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Université Hassan II Casablanca

Faculté des Sciences Juridiques, Economiques et


Sociales
- Mohammédia-

Introduction à l’économie
internationale
Hassan Bougantouche
Professeur d’économie
Sommaire

Introduction générale
Partie 1 : La balance des paiements
1. Méthodologie de la balance des paiements et principaux soldes
1.1 Définition
1.2 Intérêt de la balance des paiements
1.3 Structure de la balance des paiements
1.4 Principes d’enregistrement comptable
2. Les mécanismes d’ajustement de la balance des paiements
2.1 Liens entre les principaux soldes internes et les soldes de la balance des paiements
courants
2.2 Principes de l’ajustement de la balance des paiements courants
Partie 2 : Le système monétaire international
1. Règles et mécanismes du système monétaire international (SMI)
1.1 Une monnaie internationale
1.2 Un régime de change
1.3 Un régime de réserve de change officiel
1.4 Un système d’ajustement
2. Les principaux systèmes monétaires internationaux
2.1 Le régime de l’étalon-or
2.2 Le régime du Gold-Exchange standard (étalon changes-or)
2.3 Le SMI actuel
3. Le système monétaire européen
3.1 Le SME a survécu à la divergence des politiques économiques nationales
3.2 L’union économique et monétaire européenne
Partie 3 : Les fondements du commerce international
1. Les doctrines du commerce international
1.1 La théorie des avantages absolus chez Adam Smith
1.2 La théorie des avantages comparatifs chez David Ricardo
1.3 Le modèle dit HOS (Heckscher-Ohlin-Samuelson)
1.4 Appréciations des principales doctrines de l’échange international
2. L’évolution du commerce mondial depuis 1945
2.1 La révolution des moyens de transport et de communication
2.2 L’organisation du commerce mondial depuis 1945 : GATT, OMC et cycle de
négociations commerciales internationales
3. Les blocs commerciaux régionaux
3.1 La communauté Européenne
3.2 L’accord de libre-échange nord-américain (ALENA ou NAFTA en anglais)
3.3 L’APEC (Asia-Pacific Economic Cooperation)

2
Introduction générale
Aujourd’hui les économies nationales sont de plus en plus intégrées et
interdépendantes qu’il est devenu presque impensable d’étudier les phénomènes
économiques nationaux en faisant fi de la place de chaque pays dans les transactions
internationales.
Le processus d’intégration des économies nationales, que l’on qualifie de
mondialisation ou de globalisation, est loin d’être achevé. En effet l’intégration des
économies nationales touche aux différents aspects des échanges internationaux.
Ces derniers portent sur des marchandises et des services (commerce international)
et de plus en plus sur des actifs financiers (endettement international,
investissements directs, investissements de portefeuille, marchés dérivés de taux et
des changes ). On sait pertinemment que l’ensemble de ces flux des échanges
relèvent de corps théoriques divers notamment les théories du commerce
international, les institutions internationales, la théorie de l’investissement
international, la théorie des choix de portefeuille, les relations monétaires
internationales.
Force est de constater que le niveau d’intégration mondiale de chaque aspect des
échanges est loin d’être homogène. Autrement dit, l’intégration du marché mondial
n’a pas la même signification selon qu’il s’agit de commerce des marchandises et
des services, du marché des capitaux ou de la production internationale. Le
commerce mondial vit au rythme d’avancement des négociations internationales
organisées sous la houlette de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Si des
progrès importants ont été enregistrés depuis quelques années, aujourd’hui les
négociations trébuchent sur des questions épineuses, et dont les intérêts nationaux
sont contradictoires : Parmi ces sujets de discorde on peut citer les dossier
agricoles, des services à haute valeur ajoutée etc..
L’intégration de la production mondiale réalise des progrès importants comme en
témoigne la dynamique récente de l’investissement direct dans les secteurs les plus
divers de l’économie. Mais la poursuite de ce mouvement restera tributaire du degré
de libéralisation dans certains secteurs prioritaires comme les industries de réseaux
(eau, électricité, assainissement etc. ) qui restent encore des monopoles publics
complètement fermés à la concurrence.

3
La monnaie et la finance sont deux autres dimensions de la mondialisation, et non
des moindres. Mais le degré d’intégration mondiale atteint par ces deux dimensions
restent fortement disproportionné. A ce propos on peut dire avec Allegret et Courbis
que « la mondialisation n’a pas la même tournure du côté des monnaies ou du côté
de la finance »1.
La monnaie reste un symbole de la souveraineté nationale. D’où la dimension
politique de toute étude des phénomènes monétaires. Exception faite de quelques
espaces économiques régionaux où circule une monnaie unique, on peut dire que la
monnaie est le phénomène le moins intégré sur le plan mondial. A l’échelle
internationale, évoquer la monnaie est souvent synonyme de désordre, de guerre
des monnaies, de confrontation des monnaies, d’instabilité etc.

Sur le plan de la finance, c’est tout à fait le contraire. La finance est souvent
évoquée comme le symbole d’intégration mondiale, de village global. N’a –t-on pas
dit que les marchés de change fonctionnent 24 h/24h en suivant le parcours du soleil
!
Mais ces deux dimensions de la mondialisation sont aussi très interdépendantes. Les
désordres monétaires de la fin des années 60 n’expliquent pas pour une grande part
l’éclosion du marché financier international (marché des eurodevises, euromarchés
etc.) ?.
La finance mondialisée ne remet pas en question les instruments de régulation
monétaire comme en témoignent les crises des changes provoquées par l’intégration
prématurées de certaines économies émergentes dans la sphère financière
internationale. Mais c’est plutôt le manque de coordination des politiques
économiques, notamment monétaire et budgétaire qui expliquent les différents
dysfonctionnements des marchés mondiaux de capitaux.
C’est dire la complexité des relations entre les sphères monétaires et financière
internationale.

1
Allegret J-P. et Courbis B., Monnaies, finance et mondialisation », DYNA’SUP Economie,
Vuibert, Paris, 2005.

4
L’objectif de ce polycopié est d’aider le lecteur à comprendre et assimiler les
concepts clés de la globalisation sur le plan monétaire et des échanges mondiaux.

Il traitera plus précisément les notions suivantes :


- La Balance des paiements et ses mécanismes d’ajustement ;
- L’évolution du cadre institutionnel des échanges à travers la notion de système
monétaire international. Seront développés aussi l’évolution du système monétaire
international depuis la fin de le seconde guerre mondiale, sa crise et les principales
caractéristiques du système actuel (ou non système pour certains) ;
- Le commerce international et ses déterminants d’après les théories de l’échange
international. Nous examinerons aussi les facteurs qui expliquent le développement
du commerce international depuis la fin de le guerre en insistant particulièrement
sur le rôle du système commercial multilatéral dans le développement des flux des
échanges mondiaux de biens et de services.

5
Partie 1
La Balance des paiements

Objectifs
Mettre en place le cadre d’analyse de
l’internationalisation monétaire et financière.
Présenter et analyser les paiements
internationaux à travers les notions de balance
des paiements et de liquidités internationales.
Présenter les mécanismes d’ajustement de la
balance des paiements.

Pour présenter les comptes extérieurs des économies nationales, le FMI propose une
méthodologie qui a beaucoup évolué depuis la seconde guerre mondiale. Actuellement, la
majorité des pays utilisent le 5ème manuel de la balance des paiements publié par le FMI en
1993.

1. Méthodologie de la balance des


paiements et principaux soldes

La balance des paiements est élaborée à partir de sources d’information diverses (déclarations
des banques et des entreprises, informations douanières, enquêtes etc.). La balance des
paiements n’est pas un document comptable mais elle utilise les principes de la comptabilité
(enregistrement des flux en crédit et en débit etc.).

1.1 Définition

La balance des paiements est un document statistique qui relève pour une période donnée
les transactions économiques et financières entre les résidents d’un pays 2 et le reste du
monde. Les transactions économiques portent sur les échanges de biens et de services
(marchandises, transport international, tourisme etc.). Les transactions financières quant à
elles portent sur des mouvements de capitaux (investissements directs étrangers,
investissements de portefeuille, prêts et emprunts internationaux etc.).

2Au sens de la comptabilité nationale, les résidents d’un pays sont constitués par les nationaux résidents et les
étrangers exerçant une activité sur le territoire national pour une période dépassant deux ans.

6
1.2 Intérêt de la balance des paiements

La balance des paiements met en évidence plusieurs soldes significatifs qui permettent aux
pouvoirs publics d’un pays :

d’analyser les relations économiques avec le reste du monde,

de déterminer et de suivre la situation monétaire du pays,

de situer la position du pays dans l’environnement financier international,

d’évaluer la capacité d’ajustement du pays aux chocs externes.

1.3 Structure de la balance des paiements

La balance des paiements se compose de 3 comptes composés de plusieurs balances


partielles et d’une rubrique erreurs et omissions :

Le compte des transactions courantes ;

Le compte de capital ;

Le compte financier,

La erreurs et omissions (écart statistique).

Colonnes composant la blance des paiments


Colonne 1 Colonne 2 Colonne 3 Colonne 4
Nature des Crédits : cessions Débits : cessions Solde
opérations d’actifs par les R aux d’actifs par les NR aux
NR R

Titre
Gains de devises Gains acquis par
sur l’extérieur l’extérieur
Postes Chaque poste a un
solde

Rubriques Nécessité de trouver


des devises

Sous-rubriques

R : résidents : agent économique (personnes physique ou morale) présents sur le territoire


national (quelle que soit leur nationalité) pendant au moins un an
NR : non résident personnes physiques ou morales résidant à l’extérieur du territoire national.

1.3.1 Le compte des paiements courants ou des transactions courantes

Elle comprend quatre balances partielles :


1.3.1.1 La balance commerciale (balance du commerce extérieur)

7
Elle enregistre les exportations et les importations de marchandises (ex. des matières
premières, des produits industriels etc.) du pays concerné. Il s’agit de biens matériels qui
transitent par les services de douane.
1.3.1.2 La balance des services
Elle rend compte des biens immatériels échangés entre les résidents d’un pays et l’extérieur.
Les statistiques internationales disponibles distinguent clairement entre services et revenus
des facteurs de production. Ces derniers ne reposent pas sur une prestation. Il s’agit
généralement de flux financiers de retour : revenus des investissements extérieurs, bénéfices
des filiales extérieures, revenus des brevets et licences exploités. Pour ce qui est des services
à proprement parlés, ce sont des biens immatériels donnant lieu à des échanges
internationaux tels que les transports internationaux et les assurances, le tourisme, les
services aux entreprises (conseil, formation, expertise) et aux personnes.

1.3.1.3 La balance des revenus :


Ce des salaires et revenus (capital et proporiété) versés et reçus du reste du
monde. Les salaires peuvent être ceux des travailleurs frontaliers (des non
résidents mais se déplaçant pour aller travailler dans un pays limitrophe). Les
revnus du capital peuvent être constitués à titre d’exemple par des transferts de
dividende d’une fililae d’une entreprise multinaltionale vers sa maison-mère située
dans son pays d’origine ou autre.

1.3.1.4 La balance des transferts unilatéraux (transferts sans contrepartie)


Ce sont des transferts de biens ou de capitaux entre un pays et le reste du monde et qui ne
donnent lieu à aucune rémunération en contrepartie. Les transferts peuvent être publics et
privés.
Les transferts publics sont généralement des dons ou des aides internationaux reçus ou
versés par un pays. A titre d’exemple on peut citer le produit d’une quête réalisée par un
pays et son versement à un pays sinistré.
Les transferts privés sont constitués des économies sur revenus transférés par les
nationaux d’un pays résidant à l’étranger (ex. Le transfert des économies sur salaire
des résidents africains à l’étranger vers leur pays d’origine).

Chacune des qutre balances dégage un solde qui est le résultat de la différence entre le débit
(paiements à l’étranger) et le crédit (recettes reçues de l’étranger). La somme des soldes des
balances partielles nous donne le solde de la balance des paiements courants. Le solde
d’une balance est compensé par celui des autres balances.
Le solde de la balance des paiements courants est très significatif d’un point de vue
économique, car il nous donne une idée globale sur la santé financière d’un pays et donc sa
capacité de paiement sur le plan international. Ainsi, par exemple une balance des paiements
courants déficitaire pendant plusieurs années signifie que le pays concerné « vit au dessus de
ses moyens » et que tôt ou tard, il doit procéder à des ajustements de son économie. Alors
qu’une balance des paiements excédentaires reflète une bonne capacité de paiements du
pays sur le plan international. Le pays concerné peut participer au financement des autres
pays sur la scène internationale3.

1.3.2 Le compte capital

3 Pour les différents mécanismes d’ajustements, nous renvoyons le lecteur à la deuxième section de ce chapitre.

8
Il s’agit d’un compte qui enregistre les transferts en capital notamment des remises de dettes
reçus ou versées, des opérations de reconversion de la dette. Il prend aussi en compte un
ensemble d’opérations sur des actifs incorporels tels que la vente ou achat de brevets
d’invention, de marques commerciales, de logos etc.

1.3.3 Le compte financier (ou mouvements des capitaux)

Il donne des informations sur les mouvements de capitaux entre un pays et le reste du monde.
On distingue généralement :
1.3.3.1 Les investissements directs
Ce sont des flux de capitaux qui se traduisent par des achats et vente de titres (actions) pour
contrôler plus de 10% du capital d’une entreprise ou groupe de société.
1.3.3.2 Les investissements de portefeuille
Ce sont des flux de capitaux orienter vers des placements financiers (achat de titres de
créances tels que les obligation ou d’actions) et non motivés par une volonté de ctrôle de
l’entité dans laquelle l’investisseur réalise son placement.

1.3.3.3 Les produits financiers dérivés et structurés


Un instrument financier dérivé est un instrument financier qui est lié à un autre instrument
(ou à un indicateur financier ou à un produit de base spécifique) et par le biais duquel des
risques financiers spécifiquespeuvent être négociés en tant que tels sur les marchés
financiers. Ces risques financiers spécifiques peuvent être des risques de taux d’intérêt, de
taux de change, de crédit, mais aussi des risques sur le cours des actions, sur le prix des
produits de base, etc.4

1.3.3.4 Les autres investissements


Ils peuvent être privés ou publics. Les prêts/emprunts privés sont des opérations financières
réalisées généralement entre les opérateurs d’un pays et des banques commerciales
internationales (ex. les euro-banques).
Les prêts/emprunts publics peuvent être réalisés avec des sources bilatérales (entre deux
Etats) et des sources multilatérales (entre un pays et des instances financières
internationales)5
Ce sont des flux financiers liés à des opérations commerciales. On peut citer à titre d’exemple
les crédits fournisseurs pour l’achat d’une centrale électrique ou d’un équipement lourd etc.

1.3.4 Les avoirs de réserve

L’équilibre économique de la balance des paiements suppose que la solde de la balance


globale soit nul.
BTC +BMC =0
Avec : BTC (balnace des transactions courantes et du compte capital) et BMC (blance du
compte financier).

4
https://www.banque-france.fr/sites/default/files/media/2016/12/20/bdp-methodologie_072015.pdf (consulté le 28
janvier 2017.
5 Les opérations bilatérales s sont des protocoles financiers entre deux pays. Les opérations multilatérales sont

réalisées entre un pays et les instances financières internationales le groupe de la Banque mondiale, les Banques
de développement (exemple la banque africaine de développement, La banque islamique de développement, etc.).

9
L’équilibre compte est donnée par la relation :
BTC+BMC = variation des avoirs de réserve en devises
Donc une balance est en déséquilbre, lorsque la variation des avoir en réserve est <ou
>à0
Ainsi une blance globale excédentaire signifie que le pays bénéficie d’une entrée nette de
devises que l’on retrouve dans les variations des de change détenues par les banque et la
banque centrale. En revanche une balance déficitaire signifie que le résultat des échanges sur
les biens, les services et les capitaux se traduit par des sorties de devises et donc par une
diminutions des avoirs de change du pays.

1.3.5 Les erreurs et omissions

Les Erreurs et omissions représentent les différences entre le total des ressources et des
emplois recensés. Ces différences s’expliquent par la sur ou sous déclaration des flux de
marchandises, blanchiment d’argent, évasion/fraude fiscal.

1.4 Relations entre les postes de la balance des paiements

10
Complément d’informations :
Balance des paiements du Maroc, année 2015, en millions de
dirhams

11
accroissement net des
actifs fi.
Accroissement net des passifs

12
1.5 Principes d’enregistrement comptable

L’enregistrement des opérations dans une balance des paiements est fait à travers la
technique comptable du compte. On a ainsi deux colonnes principales appelées
respectivement « crédit »- affectée d’un signe (+)- et « débit » -affectée d’un signe (-). Une
troisième colonne représente le solde des deux précédentes.
L’inscription des opérations en crédit ou en débit s’appuie sur les variations -augmentation ou
diminution- qui affectent le patrimoine6 des agents résidents. Ainsi :
Toute opération qui entraîne une diminution du patrimoine net des résidents est inscrite en
crédit (exemple : une exportation se traduit par une diminution des avoirs réels car le bien
exporté n’étant plus à la disposition des résidents).
Toute opération qui entraîne un accroissement du patrimoine net des résidents est inscrite en
débit (exemples : une importation se traduit par une augmentation des avoirs réels des
résidents ; le remboursement d’un emprunt contracté auprès d’une banque non résidente
entraîne une diminution des engagements des résidents).

Avoirs réels ou financiers(y compris monétaires)


Crédit (+) Débit (-)
en cas de diminution (cession) en cas d’augmentation (acquisition)

Engagements financiers (y compris monétaires)


Crédit (+) Débit (-)
en cas d’augmentation (acquisition) en cas de diminution (cession)

Illustration

Soit une exportation de 20.000 Dhs réglée immédiatement :


Nature des
Opérations Crédit Débit Solde
opérations
Economique X (ventes) 20.000 - +20.000
Monétaire Liquidités (caisse) - 20.000 -20.000
0

Supposons que l’exportation est réglée comme suit :


8.000 immédiatement,
12.000 à crédit.
Nature des
Opérations Crédit Débit Solde
opérations
Economique X (ventes) 20.000 - +20.000
Financière Prêts (à l’an) - 12.000 -12.000
Monétaire Liquidités (caisse) - 8.000 -8.000
0

6Le patrimoine des agents comprends les avoirs réels (biens), les actifs financiers (créances, comme des dépôts
en banque à l’étranger par exemple) et les engagements financiers (emprunts, actions,…).

13
2. Les mécanismes d’ajustement
de la balance des paiements

L’ajustement de la balance des paiements s’impose lorsqu’un pays enregistre durant plusieurs
années des excédents ou des déficits au niveau de ses paiements courants. En effet, une
balance des paiements excédentaire ou déficitaire peut avoir des effets indésirables sur les
principaux équilibres internes du pays. Ainsi des excédents durables peuvent avoir pour
conséquence une appréciation de la monnaie nationale par rapport à d’autres monnaies
étrangères, chose qui peut pénaliser les exportations du pays dans certains secteurs. Par
contre, un déficit chronique, peut avoir pour conséquence une augmentation du niveau général
des prix dans le pays.
C’est pourquoi depuis le 19 Siècle des économistes ont cherché à développer des thèses sur
les mécanismes d’ajustement de la balance commerciale et plus tard de la balance des
paiements. Sans faire l’histoire des thèses de l’ajustement de la balance des paiements (par
les mécanismes du marché ou par les interventions de l’Etat) nous pouvons dire que la thèse
la plus généralement admise aujourd’hui est celle qui établit une relation entre les soldes de
la balance des paiements et des soldes internes significatifs.

2.1 Liens entre les principaux soldes internes et les soldes de la balance des
paiements courants

Dans une économie fermée, il y’a absence de relations avec le reste du monde, par contre
dans une économie ouverte l’équation Ressources/Emplois doit intégrer les relations avec le
reste du monde.

Le point de départ de cette thèse est l’équation d’équilibre macro-économique7 :

Ressources = Emplois

La thèse fait une comparaison entre une économie fermée hypothétique et une économie
ouverte sur le monde.

2.1.1 Le cas d’une économie fermée

Dans le cas d’une économie fermée, les relations avec le reste du monde ne doivent pas être
intégrées.
On peut alors écrire :

Ressources = Production (P)

Emplois = Consommation intermédiaire (CI) + Consommation finale privée (CF) +


Dépenses publiques (G) + Investissement brut (I)
Dans cette égalité on ignore la variable d’ajustement varitation des stocks.

7 Production + importation = consommation intermédiaire + consommation finale + Formation brute du capital fixe
+ exportation + variation des stocks. Ou bien P + M = CI + CF + FBCF + X + ∆ S

14
On a donc :
P – CI = Valeur ajoutée = Revenu national = Y
Donc on a :
Y= CF + G + I

Dans une optique revenu, Yd peut s’écrire :

Yd = Y + T (1)

Où :
Yd = Revenu Disponible
T = Impôts

Dans une optique utilisation du revenu, Yd peut s’écrire :

Yd = CF+ S (épargne) (2)

Si on remplace (1) dans (2), on a :

(S – I) = (G – T)

Selon cette thèse, dans une économie fermée, les pouvoirs publics ne peuvent avoir un déficit
budgétaire (G-T) que s’il y a un excédent de l’épargne nationale sur l’investissement.
Autrement dit, il ne peut y avoir un excédent de G sur T que si les agents économiques privés
(ménages et entreprises) dégagent une capacité de financement suffisante pour financer le
déficit public.

2.1.2 Le cas d’une économie ouverte

Dans le cas d’une économie ouverte, on doit ajouter les relations avec le reste du monde.
L’équation d’équilibre peut alors s’écrire comme suit :

Y + M = CF + G + I + X

M et X représentent les importations et les exportations de biens et services.


