raisons de cet écho relativement modeste de l'activité
missionnaire italienne, mais aussi de l'émergence de Comboni On pourrait se demander combien le niveau, tout à fait
insuffisant selon certains, exprimé par telles reuvres par rap­
en son sein, sont probablement nombreuses. D'un coté
port au phénomèoe missionnaire9, se reflète aussi dans le
elIes expriment clairement un donné historique réel : le
privilège nalional. Mais ce qu'il me parait avant tout nécessaire
2. K. S. LATOURBTTB, A Hislory of lbe B:x:palllÌtm of Christitmity, vol. IV-VI,
de rappeler, c'est un fait - l'émergence de Comboni dans
New York, 1941-1944.
le panorama missionnaire italien du siècle dernier - qui,
3· J. P1ROTTE, L'accueil ou le rcfus du Chtistianisme dans les missions
malgré les problèmes auxquels nous avons fait allusion,
cathollqucs, du xxx8 au :xxe siècle, <lans Propagande ,1 tOtJJr6-propagatuie reii­

gilN.res, éd. par J. MAR.X, Bruxelles, 1981. 14,- t6 3, 146.


semble toutefois se vérifier dans le passage des manuels à
4· H. J8DIN (Hrsg.), Hafllibmh der Kin:bengluhi&hle, Frcibntg-Basel-Wien,
la- littérature spécifique sur ce problème10• Un fait qui, au
1911, VI/I 616-61 1, 638, 648, 712; VI/a 513. R.. AUlIlUtT, M.-D. KNowLBS,

L.-J. ROGIBR, No_Ile hisloire tle l'Eilise, V, Paris, 1975, 4H.

5· POnt Massaia et Dc Jacobis, cf. JBt>IN, FUmtlb1lf:h..., VI/I :1.44. Ils man­

qucnt des appels dans la NOUJJelle hisloire... Snt Dc Jacobis, voir le synthétique
8. Une plàcc importante leur a été reconnuc, hon d'Italie, seulementpar
articIe dc R. CHALUMl!.AU, Juatin Dc Jacobis, <lana Calbolicisme, VI, Paris,
B. STORMB, &angélil4tiepogingen: iII tle Bitmelanden flall Afrika geJunntle de
1967, col. 133 1• Uné mise au point plus actuclle <lana R.RWBY.BMAMU, Two
XIXe W/IV, Bruxelles, 1951, 191-208 (A. Vinco); 234-256 (N. Mazza et les ­
pionnecrs, one missions. Italis De Jacobis and Massaja in Mrica, dans
premières expéditions); 260-268 (L. da Casoria); 2.68-3050 414-419 et 463-415
La cOIl(Uçe~a dell'Asìa e dell'Africa in llalia nei secoli XVIII-XIX, II/2, Napoli,
(D. Comboni).
19 85, 68 5-696. Il est notable la récente édition des sourccs : G. MASSAJA.
9. Cf. par excmple G. BOTTORINI, Da lItIa chiesa di « millioni» atllltltl ,hina
-Memorie doriche tlelvicarialo apostolko dei Galla rl/I-I 880. MaltOsmllo IZIIlografo « misliof/lZrkz l). ApJ>lltlli per lItItl storia delle miS/iolli negli llitimi I IO a",u~ Padova,
llillicano, sous la direction de A. Rosso, Ottà del Vaticano, 19 84, 6 vol. Les 1 985, 7·
IO. « Daniele Comboni is one of the kcy figures who have decisively shaped
rapports avec Comboni lont surtout étudiés <lans le volume IV. POnt tels
mpports, cf. aussi, en outre, n. 37. Europe's relatiomhip with Africa » (R. GRAY, The significancc of Comboni
6. Sur lui, G. F. d'ANDlU!A, P. Ludovico da Casoria, dans ArchÌllHm frati­ in the history of Africa, dans L'Africa ai tempi... , cit., I8-n, 18). Cf. aU5si
&ÌscalllU!l hirlorimm, 18 (t985), 200-225; S. GAROFALO, La carilà sjref/lZta. P. F. MOODY, The Growth of Catholic Missions in Western, Central and
II Ven. P. LlllÙivitO da Casoria,franm,altO (rII/-III,), Napoli, 19 85. Pour Eastem Africa, <lans Sacrae Congregationit tle Propaganda fide memoria renrm,_
les rapports avcc Comboni, cf., en outre, la note 69. 1122-1972, cura c studio J. MBTzl:.BR. ed., Rom-Frciburg-Wien, 1915,
7· Sur lui teste fondamentalle premier volume, unique, jusqu'à maintenant voI. III/I: 1111-1972, 203-255, 212 55.; R. RWBY.BMAMU, The christian mis­
édité, dc la Miscellanea di shidi mattfani. Nel ceni_io della morle tli don Nicola sions in Africa before and after the Berlin conference (1884-1885), dans Etmt61
Motta (1790-1161) , Verona, 1966. Le second volume apparaitra bientòt. dotele, 38 (1985), 61-91, 66 s. Bien que s'auétant sur le mème Comboni, le
volume dc R. HBlUIMANS, L'idl/çation dall/ler millions del Ph-'eI blancs en AfrilJll8
66 L'iJéologie et la pratique missionttaire 67
Giuseppe Battelli

fond, confirme l'opportunité d'avoir inséré « Comboni )} en Europe des jeunes filles africaines, sousttaites sur les
entre les sujets que nous évoquons iei : soit en soi, soit pour cotes méditerranéennes de l'Egypte à la ttaite qui régnait
mettre en exemple, dans le cadre problématique que 1'on au centte de l'Mriquel l•
s'est fixé, ce que j'indiquerais simplement comme le cas Comboni, donc, faisait exeeption. n ne me parait pourtant
italien. opportun d'affronter directement la question qui m'est pro­
Mais, bien sUr, iei apparaissent quelques problèmes qui, posée qu'après avoir synthétisé quelques-unes des références
par rapport au sujet qui m'est demandé, ont un role non spéeifiques qui furent en amont du ehoix missionnaire de
secondaire. Jusqu'à quel point peut-on « lire » à ttavers Comboni pour l'Mrique, et qui le déterminèrent. Autre­
l'bistoire de Comboni une sorte de typologie italienne dans ment dit, je chercherai à rassembler, en l'absence de la
les missions du XIXe vers l'Mrique? Dans quelle mesure tradition d'un ordre religieux particulier ou de la formation
peut-on correctement parler dans son cas d'une iJéologie romaine dans le Collège de Propagande, les éléments qui,
africaine au sens strict et dans son acception inévitablement s'additionnant, produiront la vocation de Comboni. Plus
organique? que son iJéologie africaine, et selon des eatégories moins enga­
Pour une telle vision, je pense qu'il est indispensable de gées, nous analyserons done l'image de l'Afrique qui guida
tenir compte que si, d'un coté, Comboni entte parfaitement ses projets et son expérienee directe, d'abord de simple
sur le pIan chronologique dans une des phases les plus missionnaire, puis de responsable du vicariat apostolique
importantes de l'élan missionnaire catholique vers l'Mrique, de l'Mrique centrale.
d'un autte eoté, son expérience prit forme en dehors de la
earaetéristique ordinaire selon laquelle, encore au milieu
du XIXe, les initiatives missionnaires « africaines )} de plus z. - LEs PRÉsupposÉs DU CHOIX « AFRICAIN »

grande ampleur viruent le plus souvent de membres d'ordres DE CoMBONI

religieux. Ceci avec tout ce qui en découlait, non seulement


au niveau de soutiens éeonomiques et logistiques, mais aussi Comme pour de nombreux missionnaires les plus connus,
en reIation à la présence d'une ttadition missionnaire propre, mème pour Comboni on retrouve une tradition « hagiogra­
avee ses eOntenus religieux et idéologiques de fondo phique » relativement ampIe et riche d'anecdotes, surtout 12
Le milieu italien, à ce sujet, ne faisait pas exception. Le à propos de la maturation de son choix m.j.ssionnaire •
Piémontais Gugliemo Massaja était en fait capucin. Le Dans sori. cas, si l'on peut considérer comme plus earacté­
Lucanien Giustino De Jaeobis appartenait à la Congrégation ristique le fait d'une impulsion vers l'Mrique dès les jeunes
des Missions: Le Napolitain Ludovico da Casoria était années -le milieu naturel de la rive du lac de Garda aurait
mineur réformé. Le Génois Pedemonte était jésuite. Parmi requis des paysages plus vastes et exotiques13 - . on note
le peu de eas de prètres séculiers italiens engagés dans les deux é1éments habituels dans la typologie sur la genèse
missions africaines durant ces quelques décennies, on peut des vocations missionnaires du XIXe : Pimpulsion favorisée
rappeler Nicol6 Olivieri et son ceuvre, Pia opera del riscatto
11. L. TUV1IRSO, Niçolà DIMeri e il rjsçalto de/le sçhiave afrkane (storia
. delle fanciulle more. Son ceuvre ne consistait cependant pas d'liti eroe della carità), Firenze, 1916. Plus récemment p, C:alOCCHl!Tl"A,« Eduxi
tant en une activité sur le sol africain qu'à racheter et former vos de domo servitutis » : contributo alla storia della rinascita missionaria.
nella Chiesa del secolo XIX, dans Blllltes doçete, ~6 (19 83). 1°9-2.3 1 •
u. Sue la dilfusion d'une telle littérature J. PtROTTB, Evangélisation et
cultures, pour un renouveau de la. missiologie histotique, dans R.tllUt thlolo­
çentrale (1879-1914). Objeçtifs et rlalisations, Louvain-la-Neuve et Bruxelles,
1983, ;1, n. 1, semble en revanche privilégier le ròle de Mazza, cité parmi IÌ'/N' di LoUl1f1Ìn. 11 (19 86), 4 19-443. 4 1 9.

