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Détérioration de surface Techniques et Procédés de Maintenance

ATMANI
CHAPITRE 2 Détérioration de surface

2.1 Introduction
La tribologie est une science complexe qui englobe la mécanique des surfaces, l’étude
du frottement et de l’usure ainsi que la lubrification. Elle fait appel à la chimie, la science des
matériaux et la physique moléculaire elle revêt une importance économique immense quand
on songe aux énormes pertes provoquées par l’usure des machines et par le coût de l’énergie
dissipée par frottement. Le développement de la tribologie repose surtout sur l’expérience. On
appel couple tribologique l’ensemble formé par deux solides qui glissent et frottent l’un
contre l’autre.
Le choix des matériaux en contact mobile, leur traitement de surface, le choix des
méthodes de lubrification et des lubrifiants constituent l’étude tribologique d’un mécanisme.
Le frottement transmet une force tangentielle à la surface de contact, dans un premier temps
les solides restent en immobilité relative, au-delà d’une certaine intensité de force, ils glissent.
Le glissement dissipe de l’énergie et use les surfaces. Selon les applications on cherche à
obtenir :
 Usure et frottement minimaux dans les paliers, engrenages, cames, glissières ;
 Usure minimale et frottement maximal dans les freins, embrayages, roues ;
 Usure maximale par les meules et les limes.
La lubrification a pour but de diminuer l’usure et le frottement, elle consiste à interposer un
fluide ou une poudre entre les solides.

Phénomènes thermiques 
Le frottement entraîne une dissipation importante d’énergie sous forme de chaleur qui, si elle
reste concentrée dans la zone de contact, peut être la cause de dégradation de surface.

Phénomènes physico-chimiques
Lorsque les surfaces sont idéalement propres, elles sont dans un état très fortement
énergétique, elles peuvent être le siège de tous les types possibles de réaction ou
d’interactions.
Les surfaces sont soumises à des phénomènes d’adsorption, d’oxydation, les différents types
de réactions peuvent modifier très largement l’énergie de surface (elle influe sur le coefficient
de frottement ou sur les phénomènes de transfert) elle conditionne l’accrochage des dépôts,
etc.

2. Contact de surface

2.1 Structure d’une surface usinée


La surface d’un solide le sépare du
milieu ambiant. Elle est caractérisée
par sa structure physico-chimique et
par sa géométrie. Une surface usinée
est une zone complexe qui recouvre la
masse du solide comme une peau. Ses
propriétés, différentes de celles du
corps du solide, jouent un rôle
fondamental dans le comportement
tribologique d’un couple cinématique.

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On distingue quatre couches formant la surface d’une pièce métallique usinée :

 Le matériau de base au dessus duquel existe une zone rythmiquement sollicitée par les
contraintes extérieures et qui est en cours d’écrouissage.

 En profondeur, une couche de métal est écrouie par les opérations de fabrication de la
pièce, que ce soit par formage, ou par enlèvement de copeaux. La structure cristalline
du métal de base y est fortement déformée. La couche est le siège de contraintes
résiduelles de compression.
 Sur la couche écrouie existe souvent une couche métallique amorphe, formée de
cristaux finement concassés, appelée couche de Beilby. Elle est produite par la fusion
du métal puis son auto6trempage par la masse froide voisine lors des opérations de
finition. Cette couche épaisse de quelques angströms, bouche les inégalités de surface.
 Les atomes à la surface extérieure possèdent des valences non saturées créant ainsi un
champ de forces électrostatiques qui peut s’exercer à plusieurs angströms de la
surface. Les gaz ou les liquides ambiants sont adsorbés et peuvent réagir avec le métal
pour former des oxydes ou y diffuser. L’adsorption d’huile ou de graisse joue un rôle
important en lubrification. La couche adsorbée est très tenace, elle isole le métal de
base de tout contact direct.
On sait que les côtes dimensionnelles des pièces sont sujettes à tolérances, mais les
surfaces proprement dites sont aussi affectées par des irrégularités qui jouent un grand rôle
dans le fonctionnement des mécanismes.
Les erreurs de forme ou erreurs macro-géométriques, dites de premier ordre,
proviennent des déformations de la pièce et de la machine-outil lors de l’usinage. Les
irrégularités du deuxième ordre consistent en ondulations régulières engendrées par des
vibrations de la pièce ou de la machine outil.
A plus petite échelle, visible seulement à la loupe ou au microscope, on rencontre la
rugosité. Elle résulte de stries formées par l’avance progressive de l’outil et d’aspérités se
formant lors de l’arrachage de la matière par les outils. Au-delà, on trouve encore la structure
du grain des métaux.