Cette équation peut également s’écrire comme suit :

CF+S+T = CF+G+I+(X-M)

(X – M) : représente le déficit des paiements courants (balance commerciale et balance des


services).
La balance des paiements globale est toujours en équilibre. Si on part de cette hypothèse, on
a donc :
X – M = Capitaux sortants du pays (Ks) – capitaux entrants (Ke).
Cette égalité signifie que le solde de la balance des transactions courantes trouve sa
compensation dans la balance des capitaux. Un solde des transactions courantes négatif
implique un recours à des financements externes sous forme d’investissements directs,
d’investissements de portefeuille, de crédits commerciaux et d’emprunts (cas des USA et d’un

15
grand nombre de pays en développement depuis les années soixante-dix). En revanche un
solde des transactions courantes positif implique une exportation de capitaux vers le reste du
monde (le cas du Japon et de l’Allemagne depuis les années 1970).
A partir de là, on peut écrire les identités suivantes :

(S- I) – (G-T) = (X-M) = (Ks – Ke)

Ainsi dans une économie ouverte, on peut accroître les déficits internes (G-T et S-I) grâce à
l’importation de capitaux étrangers (sous forme d’investissements et d’endettement
international).

2.2 Principes de l’ajustement de la balance des paiements courants

2.2.1 Action sur le taux de change : la courbe en J


La courbe en J s’inscrit dans l’analyse des effets des politiques de change (actions de l’Etat
visant à modifier le taux de change de la monnaie nationale afin de rétablir l’équilibre
commercial ou de lutter contre l’inflation.
Les effets d’une dévaluation sur le commerce extérieur

Dans une première phase, le prix des exportations baisse et celui de nos importations
augmente, il s’ensuit une dégradation des termes de l’échange, c’est-à-dire le rapport entre le
prix des exportations et celui des importations. Cet effet-prix, qui se manifeste immédiatement
après la dévaluation, dégrade le solde en valeur des échanges courants.
Dans une deuxième phase, un effet-volume peut se produire. En effet, les volumes échangés
réagissent aux variations de prix. Puisque le prix en monnaie étrangère des produits exporté
baisse, le volume vendu tend à augmenter, et puisque le prix en monnaie étrangère des
produits importé augmente, le volume acheté tend à baisser. Il s’en suit alors une amélioration
du solde extérieur.
Dans les faits, l’impact de la dévaluation de la monnaie nationale sur le commerce extérieur
dépend de la force avec laquelle les quantités exportées ou importées réagissent aux

16
variations de prix, ce que les économistes appellent " l’élasticité prix ". Si l’élasticité est
suffisamment forte, l’effet-volume l’emportera sur l’effet-prix ; sinon le solde courant
continuera de se dégrader.

Complément d’informations :
Limites des politiques de change soulignées par la courbe en J

Risque d’inflation importée : l’inflation engendrée par certaines dévaluations, liée à un effet
prix supérieur à l’effet volume, peut entraîner une hausse des coûts de production ; c’est le
cas des importations incompressibles, telles que l’énergie, les matières premières, le pétrole
etc; en effet, pour ce type de produits, une hausse des prix ne s’accompagne pas d’une baisse
de la demande des biens importés, puisque l’Economie nationale n’offre pas de biens de
substitution.

Crainte d’un cercle vicieux : une dévaluation entraîne de l’inflation, source de perte de
compétitivité, à l’origine d’une dégradation de la balance commerciale du pays concerné, d’où
une nouvelle dévaluation dans le but de rétablir l’équilibre, celle-ci de nouveau source
d’inflation…
En conséquence, les courbes en J ont de plus en plus de mal à se redresser, c’est-à-dire que
les effets volume tardent à l’emporter sur les effets prix !

2.2.2 Action sur les soldes intérieurs

2.2.2.1 action sur la dépense globale (l’absorption)

Il s’agit de l’approche privilégiée par le Fonds monétaire international (FMI) lorsqu’il intervient
dans un pays connaissant une crise financière. Selon cette approche, il s’agit de lutter contre
les déséquilibres externes (causant l’insolvabilité financière d’un pays) par une réduction du
niveau de dépense globale. (Diminution de la consommation des dépenses publiques,
diminution des importation et encouragement des exportations).
Y+M=C+I+G+X
C + I + G = dépense globale = A (absorption)
Donc :
Y – A = (X – M)

Selon cette thèse, tout excédent ou déficit de la balance des paiements courants doit se
traduire soit par une réduction de la demande globale en cas de déficit (cas du Maroc depuis

17
le milieu des années quatre-vingt) ou par une relance de la demande globale en cas
d’excédents importants (le cas du Japon pendant plusieurs années).
Les variables d’ajustement sont en général de trois types :

le niveau des taux d’intérêt (la variation des taux d’intérêts agit positivement ou
négativement sur le niveau de la consommation et de l’investissement),

le niveau des revenus (l’augmentation ou le gel de certains revenus agit sur le niveau de
la demande globale),

le taux de change (la variation du taux de change agit directement sur le solde extérieur).

2.2.2.2 L’ajustement par une action sur le solde (S – I)

Selon cette approche, le solde de la balance des paiements courants s’adapterait aux
comportements nationaux d’épargne et d’investissements. Les variables d’action sont les
suivantes :

Le revenu puisque dans la tradition Keynésienne, toute augmentation du revenu se


traduit par une augmentation de l’épargne, car la propension marginale à consommer à
tendance à stagner ou à augmenter moins proportionnellement que le niveau du revenu.

Le taux d’intérêt réel 8 , car la baisse ou l’augmentation de ce dernier encourage ou


décourage l’investissement ou l’épargne.

Le taux d’inflation influence le taux d’intérêt réel et par voie de conséquence le niveau
de l’épargne. La hausse du taux d’inflation décourage l’épargne, mais encourage les
emprunts. La baisse du taux d’inflation incite à l’investissement, mais décourage le niveau
de l’épargne.

La structure de la population est un facteur structurel qui peut à son tour influencer le
niveau de l’épargne. Une population vieillissante est de nature à augmenter l’épargne,
alors qu’une population jeune peut réduire l’épargne dans un pays donné.

2.2.2.3 L’ajustement par une action sur le solde (G – T)

Selon cette approche, le déficit des paiements courants trouve son origine dans le déficit
budgétaire. Elle repose sur l’analyse en terme de « déficit jumeaux » appliquée au cas des
Etats-Unis durant toute la décennie quatre-vingt. Cette analyse a pu montrer que dans le cas
de ce pays, le déficit de la balance des transactions courantes a évolué dans le même sens

8Le taux d’intérêt réel est la différence entre le taux d’intérêt nominal et le taux d’inflation pour une période
déterminée.

18
que le déficit budgétaire. L’ajustement de la balance des paiements courants dans cette
approche passe par des actions sur les deux principales composantes du budget de l’Etat à
savoir les impôts et les dépenses publiques.
En cas de déficit par exemple, l’ajustement doit se traduire par une augmentation des impôts
ou une baisse des dépenses publiques ou les deux à la fois9.

9 Toutefois il faut souligner que ces scénarios peuvent connaître quelques limites. La hausse des impôts peut
confronter des limites sociologiques (fraude fiscale, évasion fiscale, corruption etc.) et économiques, car toute
augmentation excessive des impôts peut décourager les efforts des travailleurs et des entreprises (« l’impôt tue
l’impôt » dans la conception de l’économiste Américain Laffer). La baisse des dépenses passe par la réduction du
service de la dette, ce qui implique sa restructuration, et la réduction de la masse salariale supposerait des
négociations délicates entre des groupes aux intérêts opposés.

19
Résumé
La balance des paiements un outil de mesure des échanges entre un pays et le reste du
monde. Elle enregistre l’ensenble des flux de biens, services, revenus et capitaux circulant
entre les résidents d’un pays et les non résidents. C’est un outil statistique utile mais qu’il
faut utiliser avec précaution. Grâce à la balance des paiements et ses déficits, on analyser le
positionnement international d’un pays (compétitivité, l’attractivité pour les investissements
internationaux). L’évolution des soldes de la balance des paiements nous permet aussi de
juger des capacités de paiements et donc de la solvabilité international d’un pays (capacité
ou besoin de financement). Cependant cet outil, tout comme tous les documents statistiques,
doit être utilisé avec prudence, car il s’appuie sur des conventions statistiques.

20
Partie 2
Le système monétaire
international

Objectifs
Définir le système monétaire international (SMI).
Préciser les règles et mécanismes du système
monétaire international.
Analyser les principaux systèmes monétaires
internationaux.
Analyser le système monétaire européen (SME).

Le système monétaire international (SMI) est l’ensemble des règles et mécanismes qui
facilitent les échanges sur le plan international. Le (SMI) est donc le cadre institutionnel des
échanges entre résidents et non résidents.

1. Règles et mécanismes du
système monétaire international
(SMI)

La croissance des échanges internationaux entraîne une intensification accrue des flux
monétaires entre les économies nationales. Ces flux ne sont possibles que s’il existe un
ensemble de règles communes qui permet aux monnaies nationales de circuler et de
s’échanger entre elles hors de leurs frontières naturelles.

1.1 Une monnaie internationale

L’existence d’une monnaie internationale commune reconnue permet de dépasser les


questions de déséquilibres des balances de paiements. La monnaie internationale ou pivot
sert de moyen de paiement entre les pays participant, permettant d’ajuster les soldes des
balances de paiements : le pays en déficit doit régler ce dernier avec cette devise. Mais la
monnaie internationale fournit aussi une unité commune de référence aux monnaies qui
participent au système et qui annoncent leur cours (en parité) par rapport à la monnaie
internationale qui est ainsi l’étalon du système monétaire. Ceci suppose que les monnaies
soient convertibles dans cette devise.
Le statut de monnaie internationale renvoie aux relations de pouvoir caractérisant les relations
économiques internationales depuis des siècles. L’histoire nous confirme que seules les
nations dominantes (économiquement, politiquement voire même militairement) sont à même
d’imposer leur monnaie nationale en tant que monnaie internationale. Il apparaît en effet
nettement qu’une économie dominante comme celle de la Grande-Bretagne avant 1914 ou

21
comme celle des Etats-Unis depuis 1945 confère à sa monnaie nationale un statut de facto
supérieur.

22
1.2 Un régime de change

Un régime de change est l'ensemble des règles qui déterminent l'intervention des autorités
monétaires sur le marché des changes, et donc le comportement du taux de change. Il existe
une très grande variété de régimes de change, qui se distribuent entre deux extrêmes :
changes fixes et changes flexibles.

Complément d’informations :
Les principaux régimes de change, classés par ordre de régidité
décroissante du taux de change

Source : CPII, l’économie mondiale 2000, éditions la découverte, Paris, 2009, pp.93-103

23
Complément d’informations :
Régimes de change déclarés auprès du FMI

1.3 Un régime de réserve de change officiel

Ce sont des moyens dont dispose chaque Etat pour assurer le financement de sa balance des
paiements et intervenir sur le marché de changes en cas d’attaques contre la monnaie
nationale sur le marché. En général les banques centrales sont vendeuses de devises contre
la monnaie nationale en cas de forte dépréciation de cette dernière ou d’acheteuse de devises
en cas de forte appréciation de la monnaie nationale.

1.4 Un système d’ajustement

En cas de difficultés de la balance des paiements, le régime de change définit les mécanismes
permettant de revenir à une situation de « viabilité financière ». Ces ajustements peuvent
prendre plusieurs formes (actions sur les soldes extérieurs, actions sur les soldes intérieurs,
variation du cours de change etc.).

24
2. Les principaux systèmes
monétaires internationaux

Depuis le 19 siècle le monde a expérimenté deux système monétaires internationaux majeurs :


Le Gold standard (système étalon-or) et le Gold exchange standard (système étalon-or-
devise). Rappelons brièvement le fonctionnement de chacun de ces systèmes.

2.1 Le régime de l’étalon-or

C’est un système qui coïncidait avec l’intensification des échanges mondiaux à la fin du 19
Siècle.
Dans un tel régime, toutes les monnaies sont convertibles en or, selon une parité fixe.
C’est l’or seul qui peut servir de devise commune et donc constituer les fonds de réserves de
change des banques centrales. Les déficits des balances des paiements sont réglés par des
sorties d’or.
Dans la réalité, la place de Londres jouait un rôle primordial dans le domaine de marché
de l’or et le marché financier Londonien était le principal pourvoyeur de fonds pour le reste du
monde. Ceci a attribué à la livre sterling une valeur particulière de monnaie internationale, qui
repose sur la confiance dans la prospérité britannique. Même si la Grande-Bretagne (G-B) ne
détenait plus que 3.6 % des réserves d’or mondial à la veille de la première guerre mondiale
(contre 28 % pour le Etats-Unis), sa puissance financière lui assurait une balance des
paiements régulièrement bénéficiaire, grâce en particulier aux revenus de ses 4 milliards de
livres sterling de placements externes à long terme.

Stock d’or, en % des réserves mondiales


Etats-Unis Royaume-Uni France Allemagne
1923 44,4 8,6 8,2 1,3
1924 45,7 8,3 7,9 2,0
1925 44,4 7,8 7,9 3,2
1926 44,3 7,9 7,7 4,7
1927 41,6 7,7 10,0 4,7
1928 37,4 7,5 12,5 6,5
1929 37,8 6,9 15,8 5,3
1930 38,7 6,6 19,2 4,8
1931 35,9 5,2 23,9 2,1

La guerre de 1914-1918 met fin à ce système, en sapant ses bases. En effet un tel système
était bien adapté à une ère de faible croissance du commerce mondial, de stabilité des prix et
d’expansion coloniale. Mais ces conditions ont été affectées par la guerre qui a confirmé le
premier rôle économique des Etats-Unis et a précipité la crise de l’économie britannique. Il en
a résulté une suspension des convertibilités des monnaies, une inflation galopante, une
explosion des dettes publiques et la plupart des monnaies flottent et se déprécient.
La Grande-Bretagne s’efforça de revenir au système de l’étalon or qui a été pendant
plus d’un siècle le symbole de la puissance de livre sterling et de la Grande-Bretagne.

25
Mais ses efforts n’ont pas pu arrêter l’écroulement du système. Parmi ces tentatives, on peut
citer :
La conférence monétaire de Gênes en 1922 essaya de mettre fin à une période
d’instabilité et d’incertitudes. Elle accordait au dollar américain et à la livre sterling un
statut de monnaies de réserve équivalentes à l’or. On a institué de facto un système étalon
de change -or où ces deux monnaies jouent un rôle de référence pour les autres monnaies
équivalent en principe à celui de l’or.
Pour essayer de conforter leur place dans ce système, le gouvernement britannique
décida en 1925 de rétablir la parité or d’avant-guerre de la livre ainsi que sa
convertibilité. Pour cela, la G-B devrait mener une politique déflationniste, pour réduire
les prix intérieurs et retrouver ceux d’avant-guerre. Ceci précipita la crise économique et
sociale qui frappait le pays depuis 1920, et il fallut suspendre la convertibilité de la livre
en or en 1931.
Au début des années trente, le SMI recomposé cesse d’exister dans les faits. Des blocs
monétaires se créent, autour de quelques monnaies plus fortes : zone dollar, sterling, franc.
La principale justification du SMI à savoir les échanges internationaux, se réduisent des deux
tiers en valeur.

2.2 Le régime du Gold- Exchange standard (étalon changes - or)

La seconde guerre mondiale débouche sur une bipolarisation 10 du monde. Seul le monde
occidental se dote d’un réel SMI, placé sous la tutelle rapidement sans partage des Etats-unis
et du dollar. Cette domination sévit même au désordre monétaire international qui règne
depuis 1971.

2.2.1 Le fonctionnement

La conférence de Bretton-woods11 (1944) marque le début d’une nouvelle ère monétaire


internationale. Son objectif était de mettre en place du régime un système assurant la
convertibilité des monnaies (indispensable au commerce international) et mettre fin à
l’anarchie ambiante caractérisée par des dévaluations compétitives qui ont marqué la période
de l’entre-deux-guerre.
La conférence de Bretton-woods était en fait le lieu où on allait assister une recomposition de
la hiérarchie monétaire internationale. Deux projets de réformes se sont confrontés :
Le plan Britannique défendu par l’économiste Britannique KEYNES (et chancelier de
l’échiquier à l’époque).
Le plan américain défendu par White (Président de la réserve fédérale américaine).
Sur le fond, ces deux plans défendaient l’idée de la mise en place d’un régime de change fixe
et de la création d’une institution chargée de prêter aux pays traversant une crise de paiement
réversible.
Mais c’est la nature de cette institution qui posait problème.
Keynes pensait à une banque supra-nationale (sorte de banque centrale à l’échelle mondiale)
qu’il a appelé « union de clearing ». Cette banque aura sa propre monnaie appelée le
« bancor » émise en fonction des besoins du commerce international. Le « bancor » doit être
converti par rapport à toutes les autres monnaies mais inconvertible en or. Le plan Keynes
défendait les intérêts d’une puissance financière et commerciale révolue et qui n’a plus les
moyens de ses ambitions à savoir la G-B.
Le plan white proposait un système étalon changes-or, car les Etats-Unis détenaient à
l’époque les deux tiers du stock d’or mondial. Donc pour les USA, imposé un système étalon-
or-devises, revenait tout simplement à imposer le dollar US comme monnaie internationale.

26
Sur le plan institutionnel, les Américains pensaient à la création d’une institution chargée de
réguler le système. Les Américains défendaient l’idée d’un organisme de coopération
monétaire internationale à l’image du Fonds monétaire international (FMI).
C’est finalement le plan Américain qui a en gain de cause.
Les accords de Bretton-woods (B-W) étaient destinés à mettre fin à l’anarchie qui avait
précédé la guerre dans le domaine monétaire.
Les accords de B-W installent deux institutions monétaires et financières internationales : La
Banque mondiale et le FMI.
Le FMI est le garant d’un ordre reposant sur la libre convertibilité des monnaies entre elles et
des parités fixes établies par rapport à l’or ou au dollar. Donc le contrôle et la gestion du
système étaient confiés au FMI.

Complément d’informations :
La banque mondiale / Le FMI

La Banque mondiale
Créée à l’origine pour financer la reconstruction des pays européens détruits par la guerre, la banque mondiale est
devenue une institution de financement du développement.
On désigne par le groupe de la Banque mondiale les institutions les institutions suivantes :
- La BIRD, la Banque internationale de reconstruction et de développement et l’AID, association internationale de
développement, créée en 1960, qui accorde des prêts à des taux très faibles pour les pays les moins avancés.
- La Société financière internationale (SFI), créée en 1956, destinée à développer le secteur privé dans les pays
en développement. La SFI s’est intéressée dans les années 90 à développer les marchés de capitaux dans les
pays en développement. Elle a également joué un rôle de conseiller dans les opérations de privatisation et de
restructuration des entreprises publiques dans les pays d’Europe centrale et orientale (PECO).
- L’agence multilatérale de Garantie des investissements (AMGI), créée en 1988, offre une protection aux
investisseurs étrangers contre les pertes résultant de risques non commerciaux afin d’encourager les flux
d’investissement directs en directions de pays en développement.
La BIRD dispose de ressources propres qui proviennent des souscriptions des pays membres et surtout des
emprunts réalisés sur les marchés financiers internationaux.
La BIRD finance par des prêts à long et moyen terme (15 à 20 ans) :
- Des infrastructures
- Des programmes d’agriculture et de développement rural
- Des projets touchant aux domaines de l’éducation, le secteur social ou l’environnement
Dans ses politiques d’intervention, la BIRD encourage l’élargissement du secteur privé dans les pays en
développement.
Les prêts sont consentis aux gouvernements ou à des entreprises avec la garantie du gouvernement concerné.
Les projets financés doivent économiquement justifiés et le revenu qu’ils dégagent doit être suffisant pour
rembourser le prêt consenti dans les délais prescrits. Les taux d’intérêts sont fonction des taux d’emprunt sur le
marché mais sont particulièrement intéressants.

Le FMI
C’est un fonds de coopération monétaire internationale répartissant ses ressources constituées par les pays
membres entre les pays connaissant des difficultés de paiements. Ses missions sont :
- Faciliter l’expansion harmonieuse du commerce international et Promouvoir la libre circulation des capitaux
- Maintenir entre les Etats membres des régimes de changes ordonnés
- Aider à établir un système international de règlement des transactions courantes et éliminer les restrictions de
change.
- Donner confiance aux Etats membres en mettant les ressources générales du fonds à la disposition des pays
ayant des difficultés de paiements
- Réduire l’ampleur des déséquilibres de la balance des paiements grâce à des politiques d’ajustement structurels
imposés aux pays en difficulté.
Pour remplir sa mission, le FMI possède des ressources constituées par les versements effectués par les pays
membres appelés quote-part. La quote-part est composée de deux éléments :
- Une partie en or représentant le quart du versement

27
- Les trois-quarts restant sont libellés en monnaie nationale.
Lors de la création du FMI, la première répartition de la quote-part a été fonction du stock d’or, des réserves de
devises convertibles détenues par chaque pays et de sa part dans le commerce mondial des années 1934-1938.
Les quote-parts servent à déterminer le droit de vote à l’intérieur de l’institution et les capacités d’emprunt de chaque
pays.
25% de la quote-part est accordée automatiquement sous forme de crédit pour les pays en difficulté. Au-delà de
25 % de la quote-part, les emprunts deviennent conditionnels. Mais en tout état de cause, les tirages d’un pays ne
peuvent être de plus 200% de sa quote-part. Pour répondre aux besoins de liquidités internationales à long terme,
un nouvel instrument de réserve internationale avait été émis en 1971, le droit de tirage spécial ou DTS12. Depuis
1978, le premier quart peut être versé en devises définies par le FMI ou en DTS.
Le remboursement des crédits du FMI doit se faire dans un délai de 3 à 5 ans, le pays emprunteur doit racheter sa
propre monnaie.