les « principa.ux apottes de l'Afrique du XIXe siècle ».


l;. C. FUSBi.O, Dt1fIie/e Comboni. Verona [19B1, 6.

68 Giuseppe Battelli L'idéologie et la pratique missionnaire 69

par une lecture et l'attitude négative de la famil1e, rendant Libermann la typologie de la VDcanon !1I!citée par une lecture
encore plus grand le mérite du missionnaire à suivre sa - connexe dans son cas aussi à la conversion à la religion
propre vocation. chrétienne - débouchera sU! le rappel de l'Emi/e de
Ce second élément, découvert aussi lors de la reconstitu­ J.-J. Rousseaul8 •
tion de la vie du Français Luc-Martin Huin, contemporain Si l'on fait le rapprochement entre la lecture de jeunesse
de Comboni et tué pendant !es années 60 lors de l'activité du livre de Liguori et les paroles que Comboni employa
missionnaire en Coréeu , est cependant d'intér~t mineur à vingt ans après poU! louer l'encyclique Quanta cura de
notre point de vue, mème s'il est souvent souligné dans les Pie IXl9, et probablement aussi l'annexe Si/Jabus, on pourrait
ouvrages sU! Comboni, et conf1rmé par une ampIe corres­ établir assez c1airement la ligne directrice fondamentale de
pondance avec ses parents l6• En revanche, le premier me sa pensée, en confumant l'orientation ultramontaniste déjà.
parait revetir un intéret plus spécifique. En fait, Comboni soulignée par l'historiographie combonienne en 196020.
aurait reçu une dernière et décisive impulsion vers les mis­ C'est une conc1usion qui peut ~tre au moins en partie
sions africaines avec la lecture des écrits d'Alphonse-Marie partagée, mais qui me parait réclamer quelques nuances.
de Liguori sU! les Chrétiens martyrs au Japon entre le XVIe et L'ambiance véronèse dans laquelle Comboni put muri! son
le XVIle .sièclel6, choix « africain » était en fait, au milieu du xrx e siècle,
On pourrait se demander quel lien direct peut exister un peu plus variée et riche en stimulations que l'hypothèse
entre le futur engagement de Comboni en Mrique centrale évoquée voudrait le laisser entendre. M~me nuance à apporter
et un écrit qui constituait de fait la seconde partie d'une par rapport aux suppositions qui se fondent sU! le milieu
reuvre liguorienne destinée à répandre la lecture de la vie des complexe du pontificat de Grégoire XVI, et d'une province
martyrs comme complément de la traditionnelle coutume eccIésiastique dans laquelle se formait dans ces memes décen­
de lire la vie des saintsl7 • Mais l'intéret me semble etre ailleU!s. nies le contemporain de Comboni et futu! pape Pie XliI.
Je le verrais plutot dans le fait que cet épisod.e, qu'il soÌt A Vérone, par exemple, Rosmini recevait un large
authentique ou fantaisiste, rappel1e clairement le climat reli­ consensus durant ces années 22• SU! le pIan de l'intéret poU!
gieux caractéristique des milieux eccIésiastiques italiens du l'Mrique, il existait de petits cénacles de discussion et
milieu du XIX6 siècle ultramontains, ou poU! le moins intran­
sigeants. Par exemple, dans le cas du missionnaire français 18. J. GA.Y, Libermann, Paris, 1955, 10. Sur lui, d. désormais P. Q:>ULON,
P. BRASSlIUR (éd.), Libermann I 802-1 l, 2. Un, pmsle et lIIIe myrtique miuionnairu,
Paris, 1988. . .
14. E. VAUTHIBR, Un tlmoin du Cbrilt : Lt«-Martin Hmn, Milli_ire et 19. «Quale ammirando spettacolo non ci ha testè colpito I Il Gran Sacerdote
m(lrtyr en Corie (I8J6-IU6), Paris, 1984, 2.5. della nuova alleanza minacciato da ogni parte ed oppresso dai suoi fieri
15· Pour son utilisation, voir en particulier GILLI-CHIOCCHl!'ITA, Il mes­ nemici, nel momento più solenne in cui sembra annientato e conquiso dal
saggio di Daniele Comboni... , cit., 101 ss. furore delle potenze dell'Abisso, calmo e imperterrito [...1alza la voce apos­
16. FuSBl1.o, Daniele Comboni... , cit., I5. L'auteur reporte l'épisode en 1846. tolica che è udita da tutto il mondo, e colla sua famosa Enciclica conferma i
D;ms la chronologie de GILLI (QlI4f1ro schemalÌço unerale..•, cit., 2.8), on semble suoi fratelli nella fede, istruisce i 8uoi figli nella purità della dottrina, e condanna
en revanche préférer la date de 184;, déjà proposée dans la biographie de gli errori della· moderna società degli empi » (D. Comboni à A. Barnabò,
M. G1IANCELLI, MOM. Daniele Comboni e la Missione dell'Afrira Centrale, Verona, 15 février 1865, in P. CmOCCHl!'ITA, Il « Postulatum » pro nigris Mricae
192.;· centralis al concilio Vaticano I e i suoi precedenti storici e ideologici, dans
11. « Se il leggere le vite de' santi è un gran mezzo per conservare la pietà, Emdes docete, 13 (1960),408-441, citation à la page419).
come diceva s. Filippo Neri, e come insegnano tutti i maestri di spirito; molto 10. Ibitl., 42.6 et 42.8.
più utile riesce la lettura della vittorie de' santi martiri che nei tormenti sacri­ 2.I. Sur ce aujet, voir récemment Le radia venete di San Pio X. Saggi eriçerçhe,
ficarono II. Dio la loro vita» (A.-M. de LIGUOIU, Vittorie dei martiri, ovvero IOUS la direction de S. TRAMONTIN, Bresda, 1981.
le vite dei più celebri martiri della Chiesa, dans In., Opere asçefiche,IV, Torino, 22.. D. GALLIO, Temi e ngure della questione- rosminiana a Verona in
188o, 4B-646; à la page 4H, le passage cité; à la p. 594 S8., la partie intitulée documenti dell'archivio Mazza, dans Mimllanea di stflli; m~iani... , cit.,
« Dei martiri ne' regni del Giappone»). 311-452..
G. 'RUGGIEIU - "
70 Giuseppe Battelli Vidéologie el la pratique missionnaire 71