Erreurs de forme → 1ier ordre : planéité conicité, perpendicularité, etc.


ième
2 ordre : ondulations (vibrations) ;

Rugosité → 3ième ordre : stries (avance) ;


4ième ordre : aspérités (arrache) ;
5ième ordre : structure du grain :

Matériau → 6ième ordre : structure cristalline.

Une surface réelle résulte de la superposition de la rugosité et des erreurs de forme.


Les rugosimètres permettent de mesurer la profondeur des dépressions à l’aide d’un palpeur
(stylet) qui glisse sur la surface en parcourant une certaine distance normalisée. Un traitement
mathématique convenable calcul les rugosités.

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2.2 Contacts des corps solides

2.2.1 Contact ponctuel ou linéique

Deux solides non-conformes se touchent apparemment en un point, ou selon une ligne de


contact. Si une force N est transmise de l’un à l’autre, on dit que la charge de contact est
ponctuelle dans le premier cas, linéique dans le second.
En réalité la pression est répartie selon un ellipsoïde (figure 2.3, a) tant que la déformation est
élastique la pression la plus élevée est concentrée au centre de la surface de contact pression
hertzienne po, appellation se rapportant au Physicien Henry HERTZ qui a fait l’étude du
contact non-conforme dans laquelle il a expliqué le comportement du matériau comprimé
sous la surface de contact La contrainte de cisaillement maximale se trouve sous la surface de
contact à une profondeur c = 0,47a, où a est le rayon du cercle de contact. Lorsque la charge
croît, les déformations et les contraintes augmentent. Le métal entre en état de plastification
autour du point le plus sollicité.
Dans le second cas (fig. 2.3, b) elle est linéique. La charge de contact se répartie le long de la
ligne de contact.

Pression hertzienne dans un contact linéaire (cylindre-


cylindre)

Figure 2.3 : représentation de la répartition de contrainte dans deux cas de contact, a) ponctuel,
b) linéique.

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2.2.2 Contacts surfaciques

Deux pièces conformes se touchent par une surface géométrique finie leur contact est dit
surfacique. L’aire A contenue dans le contour de contact apparent est appelée surface de
contact nominale ou apparente. La force normale d’appui étant N, on définit la pression de
contact nominale ou apparente par P :
N
P=
A

En agrandissant fortement la coupe de la surface de contact de deux surfaces, les surfaces


présentent chacune des aspérités dont certaines touchent ponctuellement la surface opposée
(spot). L’aire de la surface de contact effective des aspérités est appelée surface de contact
réelle Ar. Elle est plus petite que la surface apparente la pression de contact réelle Pr est
beaucoup plus forte que la pression P.

Contact d’une aspérité


Une aspérité chargée par une force Ni subit
tout d’abord une déformation élastique, le
matériau subit ensuite une déformation
plastique et l’aspérité s’écrase en
agrandissant l’aire de contact. La surface
de contact de l’aspérité est :
N
A ri = i
Pe
Pe : pression de plastification (aspérité complètement écrasée)
Pe 3Re (pour les métaux et une aspérité sphérique)
avec Re limite élastique du matériau

En considérant l’ensemble de la surface apparente de contact, les pièces ne se touchent que


par les aspérités les plus élevées. Les aspérités s’écrasent et les pièces se rapprochent au fur et
à mesure que la charge N augmente (la surface comprend des aspérités en déformation
plastique et d’autre en état de déformation élastique). L’augmentation de la surface de contact
réelle avec la charge est due à l’accroissement du nombre de points de contacts.
N
Puisque N = Ni l’aire de contact réelle Ar = P e
A charge égale les déformations sont plus petites pour un métal dur que pour un métal mou.