12 Le DTS était à l’origine composé de 16 monnaies, pondérées selon leur importance dans le commerce
international. Actuellement le DTS est composé des monnaies de cinq pays membres du FMI, dont les exportations
de biens et services ont été, en valeur, les plus élevés. Le DTS a été utilisé comme unité de compte dans les
transactions et opérations du FMI, de certaines organisations internationales et par le secteur privé. Il sert aussi de
référence pour certaines monnaies.

28
Le système monétaire international de B-W repose sur des règles que l’on peut résumer
comme suit :
La parité du dollar par rapport à l’or
Le dollar américain est pour cela déclaré convertible en or, à la valeur fixe de 35 US dollars
pour une once d’or. Il devient ainsi « aussi bon que l’or » (as good as Gold) et s’impose
rapidement comme un élément essentiel des réserves de devises internationales. Tous les
pays participant au système doivent déclarer la parité de leur monnaie par rapport au dollar et
donc par rapport à l’or
La livre sterling perd quant à elle rapidement un tel rôle, malgré des tentatives infructueuses
(1947). En réalité il y a un système d’étalon dollar, renforcé par le poids dominant des Etats-
Unis dans le FMI et la possession des deux tiers du stock d’or mondial. Cette hégémonie va
faire le succès du système, puis provoquer son sabordage au profit des Etats-Unis.
Régime de change fixe à marge de fluctuation faible (+/- 1%)
Les pays devaient s’engager à suivre des politiques économiques et monétaires appropriées
pour que les marges de fluctuation restent à l’intérieur des marges. C’est-à-dire que la banque
centrale de chaque pays devait intervenir en vendant ou en achetant les devises pour que le
cours ne s’écarte pas de son taux pivot.
Toutes les dévaluations ou réévaluations supérieures à 5% devaient obtenir l’accord du FMI.
Engagement des USA de convertir le dollar en or sur la base de la parité fixée en 1944.
Le dollar a joué donc de facto le rôle de monnaie international
Une mécanique d’endettement a été mise en place pour financer le commerce
international.
En effet, l’approvisionnement du monde en liquidité internationale dépendait de l’état de la
balance des paiements des Etats-Unis. Toute balance déficitaire se traduisait par des sorties
de dollars des USA, ce qui donnait aux partenaires des Etats-Unis (Europe et Japon) les
moyens de paiements nécessaires au financement de leur commerce extérieur, alors que tout
excédent avait pour conséquence un rétrécissement du commerce international.
Donc, le financement du monde dépendait de variables liées à l’économie américaine.

2.2.2 Les limites du SMI de B-W

Le SMI de B-W souffrait de plusieurs limites qui ont précipité son éclatement.
En effet, avant la première guerre mondiale, la G-B fournissait l’essentiel de capitaux au reste
du monde. Ce rôle sera dévolu aux USA dans le système de B-W.
Faute d’un cadre institutionnel précis, le financement du monde dépendait alors du déficit
de la balance des paiements des USA. L’économiste Américain R. Tiffin a montré la non-
viabilité du système. Selon cet économiste, trop de déficits de paiements courants des USA
impliquent à terme une tendance à l’inconvertibilité du dollar (la valeur des dollars circulation
en dehors des USA dépasserait celle du stock d’or détenu par le pays), alors qu’un excédent
de la balance des paiements courants aura un effet négatif sur le commerce international (il
n’y aura pas suffisamment de liquidités en circulation dans le monde).
La forte croissance économique des années soixante a provoqué de fortes tensions
inflationnistes. Or un système de change fixe ne peut fonctionner que si les pays optant pour
ce système ont des taux d’inflation similaires. Ceci n’était pas possible tant qu’il n’y avait pas
une harmonisation des politiques économiques conjoncturelles (politique monétaire, politique
budgétaire).

29
Complément d’informations :
Réserves internationales totales

Réserves internationales totales

1950 1970 1973


Australie 1,5 1,7 6,2
Autriche 0,1 1,8 4,3
Belgique 0,8 2,8 8,1
Canada 1,8 4,7 7,3
Danemark 0,1 0,5 1,5
Finlande 0,1 0,5 0,7
France 0,8 5,0 15,6
Allemagne 0,2 13,6 41,5
Italie 0,6 5,4 12,2
Japon 0,6 4,8 13,7
Pays-Bas 0,5 3,2 10,4
Norvège 0,1 0,8 1,6
Suède 0,3 0,8 2,9
Suisse 1,6 5,1 14,3
Royaume-Uni 3,4 2,8 7,9
Etats-Unis 24,3 14,5 33,7
Total 36,9 67,9 182,0

Source : Angus Maddison, 1981, les phases du développement capitaliste, Paris, Economica, p186

30
La reconstruction de l’Europe après la deuxième guerre mondiale avait entraîné une
surévaluation du dollar. Cette phase était qualifiée de « dollar-gap » où les pays en
reconstruction manquent de dollars nécessaires pour financer leur commerce extérieur. Le
plan d’aide américain (Plan Marshal en 1947) ainsi que les investissements réalisés par les
firmes américaines ont aidé à la reconstruction du potentiel productif Européen. La
compétitivité retrouvée et renforcée dans les pays de l’Europe occidentale avait provoqué
d’importants déficits des paiements courants des Etats-Unis dans les années cinquante. Dès
1958, en effet, la balance des paiements américaine se détériore. D’où un gonflement des
créances du reste du monde sur l’économie marocaine. On est passé à une phase de
surabondance du dollar sur le plan international. Mais pour les USA, il n’était pas question de
dévaluer le dollar, car cela risquait de remettre en question le statut du dollar comme
monnaie internationale.
Dès 1963-1964 les créances en dollars détenus par le reste du monde dépassent la valeur du
stock d’or monétaire détenu par les Etats-Unis, ce qui fait que le système repose avant tout
sur la confiance dans la puissance américaine.
Plusieurs mesures ont été mises en œuvre afin de sauver le système. En 1960, a été crée le
« pool de l’or » par les principales banques centrales occidentales pour maintenir le cours
officiel et stable de l’or (35 USD par once). Dès lors les banques centrales limitent leurs
interventions en garantissant plus que le prix de l’or de réserve monétaire. Les Etats-Unis
laissent la charge du maintien des déséquilibres aux banques centrales étrangères, obligées
de soutenir le cours officiel de l’or et d’acheter des quantités croissantes de dollars. Le « pool
de l’or » éclate en 1968, lorsque des pays comme la France ont cherché à échanger leurs
avoirs en dollar contre de l’or américain. Les Américains ont également cherché à convaincre
leurs partenaires économiques à échanger leurs avoirs en dollar contre des bons du Trésor
Américain.
Mais toutes ces mesures n’ont pas permis d’éviter des sorties massives d’or des Etats-Unis
vers l’Europe. Le 15 août 1971, le président Nixon suspend la convertibilité-or du dollar, le
dollar est dévalué à la fin de l’année de 7.8%, le 1er février 1973, le dollar est à nouveau
dévalué de 10 %. Ceci précipite la fin du SMI et des parités fixes en mars 1973. C’en est fini
du système Gold- exchange standard.
La fin du SMI de B-W marque le début d’une nouvelle ère de turbulences monétaires.
Parmi ses conséquences, on peut citer :
La naissance d’un vaste marché des eurodollars, début de l’accélération de la
globalisation financière.
Les dollars qui y circulent font l’objet de prêts et d’emprunts, chose qui a favorisé le
développement du commerce international indépendamment du système bancaire et de la
politique monétaire des Etats-Unis. La masse considérable de capitaux qui allait se déplacer
d’une place financière à une autre a alimenté d’importants mouvements spéculatifs profitant
du moindre écart des parités des taux de change ou des taux d’intérêt. Les eurodollars vont
alimenter les tensions inflationnistes dans le monde.
Les monnaies sont devenues des marchandises. Leur cours se fixe sur un marché
de change mondial. Ce dernier est un marché des devises. Les plus importants sont
ceux de New York, Londres, Tokyo, Frankfurt, Zurich et Paris. Ce sont des marchés qui
fonctionnement 24h/24h. Le marché de change n’est pas géographiquement défini,
puisque les transactions se font entre opérateurs situés dans des lieux différents et qui
communiquent grâce aux technologies de l’information et de la communication.

31
Complément d’informations :
Les eurodollars / Les opérations sur le marché de change

Les eurodollars
Ils apparaissent à la fin des années 1950 et se développent aux cours des deux décennies suivantes. Il s’agit
d’avoir en dollars détenus par les personnes résidant en dehors du territoire des Etats-Unis sous forme de transfert
entre banques européennes. Il s’agit d’une monnaie purement scripturale et qui enfle par le biais de transferts
multiples de banque à banque, le volume de dollars en circulation. Résultant d’importantes sorties de capitaux
américains (dépenses militaires, investissements directs américains etc), ces avoirs se concentrent essentiellement
en Europe occidentale, d’où leur nom.
Les pétrodollars peuvent être tenus pour une forme particulière d’eurodollars. Il s’agit d’investissements issus des
pays pétroliers. Ils sont libellés en dollars américains, monnaie dans laquelle s’effectue le commerce du pétrole. Ils
proviennent surtout du Moyen-orient, brutalement enrichi suite aux chocs pétroliers de 1973 (quadruplement du
prix de pétrole) et de 1979 (une augmentation du prix du baril à lus de 125%) et sont placés d’abord dans les
banques et sur les marchés de l’Europe occidentale.

Les opérations sur le marché de change


Le marché des changes assure la confrontation des offres et des demandes des devises.
Il comprend deux principaux compartiments : le marché au comptant (ou marché spot) et le marché à terme.
Le marché au comptant comprend le marché interbancaire (marché de gros) et le marché au détail (banques -
entreprises).
Le marché de change est le plus important marché financier du monde (1300 milliards de dollars de transaction
par jour)
Le transfert télégraphique de dépôts bancaires constitue le principal actif utilisé dans les transactions sur le marché
de change.
Sur le marché au comptant, les transactions sont faites pour livraison immédiate à savoir 2 jours ouvrables (J+2)
sauf pour les transactions USD/CAD (j+1).
Le système de cotation peut être soit à l’incertain (cotation directe, « right quote ») au certain (cotation indirecte,
« left quote »).
L’écart entre les deux cous d’achat et de vente est appelé le « Spread ». Ce dernier est fonction de la volatilité de
la devise, de sa liquidité, de taille de la transaction…
Sur le marché au comptant en liquide les positions de change des opérateurs internationaux
(importateurs/exportateurs, investisseurs internationaux etc.), mais on peut aussi effectuer des opérations
d’arbitrage.
Ce sont des opérations qui visent à réaliser un profit en tirant momentanément partie des différences de cours de
change entre plusieurs places financières. A tout moment, le cours des principales devises se forme sur les
marchés en fonction de l’offre et de la demande. Il y a possibilité d’arbitrage, si et seulement si, il existe une série
de transactions qui rapporte instantanément du profit sans risque (profit certain).
Intuitivement, il s’agit de prouver que l’achat d’une devise en un lieu A et sa revente immédiate en un lieu B nous
permettent de réaliser un profit certain.
L’arbitrage est une opération requiert un aller-retour (entre devises, entre places financières)
Il y a deux type d’arbitrage sur le marché au comptant : l’arbitrage géographique et l’arbitrage triangulaire.
Il y a possibilité pour faire un arbitrage géographique lorsque le cours acheteur d’une banque est supérieur au
cours vendeur d’une autre banque.
La forme la moins stricte de l’arbitrage est appelée « Least-cost dealing ». On fait une transaction au meilleur prix.
Il n’y a pas arbitrage puisque l’opérateur va seulement changer de position. Il fait un aller simple.
Les deux opérations permettent de maintenir l’équilibre sur le marché de change.
L’arbitrage triangulaire a lieu lorsqu’il y a une différence entre les cours croisés de deux devises par une devise
de référence. Il fait intervenir trois devises. (voir cas de journée pour une illustration).
Le marché de change à terme :
C’est un marché sur lequel s’échange des devises à un cours déterminé, mais dont la livraison s’effectue à une
date future précise
Le contrat à terme de gré à gré (« forward ») sur le marché à terme est un accord passé entre une banque et une
entreprise (ou une autre banque) pour l’achat ou la vente d’un montant déterminé de devises à une date déterminée
et à un cours déterminé.
A coté des opérations de couverture, on peut distinguer deux autres types d’opérations sur le marché à terme de
gré à gré: l’arbitrage de taux d’intérêt couvert et la spéculation.
L’arbitrage de « taux d’intérêt couvert » peut avoir lieu si le différentiel d’intérêt entre deux devises est plus élevé
ou plus faible que le taux du report annualisé (variation du cours de change sur une période déterminé).
Cet arbitrage conduit à une égalisation entre le différentiel d’intérêt et leur taux de report ou de déport (pour une
illustration voir cas de journée).

32
La spéculation sur le marché à terme, c’est prendre délibérément un risque de change en achetant ou en vendant
à terme des devises et les revendre sur le marché au comptant sur la base d’un cours anticipé. La spéculation c’est
joué une monnaie à la hausse ou à la baisse.
Le gain de spéculation, incertain par définition, sera fonction de la réalisation ou non des prévisions par un
spéculateur (pour une illustration voir car de journée).

Complément d’informations :
Les déterminants du taux de change

Les déterminants du taux de change


A long terme, les taux de change sont essentiellement déterminés par la balance courante. Les flux financiers
spéculatifs, d’un montant élevé, ont une influence forte sur les fluctuations à court terme. Les flux de capitaux à
long terme ont un rôle plus incertain.
S’il y a un différentiel d’inflation important entre deux économies, le solde courant de l’économie la plus
inflationniste tend à se détériorer car les biens et services nationaux deviennent plus chers. Cela finit par peser sur
le taux de change nominal, qui baisse de façon à rétablir le taux de change réel. C’est pourquoi on raisonne en
général en termes de taux de change réel et non nominal. En revanche, le taux de change qui assure l’équilibre de
la balance courante n’a pas de raison d’être égal au taux de change de la parité des pouvoirs d’achat, c’est-à-dire
au pouvoir d’achat relatif des monnaies, notamment en raison de l’existence de biens non échangeables, et du fait
que les paniers de biens formant les indices de prix ne sont pas les mêmes dans les différents pays car les
structures de productions et de consommations sont différentes.
L’analyse économique permet de dégager un certain nombre de déterminants du taux de change réel de long
terme. Le type de spécialisation, les préférences de consommation, le prix des matières premières jouent sur la
compétitivité d’un pays et donc sur son taux de change réel. Si la demande mondiale pour un produit dans lequel
est spécialisé le pays augmente de façon durable, son taux de change réel s’apprécie à long terme. Le taux
d’épargne joue également sur l’équilibre courant et sur le taux de change. C’est la raison pour laquelle des
déterminants structurels du taux d’épargne telle que la démographie peuvent influer sur le taux de change réel de
long terme. Si le taux d’épargne des ménages décroît avec les départs en retraite, cela tend à détériorer la balance
courante, ce qui pèse sur le taux de change réel.
La productivité d’un pays a également une influence sur le taux de change de long terme. Dans un pays où la
productivité croît plus vite que chez ses partenaires commerciaux, la baisse relative des coûts de production induit
une appréciation du taux de change nominal. L’impact sur le taux de change réel est incertain. Mais en présence
d’un secteur de biens non échangeables, Balassa (1964) a montré qu’un différentiel de productivité dans le secteur
des biens échangeables pouvait se traduire par une appréciation du taux de change réel via une hausse générale
des salaires. Cette hausse du taux de change réel ne pèse pas sur la compétitivité du pays et sur la balance
courante. Cette théorie permet d’expliquer que les pays développés aient en général des taux de change effectifs
réels plus élevés que les pays en développement, et que le taux de change réel de ces derniers connaisse une
appréciation.
À court terme, les anticipations jouent donc un rôle essentiel dans la détermination du taux de change car la
demande d’actifs financiers dépend de la rentabilité anticipée des placements. Entre des économies financièrement
intégrées, les opérations d’arbitrage permettent une égalisation des rendements anticipés. Selon le principe de la
parité des taux d’intérêt, sur deux actifs en tout point comparables, le taux de change se fixe au niveau tel que la
variation anticipée du taux de change soit égale au différentiel de taux d’intérêt. Ce principe peut être généralisé
en introduisant de l’aversion au risque et des primes de risque, ainsi que toute une gamme d’actifs financiers
(théorie de l’allocation des portefeuilles). La politique économique et des comportements privés ont également une
influence à court terme. Une politique monétaire accommodante pèse sur le taux de change, alors qu’au contraire,
une politique budgétaire expansionniste ou une baisse du taux d’épargne du secteur privé font monter les taux
d’intérêt et le taux de change.
Dans la perspective d’allocation de portefeuille, il n’est pas indifférent de savoir si les taux de change dépendent
des rendements réels ou nominaux. A priori, seuls les rendements nominaux anticipés sont à prendre en compte.
Mais un différentiel d’inflation important risque à terme se traduire par une dépréciation du change, ce qui amène
les investisseurs à s’intéresser au taux de rendement réel anticipé. Les capitaux à long terme
Le solde de la balance courante est un élément déterminant du taux de change réel de long terme, puisqu’à tout
déficit doit correspondre une demande d’actifs financiers du pays par un investisseur international pour éviter une
dépréciation. Mais a contrario, rien ne justifie que le compte courant d’une économie soit équilibré, tout comme une
entreprise peut être en bonne santé tout en ayant un besoin de financement. Si les investisseurs internationaux
considèrent que leurs fonds sont utilisés plus efficacement dans un pays, il est économiquement rationnel qu’ils y
investissent. Les flux d’investissement direct étrangers (IDE) ne sont pas déterminés par des comportements
spéculatifs, ni par les fluctuations économiques conjoncturelles. Une économie qui a durablement une croissance
de sa productivité plus forte que les autres doit théoriquement attirer des capitaux finançant l’investissement à long
terme. En conséquence, le taux de change réel d’équilibre de long terme de cette économie ne correspond pas à

33
l’équilibre courant, mais à un déficit courant. Il assure l’équilibre de l’ensemble des flux courants et des flux de
capitaux «structurels» (par opposition aux flux spéculatifs). Le statut des investissements de portefeuille est plus
ambigu. Lorsqu’ils répondent à des objectifs d’économie réelle (présence dans le capital d’entreprises étrangères,
présence sur le marché...), ils soutiennent le taux de change réel de long terme. Mais s’il s’agit d’optimisation de
rendement à court terme, il s’agit de flux spéculatifs qui ne font que modifier à court terme le taux de change.

Complément d’informations :
Taux de change réel et taux de change nominal

34
Le SMI actuel

Avec la crise du SMI de B-W, le monde est entré dans une phase de turbulences. La primauté
du dollar survit à cet éclatement, malgré les tentatives des Européens de se doter d’une zone
de stabilité monétaire depuis le début des années soixante-dix.
Les accords de la Jamaïque (Kingston) en 1976, consacrent le flottement généralisé des
monnaies. Les monnaies ne sont plus définies par rapport à l’or. Un nouvel étalon monétaire
est généralisé, les DTS mis en place en 1969 et 1974. Les DTS sont gérés par le FMI et dont
la valeur repose sur un panier de devises clefs (16 puis 5). Mais le système n’est pas stable.
On a vu apparaître des monnaies qui s’apprécient (franc suisse, mark allemand puis le yen
après 1985) alors que d’autres ont vu leur cours se déprécier (franc français, livre sterling,
peseta…).
Mais le nouveau système a surtout mis en place une nouvelle méthode de gestion des
relations monétaires internationales. C’est un système moins formel et plus pragmatique.
Il est caractérisé par des procédures que le FMI doit appliquer et des comportements que les
pays doivent adopter.
L’actuel « système » se caractérise par sa capacité à trouver des solutions aux problèmes qui
se posent à l’ensemble des pays.
Trois problèmes ont dominé la scène monétaire et financière internationale depuis les années
soixante-dix.

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Complément d’informations :
Les vertus d’un régime de changes flottants

Les vertus d’un régime de changes flottants


Pour les économistes monétaristes, le flottement des monnaies présente un nombre
d’avantages que l’on peut résumer comme suit :
Il restitue à la politique monétaire son autonomie. La politique monétaire sera
exclusivement conduite en fonction de considérations internes (la lutte contre l’inflation par
exemple) et non plus pour agir sur des variables externes notamment la défense de la
valeur externe de la monnaie nationale ;
Le deuxième argument concerne les conditions d’ajustement en cas de choc extérieur. Le
flottement libre du taux de change permet de rétablir l’équilibre de la balance des
paiements. Dans ces conditions, il n’est plus utile de faire supporter la totalité de
l’ajustement à des variables réelles de l’économie comme la demande intérieure, la
production, les salaires…
Avec le flottement des monnaies la spéculation et l’arbitrage sur les marchés ont des effets
stabilisants en cas de variation des cours.
Ces avantages théoriques sont contestés par l’observation de la réalité.
Les effets stabilisants de la spéculation n’ont pas toujours joué, chose qui a poussé la plupart
des banques centrales (et même les plus monétaristes) à intervenir pour ramener les cours à
des niveaux plus conformes avec les données économiques fondamentales.
De même les politiques économiques sont loin d’être autonomes vu que le cours de change
est une variable stratégique pour la conduite de la politique économique (prix, compétitivité et
emploi etc.) L’autonomie est loin d’être une réalité face à l’intensification des mouvements de
capitaux sur le plan mondial.
Enfin le constat d’échec du régime de change flottant nécessite le retour à la concertation et
à la coopération monétaire internationale.