d'échange d'informations ll3• Pendant ce méme temps, sur veauté par rapport à l'initiative d'Olivieri - le projet de
le pian général des missions, P« CEuvre pour la Propagation renvoyer en Mrique les jeunes ayant été rachetés, après les
de la Poi» de Lyon avait trouvé à Vérone de fidèles défen­ avoÌr éduqués à Vérone 30 • Cem:-ci auraient été précédés
seurs de l'initiative de Pauline JaricotM, malgré les obstac1es par quelques pretres italiens, élèves de Mazza, qui auraient
successifs posés par les autorités autrichiennes, qui défen­ du s'Ìnstaller pendant ce temps dans une localité africaine
daÌent la Leopoltlinenstijtung de Vienne 26• Par rapport à - Le Caire fut choisi ensuite ~ pour y ériger un collège
Comboni, le lien principa1 entre ces réalités stimulantes, et éduquer les jeunes indigènes.
et aussi pour l'émergence d'autres éléments plus tradition­ L'objectif de fond, ainsi que les présupposés intellectuels
nels 26, fut le prétre séculier Nicola Mazza2?, qui l'avait qui en constituaient la base, était nouni par les dem: buts
accueilli à douze ans, en I843, dans son institut pour jeunes que Mazza comptait assigner aux jeunes Mricaines réinté­
de pauvre condition et bonne capacité intellectuelle26• grées dans leur continent :
Quelques années après l'arrivée du jeune Comboni, Mazza Le premier était que quelques-unes de ce! jeunes Noires se
avait donné une première physionomie à l'ancien désir marieraient soit avec des jeunes convertis par les prettes, soit
d'engagement vers 1'Afrique. Il s'agissait d'un projet fondé avec d'autres jeunes que les prettes' auraient éduqués clans le
sur }'expérience des Italiens déjà engagés dans ce milieu, collège. Ainsi seraient formées des familles chrétiennes bien
en particulier de }'(euvre déjà évoquée du rachat des imprégnées des principes de la religion, que les mères distille­
raient clans les creurs et les mentalités de reurs enfants.
« négresses » à Genes par Olivieri, puis par Casoria à Naples 29• Le deuxième était que celles qui ne se sentaient pas a;:pelées
Ce projet était aussi fondé sur l'exigence de trouver une au manage restent dans les maisons, servant ainsi avec I école à
perspective spécifique pour l'apostolat des jeunes formés l'enseignement des jeunes filles du pays. De cette manière, on
dans son institut de Vérone. Cela eut pour résultat - nou­ aurait semé dans ces terres in.cultes la foi du C1u:ist et la culture
civile [...1. Je dis <J.u'un tel lieu devrait se trouver aux limites
de la barbarie, car 11 serait inutile en milieu cuItivé; au milieu
2.3. C. TllSCAROLI, Vicenda del« Piano li missionario di don Ma2za. ibid.• de la barbarie, pas non plus du premier cou~, car ni les prettes,
331-346. spécialement 333. ni les jeunes ne setaÌent en sllteté, et l'on n y pourrait aner que
2.~. S. BELTRAMI. L'ojJ4ra della propagazione del/af8de in Italia (Firet'l2e. 1961). peu à peu clans le sens d'un développement de la foi et de la
2.89 5S. Pour une bibliographle complète sur l'reuvre. cf. S. TRINCHIISE. culture civile31 •
L'accentramento a Roma dell'Opera della Propagazione della Fede. La mis­
sione Roncalli-Drehmanns nel 1921. dans Fede t,.adizione profezia. Sludi su
GiolHlnni XXIII e lui Vati_ II. Brescia. 1984. 1°5-184. III. n. 14. Parmi les divers éléments que l'on pourrait mettre en
25. G. KUEMMER. Die Leopoldinensliftung (1829-1914). Wien. 1966. valeur dans le passage de Mazza, trois d'entre em: me parais-.
26. O. VI,CENTINI. Don Mazza di fronte alla questione alfonsiana. dans sent intéresser plus directement notre point de vue.
Mimllallea di ltudi mazziani.... cit., 365-37°.
27. Sa prise de position est particuBèrement indicative, par rapport aux Premièrement, l'image de l'Mrique comme terre inculte
polémiques anti-rosminiennes : « lo non entro in altre questioni e abbasso et barbare. Ensuite, le double objectif complémentaire d'y
la testa pienamente e senza riserbo alle decisioni della Chiesa. Ma poiché la.
'Chiesa non dà specificatamente alcuna nota nei libri proibiti del Rosmini, porter la joi dii Christ et la culture civiliste, c'est-à-dire les
e perciò lascia. libero a ciascheduno di poter giudicare quale ne sia. stato il contenus de la civilisation européenne, la seule que pouvait
motivo di tal proibizione e quale non ne sia stato; però, lasciando tutto il connaitre ence temps un prétre italien qui, de plus, ne
resto, dico e sostengo che il Rosmini non ha niente di Giansenio. e che perciò
non fu proibito. Sostenni questo più di una. volta li (N. Ma2za à F. Angeleri, s'était jamais vraiment éloigné de sa région d'origine. Enfin,
9 gen.nario 1850, dans GALLlO. Temi efigure della tpl8snone rosminiaM...• dt., 386).
28. FUSERO, Daniele Comboni... , cit., II. Sur la caractéristique originelle des
instituts de Mazza G. CRACCO. Sull'accesso dei poveri all'istruzione supe­
riore : l'opem di Don Mazza nell'Ottocento. dans Mimllanea di lIudi mazziani... , 30. STORME, Etlangelisaliedogingen.... dt.• 23~.
cit•• 321-329. 31. N. Mazza au P. Geremia da Livorno, IO décembre 1848. dans TESCA­
29. GAIlOFALO. La tarilà IfreMIa... , cit.• 81 5S. ROL!, Vitmda del « PiallO ».... dt.• 337 s.
7% Giuseppe Battelli L'itllologj8 et la pra#tjue misnonnaire 73
le fait de se servir de jeunes indigènes, éduquées en Europe, revient à démontrer l'impossibilité pour un nusslonnaire
pour diffuser la foi et la civilisation. européen de survivre longtemps dans le climat et l'environne­
Avec ses présupposés intellectuels - assez proches d'une ment proches de l'équateur.
opicion largement répandue en Europe, et exptimée dans S'étant remis de sa maladie, Comboci occupe les an­
sa forme extt&ne à l'époque par l'ceuvre de Gobineau sur nées 1860-1864 à se consacrer exc1usivement à l'éducation
la stratification raciaJe32 -, parmi les é1éments qui furent à des jeunes Africains qui, selon le dessein de Mazza étendu
l'origine de la réfl.exion de Comboci, c'est surtout le pr'!iel aussi aux jeunes filles indigènes, auraient da ensuite retourner
Je Mazza, et pas un autre, qui constitua le terreau essentiel83• et défendre la foi cbrétienne et la civilisation européenne.
Entre septembre 1857 et juin 1859, Comboci participa Un voyage à Aden et quelques contacts obtenus grace à
personnellement à la première expédition de disciples de ses premières relations avec le supérieur de Vérone le
Mazza en Afrique centrale, après les voyages d'exploration mirent entre-temps en rapport avec d'autres expériences
effectués dans les années 40, et entre 18n et 18SSI14.. Pendant européennes concernant l' Mrique centrale. D'une part, il
cette expédition de quelques mois, deux membres du groupe en retire une première approche avec le milieu missionnaire
moururent, ainsi qu'un laic qui s'était adjoint à eux. Comboci allemand et autrichien37, sur lè pIan de l'organisation et
lui-mème, gravement malade, fut contraint de se retirer surtout économique, moins étroit que le milieu de Vérone.
à la mission de Sainte-Croix - après Kartoum -, puis de D'autre part, il perçoit la circu1ation d'idées et de convÌc­
retourner à Vérone35. tions - celles du risque croissant lié au transfert en Europe
Au-delà de son insuccès concret, l'épisode ne fut pas de jeunes indlgènes, aussi bien pour les accusations de traite
complètement inutile en perspective; il confirma en fait le des Noirs qui circulaient désormais autour de l'initiative
problème clé qui se trouvait à l'origine de l'échec ou, pour d'Olivieri, que pour l'influence négative que l'environnement
le moins, de l'important redimensionnement de toutes les occidental aurait en quelque sorte produite sur eux, les ren­
expéditions qui, à partir de 1846 - année d'institution du dant inaptes à effectuer un apostolat futur sur leur terre38
vicariat d'Mrique centrale -, s'étaient échelonnées sur une - qui mettaient en discussion quelques points essentiels
ligne allant du Caire, descendant vers Kartoum, pour avancer du projet que Mazza avait é1aboré et était véritablement en
ensuite vers les grands lacs de l'Mrique centrale36 • Cela train d'expérimenter par l'intermédiaire de la formation des
jeunes Mricains dans les instituts de Vérone.·
3Z • J.-A. de GoBlNEAU, EtrQi ltIr l'inlgQlitUerr(Jç1l _Q/ntr, Paris, 18S;-I8H
4 voI.
H. De'fiùt,les coruenus essentiels du pian de Mazza en 1848 se retrouveront 3 - L'IMAGE DE L'AFRIQUE
dms les schémas qu'il a préparés - que l'on date vers 1814 des constitu­ DANS SON PROJET MISSIONNAIRE
dons de l'institut de départ qui aurait accueilli Comboni : « La terza opera è
quella di attendere e coadiuvare alle Missioni dellOAfrica Centrale sel­
vaggia [...]; ad introdurre e piantare in quel terreno selvaggio o barbaro. Au mois de septembre 1864, à l'occasion d'un séjour à
meno difficilmente e la Religione e la civiltà» (le texte dans P. ALBIUGI. Rome, il arriva ce que l'historiographie et l'anecdotique
Le costituzioni dell'Istituto fondamentale. Analisi e confronti. dans M/mI/oneQ
di r/rJi 11If1ZZiQni•••• cit., z63-2.8z, citation Il la p. zn)·
34. E. CRBSTAN1. lA pri11lQ 11IirriofU ilQlitJfffI fUl/'AfrjçQ CentrQle per operQ di 37. Ce n'est qu'è, la fin de 1864 qu'il aurait établi les premiers rapports
Don N#oh ~Q. Verone. [931; STORMI!. &tmgelirQliepogingm.... 2.39-Z41. décisifs avec les Inilieux français. en patticulier par la médiation de Massaia
Sur une des composantes de la mission, cf. D. LUPI. Don Giollill'/fli Be/trQ11Ie. (J. MAUZAIZl!. Un Qpdlre de l'Afriqta fili XIXe ri~cl" prirll'lG' 11Iirr;onffflire de
11Iirr;(}I'/(lrio ed erplorQ/ore i/Qlifll'lO in /errQ d'AfriCQ, Profilo. Verona, 193 8. Dfll'lie/Co11lboni rL:mrh Frfll'lteduSuondB11lpire.Verona, 1980. spécialement 2.1 ss.).
H. GrLLI-CHIOCCHBTTA. 1111IIIIQggio di Dfll'liel, C011lboni.... cit.• 180. 38. P. CmOCCHETTA, « Eduxi vos de domo setv1tutis ». Contributo alla
36 . Toute l'histoire est reconatruite par E. SCmJID. AI/e origini dI/h 11Iirri_ storia della rinascita missionaria della Chiesa del secolo XIX (Troisième
dell'Africa CentrQ/'. Verona, 1981. Partie). clans W/II ilote/e. 31 (1984). 91-119. n8.
74 Giuseppe BalteUi L'idéologie et la pratique 1IIÌssionnaire 75