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3. Frottement à sec
3.1 Force de frottement
En appliquant une force tangentielle parallèle à la surface de contact, la pièce 2 ne bouge pas,
il existe donc une force F- appliquée par 1 à 2 qui s’oppose à T. ce phénomène qui s’oppose
au glissement relatif est le frottement.
«  Le frottement est un phénomène à la surface d’un corps qui empêche le glissement sur un
autre corps (frottement statique) ou qui dissipe de l’énergie mécanique en cas de glissement
(frottement dynamique) ».

Le frottement provoque l’élévation de température ponctuelle susceptible d’entraîner des


altérations ou des destructions superficielles irréversibles.
Le coefficient de frottement f est le rapport de la force tangentielle de frottement lorsque les
pièces glissent, à la force normale qui les appliquent l’une sur l’autre.
Le coefficient de frottement de glissement sec est relativement élevé, sa valeur est accrue par
l’imperfection de réalisation pratique des surfaces.

Coefficient de frottement
L’angle de frottement  indique l’inclinaison de la résultante par rapport à la normale à la
surface, il définit le coefficient de frottement f du couple tribologique :

T T
ϕ=arctg et f =tg ϕ
f= N N

f : coefficient de frottement


T : force tangentielle
N : force normale au mouvement

Les phénomènes qui s’opposent au glissement sont :


 Adhérence : deux matériaux dont les surfaces sont absolument pures adhèrent l’un à
l’autre, il faut une certaine force de traction pour les séparer. Il existe des liaisons
appelées jonctions (jonctions adhésives) ; la présence d’électrons à la surface libre
crée un champ électrostatique. Etant donné que les surfaces sont toujours polluées par
des oxydes, de la vapeur d’eau adsorbée, par des résidus. Cette contamination
empêche l’adhérence ;

 Le labourage : un enfoncement il y a émergence de l’aspérité tout


statique d’aspérité dure dans un en déplaçant la matière ;
métal mou, au premier mouvement,

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 La déformation : la déformation des aspérités moins dures sous l’effet de charge.

La force de frottement résultante est : F = Fadh + Flab + Fdéf + …

4. Classification des défaillances

On peut dire qu’il y a défaillance lorsqu’une pièce ou un ensemble n’est plus apte à
remplir la fonction qui lui est assignée. Les défaillances peuvent être classées en trois
catégories :
 défaillances dues aux déformations plastiques,
 défaillances par rupture des pièces,
 défaillances par détérioration de surface.

4.1. Défaillances par déformation plastique


Dans ce cas la pièce est mise hors d’usage par le seul fait qu’elle se soit déformée sans pour
cela s’être rompue. Citons parmi ces destruction : le flambage élastique d’une longue tige de
faible diamètre soumise à un effort de compression axial ou encore le fluage à chaud d’une
pièce soumise à une contrainte constante en grandeur, direction et sens, déformation
apparaissant sous contraintes mécaniques associées à des températures de service supérieures
à 40% de la température de fusion.

4.2. Défaillances par détérioration de surface


Dans cette catégorie entre un grand nombre de détérioration mettant en œuvre des
phénomènes parfois très différents. Elles conduisent toutes à la destruction de la pièce
mécanique par détérioration d’une partie plus ou moins importante de sa surface, la mettant
ainsi hors d’usage.