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Complément d’informations :
Avantages et inconvénients des différents régimes de change

2.2.3 Trouver des solutions aux problèmes du financement du développement

Cela s’est traduit par la multiplication des tirages sur le FMI et des mécanismes de
financement. On peut dire que chaque déséquilibre au niveau de la BP trouve aujourd’hui son
moyen de financement (mécanisme compensatoire, mécanisme de financement élargi,
mécanisme pétrolier etc.). La Conditionnalité est devenu une constante des financements du
développement, puisque tous les tirages sur le FMI étaient soumis à des conditions
d’ajustement structurel (politique de la demande même s’il y a depuis quelques années une
évolution vers les politiques de l’offre).

2.2.4 La maîtrise de l’endettement international

L’endettement résulte de l’absence de régulation institutionnelle des liquidités internationales.


D’où un rôle important du système bancaire privé international et de l’économie américaine
dans le financement du développement.
L’insolvabilité de certains pays a démontré la fragilité du système bancaire international. La
crise de la dette de certains pays en développement au début des années quatre-vingt a
donné un rôle primordial du FMI à travers « la surveillance accentuée » des pays endettés
engagés dans des programmes d’ajustement structurels. Une nouvelle stratégie de la dette
est expérimentée notamment la naissance d’un marché secondaire de la dette,
rééchelonnement de la dette, annulation de la dette…
Mais ces solutions ont laissé un problème en suspens : l’endettement des USA (déséquilibre
des paiements et déficit budgétaire). Les USA s’alimentent de l’épargne des autres.

2.2.5 La coordination des politiques économiques

Cette coordination passait par une concertation entre les principales puissances économiques
du monde. Cette coordination a concerné trois domaines clés :

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2.2.5.1 La gestion concertée des taux de change
Instituée par le groupe des 5 lors de la conférence de « Plaza hotel » à New York (1985) et
du Louvre (1987). C’est une technique qui consiste à déterminer des « zones cibles » (target
zones) pour les cours de change. Ce sont des marges de fluctuation secrètes et modifiables
selon les besoins et les banques centrales doivent maintenir les cours dans ces marges. Dans
les faits ce qui s’est passé lors de ces réunions c’est tout simplement un forte réévaluation de
yen (endaka) et un dépréciation du dollar dès 1987 de 40% par rapport au Deutsche Mark et
au yen.
Mais pour les Etats-Unis il s’agit avant tout d’éviter une catastrophe budgétaire annoncée, en
réduisant un déficit énorme et non de renoncer à leur politique d’exploitation des avantages
liés au dollar. Dès 1989, ils laissent flotter leur monnaie, au moment où le Mark ne cesse de
réapprécier. Le dollar conserve son rôle de monnaie internationale.
2.2.5.2 La coordination des politiques économiques
La coordination des politiques économiques grâce à des réunions annuelles de chefs d’état et
de gouvernement des pays du G7. Cette coordination consiste à examiner collectivement leurs
objectifs et prévision économiques à travers un ensemble d’indicateurs (croissance, taux
d’inflation, taux d’intérêt, ration de déficit budgétaire, solde de la balance courante, niveau des
réserves de change, et taux de change).
2.2.5.3 La diversification des monnaies
La diversification des monnaies est une priorité avec l’accroissement des déficits des Etats-
unis. La valeur du dollar est instable. Il ne peut continuer de jouer son rôle de monnaie
internationale. Son remplacement est confronté à un double défi à la fois économique et
politique.

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Complément d’informations :
Une multiplication des crises de change

39
Complément d’informations :
Crises de change et régimes de change

Complément d’informations :
La guerre des monnaies
La "guerre des monnaies", qui menace, selon certains experts, la reprise mondiale, voit les
principaux pays riches et émergents s'accuser mutuellement de manipuler les cours de leur
devise en faisant fi de la coopération internationale.
Qu'est-ce que la "guerre des monnaies" ?
Le 27 septembre, le ministre brésilien des Finances Guido Mantega affirme que son pays est
"au milieu d'une guerre des changes". L'expression fait rapidement florès.
Alors que les marges de manoeuvre budgétaires et monétaires classiques sont réduites pour
soutenir la reprise, plusieurs pays jouent de l'arme des taux de change, de manière plus ou
moins assumée. La dépréciation d'une monnaie, voire sa sous-évaluation, permet de doper
les exportations et donc de donner un coup de pouce à l'économie. Principal problème : cette
politique est menée au détriment des partenaires commerciaux et accentue les déséquilibres.
On est loin de la "croissance équilibrée" prônée par le G20.
Qui accuse qui, et de quoi ?
La Chine n'est pas seule sur la sellette et les accusations mutuelles fusent de toutes parts.
Quelques exemples :
- Pour Pékin, les Américains font du yuan un "bouc émissaire" de leurs difficultés
économiques.
- États-Unis et Europe s'en prennent aussi à l'interventionnisme d'autres pays émergents,
comme le Brésil qui cherche à entraver l'appréciation de sa monnaie, le real.
- Le Japon, intervenu mi-septembre pour tenter de faire baisser le yen, accuse la Corée du
Sud d'en faire autant pour le won.
- L'Europe soupçonne Washington de se satisfaire de la baisse du dollar, car elle stimule les
exportations américaines au moment où la reprise patine...
Source : « La guerre des monnaies, les raisons d’un bras de fer », le point, 22 octobre 2010.

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Complément d’informations :
La guerre des monnaies

Ce conflit des devises, qui oppose les Etats-Unis à l’Empire du milieu, a pris une tournure
plus internationale récemment lorsque l’Europe a commencé à joindre sa voix à celle des
Américains. Jean-Claude Juncker, chef de file des ministres des finances de la zone euro,
ainsi que Jean-Claude Trichet, président de la Banque Centrale Européenne, ont déclaré
après avoir rencontré le Premier ministre chinois, Wen Jiabao, que «le taux de change réel
de la devise chinoise restait sous-évalué», et qu’ils demandaient une «réévaluation
ordonnée, globale et significative du yuan». Malgré cette sortie, de nombreux officiels
européens restent mesurés lorsqu’il s’agit de critiquer la Chine publiquement. La principale
raison en est que les plus importantes compagnies européennes ont effectué d’énormes
investissements en Chine, en construisant notamment des unités de production. Et ces
usines, qui exportent leurs produits partout dans le monde, bénéficient elles aussi d’un yuan
faible.
Les autorités chinoises, probablement lassées de tant de critiques, répètent inlassablement
le même discours : «Si le yuan devient instable, cela conduirait à un désastre, pour la Chine
et pour le reste du monde». En effet, si la devise chinoise était brusquement réévaluée de
20% ou 40% comme de nombreux pays le demandent, il est évident que de nombreuses
usines devraient fermer, et que d’importants troubles sociaux en découleraient.
La principale demande de la Chine auprès de l’Europe est de bénéficier du statut
d’«économie de marché», ce qui empêcherait les pays européens de dresser des barrières
douanières contre les produits chinois bon marché, comme cela a été le cas récemment
pour les chaussures et de nombreux produits en aluminium et en acier

Mais quel est le mécanisme qui permet de maintenir la devise chinoise à un niveau bas ? Le
principe est simple : la Chine, grâce à ses exportations massives, enregistre d’importantes
rentrées de dollars. Au lieu de les recycler dans son économie, ce qui ferait grimper sa devise
et créerait de l’inflation, elle les utilise en grande partie pour acheter des bons du Trésor
américain, qui viennent gonfler ses réserves internationales de change. Mais ce n’est pas tout.
La Chine augmente également ses réserves de change lorsque sa Banque centrale achète
des devises et vend sa propre monnaie sur le marché des changes. Tout ceci fait que
l’augmentation de ses réserves est un excellent indicateur de la politique gouvernementale
visant à limiter l’appréciation du yuan. Et cet indicateur est plutôt clair en ce moment : les
réserves de devises étrangères chinoises ont atteint le montant astronomique de 2 648
milliards de dollars à la fin du mois de septembre. Ceci en fait de très loin les réserves les plus
importantes du monde. Mais plus encore que le montant absolu, c’est le rythme de
l’accumulation qui est le plus spectaculaire : elles ont augmenté de 194 milliards de dollars
lors du troisième trimestre de cette année, soit la plus importante progression trimestrielle
jamais enregistrée. Selon les économistes, cette hausse record est due à la fois aux
interventions de la Banque centrale, au fort rebond du surplus de la balance commerciale,
mais aussi à la baisse récente du dollar, qui mécaniquement augmente la valeur des réserves
détenues dans les autres devises comme l’euro ou le yen japonais. Avec une telle hausse des
réserves, il devient difficile pour la Chine de nier que ses politiques d’intervention ont des
conséquences importantes pour les équilibres économiques internationaux.

Source : Lavieco.com, 15 novembre 2010

41
2. Le système monétaire européen

Face aux difficultés du dollar, qui menaçaient clairement l’équilibre du SMI, un accord fut signé
en décembre 1971 à Washington, qui prévoyait un retour à des parités fixes, avec une marge
de fluctuation de plus ou moins 2,25% autour d’un cours pivot. Les pays membres de la
communauté économique européenne (CEE) considéraient que ces nouvelles marges étaient
trop large pour ne pas mettre en danger des politiques communes, piliers de l’intégration
marché européen (politique agricole surtout).
Une réunion s’est tenue à Bâle (Suisse) 1972 entre pays de la CEE et a décidé de ramener la
marge de fluctuation à plus ou moins 1.125% autour d’un cours pivot. On parle alors de
« Serpent monétaire européen » appelé à fluctuer à l’intérieur du « tunnel monétaire »
international créé à Washington.
Ce système devait bénéficier d’un « fonds européen de coopération monétaire » (FECOM),
mis en place effectivement en avril 1973. Mais les difficultés des balances de paiements
survenues après le renchérissement des prix des matières premières et du pétrole ont mis à
mal cette organisation. Les Etats aux monnaies faibles ne purent respecter les marges
prévues. La France par exemple elle-même était amenée à sortir du système à deux reprises
en 1974 et 1976.
La fin du serpent monétaire européen devait marquer le début d’un nouveau « système
monétaire européen » (SME) devant préparer « l’union économique et monétaire ». Le
SME a été créé à Bruxelles en 1978 et entra en fonction en 1979.
Le SME conserve les dispositions du serpent monétaire concernant les fluctuations des
monnaies communautaires entre elles. Il introduit l’usage d’une unité de compte commune
appelée l’ECU (European Currency Unit) dont la valeur est calculée chaque jour selon les
cours des devises rattachées, pondérée en fonction des poids respectifs des économies
nationales. Ceci confère une influence dominante au Deutsche Mark.
Mais le SME n’a survécu que grâce à des réadaptations fréquentes des parités en acceptant
que des monnaies, comme la livre sterling, reste en dehors du système. La solidarité de
principe entre banques centrales européennes afin de garantir la stabilité des parités, n’a pas
pu résister trop long face aux tendances des différents à faire de la dévaluation de leur
monnaie un moyen pour restaurer leur compétitivité internationale. En revanche le Deutsche
Mark est resté la seule monnaie durablement solide de la CEE et a pu imposer sa loi aux
autres pays.

3.1 Le SME a survécu à la divergence des politiques économiques nationales

Les pays de la zone ECU ne réalisaient pas les mêmes performances économiques. Ces
divergences remettent en question les bases du SME. La survie du SME depuis le début des
années 80 dépendaient essentiellement des réajustements monétaires.
C’est un système qui fonctionnait de manière asymétrique. L’Allemagne était le pays qui
déterminait depuis le début des années 80 la politique monétaire de la zone ECU (politique du
Mark fort). Les autres pays membres devaient suivre le modèle allemand en adaptant leur
politique monétaire de façon à stabiliser leurs monnaies vis-à-vis de Mark. Donc le SME a
exercé une forte contrainte sur la croissance économique dans les pays à monnaie faible
(Italie, Espagne, Grèce, Portugal etc.), car le succès contre l’inflation se traduit par une
croissance faible et donc par une augmentation du chômage.
En 1995, l’union monétaire prévue par les accords de Maastricht a été reportée jusqu’à 1999.

42
Elle devait assurer la mise ne place d’une monnaie commune, mais suppose que soit
respectés des « critères de convergence » drastique et qui implique une politique de rigueur
et d’économie budgétaire dans chaque pays désirant rejoindre l’union.

43
3.2 L’union économique et monétaire européenne

A Maastricht, les 9 et 10 décembre 1991, les chefs de gouvernement européens ont décidé la
mise en place d’une union monétaire européenne. L’application de celle-ci impliquant une fixité
irrévocable des taux de change entre les différents pays participants. Le traité de Maastricht
voulait concrétiser l’introduction d’une monnaie unique (l’Euro). Il a été ratifié par douze pays
de la communauté (la zone Euro). L’union économique et monétaire (UEM) vient compléter le
mécanisme commencé avec l’union douanière du traité de Rome (1957) et le grand marché
de l’acte unique (1986).

3.2.1 Les objectifs de l’UEM

Ils sont au nombre de trois :


Adoption d’une politique économique fondée sur la coordination étroite entre les politiques
économiques des Etats membres, au sein du conseil Ecofin, qui regroupe les ministres
de l’Economie et des finances.
Fixation irrévocable des taux de change conduisant à une monnaie unique
Conduite d’une politique monétaire unique ayant pour objectif la stabilité des prix et le
soutien des politiques économiques générales dans les pays de la communauté.

3.2.2 Les avantages d’une union monétaire

La fin des fluctuations monétaires devait se traduire par une série d’avantages qu’on peut
résumer comme suit :
L’élimination des coûts de transaction sur les changes et des coûts de l’incertitude.
Une plus grande transparence des prix.
Des marchés financiers plus performants, car une monnaie entraîne une plus grande
liquidité des marchés.
Une plus grande crédibilité vis-à-vis de l’extérieur.
Les pays les plus inflationnistes devaient mener une politique de stabilité des prix.
L’UEM a d’autres effets positifs. Elle se traduit par la baisse des anticipations de dépréciation
des monnaies et le baisse des primes de risque incorporées dans les taux d’intérêt, chose qui
peut encourager l’investissement. De même la baisse des taux d’intérêt nominaux permise par
le ralentissement de la croissance diminuerait les effets récessifs en accroissant
l’investissement et en permettant une diminution des charges de la dette.
La réalisation progressive de l'UEM a aussi facilité et consolidé l'ouverture du marché intérieur.
Malgré les secousses économiques et financières qui ont ébranlé le monde (guerre en Iraq,
crises boursières, attentats terroristes), la zone euro a bénéficié de la stabilité et de la
prédictibilité dont ont besoin les investisseurs et les consommateurs. La réussite de
l'introduction des pièces et des billets, plus rapide que prévu, dès le premier trimestre de 2002,
a également confirmé l'adhésion des citoyens. Ceux-ci peuvent maintenant comparer plus
facilement les prix d'un pays à l'autre et faire jouer la concurrence pour leurs achats.
L'euro est devenu la deuxième monnaie du monde et a vocation à devenir une monnaie de
réserve et de paiement à côté du dollar. Le rythme d'intégration des marchés financiers de la
zone euro s'est nettement accéléré et se traduit par des regroupements entre les
intermédiaires et les bourses des valeurs.

44
Complément d’informations :
Quelle différence y a-t-il entre le Système monétaire européen et l'Union économique et
monétaire ?

Quelle différence y a-t-il entre le Système monétaire européen et l'Union économique et


monétaire ?
Mis en place en 1979, le SME n'était en aucune façon une union monétaire mais il a contribué
à préparer le terrain pour une telle union en favorisant l'instauration d'une plus grande stabilité
entre les monnaies des Etats membres et une coordination et une convergence plus étroites
de leurs politiques économiques et monétaires. Le Mécanisme de change européen (MCE)
qui était au coeur du SME, prévoyait des parités "fixes mais ajustables" entre les monnaies.
Ceci signifie que les monnaies pouvaient fluctuer dans des marges les unes par rapport aux
autres. Si ces marges étaient atteintes, les autorités responsables des monnaies concernées
devaient réagir par des mesures appropriées. Le MCE a contribué à stabiliser les taux de
change des pays participants et la fréquence des changements de parités a régulièrement
décliné entre 1979 et 1995.
Les principales différences qui existent entre le SME et l'UEM sont que cette dernière repose
sur une monnaie unique, créée par le Traité, qui remplace les monnaies de tous les Etats
participants ; sur une banque centrale européenne, responsable de la conduite d'une politique
monétaire unique, et sur une convergence plus étroite des politiques économiques et
budgétaires. Dans le SME, les Etats membres conservaient chacun leur monnaie et leur
politique monétaire nationale. A l'époque de sa création, toutefois, le SME a représenté un
transfert de souveraineté monétaire sans précédent car les parités entre les taux de change
ne pouvaient être modifiées que d'un "commun accord".

45
3.2.3 Les coûts de l’union monétaire et économique

L’UEM comportent des coûts économiques et sociaux non négligeables.


L’UME implique l’adoption de critères de convergences draconiens en matière de déficit public,
de dette, d’inflation, de taux d’intérêt et de taux de change et dont l’objectif la stabilité de la
monnaie et la lutte contre l’inflation, et présentent plusieurs coûts économiques et sociaux :
Sur la croissance : les politiques monétaires et budgétaires restrictives vont accentuer la
menace déflationniste (baisse cumulative des prix, de la production et des emplois) et les
risques de récession par tarissement de la demande interne ;
Le coût social : les politiques publiques d’austérité et la guerre économique entre entreprises,
visant à réduire au maximum les coûts de production, entraînent des suppressions d’emplois,
la baisse des salaires réels, le démantèlement de systèmes de protection sociale et le signe
d’une forte mobilité géographique de la main d’œuvre ;
La mise en place de l’euro risque d’exacerber les fractures sociales et territoriales, notamment
en instaurant une Europe à plusieurs vitesses.

46
Complément d’informations :
Qu'est-ce que le Pacte de stabilité et de croissance ?

Qu'est-ce que le Pacte de stabilité et de croissance ?


Le Pacte de stabilité et de croissance (PSC) est l'instrument dont les pays de la zone euro
se sont dotés afin de coordonner leurs politiques budgétaires nationales et d'éviter
l'apparition de déficits budgétaires excessifs. Il impose aux États de la zone euro d'avoir
à terme des budgets proches de l'équilibre ou excédentaires.
Le PSC a été adopté au Conseil européen d'Amsterdam en juin 1997. Il prolonge l'effort de
réduction des déficits publics engagé en vue de l'adhésion à l'Union économique et monétaire
(UEM). Cependant, à l'inverse de la politique monétaire, la politique budgétaire demeure une
compétence nationale.
Le PSC comporte deux types de dispositions :
- La surveillance multilatérale, disposition préventive : Les États de la zone euro présentent
leurs objectifs budgétaires à moyen terme dans un programme de stabilité actualisé chaque
année. Un système d'alerte rapide permet au Conseil Ecofin, réunissant les ministres de
l'Économie et des Finances de l'Union, d'adresser une recommandation à un État en cas de
dérapage budgétaire.
- La procédure des déficits excessifs, disposition dissuasive. Elle est enclenchée dès qu'un
État dépasse le critère de déficit public fixé à 3 % du PIB, sauf circonstances exceptionnelles.
Le Conseil Ecofin adresse alors des recommandations pour que l'État mette fin à cette
situation. Si tel n'est pas le cas, le Conseil peut prendre des sanctions : dépôt auprès de la
BCE qui peut devenir une amende (de 0,2 à 0,5 % PIB de l'État en question) si le déficit
excessif n'est pas comblé.
À ce jour, trois pays ont fait l'objet de cette procédure et sans encourir de sanction :
l'Allemagne, le Portugal et la France.
En novembre 2003, la France et la RFA se trouvant durablement au-dessus de la barre
des 3% du PIB. La Commission voulait soumettre les deux États à la procédure des déficits
excessifs et leur imposer ses exigences pour améliorer la situation en 2004 et 2005. Faute de
quoi, des sanctions financières leur seraient infligées. Mais ses recommandations, équivalant
donc à une mise sous tutelle, ne purent recueillir une majorité au Conseil des ministres. Celui-
ci adopta, le 25 novembre 2003, des recommandations inspirées de celles de la Commission,
mais avec des objectifs d’assainissement budgétaires pour 2004 moins rigoureux, et surtout
hors du cadre de la procédure concernant les déficits excessifs. À l’application automatique
des articles du Pacte de stabilité se substituait donc une lecture plus politique du Pacte.
Saisie par la Commission, la Cour de justice des Communautés européennes (CJCE),
dans un arrêt du 13 juillet 2004, a annulé la décision du Conseil des ministres de
suspendre à l’encontre de l’Allemagne et de la France la procédure pour déficits excessifs. Si
elle reconnaît que l’absence de majorité au Conseil ne permettait pas l’adoption des
recommandations de la Commission, et si elle reconnaît que « le Conseil dispose d’un pouvoir
d’appréciation » dans la mise en œuvre du Pacte, celui-ci ne pouvait pas pour autant « modifier
[les recommandations] sans une nouvelle impulsion de la Commission, qui dispose d’un droit
d’initiative dans le cadre de la procédure pour déficit excessif ». Dès lors, la décision du Conseil
est annulé, il devra en voter une autre sur la base d’une recommandation de la Commission.
Cependant, un certain consensus prévaut désormais pour réformer le Pacte de stabilité
et de croissance afin de mieux l’adapter aux cycles économiques, la Commission elle-même
ayant présenté des propositions en ce sens en janvier 2004.
En juillet 2004, six pays parmi les 12 de l’eurogroupe connaissaient un déficit supérieur à la
limite des 3%.