comboniennes considèrent, unanimement, décisif dans l'expé­ Le supérieur de Comboni luÌ-méme le conf1rme d'une cer­
rience du jeune missionnaire de Vérone : la rédaction de ce taine manière en répondant au préfet de la Congrégation
projet qui, nommé d'abord « Sunto del nuovo Disegno [... ] pour la Propagande de la Foi qui lui demandait quelques
per la conversione della Nigrizia » et ensuite « Piano per la informations sur ce jeune et son projet44• Mais l'analyse de
rigenerazione dell' Africa », aurait été de fait l'apport plus Mazza, qui individuait la différence entre son plan et celui
signi6.catif de la réflexion de Comboni sur les missions de Comboni au fait que le second voulait s'étendre simul­
en Afrique. En void un des points essentiels : tanément à toute 1'Afrique alors que le premier aurait voulu
Pourrait-on mieux assuter la conquete des tribus de cette avancer à petits pas, était en meme temps correcte et
malbeureuse négritude, sinon en implantant notre centre là où restrictive.
l'Mricain vit et demeure, là OÙ l'Européen travaille et survit? Cette analyse était certainement correcte si on la rapporte
Ne pourrait-on promouvoir la conversion de l'Mrique par à l'image de l'Afrique qui soutenait l'approche de tous Ies
l'Mrique31 ? Le projet (...] que nous oserons prol'0ser et soutenir
à la Sacrée Congrégatlon pour la Propaganue ue la Foi serait deux au problème de la mission au Soudan. En effet, pour
ainsi la création d'innombrables instituts masculins et féminins Comboni aussi comme déjà pour Mazza, le destinataire de
sur tout le pourtour de l'Afrique. Ces emplacements, judicieuse­ son apostolat était un peuple sans religion et sans civilisation.
ment choislS, Ieur permettront d'etre implantés dans des régions Une évaluation de fond qui n'empechait pas à Comboni
stìres et <:IueIque peu civilisées, tout en restant à proximité des
régions de l'intéoeur. Dans ces lieux, les Européens et Ies Afri­ de voir dans ces gens-Ià des fratelli ou des anime gementi
Ca1nS indigènes pourront vivre et ttavailler. Ces instituts masculins nelle tenebre della morte4f>, mais qui toutefois lui faisait consi­
et féminins devralent accueiIlir des jeunes gens et des jeunes filles dérer ceux-ci memes se10n Ies traditionnels clichés euro­
de ràce noire pout Ies instruire dans la religion catholique et péens46 et italiens47 de 1'époque des abbruttiti se/vaggi48. Et
dans la civilisation chrétienne, pour créer des groupes des deux
sexes, destinés, chacun de Ieur còté, à se répandre peu à peu
dans les régions intédeures afin d'y faire parvenir la foi et la vaggio» (D. Comboni à B. Patuzzi, 27 mars 1858, dans GILLI-CHIOCCHB'l"I'A,
civilisation'o . II mmaggio. di Daniele Comboni... , dt., 195). Dans les semaines qui suivirent la
rédaction du « Plan », il atténua ses propos. Il décrira l'expérience de Mazza
. Bien qu'il soit habituel de présenter ce « Résumé du nou­ comme une de ces expériences peu satisfaisantes tentées vers l'Mrique :
veau projet pour la conversion des Noirs » comme le fruit « Le istituzioni CIiIttoliche, come quelle del venerato Olivieri, delrlstituto
Mazza, del P. Lodovico, della società di Lione, ecc., senza dubbio hanno
d'une illumination soudaine, ou, d'une manière plus précise, fatto molto bene ai singoli neri, ma fino ad ora, non si è ancor incominciato
comme une « expérience fulgurante »41, je pense cependant a piantare in MriClii il Cattolicesimo e ad assicurarvelo per sempre » (D. Com­
- sans mettre en doute le témoignage de Comboni lui­ boni au président de la« Nigerverein» de Cologne, 9 novembre 1864, ibM., 243).
44. « Questo piano, teoricamente parlando, mi piace assai, essendo conforme
méme qui affirme l'avoir rédigé d'un seuI jet43 - qu'il en al mio in piccolo, con cui io intendea di darmi sul principio alla conversione
avait déjà les éléments essentiels dans sa propre expérience di una parte piccola dell'AfriClii ed a mano a mano distendermi (secondo le
et surtout dans celle d'autres, comme Mazza par exemple'8. circostanze lo avrebbero permesso) poi alle parti più interne della stessa
AfriClii » (N. Mazza à A. Barnab6, l er févrìer 186" dans A. GIACOMELLI,
Le divergenze fra don Mazza e Mons. Comboci, dans Mùcellaflea dì itudi
39. D. COMllON1, Piano per la rigenerazione dell'MriClil, da.ns CHI0CCHB'l"I'A, m~iani... , cit., 347-;6;, citation i la p. 350).
Daniele Comboni, carie per l'evong6Ii~<ndo.ne•.. , 215-233, citation ila p. 220. 45. CoMllONI, S1IfIto dei_IlO disegno... , cit., 204.
40. D. CoMBONI, Sunto del nuovo disegno della società. dei sacri cuori di 46. M.-G. ALBxrs, La barbarie africai", et l'açtiofl rivìli.ratrire dei miuiolU
Gesù e Maria. per la conversione della Nigtizia, ibid., 201-214, citation à catholiqH4s (III Co.ngo et dan.r l'AfrìqH4 Iqllfltoriole, Liège, 1889.
la p. 206 s. 47. « Il Sommo Pontefice Gregorio XVI [...] aveva concepito ìl pensièro e
41. L'anotatÌon est de Chlocchetta (ibid., 26). il vivo desiderio d'introdurre possibilmente in tutta l'MriClii il cristianesimo
42. D. Comboni à Mazza, 20 octobre 1864, ibid., 27· presso quei popoli barbari ed ancora in parte tuttora selvaggi» (Circulaire
43. Encore en 1858, Comboni présentait le projet de Mazza poU! l'Afrique de M. Farina, évéque de Padoue, l er avrilx85I. dans BELTRAMI. L'Opera della
comme le « Gran Piano del nostro Superiore, il quale è il mezzo più acconcio Propagazione della Fede.••• cit.• 326). « Niuno di voi può dare un addio alla patria
per twre dalle tenebre e dalle ombre di morte questo popolo barbaro e sel­ e alla famiglia per unirsi in ischlera con gli Evangelici Messaggeri, e slanciarsi
76 Giuseppe Battelli L'idl%gie et la pralique missionnaire 77
si l'importation dans ces pays de la foi chrétienne signifiait urbains et industriels qui étaient désormais largement dif­
surtout la lutte contre l'islamisme ou l'idolatrie, répandre fusés dans toutes les parties de l'Europe, qui avaient trouvé
la civilisation était entendu substantiellement dans le sens une élégie exemplaire dans L'histoire de la cioi/isaliol1 en
de reproduire dans les territoires de mission de spécifiques France de Guizot. qui s'était trouvée synthétisée qùelques
modèles de la vie sociale européenne : les jeunes auraient dl1 années auparavant par Napoléon III dans ses rapports entre
devenir honnétes et oertueux, uti/es et actifs; les jeunes :6lles, la France et l'Algérie :
vertueuses et habiles ftmllm de famille 49 • La providence nous a appelés à répandre sur cette terre les
C'étaient là des images qui faisaient expressément réfé­ bienfalts de la civilisation. Or, qu'est-ce que la civilisation?
rence aux critères éducatifs des instituts de V érone réservés C'est compter le bien-etre pour quelque chose, la vie de l'homme
aux jeunes pauvres. Ces instituts fondés par Mazza60, Comboni pour beaucoup, son Eetfectionnement moral pour le plus grand
les avait connus comme élève, puis comme responsable. bien, et ainsi élever les Arabes à la dignité d'hommes liores 56•
n était donc lié à cette manière de penser des milieux ecclé­ Rapporté à ces considérations - que Montclos évalue
siastiques, et dépendant du type d'éducation chrétienne que bien comme l'exemple de l'idéologie du progrès, typique des
l'on donnait principalement dans le monde rural et en pro­ partisans de cette société moderne du xvme siècle, et qui
vince. Ceci est explicite dans l'usage répété de la figure de soutenaient d'autre part les orientations idéologiques des
l'agriculteur comme travailleur modèle pour 1'Africain missions protestantes en Mrique56 -l'affinlté du programme
converti!)!, et de celle de la famille comme cellule fondamen­ combonien avec les directives de fond du projet de Mazza
tale et garantie d'une diffusion ultérieure de la foi dans les est claire. Chez Comboni, tout au plus, ce discours trouve
territoires de mission58• La prestigieuse revue jésuite La sa pIace avec l'utilisation des forces indigènes qu'il prone
cioi/ta catlo/ica63 se consacrait à ces problèmes de société pour étendre le rayonnement de la mission. Là OÙ Mazza
depuis I8S0. Mais, d'un autre còté, l'attitude était encore s'était arr~té au commencement d'une responsabilité d'évan­
très réservéeM vis-à-vis des nouveaux modèles bourgeois, gélisateurs pour les Mricains convertis, qui accentuait le
in terre straniere. in remotissime spiagge, ed in luoghi, pressoché inaccessibili,
role attribué aux nouvelles familles chrétiennes formées par
fra popoli barbari e selvagge nazioni >l (Lettre pastorale de F. Manfredini, de jeunes indigènes, Comboni reprend et affirme comme
éveque de Padoue, 14 septembre 1861, ibid., 33'). critère fondamental ce principe de subsidiarité des indigènes.
48. COMBON1, Sunto del _ dùegno.... cit.• 2.04.
49. !bM.• 208.
n l'affirme dans la formule:« Sauver l'Afriqùe par l'Mrique »,
50. L. PRETTO. Aspetti della personalità e della spiritualità di don Mazza respectantainsi une nécessité de l'apostolato Sans ce principe,
come lIPpru.ono dai suoi scritti, in Mimllama di Jtudi 'IIIfJ'{J<.iani•.. , cit., 2.5-2.62. 93. toutes les tentatives missionnaires européennes avaient enre­
51. Le modf était en outre commun aussi à Libermann et aux Pètes spiri­
tains (P. BRASSEUI\, L'enseignement des premiers spiritains à la c6te d'Mrique gistré des échecs et n'avaient pas survécu dans ces zones
(1844-1880) : évangélisation, éducation, instruction, dans &ole et miJJionJ
.hrltietmlr extlrieureJ, Lyon. 1988. 5-21, 7). razione... , cit., u5). Des années plus tard, après 1872., il remarquera la physio­
52.. COMllON1. Sunto del _II() dùegno... , cit., 209 s. nomie plus simple de telles populations africaines, grAce à « leur éloignement
B. Sur ce sujet, cf. G. MICCOL1, Chiesa e società in Italia fra Ottocento e de la prétendue civilisation moderne >l (D. Combom à A. Bamab6,
Novecento: il mito della Cristianità, dans Fra mito della CrùlÌanità e u.ola­ 2. mars 1872, dans CHIOCCHETTA, Daniele Comboni: carte per l'etlallgelizzazione... ,
rizzazione. Shldi tul rapptJrto fra ChieJa e lO&ietà nell'et à .ontemporanea, Casale cit., 304 s.).
Monferrato, 1985, U-92., spécialement 65. 55. Citation dans X. de MONTCLOS, Lavigerie, le Christianisme et la civi­
54. « Un buio misterioso ricopre anche oggidl quelle remote contrade. lisation, in CitJiliJalÌon ç!JritiefW, approçhe hilloriljUt d'une itléologie, XVIII"­
che l'Africa nella sua vasta estensione racchiude. E' bensi vero, che a squar­ XXe Jiède, Paris, 1975, 309-348, citations aux pages 3ZI s.
ciare un istante il denso velo, trasportando colà una scintilla di quell'incivili­ 56. Cf. par e)[emple K. RENNST1CR, Tbe Understanding of Mission, Civi­
mento onde tanto si gloria la moderna civiltà europea. furono diretti gli lisation and Colonialism in the Basel Mission, dans T. CaI\1STENSRN­
sforzi di governi civili e di private istitll2i.oni; ma davanti all'insuperabile W. R. HUTCHISON, Miuionary Ideologie! in the Imperialill Era: I88o-IjJ20, s.I.,
barriera (... ) tornarono vani tutri gli sforzi» (CoMBONI, Piano per la r;gene­ 1982., 94-103.
78 Giuseppe Battelli L'wologie et la pratique mi.snonnaire 79
centrales de l'Mrique. Comboni spécifiait donc sa perspec­ Le caractère extr~mement vaste et complexe de cette
tive dans cette précision cles emplacements choisis, et prenait perspective avait conduit Mazza à écarter l'idée d'un enga­
en compte le problème du c1ergé africain. De nombreux gement direct de son institut6ll ; et, somme toute, c'était
auteurs avaient déjà abordé ce sujet6', mais cette question un jugement pertinent, compte tenu des faibles ressources
du c1ergé africain58 demeurait suspecte59• de l'institut Saint-CharIes de Vérone63, et en considération
La nouveauté principale de sa proposition ne me parait d'un principe fondamental la variété des situations d'envi­
pas cependant consister seulement dans les solutions parti­ ronnement et de nature, certainement accentuée dans un
culières qu'il imagine : uile nouveauté plus grande encore, territoire de telles dimensions - qu'il avait retenu de sa
et qui établira sa réputation de missionnaire en Mrique propre expérience apostoliqueM , que le « PIan » de Comboni
centrale, est l'établissement global du projet:OO. C'est un aspect avait au contraire tendance à sous-estimer61>. Cependant,
ambitieux, séduisant sur de nombreux aspects, mais aussi, dans son désengagement, l'ancien supérieur de Combotti
du point de vue pratique, le plus faible de tout le « PIan ne semblait pas au fond avoir très c1airement mis en évidence
pour la régénération de l'Mrique ». En fait, Combotti l'élément effectivement utopique du projet pour le moins
entendait dépasser la perspective traditionnelle de l'approche bardi de son é1ève. Cet aspectconsistait essentiellement à
directe et sectorielle de l'Afrique centrale selon l'axe direc­ promouvoir la collaboration entre 1es entreprises de diverses
teur Le Caire-Kartoum, en établissant un programme des­ institutions catholiques opérant déjà en Afrique66, en négli­
tiné à embrasser simultanément tout le continent africain, geant - ou plutòt en estimant surmontables les liens
partant des còtes, et convergeant vers la « négritude »61. avec les congrégations spécifiques auxquelles elles appar­
tenaient (dans le cas des re1igieux) et leur origine européenne
51. Sru les précédents, voir M. CARAVAGLIOS, Le clergé noir dans la (dans le cas des diverses associations européennes à finalité
conception de Mgr Comboni et du cardinal Lavigerie d'après les documents
inédits de « Propaganda Fide », dans L'Africa ai lempi di Daniele Comboni... ,
cit., 2~·21.
58. A Vatican I, le supérieur des Jésuites avait proposé entre autres : 62. N. Mazza à A. Barnab6, IU février 1865. dans GIACOMBLLI, Le dilie,.·
«.Monendum etiam, ne manus cito indigenis imponantur, utque neophyti gmze... , cit.,
3~0 S.
diu seduloque probentut. Nota enim est eorum pronitas in malum, quam 6~. lbid., m.
nonnulli ab ethnicis parentibus hereditariam praeferunt, nota etiam eomm est 64. PMT'l'O. Alpetti della perrolWlità.... cit., 93.
levitas et inconstantia » (P. Beck, aoùt 1810, cité in J. D. MANSI [conto 6~. « Non solamente i Negri dell'Africa interna, ma quelli altresi delle
I.-B. MARTIN, L. PETIT], Sac,.onm1 çondlÌIJnm1 IWlJa et tl1!1plillima co//eclÌlJ... , Coste e di tutte le altre parti della grande Penisola, benché spartiti in migliaia
voI. LUI; Amhem-Leipzig, 1921, col. 141). di differenti tribù, sono improntati più o meno della medesima indole,
59. « Dalla Classe dei catechisti formata dal Corpo dei giovani Negri, si abitudini, tendenze, e costumi conosciuti abbasta1l.Za da coloro, che da lunga
.caverà la Sezione degli individui più distinti per pietà e sapere, nei 'luali si pezza occuparonsi pelloro bene; e quindi pare a noi che la carità del Vangelo
scorgerà una probabile disposizione allo stato ecclesiastico; e questa verri. possa loro applicare comuni rimedi ed aiuti [...]. Sembra quindi a noi oppor­
destinata alresercizio del divio ministero» (COMBONI, Stm/() del _110 dùegno..., tuno. e diremmo quasi necessario, che fra i molteplici escogitati che si potreb­
cit., 209)' bero mettere in opera a beneficio della rigenerazione dei Negri, quello dovrebbe
60. « Cette idée (Sauver l'Afrique avec l'Mrique) est certainement juste trascegliersi che riunisse in sé un'assoluta unità di concetto accoppiata ad una
en elle-meme [...]. Elle a été le but principal de Mgr Comboni dans la création generale simplicità di applicazione » (CoMBONI, Stmlo del _110 di!egntJ... ,
de ses instituts nègtes du Caire » (Mémorial de Lavigerie pour « Propaganda cit., 20~).
Fide », 2 janvier 1878, cito dans X. de MONTCLOS, Laeigerie. La miuion w­ 66. « Mi sembra sommamente utile la creazione di un lcel/(} Comitalo o
IIme//e de l'Eglise, Paris, 1968, 99). a Roma o a Parigi. composto d'individui di mente, di cuore, e di grande
61.« Questo disegno non si limiterebbe per ciò agli antichi confini tracciati azione, cavati sopprattutto dagli Ordini e Corporazioni. a cui sono affidate
dalla Missione dell'Africa Centrale, che abbiamo veduta riuscire infelicemente le diverse Missioni dell'Africa [...]. Questo comitato cosi composto [...]
per le ragioni suesposte, ma abbracciando tutta intera la stirpe dei Negri; inizierebbe un ravvicinamento ed una comunicazione e forse una confede­
e perciò spiegherebbe e distenderebbe la sua attività su quasi tutta l'Mrica i razione fra i diversi Superiori delle Missioni Mricane » (D. Comboni à
cui paesi sono abitati dalla razza etiope » (COMBONI, Sunto del nUQIIO ditegntJ... , A. Barnab6, 9 mai 186~, dans GILU-CHIOCCHETl'A, I/metiaggio di Damele
cit., 205 s.). Comboni.... cit., 302).
80 Giuseppe Battelli L'iJéolo,de et la pratique 1IIissionnmre 81