4.2.1 Phénomènes élémentaires d’endommagement des surfaces


Sous l’effet des sollicitations tribologiques, une surface subie des modifications et
endommagements, dont les principales formes sont schématisées sur la figure suivante :

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À partir des phénomènes élémentaires qui viennent d’être évoqués, de nombreux


processus d’usures ont été établis, ils peuvent être classés de différentes façons.
D’une manière générale, on appelle usure la détérioration d’une surface solide, généralement
par enlèvement progressif de matières provoqué par son mouvement contre une matière ou
par une substance.
L’usure est un vaste domaine couvert par la tribologie. Elle détruit les surfaces fonctionnelles
des couples cinématiques et cause, avec la corrosion, d’énormes pertes.

Parmi ces destructions par détériorations superficielles on peut citer :


 usure par adhésion ou grippage,
 usure par abrasion,
 la fatigue de contact (roulement, glissement, poinçonnage),
 le fretting corrosion,
 la cavitation.

5. Formes d’usures
Les surfaces métalliques, soumises à un frottement solide ou fluide en présence ou non de
lubrifiants, peuvent être affectées par des formes d’usures qui peuvent aller de l’usure douce
régulière et contrôlable (usure normale) à la détérioration brutale entraînant la mise hors
service du mécanisme.
Les détériorations des surfaces sont dues à des phénomènes isolés ou simultanés classés en
quatre formes fondamentales : adhésive, abrasive, corrosive et par fatigue auxquelles
s’ajoutent des formes plus complexes comme la corrosion de contact, l’érosion par cavitation
ou les usures d’origine électriques, faisant d’ailleurs souvent intervenir, comme phénomènes
composants, certaines des formes fondamentales d’usures (usure adhésive d’engrenage, usure
abrasive d’un coussinet, érosion abrasive d’un coussinet de moteur d’automobile, corrosion de
contact de cage de roulements, piquage par fatigue de poussoirs de moteur automobile.

5.1 Usure adhésive


L’usure adhésive par contact métal-métal est la forme la plus fondamentale de détérioration
des surfaces. Elle est dues à la rupture par cisaillement, lors du frottement, des microsoudures

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ou jonctions formées instantanément entre les aspérités antagonistes des deux surfaces, en
régime de frottement sec ou de lubrification limite ou mixte.
La formation de ces soudures très localisées, est favorisée par l’énergie thermique dissipée
par frottement, associée à de très fortes pressions de contact.

Selon sa nature, la soudure sera une véritable soudure métallurgique ou « soudure chaude »,
appelée aussi soudure franche, ou une simple liaison d’adhésion physique ou
« soudure froide » ; par conséquent, selon la résistance au cisaillement de la jonction, la
rupture se produit à l’intérieur du métal le plus tendre si la résistance au cisaillement des
soudures est supérieur à la résistance au cisaillement du métal le plus tendre, un important
transfert adhésif et usure sévère (cuivre/ acier) ou, au contraire, au niveau de la jonction si la
résistance au cisaillement de la jonction est inférieur à celles des deux métaux
(aluminium/acier, étain/acier). La détérioration prend donc plusieurs formes allant du rayage
sévère ou écaillage (en Anglais scuffing) au rayage léger ou usure adhésive douce. D’autre
part l’usure par adhésion étant toujours accompagnée d’un échauffement au moins local de la
surface, elle s’accompagnera d’une coloration brune à bleue sombre.

Grippage (scoring, scuffing) : c’est un enlèvement ou un déplacement brutal de matière


provoqué par la rupture de jonctions locales entre les peaux des massifs, soudées par les effets
thermiques. Une surface grippée est caractérisée par des rayures, des sillons dans la direction
de la vitesse de glissement (figure 5.1.1). Des transferts de matière d’un massif à l’autre sont
fréquents. Les grippages se produisent brutalement. Ils sont associés à des vibrations, à une
augmentation importante de l’énergie dissipée dans le contact et de la température
superficielle des massifs. La physico-chimie du lubrifiant et de la peau des massifs est un
facteur important. La dégradation de la micro-géométrie des surfaces qui découle du grippage
est à l’origine d’usure sévère.