47
3.2.4 Les institutions de l’UEM

L’UEM est la suite logique du système monétaire européen.


L’ECU devait se transformer en monnaie unique. Les pays de l’union doivent également
adopter une politique monétaire commune avec la création d’une banque centrale européenne
(BCE).
Sur le plan institutionnel l’UEM se traduit par la création :
De banques centrales nationales indépendantes
De la Banque Centrale Européenne.
La répartition du pouvoir entre la BCE et les Banques centrales nationales sera fondée sur
deux principes fondamentaux :
Le principe d’indivisibilité de la décision de la décision de politique monétaire. Ce principe
signifie que la définition de la politique monétaire sera centralisée et assumée par le conseil
des gouverneurs et le directoire de La BCE.
Le principe de subsidiarité selon lequel la BCE ne peut intervenir que dans la mesure où les
objectifs envisagés ne peuvent être réalisés par les banques nationales.

48
Complément d’informations :
Les grandes étapes de l'euro / La notion de zone monétaire optimale / La banque
centrale européenne et la politique monétaire commune

Les grandes étapes de l'Euro


7 février 1992 : signature du traité de Maastricht
Le traité sur l'union politique et l'Union économique et monétaire (UEM) est conclu à Maastricht en décembre
1991. Il sera signé en février 1992 et il entrera en vigueur en novembre 1993. Les monnaies nationales laisseront
la place à une monnaie unique à certaines conditions. Les pays qualifiés devront respecter plusieurs critères
économiques dont le plus important est celui du déficit budgétaire qui ne doit pas dépasser de manière durable
3 % du produit intérieur brut (PIB). La dette publique ne devra pas être supérieure à 60 % du PIB. Les critères
prévoient également une stabilité à long terme des prix, des taux d'intérêt et des cours de change des monnaies
concernées.
Janvier 1994 : l'Institut monétaire européen
L'Institut monétaire européen (IME) est mis en place, ainsi que de nouvelles procédures de surveillance pour
encourager la convergence économique.
Juin 1997 : le pacte de stabilité et de croissance
Le Conseil européen d'Amsterdam adopte le pacte de stabilité et de croissance et le cadre du nouveau
mécanisme de change (SME bis) destiné à garantir la stabilité entre l'euro et les monnaies des États membres
non participants. Le dessin des faces européennes des pièces en euros est adopté.
Mai 1998 : les Onze qualifiés
Du 1er au 3 mai 1998 à Bruxelles, les chefs d'État ou de gouvernement décident que onze États membres sont
qualifiés pour faire partie de la zone euro et ils annoncent les taux de change bilatéraux irrévocables et définitifs
entre les monnaies participantes.
1er janvier 1999 : naissance de l'euro
Au 1er janvier, les onze monnaies des États participants disparaissent au profit de l'euro qui devient ainsi la
monnaie commune de la Belgique, de l'Allemagne, de l'Espagne, de la France, de l'Irlande, de l'Italie, du
Luxembourg, des Pays-Bas, de l'Autriche, du Portugal et de la Finlande (la Grèce les rejoint le 1er janvier 2001).
La Banque centrale européenne remplace l'IME : elle est désormais responsable de la politique monétaire qui
est définie et exécutée en euros. Les opérations de change en euros démarrent le 4 janvier 1999 à un cours
proche de 1,18 dollar. C'est le début de la période de transition qui durera jusqu'au 31 décembre 2001.
1er janvier 2002 : introduction des pièces et des billets
Au 1er janvier 2002, les billets et les pièces libellés en euros sont mis en circulation. C'est le début de la période
de retrait des pièces et des billets nationaux qui s'est terminée définitivement le 28 février 2002. Depuis lors,
seul l'euro peut être utilisé dans toutes les transactions scripturales et fiduciaires .

La notion de zone monétaire optimale


On peut se demander pourquoi les pays membres de l’UEM se sont fixés des critères de convergence en vue
d’instaurer une monnaie unique à l’horizon de 1999 ?
La réponse à cette question, nous conduit à définir le concept de zone monétaire optimale. C’est un concept qui a
été développé par l’économiste Américain Arthur Mundel (1961). Selon cet auteur dans une union entre pays où
chacun garde sa propre monnaie, le réajustement se fait par la variation des taux de change (reflétant les
différentiels d’inflation et les différences de productivité).
Dans une zone monétaire optimale (zone où circule une monnaie unique), l’ajustement se fait par la libre circulation
des facteurs de production en cas de divergence).

La banque centrale européenne et la politique monétaire commune


Le traité de Maastricht institue un système Européen des banques centrales (SEBC). Au cœur du système se
trouve la BCE. Cette dernière est la seule habilitée à autoriser l’émission des billets de Banque dans l’Union.
La BCE exerce pleinement ses fonctions de contrôle sur la circulation de l’Euro.
La SEBC est dirigée par les organes de décision de la BCE : le conseil des gouverneurs et le directoire.
- Le Directoire est chargé de la mise en œuvre de la politique monétaire conformément aux orientations et
décisions arrêtées par le conseil des gouverneurs
- Le Conseil des gouverneurs définit la politique monétaire de l’Union, y compris les décisions concernant les
objectifs monétaires intermédiaires, les taux directeurs et l’approvisionnement en réserves dans le SEBC
- Le Conseil Général est composé du Président et du vice-président du Directoire ainsi que des gouverneurs
des banques centrales nationales de touts les Etats membres de la Communauté.
L’objectif principal du SEBC est de maintenir la stabilité des prix.
La BCE est entièrement indépendante. Il est prévu expressément que « ni la BCE, ni une banque centrale
nationale, ni un membre quelconque de leurs organes de décision ne peuvent solliciter ni accepter des

49
instructions des institutions ou organes communautaires, des gouvernements des Etats membres ou de leurs
organismes » (article 109 B).
Le conseil des Ministres peut prendre des sanctions (amendes) à l’égard d’un pays membre qui aurait un déficit
excessif. Il peut aussi inviter la BEI à revoir sa politique de prêt à l’égard de ce pays.

Complément d’informations :
La banque européenne de développement (BEI)

La Banque européenne de développement (BEI)

La BEI, créée en 1958, par le traité de Rome a pour objectif le développement équilibré de
la Communauté Européenne. Elle constitue l’institution bancaire européenne pour le
financement à long terme. Le conseil des gouverneurs, composé d’un ministre de chaque
Etat membre, généralement le Ministre des finances, donne les orientations générales et
nomme les membres des autres organes de décision. Le conseil d’administration, décide
des emprunts, des prêts et des taux d’intérêt sur proposition du comité de direction. Ce
dernier est l’organe exécutif qui prépare les décisions du conseil d’administration.
Les ressources de la BEI ont deux origines à savoir les ressources propres (les
souscriptions des Etats membres) et les emprunts sur le marché des capitaux.
Dans ses interventions au niveau de l’Union Européenne la BEI répond aux différents
objectifs des politiques communautaires et à renforcer la cohésion économique et sociale
de l’Union dans les domaines suivants :
- Développement régional notamment dans les pays qui bénéficient de l’action prioritaire
des fonds européens : Portugal, Grèce, Irlande du Nord et certaines régions d’Espagne et
d’Italie ;
- Réseaux transeuropéens (transport, tunnel sous la Manche, capacités aéroportuaires,
télécommunications…)
- Protection de l’environnement
- Modernisation ou conversion industrielle
La BEI a aussi des actions en dehors de l’Union Européenne. Ces interventions s’inscrivent
dans le cadre de la politique de coopération financière. Ses principales zones d’actions
sont :
- Les Etats d’Afrique, des Caraïbes et du pacifique (ACP) où l’action est mise sur le
développement du secteur privé pour stimuler la croissance. Les prêts sont assortis de
bonification d’intérêt du Fonds européen de développement (FED). Les prêts de la BEI ont
porté sur des projets industriels, projets d’équipement énergétiques, projets
d’approvisionnement en eau et des constructions d’infrastructures de transport ;
- Les pays du bassin méditerranéens où l’intervention porte su des programmes d’irrigation,
de réseaux d’assainissement d’eau, de financements des entreprises du secteur privé,
construction d’autoroutes…
- Les pays de l’Europe centrale et orientale (PECO) où la BEI finance des projets de
remise en état de la capacité de production et de distribution d’électricité et de gaz, de
protection de l’environnement, financement des PME, mise à niveau du secteur bancaire
afin qu’il puisse travailler dans le cadre d’une économie de marché.

50
A l’issue de ce paragraphe, on peut dire que l’union économique et monétaire dépasse
largement le cadre du marché intérieur puisqu’elle a des conséquences sur le plan social.
L’Euro est devenu une monnaie pilote européenne pour les pays européen et pour les non
européens qui pourraient s’y attacher. Trois zones monétaires importantes existent
aujourd’hui : la zone Dollar (monnaie internationale par excellence), la zone Euro et la zone
Yen. L’Euro est, comme le dollar ou le yen, soumis aux contraintes du système monétaire
international, mais l’union Européenne pourrait contribuer à l’amélioration de l’ordre monétaire
international.
Seulement force est reconnaître que le dollar reste la monnaie des transactions internationales
par excellence.
Dans un article paru dans le quotidien français Le Monde (6janvier 1999 p. 16), on a avancé
quatre argument en faveur de cette thèse :
L'économie américaine se porte mieux que l'économie européenne quand on considère
son taux de croissance, son dynamisme technologique, ses créations d'emplois, la taille de
ses entreprises, l'importance de ses capitalisations boursières, ...
Le budget américain est en excédent, ce qui donne aux États-Unis un outil de relance
économique précieux13
Pour les investisseurs internationaux, les États-Unis ne sont pas seulement une zone
monétaire intégrée mais aussi un espace économique homogène avec une unicité des
politiques sociale et fiscale.
Les Etats-Unis bénéficient d'effets d'expérience et d'apprentissage en matière de gestion
du change.
La forte domination du dollar comme monnaie internationale est parfaitement illustrée par les
chiffres suivants :
Evolution de la part des monnaies dans les avoirs officiels en devises de l’ensemble
des pays

Monnaies 1999 2000 2001 2002 2003


Euro 13,5 16,3 16,7 19,3 19,7
Dollar EU 64,9 66,6 66,9 63,5 63,8
Livre sterling 3,6 6,8 4,0 4,4 4,4
Yen 5,4 6,2 5,5 5,2 4,8

Evolution de la part des monnaies dans les avoirs officiels en devises des pays
industrialisés

Monnaies 1999 2000 2001 2002 2003


Euro 10,5 17,2 17,5 21,3 20,9
Dollar EU 72,7 72,5 72,7 69,1 70,8
Livre sterling 2,3 2,0 1,8 2,2 1,7
Yen 6,5 6,3 5,6 4,6 4,0

13 Il faut remarquer que cet argument est contesté depuis les événements du 11 septembre 2001, car le budget
fédéral américain est de plus en plus déficitaire. La guerre américaine contre le terrorisme et les efforts de guerre
à l’étranger (Afghanistan, Irak) explique pour une bonne partie ces déficits publics.

51
Mais cela ne signifie pas que l’Euro restera une monnaie marginale sur la scène mondiale. Tôt
ou tard cette monnaie reflétera la dimension économique et financière de la zone Euro. Des
facteurs objectifs peuvent augurer d’une amélioration de la place de l’Euro comme monnaie
internationale dans un futur proche.
Il y a deux séries d'arguments qui militent en faveur d'une rapide progression
internationale de l'euro, spécialement comme monnaie de portefeuille, c'est-à-dire de
placement financier :
Des arguments tenant à la polarisation de l'économie mondiale : il y a une "surdimension
monétaire" évidente du dollar quand on compare, l'importance de la zone dollar avec la
puissance économique réelle des États-Unis. Certains en concluent qu'un rééquilibrage est
inévitable au profit de l'euro et estiment que le dollar est surévalué de 15 à 20% tandis que
l'euro est sous-évalué d'environ 15%.
Des arguments tenant à l'économie américaine : Plus les États-Unis accumulent les déficits
courants, au contraire de l'UE ; plus le niveau de l'épargne baisse régulièrement ; plus il y a
une marge de baisse encore possible des taux d'intérêt alors que les autorités monétaires
européennes estiment ne pas avoir à baisser davantage les leurs. Ceci rendra plus attractive
la zone Euro comme lieu place financière de choix pour les investisseurs internationaux.

52
Résumé

Le système monétaire international est le cadre institutionnel des échanges. En effet l’échange
international de biens, services et de capitaux exige le mise en place d’un ensemble de règles
relatives à la définition d’une monnaie internationale, les régimes de conversion des monnaie
et des mécanismes d’ajustement en cas de difficulté d’un pays à honorer ses paiments à
l’échelle internationale.
A la sortie de la geurre 39-45, les principaux pays vainqueurs ont instauré lors des accords de
Bretton-woods un nouveau système monétaire international conduisant à une coopération
monétaire internationale. Ces accords ont instauré un système de changes fixes mais
ajustables, régulé par le Fonfs monétaire international.
L’abandon de la convertibilité du dollar en or en 1971, dont l’officialisation a été définitive en
1976 (accords de la jamaique), a débouché sur un système moins régulé de changes flottants.
Les guerres des monnaies et les crises ponctuant l’économie mondiale (crises asiatiques,
crise financière de 2008) depuis une vingtaine d’année donne toute son actualité à la question
de l'organisation d'un système monétaire international plus stable et plus régulé.

53
Partie 3
Les fondements du commerce
international

Objectifs
Présenter les doctrines du commerce
international.
Souligner l’importance des échanges commerciaux
dans le développement de l'économie mondiale.
Préciser les factures qui ont impulsé le
développement du commerce mondial.
Présenter l’évolution du commerce mondial depuis
1945.

Au sens strict, le commerce international concerne les opérations d’achat et de vente à


l’étranger de biens et services.
Depuis plus d’une vingtained’années, le développement du commerce mondial est
spectaculaire ; en effet, le volume du commerce mondial a augmenté beaucoup plus
rapidement que la production mondiale. Les stratégies adoptées par les différents pays ont
pivoté entre protectionnisme et libre échange. Ces stratégies opposées font depuis deux
siècles l’objet de réflexions et d’analyses ; elles sont encore aujourd’hui au cœur des
discussions de l’organisation mondiale du commerce (OMC).

1. Les doctrines du commerce


international

La théorie de l’échange international est l’une des plus vieilles branches de l’analyse
économique. Elle s’est développée en Grande-Bretagne dès la fin du XVIII siècle dans un
contexte marqué par le triomphe des idées libérales. Ces dernières prônaient la liberté
d’entreprendre et d’enrichissement individuel comme source de bien être collectif. En même
temps cette idéologie défendait l’idée que le libre-échange sur le plan extérieur est un facteur
d’enrichissement général pour toutes les nations.
Ce n’est donc pas un hasard que ce soient deux auteurs britanniques qui se trouvent à l’origine
de la formulation des premières théories du commerce international prônant le libre-échange.
Même si ces théories reposent sur des principes rationnels, elles restent particulièrement
adaptées au contexte de la Grande-Bretagne de la fin du XVIII siècle.

1.1 La théorie des avantages absolus chez Adam Smith

Dans son ouvrage principal « La recherche sur la nature et les causes de la richesse des
nations » (1776), A.Smith élabore sa théorie des avantages absolus.

54
« La maxime de tout chef de famille prudent est de ne jamais essayer de faire chez soi la
chose qui lui coûtera moins à acheter qu’à faire…Ce qui est prudence dans la conduite de
chaque famille en particulier ne peut guère être folie dans celle d’un grand empire. Si un pays
étranger peut nous fournir une marchandise à meilleur marché que nous ne sommes en état
de l’établir nous-mêmes, il vaut bien mieux que nous la lui achetions avec quelque partie du
produit de notre propre industrie, employée dans le genre dans lequel nous avons quelque
avantage ».
Pour illustrer cela, l’auteur prend l’exemple de deux pays (Le Portugal et la Grande-Bretagne)
produisant chacun deux produits similaires : un produit agricole et un produit industriel.
Coût absolu de deux produits échangés (en heures de travail)

Produit agricole Produit manufacturé


Grande-Bretagne 120 100
Portugal 80 90

Donc selon cette théorie, chaque pays doit se spécialiser dans la production et l’exportation
de biens qu’il peut produire à des coûts inférieurs à ceux du reste du monde et importer les
produits qu’il aurait produits à des coûts plus élevés. Dans notre exemple, le Portugal dispose
d’un avantage absolu dans les deux productions agricole et industrielle, alors que la Grande-
Bretagne (G-B) est plus chère dans les deux productions. Le Portugal peut devenir le
producteur et l’exportateur des deux produits, alors que la G-B peut devenir un simple
importateur. Cela a conduit à une véritable impasse de la théorie d’A. Smith. Ce qui a fait dire
à certains que « l’ouverture à l’échange conduit à l’impossibilité de l’échange ».

1.2 La théorie des avantages comparatifs chez David Ricardo

Dans son ouvrage « Des principes de l’économie politique et de l’impôt » (1817), Ricardo
tentera de trouver une solution à l’impasse de la théorie d’A.Smith. Il proposa alors la théorie
des avantages comparatifs. « Un pays qui par sa supériorité dans les machines et l’habileté
de ses ouvriers, fabrique avec une plus grande économie de main d’œuvre que ses voisins,
peut, avec les produits de son industrie, faire venir du dehors le blé nécessaire à sa
consommation, alors même que son sol serait plus fertile et que le blé y pousserait avec moins
de travail que dans le pays où il tirerait son approvisionnement ».
David Ricardo propose une division du travail entre les nations participant à l’échange. Il mène
un raisonnement en terme d’avantages relatifs, c’est-à-dire en comparant entre les coûts
relatifs de chaque pays pour les productions objets d’échange international.
Coûts relatifs produit agricole- produit industriel en G-B et au Portugal

Produit agricole Produit industriel Produit agr/produit Produit ind/produit


(heures de travail) (heure de travail) ind agr
G-B 120 100 120/100 = 1,2 100/120 = 0,83
Portugal 80 90 80/90 = 0,88 90/80 = 1,1

A partir de cet exemple, on constate que le Portugal doit se spécialiser dans la production et
l’exportation de produits agricoles, car il les produit à moindre coûts relatifs par rapport aux
produits industriels. Alors que la G-B doit se spécialiser dans les produits industriels, car leurs
coûts relatifs sont moins élevés que ceux des produits agricoles.
La théorie de Ricardo est profondément paradoxale. Elle démontre qu’un pays qui est
désavantagé dans toutes les productions a intérêt à s’ouvrir sur l’extérieur et à échanger avec
les autres pays. Par contre, un pays avantagé dans toutes les productions a intérêt tout de
même à importer même si le produit acheté à l’étranger peut être fabriqué localement à des
coûts moindres.

55
Complément d’informations :
Contexte historique de la théorie des avantages comparatifs

La G-B, puissance industrielle et financière de l’époque, avait un avantage certains dans les
produits manufacturés par rapport aux produits de ses colonies. Elle appliqua les principes
de libre-échange à partir de 1846 avec l’abolition des « corn laws » (lois protégeant les
productions de céréales du pays de la concurrence des grains provenant de l’étranger).
Mais le libre-échange tel qu’il a été prôné par les théories classiques ne se répand que
lentement dans le monde. Le commerce international est resté dominé par les contrôles
étatiques et les protectionnismes jusqu'à la fin du XIX siècle.
Le libre-échange dépassait rarement les relations entre les puissances coloniales de l’époque
(G-B, France) et leurs colonies africaines et asiatiques. Le monde est resté découpé en zones
d’intérêts réservés, dominées chacune par une des grandes puissances européennes,
auxquelles se sont jointes d’autres puissances émergentes telles que les Etats-Unis et le
Japon vers la fin du siècle.
Cette situation allait s’accentuer après la première guerre mondiale. Les vainqueurs se
concentrent sur leurs zones d’influence. On assiste alors à un regain des protectionnismes
des principales puissances coloniales, la tendance des Etats-Unis à un certain repli sur soi et
la mise en isolement de l’espace soviétique après la révolution de 1917.
La grande crise de 1929 n’a pas arrangé les choses puisque les réflexes d’autonomie se sont
accentués et ont mis à mal le commerce mondial déjà ralenti par l’appauvrissement de la
plupart des pays développés de l’époque. Chaque nation tentera alors de développer son
économie au détriment du bien-être des autres nations. Les puissances totalitaires-
Allemagne, Italie et japon- recherchent l’autarcie et tentent de créer des espaces vitaux pour
leurs propres entreprises. Les puissances coloniales (G-B, France, Belgique, Pays-Bas) se
recentrent encore plus sur leurs empires coloniaux. Les Etats-Unis se replient largement sur
eux-mêmes.
Mais c’est aussi une importante période d’élaboration de nouvelles doctrines du commerce
international avec le modèle dit HOS (Heckscher, Ohlin et Samuelson).

1.3 Le modèle dit HOS (Heckscher-Ohlin-Samuelson)

Il s’agit d’analyses formulées en 1919 par E. Heckscher, reprise en 1933 par B.Ohlin et
reformulées mathématiquement par P.A. Samuelson à partir de 1941. Le modèle H.O.S
repose sur les bénéfices de l’ouverture et de la spécialisation internationale.
Les deux premiers auteurs expliquent la spécialisation internationale des productions par
l’abondance ou la rareté relative de divers « facteurs de production », dont les pays ne sont
pas également dotés (main d’œuvre, capitaux, matières premières, espaces agricoles etc.).
L’échange international devient alors pour ces auteurs « un échange de facteurs abondants
contre des facteurs rares ».
Paul Samuelson complète l’idée des deux auteurs précédents. Il nous dit que dans une
situation de libre-échange, la libre circulation des produits finira par égaliser les prix des
facteurs de production (travail et capital). Par contre, lorsque les produits circulent de manière
imparfaite (à cause des protectionnismes), les prix des facteurs ne sont pas égalisés et ce

56
sont les facteurs de production qui auront tendance à se déplacer (détour des barrières
tarifaires et non tarifaires grâce à l’investissement direct).