missionnaire)8'1'. Une double « sous-estimation », si l'on peut dix ans la tentative combonienne de parvenir à mettte en
ainsi s'exprimer, non pas inédite68, mais qui dans le cas reune sa propre idée, se servant de collaborateurs issus,
de Comboni était très probablement liée à sa caractéristique en partie seulement, de l'institut masculin qu'il fonda à
singulière de pr~tre séculier et de citoyen d'un état dont la Vérone en 186772 et de son homologue féminin à "partir
classe dirigeante, appliquée à son époque à réaliser l'unité de 187278.
nationale, était alors dépourvue de toute ambition colo­ Ainsi s'écrit, si l'on veut, un chapitte de la « petite his­
nialiste. toÌre» des rivalités que suscita l'entreprise de christianisation
de l'Afrique centrale en ces années, non seulement entre les
adeptes de diverses confessions religieuses, mais encore à
4 - LA PROGRESSION CONCRÈTE l'intérieur m~me de l'Eglise catholique. l'ai ero opportun
DE L'HYPOTHÈSE DE COMBONI de le rappeler car, dans le cas de Comboni, et surtout quant
à la réalisation du projet missionnaire qu'il élabora dans les
Pour se réaliser, le « PIan» de Comboni se heurta tout de
années 60, cela pesa d'un poids décisif et parfois déterminant,
suite à la difficulté d'établir une collaboration, en faveur créant un mur entte élaboration théorique et réa1isation
desmissions, entte les membres des diverses congrégations concrète, qu'il ne put, malgré plusieurs tentatives", ébranler
religieuses. Un premier ex:emple fut le projet promu par Ludo­ de manière décisive. En fait, le « Pian» ne fut jamais réalisé
vico da Casoria entre 1865 et 1866, qui s'appuyait sur le
dans son articulation globale.
programme de Combani pour, en réalité, obtenir de la
« Propaganda Fide» l'attribution à l'Ordre franciscain de
Pourtant, après 1865, malgré les difficultés évoquées
ci-dessus, les occasions ne manquèrent pas pour que les
toutes les" missions d'Mrique centraletl9 • Mais ce ne fut
idées de Comboni, et surtout sa vigoureuse campagne en
que la première d'une série de difficultés, caractérisées par
faveur des missions africaines, acquièrent un crédit progres­
la mise sous tutelle de Comboni par le vice-gérant de Roma
sivement plus grand, et en tout état de cause incomparable­
Castellacci'l'O, et surtout par l'attitude déconcertante de
ment supérieur à l'écho reçu par les propositions de son
quelques camilliens 71 qui devaient suine pendant plus de
ancien ma1tre à Vérone, don Mazza. L'épisode le plus
61. « Il Piano piacque al Papa e al Card. Bamab6, ma la sua attuazione dovrà fameux en est la présentation au concile de Vatican I du
urt:Me contro innumerevoli ostacoli, perchè lo spirito dell'amore di Gesù « Pos1;Ulatum », par lequel 70 pères conciliaires, sur l'ini­
Cristo manca in molte classi e istituzioni e specialmente per causa della politica.
L'Opera JeH mere catto/ùa, non già spagnola o francese o tedesca o italiana. dative de Comboni et avec l'appui de la « Propaganda Fide »,
Tutti i cattolici devono aiutare i poveri Neri, perché una nazione sola non attirèrent l'attention de toute l'Eglise catholique surles
riesce a" soccorrere la stitpe nera » (D. Comboni au président de la Nig8rlllrein populations d'Mrique centrale75,
de Cologne, 9 novembre 1864, dans GILLI-CmoccHETTA, Il messaggio di
DtllÙs/e CombDni... , cit., %4;)'
68. Au concHe Vatican I, l'éveque H. Elder avait proposé de fonder une
unique association intemationale pour la récolte et la distribution des fonds 12 • A. GILLI, L'istituto missio1llJrio fombDnitl1KJ da/la fondazione a/la 11IOrte
destinés aux missions (MANSI, Sammml tond/iON/l1l.•• , voI. Lm, col. 64-65). di DtllÙeu CombDni, Verona, 1979.
L'origine extra-européenne, plus précisément nord-américaine, de l'intervenant 73. E. PRZZI, L'illÌhlto dslle pie mmJr; de/la Nigri'{ia. Storia daNe origini a/la
n'était peut..etre paa étrangère à une telle initiative. 11IOrt, de/fondalore, Verona, 1981.
69. A. GILLI, Daniele Comboni e p. Lodovico da Casoria, dans Architlio 74. Je verrais parmi celles-ci l'intendon d'impliquer don G. Bosco dans sa
tombDnimro, II (1973), n. l, 1-H; n. 2., II-79; P. CmOCCHETTA, P. Lodovico propre initiative (P. CHI0CCHBTTA, San Giovanni Bosco, mons. Daniele
da Casoria nella « Relazione» di Daniele Comboni, dans La trJnostem;p dell'Asia Comboni e le iniziative Inissionarie per l'Mrica Centrale (1857-1881), dans
8 dell'.Ajrita... , cit., 591-629.
10. A. CAPOVILLA, Don Daniele Comboni e Mons. Pietro Castellacci
'0
Sa/81Ì1111I1f11, (1988), 111-19°; ID., La « filosofia evangelica » secondo don
Bosco e mons. Comboni, dans ERnte! dotete, 40 (I987), 62.1-642).
(1866-1868), dans Arçbitlio t011lbDniano, 14 (1976), n. 2., Il5-173. 75. Textes du postulat, des souscriptions et de la lettre d'accompagnement
71. A. GILLI, Daniele Comboni e i camilliani, ibid., 14 (1916), n. 2, 8-27. de Comboni dans MANSI, Sacrorll11l çontìliorllfll MilO et ompliuimo trJ/Jeçtio....
8l Cimeppe Battelli L'iJéologie et la pranque misnonnaire 83