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Figure 5.1.1 : micrographie représentant le phénomène de grippage

Sur les figures suivantes sont représentés des pièces mécaniques soumises à l’usure adhésive :

Figure 5.1.2 : photos représentant des pièces mécaniques ayant subies l’usure adhésive.

 Sur le roulement (fig.5.1.2, a), provenant d'une turbine d'hélicoptère, des traces brunes
suspectes bien visibles sur la bague intérieure annonçant le début de grippage.
 Le tourillon (fig.5.1.2, b) porte diverses traces d'usure. À gauche, on trouve des stries
continues probablement dues à un phénomène d'abrasion. À droite, les stries sont
beaucoup plus chaotiques, avec des traces d'arrachements caractéristiques de l'usure
adhésive. Le stade suivant aurait été le grippage, avec immobilisation de l'arbre dans
son guidage.
 Le pignon endommagé (fig.5.1.2, c) provenant d'une boîte de vitesses de motocyclette
a subi le grippage, sur une des dents, les arrachements sont parfaitement visibles. Les
surcharges appliquées sur la denture ont fini par causer la rupture de plusieurs dents.

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5.2 usure abrasive
L’abrasion est une détérioration dans laquelle interviennent deux phénomènes :
 un enlèvement de matière de la surface par coupe ;
 une déformation plastique de la surface (labourage) sans ablation de la matière.

On distingue deux types d’abrasion : - l’abrasion à trois corps,


- l’abrasion à deux corps, engendrée par des particules
provoquée par des aspérités abrasives libres (troisième
dures ou des particules dures corps), véhiculées entre les
enchâssées sur l’une des surfaces frottantes (pâte à roder,
surfaces (limage, meulage, poudres, liquide abrasifs, sable,
rectification) et usant l’autre poussière, débris d’usure).
surface ;

L’abrasion en présence de lubrifiant 


Si la dimension des particules est de l’ordre de grandeur des épaisseurs du film d’huile,
l’abrasion est normale avec des rayures et sillons d’usinage de coupe.
Si la dimension de ces particules est petite, l’aspect de la détérioration dépend de l’angle
d’incidence des particules par rapport à la surface, nous sommes en présence d’érosion
abrasive.

Figure 5.2 : photos représentant des pièces usées par abrasion.

 Sur la figure 5.2, a : on peut constater l’allure typique des stries d'abrasion sur ce
tourillon. Il s'agit ici d'une usure abrasive à trois corps, car l'arbre tournait dans un
coussinet moins dur que lui.
 Sur la figure 5.2,b : une usure abrasive à trois corps nettement plus sévère est
observée. Elle s'est produite au niveau d'un joint d'étanchéité qui a provoqué un point
d'accumulation de débris abrasifs.

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 Sur la figure 5.2,c :Il y avait initialement trois dentures sur cet arbre de boîte de
vitesses de machine agricole, mais l'usure abrasive, agissant probablement de façon
concomitante avec d'autres formes d'usure, a effacé la matière.

5.3 La fatigue de contact


Les détériorations de surface provoquées par fatigue de contact prennent divers aspects en
fonction du mode de sollicitation et du stade d’évolution de la dégradation.
Quatre modes de sollicitations sont à retenir selon les mouvements relatifs des surfaces en
contact, illustrés sur les schémas ci-dessous, on les rencontre dans les roulements à billes ou à
rouleaux, les engrenages ou encore les systèmes de transmission à came, à chaînes etc.
Dans un système sollicité en roulement, glissement, ou les deux combinés, les contraintes de
cisaillement maximales déterminent, selon leur localisation, le site d’amorçage de la
dégradation (théorie de HERTZ).

Figure 5.3.1 : représentation des différents modes de sollicitation dans le cas de la fatigue.