Complément d’informations :
Du modèle ricardien au « théorème H.O.S »

1.4 Le commerce international est-il le résultat des écarts de productivité (thèorie


ricardienne) ou des dotations factorielles

57
Complément d’informations :
D.Ricardo VS H.O.S

George D. A. MacDougall, en 1951 et 1952, a analysé le commerce entre les Etats-


Unis et le Royaume-Uni en 1937 et en 1950. La productivité américaine est supérieure
à celle du Royaume-Uni dans toutes les branches de l’industrie et, pourtant, les
exportations britanniques vers les Etats-Unis existent et dépassent même les
exportations inverses dans certains domaines, ceux pour lesquels la productivité
américaine est moins du triple de la productivité britannique (voir graphique ci-contre).
Les échanges entre les deux pays sont donc bien expliqués par les différences de
productivité relative. Ces résultats ont été confirmés par d’autres études, mais ils sont
anciens.
Les économistes ont plutôt cherché à tester le modèle HOS dont la validité est discutée
depuis ses débuts. En fait, les dotations en facteurs de production semblent ne
contribuer à expliquer que les échanges Nord-Sud traditionnels : produits de base
nécessitant une main-d’oeuvre peu qualifiée, contre biens manufacturés riches en
capital.
Source : Arnaud Parienty, « les mécanismes du commerce international »,
Alternatives économiques, n°298, janvier 2011.

58
Complément d’informations :
Du modèle des avanatges comparatifs au modèle de commerce intra-branche

Complément d’informations :
Le paradoxe de Leontief

Le paradoxe de Léontief

Cet économiste a publié en 1953 une étude très célèbre qui remet en question
la théorie HOS. En effet en se limitant au cas des Etats-Unis, il a pu montrer que

59
contrairement à ce qui a été démontré par la théorie HOS, les Etats-Unis
exportaient vers le reste du monde des biens à forte intensité de main d’œuvre
en échange de biens à forte intensité en capital. Ce paradoxe a été interprété par
l’auteur lui-même en disant que les exportations américaines sont intensives en
main d’œuvre qualifiées et à forte valeur-ajoutée alors que les importations les
importations sont relatives à des produits intensives en travail qualifié. Cela
suppose qu’il fallait distinguer plus finement les facteurs de production, par
exemple distinguer plusieurs sortes de travail selon le niveau de qualification.

1.5 Appréciations des principales doctrines de l’échange international

Malgré leur domination sur le plan de l’analyse des déterminants du commerce entre nations,
les théories classiques et néo-classiques de l’échange international ont fait l’objet de plusieurs
critiques.
Tout d’abord ces théories avaient une forte connotation idéologique et politique. Leur principal
but était de maintenir la domination de la Grande-Bretagne sur le monde. La G-B devait se
spécialiser dans les productions à forte valeur ajoutée (notamment dans la production
industrielle) et innovantes, alors que les autres nations devaient se spécialiser dans les
productions les moins dynamiques c’est-à-dire celles dans lesquelles le progrès technique
était très faible.
Ensuite, l’échange international selon cette théorie est perçu comme une chose naturelle et
volontaire. Alors que cette période a connu le développement d’un commerce captif entre les
puissances coloniales et leurs empires coloniaux. Les colonies étaient de simples sources
d’approvisionnement en matières premières et de marchés pour les produits manufacturés
des entreprises de la puissance coloniale. La spécialisation internationale des colonies n’avait
rien de naturel ni de volontaire puisqu’elle était imposée par la métropole et subie par les pays
dominés.
Selon Ricardo, l’échange international d’un pays dépend de sa capacité à offrir des biens
ayant un coût inférieur à ses concurrents étrangers. Ce raisonnement n’est plus suffisant pour
expliquer la multiplicité des facteurs de la compétitivité (qualité, différenciation des produits,
délais de livraison etc.).
Le développement du commerce intra-branche est une remise en question des théories de
l’avantage comparatif et des dotations factorielles. Ces dernières considèrent que la
différence est à la base du commerce entre les nations (exemple des pays exportent des
matières premières et importent des produits manufacturés). Or aujourd’hui le commerce entre
pays industrialisés est d’abord un commerce de produits différenciés mais satisfaisant le
même besoin (exemple un pays peut exporter des automobiles et importer des automobiles).
Le commerce intra-branche est basé sur l’existence de similitudes entre les pays. C’est un
échange portant sur des produits différenciés répondant à une demande de différence de la
part du consommateur. Ainsi par exemple dans la branche automobile, il peut s’agir d’échange
de voiture de même gamme ou des gammes différentes entre deux pays ou d’échanges de
composants automobiles (pièces détachées).
Enfin les théories traditionnelles du commerce international considèrent que les avantages
comparatifs des nations sont naturels et statiques. Or ce que l’on constate aujourd’hui, c’est
la tendance des nations à mettre en place de nouveaux avantages dans des secteurs
prometteurs grâce à des politiques commerciales et industrielles stratégiques. En effet
l’histoire économique nous montre que les pays qui avaient acquis des avantages dans
certaines branches industrielles les ont perdus au profit d’autres pays qu’on a qualifiés de
suiveurs. Cette même histoire nous révèle que certains pays ne cessent de réaliser succès
après succès dans leurs efforts de développement industriel. Hier c’était l’habillement et la

60
chaussure, aujourd’hui c’est la micro-électronique, l’automobile et d’autres technologies de
pointe. C’est dire que l’avantage comparatif n’est pas uniquement une question de "dotations
factorielles naturelles" statiques mais il est aussi dynamique, complexe et malléable. Seuls
des efforts soutenus et continus sont capables de garder un avantage ou d’en développer
d’autres. Les avantages ne peuvent être éternels puisqu’il arrivera un moment où leur
exploitation ne sera plus possible.
Cette menace permanente de perte des avantages acquis dans certains secteurs ou branches
concerne tous les pays y compris les pays développés. Ainsi certaines productions telles que
le textile, les industries du cuir, du bois, des jouets, matériel électrique, sont vouées, sauf
innovation majeure, à être délocalisées vers des zones à bas salaires, et que les pays
d’ancienne industrialisation qui ne parviennent pas ou tardent à s’en dégager risquent fort de
régresser vers le statut semi-périphérique (Adda, tome 1, 1996).
Si donc le caractère dynamique des spécialisations internationales et de la compétitivité
internationale n’est plus à démonter sur le plan pratique, on peut se demander si au niveau
théorique, on peut trouver des arguments en faveur de ce qu’il est convenu d’appeler
« l’avantage construit ».
Ce concept n’a pas encore de fondement théorique bien structuré, mais se trouve dans de
nombreux travaux tels ceux d’E.Vogel (1985), M.Porter (1990) ou de R.Reich (1991). D’une
manière générale, il traduit la capacité à valoriser les avantages naturels à partir des
dynamiques organisationnelles (…). Cette capacité met en jeu les « aptitudes »…de l’Etat
(Bellon, 1994).
Cela dit, l’avantage construit comporte une importante dimension systémique et structurelle. Il
dépend moins des compétences propres de l’Etat en tant que producteur que de ses
compétences à organiser des relations avec d’autres acteurs : entreprises privées et
publiques, institutions d’enseignement et de recherche, les institutions de formation, les
organismes de financement, les services et les institutions intervenant dans le domaine légal,
technique, commercial, politique, social,… La dynamique des spécialisations internationales
et l’évolution vers des spécialisations de qualité dépend de la capacité de l’Etat, à travers des
politiques structurelles, à renforcer les liens entre ces différentes institutions.

61
Complément d’informations :
L’avantage comparatif des nations, une notion et une réalité dynamique

L’avantage comparatif des nations, une notion et une réalité dynamique


Un avantage comparatif est un avantage d'efficacité de production dans une activité
économique. Il n'existe pas d'avantage « absolu » d'un pays dans l'échange et tout pays
peut se doter d'avantages comparatifs en faisant des choix de spécialisations. La théorie
économique démontre qu'un pays gagne toujours à se spécialiser et ce, quelle que soit sa
situation initiale par rapport à ses concurrents, qu'il soit plus efficace ou moins efficace dans
tous les domaines.
L'avantage comparatif repose donc sur le même principe que celui des qualifications
professionnelles dans le monde de l'entreprise : même si une personne très qualifiée peut
faire le travail d'une personne non qualifiée, l'entreprise n'a pas intérêt à ce qu'elle le fasse
; inversement, si une personne non qualifiée fait moins bien le travail d'une personne
qualifiée, elle gagne à se concentrer sur ce qu'elle sait faire le mieux. Il en va de même
pour les pays acceptant de commercer entre eux.
L'origine des avantages comparatifs peut être naturelle ou artificielle, ce qui permet à tous
d'en posséder : les ressources naturelles, qu'il s'agisse de matières premières, d'espaces
cultivables ou d'ensoleillement des paysages constituent des données ; les facteurs
humains (importance de la population, capacités professionnelles de la main-d'œuvre) aussi
; le degré de développement scientifique et technologique, la richesse et le capital
accumulés confèrent d'autres types d'avantages ; les préférences de consommation de la
population, ses caractéristiques sociologiques, les conditions de réglementation des
activités économiques et sociales peuvent aussi devenir source d'avantages.

62
2. L’évolution du commerce mondial
depuis 1945

Le commerce mondial s’est développé sous l’effet combiné de deux facteurs fondamentaux :
La révolution des transports et des moyens de communication
La création d’un cadre institutionnel favorable à l’accélération des échanges mondiaux
depuis 1945 largement défendu par des doctrines libre-échangiste.

2.1 La révolution des moyens de transport et de communication

Depuis la seconde moitié du XIX siècle, d’importants progrès techniques furent mis à profit
pour développer et intensifier les transports de masse et à longue distance. Cette révolution
a débuté avec l’usage de la vapeur et du rail pour déboucher aujourd’hui sur des innovations
encore plus spectaculaires générées par une demande en croissance rapide. La
conséquence a été un rétrécissement de l’espace mondial.
Malgré les mutations rapides en cours dans le transport aérien et maritime, les principaux
réseaux de transports actuels sont des héritages parfois assez anciens et restent centrés
autour des principaux industrialisés. Mais l’accélération de la mondialisation et l’émergence
de nouvelles puissances économiques en Asie sont en passe de bouleverser la géographie
des transports.
L’une des conséquences du développement des transports internationaux a été une baisse
continuelle des coûts.
Les progrès techniques ont en particulier accru rapidement les capacités d’emport des avions
et des navires depuis des décennies.
Les déréglementations ayant touché le secteur des transports depuis les années 80 ont
contribué largement à la baisse des coûts de transport. Pendant longtemps le secteur des
transports a été protégé dans plusieurs pays et les opérateurs jouissaient de position de
monopoles incontestables.

2.1.1 Dans le domaine du transport aérien

La vague de déréglementation a commencée aux Etats-Unis et s’est propagée petit à petit aux
autres pays d’Europe, d’Asie et même dans un bon nombre de pays en développement
d’Amérique du sud et des pays d’Afrique. La conséquence a été un aiguisement de la
concurrence internationale, la diversification de l’offre et la baisse des prix du transport.

2.1.2 Dans le domaine des transports maritimes

Le contre-choc pétrolier et l’irruption de concurrents asiatiques ont précipité une remise en


cause profonde du secteur (rationalisation technique, recours à des marins du tiers-monde,
développement des pavillons de complaisance etc.). La spécialisation des navires et
l’accélération des rotations portuaires ont réduit les coûts des transferts à longue distance.
Parallèlement, la qualité globale des navires en circulation continue de baisser, mais ceci
permet de baisser les prix par économie d’entretien. Les transports maritimes - et plus que le
transport aérien qui ne concerne que les voyageurs - sont devenus un facteur essentiel de la
mondialisation des échanges et de l’économie. Les frais de transferts maritimes sont
aujourd’hui une composante mineure des coûts globaux d’un produit (5% du coût ferroviaire,
à distance égale).

2.1.3 Dans le domaine des télécommunications

63
Le monde vit depuis un siècle une transformation radicale. Les transmissions rapides et à
longue distance existent depuis longtemps. La nouveauté aujourd’hui réside dans l’impact que
commencent à avoir dans la vie quotidienne et l’économie les télécommunications de masse.
En effet, leur intérêt principal c’est de banaliser et d’accroître massivement l’information dont
nous pouvons disposer. L’ordinateur joue aussi un rôle de plus en plus important dans la
gestion de flux mais aussi dans le mariage des informations qu’il autorise au niveau du
récepteur devenu multimodal.
Ceci n’est pas seulement une révolution technique, mais bouleverse complètement les modes
de gestion et d’accès à l’information sans frontières. La multiplication des réseaux télévisuels
satellitaires et des banques informatiques de données (Internet est un réseau ouvert de
serveurs) ouvre en effet de vastes ressources.
On peut alors considérer que ce qui était seulement un moyen pour favoriser la transmission
des données est devenu une condition indispensable à l’actuelle mondialisation de l’espace
économique.

2.2 L’organisation du commerce mondial depuis 1945 : GATT, OMC et cycles de


négociations commerciales internationales

La période de l’entre-deux-guerres mondiales a été une phase pour le commerce mondial du


fait de la montée des nationalismes et de la crise économique mondiale de la fin des années
20.
En effet la grande crise de 1929 a été un point de rupture dans l’évolution des échanges
mondiaux. Le commerce mondial a baissé en volume et en valeur. En 1933, la valeur du
commerce mondial était inférieure de 60% par rapport à celle de 1929. Parmi les facteurs
responsables de cette crise, il y a lieu de citer :
La chute des prix des matières premières (surtout agricoles)
La crise du système monétaire international notamment la crise du système des changes et
la multiplicité des « dévaluations compétitives »
Le recul de la production industrielle
Le renouveau du protectionnisme dans un grand nombre de pays notamment aux Etats-Unis
à partir de 1930 avec l’imposition de tarifs douaniers élevés (« Hawlay Smoot tariffs ») qui
ont accélérés l’exportation de la crise des Etats-Unis vers l’Europe. Les Européens ont à leur
tour pris des mesures de représailles à l’égard des exportations Américaines.
Donc l’expérience libre-échangiste qui a débuté en 1846 prend ainsi fin. Les mesures
protectionnistes ont été perfectionnées pendant la période de l’entre-deux-guerres.
Les tentatives de renaissance du commerce international dans les années 30 n’ont eu que
des effets limités et n’ont pas pu mettre fin au développement du bilatéralisme dans les
échanges internationaux et de l’autarcie dans plusieurs grands pays.
Après la deuxième guerre mondiale, ce sont les Etats-Unis qui ont pris l’initiative en matière
de commerce mondial. Ils sont à l’origine de la rédaction d’un document destiné à poser les
bases de l’organisation des échanges de l’après guerre connu sous le nom de la charte de la
havane. Elle devait donner naissance à une organisation internationale du commerce (OIC).
Or le sénat des Etats-Unis refusa de ratifier un tel projet. Parallèlement, des négociations
furent menées par 23 pays qui assuraient 80% du commerce mondial en vue de mettre en
place une organisation beaucoup moins contraignante que l’OIC et d’inspiration nettement
libre-échangiste. L'ordre commercial international a été régi pendant près d'un demi-siècle par
un accord et une organisation à vocation provisoire et aux pouvoirs très limités : l'Accord
Général sur les Tarifs Douaniers et le Commerce (GATT).

2.2.1 Le GATT

64
Le GATT a été conclu le 30 octobre 1947. C’est un accord engageant en principe des parties
contractantes égales. Il est de philosophie libérale et n’institue qu’un petit nombre de règles
négatives destinées à éliminer les obstacles aux échanges mondiaux.
Le GATT introduit la notion de la multi latéralité des négociations commerciales
internationales. Le fondement de cette multi latéralité est le principe de la « non-
discrimination » ou la « clause de la nation la plus favorisée ».
L’égalité de traitement entre les Etats est le premier principe inspirant les disciplines du GATT
depuis 1947. Le principe signifie fondamentalement que les Etats membres de l’organisation
ne peuvent opérer de discrimination dans le traitement et les règles qu’ils appliquent aux
opérations commerciales internationales. Au nom du principe d’égalité, le GATT de 1947
introduisait deux disciplines fondatrices de l’essor du commerce international : la « clause de
la Nation la Plus Favorisée » et le « traitement national ».
2.2.1.1 La clause de la Nation la Plus Favorisée
La clause de la Nation la Plus Favorisée (dite « clause NPF ») stipule que tout avantage
commercial accordé par une pays à un autre (même si celui-ci n'est pas signataire de l’accord),
doit être immédiatement accordé à la totalité des membres signataire. Autrement dit : « ce qui
est accordé à l'un, est accordé à tous » sans discrimination.
La clause NPF constitue un mécanisme particulièrement efficace, puisqu'elle débouche sur
une généralisation immédiate de tout effort d'ouverture de la part d'un pays. Elle est en effet
assortie de deux caractères :
2.2.1.1.1 Elle est générale
Elle ne s'applique pas uniquement aux droits de douanes mais à toute mesure (extérieure ou
domestique) adoptée par un Etat pour réglementer les flux d'exportation et d’importation
(taxes, régimes de distribution etc.).
2.2.1.1.2 Elle est inconditionnelle
Son application ne constitue pas un objet de négociation entre Etats.
La clause NPF admet pourtant deux types d’exceptions importantes :
Les accords d’intégration économique régionale sont des accords par lesquels un ensemble
de pays s’accorde réciproquement des avantages commerciaux préférentiels, comme par
exemple une réduction des droits de douane. Ces avantages sont alors réservés aux pays
membres de l’accord et refusés aux autres. Qu’il s'agisse d'une zone de libre échange (telle
que l'ALENA) ou d'une union douanière (telle que la Communauté européenne), ces accords
doivent respecter certaines conditions pour être reconnus comme valables au regard des
disciplines du GATT et pouvoir ainsi déroger à la clause NPF.
Les « préférences » commerciales accordées aux pays en développement. Il s’agit de
régimes commerciaux plus favorables visant à favoriser le développement de ces pays
exportateurs. C’est par exemple le cas de la Convention de Lomé, unissant l'Europe aux
pays du groupe « ACP », qui garantit notamment à ces derniers l’absence de droits de
douanes sur leurs exportations industrielles à destination de la Communauté (ces droits
s’appliquent aux pays non-membres de la convention). Ce type de régime dérogatoire à la
clause NPF est reconnu par les accords du GATTau titre du « système des préférences
généralisées ».
2.2.1.2 Le traitement national
Au titre de ce principe, les produits importés sur le territoire d'un membre ne doivent pas subir
un traitement moins favorable que celui réservé aux produits nationaux. En d’autres termes
« le produit importé est traité comme le produit domestique », au regard des taxes, des
réglementations sanitaires et techniques, …
Comme la clause NPF, le principe du traitement national est général et inconditionnel.

65
Les négociations tarifaires ont été organisées dans le cadre de cycles ou de « Round de
Négociation » multilatéraux dont le dernier a débuté en 2001 à DOHA (Qatar).

2.2.2 Les cycles de négociations commerciales multilatérales

Huit cycles de négociations ont ainsi été conduits sous l'égide du GATT jusqu’à ce que
l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) succède au GATT en 1994.

Complément d’informations :
Cycles de négociation commerciales internationales

En novembre 2001 lors de la 4e conférence de l'OMC, on a assisté au lancement du cycle du


développement de Doha (Qatar). Il s’agit d’un cycle large comprenant des domaines
nouveaux de négociation notamment l’investissement, la concurrence, la transparence, les
marchés publics, l’environnement et les pays les moins avancés (notamment la question du
traitement spécial et différencié en fonction du niveau réel de développement).