Les conséquences de cet acte furent, en réalité, modestes « Propagande de la Foi »80. On peut étre surpris par un tel
par rapport au bénéfice qu'on en attendait. Le climat général accuei!, qui fut quelques mois plus tard réservé par la « Pro­
qui enveloppait le concHe et sa préparation n'aurait d'ailleurs paganda » au postulat pour l'Mrique centrale, présenté par
pas du laisser nourrir beaucoup d'illusions. La commission un ressortissant des secteurs italiens du monde missionnaire :
préparatoire au concile, dirigée par le préfet de la « Propa­ Comboci lui-m~me.
ganda Fide », Barnab6, avait en fait développé le thème TI me semble qu'il faille situer en ce début cles années 70
des missions de manière superfi.cielle par rapport au second le moment où Comboci fut à m~me de se mesurer de maruère
qui lui avait été conflé : les rapports avec les Orientaux7G• moins velléitaire avec le projet esquissé quinze ans plus tòt.
Il s'était m~me demandé, au dire de son secrétaire, « s'il En mai 1872., après qu'il eut présenté en mars précédent
n'était pas indigne d'un concile recumécique de traiter les une reformulation du « PIan » qui se concentrait désormais
missions »77. Les membres de la commission avaient fi.nale­ exclusivement sur la possibilité d'une mission au Soudan81,
ment répondu favorablement à la question, mais pour il fut nommé pro-vicaire apostolique de l'Afrique centrale.
concIure qu'il fallait absolument s'en tecir à un discours En juillet-aout 1877 - sous l'effet conjugué d'une nouvelle
général, laissant au pape et à « Propaganda Fide» le soin conjoncture estimée alarmante pour Rome : la constitution
de développer plus particulièrement le thème 78• à Bruxelles de l' « Association internationale africaine »
Cependant, le débat de la commission préconciliaire voulue par le roi Léopold II et visant à orgaciser une péné­
« Super missiocibus et ecclesÌis ritus orientalis » mit en tration étendue en Mrique centrale82 - , i! fut nommé
évidence le facteur qui, je crois, a déterminé l'appui r()main vicaire apostolique et évéque titulaire de Claudiopolis.
dévolu à· Comboci lui-m~me, bien plus qu'à la valeur S'i! parait difficile d'ignorer le poids de cette grande
intrinsèque de son « PIan )} : l'aversion de Rome pour les « fortune » vécue à Rome en cette période par Comboci,
procédés hégémociques employés dans la gestion de cer­ il est cIair en outre que - méme s'il en use parfois pour
taines missions d'organisations françaises, en particulier de soutecir ses propres initiatives - il ne donne jamais l'Ìm­
la mission « parisienne-Iyonnaise » qui se réclamait de pression d'utiliser son nouveau role d'év~ue du Soudan
]aricot79• Au cours du concHe, en janvier 1870, par plus comme homme de conflance de la « Propagande de la Foi )}
. de IOO év~ques, Français pour la plupart, un postulat fut dans cette zone83• Il avait consacré jùsqu'alors une grande
présenté, qui proposait l'éloge public par le concile de la
80. Ptopositio in gtatiam piae operae e Propagatione fidei noncupatae
a CX patribus subscripta, ibid., voI. UTI, col. 461-465. A son sujet,
cf. J. MORBAu. L'épiscopat français et les missions à l'heure du premier
voI. un, col. 6'4-6;9' Pour l'analyse d'une telle documentation, CRmo­ concile du Vatican, dans Mission de l'q/ile, 18 (196z). 8-13. A propos des
CHETl'A, DemM, Combotù : cortt per/'IlIangt1ìzztr.done.... cit., I :1.;- l 60, qui reprend considérations de Cbiocchetta sU! Il!. composition du gtoupe des soixante-dix
Ies travaux préddents sU! la questiono pères conciliaires qui souscrlvirent au postulat de Comboni {II « PoslMlalmll
76. J. MAsSON, Les missions au concHe de Vatican I, dans Eglise /litIQnte, pro Nigris Afri&ae untralis» .... cit., 41I-414), il faut peut..etre ajouter que beau­
14 (196:1.), ;8-47; plus récemment, K. SCRATZ, Die Missionen auf dem coup de ces ~veques ou patriarches avaient déjà signé la demande relative
I. Vatikanum. dans Thlologit lIIIIi Phi/osophie, 63 (1988), 342-369. à l'reuvre de Lyon.
77. MANSI, SMrOf'1IIII conci/iONlf/ll••• , dt., vol. XLIX, col. 1023, réunion du 81. D. Cotnboni à A. Bamab6, 2 mars 187z, dans CHIOCCHETl'A. Danie/e
:1.3 mari 1869. Comboni : {orte per/'eM1gelittaziOlU••• , 29Z-3 I;, spécialement 307 88.
78. Ibid., col. I02S. L'argument fut toutefois repris et porté à terme, après 81. M. STORME, Rapports du P. Plallf/Ill, de Mgr Latligerie et de Mgr Comboni
Wl nouveau débat, mais seu1ement a.u cours de la réunion suivante du SR'l' /'Arsociation intef'Mtiona/e africaim, Bruxelles, 19S7.
; 1 mars 1869 (col. 1029 Ss.). 8;. On sait que les rapports de Comboni avec la congrégation romaine
79. Réunion du ; l mars 1839 (ibid., col. 10;6). Sur la centralisation à Rome n'ont pas été toujoU!s très faciles. L'épisode lui-meme de la remise aux Pères
pOU! l'reuvre au début des années 10, cf. S. TRINCHl!SE, La réaction lyonnaise blaru:s. en février 1878, d'une partie du territoire auparavant compris dans le
au transfert des reuvres missionnaires, presse, milieux politiques, Eglises. vicariat de l'Afrique centrale (HElmMANNS, L'édu&ation tlans les missions....
1 92:1.- 1 9:1.;, clans Rt!W4 tfHistoire ecc/isiastitjll/1, 83 (1988), ;69-39:1.. cit., 91 S8.) fut interprété négativement par Comboni qui. au sujet de la mesure
84 GillSeppe Battelli L'iJéologie et la pratiqlll miuionnaire 85