Quand les contraintes de cisaillement maximales seront voisines de la surface, le premier état
de la détérioration consistera en une piqûre (ou pitting) qui se présente comme un petit trou ou
un puit peu profond (de 10 à 20 µm) amorcé sur des altérations superficielles d’origines
géométriques ou métallurgiques. Dans certains cas ces piqûres (micro-écailles) se stabilisent
et disparaîtrons par rodage. Dans d’autre cas elles se généraliseront en surface et par suite
deviendront destructives ; c’est le « pitting généralisé » ou « peeling ». Elles pourront évoluer
vers une fissure plus importante pénétrant dans le matériau et remontant vers la surface pour y
déboucher perpendiculairement et provoquer l’élimination de la languette métallique, il y a
écaillage (ou spalling).
Dans le cas du poinçonnage les dégradations observables ressembles à celles du roulement
pur ; écaillage d’origine profonde ou piqûre superficielle en cas de fortes rugosité ou de
mauvaise lubrification.

Figure 5.3.2 : représentation du phénomène d’écaillage.

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Figure 5.3.3 : micrographie d’une écaille (Doc. SNR)

5.3.1 Écailles (spals, large pits) : ce sont des cavités de dimensions analogues à la largeur de
la zone de contact et dont les bords sont abrupts. Typiquement, elles ont quelques millimètres
carrés de surface et quelques dixièmes de millimètre de profondeur (figure 2). Elles sont à
l’échelle du contact hertzien classique. Elles surviennent généralement dans des contacts très
chargés. Elles résultent de la répétition cyclique des contraintes dans la sous-couche du
massif. Elles apparaissent après une période d’incubation importante, de l’ordre de plusieurs
dizaines de millions de cycles. Elles sont précédées et associées à un réseau de fissures à la
même profondeur et, fréquemment, à la prolifération des microécailles. Ce sont des
dégradations classiques dans les roulements et dans les engrenages.

Figure 5.3.4 : représentation de micro-écailles (Doc. SNR)

5.3.2 Microécailles (micropits, pits) : ce sont des cavités beaucoup plus petites que les précédentes
(fig.5.3.4). Elles ont des dimensions dix à vingt fois plus faibles que la largeur du contact, quelques
dixièmes de millimètre d’envergure et quelques centièmes de millimètre de profondeur. Ces

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dimensions sont à l’échelle des aspérités des surfaces. Ces avaries surviennent même dans des contacts
peu chargés. Elles sont dues à la répétition cyclique des contraintes dans la peau des massifs,
notamment aux sollicitations des aspérités des surfaces auxquelles elles sont directement associées.
Leur période d’incubation est plus courte que pour les écailles, de l’ordre de quelques millions de
cycles. Contrairement à certaines affirmations, elles sont dangereuses, car elles détruisent la micro-
géométrie des surfaces, elles accélèrent la formation des écailles et peuvent être à l’origine de
fissuration en volume.

Figure 5.3.5 micrographie de déformations plastiques superficielles (Doc. SNR)

5.3.3 Déformations plastiques : elles résultent des surcharges extérieures globales sur les massifs ou
locales dans l’interface (micro-géométrie, indentation) (fig.5.3.5). Elles sont fréquemment associées à
une dureté insuffisante du massif et précèdent les fatigues superficielles. Elles ne sont pas fonction du
nombre de cycles de fonctionnement. Elles sont à l’origine d’amorçage de fissures ou peuvent
simplement perturber le champ de pressions élasto-hydrodynamiques.

Figure 5.3.6 : micrographie d’usure à faible glissement spécifique (Doc. SNR)

5.3.4 Usures et fissurations par petits débattements (fretting wear, fretting fatigue) Ces
dégradations apparaissent plus particulièrement dans les contacts secs. En l’absence de lubrification,
l’adhérence entre les deux surfaces des massifs crée, dans les peaux de ces massifs, des contraintes
importantes à l’origine de l’amorçage et de la propagation de fissures. Si, par contre, un matelas de
particules sépare ces surfaces, tout en transmettant les efforts normaux, ce troisième corps
accommodera les vitesses relatives. L’usure sera alors gouvernée par trois phénomènes : le piégeage,

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l’élimination et le comportement abrasif des particules. Ce n’est qu’ultérieurement que les surfaces
fraîches des particules seront sensibles à la corrosion. La figure 5 représente un cas d’usure induite par
des petits débattements.