66
Complément d’informations :
Cycle de DOHA
Qu'est ce que le cycle de Doha?
La conférence de l'OMC qui s'est tenue à Doha, au Quatar, en 2001, a lancé un nouveau cycle de
négociations sur le commerce mondial: "le programme de Doha pour le développement". Les objectifs
de Doha sont d'aller plus loin dans la libéralisation des échanges dans certains domaines, notamment
l'agriculture dans les pays développés et l'industrie et les services dans les pays en développement,
explique Yvan Decreux, économiste spécialiste des politiques commerciales au Cepii. Ce cycle qui
permettrait d'améliorer l'accès des pays en développement aux marchés des pays riches, aurait du se
terminer au 1er janvier 2005. Il est aujourd'hui toujours en cours, faute d'accord global sur le sujets
abordés.
Pourquoi le cycle de Doha n'aboutit pas?
Ce cycle qui devrait ouvrir les barrières douanières pour des milliers de produits et réduire les
subventions agricoles européennes et américaines est devenu le cheval de bataille des pays
émergents. Les pays en développement ont beaucoup à perdre si Doha n'aboutit pas. Mais ils seront
les grands gagnants en cas de conclusion, a déclaré Anand Sharma, le ministre indien du Commerce.
En effet, en matière d'agriculture, la suppression des subventions sur les marchés européen et
américain serait une aubaine pour les agriculteurs des pays du Sud. De leur côté, les pays développés
exigent une ouverture réciproque des marchés émergents. Ce sont les concessions sur l'agriculture
dans les pays développés qui s'opposent aux concessions sur l'industrie dans les pays en
développement, explique Yvan Decreux. Résultat: la mise au point mort des négociations.
La dernière réunion de l'Organisation Mondiale du Commerce a débouché sur une impasse, explique
Yvan Decreux. Il y a eu un fort désaccord entre les Etats-Unis et l'Inde qui demandait plus de souplesse
sur la possibilité de remonter ses droits de douane sur les matières agricoles.Ce mécanisme appelé
" de sauvegarde " permet à un pays en développement d'augmenter ses tarifs douaniers face à une
forte hausse des importations de produits agricoles sur son marché pour protéger ses agriculteurs.
L'Inde voulait fixer le déclenchement du mécanisme à partir de 15% de hausse des importations, tandis
que les Etats-Unis ne voulaient pas descendre sous le seuil des 40%.
(...) La création de nouveaux flux commerciaux et l'ouverture significative de marchés (en
particulier émergents), est nécessaire pour remplir les promesses de développement de Doha a
déclaré le représentant américain au Commerce, Ron Kirk, en ouverture de la réunion. Les demandes
pour plus d'accès aux marchés des pays en développement doivent être modérées de la part des pays
développés, lui a répondu Anand Sharma.
(...) L'OMC sait qu'on ne peut pas aboutir maintenant, donc elle parle d'autres sujets, reconnait Yvan
Decreux.Les membres de l'OMC ne discutent pas explicitement des problèmes de libéralisation, mais
d'avantage des difficultés que soulève la crise. En effet, le contexte actuel peut être à l'origine de
réactions protectionnistes de plus en plus fortes de la part des Etats. Il faut éviter qu'un pays ne
mette le doigt dans l'engrenage et entame un processus négatif de protection, car un cycle de
représailles se mettrait en place, déclare l'économiste. Il faut surtout rappeler l'importance pour
l'emploi de maintenir les marchés ouverts et la solidarité internationale, c'est pourquoi cette réunion
n'est pas inutile, explique Yvan Decreux. Avec la crise, le commerce mondial devrait baisser de 10%
en 2009, ce qui rend l'aboutissement du cycle de Doha encore plus crucial. Mais selon Yvan Decreux,
il reste beaucoup de travail avant d'aboutir à une conclusion. Les membres de l'OMC ont cependant
réaffirmé leur engagement à conclure avec succès en 2010 le cycle de Doha.
Source :lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/l-echec-des-negociations-de-doha-en-trois-
questions_1443478.html

2.2.3 L’organisation mondiale du commerce (OMC)

Créée en 1994 par les accords de Marrakech concluant le cycle d'Uruguay, l'OMC est venue
tardivement compléter l'architecture économique du système des Nations-Unies mis en place
au lendemain de la seconde guerre mondiale. L’OMC est une organisation d’Etats souverains
dont la mission principale est d’organiser des négociations multilatérales et de gérer des

67
accords internationaux notamment l’accord sur le commerce des biens (GATT), l’accord sur
les services (GATS) et l’accord sur la protection se la propriété intellectuelle (TRIPS). D’autres
domaines font graduellement leur entrée en tant que domaine de négociation au sein de l’OMC
depuis quelques années. Il s’agit par exemple des domaines de l’investissement, de
l’environnement, de la concurrence, des marchés publics,…

68
Complément d’informations :
L'OMC (Fiche signalétique)

L'organisation mondiale du commerce (OMC) est la seule organisation internationale qui


s'occupe des règles régissant le commerce entre les pays. Au cœur de l'Organisation se
trouvent les Accords de l'OMC, négociés et signés par la majeure partie des puissances
commerciales du monde et ratifiés par leurs parlements. Le but est d'aider les producteurs
de marchandises et de services, les exportateurs et les importateurs à mener leurs activités.

Siège : Genève (Suisse)


Créée le : 1 janvier 1995
par : les négociations du Cycle d'Uruguay (1986-1994)
Nombre de Membres : 148 pays (au 13 octobre 2004)
Budget : 197 millions de francs suisses pour l'an 2015
Effectif du Secrétariat : 634 personnes
Directeur général : Roberto Azevêdo
Fonctions :
- Administration des accords commerciaux de l'OMC
- Cadre pour les négociations commerciales
- Règlement des différends commerciaux
- Suivi des politiques commerciales nationales
- Assistance technique et formation pour les pays en développement
- Coopération avec d'autres organisations internationales
Source : OMC

69
2.2.3.1 L'OMC est une organisation interétatique qui repose sur le consensus
Enceinte de négociation inter-étatique, l'OMC prend ses décisions par « consensus », c'est-à-
dire à l'unanimité de ses membres. Les disciplines qu'elle institue doivent ainsi être
préalablement acceptées par tous les Etats. L'OMC n'est donc pas une source autonome de
droit, hors la loi contractuelle des parties, qui donne naissance aux accords « multilatéraux ».
La preuve de cette autonomie souveraine des Etats, résulte a contrario de l'existence de
certains accords, repris dans le droit de l'OMC bien que qualifiés de « plurilatéraux » : ceux-
ci instituent des disciplines acceptées par certains des Etats membres seulement, et rejetées
par les autres. C'est par exemple le cas de l'accord sur les marchés publics (AMP). Cette
formule, doit rester l'exception : une OMC « à la carte » perdrait l'essentiel de son intérêt.
Un Etat membre dispose toujours de l'option de se soustraire à l'application d'un engagement
qu'il a préalablement souscrit à l'OMC. Comme dans tout contrat, chaque partie conserve
l'intégralité de sa liberté individuelle. Mais comme dans toute relation contractuelle, le dédit a
un prix : c'est ce qu'exprime le principe de compensation, qui trouve à l'OMC plusieurs
grands cas d'application.
A défaut de compensation s'appliquent alors des rétorsions.
Les Etats sont représentés dans tous les organes dirigeants de l'OMC. Au sommet, il s'agit de
la Conférence Ministérielle qui donne les grandes orientations. La gestion courante est
assurée par le Conseil Général qui réunit les hauts fonctionnaires des Etats. Les Etats sont
également représentés dans les conseils et comités spécialisés qui rapportent au Conseil
Général.

Aucune discipline inscrite dans un accord de l'OMC ne peut entrer en vigueur sans avoir été
préalablement ratifiée suivant les procédures domestiques prévues au sein de chaque
Etat membre. Au Maroc, les accords négociés à l'OMC font donc l'objet d'une ratification par
le Parlement pour acquérir force de traité.
L'OMC garantit ainsi l'égalité des droits des Etats.

Comme dans les domaines politique et militaire, les Etats disposent d'une force inégale dans
le commerce international. Le fondement souverain de la participation à l'OMC offre donc un
avantage important aux Etats les plus petits ou les plus faibles économiquement, car
l'organisation leur permet de faire entendre leur voix, face aux grandes puissances, dans le
processus d'élaboration des règles. Cet avantage se retrouve au niveau des garanties
d'application des règles, puisque chaque Etat peut recourir au système de règlement des
différends.

70
Complément d’informations :
L'Organe de Règlement des Différends (ORD)

L'Organe de Règlement des Différends (ORD)


C’est une formation particulière du Conseil Général de l'OMC chargée de mettre en œuvre la
procédure de règlement des différends. En pratique, l'ORD fonctionne en s'appuyant sur un double
degré d'arbitrage technique :
Au premier niveau est nommé un groupe d'experts indépendants choisis sur une liste constituée
par les Etats-membres (diplomates, fonctionnaires, universitaires) ou parmi leurs représentants
à Genève. Sur la base d'un mandat, ce panel (ou « groupe spécial ») est chargé de rédiger un
rapport incluant des recommandations de solutions pour l'ORD, qui statue ensuite sur son
adoption. Le rapport ne peut être rejeté que par consensus.
Au deuxième niveau existe une instance d'appel à laquelle peuvent recourir les Etats-membres
en cas de désaccord avec les conclusions du panel. L'instance d'appel est, elle, permanente et
composée de juristes professionnels. L'instance
d'appel peut infirmer, confirmer ou modifier les conclusions du panel, dans un rapport qu'elle
remet à l'ORD, et dont l'adoption ne peut être rejetée que par consensus.
L’ORD ne dispose d’aucun pouvoir autonome et ses conditions d'intervention demeurent soumises
à la volonté des membres de l’OMC ; qui déterminent par ailleurs les règles qu’il doit appliquer pour
résoudre les conflits.
Le recours à l’ORD n’est jamais une obligation
Les Etats demeurent libres de rechercher des solutions amiables hors du système de règlement des
différends. Le système de règlement des différends n’intervient que s’il est saisi par l’une des
parties.Par ailleurs, l'ORD ne peut s’auto-saisir.
L’ORD ne peut faire appliquer que des disciplines préalablement acceptées par les Etats
Pour résoudre les contentieux commerciaux, l'ORD ne peut se fonder que sur le droit résultant des
accords de l'OMC, c'est-à-dire fondamentalement en déterminant si les réglementations en cause
comportent des éléments discriminatoires, ou si les justifications apportées par les Etats dérogent
aux exigences de bonne foi. En aucun cas l'ORD ne peut créer de nouvelles règles. La compatibilité
de sa « jurisprudence » avec les accords souscrits pas les Etats Membres de l’OMC est garantie par
l’Organe d’Appel.
L’amélioration du fonctionnement de l'ORD passe aujourd'hui par sa professionalisation et
l'enrichissement des règles de l'OMC
L'ORD est de plus en plus sollicitée pour traiter des contentieux commerciaux particulièrement
complexes, soulevant indirectement des enjeux de santé publique, de protection environnementale
ou de développement économique, susceptible d’avoir un important dans l'opinion publique des pays
impliqués. Pour l'Union européenne, il s'agit notamment des grands contentieux transatlantiques
concernant la viande aux hormones ou la commercialisation de végétaux génétiquement modifiés.
Pour les Etats-Unis, il s'est agi des contentieux engagés contre leurs réglementations de protection
des espèces animales (tortues, dauphins) ou de préservation de la qualité de l'air (essence
reformulée). Pour les pays en développement, outre l’affaire de la banane très importante pour les
économies des Caraïbes, il a pu s’agir de contentieux visant leurs pratiques en matière de propriété
intellectuelle dans le domaine de la santé (brevets pharmaceutiques).
Or, tant du fait de la « jeunesse » de l’OMC que du caractère consensuel du processus de
négociation, le droit que peut appliquer l’ORD demeure fréquemment incomplet. Si les règles sont
absentes, ou s’il existe des règles mais que leur application n’est pas soumise à la compétence de
l’OMC, l’arbitre peut avoir du mal à réellement jouer son rôle. Pour remédier à ces insuffisances,
plusieurs Membres de l’OMC et en particulier les Communautés européennes formulent aujourd’hui
des propositions en vue de renforcer la coordination entre les organisations internationales à vocation
économique et l’OMC, ainsi que l'articulation entre les règles du commerce international et les
politiques environnementales sanitaires et sociales.
Par ailleurs, l’augmentation de l’activité contentieuse qui est mécaniquement liée à l'essor du
commerce international, l’enrichissement des règles et la perspective de l'accession de nouveaux
pays à l’OMC doit être assumée sans dysfonctionnement : pour cette raison certain pays se

71
prononcent aujourd'hui pour une professionnalisation des « panels », qui passe par le recrutement
d’expert permanents pour le premier niveau d'arbitrage.

72
2.2.3.2 Les accords de l’OMC reposent sur des principes fondamentaux
Les accords de l’OMC se basent sur quelques principes fondamentaux :
2.2.3.2.1 L’égalité de traitement entre les Etats
C’est le premier principe inspirant les disciplines de l’OMC et ce, depuis ses origines dans le
GATT de 1947. Le principe signifie fondamentalement que les Etats membres de l’organisation
ne peuvent opérer de discrimination dans le traitement et les règles qu’ils appliquent aux
opérations commerciales internationales. Au nom du principe d’égalité, le GATT de 1947
introduisait deux disciplines fondatrices de l’essor du commerce international : la « clause de
la Nation la Plus Favorisée » et le « traitement national ».
2.2.3.2.2 La bonne foi
Se trouve implicitement au fondement de certaines des règles les plus importantes de l’OMC.
Quatre disciplines viennent ainsi garantir en pratique cette exigence.
La « consolidation » ou fermeté des engagements d’ouverture du marché
Pour le commerce des biens et des services, les offres d’ouverture du marché (réduction de
droits de douanes, démantèlement de quotas, autorisation d’implantation d'activités de
services etc.) présentées à titre individuel par les Etats négociant à l'OMC sont souscrites à
titre ferme et définitif une fois qu'elles ont été acceptées par les autres participants : ces offres
sont alors incorporées au droit de l’OMC et ont la valeur juridique des traités internationaux.
Ce processus est désigné sous le terme de « consolidation » pour marquer le passage du
statut d'offre de négociation à celui d’engagement « consolidé ».
Mais l’engagement d’ouverture du marché ne saurait être irrévocable. Un Etat peut d’abord
toujours modifier ses règles, si la modification se fait dans un sens favorable aux partenaires
commerciaux (baisse du niveau de protection). Il lui demeure ultérieurement possible de
revenir au niveau prévu dans l’engagement consolidé.
Si au contraire la modification se fait dans un sens défavorable aux partenaires commerciaux
(hausse du niveau de protection), l’Etat considéré doit offrir et négocier avec ses partenaires
des compensations commerciales d'importance identique à la « déconsolidation » ainsi
opérée (par exemple baisse du droit de douane sur un autre produit). Les règles de
« déconsolidation » sont aujourd'hui fixées pour le commerce des biens, mais doivent encore
être déterminées pour ce qui relève du commerce des services, qui soulève des difficultés
spécifiques.
La protection par les tarifs
Selon un principe établi par le GATT depuis sa création, la régulation du commerce des
marchandises doit prioritairement se fonder sur le recours à l'instrument du tarif douanier.
Celui-ci est reconnu comme plus prévisible, plus transparent, plus accessible par les
entreprises. Le GATT proscrit donc, sous réserve de certaines exceptions générales et de
nombreuses exceptions sectorielles, l’utilisation de mesures autres que tarifaires, en
particulier les restrictions quantitatives, pour assurer la protection du marché national.
La transparence
L'obligation de transparence vise à garantir un accès facile aux informations réglementaires
et administratives nationales influençant les conditions des échanges internationaux. Elle fait
l'objet d'un principe général dans le cadre de l'AGCS (accord sur les services) et de
nombreuses clauses particulières dans divers accords de l'OMC.
que l’AGCS imposent par ailleurs l’obligation pour chaque pays de désigner des
interlocuteurs administratifs permettant d’accéder à l'information « points de contacts ».
L'interdiction des « protections déguisées »
Les accords de l’OMC reconnaissent le droit souverain de chaque Etat de poursuivre les
politiques nationales de son choix pour réglementer la circulation des biens et des services, y
compris lorsque celles-ci peuvent déboucher sur des entraves au commerce. C’est

73
essentiellement le cas lorsqu’un Etat se dote d’exigences techniques ou sanitaires ayant pour
effet d’éliminer certains fournisseurs ou de renchérir le coût à l’importation de leurs produits.
Les accords de l’OMC entendent toutefois limiter les protections « déguisées » pouvant
résulter de l’autonomie réglementaire de chaque Etat. Les Etats sont encouragés à fonder
leurs pratiques réglementaires sur des normes internationales et exigent de proportionner les
restrictions au commerce à ce qui est nécessaire pour réaliser les objectifs politiques
poursuivis.

2.2.3.2.3 Les « exceptions »


Tous les Etats sont autorisés à prendre des mesures entravant, voire supprimant, pour une
durée indéterminée, un flux d'échange de marchandise, dans les cas suivants :
Adoption d’une mesure visant la protection de la santé ou la sécurité des personnes,
la protection de la vie ou de la santé animale, la préservation des végétaux et de
l'environnement.
Les mesures de sauvegardes relatives à l’importation de produits particuliers. Une
mesure de sauvegarde peut être instituée si les importations ont augmenté dans une
proportion telle qu’elles causent ou menacent de causer un préjudice grave à la branche de
production concernée. Toute mesure de sauvegarde prise dans ce cadre doit être
« compensée ».
Les mesures de sauvegarde nécessaires pour rétablir l’équilibre de la balance des
paiements. Les mesures doivent être transitoires et leur adoption subordonnée à un
calendrier d’élimination.
L’antidumping. La notion de dumping désigne une situation commerciale dans laquelle le
prix de vente d'un produit à l'exportation apparaît inférieur à sa « valeur normale »
(généralement basée sur le prix de vente du même produit sur le marché intérieur de
l’exportateur). Dans ce cas le pays importateur peut instituer des droits provisoires pour
restreindre le flux d’importation et rétablir l’équilibre de son marché, sous réserve d’établir un
lien de causalité claire entre la pratique de dumping et le dommage.
Néanmoins l'antidumping reste une arme puissante, dont les conditions d'emploi sont
dénoncées par les pays en développement. Ces derniers s'estiment le plus souvent victimes
d'une utilisation arbitraire de l'antidumping par les pays développés.
Les subventions et les droits compensateurs
Un accord de l’OMC vise à encadrer la pratique des subventions à l'économie.
L’accord définit trois catégories de subventions : la boîte « rouge » contient les subventions
interdites (principalement, des subventions aux exportation ou aux produits nationaux) ; la
boîte « verte » admet des subventions autorisées (subventions liées au lancement d'une
nouvelle activité industrielle, soutiens aux régions défavorisées, soutien aux mesures
environnementales). Reste une boîte « orange » qui regroupe par défaut l’ensemble des
autres subventions. Comme en matière d’antidumping, si ces subventions créent un dommage
pour une branche de production d'autres membres de l'OMC et qu’un lien de causalité clair
peut être établi, elles peuvent donner lieu à ouverture d’une action pouvant déboucher sur
l’institution de « droits compensateurs », destinés à réparer le préjudice subi en rétablissant
l’équilibre de la concurrence.
2.2.3.2.4 Les pénalités
Si un pays par exemple augmente subitement le taux d'un droit de douane appliqué à un
produit du niveau qu'il a antérieurement accepté de « consolider » , Etats membres lésés
peuvent choisir deux voies :
la voie amiable, qui consiste à négocier avec l'Etat ayant commis « la faute », notamment
au moyen de compensations mutuellement agréées, qui ne doivent cependant pas léser les
autres membres ; et/ou

74
la voie contentieuse, qui consiste à engager une procédure devant l’Organe de Règlement
des Différends (ORD) de l'OMC.
Si, au terme de cette procédure, l'ORD reconnaît qu'il y a effectivement une faute, le membre
incriminé dispose de trois possibilités d'actions :
Se mettre en conformité : L'Etat fautif doit ainsi modifier sa réglementation, ou modifier ses
pratiques administratives.
Si l'Etat incriminé n'est pas en mesure de se mettre en conformité, la solution possible
consiste à octroyer des « compensations » commerciales d'importance équivalente au
préjudice commercial qu'il fait subir aux autres parties. La compensation doit en tout état de
cause être compatible avec les accords de l’OMC.
La troisième voie possible, qui doit en principe rester exceptionnelle consiste pour la
partie lésée à demander l’autorisation de prendre des mesures de rétorsions si elle estime que
la partie incriminée ne s'est pas mise en conformité, ou refuse la voie des compensations.
Proportionnellement au préjudice qu’elle subit, la partie lésée va ainsi, après autorisation de
l'ORD, retirer des concessions qu'elle avait antérieurement accordées à l’Etat fautif. Le recours
à des mesures de rétorsions doit toujours être autorisé par l’Organe de Règlement des
Différends. S’il n’y a pas d’accord entre les parties sur le montant des rétorsions, c'est à l’ORD
de les fixer par arbitrage.

75
3. Avantages et inconvénients du
commerce international

1.1 L’ouverture internationale

L’ouverture internationale couvre un double sens. C’est l’attitude d’un pays en matière
de relations internationales (pays ouvert/pays fermé). Elle désigne aussi un
phénomène que l’on peut mesurer à travers le taux d’ouverture international14.

Une question se pose alors : Est-ce que les progrès historiques qu’ont connus le
transport international, les technologies de l’information mais aussi les négociations
commerciales internationales meneés sous légide de l’OMC ont permis une plus
grande ouverture du commerce mondial ?

Taux d’ouverture mondial, 1980-2013, en %

Source : Lettre du CPII, N° 356, septembre 2015.

14
Taux d’ouverture = Exportations+Importations /PIB

76
Complément d’informations :
L’ouverture mondiale : quelques explications

Le taux d’ouverture mondial a d'ailleurs légèrement diminué au cours des années


1980. Sa forte augmentation de 18 % à 30 % entre 1993 et 2008 tient à la baisse
des coûts de transports, à l'amélioration des infrastructures, à la baisse des coûts et
à l'augmentation de la qualité des télécommunications, ainsi qu'à l’abaissement des
protections commerciales et à des politiques économiques favorables à l'extraversion.
La moindre concentration internationale des revenus dans le monde – liée à la
croissance relativement forte des pays en développement – a également joué un
rôle : une plus grande dispersion de la richesse mondiale entre différents pays a
mécaniquement tendance à augmenter les échanges internationaux. Ces différentes
tendances se sont conjuguées sur la quinzaine d'années précédant la crise, mais elles
n'ont guère de raison de se poursuivre, du moins au même rythme. Le coup d'arrêt à
la progression du taux d’ouverture mondial – il s'établit autour de 29 % depuis 2011
– pourrait donc ne pas être un simple creux conjoncturel. Peut-être annonce-t-il un
changement de tendance.

Source : Lettre du CPII, N° 356, septembre 2015.