partie de son énergie personnelle au ministère sur ces terres, manque pas, au contraire, de s'exprimer avec une parfaite
à la préparation et à la conception de « stratégies » appro­ évidence, quoique durant le très bref temps d'un ministère
priées. Il s'agissait maintenant de se mesurer à nouveau s'achevant avec sa mort en 1881, dans le choix de l'institution
- après l'issue négative de la fin des années 50 et les brèves qui aurait da garantir la conservation de la foi chrétienne
expériences qui suivirent avec le défi missionnaire concret dans un contexte sodal à forte présence musulmane86•
de la « négritude ». Comboni choisit la voie déjà entreprise par les Jésuites
Au concHe Vatican I, et plus précisément dans un au début du xvn e siècle, dans l'expérience bien connue des
schéma sur les missions, distribué aux pères conciliaires « réductions » au Paraguay, en fondant dans une plaine du
le 2.6 juillet 1870, les fonctions de vicaire apostolique avaient Kordofan une sorte de communauté dénommée « Colonie
été délimitées de manière parfaitement spéculative, selon les catholique des Noirs, dite de Pie IX », dans laquelle vivaient
normes applicables aux éveques résidentiels, qui émanaient une vingtaine de familles indigènes converties au Christia­
du concile de Trente et étaient encore en vigueur vers la nisme. Comboni encore indique le destin futur qu'il lui
moitié du XIXe siècle84• Quelques actes accomplis par Com­ prédit : « La colonie catholique de Malbes [... ] est destinée
boni durant les années suivantes, en particulier la visite à devenir un pays, une ville toute catholique, faisant l'objet
pastorale, ne me semblent pas pouvoir erre imputés à une d'une s/grégation de la part des Musulmans, et pOllllée li conserver
sensibilité particulière qui serait la sienne86• Celle-ci ne la foi par des norme! opportlll1e! fix/e! por moi »87.
C'était là un choix en équilibre entre l'exigence de tutelle
d'assignation à Lavigerie d'autres vica.rìats dans la zone, ne manque pas de la foi chez les indigènes et l'ambition de donner naissance
d'écrire au préfet de la Propagande en signalant le « véritable impair qu'a à une petite societlll chrùtiana. Mais celui-ci, au moins sur la
commis Votre Eminence et la Sacrée Congrégation » (D. Comboni à
G. Simeoni, u mai 1881, da.ns GILLI-CHIOCCHETl'A, Il mel/aggio di Damele base des affirmations explidtes de Comboni, semblait des­
Comboni..•, ~H). Le cas de Comboni n'était d'ailleurs pas isolé. En ce qui
concerne les difficultés renconttées avec Rome par H. Vaughan, fondateur
des missionnaires de Mill HiII, cf. L. NERI!1l, Anglkan anJ Roman Calholk serollt les miennes. Je fais cause commune avec cbacun de vous, et le plus
attitwJer on mi,uion.r. An bislontal rtm!Y of two Ettglilb Sori,lill in Ibe Late heureux de mes jours sera celui OÙ' je pourrai donner ma vie pOUI vous.
Ninelellflb Cmtury (IltI-IIII), St. Augustin, 1981, H-1 6. Je n'ignore den de la gravité de la tàche que j'endosse, alors que comme
84· « (Les vicaires apostoliques) in iisdem regionibus assidue residere pasteur, comme maitre et médedn de vos àmes, je deVIai vous veiller, vous
tenentur, quibus sine gravissima et urgente admodum causa, inconsulta insttuire et vous reprendre. Défendre les opprimés sans nuire aux oppresseurs,
apostolica sede, abesse nulla ratione possunt; casdemque regiones iUltta san­ réprouver l'erreur sans se faire l'adversaire de ceux qui errent,.crier au scandale
citas leges et quandocumque opus est, visitare obligantur. Sacra etiam, et au péché sans se lasser d'ètre compatissant envers les pécheurs, cheCcher
limina beatorum apostolorum Petti et Pauli statis temporibus invisere debent, ceux qui se BOllt dévoyés sans Batter le vice : en un mot, ètre Père et juge
eodem prorsus modo ac forma qua caeteri episcopi. Relationem vero suorum tout à la fois. » .
vicariatuum apostolicae sedi crebrius etiam exhibere tenentur, prout tem­ 86. Cf. R. BUSCIANI, Church and state relation in the Sudan during
porum ac locorum peculiares clrcumstantiae exegerint » (Schema constitu­ bishop Comboni's times, danS L'Africa ai tempi tii Damele Comboni... , dt.,
donis 8uper missionibus apostolicis patrum examini propositum, dans MANSI, I6z-I60.
Sammlm tonci/iorum n(JtJ(l el amp/illlma tol/ettio... , vol. LITI, col. 47). 87. Citation dans P. CHIOCCHBTl'A, « Cattolica fede e cultura civile» :
. 85· La célèbre homélie qu'il prononce le I I mai 1873 à Kartoum en pre­ la versione missiC;>naria di un motto del movimento cattolico del secolo XIX,
nant « possession » canonique du V'ica.riat de l'Mrique centrale demeure en da.ns BIIIIIII aot6te, 31 (1984), 111-:/,09, Z02. L'auteur prend l'hypothèse d'une
outre significative, dans ses motivations profondément pastorales, mais aussi date proche de x881 pout ce passage, mais Comboni s'était déjà exprimé da.ns
dans ce qu'elle doit à des ttaits typiques de la pastorale du XIXe siècle, da.ns des termes substantiellement identiques quelques années auparavant : « Cette
laquel1e les éléments autoritaires ne manquent pas. Cf. COMBONI, Strilli colonie (Malbes) deviendra. ensuite un pays, une boutgade, une ville habitée
cit., voI. IV: 1872-1871, 14F-I4B, I41z:« Je suis déjà votte père, et vous uniquement par des catholiques, BOUS la direction des missionnaires et des
etes mes enfants, et comme tels, pour la première fois je vous embrasse et sa:urs, pout le salut éterllel des àmes. Là où domine l'Islam, on procédera
voua serre contte mon ca:ur [...]. Le jour et la nuit, sous le solei! et la pluie, avant tout selon ce système, et ainsi la mission catholique réussira avec le
je serai pret, de manière égale, pour vos besoins spirituels; le riche et le pauvre, temps à arborer l'enseigne de la Croix, et la loi de l'Evangile régnera SUI les
le bien-portant et le malade, le jeune et le vieux, le patton et le serviteur auront nombreuses ttibus d' Mrique centrale » (Relation de 1877 à la Société de
toujours un égal accès à mon ca:ur. Votre bonheur sera le mien, et vos peines Cologne, da.ns GILLI-CmOCCHETl'A, Il mmaggio tii Daniele Comboni... , cit., 3I 1).
86 Giuseppe Baftelli L'iJéologje et la pratique missioflfUlire 87