Figure 5.3.7 : micrographie d’usure induite par petits débattements (Doc. SNR)

5.3.5 Usure par délamination


Est un phénomène de fatigue comportant une succession de processus :
- transmission de forces par adhérence et labourage,
- déformation en sous couches,
- formation de fissures,
- propagation de ces fissures,
- Séparation d’une particule d’usure.

5.3.6 Le fretting corrosion


Ce phénomène apparaît lorsque des pièces en contact sont soumises à des pressions plus ou
moins élevées et à un léger mouvement vibratoire (exemple : clavetage). Il se traduit par un
aspect rougeâtre des surfaces en aciers en contact, due à l’oxyde de fer.
Comme tous les oxydes sont des corps abrasifs, leur apparition peu entraîner de graves
détériorations des surfaces et par suite être à l’origine de rupture par fatigue.

5.3.7 Déplacement des couches superficielles


Le glissement des couches superficielles s’effectue également dans la zone de déformation
plastique. Le déplacement qui se produit en aval dépend essentiellement de la charge, de la
vitesse et du nombre de cycle.

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Figure 5.3.7 – micrographie effet du passage de courant (Doc. SNR)

5.3.8 Effets physiques et chimiques


Ils sont rappelés ici pour mémoire seulement. Ce sont des corrosions chimiques, électriques,
bactériennes, électrochimiques, etc. Ce ne sont pas à proprement parler des avaries de contact.
Toutefois, étant à l’origine de modifications de la micro-géométrie des surfaces et de certaines de leurs
propriétés, ces effets sont générateurs de fissures et de particules d’usure, et sont fréquemment à
l’origine d’avaries mécaniques. La figure 7 représente un endommagement de surface provoqué par le
passage de courant entre les bagues d’un roulement.

5.4 La cavitation

Appelée érosion par cavitation, cette détérioration se produit lorsqu’il y a mouvement


relatif entre une surface mécanique et un liquide.
Lorsque l'on aspire un liquide dans un conduit on crée une dépression, si cette baisse de
pression fait descendre la pression du liquide au-dessous de sa pression de vapeur saturante, le liquide
se met en
ébullition
(production de
vapeur). On
appelle ce
phénomène la
cavitation. Cette
dépression
vaporisant l'eau est
atteinte lorsque l'on
veut aspirer une colonne d' eau avoisinant les 10 mètres, l'eau se vaporise et libère du gaz qui comble
la dépression, il est ainsi impossible de pomper a plus de 8-10 mètres de profond en aspirant. Il faut

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donc refouler le fluide et placer la pompe dans le fond du puits. Ces baisses de pressions au dessous de
la pression de vapeur saturante peuvent être très localisées par exemple sur les extrados
des profils immergés ou dans les zones rétrécies de dispositif de pompage : Bernoulli nous dit que
l'accélération du fluide génère une baisse de pression. Ces baisses de pression internes des pompes
sont décrites par le NPSH de la pompe.
En se formant ces bulles augmentent le volume de fluide présent dans la zone de basse pression ce qui
à pour effet d'augmenter la pression en certains endroits où la bulle de gaz se   condense violemment en
implosant. Les chocs crées par l'éclatement des bulles détruisent les parois des organes en contact avec
le fluide.

Figure 5.4.1: la pression dans le premier tube est supérieure à celle du premier tube, et la vitesse du fluide dans 1 est
inferieure à celle de 2, parce que la section de la zone 1 est supérieure à celle de 2.