1.2 Les avantages de l’ouverture internationale

Les avantages du commerce international sont mis en avant par les partisans de libre-
échange.
Ainsi l’ouverture au commerce présente un ensemble d’avantages à la fois pour les
consommateurs ainsi que pour les producteurs. Le consommateur peut bénéficier d’une
baisse des prix (ce qui se traduit par une amélioration du pouvoir d’ahat) et par une
diversification de l’offre de produits par rapport à une situation d’autarcie. Pour les producteurs
ils peuvent trouver des débouchés nouveuax pour leurs productions mais aussi se procurer à
moindre coût des biens dont ils ont besoin ou encore bénéficier d’un transfert de technologie.

Complément d’informations :
L’avantage du commerce international
L’échange international présente trois avantages principaux : il favorise la spécialisation,
élargit les marchés et donne accès aux techniques disponibles (...)
La spécialisation est un avantage mis en avant depuis David Ricardo. Elle permet à chacun
d’utiliser au mieux son travail, en l’affectant aux productions les plus efficaces du pays. Mais
cet avantage est limité, car réalisé une fois pour toutes (le niveau de production est plus élevé,
pas le taux de croissance).
L’élargissement des marchés est de son côté un avantage très important de l’échange
international pour les activités où existent des économies d’échelle etc. Lorsque les coûts de
production sont principalement des coûts fixes, comme pour la conception d’un logiciel ou la
réalisation d’un film, tout élargissement de la production permet de réduire les coûts. La
mondialisation du marché des logiciels ou des films permet de les produire de manière plus
efficace. A l’extrême, des biens comme les grands avions ne peuvent voir le jour sans un
marché mondial. Cet effet est d’autant plus important que le marché intérieur est étroit. Il est

77
donc maximal pour un pays faiblement développé, qui ne peut compter sur un marché intérieur
suffisant.
Tout aussi important est l’échange de facteurs de production. Il permet à un pays d’accéder à
ceux qui lui font défaut, qu’il s’agisse d’un manque de ressources naturelles, de capitaux ou
de connaissances techniques. Il est le moyen pour tous les pays d’accéder aux techniques
développées ailleurs, spécialement dans les pays les plus avancés. Pour les pays en
développement, c’est le moyen d’aller directement aux techniques les plus récentes ou les
plus adaptées. Qu’on songe à l’essor du téléphone cellulaire dans les pays en développement
ou à l’informatisation en Asie. Un autre avantage est la possibilité d’éviter des investissements
inefficaces (...) et d’adopter tout de suite les bonnes normes (GSM pour le téléphone...). Cet
accès aux techniques étrangères est tout aussi vital pour les pays développés : la France
déposant 4,6 % des brevets mondiaux en 2009, la croissance française serait réduite à peu
de chose si elle devait utiliser exclusivement des techniques indigènes.
L’accès aux techniques étrangères explique en grande partie que les pays de développement
récent (la Scandinavie à la fin du XIXe siècle, l’Asie orientale depuis quarante ans) aient connu
des taux de croissance nettement plus élevés que ceux de l’Angleterre ou des Etats-Unis au
même stade de développement et qu’ils aient pu ainsi rattraper en partie les pays engagés
plus tôt dans une révolution industrielle.
Source : http://www.alternatives-economiques.fr/lechange-international-croissance/00064838
(consulté le 29 janvier 2017)

78
Complément d’informations :
Coût du protectionnisme en Europe

En milliards d’Euro Habillement Textile 21 secteurs


Coûts supportés par les consommateurs 21.1 3.3 32.3
(a=b+c+d)
Gains des producteurs (b) 9.9 1.8 15.8
Recettes douanières 3.6 0.6 5.9
Perte d’efficience et perte globale de bien- 7.7 0.9 10.4
être (d)
Source : Patrick Messerlin, « Niveau et coût du protectionnisme europée », Economie
internationale, N°89-90, 2002.

1.3 Les limites de l’ouverture internationale

L’ouverture internationale suppose pour un pays une spécialisation internationale selon ses
avantages comparatifs. Les théoriciens de l’école classique de l’échange international
(A.Smith et D.Ricardo) ont montré les vertus de l’ouverture internationale par rapport à
l’autarcie. Mais ce passage n’est pas fortuit et peut traduire un processus douloureux tant
économiquement que socialement : réallocation de ressources vers de nouvelles branches,
perte de compétence de la main d’ouvre, obsolesence de capiatux non amortis etc. La
spécialisation internationale est donc un processus qui provoque des résistances tant politique
que social, car elle génére des perdants et des gagnants et provoque l’apparition de nouvelles
inégalités.

Complément d’informations :
Est –ce que toutes les spécialisations ineternationales se valent ?

Les travaux sur la spécialisation internationale parviennent à un même constat commun : les
pays les plus dynamiques apparaissent comme étant ceux qui sont spécialisés dans les
produits dont la demande mondiale progresse le plus rapidement. Les pays d Asie orientale
et du Sud se trouvent dans cette situation. Ils ont avantageusement amélioré leur potentiel
d’échanges dans les produits à forte demande et se sont désengagés des produits en
régression.
La spécialisation des pays anciennement industrialisés est-elle particulièrement significative
de la dérive actuelle de la division internationale du travail. En effet, ils reculent dans les
produits les plus dynamiques, comme l’électronique qu’ils abandonnent aux pays émergents.
En revanche, ils renforcent leurs avantages dans les produits à haute teneur en innovation et
à forte valeur ajoutée (mécanique, chimie, pharmacie, aéronautique etc.) qui restent hors
d’atteinte non seulement des économies dynamiques, mais aussi a fortiori hors de portée de
la majorité des PED.
Source : L. Abdelmalki, R. Sandretto, La nouvelle géographie du commerce international,
Cahiers français, N° 325, 2005

79
La qualité de la spécialisation peut égalemet expliquer le gain ou la perte dans l’échange
international. Cetains économistes, et pour montrer le caractère inégal de l’échange
international, parlent de la dégradation des termes de l’échange. 15

15
Les termes de l’échange sont un rapport entre les prix des exportations d’un pays ou d’un groupe de
pays et les prix des importations de ce même pays ou groupe de pays. Ils représentent le pouvoir
d’achat des exportations.

80
3. Les blocs commerciaux
régionaux

Les blocs commerciaux conduisent à la formation de zones économiques et commerciales


privilégiées. En effet depuis la seconde guerre mondiale, les échanges mondiaux sont de plus
en plus organisés dans le cadre d’accords commerciaux impliquant un nombre limité de pays.

Importance du commerce intra zone en % du commerce total


Total des pays de la zone (1999)
CEE16 60%
EEE17 73%
Amérique du Nord 36%
Asie du Sud-est 36%

Si les premiers blocs commerciaux se réalisaient entre pays ayant le même niveau de
développement (cas de la CEE en 1957), on constate qu’aujourd’hui des groupements
commerciaux importants regroupent des pays ayant des niveaux de développement différents
(ALENA en Amérique du Nord).
Certains peuvent y voir des tentatives pour réorganiser un espace protectionniste ou
préférentiel, alors que les barrières commerciales et financières s’effondrent. D’autres
considèrent les blocs commerciaux régionaux comme un facteur important pour renforcer
l’intégration économique mondiale en cours.
On s’en tiendra ici aux principaux groupes commerciaux régionaux.

3.1 La communauté Européenne

Après 1945, l’une des transformations les plus marquantes des économies européennes a été
leur organisation en un bloc régional. Cette construction répondait à plusieurs objectifs
stratégiques dont celui de la fragmentation des pays de l’Europe centrale et orientale et leur
insertion dans le bloc communiste, la mise en place une zone de croissance et de prospérité
pour faire face aux superpuissance de l’époque (USA et URSS) et neutraliser une fois pour
toute la menace allemande, car « mieux vaut avoir une Allemagne Européenne qu’une Europe
Allemande ».
En mai 1950, Robert Schumann propose la création de la CECA (Communauté Européenne
du Charbon et de l’acier). Cette institution avait des pouvoirs importants sur le marché
européen du charbon et de l’acier (deux matières essentielles pour la reconstruction des pays
Européens détruits par la guerre) notamment en matière de fixation des prix, la détermination
des montants des investissements, la répartition de la production…
Les Ministres européens des affaires étrangères se sont réunis en 1954 a Messine en Italie,
pour définir les modalités d’une relance économique de la construction européenne.
Avec la signature de traité de Rome en 1957 et d’EURATOM (communauté européenne de
l’énergie atomique), la construction européenne était relancée de manière irréversible.
Le traité de Rome donna naissance à la Communauté Economique Européenne (CEE). Il
s’agit au départ d’un marché commun (Union douanière) entre six pays qui se sont engagés
à éliminer par étape et jusqu’à 1968 les différentes barrières au commerce entre eux et

16 CEE : communauté économique européenne.


17 EEE : Espace économique européen (ou CEE + associations européennes de libre échange).

81
instaurer un tarif extérieur commun (TEC) à l’égard des importations venant de pays tiers.
Dès juillet 1968, les droits de douane entre les six pays membres sont abolis.

82
Complément d’informations :
Les institutions Européennes

Les institutions Européennes


- Le conseil européen réunit les chefs d’Etat et de gouvernement des Etats membres. C’est
une institution créée en 1975 et dont le but est d’impulser et orienter les politiques
européennes.
- Le conseil des Ministres est un organe de décision. Il est formé des Ministres des différents
Etats membres. Sa composition change en fonction du sujet traité. Ses domaines de
compétence sont la fixation des orientations des politiques communes, la prise de décisions
budgétaires, l’adoption des actes juridiques européens…Le conseil des Ministres n’a pas
toujours un pouvoir de décision autonome car il se fait assister de la commission européenne.
Ses décisions se prennent à l’unanimité et s’imposent aux Etats membres.
- La commission Européenne représente l’intérêt global de la communauté Européenne. Elle
dispose d’une administration de fonctionnaires. La commission fait des propositions de lois
ou de politiques communes au conseil des Ministres. Elle veille au respect des traités et à
l’application des politiques communes et à leur exécution.
- La cour Européenne de justice veille au respect du droit européen. Elle peut être saisie par
la commission, les gouvernements, les entreprises et les citoyens européens.
- Le Parlement Européen a un rôle consultatif car il émet des avis sur la plupart des
réglementations européennes. Il a des pouvoirs en matière budgétaire. Mais ses avis n’ont
pas encore un caractère obligatoire.
- La cour des comptes veille à la légalité et à la régularité des dépenses et des recettes
communautaires. Elle doit assurer une bonne gestion des fonds communautaires.
- La Banque Européenne d’investissement a pour mission, et à partir des souscriptions des
Etats membres et des emprunts sur les marchés financiers internationaux, l’octroi de crédits
pour la mise en valeur des régions les moins avancées en Europe (ses compétences
s’étalent même au financement de pays partenaires de la communauté européenne).

83
3.1.1 Les quatre libertés du traité de Rome (1957)

Pendant longtemps, le traité de Rome a été considéré comme celui qui a institué le marché
commun. Ce dernier est constitué par la conjugaison de quatre libertés fondamentales :
- La libre circulation des marchandises et correspondant à la phase de l’Union douanière.
- La libre circulation des moyens de production notamment à travers l’élimination de toute
forme de discrimination (emploi, salaire et conditions générales de travail) basée sur la
nationalité. Les pays doivent lever toutes les restrictions à la circulation des capitaux sauf en
cas de circonstances exceptionnelles.
- La libre prestation de services pour les professions libérales
- La liberté d’établissement des personnes.

3.1.2 L’acte unique européen (1986)

En 1984, un livre blanc a été établi pour juger des progrès réalisés dans la construction du
marché commun. Il a pu relever l’existence de 280 barrières à l’établissement d’un marché
unique européen. Ces barrières étaient d’ordre politique et institutionnel (procédure de vote
au sein des instances européennes), économiques et douanières (néo-protectionnisme de
certains pays membres, contrôle douanier), réglementaires (contrôle de change) …
Ces facteurs ont bloqué la mise en place du marché commun. Le sommet de Fontainebleau
(Paris 1984) a résolu les points les plus critiques de la construction européenne. Un
programme de réforme fut adopté lors de la signature en février 1986 de l’Acte unique
européen. Ce dernier a posé un nouveau but à ce qui devenait la communauté européenne :
achever le marché intérieur pour le 1er janvier 1993.
Les services de la commission européenne se livrent en quelques années à un énorme travail
de réglementation et de normalisation communes. Du fait de l’absence de véritables politiques
communes, ce travail a imposé un choix libéral et une déréglementation généralisée au niveau
des Etats.
Mais il apparut très vite que l’acte unique souffrait de plusieurs limites tant sur le plan
institutionnel que sur le plan monétaire.

3.1.3 Le traité de Maastricht (1992)

Il transforme la communauté en Union européenne. IL prévoit principalement la constitution


d’une union économique et monétaire, avec une monnaie unique pour le 1er janvier 1999 au
plus tard. Une convergence est prévue dans le domaine de politiques sociales- le Royaume-
Uni restant à l’écart-. Les compétences communautaires sont étendues aux équipements et
réseaux communs de transport, d’énergie, de télécommunication, ainsi qu’à la santé,
l’éducation, la culture et la politique industrielle. Sans oublier la réforme de ce que l’on peut
qualifier politiques communes traditionnelles, comme par exemple la politique agricole
commune (la PAC)18. La politique étrangère et la politique de défense sont évoquées comme
une potentialité.
Actuellement le risque est grand de voir l’Union européenne se diluer au fur et à mesure de
son extension géographique vers les pays de l’Europe de l’Est (Hongrie, Tchéquie, Slovaquie,
Pologne) et les pays baltes (Slovénie, Estonie, Lituanie). Il ne faut non plus oublier l’ouverture
récente de négociation en vue de l’adhésion de la Turquie.

18Il s’agit de l’une des plus vieilles politiques communes (1962). C’est une politique dirigiste dont les objectifs sont
les suivants : accroître la productivité de l’agriculture européenne, la sécurité des approvisionnements, assurer un
niveau de vie équitable aux agricultures, fixer des prix raisonnables des livraisons aux consommateurs, stabiliser
les marchés agricoles…Si la politique a donné des résultats incontestables sur le plan de la productivité, elle a
débouché sur des excédents faramineux qui coûtent chers en termes de stockage et de subventions. Les
subventions à l’exportation sont aujourd’hui de plus en plus contesté sur le plan international. Les négociations au
sein de l’OMC achoppent depuis plusieurs années sur les méfaits et les retards pris par la réforme de la politique
agricole commune européenne qui bloque l’avancée sur d’autres domaines tels que les services…

84
On conçoit combien il pourra être difficile d’harmoniser les réglementations et poser des buts
communs dans des espaces aussi divers géographiquement et historiquement. De plus, le
risque est grand de voir se mettre en place des sous-groupes, comme les pays scandinaves
par exemple. On rencontre ainsi l’idée de l’Europe à plusieurs vitesses, déjà exploitée dans
les faits par la Grande-Bretagne (non membre de Schengen et de l’union monétaire) ou le
Danemark (non signataire de Schengen). Ces pays sont désireux de garder une autonomie
de décision nationale dans certains domaines touchant à des attributs de souveraineté
nationale.

3.2 L’accord de libre-échange nord-américain (ALENA ou NAFTA en anglais)

En octobre 1987, un accord de libre-échange Nord-américain a été signé entre les Etats-Unis
et le Canada. Il prévoyait une libre circulation des produits à l’horizon de 1998. L’étape
suivante fut plus délicate. Il s’agit de l’accord de libre-échange nord-américain, liant les Etats-
Unis, le Canada et le Mexique, signé en août 1992. Cet accord prévoit l’établissement
progressif sur quinze ans d’une zone de libre-échange en matière de marchandises, de
services et d’investissements. Il n’est pas question de marché unique (libre circulation des
personnes, tarif extérieur commun, politiques communes), mais seulement d’une zone de
libre-échange. Le but des Etats-Unis est d’arrêter l’immigration clandestine des Mexicains vers
les Etats-Unis et de stabiliser cette population dans son pays d’origine en lui offrant des
emplois sur place. Cet accord minimaliste, limité aux seuls aspects économiques, a en outre
l’avantage de ne pas contrevenir aux principes du GATT. Le paragraphe 4 de l’article XXIV de
cet accord admet l’instauration de zones de libre-échange, à conditions qu’elles permettent le
développement du commerce intra-régional sans opposer des obstacles au commerce
d’autres parties contractantes avec cet espace régional.
Actuellement le Chili, frappe avec insistance à la porte de l’ALENA. Il a conclu des accords de
libre-échange avec le Mexique et le Canada. Ce serait un pas vers la création d’une zone de
libre-échange des Amériques (ZLEA ou AFTA) projet cher aux Etats-Unis. Mais les pays du
MERCOSUR (voir plus loin) résistent, car ils ne souhaitent pas que leurs jeunes économies
émergentes affrontent sans protection la compétition de l’ALENA, qui rassemble 90% du PIB
des Amériques.

3.3 L’APEC (Asia-Pacific Economic Cooperation)

Il s’agit d’un forum crée en 1989 et qui réunit les USA, le Canada, le Mexique, la Chine, Taiwan,
Hong-Kong et les pays de l’ASEAN (Thailande, Singapour, Malaisie, Indonésie, Philippines,
et Brunei), le Japon, l’Australie, la Nouvelle Zélande et la Papouasie nouvelle guinée.
Ces pays ont décidé en 1994 de libérer leurs échanges à l’horizon de 2020.
A travers ce nouveau dialogue transatlantique, les Américains cherchaient dès 1993 à exercer
des pressions sur les européens en vue d’une plus grande ouverture de leurs marchés.
L ‘APEC est aussi pour les Etats-Unis un moyen pour mieux profiter d’un nouveau espace de
croissance. La réalisation d’une telle zone permettait aussi de régler à moyen terme une
question critique pour l’économie américaine à savoir le déficit des échanges commerciaux
des Etats-Unis avec les nations les plus dynamiques de l’Asie surtout le japon et la Chine.
Les autres zones de libre-échange
- Dans le pacifique Sud-est, on assiste à la création de plusieurs groupements régionaux.
L’East Asia Economic Causus (Pays de l’Asean, Japon, taiwan, Chine, Hong-Kong et la
corée du Sud) a été crée en 1992 et manifeste le début d’une intégration régionale plus
poussée. D’autres groupements présentent un caractère plus limité. Il s’agit de L’Asean
free Trade Area) créé en 1992 entre les pays de l’ASEAN et dont le but est de former un
espace propre aux Nouveaux Pays industriels hors de toute tutelle d’une grande
puissance (Chine, japon, Etats-Unis).

85
- En Afrique, les accords entre les pays sont nombreux mais restent largement inopérants.
Les pays de l’Afrique du Nord (Maroc, Algérie, Tunisie, Libye et Mauritanie) sont réunis
au sein de l’UMA. Ces pays disposent de complémentarités certaines sur le plan
économique, mais sont divisés par des tensions politiques fortes, ainsi que par le refus
d’hégémonie possible de l’un des membres. En Afrique de l’Ouest existent deux
groupements régionaux. L’UDEAC (Union douanière et économique de l’Afrique centrale)
a été crée en 1964 rassemble le Congo, le Gabon, la République centre africaine et le
Cameroun. La CEDEAO (la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest) a été créé en
1977 et comprend la Mauritanie, le Sénégal, La Gambie, la Guinée-Bissau, la Guinée, le
Mali, le Sierra Leone, le Libéria, le Burkina-Faso, la Côte d’ivoire, le Ghana, le Togo, le
Bénin, le Niger et le Nigeria. Son fonctionnement est handicapé par les différences des
niveaux de développement des pays membres, mais aussi par des facteurs ethniques et
politiques déstabilisants.
- En Amérique Latine, les tentatives d’intégration régionale sont nombreuses depuis les
années 60. A ce titre, on peut citer le MCCA (Marché commun centre américain), créé en
1960 n’a pas connu un grand succès pas plus que le Pacte Andin de 1975 (Colombie,
Equateur, Pérou, Bolivie). En revanche le Mercosur mis en place en 1991 (Argentine,
Paraguay, Uruguay et Brésil rejoint en 1996 par la Bolivie et le Chili) est plus prometteur.
Les économies des trois grands pays sont assez développées et diversifiées pour que la
création d’une zone de libre-échange favorise la croissance. L’intégration commerciale
semble progresser rapidement. En outre, des grands travaux d’équipement énergétique
et de transports sont prévus en commun. Le Mercosur est aussi un moyen d’échapper
partiellement à la tutelle des Etats-Unis. C’est pourquoi un accord-cadre de coopération
économique et commerciale fut signé en décembre 1995 avec l’Union Européenne.

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Résumé
La théorie et la pratique économiques ont conclu depuis longtemps que le
commerce international représente un facteur majeur de croissance
économique. De nombreux travaux statistiques tendent à montrer que les
pays les plus «ouverts» économiquement sont aussi ceux qui bénéficient de
l'augmentation la plus rapide de leur niveau de vie. Le rapport 1998 de
l’Organisation mondiale du commerce (OMC), reprenant une étude réalisée
par la Banque Mondiale auprès de 41 pays en développement illustre ces
conclusions. Comme les échanges entre individus, les échanges entre
nations permettent à chacun de produire plus efficacement en exploitant ses
ressources de telle sorte qu’il bénéficie d’«avantages comparatifs». Il en
résulte plusieurs conséquences :
une meilleure utilisation des ressources productives de chaque pays
qui permet d'augmenter à la fois la richesse nationale et mondiale ;
une réduction des coûts d'achats des biens non produits dans
l’économie domestique et acquis auprès de fournisseurs étrangers
une multiplication des opportunités de choix pour les entreprises et
les consommateurs ;
une diffusion plus rapide des innovations et du savoir faire qui
favorise l'amélioration de la productivité.

87