tiné à expri.mer seulement un fondement conunun, religieux expériences comboniennes de la plaine de Kordofan90, li
et dviI quant à ses modules, selon l'idée qui avait déjà nourri s'agit probablement là d'une expression ultérieure utopique.
les réflenons de Mazza, et qui s'était ensuite développée Si, en effet, le Mahdi n'était pas intervenu pour annihiler les
chez Comboni lui-mème. C'est-à-dire imaginer une structure fruits pourtant faibles de Malbes, certe utopie aurait dft
plus organique et profilée, une véritable revisitation de la se mesurer peu d'années après avec le conunencement des
SONetas christiana médiévale. ambitions colonialistes, y compris italiennes, et avec la
Le fait n'est pas marginaI. Dans ces m~mes années en répartition de l'Mrique sanctionnée en 188S par la confé­
effet, en rapport à la christianisation de territoires déjà rence de Berlin.
compris dans le vicariat apostolique conf1é à Comboni, les Tradllit de l'itaJien par G. Sanchez·
« Pères blancs » avaient reçu de leur supérieur Lavigerie la
tàche beaucoup plus spécifique de favoriser la naissance
d'un véritable« royaume chrétien »88, fondé avec une extréme
clarté sur le modèle de la sodété médiévale. D'ailleurs,
précisait Lavigerie dans ses Instructions de 1879 à ses
missionnaires, « le monde africain de l'intérieur est précisé­
ment dans l'état où notre Europe était au Moyen Age.
Pourquoi l'Eglise n'y réaliserait-elle pas les memes reuvres,
et n'y portèrait-elle pas les memes bienfaits ? »811.
Il ne s'agit pas évidenunent de proposer, pour conclure,
une comparaison entre les « idéologies africaines » de Com­
boni et de Lavigerie. Au-delà de leurs différentes statures,
trop de facteurs originels et contextuels ont également
conduit à diversifier très largement leurs expériences respec­
tives. Je crois cependant que cela n'emp~che pas d'affirmer
combien, dans une ultime analyse, l'image de l'Afrique
- barbare et sauvage, mais aussi terre de peuples à civiliser,
à Faide de l'instrument qu'était la diffusion du Christia­
nisme ~ qui avait suscité l'initiative de Vérone au xxxe siècle.
et qui avait pour finir trouvé son interprète le plus autorisé
en Comboni, est également restée la base des derniètes

, 88. X.. de MONl'CLOS, Lavigerie... , cit., 332-B5. Sur la réalisation concrète


du pro;et dans la région du Tanganyika, cf. HEREMANNs, L'IJuçalÌon àtmr les
11Iiuiont.... l'H SS. Pour Lavigerie, voir récemment K. J. RIVINIUS. Das
Missionswerk von Kardinal Lavigerie, dans Neue Zeittcbrift fiil' Mittionr­
wimnrcbaft, 39 (1983), I-1 s; X. de MONl'CLOS, Cha.tles Lavigerie, dans
M. GRBSCHAT, Gerta/ten der Kirçhengeuhkhte, IX/9, Stuttgart, 1985, 196-207.
89. MONTCLOS, Lafligerie... , 334. Une dizaine d'années auparavant déjà,
Lavigerie avait affir:mé : « Ce que l'Eglise a fait, il y a treize siècles paur le 90, « Gesù Cristo f...] è l'unico principio di redenzione e di vita, la vera
salut de l'Europe barbare, elle peut le tenter avec le meme succès pour celui sorgente della civilisazione e della salvezza dei popoli infedeli, l'incrollabile
de l'Mrique » (cltation dans HEREMANNS. L'idJlcation danr le; 11Iiuionr... , cit" fondamento della vera grandezza e prosperità delle nazioni civili del mondo»
61, n. I). (D. CoMBONI, Quadro ttorico delle scoperte africane, Verona, 1880, 4)·