La cavitation  doit être évitée, et dans la conception d'un propulseur, ceci doit être vérifié. La
majeure partie des informations sur les caractéristiques de cavitation des propulseurs est
obtenue à partir des essais de modèles. Ils sont réalisés dans des tunnels de cavitation où la
pression ambiante peut être réduite de manière à provoquer cette cavitation dans des
conditions d'observation contrôlées.
Un autre phénomène est à prendre en compte en hydrodynamique ou en pompage :  la
ventilation

On distingue deux mécanismes de cavitation, selon que la pièce est immergée dans le liquide
ou soumise à des impacts de gouttelettes. Les faciès d’usures sont semblables dans les deux
cas. Dans le premier cas le mouvement alternatif engendrent dans le fluide des zones de
basses pressions pouvant conduire à la formation d’une bulle de vapeur. Cette bulle implosera
lorsque la pression atteindra de nouveau une certaine valeur en créant une onde de choc dont
l’intensité peut être telle qu’elle provoque la formation de petites cavités superficielles.
Dans le second cas, l’impact de gouttelettes de liquide de grande vitesse produit à la surface
de la pièce une onde de choc qui provoquera elle aussi, la formation de petites cavités.

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Figure 5.4.3 : photos représentant la cavitation créée expérimentalement par une hélice dans
un tunnel d'eau.

L’impulseur de pompe centrifuge (fig.5.4.4) a été entièrement rongé par la cavitation. Les
zones plus ou moins lisses sont celles qui frottaient sur les parois avant le démontage. On
remarquera tout spécialement l'état de la rainure de clavette. Le métal très aminci est
dangereusement coupant par endroits. Il « sonne clair » lorsqu'on le gratte avec l'ongle.

Figure 5.4.4 : Impulseur de pompe centrifuge avec une vue de la périphérie

5.5 Erosion
L'érosion est une usure abrasive particulière, causée par des impacts de particules solides
contenues dans un fluide en mouvement ou par des particules liquides en milieu gazeux.
Lors des chocs, il y a ébranlement du matériau de la surface et bris du système cristallin, les
dégâts sont fonction de l'énergie cinétique, donc de la masse et du carré de la vitesse de la
particule. L'enlèvement de matériau croît très vite avec la vitesse, comme la cinquième
puissance pour les gouttes.
Le comportement est très différent selon la nature du matériau :
Si ce dernier est ductile, on trouve des rides annulaires très écrouies et cassantes et la vitesse
d'usure passe par un maximum pour des angles d'incidence de 20 à 30° ;
S'il est très dur et fragile, on ne trouve que des craquelures et l'usure augmente continûment
avec l'angle d'incidence.

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Détérioration de surface Techniques et Procédés de Maintenance
ATMANI
Sur les figures suivantes sont représentés des pièces mécaniques soumises à l’usure par
érosion :

Figure 5.5.1 virole d’acier inoxydable

La virole d'acier inoxydable (fig.5.5.1) à subie une usure par érosion. Cette pièce (diamètre
intérieur 110 mm, épaisseur environ 20 mm) provient d'une usine de traitement de gaz naturel.
Elle porte des excavations irrégulières, assez profondes (environ 10 mm), dont la surface est
polie et qui semblent avoir été taillées avec une gouge Dans cette virole passait une conduite
sous très haute pression emplie d'un fluide corrosif chargé de particules abrasives, et cette
conduite s'est percée. Le résultat est ce que l'on appelle le « sifflage », c'est-à-dire la
formation de petits jets très fins et bruyants. Ce sont ces petits jets, dirigés de façon aléatoire,
qui ont fait le travail.
La plupart des aciers inoxydables résistent à la corrosion parce qu'ils sont passivés,
essentiellement par une couche solide et étanche d'oxyde de chrome. Si cet oxyde est enlevé
par érosion, l'attaque se poursuit. Les deux effets ont probablement fait mieux que s'ajouter
lors de ce processus d'usure très destructeur.

Figure 5.5.2 : Aube de turbine à gaz usée par érosion.

Le même phénomène a touché cette aube de turbine à gaz sous l’effet des gaz de combustion
contenant des particules solides (gouttelettes de vapeur dans le cas d’une turbine à vapeur).

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